12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 08:40

Lors d’un débat après le film « Fukushima, le couvercle du soleil », une personne n’a pas voulu me croire quand j’affirmais que j’avais eu connaissance que des lycéens avaient visité la centrale de Fukushima Daiichi et étaient passés en bus devant les réacteurs. J’ai été surpris par cette réaction de déni à laquelle je ne m’attendais pas ; c’est pourquoi j’écris cet article : pour répondre à cet homme incrédule. Peut-être vous non plus, vous ne m’auriez pas cru ? Heureusement, j’avais été tellement choqué en voyant cette vidéo que je l’avais enregistrée. Je suis donc à même de vous le prouver.

Voici donc une vidéo montrant un voyage d’étude de lycéens de différents pays, dont la France. Ce reportage a été diffusé le 16 août 2018 par la chaîne japonaise TBS News. À 5:15, après que le bus des lycéens soit passé devant le réacteur n°4, un guide parle en japonais. Une traductrice poursuit : « Maintenant, c’est 10 microsieverts » ; « et ça va augmenter très vite » ; cela veut dire : on va passer devant le réacteur n° 3…  Fait et dit : « maintenant, c’est 70 ».

On voit bien la manipulation : aucun jeune dans le bus ne semble montrer la moindre inquiétude. Pourtant, 70 µSv/h, ce n’est pas anodin. Pourquoi imposer ça à des enfants ? Pourquoi leur faire croire qu’ils ne risquent rien ? Sinon pour aller répandre la bonne parole rassurante aux quatre coins de la planète ? Fukushima, on maîtrise, ce n’est plus dangereux, on peut même y faire du tourisme nucléaire et ne prendre qu’une dose de 0,01 mSv. La propagande pour des JO propres est bien en cours, sur tous les fronts. « La façon la plus simple de partager cette expérience, c’est tout simplement de la raconter, d’expliquer ce que nous, on a vu, que ce soit à nos amis, à nos parents », explique Adèle, du lycée Notre-Dame de Boulogne-Billancourt, à la fin du reportage.

 

Au Japon, on utilise également les enfants pour faire croire à la population que la pollution radioactive n’est pas un problème sanitaire : il n’est pas rare, toujours dans un intérêt collectif, de faire participer des élèves à la décontamination, comme ces collégiens et lycéens qui avaient participé en 2015 au nettoyage de la route nationale 6 en t-shirt alors que cette route était interdite jusque-là pour cause de forte contamination radioactive.

 

En 1978, quand l’Amoco Cadiz s’était échoué sur les côtes de Bretagne, on m’avait proposé de participer à un voyage pour démazouter les plages. J’avais tout de suite dit oui. Quand on est adolescent, on ne réfléchit pas beaucoup. Sauf si on est informé. Je n’ai jamais été informé des risques que représentait l’inhalation de gaz toxiques émis par le pétrole brut. J’y suis allé car je voulais aider, et puis l’idée d’un voyage en Bretagne était plaisante également. Les nausées, les maux de tête, c’était normal, on le supportait. Et puis de toute manière, on avait des gants, des bottes et des cirés, on était protégé. Du moins on le croyait. Je pense que pour ces jeunes lycéens que l’on emmène à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’est encore pire. Car les adultes qui les encadrent, les proviseurs qui organisent, les parents qui autorisent n’ont aucune excuse. Ils savent tous que la radioactivité est dangereuse et que la poussière est porteuse de microparticules radioactives. Alors pourquoi emmènent-ils des enfants dans des zones contaminées, au plus près du monstre qui a créé cette catastrophe ? Je ne comprends pas.

 

Que des journalistes prennent le risque de visiter la centrale, pourquoi pas ? Ils sont adultes et ont les capacités de connaître les dangers. Pour des enfants, c'est différent. Ils sont embarqués dans un parcours scolaire dont ils ne maîtrisent pas encore le contenu. Ils ne peuvent donc pas consentir à se faire irradier et inhaler des particules radioactives en connaissance de cause car ils sont trop jeunes et leur formation à la radioprotection est limitée au discours officiel franco-japonais. En effet, ces voyages font partie d’une formation à la radioprotection qui comprend ce questionnement : « Quels sont les effets des rayonnements ionisants sur la santé et comment évalue-t-on le risque aux faibles doses ? » Le message est donc clair : les faibles doses, ce n’est pas dangereux ; la preuve, on peut vous faire visiter une centrale nucléaire fraichement accidentée…

 

Pourtant, plusieurs études scientifiques ont déjà démontré que les faibles doses étaient dangereuses, et spécialement pour les enfants. Alors j’écris cet article également pour ces adolescents, j’espère qu’il parviendra jusqu’à eux. J’espère qu’ils liront les conclusions des études qui ne seront pas diffusées durant leur formation. J’espère que leurs parents les liront aussi et qu’ils prendront connaissance des témoignages d’autres parents.

 

Pierre Fetet

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Formation à la radioprotection :

Les faibles doses radioactives sont dangereuses

Quelques études scientifiques qui le montrent

Alice M. Stewart, Effets sur la santé de l'irradiation par des doses faibles, septembre 1982

 

Collectif IndependentWHO, Actes du Forum Scientifique et Citoyen de la Radioprotection : de Tchernobyl à Fukushima, Genève, mai 2012

 

Hisako Sakiyama, Évaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon, mars 2013

 

Joseph Mangano, Janette Sherman, Christopher Busby, “Changes in confirmed plus borderline cases of congenital hypothyroidism in California as a function of environmental fallout from the Fukushima nuclear meltdown”, Open Journal of Pediatrics, 3, 370-376, décembre 2013

 

Elias Flockerzi, Stefanie Schanz, Claudia E. Rübelow, “Even low doses of radiation lead to DNA damage accumulation in lung tissue according to the genetically-defined DNA repair capacity”, Radiotherapy & Oncology, vol. 111, issue 2, 212-218, mai 2014

 

Klervi Leuraud, David B Richardson, Prof Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O'Hagan, et al., “Ionising radiation and risk of death from leukaemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS): an international cohort study”, The Lancet, Vol. 2, Issue 7,  juillet 2015

 

 

Formation aux parents :

Protégez vos enfants

Témoignages de parents japonais

- témoignages de mères de Fukushima

- témoignage de Aya Marumori

- témoignage de Yoko Shimosawa

- témoignage de Ruiko Muto

 

 

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Établissements français impliqués dans la formation à la radioprotection :

- Lycée Notre-Dame (Boulogne-Billancourt)

- Lycée Nelson Mandela (Audincourt)

- Lycée Bois d'amour (Poitiers)

- Lycée Louis de Broglie (Marly-le-Roi)

- Lycée Paul Vincensini (Bastia)

- Lycée Aliénor d'Aquitaine (Poitiers)

- Lycée Simone Weil (Dijon)

- Lycée Clémenceau (Nantes)

- Lycée Europe (Dunkerque)

- Lycée Giocante de Casabianca (Bastia)

- Lycée Carnot (Dijon)

- Lycée Thomas Hélye (Cherbourg)

- Lycée Métiers Nature (Coutances)

- Institut Saint-Lô (Agneaux)

 

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MàJ 18/05/19

 

Les rencontres internationales de lycéens pour visiter le site Fukushima-Daiichi sont encouragées par l’association CEPN (CEA, EDF, AREVA-ORANO et IRSN) pour rendre acceptable des accidents majeurs nucléaires. Dans la vidéo, dans l'autocar qui emmène les lycéens, on aperçoit Ryogo Hayano, professeur de physique à l’université de Tokyo.

 

En savoir plus en lisant d'autres articles sur le sujet :

http://www.fukushima-is-still-news.com/article-school-trips-to-fukushima-122341341.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/04/objective-and-scientific.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/11/fukushima-students-visit-plant.html

https://www.forbes.com/sites/prossermarc/2016/04/15/how-200-japanese-high-school-students-became-fukushima-fallout-scientists/#2b9ae9fa2332

https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/editors/3/exchangetourinfukushima/index.html

https://twitter.com/TEPCO_English/status/986507156395409408

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 21:45

 

Traduction : Évelyne Genoulaz, à partir de la version anglaise du discours en japonais de Yoko Shimosawa, prononcé en novembre 2018 à l’occasion d’un "rallye contre l'énergie nucléaire et le cycle du combustible", organisé par les opposants du réacteur de Monju.

 

Concernant la détérioration de la condition physique en relation avec la catastrophe de Fukushima dont parle Yoko Shimosawa, les gens l'ont constatée depuis 2013 et de façon de plus en plus évidente à partir de 2015 si bien que le Dr Shigaru MITA a commencé à analyser les hormones hypophysaires de patients, comme cela est expliqué dans cet article.

-oOo-

 

« Aujourd’hui, je me présente devant vous au nom de toutes les personnes évacuées en raison de l’accident nucléaire du nord-est du Japon.

Ce fut une expérience abominable et ce qui me fait le plus mal, à moi, c’est que l’accident nucléaire a signifié, pour moi, voir ma fille si pleine de vie perdre jour après jour la santé jusqu’à finir par demeurer allongée dans son lit.
J’ai élevé mes enfants à Tokyo, que certains ont crue épargnée par les effets nocifs de la radioactivité, mais pour moi, ça sonne faux.
J’ai constaté le contraire car chaque fois que j'ai emmené ma fille hors de Tokyo, elle a miraculeusement recouvré la santé. Tandis que chaque fois que nous revenions vivre à Tokyo, elle recommençait à souffrir de la même maladie.
Ma fille me répétait toujours la même chose : « je me sens tellement mal, je me sens si faible, j'ai mal aux jambes et aux mains. » Tous ces symptômes ont été permanents lors de nos derniers jours à Tokyo. Mais écoutez-moi bien : elle n’avait ni cancer de la thyroïde, ni leucémie.
Un médecin nous a conseillé de quitter définitivement Tokyo. J'ai suivi ses conseils et nous avons déménagé pour Kobe, dans le Kansaï. A partir de ce moment, elle a recouvré une belle santé.

Huit années se sont écoulées depuis l'accident et, à ce jour, nous qui fûmes tout particulièrement victimes des radiations émises dans la partie centrale de l'Est du Japon, qu’est-ce qu’il se passe dans nos corps ?...
Sommes-nous conscients du nombre de personnes atteintes de cancers à cause des radiations ? Qui peut dire le nombre considérable de personnes qui sont en train de mourir à cause de la radioactivité ? Est-ce qu’on sait quoi que ce soit à ce sujet ?


On entend aujourd’hui de plus en plus de gens dire "je ne me sens pas bien".
Des personnes qui perdent leurs facultés intellectuelles, qui se sentent extrêmement épuisées ou qui ont beaucoup de mal à se relever d'une maladie. Ces symptômes se font sentir cinq ans après l'accident.
Il y a une maladie qu’on appelle “Buraburabyo primaire” dont les symptômes sont très similaires à ceux d’une maladie que le docteur Shigeru Mita a appelé la "maladie du déclin des capacités". Elle s’attaque au cerveau suite à une contamination interne par de faibles doses de radioactivité.

Le gouvernement actuel fait tout, avec tous les moyens dont il dispose, pour persuader le peuple du Japon qu'il n'existe pas de “problème de radiations” aujourd'hui.
Même dans les programmes éducatifs, on tend à inculquer aux élèves que la radioactivité ne présenterait aucun danger. Or, il est fondamental de transmettre des informations justes, sinon, c’est l'intimidation et la discrimination entre étudiants qui deviennent la règle. Tout dernièrement, ma fille a reçu de son école une brochure sur la radioactivité dont les informations étaient insensées.

Pour nous protéger de l'exposition interne aux radiations, il faudrait rassembler en un lieu unique toutes les substances contaminées. Car il faut les tenir loin des hommes.
Mais ce n'est pas ce qui se passe car le gouvernement n'a aucun intérêt à les éloigner puisqu’il préfère répéter avec insistance qu’il n’y a pas de contamination causée par la radioactivité.
Notre gouvernement répète inlassablement les mêmes opérations - enlèvement, décontamination, dilution, réduction du volume et traitement - toujours la même chose encore et encore, mais tout ça ne permet pas de résoudre le problème de la contamination par la radioactivité. Le gouvernement refuse de nous permettre d'échapper aux radiations ; en fait, ça nous pousse même à rester !

C’est un fait que les accidents nucléaires sont causés par des catastrophes naturelles mais là, il s’agit d’autre chose parce qu’on parle de violence humaine en définitive. Avec cet accident nucléaire au Japon, que pensez-vous qu’il puisse y avoir de pire..?! En fait, il s’agit d’êtres humains qui ne protègent pas d’autres êtres humains.
Pourquoi selon vous sommes-nous confrontés à ces événements terribles?
C’est parce que notre gouvernement ne reconnaît pas la gravité des dommages que l’accident peut causer, en particulier à la santé. Le gouvernement estime que c’est une excellente idée de ré-exploiter les centrales nucléaires. « Réussissons notre politique nucléaire », a déclaré le gouvernement.
Maintenant, je vais vous demander si vous êtes d'accord avec ça ?...
Pourquoi n’y a-t-il personne pour manifester son opposition à ce plan du gouvernement ? C'est comme si une proie jetée en cage, au lieu de se débattre pour s'échapper, préférait se soumettre à son ravisseur.


Seuls les criminels créent des armes nucléaires et en font la promotion.
Nous sommes tous sous la domination du nucléaire. Tous les japonais sont des victimes, même les membres de la compagnie d'électricité et du gouvernement, nous sommes tous exposés à la radioactivité et nous sommes tous concernés.
Si nous pouvions chercher à connaître la vérité, nous pourrions espérer avoir une vie merveilleuse et il serait évident pour nous qu’il n’y a aucun intérêt à redémarrer les centrales nucléaires.
Une fois que l'environnement est pollué par la radioactivité des centrales, il est très difficile de faire marche arrière. Nous surtout, les habitants du nord-est du Japon, nous serons toujours exposés aux radiations.
Mes enfants et moi-même, nous continuons à faire des analyses de sang et à faire face à ce problème, parce que nous devons nous résigner à admettre ce fait que nous ne pourrons jamais complètement nous en remettre.


Est-ce que nous, les Japonais, nous faisons face à cette réalité tragique avec sérieux?
Nous ne pouvons pas changer le passé, mais pouvons changer l’avenir !
Même si nous continuons à vivre dans ce pays où s’est produit l’accident, je veux croire que nous pouvons être résilients et ne pas perdre une fois de plus ce que nous avons perdu un jour, à condition de tirer les leçons du passé, et de redoubler d’efforts pour travailler main dans la main, afin de nous protéger le plus possible les uns les autres.


Je suis toujours très attachée à partager mon expérience et ce qu’elle m’a appris, dans l'espoir que mon histoire puisse éclairer les gens. J'ai toujours cru à la force des individus et je suis convaincue qu’en rassemblant nos forces, nous pourrons sans aucun doute changer l’avenir.

C’est un honneur de pouvoir prendre la parole ici et de partager cette histoire avec vous tous aujourd’hui. Je vous remercie de votre attention. »

 

 

Discours de Yoko Shimosawa, évacuée de Tokyo

Texte original

 

私はひとりの避難者です。
私にとって原発事故とは、元気いっぱいの我が子が、少しずつ健康を失っていきぐったりと横たわる、そんなことでした。
私は、東京で子育てをしていました。
放射能の影響などないと言われている場所です。
でも、その東京から、原発による放射能汚染のない土地へ動かすと、どうにもならなかった娘の体調が奇跡のように蘇る、でも戻るとまたぐったりとなってしまう、ということを何度も体験しました。あるお医者さんの助言を得たのです。
その後、関西神戸の方へ引っ越し、娘の健康は見事な復活をとげました。事故から3年後のことでした。
みなさん、娘は、よく言われているような、甲状腺癌になったわけでも白血病になったわけでもないです。
「気持ち悪い、力が出ない、足が痛い、手が痛い!」
娘が東京での最後の日々苦しめられていたのはそんな症状でした。
事故からもうすぐ8年、今、私達に、とくに放射能の降り注いだ東日本を中心とした日本の人たちの体に一体何が起きているんでしょうか。
今、周りのガンの数の多さ、立て続くような若い人の突然死。意識されてるでしょうか?
でも、実は、もっともっと多くの人に、一般的に起きていることがあります。それは、
「体調が悪い」
と言うことなのです。
思考力や記憶力が落ちる、疲れて頑張れない、病気がうまく治っていかない、そんな変化が事故後5年位から深刻になってきているとのことです。
それは、原爆ぶらぶら病にとてもよく似ている症状です。三田茂先生は、「能力減退症」と名付けています。それは、被ばくの、脳、への影響の、1つの表れといいます。
今、行政は放射能の影響についてははっきりと、影響は無い、と宣言するようになりました。放射線は安全、それを周知徹底させるために、国を挙げて取り組んでいるようです。
そして、教育においても放射線は安全、を叩き込もうとしてます。
正しく学びましょう、放射線は怖くはないんですよ、いや、それはいじめや差別につながりますよ
娘が最近学校からもらってきた放射線副読本の冊子の内容は本当に本当に、ひどいものでした。
内部被曝から、人が人を守ることはできます。
それば単純なことです。放射能汚染は出来る限りひとつところにまとめ、人間から離す、ということです。
今、私たちの国はそれをしません。
今されている事は、その真逆です。
そんな事は必要ないんだ、て、なぜなら放射線は安全だから、て。
除去、除染、希釈、減容、処理、まるで放射能はアンダーコントロールであるかのような言葉とともに、汚染は私たちの環境にひたすら拡散されて行きます。
そして反対に、人は決して逃がしません。避難は、させないのです。
原発事故は、震災が引き起こしたのかもしれません、でも、今起きてるこれは、この被曝という暴力は、人がやっていることです。
原発事故のあとの日本で起きている、今もっとも恐ろしい事は、なんだと思われますか。
それは、人間が人間を守らない、ということです。
なぜ、こんな狂ったことが、まかり通るんでしょう。
「この事故はたいした事故ではなかった、放射能は健康影響を引き起こさない、だからほら大丈夫、これからも原発の再稼働をすすめて、原発政策を推進して行きましょう」
て、こういうことでしょ?て、本当は誰だって少し考えればわかります。
でもなぜでしょう、このあべこべにNOを突きつける声は、この国では少しも大きくなりません。
それはまるで囚われの身となった被害者が犯人の下で犯人の言うことだけを聞いて生きていくしかないと信じているかのごとく、です。
犯人、とは、核兵器を開発し、原子力を推進する人間たちのことです。
とらわれの身、となっているのは私たち日本人みんなです。みな当事者です。
日本人は今、核の支配の下に生きています。
それは、電力会社や行政の人間であっても、皆当事者なのです。みんな被曝をしています。
一人一人がそのことに気づき、奪われているその大切なものに気づいたとき、原発はどうしたって動くわけがないのです。
起きてしまった事故、汚されてしまった環境は、取り返しがつきません。私達は被ばくをしてしまいました。特に、東日本に住んでいた人、住んでいる人、はヒバクシャ、です。
私は親子で血液検査などを続けながら、そのことを突き付けられています。
世の中にはどうしても取り返しのつかない、償うことのできないことがあります。
私達日本人はこの悲しい現実に、向き合っているでしょうか。
過去は変えられない、でも、未来は違います。
失われたものを、最大限に取り戻すことができるよう、過去に学びもう二度と決して奪われることがないように、そして守るために、私達は努力できる、事故を起こした国に生きる大人は手をつなぎ、精一杯努めていくことが、できるはず、と信じます。
私は、自分の経験と、知りえたことを伝えたい、といつも願っているのです。
なぜなら、私は一人ひとりの人間を信じたい、そしてその一人一人が手をつなげばきっと現実は、未来は変えていけると信じます。
今日は伝える1つの機会をいただき本当にありがとうございました。

-oOo-

 

English Translation of Yoko-san’s November 2018 speech

 

Today, I stand here in front of you on behalf of all the evacuees of the nuclear accident from the North East of Japan.

It was a very catastrophic experience and what hurts the most is that, for me, the nuclear accident meant having to see my active daughter eventually lose her health until the only thing she’s left to do was to lie in bed.
I was raising my children in Tokyo, a city where some people believe has no effects of the harmful radiation, but this doesn’t ring true to me.
My experience shows the opposite because whenever I bring my daughter outside Tokyo she miraculously regains her health. But every time we moved back there, she starts to suffer from her illness again.
My daughter would always tell me “I feel so bad, I feel so weak, my legs and my hands hurt.” All these symptoms surfaced during our last days in Tokyo. But listen carefully; she did not suffer from thyroid cancer or leukemia.
One doctor advised us to permanently move out from Tokyo. I followed his advice and transferred to Kansai Kobe. After that, she completely recovered her health.

Eight years have passed since the accident, and right now, especially for us, who were affected by the radiation emitted in the central part of Eastern Japan, what happened to our bodies?
Are we aware of the number of people suffering from cancer because of radiation? What about the huge number of people dying consecutively still because of radiation? Do we know about it?
These days, more and more people say; “I feel sick”.
They lose the ability to think, they become extremely exhausted and their bodies find it hard to recover from illnesses. These symptoms are felt five years after the accident.
There is a disease called Primary Buraburabyo, its symptom is very similar to a disease which Doctor Shigeru Mita named as the "Ability Decline Disease". This affects the brain when one takes in LOW DOSES of radioactive material by internal radiation exposure.

The current government, with all its efforts, insists and convinces the Japanese people that there are no radiation problems today.
Even when it comes to formal education, the school seems to inculcate in the minds of the students that radiation is safe. The need to study with the right information is very important because doing the opposite will resort bullying and discrimination among students.
Just recently, my daughter received a brochure from school about radiation and its content was very terrible.

Now, in order for us to rid ourselves with the internal radiation exposure we have to see to it that we segregate to one place all substances contaminated by radiation. We have to keep them away from humans.
But such case is not happening because the government doesn’t like to put away these substances because of their insistence that there is no radiation contamination.
Our government keeps on doing the same drill-Removal, Decontamination, Dilution, Volume reduction and Processing, the same thing over and over but all these do not lead to solving the problem of radiation contamination.
The government refuses to allow us to escape from radiation; in fact, it even urges us to stay.

It is true that nuclear accidents are caused by natural disasters but in the present situation, it is not so, because it is a result of human’s violence.
After the nuclear accident in Japan, What do you think can be worse than that incident?
It is that human beings do not protect human beings.
Why do you think we face these awful happenings?
It is because our government doesn’t acknowledge the severity of harm the accident can cause especially for the health. The government believes that it is best to re-operate nuclear power plants. “Let’s achieve our nuclear policy,” the government said.
Now, I will ask you. Do you agree with this?
Why is there no one voicing out their opposition to this plan of the government?
It is like a victim who is captured, that instead of fighting to escape he becomes submissive to his abductor.
Only criminals create nuclear weapons and promote them.
We are all under the rule of the nuclear power. All of us Japanese people are victims, even the ones in the electrical power company and those in the government, we are all exposed to radiation, and we all concerned parties.
If we could find out the truth, we will be able to have a precious life and we will realize that it is needless to operate again the nuclear power plant.
Once the environment is polluted due to the nuclear radiation it would be very hard to regain its previous state. We, especially the residents from the North East part of Japan will always be exposed to radiation.
I, including my children continue to take blood test and face this problem because in this world we have to accept that there are just things that we can never entirely recover from.
Do we Japanese, face this tragic reality seriously?
We cannot change the past, but can change our future.
Even if we continue to live in this country where the accident happened; I believe we can retrieve and not to lose again the things we once lost if we try to learn from the past and double our efforts to work hand in hand in protecting each other as much as possible.
I am always eager to share my experiences and knowledge, hoping that I will be able to influence others through my stories. I have always believed in the potential of every single person and that if we work together as one, then we will surely be able to change the reality of our future.

It is an honor to be able to stand here and share this story to all of you today.
Thank you for listening.

 

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Photos : Yoko Shimosawa

 

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 19:30

 

Cet article de Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, a été publié le 11/03/2019 sur le site Géoconfluences, excepté le dernier paragraphe.

-oOo-

Après la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais a fermé tous les réacteurs du pays en urgence. Aujourd'hui, le Japon poursuit la réouverture progressive de ses réacteurs, tout en envisageant un recours croissant à d'autres sources d'énergie, parmi lesquelles les énergies renouvelables, secteur dans lequel le pays accuse, comme la France, un retard important.

 

Une part réduite de nucléaire pour toujours plus d’énergie renouvelable

 

2018 fut une année clef dans le domaine de la politique énergétique au Japon. Le 3 juillet 2018, le premier ministre japonais a rendu publique le 5e plan sur l’énergie du pays, exposant les options retenues à l’horizon de 2030. La part du nucléaire sera baissée à 22 % soit une chute de 8 points comparativement à la part présente avant l’accident de Fukushima, qui était de 30 %.

Cette part du nucléaire dans le mix énergétique est actuellement beaucoup plus basse, suite à l’arrêt de la totalité des 54 réacteurs présents sur le territoire conséquemment à la catastrophe de Fukushima. Le Japon a depuis redémarré neuf d’entre eux, et planifie le redémarrage de huit autres supplémentaires, comprenant la construction de trois nouveaux réacteurs qui viendront remplacer ceux devant être fermés en raison de leur ancienneté.

Source originale : http://www.japc.co.jp/atom/atom_1-7.html

Source originale : http://www.japc.co.jp/atom/atom_1-7.html

Revenir à une part du nucléaire à 22 % implique le redémarrage de 30 réacteurs, et la construction de réacteurs neufs qui auraient pour objectif de remplacer ceux qui ne pourront être relancés en raison de leur vieillissement. Il semble bien pourtant qu’à terme, le Japon tende vers une diminution graduelle de la part de nucléaire.

Le gouvernement s’attend néanmoins à rencontrer des difficultés dans l’ouverture ou la réouverture de réacteurs, notamment pour l’obtention des accords locaux, d’autant que certaines centrales sont localisées à proximité de failles sismiques actives. Il sait qu’il devra faire face à une opposition forte de la part des citoyens et se préservait déjà de toutes remarques en spécifiant que les chiffres donnés n’étaient qu’une image de la direction vers laquelle le pays allait s’orienter (source : Asahi Shimbun, 4 juillet 2018).

Le premier ministre Abe spécifiait alors qu’il s’agissait là d’une politique de relance économique destinée à l’exportation plus que de l’ouverture d’un marché national. Mais les principaux investisseurs japonais, Hitachi et Mitsubishi, se retirent peu à peu du secteur. Dernièrement, c’est en Angleterre et en Turquie que leur participation à la construction de nouvelles centrales a été abandonnée. Les évolutions de coopérations avec la France sont également remises en cause.

Par ailleurs, la volonté de développer des possibilités de recyclage du combustible reste au point mort. La perspective de pouvoir construire une structure de recyclage des déchets usagés dans le village de Rokkasho n’a pas abouti. Le pays s’est pourtant fait rappeler à l’ordre par les États-Unis qui ont demandé au Japon de réduire sa part de plutonium, celle-ci ayant dépassé la limite critique des 47 tonnes, soit de quoi réaliser 6000 bombes atomiques du calibre de celle lancée à Nagasaki le 9 août 1945. (Yusuke Ogawa, Asahi Shimbun, 6 juillet 2018),

 

Seul le nucléaire verra son coût d’électricité augmenter

 

Madame Mika Obayashi, directrice de l’institut des énergies renouvelables, estimait lors d’une conférence à la délégation de l’Union Européenne à Tokyo en juin 2018, que désormais le développement du photovoltaïque concentre les intérêts. Le photovoltaïque représente une production de 400 GW à l’échelle de la planète. Au niveau mondial, on note la place prépondérante de la Chine (53 GW), ainsi que les progrès prometteurs du Japon qui occupe une place non négligeable, au 3e rang après la Chine et les États-Unis. La France, quant à elle, occupe la 8e place, soit l’avant dernière des dix principaux pays producteurs. L’éolien produit désormais 539,6 GW et là encore, la Chine remporte la première place, loin devant les autres pays avec une production de 188 GW, alors que les États-Unis sont au 2e rang, avec une production de 89 GW. La France est au 7e rang avec 13,8 GW et le Japon se trouve en dernière place avec 3,4 GW.

Mme Obayashi souligne que l’une des difficultés propre au Japon, pour un meilleur développement des énergies nouvelles, est liée aux problèmes de grid, d’interconnexion entre les différentes compagnies chargées de produire de l’électricité dans le pays, au nombre de dix, ainsi qu’à l’accès aux réseaux intelligents (ou smart grid, réseaux qui permettent d’ajuster les flux d’électricité aux demandes des consommateurs en temps réel) existants.

La croissance de la production des énergies renouvelables entraîne une baisse du coût des installations, par économies d’échelle. Cette baisse du coût des installations engendre, à son tour, une baisse du coût de l’électricité ainsi produite qui devrait atteindre les - 60 % en 10 ans. Une comparaison du niveau de coût de l’électricité par source de production met en évidence une chute importante du prix de l’électricité produite par le PV (Utility-scale PV, Mega-solar), dont la déflation atteindrait - 89 % en 2025. Pour les autres modes de production, la chute des prix serait de : - 67 % pour l’éolien, - 27 % pour les gaz combinés, - 8 % pour le charbon. Seul le nucléaire verra son coût d’électricité augmenter de 20 % en raison des coûts trop importants des installations, du renouvellement des mesures de sécurité suite à Fukushima, de la mise aux normes nécessaire, cumulée à l’ensemble des difficultés de gestion des déchets produits.

Au Japon, le nucléaire, déjà minoritaire avant l'accident, a été remplacé par le recours aux énergies fossiles et plus spécifiquement le gaz. La France se distingue des autres pays par la primauté donnée au nucléaire engendrant un retard notable dans le développement des énergies renouvelables.

Au Japon, le nucléaire, déjà minoritaire avant l'accident, a été remplacé par le recours aux énergies fossiles et plus spécifiquement le gaz. La France se distingue des autres pays par la primauté donnée au nucléaire engendrant un retard notable dans le développement des énergies renouvelables.

Le Japon planifie néanmoins d'agrandir son parc de centrales thermiques au charbon, détenues par les mêmes industriels que les centrales nucléaires dont les directives ne sont pas définies en fonction de priorités écologiques. Avec 46 nouvelles centrales prévues, pour un total de 20,8 GW, 14 sont en construction. Si les regards et analyses se portent sur les types de production d'énergie, un marché très lucratif, il est à noter que le problème de la consommation d'énergie ne semble pas mobiliser les esprits. C'est pourtant là que se trouve le coeur du problème : il ne peut y avoir de mode de production durable et approprié à notre niveau de consommation énergétique actuel. Les smart cities basées sur le tout électrique ne viendront qu'accroître une situation déjà criante.

 

Une France isolée dans ses choix énergétiques

 

Suite à l’accord de Paris, les différents pays engagés dans la course à l’énergie prévoient, dans leur ensemble, une réduction de la part du charbon dans la production énergétique. Le Japon est à contre-courant sur ce choix, prévoyant d’augmenter sa production. Une seule exception en la matière, la France, qui elle opte pour la fermeture de la totalité des centrales à charbon tout en minimisant le développement des autres énergies renouvelables et continue à miser sur le tout nucléaire, un mode de production qui occupe encore la très grande majorité de sa production électrique alors que l’ensemble des autres pays planifie une décroissance de leur part de nucléaire, déjà moindre. Si les risques de tsunami sont certainement limités en France, il n’en reste pas moins que les situations d’inondations dues à la montée des eaux marines en raison de la fonte des glaces, aux fortes précipitations dues au réchauffement climatique et à la sur urbanisation et la multiplication des couches bitumées excessives accroît considérablement les risques de submersion des centrales nucléaires françaises. La France est désormais le seul pays au monde qui, loin de suivre l’engouement pour les énergies renouvelables, continue à développer le nucléaire et décide la recapitalisation d’Orano, groupe qui a succédé à Areva dont la dette légendaire n’aura jamais été épanchée. En pleine période de tensions sociales, le gouvernement français fait néanmoins le choix d’aggraver son déficit public de 2,5 milliards d’euros, coût de la recapitalisation d’Orano.

 

Cécile Asanuma-Brice
Chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 05:00

Le 13 février 2019, les techniciens de Tepco ont continué à explorer l’espace situé sous la cuve du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Pour cela, ils ont utilisé un nouveau robot de 30 cm de long, développé par Toshiba, qui possède à lui seul une lampe, une caméra, un dosimètre, un thermomètre et une pince articulée à deux doigts crantés. Il est relié par un câble de 4 mètres qui lui permet d’être alimenté en énergie, d’être contrôlé, de rapatrier en direct les informations relevées et de se déplacer dans l’enceinte de confinement en étant poussé ou tiré.

Envoi du robot vers la plateforme sous la cuve du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Envoi du robot vers la plateforme sous la cuve du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Dans un premier temps, Tepco a fourni une série de photos prises par l’engin, mais ces photos sont plus spectaculaires qu’autre chose. Elles sont d’abord diffusées pour montrer que Tepco travaille. Aucun prélèvement n'a été effectué, on n’a pas diffusé les chiffres de la radioactivité, mais on en parle, c’est l’essentiel. Une fois que ces informations lacunaires ont été diffusées en masse, avec une technique bien rôdée, Tepco a fourni ensuite des informations plus intéressantes mais de manière plus confidentielle ; comme on ne va pas parler de Fukushima tous les jours, les médias ne les reprennent pas, peut-être pour ne pas lasser les lecteurs.

 

Quelques grains de corium saisis par les pinces du robot (Capture d’écran vidéo Tepco)

Quelques grains de corium saisis par les pinces du robot (Capture d’écran vidéo Tepco)

Ainsi, Tepco a diffusé 15 jours plus tard une vidéo en japonais. On y apprend, grâce à un technicien pédagogue qui explique l’investigation dans le détail, que le robot est passé dans un trou (fait par le passage du corium ?) de la plateforme d’accès aux barres de contrôle pour visiter le fond du piédestal, ce support en béton qui supporte la cuve. L’engin a mesuré la radioactivité à différentes hauteurs (mais on ne connaît pas la distance par rapport au fond de la cuve), de 6,4 à 7,8 Gy/h. Eh oui, Tepco utilise maintenant le Gray (Gy), alors qu’elle avait toujours utilisé le Sievert (Sv). Ce sont des unités quasi équivalentes sauf que le Sievert prend en compte l'absorption moyenne par le corps humain… Hum, pas très clair tout ça pour le commun des mortels. Changer d’unité est une vieille technique de l’industrie nucléaire pour égarer les curieux. On ne conseillera jamais assez aux novices de s’informer sur ce sujet en lisant le vademecum sur le nucléaire de Georges Magnier. Mais revenons aux mesures ; on remarquera que Tepco a pris soin de ne pas donner une mesure trop proche du corium, à la base de l’enceinte. Il ne s’agirait pas de refaire la même erreur qu’en février 2017 où la mesure effrayante de 530 Sieverts avait été divulguée pour ce même réacteur...

 

Mesures de radioactivité dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mesures de radioactivité dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Par ailleurs, Tepco fournit également des températures aux mêmes points, fluctuant autour de 23 °C (contre 21°C un an plus tôt, sans doute à cause d’un débit d’eau de refroidissement moins élevé aujourd’hui).

 

La vidéo montre aussi une animation sur le meltdown, vous savez, cet évènement tant redouté qui signifie la fonte du combustible et la formation du corium. A ce propos, on a appris récemment que les trois meltdowns de Fukushima Daiichi avaient produit en tout une masse de corium d’environ 880 tonnes.

 

Le meltdown selon Tepco (Capture d’écran vidéo Tepco)

Le meltdown selon Tepco (Capture d’écran vidéo Tepco)

Quand on sait qu’il aura fallu attendre 8 ans après le début de la catastrophe pour ne déplacer que quelques grammes de cette matière, on peut imaginer que les 40 années données par Tepco pour récupérer les 880 tonnes qui se sont répandues dans les sous-sols de la centrale ne suffiront pas… Il faudra plutôt plusieurs siècles avant de régler le problème, si on peut le régler un jour.

 

On n’en saura pas plus pour le moment. Anniversaire oblige, gloire aux robots et surtout, pas de vague avant les JO ! Mais si, avant de se préoccuper de 2020, on prenait soin des enfants qui vivent en territoire contaminé ?

 

Pour finir, place aux images, aux captures d’écran pour les pressés et aux vidéos en bas de page pour ceux qui ont plus le temps !

 

Pierre Fetet

 

Trou dans la plateforme par lequel le robot est passé (Capture d’écran vidéo Tepco)

Trou dans la plateforme par lequel le robot est passé (Capture d’écran vidéo Tepco)

Emplacement prospecté par le robot au fond de l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Emplacement prospecté par le robot au fond de l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Descente du robot dans le fond de l'enceinte (Photo Tepco)

Descente du robot dans le fond de l'enceinte (Photo Tepco)

Matériel brûlé dans l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Matériel brûlé dans l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mer de corium figé sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mer de corium figé sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Grain de corium (Capture d’écran vidéo Tepco)

Grain de corium (Capture d’écran vidéo Tepco)

Poteau métallique soutenant la plateforme sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Poteau métallique soutenant la plateforme sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Vue du dessous du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Vue du dessous du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco observant les données du robot à distance (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco observant les données du robot à distance (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco gérant le robot en milieu radioactif (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco gérant le robot en milieu radioactif (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco dans le bâtiment réacteur 2 manipulant le cable du robot (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco dans le bâtiment réacteur 2 manipulant le cable du robot (Photo Tepco)

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation du robot dans l'enceinte et prises de vue

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation du robot dans l'enceinte et prises de vue

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation des ouvriers et du robot

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation des ouvriers et du robot

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Vidéos de Tepco

 

 

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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 19:08

Fukushima huit ans après

Un article du Dr Alex Rosen, président de l'IPPNW*, paru sous le titre original 15-faches Risiko für Schilddrüsenkrebs, 8 Jahre Fukushima, traduit par Yveline Girard et diffusé avec l'autorisation de l'auteur.

 

Ce mois de mars marque le huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Les enfants nés l’année de la fusion des réacteurs fréquentent aujourd’hui l’école primaire, tandis que de nombreux enfants et adolescents qui, à cette époque, ont ingéré de l’iode radioactif en respirant ou dans leur alimentation, ont atteint l’âge adulte. Beaucoup de temps a passé depuis les images bouleversantes des explosions dans les réacteurs de Fukushima Dai-ichi en mars 2011. Le sujet a à peu près disparu de la conscience publique, et au Japon, de plus en plus de gens voudraient étouffer les événements de cette époque et leurs conséquences. Et pourtant la catastrophe se poursuit.

Légende de la photo ci-dessus : la mère de Ayoto rassemble tous les documents concernant les examens de son fils et son irradiation (Photo de Ian Thomas Ash)

Jour après jour, de l’eau contaminée en provenance des bâtiments ayant abrité les réacteurs endommagés est déversée dans l’océan et dans les nappes phréatiques. Encore récemment, l’exploitant Tepco a été contraint d’admettre avoir trompé le gouvernement et l’opinion publique sur l’état réel de l’eau contaminée stockée sur le terrain des centrales et ce, des années durant. Contrairement aux allégations de l’entreprise selon lesquelles cette eau n’aurait plus contenu que du Tritium, les autorités japonaises ont constaté que 750 000 tonnes d’eau sur les 890 000 dépassent de cent fois le seuil maximal autorisé par l’État et qu’elles contiennent aussi une forte concentration d’isotopes radioactifs comme le strontium-90. Dans certains échantillons analysés par les autorités, la concentration de strontium-90 était 20 000 fois supérieure au maximum autorisé. Or, peu de temps auparavant, TEPCO avait fait part de son projet de déverser l’eau contaminée dans le Pacifique. Pour l’instant, ces nouvelles révélations ont mis un terme à ce plan.

Pendant ce temps, depuis la catastrophe, des villages entiers et des quartiers de zones urbanisées ont été nettoyés des retombées radioactives au prix d’un difficile travail de fourmi. Cependant, les régions boisées et montagneuses du nord-est du Japon, largement inaccessibles, représentent un réservoir incontrôlable de particules radioactives. Chaque tempête, chaque inondation, chaque incendie de forêt et chaque envol de pollens peut recouvrir de Césium 137 des territoires déjà décontaminés. C’est ainsi que de nombreuses localités, qui selon le gouvernement japonais pro-nucléaire devraient être repeuplées depuis longtemps, présentent des niveaux de radiation accrus. Et par voie de conséquence, les gens n’y retournent pas. Plus de 50 000 personnes sur les 200 000 déplacées initialement vivent aujourd’hui encore, huit ans après le début de la catastrophe, dans des foyers de réfugiés ou dans des hébergements de fortune. Et l’état prévoit de leur couper les aides. Ainsi le gouvernement pense-t-il les contraindre à retourner rapidement à l’endroit où ils vivaient. La commission des droits de l’homme de l’ONU s’est vue dans l’obligation d’examiner la situation de ces déplacés.

 

166 cas de cancers avérés, 38 enfants en attente d’opération

Que les radiations provoquent des problèmes de santé n’est nulle part aussi évident que dans l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde. Depuis 2011, on examine tous les deux ans la thyroïde des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs nucléaires. La première série de dépistages a eu lieu de 2011 à 2014, la deuxième de 2014 à 2016, la troisième de 2016 à 2018, la quatrième, en cours, à partir de 2018. Tandis que l’exploitation des données de la première série est terminée, celle des deuxième, troisième, et quatrième surtout est encore incomplète. Néanmoins il est déjà possible de tirer des conclusions à partir des résultats disponibles. Alors que ces examens avaient été effectués à l’origine pour rassurer les populations sur les conséquences de l’accident, ils ont en fait mis en évidence des résultats inquiétants.

Selon les données du Registre du Cancer Japonais, le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) des cancers thyroïdiens chez l’enfant avant la catastrophe était d’environ 0,35 pour 100 000 enfants. Avec une population de 360 000 enfants dans la préfecture de Fukushima le nombre attendu de nouveaux cas serait donc de 1 seulement par an, c'est-à-dire 8 depuis le début de l’accident à la centrale, en mars 2011.

Or, dans cet intervalle de temps, des biopsies de la thyroïde à l’aiguille fine ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants. 167 de ces enfants ont dû être opérés entretemps en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux. Dans 166 cas, le diagnostic histologique de carcinome thyroïdien a été confirmé, un seul cas de tumeur bénigne a été constaté. Trente-huit enfants sont encore en attente d’opération. Ces chiffres s’appuient sur les dernières publications de l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) en date du 27 décembre 2018, qui prennent en compte tous les résultats d’examen disponibles à la fin septembre 2018.

La FMU a également déclaré dans sa dernière publication que parmi les 217 513 enfants ayant subi des tests complets (soit 64,6% des 336 669 enfants concernés), 141 275 (soit 65%) présentaient des nodules ou des kystes sur la thyroïde. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le nombre de pathologies détectées chez des enfants qui lors des examens précédents ne présentaient encore aucun symptôme inquiétant : chez 22 108 enfants (10%°), on a détecté dans la troisième série de dépistages des kystes et des nodules qui n’existaient pas lors de la deuxième série. Chez 135 d’entre eux, la taille des nodules dépassait 5 mm, et les kystes 20 mm, si bien que des examens complémentaires ont été nécessaires.

Par ailleurs, chez 577 enfants présentant des kystes ou des nodules de petite taille lors du deuxième dépistage, leur croissance a été telle que des examens plus poussés ont été nécessaires également.

Chez 54 des enfants présentant des résultats anormaux, des biopsies à l’aiguille fine ont été effectuées. Dans 18 cas, un cancer a été suspecté. Treize enfants ont été opérés depuis et le diagnostic de carcinome thyroïdien a été confirmé.

Ainsi, depuis l’an passé, dans le troisième dépistage, 5 cas confirmés de cancers et 6 suspicions de cancer se sont ajoutés aux cas précédents. Trente-cinq pour cent des données de ce troisième dépistage n’ont pas encore été exploitées, si bien qu’on ne peut pas encore en tirer de conclusions définitives.

 

Un effet de dépistage ?

Du côté du lobby nucléaire, on essaie toujours de rapporter le nombre élevé de cancers de la thyroïde à Fukushima à ce qu’on appelle l’effet de dépistage. Cet argument aurait encore pu passer pour les 101 cas de cancers de la première série de dépistages, mais il ne vaut plus pour la deuxième ni la troisième série. Les cas qui ont été détectés alors sont forcément nouveaux. Si l’on considère exclusivement les cas de cancers de la thyroïde qui ont été détectés lors de la deuxième et de la troisième série de dépistages, on en arrive au nombre total de 65 nouveaux cas (52 pour la deuxième série et 13 pour la troisième). Pour une population étudiée de 270 000 enfants et un intervalle de 4,5  années (d’avril 2014 à septembre 2018), cela représente une incidence d’environ 5,3 nouveaux cas de cancers de la thyroïde pour 100 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs. Comme cela a déjà été expliqué plus haut, le taux habituel de ce cancer est de 0,35% pour 100 000 au Japon. Dans la préfecture de Fukushima le taux de nouveaux cas de cancer est par conséquent plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Autrement dit : les personnes qui étaient enfants à Fukushima lorsque l’explosion a eu lieu ont un risque 15 fois plus élevé que les autres de développer un cancer de la thyroïde. Ce résultat est extrêmement significatif et ne peut en aucun cas être expliqué ou relativisé par l’effet de dépistage.

Il faut de surcroît considérer qu’en même temps, plus de 87 000 enfants de la population ayant fait l’objet des examens à l’origine sont sortis de l’étude, qu’un tiers des données de la troisième série de dépistages n’est pas encore connu et que tous les cas de cancers qui sont décelés et traités en dehors des hôpitaux officiels ne sont pas pris en compte dans les statistiques, si bien que le nombre réel de cas est certainement bien plus élevé.

 

Le cancer de la thyroïde : une affection banale ?

Au vu de cette évolution préoccupante, il est bon de rappeler que le cancer de la thyroïde, en dépit de perspectives thérapeutiques relativement bonnes, n’est pas une maladie anodine, quoi qu’en dise le lobby nucléaire. Il peut entraîner d’importantes conséquences pour la qualité de vie des malades et leur état de santé. Une opération de la thyroïde comporte des risques importants, les patients et les patientes doivent prendre des médicaments à vie, se soumettre régulièrement à des analyses de sang, et vivent constamment dans l’angoisse de la récidive. Selon une étude de la fondation japonaise pour le soutien aux enfants malades du cancer de la thyroïde, 10% des patients et patientes opérés ont déjà connu une récidive, c'est-à-dire qu’ils ont développé de nouvelles tumeurs cancéreuses, qui ont dû être de nouveau opérées. Dans la préfecture de Fukushima, le cancer a récidivé au bout de peu d’années chez 8 des 84 enfants soignés pour cancer.

 

Répartition géographique des cas de cancer de la thyroïde

L’an dernier déjà nous avions indiqué que la répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde chez les enfants coïncidait avec le degré de contamination à l’iode radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture : www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Fukushima/SD_Artikel_Fukushima_Maerz_2018.pdf

Le taux le plus bas relevé, 7,7 suspicions de cancer après biopsie pour 100 000 enfants par an, se retrouvait dans la région de Aizu, la moins contaminée par les particules radioactives. Avec 9,9 cas pour 100 000 on trouvait ensuite la partie de Hamadori, également peu contaminée par les radiations. Le taux était plus élevé (13,4 cas pour 100 000 par an) à Nakadori qui fut plus contaminé, le taux le plus élevé étant constaté dans les 13 localités les plus contaminées tout autour de la centrale (21,4 cas pour 100 000 par an). Les incidences de cette étude ne concernent pas seulement des cas avérés après opération, mais aussi les suspicions de cancer après biopsie, raison pour laquelle ils sont supérieurs aux chiffres cités plus haut.

 

Des tentatives pour vider l’étude de tout sens

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pro-nucléaire et de la puissante industrie nucléaire du pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU.

Déjà l’an dernier, nous avions attiré l’attention sur le fait que la FMU elle-même faisait tout pour faire capoter les études sur les affections de la thyroïde. C’est ainsi que contrairement à ce qui était prévu initialement et qui avait été annoncé, à partir de l’âge de 25 ans, les examens n’auront plus lieu tous les deux ans mais seulement tous les cinq ans. Par ailleurs, on a appris que des collaborateurs de la FMU passaient dans les écoles pour informer les enfants de leur droit à refuser les examens et de leur droit à l’ignorance. Depuis peu est apparue sur les formulaires l’option « Opt-out », c'est-à-dire la possibilité de sortir de l’étude. C’est tout à fait remarquable, dans la mesure où la participation a toujours été volontaire et que, d’ores et déjà, 20 à 30% des enfants ne font pas partie des cohortes se soumettant aux examens. Les critiques soulignent aussi qu’à partir de 18 ans, les frais d’examen ne seront pas assumés par les pouvoirs publics mais supportés par les patients et leurs familles. On peut supposer que les efforts de la FMU visent à diminuer le taux de participation aux examens et, à long terme, de faire perdre toute valeur à l’étude en déformant les résultats des tests, un résultat qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire du Japon.

Il faut également souligner de nouveau que les chiffres de la FMU ne représentent qu’une partie des maladies survenues en réalité. Celle-ci ne prend pas en compte les autres affections liées aux radiations hormis les cancers de la thyroïde, pas plus qu’elle ne s’intéresse aux affections atteignant les personnes âgées de plus de 18 ans au moment de la fusion des cœurs, celles qui n’étaient pas enregistrés dans la préfecture de Fukushima à ce moment-là, celles qui ont déménagé depuis ou qui pour des raisons personnelles n’ont pas pris part aux dépistages. Un autre fait qui montre comment les statistiques officielles sont manipulées, c’est le refus de prendre en considération les cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués en dehors des hôpitaux appartenant à la FMU. Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de son enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de l’enfant n’avait pas été posé par eux, mais par une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour confirmer le diagnostic et suivre le traitement. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent par les responsables de l’étude.

Fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il avait participé au premier dépistage de l’Université ; mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et, de ce fait, n’ont pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés, combien de cas se sont déclarés en-dehors de la préfecture ou chez des personnes qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tout cela n’a jamais fait l’objet de la moindre recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne le saura jamais.

 

Le droit à la santé

Nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et en même temps, en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres sont vraisemblablement systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut s’attendre à une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies provoquées ou aggravées par les radiations ionisantes. Les tests de la FMU sur la thyroïde constituent les seuls tests en série à même de donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils risquent en l’état actuel des choses d’être manipulés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les habitants de Fukushima et les Japonais ont un droit inaliénable à la santé et à une vie dans un environnement sain. Dans ce contexte, les tests thyroïdiens chez les enfants ne bénéficient pas seulement aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et qui peuvent ainsi être soignés, mais à toute la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur suivi scientifique sont donc d’intérêt général et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
 

Dr. Alex Rosen,  président de l'IPPNW

 

Sources : Proceedings of the 33rd Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Management Survey, December 27th, 2018
https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal/kenkocyosa-kentoiinkai-33.html
NHK: Thyroid cancer relapses in some Fukushima children. 01.03.2018.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24
Sheldrick A, Tsukimori O. "Fukushima nuclear plant owner apologizes for still-radioactive water".
Reuters, 11.10.2018.
https://www.reuters.com/article/us-japan-disaster-nuclear-water/fukushima-nuclear-plant-owner-apologizes-for-still-radioactive-water-idUSKCN1ML15N

* L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et le syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW Europe : http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Celui de l’IPPNW Allemagne : https://www.ippnw.de/

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En savoir plus

 

Article d’Akio Matsumura du site « Finding the missing link » (2019)

Huit ans plus tard, Fukushima pose encore des problèmes sanitaires pour les enfants

 

Article du blog Vivre après Fukushima (2018)

Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

 

Dossier IPPNW (2016)

Vivre 5 ans avec Fukushima : résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

 

Vidéo de Kna (2013)

Enfants de Fukushima et problèmes de thyroïde

 

Article du blog de Fukushima (2012)

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Article du blog de Fukushima (2011)

Les effets de la catastrophe de Fukushima sur la santé

 

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 10:14

Voici des informations sur le Japon nucléaire transmises par Kolin Kobayashi, président de l’association Echo Echanges et correspondant du "Days Japan" à Paris. Selon lui, la préparation des JO de Tokyo est en train de faire oublier Fukushima alors que la centrale de Daiichi est toujours en état d’urgence. Vous pourrez le rencontrer dans toute la France lors de débats organisés autour du film de Futoshi Sato « Fukushima, le couvercle du soleil » (voir les dates et lieux dans l’agenda).

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d'après une carte de l'OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d'après une carte de l'OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Le nucléaire civil au Japon, Fukushima

 

 

Chiffres 

Nombre total de centrales : 19 centrales

Nombre total de réacteurs : 54 réacteurs actifs avant Fukushima.

Nombre de fermetures décidées : 21 réacteurs

Nombre de  réacteurs redémarrés : 9 au 1er déc 2018 (Ikata, Sendaï, Takahama, Ooi, Genkaï)

Nombre de réacteurs passés au contrôle de la nouvelle norme : 9

Nombre de réacteurs en construction : 3 (Oma, Totsu, Shimané)

 

L’Arrêt total de toutes les centrales :

Zéro réacteur pendant presque deux ans entre mai 2012 et août 2015. Pendant cette période, le Japon a utilisé des centrales de charbon et de fuel, mais l'augmentation de consommation de charbon n'a pas dépassé 10 %. Le gaz naturel +9 %

La part du l'électronucléaire avant Fukushima : 30 %

L'augmentation de production solaire : 45 milliards KWh qui dépasserait celle de l’électronucléaire (17 milliards).

 

Les préoccupations avant la 8ème année (le 11 mars 2019) de la catastrophe de Fukushima

L'accident continue et on est toujours sous l'état d'urgence. On ne réussit pas encore à confiner la radioactivité.

 

Retour des habitants

Depuis le printemps de 2017, les zones de préparation de l'ouverture sont ouvertes et le gouvernement et le département de Fukushima préconisent de faire retourner les habitants dans leurs zones contaminées. M. Shunichi Tanaka, ancien président de la commission de régulation nucléaire, originaire de Fukushima, s'installe à Iitaté pour montrer qu'il n'y a pas de risque radioactif. La commune de Iitaté (40-50 km Nord-Ouest de Fukushima-Daiichi) est un lieu stratégique à la fois pour les pronucléaires qui voudraient effacer ce mauvais souvenir de Mars 2011 et les antinucléaires qui voudraient démontrer qu'il peut y avoir une contamination importante même si on est éloigné de 40 km. Les villageois n'ont pas été informés que leur village a été massivement contaminé. Un mois plus tard, tous les résidents ont été évacués.

Les lobbys japonais et français travaillent de conserve pour accréditer le mythe de la sécurité face à la radioactivité, dans la continuité du projet Ethos en Belarus, pour faire revenir les habitants.

La propagande des lobbys japonais et français prévoit d'organiser un voyage d'études au Japon avec les lycéens internationaux, y compris les lycéens français, à  Fukushima et aussi au site de Fukushima-Daiichi, pour persuader que la radioactivité n'est pas très grave. Une propagande organisée par les scientifiques japonais et français liés à la sphère Ethos du lobby international.

 

Rejet de l'eau contaminée dans l'océan Pacifique :

La quantité des eaux contaminées dépasse aujourd'hui 1 120 000 tonnes avec plus de 1000 réservoirs. La limite de la marge du stockage dans le site de Fukushima sera atteinte dans deux ans.

On constate que ces eaux contiennent non seulement plus de 1000 billions de Bq en total de tritium mais aussi du césium 137 et 134 et du strontium. TEPCO et les autorités japonaises préconisent d'en rejeter dans l'Océan Pacifique. Ils ont organisé trois auditions publiques au cours desquelles les habitants et surtout les pêcheurs se sont montrés farouchement opposés à cette solution. La commission citoyenne du nucléaire (organisation associative des scientifiques indépendants) préconise d'en stocker dans les grands réservoirs pour 100 ans. Pour le moment la décision est suspendue.

 

Réutilisation des terres contaminées :

Le recyclage des déchets de moins de 8000 Bq/kg est autorisé.

Après les travaux de décontamination, les déchets contaminés sont stockés dans les sacs plastiques  et il y a aujourd'hui 16 millions 50 000 sacs : 1100 dépôts temporaires, 137 000 dépôts sur les lieux. Dans les communes d'Okuma et Futaba, on construit les deux sites de stockage intermédiaire qui doivent recevoir finalement 22 millions de sacs jusqu'en 2020. Pour éviter que le nombre de stockage augmente, les autorités japonaises autorisent de recycler/réutiliser les terres contaminées de moins de 8000 Bq/kg.

Le PDG de Veolia a déclaré qu'il a l'intention de faire un commerce de déchets en exportant vers le Japon ceux de France de moins de 8000 Bq/kg.

 

Suppression des indicateurs publics de dosimétrie :

Le département de Fukushima voudrait supprimer les indicateurs de dosimétrie publics. Il y a des auditions publiques et là aussi, les habitants s'opposent à cette décision.

 

JO de Tokyo :

La situation créée par la préparation des JO de Tokyo est terrifiante. Elle est en train de faire oublier Fukushima. La banalisation de la radioactivité et la propagande éthosienne. Il faudrait informer le public et le comité des JO français de la réalité de la contamination.

 

Les conséquences sanitaires :

A Minami-Soma, dans le département de Fukushima, d'après les statistiques* locales de l'hôpital municipal, le nombre des cas de cancers de la thyroïde est 29 fois supérieur au niveau d'avant l'accident, les cas de leucémie 10,8 fois, de cancers du poumon 4,2 fois, de cancers d'enfants 4 fois, de pneumonie 3,98 fois.

 

*Cela ne représente pas la situation globale du département de Fukushima, mais c'est significatif.

 

Kolin Kobayashi

 

 

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En savoir plus sur l’état de la centrale de Fukushima Daiichi en 2019

 

Catastrophe nucléaire de Fukushima : chiffres clé pour le huitième anniversaire (Dossier de l’ACRO)

 

2019 - Annual Report - Fukushima 8th Anniversary (Dossier de Simply Info - The Fukushima Project)

 

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Màj le 07/03/19

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 14:29

« Ça commence », c’est le titre qu’a donné Fonzy à son neuvième témoignage. C’est le titre qu’on pourrait aussi donner pour le démarrage de la grande communication pré-JO de Tepco sur la récupération du corium. La semaine dernière, le 13 février, après 9 mois de silence sur ses activités de démantèlement des réacteurs de Fukushima Daiichi, Tepco s’est vantée d’avoir réussi à déplacer, 8 ans après la catastrophe, quelques grammes de corium au fond de l’enceinte de confinement du réacteur n° 2. Certes, c’est une prouesse technique dans un environnement létal, mais il faut relativiser en pensant aux 257 tonnes de combustible fondu qu’il reste à récupérer dans les tréfonds inondés de la centrale. Il faut relativiser aussi l’état de l’information fournie par Tepco : des miettes lâchées aux médias – de belles images colorées, tels des tableaux de peinture contemporaine – car pas d’info sur le taux de radioactivité, sur la température… Des autorités, ce n’est pas mieux : pas d’info sur d’éventuelles études épidémiologiques suite à 2011, excepté cette surveillance des thyroïdes des enfants de Fukushima, qui n’est qu’un prétexte à diffuser des propos rassurants pour dire que le surplus de cancers n’est pas dû à la radioactivité. Alors face à ce mur de silence, comment ne pas s’inquiéter ?

PF

Légende photo ci-dessus : corium de Fukushima, réacteur n°2, détail d’une photo Tepco (février 2019)

 

 

 

 

Ça commence….

 

par Fonzy

 

Bientôt huit ans depuis la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima. La région est presque « restaurée » sauf une petite partie autour de la centrale accidentée, bien que la plupart des sinistrés n’y retournent pas. Il est normal qu’ils n’y retournent pas, car le césium est toujours là, le strontium est toujours là, et aussi le plutonium, etc… Les radionucléides, on ne les voit pas dans l’air, ni dans le sol, ni dans l’océan. Toutefois, on commence à voir leurs traces en nous, dans nos corps, sans doute. Je ne suis pas médecin, ni statisticienne, je n’ai aucune preuve scientifique, donc ce que je raconte pourrait être n’importe quoi, mais il y a quand même un peu trop de malades, un peu plus visibles qu’avant.

 

On entend presque tous les jours que tel chanteur a eu une crise cardiaque, telle actrice souffre du cancer du sein, tel homme politique est mort de la dissection aortique ; enfin, depuis quelques mois, j’entends trop souvent des peoples qui souffrent d’une maladie assez grave. Des fois, il s’agit d’une personne assez jeune, comme Rikako Ikee, 18 ans, superstar de la natation japonaise, qui vient d’annoncer qu’on lui a diagnostiqué une leucémie, ou Nosuke, 29 ans, chanteur atteint de la tumeur testiculaire germinale. Mais il y a aussi des personnes âgées comme Hitomi Kamanaka, 61 ans, cinéaste qui a réalisé de nombreux documentaires sur le nucléaire, qui a eu une hémorragie sous-arachnoïdienne, ou Enraku Sanyutei, 68 ans, conteur de rakugo, qui s’est fait opérer du cancer du poumon. Peut-être suis-je plus sensible qu’avant à ce genre de nouvelles, mais je dirais que c’est un peu trop fréquent quand même.

 

Moi, pour l’instant, ça va, sauf que j’ai attrapé un gros rhume en décembre dernier, ce qui m’a privé de voix pendant des jours. Curieusement, j’ai vu plusieurs personnes qui disaient qu’elles souffraient du même problème de la gorge presque en même temps que moi. Y avait-il du poison qui flottait dans l’air ? Ou la simple infection d’un virus ? Je ne sais pas.

 

Le 18 mars 2011, juste après l’accident de la centrale, Akio Komori, qui était alors directeur de Tepco, s’effondrait en larmes en disant que « Nous avons fait échapper la quantité mortelle de la radioactivité ». Maintenant, personne ne cite plus ce qu’a dit Komori. On dit que tout est devenu normal, tout est comme avant, mais je pense que Komori avait raison.

Akio Komori,  directeur chez Tepco, mars 2011, AP photo Kyodo

Akio Komori, directeur chez Tepco, mars 2011, AP photo Kyodo

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2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 17:41
Prochain accident nucléaire : les radionucléides que nous mangerons et respirerons

En 2011, je m’interrogeais sur les radionucléides de Fukushima et le fait que Tepco ne communiquait que sur l’iode 131 : la réponse était qu’il fallait laisser croire qu’un accident nucléaire était un problème à court terme ; en effet, l’iode 131 ayant une demi-vie de 8 jours, on n’en verrait plus la trace au bout d’environ 80 jours. Ce qui permettait à Thierry Charles (IRSN) d’affirmer aux médias sans sourciller que les Japonais évacués allaient pouvoir revenir chez eux au bout de trois mois (Le Monde, 11 avril 2011).

 

On a facile à comprendre pourquoi l'industrie nucléaire civile et militaire ne communique pas sur l’ensemble des radionucléides : il faut laisser les masses dans l'ignorance... Pas de recherche des radioéléments, pas d’étude épidémiologique, pas de problème !

 

Dernièrement, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé au gouvernement nippon « de se débarrasser de l’eau stockée à Fukushima » (Reuters, 13 novembre 2018), c'est-à-dire en rejetant le poison dans le Pacifique. Près d’un million de tonnes d’eau contaminée sur le site de la centrale de Fukushima 8 ans après le début de la catastrophe, ça fait tache ! Cette injonction de l’organisme international fait ainsi l’affaire du gouvernement de Shinzō Abe car, au niveau de la com’, les JO de 2020 doivent être nickel.

 

Et pourtant, le problème est loin d’être réglé. L’eau contaminée, dont le traitement est très difficile – on se rappelle qu’Areva s’était fait jeter par Tepco en 2014 pour incompétence en la matière – contient une infinité de radioéléments qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas éliminer (comme le tritium). Seuls une soixantaine de radionucléides ont été plus ou moins bien extraits de cette soupe mortelle qui peut encore en contenir plus d’une centaine.

 

J’édite ce billet d’une part pour que personne ne reste dans l’ignorance de ce que s’apprêtent à accomplir Tepco et le gouvernement japonais, de concert avec l’AIEA, et d’autre part pour rappeler qu’un accident nucléaire grave provoque généralement un nuage radioactif composé de centaines de radionucléides. Pour la prochaine catastrophe, personne ne pourra plus ignorer non plus la longue liste de ces éléments que nous allons plus ou moins inhaler et ingérer, sous la forme de nanoparticules, selon la distance où nous serons du point de rejet. Et si la contamination est trop élevée, on change les normes : en Europe, c’est le vieux traité Euratom qui fixe à huis clos les niveaux de radioactivité autorisés dans les aliments en cas de catastrophe nucléaire.

 

J’ai retrouvé une partie de cette liste de radionucléides (Cf. illustration en haut de page) dans un rapport du CEA de 1980, « Irradiation externe pendant et après le passage d’un nuage radioactif », publié quelques mois avant un accident de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (qu’EDF avait tenu secret à l’époque). Ce rapport mentionne les 276 radionucléides qui semblent être les plus importants (sic) lors d'un rejet radioactif d'une installation nucléaire. Mais, comme le cérium 144 dont on peine à connaître l’impact sanitaire, la plupart de ces éléments ne sont pas suffisamment étudiés.

 

Bien évidemment, comme me l’a suggéré un lecteur, il faudrait retirer de cette liste les produits de fission de très courtes et courtes périodes (Cf. tableau ci-dessous) car, si les rejets se produisent plusieurs heures après l’accident comme à Fukushima, ils ont alors complètement disparu. Toutefois, les premiers liquidateurs de Tchernobyl, pompiers et employés de la centrale qui ont éteint les incendies des toits des réacteurs, ont été exposés à une grande partie du cocktail du tableau. A chaque accident sa spécificité. A noter enfin qu’en cas d’explosion atomique de nature militaire, l’ensemble des produits de fission sont aussi présents dans les retombées de court terme, notamment quand les explosions ont lieu à très basse altitude, voire au sol, comme lors des premiers tests de bombe H dans le Pacifique, d’où l’irradiation massive des équipages des 992 thoniers japonais qui pêchaient autour de Bikini.

 

Pierre Fetet

 

 

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

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Pour mémoire, les accidents et catastrophes nucléaires (niveaux 4 à 7 sur l’échelle INES)

 

1952 : Chalk River

1957 : Kychtym

1957 : Windscale

1969 : Lucens

1969 : Saint-Laurent-des-Eaux

1977 : Bohunice

1979 : Three Mile Island

1980 : Saint-Laurent-des-Eaux

1986 : Tchernobyl

1987 : Goiânia

1999 : Tokaï-Mura

2006 : Fleurus

2011 : Fukushima

? : ...

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Disparition de Ginette Martin

J’ai le regret d’annoncer aux lecteurs du blog de Fukushima le décès, le 3 décembre 2018, de Ginette Martin qui a contribué sur ce site durant 5 ans à la diffusion de l’information provenant du Japon, grâce aux traductions qu’elle faisait des textes en espéranto de Hori Yasuo. J’exprime ici ma gratitude envers cette personne généreuse et fidèle qui nous a donné, jusqu’à l’âge de ses 80 ans, l’accès à des informations variées concernant la centrale de Fukushima Daiichi et plus globalement le nucléaire au Japon . On peut retrouver ses 57 traductions en suivant ce lien :

http://www.fukushima-blog.com/tag/textes%20de%20hori%20yasuo/

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Mise à jour : 03/02/2019 (Ajout du dernier paragraphe, du deuxième tableau et de deux liens)

 

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 22:16

Deux études scientifiques conduites "sur le terrain" au Japon, pourraient-elles (indirectement) plaider contre le retour forcé en zone contaminée ?

Le Mainichi les présente brièvement mais assez précisément.

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Les macaques de Fukushima

1) 18 macaques sauvages ont été capturés qui vivaient à moins de 40 km de la centrale Daiichi, dans une zone située dans le Nord-Est de la Préfecture de Fukushima et incluant les villes de Minamisoma et Namie.
Une équipe dirigée par Manabu FUKUMOTO (professeur émérite du département de Pathologie de l'Université du Tohoku) a constaté des anomalies dans leur formule sanguine, en particulier dans les cellules de la moelle osseuse qui produisent les plaquettes, par comparaison avec d'autres singes vivant dans d'autres zones. [NDR : c'est donc une étude "cas-témoins"].
Les chercheurs ont en outre constaté une forte diminution de certains composés sanguins chez les individus "exposés quotidiennement à une irradiation interne" [les faibles doses]. Leur hypothèse, c'est que les singes ont dû ingérer "des substances contaminées au radiocésium provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, par exemple l'écorce d'arbres".
L'équipe du prof. Fukumoto a produit une estimation de la dose de rayonnement en Césium présente dans les muscles des primates ; Fukumoto exprime auprès du journal :
" Il faut mener des recherches à long terme pour voir si ces anomalies auront un effet sur la santé des singes".

 

2) Au même moment, l'équipe de l'expert en zoologie de la faune Shinichi HAYAMA, Professeur à l'Université des Sciences de la Vie et des Sciences vétérinaires du Japon, a étudié les fœtus de singes en gestation.
Chaque année, de 2008 à 2016, le gouvernement municipal de Fukushima capturait des singes afin de contrôler l'évolution de la population...L'équipe de Hayama a examiné 62 fœtus capturés au moment de la crise 3.11. Leurs conclusions : par comparaison avec ceux d'avant le 11 mars 2011, ces fœtus présentent une tête plus petite et un développement de l'ensemble de leur corps, retardé. En notant que le régime alimentaire des mères n'a pas changé (avant/après 3.11) les chercheurs concluent que "l'exposition des mères singes au rayonnement a pu avoir eu un effet sur leur fœtus".
Hayama note cependant que "les singes de Fukushima ont sans doute été exposés à de fortes doses de radioactivité à un niveau sans équivalent rapporté aux humains, étant donné que les singes ont consommé des aliments contaminés et vivent près du sol, où les doses de radioactivité étaient élevées"...

 

3) Les macaques au Japon ne sont pas étudiés, à l'inverse d'autres animaux ou plantes, dans l'enquête en cours du Ministère de l'Environnement, pour l'observation des effets de la radioactivité suite à la catastrophe nucléaire ; or, 5 associations universitaires viennent de demander qu'ils soient inclus dans cette enquête, au nombre desquelles la Primate Society of Japan, (PSJ) dont le président, Masayuki Nakamichi, affirme auprès du Mainichi :

"Il est absolument crucial, et pour le reste du monde aussi, de mener des recherches sur les effets à long terme de l'exposition à la radioactivité des macaques japonais".

 

D’après THE MAINICHI, 25/11/2018 - Effects of suspected radiation exposure seen in Fukushima wild monkeys: researchers

 

 

_______________________________

En savoir plus…

 

Etudes sur les singes

Haematological analysis of Japanese macaques (Macaca fuscata) in the area affected by the Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant accident

Small head size and delayed body weight growth in wild Japanese monkey fetuses after the Fukushima Daiichi nuclear disaster

 

Article du blog de Fukushima

Fukushima : conséquences de la radioactivité sur la faune

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 21:19

Articles de HORI Yasuo traduits de l'espéranto par Robert MOLIMARD et Ginette MARTIN.

 

Sommaire

1 - "Le point sur les centrales nucléaires du Japon", rédigé le 26 juillet 2018

2 - "Le grand danger de la centrale nucléaire de Tomari", rédigé le 23 septembre 2018

3 - "On prévoit un grand séisme", extrait de l’article du 25 juillet 2018 « Le Japon se meurt »

4 - "Energie", extrait de l’article du 5 juillet 2018 « Relations entre le Japon et la Mongolie »

 

1. Le point sur les centrales nucléaires du Japon

 

Sept ans ont passé depuis que quatre réacteurs nucléaires ont été sérieusement endommagés à Fukushima. Maintenant, qu'en est-il des centrales nucléaires japonaises ?

 

TEPCO a décidé de démanteler les 10 réacteurs nucléaires de Fukushima

 

En 2011, avant l'accident, il y avait 10 réacteurs nucléaires à Fukushima, à savoir six dans la centrale nucléaire n°1 [daiichi] et quatre dans la centrale n°2 [daini] (Photo ci-dessous).

Centrale nucléaire de Fukushima Daini

Centrale nucléaire de Fukushima Daini

Parmi ceux-ci, quatre dans la centrale n°1 étaient endommagés et sont maintenant en cours de démantèlement. TEPCO a déjà décidé de réformer les deux autres de la centrale n°1, mais concernant les quatre réacteurs de la centrale n°2, la compagnie, qui continuait à ne pas dévoiler son intention, disant que c'était de la responsabilité du gouvernement, a finalement publié le 14 juin qu'elle les réformerait tous les quatre. Ces 10 réacteurs seront démantelés, pour la joie des habitants de Fukushima, et Fukushima deviendra un département dénucléarisé. Félicitations à eux, et à nous !

 Pour démanteler les six réacteurs de la centrale n°1, il faudra à TEPCO 280 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) et 30 à 40 ans. En remplacement, elle a l'intention de remettre en fonction sept réacteurs nucléaires de la centrale nucléaire de Kashiuazaki-Kariua dans le département de Niigata, à l'arrêt depuis le tremblement de terre de Niigata en 2007.

*Ma conclusion : Il semble que TEPCO ait perdu la partie contre les habitants de Fukushima, mais ne cesse d'intriguer pour renverser la situation dans d'autres départements.

 

 

La centrale nucléaire n° 2 de Tookai

 

L'Autorité de Régulation Nucléaire a approuvé la réparation convenable de la centrale nucléaire n°2 de Tookai du département d'Ibaraki (un réacteur). Cette centrale est située dans la métropole et 960 000 personnes habitent dans un rayon de 30 km autour d'elle. Le plan de secours est insuffisant, mais l'Autorité n'est pas responsable des refuges, seulement d'examiner l'adéquation du réacteur aux règles.

Centrale nucléaire de Tookai

Centrale nucléaire de Tookai

Ce réacteur a commencé à fonctionner en 1976, il est donc un réacteur caduc de plus de 40 ans. Car selon la loi, on ne peut utiliser un réacteur plus de 40 ans, mais l'Autorité a déjà approuvé sept réacteurs comme convenablement réparés pour pouvoir fonctionner, et les compagnies d'électricité préparent joyeusement leur remise en route.

*Ma conclusion : Les puissants essaient toujours de trouver une voie détournée.

 

 

TEPCO a refusé un accord avec les habitants de Namie

 

15000 habitants de la ville de Namie dans le département de Fukushima, qui ont dû trouver refuge à cause de l'accident nucléaire, ont demandé une compensation monétaire supplémentaire à TEPCO, au Centre pour la solution des conflits liés à l'accident nucléaire, mais celui-ci a refusé la demande. Pendant ces 5 années, 850 d'entre eux sont morts. Le maire M. Baba Tamotsu a dit en colère que TEPCO n'avait absolument aucun sentiment de faute dans l'accident.

*Ma conclusion : TEPCO semble demander pardon, mais en réalité son seul but est de survivre, même en piétinant ceux qui souffrent.

 

 

Travailleurs étrangers dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima

 

10 000 personnes travaillent chaque jour à la centrale nucléaire n°1. C'est donc 3 650 000 journées de travailleurs dont a besoin TEPCO chaque année. Il lui faudra 40 ans pour terminer le démantèlement de ces réacteurs, donc 146 millions de journées de travail humain. Est-ce qu'elle pourra embaucher autant de personnes ? Aura-t-elle suffisamment d'argent pour cela ? Je crains que non, mais TEPCO est très optimiste.

 

L'économie japonaise est actuellement prospère, mais le problème est le manque de force de travail. Le Japon se ratatine, avec énormément de vieux et peu de jeunes et d'enfants. Pour cela, le gouvernement invite de jeunes étrangers d'Asie comme "stagiaires". Ils travaillent dans des compagnies japonaises et "s'entrainent" pour que, retournant dans leur pays, ils utilisent les techniques et les capacités acquises. En fait, beaucoup de compagnies les utilisent comme une main d'œuvre bon marché. On a découvert en mai que six "stagiaires" vietnamiens travaillaient dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima alors que TEPCO avait décidé de ne pas embaucher d'étrangers. Ces six vietnamiens n'étaient pas directement embauchés par TEPCO, mais par un sous-traitant. Le président de cette compagnie a déclaré : "Je connaissais cette décision de TEPCO, mais les compagnies de construction n'existeraient pas sans travailleurs étrangers". Il n'y a pas de réacteur nucléaire au Vietnam, donc même si ces six ont acquis une expertise de travail à Fukushima, ils ne pourront l'utiliser nulle part dans leur pays.

Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles

 Le travail dans une centrale nucléaire est dangereux, c'est pourquoi de moins en moins de Japonais veulent y travailler. Je suppose que beaucoup d'étrangers travaillent clandestinement dans les centrales nucléaires de tout le Japon. J'ai peur qu'un jour, sous peu, TEPCO finisse par rejeter sa responsabilité de démanteler ces réacteurs en raison d'un manque de personnel et d'argent.

 

*Ma conclusion 1 : Les pauvres sont toujours les victimes des riches et des puissants.

*Ma conclusion 2 : Le gouvernement et les grandes compagnies comme TEPCO n'ont pas de vision du futur du Japon.

 

 

2. Le grand danger de la centrale nucléaire de Tomari

 

Un grand tremblement de terre est survenu

 

Le 9 septembre à 3h08, un grand séisme s'est produit dans le sud d'Hokkaido.

Les tremblements de terre sont fréquents au Japon.

 Le gouvernement et les experts sismologues recherchent où se trouvent les failles actives et en font la carte, mais ce séisme ne s'est pas produit au niveau des failles connues, mais de fissures inconnues. Cela signifie qu'il y en a beaucoup dans les îles japonaises, et que partout pourront survenir de grands tremblements de terre.

J'ai vu les dégâts à la télévision, et ai été très surpris par le nombre incroyable de glissements de terrain causés par le séisme. Toute la montagne a été quasiment écorchée par des ongles gigantesques (photo ci-dessous). Une cendre volcanique, qui recouvrait la montagne, a glissé à cause des énormes secousses, tuant environ 40 personnes et détruisant leurs maisons.

Glissements de terrain en de nombreux endroits

Glissements de terrain en de nombreux endroits

Ce n'est pas seulement le problème d'Hokkaido, car le Japon est une île volcanique, et la nature du terrain est la même partout.

Une autre surprise fut la formation de boue liquide dans la capitale Sapporo à 50 km de l'épicentre. Là, à cause de la résurgence des eaux souterraines, les rues s'y engloutirent et les maisons s'inclinèrent.

Le séisme a provoqué un autre grave problème, la panne de trois générateurs hydroélectriques de la compagnie d'électricité Hokkaido (en abrégé Hokuden) dans la ville d'Atsuma, sous laquelle il se produisit.  Cette centrale fournit la moitié des besoins d'Hokkaido en électricité. La panne a retenti sur d'autres petits générateurs, si bien que toutes les centrales d'Hokuden s'arrêtèrent. Dans la vie moderne, les gens ne peuvent vivre sans électricité. Les usines ne peuvent fonctionner, les éleveurs ne peuvent traire les vaches, et les vaches meurent d'affection mammaire, les hôpitaux ne peuvent soigner les malades, en fait toutes les fonctions se sont arrêtées et l'économie en souffre beaucoup. Même maintenant la fourniture de courant ne suffit pas et est instable, et les habitants vivent dans l'inquiétude.

La centrale nucléaire de Tomari, qui appartient à Hokuden, a aussi souffert, ayant perdu la totalité de l'apport électrique extérieur, devenant dépendante de celui qu'elle produit. Heureusement, ses réacteurs ne fonctionnaient alors pas pour cause de contrôle. S'ils avaient fonctionné, cela aurait provoqué de nouveau une grande catastrophe nucléaire.

La centrale nucléaire de Tomari

 

Cette centrale contient trois réacteurs nucléaires.

 

 

Système

Démarrage

Production

État actuel

N°1

PWA

22/5/1989

579 MW

En contrôle

N°2

PWA

12/4/1991

579 MW

En contrôle

N°3

PWA

22/12/2009

912 MW

En contrôle

*PWA : réacteur à eau pressurisée (REP). Tous les réacteurs nucléaires de Fukushima sont des réacteurs d'une autre espèce, à eau bouillante.

Centrale nucléaire de Tomari

Centrale nucléaire de Tomari

Mon amie plaidera au tribunal

Des actions de protestation se manifestent au Japon contre toutes les centrales nucléaires. À Hokkaido également existe un mouvement contre la centrale nucléaire de Tomari, et l'on accuse Hokuden, exigeant l'abandon de cette centrale. Mon amie, Mme Higushi Minako, qui a agi dès le début contre cette centrale, plaidera le 9 octobre devant le tribunal d'Hokkaido. Elle m'en a informé et m'a envoyé le texte de sa plaidoirie.  Elle se présente ainsi :

 

Je m'appelle Higushi Minako. J'ai été responsable de l'information de la "Société agissant pour l'abandon de la centrale de Tomari", de juin 2011 à juin de cette année.

Quand nous avons décidé de porter cette affaire devant le tribunal, nous n'avions pas suffisamment de collaborateurs, donc avec deux autres nous avons travaillé à ce sujet par téléphone et messages par internet.  Quand nous avons réussi à réunir 612 plaignants, j'étais très heureuse.  Maintenant, nous en avons 1233.

Je n'oublierai jamais la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Même sur le lointain Hokkaido sont tombés des produits nucléaires.  Quelques jours après l'accident j'ai mis au monde mon premier bébé. Pour nous protéger, avec quel soin j'ai choisi la nourriture !  Pour diffuser l'information sur le danger de l'accident nucléaire, j'ai commencé à éditer un petit document "Ginga Tsuushin" (Information Galaxie), et c'est cette année son 30e anniversaire.

Je ne suis pas experte pour parler en public, mais comme une de ceux qui ont cette fois fait l'expérience d'une vie sans électricité, tout à fait sans lumière, je parlerai sur le thème "Le tremblement de terre actuel à Hokkaido a rendu plus clair le danger de la centrale nucléaire de Tomari". Tous pourront assister au jugement. J'attends votre présence.

 

Texte de sa plaidoirie au tribunal

 

Le séisme de cette fois-ci à Hokkaido a rendu plus évident le danger de la Centrale nucléaire de Tomari.

Accusatrice:  Higuchi Minako

 

Le 6 septembre au petit matin a eu lieu dans le district oriental d’Iburi un tremblement de terre d’une intensité sismique de 7 (magnitude 6,7), et la compagnie électrique d'Hokkaido (Hokuden) n'a pas pu livrer d'électricité dans la totalité de l'île. Je vis dans la ville d'Ebetsu, à 60 kilomètres de l'épicentre d'Atsuma, mais je n'ai pas eu d'électricité chez moi pendant deux jours. Le trafic était arrêté. Les magasins étaient fermés. Nous ne pouvions pas acheter de nourriture. L'information ne venait que par une radio qui fonctionnait à peine avec une batterie. Pour la première fois, j'ai été terrifiée par des rues complètement obscures et sans panneaux de signalisation. Cette fois, je ne parlerai que de ce que j'ai remarqué lors de ces nuits sombres.

 

   En raison du séisme, les générateurs hydroélectriques de Hokuden, nº 2 (600 MW) et n°4 (700 MW) ont  cessé de fonctionner à cause de dommages subis dans les canalisations transportant de la vapeur à très haute température. Et au bout de 17 minutes, le générateur n° 1 (350 MW) a cessé de fonctionner. À cause de cela, la moitié de l'électricité nécessaire à Hokkaido a été perdue, ainsi que l'équilibre entre les autres générateurs, si bien qu'il y a eu une panne complète d'électricité sur toute l'île d'Hokkaido.
    * Le générateur n° 3 avait été précédemment mis au rebut.

  Les réacteurs nucléaires, alors inactivés, de la centrale nucléaire de Tomari ont été privés d’électricité extérieure pendant 19 heures et demie. Pendant ce temps, des générateurs d’urgence ont fonctionné et refroidi des combustibles nucléaires dans les piscines. Si ces générateurs avaient échoué, ces combustibles auraient pu atteindre un état critique.

 

Au cours de ce séisme, l'intensité sismique à Tomari était seulement de 2. Hokuden avait peut-être anticipé un séisme éventuel important qui pourrait priver de  l'électricité extérieure, mais il n'avait pas prévu qu'à cause d'un tremblement de terre au loin, on devrait manquer d'électricité dans toute l'île, ni que la centrale allait manquer d'électricité pendant de longues d'heures. Hokuden a plaidé devant ce tribunal que la compagnie prend toujours et avait pris tous les moyens de secours contre tous les dangers pour conserver les réacteurs, mais il n'avait pas prévu que l'énergie électrique aurait si facilement été en panne.

 

Si les réacteurs nucléaires avaient été en fonctionnement, que se serait-il passé ? Le refroidissement des combustibles usagés dans les piscines et celui des réacteurs en fonctionnement ne sont pas la même chose. Il y a sept ans, en raison du grand tsunami à Fukushima, quatre réacteurs avaient perdu les  sources d'électricité et s'étaient ensuite détruits, dispersant des poussières nucléaires dans l'est du Japon. Les gens de Fukushima ont perdu leur vie tranquille. Ont-ils retrouvé une vie calme ? L'accident n'est pas encore terminé. Ayant subi l'expérience d'une vie sans électricité, je suis convaincue que nous ne pouvons pas vivre en toute sécurité et tranquillité avec les centrales nucléaires.

 

La deuxième chose sérieuse lors de ce désastre sismique est qu'il s'est écoulé 17 minutes entre les défaillances des deuxième et quatrième générateurs et celle du premier générateur. De nombreux chercheurs ont mentionné que la compagnie Hokuden aurait  pu éviter la panne totale, si elle avait  équilibré l’offre et la demande d’électricité, en désactivant les générateurs à d’autres endroits. La compagnie n'était pas prête du tout pour des situations d'urgence. Elle n'est pas capable de sécuriser les centrales nucléaires. C'est devenu clair pour tous, à la lumière du séisme actuel.

 

La troisième chose majeure est que le séisme actuel a eu lieu dans un endroit imprévu. Il a eu lieu à 37 kilomètres de profondeur et provoqué d’immenses éboulements. Dans la mer à côté de la centrale nucléaire de Tomari, il y a une faille similaire à celle de la ville d'Atsuma. Si un tremblement de terre se produisait à côté de Tomari, celui-ci atteindrait la centrale nucléaire, ce qui causerait de grands dégâts, brisant des canalisations par suite de secousses verticales.

 

Enfin, je vais lire une partie de mon essai, qui est paru dans le livre "Lettres à Hokuden" il y a 29 ans.
"S'il y a un accident nucléaire à Tomari, les premières victimes seront les enfants. Un tel accident va souiller la mer, l'air et le sol, et la radioactivité s'accumulera dans leurs corps à cause des aliments pollués.

 

Un jour, j'ai visité le village de Tomari. Il y avait une très belle côte. Pourquoi a-t-on construit la centrale nucléaire là-bas ? Je me suis souvenu du golfe de Shiranui dans le département de Kumamoto. La mer était magnifique et fertile. Dans cette mer, l'usine d'azote a rejeté du mercure toxique. Ce n'est pas visible, ni perceptible à l'odeur, ni radioactif, donc les résidents, inconscients du danger, mangeaient des poissons pollués et ont souffert d'une maladie appelée «maladie de Minamata». Même les bébés sont nés malades. ... Vous devez mettre au rebut la centrale nucléaire de Tomari, si vous aimez votre famille".

Si la centrale nucléaire avait été en service au moment du séisme, il aurait pu se produire un grand accident. Je demande que la centrale nucléaire dangereuse de Tomari soit immédiatement mise au rebut. J'espère que le juge prononcera un verdict juste.
(Fin de la plaidoirie)

 

Quand j'ai appris que l'électricité extérieure était en panne, j'ai eu très peur. La centrale nucléaire a certainement son propre générateur pour produire de l’électricité, mais l’essence ou le pétrole lourd sont nécessaires. Est-ce que Hokuden a suffisamment de réserves ? Combien de jours pourra-t-il produire de l'électricité?

 

Et une autre crainte est que les tremblements de terre puissent casser des canalisations dans la centrale. Les réacteurs nucléaires sont reliés par une grande quantité de gros et de petits tuyaux. Si ceux-ci sont cassés, il y aura un désastre. Voir la photo plus bas. Après de grands séismes, il y a souvent de grosses fentes sur le sol. Si une telle craquelure se produit sous la centrale nucléaire, les réacteurs nucléaires ne pourront pas résister. Et ce malheur nous l'avons déjà connu à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa dans le département de Niigata en juillet 2007.

 

Tout le monde craint un éventuel accident nucléaire, mais le gouvernement et le monde industriel continuent  d'essayer de remettre en route tous les réacteurs nucléaires. Lorsque de grands tremblements de terre se produisent, la première question dans la tête de nombreuses personnes est la suivante: « La centrale nucléaire n’a-t-elle pas été endommagée ? » Nous ne voulons plus vivre avec cette peur.

 

 

 

 

Faille dans une rizière causée par le tremblement de terre à Kumamoto en 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Terrain détruit dans la centrale nucléaire de Kashiwaki-Kariwa à Niigata à la suite du tremblement de terre de 2007. TEPCO le répare et tente de remettre en route cette centrale endommagée.

 

3. On prévoit un grand séisme

Extrait de l’article du 25 juillet 2018 « Le Japon se meurt »

 

Le comité gouvernemental sur les tremblements de terre a publié le 26 juin une carte de probabilités de séismes. Selon le comité, leur probabilité augmentera, avec une force supérieure à 9 dans les 30 prochaines années.  Elle sera de 85% autour de la ville de Shiba, de 85% autour de Mito et de 82 % autour de Yokohama. Il est cependant étrange qu'elle ne soit que de 42% autour de Tokyo, parce que le bureau municipal est situé par hasard sur une terrasse solide. Si ce grand séisme se produit dans les deux ans, il ne s'agira pas seulement des olympiades, mais aussi de la disparition du Japon, car Tokyo sera à grande échelle détruit.

Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles

4. Energie

Extrait de l’article du 5 juillet 2018 « Relations entre le Japon et la Mongolie »

 

Immédiatement après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, un article parut dans le journal Mainichi, selon lequel le gouvernement japonais envisageait de conserver en Mongolie des déchets radioactifs. Le gouvernement japonais essaie actuellement de faire fonctionner le plus possible de réacteurs nucléaires, mais toutes les centrales nucléaires sont presque pleines de déchets, et s'il n'a pas de lieux de stockage, elles ne pourront continuer à fonctionner, pourtant il n'y a nulle part au Japon de lieu adéquat pour accueillir ces déchets. La Mongolie convient tout à fait pour ces stockages, car elle est 4 fois plus grande que le Japon, et elle n'a que trois millions d'habitants. Le pays est largement désert, et il se pourrait qu'il y existe des lieux qui conviennent au stockage.

Le gouvernement a immédiatement fait savoir que telle n'était pas son intention, mais tant que se posera le problème des déchets, il explorera certainement secrètement la possibilité de stockage en Mongolie. Les déchets produits au Japon devront-ils aller dans un autre pays ! ? Une idée très honteuse ! Si le Japon ne peut résoudre ce problème chez lui, qu'il cesse de faire fonctionner toutes les centrales nucléaires !

Deux jours avant mon départ pour la Mongolie, j'ai regardé à la télévision un programme sur un projet d'énergie solaire en Mongolie. Une compagnie japonaise a commencé à y construire des centrales solaires, et cela pourra couvrir toute l'énergie électrique utilisée dans toute l'Asie orientale en Mongolie. C'est un excellent projet. Pour cela, la Chine, la Corée, le Japon et d'autres pays devront vivre ensemble et collaborer, s'interconnectant par leur système électrique. De plus, il n'y aura alors plus besoin d'énergie nucléaire. La Mongolie pourra jouer un rôle important de centre énergétique dans toute l'Asie.

 

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