11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 05:00

Le 13 février 2019, les techniciens de Tepco ont continué à explorer l’espace situé sous la cuve du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Pour cela, ils ont utilisé un nouveau robot de 30 cm de long, développé par Toshiba, qui possède à lui seul une lampe, une caméra, un dosimètre, un thermomètre et une pince articulée à deux doigts crantés. Il est relié par un câble de 4 mètres qui lui permet d’être alimenté en énergie, d’être contrôlé, de rapatrier en direct les informations relevées et de se déplacer dans l’enceinte de confinement en étant poussé ou tiré.

Envoi du robot vers la plateforme sous la cuve du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Envoi du robot vers la plateforme sous la cuve du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Dans un premier temps, Tepco a fourni une série de photos prises par l’engin, mais ces photos sont plus spectaculaires qu’autre chose. Elles sont d’abord diffusées pour montrer que Tepco travaille. Aucun prélèvement n'a été effectué, on n’a pas diffusé les chiffres de la radioactivité, mais on en parle, c’est l’essentiel. Une fois que ces informations lacunaires ont été diffusées en masse, avec une technique bien rôdée, Tepco a fourni ensuite des informations plus intéressantes mais de manière plus confidentielle ; comme on ne va pas parler de Fukushima tous les jours, les médias ne les reprennent pas, peut-être pour ne pas lasser les lecteurs.

 

Quelques grains de corium saisis par les pinces du robot (Capture d’écran vidéo Tepco)

Quelques grains de corium saisis par les pinces du robot (Capture d’écran vidéo Tepco)

Ainsi, Tepco a diffusé 15 jours plus tard une vidéo en japonais. On y apprend, grâce à un technicien pédagogue qui explique l’investigation dans le détail, que le robot est passé dans un trou (fait par le passage du corium ?) de la plateforme d’accès aux barres de contrôle pour visiter le fond du piédestal, ce support en béton qui supporte la cuve. L’engin a mesuré la radioactivité à différentes hauteurs (mais on ne connaît pas la distance par rapport au fond de la cuve), de 6,4 à 7,8 Gy/h. Eh oui, Tepco utilise maintenant le Gray (Gy), alors qu’elle avait toujours utilisé le Sievert (Sv). Ce sont des unités quasi équivalentes sauf que le Sievert prend en compte l'absorption moyenne par le corps humain… Hum, pas très clair tout ça pour le commun des mortels. Changer d’unité est une vieille technique de l’industrie nucléaire pour égarer les curieux. On ne conseillera jamais assez aux novices de s’informer sur ce sujet en lisant le vademecum sur le nucléaire de Georges Magnier. Mais revenons aux mesures ; on remarquera que Tepco a pris soin de ne pas donner une mesure trop proche du corium, à la base de l’enceinte. Il ne s’agirait pas de refaire la même erreur qu’en février 2017 où la mesure effrayante de 530 Sieverts avait été divulguée pour ce même réacteur...

 

Mesures de radioactivité dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mesures de radioactivité dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Par ailleurs, Tepco fournit également des températures aux mêmes points, fluctuant autour de 23 °C (contre 21°C un an plus tôt, sans doute à cause d’un débit d’eau de refroidissement moins élevé aujourd’hui).

 

La vidéo montre aussi une animation sur le meltdown, vous savez, cet évènement tant redouté qui signifie la fonte du combustible et la formation du corium. A ce propos, on a appris récemment que les trois meltdowns de Fukushima Daiichi avaient produit en tout une masse de corium d’environ 880 tonnes.

 

Le meltdown selon Tepco (Capture d’écran vidéo Tepco)

Le meltdown selon Tepco (Capture d’écran vidéo Tepco)

Quand on sait qu’il aura fallu attendre 8 ans après le début de la catastrophe pour ne déplacer que quelques grammes de cette matière, on peut imaginer que les 40 années données par Tepco pour récupérer les 880 tonnes qui se sont répandues dans les sous-sols de la centrale ne suffiront pas… Il faudra plutôt plusieurs siècles avant de régler le problème, si on peut le régler un jour.

 

On n’en saura pas plus pour le moment. Anniversaire oblige, gloire aux robots et surtout, pas de vague avant les JO ! Mais si, avant de se préoccuper de 2020, on prenait soin des enfants qui vivent en territoire contaminé ?

 

Pour finir, place aux images, aux captures d’écran pour les pressés et aux vidéos en bas de page pour ceux qui ont plus le temps !

 

Pierre Fetet

 

Trou dans la plateforme par lequel le robot est passé (Capture d’écran vidéo Tepco)

Trou dans la plateforme par lequel le robot est passé (Capture d’écran vidéo Tepco)

Emplacement prospecté par le robot au fond de l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Emplacement prospecté par le robot au fond de l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Descente du robot dans le fond de l'enceinte (Photo Tepco)

Descente du robot dans le fond de l'enceinte (Photo Tepco)

Matériel brûlé dans l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Matériel brûlé dans l’enceinte de confinement (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mer de corium figé sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Mer de corium figé sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Grain de corium (Capture d’écran vidéo Tepco)

Grain de corium (Capture d’écran vidéo Tepco)

Poteau métallique soutenant la plateforme sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Poteau métallique soutenant la plateforme sous le réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Vue du dessous du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Vue du dessous du réacteur 2 (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco observant les données du robot à distance (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco observant les données du robot à distance (Capture d’écran vidéo Tepco)

Techniciens de Tepco gérant le robot en milieu radioactif (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco gérant le robot en milieu radioactif (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco dans le bâtiment réacteur 2 manipulant le cable du robot (Photo Tepco)

Techniciens de Tepco dans le bâtiment réacteur 2 manipulant le cable du robot (Photo Tepco)

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation du robot dans l'enceinte et prises de vue

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation du robot dans l'enceinte et prises de vue

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation des ouvriers et du robot

Extrait du rapport d'opération de Tepco : situation des ouvriers et du robot

____________________________________

 

Vidéos de Tepco

 

 

Partager cet article

Repost0
8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 19:08

Fukushima huit ans après

Un article du Dr Alex Rosen, président de l'IPPNW*, paru sous le titre original 15-faches Risiko für Schilddrüsenkrebs, 8 Jahre Fukushima, traduit par Yveline Girard et diffusé avec l'autorisation de l'auteur.

 

Ce mois de mars marque le huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Les enfants nés l’année de la fusion des réacteurs fréquentent aujourd’hui l’école primaire, tandis que de nombreux enfants et adolescents qui, à cette époque, ont ingéré de l’iode radioactif en respirant ou dans leur alimentation, ont atteint l’âge adulte. Beaucoup de temps a passé depuis les images bouleversantes des explosions dans les réacteurs de Fukushima Dai-ichi en mars 2011. Le sujet a à peu près disparu de la conscience publique, et au Japon, de plus en plus de gens voudraient étouffer les événements de cette époque et leurs conséquences. Et pourtant la catastrophe se poursuit.

Légende de la photo ci-dessus : la mère de Ayoto rassemble tous les documents concernant les examens de son fils et son irradiation (Photo de Ian Thomas Ash)

Jour après jour, de l’eau contaminée en provenance des bâtiments ayant abrité les réacteurs endommagés est déversée dans l’océan et dans les nappes phréatiques. Encore récemment, l’exploitant Tepco a été contraint d’admettre avoir trompé le gouvernement et l’opinion publique sur l’état réel de l’eau contaminée stockée sur le terrain des centrales et ce, des années durant. Contrairement aux allégations de l’entreprise selon lesquelles cette eau n’aurait plus contenu que du Tritium, les autorités japonaises ont constaté que 750 000 tonnes d’eau sur les 890 000 dépassent de cent fois le seuil maximal autorisé par l’État et qu’elles contiennent aussi une forte concentration d’isotopes radioactifs comme le strontium-90. Dans certains échantillons analysés par les autorités, la concentration de strontium-90 était 20 000 fois supérieure au maximum autorisé. Or, peu de temps auparavant, TEPCO avait fait part de son projet de déverser l’eau contaminée dans le Pacifique. Pour l’instant, ces nouvelles révélations ont mis un terme à ce plan.

Pendant ce temps, depuis la catastrophe, des villages entiers et des quartiers de zones urbanisées ont été nettoyés des retombées radioactives au prix d’un difficile travail de fourmi. Cependant, les régions boisées et montagneuses du nord-est du Japon, largement inaccessibles, représentent un réservoir incontrôlable de particules radioactives. Chaque tempête, chaque inondation, chaque incendie de forêt et chaque envol de pollens peut recouvrir de Césium 137 des territoires déjà décontaminés. C’est ainsi que de nombreuses localités, qui selon le gouvernement japonais pro-nucléaire devraient être repeuplées depuis longtemps, présentent des niveaux de radiation accrus. Et par voie de conséquence, les gens n’y retournent pas. Plus de 50 000 personnes sur les 200 000 déplacées initialement vivent aujourd’hui encore, huit ans après le début de la catastrophe, dans des foyers de réfugiés ou dans des hébergements de fortune. Et l’état prévoit de leur couper les aides. Ainsi le gouvernement pense-t-il les contraindre à retourner rapidement à l’endroit où ils vivaient. La commission des droits de l’homme de l’ONU s’est vue dans l’obligation d’examiner la situation de ces déplacés.

 

166 cas de cancers avérés, 38 enfants en attente d’opération

Que les radiations provoquent des problèmes de santé n’est nulle part aussi évident que dans l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde. Depuis 2011, on examine tous les deux ans la thyroïde des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs nucléaires. La première série de dépistages a eu lieu de 2011 à 2014, la deuxième de 2014 à 2016, la troisième de 2016 à 2018, la quatrième, en cours, à partir de 2018. Tandis que l’exploitation des données de la première série est terminée, celle des deuxième, troisième, et quatrième surtout est encore incomplète. Néanmoins il est déjà possible de tirer des conclusions à partir des résultats disponibles. Alors que ces examens avaient été effectués à l’origine pour rassurer les populations sur les conséquences de l’accident, ils ont en fait mis en évidence des résultats inquiétants.

Selon les données du Registre du Cancer Japonais, le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) des cancers thyroïdiens chez l’enfant avant la catastrophe était d’environ 0,35 pour 100 000 enfants. Avec une population de 360 000 enfants dans la préfecture de Fukushima le nombre attendu de nouveaux cas serait donc de 1 seulement par an, c'est-à-dire 8 depuis le début de l’accident à la centrale, en mars 2011.

Or, dans cet intervalle de temps, des biopsies de la thyroïde à l’aiguille fine ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants. 167 de ces enfants ont dû être opérés entretemps en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux. Dans 166 cas, le diagnostic histologique de carcinome thyroïdien a été confirmé, un seul cas de tumeur bénigne a été constaté. Trente-huit enfants sont encore en attente d’opération. Ces chiffres s’appuient sur les dernières publications de l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) en date du 27 décembre 2018, qui prennent en compte tous les résultats d’examen disponibles à la fin septembre 2018.

La FMU a également déclaré dans sa dernière publication que parmi les 217 513 enfants ayant subi des tests complets (soit 64,6% des 336 669 enfants concernés), 141 275 (soit 65%) présentaient des nodules ou des kystes sur la thyroïde. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le nombre de pathologies détectées chez des enfants qui lors des examens précédents ne présentaient encore aucun symptôme inquiétant : chez 22 108 enfants (10%°), on a détecté dans la troisième série de dépistages des kystes et des nodules qui n’existaient pas lors de la deuxième série. Chez 135 d’entre eux, la taille des nodules dépassait 5 mm, et les kystes 20 mm, si bien que des examens complémentaires ont été nécessaires.

Par ailleurs, chez 577 enfants présentant des kystes ou des nodules de petite taille lors du deuxième dépistage, leur croissance a été telle que des examens plus poussés ont été nécessaires également.

Chez 54 des enfants présentant des résultats anormaux, des biopsies à l’aiguille fine ont été effectuées. Dans 18 cas, un cancer a été suspecté. Treize enfants ont été opérés depuis et le diagnostic de carcinome thyroïdien a été confirmé.

Ainsi, depuis l’an passé, dans le troisième dépistage, 5 cas confirmés de cancers et 6 suspicions de cancer se sont ajoutés aux cas précédents. Trente-cinq pour cent des données de ce troisième dépistage n’ont pas encore été exploitées, si bien qu’on ne peut pas encore en tirer de conclusions définitives.

 

Un effet de dépistage ?

Du côté du lobby nucléaire, on essaie toujours de rapporter le nombre élevé de cancers de la thyroïde à Fukushima à ce qu’on appelle l’effet de dépistage. Cet argument aurait encore pu passer pour les 101 cas de cancers de la première série de dépistages, mais il ne vaut plus pour la deuxième ni la troisième série. Les cas qui ont été détectés alors sont forcément nouveaux. Si l’on considère exclusivement les cas de cancers de la thyroïde qui ont été détectés lors de la deuxième et de la troisième série de dépistages, on en arrive au nombre total de 65 nouveaux cas (52 pour la deuxième série et 13 pour la troisième). Pour une population étudiée de 270 000 enfants et un intervalle de 4,5  années (d’avril 2014 à septembre 2018), cela représente une incidence d’environ 5,3 nouveaux cas de cancers de la thyroïde pour 100 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs. Comme cela a déjà été expliqué plus haut, le taux habituel de ce cancer est de 0,35% pour 100 000 au Japon. Dans la préfecture de Fukushima le taux de nouveaux cas de cancer est par conséquent plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Autrement dit : les personnes qui étaient enfants à Fukushima lorsque l’explosion a eu lieu ont un risque 15 fois plus élevé que les autres de développer un cancer de la thyroïde. Ce résultat est extrêmement significatif et ne peut en aucun cas être expliqué ou relativisé par l’effet de dépistage.

Il faut de surcroît considérer qu’en même temps, plus de 87 000 enfants de la population ayant fait l’objet des examens à l’origine sont sortis de l’étude, qu’un tiers des données de la troisième série de dépistages n’est pas encore connu et que tous les cas de cancers qui sont décelés et traités en dehors des hôpitaux officiels ne sont pas pris en compte dans les statistiques, si bien que le nombre réel de cas est certainement bien plus élevé.

 

Le cancer de la thyroïde : une affection banale ?

Au vu de cette évolution préoccupante, il est bon de rappeler que le cancer de la thyroïde, en dépit de perspectives thérapeutiques relativement bonnes, n’est pas une maladie anodine, quoi qu’en dise le lobby nucléaire. Il peut entraîner d’importantes conséquences pour la qualité de vie des malades et leur état de santé. Une opération de la thyroïde comporte des risques importants, les patients et les patientes doivent prendre des médicaments à vie, se soumettre régulièrement à des analyses de sang, et vivent constamment dans l’angoisse de la récidive. Selon une étude de la fondation japonaise pour le soutien aux enfants malades du cancer de la thyroïde, 10% des patients et patientes opérés ont déjà connu une récidive, c'est-à-dire qu’ils ont développé de nouvelles tumeurs cancéreuses, qui ont dû être de nouveau opérées. Dans la préfecture de Fukushima, le cancer a récidivé au bout de peu d’années chez 8 des 84 enfants soignés pour cancer.

 

Répartition géographique des cas de cancer de la thyroïde

L’an dernier déjà nous avions indiqué que la répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde chez les enfants coïncidait avec le degré de contamination à l’iode radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture : www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Fukushima/SD_Artikel_Fukushima_Maerz_2018.pdf

Le taux le plus bas relevé, 7,7 suspicions de cancer après biopsie pour 100 000 enfants par an, se retrouvait dans la région de Aizu, la moins contaminée par les particules radioactives. Avec 9,9 cas pour 100 000 on trouvait ensuite la partie de Hamadori, également peu contaminée par les radiations. Le taux était plus élevé (13,4 cas pour 100 000 par an) à Nakadori qui fut plus contaminé, le taux le plus élevé étant constaté dans les 13 localités les plus contaminées tout autour de la centrale (21,4 cas pour 100 000 par an). Les incidences de cette étude ne concernent pas seulement des cas avérés après opération, mais aussi les suspicions de cancer après biopsie, raison pour laquelle ils sont supérieurs aux chiffres cités plus haut.

 

Des tentatives pour vider l’étude de tout sens

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pro-nucléaire et de la puissante industrie nucléaire du pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU.

Déjà l’an dernier, nous avions attiré l’attention sur le fait que la FMU elle-même faisait tout pour faire capoter les études sur les affections de la thyroïde. C’est ainsi que contrairement à ce qui était prévu initialement et qui avait été annoncé, à partir de l’âge de 25 ans, les examens n’auront plus lieu tous les deux ans mais seulement tous les cinq ans. Par ailleurs, on a appris que des collaborateurs de la FMU passaient dans les écoles pour informer les enfants de leur droit à refuser les examens et de leur droit à l’ignorance. Depuis peu est apparue sur les formulaires l’option « Opt-out », c'est-à-dire la possibilité de sortir de l’étude. C’est tout à fait remarquable, dans la mesure où la participation a toujours été volontaire et que, d’ores et déjà, 20 à 30% des enfants ne font pas partie des cohortes se soumettant aux examens. Les critiques soulignent aussi qu’à partir de 18 ans, les frais d’examen ne seront pas assumés par les pouvoirs publics mais supportés par les patients et leurs familles. On peut supposer que les efforts de la FMU visent à diminuer le taux de participation aux examens et, à long terme, de faire perdre toute valeur à l’étude en déformant les résultats des tests, un résultat qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire du Japon.

Il faut également souligner de nouveau que les chiffres de la FMU ne représentent qu’une partie des maladies survenues en réalité. Celle-ci ne prend pas en compte les autres affections liées aux radiations hormis les cancers de la thyroïde, pas plus qu’elle ne s’intéresse aux affections atteignant les personnes âgées de plus de 18 ans au moment de la fusion des cœurs, celles qui n’étaient pas enregistrés dans la préfecture de Fukushima à ce moment-là, celles qui ont déménagé depuis ou qui pour des raisons personnelles n’ont pas pris part aux dépistages. Un autre fait qui montre comment les statistiques officielles sont manipulées, c’est le refus de prendre en considération les cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués en dehors des hôpitaux appartenant à la FMU. Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de son enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de l’enfant n’avait pas été posé par eux, mais par une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour confirmer le diagnostic et suivre le traitement. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent par les responsables de l’étude.

Fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il avait participé au premier dépistage de l’Université ; mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et, de ce fait, n’ont pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés, combien de cas se sont déclarés en-dehors de la préfecture ou chez des personnes qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tout cela n’a jamais fait l’objet de la moindre recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne le saura jamais.

 

Le droit à la santé

Nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et en même temps, en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres sont vraisemblablement systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut s’attendre à une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies provoquées ou aggravées par les radiations ionisantes. Les tests de la FMU sur la thyroïde constituent les seuls tests en série à même de donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils risquent en l’état actuel des choses d’être manipulés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les habitants de Fukushima et les Japonais ont un droit inaliénable à la santé et à une vie dans un environnement sain. Dans ce contexte, les tests thyroïdiens chez les enfants ne bénéficient pas seulement aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et qui peuvent ainsi être soignés, mais à toute la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur suivi scientifique sont donc d’intérêt général et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
 

Dr. Alex Rosen,  président de l'IPPNW

 

Sources : Proceedings of the 33rd Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Management Survey, December 27th, 2018
https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal/kenkocyosa-kentoiinkai-33.html
NHK: Thyroid cancer relapses in some Fukushima children. 01.03.2018.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24
Sheldrick A, Tsukimori O. "Fukushima nuclear plant owner apologizes for still-radioactive water".
Reuters, 11.10.2018.
https://www.reuters.com/article/us-japan-disaster-nuclear-water/fukushima-nuclear-plant-owner-apologizes-for-still-radioactive-water-idUSKCN1ML15N

* L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et le syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW Europe : http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Celui de l’IPPNW Allemagne : https://www.ippnw.de/

________________________

En savoir plus

 

Article d’Akio Matsumura du site « Finding the missing link » (2019)

Huit ans plus tard, Fukushima pose encore des problèmes sanitaires pour les enfants

 

Article du blog Vivre après Fukushima (2018)

Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

 

Dossier IPPNW (2016)

Vivre 5 ans avec Fukushima : résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

 

Vidéo de Kna (2013)

Enfants de Fukushima et problèmes de thyroïde

 

Article du blog de Fukushima (2012)

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Article du blog de Fukushima (2011)

Les effets de la catastrophe de Fukushima sur la santé

 

Partager cet article

Repost0
2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 10:14

Voici des informations sur le Japon nucléaire transmises par Kolin Kobayashi, président de l’association Echo Echanges et correspondant du "Days Japan" à Paris. Selon lui, la préparation des JO de Tokyo est en train de faire oublier Fukushima alors que la centrale de Daiichi est toujours en état d’urgence. Vous pourrez le rencontrer dans toute la France lors de débats organisés autour du film de Futoshi Sato « Fukushima, le couvercle du soleil » (voir les dates et lieux dans l’agenda).

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d'après une carte de l'OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d'après une carte de l'OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Le nucléaire civil au Japon, Fukushima

 

 

Chiffres 

Nombre total de centrales : 19 centrales

Nombre total de réacteurs : 54 réacteurs actifs avant Fukushima.

Nombre de fermetures décidées : 21 réacteurs

Nombre de  réacteurs redémarrés : 9 au 1er déc 2018 (Ikata, Sendaï, Takahama, Ooi, Genkaï)

Nombre de réacteurs passés au contrôle de la nouvelle norme : 9

Nombre de réacteurs en construction : 3 (Oma, Totsu, Shimané)

 

L’Arrêt total de toutes les centrales :

Zéro réacteur pendant presque deux ans entre mai 2012 et août 2015. Pendant cette période, le Japon a utilisé des centrales de charbon et de fuel, mais l'augmentation de consommation de charbon n'a pas dépassé 10 %. Le gaz naturel +9 %

La part du l'électronucléaire avant Fukushima : 30 %

L'augmentation de production solaire : 45 milliards KWh qui dépasserait celle de l’électronucléaire (17 milliards).

 

Les préoccupations avant la 8ème année (le 11 mars 2019) de la catastrophe de Fukushima

L'accident continue et on est toujours sous l'état d'urgence. On ne réussit pas encore à confiner la radioactivité.

 

Retour des habitants

Depuis le printemps de 2017, les zones de préparation de l'ouverture sont ouvertes et le gouvernement et le département de Fukushima préconisent de faire retourner les habitants dans leurs zones contaminées. M. Shunichi Tanaka, ancien président de la commission de régulation nucléaire, originaire de Fukushima, s'installe à Iitaté pour montrer qu'il n'y a pas de risque radioactif. La commune de Iitaté (40-50 km Nord-Ouest de Fukushima-Daiichi) est un lieu stratégique à la fois pour les pronucléaires qui voudraient effacer ce mauvais souvenir de Mars 2011 et les antinucléaires qui voudraient démontrer qu'il peut y avoir une contamination importante même si on est éloigné de 40 km. Les villageois n'ont pas été informés que leur village a été massivement contaminé. Un mois plus tard, tous les résidents ont été évacués.

Les lobbys japonais et français travaillent de conserve pour accréditer le mythe de la sécurité face à la radioactivité, dans la continuité du projet Ethos en Belarus, pour faire revenir les habitants.

La propagande des lobbys japonais et français prévoit d'organiser un voyage d'études au Japon avec les lycéens internationaux, y compris les lycéens français, à  Fukushima et aussi au site de Fukushima-Daiichi, pour persuader que la radioactivité n'est pas très grave. Une propagande organisée par les scientifiques japonais et français liés à la sphère Ethos du lobby international.

 

Rejet de l'eau contaminée dans l'océan Pacifique :

La quantité des eaux contaminées dépasse aujourd'hui 1 120 000 tonnes avec plus de 1000 réservoirs. La limite de la marge du stockage dans le site de Fukushima sera atteinte dans deux ans.

On constate que ces eaux contiennent non seulement plus de 1000 billions de Bq en total de tritium mais aussi du césium 137 et 134 et du strontium. TEPCO et les autorités japonaises préconisent d'en rejeter dans l'Océan Pacifique. Ils ont organisé trois auditions publiques au cours desquelles les habitants et surtout les pêcheurs se sont montrés farouchement opposés à cette solution. La commission citoyenne du nucléaire (organisation associative des scientifiques indépendants) préconise d'en stocker dans les grands réservoirs pour 100 ans. Pour le moment la décision est suspendue.

 

Réutilisation des terres contaminées :

Le recyclage des déchets de moins de 8000 Bq/kg est autorisé.

Après les travaux de décontamination, les déchets contaminés sont stockés dans les sacs plastiques  et il y a aujourd'hui 16 millions 50 000 sacs : 1100 dépôts temporaires, 137 000 dépôts sur les lieux. Dans les communes d'Okuma et Futaba, on construit les deux sites de stockage intermédiaire qui doivent recevoir finalement 22 millions de sacs jusqu'en 2020. Pour éviter que le nombre de stockage augmente, les autorités japonaises autorisent de recycler/réutiliser les terres contaminées de moins de 8000 Bq/kg.

Le PDG de Veolia a déclaré qu'il a l'intention de faire un commerce de déchets en exportant vers le Japon ceux de France de moins de 8000 Bq/kg.

 

Suppression des indicateurs publics de dosimétrie :

Le département de Fukushima voudrait supprimer les indicateurs de dosimétrie publics. Il y a des auditions publiques et là aussi, les habitants s'opposent à cette décision.

 

JO de Tokyo :

La situation créée par la préparation des JO de Tokyo est terrifiante. Elle est en train de faire oublier Fukushima. La banalisation de la radioactivité et la propagande éthosienne. Il faudrait informer le public et le comité des JO français de la réalité de la contamination.

 

Les conséquences sanitaires :

A Minami-Soma, dans le département de Fukushima, d'après les statistiques* locales de l'hôpital municipal, le nombre des cas de cancers de la thyroïde est 29 fois supérieur au niveau d'avant l'accident, les cas de leucémie 10,8 fois, de cancers du poumon 4,2 fois, de cancers d'enfants 4 fois, de pneumonie 3,98 fois.

 

*Cela ne représente pas la situation globale du département de Fukushima, mais c'est significatif.

 

Kolin Kobayashi

 

 

________________________________________

 

 

En savoir plus sur l’état de la centrale de Fukushima Daiichi en 2019

 

Catastrophe nucléaire de Fukushima : chiffres clé pour le huitième anniversaire (Dossier de l’ACRO)

 

2019 - Annual Report - Fukushima 8th Anniversary (Dossier de Simply Info - The Fukushima Project)

 

________________________________________

Màj le 07/03/19

Partager cet article

Repost1
22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 14:29

« Ça commence », c’est le titre qu’a donné Fonzy à son neuvième témoignage. C’est le titre qu’on pourrait aussi donner pour le démarrage de la grande communication pré-JO de Tepco sur la récupération du corium. La semaine dernière, le 13 février, après 9 mois de silence sur ses activités de démantèlement des réacteurs de Fukushima Daiichi, Tepco s’est vantée d’avoir réussi à déplacer, 8 ans après la catastrophe, quelques grammes de corium au fond de l’enceinte de confinement du réacteur n° 2. Certes, c’est une prouesse technique dans un environnement létal, mais il faut relativiser en pensant aux 257 tonnes de combustible fondu qu’il reste à récupérer dans les tréfonds inondés de la centrale. Il faut relativiser aussi l’état de l’information fournie par Tepco : des miettes lâchées aux médias – de belles images colorées, tels des tableaux de peinture contemporaine – car pas d’info sur le taux de radioactivité, sur la température… Des autorités, ce n’est pas mieux : pas d’info sur d’éventuelles études épidémiologiques suite à 2011, excepté cette surveillance des thyroïdes des enfants de Fukushima, qui n’est qu’un prétexte à diffuser des propos rassurants pour dire que le surplus de cancers n’est pas dû à la radioactivité. Alors face à ce mur de silence, comment ne pas s’inquiéter ?

PF

Légende photo ci-dessus : corium de Fukushima, réacteur n°2, détail d’une photo Tepco (février 2019)

 

 

 

 

Ça commence….

 

par Fonzy

 

Bientôt huit ans depuis la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima. La région est presque « restaurée » sauf une petite partie autour de la centrale accidentée, bien que la plupart des sinistrés n’y retournent pas. Il est normal qu’ils n’y retournent pas, car le césium est toujours là, le strontium est toujours là, et aussi le plutonium, etc… Les radionucléides, on ne les voit pas dans l’air, ni dans le sol, ni dans l’océan. Toutefois, on commence à voir leurs traces en nous, dans nos corps, sans doute. Je ne suis pas médecin, ni statisticienne, je n’ai aucune preuve scientifique, donc ce que je raconte pourrait être n’importe quoi, mais il y a quand même un peu trop de malades, un peu plus visibles qu’avant.

 

On entend presque tous les jours que tel chanteur a eu une crise cardiaque, telle actrice souffre du cancer du sein, tel homme politique est mort de la dissection aortique ; enfin, depuis quelques mois, j’entends trop souvent des peoples qui souffrent d’une maladie assez grave. Des fois, il s’agit d’une personne assez jeune, comme Rikako Ikee, 18 ans, superstar de la natation japonaise, qui vient d’annoncer qu’on lui a diagnostiqué une leucémie, ou Nosuke, 29 ans, chanteur atteint de la tumeur testiculaire germinale. Mais il y a aussi des personnes âgées comme Hitomi Kamanaka, 61 ans, cinéaste qui a réalisé de nombreux documentaires sur le nucléaire, qui a eu une hémorragie sous-arachnoïdienne, ou Enraku Sanyutei, 68 ans, conteur de rakugo, qui s’est fait opérer du cancer du poumon. Peut-être suis-je plus sensible qu’avant à ce genre de nouvelles, mais je dirais que c’est un peu trop fréquent quand même.

 

Moi, pour l’instant, ça va, sauf que j’ai attrapé un gros rhume en décembre dernier, ce qui m’a privé de voix pendant des jours. Curieusement, j’ai vu plusieurs personnes qui disaient qu’elles souffraient du même problème de la gorge presque en même temps que moi. Y avait-il du poison qui flottait dans l’air ? Ou la simple infection d’un virus ? Je ne sais pas.

 

Le 18 mars 2011, juste après l’accident de la centrale, Akio Komori, qui était alors directeur de Tepco, s’effondrait en larmes en disant que « Nous avons fait échapper la quantité mortelle de la radioactivité ». Maintenant, personne ne cite plus ce qu’a dit Komori. On dit que tout est devenu normal, tout est comme avant, mais je pense que Komori avait raison.

Akio Komori,  directeur chez Tepco, mars 2011, AP photo Kyodo

Akio Komori, directeur chez Tepco, mars 2011, AP photo Kyodo

Partager cet article

Repost0
2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 17:41
Prochain accident nucléaire : les radionucléides que nous mangerons et respirerons

En 2011, je m’interrogeais sur les radionucléides de Fukushima et le fait que Tepco ne communiquait que sur l’iode 131 : la réponse était qu’il fallait laisser croire qu’un accident nucléaire était un problème à court terme ; en effet, l’iode 131 ayant une demi-vie de 8 jours, on n’en verrait plus la trace au bout d’environ 80 jours. Ce qui permettait à Thierry Charles (IRSN) d’affirmer aux médias sans sourciller que les Japonais évacués allaient pouvoir revenir chez eux au bout de trois mois (Le Monde, 11 avril 2011).

 

On a facile à comprendre pourquoi l'industrie nucléaire civile et militaire ne communique pas sur l’ensemble des radionucléides : il faut laisser les masses dans l'ignorance... Pas de recherche des radioéléments, pas d’étude épidémiologique, pas de problème !

 

Dernièrement, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé au gouvernement nippon « de se débarrasser de l’eau stockée à Fukushima » (Reuters, 13 novembre 2018), c'est-à-dire en rejetant le poison dans le Pacifique. Près d’un million de tonnes d’eau contaminée sur le site de la centrale de Fukushima 8 ans après le début de la catastrophe, ça fait tache ! Cette injonction de l’organisme international fait ainsi l’affaire du gouvernement de Shinzō Abe car, au niveau de la com’, les JO de 2020 doivent être nickel.

 

Et pourtant, le problème est loin d’être réglé. L’eau contaminée, dont le traitement est très difficile – on se rappelle qu’Areva s’était fait jeter par Tepco en 2014 pour incompétence en la matière – contient une infinité de radioéléments qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas éliminer (comme le tritium). Seuls une soixantaine de radionucléides ont été plus ou moins bien extraits de cette soupe mortelle qui peut encore en contenir plus d’une centaine.

 

J’édite ce billet d’une part pour que personne ne reste dans l’ignorance de ce que s’apprêtent à accomplir Tepco et le gouvernement japonais, de concert avec l’AIEA, et d’autre part pour rappeler qu’un accident nucléaire grave provoque généralement un nuage radioactif composé de centaines de radionucléides. Pour la prochaine catastrophe, personne ne pourra plus ignorer non plus la longue liste de ces éléments que nous allons plus ou moins inhaler et ingérer, sous la forme de nanoparticules, selon la distance où nous serons du point de rejet. Et si la contamination est trop élevée, on change les normes : en Europe, c’est le vieux traité Euratom qui fixe à huis clos les niveaux de radioactivité autorisés dans les aliments en cas de catastrophe nucléaire.

 

J’ai retrouvé une partie de cette liste de radionucléides (Cf. illustration en haut de page) dans un rapport du CEA de 1980, « Irradiation externe pendant et après le passage d’un nuage radioactif », publié quelques mois avant un accident de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (qu’EDF avait tenu secret à l’époque). Ce rapport mentionne les 276 radionucléides qui semblent être les plus importants (sic) lors d'un rejet radioactif d'une installation nucléaire. Mais, comme le cérium 144 dont on peine à connaître l’impact sanitaire, la plupart de ces éléments ne sont pas suffisamment étudiés.

 

Bien évidemment, comme me l’a suggéré un lecteur, il faudrait retirer de cette liste les produits de fission de très courtes et courtes périodes (Cf. tableau ci-dessous) car, si les rejets se produisent plusieurs heures après l’accident comme à Fukushima, ils ont alors complètement disparu. Toutefois, les premiers liquidateurs de Tchernobyl, pompiers et employés de la centrale qui ont éteint les incendies des toits des réacteurs, ont été exposés à une grande partie du cocktail du tableau. A chaque accident sa spécificité. A noter enfin qu’en cas d’explosion atomique de nature militaire, l’ensemble des produits de fission sont aussi présents dans les retombées de court terme, notamment quand les explosions ont lieu à très basse altitude, voire au sol, comme lors des premiers tests de bombe H dans le Pacifique, d’où l’irradiation massive des équipages des 992 thoniers japonais qui pêchaient autour de Bikini.

 

Pierre Fetet

 

 

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

______________________

 

Pour mémoire, les accidents et catastrophes nucléaires (niveaux 4 à 7 sur l’échelle INES)

 

1952 : Chalk River

1957 : Kychtym

1957 : Windscale

1969 : Lucens

1969 : Saint-Laurent-des-Eaux

1977 : Bohunice

1979 : Three Mile Island

1980 : Saint-Laurent-des-Eaux

1986 : Tchernobyl

1987 : Goiânia

1999 : Tokaï-Mura

2006 : Fleurus

2011 : Fukushima

? : ...

______________________

 

Disparition de Ginette Martin

J’ai le regret d’annoncer aux lecteurs du blog de Fukushima le décès, le 3 décembre 2018, de Ginette Martin qui a contribué sur ce site durant 5 ans à la diffusion de l’information provenant du Japon, grâce aux traductions qu’elle faisait des textes en espéranto de Hori Yasuo. J’exprime ici ma gratitude envers cette personne généreuse et fidèle qui nous a donné, jusqu’à l’âge de ses 80 ans, l’accès à des informations variées concernant la centrale de Fukushima Daiichi et plus globalement le nucléaire au Japon . On peut retrouver ses 57 traductions en suivant ce lien :

http://www.fukushima-blog.com/tag/textes%20de%20hori%20yasuo/

______________________

 

Mise à jour : 03/02/2019 (Ajout du dernier paragraphe, du deuxième tableau et de deux liens)

 

Partager cet article

Repost1
1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 22:16

Deux études scientifiques conduites "sur le terrain" au Japon, pourraient-elles (indirectement) plaider contre le retour forcé en zone contaminée ?

Le Mainichi les présente brièvement mais assez précisément.

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Les macaques de Fukushima

1) 18 macaques sauvages ont été capturés qui vivaient à moins de 40 km de la centrale Daiichi, dans une zone située dans le Nord-Est de la Préfecture de Fukushima et incluant les villes de Minamisoma et Namie.
Une équipe dirigée par Manabu FUKUMOTO (professeur émérite du département de Pathologie de l'Université du Tohoku) a constaté des anomalies dans leur formule sanguine, en particulier dans les cellules de la moelle osseuse qui produisent les plaquettes, par comparaison avec d'autres singes vivant dans d'autres zones. [NDR : c'est donc une étude "cas-témoins"].
Les chercheurs ont en outre constaté une forte diminution de certains composés sanguins chez les individus "exposés quotidiennement à une irradiation interne" [les faibles doses]. Leur hypothèse, c'est que les singes ont dû ingérer "des substances contaminées au radiocésium provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, par exemple l'écorce d'arbres".
L'équipe du prof. Fukumoto a produit une estimation de la dose de rayonnement en Césium présente dans les muscles des primates ; Fukumoto exprime auprès du journal :
" Il faut mener des recherches à long terme pour voir si ces anomalies auront un effet sur la santé des singes".

 

2) Au même moment, l'équipe de l'expert en zoologie de la faune Shinichi HAYAMA, Professeur à l'Université des Sciences de la Vie et des Sciences vétérinaires du Japon, a étudié les fœtus de singes en gestation.
Chaque année, de 2008 à 2016, le gouvernement municipal de Fukushima capturait des singes afin de contrôler l'évolution de la population...L'équipe de Hayama a examiné 62 fœtus capturés au moment de la crise 3.11. Leurs conclusions : par comparaison avec ceux d'avant le 11 mars 2011, ces fœtus présentent une tête plus petite et un développement de l'ensemble de leur corps, retardé. En notant que le régime alimentaire des mères n'a pas changé (avant/après 3.11) les chercheurs concluent que "l'exposition des mères singes au rayonnement a pu avoir eu un effet sur leur fœtus".
Hayama note cependant que "les singes de Fukushima ont sans doute été exposés à de fortes doses de radioactivité à un niveau sans équivalent rapporté aux humains, étant donné que les singes ont consommé des aliments contaminés et vivent près du sol, où les doses de radioactivité étaient élevées"...

 

3) Les macaques au Japon ne sont pas étudiés, à l'inverse d'autres animaux ou plantes, dans l'enquête en cours du Ministère de l'Environnement, pour l'observation des effets de la radioactivité suite à la catastrophe nucléaire ; or, 5 associations universitaires viennent de demander qu'ils soient inclus dans cette enquête, au nombre desquelles la Primate Society of Japan, (PSJ) dont le président, Masayuki Nakamichi, affirme auprès du Mainichi :

"Il est absolument crucial, et pour le reste du monde aussi, de mener des recherches sur les effets à long terme de l'exposition à la radioactivité des macaques japonais".

 

D’après THE MAINICHI, 25/11/2018 - Effects of suspected radiation exposure seen in Fukushima wild monkeys: researchers

 

 

_______________________________

En savoir plus…

 

Etudes sur les singes

Haematological analysis of Japanese macaques (Macaca fuscata) in the area affected by the Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant accident

Small head size and delayed body weight growth in wild Japanese monkey fetuses after the Fukushima Daiichi nuclear disaster

 

Article du blog de Fukushima

Fukushima : conséquences de la radioactivité sur la faune

Partager cet article

Repost0
27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 21:19

Articles de HORI Yasuo traduits de l'espéranto par Robert MOLIMARD et Ginette MARTIN.

 

Sommaire

1 - "Le point sur les centrales nucléaires du Japon", rédigé le 26 juillet 2018

2 - "Le grand danger de la centrale nucléaire de Tomari", rédigé le 23 septembre 2018

3 - "On prévoit un grand séisme", extrait de l’article du 25 juillet 2018 « Le Japon se meurt »

4 - "Energie", extrait de l’article du 5 juillet 2018 « Relations entre le Japon et la Mongolie »

 

1. Le point sur les centrales nucléaires du Japon

 

Sept ans ont passé depuis que quatre réacteurs nucléaires ont été sérieusement endommagés à Fukushima. Maintenant, qu'en est-il des centrales nucléaires japonaises ?

 

TEPCO a décidé de démanteler les 10 réacteurs nucléaires de Fukushima

 

En 2011, avant l'accident, il y avait 10 réacteurs nucléaires à Fukushima, à savoir six dans la centrale nucléaire n°1 [daiichi] et quatre dans la centrale n°2 [daini] (Photo ci-dessous).

Centrale nucléaire de Fukushima Daini

Centrale nucléaire de Fukushima Daini

Parmi ceux-ci, quatre dans la centrale n°1 étaient endommagés et sont maintenant en cours de démantèlement. TEPCO a déjà décidé de réformer les deux autres de la centrale n°1, mais concernant les quatre réacteurs de la centrale n°2, la compagnie, qui continuait à ne pas dévoiler son intention, disant que c'était de la responsabilité du gouvernement, a finalement publié le 14 juin qu'elle les réformerait tous les quatre. Ces 10 réacteurs seront démantelés, pour la joie des habitants de Fukushima, et Fukushima deviendra un département dénucléarisé. Félicitations à eux, et à nous !

 Pour démanteler les six réacteurs de la centrale n°1, il faudra à TEPCO 280 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) et 30 à 40 ans. En remplacement, elle a l'intention de remettre en fonction sept réacteurs nucléaires de la centrale nucléaire de Kashiuazaki-Kariua dans le département de Niigata, à l'arrêt depuis le tremblement de terre de Niigata en 2007.

*Ma conclusion : Il semble que TEPCO ait perdu la partie contre les habitants de Fukushima, mais ne cesse d'intriguer pour renverser la situation dans d'autres départements.

 

 

La centrale nucléaire n° 2 de Tookai

 

L'Autorité de Régulation Nucléaire a approuvé la réparation convenable de la centrale nucléaire n°2 de Tookai du département d'Ibaraki (un réacteur). Cette centrale est située dans la métropole et 960 000 personnes habitent dans un rayon de 30 km autour d'elle. Le plan de secours est insuffisant, mais l'Autorité n'est pas responsable des refuges, seulement d'examiner l'adéquation du réacteur aux règles.

Centrale nucléaire de Tookai

Centrale nucléaire de Tookai

Ce réacteur a commencé à fonctionner en 1976, il est donc un réacteur caduc de plus de 40 ans. Car selon la loi, on ne peut utiliser un réacteur plus de 40 ans, mais l'Autorité a déjà approuvé sept réacteurs comme convenablement réparés pour pouvoir fonctionner, et les compagnies d'électricité préparent joyeusement leur remise en route.

*Ma conclusion : Les puissants essaient toujours de trouver une voie détournée.

 

 

TEPCO a refusé un accord avec les habitants de Namie

 

15000 habitants de la ville de Namie dans le département de Fukushima, qui ont dû trouver refuge à cause de l'accident nucléaire, ont demandé une compensation monétaire supplémentaire à TEPCO, au Centre pour la solution des conflits liés à l'accident nucléaire, mais celui-ci a refusé la demande. Pendant ces 5 années, 850 d'entre eux sont morts. Le maire M. Baba Tamotsu a dit en colère que TEPCO n'avait absolument aucun sentiment de faute dans l'accident.

*Ma conclusion : TEPCO semble demander pardon, mais en réalité son seul but est de survivre, même en piétinant ceux qui souffrent.

 

 

Travailleurs étrangers dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima

 

10 000 personnes travaillent chaque jour à la centrale nucléaire n°1. C'est donc 3 650 000 journées de travailleurs dont a besoin TEPCO chaque année. Il lui faudra 40 ans pour terminer le démantèlement de ces réacteurs, donc 146 millions de journées de travail humain. Est-ce qu'elle pourra embaucher autant de personnes ? Aura-t-elle suffisamment d'argent pour cela ? Je crains que non, mais TEPCO est très optimiste.

 

L'économie japonaise est actuellement prospère, mais le problème est le manque de force de travail. Le Japon se ratatine, avec énormément de vieux et peu de jeunes et d'enfants. Pour cela, le gouvernement invite de jeunes étrangers d'Asie comme "stagiaires". Ils travaillent dans des compagnies japonaises et "s'entrainent" pour que, retournant dans leur pays, ils utilisent les techniques et les capacités acquises. En fait, beaucoup de compagnies les utilisent comme une main d'œuvre bon marché. On a découvert en mai que six "stagiaires" vietnamiens travaillaient dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima alors que TEPCO avait décidé de ne pas embaucher d'étrangers. Ces six vietnamiens n'étaient pas directement embauchés par TEPCO, mais par un sous-traitant. Le président de cette compagnie a déclaré : "Je connaissais cette décision de TEPCO, mais les compagnies de construction n'existeraient pas sans travailleurs étrangers". Il n'y a pas de réacteur nucléaire au Vietnam, donc même si ces six ont acquis une expertise de travail à Fukushima, ils ne pourront l'utiliser nulle part dans leur pays.

Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles

 Le travail dans une centrale nucléaire est dangereux, c'est pourquoi de moins en moins de Japonais veulent y travailler. Je suppose que beaucoup d'étrangers travaillent clandestinement dans les centrales nucléaires de tout le Japon. J'ai peur qu'un jour, sous peu, TEPCO finisse par rejeter sa responsabilité de démanteler ces réacteurs en raison d'un manque de personnel et d'argent.

 

*Ma conclusion 1 : Les pauvres sont toujours les victimes des riches et des puissants.

*Ma conclusion 2 : Le gouvernement et les grandes compagnies comme TEPCO n'ont pas de vision du futur du Japon.

 

 

2. Le grand danger de la centrale nucléaire de Tomari

 

Un grand tremblement de terre est survenu

 

Le 9 septembre à 3h08, un grand séisme s'est produit dans le sud d'Hokkaido.

Les tremblements de terre sont fréquents au Japon.

 Le gouvernement et les experts sismologues recherchent où se trouvent les failles actives et en font la carte, mais ce séisme ne s'est pas produit au niveau des failles connues, mais de fissures inconnues. Cela signifie qu'il y en a beaucoup dans les îles japonaises, et que partout pourront survenir de grands tremblements de terre.

J'ai vu les dégâts à la télévision, et ai été très surpris par le nombre incroyable de glissements de terrain causés par le séisme. Toute la montagne a été quasiment écorchée par des ongles gigantesques (photo ci-dessous). Une cendre volcanique, qui recouvrait la montagne, a glissé à cause des énormes secousses, tuant environ 40 personnes et détruisant leurs maisons.

Glissements de terrain en de nombreux endroits

Glissements de terrain en de nombreux endroits

Ce n'est pas seulement le problème d'Hokkaido, car le Japon est une île volcanique, et la nature du terrain est la même partout.

Une autre surprise fut la formation de boue liquide dans la capitale Sapporo à 50 km de l'épicentre. Là, à cause de la résurgence des eaux souterraines, les rues s'y engloutirent et les maisons s'inclinèrent.

Le séisme a provoqué un autre grave problème, la panne de trois générateurs hydroélectriques de la compagnie d'électricité Hokkaido (en abrégé Hokuden) dans la ville d'Atsuma, sous laquelle il se produisit.  Cette centrale fournit la moitié des besoins d'Hokkaido en électricité. La panne a retenti sur d'autres petits générateurs, si bien que toutes les centrales d'Hokuden s'arrêtèrent. Dans la vie moderne, les gens ne peuvent vivre sans électricité. Les usines ne peuvent fonctionner, les éleveurs ne peuvent traire les vaches, et les vaches meurent d'affection mammaire, les hôpitaux ne peuvent soigner les malades, en fait toutes les fonctions se sont arrêtées et l'économie en souffre beaucoup. Même maintenant la fourniture de courant ne suffit pas et est instable, et les habitants vivent dans l'inquiétude.

La centrale nucléaire de Tomari, qui appartient à Hokuden, a aussi souffert, ayant perdu la totalité de l'apport électrique extérieur, devenant dépendante de celui qu'elle produit. Heureusement, ses réacteurs ne fonctionnaient alors pas pour cause de contrôle. S'ils avaient fonctionné, cela aurait provoqué de nouveau une grande catastrophe nucléaire.

La centrale nucléaire de Tomari

 

Cette centrale contient trois réacteurs nucléaires.

 

 

Système

Démarrage

Production

État actuel

N°1

PWA

22/5/1989

579 MW

En contrôle

N°2

PWA

12/4/1991

579 MW

En contrôle

N°3

PWA

22/12/2009

912 MW

En contrôle

*PWA : réacteur à eau pressurisée (REP). Tous les réacteurs nucléaires de Fukushima sont des réacteurs d'une autre espèce, à eau bouillante.

Centrale nucléaire de Tomari

Centrale nucléaire de Tomari

Mon amie plaidera au tribunal

Des actions de protestation se manifestent au Japon contre toutes les centrales nucléaires. À Hokkaido également existe un mouvement contre la centrale nucléaire de Tomari, et l'on accuse Hokuden, exigeant l'abandon de cette centrale. Mon amie, Mme Higushi Minako, qui a agi dès le début contre cette centrale, plaidera le 9 octobre devant le tribunal d'Hokkaido. Elle m'en a informé et m'a envoyé le texte de sa plaidoirie.  Elle se présente ainsi :

 

Je m'appelle Higushi Minako. J'ai été responsable de l'information de la "Société agissant pour l'abandon de la centrale de Tomari", de juin 2011 à juin de cette année.

Quand nous avons décidé de porter cette affaire devant le tribunal, nous n'avions pas suffisamment de collaborateurs, donc avec deux autres nous avons travaillé à ce sujet par téléphone et messages par internet.  Quand nous avons réussi à réunir 612 plaignants, j'étais très heureuse.  Maintenant, nous en avons 1233.

Je n'oublierai jamais la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Même sur le lointain Hokkaido sont tombés des produits nucléaires.  Quelques jours après l'accident j'ai mis au monde mon premier bébé. Pour nous protéger, avec quel soin j'ai choisi la nourriture !  Pour diffuser l'information sur le danger de l'accident nucléaire, j'ai commencé à éditer un petit document "Ginga Tsuushin" (Information Galaxie), et c'est cette année son 30e anniversaire.

Je ne suis pas experte pour parler en public, mais comme une de ceux qui ont cette fois fait l'expérience d'une vie sans électricité, tout à fait sans lumière, je parlerai sur le thème "Le tremblement de terre actuel à Hokkaido a rendu plus clair le danger de la centrale nucléaire de Tomari". Tous pourront assister au jugement. J'attends votre présence.

 

Texte de sa plaidoirie au tribunal

 

Le séisme de cette fois-ci à Hokkaido a rendu plus évident le danger de la Centrale nucléaire de Tomari.

Accusatrice:  Higuchi Minako

 

Le 6 septembre au petit matin a eu lieu dans le district oriental d’Iburi un tremblement de terre d’une intensité sismique de 7 (magnitude 6,7), et la compagnie électrique d'Hokkaido (Hokuden) n'a pas pu livrer d'électricité dans la totalité de l'île. Je vis dans la ville d'Ebetsu, à 60 kilomètres de l'épicentre d'Atsuma, mais je n'ai pas eu d'électricité chez moi pendant deux jours. Le trafic était arrêté. Les magasins étaient fermés. Nous ne pouvions pas acheter de nourriture. L'information ne venait que par une radio qui fonctionnait à peine avec une batterie. Pour la première fois, j'ai été terrifiée par des rues complètement obscures et sans panneaux de signalisation. Cette fois, je ne parlerai que de ce que j'ai remarqué lors de ces nuits sombres.

 

   En raison du séisme, les générateurs hydroélectriques de Hokuden, nº 2 (600 MW) et n°4 (700 MW) ont  cessé de fonctionner à cause de dommages subis dans les canalisations transportant de la vapeur à très haute température. Et au bout de 17 minutes, le générateur n° 1 (350 MW) a cessé de fonctionner. À cause de cela, la moitié de l'électricité nécessaire à Hokkaido a été perdue, ainsi que l'équilibre entre les autres générateurs, si bien qu'il y a eu une panne complète d'électricité sur toute l'île d'Hokkaido.
    * Le générateur n° 3 avait été précédemment mis au rebut.

  Les réacteurs nucléaires, alors inactivés, de la centrale nucléaire de Tomari ont été privés d’électricité extérieure pendant 19 heures et demie. Pendant ce temps, des générateurs d’urgence ont fonctionné et refroidi des combustibles nucléaires dans les piscines. Si ces générateurs avaient échoué, ces combustibles auraient pu atteindre un état critique.

 

Au cours de ce séisme, l'intensité sismique à Tomari était seulement de 2. Hokuden avait peut-être anticipé un séisme éventuel important qui pourrait priver de  l'électricité extérieure, mais il n'avait pas prévu qu'à cause d'un tremblement de terre au loin, on devrait manquer d'électricité dans toute l'île, ni que la centrale allait manquer d'électricité pendant de longues d'heures. Hokuden a plaidé devant ce tribunal que la compagnie prend toujours et avait pris tous les moyens de secours contre tous les dangers pour conserver les réacteurs, mais il n'avait pas prévu que l'énergie électrique aurait si facilement été en panne.

 

Si les réacteurs nucléaires avaient été en fonctionnement, que se serait-il passé ? Le refroidissement des combustibles usagés dans les piscines et celui des réacteurs en fonctionnement ne sont pas la même chose. Il y a sept ans, en raison du grand tsunami à Fukushima, quatre réacteurs avaient perdu les  sources d'électricité et s'étaient ensuite détruits, dispersant des poussières nucléaires dans l'est du Japon. Les gens de Fukushima ont perdu leur vie tranquille. Ont-ils retrouvé une vie calme ? L'accident n'est pas encore terminé. Ayant subi l'expérience d'une vie sans électricité, je suis convaincue que nous ne pouvons pas vivre en toute sécurité et tranquillité avec les centrales nucléaires.

 

La deuxième chose sérieuse lors de ce désastre sismique est qu'il s'est écoulé 17 minutes entre les défaillances des deuxième et quatrième générateurs et celle du premier générateur. De nombreux chercheurs ont mentionné que la compagnie Hokuden aurait  pu éviter la panne totale, si elle avait  équilibré l’offre et la demande d’électricité, en désactivant les générateurs à d’autres endroits. La compagnie n'était pas prête du tout pour des situations d'urgence. Elle n'est pas capable de sécuriser les centrales nucléaires. C'est devenu clair pour tous, à la lumière du séisme actuel.

 

La troisième chose majeure est que le séisme actuel a eu lieu dans un endroit imprévu. Il a eu lieu à 37 kilomètres de profondeur et provoqué d’immenses éboulements. Dans la mer à côté de la centrale nucléaire de Tomari, il y a une faille similaire à celle de la ville d'Atsuma. Si un tremblement de terre se produisait à côté de Tomari, celui-ci atteindrait la centrale nucléaire, ce qui causerait de grands dégâts, brisant des canalisations par suite de secousses verticales.

 

Enfin, je vais lire une partie de mon essai, qui est paru dans le livre "Lettres à Hokuden" il y a 29 ans.
"S'il y a un accident nucléaire à Tomari, les premières victimes seront les enfants. Un tel accident va souiller la mer, l'air et le sol, et la radioactivité s'accumulera dans leurs corps à cause des aliments pollués.

 

Un jour, j'ai visité le village de Tomari. Il y avait une très belle côte. Pourquoi a-t-on construit la centrale nucléaire là-bas ? Je me suis souvenu du golfe de Shiranui dans le département de Kumamoto. La mer était magnifique et fertile. Dans cette mer, l'usine d'azote a rejeté du mercure toxique. Ce n'est pas visible, ni perceptible à l'odeur, ni radioactif, donc les résidents, inconscients du danger, mangeaient des poissons pollués et ont souffert d'une maladie appelée «maladie de Minamata». Même les bébés sont nés malades. ... Vous devez mettre au rebut la centrale nucléaire de Tomari, si vous aimez votre famille".

Si la centrale nucléaire avait été en service au moment du séisme, il aurait pu se produire un grand accident. Je demande que la centrale nucléaire dangereuse de Tomari soit immédiatement mise au rebut. J'espère que le juge prononcera un verdict juste.
(Fin de la plaidoirie)

 

Quand j'ai appris que l'électricité extérieure était en panne, j'ai eu très peur. La centrale nucléaire a certainement son propre générateur pour produire de l’électricité, mais l’essence ou le pétrole lourd sont nécessaires. Est-ce que Hokuden a suffisamment de réserves ? Combien de jours pourra-t-il produire de l'électricité?

 

Et une autre crainte est que les tremblements de terre puissent casser des canalisations dans la centrale. Les réacteurs nucléaires sont reliés par une grande quantité de gros et de petits tuyaux. Si ceux-ci sont cassés, il y aura un désastre. Voir la photo plus bas. Après de grands séismes, il y a souvent de grosses fentes sur le sol. Si une telle craquelure se produit sous la centrale nucléaire, les réacteurs nucléaires ne pourront pas résister. Et ce malheur nous l'avons déjà connu à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa dans le département de Niigata en juillet 2007.

 

Tout le monde craint un éventuel accident nucléaire, mais le gouvernement et le monde industriel continuent  d'essayer de remettre en route tous les réacteurs nucléaires. Lorsque de grands tremblements de terre se produisent, la première question dans la tête de nombreuses personnes est la suivante: « La centrale nucléaire n’a-t-elle pas été endommagée ? » Nous ne voulons plus vivre avec cette peur.

 

 

 

 

Faille dans une rizière causée par le tremblement de terre à Kumamoto en 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Terrain détruit dans la centrale nucléaire de Kashiwaki-Kariwa à Niigata à la suite du tremblement de terre de 2007. TEPCO le répare et tente de remettre en route cette centrale endommagée.

 

3. On prévoit un grand séisme

Extrait de l’article du 25 juillet 2018 « Le Japon se meurt »

 

Le comité gouvernemental sur les tremblements de terre a publié le 26 juin une carte de probabilités de séismes. Selon le comité, leur probabilité augmentera, avec une force supérieure à 9 dans les 30 prochaines années.  Elle sera de 85% autour de la ville de Shiba, de 85% autour de Mito et de 82 % autour de Yokohama. Il est cependant étrange qu'elle ne soit que de 42% autour de Tokyo, parce que le bureau municipal est situé par hasard sur une terrasse solide. Si ce grand séisme se produit dans les deux ans, il ne s'agira pas seulement des olympiades, mais aussi de la disparition du Japon, car Tokyo sera à grande échelle détruit.

Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles

4. Energie

Extrait de l’article du 5 juillet 2018 « Relations entre le Japon et la Mongolie »

 

Immédiatement après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, un article parut dans le journal Mainichi, selon lequel le gouvernement japonais envisageait de conserver en Mongolie des déchets radioactifs. Le gouvernement japonais essaie actuellement de faire fonctionner le plus possible de réacteurs nucléaires, mais toutes les centrales nucléaires sont presque pleines de déchets, et s'il n'a pas de lieux de stockage, elles ne pourront continuer à fonctionner, pourtant il n'y a nulle part au Japon de lieu adéquat pour accueillir ces déchets. La Mongolie convient tout à fait pour ces stockages, car elle est 4 fois plus grande que le Japon, et elle n'a que trois millions d'habitants. Le pays est largement désert, et il se pourrait qu'il y existe des lieux qui conviennent au stockage.

Le gouvernement a immédiatement fait savoir que telle n'était pas son intention, mais tant que se posera le problème des déchets, il explorera certainement secrètement la possibilité de stockage en Mongolie. Les déchets produits au Japon devront-ils aller dans un autre pays ! ? Une idée très honteuse ! Si le Japon ne peut résoudre ce problème chez lui, qu'il cesse de faire fonctionner toutes les centrales nucléaires !

Deux jours avant mon départ pour la Mongolie, j'ai regardé à la télévision un programme sur un projet d'énergie solaire en Mongolie. Une compagnie japonaise a commencé à y construire des centrales solaires, et cela pourra couvrir toute l'énergie électrique utilisée dans toute l'Asie orientale en Mongolie. C'est un excellent projet. Pour cela, la Chine, la Corée, le Japon et d'autres pays devront vivre ensemble et collaborer, s'interconnectant par leur système électrique. De plus, il n'y aura alors plus besoin d'énergie nucléaire. La Mongolie pourra jouer un rôle important de centre énergétique dans toute l'Asie.

 

Partager cet article

Repost0
24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 23:17

Voici la version française du dernier article d’Akio Matsumura, ancien diplomate japonais auteur du blog Finding the Missing Link.

Article paru sous le titre original « California’s Wildfires and Nuclear Radiation – A Personal Story » le 7 août 2018.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Légende illustration : Incendies en Californie dans les environs de Los Angeles. Situation observée le 5 décembre 2017 par le satellite Terra. Crédit image : NASA / GSFC / Rapid Response

 

« Chers amis francophones,

J’espère que mon mail vous trouvera en bonne santé physique et morale.

Quand le gouvernement japonais a annoncé l’an dernier qu’il faudrait au moins quarante ans pour retirer les cœurs irradiés des trois réacteurs dévastés de Fukushima, je me suis penché sur les dangers que pouvaient représenter quarante ans de vent radioactif et d’eau contaminée en provenance de Fukushima pour la vie marine et la population nord-américaine.

Quand on demande à des vulcanologues et des sismologues japonais quelle est la probabilité d’une éruption du Mont Fuji et d’un puissant séisme à Tokyo dans les quarante prochaines années, ils répondent que c’est presque une certitude. Ainsi, malgré les dommages majeurs que cette catastrophe infligerait à la vie humaine, l’environnement et l’économie, les gens préfèrent ne pas y penser parce qu’ils ne peuvent pas se projeter si longtemps à l’avance. Et cela n’est que quarante ans. Les radiations restent dangereuses pendant des milliers d’années. Comment pouvons-nous apprendre à relier des périodes aussi lointaines à notre durée de vie d’humains ?

Je suis heureux de vous présenter “Les incendies en Californie et les radiations nucléaires,” un article de Gregg Lien, avocat à Lake Tahoe, en Californie, spécialisé dans les questions d’environnement et d’utilisation des terres. Je voudrais, pour aller plus loin, présenter l’opinion d’observateurs et d’experts de secteurs variés sur 40 ans d’accumulation de radiations en provenance de Fukushima. J’aimerais entendre leurs suggestions pour savoir quelles mesures prendre dès aujourd’hui pour réduire le fardeau des générations futures.

Avec l’assurance de ma considération,

Akio


 

Les incendies en Californie et les radiations nucléaires

Une histoire personnelle

 

Gregg Lien

 

Gregg Lien est avocat en Californie. Il est spécialisé dans les questions environnementales.

En achetant un détecteur de radiation facilement trouvable dans le commerce juste après la catastrophe de Fukushima en 2011, je n’aurais jamais imaginé quel impact il finirait par avoir sur ma façon de voir le monde. J’ai alors commencé à vérifier régulièrement le niveau de radioactivité autour de chez moi dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie. Les mesures restaient ordinaires et se rangeaient en général entre 30 et 50 coups par minute (cpm). Tout allait bien, c’est du moins ce que je pensais.

Mais au printemps tout a changé, quand je me suis rappelé par hasard que le fait d’utiliser le détecteur sur un filtre à air pouvait détecter la présence de particules “chaudes”. Comme j’avais deux purificateurs d’air avec un filtre HEPA, j’ai pris mon détecteur et je l’ai posé sur l’un des filtres HEPA. Aussitôt le détecteur s’est déchaîné et s’est mis à cliquer tandis que la lumière rouge clignotait à chaque fois qu’il était bombardé par une radiation ionisante. Pensant qu’il y avait quelque chose qui clochait, j’ai essayé à nouveau et j’ai obtenu le même résultat. J’ai essayé ensuite sur l’autre purificateur d’air et j’ai trouvé un résulté encore plus élevé, plus de 800 cpm.

Cela faisait alors à peu près un an que je travaillais avec Akio et il m’avait présenté plusieurs de ses experts en nucléaire par mail. Je les ai donc contactés en leur demandant ce qui pouvait bien provoquer des résultats aussi perturbants. Tous ont admis que c’était des résultats élevés et que le principal suspect était le radon. Le radon est un gaz courant dans cette région et peut être dangereux pour la santé. Je me suis empressé d’acheter des kits pour tester l’air intérieur de la maison et l’eau du puits, je les ai envoyés à analyser et en une semaine j’avais les résultats, tous entièrement négatifs. À ce moment-là, inquiet pour la santé de ma famille, j’ai commencé à tester tout ce que je pouvais trouver pour déterminer la source du problème. Le carrelage, les plans de travail et quelques autres matériaux montraient des résultats supérieurs au niveau ambiant, mais on m’a assuré que cela ne pouvait pas représenter plus de 30 cpm sur le total.

Arès une semaine ou deux, je me suis souvenu que bien des années après la catastrophe de Tchernobyl, les gens qui vivaient là-bas et chauffaient leur maison au bois, comme nous le faisons, émettaient de nouvelles radiations dans l’atmosphère au cours du processus de combustion. Nous avons deux poêles à bois chez nous, un grand dans le salon et un plus petit dans la chambre parentale. Craignant que les particules fines des cendres n’endommagent mon détecteur, j’ai mis des feuilles d’essuie-tout sur la cendre sous le poêle de la chambre et j’ai mis le détecteur en route. Il a immédiatement enregistré des mesures nettement plus élevées que les niveaux ambiants. Même chose dans le salon. Même chose chez un voisin. La source était apparemment le bois de chauffage, coupé principalement sur mes propres terres. La plupart de mes voisins chauffent également au bois, au moins en chauffage d’appoint. La fumée émanant du bois, j’en était tout à fait conscient, est composée de particules extrêmement petites qui peuvent être facilement inhalées et absorbées par l’organisme.

Les implications de cette découverte étaient inquiétantes : l’air que nous respirions contenait des particules radioactives, et ce dans des quantités importantes. Ces particules s’étaient, depuis des années, apparemment bioaccumulées dans les bois entourant ma maison et, en brûlant, se remettaient en suspension.

J’ai aussitôt commencé à surveiller mon air intérieur régulièrement et j’ai vérifié les filtres HEPA aussi souvent que possible, en général toutes les heures quand j’étais à la maison. Comme le niveau de radiation était bien moins élevé quand il n’y avait pas de fumée de bois à l’intérieur, j’ai décidé de mettre un des filtres à air dehors et de laisser l’autre à l’intérieur. J’ai sorti un bloc-notes tout neuf et j’ai commencé un protocole selon lequel j’allais lire le résultat sur chaque filtre, prendre une photo du résultat inscrit sur mon détecteur de radiation avec mon smartphone, et écrire les résultats. Il est rapidement apparu qu’il n’y avait pas grande différence entre les relevés intérieurs et extérieurs.

Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’est s’il s’agissait d’un problème localisé ou si le problème était plus répandu. À l’approche de la saison des incendies, j’ai abandonné l’histoire des deux relevés et je me suis concentré sur les relevés extérieurs, en les enregistrant et en prenant une photo du ciel quand il y avait de la fumée ou des nuages. Sachant que des incendies risquaient de se produire dans les mois à venir, je voulais être capable de voir si la fumée émanant des incendies entraînerait les mêmes niveaux de particules radioactives que ceux que j’avais trouvés à l’intérieur de la maison.

Je n’aurais jamais pu soupçonner que les feux de forêt en Californie prendraient l’ampleur qu’ils ont prise cette année. Nous vivons dans une région vulnérable aux incendies et nous prenons la chose très au sérieux. En 2014, nous avions été évacués après qu’un incendie encouragé par des vents violents s’était approché à moins de 800 mètres de chez nous et nous n’avions dû notre salut qu’à l’attaque aérienne massive de quasiment toute une flotte d’avions-citernes lâchant de l’eau et des produits ignifugeants. Nous en sommes restés très marqués. Mon beau-fils est depuis devenu pompier et vient juste de rentrer après avoir été déployé sur plusieurs incendies ; il retournera sur le front, une fois qu’il aura soigné sa blessure et obtenu le feu vert de son médecin.

Le nombre de propriétés détruites et de victimes illustre toute l’horreur des incendies de cette année. Mais ce qui me perturbe le plus, c’est ce que j’ai enregistré dans mes journaux de bord, les photos et les mesures que j’ai prises. Au plus fort des incendies et de la fumée il y a quelques jours, les mesures étaient nettement plus élevées, et pas juste un peu. Le matin du 31 juillet, j’ai enregistré un pic de 1 333 cpm et durant cette période, j’ai obtenu de multiples résultats de plus de 1 000 cpm. Et pourtant cette fois-ci, aucun des incendies n’est vraiment à proximité. La source probable d’une majeure partie de la fumée par ici provient d’un incendie proche du parc national de Yosemite, à plus de 150 km de distance. Je soupçonne que si la fumée était plus concentrée, les relevés seraient encore plus élevés.

La vaste majorité de la population californienne a-t-elle donc été exposée sans le savoir à de fortes concentrations de particules radioactives ? Quels sont les constituants de ces particules ? Quel est leur degré de dangerosité ? On a pu lire récemment que les radiations de Fukushima, sous forme de césium 137, avaient été détectées en petite quantité dans des vins de Californie. Il y a fort à parier que le césium 137 émis par la centrale de Fukushima a également été absorbé par toute la végétation locale et que quand celle-ci brûle, le césium est libéré à nouveau dans l’atmosphère.

Cette situation exige de toute urgence qu’on se penche dessus sérieusement. Je n’ai aucune expérience ni aucune compétence académique sur le sujet. Il se peut qu’il y ait d’autres explications. Je constate d’après mes enregistrements des nuances et des variations au cours de la journée qui reflètent probablement des processus complexes. Tout ce que je sais, c’est que l’air que nous respirons semble être contaminé par des particules radioactives. On est en droit de supposer que cette radioactivité s’est concentrée en silence dans les plantes qui nous entourent et qu’elle se retrouve aussi, on peut le présumer, dans la nourriture que nous mangeons et l’eau que nous buvons.

Si c’est le cas, nous sommes dans une situation bien pire que ce qu’on nous a toujours dit. Il s’agit très probablement d’un problème mondial : les particules exotiques et non-naturelles qui n’avaient jamais existé sur cette planète avant le début de l’ère nucléaire, ont aujourd’hui pénétré dans l’air, les océans et tous les êtres vivants. La Californie est en train de brûler et j’espère que tous nous allons être capable de brûler notre autosatisfaction et de ranimer notre propre passion pour servir la vie à chaque instant. Nous pouvons tous faire quelque chose selon nos capacités, comme Akio le fait généreusement depuis de longues années en se servant de ses talents pour rassembler des leaders internationaux autour de grands objectifs communs. Le temps presse et le problème se mesure en durée de vie. Il est possible que pour certains d’entre nous il s’agisse même d’une durée de vie réduite.

 

_______________

Gregg Lien est un avocat spécialiste du droit de l’environnement et de l’utilisation des terres dont le cabinet est à Lake Tahoe en California. Il a été procureur et conseiller juridique au conseil du comté dans les questions foncières, avant d’aller vivre à Lake Tahoe en 1980. Il a participé au premier Sommet présidentiel sur l’environnement organisé par le Président de l’époque, Bill Clinton, et le vice-président Al Gore. Il a été interviewé par de nombreux médias au fil des ans, notamment la radio publique nationale. Il a participé fréquemment aux négociations et aux batailles réglementaires sur les ressources dans les Sierras. Il vit avec sa femme, Heidi, et ceux de ses enfants qui ont besoin d’un toit, maintenant que le plus jeune a passé 18 ans. Il est fasciné par l’électronique et possède une collection de compteurs et de gadgets pour ses passe-temps préférés, la radio amateur et la musique, dont certains lui servent réellement dans la pratique. C’est du moins ce qu’il dit.

 

Partager cet article

Repost0
26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 00:23

Il y a tout juste 32 ans, se produisait l’accident nucléaire de Tchernobyl. A l’occasion de cet anniversaire, j‘édite une collection d’articles qu’on a pu lire au jour le jour dans la presse régionale de l’Est de la France. J’avais à l’époque conservé tous les articles paraissant sur la catastrophe dans deux journaux régionaux, La Liberté de l’Est, aujourd’hui disparu, et L’Est Républicain.

L’accident s’est produit le 26 avril 1986. Les informations n’ont commencé à émerger qu’à partir du 29 avril. Mais même si peu d’infos arrivaient, paradoxalement, les « experts européens » qui avaient analysé le nuage radioactif qui arrivait sur l’Europe avaient mieux communiqué publiquement la situation qu’en 2011 pour Fukushima car dès le 30 avril 1986, soit quatre jours après l’explosion, La Liberté de l’Est annonçait : « L’accident survenu à la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl près de Kiev (Ukraine), est bien dû à la fonte du cœur du réacteur (…) ». En 2011, il a fallu attendre 74 jours – oui vous avez bien lu –  pour que Tepco avoue que trois cœurs avaient fondu, et c’est seulement après cette date que les « experts européens » ont reconnu la fusion des cœurs. Pourtant ceux-ci avaient accès aux informations via le réseau international d’analyse des composants nucléaires de l’atmosphère et donc connaissaient la gravité de l’accident. Cependant, ils n’ont rien dit.

Je vous laisse apprécier les différents titres qui se succédèrent dans les 3 premières semaines, du 26 avril au 17 mai 1986, en particulier ceux de L’Est Républicain du 3 mai : « France : aucune mesure sanitaire n’est nécessaire » et du 6 mai 1986 : « Tchernobyl, c’est fini ». La Liberté de l’Est, quant à elle, ne publia rien sur la catastrophe le 6 mai !

Aujourd’hui, un accident nucléaire serait-il plus difficile à cacher ? On le voit avec la pollution au ruthénium 106 de l’automne dernier, le village nucléaire mondial a toujours du mal à communiquer et on ne sait toujours pas officiellement, 6 mois plus tard, ce qui s’est passé !

Pierre Fetet

Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl
Il y a 32 ans : Tchernobyl

Partager cet article

Repost0
11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 21:25
(Image satellite mars 2011)

Si vous voulez aller vers des choses positives, je vous y encourage. Cultivez vos passions, mangez sainement, évitez les personnes toxiques, soyez optimistes, profitez des petits bonheurs de chaque jour, faites-vous plaisir. Mais si vous n’êtes pas en forme en ce moment, ne lisez pas cet article, ne fréquentez pas ce blog, car il donne la vérité toute crue sur Fukushima et le nucléaire en général, des choses dont on entend peu parler malgré leur gravité. En créant ce blog il y a sept ans, je ne visais pas autre chose que de présenter des infos qui ont du mal à circuler. Car elles dérangent, elles ne vont pas dans le sens que l’on aimerait, elles font mal, elles interrogent, elles remettent en question des connaissances que l’on croyait acquises. Car le nucléaire, qui a été présenté à l’origine comme la solution à tous les problèmes de la terre, est un enfer. Un enfer pour les populations civiles qui ont subi le feu nucléaire en 1945, un enfer pour les gens contaminés dans et autour des mines d’uranium, un enfer pour les populations malades sur d’immenses territoires suite aux essais atmosphériques et aux catastrophes nucléaires, sans que l’OMS ne s’en occupe, un enfer pour les gens qui ont des cancers à cause du fait qu'ils vivent près d’une centrale nucléaire prétendument propre, un enfer pour les milliers de travailleurs de Tepco qui « gèrent » au mieux les ruines de la centrale de Fukushima Daiichi, un enfer pour les réfugiés nucléaires que le gouvernement japonais incite à revenir vivre dans des territoires contaminés.

Voilà sept ans que la catastrophe de Fukushima a eu lieu, sept ans de malheurs que les auteurs de ce blog vous ont contés. Et pourtant, la catastrophe ne fait que commencer. Car la pollution nucléaire se compte en centaines, en milliers, en millions d’années selon les radionucléides. Il faudra faire avec désormais. C’est pourquoi, si l’on veut penser un tant soit peu aux générations futures, il est important de sortir du nucléaire pour arrêter de produire des déchets dont on ne sait que faire et surtout, avant qu’une nouvelle catastrophe, possiblement fatale pour l’avenir de l’humanité, ne se produise.

Pierre Fetet

Le nombre de cancers de la thyroïde augmente sans cesse

 

La seule enquête épidémiologique existante au Japon en rapport avec la catastrophe nucléaire de Fukushima concerne un diagnostic réalisé pour environ 380 000 jeunes, mineurs au moment de la catastrophe. Avant 2011, l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100 000 enfants ; un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année devait donc advenir dans la préfecture de Fukushima. Or, à ce jour, 160 cas de cancer thyroïdien sont confirmés et 35 enfants sont en attente d’une opération. Malgré ce résultat significatif, l’Université de Médecine de Fukushima affirme que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a pas eu d’influence sur l’augmentation des cancers de la thyroïde des enfants. Cherchez l’erreur.

Répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde

Répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde

Pour en savoir plus, je vous encourage à lire l’étude réalisée par le Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW-Allemagne (International Physicians for the Prevention of Nuclear War) et publiée le 7 mars 2018

Lien vers la traduction française de l’étude détaillée,

éditée dans le site de Georges Magnier, Vivre après Fukushima

 

La pollution due aux rejets de mars 2011 s’est répandue sur des centaines de km²

 

On retrouve autour de la centrale et jusqu’à des centaines de kilomètres de la centrale du combustible usé prisonnier de billes de verre microscopiques. Les plus petites de ces particules, insolubles, sont très légères et peuvent voyager avec le vent. On peut donc les inhaler. Une fois logées dans des poumons, elles sont piégées à vie et peuvent alors provoquer des cancers.

On ne connaît pas bien le processus de création de ces microbilles qui ont été rejetées dans l’atmosphère en mars 2011, mais elles existent et posent un véritable problème sanitaire. Mais les autorités ne tiennent pas compte de cette pollution. L’incitation au retour des populations dans les territoires contaminés n’est basée que sur la dose ambiante et jamais sur la pollution effective du sol ou les matières en suspension dans l’atmosphère. D'où l'intérêt des mesures des taux de radioactivité par les citoyens eux-mêmes.

Sept ans de malheur nucléaire à Fukushima

Pour en apprendre davantage sur les billes de verre au césium, il faut lire l’article de Cécile Brice publié dans son blog Japosphère le 7 mars 2018 :

Billes de césium à Fukushima, incertitude scientifique contre certitude politique

 

Nous avions déjà évoqué cette information en février 2016 avec cet article :

Un nouveau produit dérivé de la fusion des cœurs a été découvert au loin de la centrale de Fukushima Daiichi

A propos de la pollution et des doses mesurées différemment par les autorités et la population, je vous invite à vous reporter au site Nos Voisins Lointains 3.11 qui suit de près ce dossier et publie les cartes citoyennes :

Le public devrait-il être autorisé à voir la carte de la radio-contamination ?

Dernière carte de la pollution radioactive effeectuée par des citoyens pour Tomioka

Dernière carte de la pollution radioactive effeectuée par des citoyens pour Tomioka

Le retour douloureux de la population en terre radioactive

 

Le retour de la population en terres contaminées se fait dans la douleur. Douleur de familles séparées, douleur du danger de contamination, douleur de ne jamais pouvoir retrouver le cadre d’avant la catastrophe, douleur d’un avenir incertain. Deux camps s’affrontent, les optimistes qui veulent le retour de toute la population en niant les risques pour la santé, et puis les lucides qui savent que la décontamination n’est pas possible (retour des radio-éléments par la poussière venant des forêts) et ne souhaitent pas prendre de risque, en particulier pour les enfants.

 

Je vous propose de regarder ce petit film (4 min 41) diffusé par Greenpeace le 9 mars 2018. C’est le témoignage poignant de Mme Kanno, une ancienne habitante de Tsushima, dans la région de Namie.

Lisez également cet autre témoignage du 11 mars 2018 de Ruiko MUTO, appartenant au groupe « Femmes de Fukushima contre le nucléaire », déléguée de la partie plaignante au procès pénal intenté contre les dirigeants de TEPCO. (traduction française: yosomono-net France)

 

 

Lien vers le message de Ruiko Muto : Message à toutes les personnes dans le monde qui continuent de se préoccuper de Fukushima

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi n’est pas sous contrôle

 

On parle tellement peu de la centrale de Fukushima Daiichi que l’on finit par croire, avec le temps, que les Japonais ont réglé tous les problèmes. D’autant plus que les jeux olympiques se tiendront à Tokyo en 2020, avec certaines épreuves prévues à 19 km de la centrale de Fukushima Daiichi.

8000 ouvriers travaillent sur site pour s’occuper de la maintenance des installations de refroidissement des piscines et des réacteurs, pour le stockage de l’eau contaminée et son traitement, pour réaliser les opérations de prospection à l’intérieur des réacteurs afin d’assurer le démantèlement futur des installations. Par exemple, une couverture vient d’être terminée pour le réacteur n°3, l’objectif étant de vider le combustible de la piscine dans les deux prochaines années.

 

La nouvelle couverture du réacteur 3 en forme de cylindre vient d'être terminée (photo Tepco)

La nouvelle couverture du réacteur 3 en forme de cylindre vient d'être terminée (photo Tepco)

On a également construit un mur de glace souterrain de 1,5 km qui entoure les quatre réacteurs accidentés. Mais l’Autorité de Régulation Nucléaire japonaise doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qui, de surcroit, coûte très cher : 265 millions d’euros pour la construction de l’installation et une facture de 8 millions d’euros par an pour l’électricité consommée pour maintenir le mur gelé… De l’eau contaminée continue donc de couler sous la centrale pour rejoindre la nappe phréatique qui rejoint l’océan Pacifique.  

Prière à la centrale de Fukushima Daiichi le 11 mars 2018 (photo Tepco)

Prière à la centrale de Fukushima Daiichi le 11 mars 2018 (photo Tepco)

Aujourd’hui, le problème de l’eau contaminée n’est donc pas réglé. Plus d’un million de tonnes d’eau radioactive est stockée sur site. La seule solution envisagée par le gouvernement est de la rejeter en mer après traitement, bien qu’on ne réussisse pas à la décontaminer entièrement (seule une soixantaine de radionucléides sont traités sur une centaine).

Dire que la centrale est sous contrôle est donc évidemment exagéré. On ne sait pas quoi faire de l’eau contaminée et on n’a pas encore inventé les techniques pour démanteler les réacteurs en milieu létal. On a bien trouvé où étaient passés les coriums de certains réacteurs, mais on ne sait pas encore avec certitude où ils se sont arrêtés.

 

Pour l’état de la centrale de Fukushima Daiichi, je vous conseille la lecture d’un article très détaillé sur le site L’ACROnique de Fukushima le 8 mars 2018 :

Chiffres clés pour le septième anniversaire

 

Et également, si vous lisez l’anglais, le rapport annuel sur Fukushima, daté du 11 mars 2018, de SimplyInfo.org, site qui suit la catastrophe nucléaire depuis sept ans :

Lire le rapport annuel sur Fukushima

 

 

Une communication incomplète en France

 

J’ai regardé le reportage présenté par Elise Lucet dans Envoyé Spécial le 8 mars 2018, « Fukushima, retour à la vie ». J’ai cru presque me trouver devant un reportage payé par le gouvernement japonais ! En effet, les réalisateurs Pierre Monégier, David da Meda et Emmanuel Lejeune ont fait le choix de présenter le retour de la population dans des territoires contaminés comme une chose envisageable. Mis à part quelques mentions courtes du danger de la radioactivité, le reportage montre 5 exemples de personnes retournant au pays, dont une qui hésite encore mais vient de faire reconstruire sa maison.

 

Elise Lucet présente le reportage : « A Naraha, une des villes évacuées en urgence, on entend à nouveau les rires des enfants dans les écoles, les paysans ont repris leur travail, l’espoir revient doucement à une dizaine de kilomètres de la centrale ». Et la phrase célèbre du pronucléaire Shinzo Abé, devant le comité olympique le 7 septembre 2013 à Buenos Aires pour obtenir les JO, me revient en écho : « Aujourd'hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l'avenir. »

 

Dans le reportage, pas de témoignage de personnes qui choisissent de ne pas revenir alors qu’ils sont majoritaires… Certes, cela peut être un choix d’attaque du sujet, mais alors il aurait fallu rééquilibrer le propos en apportant des informations. J’ai une impression très mitigée, moi qui suis au courant du danger des faibles doses. Mais pour le commun des auditeurs, quelle impression aura-t-il au final ? Voir un agriculteur qui n’a plus peur de la pluie contaminée, voir une collégienne très contente de retourner dans son collège, voir trois femmes très contentes de créer des poupées pour repeupler le village, voir un pêcheur heureux de pêcher des poissons contaminés en dessous de la norme de 25 Bq/kg, voir un musicien chanter une très jolie chanson sur sa terre natale, voir une école maternelle avec des petits dans un environnement éducatif flambant neuf : toutes les images sont là pour redonner espoir à n’importe qui, même à Elise Lucet, alors que ces gens vivent en territoire contaminé, à quelques kilomètres d’une centrale qui a explosé 4 fois en mars 2011.

 

On espère pour ces enfants que la terre n'est pas contaminée (capture d'écran reportage d'Envoyé spécial)

On espère pour ces enfants que la terre n'est pas contaminée (capture d'écran reportage d'Envoyé spécial)

L'eau de la commune de Naraha est-elle potable quand on sait que les boues du fond du réservoir d’alimentation font plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg ? Une question sur la potabilité de l'eau aurait été intéressante. Engager des enfants dans la replantation d’arbres, « pour semer les graines du futur », en leur faisant creuser des trous dans la terre, sans masque, ce n’est pas correct de la part des adultes qui organisent cet évènement. La voix off précise : « La radioactivité est encore 20 fois supérieure au taux recommandé ailleurs dans le monde » mais en même temps, on voit l’image d’un poste de surveillance de la radioactivité montrant 0,105 µSv/h, ce qui indique une radioactivité normale ! Manifestement, les journalistes ne se sont pas formés aux mesures de la radioactivité. Du coup l’info est contradictoire. Ils ne savent pas que ces postes de surveillance cachent des défauts : nettoyés soigneusement chaque jour, la radioactivité y est moindre qu’ailleurs. Et souvent ils sont souvent truqués pour montrer une radioactivité moindre.

A propos de la collégienne Yuka : « Ici au moins, personne ne la traite de pestiférée. » Ça voudrait dire qu’il vaut mieux être contaminé que réfugié ?

La voix off prétend aussi : « Les rivières se lavent peu à peu des contaminations » : c’est faux, il aurait fallu présenter les études de cumul de radioactivité dans les sédiments. Ils auraient appris qu’il existe un point chaud dans la baie de Tokyo par exemple.

Toujours la voix off : « Les forêts n’ont toujours pas été décontaminées », comme si cela était possible ! Puis le prêtre Ousami balaie sans masque la poussière de son temple contaminé. Pas de commentaire sur la possibilité qu’il inhale du combustible.

 

La voix off continue : « Les derniers nés représentent les écoliers qui manquent toujours à l’appel dans les classes de Naraha… L’avenir de Naraha dépend de ceux qui ne sont pas encore revenus… Naraha, leur Furusato à eux, s’est donné trois ans pour se débarrasser des fantômes du passé, les remplacer par de nouveaux écoliers, des fermiers, des pêcheurs, de quoi s’assurer peut-être un avenir, après le plus grave accident nucléaire de l’histoire.

Telle est la conclusion de ce reportage qui me laisse extrêmement perplexe et insatisfait. Est-ce conscient ou inconscient, ces journalistes ont réussi à faire passer le message criminel du programme Ethos à Fukushima : les populations peuvent revenir dans les territoires contaminés, regardez, c’est possible ! N’est-ce pas formidable cet espoir de renaissance ?

 

Photo de la classe maternelle. Les poupées représentent les absents. (capture d'écran reportage Envoyé spécial)

Photo de la classe maternelle. Les poupées représentent les absents. (capture d'écran reportage Envoyé spécial)

Pour conclure, un dernier lien pour contrebalancer ce reportage éthosien, c’est une contribution d’Hisako Sakiyama, directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon qui faisait le point en 2013 sur les dangers des faibles doses

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

 

 

Partager cet article

Repost0

  • : Fukushima 福島第一
  • Fukushima 福島第一
  • : Un blog consacré entièrement à la catastrophe nucléaire de Fukushima et à ses répercussions au Japon et dans le monde.
  • Contact

Mentions légales

Directeur de la publication :

Pierre Fetet

Lien vers les mentions légales du blog de Fukushima

Agenda

Samedi 27 février 2021

Symposium International "10 years living with Fukushima"

Organisateur : IPPNW (International Physicians for the Prevention of Nuclear War)

Modalité : en ligne

Programme et inscription

 

Mardi 2 mars 2021 à 18 h

Live spécial Fukushima

avec Bertrand Galic, scénariste de la BD

Fukushima-Chronique d'un accident sans fin

et Pierre Fetet, auteur du dossier documentaire

Liens pour le live : Facebook, Youtube ou Twitch

 

Samedi 6 mars 2021

Webinaire : Fukushima 10 ans : quelles réalités ?

7 experts japonais et français analysent la situation actuelle

Événement organisé par la Criirad

11h-13h, 14h-15h30

Regarder sur Youtube

 

Samedi 13 mars 2021

Webinaire : débat post-projection avec le réalisateur du film

Mon troupeau irradié

Regarder le film (mot de passe : 6353pi)

Inscription au webinaire

 

 

 

 

 

Chaîne vidéo du blog de Fukushima

 

 

Outil de traduction gratuite de site Internet

Actualités sur Fukushima

L'ACROnique de Fukushima

Les Veilleurs de Fukushima

Nos voisins lointains

The Watchers of Fukushima

Projet Mieruka Fukushima

.

« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

Infos en direct

webcam tepco 

 Webcam

 TEPCO

.

webcam tepco 1 

 Webcam

 TEPCO 1

.

reacteur2aout2011webcamTBS Webcam

 TBS/JNN

 

radioactivité Tokyo Radioactivité

 à Tsukuba

 en continu

 

 

Éditions de Fukushima

Publications

Le dernier livre de Jean-Marc Royer

 

 

Le dernier numéro d'Atomes crochus

 

 

Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

Télécharger la version française ici.

 

Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

A télécharger ici

 

 

 

 

sitesanspub

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -