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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 17:14

Au moment où Tepco s’apprête à faire de grosses dépenses de communication pour annoncer la fin du transfert du combustible de la piscine de l’unité 4, nous continuons à recevoir des nouvelles du Japon par HORI Yasuo dont les 3 derniers rapports sont riches d’enseignements : Tepco, qui a du mal à dévier l’eau de la nappe phréatique, ne réussit pas plus à geler l’eau des conduits souterrains, le système ALPS sensé décontaminer l’eau pompée tombe régulièrement en panne, on ne sait pas encore comment on va démanteler les 3 réacteurs dont les cœurs ont fondu, on recommence à commercialiser du riz issu de territoires contaminés, la route nationale n°6 a été rouverte malgré sa forte contamination, les Japonais s’opposent toujours à la réouverture des réacteurs nucléaires et les territoires décontaminés par le passé sont à nouveau radioactifs. Tepco, qui ne se reconnaît toujours pas responsable de la catastrophe et qui s’arrange pour diminuer les dédommagements aux victimes, va donc bientôt communiquer sur autre chose…

PF

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Rapports de HORI Yasuo

traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

Sommaire

 

- Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?
- Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
- Message du maire de Hirono
- Récolte de riz dans la ville de Tomioka

- La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

- Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs

- 61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
- Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

- Ce qu'endure la réfugiée, madame E.

- Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

 

__________________

 

Rapport du 16 octobre 2014
Traduction : Ginette Martin


Nouvelles à propos de Fukushima et de la situation nucléaire

L'accident de la Centrale nucléaire de Fukushima n° 1 est déjà devenu pour beaucoup de gens une chose du passé, mais à présent les problèmes n'ont pas encore été résolus et ils font planer des menaces sur notre vie. Aujourd'hui, je vais parler de la situation concernant les problèmes nucléaires au Japon.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?


    Lorsque le Japon a invité les Jeux Olympiques de 2020, le Premier ministre a déclaré au monde entier que l'eau contaminée était sous contrôle et ne causerait pas de problème aux participants, mais les faits sont tout à fait différents. Il a invité les Jeux Olympiques au Japon avec des mensonges.

 

La centrale nucléaire n°1 se trouve au-dessus de flux d'eau souterraine, et chaque jour 400 tonnes d'eau pénètrent sous les réacteurs endommagés et se contaminent. Si on ne fait rien de cette eau, elle finira sa course dans la mer, donc elle polluera l'ensemble des mers dans le monde. Pour éviter cela, TEPCO puise cette eau et la met dans d'énormes bassins sur le sol de la centrale. La manière de réduire cette quantité d'eau qui entre est donc cruciale. TEPCO tente de le faire par trois moyens.


1) retirer l'eau avant qu'elle n'arrive à la centrale

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

TEPCO a commencé à puiser cette eau en mai dernier, avec l'intention d'en réduire la quantité à 100 tonnes, mais le résultat n'est pas encore évident. Depuis août, TEPCO a rendue publique la mise en œuvre d'un autre moyen : retirer l'eau à partir des ponts proches des réacteurs et la rejeter dans la mer après en avoir retiré les substances radioactives, mais les pêcheurs de la préfecture de Fukushima s'y opposent fermement, parce qu'ils ne croient pas TEPCO et ils craignent que cela n'accroisse leur mauvaise réputation ou bien n'augmente le discrédit à propos des poissons qu'ils  pêchent.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

2) Construire un mur de terre gelée autour des réacteurs détériorés
   On prévoit de construire un mur de terre gelée de 1,5 km de long et 30 mètres de profondeur. Pour le construire, on a commencé d'abord par geler les jonctions des bâtiments des réacteurs avec les tunnels souterrains pour retirer l'eau polluée des tunnels, mais pour l'instant on n'a pas réussi. Beaucoup de gens doutent maintenant que l'on réussisse à construire un si grand mur de terre.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

3) Retirer les substances radioactives par le procédé ALPS
    ALPS est une machine qui peut extraire de l'eau 62 sortes de substances radioactives, sauf le tritium. On prévoit de mettre pleinement en service trois ALPS, et, d'ici à la fin de mars prochain, de dépolluer 400 000 tonnes d'eau contaminée sur les 470 000 tonnes conservées sur le terrain, mais  des dysfonctionnements successifs se produisent sur ces machines et on ne peut toujours pas les faire fonctionner à pleine puissance. En outre, même si on réussit, il restera du tritium dans l'eau "purifiée". On n'a pas encore décidé comment traiter cette eau. TEPCO et le gouvernement, bien sûr, veulent la rejeter à la mer.

 

Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
   

   Pour démanteler définitivement les réacteurs endommagés, on doit d'abord en retirer les barres de combustibles. On a commencé à retirer de leur bassin celles du réacteur No 4 en novembre 2013 et, à ce jour, 80 % d'entre elles ont été enlevées.
    Dans les réacteurs n° 1, 2 et 3, les combustibles nucléaires ayant fondu sont tombés vers le bas et on ne sait même pas dans quel état est l'intérieur de ces réacteurs parce que le rayonnement est si fort que les gens ne peuvent pas s'en approcher.

 

Message du maire de Hirono


    La ville de Hirono est située juste au sud de la Centrale nucléaire de Fukushima. Mais déjà depuis quatre ans, on a permis aux habitants de retourner chez eux en raison d'une radioactivité faible. Cependant, de nombreux habitants ne veulent pas revenir, par crainte de la radioactivité et à cause de mauvaises conditions de logement. A l'occasion du 4e anniversaire de la permission de revenir, le maire Endō a fait un discours en citant les paroles de Yoshida Shōin (penseur, 1830 - 1859):

"Nous voulons aller de l'avant pour restaurer notre ville, en gardant toujours un rêve, comme l'a écrit Yoshida Shōin :
     Ceux qui n'ont pas de rêve n'ont pas d'idéal,
     Ceux qui  n'ont pas d'idéal n'ont pas de plan,
     Ceux qui n'ont pas de plan n'ont pas d'action,
     Ceux qui n'ont pas d'action n'ont pas de réussite,
c'est pourquoi ceux qui n'ont pas de rêve ne peuvent pas réussir."
(Le journal de Fukushima-Minp
ō,  3 Octobre 2014)

 

Cependant, la restauration sera très difficile. Maintenant 1679 personnes, un tiers des habitants, sont revenus et vivent dans la ville, mais ils ne sont pas les seuls, 3000 étrangers y logent également. Ils travaillent pour les centrales nucléaires. La ville a décidé de se faire attribuer un travail de réparation et de démantèlement des six réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Dans cette situation, quel rêve pourront avoir les habitants ?

 

Récolte de riz dans la ville de Tomioka

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

    La ville de Tomioka, où se trouve la centrale nucléaire n° 2 de  Fukushima, est proche des réacteurs détruits, de sorte qu'on ne peut y loger. L'année dernière, dans certains champs on a essayé de cultiver du riz pour étudier l'influence de la radioactivité, et tout le riz récolté a été jeté. Cette année, pour la première fois après l'accident nucléaire, dans les champs du district de Shimo-Kōriyama, on a récolté du riz pour le vendre. Les cultivateurs, qui habitent dans la ville de Kōriyama loin de leur foyer, vont de temps en temps sur les champs. "L'agriculture est une industrie de base de la ville. Cette récolte est la première étape pour la restauration de la ville ", a déclaré M. Watanabe Yasuo. On essaie de produire du riz plus savoureux et moins coûteux pour l'année prochaine.
(Le journal de Fukushima-Minpō, 3 Octobre 2014)

 

La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Le 15 septembre 2014, la  route nationale n° 6 entre les villes de Futaba et Tomioka (14 km) a été ouverte aux voitures. Cette partie avait été fermée après l'accident en raison de la radioactivité intense. La route nationale n° 6 est très importante, elle relie Tokyo à Sendai, donc nous nous félicitons de l'ouverture. Cependant les piétons, les cyclistes et les motocyclistes ne peuvent pas y accéder, car la radioactivité est forte. Le 24 septembre,  l'un de mes amis est allé en voiture sur ce tronçon et il a détecté 19,51 microsieverts/h de radioactivité. Pour rappel, la limite maximale que le gouvernement a décrétée est de 0,23 microsieverts/h.

 

Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs
 

   Au Japon, il existe maintenant 18 vieux réacteurs, qui ont plus de 30 ans. Après l'accident nucléaire, les règles sur les centrales nucléaires sont devenues plus sévères, si bien que, pour prolonger la vie de ces réacteurs au-delà de 40 ans, on doit les adapter à ces nouvelles règles en dépensant beaucoup d'argent. A cause de cela, deux compagnies d'électricité, Kansai et Kjūshua, ont commencé à explorer la possibilité d'en arrêter quelques-uns. Par ailleurs, en déclarant qu'ils vont arrêter les vieux réacteurs, ils visent à mettre de leur côté les populations pour la remise en service des réacteurs récents.

 

61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
 

   Les 27 et 28 septembre, la Société d'enquête a fait un sondage sur divers sujets, et a reçu une réponse de 1675 personnes sur 3000 interrogées. A propos de la remise en fonctionnement des réacteurs, les gens ont répondu ainsi :
Question: Le gouvernement a l'intention de remettre en service les  réacteurs que l'Autorité de Sûreté Nucléaire aura constaté comme sûrs. Êtes-vous pour ou contre cette remise en service ?
   Pour: 34,2%   Contre: 60,5%
   Autres: 5,3%
Hommes :  pour : 44%, contre : 52%
Femmes: pour: 24%, contre : 69%

 

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Rapport du 24 octobre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

 

Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, dans le département de Gunma, à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 réfugiés du département de Fukushima. Quatre-vingt-dix d'entre eux, appartenant à trente-deux familles, ont déposé plainte le 11 septembre 2013, en demandant à être indemnisés par TEPCO. De même, dans 21 départements et régions, 8276 personnes ont déposé plainte et se battent contre TEPCO et le gouvernement.

Aujourd'hui s'est tenue la cinquième séance de la cour d'assises du tribunal de Maebashi. Comme il s'agissait d'une séance de préparation aux séances ultérieures, la présidente du tribunal s'est entretenue avec les avocats des deux parties et, après trente minutes, la séance a été levée. Y avaient assisté environ vingt avocats défendant la cause des réfugiés, tant de mon département que d'autres départements où des plaintes avaient été déposées. Pour TEPCO et le gouvernement il n'y avait qu'un seul avocat, mais beaucoup de fonctionnaires appartenant aux ministères concernés étaient également venus (aux frais du contribuable !).

Ensuite nous – les plaignants et leurs soutiens – nous nous sommes réunis dans la salle de l'Association des avocats et avons écouté les explications concernant la séance d'assises qui venait d'avoir lieu et sa signification.

L'argumentation comporte deux points principaux : premièrement, la compagnie TEPCO est-elle coupable de la survenue de l'accident ? TEPCO n'entend pas discuter de ce point et fait plaider qu'elle indemnise les dommages subis conformément à la Loi de compensation de pertes dues à des accidents nucléaires, et qu'il n'y a donc pas lieu d'argumenter sur sa culpabilité. Deuxièmement, ce tsunami était-il prévisible ? TEPCO plaide qu'il a été si extraordinairement grand, qu'elle ne pouvait pas en prévoir l'éventualité, et que par conséquent elle ne porte aucune culpabilité dans l'accident. Ainsi, TEPCO et le gouvernement visent à ne pas verser les indemnités ou à en amoindrir le montant.

Pour les plaignants, cette attitude de TEPCO est tout à fait inacceptable. Avant l'accident, à maintes reprises il lui a été demandé si les centrales nucléaires de Fukushima ne deviendraient pas dangereuses lorsque se produiraient de grands tsunamis, et au Parlement M. Yoshii Hidekatsu, membre du Parti Communiste Japonais, a interrogé Abe Shinzō – alors l'une des personnalités marquantes et actuel Premier ministre – sur ce danger, mais TEPCO et Abe n'ont jamais pris ces questions au sérieux, se contentant de répéter que TEPCO mettait en œuvre des contre-mesures parfaites et que jamais ne se produiraient de graves accidents.

Et même après l'accident, TEPCO et le gouvernement ne se conduisent pas correctement à l'égard des victimes. TEPCO indemnise, non en fonction de la situation et des exigences des victimes, mais selon ses propres règles égoïstes, et souvent elle refuse de payer. Elle veut même remettre en fonction les réacteurs dans le département de Niigata, bien qu'elle ne réussisse pas à maîtriser les quatre réacteurs accidentés de Fukushima. Le gouvernement, lui aussi, tente de faire taire les victimes en les payant et a l'intention de remettre en route la centrale située dans l'île méridionale de Kyushu.

Au cours de la réunion qui a suivi la séance d'assises, des gens ont exprimé leurs opinions. Certaines m'ont particulièrement frappé :

 

1. Les gens qui sont partis, fuyant une radioactivité supérieure à 0,23 microsievert* / heure, ont le droit d'exiger une indemnisation.

  * Selon la loi, un lieu pollué à plus de 0,23 microsieverts / heure doit être dépollué. Cela siginifie, que la loi précise bien que personne ne peut loger dans un tel lieu.

 2. Du début jusqu'à la fin d'un processus de pollution du milieu, le plus important est de ne pas oublier les souffrances des victimes.

 3. À Fukushima, ce qui pèse le moins c'est la vie humaine et les indemnités.

 

Ce qui motive les plaignants n'est pas l'argent. À preuve, leurs slogans :

Rendez nous notre cher foyer
et notre existence paisible !
Ne privez pas les enfants d'avenir !
Que TEPCO et le gouvernement reconnaissent leurs fautes !

 

Ce qu'endure la réfugiée, madame E. ?

 

Dans le dossier de l'accusation figure le témoignage de l'une des victimes. En voici la traduction :

 

"Je vivais avec mon mari et mes deux fils dans la ville de Nahara, proche de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima. Après le séisme du 11 mars 2011, nous nous sommes réfugiés chez mes parents, dans la même ville. Au matin du 13 mars est venu l'ordre donné à tout le monde de partir pour la ville voisine, et nous avons fui en hâte. Nous savions qu'il y avait eu un accident nucléaire, mais nous ignorions quel était le danger de la situation, et donc nous avons tous été exposés à une forte irradiation nucléaire. Je redoute que les suites n'en apparaissent plus tard.

J'ai été, à l'époque, très inquiète pour la santé de mes enfants et je me suis réfugiée dans la ville de Fukushima, distante de soixante kilomètres. Ensuite, sur le conseil de mon frère qui habite dans la ville de Tabasaki dans le département de Gunma, nous avons fui vers cette ville, où, après quelques séjours transitoires dans des refuges, nous avons trouvé un appartement dans lequel, depuis, nous logeons.

En 2005, ma famille, après avoir épargné longtemps, avait acheté dans la ville de Naraha une maison où tous ses membres vivaient tranquilles en compagnie d'un chien. Quand je suis revenue chez moi, après l'accident, la maison sentait très mauvais et partout grouillait de la vermine. Le jardin était couvert de mauvaises herbes. J'ai pleuré et j'étais désespérée.

Avant, nous étions fiers de travailler et nos ressources étaient suffisantes. Mes parents m'aidaient à élever mes enfants. Depuis que nous avons emménagé dans la ville de Takasaki, mes enfants sont psychiquement très instables, et comme mes parents sont loin, j'ai renoncé à travailler hors de chez moi. La firme de mon mari, dans le département de Fukushima, a fermé. Il a retrouvé un emploi, mais son salaire a été divisé par trois.

À cause de l'accident, j'ai dû vivre loin de mes parents, et mes enfants ont perdu leurs amis. J'ai dû abandonner mon chien qui faisait partie de la famille. J'éprouve à ce sujet un sentiment de culpabilité.

Nous sommes tristes d'être coupés de nos parents et amis, nous regrettons la maison et le travail perdus, nous sommes inquiets et perdons quasiment la tête face à notre avenir nébuleux, et outre ces soucis, nous devons craindre le risque que la radioactivité ne ruine notre santé. Mon mari et moi, nous sommes dans un tel état d'esprit que nous n'arrivons plus à bien dormir. Avant j'étais en bonne santé, mais à présent je sens le désordre dans mon corps.

Avant l'accident, je vivais tranquillement chez moi, j'avais plaisir à voir mes enfants pousser dru. Cette vie-là, nous l'avons perdue. Nous avons été précipités en enfer. Nous n'avons plus aucun avenir, aucun espoir. Nous avons été réduits à l'état de loques, physiquement et moralement. Que TEPCO et le gouvernement regardent donc quelle est notre quotidien et qu'ils sachent dans quelles conditions vivent les victimes ! L'accident nucléaire a blessé notre dignité d'hommes. Qu'ils assument donc pleinement leurs responsabilités !"

 

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Rapport du 10 novembre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Les 2 et 3 novembre a eu lieu le Congrès Tōhoku, dans la ville de Morioka, du département de Iwate. Cette ville est distante de six cents kilomètres de chez moi, j'ai donc jugé que revenir tout de suite était une perte d'argent, et j'ai décidé de m'arrêter en route à Fukushima pour mesurer la radioactivité autour du mont Shinobu.

 

J'avais visité celui-ci cette année, en juillet. J'avais alors trouvé un endroit, où l'intensité radioactive dépassait 10 microsieverts/h. Je n'avais pas pu la mesurer de façon précise en raison des possibilités limitées de mon dosimètre. J'avais entendu dire que le mont était si pollué que les gens ne voulaient plus s'y promener. Je voulais savoir ce qu'il en était.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai emprunté un vélo près de la gare de Fukushima. L'intensité radioactive y était de 0,24 à 0,27 microsieverts/h. Selon la norme étatique, les lieux pollués à plus de 0,23 microsieverts/h doivent être dépollués. Cet endroit-ci l'avait été longtemps auparavant, mais des produits radioactifs venus d'ailleurs, par voie aérienne, lui avaient à nouveau fait dépasser la norme.

 

J'ai roulé dix minutes et je suis arrivé au musée d'art départemental. Dans le jardin se trouvait un dosimètre qui indiquait 0,162, mais le mien montrait 0,23.

 

Entre le Musée et le mont Shinobu se trouve une rigole dans laquelle beaucoup de feuilles mortes étaient tombées. J'ai commencé à mesurer à cet endroit-là, mais le chiffre restait stable. Je me suis un peu déplacé vers le haut, j'ai remesuré et là, le chiffre augmentait de plus en plus, et le dosimètre a fini par indiquer 12,1 microsieverts/h. L'irradiation était là égale à cinquante-deux fois la norme ! C'était la première fois que ma main gauche était exposée à une aussi forte radioactivité.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai continué à rouler jusqu'à un endroit où s'élevaient plusieurs maisons. Quelques hommes travaillaient dans les jardins, raclant de la terre qu'ils mettaient dans des caisses blanches (voir photo ci-contre). Ils en avaient déjà rempli plus de cinquante. Ensuite ils ont répandu de la terre non polluée. Où donc mettraient-ils la terre polluée ?

 

De nouveau, j'ai repris la route qui fait le tour du mont. J'ai rencontré quelques promeneurs. En deux endroits, j'ai pris la mesure de la radioactivité : dans le premier la radiation était de 0,37 microsieverts/h et dans le deuxième, de 1,11. Pendant le trajet à vélo, mon dosimètre continuait à fonctionner et il indiquait à peu près 0,34 microsieverts/h. Cela signifie que le mont lui-même est pollué, voilà pourquoi tant de radioactivité flotte encore dans l'air après qu'on a décontaminé la terre, et quand on se promène, on la respire. Les gens vivent ici dans cet air radioactif.

 

Il y avait un cimetière dans lequel la radiation était de 1,25 microsieverts/h et sur le belvédère d'où je pouvais voir le centre de la ville, il y avait 0,34 microsieverts/h. À cet endroit se trouvait un panneau avec les avertissements suivants :

  1. N'utilisez le parc que pendant une heure par jour au maximum

  2. Ensuite, lavez-vous les mains et le visage et rincez-vous.

  3. Ne prenez pas de sable dans vos mains.

Il s'agit là d'un ensemble de conseils adressés aux jeunes mères, qui font jouer leurs enfants dans le parc. Avec ce panneau aucune mère ne veut plus y conduire ses enfants.

 

Au sommet du mont se trouve un beau temple Yakuō-ji. L'intensité de radiation y est de 0,42 microsieverts/h et dans le belvédère situé derrière le temple, elle est de 0,49 microsieverts/h. Le bonze vit dans ce lieu contaminé.

 

J'ai poursuivi mon trajet à vélo jusqu'à la partie nord de la base du mont, où sont de nombreuses maisons. Devant un petit appartement un dosimètre marquait 0,266, et à côté du petit hall public du département de Seibu un autre indiquait 0,249. Tous ces chiffres dépassaient le maximum de la norme, soit 0,23.

Non loin de la gare de Fukushima, il y a un bureau nommé : “Espace informatif concernant la dépollution”, ouvert par le département de Fukushima. Sur le mur un tableau montrait la progres-sion des travaux dans les villes concernées :

 

Programme de dépollution de Fukushima :
Installations publiques :
- Planifié: 1 502 Effectué: 1 322 Pourcentage: 88%
Constructions privées :
- Planifié: 65 127 Effectué: 42 572 Pourcentage: 65%
Pourcentages de dépollution dans d'autres villes:
Date : 88% Nihonmatsu : 65% Motomiya : 31%

 

Ces pourcentages montrent que de très nombreuses personnes vivent encore dans des endroits pollués. Même après qu'on a dépollué des lieux, par la suite ceux-ci souvent subissent de nouvelles pollutions. Les habitants ne peuvent donc pas y vivre tranquilles. La plupart des informations, relatives à la radioactivité et à la dépollution, fournies par « l'Espace » sont très optimistes. Nous, qui sommes profanes, ne pouvons pas réfuter ces données fournies par des chercheurs et des scientifiques “employés de l'État”, mais le gouvernement a pour habitude de tromper les gens, c'est pourquoi je ne puis ajouter foi facilement à ces informations.

 

Hier je m'étais arrêté d'écrire ici. Aujourd'hui je m'aperçois que j'ai une stomatite (deux aphtes dans la bouche). Avant de pratiquer la hietori-thérapie (élimination du froid corporel par bains à mi-corps et port de cinq paires de chaussettes), je souffrais de stomatites fréquemment, mais après, rarement. Je soupçonne que ces aphtes sont dûs à l'exposition aux radiations que j'ai subie il y a une semaine.

 

D'après ce que j'ai pu lire, la radioactivité lèse les muqueuses, c'est pourquoi souvent une stomatite apparaît dans la bouche. Nul ne peut affirmer que la mienne a bien été causée par irradiation. Je suis âgé, je ne redoute donc pas beaucoup la radioactivité, mais si des enfants souffrent de stomatite après un accident nucléaire leur mère n'est pas tranquille. Et pourtant, un chercheur « employé de l'État » a fait cette recommandation : « L'inquiétude liée à la radioactivité est plus nocive que la radioactivité elle-même. Si vous vivez en riant, votre immunité s'en trouvera renforcée et la radioactivité se tiendra à distance de vous.» Je vais donc cesser de m'inquiéter, mais je voudrais bien savoir comment on peut rire, quand pleuvent des matières radioactives.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 23:22
Forum scientifique et citoyen sur les effets génétiques des rayonnements ionisants

Le 29 novembre 2014, se tiendra à Genève un « forum scientifique et citoyen sur les effets génétiques des rayonnements ionisants » où interviendront six experts de renommée internationale (Japon, USA, Finlande, Angleterre, Allemagne). Un exposé sera fait en particulier par Chiyo Nohara sur les impacts biologiques de l’accident nucléaire de Fukushima sur le papillon bleu pâle des herbes. Cette étude récente confirme que les conséquences génétiques des faibles doses subies par les organismes vivants apparaissent comme une menace majeure pour les générations futures.

Voici le communiqué de presse du collectif organisateur du forum, IndependentWHO, ainsi que le programme détaillé de la journée.

« Le collectif IndependentWHO - Santé et nucléaire (IWHO) organise un Forum Scientifique et Citoyen sur les Effets Génétiques des Rayonnements Ionisants au Centre œcuménique, 120 route de Ferney, Genève (Suisse) le samedi 29 Novembre 2014.

 

Le Forum réunit des experts de l'Allemagne, du Japon, de l'Ukraine, du Royaume-Uni et des États-Unis d'Amérique pour discuter des effets des rayonnements sur des générations d'êtres humains, de plantes et d’animaux touchés par toutes les sources de pollution radioactive. Celles-ci comprennent le fonctionnement de routine des centrales nucléaires, des accidents majeurs tels que ceux de Tchernobyl et de Fukushima, les essais nucléaires atmosphériques, au sol et souterrains et l'utilisation d'uranium appauvri dans les armes.

 

Les intervenants sont la Dr Inge Schmitz-Feuerhake, professeure retraitée de physique expérimentale à l'Université de Brême (Allemagne); le Dr Yuri Dubrova, professeur de génétique à l'Université de Leicester (Royaume-Uni); le Dr Wladimir Wertelecki, président du Conseil des programmes de développement de l'enfant d’OMNI-NET (Ukraine) et ancien président du Département de génétique médicale et de malformations congénitales, de l'Université de South Alabama (USA); le Dr Keith Baverstock, enseignant à la Faculté des sciences naturelles et de l'environnement de l'Université de Kuopio, en Finlande; le Dr Timothy Mousseau, professeur au Département des sciences biologiques de l'Université de Caroline du Sud (Etats-Unis); Mme Chiyo Nohara, membre de l'équipe de l'Unité de BCPH de physiologie moléculaire du Département de chimie, biologie et sciences de la mer de la Faculté des sciences de l'Université des Ryukus à Okinawa (Japon). Le forum sera modéré par Ruth Stégassy, animatrice de l’émission «Terre à Terre» sur France Culture. (Pour le programme détaillé voir www.independentwho.org )

 

L'Organisation mondiale de la Santé a déclaré en 1957 que « tout rayonnement artificiel doit être considéré comme nocif pour l'homme du point de vue génétique » et que « le bien-être des descendants de la génération actuelle est menacé par l'évolution de l'utilisation de l'énergie nucléaire et des sources de rayonnements ». Aucune preuve scientifique n’est apparue depuis pour contredire cette position. Au contraire, des études ultérieures indiquent que les dangers ont été sous-estimés. Un demi-siècle plus tard, la terre baigne dans la contamination radioactive. Les activités nucléaires, industrielles et militaires, ont endommagé le système de support de vie de l'humanité et de toutes les autres formes de vie pour des dizaines de milliers d'années et, irrévocablement, leur patrimoine génétique. Pendant ce temps, et malgré les termes vigoureux de la mise en garde précoce par rapport aux effets génétiques, l'OMS a abdiqué ses responsabilités dans tous les aspects de la radioprotection. Elle est subordonnée à l’establishment nucléaire tout comme les autorités sanitaires nationales de ses États membres. Pour combler cette lacune, des scientifiques indépendants et les citoyens concernés doivent unir leurs forces pour examiner les preuves, augmenter les connaissances du public et prendre des mesures pour arrêter d'autres dommages et assurer la protection future de notre précieux patrimoine génétique.

 

Le Forum portera sur : les effets génétiques immédiats et différés des rayonnements ionisants; les résultats d'études passées et présentes, les conséquences biologiques sur les individus, les populations et les écosystèmes ; les malformations congénitales chez les nourrissons en Ukraine; des preuves récentes des effets génétiques sur les papillons de Fukushima; et le rôle et les conséquences de l'instabilité génomique induite par les facteurs de stress environnementaux. A travers des discussions avec les orateurs, l'accent sera mis sur les connaissances de base du public sur les dommages génétiques à long terme résultant de la radiocontamination répandue à grande échelle, ainsi que sur les mesures que les scientifiques et les citoyens peuvent prendre ensemble en vue de prises de décision responsables et démocratiques dans ce domaine crucial de la santé publique. »

 

Lien vers les résumés des présentations et les biographies des intervenants

 

_______________________

 

PROGRAMME

 

Samedi 29 novembre 2014

Matin

 

8h30 Accueil

 

9h Présentation du forum

 

9h10

Dr Inge Schmitz-Feuerhake,

Société Allemande de Radioprotection, Membre (retraitée), Université de Brême, Allemagne

Effets génétiques, immédiats et tardifs, des rayonnements ionisants par irradiation et par contamination

 

9h55

Dr Yuri Dubrova,

Département de Génétique, Université de Leicester, Royaume-Uni

Résumé des études précédentes et actuelles sur les effets génétiques des rayonnements ionisants : comprenant un survol des récentes avancées technologiques dans ce domaine, et des effets transgénérationnels de l’exposition des parents aux mutagènes

 

10h40 Pause café/thé

 

11h

Dr Wladimir Wertelecki,

Anciennement du Département de Génétique Médicale et Anomalies Congénitales, Université d’Alabama, USA

Niveaux anormaux de rayonnements ionisants incorporés chez les femmes enceintes ; taux élevés de malformations congénitales chez les enfants de moins d'un an

 

11h45

Dr Keith Baverstock,

Département des Sciences Environnementales, Université de la Finlande orientale, Finlande

Rôle et conséquences potentielles de l’instabilité génomique induite par des facteurs de stress environnementaux

 

12h30 Repas

 

 

Samedi 29 novembre 2014

Après-midi

 

14h

Dr Timothy Mousseau,

Professeur des Sciences Biologiques, Université de Caroline du Sud, USA

Conséquences biologiques des rayonnements dans l’environnement pour les individus, les populations et les écosystèmes : leçons de Tchernobyl et Fukushima

 

14h45

Chiyo Nohara,

Université d’Okinawa, Japon

Impacts biologiques de l’accident nucléaire de Fukushima sur le papillon bleu pâle des herbes

 

15h30 Pause café/thé

 

16h

Échange entre les intervenants et le public

 

17h50

Conclusion

Ruth Stégassy, productrice de l'émission "Terre à terre" sur France Culture, animera ce forum.

 

 

______________________

 

Informations utiles

 

Entrée libre

 

Traduction simultanée anglais/français

 

Merci de vous inscrire à l'avance

 

Renseignements/Inscriptions

Christophe Elain

contact(a)independentwho.org

Tel: 33 (0)6 02 27 36 32

Tel: 41 (0)22 79 73 830

 

Le forum se tiendra au Centre œcuménique

150 route de Ferney

 

Comment se rendre au forum ?

Arrivée par la gare ferroviaire de

Genève (Cornavin)

et/ou bus de la ville de Genève

Ligne n° 5 : Direction Aéroport

Arrêt Crêts – de – Morillon

(arrêt sur demande)

 

Accessibilité par voiture :

Possibilité de parking au Centre œcuménique

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 21:59
40 ONG demandent la révision du rapport de l’UNSCEAR sur Fukushima

L’organisation “Human Rights Now” et 40 organisations de la société civile issues du Japon et de 7 autres pays viennent de publier une déclaration demandant la révision du rapport du Comité Scientifique des Nations Unies sur Fukushima. Ce texte démontre que personne n’est dupe – même au sein de l’UNSCEAR – et confirme une critique internationale à l’encontre du déni général sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire orchestré par les grandes organisations onusiennes. Le blog de Fukushima s’était déjà indigné des conclusions de l’UNSCEAR à l’occasion de la communication du pré-rapport sur Fukushima en juin 2013. Voici à présent la traduction française de cette déclaration adressée à l’ONU en langue anglaise.

_________________________

 

 

La société civile japonaise et celle de 7 autres pays

demandent la révision des rapports

du Comité Scientifique des Nations Unies sur Fukushima

 

 

[Publié sur cette page web le 29/10/2014] :
http://hrn.or.jp/eng/news/2014/10/29/japanese-civil-society-and-that-from-7-other-countries-request-the-reports-of-the-united-nations-scientific-committee-on-fukushima-to-be-revised/

 

Traduction : Phil Ansois
Révision : Pierre Fetet

 

 

Déclaration collective


Les groupes de la société civile demandent la révision du récent rapport de l’UNSCEAR (Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives *) intitulé : “Le niveau et les effets de l’exposition à des émissions radioactives due à l’accident nucléaire suite au Grand Tremblement de Terre à l’Est du Japon et au tsunami.“

 

L’organisation “Human Rights Now”, accompagnée de 40 organisations de la société civile issues du Japon, des USA, de Tunisie, d’Azerbaïdjan, des Pays-Bas, d’Allemagne, de France et d’Irlande ont publié une déclaration demandant que l’UNSCEAR et la Quatrième Commission de l’Assemblée Générale révisent le rapport et ses conclusions du point de vue de la perspective des droits de l’homme. Veuillez trouver la déclaration complète ci-dessous.

La version PDF originale en anglais est disponible ici: Letter to UNSCEAR2014

 

____________________

 

Le 24 octobre 2014

 

A l’attention des Membres de la Quatrième Commission de la 69ème Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies,
des Membres de l’ UNSCEAR,
et des Membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies :

 

Les groupes de la société civile demandent la révision du récent rapport de l’UNSCEAR (Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives*) intitulé : “Le niveaux et les effets de l’exposition à des émissions radioactives due à l’accident nucléaire suite au Grand Tremblement de Terre à l’Est du Japon et au tsunami.“
 

La catastrophe de Fukushima en 2011 a transformé la surveillance par les Nations Unies des effets indésirables de la radioactivité en une question de la plus haute importance mondiale. Les buts et les critères de cette surveillance devraient être la protection et la promotion des droits humains à la santé et au bien-être, qui comprennent un environnement aussi exempt que possible d’exposition aux émissions radioactives d’origine humaine. Nous, soussignés, demandons instamment à la 4ème Commission d’examiner de manière critique à la fois les conclusions scientifiques du rapport de l’UNSCEAR, et les preuves scientifiques qui ont été omises de ce rapport.
 

Les médecins de 19 sections nationales affiliées à l’IPPNW (L'Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire **), dont « Physicians for Social Responsibility » (USA) et IPPNW Allemagne ont écrit, diffusé, et publié une « Critique du rapport de l’UNSCEAR »*** qui met en question les présomptions et les données utilisées par l’UNSCEAR, et les interprétations et les conclusions qui en découlent.


Nous apprécions les efforts significatifs produits par les membres du comité de l’UNSCEAR pour évaluer les données vastes et complexes concernant la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cependant, leur conclusion comme quoi il n’y a « pas d’effet discernable », maintenant ou dans le futur, est un défi au sens commun et sape la crédibilité de l’UNSCEAR. La « Critique » fait remarquer que sur base du rapport de l’UNSCEAR lui-même, nous pouvons nous attendre à l’apparition, au Japon, d’à peu près 1000 cas de cancer de la thyroïde supplémentaires, et aussi de 4300 à 16800 autres cas de cancer supplémentaires, à cause des retombées radioactives de Fukushima. Nous croyons qu’il s’agit là d’effets très discernables pour les individus, les familles et les communautés affectées par ces cancers, ainsi que pour tous ces individus qui vont être affectés par les autres formes de maladies induites par la radioactivité.
 

En outre, la conclusion de l’UNSCEAR, affirmant qu’il n’y a “aucun effet discernable” est en train d’induire en erreur le gouvernement Japonais, en le poussant à ne pas mettre en œuvre les contremesures permettant d’éviter la surexposition des individus, et à ne pas lancer une surveillance complète des effets sur la santé. De ce fait, cette conclusion cause de sérieuses violations des droits humains.

 

Cette catastrophe ne fut pas un événement singulier qui a abouti à une fin, mais c’est plutôt un événement en cours de développement dont le point final est inconnu. La fuite des éléments radioactifs dans la biosphère se poursuit et les individus continuent d’être exposés aux émissions radioactives parce qu’ils vivent dans des zones contaminées, consomment de la nourriture et de l’eau contaminées, et inhalent de l’air contaminé. En plus, la plupart des effets de Fukushima sur la santé vont prendre des dizaines d’années, voire des générations pour s’exprimer. En conséquence, le rapport actuel de l’UNSCEAR devrait être considéré comme un préliminaire ou comme une estimation initiale des effets de Fukushima sur la santé. Dans l’avenir, il faudra encore pendant une longue période exercer une surveillance permanente et améliorée, ainsi qu’une mise à jour continuelle de cette estimation. Le rapport 2014 de l’UNSCEAR est un commencement, pas une fin.

 

Nous demandons que la Quatrième Commission agisse de deux manières à propos du rapport de l’UNSCEAR :


1) Renvoyer le rapport à l’UNSCEAR pour qu’il soit révisé sur base de la « Critique », en prenant en considération les points soulevés dans la « Critique », et que l’UNSCEAR élargisse la composition du comité afin d’inclure en tant que membres à part entière des scientifiques qui sont critiques vis à vis des activités nucléaires.

 

2) Nous demandons aussi que la Quatrième Commission demande instamment à l’Assemblée Générale de passer une nouvelle résolution recadrant le mandat fondateur de l’UNSCEAR de manière à assurer que la mission première de l’UNSCEAR soit de promouvoir et de protéger la santé publique et le droit à la santé des individus les plus vulnérables. Le Principe de Précaution devrait être employé quand il s’agit de déterminer les régulations concernant l’exposition, le nettoyage et la décontamination, ainsi que la radioactivité après un désastre nucléaire. Ce Principe de Précaution devrait aussi être employé dans la détermination des mesures éducatives conçues pour minimiser et réduire les risques d’exposition individuelle et la surveillance à long terme des sites contaminés. Un nouveau mandat de l’ONU pour l’UNSCEAR est essentiel afin de permettre aux membres du Comité d’être en mesure d'utiliser pleinement leurs compétences dans le but de protéger la vie et la santé de la communauté mondiale.


Cette requête reçoit le soutien des organisations suivantes :

 

- Physicians for Social Responsibility, USA

- International Physicians for the Prevention of Nuclear War – Germany, Germany

- Human Rights Now, Tokyo, Japan

- Peace Boat – US, USA

- Niji to midori no kai, Japan

- Greens Fukushima, Japan

- Workers’ Executive Committee For Anti-nuclear Power Movements, Japan

- Kai Fukushima Downwind, Japan

- The Nature Conservation of Fukushima, Japan

- Friends of the Earth Japan, Japan

- Showa Shell Labour Union, Japan

- Chernobyl Health Survey and Health-care Support for the Victims – Japan Women’s Network, Japan

- Nuclear Disaster Information Center, Japan

- Japan International Volunteer Center, Japan

- Campaign for Nuclear-free Japan, Japan

- Fukushima Network for Denuclearization, Japan

- Hairo Action Fukushima, Japan

- Fukushima Women Against Nukes, Japan

- People in Fukushima-NPP 30km area, Japan

- Refugee Living with Fukushima in Niigata Prefecture, Japan

- Shinshu 3.11 Network, Japan

- National Network of Parents to Protect Children from Radiation, Japan

- The Civil Forum on Nuclear Radiation Damages (CFNRD), Japan

- Takagi School, Japan

- AEEFG – Association de l’Education Environnementale pour les Futures Générations, Tunisia

- NGO of “Ecolife”, Azerbaijan

- Women in Europe for a Common Future International, Netherlands

- Women in Europe for a Common Future, Germany

- Les Femmes d'Europe pour un Avenir Commun (WECF), France

- Irish Doctors’ Environmental Association (IDEA), Ireland

- Nuclear Information and Resource Service, USA

- Nuclear Age Peace Foundation, USA

- Nuclear Age Peace Foundation, New York, USA

- Nukewatch/The Progressive Foundation, USA

- Nuclear Watch New Mexico, USA

- Georgia WAND – Women’s Actions for New Directions, USA

- Physicians for Social Responsibility – Kansas City, USA

- Gray Panthers, USA

- Center for Safe Energy, USA

- Nuclear Energy Information Service, USA

 

[Les réponses à cette requête peuvent être envoyées à :
Physicians for Social Responsibility USA
Alfred Meyer, Board Member
alfred.c.meyer(a)gmail.com
+1-202-215-8208]
 

__________________________

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/UNSCEAR

**http://fr.wikipedia.org/wiki/Association_internationale_des_m%C3%A9decins_pour_la_pr%C3%A9vention_de_la_guerre_nucl%C3%A9aire

***Analyse critique :

http://www.fukushima-disaster.de/fileadmin/user_upload/pdf/english/Akzente_Unscear2014.pdf

 

__________________________

 

Documents de l’UNSCEAR :

 

- Texte en rapport avec les critiques exprimées dans ce document : http://www.unscear.org/docs/14-06112_Ebook.pdf

Liste des documents publiés par l’UNSCEAR en relation avec Fukushima :
http://www.unscear.org/unscear/fr/fukushima.html

- Rapport de la 68ème session :
http://www.unscear.org/docs/GAreports/A-68-46_e_V1385727.pdf

Annexe scientifique :

http://www.unscear.org/docs/reports/2013/13-85418_Report_2013_Annex_A.pdf


 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 01:24
Paroles de Masao Yoshida, ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi

La diffusion du témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, aujourd’hui décédé, est primordiale car il montre l’impuissance des hommes – fussent-ils ingénieurs, politiques ou présidents – face au feu nucléaire déchaîné. Les 28 heures d’auditions de cet homme-clé, effectuées par la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, ont été transcrites sur plus de 400 pages qui représentent une source historique inestimable. Bien évidemment, il nous est impossible de restituer ce document dans sa totalité, mais grâce à Hori Yasuo, Ginette Martin et Paul Signoret, nous avons la chance de pouvoir bénéficier de larges extraits en langue française, ce qui nous permet d’appréhender la manière dont ont été gérés les premiers jours de la crise nucléaire nipponne.

PF

_____________________

 

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 8 octobre 2014,

traduit de l'espéranto par Ginette Martin et Paul SIGNORET

 

 

Auditions de Yoshida Masao*,

directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima

    Après l'accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, la commission d’enquête gouvernementale sur l'accident a interrogé 772 personnes, dont des ministres, des responsables gouvernementaux, des dirigeants de TEPCO et des employés de la centrale nucléaire, etc., leur demandant comment ils avaient agi pendant et ce qu'ils avaient fait après l'accident [cf. Rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima, N.D.E.]. Initialement, le gouvernement avait l'intention de ne pas publier l'ensemble des procès-verbaux, mais par la suite des parties ont été divulguées dans quelques journaux, si bien que le gouvernement a décidé de publier la totalité.

 

Je pense que, parmi toutes ces auditions, celle de Yoshida Masao, directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, est la plus importante. Au début, j'ai essayé de traduire l'article du journal Mainichi, mais quand j'ai lu l'article du journal Asahi, j'ai vu que les deux différaient beaucoup. Peut-être les journalistes respectifs avaient-ils choisi, en les résumant, les parties qui à leurs yeux méritaient d'être rapportées. Donc, j'ai renoncé à traduire ces articles. Je vais traduire, en les résumant et selon mon point de vue personnel, les textes originaux que j'ai trouvés sur internet. Et quand ce sera nécessaire, je ferai référence aux deux articles.

 

Toutefois, le contenu est trop abondant, avec de nombreux termes que je ne suis pas sûr de pouvoir traduire avec exactitude, mais je crois que ma traduction vaudra mieux que rien.

*Yoshida Masao (17/02/1955 - 09/07/2013). Depuis juillet 2007 jusqu'au 1er décembre 2011 était responsable de la centrale nucléaire n°1 de  Fukushima. Il est mort d'un cancer de l'œsophage.

 

   Cet ensemble de  procès-verbaux comprend les auditions suivantes:
1- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(22 juillet 2011, six auditions, 68 pages en format A4)
2- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(29 Juillet 2011, six auditions, 60 pages)
3- État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident  1
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
4 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 2
(8-9 août 2011, deux auditions, 31 pages)
5 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 3
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
6-État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 4
(8 -9 Août 2011, deux auditions, 68 pages)
7- Batailles contre l'eau contaminée
  (9 août 2011, une audition, 4 pages)
8- Conjecture au sujet d'eau très contaminée avant le 24 mars et discussions à la session du 4 avril
(13 octobre 2011, deux auditions, 5 pages)
9 - Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(6 novembre 2011, trois auditions, 66 pages)
10-  État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(novembre 6 2011, deux auditions, 37 pages)
 

Le texte original est lisible ci-dessous:

http://www.cas.go.jp/jp/genpatsujiko/hearing_koukai/hearing_list.html

 

Le 11 mars 2011

– La première lame du tsunami a atteint la centrale à 15h27. Avez-vous eu le sentiment qu'il fallait refroidir en urgence les trois réacteurs 1 à 3 ?
"Oui. Oui, j'ai eu un sentiment de crise très grave. J'avais peur que, lorsque les vagues se retireraient, nous ne puissions pas fournir de l'eau dans les réacteurs. Si cela arrivait, j'allais devoir mettre de l'eau provenant d'autres sources. Il nous fallait nous préparer pour ce travail ".

– Vous avez ensuite été informé de la perte de toutes les sources de courant alternatif. Que vouliez-faire faire?
"J'ai été choqué, pensant que le pire état critique était arrivé. Un accident grave pourrait se produire. Nous devions être prêts pour cela. Ne pourrions-nous pas utiliser un générateur diesel de secours ? Si nous ne pouvions pas l'utiliser, que devais-je faire? Si nous disposions d'un condenseur de secours contenant encore de l'eau, nous pourrions refroidir les réacteurs pendant quelques heures. Ces pensées tournaient dans ma tête ".

– Il était clair qu'on ne pouvait pas utiliser un générateur diesel de secours.
"J'étais au désespoir. J'ai dit aux membres de l'équipe, qu'ils devaient trouver un moyen de refroidir les réacteurs. Je réfléchissais et réfléchissais, mais je n'arrivais pas à trouver de bonne idée. Le guide disait qu'il fallait mettre en route la pompe à incendie diesel, mais j'ai jugé que ce serait difficile. En tout cas, la chose la plus importante était de pomper de l'eau pour en injecter à l'intérieur. J'ai ordonné qu'on trouve des pompes qu'on pourrait utiliser grâce à une source d'électricité du bâtiment n°2.

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Système de refroidissement des réacteurs

Système de refroidissement des réacteurs

– Où avez-vous trouvé la source électrique nécessaire?
"Pour avoir une source de courant alternatif, il faut un camion équipé d'un générateur d'électricité. J'ai demandé au Bureau Central de TEPCO, mais j'ai dû attendre, très fâché, pendant de nombreuses heures. J'ai aussi demandé une source de courant continu pour pouvoir utiliser les dispositifs de contrôle. Ces choses que je demandais sont arrivées peu à peu, mais pour nous, qui travaillions sur place, elles nous ont semblé arriver très très lentement. TEPCO nous a envoyé tout ce que la compagnie avait rassemblé, mais nous devions faire un tri. Il nous fallait juger ce qui était utilisable et ce qui ne l'était pas. Pour ce travail, il nous fallait des renforts en hommes. Cela fut une grande perte (de temps). Nous désirions très fort que TEPCO nous envoie uniquement des appareils appropriés. "

– Vous a-t-on informé du fait que le condenseur ne fonctionnait pas?
"Non. A propos du condenseur, le responsable continuait de croire que le système fonctionnait ".

– N'avez-vous pas été préoccupé au sujet de la dégradation du cœur du réacteur?
«Au fond, je ne comprenais pas la situation. Je dois faire maintenant mon autocritique, mais il ne m'est pas venu de rapport du chef de groupe des générateurs. J'aurais dû m'assurer et confirmer que le condenseur fonctionnait. J'avais un préjugé. Je pensais que cela fonctionnait bien, car le niveau de l'eau n'était pas si bas. Si un SOS me parvenait, je m'occuperais de la main-d'œuvre, mais j'étais responsable de l'ensemble, par conséquent, il était difficile pour moi de tout gérer à la fois. Maintenant, je m'en veux de ne pas avoir posé de questions sur la situation ".

– Pensiez-vous que le condenseur fonctionnait durant la nuit du 11 mars?
«En voyant le niveau de l'eau, j'étais un peu rassuré, mais j'avais un petit doute. La pression dans l'enceinte de sécurité du réacteur avait augmenté et le niveau d'eau n'avait pas changé, et par la suite la pression a encore augmenté. Compte tenu de ces choses, j'ai eu un doute sur le niveau de l'eau. J'avais une autre préoccupation, à savoir le niveau de la radioactivité à 21h51. J'avais entendu dire qu'elle était très forte. Si l'enceinte de sécurité avait été refroidie, la radioactivité n'aurait pas été aussi élevée, parce que les substances radioactives n'auraient pas diffusé au travers. Je ne connaissais pas l'état du réacteur, mais j'ai soupçonné qu'il y avait une possibilité de dégradation des combustibles nucléaires. "


Le 12 mars 2011

– Le Premier ministre Kan est arrivé à la centrale. Que vous a-t-il dit ?
«Il m'a demandé d'un air sévère quelle était la situation, alors je lui ai répondu que presque toutes les sources d'électricité étaient hors d'usage et que nous ne pouvions pas contrôler les réacteurs. Il m'a posé une question sur la décompression ( En cas d'urgence, évacuation des gaz, même radioactifs, hors de l'enceinte de sécurité, afin que celle-ci ne soit pas endommagée par un excès de pression interne.) et je lui ai répondu que nous essayions, mais que la situation était très difficile. Je me souviens uniquement de ces conversations. "

– A 6h50, le ministre de l'économie et de l'industrie a ordonné la "décompression".
«J'étais en colère. Nous ne pouvions pas l'exécuter. Sachant cela, pourquoi l'exigeait-il ? Il ne suffisait pas d'ordonner pour que ce soit possible. J'étais dans cet état d'esprit ".

– L'intervention du premier ministre vous a-t-elle gênés dans votre travail?
"Non. Nous voulions réduire la pression dans l'enceinte de sécurité, mais nous ne le pouvions pas. Afin de maintenir le réacteur en sécurité, il nous fallait absolument le faire, c'était notre volonté. De l'équipe de service je ne recevais que des informations inutilisables. Et ceux qui ordonnaient d'en haut ne comprenaient pas notre situation. Les travailleurs étaient en grande difficulté, certains exposés à 100 millisieverts de radioactivité. J'ai décidé que, finalement, nous devions faire une "décompression" manuelle, au risque d'une forte contamination, mais en réalité, nous ne pouvions même pas nous approcher de la valve de sécurité et nous avons renoncé à le faire. "

– A 14h30, on a réussi à faire sortir des substances radioactives avec la décompression.
"Si la radioactivité à la sortie de la cheminée augmentait, nous pourrions constater que la décompression avait réussi, mais nous ne pouvions pas observer cela. À ce moment-là, la télévision filmait le réacteur n°1 et à l'image on voyait de la fumée blanche, et en même temps la pression dans l'enceinte de sécurité a chuté, si bien qu'on a conclu que la décompression avait réussi ".

– A 15h36 a eu lieu une explosion dans le réacteur n°1. Comment avez-vous compris la situation?
«Je ne m'attendais pas à l'explosion. A ce moment-là nous étions prêts à injecter de l'eau. A cet instant, j'ai senti un bref tremblement qui venait d'en dessous, et j'ai pensé qu'un tremblement de terre avait eu lieu. Pendant ce temps les gens sont revenus des lieux de travail et ils ont rapporté que la partie supérieure du bâtiment n°1 n'était plus qu'un squelette. Je me demandais ce qui s'était passé. Sont revenus également des blessés, qui ont informé qu'une explosion semblait s'être produite. Maintenant, je sais que l'hydrogène sortant de l'enceinte de sécurité s'était amassé sous le toit et avait explosé, mais à ce moment-là je ne comprenais pas quelle en était la cause. Peut-être deux heures plus tard, nous sommes arrivés à cette conclusion. "

– Que pensiez-vous de l'état du cœur du réacteur n°1 avant l'explosion?
"La pression dans l'enceinte du réacteur était élevée, donc nous avons essayé de faire une décompression, mais, même maintenant, je ne suis pas sûr qu'elle ait été vraiment accomplie, car nulle part les écrans de contrôle ne fonctionnaient. Nous essayions alors de faire une décompression et une injection d'eau. "

– A 14h53, les pompiers ont déversé 80 tonnes d'eau, et à 14h54 est venue une instruction du directeur de la centrale à propos d'une injection d'eau de mer.
«J'avais déjà donné des instructions à propos d'un déversement d'eau de mer. Nous n'avons pas pu prendre de l'eau directement dans la mer, car nous n'avions pas de pompes. Je savais que dans le bâtiment du réacteur n°3, il se trouvait beaucoup d'eau de mer abandonnée par le tsunami, et j'ai décidé de l'utiliser et j'ai donné les instructions à 14h54 ".

– Aviez-vous déjà entendu parler auparavant d'expériences de déversement d'eau de mer dans les enceintes de réacteurs?
"Pas du tout. On n'a jamais fait cela nulle part dans le monde, mais il n'y avait que l'eau de mer que nous pouvions utiliser sans limite, donc nous n'avions pas d'autre choix. Nous nous occupions seulement de deux choses: diminuer la pression dans l'enceinte du réacteur et y injecter de l'eau. Les autres questions étaient des bagatelles. Afin de contrôler le réacteur en furie, nous ne devions compter que sur l'eau de mer ".

– Vous n'avez pas pensé que si vous utilisiez de l'eau de mer, tous les appareils deviendraient inutilisables et que cela coûterait très cher?
"Pas du tout. Comme les barres de combustible étaient endommagées, on ne pourrait plus utiliser ce réacteur. Donc trouver le moyen de le contrôler était le plus important. Je n'ai jamais pensé à sa réutilisation. "

– Il y a un rapport sur l'heure du déversement de l'eau de mer. Il y est consigné que c'est à 20h20 qu'on a commencé à déverser de l'eau de mer, mais selon le rapport de TEPCO c'est à 19h04. Pourquoi cette différence?
"Tout de suite après que nous avions commencé à verser de l'eau de mer, à 19h04 est venu un coup de téléphone de Takeguro Ichirō de TEPCO, disant que le gouvernement n'autorisait pas encore le déversement, mais je n'avais pas du tout l'intention de l'arrêter, donc j'ai demandé au responsable de ne jamais arrêter, même si j'allais dire le contraire à TEPCO. Puis vint l'autorisation du gouvernement, et nous avons décidé de déclarer officiellement que le déversement avait commencé à 20h20 ".

– A 20h45 on a un rapport sur le déversement d'eau avec du borax. Pourquoi avez-vous utilisé ce mélange à ce moment-là?
«Je voulais utiliser du borax depuis le début, mais la radioactivité était très forte et on avait besoin de temps pour le dissoudre, donc j'ai décidé de déverser en premier de l'eau, et quand l'eau additionnée de borax a été prête, nous l'avons utilisée. Et à ce moment-là il était 20h20.

– Lorsqu'a eu lieu une explosion dans le bâtiment n°1, avez-vous discuté des moyens de prévenir une explosion dans les 5 autres bâtiments ?
"Oui, bien sûr. A propos du bâtiment du réacteur n°2, par hasard les panneaux de décompression étaient ouverts, peut-être à cause de la pression lors de l'explosion du bâtiment n°1, donc j'étais un peu tranquillisé. A propos du bâtiment n°3, nous avons beaucoup réfléchi, et même voulu demander aux soldats de faire des trous avec des armes à feu".


Le 13 mars 2011

– A partir de la panne du système de refroidissement HPCI jusqu'au déversement d'eau à 9h20, il s'est écoulé 6 heures et 40 minutes. Que pensiez-vous de l'état du réacteur n°3 ?
"Je pensais que j'allais mourir. Je voulais verser de l'eau le plus tôt possible, mais les conditions n'étaient pas au rendez-vous ".

– Tôt dans la matinée du 13 mars, le système de refroidissement HPCI du réacteur n°3 s'est arrêté, et vous avez essayé de mettre de l'eau avec le système RCIC (système pour refroidir le réacteur au moyen d'eau dans le condenseur), mais vous avez échoué, et vous avez estimé que le système de refroidissement du réacteur s'était mis en panne à 4h15. Compreniez-vous alors, qu'une grande partie du combustible nucléaire était déjà à nu?
"Bien sûr, oui. Pour cette raison, ma tâche la plus importante était de faire cesser cet état dès que possible, mais nous ne pouvions mettre en place les moyens pour cela. Des personnes extérieures nous ont critiqués en disant que nous travaillions très lentement. Je ne leur pardonne pas. Nous étions peu nombreux à travailler contre les trois réacteurs déchaînés".

– Il était 9h20, lorsque vous avez pu injecter de l'eau dans le réacteur n° 3.
«L'eau est entrée et la pression et le niveau de l'eau ont commencé à se normaliser. J'étais très content. Mais en réalité, j'ai été trompé par le témoin du niveau d'eau qui était endommagé. J'ai commencé à traiter le réacteur n°2. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais d'hommes obligés de combattre en même temps contre trois réacteurs accidentés. Je ne veux plus me souvenir de tout ça ".

– Avez-vous pensé qu'il fallait s'occuper de la piscine destinée aux combustibles usagés dans le bâtiment n°4?
"Oui. Quand a eu lieu le tremblement de terre, le réacteur n°4 était en examen. C'est pourquoi les 548 barres de combustible avaient toutes été retirées et mises dans le bassin. Elles avaient été brûlées dans l'année, donc elles étaient très chaudes et des plus difficiles à traiter. Donc j'ai pensé qu'il était très important de savoir comment traiter le réacteur n°4 "


Le 14 mars 2011

– Vers sept heures du matin le réacteur n° 3 a commencé à se comporter de façon très anormale, avec forte radioactivité et pression élevée.
« J'ai signalé que le réacteur n°3 était dans le même état que le n°1 ; il y avait un risque d'explosion, c'est pourquoi à 9 heures 30 ou à 10 heures, j'ai donné à tout le monde l'ordre de se réfugier dans le quartier général antisismique, avant que l'explosion ne se produise à 11 heures 01. Il y a eu un appel téléphonique de M. Mutō de TEPCO. À sa demande, j'ai envoyé des gens à leur poste de travail. Et une explosion s'est produite. Je dois demander pardon aux membres du corps de défense, qui sont partis vers le réservoir d'eau avec leur camion et commençaient à travailler lorsque, à ce moment-là, a eu lieu l'explosion. »
« Dans un premier temps est venue une information faisant état de la disparition d'une quarantaine de personnes. J'ai alors eu l'intention de mourir. Si autant de gens étaient morts, je devais me faire harakiri. Par la suite, il devint clair qu'en fait il y avait quelques blessés mais pas de morts. Ce fut une chance parmi tant de grands malheurs. Étonnamment, personne n'était mort à l'endroit où étaient tombées des masses de béton arrachées au bâtiment. Certainement Buddha nous avait bénis. »
« Tous étaient abasourdis et ne savaient que faire. J'ai donc commencé par m'excuser auprès d'eux d'avoir apprécié la situation de façon erronée et j'ai dit : "Maintenant l'alimentation en eau s'est arrêtée. Si nous ne faisons rien, les choses deviendront pires. Je vous demande d'aller déblayer les gravats et de réparer les tuyaux. Prenez garde à la radioactivité." J'ai été touché de voir que tous étaient d'accord pour aller travailler. Après que j'ai procédé à la répartition des tâches, ils sont sortis. Au cours de ce travail, la plupart d'entre eux ont atteint la dose maximale d'irradiation. Grâce à eux, nous avons réussi à rétablir l'apport d'eau à seize heures trente. ».

– En ce qui concerne le réacteur n°2, de quelle façon pensiez-vous pouvoir rétablir l'apport d'eau ?
« Nous ne pouvions introduire de l'eau tant la pression était élevée. Le premier travail était de la faire baisser. Nous avons discuté des moyens. À ce moment-là il y a eu un appel téléphonique du cabinet du premier ministre, et M. Madarame (alors président de la Commission de sûreté nucléaire) m'a ordonné de faire baisser la pression et d'envoyer de l'eau à l'intérieur, et M. Shimizu (alors président de TEPCO) a crié la même chose pendant une séance de télévision. Je me suis étonné qu'ils puissent exiger cela, alors qu'ils ignoraient quelle était, ici, la situation. Tous voulaient rétablir l'apport d'eau, mais pour ce faire il faut d'abord des préparatifs, or cela ils ne le comprenaient pas. Ils pensaient simplement que nous hésitions. Je voudrais les battre, ces gens-là. ».

– Il vous a fallu beaucoup de temps pour faire baisser la pression. Quelle en était la cause ?
« Je ne la comprends pas bien moi-même. D'abord il n'y avait pas de batteries. Nous avons tenté d'ouvrir les valves de diverses façons mais en vain, et le niveau de l'eau baissait de plus en plus. Nous étions au plus près de la mort. Si nous n'arrivions pas à les ouvrir, nous serions désarmés, mais finalement nous avons réussi. Ensuite ce fut le tour du camion des pompiers qui n'avait plus d'essence, car il nous avait attendus longtemps. Il est reparti faire le plein et enfin nous avons pu envoyer l'eau. Je reprenais vie. Jusqu'alors j'étais comme mort. Toutes les quatre heures, ce camion de pompiers doit refaire le plein. Pendant le temps d'attente et le trajet vers la station d'essence les gens sont très exposés aux radiations. Ceux qui ont reçu cent et quelques dizaines de millisieverts sont ceux qui travaillaient à réparer les tuyaux et à livrer l'essence. ».

– Pendant ce temps les équipiers de TEPCO travaillaient en milieu très radioactif.
« Il y avait parmi nous une femme, qui s'occupait du ravitaillement en essence du corps des pompiers. Elle faisait son travail vite et bien. J'ai voulu qu'elle se retire, mais elle a refusé. Elle avait un très fort sens du devoir. Elle restait à l'intérieur du quartier général antisismique où elle était assise à côté de la porte. L'explosion du bâtiment du réacteur n°1 a endommagé la porte et, à travers les fentes, l'air extérieur chargé de radioactivité a pénétré, si bien qu'elle a été irradiée au-delà de la limite admise et qu'elle souffrait en outre de l'exposition interne. Elle avait une mission de travail, mais son cas a été présenté par les mass media comme l'exemple même d'une mauvaise gestion de la centrale nucléaire. Je suis très remonté contre ces sales médias. »

– La température du bassin de refroidissement du réacteur n°4 était de 84 degrés, à 4h08. Est-il prévu que l'on doive faire quelque chose dans ce cas-là ?
« Oui. Nous devions ajouter de l'eau, mais nous manquions de main d'œuvre car il nous fallait nous occuper de trois réacteurs. J'ai donc demandé à la compagnie TEPCO de faire elle-même tout le nécessaire pour le réacteur n°4 ».


Le 15 mars 2011

– Entre 6h et 6h10, le matin du 15 mars, une explosion s'est fait entendre. Avez-vous ressenti une secousse ou entendu un bruit dans le quartier général antisismique ?
« L'explosion n'a pas été ressentie dans le quartier général. Une information m'est parvenue au sujet d'un petit bruit : "¨Pan !". J'ai pensé qu'une avarie avait pu se produire dans l'enceinte de sécurité, ce qui engendre une situation critique. J'ai ordonné alors qu'à l'exception des cadres tout le monde se mette à l'abri. Entre-temps un membre de l'équipe de direction, qui était allé dans le bâtiment n°4, a apporté l'information que la partie supérieure des murs avait craqué. Je ne peux toujours pas dire, si ce bruit provenait du bâtiment n° 2 ou du bâtiment n° 3 ».

– Est-ce que, à peu près à cette heure-là, le premier ministre est venu au bureau central de TEPCO ?
« Oui. À la télévision, j'ai vu le président et d'autres responsables de TEPCO se réunir et le premier ministre était très en colère et criait. Entre-temps s'était produite cette situation de crise, j'ai donc dit à TEPCO que j'allais évacuer les membres du quartier général. Nous, qui travaillions sur le terrain, nous devions nous préparer au pire, nous avons donc préparé des autobus et avons envoyé les membres du Q.G à la centrale nucléaire n°2. »

– Le bâtiment n°2 était en difficulté et vous avez constaté les avaries du bâtiment n°4, et ensuite le feu s'est déclaré. Qui a donné l'alarme ?
« L'intensité radioactive était telle autour de tous les bâtiments, que, même dans les salles des commandes, il était impossible d'assurer le service, donc de temps en temps les membres du Q.G. s'y rendaient pour recueillir des données. L'un d'eux a vu de la fumée sortir du bâtiment n°4. J'ai vérifié la chose avec des jumelles, car le système de télévision ne fonctionnait plus. Les pompiers ne sont pas venus en raison de la forte radioactivité, j'ai donc demandé par téléphone à M. Hosono (alors ministre de l'environnement), qu'il obtienne de l'aide, soit du corps de défense japonais, soit de l'armée américaine. Mais avant que l'aide n'arrive, le feu s'était éteint.»

– Dans le bâtiment n°4, la partie supérieure a été endommagée et le feu a pris au troisième ou au quatrième étage, et le 16 mars de nouveau le feu a repris. Qu'est-ce qui, selon vous, est arrivé là ?
« Je n'ai pas compris d'où provenait le premier bruit, j'ai donc soupçonné que les combustibles dans leur bassin étaient devenus trop chauds et avaient explosé. Mais ensuite, j'ai pu constater que les barres de combustibles étaient en état normal et que la cause du bruit était autre. Beaucoup disent à présent que de l'hydrogène issu du bâtiment n° 3 avait envahi le bâtiment n° 4 et avait explosé, mais je ne le crois pas, car je ne comprends pas de quelle manière il aurait pu y entrer, ni pourquoi seuls les murs sud et nord ont été rompus. Il n'y a pas de trous dans les murs situés à l'est et à l'ouest.»

 

* L'article paru dans le journal Mainichi rend compte du contenu du rapport jour après jour, jusqu'au 15 mars et j'ai conservé cette présentation. Pour les jours suivants, Mainichi procède par thèmes, et là encore je trouve que sa présentation est bonne. Donc, à présent, je traduis par thèmes.

ORDRE D'URGENCE D'OPERATIONS A EFFECTUER

– Il y a un document daté du 16 mars, à 10h04, dans lequel est écrit « Classement par ordre d'urgence des opérations à effectuer ». La première est l'apport d'eau dans le bassin de refroidissement des barres de combustible du réacteur n°4, la deuxième est la reconstruction d'une source extérieure de courant électrique, la troisième est la construction d'une voie pour les camions et la quatrième, l'apport d'eau dans les bassins des barres de combustible des réacteurs n°1 et 3.
« Dans le bâtiment n° 4 il y avait des barres de combustible extrêmement chaudes. Je craignais qu'elles n'aient été endommagées, donc il était très important d'en normaliser l'état. Je voulais que nous réparions des appareils et pour ce faire il est indispensable d'avoir du courant. Il importait donc en premier lieu de rétablir une source extérieure de courant et, si cela était impossible, d'utiliser alors des camions porteurs de générateurs. Le bâtiment n° 2 n'était pas endommagé, donc, au lieu d'effectuer un apport d'eau, nous avions l'intention de faire la réparation à l'intérieur.

– Le 17 mars, le réacteur n° 3 a été refroidi et non le n° 4. Pourquoi le n° 4 n'a-t-il pas été refroidi le premier ?
« Le matin du 17 mars, un hélicoptère a survolé la centrale cucléaire avec à son bord un équipier du Q.G. Celui-ci a filmé le bâtiment n°4 et nous avons vu de l'eau dans le bassin de refroidissement des combustibles. Voilà pourquoi nous avons refroidi d'abord le n°3. »


L'APPORT D'EAU EFFECTUE PAR LE CORPS DE DEFENSE A-T-IL ETE EFFICACE ?

– Le corps de défense a fait un apport d'eau par hélicoptères et par camions à haute pression du corps des pompiers, et la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont de leur côté fait des apports d'eau par camions de pompiers à haute pression. Lesquels ont été efficaces et lesquels ne l'ont pas été ?
« À vrai dire, toutes les actions du corps de défense ont été inutiles. La quantité d'eau était trop faible et il est douteux que l'eau projetée ait atteint son but. Les actions menées par la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont été inutiles, elles aussi. »
– Ensuite sont intervenus les Girafes et les Eléphants (camions dotés de très longs tuyaux destinés à déverser du béton). Ont-ils été efficaces ?
« Ils l'ont été. On a fixé les tuyaux juste au sommet du réacteur, et on a donc réussi à verser l'eau au bon endroit.»


DES AIDES VENUES DE NIIGATA

– Les membres du Q.G. sont-ils peu à peu revenus ?
– Le 15 mars, tous s'étaient réfugiés dans la centrale nucléaire n° 2. Puis certains sont aussitôt revenus et plus tard, peu à peu, les autres membres du Q.G. sont revenus à leur tour, n'est-ce pas ?
« Oui. Le terrain était si radioactif, que des gens ayant en charge la mesure et la recherche des radiations faisaient défaut. Des aides en assez grand nombre sont donc venus en renfort de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le département de Niigata ».
– Si un accident se reproduisait, devrait-on faire appel à des aides venus d'autres centrales nucléaires ?
« Fondamentalement oui. Mais l'un des problèmes est que les équipements changent de plus en plus, or chaque centrale a son propre équipement. Donc il peut arriver que des aides de Kashiwazaki soient incapables de réparer l'équipement d'une autre centrale. Un autre problème est que des salariés de TEPCO n'ont pas fait eux-mêmes certaines des tâches, mais les ont fait faire par des ouvriers d'entreprises sous-traitantes. En résumé : les gens ne peuvent pas s'adapter immédiatement à des équipements nouveaux, et les salariés de TEPCO n'ont pas l'expérience leur permettant de réparer eux-mêmes ces équipements. »


AU SUJET D'EAU POLLUEE

– Le 1er avril, le ministre de l'environnement, M. Hosono, s'est opposé au rejet d'eau polluée dans la mer.
« Quand j'ai entendu sa déclaration, je me suis étonné : qu'allait-on faire de l'eau polluée ? Nous avons versé de l'eau dans les bâtiments des réacteurs et cette eau ressort quelque part. Nous devons la traiter, mais c'est un problème qui n'avait pas à être traité entre le Bureau Central de TEPCO et le sous-ministère de la Sécurité nucléaire industrielle. C'est pourquoi j'étais très irrité.»

– Selon le rapport du 2 avril, on a découvert que beaucoup d'eau polluée s'est échappée du réacteur n° 2.
« Pendant la réunion du 4 avril au matin, il m'a été ordonné de faire cesser le rejet d'eau, mais personne n'a proposé une façon de traiter l'eau et de la conserver, j'ai donc beuglé qu'on y réfléchisse sérieusement, et ce n'est qu'après qu'on a commencé à penser à ce problème. »
– Etait-ce la montée du niveau de l'eau dans le réacteur n° 3 qui vous a poussé à hausser le ton au sujet de l'eau polluée ?
« Oui. Mon opinion était que nous devrions rejeter l'eau polluée à l'extérieur pour vider le bâtiment n°3, car nous n'avions aucun endroit pour l'y mettre. »
– Au sujet de l'eau dans le canal d'écoulement souterrain des bâtiments n° 5 et 6.
« Si l'eau endommageait le système électrique, nous perdrions le moyen de refroidir le réacteur, et il s'ensuivrait une phase critique. J'étais donc d'avis, que nous devions de toute façon rejeter l'eau à l'extérieur. »
– Il a été décidé de rejeter 1 500 tonnes d'eau polluée. Que pensez-vous de cette décision ?
« Je voulais retirer l'eau du canal d'écoulement souterrain, j'ai donc été étonné, que l'on ait décidé de cette quantité. »
– Nous entendons dire, que vous aviez déjà décidé, sans attendre l'autorisation du gouvernement, de mettre le réacteur n° 6 hors service quand il entrerait en phase critique par inondation.
« Oui, J'avais pris cette décision pour protéger l'usine, même si je devais être renvoyé. Si le réacteur n° 6 avait été inondé et que le réseau électrique soit hors service, cela aurait pu causer une fusion du cœur, il s'agissait donc de quelque chose de très grave. »


ACCIDENT EN 1991 ET SEISME DE CHŪETSU

Le réacteur n° 2 avait eu un accident à cause d'une fuite d'eau, en 1991. Cela avait entraîné l'arrêt de presque tous les systèmes de refroidissement. Ce fut un très grave accident, occupant peut-être le premier ou le second rang parmi les plus dangereux au Japon, mais on ne le considère pas comme tel. Cet accident m'a appris que l'eau est un danger et qu'il nous faut prévoir une parade contre les infiltrations d'eau, mais rénover de vieux réacteurs déjà en place n'est pas chose facile. Nous avons procédé à diverses restaurations, mais rénover de façon parfaite est très difficile, à cause entre autre des coûts. Nous devons certes en suivre le principe, mais le mettre en œuvre n'est pas aisé.
Quand la condition première, par exemple touchant la puissance supposée d'un éventuel tsunami, change, le mieux est de construire de nouvelles installations, mais si cela est impossible, nous utilisons les anciennes, ou bien nous les rénovons partiellement. Telle est notre manière de faire. Cependant, la puissance du tsunami de 2011, d'une hauteur de quinze mètres, a dépassé toutes nos prévisions, nous ne pourrons donc pas continuer d'y faire face ainsi.
En 2007, lors du séisme de Chūetsu qui détruisit simultanément plusieurs installations de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, il y eut de grands dégâts mais l'arrêt se fit en toute sécurité. Malgré l'énorme tremblement de terre, les réacteurs s'arrêtèrent sans problème. Par la suite, nous avons examiné les équipements : presque tous étaient indemnes. Nous avons pensé qu'en un temps très bref, le séisme avait déployé une énergie capable d'arrêter tous les réacteurs. Mais il n'avait détruit aucune des sources de refroidissement. Il dépassait de beaucoup la puissance maximale qui avait été prévue lors de la construction, pourtant les réacteurs s'étaient arrêtés sans dégâts. Nous en avons conclu un peu trop vite, que le projet japonais tenait la route.


REPLIES OU PAS

« Pendant un temps, il nous fut impossible de verser de l'eau dans le réacteur n°2. J'avais fait baisser la pression, mais les camions des pompiers ne roulaient plus faute d'essence, donc il y eut des heures pendant lesquelles, nous ne pouvions pas faire d'apport d'eau. Mon cœur alors s'affolait chaque seconde dans la crainte que nous ne pussions pas y parvenir. En ce cas ce serait la fusion du cœur avec dégagement d'une énorme quantité de radioactivité, et par suite l'impossibilité, pour nous, d'aller aux réacteurs n° 1 et 3 qui se trouveraient alors dans la même phase critique, et enfin, même dans la centrale nucléaire n°2, nous ne pourrions pas travailler. La seule chose que je pouvais faire durant ces heures était d'attendre en priant.
C'est dans cette situation que j'ai fait savoir par téléphone à M. Hosono, alors ministre de l'environnement, que hormis les techniciens, les responsables de réparation et d'alimentation en eau, les pompiers, les manipulateurs et moi-même, je pouvais envoyer les autres se réfugier temporairement dans la centrale nucléaire n°2. À la télévision on a utilisé les mots de "repli de tous", or je n'ai jamais employé ce terme. C'est pourquoi je proteste énergiquement.»
(Fin des traductions)

 

COMMENTAIRES DE HORI YASUO

 

Ci-dessus j'ai traduit les comptes-rendus des auditions de Yoshida selon mon point de vue et l'intérêt que j'y trouvais en feuilletant les pages. L'article du journal Asahi disait ceci, en citant des paroles de Yoshida que je n'ai pu retrouver :

 

"À cause des difficultés dues à la présence de décombres et à la radioactivité, les apports d'eau par camions de pompiers ont été un échec, et la pression à l'intérieur des enceintes de sécurité a dépassé la limite. Le danger de voir se répandre partout une énorme quantité de radioactivité se rapproche. Cette situation M. Yoshida l'a exprimée ainsi : “Le syndrome chinois va se réaliser”, “En imagination, nous avons vu détruite toute la partie orientale du Japon.”"

 

Après avoir traduit, j'ai pensé les choses suivantes :

1. Au début, le gouvernement n'avait pas l'intention de publier ces comptes-rendus. C'est là, de sa part, une attitude inadmissible. Les gens ont le droit de connaître la vérité. Tous ont souffert, ou souffrent encore, à cause de l'accident nucléaire, donc nous avons le droit d'en savoir le plus de choses possibles. Si nous ne partagions pas l'information entre nous tous, comment pourrions-nous prévenir un nouvel accident ? Certainement le gouvernement, qui veut remettre en marche les centrales nucléaires, ne souhaitait pas que les gens aient une information véridique et terrifiante sur le danger de l'énergie atomique.

 

2. Nous ne pouvons pas dépendre à cent pour cent des médias. Asahi et Mainichi sont des journaux relativement consciencieux, mais les contenus de leurs articles respectifs sont très dissemblables. Il est possible que Yomiuri et Sankey, journaux de droite, aient traité le sujet selon des points de vue fort différents. Nous devons avoir accès au texte original, et nous devons même voir ce qui s'est passé et se passe derrière cet original.

 

3. Quand TEPCO construit et rénove une centrale, il semble que le plus important soit l'argent. Par exemple, pour restaurer ou rehausser la digue anti-tsunami, la compagnie a besoin de très grosses sommes. Elle ne veut pas dépenser tant d'argent pour un tsunami, qui pourrait ne pas venir. Si la digue n'était pas destinée à protéger la centrale nucléaire, cette attitude serait admissible, mais la centrale présente un danger d'une tout autre nature. Lorsque c'est l'argent qui gouverne, c'est toujours un danger et cela ne devrait pas être permis.

 

4. Enfin, j'exprime mes condoléances à M. Yoshida, qui est mort jeune, en se vouant à la lutte contre l'accident nucléaire.

 

 

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 01:26
La radio-protection internationale à Tchernobyl… et après

Selon le dernier communiqué de presse d'Enfants de Tchernobyl Belarus, le 14 octobre 2014, lors du “International Symposium on Legal-medical Aspects of Nuclear Disaster and Human Rights” organisé à l'Université Waseda de Tokyo, Yves Lenoir, président de l'association Enfants de Tchernobyl Belarus, a fait une communication intitulée "La radio-protection internationale à Tchernobyl… et après"

Des faits et témoignages réunis pour la première fois révèlent la responsabilité première, pleine et entière des dirigeants de la Commission Internationale de Protection Radiologique dans le désastre sanitaire qui a suivi la catastrophe atomique de Tchernobyl en avril 1986.

 

Lors d'un contact téléphonique préliminaire, le 28 avril 1986, le Dr Henri Jammet, vice-président de la Commission, et le Pr Leonid Ilyin, responsable de la radio-protection pour l'URSS, se sont accordés pour prendre du temps alors que les taux de radiactivité étaient déjà des centaines de fois plus élevés que la radiation naturelle à plus de 100 km de la centrale.

 

Il a fallu attendre 10 jours, le 6 mai 1986, pour que la Commission se réunît avec d'autres experts pour conclure de même, et notamment conseiller de ne pas évacuer les populations exposées. Les évaluations des doses déjà reçues, jusqu'à 100 km, dépassaient souvent de bien plus de 100 fois les limites annuelles recommandées par la Commission.

 

Cette désinvolture inexcusable a conduit à l'irradiation et la contamination de plusieurs millions d'êtres humains. L'examen autorisé des conséquences sanitaires ultérieures a été effectué par des experts délégués de leurs pays respectifs dans le cadre de l'UNSCEAR, United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiations, institué en 1955 au sein de l'ONU, dont l'Assemblée Générale vote les rapports, leur conférant ainsi un statut incontestable.

Il se trouve que la plupart des dirigeants de la CIPR sont aussi délégués ou représentants de leur pays à l'UNSCEAR.

 

Cette situation institutionnelle interdit très naturellement que les études scientifiques publiées qui mettent en évidence un lien entre Tchernobyl et la dégradation de la santé ainsi que l'accroissement des malformations n'aient été retenues pour établir les bilans de l'accident. On pense ici notamment à celui qui s'impose comme le plus officiel, rédigé dans le cadre du Chernobyl Forum entre 2002 et 2005 et signé par toutes les agences de l'ONU et les Etats les plus touchés de l'ex-URSS.

 

Des hommes impliqués dans cette gestion institutionnelle des conséquences de Tchernobyl coordonnent les actions équivalentes entreprises après la catastrophe de Fukushima, sous la bannière de l'UNSCEAR et de la CIPR, sous la supervision de l'AIEA qui occupe le terrain. La répétition “perfectionnée” du processus post-Tchernobyl suit son cours au Japon.

 

C'est ainsi que la radio-protection internationale s'est condamnée au déni, sous peine d'entraîner dans son naufrage tout l'édifice mental et idéologique qui  légitime le développement de l'énergie atomique : Raison d'Atome oblige.

 

 

Voir le texte complet illustré de l'exposé :

 

- En français : http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=waseda-fr

 

- In English : http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=waseda-en

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 22:48
Appel solennel à la fermeture de la centrale de Fessenheim

« Si une catastrophe survient ici, il ne restera rien de vos vignes, de vos forêts et de vos champs de maïs. Il faut fermer toutes les centrales du monde. » (Naoto Matsumura, cité dans L’Alsace, 10 mars 2014)

.

Suite à la catastrophe nucléaire de 2011, j’avais très rapidement fait le lien entre la plus vieille centrale française et le plus ancien réacteur de Fukushima Daiichi. Je me suis par ailleurs exprimé dans une contribution intitulée « Une évacuation définitive, c'est ZERO EMPLOI pour l'Alsace de demain » et j’ai participé à plusieurs manifestations dont celle de mars 2014 avec Naoto Matsumura. Malgré l’opposition majoritaire des Français au nucléaire, rien n’a changé dans l’Hexagone et la promesse électorale de François Hollande de fermer Fessenheim s’étiole petit à petit. C’est pourquoi je soutiens l’initiative du réseau Fukussenheim qui consiste à rappeler à nos décideurs ce danger permanent pour l’Europe et à demander l’arrêt définitif de cette centrale tant qu’il en est encore temps. Aujourd’hui, des gens de tous horizons s’associent à cet appel solennel et je vous encourage à votre tour à le signer et à le soutenir.

Pierre Fetet

Communiqué :

« Au regard des conséquences de la catastrophe de Fukushima qualifiée d’apocalyptique le 15 mars 2011 par le Commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, face à l’inertie qu'elles suscitent en France, nous, citoyennes, citoyens et organisations signataires, sommes plus qu’interrogatifs. Nous sommes scandalisés par la désinvolture et/ou le déni des dirigeants d’EDF et de l’Etat français, actionnaire d’EDF à 85%.

Ils se sont montrés incapables jusqu’à aujourd’hui, contrairement à ceux de plusieurs autres pays, d’en tirer, au-delà des mots, les enseignements en terme de dénucléarisation effective de notre pays. Ils ont notamment reporté sine die la fermeture de la centrale de Fessenheim, la plus vieille centrale française en activité. Cette fermeture, objet d’un accord pré-électoral entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie-Les Verts, était prévue pour être immédiate au lendemain de l’élection présidentielle du 6 mai 2012. A priori la chose n’était pas impossible puisqu’un engagement pré-électoral identique, pris par la future première ministre québécoise a, lui, été tenu.

En conséquence nous, citoyennes, citoyens et organisations signataires, exigeons que l’arrêt définitif de la centrale de Fessenheim soit effectif avant la fin 2014. La date de l’arrêt devra être fixée avant la nomination du prochain PDG d’EDF, c’est-à-dire au plus tard le 22 novembre 2014. »

 

Liste des premiers signataires :

  • Noël Mamère, député-maire de Bègles
  • Suzanne Rousselot, Stop Fessenheim
  • Martine Billard, ancienne députée, Parti de Gauche
  • Gilles Barthe, CSFR - Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin
  • Corinne Lepage, ancienne ministre de l'écologie, ancienne député européenne, présidente de CAP 21
  • Aline Baumann, Stop Fessenheim
  • Isabelle Attard, députée, co-présidente de Nouvelle Donne
  • André Hatz, Stop Fessenheim
  • Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts
  • Rémi Verdet, Stop Transports –Halte au nucléaire
  • Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble
  • Pierre Fetet, blog « Fukushima »
  • François Longérinas, secrétaire national du Parti de Gauche délégué aux luttes écologiques et à l'ESS
  • Philippe Wirth, Stop Fessenheim
  • Catherine Ségala, membre du Conseil national politique du NPA
  • Arnaud Demangeat, Parti de Gauche, Stop Fessenheim
  • Fabrice Van Borren, Nouvelle Donne Loiret
  • Arthur Morenas, Parti de Gauche
  • Corinne Morel-Darleux, Parti de Gauche, Conseillère régionale Rhône Alpes
  • Sylvie Vénuat
  • Thierry Gourvénec, Réseau Fukussenheim
  • François Damerval, CAP 21, Chef de cabinet de Corinne Lepage
  • Marie-Christine Gambérini
  • Mathieu Agostini, membre du Bureau National du Parti de Gauche en charge des questions d'écologie
  • Jean-Jacques Delfour, philosophe
  • (…)

 

Liste des cent premiers signataires et pétition, suivre ce lien :

Appel solennel à la fermeture, dans les plus brefs délais, de la centrale de Fessenheim

 

________________________

 

Cet appel solennel fait écho au communiqué de presse des associations locales :

 

Arrêtez Fessenheim !

  • C.S.F.R. (Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin)
  • STOP FESSENHEIM
  • Alsace Nature
  • STOP TRANSPORTS – HALTE AU NUCLEAIRE
  • ALTER ALSACE ENERGIES

 

Communiqué de presse de vendredi 10 octobre 2014

 

Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim sont à nouveau arrêtés simultanément !

Ne les redémarrons plus !

 

Alors que depuis le 27 septembre le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim est en arrêt prolongé pour rechargement de combustible, jeudi 2 octobre, le directeur de la centrale nucléaire annonçait en fin de CLIS un «arrêt programmé» très bref pour le week-end du réacteur n°2 pour une banale opération de maintenance suite à une « légère surconsommation d’eau ». Un nouveau coup de « com » du directeur nous faisant croire à de la transparence, après avoir – lors de la CLIS du 2 octobre – débité de longues phrases «calculées et préparées» pour nous faire croire que lors de l’incident du 9 avril 2014 sur le réacteur n°1 il n’y avait eu aucune négligence humaine !

Comment une opération de remplissage d’un réservoir menée par l’équipe de conduite à un rythme bihebdomadaire peut se réaliser pendant 37 ans sans anomalie et que le 9 avril dernier, la même opération entraine une inondation interne et la nécessité d’arrêter en urgence le réacteur sans qu’il puisse y avoir une défaillance humaine ?

Toujours est-il que le très bref «arrêt programmé» sur le réacteur 2 se prolonge et qu’il n’est pas prévu un redémarrage avant le 15 octobre prochain …

Il est grand temps d’arrêter cet acharnement sur ces vieilles chaudières atomiques à bout de souffle et de plus en plus dangereuses.

De telles négligences successives dans la conduite de la centrale nous amènent à de grandes inquiétudes, car derrière tout cela « se cache le diable » qui se nourrit de l’erreur humaine, de la vétusté de l’installation et de l’enchaînement des événements non prévisibles.

Ces derniers incidents sur les très vieux réacteurs atomiques de Fessenheim, toujours sous perfusions techniques et financières, toujours inondables et vulnérables aux séismes puissants et rapprochés, rappellent, même aux incrédules et inconscients, que cette installation est toujours une source de dangers inacceptables pour tous les habitants de la région du Rhin supérieur.

Continuer à investir dans cette centrale, pour satisfaire l’orgueil et la « doctrine » de l’industrie nucléaire française et de quelques élus-marionnettes locaux, c’est jeter l’argent des Français par les fenêtres, qu’il serait bien plus judicieux d’investir dans la maîtrise de nos consommations et de l’efficacité énergétique.

En France, commencer par ne plus redémarrer les deux « très vieux » réacteurs de Fessenheim est la seule voie responsable à l’égard des générations futures.

 

Le CSFR, Stop Fessenheim, Stop Transports – Halte au Nucléaire, Alsace Nature et Alter Alsace Energies demandent que cet énième arrêt simultané des réacteurs soit enfin transformé en arrêt définitif.

 

(source)

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Publié par Pierre Fetet - dans Que faire ?
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:42
« Ce que j'ai ressenti cet été dans mon pays, le Japon »

Après les témoignages de Fonzy et de Permaria, voici celui d’Ozu qui, en 2011, a choisi d’évacuer à cause des dangers de la radioactivité. Après être retournée dans son pays cet été, elle nous donne ses impressions sur le Japon de l’après-Fukushima qui semble, malgré la contamination persistante et les rejets toujours en cours, vouloir oublier la catastrophe nucléaire.

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« Je suis rentrée au Japon cet été 2014 pour passer mes vacances. Ça faisait un an que je n'avais pas vu ma famille et mes proches donc forcément j'étais très contente de revoir mon pays mais un problème récurrent m'a empêché d'en profiter.

 

Après le 11 mars, c'était un vrai combat de tous les jours pour moi ; je me suis enfuie au sud du Japon et puis en France pour m'éloigner de la radioactivité qui fuyait de la centrale nucléaire de Fukushima (aujourd'hui, après réflexion, quitter temporairement mon domicile n'était peut-être pas la meilleure décision car je suis sortie à l'extérieur pour m'éloigner de Tokyo les 13 et 14 mars 2011,  dates où la radioactivité était très élevée).

 

Après cette évacuation, je suis rentrée chez moi à Yokohama (30 km de Tokyo) pour mon travail. Je devais réfléchir à comment éviter d'être contaminée de manière importante en vivant au Japon. J'ai cherché de la nourriture non-contaminée, c'est à dire des aliments provenant du sud ou de l'étranger, qui plus est dont le taux de radioactivité était mesuré. J'ai utilisé de l'eau minérale pour tout : boire, cuisiner, faire la vaisselle et même me brosser les dents. Ensuite, j'ai acheté un compteur Geiger pour mesurer chaque jour et dans chaque endroit où j'allais. Quand je sortais, je mettais un masque et je m'habillais de vêtements en polyester pour éviter que la radioactivité se dépose sur moi. J'ai aussi banni le plaisir d'aller au restaurant, du fait de l'incertitude de la provenance des aliments.

Après l'accident, ces contraintes sont devenues mon quotidien au Japon.

 

Cet été, lors de mon séjour au Japon, je suis beaucoup sortie au restaurant avec mes amis et j'ai également été invitée chez eux, mais cela, sans vérifier la contamination... pourquoi ?

Parce que la plupart de mes amis ne font pas attention à la contamination, « Fukushima » est  une chose déjà passée et très loin d'eux. Je n'ose pas parler de ce sujet avec eux sauf avec quelques uns. Malheureusement, j'ai deux catégories d'amis depuis l'accident : ceux avec lesquels je ne peux pas parler de ce sujet ; et les autres avec qui je peux en parler sans tabou.

Peut-être devrais-je dire à mes amis que je ne veux pas manger dans n'importe quel restaurant ni n'importe quel aliment quand je suis invitée chez eux, mais je ne le peux pas de peur de gâcher ces moments avec eux quand on se retrouve après une longue séparation.

Donc pour l'instant, quand je rentre au japon je continue de faire attention au maximum quand je le peux. Sinon j'essaie de me dire que « c'est une histoire de quelque mois...»

 

J'ai senti cet été que les médias japonais sont de pire en  pire, surtout depuis la décision d’accueillir les J.O. en 2020 à Tokyo ; la télévision est particulièrement catastrophique : « FUKUSHIMA » est présent mais il y a très peu d'informations sérieuses. Elles montrent souvent des reportages sur les habitants de Fukushima vivant très positivement malgré la contamination très importante : par exemple, les pêcheurs recommencent à pêcher, les agriculteurs récoltent du riz comme avant, et les japonais sont poussés à consommer des produits de la région (avec enthousiasme !) et même à faire du tourisme !

 

J'ai senti que cette ambiance de « soutien à Fukushima » existe partout au Japon ; par contre le vrai problème est de plus en plus tabou, ou tout simplement les gens pensent que cela ne les concerne pas. Il y a un antagonisme assez fort au japon, entre ceux qui ne veulent pas en parler, et ceux qui continuent à lutter ; malheureusement, c'est ce que j'ai ressenti cet été dans mon pays. »    

 

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Photo d’entête : statue de Jizô à Kamakura

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 17:19

Mari Takenouchi se bat pour l’évacuation des enfants et des femmes enceintes des territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Dans un billet du mois d’août 2014, elle rapporte une information qui a été peu diffusée, à savoir que pour deux enfants atteints du cancer de la thyroïde, des métastases s’étaient propagées aux poumons.

Elle revient également sur les attaques qu’elle continue de subir. Malgré la suspension des charges dont elle avait fait l’objet suite à la plainte d’une responsable d’Ethos à Fukushima, Ryoko Ando (alias Yoko Kamata), des trolls et des harceleurs diffusent des infos calomnieuses comme quoi elle serait paranoïaque et coupable de fraudes. Manifestement, son combat entre en conflit avec des intérêts politiques et économiques.

Parallèlement, Jan Hemmer, un de ses amis militant en Allemagne, a également reçu des messages hostiles après avoir soutenu Mari Takenouchi dans son blog .

A partir du 10 décembre 2014, la loi de protection des secrets d’Etat va être appliquée au Japon. Ce qui est arrivé à Mari Takenouchi préfigure ce qui peut se passer : un simple tweet pourra envoyer quelqu’un en prison. C’est pourquoi il est important de soutenir les journalistes et les blogueurs qui continuent à informer sur ce qui se passe dans les centrales nucléaires japonaises, sur la réalité de la contamination et sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire en cours.

 

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Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde


Mari Takenouchi

 

Source : http://savekidsjapan.blogspot.fr/2014/08/2-thyroid-cancer-fukushima-kids-had.html

Traduction : Cécile Monnier

 

Aujourd’hui [29 août 2014], j’ai appris une nouvelle très triste par l’Agence Kyodo News. Deux enfants de Fukushima atteints d’un cancer de la thyroïde avaient aussi des métastases dans leurs poumons.

 

Je réclame l’évacuation des enfants et des femmes enceintes depuis les tout premiers instants après l’accident de Fukushima.

 

Quelles que soient les précautions que l’on prend pour manger, personne ne peut s’arrêter de respirer. J’ai eu moi-même des toux persistantes après avoir été exposée à la radioactivité à Tokyo le 15 mars, et ce dont j’ai eu le plus peur, c’était d’avoir un cancer des poumons.

 

J’ai visité Fukushima une seule journée, à l’automne 2011. Ce jour-là, mon échine s’est glacée quand j’ai vu des affiches annonçant la tenue d’un marathon féminin à Fukushima.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

Après ça, j’ai appris que même des marathons pour enfants étaient organisés dans des zones avec des doses correspondant aux zones où l’on contrôle la radioactivité.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

NHK, une chaine japonaise de télévision publique, n’évoque jamais l’incidence du cancer de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima (alors qu’elle le fait sur NHK International, mais jamais dans les programmes domestiques), et à la place, elle continue de couvrir les événements sportifs en extérieur et la cueillette des fruits par les enfants à Fukushima.

 

NHK diffuse des programmes qui encouragent les habitants des zones contaminées à rentrer chez eux, et ils ne parlent jamais de ces questions graves.

 

Pendant ce temps, j’ai été accusée pénalement par un leader d’ETHOS, une ONG de Fukushima qui encourage les habitants à rester vivre chez eux, et j’ai été menacée par d’innombrables trolls sur Internet.

 

Je crois vraiment qu’un gouvernement ou un média qui ignore la santé/ la vie de ses propres enfants est fou.


http://takenouchimari.blogspot.jp/2014/08/pm-abe-tried-to-hid-donation-from-nhknhk.html

En outre, récemment, le Premier ministre Abe a été pénalement accusé d’avoir dissimulé le don fait par le producteur en chef de la NHK à son organisme de gestion de campagne, mais la NHK a ignoré ce scandale important.
 

Je veux que ces faits soient connus de tous les citoyens éveillés du monde.




 

De Kyodo News


Le 28 août, à la Société Japonaise de Traitement du Cancer, le professeur Shinichi Suzuki de l’Université de Médecine de Fukushima a présenté des exemples concrets d’enfants ayant ou étant soupçonnés d’avoir un cancer de la thyroïde, à partir des examens de la thyroïde réalisés dans le cadre du suivi de la population de la préfecture de Fukushima après l’accident de Fukushima Daiichi.

Après avoir expliqué son point de vue selon lequel l'influence de l'accident nucléaire serait faible, il a souligné, que "son traitement était conforme à la norme."
Les examens de la thyroïde ont été réalisés sur 370 000 enfants de moins de 18 ans vivant dans la préfecture de Fukushima au moment de l’accident. Les cas [note des traducteurs : de cancer] confirmés sont au nombre de 57 et les cas suspectés 46. Comparé à l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, le professeur Suzuki a déclaré : « Aussi bien les symptômes que la distribution des âges sont différents ».

Sur les 54 patients atteints d’un cancer de la thyroïde qui ont été opérés à l’Université de Médecine de Fukushima [note des traducteurs : 3 patients ont été opérés ailleurs], plus de 80% avaient une tumeur d’une largeur supérieure à 10mm, ou une métastase sur les ganglions lymphatiques ou d’autres organes, qui a nécessité une opération. Deux avaient des métastases dans les poumons.

Les 9 derniers patients avaient des tumeurs inférieures à 10 mm, sans métastase. Mais, selon le professeur Suzuki, « 7 d’entre eux avaient un cancer proche des voies respiratoires et l’intervention chirurgicale était une bonne décision ». L’opération des deux derniers aurait pu attendre un examen ultérieur, mais ils ont été opérés à leur demande et à celle de leurs familles.

90% des patients ont subi une ablation de seulement la moitié de la thyroïde.
Pour le cancer de la thyroïde à Fukushima, quelques experts ont demandé « N’y avait-il pas de cas où la chirurgie n’était pas nécessaire ? » et l’appel à la divulgation des données des patients prenait de l’ampleur.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:35
Le mythe de la sûreté nucléaire

Deux articles parus ces derniers jours permettent de comprendre comment le Japon manipule l’opinion pour faire revenir les habitants évacués dans les zones contaminées et relancer son programme nucléaire. Les autorités prétendent qu’en dessous de 100 mSv/an, il n’y aurait pas de danger sanitaire alors que des études scientifiques prouvent le contraire. Selon un membre de l’AIEA, « tout est une question de communication, et il s’agit d’abord de calmer les inquiétudes « irraisonnées » des populations dues, selon lui, au terme « contamination » qui (…) fait peser sur l’irradiation une image négative », rapporte Cécile Asanuma-Brice dans sa dernière tribune intitulée « La légende Fukushima ».

Kolin Kobayashi revient quant à lui sur le programme Ethos qui, expérimenté sur les populations vivant en territoire contaminé par Tchernobyl, est maintenant appliqué sous d’autres formes – publication 111 de la CIPR par exemple – et aboutit aux mêmes recommandations pour la population de Fukushima. Il permet de demander localement une participation active des habitants, ce qui les rend responsables de la catastrophe dont ils sont pourtant victimes. Il permet également d’imposer une norme annuelle entre 1 et 20 mSv/an pendant la « période de reconstruction » et de 20 à 100 mSv/an dans une période d’urgence.

Ce qui se passe pour les populations vivant en territoires contaminés autour de Tchernobyl et de Fukushima sera bien évidemment appliqué dans n’importe quel pays du monde où aura lieu la prochaine catastrophe nucléaire. En France, la norme actuelle est 1 mSv/an, mais s’il y a un accident, ce sera 20 mSv/an et si vous avez la malchance d’habiter trop près du désastre, vous aurez droit à 100 mSv/an.

On comprend que les autorités nucléaires s’adaptent à toutes les situations, le curseur se déplaçant selon les circonstances, et l’idée rabâchée de la sûreté devient un véritable mythe.

PF

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La légende Fukushima

 

Cécile Asanuma-Brice

 

(extrait)

« Trois ans et demi après l’accident de Fukushima, le nombre de décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire Tepco Daiichi de Fukushima ne cesse de s’accroître. Selon le journal Tokyo Shimbun, plus de 1 100 décès sont comptabilisés au 11 septembre. La population vieillissante, relogée dans des logements «provisoires», a été la première touchée. Le droit au refuge ne leur ayant pas été accordé, en dépit des recommandations faites par le rapporteur aux droits de l’homme de l’ONU, Anand Grover, suite à sa mission au Japon fin 2012, aucun accompagnement financier ne permet à ces habitants le relogement. Leurs conditions sanitaires se dégradent au fur et à mesure du temps qui passe, alors que d’autres décident de partir à leurs frais devant l’instabilité environnementale insupportable au quotidien. La chute dans une spirale de paupérisation touche une partie d’entre eux, livrée à la dépression et à l’alcoolisme. Les villes de Namie (333 décès), Tomioka (250 décès), Futaba (113 décès) et Okuma (106 décès), adjacentes à la centrale dont les fuites d’eau contaminée sont toujours hors de contrôle, comptent au total 802 décès, identifiés officiellement comme conséquents de l’explosion de la centrale (55 ont été enregistrés dans les six derniers mois). Le journal Fukushima Minpo tirait la sonnette d’alarme le 21 juin en rapportant les propos du ministère de l’Intérieur sur le nombre de suicides en recrudescence. La multiplication du nombre des cancers de la thyroïde doit également être prise en compte dans le bilan des conséquences sanitaires de l’explosion. Selon la commission d’enquête du département de Fukushima, 104 enfants de moins de 18 ans, parmi les 300 000 composants l’échantillon, ont été diagnostiqués comme atteints d’un cancer de la thyroïde. Les voix d’épidémiologues, à l’intérieur comme à l’extérieur du Japon, se lèvent pour contrer la position des experts de la commission départementale de Fukushima, selon laquelle ces cancers ne seraient pas conséquents de l’explosion. Ceux-ci « justifient » l’augmentation du nombre de cas par le perfectionnement des outils radiologiques actuels.

Dans la même logique d’une tentative de réconfort moral des habitants, et la double perspective de la réouverture de la zone d’évacuation afin d’y reloger la population au plus vite, et du redémarrage programmé de deux centrales en 2014, le ministère de l’Environnement soutient, dans un rapport du 17 août, qu’en-deçà de 100 msv/an, il n’y aurait aucune conséquence sur la santé. »

(…)

Lire en entier l’article de Cécile Asanuma-Brice

 

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Du projet Ethos au mythe d’une sûreté sereine,

ou "la gestion post-accidentelle" du lobby nucléaire

 

Kolin Kobayashi

 

(extrait)

« Le mythe d’une sûreté sereine à Fukushima

L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire du Japon a installé en septembre 2013 une équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour au sein de l’organisation. L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire, formée en majorité par les personnalités scientifique qui viennent du lobby nucléaire, fondée en sept 2012, est dans une contradiction absolue. Son premier article de la loi de fondation de la ladite autorité stipule à la fin de ces phrases : « l’Autorité a pour but de contribuer à assurer la vie, la santé, les biens du peuple, et la sécurité de l’environnement et de la nation. » En donnant son accord pour le redémarrage de la centrale Sendaï à Kagoshima, le Président de cette autorité, Shunichi TANAKA a confirmé clairement lors de sa dernière conférence de presse, que l’examen effectué ne garantit nullement la sécurité, mais se contente de vérifier si la demande de redémarrage est conforme selon ses réglementations. Avec en son sein, les nominations de membres pro-nucléaires il est clair qu’il y a un conflit d’intérêt fondamental et total. Assurer à la fois la sécurité de la population et défendre l’intérêt du lobby nucléaire est incompatible. Cette autorité pose un réel problème déontologique.

De surcroît, il faut préciser que l’équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour est composée toujours des même acteurs, notamment, Dr. NAGATAKI Shigenobu, le Prof. NIWA Otsura, et le Prof. BAN Nobuhiko.

Ces deux derniers membres japonais de la CIPR ont des liens très étroits avec Jacques Lochard, bien entendu. Le prof. Niwa prône officiellement la méthode Ethos pour convaincre la population qu’il n’y a pas de conséquence sanitaire. Leur méthode est d’appliquer la publication 111 de la CIPR, quintessence du projet Ethos-CORE. Les membres de la CIPR bénéficient bien entendu de subventions de la part de l’association des opérateurs électro-nucléaires par le biais de REA, Radiation Effects Association.

Toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement pour le retour en zone contaminée, sont en parfait accord avec l’esprit Ethos. Lochard a d’ailleurs déclaré à l’Asahi Shimbun qu’on n’avait pas besoin de refaire Ethos au Japon parce qu’il y était d’emblée déjà bien établi.

Ce 17 aout, le gouvernement japonais a lancé une campagne d’information dans les journaux nationaux et locaux de Fukushima, intitulée « Ayons une connaissance véritable sur la radiation ». Dans cette annonce gouvernementale, sont citées quelques lignes de la conférence de M. Rethy Keith Chhem de l’AIEA et du prof. NAKAGAWA Keiichi, radiologue de l’université de Tokyo. Ce dernier prétend qu’il n’y a pas de conséquence grave à une exposition de moins de 100 mSV /an. Le premier explique qu’il y a des radiations naturelles partout et qu’on utilise aussi des rayonnements ionisants pour la médecine, des arguments qui banalisent la radioactivité de Fukushima. »

(…)

Lire en entier l’article de Kolin Kobayashi

 

 

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Photo d’entête : Unité 4 de Fukushima Daiichi, détail (source Tepco)

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 21:54

Quand, en 2011, la marine américaine se retrouve piégée par le nuage radioactif au large de Fukushima… A qui la faute ? Et que cherche-t-on à protéger en niant l’importance de la pollution subie ? C’est le sujet du troisième article de Jean-Marc Royer, tiré de son ouvrage inédit, "Le nucléaire, érotisation suprême et planétaire de la mort ".

 

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Atoms for peace [1], à la sauce baroque, au bas mot

 

 

Jean-Marc Royer

 

 

Une des obsessions du village nucléaire international est de cacher la nature et le niveau des effluents radioactifs émis durant les premiers jours de la catastrophe de Fukushima après les explosions des réacteurs, car il y a là de gigantesques enjeux économiques, juridiques et politiques internationaux. Or il vient de se produire un petit évènement gênant pour tous ces thanatologues et thanatopracteurs du nucléaire, comme si la vérité que l’on voulait absolument enfouir dans de profonds souterrains comme un déchet, venait inopinément de surgir à un endroit inattendu. Voici.

 

Participant à l'opération Tomodachi – amitié – déclenchée le 11 mars 2011, le porte avions à propulsion nucléaire de 100 000 tonnes USS Ronald Reagan, sur lequel servaient 5 500 personnes [2] s’était dérouté afin de servir de plate-forme de ravitaillement et de zone de transit pour les victimes et arrivait le lendemain aux abords de Fukushima (environ 3 km). Malheureusement, le vent soufflant vers la mer ce jour là, le navire était pris dans une sorte de « nuage inattendu », les hommes sur le pont se retrouvant enveloppés par une moiteur qui leur laissait dans la bouche « comme une sorte de goût métallique », le même que certains riverains avaient pu sentir lors du dégazage de Three Mile Island : ces personnels allaient être parmi les premiers à être exposés au panache de rayonnements dus à l’explosion du bâtiment-réacteur n°1 à 15h36. Les niveaux d'exposition sur le navire et sur les chaussures des militaires s’avérèrent être étonnamment élevés. De plus, les marins, comme à leur habitude, avaient utilisé l'eau de mer dessalée grâce aux dispositifs internes, pour cuisiner, se doucher, ainsi que pour tous leurs autres besoins avant que cela ne leur soit interdit. Cette situation dura dix heures avant que le bateau ne soit repositionné à plus de 100 km et que des mesures supplémentaires soient prises. Selon le Huffington Post du 27 février 2014 « des retombées graves ont été également apparemment trouvées sur les hélicoptères qui revenaient des missions de secours. […] à 100 mètres devant, l'hélicoptère lisait 4 sieverts par heure.[3] » Pour mémoire, le 16 mars, la US Nuclear Regulatory Commission portait la zone d’exclusion à 80 km de Fukushima, le 17 le département d’Etat publiait un mémo recommandant l’évacuation du Japon à tous ses ressortissants, personnels de l’ambassade et de la défense compris, et le 21 mars la prise d’iodure de potassium était recommandée jusqu’à 320 km de Fukushima. Ensuite de quoi des considérations diplomatiques et la prise en compte des intérêts de l’industrie nucléaire ont rapidement atténué des recommandations trop visibles …

 

La marine a toujours argué depuis le début que le porte-avions n’était pas contaminé, mais ni le Japon, ni la Corée du Sud, ni même l'île de Guam ne l’ont autorisé à venir à quai après cette mission. Depuis, le navire, après quelques épisodes, est finalement allé en cale sèche 14 mois à Bremerton, dans l'état de Washington, près de Seattle, pour un soi-disant « grand entretien et une remise à niveau » puis en est reparti en mars 2013 vers San Diego ; mais selon son capitaine, il semble que sa fin approche. Dans le Pacifique, tôt ou tard, il pourrait se faire définitivement oublier dans un de ces nombreux cimetières marins où il sera mis en pièces à mains nues par les esclaves des temps modernes qui y laissent leur peau, puisque c'est là que de nombreux navires terminent leur course.

 

Mais les marins connaissent depuis leur retour des problèmes de santé rares et gravissimes pour des personnes aussi jeunes : leucémies, dégénérescence du nerf optique, cancer de la thyroïde, des appareils génitaux et du cerveau. En avril 2012, le lieutenant Steve Simmons, un sportif, était hospitalisé pour une inflammation des ganglions lymphatiques, mais bientôt ses jambes ne le porteraient plus : il se déplace maintenant en fauteuil roulant. A trente cinq ans, il a été mis à la « retraite pour raison médicale » en avril 2014. Mathew Bradley, lui, a contracté une maladie dégénérative de la colonne vertébrale. Une femme de la Navy affirmait quant à elle : « pendant l'opération Tomodachi, j'ai commencé à avoir des migraines, des cycles menstruels irréguliers. Après, j'ai dû avoir recours à des opérations du genou, du sein et de la jambe pour enlever des excroissances » et l’épouse d’un marin a rapporté « qu’à la suite de cette exposition, notre fils, qui est né le 14 novembre 2012, a été diagnostiqué à huit mois avec le cancer du cerveau et de la colonne vertébrale ». Etant donné le développement du droit aus Etats-Unis, il y subsiste encore des possibilités de recours, c’est ce qui a permis la class-action de quelques 81 marins du navire. Et grâce au Freedom of Information Act (FOIA), les plaignants – dont la majorité travaille toujours pour la Navy – ont eu accès aux transcriptions des conversations téléphoniques entre les fonctionnaires du gouvernement fédéral, les autorités nucléaires, les responsables de l'ambassade des États-Unis à Tokyo et le personnel militaire du Commandement Pacifique (PACOM) à ce moment-là. On y constate la véracité de leurs dires malgré la prudence de mise dans ce type d’échanges sensibles (The Asia-Pacific Journal, Vol. 12, Issue 7, No. 4, February 17, 2014). Mais selon l’avocat des plaignants, la Navy ne serait pas nécessairement en cause : le principal responsable serait Tepco qui n'aurait pas prévenu du fait que le cœur du réacteur n°1 avait fondu et que des éléments radioactifs avaient été projetés à l'extérieur de la centrale lors de l'explosion du bâtiment. Les enjeux dans cette affaire sont si importants que malgré le nombre de plaignants et la solidité de leurs dossiers médicaux, il existe un fort risque qu'elle soit classée sans suite. Ce fût d'ailleurs le cas une première fois en novembre 2013 pour « absence de preuves ».

 

Quels sont les enseignements provisoires de cette affaire ? Primo, il est dit dans ces transcriptions de conversations téléphoniques que « le niveau de radiations était tel qu’en 10 heures le seuil admis pour le public était atteint ». Traduction de cette novlangue : le seuil admis outre Atlantique étant de 15 mSv [4] annuels, cela signifie qu’en une heure l’irradiation était de 1,5 mSv, ce qui en France, aurait déjà constitué un dépassement du seuil annuel ! Je rappelle que selon le rapport de l’ECRR, si les marins étaient restés dans ces conditions deux semaines, ils avaient une chance sur deux de rester vivants après leur retour.[5]

 

Comme à Hiroshima, à Nagasaki, et comme dans tous les accidents majeurs qui ont eu lieu depuis 1945, l’enjeu capital de cette affaire réside dans la dissimulation des radiations émises dans les premiers jours, car c’est à ce moment-là qu’elles sont les plus importantes. Il en va de l’avenir de l’industrie et du village nucléaire international ainsi que de la pérennité des pouvoirs aux commandes des Etats nucléaires. Autrement dit, il faut absolument dissimuler au public la gravité des faits durant les premiers jours, sous prétexte d’éviter la panique, mais en réalité pour éviter tous les recours qui pourraient durer des décennies contre l’industrie, le village et les Etats nucléaires, quitte à en augmenter les dangers et le nombre de victimes futures. Ainsi, depuis 1945, l’histoire nous enseigne que pour les Etats et le village nucléaire international, « gérer une catastrophe », c’est avant tout en éviter les répercussions socio-politiques incontrôlées, la sécurité des populations passant au second plan étant donné qu’il sera toujours possible de contester tous les effets de cette catastrophe, à condition que la nature et la quantité des effluents émis durant les premiers jours soient drastiquement minimisées. Après tout, qu’y-a-t-il à craindre de pauvres gens qui tomberont malades dans quelques années ou dans trente ans, puisqu’il ne leur sera pas possible de prouver l’origine de leur cancer, et que les responsables de ce temps-là exerceront … d’autres responsabilités ou auront fait valoir leurs droits à la retraite chapeau avec parachutes dorés ?

 

Deuzio, on se souvient que Tepco avait « balladé » les journalistes du monde entier en cachant la fusion des cœurs des réacteurs durant dix semaines, le temps que l’actualité internationale de Fukushima refroidisse … Pendant tout ce temps, le village et les puissances nucléaires étaient évidemment au courant des fusions, mais l’omerta internationale a correctement fonctionné. Via leur système satellitaire et leurs capteurs au sol, les Etats-Unis (et vraisemblablement d’autres nations), sont capables de détecter les effluents d’une explosion atomique (par exemple en Corée du Nord) dans les minutes qui suivent celle-ci. A qui fera-t-on croire que les responsables de la marine de ce pays en charge du porte-avions Ronald Reagan n’étaient pas au courant de la fusion des cœurs des réacteurs à Fukushima ? Et quand bien même cela serait le cas, cela marquerait un grave dysfonctionnement des échanges entre les services de surveillance ad hoc et les forces armées de ce même pays, au détriment des personnels militaires et des réfugiés qu’ils étaient venus secourir.

 

Democraty now. http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

Democraty now. http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

Tertio, sur les photos de ce porte-avion (dont la marine nie encore l’irradiation), on peut voir une chose dont on est à chaque fois abasourdi, à savoir les moyens dérisoires utilisés contre la contamination radioactive : comme dans les années 1950, des files de marins bottés avaient été alignés et, armés de balais-brosse et de produit vaisselle, ils lessivent le pont du navire, comme à Fukushima on arrosait les bâtiments à la lance à incendie ou bien qu’on mettait ensemble des batteries de voitures pour désespérement palier au défaut de courant électrique dans les salles de contrôle-commande. Violent paradoxe que celui-là et qui se renouvèle à chaque fois : d’un côté ils nous vantent la modernité scientifique et la sécurité technique du nucléaire ad nauseam, de l’autre ils font appel à des ressources ridiculement inadaptées pour lutter contre ces catastrophes, signe de l’impuissance réelle de ces cow-boys face à ce qu’ils ont déclenché. Il faudrait demander à tous ceux qui soutiennent le nucléaire de s’engager publiquement, à l’avance et par écrit à servir dans un corps de volontaires pour aller sur les lieux de la prochaine catastrophe nucléaire puisqu’ils n’en excluent plus l’occurrence périodique !

 

Quarto, sur d’autres photos du pont de ce navire prises deux ans après, il est possible de voir les dizaines d’automobiles des marins qui n’ont pas été autorisés à les récupérer lorsqu’ils ont débarqué ! Sans doute serait-il fâcheux qu’ils irradient un peu trop leur famille, leurs voisins de garage ou bien que des oragnismes indépendants soient à même de confirmer la contamination épouvantable de véhicules bon pour le rebus comme des centaines de véhicules et d’hélicoptères avaient du être abandonnés dans des cimetières à ciel ouvert après Tchernobyl. Plus forte que Balladur ou Juppé, soyons sûrs que la marine US se chargera elle-même d’emmener les véhicules à la casse après avoir octroyé une prime royale à ses personnels afin qu’ils en achètent des neufs …

 

21 mars 2013, http://www.10news.com/news/uss-ronald-reagan-returns-to-san-diego-after-more-than-a-year-in-washington-state-032113

21 mars 2013, http://www.10news.com/news/uss-ronald-reagan-returns-to-san-diego-after-more-than-a-year-in-washington-state-032113

Au-delà de tous ces détails, ce qu’il faut réaliser, c’est que « la gestion des catastrophes nucléaires » consiste essentiellement à nier par tous les moyens l’importance de ses effluents dans les tous premiers jours [6], afin de préserver l’avenir du nucléaire, plutôt que de risquer une situation de révolte de type insurrectionnelle de la part d’une multitude de personnes qui n’auraient plus rien à perdre, pas même leurs vies, ni celle de leurs descendants. La militarisation de ces situations va dans le même sens évidemment. On comprendra dans ce cadre que l’ignorance des foules et leur encadrement soient essentiels. Ceci est tellement vital que le gouvernement japonais vient de prendre un « State Secrets Act » qui criminalise toutes les critiques et les lanceurs d’alerte : il s’agit-là encore une fois de la restriction démocratique des libertés démocratiques …

 

Jean-Marc Royer, mai 2014

 

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[1] Voir le second paragraphe.

 

[2] http://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/atom-heart-fucker-16-qu-est-il-150906

 - http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

http://thelead.blogs.cnn.com/2014/02/19/did-fukushima-disaster-make-u-s-sailors-and-marines-sick/

 - http://japanfocus.org/-Kyle-Cleveland/4075

http://ecowatch.com/2013/12/11/japans-new-fukushima-fascism/

 

[3] http://www.huffingtonpost.com/harvey-wasserman/documents-show-the-navy-k_b_4859290.html

 

[4] Les Etats-Unis en sont restés aux recommandations 26 de la CIPR de 1977, contrairement à d’autres pays qui ont adopté celles de 1990.

http://www.akademia.ch/~sebes/textes/1998/Belbeoch/1998RB_norme77.htm

 

[5] Il faut avoir atteint, selon la CIPR 5000 mSv, soit en l’occurrence 139 jours pour « avoir 50% de chances de mourir » rapidement, mais l’ECRR préconise de diviser par dix ces « recommandations », ce qui correspond 2 semaines.

 

[6] Cf. à ce sujet les révélations du Guardian.

 

 

______________________

Mise à jour : 12 octobre 2014 (phrase "mais selon son capitaine, il semble que sa fin approche. Dans le Pacifique, tôt ou tard, il pourrait se faire définitivement oublier dans un de ces nombreux cimetières marins où il sera mis en pièces à mains nues par les esclaves des temps modernes qui y laissent leur peau, puisque c'est là que de nombreux navires terminent leur course.") 

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Publié par Jean-Marc Royer - dans Au Japon
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