19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 15:17

Avec ce deuxième témoignage de Fonzy, on se rend compte qu’en 2011 les Japonais n’étaient pas très au fait des dangers considérables qu’une centrale nucléaire pouvait faire encourir à leur pays et au monde. Les Français en sont-ils aujourd'hui plus conscients ?

Temple Tokei-ji à Kamakura,pendant notre promenade du 17 mars 2011

Temple Tokei-ji à Kamakura,pendant notre promenade du 17 mars 2011

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« Le 11 mars 2011, j’étais à la maison dans la banlieue de Tokyo quand le tremblement de terre a eu lieu. C’était une secousse qui était forte dès le début, et qui durait longtemps. La terre a été secouée comme un petit bateau frappé par de grandes vagues. Bien qu’habituée aux séismes, je n’en ai jamais connu de si violent. Prise de peur, je suis sortie sur le balcon et ai vu une grosse 4x4 s’ébranler de haut en bas. J’ai allumé la télé. Ils ne parlaient que du tremblement de terre, de tsunamis, de répliques, de transports perturbés, de victimes..., mais pas de centrales nucléaires ni de Fukushima.

 

Ce n’est que le 13 au matin que j’ai appris à la télé qu’il y avait eu un phénomène explosif dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et qu’ il avait provoqué un trou d’un diamètre de 50 m sur le bâtiment n°1, selon M. Edano, porte-parole du gouvernement. Qu’est-ce un phénomène explosif  ? Est-il différent de l’explosion ? Un trou d’un diamètre de 50 m ? Est-ce plutôt la destruction du bâtiment ? Le gouvernement essayait déjà de dissimuler la vérité mais, à ce moment-là, j’étais moins sceptique et plus naïve. Il disait qu’il y aurait des coupures pour quelques heures à cause  du manque d’électricité. Donc c’était plutôt un problème d’électricité, j’ai compris comme ça cette nouvelle. 

 

Je suivais aussi les informations sur les médias français ou britanniques, qui signalaient sans arrêt l’importance de l’accident de Fukushima Daiichi, mais je disais avec mon copain qu’ils exagéraient un peu trop : « C’est n’importe quoi ! Fukushima n'est pas Tchernobyl ! »

 

Mes amis français ont commencé à quitter Tokyo autour du 17 mars, soit avec un vol charter organisé par le gouvernement français, soit en passant par Osaka, une ville qui se trouve à l’Ouest du Japon. Ils m’ont envoyé des mails qui me déchiraient le coeur. J’avais aussi des amis qui me proposaient de m’héberger pour quelques semaines en France. Pourtant, je ne voyais pas trop la nécessité immédiate de l’évacuation. Mes parents voulaient rester chez eux à Tokyo (d’ailleurs ils croyaient que ce n’était rien à Fukushima), en plus j’avais moins peur de la radioactivité que des tremblements de terre, en tout cas à cette époque-là.

 

Toutefois j’ai été obligée de réaliser la gravité de l’accident fin mars. On parlait de plus en plus de la situation de Fukushima, même à là télé japonaise, et d’un ton plus sérieux : pastille d’iode, noyau du réacteur fondu, enceinte de confinement, meltdown, Sievert, Becquerel, césium... Tous ces termes étaient tout à fait nouveaux pour moi. Tout en m’informant sur Internet, je lisais tranquillement La Peste d’Albert Camus, qui me faisait pressentir des malheurs que l’on avait et que l’on aurait dans un futur proche à Fukushima. Oui, à ce moment-là, je croyais que c’était le problème de Fukushima, seulement à Fukushima... »

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 13:02
Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima

Le site d’Akio Matsumura présente un résumé des travaux récents du biologiste Tim Mousseau, qui depuis une quinzaine d’années poursuit des recherches sur les effets des radiations sur la vie sauvage et l’environnement, suite aux catastrophes de Tchernobyl puis de Fukushima.

Tim Mousseau expose ici les points principaux des recherches de son équipe et présente les objectifs du Programme Tchernobyl + Fukushima.

Odile Girard

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Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima 

 

Timothy Mousseau

 

Article paru sous le titre original « Abnormalities, Deformities, and Resilience: New Research on Radiation and Wildlife in Chernobyl and Fukushima » le 10 juillet 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

Le programme et ses activités de recherche

 

Le siège du programme de recherche  Tchernobyl + Fukushima (CFRI) se trouve à l’Université de Caroline du Sud, à Columbia. Les recherches ont commencé officiellement en Ukraine en 2000, et à Fukushima en juillet 2011. À ce jour, le groupe a mené plus de 30 expéditions de recherche à Tchernobyl et 10 expéditions à Fukushima.

 

À Tchernobyl comme à Fukushima, les accidents nucléaires ont émis d’énormes quantités d’éléments radioactifs qui ont été dispersés par les conditions météo dominantes à l’échelle du paysage. Quelque 200 000  km2  (Tchernobyl) et 15 000 km2 (Fukushima) ont été lourdement contaminés. Les matériaux radioactifs ne se sont pas dispersés de manière uniforme et ont créé une mosaïque de micro-habitats « chauds » et « froids » disséminés sur toute la région. Ce patchwork radioactif nous a donné une opportunité unique d’observer les effets génétiques, écologiques et les effets liés à l’évolution avec beaucoup de détail et de répétition et donc une grande rigueur scientifique, qui ne serait pas possible en laboratoire ou avec des études de terrain traditionnelles, souvent soumises aux contraintes d’une gamme limitée et plutôt peu naturelle d’hétérogénéité environnementale. Ceci est un aspect important car on peut présumer que les interactions entre les facteurs environnementaux naturels et les contaminants radioactifs jouent probablement un rôle déterminant dans les conséquences biologiques des catastrophes en question. Il est donc indispensable que les études sur les effets des radiations soient menées dans la nature, à l’échelle des régions. Les études portant sur les seules populations humaines présentent de nombreuses contraintes qui limitent leur utilité quand il s’agit d’essayer de comprendre les conséquences à long terme des radiations.

 

Le CFRI de l’Université de Caroline du Sud a été le premier, et reste à ce jour le seul groupe de recherche à utiliser une démarche multidisciplinaire pour appréhender les conséquences sur la santé et l’environnement des effets des radiations sur les populations sauvages. Cela nous a permis d’étudier les expositions aiguës (à court terme) aussi bien que chroniques (à long terme et sur plusieurs générations).

 

Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima possède également aujourd’hui la seule équipe à travailler à la fois à Tchernobyl et à Fukushima.

 

Nos sources essentielles de financement sont le Samuel Freeman Charitable Trust, le CNRS (France), la National Science Foundation et la National Geographic Society. Des financements supplémentaires nous ont été accordés par l’OTAN, la Fondation pour la recherche civile et le développement (CRDF), l’Institut national de la Santé (NIH), Qiagen GmbH, la Fondation Fulbright, le Bureau de la recherche et la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Caroline du Sud, l’Académie de Finlande et nous avons reçu aussi des donations de particuliers.

 

Aujourd’hui le programme a déjà à son actif plus de 60 publications scientifiques dont la plupart datent des sept dernières années (ces papiers sont disponibles sur notre site Internet http://cricket.biol.sc.edu). Nos recherches ont fait parler d’elles dans de nombreux journaux et programmes de télévision, notamment le New York Times, The Economist, Harpers, la BBC, CNN, et la News Hour de PBS (voir le site Internet pour plus de détails).

 

L’équipe a été l’une des premières à utiliser des technologies écologiques, génétiques et dosimétriques pour éclaircir la question des conséquences sanitaires et environnementales de l’exposition à faibles doses chronique après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Ces technologies incluent notamment des recensements écologiques maintes fois répétés des populations naturelles d’oiseaux, de mammifères et d’insectes pour observer les effets sur la longévité et la reproduction ; le séquençage ADN et les tests de génotoxicité pour évaluer les dommages génétiques à court et à long terme sur les individus vivant dans la nature ; l’usage de dosimètres miniatures attachés à des animaux sauvages et les mesures de terrain de l’irradiation du corps entier chez les oiseaux et les mammifères pour obtenir une évaluation précise des doses de radiation externe et interne reçues par les animaux vivant librement dans la nature. Récemment, le groupe a élargi ses recherches aux études épidémiologiques et génétiques des populations humaines (en particulier les enfants) vivant dans les régions d’Ukraine affectées par Tchernobyl.

 

Parmi les résultats clés publiés en 2013-2014, on compte la découverte de tumeurs, de cataractes et de sperme endommagé chez les oiseaux issus des zones hautement irradiées de Tchernobyl, et des conséquences sur la biodiversité à Fukushima. Un des résultats extrêmement intéressant est la découverte que certaines espèces d’oiseaux ont peut-être développé une forme de résistance aux effets des radiations en changeant l’allocation des antioxydants, bien que beaucoup d’oiseaux soient stériles dans les zones hautement contaminées. Nous avons aussi découvert récemment des effets sur le développement neurologique de certains petits mammifères à Tchernobyl ainsi qu’à Fukushima.

 

Les deux catastrophes diffèrent par le temps écoulé depuis qu’elles sont survenues et par la quantité et la diversité des radionucléides émis, même si la source prédominante de radiation est le césium 137 dans les deux cas.

Bruant à gorge jaune près de Tchernobyl

Bruant à gorge jaune près de Tchernobyl

Les points essentiels révélés par la recherche

 

Voici les points essentiels des recherches publiées par le programme de recherche de Tchernobyl + Fukushima :

 

• La taille des populations et le nombre d’espèces (c’est-à-dire la biodiversité) d’oiseaux, mammifères, insectes et araignées sont nettement inférieures dans les zones hautement contaminées de Tchernobyl.

• Chez de nombreux oiseaux et petits mammifères, la durée de vie et la fertilité sont réduites dans les zones de forte contamination.

• À Fukushima, seuls les oiseaux, les papillons et les cigales ont connu un déclin significatif durant le premier été suivant l’accident. Les autres groupes n’avaient pas souffert d’effets négatifs. Les efforts continuent pour repérer les changements qui pourraient affecter ces populations au fil du temps.

• On observe une grande variabilité chez les différentes espèces quant à leur sensibilité aux radionucléides. Quelques espèces ne sont pas affectées et certaines semblent même augmenter en nombre dans les zones fortement contaminées à Tchernobyl comme à Fukushima. Ceci est dû, on peut le présumer, à la disparition de la concurrence (donc davantage de nourriture et d’habitat disponible), à la réduction du nombre des prédateurs et peut-être à une adaptation aux effets des radiations.

• Beaucoup d’espèces montrent des signes de dommages génétiques suite à une exposition aiguë ; les différences observées entre Tchernobyl et Fukushima suggèrent que certaines espèces pourraient montrer les conséquences d’une accumulation de mutations sur plusieurs générations.

• Certains individus et espèces ne montrent aucune évidence de dommage génétique lié à l’exposition aux radiations et certains montrent même des signes d’adaptation évolutive aux effets des radiations grâce à une augmentation de l’activité antioxydante qui peut offrir une protection contre les radiations ionisantes.

• Les espèces d’oiseaux les plus susceptibles de connaître une réduction de leur nombre à cause des radiations sont celles qui historiquement ont vu une augmentation de leur taux de mutation pour d’autres raisons, liées peut-être à la capacité de réparation de leur ADN ou au déclin de leurs défenses contre le stress oxydant.

• Les effets délétères de l’exposition aux radiations observés chez les populations naturelles de Tchernobyl comprennent une augmentation des taux de cataractes, de tumeurs, d'anomalies de croissance, des déformations des spermatozoïdes, des cas de stérilité et d’albinisme.

• Le développement neurologique est lui aussi affecté comme le prouve une réduction de la taille du cerveau chez les oiseaux et les rongeurs ; des répercussions sur les capacités cognitives et les taux de survie ont également été démontrées chez les oiseaux.

• À Fukushima, les premiers signes d’anomalies du développement ont été observés chez les oiseaux en 2013, mais on n’a pas encore mis en évidence de dommages génétiques importants chez les oiseaux et les rongeurs.

• La croissance des arbres et la décomposition microbienne dans le sol sont également ralenties dans les zones fortement contaminées par les radiations.

 

En résumé, ces résultats démontrent clairement que ces catastrophes nucléaires ont eu des conséquences à l’échelle de l’environnement  sur les individus, les populations et les écosystèmes ; nombreux sont les exemples d’anomalies du développement et de difformités qui contribuent probablement à la réduction de l’abondance et de la biodiversité observée dans les régions radioactives de Tchernobyl et de Fukushima. Ces résultats s’opposent nettement à l’optimisme des affirmations sans preuves avancées par le Forum de Tchernobyl (ONU) et les membres du Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations (UNSCEAR). Les études devront être poursuivies pour déterminer non seulement le temps d’adaptation des populations et des communautés à cette perturbation, mais aussi si ces régions seront un jour à nouveau habitables et si oui, à partir de quand.

 

Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima

Les objectifs pour 2014-15

 

Nous sommes actuellement à la recherche de financements pour soutenir les activités de recherche, en cours et prévues, du programme Tchernobyl + Fukushima :

1) Suivi constant des populations d’oiseaux, de petits mammifères et d’insectes à Fukushima pour tester les changements dans la taille des populations (abondance) et le nombre des espèces (biodiversité) au fil du temps. Cette étude devrait permettre d’établir des prévisions à long terme quant au temps nécessaire au rétablissement de la situation.

2) Suivi constant des populations d’hirondelles rustiques et de rongeurs (souris et campagnols) pour les cancers, les taux de survie, la reproduction et les dommages génétiques, à Fukushima et à Tchernobyl (en collaboration avec l’Institut français du CNRS et l’Université Rikkyo de Tokyo, la Société des oiseaux sauvages du Japon, l’Institut national des forêts du Japon et l’Université finlandaise de Jyvaskyla).

3) Mise en route d’un nouveau projet pour étudier les effets des radiations sur la croissance des arbres et l’activité microbienne du sol à Fukushima (en collaboration avec l’Université de Chubu, à Nagoya au Japon).

4) Mise en route d’un nouveau projet destiné à établir les effets des radiations sur la croissance, la fertilité et les dommages génétiques chez les vaches vivant dans les zones hautement radioactives à Fukushima (avec la collaboration de l’Association des éleveurs bovins de Fukushima)

5)Mise en route d’un nouveau projet pour examiner les taux de mutation chez les humains en utilisant le séquençage complet de l'ADN du génome. Ce projet se concentrera initialement sur les familles vivant dans les régions contaminées d’Ukraine. Ce projet est une collaboration avec l’Institut neurologique de Montréal et l’hôpital de l’Université McGill, le Centre pour la recherche radiologique à l’Université de Columbia et l’Institut de médecine radiologique de Kiev en Ukraine.

6) Poursuite du développement de nouvelles méthodes de mesure des doses et des dommages génétiques dans les populations animales sauvages.

7) Coordination d’une association internationale de scientifiques indépendants capable de fournir des informations non-biaisées fondées sur des preuves concernant les risques sanitaires et environnementaux liés aux accidents nucléaires. Ce groupe aura pour tâche de compiler, évaluer et interpréter la littérature médicale et scientifique actuelle et de développer une littérature adaptée à la diffusion publique par la presse et les médias Internet, et utilisable dans des présentations publiques au Japon et dans le reste du monde.

 

Pour plus de renseignements, veuillez contacter :

 

Dr. Timothy A. Mousseau
Professor of Biological Sciences
University of South Carolina
Columbia, SC 29208 USA
(803) 920-7704
Mousseau@sc.edu

 

 

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En savoir plus :

 

Kna a mis en ligne la conférence que Tim Mousseau a donnée lors du Symposium de New-York organisé en mars 2013 (version sous-titrée en français)

 

 

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Photo d'entête : Pissenlits mutants à Fukushima (Photo de Timothy Mousseau)

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Publié par Odile Girard - dans Au Japon
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:53

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 juillet 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

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Visite de Namie, ville située dans le rayon de dix kilomètres

 

Au cours des trois dernières années, j’ai visité presque toutes les villes situées sur le rivage du Pacifique, hormis celles qui sont dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale n°1 de Fukushima. Ces derniers temps il était devenu possible de pénétrer dans ce secteur après avoir reçu l’autorisation des villes concernées, mais je n’avais pas eu l’occasion de le faire.

Il y a deux semaines, je suis tombé par hasard sur la page d’accueil de l’organisation paysanne “Nomado”, sise dans la ville de Sōma, et j’ai découvert qu’elle organise des visites touristiques dans ce secteur, non seulement pour des groupes mais aussi pour des particuliers. J’ai aussitôt téléphoné et décidé que je m’y rendrais le 8 juillet.

Pour parvenir à Sōma, je devais d’abord aller à la ville de Fukushima et, de là, prendre le bus pour Sōma. J’ai pris la décision d’arriver à Fukushima le 7 juillet, à midi, et de parcourir divers endroits de la ville pour en mesurer la radioactivité. Dans ce but, j’avais emporté un dosimètre.

 

Dans la ville de Fukushima

 

Mais au préalable je veux montrer  ce chiffre :

« 0,230 microsieverts/heure », maximum de la norme fixée par le gouvernement. »

Si un lieu est pollué au-delà de cette norme, il est interdit d’y habiter, et le gouvernement doit le dépolluer. Il vous faut juger du danger de radioactivité selon cette norme.                      

Je suis parti de la gare Ōmiya, voisine de Tokyo, par le rapide Shinkansen. Voici quelle était l’intensité de la radioactivité en divers lieux du parcours :

 

Ϟ Chez moi (à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima) :  

0,035

Ϟ Utsunomiya, département Tochigi (à 130 km de la centrale, dans le wagon) :

0,030

Ϟ Kōriyama, département Fukushima (à 50 km de la centralo, dans le wagon) :

0,072

Ϟ Ensuite les chiffres ont augmenté :         0,108, 0,113, 0,119

Ϟ Place, devant la gare de Fukushima (à 50 km de la centrale)

                                      0,123 ~ 0,148

Ϟ Rue, devant la gare    0,655 ~ 0,829

Ϟ Jardin du Musée d’art départemental, dans la ville de Fukushima

                                             0,207

Ϟ Au pied de la colline Shinobu, dans la ville de Fukushima

                                      0,965 ~ 1,384

À côté de ce dernier endroit se trouvent des maisons et certainement des enfants y logent. Or selon la loi, on ne peut y habiter et il est de la responsabilité du gouvernement de la nettoyer. Ayant trouvé des lieux à fort rayonnement ionisant, j’ai commencé à m’inquiéter.

 

Ensuite j’ai mesuré la radioactivité d’un caniveau, au pied de la colline Shinobu. Lors de chaque mesure, je dois attendre trente-cinq secondes avant que le dosimètre ne livre son verdict. En regardant défiler les secondes sur le cadran, je comptais mentalement : 5, 4, 3, 2, 1, et voilà qu’apparut le nombre 7,308.

Visite de Namie

Est-ce que ça ne serait pas plutôt 0,730 ? Mais les nombres qui s’affichaient l’un après l’autre allaient croissant : 7,325, 7,496, 7,866, 8,213, 8,498, 8,858, 9,233. J’étais surpris. 9, à présent ! Et ça ne s’arrêtait pas : 9,918, 9,999, puis tout à coup, plus rien ! Que se passait-il ? J’ai regardé de plus près le cadran et j’ai vu que 9,999 était la limite au-delà de laquelle on ne peut plus mesurer. Je n’ai donc pas su quel était le taux de radioactivité de ce lieu. Choqué, j’ai écarté du ruisseau ma main gauche, qui tenait le dosimètre. Je craignais qu’elle n’ait été exposée à une très forte irradiation.

Visite de Namie

J’ai fait cette mesure dans le caniveau qu’on voit à droite sur la photo. En contrebas, on aperçoit une maison. Des matières radioactives s’écoulent vers le bas avec l’eau, donc je suppose que cette maison est très polluée. J’avais déjà entendu dire que la colline Shinobu l’était aussi, mais c’était la première fois que je le constatais de visu. Des gens de Fukushima logent en un tel lieu, en sachant ou en ignorant la chose. Personne ne peut individuellement dépolluer la colline, donc le choix offert aux habitants est de loger ici ou de fuir ailleurs. Le gouvernement et TEPCO n’ont ni l’intention ni la capacité de nettoyer la colline tout entière et ce sont toujours les faibles qui sont les victimes. Il est certain que, le long de ce chemin, des enfants passent chaque matin pour aller à l’école. Ils ignorent qu’ils s’exposent ainsi à la radioactivité, et dans dix, vingt ou trente ans ils pourront tomber malades sans que personne n’en sache la cause. Ils ne pourront donc recevoir aucune indemnité. Ils ne pourront que se résigner à leur sort.

 

 

 

Dans la ville de Namie

 

Le 8 juillet, à neuf heures, je suis arrivé au bureau de Nomado, dans la ville de Sōma. Là, attendaient déjà deux autres participants et un guide, M. Miura. Celui-ci est l’un des responsables de Nomado, société fondée dans le but d’aider les paysans victimes du tsunami et de l’accident nucléaire. Lui aussi, du reste, est une victime, puisqu’il a perdu sa maison et ses champs à cause du raz-de-marée et il a dû fuir à cause de l’accident. Pourtant il n’a pas été complètement vaincu. Il parlait gaiement et avec humour et il était même éloquent. Il croit fortement à la justesse de sa cause et c’est pourquoi il n’a pas perdu sa pugnacité vis-à-vis du  gouvernement et de TEPCO.

Nous sommes partis en voiture de la ville de Sōma, et après avoir traversé   Minami-Sōma et Odaka, nous avons atteint la ville de Namie, qui est dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima.

Visite de Namie

À trois reprises déjà, j’ai visité les villes de Sōma, Minami-Sōma et Odaka. Cependant, à ces occasions, je n’avais pas emporté de dosimètre et j’ignorais donc le taux de radioactivité de ces villes. Pour la première fois, j’ai effectué des mesures et j’ai su que, contrairement à ce que je supposais, elles n’étaient pas très polluées :

 

Minami-Sōma                   0,558 microsieverts/heure

Odaka                      0,139            "

Idagawa de Odaka   0,034            "

Gare de Namie                  0,626            "

 

On explique la chose ainsi :

Quand l’accident s’est produit, les vents soufflaient vers le nord-ouest, dans la direction du village de Iitate et de la ville de Date (voir carte et suivre la zone violette et rouge qui commence à la centrale). La ville de Fukushima est située non pas dans le lit même du vent, mais un peu par côté, et elle a été polluée ; cependant, comme les vents venaient de la mer, ils n’ont pas pollué les régions côtières.

Nous avons en premier lieu visité le port de pêche de Ukedo. Nous étions debout sur le pont et nous avons vu la mer. Il y avait là, auparavant, une bourgade de pêcheurs mais il n’en reste rien. M. Miura se rappelait : « La bourgade d’Ukedo était un bord de mer très agréable. Il était réputé pour ses saumons. En automne, ceux-ci reviennent et on les capture. Quand des amis venaient me voir, à tout coup je les accompagnais ici. Nous faisions rôtir du saumon que nous mangions en buvant de la bière. De tels jours ne reviendront peut-être jamais. Regardez, il reste une construction. C’était le Parc Marin pour les enfants. Dans son jardin, ils pouvaient déguster de la viande rôtie. »

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

Vers l’arrière s’étendait une prairie. J’ai vu, dans les herbes, des objets blancs. C’étaient des bateaux que le tsunami avait transportés là depuis le port.  Namie, pendant longtemps, a été interdite d’accès, et même à présent on n’a pas le droit d’emporter des objets irradiés hors de la ville et l’on ne peut donc rien faire de ces bateaux. Depuis déjà plus de trois ans ils sont là, exposés aux pluies et aux vents.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Au loin on aperçoit l’école élémentaire d’Ukedo.

Elle non plus n’a guère changé depuis le tsunami. Dans le gymnase au plancher écroulé, restait encore le panneau annonçant la cérémonie de fin de cours du 11 mars 2011. L’horloge marquait toujours 20 heures 37, heure de l’assaut du tsunami contre l’école.

Visite de Namie

Quand se produisit le tremblement de terre, à 14 heures 46 minutes, il y avait encore dans l’école soixante-dix-sept élèves. Le séisme dura longtemps ; ensuite ils se groupèrent dans le gymnase. Peut-être ne disposaient-ils que de trente minutes pour gagner un refuge. La colline la plus proche est à deux kilomètres. Ils s’encouragèrent mutuellement et réussirent à se sauver. Aucun n’a péri. Ce fut un miracle.

Mais les habitants de Namie ou bien sont morts ou continuent à souffrir :

 

Victimes directes du tsunami :             149

Victimes indirectes * :                          209

Disparus :                                             33

Total des morts :                                 391

 

Maisons détruites :                              614

Maisons provisoires :                          2847

 

*victimes indirectes : morts pendant l’exode, à cause d’insuffisance de soins ou de prise en charge, par suicide, etc. (statistique établie en novembre 2012, donc le nombre de ces victimes a certainement augmenté depuis).

 

Cette statistique montre, indirectement, que 614 familles ont perdu leurs maisons, principalement à cause du tsunami, que 2 233 autres (2 847- 614), qui n’ont pas souffert du tsunami, ont dû partir ailleurs et occuper une maison provisoire, à cause de l’accident nucléaire. Ces derniers ont bien une maison dans la ville mais ne peuvent revenir l’occuper en raison d’une trop intense radioactivité. Leur maison devient un nid à rats et se détériore de plus en plus. Les victimes de l’accident nucléaire sont dans un état très instable ou très incertain : ils veulent revenir mais ne le peuvent pas. Cette condition de vie les désespère et les rend physiquement et psychiquement malades et en définitive hâte leur mort.

J’ai vu souvent, dans les villes de Sōma et de Minami-Sōma des rangées de maisons provisoires. Elles sont construites vite et provisoirement, donc en été il y fait très chaud, et en hiver, très froid. Sur les murs de bois apparaissent des moisissures. “Ce ne sont pas des logements humains”, dit M. Miura, qui y a lui-même logé avec les cinq membres de sa famille.

Nous avons ensuite visité la gare de Namie. Elle ne s’est pas du tout dégradée, mais aucun train n’y vient. Devant la gare sont restés deux minibus, que leurs chauffeurs, terrifiés par l’accident nucléaire, avaient abandonnés. Des boutiques proches ont été très endommagées par le séisme. Les rues sont désertes. La ville est déjà morte.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

 

Visite à des vachers

 

Notre voiture s’est arrêtée dans le jardin de M. Sugi, l’un des deux responsables de Nomado. Voilà quelle est leur vie depuis l’accident nucléaire :

« Quand a eu lieu l’accident, nous sommes partis, les sept membres de la famille, nous réfugier dans le département de Niigata, mais quatre jours après, je suis revenu seul à la maison, car je suis vacher. Les vaches tombent facilement malades si elles ne sont pas traites. Avant, je produisais le foin moi-même, mais  depuis l’accident je l’achète avec les indemnités versées par TEPCO.

J’ai décidé de continuer à travailler car si je m’arrête et me repose, ensuite je ne pourrai plus reprendre. Mon corps s’affaiblira, les machines rouilleront et deviendront inutilisables. Pour avoir l’espoir de voir un jour revenir les villageois, il nous faut préparer les conditions de leur retour. À présent huit vachers, sur dix familles, sont revenus et travaillent.

Quatre mois après l’accident, nous avons commencé à commercialiser du lait. Mais malheureusement, le lait estampillé Fukushima se vend mal. Pourtant nous persistons à travailler comme vachers. Nous ne faisons pas de profit, au contraire. Nous nous battons pour que TEPCO nous indemnise afin de compenser les frais du déficit et de notre vie de réfugiés. Nous n’avons rien fait de mal. C’est notre droit d’exiger d’elle une compensation et de vivre ici avec fierté.

 

Nomado se bat contre TEPCO et le gouvernement. Les membres de la famille de M. Sugi logent encore dans Niigata. Quand pourront-ils revenir chez eux ? Jusque là, lui devra travailler et vivre seul. Certes la vie est difficile, mais qu’il se batte ! Quand a fini notre voyage, il était déjà  treize heures trente. Long – quatre heures et demie – mais fructueux voyage ! Un grand merci à M. Miura.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:42

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 2 juillet 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l’aide de Paul SIGNORET

  • Le Japon va commencer à intervenir militairement à l'étranger
  • Paroles des gens de Fukushima
  • J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
  • Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels
  • J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
  • Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
  • Ma fille a renoncé à avoir un enfant
  • Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
  • Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
  • J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement

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Le Japon va commencer à  intervenir militairement à l'étranger
    Le 1er juillet, le gouvernement a décidé de changer l'interprétation de l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre.
    Déjà à plusieurs reprises les États-Unis ont demandé au Japon (en fait exigé) une participation aux guerres menées par eux, mais les gouvernements jusqu'à présent n'ont pas accédé à cette demande, faisant valoir que l'article 9 interdit cela. Par conséquent, pendant les années  qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, les Japonais n'ont jamais tué ni été tués dans des guerres. C'était une grande contribution à la paix mondiale, et le Japon avec son image de pays pacifique était très estimé, même dans les pays où les États-Unis ont combattu et combattent encore.

Cependant, l'actuel Premier ministre Abe Shinzō, politiquement à droite, n'aime pas cette constitution, et il a essayé par tous les moyens  d’amoindrir la portée de cet article. Et avec une grande ruse, il a changé l'interprétation de l'article 9 et a fait approuver le droit à se défendre collectivement, qui permettra au Japon de se battre à l'étranger en suivant les Etats-Unis. En raison de ce changement dans l'interprétation, le Japon ne pourra pas refuser les demandes ou exigences américaines de combattre à leurs côtés à l'étranger.

La plupart des Japonais sont tristes et anxieux à cause de son attitude dictatoriale. Le 1er juillet 2014 peut se montrer un tournant important de l'histoire du Japon d'après-guerre, et le début d'un régime belliciste.

Lors de l'élection de décembre 2012, de nombreux Japonais ont voté pour le Parti Libéral Démocrate, en raison de la trop grande désillusion causée par le Parti Démocratique alors au pouvoir. Vraiment beaucoup de Japonais ont été et sont encore stupides, ne se rendant pas bien compte de la situation, et il s'ensuit que nous devrons mettre en péril la vie des jeunes dans des guerres. On doit  comprendre que le gouvernement ne protège pas la vie des citoyens, mais les utilise toujours et les sacrifie au profit de l'État et du capitalisme. Si nous regardons la réalité des gens de Fukushima, cela devient tout à fait clair.

 

 

 

Paroles des gens de Fukushima
    M. Akashi Shōjirō, journaliste, écrit ce qui suit au sujet des accidents nucléaires:
    Rien n'est plus contraire à la logique qu'un accident nucléaire.  Alors que la compagnie TEPCO pollue fortement l'environnement et crée des dommages économiques pour les habitants,  elle seule a le droit de décider des règles d’indemnisation. Elle n'accepte jamais que les "dommages" et "blessures" causés par la radioactivité disséminée par l'accident soient considérés comme son crime à elle.  Elle néglige les demandes de dédommagements et ne les traite jamais vraiment avec sérieux si les victimes ne portent pas plainte au tribunal. TEPCO est trop arrogante, c'est une société privée à qui fait défaut la conscience que c’est elle l’agresseur.

   De plus, le gouvernement et le Parti libéral démocrate au pouvoir n'ont jamais présenté d'excuses aux malades et au peuple japonais. Le seul recours qu’ont ces derniers est donc de traduire les responsables devant les tribunaux. Dans de nombreux endroits au japon, les victimes ont porté plainte auprès de la justice.

En juin 2012, 1324 victimes de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima  n ° 1 ont porté plainte contre TEPCO, le gouvernement et les scientifiques  auprès du tribunal de Fukushima. Elles ont publié un livre en septembre 2013 "Ne peut-on les accuser? "(Témoignages de 50 plaignants de Fukushima), Je l'ai lu avec beaucoup d'émotion. Je vais traduire quelques-uns de leurs plaidoyers.

 

J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
 Nozaki Kōtarō, garçon de 7 ans, réfugié du village de Iitate, qui vit maintenant dans le département de Gifu.
    En raison de l'accident, je ne peux pas rentrer à la maison. J'ai fréquenté trois écoles différentes. J'ai des difficultés. J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison.

      Je veux revenir à la maison où je suis né. Dans mon école d'avant, j'avais de nouveaux amis, mais pendant que j'étais au CP, j'ai dû déménager à un autre endroit. Quand j'étais dans ma maison, tout autour il y avait une prairie et je vivais avec des chats et des chèvres, et puis j'ai déménagé dans un temple, où il avait aussi des chats, des poules et des chèvres. Là, j'ai eu de nouveaux amis, mais j'ai dû déménager à nouveau pour un appartement dans une autre ville. Ici, il est interdit d'avoir des animaux. Je dois maintenant rester dans la chambre à lire des livres au lieu de jouer dehors avec des animaux. Je veux rentrer à la maison.

 

Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels 

Y.C. fillette de 11ans, réfugiée de la ville de Tamura, habitant maintenant dans le département de Gifu :

Rapport de HORI Yasuo du 2 juillet 2014

Où sont mes amis? Ils sont dispersés dans tout le Japon.

(Ecole élémentaire de Odaka, département de Fukushima)

     J'ai dû être évacuée, car il est tombé beaucoup de particules radioactives autour de ma maison. Si l'accident n'était pas arrivé, nous aurions pu continuer à y vivre, en réparant la maison démolie par le tremblement de terre. Jusque-là, des responsables avaient déclaré que les centrales nucléaires étaient parfaitement sûres, mais l'accident a eu lieu. Quels irresponsables, ces gens-là ! Beaucoup de gens souffrent. Les présidents et les responsables de TEPCO sont vraiment des assassins.

J'ai fréquenté trois écoles différentes. Je n'ai plus rencontré aucun de mes amis après l'accident. J'ai beaucoup de difficultés, mais TEPCO ne fait rien pour nous protéger. Une histoire incroyable! Pourquoi TEPCO n'est -elle pas poursuivie ?  Elle a occasionné un grave accident qui aura des répercussions, non seulement sur nous, mais aussi sur les générations suivantes. Pourquoi n'a-t-elle pas été inculpée? Je souhaite vraiment que le tribunal explique les raisons de l'accident et en désigne les coupables.

  

    J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
   Kobori Yūki, 36 ans, réfugié de la ville de Miharu, maintenant dans le département de Yamanashi
    J'avais un restaurant dans la ville de Kōriyama et j'habitais dans la ville de Miharu avec ma femme et ma fille d’un an. J'avais ouvert ce restaurant en 2008 et je servais aux clients des plats de légumes biologiques. J'aimais beaucoup la belle nature de Fukushima et j'avais déjà un cercle d'amis partageant les mêmes idées.
    Après l'accident, nous avons pris refuge dans le département de Yamanashi. Quand je suis rentré à Fukushima, j'ai détecté 1 microsievert de radioactivité autour du restaurant et 0,4 ~ 0,5 microsievert dans ma maison.
    * La norme maximale du gouvernement est de 0,23 microsievert. Dans ma ville, le chiffre est de 0,05.

 

  Je savais que je ne pourrais plus donner des aliments sains à la clientèle et que nous ne pourrions plus vivre en paix dans ma maison, j’ai donc fermé mon restaurant et j’ai déménagé dans le département de Yamanashi. Je ne peux plus faire ce que je veux, mon cercle d'amis s'est perdu et la communauté s'est dispersée. J'ai perdu emploi, restaurant, maison, argent et amis.

  Il y a des gens qui critiquent ceux qui sont partis.  Eux veulent continuer à vivre dans le département de Fukushima et veulent s’y sentir en sécurité. Ils ne subissent pas de lourdes pertes mais bien sûr, ils sont exposés à la radioactivité et perdent peu à peu leur santé. Différentes opinions divisent les habitants.

     Je vis dans une situation chaotique et je suis pris dans des tourbillons de doute. Je deviens mélancolique et partout je rencontre des choses désolantes. Je suis en colère contre TEPCO et d'autres organisations qui ont fait une propagande mensongère sur la sécurité des centrales nucléaires, et je suis en colère, parce que, tout comme avant, ils fonctionnent comme si de rien n’était.

  Je désire que le tribunal recherche qui sont les assassins. Selon les lois du Japon, le tribunal doit inculper ces personnes et organisations.

 

  Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
                                      Anonyme (femme)
   
   Fukushima, notre très précieux, notre très aimé lieu de vie a été contaminé par les substances radioactives. Fukushima avait un vrai ciel, une belle nature, de la bonne eau, de l'air et de la nourriture. En raison de l'accident de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima, l'eau, l'air, la terre et la nourriture ont été contaminés par la radioactivité.
    La ville, où ma famille logeait, regorgeait d'eau pure et de belle verdure. Nous avions acheté une maison et vivions heureux et en paix jusqu'à ce jour.

Cependant, dans cette maison, la chambre familiale a été contaminée à 0,8 microsievert et le lit de ma fille au deuxième étage présentait 1,2 microsievert. En voyant ces chiffres, j'ai été choquée et des larmes me sont venues aux yeux. Je faisais dormir mes enfants dans un endroit aussi contaminé! Je m'en suis voulu et j'ai pleuré. Au dehors, le chiffre était pire : dans le jardin il était de 3,3 microsieverts et dans le caniveau 23 microsieverts ! En regardant ces chiffres, j'ai été convaincue que nous ne pouvions plus vivre dans cette maison, et j'ai décidé de déménager dans un autre département.

Un dosimètre, qui montre 2,2  microsieverts

Un dosimètre, qui montre 2,2 microsieverts

   Mes enfants ont dit adieu à leurs chers amis et sont entrés dans la nouvelle école, craignant d'être mal accueillis parce qu'ils venaient de Fukushima. À mon soulagement, ils passent maintenant de bons moments dans la nouvelle école, mais parfois ils pleurent.
    La nuit, ils pleurent en regardant les photos de leurs amis du Fukushima.

   Dernièrement, j'ai entendu des voix en pleurs qui venaient de la salle de bain :
     "J'aime Fukushima. Je voudrais y finir le cours élémentaire avec mes amis. Je voudrais continuer de jouer avec eux. Les personnes âgées dans le quartier étaient très gentilles. Chaque jour, les membres de ma famille pouvaient dormir ensemble dans la même chambre. Nous pouvions tous vivre ensemble. J'aime Fukushima. Qu'est-il arrivé à ma vie? Pourquoi cette situation misérable m'est-elle arrivée? "

En raison de l'accident, nous avons dû laisser diverses choses à la maison et nous avons perdu beaucoup : des liens humains, des  membres de la famille et de chers amis précieux, ma chère école, la chère ville où nous vivions tranquillement, et notre beau coin de vie. Qu'est-ce que TEPCO et le gouvernement vont encore nous ravir, à nos enfants et à nous-mêmes? Nous voulons revenir mais ne le pouvons pas. Il nous faudra un nombre inimaginable d'années pour dépolluer le sol. Quand j'y pense, je suis remplie de désespoir.

Nous continuons de rembourser un emprunt à la banque, celui avec lequel nous avions acheté l'ancienne maison, maintenant inhabitable. Nous sommes fatigués de notre vie instable. Mes enfants aussi sont fatigués d'une situation qui leur est inhabituelle, parmi de nouvelles personnes. Ils ont commencé à se plaindre de maux de tête et de ventre. Notre vie a presque atteint la limite de ce qui est, financièrement et psychologiquement, tolérable.

Je souhaite ardemment que le tribunal explique les causes et les responsabilités de l'accident et inculpe les responsables.

 

    Ma fille a renoncé à avoir un enfant
Satō Shōko,  femme de 55 ans, résidant dans la ville de Kōriyama du département de Fukushima
    Je suis une citoyenne de Kōriyama, mais les parents de mon mari vivaient dans la ville de Naraha. Le 24 février 2011, mon beau-père est mort. Le 11 mars, il s'était écoulé deux jours depuis la dernière cérémonie de prières, et ma fille était restée dans la ville de Naraha. 

    Quand l'accident a eu lieu, nous tout fait pour tirer les membres de notre famille hors de Naraha. Nous avons réussi à sauver la belle-mère, la tante et ma fille avant que l'on ne fasse sortir les matières radioactives des réacteurs, mais deux semaines plus tard, mon oncle, qui avait été évacué dans un gymnase, est mort d'une pneumonie. Ma belle-mère est devenue mélancolique et a perdu la tête. Je devais m'occuper de ma belle-mère et de la tante qui souffrait de la maladie de Parkinson. A cause du caractère agressif de ma belle-mère et des soins fréquents à donner à ma tante, et à cause de la peur de la radioactivité, moi aussi je suis devenue mélancolique.

En raison de l'accident nucléaire, tout a changé. Ma maison de Naraha   abîmée par le tremblement de terre est devenue inhabitable à cause de la moisissure et de la pourriture des tatamis. Même les voleurs sont venus. Si  l'accident n'était pas arrivé, l'état de la maison ne serait pas devenu aussi misérable. Ma maison, que nous avions eu du mal à faire construire avec beaucoup d'emprunts, est contaminée par la radioactivité.

Je suis très inquiète pour mes enfants. Ma fille, nouvellement mariée, a renoncé à avoir un enfant. Mon fils de 31 ans, qui va bientôt se marier, se fait du souci au sujet de leur futur bébé.
     Pour que mes fils et fille n'absorbent pas de radioactivité, j'évite par tous les moyens possibles d'utiliser de la nourriture contaminée, mais parce que nous vivons à Fukushima, nous continuons d'y être exposés. Aucun de mes parents ne pense qu'ils pourront revenir dans leur lieu de vie de Naraha.


 

L'accident nucléaire est un crime énorme, qui vole aux habitants leur vie et leurs moyens d’existence, mais personne n'a été inculpé. Cela n'est pas admissible. Je souhaite que le tribunal fasse toute la lumière sur la responsabilité de TEPCO et du gouvernement.

 

Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
                Nagsawa Toshiko, femme de 62 ans résidant dans la ville de Tamura.
    Je vis dans cette ville depuis ma naissance. Autour de ma maison, les plants de riz verdissaient dans toute leur fraîcheur au printemps, et à l'automne ils étendaient leurs champs dorés. Mon mari a travaillé longtemps à la centrale nucléaire de Fukushima. Il a travaillé dur, croyant en la sécurité des centrales. Mais tout a été contaminé par la radioactivité. Mon mari, qui était déjà malade depuis longtemps, est devenu encore plus malade depuis que nous avons déménagé dans une maison provisoire.   

   Mon plus jeune fils travaille dans la centrale nucléaire n° 1, qui a explosé en mars 2011. Je lui conseille d'arrêter, mais il ne m'écoute pas. Il va au travail en disant qu'il pourra vivre jusqu'au moment où sa fille aura dix ans. Je suis très triste. Je veux qu'il reste dans l'air pur à la maison, mais autour de nous tout est contaminé. Que faire?

Que personne ne subisse la même chose que nous. Que la même chose ne se répète pas, et que le tribunal explique qui sont les responsables de cet accident.

 

Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
Kikuchi Mutsuo, 63 ans, agriculteur
(adresse cachée)
    Je cultivais du riz et des légumes biologiques dans le département de Fukushima, et j'étais fier des bonnes récoltes, mais tout a été contaminé par la radioactivité de l'accident. Tout a été perdu, et la ville est devenue inhabitable.

J'avais déjà un dosimètre. Quand a eu lieu l'accident, j'ai mesuré l'intensité au sol, et j'ai trouvé que le terrain était contaminé à 100 microsieverts. En voyant ce grand chiffre, je me suis presque évanoui et j'ai pensé que tout est fini. J'ai juste pensé à fuir ce lieu trop pollué, inhabitable, et je me suis hâté vers la ville de Kyoto où mon oncle vivait.

Cet endroit irréparable, nature contaminée et douleur morale ! Il nous faudra des milliers d'années pour récupérer une vie sans  radioactivité, du travail et une communauté. Qui est responsable de cet accident? Je demande au tribunal d'enquêter sur les crimes des accusés.

 

J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement
Tachibana Ryūko, femme de 71 ans, réfugiée de Namie, vit maintenant dans la ville de Motomiya dans le département de Fukushima
    Nous avons eu de l'inquiétude à propos du danger des centrales nucléaires et nous avons agi contre la politique nucléaire. Comme nous l'avions prévu, l'accident s'est produit le 11 mars 2011. Depuis ce jour, une vie de nomade a commencé pour moi. Nous, qui sommes un couple de personnes âgées, avons perdu notre maison et après dix transferts, nous vivons maintenant dans une maison provisoire dans la ville de Motomiya.

Maisons provisoires pour les réfugiés

Maisons provisoires pour les réfugiés

Même à la suite de l'accident, TEPCO et le gouvernement sont restés froids avec nous, ils négligent notre chagrin et notre colère. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement avait introduit l'énergie nucléaire comme politique nationale avec le slogan "l'atome pour pour la paix", et TEPCO, en suivant cette politique, a construit 10 réacteurs dans la région de Futaba  dans le département de Fukushima. La firme n'a jamais changé son attitude arrogante: «Nous avons apporté et apportons de la richesse à des habitants pauvres grâce aux centrales nucléaires!"

 

Quelle est la responsabilité du gouvernement? Quelle est la responsabilité des grandes entreprises, qui auraient dû remplir leur rôle social? À propos de sa responsabilité dans la seconde guerre mondiale, le Japon n'a jamais fait une sérieuse auto-critique. Le Japon oubliera-t-il à nouveau de la faire à propos de l'accident nucléaire?

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, je me suis enfui de  Mandchourie vers le nord-est de la Chine, qui était alors une colonie japonaise. Déjà l'armée japonaise s'était enfuie de bonne heure, laissant les immigrés japonais sur place. Nous avons été rejetés par le gouvernement japonais. Et cette fois-ci encore nous sommes rejetés. J'ai connu deux fois le rejet par le gouvernement.


   Afin de découvrir la vérité, pour créer une société juste, pour protéger les enfants qui vivent dans le 21e siècle et réaliser une société qui ne craigne pas la radioactivité, je demande au tribunal de nous aider. Vous êtes mon seul espoir.

 


 

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:25

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 4 juin 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

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Le Japon pourra-t-il gérer ses eaux polluées ?

 

Le 3 mai, on a commencé à construire un mur souterrain en terre gelée autour des réacteurs afin d’empêcher l’envahissement par l’eau.

Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, chaque jour, sous les réacteurs, pénètrent quatre cents tonnes d’eau souterraine qui se mêlent à de l’eau polluée très radioactive. TEPCO puise, en permanence, cette eau pour qu’elle ne s’écoule pas vers la mer et la stocke sur son site dans d’immenses réservoirs. Mais ce moyen, simple et rudimentaire, ne peut être éternellement utilisé. L’une des plus « efficaces » contre-mesures possibles consiste, selon TEPCO et le gouvernement, à construire un mur de terre gelée.

A propos du mur congelé de Fukushima

Pour le réaliser, on enfoncera des tubes distants les uns des autres d’un mètre, on les emplira d’un liquide de température égale à moins trente degrés, ce  qui aura pour effet de congeler la terre en un mur épais de deux mètres, profond de trente mètres et long d’un kilomètre et demi, tout autour des quatre réacteurs. Le gouvernement en paiera la construction, mais par la suite, TEPCO devra assurer la maintenance de ce système durant quarante ans ou davantage. Pour le seul refroidissement de la terre, la compagnie aura à payer, chaque année, plus de cinq milliards de yens, soit cinquante millions d’euros. Pourra-t-elle supporter une telle charge financière ?

Si TEPCO réussit à faire ce mur, ce sera une bonne chose, mais y parviendra-t-elle vraiment ? Beaucoup redoutent d’éventuels problèmes d’ordres divers.

A propos du mur congelé de Fukushima

1°. Les hommes n’ont jamais construit un mur de glace d’une telle ampleur. À la mi-mai, TEPCO a publié les résultats de la construction d’un mur d’essai. Le responsable a dit : « Nous avons constaté que le mur s’est parfaitement bien comporté contre l’envahissement de l’eau. Nous n’avons aucun problème technique. » Mais il s’agissait d’un mur entourant un terrain d’une surface de seulement cent mètres carrés. De plus l’état de la terre est différent d’un endroit à l’autre. Et en certains endroits, il y a des tubes sortant des réacteurs. Peut-on congeler convenablement ces endroits-là ? On ne peut prévoir la façon dont se comportera un mur de si grandes dimensions, pendant la construction et après.

2°. Les réacteurs reposent sur une terre gorgée d’eau. Quand l’eau manquera, est-ce qu’ils ne vont pas s’enfoncer ou basculer. Et leurs fonctionnalités ne seront-elles pas atteintes ?

3°. Pendant combien de temps ce mur de terre sera-t-il utilisable ?

 

 Deux autres moyens mis en œuvre contre l’eau polluée

 

Le premier de ces moyens est ALPS, un engin capable d’extraire d’une eau polluée soixante-deux sortes de substances nucléaires (en anglais : multi-nuclide

removal equipment). En mai 2013, TEPCO a commencé à faire fonctionner cet engin, et à présent elle en possède trois exemplaires, mais des problèmes n’ont cessé de se poser si bien que les engins n’ont jamais marché à plein régime. S’ils étaient vraiment opérationnels, ils pourraient dépolluer jusqu’à sept cent cinquante tonnes d’eau par jour, mais jusqu’ici TEPCO n’a réussi à en purifier que quatre-vingt-cinq mille tonnes. Et trois cent cinquante mille tonnes d’eau polluée attendent à présent le bon vouloir de ces engins.

 

Et même s’ils réussissaient à purifier l’eau polluée, ils ne pourraient en extraire le tritium, et cette eau, purifiée mais toujours additionnée de tritium, devrait donc continuer à être stockée par TEPCO, dont l'intention était, et est toujours, de la rejeter dans la mer, ce que toutefois les gens ne permettront pas. 

ALPS pose encore un autre problème, à savoir que faire, en fin d’usage, des filtres usagés, imprégnés de produits radioactifs. Tous les engins ALPS sont équipés de quatorze tours d’absorption, qui retiennent électivement soixante-deux de ces produits, et dont les filtres doivent être remplacés tous les deux ou quatre mois. Pour l’instant TEPCO stocke ces derniers sur son site, mais on n’a pas encore décidé – ou on ne peut pas décider – de la façon de s’en débarrasser.

Le deuxième moyen consiste à pomper l’eau souterraine dans douze puits, avant qu’elle ne pénètre sous les réacteurs, et à la rejeter dans la mer. Cette proposition avait déjà été présentée, en avril 2012, par TEPCO aux associations de pêcheurs, qui l’avaient repoussée, car ils n’avaient pas confiance en la compagnie et redoutaient que leur mer n’acquière la fâcheuse réputation d’être radioactive. Mais à la longue, TEPCO et le gouvernement ont réussi à persuader leurs interlocuteurs, qui ont fini par prendre, en mars 2014, l’ « amère »  décision d’accepter.

Le 21 mai eu a lieu, à travers des canaux latéraux, un premier rejet de 560 tonnes d’eau puisée, après qu’on eut mesuré son taux de radioactivité et constaté qu’il n’excédait pas le seuil autorisé, soit un becquerel de césium 134 et de césium 137 par litre. À présent TEPCO rejette chaque semaine de l’eau puisée et elle entrevoit la possibilité de diminuer ainsi quotidiennement son stock d’eau de cent tonnes. Néanmoins, cette ponction doit être opérée avec précaution car le risque est que le niveau de l’eau souterraine, tout autour des réacteurs, ne devienne plus bas que celui de l’eau polluée se trouvant sous les réacteurs, auquel cas cette dernière s’écoulerait vers l’extérieur.

 

Ce que je crains

 

Sur le site de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se dressent une multitude de réservoirs remplis d’eau radioactive, qui ont été construits rapidement et à bas prix et dont la limite d’utilisation est de cinq ans. Depuis l’accident nucléaire, plus de trois ans déjà se sont écoulés. En janvier, TEPCO a décidé de construire, chaque mois, des réservoirs d’une capacité totale de quarante mille tonnes (celle-ci était, jusqu’ici, de quinze mille), afin de résoudre ce problème.

TEPCO doit se battre contre cette énorme masse d’eau polluée stockée, et en même temps contre une énorme masse d’eau qui chaque jour a été, est ou va être polluée.

La société japonaise souffre, à l’heure actuelle, d’un manque de main-d’œuvre dû à une économie dont l’état s’améliore, à la reconstruction des villes sinistrées et aux travaux induits par les futurs Jeux Olympiques. TEPCO dispose-t-il et continuera-t-il de disposer d’une main-d’œuvre suffisamment nombreuse et qualifiée ? Cette question m’obsède et me tourmente.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 23:58

Jean-Marc Royer, contributeur de longue date du blog de Fukushima, nous offre un premier article sur Hiroshima, tiré de son ouvrage inédit, "Le nucleaire, érotisation suprême et planétaire de la mort ". Il sera suivi dans les mois qui viennent de deux autres passages consacrés à des évènements dramatiques de l'histoire du nucléaire.

A la fin de l'article, l'auteur lance un avis de recherches documentaires. Merci d'avance aux lecteurs qui pourront l'aider.

________________

 

 

Le premier été silencieux de l’histoire du monde

 

 

L’inconscient collectif d’un peuple revient d’autant plus sûrement à la surface qu’il a été profondément refoulé sous le coup de motifs inavouables. Ainsi, à cinqunate ans de distance, entre 1962 et 2011, a-t-on vu ressurgir les termes « printemps silencieux » et « ground zero ».

Le premier été silencieux de l’histoire du monde

« Le 2 septembre 1945 au matin, ils sont plus de six cents à assister à [la signature de la reddition japonaise à bord du cuirassé Missouri], en rade de Tokyo, quand Wilfred Burchett [journaliste australien], seul, non accrédité par les autorités d'occupation, monte dans un train qui doit l'emmener jusqu'à Hiroshima qui n'est pas encore sous contrôle militaire états-unien. " Les huit premières heures comptèrent parmi les plus hasardeuses de mon expédition. Le train était plein à craquer d'officiers et de soldats fraîchement démobilisés. Des officiers portaient encore leur long sabre [...], et il me semblait qu'ils avaient une furieuse envie de passer aux actes ". Après vingt heures de voyage, il saute du train, en pleine nuit, dans ce qui reste de la gare d'Hiroshima. Immédiatement arrêté par la police japonaise, il ne découvre la cité qu'au petit matin. Il est le premier journaliste occidental à contempler ce champ de ruines, mais surtout à visiter les hôpitaux où des gens meurent d'une façon inconnue : " A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n'avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd'hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d'un mal inconnu pour lequel je n'ai pas d'autre nom que celui de peste atomique [...]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l'appétit. Leurs cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche ". Ce long article que Wilfred Burchett tape assis sur des gravats, en maltraitant sa vieille machine Baby Hermes, est transmis en morse jusqu'à Tokyo. Publié le 5 septembre à la une du Daily Express et diffusé gratuitement aux autres journaux, il fera le tour du monde. Car personne n'a encore parlé des ravages des radiations. Pour l'opinion mondiale, les deux bombes lancées par les États-Unis sont simplement des engins de guerre plus puissants que les autres : qu'elles aient contenu de quoi continuer à tuer longtemps après la fin de la guerre est impensable. L'état-major états-unien, qui ne pouvait imaginer qu'un correspondant non accrédité se rende aussi vite sur place, accuse le coup ».[1]

« Un autre journaliste George Weller, du Chicago Daily News, a également contourné les restrictions officielles de l'époque et atteint Nagasaki, le 6 Septembre. L'article de 25.000 mots [65 pages] qu'il a écrit sur la base d'entretiens avec des témoins et du personnel médical était beaucoup plus détaillé que celui de Burchett. Mais en tant que membre discipliné du corps de presse, il l’a envoyé au siège de MacArthur pour le dédouanement et le transport. MacArthur a détruit le tout » [2]. [Cité par W. Burchett dans At the Barricades, London, Quartet Books, 1980, p.1l6].

« L'article de Burchett soulève une tempête. Les responsables états-uniens sont en colère parce qu’il y écrit que le rayonnement résiduel est toujours dangereux et qu’un mois après le bombardement, les gens continuent de mourir de maladies radiologiques, ce qu'il a appelé la peste atomique. Le jour même de la parution de l’article de Burchett sur les effets des radiations, de sévères restrictions sont appliquées aux journalistes alliés et japonais : alors que les troupes US sont prêtes à entrer dans Tokyo, le Q G du Gal MacArthur interdit la ville aux journalistes alliés. Hiroshima et Nagasaki sont placées en zone interdite ». [New York Times, 5 September 1945, cité in W Burchett Shadows of Hiroshima (1983), p 23].

« De retour d’Hiroshima dans la matinée du 7 septembre, Burchett sort du train à Tokyo pour découvrir que les hauts responsables militaires états-uniens ont convoqué une conférence de presse à l'Hôtel Impérial afin de réfuter son article. Il y arrive juste à temps pour entendre le brigadier-général Thomas Farrell, Directeur adjoint du projet Manhattan, expliquer que la bombe a explosé à une hauteur suffisante afin d'éviter tout risque de rayonnement résiduel. Quelques jours plus tard, Burchett est admis à faire des analyses médicales [3] dans un hôpital […] ; lorsqu’il en ressort, son appareil photo contenant des clichés uniques sur Hiroshima et ses victimes a disparu. Puis, MacArthur lui retire son accréditation de presse et annonce son intention de l'expulser […]. Quelques jours plus tard, les déclarations de Farrell et de son chef, le major-général Leslie Groves, parues dans le New York Times, décrivent " les allégations de Burchett " comme une propagande japonaise, niant catégoriquement les effets des radiations résiduelles et des contaminations. […] Quatre jours seulement après l’article de Burchett, à Alamagordo, sur l’emplacement du premier essai atomique appelé Trinity, c'est-à-dire sur le ground zero [l’expression vient de là], Groves, chef du projet Manhattan, en compagnie d’Oppenheimer, invite trente journalistes dont William L. Laurence, " chroniqueur scientifique " au New York Times, qui avait été recruté au Pentagone en mars 1945 comme chef des relations publiques par le même Groves. Laurence fut témoin de l'essai du 16 juillet précédent et du bombardement de Nagasaki à partir d'un avion de l'US Air Force. C’est lui qui a écrit la plupart des déclarations officielles états-uniennes au sujet de la bombe, et qui a publié dans le New York Times une série de dix articles célébrant le triomphe de la science états-unienne tout en minimisant les dangers des rayonnements. Le Times a titré sa série du 12 septembre, " Le site de l’essai Trinity dément les mensonges de Tokyo : l’essai du Nouveau-Mexique confirme que c’est le souffle et non les rayonnements qui ont agi ". Laurence y écrit : " Aucune radioactivité dans les ruines d'Hiroshima ". Et, afin de contrecarrer la version de Burchett : " Les Japonais prétendent que des gens sont morts du fait des radiations. Si cela est vrai, ils ont été très peu nombreux. Et s'il y a eu des radiations, elles ont été émises pendant l'explosion et pas après. Les Japonais poursuivent leur propagande pour créer l'impression que nous avons gagné la guerre de manière déloyale " [4]. Laurence recevra le prix Pulitzer en 1946 : il a été parmi les premiers exemples de ce que nous appelons aujourd'hui le journalisme embarqué ».[5]

 

Le 19 Septembre est publié le premier « Code civil des libertés » du Japon

 

Dans ce code, l’occupant états-unien ordonnait au gouvernement japonais d’édicter les consignes nécessaires pour empêcher la diffusion de nouvelles contraires à la vérité ou qui perturberaient la tranquillité publique. « Pendant les années qui ont suivi la catastrophe, même dans le principal organe de presse d’Hiroshima, le Chûgogu Shimbun, il n’existait pas de caractère d’imprimerie correspondant aux termes « bombardement atomique » et « radioactivité ». Des années de silence ont été imposées après le communiqué officiel diffusé à l’automne 1945 par la commission de l’armée américaine chargée d’enquêter sur les dommages des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki : « Tous ceux qui devaient mourir des suites de la radioactivité dégagée par l’explosion atomique sont déjà morts, et on ne constate plus d’influence physiologique des radiations résiduelles ».[6]

« La censure préalable de la presse exercée par le Q G visait à la réécriture des articles sans taches d'encre noire ou sans XXX, c’est à dire sans laisser d’indices de la censure [7]. L’illusion de la liberté d'expression était essentielle pour atteindre une pleine efficacité. Aucune donnée scientifique ou médicale japonaise ne pouvait être publiée à propos des bombardements atomiques. Il a fallu attendre la fin de la période d'occupation en 1951 pour qu’apparaissent dans l’Asahi Shimbun les photographies des victimes du bombardement nucléaire, les Hibakushas, qui montraient les chéloïdes sur leurs corps. En raison de la censure, toute discussion publique sur les dommages de la bombe, et tous les rapports médicaux [japonais], disparurent, ralentissant considérablement la compréhension du public et la recherche sur les traitements. Le seul point de vue accepté sur les bombardements, c’était qu’ils avaient abrégé la guerre et devenaient ainsi des instruments de paix. [… Ce n’est qu’en 1985] qu’il a été montré que les autorités d’occupation avaient saisi ou supprimé non seulement le film japonais sur Hiroshima et Nagasaki, mais aussi des images en couleur, filmées par une unité militaire de cinéma ». [Greg Mitchell, special report: Hiroshima Film Cover-Up Exposed, Editor and Publisher, August 3, 2005].

 

[1] FM, Sciences et Avenir n°582, août 1995, http://atomicsarchives.chez.com/homme_censure.html

[2] J’ai, entre autres sources, traduit des extraits du très long texte de Richard Tanter, Voice and Silence in the First Nuclear War : Wilfred Burchett and Hiroshima, publié le 11 août 2005 dans The Asia-Pacific Journal-Japan Focus, en signalant dans le texte ses propres sources entre crochets. http://japanfocus.org/-Richard-Tanter/2066. Les autres sources sont signalées par des notes de fin de texte habituelles.

[3] Pour quelles raisons, puisque ne subsistait « aucune radioactivité dans les ruines d'Hiroshima » et que, « s'il y a eu des radiations, elles ont été émises pendant l'explosion et pas après » (Cf. plus bas, les écrits de Laurence en date du 12 septembre).

[4] FM, Sciences et Avenir n°582, août 1995.

[5] Richard Tanter, opus cité.

[6] Kenzaburô Ôé, Notes sur Hiroshima, p 97.

[7] Il fallait donc entièrement recomposer les textes pour masquer les coupes, ce qui incitait les éditeurs à la prudence. D’autre part la censure s’exerçait en deux temps : avant et après parution.

Photogramme tiré du documentaire « Blessures atomiques » de Marc Petitjean, 14ème minute. Où l’on constae qu’en trois mois , depuis janvier 1946, le First Lieutenant McGovern de l’aviation, « director » de ce film a déjà utilisé 360 bobines ! Il doit y avoir quelque part aux Etats-Unis des montagnes de rush.

Photogramme tiré du documentaire « Blessures atomiques » de Marc Petitjean, 14ème minute. Où l’on constae qu’en trois mois , depuis janvier 1946, le First Lieutenant McGovern de l’aviation, « director » de ce film a déjà utilisé 360 bobines ! Il doit y avoir quelque part aux Etats-Unis des montagnes de rush.

« Les articles japonais ou étrangers qui exaltaient la puissance de la bombe atomique étaient bienvenus, tout comme ceux qui créditaient la bombe du renouveau idéologique ou de la démilitarisation du pays. […] Une circulaire avait incité les censeurs à encourager les œuvres qui présentaient la tragédie atomique comme une expiation des crimes de guerre nippons. Nagasaki no kane [Les cloches de Nagasaki, d’un auteur catholique, Nagai Tagashi] qui en faisait une grâce divine destinée à racheter les erreurs de la nation, fut donc chaudement accueilli. [Une rhétorique que l’on retrouvera dans la bouche du maire de Tokyo après la catastrophe de Fukushima …] Le monde doit à la censure d’avoir sous estimé pendant des années les ravages de l’arme atomique … Assurément, les faits qui ont filtré eurent moins d’impact que s’ils avaient été multipliés par les voix et les regards de centaines de journalistes … On ne peut qu’aprouver l’historien Seiji Imabori qui affirme qu’en bâillonant les survivants, une occasion unique d’influer sur le destin du monde s’est perdue ».[1]

 

Les japonais enquêtent très tôt à Hiroshima et à Nagasaki

 

« En fait, les radiologues et les spécialistes japonais étaient arrivés à Hiroshima quelques jours après le bombardement : la première confirmation que l'arme d’Hiroshima était une bombe atomique a été fournie par le physicien nucléaire de premier plan, Yoshio Nishina, le 10 Août. ». [Committee for the Compilation of Materials on Damage Caused by the Atomic Bombs in Hiroshima and Nagasaki, Hiroshima and Nagasaki: the Physical Medical and Social Effects of the Atomic Bombings, Hutchinson, London, 1981, p 504].

 

[1] Jay Rubin, La bombe outil de paix in Hiroshima 50 ans, Autrement, 1995, p 94 et 96.

On retiendra que dès le 6 août, la base navale de Kure et le Q G de la marine impériale envoient les premiers experts et qu’entre le six août et le 15 septembre, pas moins de dix-huit équipes japonaises (plus de deux mille personnes) ont commencé à étudier ce qui s’est produit à Hiroshima. Signalons également que le Pr Tsuzuki Masao et son équipe de l’université de Tokyo sont sur place le 30 août et que l'observatoire météorologique du District d'Hiroshima – Isao Kita – a compilé des documents précieux sur les pluies noires [1]. Ce n’est que le 8 septembre que des premiers experts militaires états-uniens sont parvenus sur place via la base aérienne d’Iwakuni et que Thomas Farrell, arrivé par celle d’Atsugi, a été guidé par Tsuzuki Masao et le Major Motohashi. Le 14, le conseil de recherche scientifique du ministère de l'Éducation décide la création d’un comité d'enquête spécial, composé de neuf groupes de travail (physique, chimie, géologie, médecine …), présidé par Haruo Hayashi. Le seul groupe médical dirigé par Tsuzuki comprenait 33 membres, 150 chercheurs et 1500 assistants. Cent-trente-quatre rapports ont été rédigés et non publiés.[2]

 

[1] Cf. Pluies noires sur Hiroshima : http://www.youtube.com/watch?v=HiiJrQH_sWc ou http://www.dailymotion.com/video/x48b6s_pluie-noire-vo-stf_shortfilms.

[2] Recension personnelle provisoire. Concernant seulement le nombre de ces rapports : Susan Lindee, Suffering made real. American science and the survivors at Hiroshima, University of Chicago press, 1994, p 41.

Le premier été silencieux de l’histoire du monde

 

Les experts militaires états-uniens débarquent avec trois objectifs

 

Trois équipes militaires concurrentes avaient été créées par la marine (Shields Warren), l’armée de terre (Ashley Scotty Oughterson) et le Manhattan project (Stafford Warren [1]) pour examiner les ruines d’Hiroshima et Nagasaki. Ces équipes indépendantes tirant à hue et à dia, Mac Arthur décide de les réunir sous la direction d’Oughterson et la dénomination de joint commission, laquelle, en s’adjoignant des chercheurs japonais, portera le nom de commission mixte.

Les premiers experts militaires états-uniens étaient arrivés à Hiroshima le 8 septembre, mais la commission mixte en tant que telle arrive courant octobre seulement. Une de ses tâches fut d’établir un tableau clinique des nombreuses et sévères atteintes liées aux irradiations, la recherche tournée vers d’éventuelles contaminations persistantes par contact, inhalation ou ingestion n’étant pas au programme, puisque le bombardement n’avait officiellement aucunes suites. Nous savons par divers témoignages que des mesures de radioactivité des sols ont été effectuées par des équipes militaires, mais tout comme la composition exacte des bombes, cela reste à ce jour un « secret défense ».

Fondamentalement, il était de la toute première importance de démontrer que la bombe atomique était, certes d’une puissance inégalée, mais qu’elle n’induisait ni peste selon les mots de Burchett, ni effet toxique à long terme, ce que les traités internationaux, la morale et l’opinion publique mondiale auraient pu condamner. À Los Alamos, cette question avait déjà fait l’objet d’études circonstanciées dès octobre 1942 et les minutes des archives en ligne du « Target Committee » de Los Alamos témoignent encore de cette préoccupation.[2]

Les données rassemblées par les japonais durant les premières semaines furent ardemment recherchées par les militaires états-uniens. En s’appuyant sur l’édit de censure, les films, photographies, poèmes, fictions, témoignages, enquêtes, rapports et autres documents ont été massivement saisis et pour la plupart envoyés à Washington [3]. Plus déterminant, les occupants ont confisqué ou se sont attribué des contributions, des collections de données, les systèmes de collectes, les échantillons engendrés par le travail des équipes de recherche japonaises sur place depuis le 7 août.[4]

 

Tsuzuki Masao, un chercheur majeur encore largement ignoré

 

Pour les occupants, les japonais n’étaient pas capables de mener des études sérieuses sur les conséquences radiologiques de la bombe [5] ; il n’empêche qu’ils ont su très tôt reconnaître les mérites de quelques scientifiques « indigènes », dont Tsuzuki Masao, professeur à l'Université impériale de Tokyo,[6] qui a organisé à Hiroshima la distribution de plus de 145 000 questionnaires à visée épidémiologique. Tsuzuki est amené à rencontrer Oughterson dès le 21 septembre, puis il est requis pour proposer des collaborateurs japonais en vue de former la commission mixte. Lors d’une réunion de celle-ci [le 12 octobre ?], Oughterson aurait déclaré que « la guerre étant finie, la science étant apolitique et l’aide des japonais indispensable – non seulement à cause de la barrière de langue, mais parce que le Japon est connu pour ses chercheurs hautement qualifiés – jamais les fruits de leurs travaux ne leur seraient dérobés » [7]. Un mois plus tard, au chalumeau, à la barre de fer, au treuil et à la dynamite, les militaires détruisaient le cyclotron japonais et démantelaient le premier laboratoire de recherche de physique et chimie du Japon (Riken), jetant les débris dans la baie de Tokyo.[8]

Les seuls éléments accessibles de la biographie du Pr Tsuzuki sont les suivants. Il est né dans la préfecture de Hyōgo en 1893 et a fait ses études à la faculté de médecine impériale de Tokyo, dont il occupera une chaire par la suite. Il a étudié la biologie à l’université de Pennsylvanie en 1925-1926, puis, à son retour, a débuté l’étude des effets biologiques des radiations sur les lapins. Le 3 septembre 1945, il initie, pour la première fois au monde, la tenue d'une conférence sur les conséquences de la bombe atomique [9]. Le 10, il pose à Thomas Farrell, en public, une question gênante : « Il a été dit que les suites de la bombe atomique resteront puissantes durant 75 ans... qu'en pensez-vous ? » [10]. Puis le journal Chugoku Shimbun publie, du 11 au 13 septembre une série de trois articles intitulée « Anatomie de la bombe atomique », incluant des entretiens avec Masao Tsuzuki [11]. Celui-ci parle très tôt des inhalations de particules radioactives, assimilées à l’époque, à un gaz ou à des toxines. Par la suite, il écrit des articles dénonçant la malhonnêteté des scientifiques états-uniens et anglais qui ont publié sous leurs noms et à leur sauce certains travaux de leurs collègues japonais, lesquels auraient réalisé, selon lui, les plus nombreuses expertises jamais effectuées sur les effets biologiques des radiations [12]. En octobre 1946, le comité militaire, arguant du fait qu’il fut chirurgien dans l’armée japonaise durant six années après ses études, décide de le « purger », c'est-à-dire qu’il est officiellement mis à l’écart de tous les comités de recherche sur les effets de la bombe puis exclu de l’université impériale de Tokyo en 1947.

Au début de 1954, en tant que directeur du nouvel institut des sciences radiologiques, il publiait un rapport indiquant que les retombées radioactives entraînent des maladies ; le 1er mars survenait l’irradiation des pêcheurs japonais du Lucky Dragon à la suite de l’explosion de la bombe H Castle Bravo dans les îles Marshall (15 Mt, mille Hiroshimas), le plus puissant essai nucléaire états-unien jamais réalisé. Les dégâts imprévus avaient été dissimulés par les autorités états-uniennes jusqu'au 14 mars, date à laquelle le chalutier était rentré au port avec la plupart de son équipage malade. Son opérateur radio Aikichi Kuboyama allait mourir le 23 Septembre suivant, des suites d'une irradiation aiguë et malgré les soins du Pr Tsuzuki Masao. D'autres décès allaient suivre. Alors qu’ils se trouvaient en dehors de la zone interdite, les marins avaient ramassé sur le petit navire une poussière grisâtre, qu'ils avaient vite surnommée « cendre de la mort ». Les Etas-unis accordèrent royalement à la veuve d'Aikichi Kuboyama un chèque d'un million de yens (2 800 dollars) et en janvier 1955, offraient au gouvernement japonais 2 millions de dollars de compensation pour les dégâts causés par Castle Bravo.

Tsuzuki Masao a joué un rôle majeur dans cette affaire, prenant en charge les irradiés à Tokyo. En 1955, il fonde l’hôpital de la bombe A qui fut ouvert l’année suivante à Hiroshima et dont Kenzaburô Ôé parle longuement. Le 17 août 1959 il déclare au Yomuiuri Press n’avoir pas trouvé d’éditeur de langue anglaise pour son livre faisant une recension et une analyse des études médicales menées à Hiroshima [13]. Il décède en 1961 d’un cancer du poumon.[14]

Cela rappelait de mauvais souvenirs aux japonais : une pétition demandant l’abolition des armes nucléaires fut signée par près de trente millions de japonais …

 

Comme le Manhattan project, Hiroshima et Nagasaki sont très loin d’avoir livré tous leurs secrets.

 

« L'histoire de Burchett avec Hiroshima n'a pris fin qu'avec son dernier livre, Les Ombres d'Hiroshima, achevé peu avant sa mort en 1983. Dans ce livre, non seulement Burchett est retourné à l'histoire de son article initial, mais il a montré l’ampleur de la dissimulation froidement planifiée et fabriquée qui s'est poursuivie pendant des décennies après 1945. Burchett sentait qu’il était devenu urgent de comprendre ce qui s'était réellement passé dans Hiroshima, près de quarante ans auparavant : Basé sur ma propre expérience, il est de mon devoir d’ajouter cette contribution à notre connaissance et à notre conscience collectives. Avec mes excuses pour l’avoir si longtemps retardé. » [W. Burchett, Shadows of Hiroshima, Verso, London, 1983, pp.8-9]

L'ampleur de la dissimulation de la vérité concernant les suites des premiers bombardements atomiques est encore plus grande, plus complexe et plus délictueuse que Burchett ne l’a pensé, ce que confirment les multiples expériences sur les « Human Products ». Grâce à une censure et à une désinformation de grande ampleur, les perceptions ont été canalisées de manière à obérer la compréhension des phénomènes qui ont atteint la planète et les êtres vivants. Disons-le clairement : l’histoire complète du Manhattan Project, des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, celle du nucléaire en général reste à établir. Même les ouvrages bien renseignés qui semblent faire référence aujourd’hui outre-Atlantique sont peuplés d’impasses cognitives – lorsque le sujet devient délicat – voire de grossières omissions lorsque cela devient gênant (les HP) ou bien encore d’affirmations politiquement correctes et faussement ingénues : par exemple, les positions des scientifiques états-uniniens peuvent être taxées de « coloniales » et faire l’objet d’un chapitre ad hoc mais y être expédiées en une dizaine de citations et sans que cela n’ait aucune espèce de conséquence théorique ou historiographique, ce que « le point de vue victimaire » du livre sur l’usage des bombes atomiques vient entériner. Or il s’agit là de l’origine des écarts constatés entre les études menées après Tchernobyl et celles d’Hiroshima-Nagasaki. C’est sur cette faille historique, philosophique, politique que se sont construits les cinquante-cinq réacteurs du Japon [15] et que s’est mis en place le négationnisme nucléaire, idéologie des appareils d’Etats qui ont couvert ce crime pérenne contre l’humanité, toujours en cours.

 

Tiré de « Le nucleaire, érotisation suprême et planétaire de la mort », extraits du chapitre « Le premier été silencieux de l’histoire du monde ou la mise en scène politique du négationnisme nucléaire ». Manuscrit déposé à la SGDL.

 

Jean-Marc Royer, Mai 2014.

 

 

[1] Lindee (1994), l’auteure évoque à plusieurs reprises Stafford Warren (pp 22, 23, 32 et note 17), mais omet de nous dire qu’il a été l’initiateur et le maître d’œuvre de l’expérience d’inoculation intraveineuse de plutonium à des patients non consentants. Ceci est d’autant moins excusable que des scandales publics à répétition et donnant lieu à des commissions parlementaires avaient débuté dès 1986. Cf. p 189 in La science, creuset de l’inhumanité. L’Harmattan, 2012.

[2] U.S. National Archives, Record Group 77, Records of the Office of the Chief of Engineers, Manhattan Engineer District, TS Manhattan Project File '42-'46, folder 5D Selection of Targets, 2 Notes on Target Committee Meetings.

[3] The First Special Exhibition of Fy 2003, «  It was an atomic bomb ». A History of A-bomb Investigations. Minoru Hataguchi, Director Hiroshima Peace Memorial Museum, July 25, 2003.

[4] Cela a été amplement quoique discrètement confirmé depuis. Par exemple, le physicien Nishimori Issei qui était étudiant à Nagasaki au moment des faits et a précisé que les organes issus des autopsies avaient été subtilisés par les occupants (Lindee (1994) p 18, §2 et note 3), ce qui, dans les années 1973-1974, a posé quelques problèmes diplomatiques, étant donné que les autorités nipponnes avaient clairement formulé des demandes de restitution.

[5] Lindee (1994), pp 17 à 19.

[6] Lindee (1994) p 24-26. Toutes les notes de l’auteure à propos de Tsuzuki Masao ressortissent de dossiers non accessibles de la National Academy of Science, ou bien d’un manuscrit du 12 février 1987 de l’historien John Bowers sur l’ABCC (notes 10/11) dont l’accès n’est toujours pas autorisé. Tsuzuki est cité à quelques reprises dans des articles relatifs à l’histoire du journal d’Hiroshima, le Chûgogu Shimbun dans le site du mémorial de la paix d’Hiroshima en 2003.

[7] Lindee (1994), p 26, § 3 et 2.

[8] Nishina Yoshio, Bulletin of the atomic scientists 3 June 1947, pp 145, 167.

[9] Tetsuya Okahata, Rédacteur. Histoire d’Hiroshima: 1945-1995 (Partie 4, article 1). http://www.hiroshimapeacemedia.jp/mediacenter/article.php?story=20120208150143139_en&query=tsuzuki

[10] Le général a répondu « Soixante-quinze ans, c'est ridicule. La bombe... n'a plus eu d’effets après deux ou trois jours ». Masami Nishimoto, rédacteur principal. 120ème anniversaire du Chugoku Shimbun (Partie 6) : le bombardement atomique.http://www.hiroshimapeacemedia.jp/mediacenter/article.php?story=20120501101745126_en&query=tsuzuki

[11] Article collectif. L’histoire d’Hiroshima : 1945-1995 (Partie 30, Article 1) http://www.hiroshimapeacemedia.jp/mediacenter/article.php?story=20120529131333115_en&query=tsuzuki

[12] Lindee (1994) p 25, note 2 et §2.

[13] Lindee (1994), p 135 et pp 156-158.

[14] Au 15 juillet 2013, son nom était inconnu du moteur de recherche Google, témoignage institutionnel à l’appui. Courant septembre, cette situation avait changé à la suite d’échanges et de recherches effectuées en France et au Japon et transitant evidemment par le Net : Big Brother is working hard. Plus tard, des photos de Tsuzuki avaient également fait surface. Mais sa biographie est toujours introuvable en décembre 2013. À noter que sur le site de la RERF, fondation qui a pris la suite de l’ABCC, Tsuzuki est également inconnu ! Mais il apparaît sur deux photos que je reproduis plus loin…

[15] Günther Anders avait déjà attiré l’attention sur le fait que toutes les traces du crime devaient disparaître au plus tôt, avec la complicité des uns et des autres.

________________________

 

Avis de recherches documentaires concernant les points suivants :

 

1) Je suis à la recherche d’une biographie de Masao Tsuzuki (elle est peut-être disponible à l’université de Tokyo ou à la faculté de médecine de cette ville).

 

2) Comme indiqué dans le texte, le 17 août 1959, Masao Tsuzuki déclare au Yomuiuri Press n’avoir pas trouvé d’éditeur de langue anglaise pour son livre faisant une recension et une analyse des études médicales menées à Hiroshima. Je n’ai pas trouvé trace de ce livre.

 

3) Kenzaburô Ôé parle à plusieurs reprises dans « Notes de Hiroshima » d’un livre blanc qui reste introuvable à ce jour, dont l’auteur est : 原水爆禁止日本協議会専門委員会編. Gensuibaku Kinshi Nihon Kyōgikai. Senmon Iinkai, le titre : 原水爆被害白書 かくされた真実, Gensuibaku higai hakusho : kakusareta shinjitsu, White paper on Hydrogen and atomic bomb victims : The hidden truth, 1961, 240 p et l’éditeur : 日本評論新社, Tōkyō, Nihon Hyōron Shinsha, 1961.

http://www.bekkoame.ne.jp/ro/gj13019/gjlibri/libri700_/libro_m130.htm

http://www.bekkoame.ne.jp/ro/gj13019/gjlibri/libri700_/libro_m130.htm

Published by The Japan Council against A & H Bombs.

With the co-operation of : Hiroshima City Office Hiroshima A-Bomb Museum, Hiroshima A-Bomb Hospital, Hiroshima A-Bomb Welfare Centre, Chugoku Newspaper Co, Nagasaki International Cultural Hall, Nagasaki A-Bomb Hospital Nagasaki University, Nagasaki A-Bomb Welfare Centre, Nagasaki Newspaper Co. Printing & Bookbinding/Toppan Printing Co Ltd. Printed in Japan28cm x 28cm square format/gravure photo pages 144/ Limited 4000 copies (Russian 2000, English 2000*)/ Price 14 Dollars, 3800 Yen/ Publish Date August 5, 1961/Publisher GENSUIBAKU KINSHI NIHON KYOGIKAI, Shiba Shinbashi 7-12, Mitano-ku, Tokyo-to, JAPAN

Je souhaiterais consulter en ligne ou télécharger ces ouvrages (ou en acheter un exemplaire si le prix en est abordable).

4) Je cherche à consolider et à compléter la liste que j’ai établie concernant les premières études faites à Hiroshima par les japonais à partir du 6 septembre 1945 (le mémorial de la paix, en tous cas pour ses « visiteurs lambda », n’est d’aucun secours ; sans doute faudrait-il pouvoir atteindre le « niveau chercheurs »).

 

5) Le 12 septembre 1961 les nations unies publient un communiqué condamnant les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki comme « crimes contre l'humanité ». Peut-on en retrouver la trace ?

 

 

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Publié par Jean-Marc Royer
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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 16:47
Témoignage d’un “cerveau irradié”

Suite au billet de Fonzy, diffusé le 5 juin dernier, voici un autre témoignage d’une personne vivant au Japon. Permaria ne souhaite pas se taire et explique la contamination radioactive telle qu’elle est et telle qu’elle la vit au quotidien. Loin des discours officiels, ces témoignages sont une forme de résistance à l'omerta généralisée sur les problèmes générés par la catastrophe nucléaire toujours en cours.

 

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Témoignage d’un “cerveau irradié”

 

 

    Depuis le 11 mars 2011, le monde où je vis a presque complètement changé, tout d’abord dans la vie quotidienne. La contamination radioactive n’est pas proportionnelle à la distance mais elle est influencée par des éléments variés : vent, précipitations de pluie ou de neige, relief terrestre… Par exemple, une des plantes sauvages printanières, koshi-abura, s’est révélée polluée, le 21 mai 2014, à Nagano (340 Bq/kg) et à Karuïzawa (300 Bq/kg, 160 Bq/kg), selon les résultats de mesure de radioactivité des aliments, rapportés par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, bien que ces municipalités soient à 266 km et à 247 km de la centrale détruite. Je ne peux donc plus goûter les pousses de bambou, ni toutes les pousses sauvages comestibles du printemps, ni des champignons sauvages, ni les poissons d’eau douce en automne, si ces produits agricoles, avant-coureurs des quatre saisons, sont en provenance de l’est de l’archipel. Même s’ils ne viennent pas directement des départements voisins de Fukushima, ils peuvent plus ou moins être contaminés.

 

         Dans ma ville, qui est à 245 km de Fukushima Daiïchi, la radioactivité n’est pas très élevée : 0,04 à 0,08 μSV/h. Mais il y a du vent, des arbres avec leurs feuilles et le sol. Il ne faut pas respirer de particules radioactives qui pourraient flotter dans l’air. Je porte un masque pour sortir depuis lors. Et on qualifie ceux qui font minutieusement attention à leur santé comme moi de “cerveau irradié” (hôsha-nô), sorte de psychose, de fou, tout court.

 

      L’origine de nos inconvénients et du malheur, c’est la politique nucléaire de ce pays et les compagnies d’électricité qui en profitent énormément. Pour contester son manque de conscience et son absence de responsabilité, j’ai arrêté le prélèvement automatique Tepco et règle directement au comptoir de supérette, et volontairement en retard. Tantôt, je paie 11 yens de trop pour attirer l’attention de sa part. L’employé qui s’en occupe lira ces phrases protestataires dans la marge d’une facture : « Rémunérez  comme il faut les liquidateurs irradiés ! », « Ne redémarrez pas la centrale à Kashiwazaki-Kariwa ! », « Honte à votre système de sacrifice ! ». Je ne suis pas assez riche pour offrir tous les mois 311 yens à cette entreprise inconcevablement décevante mais je ne suis pas seule non plus à payer de cette façon : nous sommes 200 à 300 partout dans l’archipel et nous avons une liste de diffusion en commun pour communiquer. C’est encourageant.                  

 

 

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Photo d'entête : pousse de koshiabura                        

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 18:00

Mari Takenouchi vient de mettre en ligne une pétition internationale demandant l’évacuation des femmes enceintes et des enfants de Fukushima. Dans ce texte, la journaliste freelance rappelle les mensonges du gouvernement et les pressions qu’elle a elle-même subies depuis qu’elle dénonce les dangers de la vie en secteur contaminé. Elle réclame notre soutien.

Mari Takenouchi appelle à l’évacuation des enfants de Fukushima

Mari Takenouchi est une journaliste freelance japonaise. Depuis le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, elle couvre inlassablement les événements et cherche à alerter sur la situation des populations. Elle publie énormément sur Internet, notamment sur les blogs qu’elle a créés : Save Kids Japan, Mari Takenouchi's open questions, Shady People in Pro/Anti Nuke Societies, Ugly Japanese ou encore Mari Takenouchi’s Essay. Elle met aussi en ligne de nombreuses vidéos sur sa chaîne Youtube et diffuse des informations via ses comptes Twitter et Facebook. Une grande partie de son travail consiste à traduire des livres sur la radioactivité en japonais, mais aussi des témoignages de Japonais ainsi que ses propres articles en anglais, pour permettre une meilleure diffusion des informations à l’étranger et tenter d'alerter l’opinion internationale. Elle lutte inlassablement pour rompre le silence et protéger les enfants du Japon.

Protéger les enfants par l’information

 

Mère de famille et journaliste, Mari Takenouchi se consacre bénévolement à diffuser l’information concernant les risques liés à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Elle se dit ouvertement anti-nucléaire. Son engagement devient un véritable combat lorsque le gouvernement japonais décide de relever la limite d’exposition à la radioactivité de 1 à 20 milliSievert par an. Cette décision, qui a pour conséquence directe de nier les conséquences sanitaires dues à l’accident nucléaire et de refuser toute évacuation de la population de certaines zones fortement contaminées, expose de fait d’innombrables adultes, mais surtout d’innombrables enfants et fœtus à des doses 20 fois supérieures à ce qui est autorisé dans le reste du monde. A ce moment précis, les enfants japonais sont condamnés à vivre dans des conditions équivalentes aux conditions de travail des employés du secteur nucléaire...

Pendant un temps, on laisse même planer le doute sur l’éventualité de relever la limite légale à 100 milliSievert par an… Nous sommes en avril 2011. Le Dr Shunichi Yamashita, président de l’association Japonaise de la Thyroïde, vient tout juste d’être nommé président de l’Université de Médecine de Fukushima et conseiller pour la gestion du risque sanitaire lié à la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. Il n’hésite pas à se moquer ouvertement des parents qui s’inquiètent pour la santé de leurs enfants, à affirmer avec le plus grand sérieux que les gens qui sourient ne sont pas atteints par la radioactivité et qu’une dose de 100 microSievert par heure n’est pas dangereuse (ce qui correspond à 876 milliSievert par an)…

Quelques-unes des plus incroyables affirmations du Dr Shunichi Yamashita...

Mari Takenouchi comprend très vite que le gouvernement est en train de mettre en place une véritable stratégie de désinformation, qui ne fait qu’amplifier les conséquences de la catastrophe. Désormais, pour permettre aux résidents de se protéger, il va falloir se battre pour l’information. Ce constat est partagé par de nombreux autres activistes, et plus généralement par d’autres citoyens, qui vont spontanément s’organiser pour faire circuler l’information, organiser des manifestations, mettre en place des laboratoires indépendants, des centres d’analyse de la nourriture…

Et protéger les lanceurs d’alerte

 

Mari Takenouchi lors d'une conférence organisée par la Helen Caldicott Foundation.

Comme de nombreux journalistes indépendants, Mari Takenouchi a rapidement subi de multiples pressions. Reporters Sans Frontières dénonce d’ailleurs régulièrement ce fait, démontrant que nombres de ces intimidations sont le fait même du gouvernement. Un documentaire baptisé « Fukushima Censored » est d’ailleurs en cours de préparation. La tentative d’intimidation atteint son paroxysme en janvier 2014, quand Mari Takenouchi est poursuivie en justice pour un tweet qualifiant le projet Ethos « d’expérience sur des êtres humains ». Ce projet, financé par de grands groupes de l’industrie nucléaire française (EDF, CEA et Areva) et déjà mis en place à Tchernobyl, vise à apprendre aux populations à vivre en zone contaminée, en dépit de toute considération de sécurité sanitaire. La plainte n’a finalement pas abouti, mais elle a fait éclater au grand jour les pressions exercées à l’encontre de tous ceux qui osent s’inquiéter de la santé des populations exposées. Avant Mari Takenouchi, un autre journaliste indépendant, Minoru Tanaka, avait subi un acharnement judiciaire particulièrement violent pour son travail d’enquête sur la gestion de l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

On comprend mieux pourquoi la pétition lancée par Mari Takenouchi associe la nécessité de protéger les plus fragiles (en demandant l’évacuation des femmes enceintes et des enfants) et la défense de ce que nous appellerions les « lanceurs d’alerte ». Je vous invite à la signer, même si nous savons tous que ces pétitions sur Internet ne changent rien au final. Mais il y a derrière ce texte une femme, mère et journaliste, qui se bat depuis plus de trois ans, et qui a besoin de notre soutien. Ne lui laissons pas croire une seule seconde que nous acceptons cette situation ou que nous sommes indifférents à cette injustice…

 

Ci-dessous la traduction de la pétition de Mari Takenouchi, réalisée par Lauriane Millet (et pour la signature, ça se passe là : http://www.change.org/fr/pétitions/to-government-of-japan-and-citizens-of-the-world-please-evacuate-fukushima-kids-and-pregnant-women?lang=fr) :

 

 

S’il-vous-plaît aidez nous à faire évacuer les femmes enceintes et les enfants de Fukushima

 

Mon nom est Mari Takenouchi, traductrice spécialisée sur le nucléaire, journaliste freelance et mère célibataire d’un petit garçon de 4 ans.

 

Après l’accident de Fukushima, j’ai plaidé en faveur de l’évacuation des enfants et des femmes enceintes des zones contaminées de Fukushima dans mes livres, sur mon twitter et mon blog. J’ai même défendu cette cause auprès de l’ONU (mais sans grand résultat).

 

Actuellement, 51 enfants ont subis une opération du cancer de la thyroïde. Le plus effroyable est que la plupart avaient déjà des métastases dans leurs poumons et leurs ganglions lymphatiques.

 

Malgré tout, le gouvernement du Japon nie tout danger sanitaire à Fukushima et affirme plutôt : « Certains parlent de saignements de nez à Fukushima (cf. la polémique du manga Oishinbo) dus aux radiations. Nous devons contrôler ces rumeurs sans fondement qui peuvent être dommageable à la reconstruction de Fukushima ».

 

En janvier 2014, j’ai été outrageusement accusée pour mes tweets par Mme Ryoko Ando (son vrai nom est Yoko Kamata), la directrice du groupe nommée Fukushima ETHOS qui encourage les habitants à continuer de vivre positivement avec un dosimètre.

 

Alors qu’aucun dirigeant de TEPCO n’aura eu de mise en examen, 3 policiers de Fukshima et 2 membres du bureau du procureur de Fukushima ont fait tout le chemin pour enquêter sur moi à Okinawa allant jusqu’à me remettre une lettre d’inculpation ! Cela signifie que je pourrais être une criminelle !

 

Durant ces deux années, j'ai été harcelée et menacée par un nombre incalculable de gens sur internet et j'ai dû bloquer environ 3000 comptes. La plupart d'entre eux m'ont appelé Demarin (Démagogue Mari), y compris le professeur Nobuhiko Ban d'ETHOS, un expert sur le développement de la leucémie. Actuellement on observe une augmentation de leucémie même en dehors de Fukushima.

 

Certains m’ont également dit sur Twitter : « Je vais te tuer », « Fais attention au feu », «Va à Okinawa pour sucer les seins de Takenouchi », « Takenouchi est un imposteur puisqu'elle collecte des dons pour ses propres activités ».

 

Malheureusement, parmi ceux-là, certains font partie de groupes de citoyens anti-nucléaire mais n’apprécient pas que j’insiste sur les ravages causés à la santé de nos enfants, et ils propagent donc des rumeurs infondées à mon sujet.

 

Chers citoyens du monde, j’ai 2 souhaits :


1. S’il-vous-plaît, signez cette pétition pour pousser le gouvernement japonais à prendre ses responsabilités et évacuer les enfants et les femmes enceintes des zones contaminées de Fukushima


Et,

 

2. Signez cette pétition pour demander justice pour les gens qui sont persécutés parce qu’ils s’inquiètent de la santé des enfants du Japon

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Publié par Cécile Monnier - dans Japon
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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 08:24
Fukushima : vous pouvez aider les enfants !

Depuis 2012, des citoyens s’organisent pour accueillir des enfants de Fukushima dans le sud de la France. L’objectif ? Sortir ces enfants des zones contaminées pour préserver leur santé et leur permettre de retrouver des moments d'insouciance et de véritables jeux d'enfants. En second lieu, cet événement annuel sert aussi à médiatiser les conséquences de la catastrophe nucléaire et à alerter sur les dangers qu'encourent ces enfants sur le long terme. Pour l’accueil 2014, un appel au don est lancé afin d’accueillir le plus d’enfants possible. Et les dons sont possibles à partir de 5 €. Pour une fois, nous pouvons tous faire quelque chose !

Le projet « Fukushima c’est eux, Fukushima c’est nous ! 2014 » s’inscrit dans la continuité d’une action engagée en 2012, quand des bénévoles avaient accueillis chez eux quatre enfants de Fukushima. Cette initiative avait été amplifiée l’année suivante, en 2013, avec l'accueil d'une dizaine d'enfants pour un séjour collectif plus complet, dans le Luberon.

Fukushima : vous pouvez aider les enfants !

Sur le terrain, ce projet est organisé par l’association « Alchemille », en partenariat avec l’association « Folding For Peace », et bénéficie de l’engagement sur le long terme de nombreux bénévoles. Côté japonais, plusieurs associations sont impliquées dans l’organisation du séjour, et notamment le réseau international Fukushima Network for Saving Children from Radiation. Et comme l’année dernière, c’est la générosité des donateurs qui permet de financer ce séjour.

L’OBJECTIF : Sortir les enfants des zones contaminées et médiatiser les conséquences d’une catastrophe nucléaire.

 

Il faut savoir que ce type d’accueil existe déjà pour des enfants de Tchernobyl, via l’association les Enfants de Tchernobyl Belarusse, association créée en 1986 juste après la catastrophe. Cette association organise (entre autres) des séjours en famille d’accueil pour des enfants vivants dans les zones les plus contaminées par la catastrophe de Tchernobyl.

Pour le projet Fukushima l’idée est de recevoir les enfants accompagnés de l’un de leurs parents, pour faire en sorte que ce séjour ne soit pas synonyme de séparation familiale (on sait à quel point les familles ont été très souvent disloquées suite à la catastrophe).

 

Dans la préfecture de Fukushima, les enfants jouent dans des bacs à sable en intérieur.

Ces familles sont par ailleurs accueillies de manière collective et non en famille d’accueil, afin de mieux répondre aux besoins des familles japonaises, très attachées à la vie en communauté.

 

Le but est de permettre aux familles accueillis de se retrouver dans un environnement sain et serein, de les faire décompresser d'un climat de stress (rejet par les autres, peur de la contamination, contraintes de vie très lourdes : port de dosimètres pour les enfants, qui ne peuvent par ailleurs pas rester plus de 30mn dehors par jour par exemple, etc).

LES EFFETS SUR LA SANTE DE LA VIE EN ZONE CONTAMINEE :

 

Pourquoi accueillir en France des enfants qui habitent dans les zones contaminées ?

L’irradiation permanente des cellules, en particulier celles du cœur, de la thyroïde et du cerveau, provoque d’innombrables lésions qui sont à l’origine de pathologies très graves, liées notamment à l’atteinte des défenses immunitaires et des organes vitaux.

Le césium 137 n’existe pas à l’état naturel. Celui que l’on met en évidence ne peut provenir que des activités humaines : installations nucléaires, essais atmosphériques, pollutions et catastrophes nucléaires.

 

Le suivi médical des enfants de la préfecture de Fukushima révèle une explosion des cancers de la thyroïde depuis 2011.

Les enfants vivent dans des zones ou l’eau, l’air, l’alimentation sont contaminés par la radioactivité, situation qui a comme conséquence, à moyen ou long terme, une perte notable des défenses immunitaires qui peut conduire au développement de nombreuses maladies. (source : Site internet de l’association les Enfants de Tchernobyl Belarusse).

 

Dans la préfecture de Fukushima, on dénombre de plus en plus d’enfants porteurs d'un cancer de la thyroïde...

A-t-on la preuve de l’efficacité des séjours en termes de diminution des risques sanitaires ?

A la demande de l’association des Enfants de Tchernobyl, des mesures de la teneur en césium 137 des enfants ukrainiens et russes invités à séjourner en France durant l’été 2013 ont été réalisées par l’Académie des Sciences d’Ukraine de Kiev.

 

Les résultats obtenus sont très importants : la baisse moyenne de la radioactivité mesurée s’élève à 33% après un séjour de 21 jours et de 47% après un séjour de 2 mois, elle est supérieure ou égale à 85% pour les enfants les plus contaminés.

 

Les accueils en France des enfants vivant dans les zones contaminées par le césium 137 permettent de réduire la radioactivité interne et l’irradiation externe de leur organisme de manière importante et par conséquent de diminuer les risques sanitaires.

UNE INITIATIVE CITOYENNE ET INDEPENDANTE :

 

La collecte mise en place permettra de financer :

  • Billet d’avions
  • Hébergement
  • Transports (minibus) sur place
  • Traducteurs et accompagnateurs
  • Activités proposées aux enfants

L'association tient à ce que ce projet reste une initiative entièrement citoyenne, totalement indépendante. Il s'agit d'éviter toute récupération politique de quelconque parti et de rester libre des financements publics, dans un pays foncièrement nucléocrate. Ce sont donc les dons des citoyens qui financent ce séjour.

DUREE DU SEJOUR :

 

Le séjour prévu est d’une durée d’une dizaine de jour, pour une question de budget. Mais plus les dons et les soutiens matériels récoltés seront importants, plus l’accueil pourra être prolongé pour améliorer encore les effets sur la santé des personnes accueillies. Il est aussi envisagé, si la collecte atteint son but, d’accueillir plus de familles.

Les organisateurs prospectent également pour obtenir le plus de structures et de moyens à titre gracieux (l’hébergement va peut-être être offert). Ils font aussi appel au bénévolat et aux dons (numéraires, matériels, logistiques). Si vous souhaitez apporter une aide autre que financière, vous pouvez donc contacter l'association Alchemille par mail : unteeshirtpour.fukushima@yahoo.fr.

 

Il n'y a pas de petit don, il n'y a pas de petit geste. Tout ce que nous faisons pour ces enfants, d'autres le feraient pour les nôtres. Fukushima c'est eux, Fukushima c'est nous...

 

Ils ont besoin de nous. Ne les oublions pas...

Et des fois que vous ne l'ayez pas encore compris, la collecte, c'est ici : http://fr.ulule.com/fukushima/ !

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Publié par Cécile Monnier - dans France et monde
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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 22:45
Le C.I.O. sera-t-il aussi courageux que le tribunal de Fukui ?

Akio Matsumura revient sur la décision du tribunal régional de Fukui qui s’est récemment prononcé contre le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Oi pour des raisons de sécurité et de risques sanitaires. Au même moment, John Coates, représentant le Comité International Olympique (CIO), qui supervise les Jeux Olympiques de 2020 prévus à Tokyo, répond à la lettre du docteur Helen Caldicott et assure que la sécurité des athlètes est une priorité pour le CIO.

Malheureusement, le CIO continue à s’appuyer uniquement sur des informations fournies par le gouvernement japonais. Or on sait quelle importance ces jeux revêtent pour le pays. Une étude indépendante des problèmes soulevés par Fukushima et les Jeux de Tokyo est indispensable. L’enjeu est trop important pour n’être que Japonais. Le CIO aura-t-il le courage de prendre le même tournant que le tribunal de Fukui ?

Odile Girard

 

____________

 

 

Priorité à la sécurité : un tribunal japonais prend une décision capitale. Les Jeux olympiques suivront-ils la même voie ?

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Landmark Court Ruling Puts Safety First in Japan, Olympics Should Do the Same » le 12 juin 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

Au Japon, un tribunal régional a décidé que Kansai Electric Power Company n’avait pas le droit de redémarrer les deux réacteurs de la centrale d’Oi, pour des raisons de faiblesses structurelles. Un article du Mainichi  rapporte cette déclaration du tribunal de Fukui :

Le droit personnel des individus à protéger leur vie et leurs moyens de subsistance est de la plus haute importance selon la Constitution. Le tribunal a donc conclu qu’il « serait tout à fait naturel de suspendre les centrales nucléaires si elles induisent des risques spécifiques de danger – même s’il est exagéré d’affirmer que l’existence de ces centrales n’est pas autorisée par la Constitution.

 

Jusqu’à cet arrêt de justice, les décisions du gouvernement fédéral et du système juridique du Japon étaient destinées à renforcer l’économie et minimiser l’importation. Le présent arrêt a mis l’accent sur le principe de précaution et donné priorité à la santé humaine et environnementale sur la balance des paiements.

 

Le Japan Times a également résumé la situation :

Le point crucial de l’arrêt du tribunal est l’affirmation qu’il est par nature impossible de déterminer sur des bases scientifiques qu’un séisme d’une amplitude supérieure à celle qui est prise en compte par le pire scénario de l’opérateur ne se produira pas. L’arrêt indique que depuis 2005, quatre réacteurs nucléaires japonais ont subi des secousses sismiques plus fortes que le niveau maximum prévu pour les centrales en question. C’est faire part d’un « optimisme injustifié », dans un pays où les séismes sont aussi courants, que de penser que des secousses de cette magnitude ne frapperont jamais la centrale d’Oi, a rappelé l’arrêt.

 

Nous allons devoir attendre pour voir si le Japon respecte la décision du tribunal de Fukui ou poursuit comme prévu sa procédure de redémarrage du nucléaire.

 

J’ai souvent entendu dire aux leaders d’opinion japonais que les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo étaient essentiels pour regonfler le moral du Japon et des Japonais. Comme le tribunal [de Fukui], j’estime qu’il est plus important de garantir la sécurité de nos athlètes mondiaux que d’offrir à Tokyo des opportunités économiques.

C’est une chance qu’il y ait parmi les observateurs des gens qui se préoccupent de protéger la santé des athlètes aux Jeux Olympiques de Tokyo en tenant compte du contexte environnemental et de la sécurité des populations. Dans un précédent article j’ai publié la lettre d’Helen Caldicott à Thomas Bach, président du Comité International Olympique, exhortant le CIO à mettre en place une équipe indépendante d’experts en biomédecine pour évaluer la situation.

Le 6 mai 2014, Helen Caldicott a reçu une réponse officielle de John Coates, vice-président du Comité International Olympique et président de la Commission de coordination des Jeux :

La santé et la sécurité des athlètes aux Jeux est une priorité absolue du Comité International Olympique (CIO) et vous pouvez êtres certains qu’en tant que président de la Commission de coordination du CIO – l’instance chargée de la supervision des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo pour le CIO – je ferai tout mon possible pour assurer que les athlètes puissent concourir dans un environnement sain et sans danger pendant les Jeux de Tokyo…

 

Les réponses des autorités japonaises montrent très clairement qu’elles mettent en place un bon nombre de mesures importantes pour protéger leurs concitoyens…”

Le rapport japonais fourni en pièce jointe commence par ces mots : « Toute une série de tests stricts sont actuellement menés par plusieurs ministères et agences gouvernementales concernés pour étudier les risques sanitaires associés aux radiations. »

Les rapports et les études de suivi ne s’appuient bien sûr sur aucune vérification indépendante. M. Coates et le reste du CIO sont entièrement dépendants des informations japonaises pour évaluer l’avancement des travaux de préparation japonais et les défis rencontrés en matière de décontamination depuis l’accident de Fukushima.

Dans le contexte de cet échange, j’aimerais présenter ici l’opinion du Dr. Scott Jones, ancien officier de marine à la retraite. Pilote chargé du largage de bombes nucléaires, il a servi durant les guerres de Corée et du Vietnam. Il a été également l’assistant du sénateur Clairborne Pell, ancien président du Comité des relations étrangères du Sénat, dont le vice-président Joseph Biden parlait en ces termes , le considérant comme « l’un des leaders de la lutte contre la prolifération des armes nucléaires ».

Voici ce qu’écrit Scott Jones :

Avec le temps, les conséquences terribles, mais prévisibles, du séisme et du tsunami sont devenues encore plus insupportables pour les citoyens japonais et maintenant pour le monde entier.

Quand des vies sont en jeu, la garantie la plus sérieuse pour un homme politique est de pouvoir affirmer que les décisions politiques impliquant la santé sont prises en respectant pleinement les meilleures connaissances scientifiques et médicales dont on dispose.

Ceci n’a clairement pas été le cas avec Fukushima, mais il existe une procédure qui permettrait de rectifier la situation. Il est plus que temps pour le gouvernement japonais, le Comité International Olympique, tous les gouvernements qui soutiennent le Japon et l’avenir du système olympique, de marquer un temps d’arrêt et de chercher à réaliser des évaluations indépendantes dans les domaines de l’ingénierie, de la médecine et de la science, afin de déterminer ce qui s’est passé, ce qui peut et doit être fait pour protéger la vie au Japon et dans le reste du monde.

Ceci permettrait d’apporter une réponse directe aux inquiétudes actuelles et futures concernant la santé des enfants japonais et des personnes âgées et ferait disparaître toute ambiguïté relative à la sécurité des athlètes olympiques et des visiteurs venus du monde entier assister aux Jeux olympiques prévus pour 2020.

 

Une étude indépendante serait en effet conforme à l’esprit des décisions du tribunal régional de Fukui. La sécurité des citoyens Japonais et des meilleurs athlètes mondiaux ne doit pas s’appuyer sur un bilan réalisé avec un « optimisme injustifié » ; le bilan nécessite prudence et minutie. M. Coates et le Comité International Olympique peuvent en être les garants en faisant dépendre la tenue des Jeux de Tokyo de l’acceptation d’une étude indépendante et internationale ; l’objectif est d’évaluer les problèmes scientifiques, techniques et médicaux posés par le site de la centrale de Fukushima et l’avancée des solutions mises en œuvre par le Japon. Tant qu’une telle étude n’est pas ordonnée, le CIO devrait réfléchir à deux fois avant d’affirmer avec certitude que nos athlètes bénéficieront d’un « environnement sain et sans danger pendant les Jeux de Tokyo ».

 

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Photo d’entête : source site Nakahara

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Article lié : Centrale nucléaire d'Ōi : soutenez les magistrats !

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La flamme olympique à Fukushima ?

On en parle (articles en français)

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Publié par Odile Girard
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