15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 11:48

 

La reconstruction de la zone d'évacuation autour de la centrale endommagée de Fukushima récemment rouverte à l'habitat pourrait-elle être fragilisée par le covid-19 ?

 

©Cécile Brice Maquette projetée en 3D de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Musée de la catastrophe nucléaire - TEPCO, ville de Tomioka

 

 

Cet article de Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie/géographie urbaine, a été publié le 10/03/2020 sur le site Japosphère.

 

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La reconstruction de la zone d'évacuation autour de la centrale endommagée de Fukushima récemment rouverte à l'habitat pourrait-elle être fragilisée par le covid-19 ?

 

Posé sur la boîte à gants de la voiture, le compteur Geiger s’affole. Ses vibrations se font de plus en plus bruyantes pour afficher des niveaux entre 2 et 3 microsievert/h. Nous sommes sur la route 6 qui traverse le département de Fukushima du nord au sud. Cette départementale a été rouverte le 31 janvier 2020 à une circulation limitée aux 4 roues, en raison des trop forts taux de radioactivité. Elle a la spécificité de passer à quelques kilomètres seulement de la centrale de Fukushima. Sur la chaussée à droite, comme sur celle de gauche, les entrées de vastes demeures embroussaillées par des années d’abandon sont closes par des grillages qui spécifient l’interdiction de s’arrêter. Sur le bord de route, des panneaux nous indiquent le niveau de radiation auquel nous sommes exposés : entre 0.5 et 2.5 microsievert/h. La fourchette est large, mais reste bien au- dessus du niveau naturel qui était à 0,04 microsievert/h avant l’accident.

 

La terre des ancêtres transportée dans des entrepôts

 

Une fois passée la zone d’habitation, tout est en travaux. Un nouveau tronçon de route est en construction. Nous sommes précédés par des camions, dont le chargement est recouvert d’une bâche verte, qui acheminent la terre contaminée de tout le département vers des centres d’entreposage. Les mots de Eikô Kannô, une octogénaire revenue vivre il y a quelques mois dans son village d’Iitate, me reviennent à l’esprit : « toute cette terre contaminée entreposée dans ces sacs, c’est une terre dont on a pris soin, que l’on a cultivée avec amour. Elle est animée par les esprits comme le reste du vivant. Or, ils la déplacent comme s’il s’agissait d’une chose ».

©Cécile Brice - Mme Eikô Kannô est revenue vivre dans son village natal d’Iitate avec son amie d’enfance. Elles nous montrent une photo d’avril 2015 sur laquelle toutes deux figurent accompagnées d’anciennes voisines de la cité de logements provisoires où elles ont résidé durant sept années

©Cécile Brice - Mme Eikô Kannô est revenue vivre dans son village natal d’Iitate avec son amie d’enfance. Elles nous montrent une photo d’avril 2015 sur laquelle toutes deux figurent accompagnées d’anciennes voisines de la cité de logements provisoires où elles ont résidé durant sept années

Nous entreprenons de les doubler pour nous apercevoir que des dizaines de camions défilent les uns après les autres. Cette valse incessante des véhicules de chantier a pris un rythme effréné dans la région, avec l’approche des Jeux Olympiques. Dès la décision de l’accueil des JO par le Japon en 2013, une vaste politique de communication afin d’inciter les populations au retour à vivre dans les zones inégalement contaminées avait été lancée. Entre autres mesures : la suspension des aides au refuge, la réouverture d’une partie de la zone d’évacuation et l’épandage de la terre contaminée en deçà de 8000 Bq/kg. Bien que freinés par les forts typhons d’octobre dernier, les travaux ont repris de plus belle dès le début d’année.

©Cécile Brice - «Nous sommes précédés par des camions, dont le chargement est recouvert d’une bâche verte, qui acheminent la terre contaminée de tout le département vers des centres d’entreposage»

©Cécile Brice - «Nous sommes précédés par des camions, dont le chargement est recouvert d’une bâche verte, qui acheminent la terre contaminée de tout le département vers des centres d’entreposage»

Au plan national comme au plan international, la reconstruction, un enjeu de taille

 

Car l’enjeu est de taille : il s’agit, pour le Japon, de démontrer qu’il a réussi à surpasser l’accident nucléaire de mars 2011 qui avait généré l’évacuation de 160.000 habitants du département de Fukushima. Pour l’industrie nucléaire mondiale, l’occasion est donnée de montrer que l’on peut être « résilient » à un accident nucléaire. Aussi, si l’Etat japonais décide en dernière instance des travaux effectués, les organismes internationaux de gestion du nucléaire (AIEA, UNSCEAR, WHO, ICRP…) n’ont eu de cesse d’organiser des conférences régulières dans le département depuis l’accident, ayant pour principal message : la volonté d’apprendre aux habitants à gérer la contamination qui désormais devrait faire partie de leur quotidien en lieu et place de refuges trop dispendieux aux yeux des autorités. C’est ce qui a été désigné comme les potentialités données par « la résilience », bien qu’il ne s’agisse pas ici de résilience psychologique, mais bien d’une attente d’adaptation physique à la situation radiologique dans un environnement encore irrégulièrement contaminé.

©Cécile Brice - Un sushi-bar abandonné du nom d’Atomu (en référence au héros d’Astro Boy propulsé au nucléaire (1960), un manga d’Osamu Tetzuka très célèbre au Japon) en face du musée de la catastrophe nucléaire fondé par TEPCO à Tomioka, à une dizaine de km de la centrale.

©Cécile Brice - Un sushi-bar abandonné du nom d’Atomu (en référence au héros d’Astro Boy propulsé au nucléaire (1960), un manga d’Osamu Tetzuka très célèbre au Japon) en face du musée de la catastrophe nucléaire fondé par TEPCO à Tomioka, à une dizaine de km de la centrale.

Afin de rouvrir la zone d’évacuation progressivement, le gouvernement japonais a déployé une politique de décontamination comme il n’en n’avait encore jamais été réalisé au monde. Si les diverses méthodes utilisées fonctionnent sur des parcelles précises, elles sont inapplicables aux forêts qui composent les trois quarts du territoire. Malgré cela, les 1150 km2 qui représentaient la zone d’évacuation autour de la centrale ont été réduits à 340 km2 selon les données du MEXT d’avril 2019[1]. En outre, le budget de la reconstruction associé à celui de la politique de décontamination ont atteint des sommes pharaoniques, pour des conséquences finalement très limitées : la très grande majorité de la population n’ayant pas l’intention de revenir vivre dans les communes rouvertes, selon les multiples sondages effectués par diverses institutions dont TEPCO.

 

Le musée de TEPCO : de la catastrophe nucléaire au démantèlement des territoires

 

Nous arrivons sur le parking du TEPCO Decommissioning Archive Center ouvert à Tomioka au début de cette année. Le compteur Geiger affiche 1.16 microsievert/h. A 10 km de la centrale, la ville de Tomioka a été sévèrement touchée à la fois par le tsunami, le tremblement de terre et la catastrophe nucléaire. Restés longtemps inhabités, les environs de la gare ont été totalement détruits et sont aujourd’hui en travaux. Le bâtiment dans lequel TEPCO a installé sa nouvelle devanture est celui dans lequel se trouvait un musée du nucléaire avant l’accident. Nous sommes accueillis par des employés en costume, qui, dès les salutations passées, s’excusent d’avoir causé une telle catastrophe. Un peu décontenancés, nous sommes guidés vers des films documentaires. Via des projections faites sur des maquettes virtuelles en 3D, ils retracent l’accident, analysent les dysfonctionnements émaillant les prises de décision durant la période de crise. Toutes les conséquences techniques sont détaillées avec précision.

©CécileBrice - La visite organisée par TEPCO du musée de la catastrophe nucléaire à Tomioka (à une dizaine de km de la centrale)

©CécileBrice - La visite organisée par TEPCO du musée de la catastrophe nucléaire à Tomioka (à une dizaine de km de la centrale)

Si chaque vidéo commence par des excuses, elles ont toutes pour objet de montrer que les erreurs ont bien été saisies et qu’on en a tiré toutes les leçons pour aborder l’avenir avec sérénité. Preuve en est : les trois stations de train des trois communes, adjacentes à la centrale, seront remises en activité le mois prochain ! Les communes n’étant, elles, que partiellement rouvertes à l’habitat en raison de taux de radiation encore trop élevés et les habitants quasi absents, ces trois stations de train seront les trois premières stations entièrement automatisées du Japon, les taux présents ne permettant pas une activité humaine permanente sur place [2].

©CécileBrice - Projection sur le grand écran du musée de la catastrophe-TEPCO à Tomioka. Cette photo montre la ville de Tomioka quelques années après l’accident mais avant la reconstruction. L’ensemble de ces rues a été détruit pour laisser place à de vastes terrains vagues recouverts de graviers blancs

©CécileBrice - Projection sur le grand écran du musée de la catastrophe-TEPCO à Tomioka. Cette photo montre la ville de Tomioka quelques années après l’accident mais avant la reconstruction. L’ensemble de ces rues a été détruit pour laisser place à de vastes terrains vagues recouverts de graviers blancs

Jeux olympiques contre Coronavirus : Quand un virus ébranle l’élan de la reconstruction

 

Désormais armé pour appareiller ce nouvel avenir radieux, le gouvernement japonais prévoit parallèlement le démarrage du relais de la flamme olympique dans cette zone évacuée, partiellement rouverte à la population autour de la centrale de Fukushima Daiichi. Il réalise ainsi d’une pierre deux coups : banaliser le désastre tout en médiatisant cette banalisation. Afin de limiter la contamination des athlètes, il est prévu de leur faire parcourir de courtes distances dans l’ensemble de ces communes dont le niveau de contamination n’est toujours pas stabilisé [3].

Parcours du relais de la flamme olympique dans la zone évacuée autour de la centrale de Fukushima du 26 au 28 mars 2020. En rouge: jour 1, en marron: jour 2, en rose: jour 3 ©site Olympic Torch Relay Tokyo 2020

Parcours du relais de la flamme olympique dans la zone évacuée autour de la centrale de Fukushima du 26 au 28 mars 2020. En rouge: jour 1, en marron: jour 2, en rose: jour 3 ©site Olympic Torch Relay Tokyo 2020

Ces bribes de parcours commenceront par la traversée du J-Village, le 26 mars prochain. J-Village est un stade à 35 km au sud de la centrale, qui avait été réquisitionné pour servir de Quartier Général aux 4000 ouvriers travaillant quotidiennement sur le site de la centrale endommagée. Depuis l’année passée, ces ouvriers sont désormais rapatriés sur le site de la centrale-même. Après plusieurs campagnes de décontamination, le stade comprend néanmoins encore des hot spots qui font régulièrement la une des journaux japonais. Le 28 février, la chaîne nationale NHK annonce une réduction de l’événement qui devait accueillir 3000 personnes, à 1000 personnes, en raison des restrictions imposées par le coronavirus [4].

 

Le coronavirus aura-t-il raison de la reconstruction ?

 

Car c’est au cœur de ces tensions, amplifiées par la décision de rejeter les eaux contaminées stockées autour de la centrale nucléaire à la mer, affaire qui oppose les syndicats des pêcheurs de Fukushima à l’AIEA[5], que le Coronavirus fait son entrée en scène venant fragiliser un peu plus l’élan donné par l’accueil des JO en vue de la reconstruction. Le 29 février, lors d’une conférence de presse, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, s’adresse à ses citoyens concernant les mesures prises pour tenter d’enrayer la pandémie de covid-19, avec un vocable proche de celui utilisé lors de la catastrophe de Fukushima : il faudrait se battre contre un ennemi invisible, dont on ne connaît pas les conséquences. Là encore, les tests sont réduits et les critiques contre la gestion faite par le gouvernement japonais montent, accusant une politique dissimulant les conséquences sanitaires réelles. Dans son discours, le premier ministre Abe spécifie qu’il est fondamental d’éviter la contamination de masse et que tous les évènements sportifs et culturels devront être reportés, d’autant que « des cas de contamination ont été prouvés lors de manifestations sportives ». Alors qu’un journaliste du journal Asahi, l’un des principaux journaux du pays, s’inquiète de ce qu’il adviendra des JO, Abe Shinzo emploie le vocabulaire qui lui avait pourtant été tant reproché durant la gestion de la crise nucléaire « nous nous préparons minutieusement, afin que des rencontres sûres et sécures puissent être organisées ».

 

Malgré les volontés nationales et internationales, le coronavirus, en ce qu’il remet en cause l’organisation des JO, arrive à un moment clef du processus de reconstruction. Le 9 mars, le premier ministre japonais, Shinzô Abe, s’est rendu dans les communes récemment rouvertes de la zone d’évacuation à Fukushima pour y lancer un appel national fortement médiatisé, afin que la population revienne habiter dans ces villages, martelant l’élan lancé par les prochains JO. Au delà du coût qu’engendrerait l’annulation des JO, elle fait office de chiffon noir dans l’esprit nippon, remémorant la première annulation motivée par le début de la seconde guerre mondiale. Aussi, si les jeux olympiques japonais venaient à être annulés, il est fort à craindre que le COVID-19 ait raison de ce géant aux pieds d’argile qu’est la reconstruction tant décriée d’un territoire encore instable.

 


[1]https://www.mext.go.jp/content/1421518_03.pdf

[2]https://mainichi.jp/english/articles/20191220/p2a/...

[3]https://tokyo2020.org/ja/torch/route/fukushima/

[4]https://www3.nhk.or.jp/lnews/fukushima/20200228/6050009125.html?fbclid=IwAR3bKB5vHjmgvPWab8pd92SLll1Hm84gRoKVMC7HsfrWxg3sBseSyQmeYXM

[5]L’International Atomic Energy Agency a exhorté par 4 fois le gouvernement japonais de rejeter les eaux en mer. Une dernière visite auprès du 1erministre japonais Shinzo Abe du PDG de l’AIEA, M. Grossi, a eu lieu le 27 février 2020. cf. : https://www.jaif.or.jp/en/

 

 

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9ème année après la catastrophe nucléaire : autres liens

 

- Et pendant ce temps-là, à Fukushima…

Fukushima, 9 ans

Diffusion radiophonique

Jusqu’au 18 mars 2020 sur webSYNradio tous les soirs 20h ou en podcast

 

- Fukushima en forme olympique : bilan chiffré pour le 9ème anniversaire

Un énorme travail de compilation effectué par l’ACRO, bilan effectué à partir des médias, des sites officiels et des 2 600 articles du site « L’ACROnique de Fukushima ».

 

- Fukushima : le mythe du retour à la normale

Communiqué de la Criirad

 

- Neuf ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima : retour à la normale vers un avenir radieux ?

France Inter, un reportage de Giv Anquetil.

 

- 9e anniversaire de Fukushima

Analyse d’Annie Thébaut-Mony

 

- 9ème rapport annuel sur Fukushima

Le site SimplyInfo édite un rapport annuel sur la catastrophe de Fukushima de manière indépendante (en langue anglaise)

 

- VIDÉO - Fukushima : neuf ans après la catastrophe, la décontamination loin d’être finie

 

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 06:00

 

7. Menteurs assidus

 

Mensonges par omission de Tepco

Corium du réacteur n° 2 (capture d’écran vidéo Tepco)

Corium du réacteur n° 2 (capture d’écran vidéo Tepco)

Tepco a attendu deux mois avant d’annoncer la fonte des cœurs des réacteurs. Et pas que Tepco. Tous les experts nucléaires savent ce qu’il arrive quand un cœur n’est plus refroidi. Tous les experts officiels de tous les pays ont donc attendu sagement que Tepco dise enfin la vérité avant d’avouer également qu’ils étaient au courant. Un seul expert japonais a dévoilé la vérité avant tout le monde, Mishio Ishikawa, le 29 avril 2011 à la télévision japonaise.

 

 

Pas de cancer ni de mort dû à la radioactivité ?

Comparaison de cas de cancer de la thyroïde pour les enfants de Fukushima

Comparaison de cas de cancer de la thyroïde pour les enfants de Fukushima

Les autorités japonaises, assistées par Tepco, le martèlent : chez les enfants testés, aucun cancer de la thyroïde n’est dû à la radioactivité. Ce n’est pas du tout ce que pense les médecins de l’IPPNW, l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War. Selon leur analyse, dans la préfecture de Fukushima, le taux de nouveaux cas de cancer est plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Pour mémoire, en octobre 2019, 231 cas de cancer de la thyroïde ont été suspectés chez les enfants de Fukushima, dont 174 ont été confirmés par une intervention chirurgicale.

Pour les morts, c’est pareil. Pourtant jamais le taux de mortalité n’a été aussi élevé dans une usine : 8 morts la première année, 16 morts en 4 ans et demi. Mais pas question de reconnaître que la radioactivité y soit pour quelque chose. Et on n’a jamais eu de nouvelle non plus des centaines de disparus des listes des premiers liquidateurs de Fukushima en 2011.

 

 

Nicolas Sarkozy : « Je suis allé à Fukushima »

Photo non truquée : Éric Besson posant devant la centrale de Fukushima Daiichi (photo Antoine Bouthier/AFP)

Photo non truquée : Éric Besson posant devant la centrale de Fukushima Daiichi (photo Antoine Bouthier/AFP)

Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a aligné trois gros mensonges à Caen le 6 avril 2012. Selon lui, il serait allé à Fukushima avec Nathalie Kosciusko-Morizet. La voix du Japon précise : « En réalité, M. Sarkozy s’est bien rendu au Japon le 31 mars 2011 (…) mais il n’avait siégé qu’à Tokyo, soit à 250 kilomètres de la centrale nucléaire. Un mensonge retentissant au Japon et dans le monde. » Nathalie Kosciusko-Morizet n’y est pas plus allée, elle a d’ailleurs déclaré plus tard : « Personne ne va à Fukushima ». Dans le même discours de Caen, Sarkozy affirme aussi que « la vague a atteint 42 m de haut », information totalement contradictoire avec la réalité puisque les experts japonais l’ont finalement évaluée au plus haut à 23,60 m. La vague en elle-même a été mesurée à environ 14 m au niveau de la centrale. Éric Besson quant à lui y est bien allé l’année suivante en février 2012 où il s'est dit « globalement rassuré » car il a constaté qu’il n’y avait « pas de radioactivité forte autour de la centrale ».

 

 

La catastrophe de Fukushima à 6 ou 7 sur l’échelle INES ?

Pierre-Franck Chevet jurant de dire la vérité (capture d’écran vidéo Public Sénat)

Pierre-Franck Chevet jurant de dire la vérité (capture d’écran vidéo Public Sénat)

Lors de l’émission « Le téléphone sonne » (Questions sur l’état de la sureté des installations nucléaires) du 17 avril 2013 sur France Inter, Pierre Franck Chevet, alors président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), a annoncé sans être contredit par les journalistes que l’accident de Fukushima avait été classé au niveau 6 de l’échelle internationale INES. L’accident avait pourtant été classé au niveau 7 depuis le 12 avril 2011, soit 2 ans avant son intervention ! Celui qui avait la responsabilité de la sûreté nucléaire en France a donc été pris en flagrant délit de manipulation de l’opinion sur une chaîne publique nationale.

En savoir plus

 

 

Les mensonges de l’IRSN

Dessin de Julien Loïs

Dessin de Julien Loïs

Cette institution sérieuse qu’est l’IRSN, sous l’image de grande objectivité qu’elle veut donner,  n’est jamais neutre. Son penchant pour la minimisation de tous les dangers de l’atome est bien connu. Mais quelquefois, à force de toujours vouloir rassurer, cela tourne au mensonge. Je rappelle régulièrement ses écarts sur ce blog et il n’y a jamais eu de démenti. Ainsi, selon l’IRSN, la perte d’un corium n’est pas forcément un problème pour l’environnement, les évacués allaient revenir d’ici trois mois en 2011, il n’y a pas eu de rejet de strontium et de plutonium au Japon, une centrale nucléaire ne peut pas exploser en France.

 

 

Perspectives heureuses

Retrait d’un assemblage du réacteur 3 (capture d’écran vidéo Tepco)

Retrait d’un assemblage du réacteur 3 (capture d’écran vidéo Tepco)

Boris Le Ngoc, responsable relations publiques et communication digitale de la SFEN (Société Française d'Energie Nucléaire) a publié le 12 mars 2015 un article et un dossier très minimisateur et rassurant, Fukushima 2015, état des lieux et perspectives : selon lui, l’évacuation du combustible des piscines des réacteurs 1 à 3 était prévue pour être terminée en 2015. On ne sait pas sur quelles sources il s’appuyait pour affirmer cela. Quatre ans plus tard, on peut dire que son enthousiasme était démesuré puisque pour les réacteurs 1 et 2, il ne s’est rien passé. Pour le réacteur 3, le transfert a commencé en mai 2019 ; toutefois, depuis juillet dernier, Tepco a stoppé l’opération à cause de problèmes techniques.
Sinon, toujours dans le même article, "la consommation des denrées ne présente aucun risque pour la santé" et Tepco a la "maîtrise de la situation".

 

 

8. Publicité mensongère

 

General Electric et l’avenir du Japon

Capture d’écran de la publicité de General Electric

Capture d’écran de la publicité de General Electric

General Electric, après avoir construit la centrale nucléaire de Fukushima, diffusait un spot publicitaire annonçant : « Quand Tepco a signé le plus gros contrat à l’export de GE (General Electric), nous avons équipé Tokyo de la centrale la plus efficace en son genre au monde. Ce qui veut dire plus d’emplois chez nous et un avenir meilleur pour les Japonais. GE, nous améliorons votre quotidien. » Aujourd’hui, la majorité des Japonais regrette d’avoir été trompée…

Voir la publicité

 

 

Un avenir radieux

Bannière de Futaba (Source AFP/JIJI)

Bannière de Futaba (Source AFP/JIJI)

Les Japonais regrettent tellement d’avoir été bernés par l’industrie nucléaire qu’en 2016, ils ont décroché la célèbre pancarte de Futaba dont le slogan, inventé par M. Onuma, était : « L’énergie nucléaire : l’énergie qui prépare un avenir radieux ».

 

 

Les JO de 2020

Caricature de 281… Antinuke

Caricature de 281… Antinuke

Shinzo Abe n’a pas hésité à mentir pour obtenir les JO de Tokyo. Le 13 septembre 2013, il a assuré au Comité international olympique que Tepco maîtrisait la situation vis-à-vis de la catastrophe de Fukushima : « It has never done and will never do any damage to Tokyo. » Évidemment, c’était un gros mensonge. En effet, un nuage radioactif est bien passé par deux fois sur Tokyo en mars 2011 et y a laissé une pollution mesurable dans les poussières. A la centrale de Fukushima Daiichi, le démantèlement est illusoire, les délais intenables à cause des multiples problèmes techniques. Tout autour, la décontamination définitive des sols est impossible. On n’élimine jamais les radionucléides, on ne fait que les déplacer. On ment à la population pour qu’elle retourne vivre dans des territoires contaminés. La propagande éthosienne bat son plein.

 

 

9. Théories du complot

 

Sabotage de la centrale

Il faut lire cet article qui analyse la théorie du sabotage de la centrale de Fukushima par l’état d’Israël diffusée par certains sites fumeux : Fukushima : retour sur une théorie du complot (Conspiracy Watch, 6 mars 2012). C’est un Japonais qui est à l’origine de cette théorie. Yoichi Clark Shimatsu, contributeur régulier de la chaîne de télévision officielle de la République populaire de Chine, est surtout un théoricien du complot à l’imagination débordante.

 

 

Missiles dans l’unité 4

Photo Tepco

Photo Tepco

Certains internautes ont réussi à échafauder une théorie comme quoi on fabriquait des missiles dans le réacteur n°4 de Fukushima Daiichi à partir de cette photo diffusée par Tepco. On distingue bien deux poteaux dont la base est munie de 4 jambes de force qui accroissent leur stabilité et leur solidité. Mais rien à voir, mis à part la forme ressemblante, avec des missiles et à des ailettes…

Voici une info véritable pour faire le pendant de celle du « missile » : une bombe américaine a bien été trouvée à la centrale de Fukushima Daiichi au cours de travaux destinés à créer un parking en 2017. La région où est implantée la centrale Fukushima Daiichi, à cheval sur les localités côtières de Futaba et Okuma, hébergeait en effet durant la Seconde Guerre mondiale une base aérienne de l’armée nippone et a subi des bombardements étatsuniens importants, notamment en 1945.

 

 

Concours de hoax

Et pour terminer ce chapitre, juste pour rire, mais je ne mettrai pas le lien, cette pépite de conspirationisme : « Révélation Fukushima: c'était un méga attentat ! ». Vous retrouverez facilement cet article sur le net, où le site Wikistrike (dont la devise est « Rien ni personne n'est supérieur à la vérité » !) assure que le Japon a été victime d’un attentat qui a utilisé  le système Haarp, que le séisme n’était pas de magnitude 9, que le réacteur 4 a été détruit par une arme nucléaire, que Naoto Kan a payé 20 milliards pour éviter que le mont Fuji n’explose, etc. Qui dit mieux ?

 

 

10. Communication insidieuse

 

La minute de vérité

Incendie de l’unité 1 de Fukushima Daiichi qui n’a jamais eu lieu (capture d’écran du film « Accident nucléaire de Fukushima » de Steve Webb

Incendie de l’unité 1 de Fukushima Daiichi qui n’a jamais eu lieu (capture d’écran du film « Accident nucléaire de Fukushima » de Steve Webb

Sorti en 2012, le film documentaire de Steve Webb, « Accident nucléaire de Fukushima », réécrit l'histoire en développant une kyrielle de mensonges : les explosions des unités 1 et 3, dont les images existent pourtant, sont minimisées avec des reconstitutions ne correspondant pas du tout à la réalité. Quant à l'explosion de l’unité 2, elle n'est même pas mentionnée. Le film énonce également que les experts de l'AIEA sont intervenus "quelques jours après le tsunami", ce qui est complètement faux. Ils ne sont venus à Fukushima que fin mai 2011. Autre mensonge : "trois des réacteurs de Fukushima sont totalement irréparables". C'est faux puisque les explosions ont concerné 4 bâtiments réacteurs. Autre absurdité : les gaines de zirconium protègeraient le combustible de la chaleur. Le mensonge continue avec le tonnage de combustible de Tchernobyl répandu dans l’atmosphère : 8 tonnes selon le reportage. Pourtant, d’après le magazine La Recherche, c’est 50 tonnes, cherchez l’erreur… On continue : aucune mention du problème majeur de l’eau contaminée stockée sur le site.

Et en conclusion, cerise sur le gâteau, la voix off dit qu’il faudra peut-être 10 ans avant que les personnes évacuées puissent toutes revenir chez elles ! Et quid de la contamination qui continue ? de la période de 30 ans du césium 137 ? de la fin programmée des indemnités aux réfugiés ?

Le réalisateur dévoile finalement sa subjectivité en validant la décision de Shinzo Abe de poursuivre le redéploiement du nucléaire au Japon. Ce film, qui a été construit avec de nombreuses incohérences et mensonges, est fait à la gloire de l’industrie nucléaire et prétend, dès 2012, tirer les leçons de la catastrophe pour continuer à produire de l’électricité nucléaire. Il a été diffusé en septembre 2015 dans la série « La minute de vérité » sur la chaîne française Numéro 23, désormais dénommée RMC Story.

 

 

Fausse traduction

Fausse traduction de l’IRSN (capture d’écran de la vidéo de l’IRSN)

Fausse traduction de l’IRSN (capture d’écran de la vidéo de l’IRSN)

Dans la vidéo très instructive et très bien conçue « L'analyse de l'IRSN du déroulement de l'accident de Fukushima » diffusée sur youtube en 2013, la traduction des paroles de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi est fausse. Le 14 mars 2011, juste après l’explosion de l’unité 3, celui-ci, affolé, appelle le quartier général pour l’informer de la situation : « QG ! QG ! C’est affreux ! L’unité 3 a explosé maintenant. Je pense que c’est probablement la vapeur ! » (source : TV japonaise, 7:38 – 7:48). Or, l’IRSN, qui a repris la bande son de Tepco, a livré cette traduction : « QG ! QG ! C’est terrible ! On a eu un problème sur le site n°3 ! » (source vidéo de l’IRSN, 52:56 – 53:06). Pourtant, aucun doute, Yoshida dit bien « suijôki » (vapeur). La traduction de l’IRSN censure ainsi l’hypothèse émise par le directeur de la centrale : l’explosion de vapeur. L’IRSN s’aligne donc sur la version officielle du gouvernement japonais en faisant mentir feu Yoshida.

 

Comment vivre heureux en territoire contaminé ?

C’est le programme que vous propose Ethos, sous la houlette du Français Jacques Lochard, directeur du CEPN et vice-président de la CIPR. Comme cela coûte trop cher de déplacer les populations suite à un accident nucléaire, les gouvernements, en totale complicité avec les industriels de l’atome, ont inventé le programme Ethos qui permet de faire accepter la vie en territoire contaminé. Expérimenté dans les territoires pollués de Tchernobyl, il a été d’autant plus facilement appliqué aux populations de Fukushima. Le sociologue Frédérick Lemarchand pose bien le problème : « Faut-il entraîner l’humanité à « vivre avec » les conséquences d’un accident nucléaire ? Le faire est techniquement raisonnable car un accident est toujours possible, y compris en Europe, mais politiquement condamnable car conduisant à une logique d’adaptation à ce qui doit rester à jamais inacceptable. »

 

 

11. Confusions courantes

 

- dosimètre et radiamètre : un dosimètre mesure en continu les doses reçues et donnera au final une dose reçue pour une certaine durée. Par exemple, les travailleurs du nucléaire portent des dosimètres pour limiter leur présence en milieu radioactif. On peut aussi se servir d’un dosimètre pour mesurer la présence de radon dans une pièce. Le radiamètre quant à lui sert à mesurer la radioactivité gamma d’un environnement à un instant T. On le nomme aussi plus communément compteur Geiger car il compte les désintégrations qui passent dans son capteur.

 

- microsievert et millisievert : ces deux unités de mesure ont fait souvent l’objet de confusions lors des premières semaines de la catastrophe de Fukushima. Ce sont toutes les deux des fractions décimales du sievert, unité servant à mesurer la dose reçue par une personne. Le millisievert (mSv) est un millième de sievert alors que le microsievert (µSv) en est un millionième.

 

- radiation et radioactivité : le mot radiation est un terme rassemblant toutes sortes de choses comme la chaleur, la lumière, les rayons X ou les rayons radioactifs. Alors que la radioactivité ne couvre que les rayons radioactifs. Utiliser le terme radiation à la place de radioactivité, comme le veut l’usage anglo-saxon, n’est pas anodin car cela amoindrit la précision d’un discours, voire minimise sa portée.

 

- barres et assemblages : le combustible nucléaire est conditionné dans des barres de 4 m environ appelées aussi crayons. Les barres sont disposées par dizaines dans des assemblages de section carrée. Au moment de l’accident nucléaire en 2011, la centrale de Fukushima avait 14225 assemblages dans ses 6 réacteurs et ses 7 piscines, soit 896 175 barres.

 

- centrales et réacteurs : la France compte 58 réacteurs mais elle n’a que 19 centrales nucléaires car elles possèdent toutes plusieurs tranches (ou unités). Le Japon quant à lui avait 54 réacteurs nucléaires en 2011 au moment de l’accident répartis dans 15 centrales. Aujourd’hui, il n’y a plus que 9 réacteurs en activité. La population est devenue très méfiante vis-à-vis de cette énergie dangereuse qui, de surcroît, est devenue moins rentable que certaines énergies renouvelables.

 

 

_________________

 

Une fois n’est pas coutume, je termine cet article en chanson avec l’ami Brassens qui nous offre, via l’INA, son histoire de faussaire.

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Mise à jour 7/02/2020 à 14h56

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 06:00

Article publié en trois parties.

Lien vers le sommaire et la première partie

 

4. Hoax animaliers

 

Poisson-loup de Béring

Source : tweet de Hiroshi Hirasaka (https://twitter.com/hirahiroro/status/644447532848803840)

Source : tweet de Hiroshi Hirasaka (https://twitter.com/hirahiroro/status/644447532848803840)

Comme le relève encore Audrey Garric, ce poisson n’est pas le résultat d’une mutation due à la pollution radioactive de Fukushima. Il a été pêché au large de l'île d'Hokkaido, à 800 km de la centrale, par un journaliste biologiste passionné par la recherche de créatures marines. La photo qu’il a publiée sur tweeter en 2015 déforme un peu la gueule de l’animal à cause de l’angle de la prise de vue, ce qui a conduit certains internautes à imaginer qu’il pouvait être un mutant. En réalité, cette espèce s'avère plutôt commune dans la zone où elle a été pêchée et la taille de ce spécimen est dans la norme de l'espèce.

En revanche, près de Fukushima, les pêcheurs se battent depuis des années pour que Tepco ne relâche pas dans l’océan le million de mètres cube d’eau contaminée qui ont été entreposés sur le site.

 

 

Monstre marin

Source : news.nationalgeographic.com

Source : news.nationalgeographic.com

Mais quel est ce nouveau monstre marin que Fukushima aurait pu encore produire ? En fait, il s’agit juste de baleineaux siamois retrouvés à Laguna Ojo de Liebre en Basse-Californie. Les réseaux sociaux ont diffusé cette image en 2014 en l’associant une fois de plus à Fukushima. Selon Michael Moore, vétérinaire à la Woods Hole Oceanographic Institution (Massachusetts) spécialisé dans l'analyse médico-légale des décès de mammifères marins, « il n’est pas rare d’avoir des jumeaux siamois chez les grandes baleines ».

En savoir plus

Toutefois, sans forcément créer de monstres hideux, la radioactivité peut avoir des effets dramatiques sur la faune, comme en atteste la mort prématurée des chevaux de M. Hosokawa ou ces malformations sur divers mammifères et insectes (lien).

 

 

Baleines échouées

Source : changera.blogspot.com

Source : changera.blogspot.com

Il arrive que l’on retrouve des baleines mortes sur les plages sans que l’on ne sache pas toujours pourquoi. Sur cette photo, ces baleines ne sont pas mortes, elles se sont échouées sur une plage en 2010, très loin de Fukushima, en Nouvelle - Zélande. Or, en 2013, de grandes angoisses – justifiées – sur la pollution de la mer se sont traduites par un article rassemblant des informations véridiques d’animaux mourant en masse en Alaska et un peu partout dans le monde. Mais jamais de rapport évident avec Fukushima. Il existe des tas de pollutions marines qui peuvent produire ces désastres écologiques (plastiques, hydrocarbures, usines côtières, etc.). Le rejet quotidien et permanent de centaines de tonnes d’eau hautement radioactive dans l’océan Pacifique à Fukushima Daiichi est évidemment bien réel, mais les conséquences de ces rejets massifs dans l’environnement marin et terrestre, même si elles sont déjà étudiées, ne sont pas encore très bien connues.

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Lapin sans oreille

Lapin sans oreille : origine inconnue (Source : capture de vidéo de yuunosato)

Lapin sans oreille : origine inconnue (Source : capture de vidéo de yuunosato)

Dans une vidéo qui a buzzé en 2011, on voit un lapereau blanc sans oreille. Toutefois, il est impossible de savoir où a été tourné cette vidéo. De plus, on connaissait déjà les lapins sans oreille avant 2011. La peur de la mutation génétique engendrée par la radioactivité, calamité réelle, se traduit ainsi par la diffusion de bizarreries, mais celles-ci ne sont pas forcément dues à Fukushima. Les mutations, si elles peuvent bien évidemment être provoquées par la radioactivité, ont d’autres origines possibles : elles peuvent apparaître spontanément (elles sont d’ailleurs à la base de l’évolution des êtres vivants) comme elles peuvent aussi être dues à des produits chimiques.

Ce canular a été relayé entre autres par RTL en juin 2011.

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Mise à jour du 25/02/2021 :

Kazumi, lectrice de cet article, précise dans un commentaire que le lapereau blanc s'appelle Cookie et qu'il est né à Namie. La vidéo a été filmée par Yuko Sugimoto, et publiée sur YouTube le 21 mai 2011. Il est donc possible que la mutation ait été provoquée par le nuage radioactif de Fukushima. Plus tard, Cookie a vécu à Saitama et est resté en forme au moins jusqu'en 2013 selon le site ci-après : https://matome.naver.jp/odai/2136296168629422001

Pas de nouvelles depuis. Yuko Sugimoto habite toujours dans la région de Fukushima (Namie ou Sukagawa). Son compte Twitter est @ikarostayuu

 

Dauphins morts

Source : Reuters

Source : Reuters

Le site 7sur7.be titrait le 7 mai 2015 que des dauphins étaient morts à cause de Fukushima. Trente chercheurs ont ainsi autopsié les 17 animaux retrouvés sur les côtes d’Ibaraki au sud de Fukushima. « Les poumons de ces dauphins étaient blancs, ce qui, d'après les scientifiques, est une indication du manque de sang acheminé vers les organes dû à un empoisonnement par radiation. » L’ACRO quant à elle se demande comment cette info a pu être construite à partir d’un échouage de 155 dauphins sur une dizaine de kilomètres. Elle fait l’hypothèse que la source du site 7sur7.be puisse être enenews.com, qui fait un lien avec la radioactivité alors que les sources japonaises ne le font pas. Enenews est en effet familier de ce genre d’amalgames. « Comme si la radioactivité était la seule pollution océanique responsable de tous les maux. »

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5. Errare humanum est

 

Centrale nucléaire inconnue

Une centrale nucléaire en bord de côte (Source : Kim Kyung-Hoon/Reuters)

Une centrale nucléaire en bord de côte (Source : Kim Kyung-Hoon/Reuters)

Ce cliché, attribué au photographe Kim Kyung-Hoon, ne représente pas la centrale de Fukushima Daiichi. Cette dernière n’a pas de tels silos, ses bâtiments réacteurs n’ont pas le même design, les cheminées ne sont pas à la même place, le terrain n’est pas configuré de la même manière et, avec cet angle de vue, on devrait voir le réacteur n°3. Pourtant, cette photo est régulièrement utilisée dans les médias pour illustrer des articles sur Fukushima Daiichi. Peut-être une erreur de l’agence Reuters ? Elle a été diffusée à partir du 12 mars 2011 par des dizaines de sites d’information à un moment où personne ne connaissait vraiment Fukushima Daiichi. Cette photo est très intrigante, car le bâtiment de gauche semble être chaud, de la vapeur se dégageant du toit ; et à quoi pourraient servir de tels silos dans un site nucléaire ? Ce qui est très amusant, c’est qu’un article de Paul Blustein, diffusé par Slate en 2013, reprend cette photo alors que le titre de l’article est « Tout ce que vous avez entendu sur l’accident nucléaire de Fukushima est faux ». C’est dur de prétendre détenir seul la vérité !

 

 

Erreur de centrale de Fukushima

Fausses nouvelles et vrais mensonges sur Fukushima (II)

Oui, cette centrale ressemble beaucoup à celle de Fukushima Daiichi. C’est bien la centrale nucléaire de Fukushima, mais Fukushima Daini – d’où l’erreur commise par Le Point. Daiichi veut dire n°1 et Daini, n°2. Elle est située à 12 kilomètres au sud de la première, mais contrairement à sa jumelle, celle-ci n’a pas provoqué de catastrophe. Non seulement les deux noms se ressemblent mais l’alignement des quatre réacteurs au bord de la côte aussi. Elle a été construite sur le modèle et dans la foulée de Fukushima Daiichi dans les années 80. On peut facilement la différencier car contrairement à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, celle de Daini n’a pas son premier bâtiment réacteur décalé par rapport aux autres.

Pour ne pas se tromper de centrale nucléaire japonaise, il faut faire un petit effort de documentation, comme avec cet article de Hori Yasuo : Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles.

 

 

Mais où sont les piscines de Fukushima ?

« Un zoom à la verticale sur le 3, où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l’angle en haut à gauche » : légende de la photo du site de Sylvestre Huet (Libération)

« Un zoom à la verticale sur le 3, où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l’angle en haut à gauche » : légende de la photo du site de Sylvestre Huet (Libération)

Avant de m’intéresser au nucléaire, je ne savais pas où étaient les piscines de désactivation. Pour les journalistes, c’était pareil, ils ont eux aussi peiné à les repérer dans ce fatras de ruines de bâtiments réacteurs, d’où des erreurs. Comme celle de Sylvestre Huet, journaliste scientifique au journal Libération, qui a cru trouver la piscine de désactivation du réacteur n°3 sur une photo verticale « où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l'angle en haut et à gauche » (article du 31 mars 2011 / màj 18/03/21 : copie d'écran de l'article supprimé)… sauf que dans l’angle en haut et à gauche, il s’agit du sas d'accès matériel (« equipment hatch »). Rien à voir avec une piscine donc.

Capture d’écran d’une illustration du site du Nouvel Observateur

Capture d’écran d’une illustration du site du Nouvel Observateur

Un an plus tard, Vincent Jauvert, publie sur le site du Nouvel Observateur (article du 23 août 2012) un article comportant lui aussi une erreur de localisation : il entoure d’un rond blanc un espace bleuâtre correspondant au démantèlement d’une partie du niveau technique du bâtiment réacteur n°4. Cette couleur était due à la mise en place d’un filet de protection. La piscine quant à elle se cachait sous une couverture métallique quelques mètres plus loin.

Le plus marrant dans cette histoire, c’est que Sylvestre Huet s’est fendu d’un article (*) polémique en tirant à boulets rouges sur Vincent Jauvert car le site du Nouvel Obs n’avait pas retiré la photo erronée. Or, alors que je l’avais prévenu de son erreur, ce même journaliste de Libération n’a jamais cru bon non plus corriger sa fausse localisation de piscine en ligne depuis 8 ans.

 

(*) Màj 18/03/21 : sauvegarde de l'article "Fukushima : désinformation sur le piscine n°4"

 

Le syndrome chinois

Schéma apparu dès le 14 mars 2011 sur le forum US Message Board

Schéma apparu dès le 14 mars 2011 sur le forum US Message Board

Le syndrome chinois fait allusion à l'hypothèse selon laquelle, suite à une fusion de cœur d'un réacteur nucléaire situé en Amérique du Nord, le corium pourrait percer les barrières qui le confinent, s'enfoncer sous terre, traverser la croûte terrestre et atteindre la Chine. Cette théorie a été diffusée en particulier en 1979 à l’occasion de la sortie du film « Le syndrome chinois » de James Bridges. Sans que l’on conserve cette idée saugrenue que le corium pourrait traverser la planète, le scénario du pire a été évoqué quelques jours après le début de la catastrophe, à savoir que le corium descendant dans le sol jusque la nappe phréatique menaçait de provoquer une explosion de vapeur. Ce qu’on sait moins, c’est que la théorie d’origine n’est pas une fiction et qu’elle est prise très au sérieux par les scientifiques. Le ministère de l’Industrie du Japon en a d’ailleurs créé une animation qui montre les conditions du melt-down, du melt-through puis du melt-out dans un réacteur du type de Fukushima.

A mon sens, pour qu’une explosion de vapeur se produise en cas de melt-out, il faudrait qu’une masse importante de corium de plusieurs milliers de degrés tombe brusquement dans un lac souterrain, ce qui est fort peu probable quand le sous-sol n’est pas karstique (à Fukushima Daiichi, le sous-sol est composé de grès). En revanche, une explosion de vapeur est possible dans une centrale nucléaire avant que le corium ne sorte de la centrale, dans le cas où une masse considérable de corium tombe dans un espace confiné rempli d’eau, comme cela a pu se produire à Fukushima.

Explosion ou pas, les coriums ont très rapidement été en contact avec la nappe phréatique car fin mars 2011, le taux de radioactivité de l’eau de mer, en lien avec la nappe phréatique, était plusieurs milliers de fois supérieur à la normale et la semaine suivante plusieurs millions de fois.

 

 

 

 

6. Fausses nouvelles

 

Incendie à la piscine commune ?

Image saturée, à partir d’une capture d’écran webcam Tepco, juin 2011

Image saturée, à partir d’une capture d’écran webcam Tepco, juin 2011

En 2011, plusieurs internautes ont cru, au vu d’effets de lumières de projecteurs sur des brouillards intenses et mouvants que l’on pouvait observer en direct grâce à la webcam de surveillance de Tepco, que la piscine commune du site de Fukushima Daiichi (qui « abrite » plus de 1000 tonnes de combustible nucléaire) était en feu. Si cela avait été le cas, aucun homme n’aurait pu sortir sur le site de la centrale sans risquer sa vie et la pollution mondiale qui s’en serait suivi n’aurait pu être cachée. Alors que certains internautes utilisaient des effets de couleurs à partir des vidéos de la webcam pour démontrer que de la vapeur s’échappait bien des réacteurs, d’autres ont mal interprété ces couleurs vives comme on peut en voir sur l’illustration ci-dessus. Le jaune, l’orange et le rouge dramatisent l’image et suggèrent ainsi un incendie.

Cela dit, un feu de piscine reste toujours possible et c’est sans doute ce qu’il peut arriver de pire dans une centrale nucléaire puisque les piscines n’ont pas de confinement. Sans eau de refroidissement, les barres de combustible peuvent brûler comme des cierges magiques répandant dans l’atmosphère les produits de fission. Le risque le plus grand en France se situe à la Hague qui stocke 10 000 tonnes de combustible nucléaire dans des piscines sous des toits de tôle. En cas d’incendie de piscine à la Hague, tout le nord de l’Europe serait pollué irrémédiablement et la récente catastrophe industrielle de Rouen ne serait qu’un souvenir insignifiant.

En savoir plus sur le feu de piscine

 

 

La piscine n° 4 a-t-elle été vide d’eau en mars 2011 ?

Comment voir si la piscine contient encore de l’eau ? (photo Cryptome)

Comment voir si la piscine contient encore de l’eau ? (photo Cryptome)

En pleine crise nucléaire, le 16 mars 2011, les États-Unis ont conseillé subitement à leurs ressortissants vivant au Japon de s’éloigner à plus de 80 km de la centrale de Fukushima. Les experts américains craignaient en effet le pire, c'est-à-dire un incendie imminent du combustible de la piscine du réacteur n°4. On sait maintenant que le chef de l’Autorité de sûreté américaine s’est affolé à tort en croyant que la piscine était vide. Comme quoi on peut être expert et se tromper. Mais les Japonais ne communiquaient pas beaucoup, c’était très difficile d’avoir des informations (comme toujours en cas de catastrophe nucléaire). Car si vraiment elle avait été vide, la catastrophe aurait tourné au pire : le combustible nucléaire aurait pris feu et aurait pollué le monde entier.

Cependant, les Japonais se préparaient au pire également : Naoto Kan, alors premier ministre, était prêt également à faire évacuer la population dans un rayon de 250 km autour de la centrale, Tokyo compris. C’est dire si le danger était grand, danger que ne mesurent toujours pas la majorité des Français qui vivent à moins de 150 km d’une centrale nucléaire.

Une chose étrange tout de même dans cette histoire, c’est que des incendies ont été déclarés les 15 et 16 mars dans le bâtiment réacteur n°4, dont le premier aurait été éteint par l’armée américaine. Mais 9 ans après, on ne connaît toujours pas la nature de ces incendies. 

 

 

Accident de criticité à la centrale nucléaire ?

Capture d’écran de la webcam TBS, 2011

Capture d’écran de la webcam TBS, 2011

En décembre 2011, certains internautes ont interprété cette capture d’écran de la webcam TBS/JNN – qui diffusait également des images de la centrale de Fukushima Daiichi en continu – comme une explosion ou un flash radioactif. Plus sérieusement, il s’agissait vraisemblablement d’un recalibrage de la caméra ou d’une sursaute de tension. Des spécialistes en vidéo pourraient expliquer ça mieux que moi. Ce phénomène a eu lieu à nouveau en août 2013 (vidéo à 1:28). Le flash provenait également de la droite de l’image avec la même orientation.

Cela dit, des accidents de criticité peuvent survenir dans des installations nucléaires, il en est répertorié une soixantaine depuis 1945. À Fukushima d’ailleurs, la scientifique Dominique Leglu avait rapporté qu’en mars 2011, des « bouffées de neutrons extrêmement dangereuses » pour les humains et pouvant endommager les appareillages alentour, avaient été observées à 13 reprises.

 

 

Un réacteur est-il tombé dans l’océan ?

Capture d’écran de l’article en ligne sur neotrouve.com

Capture d’écran de l’article en ligne sur neotrouve.com

Le summum du désastre du recyclage de diverses sources sans compréhension aucune… A partir de l’info en février 2017 que le corium avait fait un trou dans une plateforme sous le réacteur 2 de Fukushima Daiichi, divers sites, dont newspunch, ont repris l’info en la mélangeant avec de vieilles infos concernant le réacteur 4. C’est ainsi que le corium qui est tombé dans l’enceinte de confinement est devenu sans problème un réacteur qui est tombé dans l’océan… L’illustration associée à cette infox dans le site neotrouve est encore pire car elle a repris la photo de l’incendie de la raffinerie d’Ichihara. Ça me rappelle une info que j’ai lue dans un site russe d’information francophone qui mentionnait qu’un séisme avait été provoqué par une explosion de vapeur due à la rencontre du corium avec la nappe phréatique. En réalité, dès mars 2011 et encore aujourd’hui, les coriums se sont mélangés et se mélangent à la nappe phréatique en provoquant beaucoup de vapeur (en 2011 et 2012) et une pollution permanente de l’océan .

 

 

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Lien  vers la troisième partie de l'article.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 11:15

Depuis 2011, je suis témoin de la diffusion de fausses informations, d’erreurs et de mensonges sur la catastrophe nucléaire japonaise. Certains sites qui cherchent le buzz afin d’obtenir des gains publicitaires persistent par exemple à diffuser des canulars ou des rumeurs sur Fukushima et comptent bien sur l’ignorance et la peur pour arriver à leurs fins. D’autres captent l’attention des gens inquiets en les détournant des infos importantes dans l’unique but de désinformer et de manipuler. La fourberie et la malhonnêteté riment souvent ainsi avec le mensonge. Et puis il y a les simples erreurs, diffusées sans intention de nuire à quiconque, dues à la grande complexité du monde nucléaire. Le problème, c’est qu’à partir d’un fait réel, l’information est déviée, interprétée, déformée et que, parmi la masse impressionnante de données accumulées durant des années sur Fukushima, le lecteur non averti n’a pas forcément les moyens de s’y retrouver. L’objet de cette rubrique est donc de faire le ménage et de donner quelques clés de compréhension. L’avantage d’internet est que je pourrai la mettre à jour à chaque fois que de nouveaux canulars, fausses nouvelles, erreurs, escobarderies et autres arnaques feront leur apparition. Comme le dit si bien William Audureau, « le faux a son vaste nuancier, et pour quiconque s’intéresse aux faits, ces différences sont précieuses. » C’est pourquoi j’ai classé ces infox selon leur nature. Tout le monde en prendra pour son grade, journalistes, scientifiques, blogueurs, militants, politiques, complotistes, … car le faux et l’erreur s’immiscent, quelquefois malgré nous, dans tous les canaux de l’information et de ses diffuseurs.

 

Pierre Fetet

 

Sommaire

 

Cet article, vu sa longueur, sera diffusé en trois parties.

 

PARTIE I

 

1. Vrais documents mal interprétés

     Raffinerie en feu 

     Carte de la hauteur de la vague du tsunami

     Ovni

2. Cartes et mesures trafiquées

     Jeu des erreurs

     Carte des retombées de Fukushima

     Carte de Fukushima pour les étrangers

     Fausses mesures

3. Photos truquées

     Bébé avec un troisième œil

     Poisson géant

     Calamar-canular

     L’affaire du réacteur 4

 

PARTIE II

 

4. Hoax animaliers

     Poisson-loup de Béring

     Monstre marin

     Baleines échouées

     Lapin sans oreille

     Dauphins morts

5. Errare humanum est

     Centrale nucléaire inconnue

     Erreur de centrale de Fukushima

     Mais où sont les piscines de Fukushima ?

     Le syndrome chinois

6. Fausses nouvelles

     Incendie à la piscine commune ?

     La piscine n° 4 a-t-elle été vide d’eau en mars 2011 ?

     Accident de criticité à la centrale nucléaire ?

     Un réacteur est-il tombé dans l’océan ?

 

PARTIE III

 

7. Menteurs assidus     

     Mensonge par omission de Tepco

     Pas de cancer ni de mort dû à la radioactivité ?

     Nicolas Sarkozy : « Je suis allé à Fukushima »

     La catastrophe de Fukushima à 6 ou 7 sur l’échelle INES ?

     Les mensonges de l’IRSN

     Perspectives heureuses

8. Publicités mensongères

     Général Electric et l’avenir du Japon

     Un avenir radieux

     Les JO de 2020

9. Théories du complot

     Sabotage de la centrale

     Missiles dans l’unité 4

     Concours de hoax

10. Communication insidieuse

     La minute de vérité

     Fausse traduction

     Comment vivre heureux en territoire contaminé ?

11. Confusions courantes

     Dosimètres et radiamètres

     Barres et assemblages

     Microsievert et millisievert

     Centrales et réacteurs 

 

-oOo-

 

1. Vrais documents mal interprétés

 

Raffinerie en feu 

Raffinerie d’Ichihara (Source : news.ifeng.com)

Raffinerie d’Ichihara (Source : news.ifeng.com)

Cette image, consacrée par les moteurs de recherche pendant des années, a été un grand classique : la photo d’une raffinerie en feu, avec beaucoup de flammes et de fumées. L’image idéale pour communiquer sur une catastrophe industrielle. Pourtant, ce cliché ne représente pas la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : c’est la raffinerie d’Ichihara près de Chiba à l’est de la baie de Tokyo. Cette installation, située à 200 km au sud de Fukushima, a été victime d’un incendie suite au grand tremblement de terre de 2011. Diffusée en Europe dès le 11 mars 2011 par l’agence EPA, la photo s’est répandue sur la toile de manière virale. Aujourd’hui, même les journalistes se font avoir. Malgré les Décodeurs, même Le Monde l’utilise pour un sujet sur Fukushima : dans cette vidéo publiée le 5 septembre 2019, on voit cette raffinerie de pétrole en feu à 0:15 et 0:32… En réalité, la pollution radioactive est majoritairement sans flamme, sans fumée et sans odeur. Par exemple, le site de la Hague a l’autorisation de rejeter dans la Manche 18,5 pétabéquerels (c’est-à-dire 18,5 millions de milliards de Bq) de tritium par an sans faire la une des journaux.

 

 

Carte représentant la hauteur de la vague du tsunami

Carte de l’amplitude des vagues du tsunami (Source : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA))

Carte de l’amplitude des vagues du tsunami (Source : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA))

Cette carte est très souvent reprise et utilisée pour illustrer la diffusion de la radioactivité dans l’océan. Pourtant, la carte a été créée par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) pour la recherche sur le tsunami et montre, grâce à une échelle de couleurs, la hauteur de la vague en centimètres du tsunami généré par le tremblement de terre au Japon en mars 2011. Elle ne représente donc pas les niveaux de radioactivité. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de pollution marine mais il est complètement stérile de détourner le sens d’un document. La diffusion d’une onde à la surface de l’océan n’a rien à voir avec le déplacement de la pollution marine due aux courants marins.

En savoir plus

 

 

Ovni

Capture d’écran d’une vidéo de la centrale de Fukushima Daiichi

Capture d’écran d’une vidéo de la centrale de Fukushima Daiichi

Le site suisse 20minutes s’est interrogé le 15 avril 2011 sur la présence d’un ovni au-dessus de la centrale de Fukushima Daiichi : « De mystérieuses tâches sont ainsi apparues au-dessus de la centrale et ont été filmées. » Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour attirer l’attention ! En fait, comme on le voit sur cette capture de vidéo, la forme blanche allongée qui semble suspendue au-dessus des cheminées de la centrale n’est pas un cigare volant extraterrestre mais un bâtiment situé au loin de la centrale. En effet, l’angle de la prise de vue associé à une couleur bleutée de l’arrière-plan donne l’illusion que ce qui est au loin est dans le ciel au-dessus de la centrale ; mais il n’en est rien. Le bâtiment en question est bien visible sur les photos satellites à quelques kilomètres au sud-ouest du site nucléaire.

En revanche, voici une capture de la webcam TBS du 13 novembre 2013 qui montre le passage d’un avion à réaction juste au-dessus de la centrale. Cette fois-ci, il n’y a pas de truquage ou d’erreur, juste un peu d’interrogation : quelle a bien pu être la mission de ce vol à si basse altitude ?

Source : capture d’écran webcam TBS, 13/11/2013

Source : capture d’écran webcam TBS, 13/11/2013

Mise à jour du 25/02/2021 :

Des OFNI (objets flottants non identifiés) pris pour des OVNI !

La caméra de TBS news est située sur une montagne au sud-ouest de la centrale. De ce fait, dans toutes les vidéos, la centrale a comme arrière-plan l'océan et non le ciel. Mais la nuit, on ne voit que du noir, et quand une lumière arrive, on a l'impression qu'elle est dans le ciel. Scott Brando, blogueur italien qui débunke les faux ovnis explique très bien cela en vidéo. Les supposés "ovnis" visibles sur une vidéo concernant le séisme du 13 février 2021 sont en fait des bateaux qui passent au large.

 

2. Cartes  et mesures trafiquées

 

Jeu des erreurs

Images de la contamination du Japon : 2 cartes gouvernementales à un mois d’intervalle (source : MEXT - Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie du Japon)

Images de la contamination du Japon : 2 cartes gouvernementales à un mois d’intervalle (source : MEXT - Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie du Japon)

Soyez attentifs. La carte de gauche est celle qui a été diffusée le 12 octobre 2011. La carte de droite date du 11 novembre 2011. Remarquez-vous ce qui s’est passé pour le département de Niigata, à l’est de la préfecture de Fukushima, tout le long de la côte de la Mer du Japon ? Dans la première carte figuraient de nombreuses zones marron-foncé (10 000 à 30 000 Bq/m2 de césiums 134 et 137) et même des zones bleues (30 000 à 60 000 Bq/m2). Dans la nouvelle carte : plus rien ! Tout est redevenu marron clair, c’est à dire la zone-plancher… Il se trouve que la majorité des zones qui avaient été reconnues comme fortement contaminées dans la première carte (région d’Uonuma) correspondent à la région productrice de riz la plus renommée de l’archipel. Pour Laurent Mabesoone, auteur de l’article qui dénonce la tricherie, « ce que nous avons devant les yeux, (…) c’est un superbe maquillage, c’est un énorme mensonge d’État. (…) Ils ont « sauvé » Karuizawa, le plus grand centre de tourisme de montagne, et Saku, le plus grand producteur de salades. »

 

 

Carte des retombées de Fukushima

Source : de très nombreux sites avec, comme origine de la carte : « Australian Radiation Service »

Source : de très nombreux sites avec, comme origine de la carte : « Australian Radiation Service »

Cette carte des retombées nucléaires de Fukushima sur le Pacifique et l’Amérique du Nord est un faux dans le sens que l’« Australian Radiation Service » d’une part n’a jamais diffusé ce document et d’autre part a démenti en être l’auteur. La carte a été diffusée très rapidement en mars 2011 dans les sites anglophones et a été repérée rapidement comme un hoax par le site spécialisé Snopes. L’utilisation du « rad », qui est une unité obsolète de mesure de dose de rayonnement absorbée, a, entre autres, éveillé les soupçons. Cette alerte au hoax, largement diffusée, n’a pourtant pas empêché Helen Caldicot, militante antinucléaire australienne renommée, de l’utiliser publiquement comme source en 2014, comme le relève Ian Goddard.

Pourquoi avoir utilisé un hoax alors que des cartes validées étaient déjà disponibles ? Par exemple cette simulation de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) que l’on pouvait trouver dès 2012.

 

 

Carte de Fukushima pour les étrangers

Carte de la brochure de l’Agence de la Reconstruction de Fukushima

Carte de la brochure de l’Agence de la Reconstruction de Fukushima

Au lieu de communiquer honnêtement sur des risques certains de la radioactivité, l’Agence de la Reconstruction de la préfecture de Fukushima n'hésite pas à publier une carte déformant la réalité afin de faire venir les étrangers au Japon : ce document a été distribué en 2019 dans les boites aux lettres de tous les services des ambassades étrangères. Avant les J.O., on est prêt à tout pour faire croire que tout va bien : seules des mesures basses de la radioactivité ont été reportées sur la carte autour de la centrale explosée, en éliminant tous les points chauds (hot spots) qui pourraient faire peur.

Voir le document original

Il faut tout de même rappeler que des territoires sont encore interdits et que pour les régions réouvertes, la contamination est bien réelle. Voir à ce propos les travaux remarquables du « Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi » qui donnent les chiffres véritables, secteurs par secteurs.

Il faut également se rendre compte que la pollution est réelle, même à Tokyo, comme l’a démontré Arnie Gundersen en 2013 en faisant analyser quelques échantillons de sols de la ville.

 

 

Fausses mesures

Source : journal japonais Friday, 8 mars 2013

Source : journal japonais Friday, 8 mars 2013

Le 8 mars 2013, le journal japonais Friday, hebdomadaire d'information généraliste édité par Kodansha, rapportait une enquête de Kirishima Shun qui dénonçait les mesures truquées des compteurs de radioactivité publics. Ceux-ci donnaient une mesure divisée par deux. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin de s’en inquiéter car pour la plupart, ils ont été démontés… L’absence de mesure est aussi une sorte de mensonge.

En savoir plus

 

 

3. Photos truquées

 

Bébé avec un troisième œil

Source : nombreux sites peu fréquentables

Source : nombreux sites peu fréquentables

Cet enfant né soit-disant à Fukushima avec un troisième œil n’existe pas. Il s’agit d’un photo-montage diffusé en novembre 2014 dans plusieurs sites comme « Wikistrike » ou « Le Nouvel ordre mondial ». Ce canular semble avoir sa source dans le site de Naija Parrot le 24 novembre 2014. Il est monté de toute pièce, donnant un nom fictif de la mère de l’enfant et une citation de Shinzo Abe, ce qui le rend plus crédible. On retrouve la photo originale (Bangladesh, par Shafiqul Alam Kiron / Save the Children) avec un front normal sur le site healthynewbornnetwork.org en 2012 illustrant un article sur la lutte contre les infections du nouveau-né. Ceci dit, la radioactivité peut réellement conduire à des malformations, comme l’attestent ces photos d’enfants de Tchernobyl ou de Fallujah (âmes sensibles s’abstenir).

 

 

Poisson géant

Radiation, Ivan Khomenko

Radiation, Ivan Khomenko

Cette art-photo de l’artiste étatsunien Ivan Khomenko a été reprise comme véridique par certains sites sans scrupule que je ne nommerai pas pour ne pas leur faire de la publicité… On est toujours dans l’idée de faire peur pour faire du buzz, alors que l’artiste essaie justement de passer par l’imaginaire pour nous faire réfléchir sur les conséquences génétiques réelles des doses radioactives sur les êtres vivants, comme l’a magistralement démontré en 2012 la scientifique Chiyo Nohara avec son étude sur les mutations des papillons de Fukushima.

 

 

Calamar-canular

Photomontage avec un calamar pêché en Espagne (DR / The Lightly Braised Turnip)

Photomontage avec un calamar pêché en Espagne (DR / The Lightly Braised Turnip)

Ce montage repéré par Audrey Garric montre un calamar géant observé par des dizaines de personnes. La journaliste a démontré qu’il s’agissait d’un photomontage dont le cliché d'origine montrait un céphalopode décapode de 9 mètres de long découvert en 2014 sur une plage de Cantabrie, dans le nord de l'Espagne (cf. Livescience). La photo de l’animal a été ensuite insérée dans une autre qui montre des gens observant une baleine échouée en 2011 dans le golfe d'Arauco, au Chili. Le site californien humoristique Lightly Braised Turnip a commencé à diffuser ce canular photographique ; ensuite, la photo a fait son chemin sur le web. Audrey Garric souligne pour terminer que « Si cette information est totalement un canular, il n'en reste pas moins que la contamination radioactive se poursuit bel et bien autour de la centrale de Fukushima. Il y a les radioéléments rejetés au moment de la catastrophe, le 11 mars 2011, dont certains persistent encore, en premier lieu le césium 137 (sa demi-vie est de 30 ans). Mais surtout, il y a le problème de la gestion des eaux contaminées. »

En savoir plus

 

 

L’affaire du réacteur 4

La piscine du réacteur n°4 de Fukushima Daiichi a créé tant d’inquiétudes (fondées, car 264 tonnes de combustible nucléaire menaçaient de polluer le Japon) dans le monde entier que Tepco a soigné sa communication pour montrer que le bâtiment qui avait explosé le 15 mars 2011 était encore solide. Mais ils sont allés un peu loin en trafiquant une photo… En septembre 2012, ils ont publié un cliché qui montrait la façade ouest apparemment remaniée au pinceau numérique pour cacher une ouverture au rez-de-chaussée qui aurait pu être interprétée comme une faiblesse pour la structure.

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco, sauf le cercle rouge)

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco, sauf le cercle rouge)

Ayant été très critiquée, l’entreprise a d’abord retiré le cliché puis l’a remplacé par la même photo mais recadrée autrement, tout en cachant l’endroit qui avait été blanchi. Et cette explication finale de Tepco, « We replaced the photo for physical protection of nuclear materials. », est restée un mystère pour tous les observateurs (source). Ça reste dans la tradition de cette entreprise de cacher les choses. Tepco, grand menteur par omission, nous inonde d’images souvent inutiles et nous cache l’essentiel.

 

Cette affaire n’a pas vraiment inquiété Tepco qui, l’année suivante, a cette fois délibérément montré qu’il ne voulait pas dévoiler la base du réacteur. En février 2013, Tepco abandonne le camouflage blanc pour une censure noire aux ciseaux numériques !

 

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco)

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco)

_________________________

 

Lien  vers la deuxième partie de l'article.

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 22:24

La Commission de réglementation nucléaire du Japon, appelée aussi NRA (Nuclear Regulation Authority), avait annoncé en septembre vouloir reprendre les investigations pour comprendre le déroulement de l’accident à la centrale du Fukushima Daiichi. Grâce au journal Mainichi, nous avons un premier retour de ces nouvelles recherches.

 

Le 26 décembre 2019, ce média a rendu publique une vidéo de l'unité 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Celle-ci a été tournée le 12 décembre 2019 lors d’une investigation menée par 6 membres de la NRA à l'intérieur du bâtiment réacteur n° 3. C'est la première fois qu’une vidéo du troisième étage de cette unité est diffusée depuis l'accident. Les traces des explosions violentes qui ont eu lieu le 14 mars 2011 sont visibles partout, et particulièrement au 3ème étage (niveau 3F).

La vidéo publiée dure environ 15 minutes. Les enquêteurs de la NRA se sont introduits dans l’unité 3 par des escaliers depuis le côté sud-est du premier étage du bâtiment et ont examiné le troisième étage pendant environ six minutes. Selon l'agence de régulation, la dose d'exposition du personnel a pu atteindre 3,72 mSv. D’après le journal, les débits de doses mesurés au troisième étage étaient en de nombreux endroits de 20 à 50 mSv/h mais d’après le minutage de la vidéo, cela devait être beaucoup plus. En effet, chaque fois que le dosimètre, qui mesure la dose cumulée de personnel, mesurait 0,8 mSv, l’alarme se faisait entendre. Selon l’enregistrement diffusé, on distingue deux alarmes différentes, celle du vidéaste ou de son coéquipier et une autre dont le son est plus lointain. Avec les renseignements du journal et l’observation des sons de la vidéo, on peut en déduire que celui qui portait le dosimètre éloigné de la caméra est passé dans des endroits avec un débit de dose allant jusque 115 mSv/h. C’est pour cette raison qu’à un moment donné, un enquêteur s’exclame en demandant de ne pas traîner.

Alarme du dosimètre proche de la caméra

Minutage

0:00

6:09

8:17

10:04

13:45

Durée entre deux alarmes

 

369 s

128 s

107 s

221 s

Dose reçue par les enquêteurs entre deux alarmes selon le Mainichi

 

0,8 mSv

0,8 mSv

0,8 mSv

0,8 mSv

Dose cumulée selon le Mainichi

 

0,8 mSv

1,6 mSv

2,4 mSv

3,2 mSv

Débit de dose moyen entre deux alarmes

 

7,8 mSv/h

22,5 mSv/h

26,9 mSv/h

13,03 mSv/h

 

 

 

 

 

 

Alarme du dosimètre éloigné de la caméra

Minutage

0:00

7 :56

8 :38

9 :03

15 :12

Durée entre deux alarmes

 

476 s

42 s

25 s

369 s

Dose reçue par les enquêteurs entre deux alarmes selon le Mainichi

 

0,8 mSv

0,8 mSv

0,8 mSv

0,8 mSv

Dose cumulée selon le Mainichi

 

0,8 mSv

1,6 mSv

2,4 mSv

3,2 mSv

Débit de dose moyen entre deux alarmes

 

6,05 mSv/h

68,57 mSv/h

115,2 mSv/h

7,8 mSv/h

Cette vidéo est exceptionnelle dans le sens où elle est rare. Tepco est avare en effet de ses informations sensibles. Depuis 2011, l’opérateur n’a diffusé que deux fois ce genre de vidéo qui montre des employés dans des endroits très radioactifs. C’était en 2011. La première vidéo était une visite du bâtiment réacteur 4. Je n’ai pas eu le temps de l’enregistrer (Si un lecteur la possède, je suis preneur !). Elle a très rapidement été supprimée de la toile. Tepco a aussi horreur de montrer des ruines. La seconde était une visite de l’unité 1 le 18 octobre 2011. Vidéo très stressante où les employés font leur investigation le plus rapidement possible sous le son permanent des alarmes de radioactivité. Cette vidéo n'est pas plus visible sur internet. Je l'avais mise sur la chaîne youtube du blog de Fukushima mais elle a été bloquée par TV Asahi Corporation.

 

Concernant la vidéo de ce mois de décembre, il faut observer que ce n’est pas Tepco qui la diffuse mais la NRA, via un journal. C’est un canal inhabituel. Elle montre des informations intéressantes :

- Les enquêteurs ont pris de grands risques en réalisant cette investigation. L’endroit est extrêmement dangereux, parsemé d’embûches : trous béants, objets saillants pouvant couper la combinaison protectrice, radioactivité importante.

- Le débit de dose du troisième étage de l’unité 3 de Fukushima Daiichi est élevé. Plus on s’approche de l’extérieur, plus la radioactivité y est forte. On ne peut y rester qu’entre 10 minutes et une demi-heure selon les endroits sans risquer de dépasser la dose annuelle maximale des travailleurs du nucléaire au Japon, à savoir 20 mSv/an.

- L’état des plafonds de l’étage 3B est critique. L’explosion du 14 mars 2011 au niveau supérieur a poussé les dalles de telle sorte que le béton s’est déformé et a éclaté jusqu’aux armatures métalliques. On voit la lumière du jour par endroits.

- Des tuyaux ont été cassés, pliés, soufflés, et des morceaux de métal et de béton ont été dispersés un peu partout.

Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi

Ceci dit, l’essentiel n’est pas là. Tepco évite de communiquer sur les informations les plus importantes concernant l’unité 3 : l’état de la cuve, l’état de l’enceinte de confinement et l’état des assemblages de la piscine de désactivation. Concernant le premier point, c’est le silence depuis 8 ans, excepté le fait que Tepco a fini par avouer qu'elle était percée. Pour le deuxième, nous avons eu quelques images peu exploitables en 2017. Et pour le 3ème, Tepco a communiqué en grandes pompes au sujet du début du retrait du combustible de la piscine en mai de cette année.

 

Mais depuis juillet, l’opérateur a de gros soucis techniques avec des assemblages rebelles et des débris imprévus. L'été dernier, on savait juste que 28 assemblages neufs avaient été retirés sur 52. On avait commencé par le plus simple. Restait le plus compliqué : les assemblages usés, fortement radioactifs. Et ils sont nombreux : 514 ! En mai, j’avais constaté que l’assemblage montré dans la vidéo présentait, malgré son statut de « combustible neuf », des anomalies : dépôts de gouttes solides, trous dans l’enveloppe de l’assemblage alors qu’ils sont protégés dans des paniers et couleur noire en partie inférieure. Aujourd’hui, les problèmes seraient dus apparemment à des déformations, comme l’a rapporté le site Simply Info. Si les assemblages sont tordus dans les paniers, alors il sera impossible de les sortir un par un. Un panier pouvant contenir 30 assemblages, ce serait une masse de plus de 5 tonnes qu’il faudrait soulever, ainsi qu’un conteneur monstrueux pouvant mouvoir ce panier afin de le déplacer jusqu’à la piscine commune, ce qui n’a pas été vraiment prévu…  On comprend mieux pourquoi Tepco vient d’annoncer qu’il repoussait de 4 à 5 ans le transfert du combustible des piscines des réacteurs 1 et 2. Celui du réacteur 1 ne commencera pas avant 2027 ou 2028, et celui du réacteur 2 pas avant 2024 à 2026. Il est ainsi probable que je ne sois plus de ce monde quand le démantèlement promis initialement par Tepco, avec une échéance de 40 ans, sera terminé. 

 

En ce moment, dans les médias français, au lieu de parler des véritables problèmes et défis techniques liés au démantèlement d’une centrale nucléaire accidentée, on préfère passer la saison 8 de « Ils vont relâcher l’eau contaminée dans le Pacifique !», en ignorant le fait que cette pollution majeure annoncée se déroule en permanence dans le monde grâce aux autorisations légales de rejets radioactifs dans l’environnement. Par exemple, qui a remarqué, mis à part l’ACRO, que le site de La Hague, en 3 mois et demi, rejette dans la Manche autant de tritium que celui contenu dans les eaux stockées de Fukushima (3,4 PBq, soit 3,4 milliards de millions de becquerels) ?

 

Pour terminer, vous pourrez vous rendre compte du désastre du bâtiment réacteur 3 en visionnant la vidéo de la NRA, soit directement sur le site du Mainichi, tant qu’elle est en ligne, soit sur la chaine youtube du blog de Fukushima :

Et pour conserver la mémoire de la vidéo qui risque de disparaître comme celles de 2011, j’ai sélectionné ci-dessous quelques captures d’écran.

 

Pierre Fetet

 

__________________________________

Dernière mise à jour 29/12/2019 15:18

 

 

En savoir plus sur le réacteur n° 3

L’explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

 

Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Enquête dans l’unité 3 de Fukushima Daiichi

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 11:07
Sédiments ©CécileAsanumaBrice

Un article de Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, publié sur le site Japosphère le 25 novembre 2019.

 

Typhons, inondations, séismes : le nucléaire, un mode de production énergétique mal adapté aux catastrophes naturelles

Les conséquences du typhon 19 qui a longé la moitié nord-est de la principale île japonaise sont toujours présentes un mois après l’événement climatique. Les rivières en crue ont été à l’origine de nombreuses inondations mortelles. Les fortes précipitations ont lavé les sols des montagnes de Fukushima pour ramasser les nucléides encore présents, dans les vallées pour partie habitées.

Seule sous le ciel limpide d’automne, ma voiture se laisse guider par la voirie en direction du village d’Iitate. Tardivement évacué après le tremblement de terre de magnitude 9 à l’origine d’un tsunami de 15 à 30 m de hauteur générant l’arrêt du système de refroidissement et la fonte des cœurs de 3 des 6 réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima dai ichi, le village a été rouvert à l’habitat en avril 2017. De hameaux en hameaux, je traverse un paysage de nouveau parsemé de bâches bleues sensées retenir les glissements de terrain suite au passage du typhon n°19.

 

Typhon et anthropocène

Car c’est ainsi que nous décomptons les typhons ici. Pas de tensions inutiles sur des prénoms, trop souvent féminins, donnés par des sociétés à tel point anthropocentrées qu’elles avalent l’ensemble des phénomènes atmosphériques en y projetant les relans d’une nouvelle chasse aux sorcières. Non, les typhons ne sont pas nés avec ce que certains nomment « anthropocène » et d’autres « capitalocène », rejetant l’assimilation de tous les humains au même rang dans la responsabilité que nous avons face à la destruction de notre monde. Celui qui a su comprendre que la vie humaine n’était qu’une parmi d’autres vies animales, végétales, minérales voir d’autres encore si l’on en croit de récentes recherches sur l’ADN des plantes ou la mémoire de l’eau[1], celui (aujourd’hui majoritairement composé des «minorités indigènes»: aborigènes, papous, indiens des deux Amériques, pygmées, etc. - sans tomber dans la caricature du «bon sauvage») qui sait que la vie des uns dépend de celle des autres des composants de cet écosystème, ne peut, à moins d’une volonté autodestructrice originelle, fonder le système qui maintient son économie sur la continuité de la destruction des éléments composant l’univers nécessaire à sa vie. Dans cet écosystème, les entités autres qu’humaines, parce qu’elles existent pleinement, avec des fonctionnements qui leur sont propres, n’ont guère besoin que l’homo sapiens capitalis les prénomme, même s’il est nécessaire de les appréhender comme un des composants de cet univers dont nous sommes.

Au Japon, deux saisons de typhons balaient le territoire depuis tous temps, en raison d’un climat subtropical sur les trois-quarts du pays. La première saison connaît son pic en juin et la seconde en septembre. Les données sont minutieusement recensées sur le site japonais de la Meteorological Agency[2]. On y apprend qu’en 1958, 31 typhons sont passés sur l’archipel, record battu en 1967 avec 39 typhons en un an, 36 en 1971, 30 en 1978,… Rien, dans ces données, ne nous permet de conclure à l’accroissement du nombre des intempéries (24 typhons en novembre de cette année). Ce qui est en cause, est donc moins le nombre de typhons que leur intensité, en raison du réchauffement des eaux marines. Ainsi, les typhons se chargent énergétiquement lors de leur passage au dessus des océans. Sur-dynamisés, leur violence s’intensifie générant des dégâts matériels et humains conséquents, ici comme ailleurs.

 

Les dégâts des typhons 15 et 19

Le typhon n°15 avait principalement touché la région de Chiba en raison de vents extrêmement forts, avec une vitesse atteignant 207 km/h le 9 octobre à 4h30 du matin. Les précipitations qui accompagnent les bourrasques finissent d’achever le travail destructeur entamé par le cyclone. Les conséquences furent essentiellement matérielles, soit de nombreux toits envolés, mais les habitants de la presqu’île au sud de Chiba eurent à subir des coupures de courant électrique durant plus d’un mois. Un mois... Ce fut le temps nécessaire pour qu’un nouveau typhon, tout aussi destructeur, s’approche des côtes du Honshu (principale île de l’archipel japonais).

 ©CécileBrice Gerbes de tiges de riz répandues dans les rizières de la ville de Date après le passage du typhon 19

©CécileBrice Gerbes de tiges de riz répandues dans les rizières de la ville de Date après le passage du typhon 19

Le passage du typhon n°19 en octobre dernier, s’est, quant à lui, essentiellement traduit par de très fortes précipitations générant des inondations sans précédent dans les zones construites à proximité de rivières sorties de leur lit. Le rez de chaussée de 87400 habitations[3]a été enseveli sous des masses d’eau boueuse des rivières en crue. Le bilan de 93 morts a été particulièrement rude dans les départements de Kanagawa (16 morts), Miyagi (19 morts) et Fukushima (31 morts). Le nombre total de réfugiés, au 14 octobre était de 2367 personnes selon les données du Cabinet office.

 

Les répercussions du typhon 19 dans la région de Fukushima

Les regards se sont rapidement tournés vers Fukushima, soit la préfecture la plus gravement touchée par cet aléa, certes naturel, mais qui n’aura pas été sans effet sur les pollutions humaines déjà présentes. Ainsi, selon le ministère de l’environnement, pas moins de 91 sacs de terre contaminée ont été emportés par les flots.

©CécileBrice Sacs de terre contaminée entreposés dans le village d’Iitate (Fukushima)

©CécileBrice Sacs de terre contaminée entreposés dans le village d’Iitate (Fukushima)

Alors que les barrages sont encore en état d’alerte plus d’un mois après, les craintes concernant une nouvelle contamination des vallées en raison du lavage des sols par le ruissellement des eaux en provenance des forêts non décontaminées des montagnes se confirment. Le Dr Shinzô KIMURA, professeur à l’université médicale de Dokkyo et spécialiste des radiations, appelle à la prise de mesures particulières contre la contamination de la population suite à la nouvelle répartition des nucléïdes engendrée par les eaux de pluies. Ainsi, la mesure de sable charrié par les précipitations dans les vallées habitées de la ville de Minami Sôma (arrondissement de Kodaka) révèle des taux de 3000 à 5000 Bq[4]de césium/kg[5]. Dans le même arrondissement, un habitant, M. Shirahige (69 ans) a mesuré du sable en provenance de l’éboulement de la falaise qui jouxte son domicile. Les résultats dépassent les 11 000Bq/kg, taux nettement supérieur à la norme des déchets radioactifs fixée à 8000 Bq/kg après l’accident de Fukushima.

Par ailleurs, les travaux de remblayage et de digues construites après le passage du tsunami pour parer la population d’autres inondations éventuelles, ayant engendré de nouvelles zones d’érosion sont mis en cause. Bien qu’ils aient permis aux entrepreneurs de reconstruire sur des zones qui avaient été submergées par le tsunami, les points fragilisés par le détournement des rivières ont cédé sous la pression des eaux. Ainsi, les habitants du département d’Iwate (ville de Yamada) ont vu leurs habitations « neuves », reconstruites après le séisme de 2011, de nouveau ensevelies sous les flots.

©News.IBC.CO.JP

©News.IBC.CO.JP

Huit ans et demi après la catastrophe de mars 2011, les conséquences environnementales sont toujours bien présentes.

 

Et si la France était exposée ?

Les deux tremblements de terre de la semaine passée, au moment où le gouvernement français venait de commander à EDF un rapport sur la production énergétique, ont rappelé que la France n’était pas étrangère à la possibilité de séismes sur son territoire. Si le séisme de Strasbourg, plus réduit, semble avoir été déclenché par des forages géothermiques en profondeur (qui peuvent être arrêtés ?), la réplique qui a suivi le séisme de la Drôme, nettement plus conséquent (magnitude 5.4), tend à prouver qu’il s’agit bien là des conséquences des forces de la nature. L’arrêt de la centrale de Cruas, durant une quinzaine de jours a été nécessaire afin d’en vérifier sa sécurité. Si certains semblent effrontément assurés de la robustesse des centrales nucléaires face aux séismes, l’augmentation des inondations de plus en plus nombreuses et importantes, notamment dans le sud de la France, conséquentes du réchauffement climatique et des aménagements urbains inappropriés (augmentation des surfaces bitumées, enterrement des cours d’eau, barrages, etc.), nécessitent néanmoins que l’on s’interroge de façon responsable sur ce mode de production énergétique obsolète tant du point de vue de son niveau de sécurité que de sa balance économique, douloureusement déficitaire.

 


[1] Voir à ce sujet les travaux de Luc Montagnier : lien

[2] Voir ce lien

[3] Voir se lien

[4] Le becquerel est l’unité utilisée pour mesurer l’activité d’une certaine quantité de matière radioactive.

[5] Voir ce lien

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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 19:39

Au procès de Tepco au Tribunal régional de Tokyo, une habitante de la ville de Date a fait ce témoignage poignant. On sait depuis le 19 septembre que les trois anciens dirigeants de Tepco, Tsunéhisa Katsumata, Ichirô Takékuro et Sakae Mutô, n’ont pas été reconnus coupables de négligences ayant entraîné la mort et des blessures. Les procureurs désignés ont fait appel.

 

Auteure : anonyme

Traduction française : Anne Uemura

Nettoyage d'une école dans la ville de Date (Préfecture de Fukushima)

Nettoyage d'une école dans la ville de Date (Préfecture de Fukushima)

Déclaration d'opinion d'une habitante de la ville de Date, présentée au Tribunal régional de Tokyo

"Nous avions le désir d'élever nos enfants dans un environnement proche de la nature et enrichissant. C'est pourquoi nous avons déménagé de la ville de Fukushima pour acheter un terrain dans la ville de Date, là où nous vivons actuellement, pour y construire une maison.
Les remboursements des prêts étaient lourds et nous vivions simplement, mais nous étions heureux.


Huit ans après la construction de notre maison, le 11 mars 2011, l'accident de la centrale s'est produit, et notre vie de famille a été bouleversée. Mon mari et moi avions 42 ans, mon fils était en CM2 et ma fille en CE2.


A cette époque, je n'avais aucune connaissance sur le nucléaire ou sur les substances radioactives. Si j’avais eu quelques notions dans ce domaine, en nous sauvant, nous aurions sans doute pu éviter d’être irradiés. Je suis étreinte par ce regret.


Sans aucune marge financière, je ne pouvais, en pensant à mes enfants qui souffrent de maladie et à mes parents qui sont ici, me résoudre à m'éloigner de chez moi.
Dès le 11 mars, nous n'avions ni eau, ni électricité, ni gaz et je devais me rendre jusqu'aux stations d'eau où j'emmenais les enfants ; pour trouver de quoi manger, nous marchions dehors parfois trempés par la pluie.


Après plusieurs jours, comme nous n’avions toujours pas d’eau, nous avons dû aller jusqu'à la mairie pour utiliser les toilettes. C'est à ce moment-là que j'ai vu un groupe de personnes vêtues de combinaisons de protections blanches entrer dans la mairie. Nous avons pensé qu'ils venaient sans doute aider les victimes du tsunami. Mais maintenant, je comprends que la pollution radioactive était telle que des protections étaient nécessaires, et nous, sans nous douter de rien, nous étions exposés.


Peu après, au moment des cérémonies de remises de diplômes, nous nous sommes rendus à pied à l'école primaire. Je pense que les informations qu'on nous donnait étaient fausses et qu'à cause de cela nous avons été irradiés. A l'époque, j'étais persuadée que, si nous encourions réellement un danger, l'État nous avertirait. 


J'ai appris plus tard que les doses de radioactivité de l'air après l'accident étaient de 27 à 32 microsieverts par heure. Il n'y a eu aucune consigne sur la restriction des sorties en extérieur et c'est extrêmement grave. En juin 2011, je me suis rendue aux funérailles de la grand-mère de mon mari dans sa famille. J'ai emmené mes enfants avec moi. Sur le trajet nous avons remarqué que le taux de radiations était très élevé et dans la voiture le dosimètre affichait à certains endroits 1,5 microsievert par heure. Les représentants de cette zone, avaient demandé aux riverains de ne pas faire de vagues même si la radioactivité était élevée. D'après ce que j'ai entendu, il fallait que les véhicules de reconstruction puissent continuer à emprunter cette route. De même que le Shinkansen (TGV) et l'autoroute du Tohoku devaient à tout prix fonctionner comme si de rien n’était, pour ces mêmes raisons.


En dépit d'un niveau dépassant les limites de doses admissibles, au lieu de nous alerter sur les dangers, on nous assurait être en sécurité. Le risque de cette exposition ne nous a pas été communiqué. En juin 2011, mon fils a été pris de saignements de nez abondants, au point que ses draps étaient tout rouge. Les enfants présentant les mêmes symptômes étaient si nombreux, que nous avons reçu une notice par la "Lettre de santé" de l'école avec des recommandations. Au cours d'un examen médical de l'école, on a découvert une anomalie cardiaque à mon fils et il a dû être surveillé par holter. Mon fils, qui avait 12 ans au moment de l'accident, souffrait alors de dermatite atopique. Après, les symptômes ont empirés au point de devoir être hospitalisé pendant les vacances de printemps en seconde. Aujourd’hui on n'arrive toujours pas à identifier les symptômes qui le font souffrir.
 

Un an après l'accident, ma fille s'est plainte de douleurs à la jambe droite. A l'hôpital, un ostéome extra-osseux a été diagnostiqué et elle a dû subir une excision osseuse l’année suivante. En première année de collège à partir de l'hiver elle n'arrivait plus à se lever le matin. Elle était atteinte d’un dysfonctionnement orthostatique. En accord avec elle, nous avons décidé de la scolariser 3 fois par semaine dans un système à horaires modulables.
 

Le passe-temps favori de mon mari était la pêche, mais depuis l'accident nucléaire, il n'est plus question d’aller à la mer ou à la rivière. Avant l'accident, dans le jardin, nous faisions pousser des fleurs et nous avions un potager. L'été, nous y faisions des barbecues en famille et nous mettions une tente pour que les enfants puissent dormir dehors. Maintenant c’est absolument impossible.


Dans cet environnement gravement contaminé aujourd’hui, l'ADN des cellules serait gravement endommagé. Il faut ajouter que les séquelles liées à l'exposition que nous avons déjà subie sont indélébiles, même si nous déménagions maintenant.


Quand je songe que les enfants sont particulièrement vulnérables à l’irradiation, mon cœur se déchire. En tant que parent, en tant qu'adulte, c'est déchirant et insupportable. Je suis également préoccupée par la situation actuelle de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.


Ma routine quotidienne consiste à guetter les catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre et à vérifier l'état de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Parce qu'aujourd'hui je n'hésiterai pas à évacuer. J'ai changé de travail pour être en mesure de me rendre rapidement auprès de mes enfants s’il le faut. 
J'ai dû abandonner un travail à plein temps et c'est financièrement difficile, mais la priorité est de pouvoir partir vite à tout moment. Car après avoir vérifié toutes sortes d’informations, j'ai compris que les annonces du gouvernement divergeaient de la réalité.


Vivre dans un environnement radioactif vous oblige à être vigilant sans relâche, que ce soit pour vos courses, pour manger, ou pour boire de l'eau, et à évaluer vous-même la situation pour faire des choix. Nous avons dû nous résoudre à accepter un mode de vie anormal pour arriver à continuer à vivre au jour le jour. 


Quoi que je fasse, tout plaisir a disparu de ma vie. 


J'ai découvert qu’il y avait à côté de chez moi sur le chemin de l'école de mes enfants des spots de plus de 10 microsieverts par heure. Je l'ai signalé à la mairie, mais ils n'ont rien fait. La raison invoquée est qu'il n'y a pas de stockage temporaire pour entreposer les déchets. J'ai dû retirer moi-même la terre contaminée et je l'ai stockée dans mon jardin.


La ville de Date a décidé de sa propre politique de décontamination et a instauré également fin 2011, une norme de 5 mSv / an. En ce qui me concerne, je voulais réduire la pollution radioactive le plus tôt possible et j’ai décontaminé mon jardin moi-même. La ville encourageait les gens à décontaminer par leurs propres moyens. Je l’ai fait aussi. Et cela représentait 144 sacs. L'année suivante j'ai recommencé. Les sacs de débris radioactifs résultant de la décontamination jusqu'en mars 2014 sont restés entreposés dans mon jardin pendant 2 ans, et ont ensuite été emmenés dans une zone de stockage temporaire enfin mise en place. Mais depuis, les autres sacs de nettoyage n'ont pas été accepté et sont toujours dans mon jardin. A cause de cela nous n’y mettons plus les pieds. 


La contamination de notre abri de voiture s’élevait à 520 000 becquerels il y a 5 ans, avec 5 microsieverts par heure, mais elle n’entrait pas dans les critères requis pour être nettoyée. La « décontamination officielle » n'inclut que le terrain de résidence, mais ni le toit, ni les gouttières ne sont pris en charge. De ce fait nous ne pouvons plus laisser nos velux ouverts.
 

La ville de Daté, prétendant se soucier de la santé des habitants, a fourni à tous les résidents des dosimètres. Nous avons ensuite été invités à subir des examens, pendant lesquels nos données ont été collectées. Sans l'autorisation des résidents, ces données ont été confiées à des chercheurs externes qui ont rédigé des rapports. Ces rapports ont été élaborés sur la base d'informations personnelles obtenues illégalement, et de surcroit une falsification des données est suspectée. Sur la base de données inexactes, le rapport a conclu que même à des doses de 0,6 à 1 microsievert par heure dans l'air, la dose individuelle reçue serait inférieure à 1 millisievert par an et que, par conséquent, il n'était pas utile de décontaminer. Il s'agit d'une sous-estimation de l'exposition, et clairement d'une violation des droits de l'homme à l'encontre de la population. Cette affaire est toujours en cours.


Dans cette même région, on voit apparaitre des leucémies et des cancers rares des voies biliaires. Je ne peux m'empêcher de penser qu'avant l'accident cela n'existait pas. Aujourd'hui encore, alors que l'état d'urgence nucléaire est toujours officiel, cette situation anormale est devenue notre quotidien. 


Je crains que la "reconstruction" prônée par l'État ne bafoue les droits fondamentaux des résidents et que cette vie inacceptable ne soit désormais considérée comme normale. Nos vies sont au point mort.


Cette souffrance va continuer.

 

Mon désir le plus profond est qu'à travers ce procès, la responsabilité de l’État et de Tepco qui a causé l'accident soit reconnue."

 

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 14:45

Sans des organisations indépendantes du lobby nucléaire, nous ne saurions pas grand-chose de la pollution radioactive. L’une d’elles, la Criirad, se mobilise depuis 1986 pour fournir des relevés fiables et informer la population des risques. Coup de projecteur sur 4 vidéos incontournables qui font le résumé de ce que l’on doit savoir sur les retombées.

« Les catastrophes nucléaires comme celles de Tchernobyl et de Fukushima entrainent des rejets massifs de substances radioactives dans l’environnement et une contamination durable de vastes territoires. Elles s’accompagnent des mensonges sur la gravité des contaminations et sur l’ampleur des risques sanitaires. Les manipulations sont d’autant plus aisées que la radioactivité ne se voit pas. Compte tenu de son parc nucléaire vieillissant, la France est particulièrement concernée par les risques nucléaires. Produit par l’association CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) et réalisé par Cris Ubermann, le film « Invisibles Retombées » s’appuie sur les missions conduites par le laboratoire de la CRIIRAD au Japon, pour rendre palpable cette radioactivité invisible et les conséquences pour les populations touchées par les retombées. Il rend compte des rencontres avec les habitants des zones contaminées et des mesures des niveaux de radiation effectuées à leur côté.

Dans sa version sur Youtube, le film est découpé en 4 séquences d’une dizaine de minutes :

Séquence 1 : « Des citoyens face aux mensonges » La CRIIRAD a été créée en 1986, en réaction aux mensonges du gouvernement français sur l’intensité des retombées radioactives sur le territoire français. Les travaux de son laboratoire ont permis d’établir les véritables cartes des retombées radioactives. En mars 2011, au moment de la catastrophe de Fukushima, la CRIIRAD est sollicitée par des citoyens japonais qui souhaitent se doter de radiamètres pour mesurer la radioactivité ambiante.

Séquence 2 : « Mission en territoire contaminé » En mai 2011, la CRIIRAD se rend au Japon et apporte des appareils qui permettent de contrôler la radioactivité des aliments. Quelques semaines après les retombées, le césium radioactif s’est infiltré jusqu’à une dizaine de centimètres de profondeur dans le sol.

Séquence 3 : « L’irradiation permanente » Les rayonnements gamma émis par les substances radioactives déposées sur les surfaces traversent les murs et irradient les habitants même lorsqu’ils sont à l’intérieur des bâtiments. Les habitants sont confrontés à des choix dramatiques : rester sur un territoire contaminé ou prendre la décision de le quitter.

Séquence 4 : « L’impossible décontamination » La décontamination totale n’est pas possible. Les populations vont donc être exposées pendant des décennies. En cohérence avec les recommandations internationales prises sous l’impulsion du lobby nucléaire français, les autorités Japonaises ont multiplié par 20 les normes de radioactivité acceptables en cas de retombées radioactives. Pour Naoto Kan, premier ministre du Japon au moment de la catastrophe de Fukushima, il faut tout mettre en œuvre pour sortir du nucléaire. »

(Source : chaîne Youtube de la CRIIRAD)

 

 

_____________________

Pour en savoir plus sur la Criirad

http://www.criirad.org/

 

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 18:33

Quand le bâtiment réacteur n°3 de Fukushima Daiichi a explosé le 14 mars 2011, il y avait 566 assemblages dans la piscine de refroidissement : 514 de combustible usé et 52 de combustible neuf. Depuis, ces 100 tonnes de combustible sont restées une menace dans un bâtiment déstructuré, malgré l’habillage récent, sans enceinte de confinement. Avec quelques années de retard par rapport aux prévisions, Tepco vient de commencer à retirer ces assemblages pour les transférer dans la piscine commune du site.

 

Or, malgré tous ses efforts de communication, Tepco n’a jamais expliqué la succession d’explosions qui ont eu lieu en 2011 dans ce bâtiment réacteur n°3 en provoquant l’émoi du monde entier. L’opérateur n’a pas plus montré l’état des combustibles de la piscine de refroidissement, sinon par de rares photos prises à quelques endroits de la piscine. C’est pourquoi il est intéressant de suivre l’évolution de ce transfert d’assemblages, opération qui est programmée pour durer deux ans.

 

PF

 

Ecorché du réacteur 3 (capture vidéo + légendes)

Ecorché du réacteur 3 (capture vidéo + légendes)

Comme pour le réacteur 4, Tepco a reconstruit une toiture sur le bâtiment détruit en 2011 et a installé de nouveaux équipements permettant le transfert : une machine de chargement de combustible qui transfère les assemblages et une grue sur pont roulant qui transporte les conteneurs du niveau 5 au niveau du sol.

 

Un crochet au bout d’un long bras permet de sortir chaque assemblage de son logement dans les paniers. Sept assemblages de combustible neuf ont été gérés du 15 au 23 avril 2019 ; ils ont été placés un à un dans un conteneur de transport à l'aide de la machine de chargement de combustible. Ce conteneur est un grand fût cylindrique blindé de plomb. Une fois chargé, il est fermé, sorti de la piscine et chargé sur un camion qui le mène à la piscine commune. Là, il est plongé dans l’eau, ouvert, et les assemblages sont placés dans un panier.

 

Ce transfert va prendre beaucoup de temps car le bâtiment réacteur 3 est encore fortement radioactif et tout se fait à distance avec des grues radiocommandées. Or ces manipulations nécessitent une très grande attention car tout se joue au millimètre ; il faut éviter tout choc ou précipitation. Voici une série de captures d’écran tirées d’une vidéo de Tepco montrant les différentes phases.

 

Vue aérienne du réacteur 3 côté est (capture vidéo)

Vue aérienne du réacteur 3 côté est (capture vidéo)

Le bâtiment réacteur 3 vu du sol (capture vidéo Tepco)

Le bâtiment réacteur 3 vu du sol (capture vidéo Tepco)

Les opérateurs travaillent à 500 m de distance de la piscine (capture vidéo Tepco). Il faut dire qu’il ne fait pas bon rester trop longtemps au bord de cette piscine où l’on enregistre toujours, malgré le nettoyage et la protection de l‘eau, une dose de plus de 700 µSv/h.

Les opérateurs travaillent à 500 m de distance de la piscine (capture vidéo Tepco). Il faut dire qu’il ne fait pas bon rester trop longtemps au bord de cette piscine où l’on enregistre toujours, malgré le nettoyage et la protection de l‘eau, une dose de plus de 700 µSv/h.

Prise de mesure au bord de la piscine du BR3 (capture vidéo Tepco)

Prise de mesure au bord de la piscine du BR3 (capture vidéo Tepco)

Matériel de chargement de combustible et de transfert de conteneur (capture vidéo Tepco)

Matériel de chargement de combustible et de transfert de conteneur (capture vidéo Tepco)

Vue 1 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 1 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 2 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 2 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 3 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 3 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 4 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 4 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Un assemblage de combustible neuf est sorti de son panier (capture vidéo Tepco)

Un assemblage de combustible neuf est sorti de son panier (capture vidéo Tepco)

On remarque qu’il existe des dépôts solides clairs en forme de gouttes collés sur les parois extérieures du panier dont la taille varie entre 2 et 8 cm. Le site Simply Info estime qu’il s’agit de la même substance dont on a constaté visuellement la présence dans l’enceinte de confinement sous la cuve du réacteur en 2015. Simply Info explique qu’il pourrait s’agir d’éclaboussures de matière ressemblant à de la pierre ponce qui aurait pu se former avec la fonte du béton du fond de l’enceinte de confinement lors du melt-through. Cette hypothèse de formation de rhyolithe est intéressante ; toutefois, on imagine mal quel trajet auraient pu prendre ces éclaboussures entre le fond de l’enceinte de confinement et la piscine de combustible, alors que l’on a constaté que les dalles antimissiles surmontant de puits de cuve étaient restées en place.

 

Assemblage placé dans le conteneur de transfert dans la piscine de combustible du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Assemblage placé dans le conteneur de transfert dans la piscine de combustible du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

On remarque deux choses sur cette image de l’assemblage : 1. Sa base a une couleur noire puis une couleur grise différente de la couleur générale de l’enveloppe. Ces différences de couleur sont également visibles sur une autre image au moment de la sortie du conteneur d’un autre assemblage. Une hypothèse est que ce niveau noir corresponde à un niveau de vase en fond de piscine qui pourrait provenir de résidus qui sont tombés dans la piscine le jour de l’explosion ; on se souvient que le nuage provoqué par l’explosion principale était très sombre et que beaucoup de choses avaient atterri dans la piscine, dont la machine de chargement de combustible.

 

2. L’assemblage a subi une corrosion : on remarque deux trous. Etant donné qu’il s’agit d’assemblages de combustible neuf, on peut se demander de quelle manière ils ont pu être détériorés. Tepco nous donnera peut-être un jour une explication.

 

Le conteneur est visible au fond de la piscine ; le bras porte un assemblage (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est visible au fond de la piscine ; le bras porte un assemblage (capture vidéo Tepco).

La grue sort le conteneur de la piscine du réacteur 3 (capture vidéo Tepco).

La grue sort le conteneur de la piscine du réacteur 3 (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est transféré à l’extérieur (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est transféré à l’extérieur (capture vidéo Tepco).

Le camion portant le conteneur s’approche de la piscine commune (capture vidéo aérienne Kyodo news).

Le camion portant le conteneur s’approche de la piscine commune (capture vidéo aérienne Kyodo news).

Le conteneur est placé dans la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est placé dans la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Machine de chargement de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Machine de chargement de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Piscine commune  et bras de la machine de chargement (capture vidéo Tepco).

Piscine commune et bras de la machine de chargement (capture vidéo Tepco).

Assemblage retiré du conteneur de transfert dans la piscine commune (capture vidéo Tepco)

Assemblage retiré du conteneur de transfert dans la piscine commune (capture vidéo Tepco)

Le septième assemblage est rangé dans un panier de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Le septième assemblage est rangé dans un panier de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Vue de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Vue de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Sources :

Kyodo news

Vidéos Tepco

Acro

 

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 08:40

Lors d’un débat après le film « Fukushima, le couvercle du soleil », une personne n’a pas voulu me croire quand j’affirmais que j’avais eu connaissance que des lycéens avaient visité la centrale de Fukushima Daiichi et étaient passés en bus devant les réacteurs. J’ai été surpris par cette réaction de déni à laquelle je ne m’attendais pas ; c’est pourquoi j’écris cet article : pour répondre à cet homme incrédule. Peut-être vous non plus, vous ne m’auriez pas cru ? Heureusement, j’avais été tellement choqué en voyant cette vidéo que je l’avais enregistrée. Je suis donc à même de vous le prouver.

Voici donc une vidéo montrant un voyage d’étude de lycéens de différents pays, dont la France. Ce reportage a été diffusé le 16 août 2018 par la chaîne japonaise TBS News. À 5:15, après que le bus des lycéens soit passé devant le réacteur n°4, un guide parle en japonais. Une traductrice poursuit : « Maintenant, c’est 10 microsieverts » ; « et ça va augmenter très vite » ; cela veut dire : on va passer devant le réacteur n° 3…  Fait et dit : « maintenant, c’est 70 ».

On voit bien la manipulation : aucun jeune dans le bus ne semble montrer la moindre inquiétude. Pourtant, 70 µSv/h, ce n’est pas anodin. Pourquoi imposer ça à des enfants ? Pourquoi leur faire croire qu’ils ne risquent rien ? Sinon pour aller répandre la bonne parole rassurante aux quatre coins de la planète ? Fukushima, on maîtrise, ce n’est plus dangereux, on peut même y faire du tourisme nucléaire et ne prendre qu’une dose de 0,01 mSv. La propagande pour des JO propres est bien en cours, sur tous les fronts. « La façon la plus simple de partager cette expérience, c’est tout simplement de la raconter, d’expliquer ce que nous, on a vu, que ce soit à nos amis, à nos parents », explique Adèle, du lycée Notre-Dame de Boulogne-Billancourt, à la fin du reportage.

 

Au Japon, on utilise également les enfants pour faire croire à la population que la pollution radioactive n’est pas un problème sanitaire : il n’est pas rare, toujours dans un intérêt collectif, de faire participer des élèves à la décontamination, comme ces collégiens et lycéens qui avaient participé en 2015 au nettoyage de la route nationale 6 en t-shirt alors que cette route était interdite jusque-là pour cause de forte contamination radioactive.

 

En 1978, quand l’Amoco Cadiz s’était échoué sur les côtes de Bretagne, on m’avait proposé de participer à un voyage pour démazouter les plages. J’avais tout de suite dit oui. Quand on est adolescent, on ne réfléchit pas beaucoup. Sauf si on est informé. Je n’ai jamais été informé des risques que représentait l’inhalation de gaz toxiques émis par le pétrole brut. J’y suis allé car je voulais aider, et puis l’idée d’un voyage en Bretagne était plaisante également. Les nausées, les maux de tête, c’était normal, on le supportait. Et puis de toute manière, on avait des gants, des bottes et des cirés, on était protégé. Du moins on le croyait. Je pense que pour ces jeunes lycéens que l’on emmène à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’est encore pire. Car les adultes qui les encadrent, les proviseurs qui organisent, les parents qui autorisent n’ont aucune excuse. Ils savent tous que la radioactivité est dangereuse et que la poussière est porteuse de microparticules radioactives. Alors pourquoi emmènent-ils des enfants dans des zones contaminées, au plus près du monstre qui a créé cette catastrophe ? Je ne comprends pas.

 

Que des journalistes prennent le risque de visiter la centrale, pourquoi pas ? Ils sont adultes et ont les capacités de connaître les dangers. Pour des enfants, c'est différent. Ils sont embarqués dans un parcours scolaire dont ils ne maîtrisent pas encore le contenu. Ils ne peuvent donc pas consentir à se faire irradier et inhaler des particules radioactives en connaissance de cause car ils sont trop jeunes et leur formation à la radioprotection est limitée au discours officiel franco-japonais. En effet, ces voyages font partie d’une formation à la radioprotection qui comprend ce questionnement : « Quels sont les effets des rayonnements ionisants sur la santé et comment évalue-t-on le risque aux faibles doses ? » Le message est donc clair : les faibles doses, ce n’est pas dangereux ; la preuve, on peut vous faire visiter une centrale nucléaire fraichement accidentée…

 

Pourtant, plusieurs études scientifiques ont déjà démontré que les faibles doses étaient dangereuses, et spécialement pour les enfants. Alors j’écris cet article également pour ces adolescents, j’espère qu’il parviendra jusqu’à eux. J’espère qu’ils liront les conclusions des études qui ne seront pas diffusées durant leur formation. J’espère que leurs parents les liront aussi et qu’ils prendront connaissance des témoignages d’autres parents.

 

Pierre Fetet

________________________

 

Formation à la radioprotection :

Les faibles doses radioactives sont dangereuses

Quelques études scientifiques qui le montrent

Alice M. Stewart, Effets sur la santé de l'irradiation par des doses faibles, septembre 1982

 

Collectif IndependentWHO, Actes du Forum Scientifique et Citoyen de la Radioprotection : de Tchernobyl à Fukushima, Genève, mai 2012

 

Hisako Sakiyama, Évaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon, mars 2013

 

Joseph Mangano, Janette Sherman, Christopher Busby, “Changes in confirmed plus borderline cases of congenital hypothyroidism in California as a function of environmental fallout from the Fukushima nuclear meltdown”, Open Journal of Pediatrics, 3, 370-376, décembre 2013

 

Elias Flockerzi, Stefanie Schanz, Claudia E. Rübelow, “Even low doses of radiation lead to DNA damage accumulation in lung tissue according to the genetically-defined DNA repair capacity”, Radiotherapy & Oncology, vol. 111, issue 2, 212-218, mai 2014

 

Klervi Leuraud, David B Richardson, Prof Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O'Hagan, et al., “Ionising radiation and risk of death from leukaemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS): an international cohort study”, The Lancet, Vol. 2, Issue 7,  juillet 2015

 

 

Formation aux parents :

Protégez vos enfants

Témoignages de parents japonais

- témoignages de mères de Fukushima

- témoignage de Aya Marumori

- témoignage de Yoko Shimosawa

- témoignage de Ruiko Muto

 

 

________________________________________

 

Établissements français impliqués dans la formation à la radioprotection :

- Lycée Notre-Dame (Boulogne-Billancourt)

- Lycée Nelson Mandela (Audincourt)

- Lycée Bois d'amour (Poitiers)

- Lycée Louis de Broglie (Marly-le-Roi)

- Lycée Paul Vincensini (Bastia)

- Lycée Aliénor d'Aquitaine (Poitiers)

- Lycée Simone Weil (Dijon)

- Lycée Clémenceau (Nantes)

- Lycée Europe (Dunkerque)

- Lycée Giocante de Casabianca (Bastia)

- Lycée Carnot (Dijon)

- Lycée Thomas Hélye (Cherbourg)

- Lycée Métiers Nature (Coutances)

- Institut Saint-Lô (Agneaux)

 

________________________________________

 

MàJ 18/05/19

 

Les rencontres internationales de lycéens pour visiter le site Fukushima-Daiichi sont encouragées par l’association CEPN (CEA, EDF, AREVA-ORANO et IRSN) pour rendre acceptable des accidents majeurs nucléaires. Dans la vidéo, dans l'autocar qui emmène les lycéens, on aperçoit Ryogo Hayano, professeur de physique à l’université de Tokyo.

 

En savoir plus en lisant d'autres articles sur le sujet :

http://www.fukushima-is-still-news.com/article-school-trips-to-fukushima-122341341.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/04/objective-and-scientific.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/11/fukushima-students-visit-plant.html

https://www.forbes.com/sites/prossermarc/2016/04/15/how-200-japanese-high-school-students-became-fukushima-fallout-scientists/#2b9ae9fa2332

https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/editors/3/exchangetourinfukushima/index.html

https://twitter.com/TEPCO_English/status/986507156395409408

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