13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 15:35
De la gestion des flux migratoires par un État nucléariste dans un contexte de catastrophe nucléaire

Dans son numéro d’août-septembre, la revue Diplomatie (Les Grands Dossiers n° 22) a édité un nouvel article de Cécile Asanuma-Brice concernant la gestion des flux migratoires suite à la catastrophe de Fukushima, présentant des questions peu traitées jusqu'à maintenant comme le déplacement de la responsabilité de la catastrophe au niveau local et individuel, l’accès kafkaïen au dédommagement des victimes, l’anéantissement de l’interaction entre les habitants et leur territoire ou encore la stratégie d’endoctrinement utilisée par le gouvernement via une communication ciblée.

Le blog de Fukushima a choisi de publier une partie de cet article et propose sa lecture dans son intégralité en version pdf avec l’accord de son auteur.

 

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De la gestion des flux migratoires par un État nucléariste

dans un contexte de catastrophe nucléaire

 

 

Par Cécile Asanuma-Brice, spécialisée en géographie urbaine, chercheuse associée au Clersé – Université de Lille I et au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo (1).

 

 

Trois années se sont écoulées depuis le tremblement de terre suivi d’un tsunami le 11 mars 2011, qui, faut-il le rappeler, a engendré un accident nucléaire majeur à la centrale de Fukushima Dai-ichi, dans le Nord-Est du Japon. Au cœur de la gestion post-catastrophe, c’est celle des hommes et de leur mobilité qui est en jeu.

 

Nous avions, en décembre 2011, rédigé un bilan précis des dégâts provoqués par la catastrophe de Fukushima dans le secteur du logement, ainsi que du relogement des personnes victimes à la fois du tsunami, et de la contamination nucléaire qui s’est très largement répandue dans une partie de la préfecture de Fukushima et des départements voisins (2). Le gouvernement a fait état de 160 000 personnes déplacées, dont 100 000 à l’intérieur du département et 60 000 à l’extérieur. À la suite de la politique publique de retour à vivre dans les territoires en grande partie contaminés, l’estimation officielle est aujourd’hui de 140 000 personnes réfugiées : 100 000 personnes à l’intérieur du territoire et 40 000 à l’extérieur. Néanmoins, ces chiffres sont le fruit d’un système d’enregistrement extrêmement contraignant, auquel une partie non négligeable des habitants n’a pas voulu se plier (3). La population déplacée est donc notablement plus élevée que ce que les statistiques officielles laissent entendre. Comment le Japon a-t-il géré ses « réfugiés du nucléaire » ? Quelles sont les logiques nationales et internationales à l’œuvre derrière les politiques publiques en la matière ? C’est ce que nous allons tenter d’expliquer ici.

 

Une fillette japonaise originaire du village d’Okuma, proche de Fukushima Daiichi, prend des jouets pour son frère au cours d’une distribution de jouets, de vêtements et de produits d’hygiène organisée par l’armée américaine, fin mars 2011. Au lendemain de l’accident de la centrale, les 11 500 habitants d’Okuma, ainsi que les quelque 65 000 habitants des huit autres communes situées à moins de 20 km de la centrale, ont été évacués dans des gymnases et des abris de fortune, qui seront plus tard remplacés par des logements dits « provisoires ». (© Leo Salinas)

Une fillette japonaise originaire du village d’Okuma, proche de Fukushima Daiichi, prend des jouets pour son frère au cours d’une distribution de jouets, de vêtements et de produits d’hygiène organisée par l’armée américaine, fin mars 2011. Au lendemain de l’accident de la centrale, les 11 500 habitants d’Okuma, ainsi que les quelque 65 000 habitants des huit autres communes situées à moins de 20 km de la centrale, ont été évacués dans des gymnases et des abris de fortune, qui seront plus tard remplacés par des logements dits « provisoires ». (© Leo Salinas)

Les enjeux de la catastrophe

 

Il est essentiel, lorsque l’on évoque la gestion des flux migratoires par un gouvernement et afin de comprendre ses choix, d’en appréhender la politique tant intérieure qu’extérieure. Or, parmi les plus grands paradoxes qui ont suivi la catastrophe dont il est question ici, se trouve la multiplication des accords internationaux en matière de nucléaire entre la France et le Japon (Mitsubishi et Areva notamment) pour la construction de nouvelles centrales nucléaires et l’exploitation de nouveaux gisements d’uranium (4), plus particulièrement en Asie. On notera par ailleurs – mais c’est sans doute une coïncidence – la première participation en juin 2014 du groupe Mitsubishi à Eurosatory, considéré comme le plus grand salon mondial de l’armement terrestre (5). Quelques mois plus tôt, dans une phase préparatoire, s’était tenue en décembre 2012, à Fukushima, la Conférence ministérielle sur la sécurité nucléaire. Des représentants de pays du monde entier y ont promis le développement de centrales désormais sûres et sans danger. La décision politique de poursuivre et de développer l’énergie nucléaire était prise au niveau international, requérant dès lors un retour à la normale des plus prompts et à moindre coût au Japon. Afin de concrétiser cette démarche, les outils élaborés par l’ICRP (International Commission on Radiological Protection), basés sur « les notions de doses collectives* et sur les analyses coûts-bénéfices », sont utilisés comme fondement des calculs de profitabilité en situation de risque. Selon cette institution, la gestion du risque relève d’une équation attribuant une valeur économique à la vie humaine, le calcul du coût de sa protection permettant de déterminer la rentabilité ou non de la mise en place de cette protection (6). Mais, comme le déclarait Jacques Lochard, membre du comité de l’ICRP et directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire)  lors d’un entretien que nous avons mené en novembre 2013, « Ethos ne va jamais sans Thanatos (7) ». Le tout est de savoir de quel côté l’on souhaite faire pencher la balance ! Attribuer une valeur monétaire à la vie humaine matérialise certainement l’aboutissement le plus extrême de la tendance à l’objectivation de l’être (devenu objet) dans nos sociétés.

 

De la gestion des flux migratoires par un État nucléariste dans un contexte de catastrophe nucléaire

 

Phase 1. Une politique de gestion des flux à rebours

 

On peut découper en trois phases la politique de contrôle des flux de population en fonction des directives énoncées dans les plans de priorité annuels du gouvernement japonais dans le contexte que nous venons de décrire. La première étape a été mise en œuvre dans l’année qui a suivi la catastrophe. Il fallait répondre à l’urgence, et cela a été fait notamment par la mise à disposition gratuite du parc de logements publics vacants sur l’ensemble du territoire afin d’y accueillir les victimes. Rapidement, le réconfort prend place à l’intérieur du département de Fukushima, par la construction de l’illusion de la protection. Certes, des mesures concrètes et visibles sont réalisées. Cependant, les logements provisoires sont bâtis en partie sur des zones contaminées (voir carte ci-dessus), les postes de mesure installés sont trafiqués et l’inefficacité de la décontamination est rapidement montrée du doigt (voir notamment les nombreux travaux de l’auteur sur ce sujet, et en particulier l’article paru dans Outre-terre signalé en bibliographie, NdlR).

 

Un poste de mesure de la radioactivité. Installés à plus d’un mètre du sol, voire sur des plaques de fer, avec des nettoyages fréquents aux alentours, ils produisent des chiffres inférieurs à la réalité dans le but de rassurer les habitants. (© Cécile Asanuma-Brice)

Un poste de mesure de la radioactivité. Installés à plus d’un mètre du sol, voire sur des plaques de fer, avec des nettoyages fréquents aux alentours, ils produisent des chiffres inférieurs à la réalité dans le but de rassurer les habitants. (© Cécile Asanuma-Brice)

 

La fin de l’année 2012 est marquée par le premier appel au retour avec l’arrêt de la gratuité des logements publics vacants sur l’ensemble du territoire, la décision du maintien de cette mesure revenant désormais aux collectivités locales. C’est là l’un des points fondamentaux qui caractérisent la gestion du désastre, à savoir le déplacement de la responsabilité. Déresponsabiliser les pouvoirs publics – plus particulièrement gouvernementaux – au profit d’une responsabilisation des collectivités locales est le premier degré de ce processus. Cela se traduit par un retard considérable dans les plans de reconstruction, les collectivités locales concernées n’ayant pas les moyens de les assumer. Ainsi, pour l’État japonais, ne pas reconstruire tout en appelant au retour en vantant une reconstruction fictive garantit un maintien des dépenses à un niveau bien moindre que ce qu’impliquerait une véritable politique de reconstruction. Mais surtout, les autorités s’efforcent de fixer les populations dans le département de Fukushima afin d’assurer leur suivi statistique et scientifique. Elles ne sont pas prêtes à prendre en charge la protection de ces populations qu’elles estiment condamnées. Pourquoi investir dans des logements publics pour un département déjà dépeuplé et amené à l’être encore plus ?

(…)

 

Lire l’intégralité de l’article (version pdf, 5 Mo) : cliquer sur le lien ci-dessous

(Une fois téléchargé, ouvrez le fichier avec Adobe Reader)

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(1) Résidente permanente au Japon depuis 2001, auteur de nombreux articles sur la gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Cécile Asanuma-Brice a participé à (ou organisé) un grand nombre de conférences sur ce même thème en France comme au Japon.

 

(2) Cécile Asanuma-Brice, « Logement social nippon : quand la notion de public retrouve sa raison », Revue Urbanisme, nov.-déc. 2011, no 381.

 

(3) Cécile Asanuma-Brice et Thierry Ribault, Quelle protection humaine en situation de vulnérabilité totale ? Logement et migration intérieure dans le désastre de Fukushima, rapport dans le cadre du programme « Nucléaire, risque et société » de la Mission Interdisciplinarité du CNRS (2012).

 

(4) Entre autres sur le sujet : « Le Duo Mitsubishi-Areva va construire quatre réacteurs nucléaires en Turquie », Le Monde, 2 mai 2013 ; « Nucléaire : accord de partenariat entre Areva, Mon-Atom et Mitsubishi », Le Parisien, 26 octobre 2013.

 

(5) « Le Japon revient dans la course aux ventes d’armes », Le Monde, 16 juin 2014.

 

(6) Franco Romerio, Énergie, économie, environnement : le cas de l’électricité en Europe entre passé, présent et futur, Genève, Librairie Droz, 1994.

 

(7) Entretien réalisé par C. Asanuma-Brice et T. Ribault à Fukushima en nov. 2013. J. Lochard faisait ici référence au projet ETHOS établi par le CEPN à Tchernobyl en 1986 et à Fukushima en 2012, visant à donner les connaissances de radioprotection à la population vivant dans des territoires contaminés afin de permettre le glissement de responsabilité que nous évoquons ici, soit l’autogestion de sa protection.

 

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Photo d'entête : Au lendemain du séisme de magnitude 9 qui a dévasté le Nord-Est du Japon, du 9 au 11 mars 2011, des habitants de Minamisoma (préfecture de Fukushima) observent les débris charriés par le tsunami qui s’est ensuivi. Si la catastrophe naturelle a laissé au moins 387 000 sans-abris, hébergés dans des structures d’accueil, l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Dai-ichi a, à lui seul, provoqué l’évacuation de 160 000 Japonais. (© AFP/ Toru Yamanaka)

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 20:52
Unité 3 de Fukushima : la théorie de l’explosion de vapeur

En 2011, Ian Goddard s’est penché sur l’explosion de l’unité 3 et, après avoir abandonné l’hypothèse d’Arnie Gundersen, a proposé une théorie basée sur une explosion de vapeur dans l’enceinte de confinement. Les autorités japonaises et l’opérateur Tepco ont toujours affirmé officiellement que cette explosion avait été provoquée par de l’hydrogène, mais cette position est uniquement due aux premiers communiqués du Cabinet du Premier ministre japonais et de la NISA, et non pas à la réalité constatée. En effet, quelques secondes après l’explosion, le directeur de la centrale s’est écrié : « QG, QG, c’est affreux ! L’unité 3 a explosé à présent ! Je pense que c’est probablement dû à la vapeur ». Mais on lui a bien fait comprendre ensuite qu’il ne faudrait plus qu’il en parle de cette manière et que l’on devait désormais uniquement expliquer les faits avec la version officielle.

J’ai choisi de diffuser la théorie de Ian Goddard car, 3 ans après les faits, elle reste la théorie la plus plausible et paradoxalement une des moins diffusées. Deux informations données par Tepco postérieurement à l’édition de l’article original en 2011 corroborent son scénario. Tout d’abord, en 2012, l’opérateur a lâché une information de taille : un bouchon de grandes dimensions qui ferme un conduit permettant d’apporter ou retirer des équipements lourds à la base de l’enceinte de confinement est sorti de son emplacement. Il est probable qu’une surpression interne ait pu réaliser cet exploit de déplacer cet équipement de plusieurs dizaines de tonnes qui reste évidemment fermé quand le réacteur est en fonctionnement. La deuxième information date de cette année : suite au nettoyage des ruines de l’unité 3, une partie de la dalle anti-missile, élément intégral du couvercle du puits de cuve du réacteur, a été retrouvée affaissée de 30 cm en son centre par rapport aux autres éléments, ce qui peut s’expliquer par son soulèvement et sa chute, aucun objet lourd n’étant tombé directement dessus. Là encore, cet équipement en béton armé d’environ 40 tonnes n’a pas pu bouger sans qu’une très forte pression n’apparaisse subitement.

Toutefois, la complexité de cette succession d’explosions de l’unité 3 est telle qu’il est possible que d’autres facteurs soient responsables de tel ou tel évènement physique non pris en compte dans ce scénario énoncé précocement. C’est pourquoi il doit être considéré comme une bonne piste de recherche et doit laisser la porte ouverte à d’autres scénarios ou variantes. Quoi qu'il en soit, cette hypothèse d’explosion de vapeur, toujours tue par les autorités scientifiques de la planète nucléaire, a le mérite d’exister et Ian Goddard doit ici être remercié pour la clarté de sa démonstration qui contraste avec le mutisme des organismes scientifiques censés nous expliquer ce qui est arrivé.

Pierre Fetet

 

 

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Unité 3 de Fukushima : la théorie de l’explosion de vapeur

 

Ian Goddard

 

 

 

Titre original : Fukushima Unit 3 - steam-explosion theory

Source : http://iangoddard.com/fukushima01.html

Traduction française : Pierre Fetet (relecture Phil Ansois)

 

 

 

 

L’événement marquant des fusions de cœur de Fukushima a été la grande explosion de l'unité 3, le 14 mars, avec son nuage en forme de champignon, en total contraste avec l'explosion de l'unité 1 qui n'avait provoqué aucune projection verticale remarquable. Pourtant, Tokyo Electric Power Company suppose que chacune de ces explosions est due à de l’hydrogène qui s’est retrouvé confiné au niveau supérieur au-dessus du réacteur. Toutefois, parce que des effets radicalement différents suggèrent des causes différentes, considérons un modèle fondé sur des données probantes dans lequel l’explosion de l'unité 3 était une explosion de vapeur qui a vaporisé des tonnes d'eau de mer injectées en un nuage en forme de champignon et qui a déclenché des explosions secondaires d'hydrogène.
 

Figure 1: L’explosion de l’unité 1, contrairement à celle de l’unité 3, n’a pas eu d’amplitude verticale et n'a pas formé de nuage en forme de champignon. Il semble donc que quelque chose en plus soit arrivé à l'unité 3. Le nuage en forme de champignon est composé d’une masse compatible avec des tonnes d'eau vaporisée.

Figure 1: L’explosion de l’unité 1, contrairement à celle de l’unité 3, n’a pas eu d’amplitude verticale et n'a pas formé de nuage en forme de champignon. Il semble donc que quelque chose en plus soit arrivé à l'unité 3. Le nuage en forme de champignon est composé d’une masse compatible avec des tonnes d'eau vaporisée.


Le risque d'une explosion de vapeur au cours d’une fusion de cœur dans une enceinte de confinement abritant un réacteur a été un sujet de préoccupation et de recherche considérable, comme indiqué dans Moriyama et al .:

« L'explosion de vapeur provoquée par le contact d’un cœur fondu et d’un liquide de refroidissement [l'eau] est reconnue comme l'une des menaces potentielles pour l'intégrité d’une enceinte de confinement lors d'un accident grave de réacteurs à eau légère et l'une des plus importantes sources d'incertitude dans l'évaluation des fréquences des premiers rejets importants de produits de fission. » [1]

Puisque de l'eau de mer a été injectée dans le réacteur de l’unité 3 dans le but de le refroidir lors de sa fusion, les ingrédients nécessaires pour une explosion de vapeur dans l'enceinte de confinement étaient réunis avant l'explosion. Donc, étant donné que l'explosion de vapeur est un risque reconnu dans de telles circonstances, la possibilité d'une explosion de vapeur nécessite une enquête que nous allons entreprendre sans délai.


Panaches de vapeur distincts provenant de l'enceinte de confinement

 
Dès que les nuages ​​de l'explosion se sont dissipés, deux panaches de vapeur distincts ont été vus sortant du niveau supérieur démoli de l'unité 3.

La figure 2 (a) montre l'unité 3 trois minutes après son explosion, et là nous voyons deux panaches de vapeur distincts. Ces deux panaches ont été observées tout au long du début du printemps, quand l'unité 3 produisait de la vapeur, comme le montre la figure 2 (b, c, d).
 

Figure 2 (a-d): des panaches de vapeur distincts vus tout au long du début du printemps après l’explosion s’élèvent en nuage de l'unité 3. (e) La tendance à un panache de vapeur persistant suggère une vapeur provenant de l'enceinte de confinement.

Figure 2 (a-d): des panaches de vapeur distincts vus tout au long du début du printemps après l’explosion s’élèvent en nuage de l'unité 3. (e) La tendance à un panache de vapeur persistant suggère une vapeur provenant de l'enceinte de confinement.


La figure 2 (e) situe les panaches de vapeur sur le plan de l'unité 3. Sans surprise, le volume important des nuages de vapeur qui s'échappaient est en corrélation avec un grand réservoir d'eau bouillante [2]. La seule autre masse d'eau sur le site est la piscine de combustible usé sur le côté sud de l'unité 3 (voir la piscine de combustible usé dans les figures 2 (e) et 3). Cependant, les panaches de vapeur émanent de points autour du centre de l'unité 3, et s’échappent dans de gaies volutes tout comme de la vapeur s’échappant de trous dans un récipient d'eau bouillante. De toute évidence, ces panaches de vapeur distincts ne viennent pas de la piscine de combustible.


Les points chauds du couvercle du puits de cuve correspondent aux panaches de vapeur


La figure 3 localise les points chauds sur les photos infrarouges associées au plan de l’étage de service de l'unité 3. On constate que les points chauds clés s'alignent avec le bord du couvercle du puits de la cuve du réacteur. Ces points chauds correspondent à leur tour aux panaches de vapeur de la figure 2 et aux forces explosives que nous verrons dans la figure 4.
 

Figure 3 : Animation : les points chauds correspondent au couvercle, à la vapeur et aux souffles explosifs dans la figure 4. Notez que la piscine de combustible à gauche est décentrée ; c’est également chaud au niveau du stockage de combustible usé.

Figure 3 : Animation : les points chauds correspondent au couvercle, à la vapeur et aux souffles explosifs dans la figure 4. Notez que la piscine de combustible à gauche est décentrée ; c’est également chaud au niveau du stockage de combustible usé.


Les panaches de l’explosion correspondent aux panaches de vapeur


La figure 4 montre les séquences vidéo initiales de l'explosion de l’unité 3. Notez qu'il y a des panaches explosifs distincts, le plus évident étant le panache de feu qui a la forme d’un poing qui frappe et passe à travers le haut de la paroi sud ensoleillée. Notez aussi que les panaches explosifs initiaux ne se propagent pas vers le haut comme le nuage en forme de champignon qui les a suivis, mais qu’ils ont plutôt des effets de souffle sur les côtés suivant un angle d’environ 45˚. Les angles des vecteurs [d’éjection ; cf. Fig. 3] convergent bien sur ​​le bord du couvercle du réacteur, là d’où proviennent aussi les panaches de vapeur. Par conséquent, dans ce modèle d’explosion de vapeur, ces panaches explosifs sont une phase ignée des panaches de vapeur qui s’est produite immédiatement après, comme le montre la figure 2. Cette phase enflammée des panaches provenant de l’enceinte de confinement reflète l'éjection explosive de gaz inflammables comme l'hydrogène à partir de la zone supérieure de l'enceinte de confinement.
 

Figure 4 : Animation : modélisation de la phase initiale de l'explosion sur la base des données des figures 2 et 3. L'eau, dans notre modèle, est assombrie par sa contamination avec du combustible fondu et des dégagements gazeux.

Figure 4 : Animation : modélisation de la phase initiale de l'explosion sur la base des données des figures 2 et 3. L'eau, dans notre modèle, est assombrie par sa contamination avec du combustible fondu et des dégagements gazeux.


La figure 5 montre le mécanisme de déclenchement d’une explosion de vapeur hors cuve, comme cela est décrit dans Moriyama et al., où l'eau s’est accumulée au fond de l'enceinte de confinement en dessous du réacteur. Ensuite, le combustible fondu, en traversant le fond de la cuve fondue du réacteur, provoque une explosion de vapeur au moment où il tombe dans l’eau en dessous du réacteur. [1] Ainsi, dans notre modèle pour Fukushima, l'eau de mer injectée dans le réacteur de l'unité 3 s’écoule hors du réacteur et s’accumule dans l’enceinte de confinement. La chute du combustible en fusion déclenche alors une explosion de vapeur qui elle-même déclenche les explosions secondaires d'hydrogène. [1,3]
 

Figure 5 : Animation: l’explosion de vapeur hors-cuve déclenchée par le combustible fondu tombant dans l'eau.

Figure 5 : Animation: l’explosion de vapeur hors-cuve déclenchée par le combustible fondu tombant dans l'eau.


Dans la figure 6, toutes nos observations sont réunies pour former un modèle compatible et cohérent d’explosion de vapeur hors-cuve qui concorde parfaitement avec l'explosion de l'unité 3. Ici, nous faisons fonctionner ce modèle plus loin que l’animation de la figure 4, jusqu’au point de « l'épanouissement du champignon », qui arrive juste après comme prévu, une grosse boule de vapeur de carburant usé roulant vers le haut dans le ciel. Nous supposons que la force de l'explosion dans l'enceinte a momentanément soulevé le couvercle du puits de cuve, permettant à une partie importante de l'eau de mer de s’échapper, avant qu’il ne retombe et se referme. Mais les dégâts de l'explosion sur les joints du couvercle ont permis à la vapeur de se propager pendant des semaines comme on le voit dans la figure 2.

 

Figure 6 : Animation : modélisation de l’explosion de vapeur hors-cuve appliquée à l'explosion de l'unité 3.

Figure 6 : Animation : modélisation de l’explosion de vapeur hors-cuve appliquée à l'explosion de l'unité 3.

 

Indices donnés par les instruments de mesure

Les données enregistrées indiquent que l'explosion de l’unité 3 a été associée à un taux significatif de variation de pression (une chute de pression) dans l’enceinte de confinement (appelée aussi drywell, ou D/W) comme si cela correspondait à un rejet explosif soudain provenant de celle-ci. [4]

 

Figure 7 : l'explosion a coïncidé avec une baisse soudaine de la pression de confinement. Le graphique montre le taux de variation de pression et son évolution ; la pression n’est pas revenue à la normale après l'explosion (voir [4] pour plus de détails).

Figure 7 : l'explosion a coïncidé avec une baisse soudaine de la pression de confinement. Le graphique montre le taux de variation de pression et son évolution ; la pression n’est pas revenue à la normale après l'explosion (voir [4] pour plus de détails).


La théorie de TEPCO selon laquelle l'explosion de l’unité 3 est uniquement due à une explosion d'hydrogène dans l'espace du niveau supérieur au-dessus du confinement est contredite par la perte simultanée et soudaine de la pression de l'enceinte de confinement, qui indique clairement son implication dans l'explosion.
Cela montre aussi que l'eau de mer injectée dans le réacteur fuyait, ce qui de ce fait inondait l'enceinte de confinement comme le montre la figure 5. Vingt heures avant que l'unité 3 n’explose, TEPCO a également indiqué dans un communiqué de presse (soulignement ajouté):

En tenant compte du fait que le niveau d'eau dans la cuve sous pression n'a pas augmenté depuis longtemps et que la dose de rayonnement augmente, nous ne pouvons pas exclure la possibilité que la même situation se soit produite à l'unité 1 le 12 mars. [5]

Que le niveau de l’eau n'ait pas augmenté pendant une longue période est conforme à un écoulement de l'eau hors du réacteur. Et qu'il ait finalement augmenté est cohérent avec le fait que le niveau dans l'enceinte de confinement était finalement suffisamment élevé pour permettre au niveau d’augmenter aussi dans le réacteur. Cependant, gardez à l'esprit que ce sont des conclusions à partir d'une déclaration au sujet d'une situation complexe et que même ceux qui étaient sur le site à ce moment ne pouvaient pas être certains de la signification des données des niveaux d'eau.


Discussion


Étant donné que l'explosion de vapeur hors cuve au cours d'une crise est reconnue par l'industrie nucléaire et les scientifiques comme un risque grave, il est surprenant que la seule mention de celle-ci en rapport aux fusions de cœurs de Fukushima trouvée via Google (au 03/09/11) se trouve dans un rapport de Greenpeace Allemagne [6]. Ce qui est aussi surprenant, c'est qu'il n'y a pas eu à ce jour d'explication ou même de reconnaissance des différences considérables entre les explosions de Fukushima provenant de l'industrie, du gouvernement ou de sources universitaires. Et pourtant, comprendre exactement comment les centrales nucléaires ont explosé pourrait évidemment aider à protéger le public contre les catastrophes nucléaires du futur.


Dans le rapport du gouvernement japonais, l’explosion de l’unité 3 est expliquée de cette manière : " Une explosion, qui était probablement une explosion d'hydrogène, a eu lieu à la partie supérieure du bâtiment réacteur à 11h01 le 14 mars " [7]. C'est tout ! Pour une explication universellement acceptée, sans question à faire valoir en passant simplement comme probable, c'est surprenant. En outre, elle est probable par rapport à quoi ? Si je dis « La pluie est probable », nous savons que ça signifie que c’est probable par rapport au fait qu’il ne pleut pas, et nous savons ce que ne pas pleuvoir veut dire. Pourtant, il n'est pas fait mention de toute autre cause possible relative au fait que cette probabilité est favorisée. Le terme explosion de vapeur ne figure même pas dans le rapport. Il semble donc que soit il n’y a que Greenpeace à être familier avec la littérature nucléaire, soit le gouvernement et TEPCO ont choisi de garder le silence sur d'autres causes possibles.

Considérant que la fuite de liquide de refroidissement dans l'enceinte de confinement est une condition préalable pour une explosion de vapeur hors-cuve tant redoutée, il est curieux que TEPCO ait déclaré dans presque chaque communiqué de presse précédent l’explosion de l'unité 3 : « Actuellement, nous ne croyons pas qu'il y ait une fuite de liquide de refroidissement du réacteur vers l’enceinte de confinement du réacteur. » [8] En commençant par dire « nous ne croyons pas », c'est avant tout une déclaration au sujet de la croyance qui revient à dire : nous ne savons rien de toute fuite. Un tel déni de savoir qu'une condition préalable essentielle à une explosion de vapeur hors-cuve puisse exister a des relents de manœuvres précontentieuses destinées à réduire la responsabilité éventuelle de TEPCO.

En conclusion, les éléments de preuve dans le présent rapport ramènent constamment à une explosion dans l'enceinte de confinement et donc plus probablement à une explosion de vapeur hors cuve dans cette grande enceinte d'eau bouillante [2]. Ce type d'explosion de vapeur est le type le plus probable parce que la recherche indique qu’il est très peu probable qu’une explosion à l’intérieur de la cuve (c’est-à-dire une défaillance du confinement en mode alpha) survenant à l'intérieur du réacteur lui-même puisse provoquer une brèche dans l'enceinte de confinement, et il y aurait donc peu de chances qu’elle produise l'explosion dramatique de l'unité 3 [1].

 


Conclusion

La preuve empirique multimodale examinée ci-dessus démontre que tous ces éléments, à savoir (a) les panaches de vapeur d'eau, (b) les points chauds, (c) les forces explosives et (d) un nuage de vapeur en forme de champignon,  correspondent à des vecteurs [d’éjection ; cf. Fig. 3] dont les origines convergent autour du couvercle d'un grand réservoir d’eau bouillante connu sous le nom d’enceinte de confinement. En outre, les données enregistrées montrent que la pression dans l'enceinte de confinement a soudainement chuté au moment de l'explosion (conformément à une explosion provenant de l'enceinte de confinement) et que le jour avant l'explosion, les niveaux d'eau n'ont pas augmenté dans le réacteur pendant une longue période en dépit de l’eau injectée (compatible avec l'eau qui s'écoule du réacteur et son accumulation dans l’enceinte de confinement). Enfin, compte tenu de la présence de flammes dans deux des panaches explosifs (figures 4 et 6), l'explosion dans l'enceinte a probablement déclenché les explosions secondaires d'hydrogène, car ce  gaz se serait accumulé à la fois dans l'espace de l’enceinte de confinement et dans l'espace du niveau supérieur au-dessus de l'enceinte de confinement.

 


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[1] Moriyama, K., et al. (2006). Evaluation of Containment Failure Probability by Ex-Vessel Steam Explosion in Japanese LWR Plants, Journal of Nuclear Science and Technology, 43(7), p.774-784.


[2] Nous n’avons pas besoin d’émettre l'hypothèse que le réservoir d'eau était en train de bouillir parce que son ébullition est un fait accepté par tout observateur bien informé. En effet, (1) l'eau autour du combustible nucléaire fondu ou en train de fondre est nécessairement en ébullition et doit être renouvelée en permanence pour étancher le rythme rapide de l'ébullition, et (2) les panaches de vapeur vus dans la figure 2 montrent clairement que l'eau fuyant de l’intérieur de l’enceinte de confinement de l’unité 3 bouillait. Reconnaissant que l'enceinte de confinement était un grand réservoir d'eau bouillante, comme une grande cocotte-minute avant que ses joints ne cèdent, la théorie selon laquelle il a subi une explosion de vapeur doit être considérée comme la théorie par défaut.

[3] JAEA. (2006). Nuclear Safety Research, Evaluating the Risk of Steam Explosions, JAEA R&D Review, p. 83.


[4] Variation du taux de pression du D/W de l’unité 3 (MPa/h) dans la période 0-96 heures après le séisme.

Voir aussi: la pression de la cuve du réacteur (RPV) et de l’enceinte de confinement primaire (PCV, et toute autre dénomination : enceinte de confinement, drywell ou D/W) au moment de l'explosion.

Données brutes de Tepco pour l'unité 3, certaines d'entre elles utilisées ici.

[5] TEPCO Communiqué de presse de Tepco du 13 Mars 2011 : Impact to TEPCO's Facilities due to Miyagiken-Oki Earthquake (as of 3:00PM).

[6] Large, J.H. (2011). Brief opinion on the TEPCO plan to flood the primary containment of Unit 1 Fukushima Dai-ichi, Greenpeace Germany.

[7] Prime Minister of Japan and His Cabinet. (2011). Report of Japanese Government to the IAEA Ministerial Conference on Nuclear Safety - The Accident at TEPCO's Fukushima Nuclear Power Stations, Chapter 4.


[8] Communiqué de presse de Tepco du 12 mars 2011 : Plant Status of Fukushima Daiichi Nuclear Power Station (as of 11PM March 12th).

 

 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 18:34

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 21 août 2014

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

 

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La centrale nucléaire de Sendai a subi l’examen avec succès

 

Aucun de nos 54 réacteurs nucléaires (50 + 4 hors d’usage à Fukushima) ne fonctionne. Après l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement a créé un organisme, l’"Autorité Nucléaire de Régularisation", qui examine les réacteurs selon une norme nouvelle, plus sévère. Toutes les compagnies d’électricité possédant des réacteurs nucléaires veulent les remettre en marche et réclament de l’Autorité qu’ils soient examinés dans les meilleurs délais.

A propos de la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai

Le 16 juillet, l’Autorité a fait savoir que la centrale nucléaire de Sendai, située au sud de l’île de Kyushu (voir carte ci-contre : c’est l’île située à l’extrême sud-ouest de l’archipel) répondait à la nouvelle norme. Interviewé, le chef de l’Autorité, Tanaka Shunitsi, a dit : « Nous avons examiné la centrale non sous le rapport de sa sécurité, mais de sa conformité à la norme. Je ne dis pas que la centrale est sûre. Je ne peux pas dire qu’elle ne présente aucun risque. »

Le premier ministre Abe a délibérément mal interprété cette déclaration en disant : « Nous avons fait un pas en avant. L’Autorité a examiné la centrale selon la norme la plus sévère au monde et si, sur la base de cet examen, il sera conclu que la centrale est sûre, je veux la remettre en service après avoir reçu l’approbation des communautés concernées. ».

Beaucoup de gens critiquent le chef de l’Autorité et le premier ministre. Les principaux problèmes sont les suivants :

 

1. Cette norme n’est nullement la plus sévère au monde. Elle n’exige ni que le réacteur soit équipé d’un récupérateur du corium, entrant en fonction quand se produit une fusion du cœur du réacteur, ni que l’enceinte de sécurité ait une double paroi. Il s’agit pourtant là des techniques les plus modernes, déjà à l’œuvre en Europe.

 

2. Sendai est situé à proximité d’un grand volcan et beaucoup de géologues mettent en garde contre le danger d’une éventuelle éruption menaçant la centrale, mais l’Autorité a ignoré l’avertissement et approuvé les mesures préventives proposées par la compagnie d’électricité.

(À gauche, au centre du petit cercle rouge : la centrale de Sendai ; zones entourées de vert : trois grands volcans)

(À gauche, au centre du petit cercle rouge : la centrale de Sendai ; zones entourées de vert : trois grands volcans)

 

3. Il n’existe toujours pas de plan d’évacuation. Ni l’Autorité ni le gouvernement n’en ont la responsabilité. Le chef du département de Kagoshima dit même qu’un plan concernant les gens qui logent dans un rayon de dix kilomètres suffit, alors qu’à Fukushima il y a eu de nombreuses victimes à l’extérieur de cette zone. La remise en route de la centrale compte davantage, à ses yeux, que la vie des habitants.

La procédure se poursuivra ensuite de la façon suivante :

1. Audition par le gouvernement, pendant un mois, des opinions exprimées* par les gens.

    * Celles-ci seront majoritairement défavorables, mais le gouvernement les ignorera.

2. Approbation* de la remise en marche de la centrale par le département de Kagoshima et la ville de  Satsuma-Sendai.

    * Jusqu’à présent, il était admis qu’en cas d’approbation des deux communautés, la compagnie d’électricité aurait le droit de remettre en marche la centrale, or maintenant les villes voisines exigent que la compagnie les entendent, elles aussi, car en cas d’accident elles aussi seraient concernées.

3. Après l’automne, remise en marche des réacteurs.

 

 

 

Enquête sur la remise en marche des centrales

 

59% s’opposent à la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai

(enquête téléphonique menée par le journal Asahi, les 26 et 27 juillet)

 

1. Sur la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai :

 

Hommes :      pour : 33%          contre : 37%

Femmes :        pour : 13%          contre : 65%

Total :            pour : 23%          contre : 59%

 

2. Sur la sécurité de l’énergie nucléaire :

 

Peut être considérée comme sûre, si elle est techniquement bien gérée :

25%

36% (mai 2011, après l’accident de Fukushima)

Tellement dangereuse, que les hommes ne peuvent la rendre sûre :

63%

56% (mai 2011, après l’accident de Fukushima)

 

3. Le premier ministre a tiré la leçon de l’accident :

19%

Le premier ministre n’a tiré ancune leçon de l’accident :

61%

 

 

 

 

Enquête menée dans la ville de Satsuma-Sendai

 

La « Société de vie – Adieu à l’énergie nucléaire » a enquêté auprès de 1133 personnes, dans la ville de Satsuma-Sendai où est implantée cette centrale nucléaire.

 

1. Sur la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai :

Pour :                        7%

Contre :                     85%

2. La ville progressera-t-elle avec la centrale nucléaire ?

Ne progressera pas : 68%

Progressera :             9%

Progressera ou pas :  20%

 

Le premier ministre a fait à la compagnie d’électricité Kyushu la promesse suivante : “De toute façon, je réussirai à remettre la centrale en marche”, Mais y parviendra-t-il si facilement, alors qu’en raison de sa politique militariste les oppositions se multiplient ?

 

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Texte original en espéranto

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La 21an de aŭgusto 2014

 

La nuklea centralo de Sendai sukcese trapasis la ekzamenon

 

   Nun neniu el 54 nukleaj reaktoroj (50 + 4 forĵetitaj reaktoroj en Fukuŝima) funkcias. Post la nuklea akcidento en Fukuŝima, la registaro starigis organizon « Nuklea Reguligada Aŭtoritato », kiu ekzamenas reaktorojn laŭ la nova, pli severa normo. Ĉiuj elektraj kompanioj, kiuj posedas nukleajn reaktorojn, volas refunkciigi siajn reaktorojn plej baldaŭ kaj hastgis al la Aŭtoritato plej rapidan ekzamenon.

 

La 16an de julio, la Aŭtoritato publikigis, ke la nuklea centralo de Sendai en la suda insulo Kjuuŝuu (en la mapo : plej sube kaj plej maldekstre) konformiĝas al tiu nova normo. En la intervjuo la aŭtoritatestro Tanaka Ŝuniĉi diris: « Ni ekzamenis la centralon ne pri ĝia sekureco, sed pri ĝia konformeco al la normo. Mi ne diras, ke ĝi estas sekura. Mi ne povas diri, ke la centralo estas senriska ».

La ĉefministro Abe intence misinterpretis lian klarigon kaj diris: « Ni paŝis unu paŝon antaŭen. La Aŭtoritato ekzamenis la centralon laŭ la plej severa normo en la mondo kaj se oni konkludos surbaze de tiu ekzameno, ke la centralo estas sekura, mi volas refunkciigi ĝin, ricevonte aprobon de la rilatantaj komunumoj ».

Multaj homoj kritikas la aŭtoritatestron kaj la ĉefministron. Troviĝas jenaj ĉefaj problemoj:

1. Tiu normo tute ne estas la plej severa en la mondo. Ĝi postulas nek ekipi la reaktoron per “kerno-kaptilo (core catcher)”, kiu funkcias, kiam okazas kernofandiĝo, nek duoble kovri la reaktorsekrujon. Tiuj estas la plej moderanaj teknikoj, kiujn jam en Eŭropo oni adoptis.

2. La nuklea centralo Sendai situas proksime de la grandega vulkano kaj multaj geologoj avertas eventualan danĝeron de la erupcio al la centralo, sed la aŭtoritato ignoris la averton kaj aprobis la kontraŭrimedojn proponitajn de la elektra kompanio.

 

 

(Maldekstre, la ruĝa rondeto : Sendai-centralo, meze, verdaj zonoj : tri grandaj vulkanoj)

 

 

 

3. Ankoraŭ ne ekzistas sufiĉa plano de evakuado. Nek la aŭtoritato, nek la registaro respondecas pri evakuad-plano. La guberniestro de Kagoŝima eĉ diras, ke la plano nur por la loĝantoj en la radiuso de 10 kilometroj estas sufiĉa, kvankam en Fukuŝima multegaj homoj ekster tiu zono suferis. Por li refunkciado de la centralo estas pli grava ol vivo de la loĝantoj.

 

   Poste jene okazos la proceduro :

1. La registaro aŭskultos opiniojn de la popolanoj dum unu monato.

   *La plejparto de la opinioj estos kontraŭaj, sed la registaro ignoros ilin.

2. Aproboj de la gubernio Kagoŝima kaj la urbo Sacuma-Sendai.

   * Ĝis nun se la du komunumoj aprobos la refunkciigon, la elektra kompanio rajtas refunkciigi la centralon, sed nun ĉirkaŭaj urboj postulas, ke la kompanio aŭskultu ankaŭ ilin, ĉar kiam okazos akcidento, ĝi influos anakŭ ilin.

3. Post aŭtuno oni refunkciigos la reaktorojn.

 

Enketoj pri la refunkcigo de la centraloj

 

59% kontraŭas refunkciigon de la nuklea centralo de Sendai

   La ĵurnalo Asahi enketis telefone la 26an kaj la 27an de julio.

1. Pri refunkciado de la nuklea centralo de Sendai. 

Viroj :   por 33%     kontraŭ 37%

   Virinoj:    por 13%     kontraŭ 65%

   Sumo:      por 23%     kontraŭ 59%

2. Pri sekureco de nuklea energio

  Oni povas teni ĝin sekura, se oni bone zorgas ĝin teknike:

25%

36% (majo 2011, post la akcidento en Fukuŝima)

  Ĝi estas tiel danĝera, ke homoj ne povas teni ĝin sekura :          

63%

            56% (majo 2011, post la akcidento en Fukuŝima)

3. La ĉefministro lernis de la akcidento:

                   19%

  La ĉefministro ne lernis de la akcidento:

                   61%

 

Enketo en la urbo Sacuma-Sendai

   « La societo de vivo - Adiaŭo al nuklea energio » enketis al 1133 homoj en la urbo Sacuma-Sendai, kie situas tiu nuklea centralo.

1. Pri la refunkciigo de la nuklea centralo Sendai

   Por :                  7%

   Kontraŭ :          85%

2. Ĉu la urbo Sacuma-Sendai progresos, dependante de la nuklea centralo?

   Ne progresos :   68%

   Progresos :               9%

   Progresos aŭ ne:  20%

  

La ĉefministro promesis al la elektra kompanio Kjuuŝuu, dirante: “Mi ĉiel sukcesigos la refunkciigon”, sed ĉu li tiel facile povos sukcesi, ĉar nun pli kaj pli multiĝas kontraŭaj voĉoj al li pro lia militisma politiko ?

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 18:02

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 20 août 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

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       Que s'est-il passé au cours du dernier mois à Fukushima ?


    Afin de participer au Congrès Mondial d'Espéranto à Buenos Aires, j’ai séjourné en Argentine du 26 Juillet au 10 Août. Entre-temps les journaux Fukushima-Minpō sont arrivés à mon domicile. Aujourd'hui, je vais faire le rapport de ce qui s'est passé au cours de cette période dans le département de Fukushima. J'ai écrit tous mes articles sur la base de ce document. Les brèves remarques à la fin des articles sont de mon cru.

 

1 Nettoyage dans le village d'Iitate
    Quand a eu lieu l'accident nucléaire, les vents ont soufflé en direction du nord-ouest à partir de la centrale nucléaire. Le village d'Iitate est malheureusement situé dans le couloir de ces vents et a été contaminé par une forte radioactivité. Tous les habitants ont été obligés de se réfugier à l'extérieur du département et sont maintenant dispersés çà et là en divers endroits. Le gouvernement envisage de les faire revenir, et il prévoit de nettoyer les champs de la manière suivante:

1 Décaper la surface de la terre des champs sur les 5 centimètres qui sont contaminés par du césium radioactif.
2. Y déposer une terre propre venant des collines
   Cependant, le problème est que cette couche de 5 cm contient des éléments nécessaires pour les plantes, tels que des minéraux et du potassium. Pour rendre cette nouvelle terre suffisamment fertile, il faudra de nombreuses années. M. Satō Haruo, 65 ans, a déclaré: «Nous avons rendu la terre fertile par l'effort incessant de plusieurs générations. Il ne sera pas facile de retrouver cet état de fertilité, même si l'on utilise des engrais

chimiques ".

* On devra conserver cette terre grattée comme déchet radioactif

 

2. Dispersion de poussière radioactive
   Au cours de l'été dernier, de la poussière radioactive a volé et s'est dispersée, lorsque l'on a réaménagé des décombres dans le réacteur n°3. En automne, dans la ville de Minami-Sōma, on a détecté du césium dont la radioactivité dépassait la norme dans le riz récolté. Le département et la ville ont fortement protesté contre TEPCO et exigé des moyens adéquats pour y remédier.
    TEPCO va bientôt réaménager les décombres dans le réacteur n°1. Le 17 juillet, la compagnie TEPCO a expliqué que, pour éviter que la poussière radioactive ne se disperse, elle répandra plus souvent un "matériau anti-poussière" et de l'eau. Elle insiste sur le fait que la méthode est améliorée et  qu’aucun problème ne se posera, mais beaucoup ont des doutes quant à son efficacité.
* Moyens toujours très primitifs, alors que les centrales nucléaires sont très modernes.

 

3.  Fukushima continuera de demander du soutien à l'ensemble du Japon
      A partir du mois d'août, les fonctionnaires du département de Fukushima visiteront les communes, les entreprises, les universités et les médias dans tout le Japon pour les remercier et leur demander plus de soutien. Le département a déjà reçu beaucoup d'aide, mais il lui en faut davantage pour la  réhabilitation.
* Le gouvernement n'est pas le meilleur pour apporter de l'aide, c'est souvent tout le contraire.

 

4. De jeunes ambassadeurs
    Trois étudiants visiteront Paris au mois d'août comme "ambassadeurs de la restauration du département de Fukushima." Ce sont Hatakeyama Seena (17 ans),  Nakamura Keisuke (17 ans) et Komedō Asumi (12 ans). Ils enverront au monde un message fort à propos de la réhabilitation en train de s'accomplir à Fukushima.
* Ils disent qu'ils vont apprendre le français, mais ils devraient apprendre l'espéranto.

 

5. A propos de pêches
    Le 19 Juillet, des "Mademoiselle Pêche" ont distribué des pêches aux passagers à la gare de Fukushima pour promouvoir ces fruits délicieux et effacer la mauvaise réputation de Fukushima.
* Chaque été, je déguste des pêches venant de Fukushima.

 

6. TEPCO va déverser une énorme quantité de glace
    Il y a 11.000 tonnes d'eau contaminée dans le fossé entre les réacteurs n°2 et n°3 et la mer. TEPCO essaye de retirer cette eau, en bouchant son goulet tout proche des réacteurs avec de la glace, et dans ce but elle déversera chaque jour 15 tonnes de glace et de neige carbonique.
    Le 7 août, TEPCO a rendu public l’échec de sa tentative de geler le goulet, et a commencé à déverser 27 tonnes de glace par jour.
    Beaucoup craignent que le projet de construction d'un mur de terre gelée autour des réacteurs ne réussisse pas, puisque TEPCO ne parvient même pas à geler cette petite partie de canal.
* C’est tout bénéfice pour la compagnie qui fabrique de la glace.

 

 

7. Des champignons shiitake ont été mis sur le marché pour la  première fois
    M. Kikuchi Hisamitsu, 65 ans, a commercialisé des champignons Shiitake pour la première fois depuis l'accident nucléaire de 2011. Il est heureux, mais en même temps il craint de ne pas bien les vendre. Les champignons absorbent facilement la radioactivité, de sorte qu'il est difficile de produire des Shiitake non pollués, mais à la fin il a réussi.
* La collecte de champignons dans les collines était le passe-temps favori pour beaucoup de gens, mais ils y ont désormais renoncé.

Eté 2014 à Fukushima

8. Le festival équestre dans la ville de Minami-Sōma
    La région de Sōma est célèbre pour son festival équestre, pendant lequel les cavaliers s’affrontent dans un costume traditionnel de samouraï. Il a eu lieu les 26, 27 et 28 juillet. À cause du tsunami et de l'accident nucléaire beaucoup de ces "samouraïs" (guerriers de l’époque féodale) ont souffert et souffrent encore, eux aussi. Mais ils sont revenus pour se battre. Ils ne sont jamais vaincus.

Eté 2014 à Fukushima

Notre été
poème de Nemoto Masayuki

De la mer au petit matin
la brise commence à souffler
le bruit des sabots commence à enfler.

Lorsque vient cette saison,
 Nous nous échauffons.
 Nous sautons sur nos pieds.
Nous surmontons toutes les difficultés,
En nous coule le sang des samouraïs.

Qu'il fasse soleil, que le ciel se couvre,
qu'il pleuve, qu'il vente,

quel que soit le temps,
il a lieu depuis mille ans.
le festival équestre de Sōma.
Nous, les samouraïs de Sōma, ne devons jamais être surpris,
Nous devons protéger ce que notre devoir ordonne.

C'est ainsi que nous vivons.
Lançons notre cri de guerre!
Hourrah! Hourrah!
Hourrah! Hourrah! Hourrah!

Oh,  les chevaux hennissent !
Oh, résonne la conque dans laquelle nous soufflons !
Oh, un feu de signal y répond !

 Foncez !
Foncez pour attaquer les ennemis!
Hommes de Sōma !

Il est venu notre été chaud!

*  A la fin de Juillet arrive aussi le Congrès Mondial d'Espéranto, c'est pourquoi je n'ai malheureusement pas eu la chance de voir le spectacle.

 

9. Quelle image a-t-on de Fukushima ?
    Le 28 Juillet, le département de Fukushima a publié les résultats d'une enquête sur «L'image que donne Fukushima" menée auprès de 1077 personnes vivant dans la métropole.
  (1) L'image que vous avez de Fukushima
   un département de centrales nucléaires: 57,8%
   un département qui fait des efforts: 52,0%
   rempli de nature (ou : plein de beauté naturelle): 30,3%
   un département à plaindre: 23,2%
   en stagnation:

21,3%                                                                                                                      

Image positive : 19,0%    

(2) Votre intérêt pour le département de Fukushima
S'y intéressent comme à une affaire personnelle : 15,7%
S'y intéressent : 52,3%
(3) Votre aide à Fukushima
 Aident concrètement : 9,7%
Ont le désir d'aider: 71,2%

* Fukushima est voisin de mon département de Gunma, c'est pourquoi je le considère comme mon frère.

 

10. TEPCO prévoit de rejeter l'eau "décontaminée"
   Le 7 août, TEPCO a exposé aux pêcheurs son plan de rejet de l'eau "décontaminée" à la mer. Chaque jour, 400 tonnes d'eau s'écoulent sous les bâtiments des réacteurs et se polluent. Maintenant, TEPCO conserve cette eau dans des citernes dont le nombre s'accroît continuellement, donc résoudre ce problème est la chose la plus importante. Afin de réduire la quantité d'eau contaminée, TEPCO prévoit de la rejeter, après en avoir retiré presque tous les éléments radioactifs comme le césium et le strontium, mais pas le tritium. Les pêcheurs à Fukushima protestent vivement contre TEPCO.
* TEPCO prévoit de rejeter du tritium – élément radioactif – à la mer  en quantité illimitée. Cela n'est pas admissible.

 

 

 

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Texte original en espéranto

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La 20an de aŭgusto 2014

 

Kio okazis dum la pasinta monato en Fukuŝima?

   Por partopreni en la UK en Bonaero, mi estis en Argentino ekde la 26a de julio ĝis la 10a de aŭgusto. Dume venadis la ĵurnaloj Fukuŝima-Minpoo al mia hejmo. Hodiaŭ mi raportos, kio okazis dum tiu periodo en Fukuŝima. Ĉiujn artikolojn mi verkis surbaze de tiu ĵurnalo. Estas miaj mallongaj rimarkoj fine de la artikoloj.

 

1. Purigado en la vilaĝo Iitate

   Kiam okazis la nuklea akcidento, ventoj flugis nordokcidenten de la nuklea centralo. La vilaĝo Iitate malfeliĉe situas laŭ la vojo de tiuj ventoj kaj estis poluita de forta radioaktiveco. Ĉiuj vilaĝanoj devis fuĝi eksteren kaj nun dise loĝas en diversaj lokoj. La registaro planas revenigi ilin, purigonte la kampojn per jenaj manieroj :

1. skrapi surfacan teron de kampoj je 5 centimetroj, kiuj estas poluitaj de radioaktiva cezio

2. enmeti puran teron el montetoj

Tamen la problemo estas, ke tiu 5-centimetra tavolo enhavas necesajn elementojn por plantoj, ekzemple mineralojn kaj kalion. Por fari tiun novan teron sufiĉe fekunda, oni bezonos multajn jarojn. S-ro Satoo Haruo, 65-jara, diras: « Ni faris la teron fekunda per multgeneracia klopodado. Estos ne facile reakiri tiun staton, eĉ se oni uzos kemian sterkon ».

* Oni devos konservi tiun skrapitan teron kiel radioaktivan rubaĵon.

 

2. Disflugo de radioaktiva polvo

   En la lasta somero radioaktiva polvo disflugis, kiam oni rearanĝis detruitaĵojn en la reaktoro n-ro 3. En aŭtuno oni detektis radioaktivan cezion pli fortan ol la normo el la rikoltita rizo en la urbo Minami-Sooma. La guberino kaj la urbo forte protestis kontraŭ TEPCO kaj postulis taŭgan kontraŭrimedon.

   TEPCO baldaŭ rearanĝos detruitaĵojn en la reaktoro n-ro1. La 17an de julio TEPCO klarigis, ke por preventi disfluon de radioaktiva polvo, ĝi plioftigos disĵeton de « kontraŭpolva materialo » kaj akvo. Ĝi insistas, ke la kontraŭrimedo estas plibonigita kaj ne okazos problemo, sed multaj dubas pri la efiko.

* Ĉiam rimedoj estas tre primitivaj, kvankam nukleaj centraloj estas tre modernaj.

 

3. Fukuŝima plu petos subtenon en la tuta Japanio

   Ekde aŭgusto funkciuloj de la gubernio Fukuŝima vizitos komunumojn, kompaniojn, universitatojn kaj amaskomunikilojn en la tuta Japanio por danki ilin kaj peti de ili pli da subteno. La gubernio jam ricevis multegon da helpo, sed ĝi bezonas pli da helpo por restariĝo.

* La registaro estas la plej malbona helpanto, ofte malhelpanto.

 

4. Junaj ambasadoroj

   Tri gelernantoj vizitos Parizon en aŭgusto kiel « ambasadoroj de restariĝo de Fukuŝima ». Ili estas f-ino Hatakejama Seena (17-jara), s-ro Nakamura Keisuke (17-jara) kaj f-ino Komedoo Asumi (12-jara). Ili sendos fortan mesaĝon pri restariĝanta Fukuŝima al la mondo.

* Ili diras, ke ili lernos la francan, sed ili lernu Esperanton.

 

5. Persikoj

   La 19an de julio Fraŭlinoj Persiko disdonis persikojn al pasaĝeroj en la stacidomo Fukuŝima por propagandi bongustajn fruktojn kaj forviŝi misfamon de Fukuŝima.

* Ĉiun someron mi gustumas persikojn el Fukuŝima.

 

6. TEPCO enĵetos kvantegon da glacio

   Troviĝas 11000 tunoj da poluita akvo en la fosaĵo inter la reaktoroj n-ro 2 kaj 3 kaj la maro. TEPCO provas elpreni tiun akvon, ŝtopante ĝian kolon ĉe la reaktoroj per glacio, kaj por tio ĝi enĵetos 15 tunojn da glacio kaj seka glacio ĉiun tagon.

   La 7an de aŭgusto TEPCO publikigis, ke oni ne sukcesis glaciigi la kolon, tial ĝi komencis enĵeti 27 tunojn da glacio ĉiun tagon.

   Multaj timas, ke la plano konstrui glaciigitan termuron ĉirkaŭ la reaktoroj ne sukcesos, ĉar TEPCO ne povas glaciigi eĉ tiun malgrandan parton.

* Kompanio pri glacio profitas.

 

7. Fungo ŝiitake unuan fojon surmerkatiĝis

   S-ro Kikuĉi Hisamicu 65-jara surmerkatigis fungon ŝiitake unuan fojon post la nuklea akcidento en 2011. Li estas ĝoja, sed samtempe timas, ke ĝi ne vendiĝos bone. Fungoj facile ensorbas radiaktivaĵojn, do estas malfacile produkti nepoluitan ŝiitake-on, sed finfine li sukcesis.

* Fungo-kolektado en montetoj estis ŝatata hobio de multaj homoj, sed ili jam rezignis.

 

8. Okazis Ĉevalfestivalo en la urbo Minami-Sooma

   La regiono Sooma estas fama pro Ĉevalfestivalo, en kiu viroj batalas en tradicia, samuraja kostumo, rajdante sur ĉevalo. Ĝi okazis la 26an, 27an kaj 28an de julio. Pro la cunamo kaj la nuklea akcidento ankaŭ multaj « samurajoj » (militistoj en la feŭdisma epoko) suferis kaj suferas. Sed ili revenis por batali. Ili neniam malvenkas.

 

Nia somero

Versita de Nemoto Masajuki

 

De la frumatena maro

ekblovas ventetoj,

Hufsonoj pli kaj pli klare aŭdiĝas.

 

Kiam venas tiu ĉi sezono,

Ni varmiĝas.

Ni ekstaras.

Ni venkas ĉiujn malfacilaĵojn,

En ni fluas ja sango de samurajoj.

 

Ĉu sune, ĉu nube,

Ĉu pluve, ĉu vente,

en ĉiu veterkondiĉo,

Ĝi daŭras de mil jaroj.

Sooma-Ĉevalfestivalo.

Ni, samurajoj de Sooma, neniam surpriziĝu,

Ni devas protekti, kion ni devas protekti.

 

Tiamaniere ni vivas.

Ni batalkriu !

Hurao ! Hurao !

Hurao ! Hurao ! Hurao !

 

Aĥ, henas ĉevaloj!

Aĥ, trumpetado per konko !

Aĥ, eĥas signalfajro!

 

Impetu!

Impetu al atakantaj malamikoj!

Viroj de Sooma!

 

Venis nia varma somero !

 

* Bedaŭrinde fine de julio okazas ankaŭ UK, do mi ne havas okazon vidi la spektaklon.

 

9. Imago de Fukuŝima

   La 28an de julio la gubernio Fukuŝima publikigis rezulton de enketo pri « Imago de Fukuŝima » al 1077 homoj loĝantaj en la metropolo.

 (1) Imago de Fukuŝima

   Gubernio de nukleaj centraloj:      57,8%

   Strebas :                              52,0%

   Plena de naturo :                           30,3%

   Kompatinda :                      23,2%

   Stagnanta :                                    21,3%

Pozitiva :                                    19,0%

(2) Intereso pri Fukuŝima

Havas intereson kiel sian aferon:         15,7%

Havas intereson:                        52,3%

(3) Helpo al Fukuŝima

  Konkrete helpas:                          9,7%

Havas volon helpi :                    71,2%

 

* Fukuŝima kaj mia gubernio Gunma estas najbaroj, tial mi sentas, ke Fukuŝima estas mia frato.

 

10. TEPCO planas forĵeti “purigitan” akvon

La 7an de aŭgusto TEPCO klarigis al la fiŝistoj planon forĵeti “purigitan” akvon en la maron. Ĉiun tagon 400 tunoj da akvo enfluas sub la reaktordomojn kaj poluiĝas. Nun TEPCO konservadas tiun akvon en akvujoj kaj la nombro de la akvujoj pli kaj pli multiĝas, do kiel solvi tiun problemon estas la plej grava. Por malmultigi la kvanton de poluita akvo, TEPCO planas forĵeti tiun akvon, elpreninte preskaŭ ĉiujn radioaktivaĵojn kiel cezion kaj stroncion krom tricio. Fiŝistoj en Fukuŝima forte protestas kontraŭ TEPCO.

* TEPCO planas forĵeti senlime tricion, radioaktivaĵon, en la maron. Tio ne estas permesebla.

 

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 17:55

Voici un deuxième article de Jean-Marc Royer, tiré de son ouvrage inédit, "Le nucléaire, érotisation suprême et planétaire de la mort ". L’auteur revient sur l’épisode tragique subi par des pêcheurs japonais en 1954, à la suite d’un essai nucléaire atmosphérique états-unien.

Les îles Marshall, un des cimetières de la terre

 

____________________

 

 

 

Les îles Marshall, un des cimetières de la terre

 

Jean-Marc Royer

 

Le 1er mars 1954 survenait l’irradiation des pêcheurs japonais du Lucky Dragon à la suite de l’explosion de la bombe H Castle Bravo sur l’atoll Bikini dans les îles Marshall, la plus puissante explosion nucléaire états-unienne jamais réalisée (15 Mt, mille Hiroshimas). Il en résulta ensuite une zone interdite (W ci-dessous) de 2400 kilomètres de diamètre [1] ! Alors qu’ils se trouvaient en dehors de la zone prohibée lors de l’explosion, les marins avaient ramassé sur le petit navire une poussière grisâtre, qu'ils avaient vite surnommée « cendre de la mort ». Les dégâts imprévus avaient été dissimulés par les autorités états-uniennes jusqu'au 14 mars, date à laquelle le chalutier était rentré au port avec la plupart de son équipage malade. Son opérateur radio Aikichi Kuboyama allait mourir le 23 Septembre suivant, des suites d'une irradiation aiguë et malgré les soins du Pr Tsuzuki Masao. D'autres décès allaient suivre. Les Etas-unis accordèrent royalement à la veuve d'Aikichi Kuboyama un chèque d'un million de yens (2 800 dollars) et en janvier 1955, offraient au gouvernement japonais 2 millions de dollars de compensation pour les dégâts causés par Castle Bravo. Tsuzuki Masao avait joué un rôle majeur dans cette affaire, prenant en charge les irradiés à Tokyo.

 

[1] Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Castle_Bravo. Dito pour les illustrations.

Les îles Marshall, un des cimetières de la terre

« Carte montrant des points (X) où furent capturés des poissons contaminés et où la contamination radioactive de l’Océan était excessive.

B = zone de danger délimitée autour de Bikini, telle qu’annoncée par le gouvernement U.S.

W = zone de danger, telle qu’elle fut ensuite étendue …

xF = position du bateau Lucky Dragon …

NE, EC, et SE sont des courants équatoriaux ».[1]

[1] S. Sevitt, "The Bombs," The Lancet, July 23, 1955, pp. 199-201.

Les îles Marshall, un des cimetières de la terre

Les retombées de l’explosion réparties niveaux de rayonnement. Les courbes de niveau montrent la dose de rayonnement cumulative en Rœntgens (R) pour les 96 premières heures après le test.

http://www.nuclearweaponarchive.org/Usa/Tests/Castle.html

Cet essai avait entraîné la contamination l'atoll de Rangelap pourtant éloigné de 180 km et dont les habitants avaient dû être évacués (3 jours après) et jusqu’en 1957, avant que 300 d’entre-eux ne soient finalement transférés en 1985 à Majetto, une île dans l'atoll de Kwajalein, par le Rainbow Warrior, [1] (qui fut coulé quelques mois plus tard par la DGSE, sous le gouvernement Fabius). De même, 28 marins états-uniens qui opéraient sur la station météo de Rongerik située à 246 km furent également contaminés. Il faut dire qu'en à peine 6 minutes, le nuage avait atteint une altitude de 40 km ! L'historien Alex Wellerstein a écrit à son propos que « Castle Bravo est un récit édifiant sur l'orgueil et l'incompétence des scientifiques de l'ère nucléaire, déclenchant une arme d'une puissance qu'ils ignoraient, avec des effets qu'ils n'avaient pas prévus, et dont l'héritage ne sera pas oublié de si tôt ». En fait, tous les essais nucléaires effectués à Eniwetok ont dépassé les puissances prévues pour atteindre parfois 200% [2] (le 1er novembre 1952, la première explosion de bombe H « Ivy Mike », avait déjà entièrement vaporisé l'atoll d'Elugelab [3]).

 

 

[1] Film de 12 minutes réalisé en 1986 : http://www.youtube.com/watch?v=Oq9fVlBwuJc

[2] http://en.wikipedia.org/wiki/Enewetak_Atoll

[3] Voir le film de propagande de l’époque : http://www.youtube.com/watch?v=lcywb_VPPgg

Les îles Marshall, un des cimetières de la terre

Non seulement les états nucléaires ont failli à leur mission principale qui consiste à protéger les populations, mais ils ont de surcroît répandu la mort sur la Planète. En conséquence, ils n’ont pas seulement perdu leur légitimité politique, mais devraient être jugés pour l’écocide et les crimes contre l’Humanité commis depuis 1945. Certes, il y a peu de chances que cela advienne un jour car cela signifierait le retournement du totalitarisme démocratique à l’œuvre depuis le basculement de la civilisation occidentale [1]. Néanmoins, ce qui nous importe avant tout c’est que cette idée devienne l’horizon d’une réflexion politico-philosophique car elle emporte avec elle des prémisses et des développements qui nous semblent essentiels pour l’analyse critique.

 

Il y a peu de chances … disions-nous, mais il se trouve que le jeudi 24 avril 2014, la République des Îles Marshall – petit pays de 55 000 habitants au nord-ouest de l’Australie, théâtre de 67 essais nucléaires américains entre 1946 et 1958 sur les atolls de Bikini et d’Enewetak [2] – a déposé à la cour internationale de justice de La Haye, « des requêtes introductives d'instance » sans précedent contre les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l'Inde, le Pakistan, Israël, la Corée du Nord, les accusant de ne pas s'acquitter des obligations contractées à la suite de la signature en 1968 du traité de non-prolifération des armes nucléaires, à savoir de cesser la course aux armes nucléaires et à procéder au désarmement nucléaire à une date rapprochée ; ceci constituerait une « violation flagrante » du droit international. La Cour a toutefois indiqué qu'elle n'avait admis que les plaintes contre le Royaume-Uni, le Pakistan et l'Inde car ces trois nations ont accepté par le passé la « compétence obligatoire » de la CIJ. Les autres plaintes ne seront examinées que si les gouvernements des pays visés donnent leur feu vert ... C’est sans doute la raison pour laquelle une poursuite contre les États-Unis a également été déposée à San Francisco et vise spécifiquement le président Barack Obama, les départements et les secrétaires à la Défense et à l'Énergie et l'Administration fédérale de la sûreté nucléaire. En Molussie, la vie étant simplement une marchandise comme les autres et par conséquent l’objet de transactions financières, les Etats-Unis qui ont versé 500 millions de dollars, s’estiment quittes devant les populations qui ont connu des problèmes de santé et/ou ont dû abandonner leurs îles natales. [Les gouvernements français ont pour leur part procédé à 196 essais nucléaires en Polynésie française, entre 1966 et 1996]. Les Îles Marshall affirment que plutôt que de négocier leur désarmement les neuf pays en question modernisent leurs arsenaux nucléaires, et qu'ils y consacreront 1000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

« Notre peuple a souffert des dommages catastrophiques et irréparables causés par ces armes, et nous promettons de nous battre afin que personne d'autre sur Terre n'ait à vivre de nouveau de telles atrocités », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du pays, Tony de Brum, dans un communiqué. C'est un dossier où David affronte Goliath, estime David Krieger, président de l'organisation californienne Nuclear Age Peace Foundation, qui agit comme consultant dans le dossier. Les Îles Marshall espèrent que d'autres pays se joindront à l'initiative. Plusieurs lauréats du prix Nobel de la paix soutiendraient l'initiative, dont l'archevêque sud-africain Desmond Tutu et l'avocate iranienne Shirin Ebadi.

 

[1] Référence à un manuscrit intitulé Le nucléaire, erotisationsuprême et planétaire de la mort. Essai d’histoire et de philosophie politique. Décoloniser l’imaginaire occidental II, 30/05/2014.

[2] https://marshallislands.llnl.gov/enewetak.php

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 11:17

Nous recevons de plus en plus d’informations sur l’augmentation de la fréquence des cancers au Japon, en particulier dans la région de Fukushima.

Même le Figaro est obligé de le constater, pour ensuite dénier directement tout lien de causalité :
« Une étude sur l'impact des radiations de la catastrophe de Fukushima a révélé que 103 enfants et adolescents de la région, âgés de moins de 18 ans au moment de l'accident, avaient développé un cancer de la thyroïde confirmé par chirurgie ou fortement soupçonné, mais le lien avec le désastre atomique n'est pas pour autant établi ».
(Source)

Leucémies infantiles près des centrales nucléaires

Comme nous ne pouvons pas invoquer une relation de causalité directe (l’exposition à la radioactivité ne produit pas une cellule cancéreuse à tous les coups, le développement est différé, une personne n’est pas l’autre, tous les sujets ne sont pas atteints par la contamination interne, etc…), et que les nombres de cas sont petits par rapport à la population, il faut donc recourir aux statistiques et aux probabilités.
Pour tirer des conclusions valables, il faudrait comparer deux populations qui vivent dans un cadre de vie identique, qui ont la même pyramide d’âges, les mêmes habitudes alimentaires, etc…
Il faut donc collecter des données médicales et radiologiques, des contaminations externes et idéalement internes, collectées de manière complète et honnête sur la population saine et la population affectée. C’est là que les nucléocrates aidés par le musellement de l’OMS dans ce domaine, tentent de noyer le poisson, en empêchant ou en manipulant la collecte des données, à Tchernobyl et à Fukushima comme ailleurs.

L’étude dont l’article suivant est l’objet évite cet écueil car il s’agit ici de comparer une population précise, celle qui habite à moins de 5 kilomètres des centrales en Europe, au reste de la population.
Nous pouvons donc considérer que ces habitants ont un mode de vie qui ne diffère pas significativement du reste de la population.
Il reste à préciser que l’outil statistique ne donne jamais des preuves absolues, c’est sa fonction-même. Dans le langage des probabilités, à propos d’une corrélation entre deux ensembles A et B, « zéro » veut dire « aucun lien », « 1 » veut dire « certitude d’un lien».
Notons que cela ne prouve rien sur la cause physique du lien, tout ce que l’on peut dire c’est que « quelque chose » lié à la présence de la centrale au centre de la zone crée une augmentation de la fréquence des cancers. Cela pourrait être dû à l’utilisation de solvants cancérigènes (je pose ici cette hypothèse hautement improbable, en avocat du diable), tout doit être envisagé et le Dr Fairlie, auteur de cette étude, donne son avis sur la cause la plus probable, et explique pourquoi elle est liée à la radioactivité.
Donc quand les statisticiens disent qu’avec un « intervalle de confiance » de 90%, il y a une corrélation entre l’augmentation des leucémies infantiles et le fait de vivre dans un rayon de 5 kilomètres autour d’une centrale, ils disent juste qu’il y a 90 chances sur 100 que cette corrélation ne soit pas due au hasard, et donc qu’elles est « statistiquement significative » dans un I.C. de 90%.
A strictement parler cela ne prouve pas la nuisance de la centrale, cela prouve qu’il y a 9 chances sur 10 qu’il y ait une relation entre non pas une centrale et un cancer particulier, mais entre le fait de se trouver à moins de 5 km d’une centrale et l’augmentation de la fréquence des cancers dans cette zone par rapport à la zone extérieure.
Et c’est ici que l’on nous roule dans la farine, comme expliqué dans l’article.
Très embêtés par le fait que la grande majorité des études montrent des augmentation des cancers autour des centrales, et voyant que la corrélation devenait significative à 90%, les conseillers des gouvernements ont décidé de refaire l’évaluation en appliquant un « intervalle de confiance » de 95%, et alors miracle, les augmentations constatées ne sont alors plus « statistiquement significatives », et ils peuvent alors clamer qu’on ne peut pas tirer de conclusions…
Les fluctuations statistiques liées à la nature du phénomène observé font que nous ne pouvons pas atteindre dans ce domaine une certitude très élevée, plus grande ou égale à 95%, comme dans le domaine de la police scientifique, ou les juges estiment qu’il peuvent condamner un suspect s’il n’y a qu’une chance sur 1 million de se tromper sur sa culpabilité, due à la corrélation trouvée entre son profil ADN et celui retrouvé sur la scène du crime… mais ce n’est jamais la certitude absolue non plus, et en plus il y a des milliards d’humains sur terre, et donc potentiellement plusieurs personnes avec le même profil génétique…

Il faut donc souligner que les augmentations de la fréquence des leucémies autour des centrales sont bien réelles, comme on le voit dans cet article, et que nous avons 9 chances sur 10 de ne pas nous tromper.
Nous ne pouvons donc pas raisonnablement nier la corrélation entre une exposition à la radioactivité, en particulier interne, et une augmentation des cancers chez les enfants, autour des centrales comme dans la région de Fukushima !

Phil Ansois

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Leucémies infantiles près des centrales nucléaires

Dr Ian Fairlie

Je suis un consultant indépendant travaillant dans le domaine de la radioactivité dans l’environnement et je vis à Londres au Royaume Uni. J’ai étudié la radioactivité et les radiations au moins depuis Tchernobyl en 1986. Je suis diplômé en “biologie et radioactivité “ de l’Hopital Bart à Londres, et j’ai fait mon doctorat à l’Imperial College de Londres et (brièvement) à Princeton sur le thème des dangers radiologiques du retraitement du combustible nucléaire.

J’ai travaillé précédemment en tant que fonctionnaire occupé à la régulation des risques radiologiques créés par les centrales nucléaires. Entre 2000 et 2004, j’ai été à la tête du Secrétariat du comité gouvernemental CERRIE du gouvernement britannique sur les risques d’irradiation interne. Depuis que je me suis retiré du service Gouvernemental, j’ai été un consultant sur les questions de radioactivité au Parlement Européen, pour des gouvernements locaux et régionaux, des ONG environnementales, et des individus privés. Mes centres d’intérêt sont les doses de radiation et les risques qui surgissent des fuites de radioactivité dans les installations nuc
léaires.

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Leucémies infantiles près des centrales nucléaires : nouvel article

 

Ian Fairlie

 

 

Publié le 25 Juillet 2014,  traduit par Phil Ansois
Source : http://www.ianfairlie.org/news/childhood-leukemias-near-nuclear-power-stations-new-article/

 

 

En Mars 2014, mon article  sur l’augmentation des taux de leucémie près des centrales nucléaires a été publié dans le “Journal of Environmental Radioactivity” (JENR). Une publication précédente discutait de la préparation de l’article et de la qualité de son lectorat : cette publication-ci décrit son contenu en termes profanes.

Avant de commencer, une certaine base est nécessaire pour saisir la signification du nouveau rapport. Beaucoup de lecteurs ne sont peut-être pas au courant que l’augmentation des leucémies infantiles près des centrales nucléaires a été une question controversée pendant des dizaines d’années. Par exemple, cette très importante question soulevée au Royaume Uni dans les années 80 et au début des années 90, a conduit à de nombreuses émissions de télévision, à des commissions gouvernementales, à une importante conférence internationale, à au moins deux procès « mammouth » et probablement à plus d’une centaine d’articles scientifiques. Cela a été renforcé en 1990 par la publication du fameux rapport Gardner (Gardner et autres, 1990) qui a trouvé une très forte augmentation (fois 7) de la leucémie infantile près de l’installation nucléaire de Sellafield (de très mauvaise réputation)  dans la région de  Cumbria.

 

Cette question semble avoir diminué en importance au Royaume Uni, mais est toujours chaudement débattue dans la plupart des autres pays Européens, en particulier l’Allemagne.

 

La question centrale c’est que, de par le monde, plus de 60 études épidémiologiques ont examiné l’incidence des cancers infantiles près des centrales nucléaires et que la plupart (plus de 70 %) indiquent des augmentations de la leucémie. Je ne pense à aucun autre domaine de la toxicologie (par exemple l’amiante, le plomb, la tabagie) qui a été autant étudié, et dans lequel on trouve d’aussi claires associations que celles que l’on trouve entre les centrales nucléaires et les leucémies infantiles. Et cependant de nombreux gouvernements nucléaires et l’industrie nucléaire réfutent ces conclusions et continuent à résister à leurs implications. C’est similaire aux situations face au tabagisme dans les années 60 et de nos jours face au réchauffement climatique d’origine humaine.

 

Au début 2009, le débat a été partiellement ranimé par l’étude renommée KiKK (Kaatsch et autres, 2008), commissionnée par le gouvernement allemand, qui a trouvé une augmentation de 60% du total des cancers et une augmentation de  120% des leucémies parmi les enfants de moins de 5 ans vivant à moins de 5 kilomètres de toutes les centrales nucléaires allemandes. Le résultat de ces découvertes surprenantes, les gouvernements français, suisse et britannique ont en vitesse mis sur pied de nouvelles recherches près de leurs centrales nucléaires. Tous ont trouvé des augmentations des leucémies, mais parce que les nombres étaient petits, les augmentations manquaient de “signification statistique”.  C'est-à-dire que vous ne pouviez pas être sûrs que les résultats n’étaient pas dus au hasard.



Cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas d’augmentations, et en réalité si des tests statistiques moins stricts avaient été appliqués, les résultats auraient été « statistiquement différents ».
Mais la plupart des gens, y compris les scientifiques, qui devraient mieux s’y retrouver, se font  facilement embobiner par les statistiques ; ainsi les niveaux de tests très stricts à 95% ont été vigoureusement  saisis par les gouvernements qui étaient désireux d’éviter des résultats indésirables. Et de fait de nombreux tests de nos jours utilisent un niveau de signification statistique de 90%.

 

Dans une telle situation, ce que vous devez faire est de combiner les ensembles de données dans une méta-étude pour obtenir de plus grands nombres et ainsi des niveaux plus élevés de signification statistique. Les quatre gouvernements se sont abstenus de le faire parce qu’ils savaient quelle serait la réponse, c'est-à-dire des augmentations statistiquement significatives  près de presque toutes les centrales nucléaires dans les quatre pays.
C’est ainsi que Korblein et Fairlie les ont aidés en faisant le travail pour eux (Korblein et Fairlie, 2012), et bien sûr ils ont trouvé des augmentations significatives près de toutes les centrales nucléaires.
Voici les résultats.

 

Etudes des cas de leucémie observés (O) et attendus (A) dans les 5 km des centrales nucléaires

 

O

A

SIR=O/A

90% IC

p-value

Allemagne

34

24.1

1.41

1.04-1.88

0.0328

Grande Bretagne

20

15.4

1.30

0.86-1.89

0.1464

Suisse

11

7.9a

1.40

0.78-2.31

0.1711

Franceb

14

10.2

1.37

0.83-2.15

0.1506

Ensemble

79

57.5

1.37

1.13-1.66

0.0042

[Notes : voir tableau ci-dessus]
a : Dérivé des données de Spycher et autres (2011)
b : Cas de leucémie aigüe

 

Ce tableau révèle une augmentation statistiquement significative de 37% des leucémies infantiles dans un rayon de 5 km de presque toutes les centrales de Grande Bretagne, Allemagne, France et Suisse. Il n’est peut-être pas surprenant que les 3 derniers pays cités ont annoncé des retraits et une sortie progressive du nucléaire. Seul le gouvernement Britannique reste dans le déni.

 

Donc le problème n’est plus de chercher une réponse, cette question est dépassée : il y a bien une association très claire entre la leucémie infantile et la proximité des centrales nucléaires,
La question suivante est de trouver la ou les causes.

 

La plupart des gens se tracassent à propos des émissions radioactives et de l’effet direct de l’irradiation provenant des centrales nucléaires, cependant toute théorie impliquant l’irradiation se heurte à une difficulté majeure, à savoir comment tenir compte de la très large différence (d’un facteur 10 000) entre les estimations des dose officielles des émissions des centrales et l’augmentation clairement observée des risques.



Mon explication implique la radioactivité. Elle se base sur la découverte principale du  KiKK, que les incidences de leucémie des bébés et des enfants étaient très fortement associées à la proximité des cheminées des centrales. Il ressort aussi des observations du KiKK  que les cancers solides dont on a constaté l’augmentation étaient la plupart du temps « embryonnaires », c'est-à-dire que les bébés étaient nés avec soit des cancers solides, soit avec des tissus précancéreux qui, après la naissance se sont développés en tumeurs complètement cancéreuses. En fait ceci arrive aussi pour les leucémies.

 

Mon explication repose sur cinq points.
Premièrement les augmentations de cancer peuvent être dues aux expositions de l’air à la radioactivité, venant de la centrale.
Deuxièmement, de forts pics annuels dans les émissions des centrales peuvent produire des taux d’augmentation des doses pour les populations habitant dans les 5 kilomètres des centrales.
Troisièmement, les cancers observés pourraient commencer « in utero » chez les femmes enceintes.
Quatrièmement, à la fois les doses et les risques pour les embryons et les fœtus peuvent être plus grands que les estimations actuelles.
Cinquièmement, les cellules prénatales qui produisent le sang dans la moelle des os peuvent être beaucoup  plus radiosensibles que les autres.
L’ensemble de ces cinq facteurs sont discutés dans l’article complet, de manière considérablement détaillée.

 

Mon article montre en fait que la différence actuelle peut être expliquée. Les augmentations de leucémie observées par le KiKK et par d’autres études peuvent trouver leur source dans l’utérus en raison de l‘exposition de l’embryon ou du fœtus aux radionucléides incorporés lors des émissions de radioactivité produites par les centrales nucléaires. Les très grands pics d’émission des centrales peuvent produire un clone pré-leucémique [d’une cellule], et après la naissance un second coup au but radioactif peut transformer un petit nombre de ces clones en des cellules complètement leucémiques. Les bébés affectés sont nés pré-leucémiques (ce qui est invisible) et les leucémies complètes ne seront diagnostiquées que dans les quelques premières années après la naissance.
 


A ce jour, l’éditeur n’a reçu aucune lettre signalant des erreurs ou des omissions dans cet article.

 


REFERENCES

Bithell JF, M F G Murphy, C A Stiller, E Toumpakari, T Vincent and R Wakeford. (2013) Leukaemia in young children in the vicinity of British nuclear power plants: a case–control study. Br J Cancer. advance online publication, September 12, 2013; doi:10.1038/bjc.2013.560.

Bunch KJ, T J Vincent1, R J Black, M S Pearce, R J Q McNally, P A McKinney, L Parker, A W Craft and M F G Murphy (2014) Updated investigations of cancer excesses in individuals born or resident in the vicinity of Sellafield and Dounreay. British Journal of Cancer (2014), 1–10 | doi: 10.1038/bjc.2014.357

Fairlie I (2013) A hypothesis to explain childhood cancers near nuclear power plants. Journal of Environmental Radioactivity 133 (2014) 10e17

Gardner MJ, Snee MP; Hall AJ; Powell CA; Downes S; Terrell JD (1990) Results of case-control study of leukaemia and lymphoma among young people near Sellafield nuclear plant in West Cumbria. BMJ. 1990;300:423–429.

Kaatsch P, Spix C, Schulze-Rath R, Schmiedel S, Blettner M. (2008) Leukaemia in young children living in the vicinity of German nuclear power plants.  Int J Cancer; 122: 721-726.

Körblein A and Fairlie I (2012) French Geocap study confirms increased leukemia risks in young children near nuclear power plants. Int J Cancer 131: 2970–2971.

Spycher BD, Feller M, Zwahlen M, Röösli M, von der Weid NX, Hengartner H, Egger M, Kuehni CE. Childhood cancer and nuclear power plants in Switzerland: A census based cohort study. International Journal of Epidemiology (2011) doi:10.1093/ije/DYR115.

http://ije.oxfordjournals.org/content/early/2011/07/11/ije.dyr115.full.pdf+html

 

________________

IC : Intervalle de confiance  http://fr.wikipedia.org/wiki/Intervalle_de_confiance

Lien Facebook sur Fukushima Information :
https://www.facebook.com/groups/Fukushima.informations/permalink/812930588728686/

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Publié par Pierre Fetet
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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 15:17

Avec ce deuxième témoignage de Fonzy, on se rend compte qu’en 2011 les Japonais n’étaient pas très au fait des dangers considérables qu’une centrale nucléaire pouvait faire encourir à leur pays et au monde. Les Français en sont-ils aujourd'hui plus conscients ?

Temple Tokei-ji à Kamakura,pendant notre promenade du 17 mars 2011

Temple Tokei-ji à Kamakura,pendant notre promenade du 17 mars 2011

________________

 

 

« Le 11 mars 2011, j’étais à la maison dans la banlieue de Tokyo quand le tremblement de terre a eu lieu. C’était une secousse qui était forte dès le début, et qui durait longtemps. La terre a été secouée comme un petit bateau frappé par de grandes vagues. Bien qu’habituée aux séismes, je n’en ai jamais connu de si violent. Prise de peur, je suis sortie sur le balcon et ai vu une grosse 4x4 s’ébranler de haut en bas. J’ai allumé la télé. Ils ne parlaient que du tremblement de terre, de tsunamis, de répliques, de transports perturbés, de victimes..., mais pas de centrales nucléaires ni de Fukushima.

 

Ce n’est que le 13 au matin que j’ai appris à la télé qu’il y avait eu un phénomène explosif dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et qu’ il avait provoqué un trou d’un diamètre de 50 m sur le bâtiment n°1, selon M. Edano, porte-parole du gouvernement. Qu’est-ce un phénomène explosif  ? Est-il différent de l’explosion ? Un trou d’un diamètre de 50 m ? Est-ce plutôt la destruction du bâtiment ? Le gouvernement essayait déjà de dissimuler la vérité mais, à ce moment-là, j’étais moins sceptique et plus naïve. Il disait qu’il y aurait des coupures pour quelques heures à cause  du manque d’électricité. Donc c’était plutôt un problème d’électricité, j’ai compris comme ça cette nouvelle. 

 

Je suivais aussi les informations sur les médias français ou britanniques, qui signalaient sans arrêt l’importance de l’accident de Fukushima Daiichi, mais je disais avec mon copain qu’ils exagéraient un peu trop : « C’est n’importe quoi ! Fukushima n'est pas Tchernobyl ! »

 

Mes amis français ont commencé à quitter Tokyo autour du 17 mars, soit avec un vol charter organisé par le gouvernement français, soit en passant par Osaka, une ville qui se trouve à l’Ouest du Japon. Ils m’ont envoyé des mails qui me déchiraient le coeur. J’avais aussi des amis qui me proposaient de m’héberger pour quelques semaines en France. Pourtant, je ne voyais pas trop la nécessité immédiate de l’évacuation. Mes parents voulaient rester chez eux à Tokyo (d’ailleurs ils croyaient que ce n’était rien à Fukushima), en plus j’avais moins peur de la radioactivité que des tremblements de terre, en tout cas à cette époque-là.

 

Toutefois j’ai été obligée de réaliser la gravité de l’accident fin mars. On parlait de plus en plus de la situation de Fukushima, même à là télé japonaise, et d’un ton plus sérieux : pastille d’iode, noyau du réacteur fondu, enceinte de confinement, meltdown, Sievert, Becquerel, césium... Tous ces termes étaient tout à fait nouveaux pour moi. Tout en m’informant sur Internet, je lisais tranquillement La Peste d’Albert Camus, qui me faisait pressentir des malheurs que l’on avait et que l’on aurait dans un futur proche à Fukushima. Oui, à ce moment-là, je croyais que c’était le problème de Fukushima, seulement à Fukushima... »

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 13:02
Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima

Le site d’Akio Matsumura présente un résumé des travaux récents du biologiste Tim Mousseau, qui depuis une quinzaine d’années poursuit des recherches sur les effets des radiations sur la vie sauvage et l’environnement, suite aux catastrophes de Tchernobyl puis de Fukushima.

Tim Mousseau expose ici les points principaux des recherches de son équipe et présente les objectifs du Programme Tchernobyl + Fukushima.

Odile Girard

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Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima 

 

Timothy Mousseau

 

Article paru sous le titre original « Abnormalities, Deformities, and Resilience: New Research on Radiation and Wildlife in Chernobyl and Fukushima » le 10 juillet 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

Le programme et ses activités de recherche

 

Le siège du programme de recherche  Tchernobyl + Fukushima (CFRI) se trouve à l’Université de Caroline du Sud, à Columbia. Les recherches ont commencé officiellement en Ukraine en 2000, et à Fukushima en juillet 2011. À ce jour, le groupe a mené plus de 30 expéditions de recherche à Tchernobyl et 10 expéditions à Fukushima.

 

À Tchernobyl comme à Fukushima, les accidents nucléaires ont émis d’énormes quantités d’éléments radioactifs qui ont été dispersés par les conditions météo dominantes à l’échelle du paysage. Quelque 200 000  km2  (Tchernobyl) et 15 000 km2 (Fukushima) ont été lourdement contaminés. Les matériaux radioactifs ne se sont pas dispersés de manière uniforme et ont créé une mosaïque de micro-habitats « chauds » et « froids » disséminés sur toute la région. Ce patchwork radioactif nous a donné une opportunité unique d’observer les effets génétiques, écologiques et les effets liés à l’évolution avec beaucoup de détail et de répétition et donc une grande rigueur scientifique, qui ne serait pas possible en laboratoire ou avec des études de terrain traditionnelles, souvent soumises aux contraintes d’une gamme limitée et plutôt peu naturelle d’hétérogénéité environnementale. Ceci est un aspect important car on peut présumer que les interactions entre les facteurs environnementaux naturels et les contaminants radioactifs jouent probablement un rôle déterminant dans les conséquences biologiques des catastrophes en question. Il est donc indispensable que les études sur les effets des radiations soient menées dans la nature, à l’échelle des régions. Les études portant sur les seules populations humaines présentent de nombreuses contraintes qui limitent leur utilité quand il s’agit d’essayer de comprendre les conséquences à long terme des radiations.

 

Le CFRI de l’Université de Caroline du Sud a été le premier, et reste à ce jour le seul groupe de recherche à utiliser une démarche multidisciplinaire pour appréhender les conséquences sur la santé et l’environnement des effets des radiations sur les populations sauvages. Cela nous a permis d’étudier les expositions aiguës (à court terme) aussi bien que chroniques (à long terme et sur plusieurs générations).

 

Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima possède également aujourd’hui la seule équipe à travailler à la fois à Tchernobyl et à Fukushima.

 

Nos sources essentielles de financement sont le Samuel Freeman Charitable Trust, le CNRS (France), la National Science Foundation et la National Geographic Society. Des financements supplémentaires nous ont été accordés par l’OTAN, la Fondation pour la recherche civile et le développement (CRDF), l’Institut national de la Santé (NIH), Qiagen GmbH, la Fondation Fulbright, le Bureau de la recherche et la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Caroline du Sud, l’Académie de Finlande et nous avons reçu aussi des donations de particuliers.

 

Aujourd’hui le programme a déjà à son actif plus de 60 publications scientifiques dont la plupart datent des sept dernières années (ces papiers sont disponibles sur notre site Internet http://cricket.biol.sc.edu). Nos recherches ont fait parler d’elles dans de nombreux journaux et programmes de télévision, notamment le New York Times, The Economist, Harpers, la BBC, CNN, et la News Hour de PBS (voir le site Internet pour plus de détails).

 

L’équipe a été l’une des premières à utiliser des technologies écologiques, génétiques et dosimétriques pour éclaircir la question des conséquences sanitaires et environnementales de l’exposition à faibles doses chronique après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Ces technologies incluent notamment des recensements écologiques maintes fois répétés des populations naturelles d’oiseaux, de mammifères et d’insectes pour observer les effets sur la longévité et la reproduction ; le séquençage ADN et les tests de génotoxicité pour évaluer les dommages génétiques à court et à long terme sur les individus vivant dans la nature ; l’usage de dosimètres miniatures attachés à des animaux sauvages et les mesures de terrain de l’irradiation du corps entier chez les oiseaux et les mammifères pour obtenir une évaluation précise des doses de radiation externe et interne reçues par les animaux vivant librement dans la nature. Récemment, le groupe a élargi ses recherches aux études épidémiologiques et génétiques des populations humaines (en particulier les enfants) vivant dans les régions d’Ukraine affectées par Tchernobyl.

 

Parmi les résultats clés publiés en 2013-2014, on compte la découverte de tumeurs, de cataractes et de sperme endommagé chez les oiseaux issus des zones hautement irradiées de Tchernobyl, et des conséquences sur la biodiversité à Fukushima. Un des résultats extrêmement intéressant est la découverte que certaines espèces d’oiseaux ont peut-être développé une forme de résistance aux effets des radiations en changeant l’allocation des antioxydants, bien que beaucoup d’oiseaux soient stériles dans les zones hautement contaminées. Nous avons aussi découvert récemment des effets sur le développement neurologique de certains petits mammifères à Tchernobyl ainsi qu’à Fukushima.

 

Les deux catastrophes diffèrent par le temps écoulé depuis qu’elles sont survenues et par la quantité et la diversité des radionucléides émis, même si la source prédominante de radiation est le césium 137 dans les deux cas.

Bruant à gorge jaune près de Tchernobyl

Bruant à gorge jaune près de Tchernobyl

Les points essentiels révélés par la recherche

 

Voici les points essentiels des recherches publiées par le programme de recherche de Tchernobyl + Fukushima :

 

• La taille des populations et le nombre d’espèces (c’est-à-dire la biodiversité) d’oiseaux, mammifères, insectes et araignées sont nettement inférieures dans les zones hautement contaminées de Tchernobyl.

• Chez de nombreux oiseaux et petits mammifères, la durée de vie et la fertilité sont réduites dans les zones de forte contamination.

• À Fukushima, seuls les oiseaux, les papillons et les cigales ont connu un déclin significatif durant le premier été suivant l’accident. Les autres groupes n’avaient pas souffert d’effets négatifs. Les efforts continuent pour repérer les changements qui pourraient affecter ces populations au fil du temps.

• On observe une grande variabilité chez les différentes espèces quant à leur sensibilité aux radionucléides. Quelques espèces ne sont pas affectées et certaines semblent même augmenter en nombre dans les zones fortement contaminées à Tchernobyl comme à Fukushima. Ceci est dû, on peut le présumer, à la disparition de la concurrence (donc davantage de nourriture et d’habitat disponible), à la réduction du nombre des prédateurs et peut-être à une adaptation aux effets des radiations.

• Beaucoup d’espèces montrent des signes de dommages génétiques suite à une exposition aiguë ; les différences observées entre Tchernobyl et Fukushima suggèrent que certaines espèces pourraient montrer les conséquences d’une accumulation de mutations sur plusieurs générations.

• Certains individus et espèces ne montrent aucune évidence de dommage génétique lié à l’exposition aux radiations et certains montrent même des signes d’adaptation évolutive aux effets des radiations grâce à une augmentation de l’activité antioxydante qui peut offrir une protection contre les radiations ionisantes.

• Les espèces d’oiseaux les plus susceptibles de connaître une réduction de leur nombre à cause des radiations sont celles qui historiquement ont vu une augmentation de leur taux de mutation pour d’autres raisons, liées peut-être à la capacité de réparation de leur ADN ou au déclin de leurs défenses contre le stress oxydant.

• Les effets délétères de l’exposition aux radiations observés chez les populations naturelles de Tchernobyl comprennent une augmentation des taux de cataractes, de tumeurs, d'anomalies de croissance, des déformations des spermatozoïdes, des cas de stérilité et d’albinisme.

• Le développement neurologique est lui aussi affecté comme le prouve une réduction de la taille du cerveau chez les oiseaux et les rongeurs ; des répercussions sur les capacités cognitives et les taux de survie ont également été démontrées chez les oiseaux.

• À Fukushima, les premiers signes d’anomalies du développement ont été observés chez les oiseaux en 2013, mais on n’a pas encore mis en évidence de dommages génétiques importants chez les oiseaux et les rongeurs.

• La croissance des arbres et la décomposition microbienne dans le sol sont également ralenties dans les zones fortement contaminées par les radiations.

 

En résumé, ces résultats démontrent clairement que ces catastrophes nucléaires ont eu des conséquences à l’échelle de l’environnement  sur les individus, les populations et les écosystèmes ; nombreux sont les exemples d’anomalies du développement et de difformités qui contribuent probablement à la réduction de l’abondance et de la biodiversité observée dans les régions radioactives de Tchernobyl et de Fukushima. Ces résultats s’opposent nettement à l’optimisme des affirmations sans preuves avancées par le Forum de Tchernobyl (ONU) et les membres du Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations (UNSCEAR). Les études devront être poursuivies pour déterminer non seulement le temps d’adaptation des populations et des communautés à cette perturbation, mais aussi si ces régions seront un jour à nouveau habitables et si oui, à partir de quand.

 

Le programme de recherche Tchernobyl + Fukushima

Les objectifs pour 2014-15

 

Nous sommes actuellement à la recherche de financements pour soutenir les activités de recherche, en cours et prévues, du programme Tchernobyl + Fukushima :

1) Suivi constant des populations d’oiseaux, de petits mammifères et d’insectes à Fukushima pour tester les changements dans la taille des populations (abondance) et le nombre des espèces (biodiversité) au fil du temps. Cette étude devrait permettre d’établir des prévisions à long terme quant au temps nécessaire au rétablissement de la situation.

2) Suivi constant des populations d’hirondelles rustiques et de rongeurs (souris et campagnols) pour les cancers, les taux de survie, la reproduction et les dommages génétiques, à Fukushima et à Tchernobyl (en collaboration avec l’Institut français du CNRS et l’Université Rikkyo de Tokyo, la Société des oiseaux sauvages du Japon, l’Institut national des forêts du Japon et l’Université finlandaise de Jyvaskyla).

3) Mise en route d’un nouveau projet pour étudier les effets des radiations sur la croissance des arbres et l’activité microbienne du sol à Fukushima (en collaboration avec l’Université de Chubu, à Nagoya au Japon).

4) Mise en route d’un nouveau projet destiné à établir les effets des radiations sur la croissance, la fertilité et les dommages génétiques chez les vaches vivant dans les zones hautement radioactives à Fukushima (avec la collaboration de l’Association des éleveurs bovins de Fukushima)

5)Mise en route d’un nouveau projet pour examiner les taux de mutation chez les humains en utilisant le séquençage complet de l'ADN du génome. Ce projet se concentrera initialement sur les familles vivant dans les régions contaminées d’Ukraine. Ce projet est une collaboration avec l’Institut neurologique de Montréal et l’hôpital de l’Université McGill, le Centre pour la recherche radiologique à l’Université de Columbia et l’Institut de médecine radiologique de Kiev en Ukraine.

6) Poursuite du développement de nouvelles méthodes de mesure des doses et des dommages génétiques dans les populations animales sauvages.

7) Coordination d’une association internationale de scientifiques indépendants capable de fournir des informations non-biaisées fondées sur des preuves concernant les risques sanitaires et environnementaux liés aux accidents nucléaires. Ce groupe aura pour tâche de compiler, évaluer et interpréter la littérature médicale et scientifique actuelle et de développer une littérature adaptée à la diffusion publique par la presse et les médias Internet, et utilisable dans des présentations publiques au Japon et dans le reste du monde.

 

Pour plus de renseignements, veuillez contacter :

 

Dr. Timothy A. Mousseau
Professor of Biological Sciences
University of South Carolina
Columbia, SC 29208 USA
(803) 920-7704
Mousseau@sc.edu

 

 

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En savoir plus :

 

Kna a mis en ligne la conférence que Tim Mousseau a donnée lors du Symposium de New-York organisé en mars 2013 (version sous-titrée en français)

 

 

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Photo d'entête : Pissenlits mutants à Fukushima (Photo de Timothy Mousseau)

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Publié par Odile Girard - dans Au Japon
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:53

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 juillet 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

_________________

 

 

Visite de Namie, ville située dans le rayon de dix kilomètres

 

Au cours des trois dernières années, j’ai visité presque toutes les villes situées sur le rivage du Pacifique, hormis celles qui sont dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale n°1 de Fukushima. Ces derniers temps il était devenu possible de pénétrer dans ce secteur après avoir reçu l’autorisation des villes concernées, mais je n’avais pas eu l’occasion de le faire.

Il y a deux semaines, je suis tombé par hasard sur la page d’accueil de l’organisation paysanne “Nomado”, sise dans la ville de Sōma, et j’ai découvert qu’elle organise des visites touristiques dans ce secteur, non seulement pour des groupes mais aussi pour des particuliers. J’ai aussitôt téléphoné et décidé que je m’y rendrais le 8 juillet.

Pour parvenir à Sōma, je devais d’abord aller à la ville de Fukushima et, de là, prendre le bus pour Sōma. J’ai pris la décision d’arriver à Fukushima le 7 juillet, à midi, et de parcourir divers endroits de la ville pour en mesurer la radioactivité. Dans ce but, j’avais emporté un dosimètre.

 

Dans la ville de Fukushima

 

Mais au préalable je veux montrer  ce chiffre :

« 0,230 microsieverts/heure », maximum de la norme fixée par le gouvernement. »

Si un lieu est pollué au-delà de cette norme, il est interdit d’y habiter, et le gouvernement doit le dépolluer. Il vous faut juger du danger de radioactivité selon cette norme.                      

Je suis parti de la gare Ōmiya, voisine de Tokyo, par le rapide Shinkansen. Voici quelle était l’intensité de la radioactivité en divers lieux du parcours :

 

Ϟ Chez moi (à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima) :  

0,035

Ϟ Utsunomiya, département Tochigi (à 130 km de la centrale, dans le wagon) :

0,030

Ϟ Kōriyama, département Fukushima (à 50 km de la centralo, dans le wagon) :

0,072

Ϟ Ensuite les chiffres ont augmenté :         0,108, 0,113, 0,119

Ϟ Place, devant la gare de Fukushima (à 50 km de la centrale)

                                      0,123 ~ 0,148

Ϟ Rue, devant la gare    0,655 ~ 0,829

Ϟ Jardin du Musée d’art départemental, dans la ville de Fukushima

                                             0,207

Ϟ Au pied de la colline Shinobu, dans la ville de Fukushima

                                      0,965 ~ 1,384

À côté de ce dernier endroit se trouvent des maisons et certainement des enfants y logent. Or selon la loi, on ne peut y habiter et il est de la responsabilité du gouvernement de la nettoyer. Ayant trouvé des lieux à fort rayonnement ionisant, j’ai commencé à m’inquiéter.

 

Ensuite j’ai mesuré la radioactivité d’un caniveau, au pied de la colline Shinobu. Lors de chaque mesure, je dois attendre trente-cinq secondes avant que le dosimètre ne livre son verdict. En regardant défiler les secondes sur le cadran, je comptais mentalement : 5, 4, 3, 2, 1, et voilà qu’apparut le nombre 7,308.

Visite de Namie

Est-ce que ça ne serait pas plutôt 0,730 ? Mais les nombres qui s’affichaient l’un après l’autre allaient croissant : 7,325, 7,496, 7,866, 8,213, 8,498, 8,858, 9,233. J’étais surpris. 9, à présent ! Et ça ne s’arrêtait pas : 9,918, 9,999, puis tout à coup, plus rien ! Que se passait-il ? J’ai regardé de plus près le cadran et j’ai vu que 9,999 était la limite au-delà de laquelle on ne peut plus mesurer. Je n’ai donc pas su quel était le taux de radioactivité de ce lieu. Choqué, j’ai écarté du ruisseau ma main gauche, qui tenait le dosimètre. Je craignais qu’elle n’ait été exposée à une très forte irradiation.

Visite de Namie

J’ai fait cette mesure dans le caniveau qu’on voit à droite sur la photo. En contrebas, on aperçoit une maison. Des matières radioactives s’écoulent vers le bas avec l’eau, donc je suppose que cette maison est très polluée. J’avais déjà entendu dire que la colline Shinobu l’était aussi, mais c’était la première fois que je le constatais de visu. Des gens de Fukushima logent en un tel lieu, en sachant ou en ignorant la chose. Personne ne peut individuellement dépolluer la colline, donc le choix offert aux habitants est de loger ici ou de fuir ailleurs. Le gouvernement et TEPCO n’ont ni l’intention ni la capacité de nettoyer la colline tout entière et ce sont toujours les faibles qui sont les victimes. Il est certain que, le long de ce chemin, des enfants passent chaque matin pour aller à l’école. Ils ignorent qu’ils s’exposent ainsi à la radioactivité, et dans dix, vingt ou trente ans ils pourront tomber malades sans que personne n’en sache la cause. Ils ne pourront donc recevoir aucune indemnité. Ils ne pourront que se résigner à leur sort.

 

 

 

Dans la ville de Namie

 

Le 8 juillet, à neuf heures, je suis arrivé au bureau de Nomado, dans la ville de Sōma. Là, attendaient déjà deux autres participants et un guide, M. Miura. Celui-ci est l’un des responsables de Nomado, société fondée dans le but d’aider les paysans victimes du tsunami et de l’accident nucléaire. Lui aussi, du reste, est une victime, puisqu’il a perdu sa maison et ses champs à cause du raz-de-marée et il a dû fuir à cause de l’accident. Pourtant il n’a pas été complètement vaincu. Il parlait gaiement et avec humour et il était même éloquent. Il croit fortement à la justesse de sa cause et c’est pourquoi il n’a pas perdu sa pugnacité vis-à-vis du  gouvernement et de TEPCO.

Nous sommes partis en voiture de la ville de Sōma, et après avoir traversé   Minami-Sōma et Odaka, nous avons atteint la ville de Namie, qui est dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima.

Visite de Namie

À trois reprises déjà, j’ai visité les villes de Sōma, Minami-Sōma et Odaka. Cependant, à ces occasions, je n’avais pas emporté de dosimètre et j’ignorais donc le taux de radioactivité de ces villes. Pour la première fois, j’ai effectué des mesures et j’ai su que, contrairement à ce que je supposais, elles n’étaient pas très polluées :

 

Minami-Sōma                   0,558 microsieverts/heure

Odaka                      0,139            "

Idagawa de Odaka   0,034            "

Gare de Namie                  0,626            "

 

On explique la chose ainsi :

Quand l’accident s’est produit, les vents soufflaient vers le nord-ouest, dans la direction du village de Iitate et de la ville de Date (voir carte et suivre la zone violette et rouge qui commence à la centrale). La ville de Fukushima est située non pas dans le lit même du vent, mais un peu par côté, et elle a été polluée ; cependant, comme les vents venaient de la mer, ils n’ont pas pollué les régions côtières.

Nous avons en premier lieu visité le port de pêche de Ukedo. Nous étions debout sur le pont et nous avons vu la mer. Il y avait là, auparavant, une bourgade de pêcheurs mais il n’en reste rien. M. Miura se rappelait : « La bourgade d’Ukedo était un bord de mer très agréable. Il était réputé pour ses saumons. En automne, ceux-ci reviennent et on les capture. Quand des amis venaient me voir, à tout coup je les accompagnais ici. Nous faisions rôtir du saumon que nous mangions en buvant de la bière. De tels jours ne reviendront peut-être jamais. Regardez, il reste une construction. C’était le Parc Marin pour les enfants. Dans son jardin, ils pouvaient déguster de la viande rôtie. »

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

Vers l’arrière s’étendait une prairie. J’ai vu, dans les herbes, des objets blancs. C’étaient des bateaux que le tsunami avait transportés là depuis le port.  Namie, pendant longtemps, a été interdite d’accès, et même à présent on n’a pas le droit d’emporter des objets irradiés hors de la ville et l’on ne peut donc rien faire de ces bateaux. Depuis déjà plus de trois ans ils sont là, exposés aux pluies et aux vents.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Au loin on aperçoit l’école élémentaire d’Ukedo.

Elle non plus n’a guère changé depuis le tsunami. Dans le gymnase au plancher écroulé, restait encore le panneau annonçant la cérémonie de fin de cours du 11 mars 2011. L’horloge marquait toujours 20 heures 37, heure de l’assaut du tsunami contre l’école.

Visite de Namie

Quand se produisit le tremblement de terre, à 14 heures 46 minutes, il y avait encore dans l’école soixante-dix-sept élèves. Le séisme dura longtemps ; ensuite ils se groupèrent dans le gymnase. Peut-être ne disposaient-ils que de trente minutes pour gagner un refuge. La colline la plus proche est à deux kilomètres. Ils s’encouragèrent mutuellement et réussirent à se sauver. Aucun n’a péri. Ce fut un miracle.

Mais les habitants de Namie ou bien sont morts ou continuent à souffrir :

 

Victimes directes du tsunami :             149

Victimes indirectes * :                          209

Disparus :                                             33

Total des morts :                                 391

 

Maisons détruites :                              614

Maisons provisoires :                          2847

 

*victimes indirectes : morts pendant l’exode, à cause d’insuffisance de soins ou de prise en charge, par suicide, etc. (statistique établie en novembre 2012, donc le nombre de ces victimes a certainement augmenté depuis).

 

Cette statistique montre, indirectement, que 614 familles ont perdu leurs maisons, principalement à cause du tsunami, que 2 233 autres (2 847- 614), qui n’ont pas souffert du tsunami, ont dû partir ailleurs et occuper une maison provisoire, à cause de l’accident nucléaire. Ces derniers ont bien une maison dans la ville mais ne peuvent revenir l’occuper en raison d’une trop intense radioactivité. Leur maison devient un nid à rats et se détériore de plus en plus. Les victimes de l’accident nucléaire sont dans un état très instable ou très incertain : ils veulent revenir mais ne le peuvent pas. Cette condition de vie les désespère et les rend physiquement et psychiquement malades et en définitive hâte leur mort.

J’ai vu souvent, dans les villes de Sōma et de Minami-Sōma des rangées de maisons provisoires. Elles sont construites vite et provisoirement, donc en été il y fait très chaud, et en hiver, très froid. Sur les murs de bois apparaissent des moisissures. “Ce ne sont pas des logements humains”, dit M. Miura, qui y a lui-même logé avec les cinq membres de sa famille.

Nous avons ensuite visité la gare de Namie. Elle ne s’est pas du tout dégradée, mais aucun train n’y vient. Devant la gare sont restés deux minibus, que leurs chauffeurs, terrifiés par l’accident nucléaire, avaient abandonnés. Des boutiques proches ont été très endommagées par le séisme. Les rues sont désertes. La ville est déjà morte.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

 

Visite à des vachers

 

Notre voiture s’est arrêtée dans le jardin de M. Sugi, l’un des deux responsables de Nomado. Voilà quelle est leur vie depuis l’accident nucléaire :

« Quand a eu lieu l’accident, nous sommes partis, les sept membres de la famille, nous réfugier dans le département de Niigata, mais quatre jours après, je suis revenu seul à la maison, car je suis vacher. Les vaches tombent facilement malades si elles ne sont pas traites. Avant, je produisais le foin moi-même, mais  depuis l’accident je l’achète avec les indemnités versées par TEPCO.

J’ai décidé de continuer à travailler car si je m’arrête et me repose, ensuite je ne pourrai plus reprendre. Mon corps s’affaiblira, les machines rouilleront et deviendront inutilisables. Pour avoir l’espoir de voir un jour revenir les villageois, il nous faut préparer les conditions de leur retour. À présent huit vachers, sur dix familles, sont revenus et travaillent.

Quatre mois après l’accident, nous avons commencé à commercialiser du lait. Mais malheureusement, le lait estampillé Fukushima se vend mal. Pourtant nous persistons à travailler comme vachers. Nous ne faisons pas de profit, au contraire. Nous nous battons pour que TEPCO nous indemnise afin de compenser les frais du déficit et de notre vie de réfugiés. Nous n’avons rien fait de mal. C’est notre droit d’exiger d’elle une compensation et de vivre ici avec fierté.

 

Nomado se bat contre TEPCO et le gouvernement. Les membres de la famille de M. Sugi logent encore dans Niigata. Quand pourront-ils revenir chez eux ? Jusque là, lui devra travailler et vivre seul. Certes la vie est difficile, mais qu’il se batte ! Quand a fini notre voyage, il était déjà  treize heures trente. Long – quatre heures et demie – mais fructueux voyage ! Un grand merci à M. Miura.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:42

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 2 juillet 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l’aide de Paul SIGNORET

  • Le Japon va commencer à intervenir militairement à l'étranger
  • Paroles des gens de Fukushima
  • J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
  • Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels
  • J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
  • Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
  • Ma fille a renoncé à avoir un enfant
  • Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
  • Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
  • J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement

_________________

 

 

Le Japon va commencer à  intervenir militairement à l'étranger
    Le 1er juillet, le gouvernement a décidé de changer l'interprétation de l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre.
    Déjà à plusieurs reprises les États-Unis ont demandé au Japon (en fait exigé) une participation aux guerres menées par eux, mais les gouvernements jusqu'à présent n'ont pas accédé à cette demande, faisant valoir que l'article 9 interdit cela. Par conséquent, pendant les années  qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, les Japonais n'ont jamais tué ni été tués dans des guerres. C'était une grande contribution à la paix mondiale, et le Japon avec son image de pays pacifique était très estimé, même dans les pays où les États-Unis ont combattu et combattent encore.

Cependant, l'actuel Premier ministre Abe Shinzō, politiquement à droite, n'aime pas cette constitution, et il a essayé par tous les moyens  d’amoindrir la portée de cet article. Et avec une grande ruse, il a changé l'interprétation de l'article 9 et a fait approuver le droit à se défendre collectivement, qui permettra au Japon de se battre à l'étranger en suivant les Etats-Unis. En raison de ce changement dans l'interprétation, le Japon ne pourra pas refuser les demandes ou exigences américaines de combattre à leurs côtés à l'étranger.

La plupart des Japonais sont tristes et anxieux à cause de son attitude dictatoriale. Le 1er juillet 2014 peut se montrer un tournant important de l'histoire du Japon d'après-guerre, et le début d'un régime belliciste.

Lors de l'élection de décembre 2012, de nombreux Japonais ont voté pour le Parti Libéral Démocrate, en raison de la trop grande désillusion causée par le Parti Démocratique alors au pouvoir. Vraiment beaucoup de Japonais ont été et sont encore stupides, ne se rendant pas bien compte de la situation, et il s'ensuit que nous devrons mettre en péril la vie des jeunes dans des guerres. On doit  comprendre que le gouvernement ne protège pas la vie des citoyens, mais les utilise toujours et les sacrifie au profit de l'État et du capitalisme. Si nous regardons la réalité des gens de Fukushima, cela devient tout à fait clair.

 

 

 

Paroles des gens de Fukushima
    M. Akashi Shōjirō, journaliste, écrit ce qui suit au sujet des accidents nucléaires:
    Rien n'est plus contraire à la logique qu'un accident nucléaire.  Alors que la compagnie TEPCO pollue fortement l'environnement et crée des dommages économiques pour les habitants,  elle seule a le droit de décider des règles d’indemnisation. Elle n'accepte jamais que les "dommages" et "blessures" causés par la radioactivité disséminée par l'accident soient considérés comme son crime à elle.  Elle néglige les demandes de dédommagements et ne les traite jamais vraiment avec sérieux si les victimes ne portent pas plainte au tribunal. TEPCO est trop arrogante, c'est une société privée à qui fait défaut la conscience que c’est elle l’agresseur.

   De plus, le gouvernement et le Parti libéral démocrate au pouvoir n'ont jamais présenté d'excuses aux malades et au peuple japonais. Le seul recours qu’ont ces derniers est donc de traduire les responsables devant les tribunaux. Dans de nombreux endroits au japon, les victimes ont porté plainte auprès de la justice.

En juin 2012, 1324 victimes de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima  n ° 1 ont porté plainte contre TEPCO, le gouvernement et les scientifiques  auprès du tribunal de Fukushima. Elles ont publié un livre en septembre 2013 "Ne peut-on les accuser? "(Témoignages de 50 plaignants de Fukushima), Je l'ai lu avec beaucoup d'émotion. Je vais traduire quelques-uns de leurs plaidoyers.

 

J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
 Nozaki Kōtarō, garçon de 7 ans, réfugié du village de Iitate, qui vit maintenant dans le département de Gifu.
    En raison de l'accident, je ne peux pas rentrer à la maison. J'ai fréquenté trois écoles différentes. J'ai des difficultés. J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison.

      Je veux revenir à la maison où je suis né. Dans mon école d'avant, j'avais de nouveaux amis, mais pendant que j'étais au CP, j'ai dû déménager à un autre endroit. Quand j'étais dans ma maison, tout autour il y avait une prairie et je vivais avec des chats et des chèvres, et puis j'ai déménagé dans un temple, où il avait aussi des chats, des poules et des chèvres. Là, j'ai eu de nouveaux amis, mais j'ai dû déménager à nouveau pour un appartement dans une autre ville. Ici, il est interdit d'avoir des animaux. Je dois maintenant rester dans la chambre à lire des livres au lieu de jouer dehors avec des animaux. Je veux rentrer à la maison.

 

Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels 

Y.C. fillette de 11ans, réfugiée de la ville de Tamura, habitant maintenant dans le département de Gifu :

Rapport de HORI Yasuo du 2 juillet 2014

Où sont mes amis? Ils sont dispersés dans tout le Japon.

(Ecole élémentaire de Odaka, département de Fukushima)

     J'ai dû être évacuée, car il est tombé beaucoup de particules radioactives autour de ma maison. Si l'accident n'était pas arrivé, nous aurions pu continuer à y vivre, en réparant la maison démolie par le tremblement de terre. Jusque-là, des responsables avaient déclaré que les centrales nucléaires étaient parfaitement sûres, mais l'accident a eu lieu. Quels irresponsables, ces gens-là ! Beaucoup de gens souffrent. Les présidents et les responsables de TEPCO sont vraiment des assassins.

J'ai fréquenté trois écoles différentes. Je n'ai plus rencontré aucun de mes amis après l'accident. J'ai beaucoup de difficultés, mais TEPCO ne fait rien pour nous protéger. Une histoire incroyable! Pourquoi TEPCO n'est -elle pas poursuivie ?  Elle a occasionné un grave accident qui aura des répercussions, non seulement sur nous, mais aussi sur les générations suivantes. Pourquoi n'a-t-elle pas été inculpée? Je souhaite vraiment que le tribunal explique les raisons de l'accident et en désigne les coupables.

  

    J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
   Kobori Yūki, 36 ans, réfugié de la ville de Miharu, maintenant dans le département de Yamanashi
    J'avais un restaurant dans la ville de Kōriyama et j'habitais dans la ville de Miharu avec ma femme et ma fille d’un an. J'avais ouvert ce restaurant en 2008 et je servais aux clients des plats de légumes biologiques. J'aimais beaucoup la belle nature de Fukushima et j'avais déjà un cercle d'amis partageant les mêmes idées.
    Après l'accident, nous avons pris refuge dans le département de Yamanashi. Quand je suis rentré à Fukushima, j'ai détecté 1 microsievert de radioactivité autour du restaurant et 0,4 ~ 0,5 microsievert dans ma maison.
    * La norme maximale du gouvernement est de 0,23 microsievert. Dans ma ville, le chiffre est de 0,05.

 

  Je savais que je ne pourrais plus donner des aliments sains à la clientèle et que nous ne pourrions plus vivre en paix dans ma maison, j’ai donc fermé mon restaurant et j’ai déménagé dans le département de Yamanashi. Je ne peux plus faire ce que je veux, mon cercle d'amis s'est perdu et la communauté s'est dispersée. J'ai perdu emploi, restaurant, maison, argent et amis.

  Il y a des gens qui critiquent ceux qui sont partis.  Eux veulent continuer à vivre dans le département de Fukushima et veulent s’y sentir en sécurité. Ils ne subissent pas de lourdes pertes mais bien sûr, ils sont exposés à la radioactivité et perdent peu à peu leur santé. Différentes opinions divisent les habitants.

     Je vis dans une situation chaotique et je suis pris dans des tourbillons de doute. Je deviens mélancolique et partout je rencontre des choses désolantes. Je suis en colère contre TEPCO et d'autres organisations qui ont fait une propagande mensongère sur la sécurité des centrales nucléaires, et je suis en colère, parce que, tout comme avant, ils fonctionnent comme si de rien n’était.

  Je désire que le tribunal recherche qui sont les assassins. Selon les lois du Japon, le tribunal doit inculper ces personnes et organisations.

 

  Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
                                      Anonyme (femme)
   
   Fukushima, notre très précieux, notre très aimé lieu de vie a été contaminé par les substances radioactives. Fukushima avait un vrai ciel, une belle nature, de la bonne eau, de l'air et de la nourriture. En raison de l'accident de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima, l'eau, l'air, la terre et la nourriture ont été contaminés par la radioactivité.
    La ville, où ma famille logeait, regorgeait d'eau pure et de belle verdure. Nous avions acheté une maison et vivions heureux et en paix jusqu'à ce jour.

Cependant, dans cette maison, la chambre familiale a été contaminée à 0,8 microsievert et le lit de ma fille au deuxième étage présentait 1,2 microsievert. En voyant ces chiffres, j'ai été choquée et des larmes me sont venues aux yeux. Je faisais dormir mes enfants dans un endroit aussi contaminé! Je m'en suis voulu et j'ai pleuré. Au dehors, le chiffre était pire : dans le jardin il était de 3,3 microsieverts et dans le caniveau 23 microsieverts ! En regardant ces chiffres, j'ai été convaincue que nous ne pouvions plus vivre dans cette maison, et j'ai décidé de déménager dans un autre département.

Un dosimètre, qui montre 2,2  microsieverts

Un dosimètre, qui montre 2,2 microsieverts

   Mes enfants ont dit adieu à leurs chers amis et sont entrés dans la nouvelle école, craignant d'être mal accueillis parce qu'ils venaient de Fukushima. À mon soulagement, ils passent maintenant de bons moments dans la nouvelle école, mais parfois ils pleurent.
    La nuit, ils pleurent en regardant les photos de leurs amis du Fukushima.

   Dernièrement, j'ai entendu des voix en pleurs qui venaient de la salle de bain :
     "J'aime Fukushima. Je voudrais y finir le cours élémentaire avec mes amis. Je voudrais continuer de jouer avec eux. Les personnes âgées dans le quartier étaient très gentilles. Chaque jour, les membres de ma famille pouvaient dormir ensemble dans la même chambre. Nous pouvions tous vivre ensemble. J'aime Fukushima. Qu'est-il arrivé à ma vie? Pourquoi cette situation misérable m'est-elle arrivée? "

En raison de l'accident, nous avons dû laisser diverses choses à la maison et nous avons perdu beaucoup : des liens humains, des  membres de la famille et de chers amis précieux, ma chère école, la chère ville où nous vivions tranquillement, et notre beau coin de vie. Qu'est-ce que TEPCO et le gouvernement vont encore nous ravir, à nos enfants et à nous-mêmes? Nous voulons revenir mais ne le pouvons pas. Il nous faudra un nombre inimaginable d'années pour dépolluer le sol. Quand j'y pense, je suis remplie de désespoir.

Nous continuons de rembourser un emprunt à la banque, celui avec lequel nous avions acheté l'ancienne maison, maintenant inhabitable. Nous sommes fatigués de notre vie instable. Mes enfants aussi sont fatigués d'une situation qui leur est inhabituelle, parmi de nouvelles personnes. Ils ont commencé à se plaindre de maux de tête et de ventre. Notre vie a presque atteint la limite de ce qui est, financièrement et psychologiquement, tolérable.

Je souhaite ardemment que le tribunal explique les causes et les responsabilités de l'accident et inculpe les responsables.

 

    Ma fille a renoncé à avoir un enfant
Satō Shōko,  femme de 55 ans, résidant dans la ville de Kōriyama du département de Fukushima
    Je suis une citoyenne de Kōriyama, mais les parents de mon mari vivaient dans la ville de Naraha. Le 24 février 2011, mon beau-père est mort. Le 11 mars, il s'était écoulé deux jours depuis la dernière cérémonie de prières, et ma fille était restée dans la ville de Naraha. 

    Quand l'accident a eu lieu, nous tout fait pour tirer les membres de notre famille hors de Naraha. Nous avons réussi à sauver la belle-mère, la tante et ma fille avant que l'on ne fasse sortir les matières radioactives des réacteurs, mais deux semaines plus tard, mon oncle, qui avait été évacué dans un gymnase, est mort d'une pneumonie. Ma belle-mère est devenue mélancolique et a perdu la tête. Je devais m'occuper de ma belle-mère et de la tante qui souffrait de la maladie de Parkinson. A cause du caractère agressif de ma belle-mère et des soins fréquents à donner à ma tante, et à cause de la peur de la radioactivité, moi aussi je suis devenue mélancolique.

En raison de l'accident nucléaire, tout a changé. Ma maison de Naraha   abîmée par le tremblement de terre est devenue inhabitable à cause de la moisissure et de la pourriture des tatamis. Même les voleurs sont venus. Si  l'accident n'était pas arrivé, l'état de la maison ne serait pas devenu aussi misérable. Ma maison, que nous avions eu du mal à faire construire avec beaucoup d'emprunts, est contaminée par la radioactivité.

Je suis très inquiète pour mes enfants. Ma fille, nouvellement mariée, a renoncé à avoir un enfant. Mon fils de 31 ans, qui va bientôt se marier, se fait du souci au sujet de leur futur bébé.
     Pour que mes fils et fille n'absorbent pas de radioactivité, j'évite par tous les moyens possibles d'utiliser de la nourriture contaminée, mais parce que nous vivons à Fukushima, nous continuons d'y être exposés. Aucun de mes parents ne pense qu'ils pourront revenir dans leur lieu de vie de Naraha.


 

L'accident nucléaire est un crime énorme, qui vole aux habitants leur vie et leurs moyens d’existence, mais personne n'a été inculpé. Cela n'est pas admissible. Je souhaite que le tribunal fasse toute la lumière sur la responsabilité de TEPCO et du gouvernement.

 

Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
                Nagsawa Toshiko, femme de 62 ans résidant dans la ville de Tamura.
    Je vis dans cette ville depuis ma naissance. Autour de ma maison, les plants de riz verdissaient dans toute leur fraîcheur au printemps, et à l'automne ils étendaient leurs champs dorés. Mon mari a travaillé longtemps à la centrale nucléaire de Fukushima. Il a travaillé dur, croyant en la sécurité des centrales. Mais tout a été contaminé par la radioactivité. Mon mari, qui était déjà malade depuis longtemps, est devenu encore plus malade depuis que nous avons déménagé dans une maison provisoire.   

   Mon plus jeune fils travaille dans la centrale nucléaire n° 1, qui a explosé en mars 2011. Je lui conseille d'arrêter, mais il ne m'écoute pas. Il va au travail en disant qu'il pourra vivre jusqu'au moment où sa fille aura dix ans. Je suis très triste. Je veux qu'il reste dans l'air pur à la maison, mais autour de nous tout est contaminé. Que faire?

Que personne ne subisse la même chose que nous. Que la même chose ne se répète pas, et que le tribunal explique qui sont les responsables de cet accident.

 

Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
Kikuchi Mutsuo, 63 ans, agriculteur
(adresse cachée)
    Je cultivais du riz et des légumes biologiques dans le département de Fukushima, et j'étais fier des bonnes récoltes, mais tout a été contaminé par la radioactivité de l'accident. Tout a été perdu, et la ville est devenue inhabitable.

J'avais déjà un dosimètre. Quand a eu lieu l'accident, j'ai mesuré l'intensité au sol, et j'ai trouvé que le terrain était contaminé à 100 microsieverts. En voyant ce grand chiffre, je me suis presque évanoui et j'ai pensé que tout est fini. J'ai juste pensé à fuir ce lieu trop pollué, inhabitable, et je me suis hâté vers la ville de Kyoto où mon oncle vivait.

Cet endroit irréparable, nature contaminée et douleur morale ! Il nous faudra des milliers d'années pour récupérer une vie sans  radioactivité, du travail et une communauté. Qui est responsable de cet accident? Je demande au tribunal d'enquêter sur les crimes des accusés.

 

J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement
Tachibana Ryūko, femme de 71 ans, réfugiée de Namie, vit maintenant dans la ville de Motomiya dans le département de Fukushima
    Nous avons eu de l'inquiétude à propos du danger des centrales nucléaires et nous avons agi contre la politique nucléaire. Comme nous l'avions prévu, l'accident s'est produit le 11 mars 2011. Depuis ce jour, une vie de nomade a commencé pour moi. Nous, qui sommes un couple de personnes âgées, avons perdu notre maison et après dix transferts, nous vivons maintenant dans une maison provisoire dans la ville de Motomiya.

Maisons provisoires pour les réfugiés

Maisons provisoires pour les réfugiés

Même à la suite de l'accident, TEPCO et le gouvernement sont restés froids avec nous, ils négligent notre chagrin et notre colère. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement avait introduit l'énergie nucléaire comme politique nationale avec le slogan "l'atome pour pour la paix", et TEPCO, en suivant cette politique, a construit 10 réacteurs dans la région de Futaba  dans le département de Fukushima. La firme n'a jamais changé son attitude arrogante: «Nous avons apporté et apportons de la richesse à des habitants pauvres grâce aux centrales nucléaires!"

 

Quelle est la responsabilité du gouvernement? Quelle est la responsabilité des grandes entreprises, qui auraient dû remplir leur rôle social? À propos de sa responsabilité dans la seconde guerre mondiale, le Japon n'a jamais fait une sérieuse auto-critique. Le Japon oubliera-t-il à nouveau de la faire à propos de l'accident nucléaire?

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, je me suis enfui de  Mandchourie vers le nord-est de la Chine, qui était alors une colonie japonaise. Déjà l'armée japonaise s'était enfuie de bonne heure, laissant les immigrés japonais sur place. Nous avons été rejetés par le gouvernement japonais. Et cette fois-ci encore nous sommes rejetés. J'ai connu deux fois le rejet par le gouvernement.


   Afin de découvrir la vérité, pour créer une société juste, pour protéger les enfants qui vivent dans le 21e siècle et réaliser une société qui ne craigne pas la radioactivité, je demande au tribunal de nous aider. Vous êtes mon seul espoir.

 


 

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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