31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 11:34

Troisième témoignage de Permaria

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Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Activités de la station de mesure de la radioactivité d’Akita

 

 

Je me souviens de l’été dernier 2014. Le taux de radioactivité de l’environnement dans la ville d’Akita était de 0.08μSV/h sur mon Geiger. C’était une valeur un peu plus élevée qu’à Kawasaki où j’habite. Mais c’est juste un peu plus et les habitants du département continuent de vivre comme si de rien n’était.

 

Au supermarché, on vendait du cabillaud au rayon poissonnerie. Il y avait une étiquette marquant la zone de pêche. On a appris qu’il venait d’Aomori mais pas plus. Aomori, c’est un département au bout de l’île de Honshu qui donne sur trois étendues d’eau : l’océan Pacifique, le détroit de Tsugaru et la mer du Japon. On ne savait donc pas de quelles eaux d’Aomori venait ce poisson vorace. Comme il y a une grande différence de taux de radioactivité entre les poissons pêchés dans l’Océan Pacifique et ceux de la mer du Japon, je n’ai pas eu envie d’en acheter, faute de précision.

Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Les consommateurs avertis et méticuleux appellent ce poisson « champignon noir de la mer » parce que cet animal marin carnivore absorbe et accumule facilement les substances radioactives. Mais, dans cette ville provinciale de taille moyenne qu’est Akita, on dirait qu’aucun client ne payait d’attention à la provenance du cabillaud.

 

Le 25 février 2015, on a appris que Tepco avait laissé fuir de l’eau fortement radioactive vers l’Océan Pacifique, depuis déjà l’année dernière, sans rien dire. Cette nouvelle a indigné la société coopérative des pêcheurs à Iwaki, ville portuaire ayant de nombreux petits ports de pêche. Les pêcheurs n’ont plus confiance en la compagnie d’électricité.

 

Or, depuis justement l’année dernière, juste après la semaine d’Or au mois de mai, le Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a arrêté de publier le rapport quotidien des résultats de mesure de radioactivité des aliments, mais seulement hebdomadairement. Je pense que ce n’est pas un travail correct pour un ministère qui se charge de la santé de la nation. Et puis, la publication hebdomadaire a rendu la tâche de lecture et de vérification très difficile parce qu’il nous faut lire une quantité de données en une seule fois pour comprendre la situation et qu’ il y a plus de décalage de temps qu’avant entre la publication des informations et les circuits  d’approvisionnement alimentaires. Mais, il faut choisir et acheter des produits agricoles et de la pêche non pollués pour vivre sain. Alors il faut éviter le cabillaud, les champignons, surtout les champignons noirs, et les poissons d’eau douce. Et je bois de l’eau minérale Crystal Geyser importée des Etats-Unis.

 

Mais l’automne dernier, j’ai découvert, par hasard, dans un film intitulé  “Nucléaire sauvage : Les îles du projet secret 4.1”, que les deux sources de Crystal Geyser n’étaient pas loin du désert du Nevada où ont été effectués plusieurs essais nucléaires pendant la guerre froide par le gouvernement américain. J’en ai tressailli : en évitant l’eau minérale japonaise douteuse, je courais au risque d’empoisonnement causé par l’exposition interne… Il m’a fallu vite faire mesurer la radioactivité de cette eau. C’était important.

 

Justement à Akita, il y a une station de mesure de la radioactivité, tenue par un couple bénévole. On peut voir tous les résultats des mesures de la radioactivité chez eux « Beguredenega ? » (N’y a-t-il pas de substance radioactive (Bq) dedans ? en dialecte d’Akita) sur leur site : http://ameblo.jp/metabolism-akita/entrylist.html

Alors, je leur ai envoyé une énorme quantité de Crystal Geyser, 43,56 litres !

 

L’eau a été soigneusement condensée jusqu’à la limite chez eux, envoyée au bureau de Monsieur Shozugawa, assistant à l’Université de Tokyo et mesurée par un détecteur Germanium avec haute précision. Le résultat a été rassurant : pas de substance radioactive qui dépasse la limite de détection. Alors, je continue de boire cette eau toute rassurée.

 

Mais, je pense en même temps qu’il faudrait faire mesurer toutes les eaux minérales produites au Japon. Les frais de mesure sont assez élevés, mais en groupe, on peut les partager. Si le résultat était bon, ce serait plus économique de consommer de l’eau minérale japonaise parce qu’on est au Japon. Seuls les résultats vraiment fiables scientifiquement pourront empêcher « le risque de réputation » des produits japonais.

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:34
Fukushima : des défis insurmontables

Fukushima : des défis insurmontables

 

Par David BOILLEY (ACRO.eu.org)

 

 

(Article original publié le 5 mars 2015)

 

Cela fait quatre ans que la catastrophe nucléaire japonaise a commencé. Après l’urgence et les mesures d’ajustement et de restructuration, aussi bien la compagnie TEPCo, qui exploitait la centrale, que les autorités se sont installées dans un chantier à long terme. Les défis sont immenses, tant au niveau de la centrale qui reste menaçante que dans les territoires contaminés où la population s’interroge sur son avenir, mais le pays y fait face avec les anciens réflexes de dissimulation et d’autoritarisme qui ne font qu’aggraver la situation.

 

L’été 2013 avait été marqué par une suite de scandales sur les fuites d’eau contaminée qui ont secoué le Japon, avec un fort retentissement médiatique international. Le Premier ministre japonais, Shinzô Abé, a pris le dossier en main et a déclaré devant le Comité olympique, où il défendait la candidature de Tôkyô, que la situation était « sous contrôle » et que la pollution radioactive était bloquée dans le port devant la centrale. Plus tard, devant le parlement, il précisera que « les effets de la radioactivité » sont bloqués dans le port, sans préciser ce qu’il entendait par « effets ». Plus de 18 mois plus tard, force est de constater que la situation n’est pas sous contrôle et l’eau contaminée reste le principal cauchemar de TEPCo.

 

 

La bataille de l’eau contaminée

 

Avant la catastrophe nucléaire, TEPCo pompait, chaque jour, environ 1 000 m3 d’eau souterraine pour rabattre la nappe phréatique et éviter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs nucléaires. Ce pompage s’est arrêté avec la catastrophe et environ 400 m3 d’eau souterraine y pénètrent chaque jour et se mélangent à l’eau de refroidissement fortement contaminée. Cette eau est stockée et TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours. Il y a plus d’un millier de cuves sur le site de la centrale.

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

Inversement, de l’eau contaminée passe des sous-sols vers la nappe phréatique avant de rejoindre l’océan. Les fuites en mer, estimées à la louche à 300 m3 par jour, continuent. TEPCo s’est engagée dans une bataille pour « contrôler » la situation où elle enregistre peu de victoires.

 

Première idée, reprendre les pompages, mais l’eau près des réacteurs est fortement contaminée. Alors la compagnie a décidé de pomper plus en amont où la contamination est moindre. Mais, il lui a fallu un an pour convaincre les pêcheurs qui ont fini par accepter, en mars 2014, que cette eau soit rejetée dans l’océan. Il aura fallu du temps à la compagnie pour accepter un contrôle de l’eau par un laboratoire tiers.

 

En régime de croisière, ce sont entre 300 et 350 m3 qui sont ainsi rejetés quotidiennement en mer. La contamination en tritium (hydrogène radioactif) ne doit pas dépasser 1 500 Bq/L et celle en bêta total (hors tritium) 5 Bq/L. TEPCo avait annoncé une diminution attendue des infiltrations de 100 m3 par jour mais les effets ont mis du temps à se manifester. Ce n’est qu’à l’automne 2014 que la compagnie a pu observer une baisse de 50 à 80 m3 par jour en données corrigées des variations saisonnières. L’eau contaminée continue donc à s’accumuler jour après jour.

 

En parallèle, sur injonction des autorités, la compagnie a commencé à installer un système destiné à geler le sol tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges. C’est le gouvernement qui paye. En amont, les travaux progressent vite, mais, en aval, il y a de nombreuses galeries souterraines qui vont vers la mer. TEPCo a essayé, pendant des mois, d’en geler une à titre expérimental, mais cela n’a pas pris. Elle a eu beau rajouter de la glace, puis de la glace carbonique, rien n’y a fait, l’eau circulait toujours. Elle a ensuite tenté de cimenter la partie qui ne gelait pas, sans plus de succès. Elle a enfin décidé de remplir les galeries de ciment, mais il y a de nombreux câbles et tuyaux et il est peu probable que ce soit complètement étanche.

 

Le stockage de l’eau contaminée n’est pas durable. Une première station de traitement, Sarry, retire le césium, mais cela ne suffit pas. Une nouvelle station, ALPS, doit retirer 62 radioéléments, mais elle cumule les déboires. Les performances n’étaient pas toujours au niveau attendu et elle génère d’énormes quantités de déchets. TEPCo s’était engagée, en septembre 2013, après les scandales de l’été et les déclarations du premier ministre, à traiter tout son stock avant mars 2015. Il est rapidement apparu que ce ne serait pas possible. Elle a donc ajouté de nouvelles unités qui ne retirent que le strontium, très radiotoxique, en plus du césium. Mais, finalement, même en prenant en compte cette décontamination partielle, elle ne pourra pas tenir ses engagements. TEPCo affirme maintenant pouvoir y arriver en mai de cette année pour le strontium et en mai 2016 pour les autres radioéléments.

 

Même partiellement décontaminée, cette eau s’accumule dans des cuves. En cas de fuite importante, l’impact serait moindre, mais cela ne résout pas le problème du stockage à long terme. En effet, le stock total de tritium contenu dans les cuves, les combustibles, les sous-sols, et qui n’est pas retiré par les différentes stations de traitement, correspond à environ 150 ans de rejets en mer à la limite maximale autorisée. Pour déverser cette eau dans l’océan – le rêve de TEPCo et des autorités – il faudrait changer les autorisations de rejet, ce qui semble politiquement impossible.

 

La dernière carte de TEPCo consiste finalement à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Mais elle est très contaminée. La compagnie veut donc la traiter et la rejeter directement en mer. Elle tente d’obtenir l’accord des pêcheurs, en vain pour le moment.

 

A l’automne dernier, une majorité des 6 000 personnes qui travaillaient chaque jour sur le site de la centrale accidentée était engagée dans la bataille de l’eau contaminée. Ce chiffre est passé à 7 000 par jour et cela ne suffit toujours pas car la culture de la compagnie n’a guère changé. La pénurie de main d’œuvre qualifiée et la sous-traitance en cascade aggravent la situation. Depuis le début de la catastrophe, 40 000 personnes ont travaillé sur le site de la centrale accidentée.

 

TEPCo avait découvert, en janvier 2014, que la contamination de l’eau de pluie évacuée vers la mer était particulièrement élevée dans un drain. Elle a prévenu l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, qui lui a demandé de trouver la cause. La compagnie a d’abord suspecté la contamination des sols : elle les a donc couverts, a nettoyé les drains, et multiplié les contrôles, mais la contamination de l’eau n’a pas baissé. TEPCo n’a rien dit à personne. Elle n’a pas signalé non plus que la contamination augmentait avec la pluie. Ce n’est qu’en février 2015, suite une autre fuite qui a déclenché une alarme, qu’elle a averti la NRA.

 

Suite aux fuites qui ont fait scandale par le passé, TEPCo contrôle l’eau de pluie récoltée autour des cuves et a mis des alarmes sur les drains qui s’écoulent vers le port, mais n’a pris aucune mesure particulière pour le drain où l’eau était particulièrement contaminée, qui lui, se jette directement dans l’océan, sans passer par le port où la compagnie a installé des barrières pour limiter les transferts.

 

Comment TEPCo peut prétendre être très précautionneuse en surveillant l’eau pompée avant rejet dans l’océan et d’un autre côté être si négligente pour cette eau de pluie ? La compagnie a encore des progrès à faire en terme de culture de sûreté. Les pêcheurs sont furieux et se sentent trahis. Comme d’habitude, la compagnie s’est excusée pour l’inquiétude créée, alors que ce n’est pas le seul scandale dû à la négligence.

 

 

La menace des piscines de combustible

 

Les piscines de combustible usé ont inquiété au début de la catastrophe nucléaire car elles ne sont pas protégées par l’enceinte de confinement. Si une secousse sismique ou une explosion provoquait une fissure et qu’il n’était plus possible de refroidir le combustible, il aurait fondu et dégagé une énorme quantité de radioéléments. La première semaine, le premier ministre avait sur son bureau le scénario du pire qui consistait en la fusion des combustibles de la piscine n°4, la plus chargée. Une estimation rapide avait montré qu’il aurait alors fallu évacuer jusqu’à environ 250 km de la centrale et donc probablement une partie de l’agglomération de Tôkyô. Le renforcement de la structure de soutènement de la piscine n°4 avait été une priorité dans les premiers mois.

 

TEPCo a fini de vider cette piscine le 20 décembre dernier. C’est une belle prouesse. Les combustibles usés sont dans la piscine commune de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui est au niveau du sol. Les combustibles neufs sont dans la piscine du réacteur n°6.

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Pour cela, la compagnie a dû démanteler toute la partie haute du bâtiment réacteur et reconstruire une structure neuve par dessus le tout. Le réacteur n°4, dont le cœur était entièrement déchargé en mars 2011, ne constitue donc plus une menace et son démantèlement se fera plus tard. Réduire la menace des autres réacteurs est la priorité.

 

La compagnie va s’attaquer aux trois autres réacteurs accidentés, en commençant pas le réacteur n°3 qui est très endommagé et dont la piscine contient du combustible MOx, très chargé en plutonium. Contrairement au réacteur n°4, il y a eu fusion des cœurs dans les réacteurs 1 à 3 et le débit de dose ne permet pas aux êtres humains d’y travailler.

 

TEPCo a commencé à démanteler le réacteur n°3 à l’aide de grues télécommandées. Cela n’a pas été sans incidents, mais elle a fini pour la partie haute. Le débit de dose y est si élevé qu’il faut trouver un moyen de l’atténuer suffisamment avant de construire une nouvelle structure tout autour. Ce n’est pas gagné pour le moment.

 

Contrairement au réacteur n°4, le démantèlement du n°3 a conduit à des rejets conséquents de poussières radioactives qui ont été détectées à grande distance. En août 2013, ces dégagements ont même conduit au déclenchement d’alarmes de surveillance et à la contamination de travailleurs qui attendaient le bus. Il faudra à TEPCo du temps pour soupçonner les poussières comme étant la cause des problèmes. L’incident semblait clos. Mais, en juillet 2014, le ministère de l’agriculture révèle que du riz récolté à Minami-Sôma à l’automne 2013 était contaminé au-delà de la limite de mise sur le marché, alors que ce n’était pas le cas l’année précédente. Le ministère soupçonne les retombées de poussières émises lors du démantèlement du réacteur n°3 durant l’été 2013. Les rizières affectées sont au-delà de la zone d’évacuation de 20 km.

 

 

Des rejets dissimulés

 

Le maire et les habitants de Minami-Sôma sont furieux, car ni TEPCo, ni le gouvernement, ne leur ont signalé les retombées radioactives sur la commune. On apprendra plus tard que ce sont des chercheurs de l’université de Kyôto qui ont alerté les autorités : ils contrôlaient la contamination des aérosols à Fukushima et ont détecté plusieurs pics de pollution radioactive. Le ministère a fait le lien avec le riz contaminé et a abordé ce problème avec TEPCo en mars 2014 sans prévenir la commune.

 

TEPCo a fini par reconnaître que le 19 août 2013, les travaux de démantèlement sur le réacteur n°3 ont entraîné un rejet aérien de 4 térabecquerels (4 000 milliards de becquerels), ce qui est 10 000 fois plus que les rejets habituels. Rien sur les autres pics. Ce chiffre sera revu à la baisse des mois plus tard. Et il faudra attendre le 31 décembre 2014 pour découvrir le pot aux roses : contrairement au réacteur n°4, TEPCo a négligé d’asperger une résine pour fixer les poussières avant de démanteler. Et quand cette résine, généralement utilisée pour fixer les poussières d’amiante, était aspergée, la dilution du produit était trop forte. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Suite aux problèmes, TEPCo a repris les procédures normales à partir d’octobre 2013, sans rien dire à personne. Pas vu pas pris. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an ! La compagnie n’a pas été punie, mais s’est excusée pour l’inquiétude provoquée.

 

Cette affaire a entraîné un « glissement du calendrier » des travaux sur le réacteur n°1. Il est donc difficile de savoir quand les autres piscines seront vidées. Au-delà des piscines, il y a le combustible fondu qui a percé la cuve des réacteurs et qu’il faut continuellement refroidir en l’arrosant. TEPCo ne sait pas où il est exactement. La réduction de la menace que représentent les réacteurs accidentés va prendre des décennies. Après, la compagnie pourra envisager le démantèlement. Se pose aussi le problème des déchets radioactifs pour lesquels le Japon n’a aucune solution à proposer.

 

En attendant, l’environnement plus ou moins proche de la centrale nucléaire peut à nouveau être fortement contaminé suite à un accident. Que se passera-t-il en cas de forte secousse ou de nouveau tsunami ? Même sans accident, il est fort probable qu’il y ait encore des rejets intempestifs qui viennent s’ajouter aux rejets de routine. Chikurin, le laboratoire citoyen monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, a mis au point une méthode de prélèvement des poussières facile à mettre en œuvre à l’aide d’un simple linge suspendu. Elle a été comparée à des méthodes plus lourdes, avec préleveur automatique et filtre, et donne des résultats comparables.

 

Ces rejets inquiètent les habitants qui ne sont pas prêts à rentrer, même si, officiellement, ce ne sont plus ces retombées radioactives qui auraient contaminé le riz de Minami-Sôma. Mais les autorités n’ont aucune autre explication.

 

 

Le retour des populations

 

Il y a encore officiellement presque 120 000 personnes évacuées à cause de la pollution radioactive. L’indemnisation coûte cher aux autorités qui avancent l’argent à TEPCo. Elles rêvent donc d’une catastrophe réversible avec un retour des populations. L’ordre d’évacuer a été levé dans deux districts et l’indemnisation se tarira un an plus tard.

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Le gouvernement a divisé la zone évacuée en trois sous-zones en fonction du débit de dose. Il prévoit un retour rapide dans celle où l’exposition est inférieure à 20 millisieverts par an. Cela correspond à la limite fixée pour l’évacuation en 2011. A l’époque, le Japon s’était vanté d’avoir choisi la valeur la plus basse des recommandations internationales. Mais la phase d’urgence est terminée depuis longtemps. Il est alors recommandé de fixer des niveaux de référence dans la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv/an.

 

Le Japon est en train de comprendre que la transition entre la situation d’urgence et la gestion à long terme des territoires contaminés est complexe. Comment passer d’un intervalle d’exposition maximale autorisée situé entre 20 et 100 mSv à la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv ? Les radioéléments comme le césium décroissent lentement. Le débit de dose moyen n’a diminué que de 40% en moyenne la première année au Japon et les travaux de décontamination se sont révélés très décevants.

 

Le Japon a bien adopté un retour à une limite de 1 mSv/an, mais sans donner de calendrier. La politique actuelle de retour des populations dans les zones évacuées est toujours basée sur une limite annuelle de 20 mSv/an choisie au moment de l’évacuation. Cette limite n’avait pas été acceptée par beaucoup au moment de l’urgence et elle n’est toujours pas acceptée pour le retour. Ainsi, de nombreuses personnes ne souhaitent pas rentrer, surtout quand il y a de petits enfants. Mais si le Japon adoptait une limite de retour plus basse, les populations non évacuées ne comprendraient pas et se sentiraient abandonnées.

 

Ces doses annuelles sont estimées en supposant que les personnes passent en moyenne 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%. Ainsi, 1 mSv par an correspond à 0,23 microsievert par heure quand on ajoute le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert par heure. Cela peut être mesuré directement avec un radiamètre. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure par la même méthode. C’est cette valeur qui a été utilisée pour l’évacuation. Et c’est encore elle qui est retenue pour le retour.

 

Face à cette situation complexe, les autorités pensent avoir trouvé la parade : distribuer à chacun des « glass-badges », c’est à dire des dosimètres individuels, pour apprendre à vivre en territoire contaminé et limiter l’exposition en faisant attention. Il est alors possible d’avoir une dose reçue moins élevée que celle estimée précédemment. La ville de Daté s’est fixé une limite à 5 mSv mesurés par ces « glass-badges » et le maire met en avant le succès de l’opération.

 

Tous les élus ne sont pas convaincus et le conseil municipal a organisé, en janvier 2015, un séminaire avec un représentant de l’association Fukurô-no-kaï et le fabriquant du dosimètre, Chiyoda Technology. Lors de la réunion, le représentant associatif a souligné les limites de la méthode : il importe de protéger chacun. On ne peut pas se contenter de moyenne, comme le font les autorités. Par ailleurs, ces dosimètres sous-estiment la dose quand on vit dans un environnement entièrement contaminé. Lors de la réunion, le directeur de Chiyoda Technology a reconnu les faits et s’est excusé de ne pas l’avoir signalé. Suite à la parution d’un compte-rendu dans la presse, le site Internet de la compagnie reconnaît que les dosimètres sous-estiment la dose reçue de 30 à 40%. L’IRSN, qui commercialise ces dosimètres en France et accompagne le maire de Daté dans le cadre d’Ethos in Fukushima, n’aurait pas jugé utile d’apporter cette information ?

 

Pas étonnant que les habitants hésitent à rentrer. Est-ce cela l’avenir que l’on veut proposer à ces enfants ? Tout contrôler, ne pas s’aventurer au-delà des zones non décontaminées… Selon l’Agence de la reconstruction, qui a sondé les habitants des territoires évacués de la province de Fukushima entre août et octobre 2014, seulement 19,4% des habitants de Namié originaires d’une zone où l’ordre d’évacuer va être levé, car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv par an, veulent rentrer. C’est 14,7% dans la même zone à Tomioka. Il s’agit souvent des personnes les plus âgées.

Carte des 3 zones (source METI)

Carte des 3 zones (source METI)

Pour les zones de « non-résidence », où l’exposition externe avant les travaux de décontamination est comprise entre 20 et 50 mSv par an, ces pourcentages descendent à 16,6% pour Namié et 11,1% pour Tomioka. Enfin, pour les zones classées en « retour difficile » car l’exposition externe avant décontamination y est supérieure à 50 mSv par an, 17,5% des personnes concernées à Namié espèrent pouvoir rentrer un jour. C’est 11,8% pour Tomioka.

 

Il faut donc s’adapter. Avant la catastrophe, il y avait 5 lycées dans les 8 communes évacuées du district de Futaba avec 1 500 élèves. Les cours continuent dans les villes refuge, mais il n’y avait plus que 337 élèves inscrits en mai 2014, juste après la rentrée scolaire. Un nouveau lycée va ouvrir à Hirono à la rentrée prochaine, en avril 2015, à la place des 5 lycées abandonnés qui fermeront officiellement en avril 2017. Il y aura un pensionnat car les enfants vivent loin du futur lycée.

 

Deux cliniques qui étaient en zone évacuée, dans le district d’Odaka à Minami-Sôma et à Namié, vont licencier le personnel car les indemnisations de TEPCo s’arrêtent. Seuls les directeurs restent en poste pour trouver une façon de rouvrir. 45 personnes dans chaque clinique vont perdre leur emploi. Deux autres cliniques ont déjà fermé définitivement après la catastrophe nucléaire. Minami-Sôma espère lever l’ordre d’évacuer en avril 2016 et Namié en 2017. S’il n’y a plus de services de soins, le retour sera plus difficile.

 

Les autorités se doivent de laisser le choix aux populations quant à leur retour, sans discrimination, et les aider à refaire leur vie, quel que soit le lieu de résidence choisi. Au-delà du rétablissement de conditions de vie digne, se pose, à plus long terme, le problème du devenir des territoires et des immenses volumes de déchets radioactifs.

 

 

Les déchets radioactifs

 

Que ce soit en territoires évacués ou en zone contaminée, les déchets radioactifs issus des travaux de décontamination s’accumulent. A Fukushima, il devrait y en avoir 30 millions de mètres cube. Les autorités veulent les entreposer sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi dans les communes d’Ôkuma et Futaba. Pour vaincre la réticence des habitants, les autorités se sont engagées, par la loi, à reprendre ces déchets au bout de 30 ans pour les stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. Qui peut croire qu’il sera possible de trouver un site et de transporter à nouveau 30 millions de mètres cube ? Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte aussi en millions. Si les autorités locales ont donné leur accord, les propriétaires des terrains refusent de vendre ou même de louer. Le processus est bloqué. Un sondage effectué en avril 2014 a montré que 82,7% des habitants de Fukushima ne croient pas à cette fable des 30 ans. Le gouvernement n’a donné aucune piste sur la façon dont il compte s’y prendre.

 

Dans les autres provinces aussi la situation est bloquée. Le gouvernement a trouvé des sites de stockage définitif cette fois-ci mais les riverains et les maires des communes proches s’y opposent. Ils ont barré l’accès aux ingénieurs venus étudier les terrains.

 

Même en temps normal, il est difficile de trouver un site d’accueil pour les déchets radioactifs. Après un accident de grande ampleur, c’est encore plus difficile car les populations ont moins confiance dans les autorités et le volume de déchets est beaucoup plus grand. Le gouvernement maintient sa politique traditionnelle qui consiste à « décider, annoncer et défendre ». Le précédent ministre de l’environnement avait expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. Les faits lui donnent tord. L’accord des élus locaux ne suffit pas.

 

En attendant, les déchets s’accumulent partout. Il y a plus de 54 000 sites d’entreposage temporaire. A Iitaté, par exemple, ils couvrent un tiers des 800 hectares de surfaces agricoles. Souvent, le bail pour l’utilisation du terrain arrive à échéance sans qu’il y ait de solution en vue. Dans les zones non évacuées, les maires et les populations ne veulent pas garder les déchets et souhaitent leur départ au plus vite. Des enfants ont été vus jouer sur ces montagnes de sacs radioactifs. Parfois, l’emballage ne tient pas.

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

 

La catastrophe au quotidien

 

Au-delà de ces défis insurmontables, tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt complet depuis septembre 2013. Seuls quatre réacteurs ont vu leur dossier de sûreté validé et il n’y aura probablement pas de redémarrage avant l’été. D’un autre côté, 5 réacteurs anciens devraient être officiellement arrêtés définitivement. Ce n’est qu’un début. Dans ce contexte, le gouvernement peine à définir sa politique énergétique, même s’il s’est engagé à rendre sa copie avant la conférence sur le climat de Paris.

 

Mais ce sont surtout les populations qui souffrent. Il y a encore 120 000 évacués de la catastrophe nucléaire qui ne savent de quoi leur avenir sera fait. Beaucoup vivent encore dans des préfabriqués peu confortables. Les familles sont parfois éclatées. Que faire quand les indemnisations s’arrêteront ? Dans les territoires contaminés, les enfants ne jouent plus dehors.

 

Et il y a les cancers de la thyroïde qui sont source d’inquiétude. L’université médicale de Fukushima, mandatée par les autorités, a ausculté une première fois la thyroïde de 368 000 enfants. Parmi eux, 86 enfants avaient un cancer confirmé et 23 autres suspecté. Des examens complémentaires sont en cours. Il y a un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention chirurgicale. Le taux d’occurrence observé est beaucoup plus élevé à Fukushima qu’ailleurs au Japon ou dans d’autres pays. En effet, cela fait environ 30 cas sur 100 000 enfants, contre 1,7 cas sur 100 000 enfants à Miyagi.

 

Les autorités médicales affirment cependant que ce n’est pas lié à la catastrophe nucléaire, mais au dépistage systématique. Si c’est le cas et que les cancers ne se seraient pas déclarés avant des années, fallait-il effectuer les interventions chirurgicales ? Les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre longtemps en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils ont une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Des experts critiques réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des données patients et les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.

 

Les autorités régionales de Fukushima ont entamé la deuxième vague de dépistage du cancer de la thyroïde chez les 385 000 enfants de la province. 8 enfants sur 75 000 chez qui l’on n’avait pas détecté de cancer lors de la première échographie sont suspectés d’avoir un cancer après un deuxième examen. Parmi eux, il y a un cas confirmé. Les 7 autres vont subir d’autres examens médicaux. Ils avaient entre 6 et 17 ans au moment des rejets radioactifs massifs. Les tumeurs font entre 6 et 17,3 mm. Ces enfants étaient classés dans les catégories A lors du premier dépistage, signifiant « pas de problème ».

 

Par ailleurs, sur les 75 000 enfants ayant subi une deuxième échographie de la thyroïde, 611 sont classés B et vont subir des examens complémentaires. Parmi eux, 441, ou 72,2%, avaient été classés A lors de la première campagne. Le nombre de cas de cancer pourrait malheureusement augmenter encore… L’inquiétude des populations est donc sans fin.

 

 

La catastrophe ne fait que commencer

 

Force est de constater que la catastrophe ne fait que commencer. Les défis auxquels fait face le pays sont immenses. Même en temps normal, il n’est pas simple de démanteler une installation nucléaire ni de trouver une solution pour les déchets. Les fuites d’eau contaminée sont difficiles à colmater dans un environnement si hostile. Les problèmes sont exacerbés après une catastrophe et des populations souffrent. Mais ni TEPCo ni le gouvernement n’ont changé. Les excuses répétées n’y changent rien. Selon un sondage récent, 71% des habitants de Fukushima ne sont pas satisfaits par la gestion de la crise par le gouvernement et TEPCo.

 

La compagnie fait preuve de négligences si elle n’est pas contrôlée strictement. Les quelques exemples présentés ici affectaient l’extérieur du site et sont donc connus. Il y a beaucoup d’autres problèmes qui restent internes. Des ouvriers ont, par exemple, actionné le mauvais interrupteur et mis en marche une pompe de secours qui a déversé de l’eau contaminée dans un sous-sol. Il leur a fallu plus d’un mois pour se rendre compte de la bourde. Deux ouvriers sont décédés en janvier et la compagnie a dû revoir toute la sécurité des travailleurs. Dans de telles conditions, comment peut-elle prétendre pouvoir exploiter du nucléaire à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa ?

 

Quant au gouvernement, il est toujours dans sa stratégie « décider, annoncer, défendre » qui laisse peu de place à la concertation alors qu’il lui faudrait être plus à l’écoute des populations et inventer de nouvelles formes de démocratie plus participatives. Car les initiatives citoyennes sont nombreuses et ne demandent qu’à être reconnues et encouragées. Dans les années à venir, de nouvelles difficultés vont surgir avec la fin de l’indemnisation des victimes sans que les problèmes soient réglés.

 

David BOILLEY

 

Toutes ces informations sont détaillées sur le site Fukushima.eu.org

 

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Photo d’entête : le bâtiment réacteur 3 en 2012

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 14:46

Voici le deuxième témoignage de Permaria.

" Ça fait déjà plus de sept mois que je suis allée à Akita, ville provinciale qui donne sur la mer du Japon. C’était un voyage de retour au pays natal pour ma tante bientôt nonagénaire, qui habite maintenant dans le département de Kanagawa.

Elle a longtemps travaillé pour Tohokuden (Tohoku Electric Power Company) qui alimente de courant électrique la région du Tohoku ( Nord-Est de l’île principale qu’est Honshu au Japon ) et aussi dans le département de Niigata.

La nouvelle de son arrivée à Akita a vite circulé parmi quelques ex-collègues beaucoup plus jeunes qu’elle. Ils étaient trois, dont une femme fraîchement retraitée et deux hommes, tous d’une soixantaine d’années. Ils ont rendu visite pour dire bonjour à son aînée du bureau.

Au moment du gigantesque séisme du 11 mars 2011, l’ex-employée travaillait dans la Centrale thermique à Noshiro, au nord du département d’Akita. Le tremblement de terre a automatiquement arrêté tous les réacteurs thermiques et cet arrêt n’a pas été provisoire : le séisme a provoqué une panne difficilement réparable et la centrale n’a pu produire d’électricité jusqu’à l’année suivante.

« C’était vraiment embêtant, nous a-t-elle dit, parce qu’on n’avait rien à vendre. » Rien à vendre, donc rien de profit pour la société. A cette difficulté de gestion s’est ajouté des voix démoralisantes venant des clients particuliers contre l’énergie nucléaire. La retraitée a dit : «  Maintenant, on sait bien que l’énergie nucléaire est dangereux. Avant, c’était différent.

 

Avant, avant… Est-ce vrai qu’avant on croyait à l’intégralité de la centrale nucléaire ?

Je me souviens bien d’un dîner de fin mars 1979 où ma tante a beaucoup parlé, excitée malgré son calme d’habitude, de l’accident nucléaire de Three Mile Island. D’après elle, c’était plutôt beaucoup de cadres du bureau, tous hommes à cette époque-là, qui avaient parlé, déboussolés, à haute voix, du danger de l’énergie nucléaire avérée originellement incontrôlable. Depuis cet accident, une méfiance est née vis-à-vis de cette énergie du rêve et a été couvée même parmi les employés de la compagnie d’électricité. Mais, j’ai compris que cette méfiance a été bien diluée avec le temps, malgré l’accident de Tchernobyl qui a eu lieu sept ans après l’accident de TMI.

   

Deux retraités très gentils, maintenant jardiniers amateurs, n’ont rien dit sur l’accident de Fukushima Daiïchi ni de l’avenir de leur employeur.

 

Maison mère de Tohoku-den, Tohoku-epco à Sendai, dans le département de Miyagi

Maison mère de Tohoku-den, Tohoku-epco à Sendai, dans le département de Miyagi

Tohokuden est l’exploitant de deux centrales nucléaires : Onagawa dans le département de Miyagi et Higashidôri dans celui d’Aomori. L’entreprise a eu beaucoup de protestations contre un éventuel redémarrage de leurs centrales, justement comme moi qui le fais contre Tepco à chaque payement de frais d’électricité.

« L’énergie est le sang de la société moderne basée sur les activités économiques », j’ai trouvé cette phrase citée dans le bulletin de l’association des retraités de l’entreprise. Tohokuden a longtemps soutenu et soutient l’industrie de sept départements nord-est de l’archipel en choisissant et changeant parmi des carburants et des ressources naturelles : charbon, essence, eau, uranium, plutonium, vent, rayon du soleil, chaleur de la terre et biomasse.

Selon le bulletin, dans un an, Tohokuden, comme toutes les compagnies d’électricités, doit faire face à la libéralisation du marché de l’électricité. Tout le monde peut en vendre et en acheter. Pour se préparer, cette entreprise a l’intention de construire trois nouvelles centrales thermiques et une centrale hydroélectrique, en visant la stabilisation de l’alimentation du courant. C’est ainsi qu’elle compte regagner la confiance des clients, une fois perdue à cause de l’arrêt des centrales thermiques mais aussi nucléaires lors du 11 mars 2011.

Est-ce qu’elle va redémarrer Onagawa et Higashidôri ? La prévision est difficile, mais, il peut y avoir de l’espoir pour les générations futures."

 

Permaria

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 00:26
Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement

J’ai rencontré Ren Yabuki il y a juste un an, alors qu’il accompagnait Naoto Matsumura dans son périple en Europe. Depuis 2010, il milite pour que les hommes respectent la vie animale. Il considère que tous les êtres vivants – humains, vaches, chiens, insectes, etc. – ont la même valeur. C’est pourquoi il n’est pas rare de le voir sauver les animaux qu’il rencontre sur son chemin, comme un insecte ou un ver égaré sur une route. Il a un respect total envers tout ce qui est vivant. Durant son voyage en France, il a fait preuve d’une grande curiosité envers notre pays. Partout où il allait, il tenait à s’excuser, au nom des Japonais, pour la catastrophe de Fukushima. Bien qu’il soit loin d’être responsable de ce désastre, il ressent une culpabilité collective que nous, Occidentaux, aurions du mal à exprimer ou même à ressentir. Nous ne parlions pas beaucoup à cause de la langue et du manque de temps – programme chargé de Naoto oblige – mais nous étions sur la même longueur d’onde : il fallait tout faire pour prévenir les gens afin qu’une catastrophe nucléaire ne se produise à nouveau. Photographe, il tenait aussi beaucoup à présenter ses œuvres montrant les animaux morts suite à leur abandon après l’évacuation. Des images chocs pour faire réagir les esprits endormis. Quatre ans après le début de la catastrophe, il m’a fait parvenir ce témoignage par l’intermédiaire de Fonzy qui en a réalisé la traduction. Merci à eux pour ce partage, pour ne pas oublier, et pour peut-être éveiller des consciences encore insouciantes.

PF

___________________

 

Bonjour à tous ! Je m’appelle Ren Yabuki. Je suis le président de l’ONG Life Investigation Agency (LIA), une association qui cherche à protéger l’environnement, la nature, et surtout les animaux. Je milite depuis la catastrophe de Fukushima avec Naoto Matsumura pour sauver les animaux qui vivent dans les zones interdites.

 

Je présente mes excuses tout d’abord du fait que nous, les Japonais, avons provoqué l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Notre faute a été de rester indifférents en matière de politique énergétique et du « village nucléaire » au Japon. Je suis tellement désolé que Fukushima ne cesse de disperser d’énormes quantités de radionucléides et de contaminer notre Terre.

 

 

(avec Naoto Matsumura)

(avec Naoto Matsumura)

Après la catastrophe de Fukushima, en 2012, j’ai travaillé avec Naoto Matsumura pendant un certain temps. J’habitais avec lui dans sa maison à Tomioka situé dans la zone interdite de Fukushima, où je travaillais sans masque, ni combinaison Tyvek, ni gants, de sorte que j’ai eu la gorge toute gonflée et la langue tuméfiée. Cela me faisait très mal même quand j’avalais de la salive.

 

(mesure à Tomioka)

(mesure à Tomioka)

J’ai donné le biberon à un veau qui m’a mordu le pouce. Je me suis aussi fait mordre par un chien que je protégeais. Puisqu’il n’y avait pas d’eau courante, je lavais mes plaies dans une rivière contaminée... Les radionucléides pouvant entrer dans le corps par une plaie par exemple, j’ai trouvé, en rentrant chez moi, une tumeur noire dans mon talon gauche. Le médecin m’a dit que cela pourrait être un cancer, et que je devrais être hospitalisé.

 

(une tache noire sur mon pied)

(une tache noire sur mon pied)

Je me suis fait opérer et j’ai guéri. D’après le médecin, il y a des gènes qui sont endommagés que je dois faire se réparer tout en prenant une grande quantité de vitamines. Les vitamines seraient efficaces pour la réparation des gènes endommagés selon des recherches scientifiques. Toutefois, je suis tellement occupé avec mes animaux à protéger que j’oublie facilement de prendre des tablettes de vitamines. En plus, elles sont si coûteuses que je ne peux pas en prendre tous les jours.

Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement

La radioactivité est une entité invisible qui n’a même pas d’odeur. Vous ne pourrez connaître sa présence qu’avec un compteur Geiger qui vous montre la contamination en microSievert, mais qui n’est jamais saisissable avec vos sens.

 

Tant qu’il y aura des centrales nucléaires et des armes atomiques, nous aurons à nouveau un accident comme celui de Fukushima. Une fois dispersés, les radionucléides contamineront toute la Terre, causeront maladies et morts précoces chez les humains et aussi chez les animaux.

 

Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement
Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement
(les photos que j’ai prises dans la ville de Tomioka, à 12km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce sont des animaux abandonnés et morts.)

(les photos que j’ai prises dans la ville de Tomioka, à 12km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce sont des animaux abandonnés et morts.)

Le nucléaire n’est pas nécessaire pour nous. Il faut abandonner les centrales nucléaires  dès maintenant. Il faut éliminer les armes atomiques dès maintenant.

 

 

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 22:37
Travailleurs à Fukushima Daiichi

Texte de HORI Yasuo rédigé le 23 février 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

.

Sommaire

  • Les accidents se multiplient
  • Travaux difficiles dans les centrales nucléaires
  • Craintes à cause de maladies
  • Prolifération des déchets contaminés
  • Poème écrit par un ouvrier de Fukushima

____________________

 

Travailleurs de la Centrale Nucléaire N°1

 

Les accidents se multiplient

Travailleurs à Fukushima Daiichi

     Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, le 20 janvier, un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu'à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l'année dernière.

    Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, travaillent chaque jour 6000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur dit ceci : "Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l'accident, car leur norme d'exposition était dépassée. Maintenant, la politique de TEPCO est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents."

 

Travaux difficiles dans les centrales nucléaires


    Je traduis maintenant un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014:

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j'avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir", a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale nucléaire n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s'occupait d'enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l'eau contaminée, mais maintenant il transporte l'eau contaminée qui s'est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200 000 yens  (1500 euros) par mois.


 

Travailleurs à Fukushima Daiichi

La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu'il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu'il ne peut pas se déplacer facilement, c'est pourquoi un travail d'une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l'usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. Il achète et mange des aliments déjà prêts dans un magasin qui lui convient pour trois repas. Il se distrait parfois en jouant au pachinko (genre de machine à sous).

 

Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d'être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s'il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d'un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l'accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l'on puisse connaître ce fait ".

(fin de la traduction)

 

 

Craintes à cause de maladies


    TEPCO a enquêté chez 4587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 2014.
    2003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l'éventualité d'une maladie due à la radioactivité.
    Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu'ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

      Cependant il est étrange que l'Autorité de Régulation Nucléaire prévoie d'augmenter la norme maximale d'exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: "La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c'est. S'il arrive un accident de même niveau qu'à Fukushima, les travailleurs pourront s'occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts."

     Peut-être n'est-ce applicable qu'en cas d'accident grave, mais TEPCO et d'autres compagnies profiteront de ce changement pour faire travailler plus dur les ouvriers.

 

Prolifération des déchets contaminés


    Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n'a pas le droit de les transporter à l'extérieur, de sorte que tous les déchets s'accumulent sur le  site. TEPCO  prévoit que jusqu'à 2027 s'amasseront 560 000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200 000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l'espace de stockage.

   Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. TEPCO prévoit de les brûler et d'en réduire la quantité, mais n'y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand.

 

Poème écrit par un ouvrier de 53 ans employé à la centrale N°1 de Fukushima

 

Avec mes de gants de caoutchouc doubles
Mes doigts se meuvent difficilement.
Avec peine et patience
je tourne une vis.

 

Je travaille dans ce lieu

où je ne peux pas aller aux toilettes.

La couche pour personnes âgées

n'est pas agréable à mes fesses.

 

Les bassins d'eau polluée

se dressent comme de grands arbres.

parmi eux j'ai la sensation

de suffoquer.

 

Entre TEPCO et ma compagnie,

des sous-traitants bouffent mon salaire.

Puisse l'eau polluée diminuer

Autant que mon salaire

 

Texte original en espéranto

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 14:48

Le site lundimatin a commencé à mettre en ligne une série de trois témoignages concernant des Japonais qui ont réagi de manières différentes à la catastrophe nucléaire. Le premier entretien est consacré à Yuki qui a choisi de rester à Tokyo. Voici quelques extraits de son témoignage que vous pourrez lire en entier ou écouter dans l'édition originale « Rester à Tokyo ».

 

(source photo : lundimatin)

(source photo : lundimatin)

 

(…)

 

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

 

J’ai un ami qui fait partie de la troisième génération des irradiés, la première génération c’est ceux qui ont vécu les bombes de Hiroshima et Nagasaki, leurs enfants sont la deuxième génération et leurs petit-enfants la troisième, mon ami fait parti de ceux là.

 

Après l’accident, cet ami m’a dit : « Maintenant je suis irradié, donc je suis devenu un de la première génération des irradiés de Fukushima sans pour autant perdre ma qualité de membre de la troisième génération des irradiés de Hiroshima et Nagasaki, donc qu’est ce que je suis maintenant ? Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ? Est-ce que je suis de la quatrième génération ? Qu’est ce que je suis devenu ? ». Je me suis rendu compte qu’un petit pays comme le Japon avait vécu plusieurs catastrophes nucléaires, dans une temporalité très courte.

 

La contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure.

 

Je vis à Tokyo qui est une ville contaminée, mais la contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure. Donc pour survivre dans ces conditions, j’ai établi plusieurs règles. La règle n°1 chez nous, c’est qu’on a mis un seau à côté de l’entrée et dès que l’on rentre dans la maison, on enlève tous nos vêtements pour les mettre dedans. Mon copain a très froid en hiver, ça me désole, mais je n’ai pas le choix. Et comme je me vois difficilement dire aux gens qui viennent chez moi de se mettre à poil, je n’invite personne... C’est une vie horrible.

 

J’adore les chats, j’ai toujours été une bonne amie des chats mais comme les chats vivent au sol, ils accumulent des radio-particules et de ce fait maintenant ils me font peur, donc je ne suis plus une bonne amie des chats. En hiver maintenant, je ne porte plus de pulls en laine, ni les chapeaux ou les écharpes, je préfère les matières plus lisses. Je me trouve assez dingue, donc je suis allé à l’hôpital psychiatrique, parce que mon copain n’éprouve pas cette radiophobie que je ressens et il trouvait que je m’inquiétais trop. Quand j’ai consulté le docteur, il m’a dit que je n’allais pas bien. Il m’a conseillé d’entamer une thérapie et m’a prescrit différents médicaments.

 

L’important ce n’est pas tellement la contamination mais l’ambiance générale qui règne à Tokyo, le tabou qui règne, et le fait que j’ai peur de dire que je suis effrayé par la radiation. Et quand je croise les gens qui s’en foutent complètement, ça me soulage tout de même parce que je me dis qu’il y a quand même des gens qui ont réussi à ne pas se faire reformater par l’accident de Fukushima.

 

« Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini »

 

Lorsque je suis allé à Nagoya, la semaine que j’ai passé après l’accident chez Yabu, il y avait cette jeune femme avec un nourrisson. Cette dame, dont le mari est resté travailler à Tokyo, l’appelle au téléphone et lui dit « Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini ! » et elle avait l’air très déstabilisée parce qu’elle est partie à Nagoya parce qu’elle avait peur des radiations et là, son mari qui exige d’elle qu’elle revienne... Alors si l’on met la famille en priorité, peut-être que j’ai tort mais j’ai voulu dire à cette femme : « ton choix de quitter Tokyo avec ton bébé était juste, tu avais raison de partir ».

 

Un mois après, il y a eu la grande manifestation à Tokyo à laquelle je me suis rendue. Là-bas, un ami m’a dit : « Mais pourquoi es-tu ici ? Tu vas être contaminée ».

 

 

(...)

 

 

 

________________________

 

 

Lire l'article en entier ou écouter le témoignage audio en cliquant sur le lien suivant :

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 12:00
Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

Texte de HORI Yasuo rédigé le 31 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

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Sommaire

- On a réussi à retirer les matériaux nucléaires du réacteur n° 4

- L'eau contaminée est en augmentation

- Le gouvernement a l'intention de remettre en route des réacteurs

- TEPCO attend la mort des victimes
- Santé des enfants et des adolesce
nts

Qu'est-il arrivé en ce qui concerne Fukushima et la politique nucléaire au cours de ces derniers mois?
 

    A l'occasion de la fin de l'année 2014, je vous fais un rapport sur ce qui est arrivé au cours de ces derniers mois concernant Fukushima et la politique nucléaire au Japon.

 

On a réussi à retirer les matériaux nucléaires du réacteur n° 4

    Lorsqu'ont eu lieu le séisme et le tsunami en 2011, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima n'était pas en fonctionnement. Jusque-là, on pensait qu'un réacteur à l'arrêt n'était pas dangereux, mais c'était un malentendu. Pendant que le réacteur est contrôlé, on en retire les combustibles usagés et on les met dans un bassin. Si de l'eau du bassin se perd, les barres de combustibles seront à nu et vont émettre une quantité considérable de radioactivité. Une telle situation de crise a failli arriver dans le réacteur n°4. Par un heureux hasard, l'eau du bassin voisin a envahi le bassin qui s'était vidé et cela a sauvé le Japon et le monde. Si l'eau s'était complètement échappée, le monde entier aurait été si contaminé que vous aussi, qui habitez à l'étranger, vous auriez dû vous enfuir quelque part (certainement nulle part). 

     Après la catastrophe, ces 1 535 combustibles nucléaires sont restés dans le bassin à l'intérieur du bâtiment sinistré. Si un autre grand séisme survenait, le bassin  pourrait se rompre, le plus important était de retirer rapidement ces combustibles hors du bassin et de les transporter en lieu sûr. Ce travail a commencé en novembre 2013, et le 20 décembre 2014 TEPCO réussi à retirer tous les combustibles nucléaires.

 

 L'eau contaminée est en augmentation
 

    Une grande quantité d'eau souterraine s'écoule dans les bâtiments  endommagés et se charge de radioactivité. TEPCO extrait 400 tonnes d'eau chaque jour et les conserve dans d'énormes cuves de métal sur le terrain de la centrale. La quantité stockée était de 351 800 tonnes début novembre. Pour la réduire, il y a deux moyens.

 

   La première méthode est de bloquer l'eau qui s'infiltre grâce à un mur gelé autour des bâtiments. Bien sûr, on essaie de construire ce mur, mais je n'ai toujours pas entendu dire qu'on soit parvenu à le construire.

   La deuxième méthode est de purifier cette eau polluée par des machines appelées ALPS. A présent, on a installé trois ALPS, cependant des problèmes surviennent souvent sur les machines et le nettoyage ne progresse pas dans la facilité. En outre, ces machines ne peuvent retirer le tritium. La compagnie TEPCO veut rejeter l'eau avec le tritium dans la mer, en faisant valoir que ce n'est pas une substance radioactive dangereuse, mais elle ne publie pas ce projet, craignant les critiques des pêcheurs, du public et du monde.

 

Le gouvernement a l'intention de remettre en route des réacteurs
 

    Le 15 septembre 2013, tous les réacteurs au Japon ont été arrêtés. Le gouvernement veut les remettre en route, arguant que l'énergie nucléaire est une source d'énergie basique stable, peu coûteuse et nécessaire, mais la plupart des gens s'opposent à cette politique, et pendant un an et trois mois les Japonais ont vécu avec de l'électricité non produite par les centrales nucléaires. Cependant, le gouvernement et le monde industriel persistent à vouloir la remise en route des réacteurs.

   Le 10 septembre 2014, l'Autorité de Régulation Nucléaire, qui examine les réacteurs, a publié que les deux réacteurs de Sendai dans le département de Kagoshima sur l'île méridionale de Kyūshū sont conformes aux règles de sécurité concernant les réacteurs, et la ville de Satsuma-Sendai, où se trouvent ces réacteurs, et le département de Kagoshima ont accepté la remise en route. Le gouverneur, M. Itō Yūichirō, dit que, pour garder le niveau de vie actuel de la population, l'énergie nucléaire ne doit jamais manquer, et que, même si un accident survient comme dans le département de Fukushima, il n'y aura aucun risque de mort. 

    Le 17 décembre 2014, l'Autorité de Régulation Nucléaire a publié que les deux réacteurs du département de Fukui Takahama sont en conformité avec les règles de sécurité.

    Cependant, ces observations de l'Autorité de Régulation Nucléaire ne sont pas fiables. Le responsable en chef de cette Autorité, M. Tanaka Shunichi, dit lui-même: "Je dis que les réacteurs sont en conformité avec les règles, mais je ne dis pas qu'ils sont sûrs et seront exempts d'accidents". La mission de l'Autorité est seulement de juger si l'équipement du réacteur est en conformité ou non avec les règles, mais le premier ministre Abe ne cesse de dire en déformant ses paroles: "Si l'Autorité constate la sécurité d'un réacteur, mon l'intention est de le remettre en route."

 

   Au sujet des réacteurs de Sendai, le plan d'évacuation des habitants des  villes environnantes n'est pas prêt, et en outre beaucoup craignent que ne survienne une énorme éruption volcanique sur l'île de Kyūshū. Le gouvernement et le département disent que, lorsque surviendra un accident grave, ils prendront la responsabilité sur eux, mais, comme vous constatez la réalité dans le département de Fukushima, il est clair que personne ne pourra en répondre.

 

   Or, le parti du premier ministre a gagné aux élections générales qui ont eu lieu le 14 décembre. Ce dernier, avec encore davantage de confiance en lui, va pousser à une politique d'énergie nucléaire. Beaucoup ressentent de la peur ou de la terreur à cause de sa façon de gouverner en dictateur.

 

TEPCO attend la mort des victimes
 

    Le gouvernement et TEPCO ne veulent pas verser aux sinistrés des indemnités suffisantes. Afin de résoudre un conflit entre TEPCO et les sinistrés, il existe le système ADR (Alternative Dispute Resolution, résolution alternative par discussion), plus simple et facile qu'un règlement  en justice. Avec l'ADR, les victimes qui sont mécontents de la somme de compensation accordée par TEPCO peuvent demander une solution au "Centre pour régler un différend concernant la rémunération due à l'accident nucléaire", organisme officiel dans le cadre du ministère de l'éducation et des sciences. A présent, de plus en plus de personnes, individuellement et en groupes, demandent cette solution.

   Le nombre des demandes est le suivant :

2011 :  521 (entre  septembre et décembre)

2012 : 4542

2013 : 4091

2014 : 4825 (jusqu'à fin novembre)

   Le total est de 13 979, parmi lesquelles 9219 (66%) ont été résolues, cependant les concrétisations s'effectuent très lentement.

 

   Par exemple, dans la ville de Namie, ville voisine de la centrale nucléaire, 15 313 citoyens (70% de la population) se sont groupés pour demander la résolution par l'ADR en mars 2013. La compagnie TEPCO paie actuellement par personne 100 000 ¥ (1000 euros) par mois, mais ils ont exigé qu'elle paie 350 000 ¥, (3500 euros) et le Centre a arrangé un compromis pour faire passer le montant compensatoire à 150 000 ¥ (1500 euros), mais TEPCO a refusé. Pendant ce temps, déjà 238 personnes sont mortes.

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

   A présent, tous les habitants de Namie se sont réfugiés dans d'autres villes et ils vivent dans de petites maisons provisoires. Mme Matsumoto, 82 ans, a déclaré: "Dans ce quartier ici, un grand nombre de personnes sont mortes aussi. Nous n'avons pas de connaissances ici ni d'emploi, donc beaucoup s'enferment en solitaires dans leur petite maison et ils déclinent". Son mari non plus, depuis l'évacuation, ne parlait pas beaucoup, il ne mangeait pas assez et finalement il est mort.

 

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

Santé des enfants et des adolescents
 

   Le 26 décembre 2014, le département de Fukushima a publié les résultats de l'enquête sur l'influence de la radioactivité sur la thyroïde des enfants et adolescents de moins de 18 ans.

Au cours du premier examen sur 370 000 enfants et adolescents,

ont été trouvés porteurs d'un cancer de la thyroïde :

14 sur 48 000 en 2011

50 sur 161 000 en 2012

20 sur 159 000 en 2013

    Lors du deuxième examen portant sur 385 000 enfants et adolescents et aussi sur les nouveaux-nés, quatre ont été trouvés souffrant d'un cancer de la thyroïde.
    Le département pense, à propos de ce résultat, que l'on ne peut attribuer la survenue du cancer à la radioactivité.

    Dans l'article sur ce résultat est en outre apparu «le résultat d'une exposition de 444 362 personnes aux rayonnements." Selon ce résultat, les habitants vivant à côté de la centrale ont été exposés à la radioactivité, au cours des quatre premiers mois qui ont suivi l'accident nucléaire, de la façon suivante (les quantités sont en millisieverts/an) :        

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

   L'université du département de Fukushima a déduit la quantité d'irradiation en fonction des activités des personnes interrogées, et a conclu que, en fonction des connaissances actuelles en épidémiologie, une irradiation de moins de 100 millisieverts par an n'affecte pas la santé.

 

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Texte original en espéranto :

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Publié par Pierre Fetet - dans Textes de HORI Yasuo
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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 20:07
Liberté d’expression antinucléaire

Les rassemblements historiques qui ont eu lieu la semaine dernière en solidarité avec Charlie Hebdo démontrent que les Français sont très attachés à la liberté d’expression. Aux Etats-Unis en 2001 le Patriot Act et au Japon en 2014 la loi sur les secrets d’Etat ont montré toutefois qu’une restriction des libertés était toujours possible dans les démocraties. C’est pourquoi il faut rester vigilant sur l’évolution des lois, même après des actes barbares.

Dans le domaine anti-nucléaire, il existe une multitude de sites web qui exercent ce droit d’expression pour dire combien est stupide la position figée du gouvernement français de continuer à miser sur le nucléaire. Régulièrement, sur la toile, des articles d’origines diverses relatent des analyses ou dénoncent des postures, des agissements, des compromissions, des collusions, des corruptions.

Ainsi, depuis la catastrophe de Fukushima, on sait très bien grâce à l’Internet que le nucléaire est mort. Mais sa mort est lente, il fait la manche pour survivre encore un peu alors que (presque) tout le monde sait que la relance du nucléaire est... une fumisterie. On sait aussi que le problème des déchets radioactifs ne sera jamais réglé, malgré les mensonges de l’Andra devant la justice.

Or, tandis que le nucléaire est en train de ruiner la France, il se trouve qu’Areva, un fournisseur mondial de la substance la plus dangereuse au monde – le plutonium – s’acharne à vouloir museler cette expression en utilisant une arme judiciaire, la plainte pour diffamation. Mais le combat est inégal entre un géant de l’industrie nucléaire et des petites organisations militantes, c’est pourquoi je porte à votre connaissance deux actions en cours : la plainte d’Areva contre la Coordination Antinucléaire du Sud-Est et le suivi du procès en appel de l’Observatoire du nucléaire.

La liberté d’expression antinucléaire est encore un droit, il faut la soutenir tant que c’est encore possible. Après un accident nucléaire majeur en France, ce sera trop tard pour se rassembler par millions contre cette énergie qui rend malade et qui tue, car une fois le poison déversé dans l’environnement, il ne sera plus possible de le récupérer. On ne pourra plus manifester dans les rues alors qu’il sera impératif de rester confinés ou d’être évacués.

Pierre Fetet

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Liberté d’expression antinucléaire

Communiqué de la Coordination Antinucléaire du Sud-Est

Site : www.coordination-antinucleaire-sudest.org

Contact

AREVA porte plainte contre la Coordination Antinucléaire du Sud-Est !

Nous ne nous laisserons pas bâillonner !

 

Le site internet de la Coordination Antinucléaire du Sud-Est vient d’être informé ce mardi 6 janvier 2015 d’une plainte en diffamation d’Areva pour un reportage mettant en cause la pénétration du lobby nucléaire auprès des élus alors que le crime nucléaire sanitaire se poursuit à Fukushima et en vallée du Rhône.

 

Qui sommes-nous ?

La Coordination Antinucléaire du Sud-Est est constituée de collectifs informels et d'individus, reliés en réseau autour d’un site internet pour l’arrêt immédiat et inconditionnel du nucléaire.

Pas d’argent, pas de personnel salarié, pas de locaux, pas de budget, pas de subvention et surtout pas de hiérarchie ou de délégation de pouvoir.

 

Notre force c’est l’engagement opiniâtre pour la vie, contre le crime nucléaire.

Par cette attaque en justice, le géant du nucléaire veut faire taire la contestation au moment même où le groupe Areva est en décrépitude financière (-52% de sa valeur en Bourse) et industrielle (échec de l’EPR en Finlande, investissements hasardeux, réduction de ses ventes de Mox notamment au Japon, mis en cause dans des financements de budget étranger,…), où les incidents se multiplient dans ses installations en France et alors que se meurent à petit feu des milliers d’enfants et d'adultes (recensés ou pas encore) à Fukushima et ailleurs, comme au Niger.

 

La Coordination Antinucléaire du Sud-Est dénonce :

. la guerre idéologique fanatique que les tenants de la destruction atomique mènent contre une pensée libre et contre le peuple, l’arrogance et l’impérialisme du lobby nucléaire et de sa caste dirigeante,

. les atteintes à la santé et à la vie des populations et la contamination des territoires par les rejets radioactifs dans l’air et dans l’eau de chacune des 125 installations nucléaires civiles auxquelles s’ajoutent les Installations Nucléaires de Base secrètes militaires disséminées sur le territoire français. Atteintes voulues, répétées et quotidiennes, telle la fabrication par Areva de l’uranium « appauvri » radioactif, sans doute utilisé dans les armes de guerre.

. l’exploitation colonialiste des travailleurs et des ressources du Niger ainsi que la contamination radioactive des territoires de vie et de culture des populations touareg et autres de ce pays,

. le noyautage des institutions, de l’État, et des assemblées élues par un groupe d’intérêts privés et leurs relais idéologiques pour imposer un ordre dominant et un état de terreur nucléaire sur le pays et la planète.

 

La Coordination Antinucléaire du Sud-Est rappelle qu’il n’y a pas de dose de radioactivité artificielle inoffensive.

 

La Coordination Antinucléaire du Sud-Est appelle à la solidarité toutes les personnes et  tous les collectifs, groupes et organisations épris de liberté et attachés au droit d’expression et de critique :

- à s’opposer à cette atteinte à la liberté d’expression,

- à soutenir la défense en justice de la Coordination antinucléaire du sud-est,

- à manifester son/leur indignation auprès des pouvoirs et de Areva par les voies que chacun-e déterminera.

 

Nous avons besoin dans l’urgence

- de la manifestation expresse de votre soutien de principe

- de ressources documentaires sur les victimes sanitaires des activités d’Areva en France et/ou à l’étranger

- d’aide juridique (conseil, avocat,…)

- de soutien informatif et de caisses de résonance médiatiques pour faire connaître l’attaque dont nous sommes l’objet.

 

La plainte d’Areva contre nous et le procès qui pourrait s’ensuivre est l’occasion d’en faire une tribune de dénonciation des atteintes à la liberté d’expression, de dénonciation des lobbies (celui du nucléaire particulièrement) qui gangrènent notre société depuis des décennies.

 

Avec nos remerciements,

 

La Coordination Antinucléaire du Sud-Est

 

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Liberté d’expression antinucléaire

Extraits du site de l’Observatoire du Nucléaire

Site : http://observ.nucleaire.free.fr/

Contact

Procès du "don d'Areva"
Areva a offert un avion au Président du Niger
Corruption ou diffamation ?

 

Verdict de la Cour d'appel de Paris le mercredi 21 janvier 2015

 

Dossier complet + Chronologie

 

Areva veut pouvoir continuer à piller l'uranium du Niger ... mais sans être mis devant ses responsabilités. Pour ce faire, Areva veut la disparition de l'Observatoire du nucléaire en exigeant plus de 25 000 euros de pénalités !

Stéphane Lhomme (directeur de l'Observatoire du nucléaire) est poursuivi aussi à titre individuel par Areva...

 

Ce que demande Areva en justice (cf assignation):

- une amende de 5000 euros contre Stéphane Lhomme (*) = 5 000 euros

- 3 publications dans la presse de 5000 euros HT chacune = 18 000 euros TTC

- frais de procédure et de déplacement : au minimum 2 000 euros

Total : au minimum 25 000 euros !


L'Observatoire du nucléaire dégaine 3 preuves :

1) un document officiel nigérien prouvant le "don d'Areva"

Liberté d’expression antinucléaire

2) un enregistrement audio annonçant le "don d'Areva"

Il s'agit d'un enregistrement audio de la séance de l'Assemblée nationale du Niger au cours de laquelle est annoncée l'arrivée du "don" d'Areva...

 

3) le compte-rendu d'une réunion secrète Areva/Présidence du Niger

L'Observatoire du nucléaire a annoncé par communiqué la mise en ligne d'un document confidentiel explosif : le compte-rendu d'une rencontre secrète entre le Directeur de cabinet du Président nigérien et trois hauts dirigeants d'Areva, qui a eu lieu le 9 novembre 2012 et au cours de laquelle Areva s'est effectivement engagée à verser 35 millions d'euros au budget du Niger...

 

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Illustration d'entête : Charb

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 06:22

Rapport de HORI Yasuo, rédigé le 30 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

 

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Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

 

Le 29 décembre 2014 la « Société de la ville de Maebashi visant à la suppression de tous les réacteurs nucléaires du Japon » a organisé une visite aux réfugiés qui habitent la ville d’Aizuwakamatsu, dans le département de Fukushima.

La centrale nucléaire n°1 de Fukushima est située sur le rivage de l'Océan Pacifique. Les gens qui logeaient autour de cette centrale ont dû chercher refuge en d'autres lieux. Nous avons visité le quartier des réfugiés venus de la ville d'Ōkuma. Ce quartier se trouve dans Aizuwakamatsu, ville située dans la montagne, dans le département de Fukushima.

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Quelle ville est Ōkuma ?

 

Dans la ville d'Ōkuma se trouvent quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima endommagés par le tsunami. La ville avait environ dix mille habitants. Presque 60% d'entre eux travaillaient dans les centrales nucléaires de Fukushima. Il y avait de vingt à trente compagnies liées aux centrales. Le budget municipal dépend donc principalement de la subvention gouvernementale pour la centrale et des impôts  versés par TEPCO, ces compagnies et les employés.

 

Suite à l'accident, tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes. À présent 4 211 d'entre eux logent dans la ville d'Iwaki, 2 071 dans Aizuwakamatsu, 1 133 dans d'autres villes du département de Fukushima, et les autres hors du département : il y en a par exemple 402 dans le département de Saitama, 408 dans celui de Ibaraki et 308 dans celui de Tokyo.

 

Le plan de restauration de la ville de Ōkuma est le suivant :

1. Retour des habitants dans la ville quand les conditions le permettront.

2. Entre-temps, l'administration municipale – actuellement réfugiée dans la ville de  Aizuwakamatsu – veillera aux conditions de vie des habitants.

3. La ville future comprendra trois districts :  une zone naturelle, une zone commerciale et une zone de logement.

4. On dépolluera d'abord deux districts, Ōkawara et Shimo-Ōno, qui serviront de base au renouvellement à partir desquels seront ouverts de nouveaux espaces logeables.

    5. Calendrier de réalisation du plan :

2018 : ouverture de ces deux districts de base.

2023 : ouverture du bureau municipal et des hôpitaux autour de la gare.   Réoccu-pation des logements dans les districts de base.

2028 : aménagement de nouveaux quartiers d'habitation. Ouverture de bureaux et de compagnies.

                  2033 : mise en place d'une information sur l'accident de la centrale nucléaire.

 2053 : déclaration du démantèlement complet des réacteurs endommagés.

 Préparation de la fondation du musée de la restauration de la ville d'Ōkuma.

 6. Prévisions par la ville de la réduction de la radioactivité dans les districts  suivants (en millisieverts/an. Le maximum prévu par la norme gouvernementale pour le logement  est de 1 millisievert/an):

 

 

2014

2018

2023

2O28

2033

2038

Ōkawara

Kuma

Kumagawa

Otosawa

5,7

22,9

53,6

118,6

3,2

5,4

12,6

65,1

2,1

3,7

8,6

19,0

1,7

2,9

6,8

15,1

1,4

2,4

5,6

12,4

0,7

1,1

2,6

5,8

 

 

Voici ce que je pense de ce plan :

1. Jusqu'à présent, la loi sur la radioactivité stipulait, et stipule encore, que l'on n'a pas le droit d'habiter un lieu dont la pollution est supérieure à 1 millisievert/an. Ce chiffre est officiellement considéré comme principe intangible, or s'il est interdit aux gens de loger dans de tels lieux, il leur sera impossible de revenir chez eux quasiment pour l'éternité, ce qui signifie que le gouvernement et TEPCO devront les prendre éternellement en charge par des subventions ou par d'autres moyens. C'est pourquoi le gouvernement tente à présent d'obliger les habitants à revenir dans les logements qu'ils ont quittés, si ceux-ci n'ont pas une pollution supérieure à vingt millisieverts. Ceci est absolument contraire à la loi, mais l'État impose aux habitants cette illégalité.

2. Certaines personnes âgées veulent revenir chez elles, même dans cette situation, mais cela signifie qu'alors elles ne recevront plus d'indemnités. Il leur sera difficile de gagner de l'argent par l'agriculture. Pourront-elles vivre avec seulement une petite retraite ?

3.  Les jeunes couples ne reviendront pas, car ils craignent pour la santé de leurs enfants. Sans attendre le moment où leur foyer redeviendra suffisamment dépollué, ils vont chercher à gagner leur vie dans d'autres villes et ils ne retourneront pas dans leur district d'origine.

Selon une enquête menée dans la ville en février 2014, presque la moitié des habitants ont déjà décidé qu'ils ne reviendraient pas :

Question : Voulez-vous emménager dans les districts de base ?

                       11,2% : Oui

13,3% : J'examinerai la situation et si c'est possible je veux revenir à Ōkuma.

45,8% : Je n'ai pas l'intention de revenir.

22,4% : Je ne peux pas prendre de décision.

 

Visite du quartier où sont les réfugiés d'Ōkuma

 

Nous sommes partis à sept heures du matin de ma ville de Maebashi par un bus plein de riz, de motchi (plat de riz pétri pour le Nouvel An) et de légumes, et nous avons atteint la ville de Aizuwakamatsu à onze heures. À ma grande surprise, il y avait beaucoup de neige et la couche sur les toits était épaisse de trente centimètres.

 

L'endroit auparavant était un parc,  dans lequel on a construit quatre-vingts maisons provisoires comportant chacune deux petites pièces, un wc, une salle de bains et une cuisine  Nous avions préparé du matériel d'aide pour quatre-vingts familles, mais trente cinq d'entre elles avaient déjà quitté le quartier. La plupart logent maintenant dans la ville de Iwaki, afin que les maris puissent travailler dans les centrales nucléaires de Fukushima.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Une trentaine de personnes âgées et deux jeunes étaient venus dans la salle  commune. Le chef du district, un ancien employé de la centrale, était fier d'être en excellente santé, bien qu'il ait travaillé là-bas pendant quarante années et qu'il ait été fortement exposé aux irradiations. Il avait parfois avalé ou inspiré des matières radioactives et on lui avait alors recommandé de boire beaucoup de bière pour les éliminer de son corps. Il soulignait que dans le manga  « Oishinbo » on voit des hommes souffrir de saignements de nez consécutifs à l'explosion des réacteurs, or d'après lui la chose est complètement fausse, car beaucoup de ses collègues n'ont jamais saigné du nez. Je lui ai opposé avec un peu d'hésitation que d'après certains rapports, des mères réfugiées avaient témoigné que leurs enfants avaient des saignements de nez, mais cet homme insistait, disant que ces rapports étaient mensongers.

 

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Un autre homme a fait rire les gens présents en racontant sa vie future : « Lorsque je reviens provisoirement chez moi, j'y vois souvent des sangliers avec des petits très mignons. Les chiens viverrins et les faisans s'y multiplient. La ville dispose pour sa restauration d'un plan sur vingt ans. J'ai soixante-dix ans, mais je pourrai revenir à la maison … sous forme de cendres. J'ai exigé de la ville qu'elle construise en priorité une maison de retraite car presque tous les habitants ici sont vieux, et c'est donc la construction la plus nécessaire. Nous pourrons ainsi revenir chez nous, d'abord à la maison de retraite dans le district de base, ensuite dans notre tombe sous forme de cendres. »

 

Sa prévision se vérifiera, car ils sont originaires d'Otozawa et d'autres  districts, qui sont situés près de la centrale nucléaire. La radioactivité y est très forte, exemple dans le n°1 d'Otozawa, elle était de 184,4 millisieverts/an en 2012, et même en 2053 elle sera de 5,8 millisieverts/an.

 

Ensuite j'ai donné un concert avec des instruments de musique insolites, originaires du monde entier, et j'ai beaucoup fait rire les spectateurs. Ce fut le seul moment où leurs visages ont rayonné de joie comme jadis, mais le concert fini, leurs mines se sont de nouveau rembrunies. Il m'a semblé qu'ils n'avaient ni colère ni animosité à l'égard de TEPCO, seulement de la résignation.  Avant la construction des centrales nucléaires, la ville était pauvre, et donc ses habitants l'étaient aussi. Pour subvenir aux besoins de leur famille, les hommes travaillaient dans Tokyo l'hiver. Mais, grâce aux centrales, leur niveau de vie s'est élevé de plus en plus. C'est ainsi que leur existence est devenue très dépendante de TEPCO, et ils acceptent donc leur situation et leur sort en silence.

 

Les gens ordinaires, surtout les personnes âgées, ont une existence banale, sans dessein précis. Ils sont contents s'ils peuvent vivre sans soucis, voir grandir leurs enfants et leurs petits-enfants, avoir des amis autour d'eux et s'impliquer un peu dans la société. C'est ainsi que vivaient ces réfugiés et ils pensaient mourir chez eux, mais  l'accident nucléaire leur a fait perdre leur vie tranquille et ils doivent désormais vivre difficilement et d'une façon qui ne leur est pas coutumière. Ils ne savent pas comment affronter cette nouvelle situation. Le gouvernement et TEPCO ont précipité les habitants dans l'abîme, cependant ils ne font nullement leur auto-critique, ni ne demandent pardon, et ils essaient de payer le moins possible d'indemnités aux victimes dont ils attendent sûrement la mort prochaine.

 

 

 

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Texte original en espéranto

 

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La 30an de decembro 2014

 

Vizito al rifuĝintoj en la urbo Aidu-Ŭakamacu

 

La 29an de decembro 2015 « la Societo de la urbo Maebaŝi celanta nuligi ĉiujn nukleajn reaktorojn el Japanio » organizis viziton al rifuĝintoj loĝantaj en la urbo Aidu-Ŭakamacu de la gubernio Fukuŝima.

   La nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima troviĝas laŭ la marbordo de la Pacifika Oceano en Fukuŝima. La loĝantoj, kiuj loĝis ĉirkaŭ tiu centralo, devis rifuĝi en aliaj lokoj. Ni vizitis la kvartalon de rifuĝintoj el la urbo Ookuma. Tiu kvartalo situas en la urbo Aidu-Ŭakamacu, la urbo en la montaro de la gubernio Fukuŝima.

 

Kia urbo estas Ookuma ?

En tiu urbo Ookuma troviĝas 4 reaktoroj de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima damaĝitajn de la cunamo. La urbo havis/as ĉirkaŭ 10 mil loĝantojn. El tiuj preskaŭ 60% laboris por la nukleaj centraloj de Fukuŝima. Troviĝis 20-30 kompanioj rilatantaj al la centraloj. Do la urba buĝeto ĉefe dependas de la subvencio pri la nuklea centralo de la registaro kaj impostoj el TEPCO, tiuj kompanioj kaj la laboristoj.

Pro la akcidento de la centralo ĉiuj loĝantoj rifuĝis en aliaj urboj. Nun 4,211 homoj loĝas en la urbo Iŭaki, 2,071 en la urbo Aidu-Ŭakamacu, 1,133 loĝas en aliaj urboj en Fukuŝima kaj la aliaj loĝas ekster la gubernio Fukuŝima, ekzemple 402 en la gubenrio Saitama, 408 en Ibaraki kaj 308 en Tokio.

La plano de la urbo Ookuma por revivigi ĝin estas :

1. La loĝantoj revenu al la urbo Ookuma, kiam la kondiĉoj por tio estos pretaj.

2. Ĝis tiu tempo la urba administracio (nun en la urbo Aidu-Ŭakamacu) prizorgos la loĝantojn pri vivado.

3. La estonta urbo dividiĝos en la tri distriktojn: naturriĉa zono, komerca zono kaj loĝzono.

4. Komence oni purigos du distriktojn Ookaŭara kaj Ŝimo-Oono kiel bazojn por reviviĝo, de kiuj oni disvastigos loĝeblajn lokojn.

5. Laŭjara efektivigo de la plano:

2018 : ekfunkciigo de tiuj du bazaj distriktoj.

2023 : ekfunkciigo de la urba oficejo kaj hospitaloj

ĉirkaŭ la stacidomo. Ekloĝado en la bazajn

distriktojn.

2028 : aranĝo de novaj loĝkvartaloj. Malfermoj de

oficejoj kaj kompanioj.

  2033 : aranĝo por informi la mondon pri la akcidento

de la nuklea centralo.

  2053 : deklaro de perfekta forĵetado de la damaĝitaj

reaktoroj. Preparo por la fondo de la muzeo pri la reviviĝinta urbo Ookuma.

6. La urbo antaŭvidas la reduktiĝon de radioaktiveco jene en jenaj distriktoj (milisivertoj/jare. La registara maksimuma normo por loĝado estas 1 miliziverto/jare):

 

            2014  2018  2023  2028  2033  2053

Ookaŭara     5,7    3,2    2,1   1,7   1,4    0,7

Kuma               22,9      5,4    3,7   2,9   2,4    1,1

Kumagaŭa  53,6  12,6    8,6   6,8   5,6    2,6

Otosaŭa    118,6   65,1   19,0  15,1  12,4    5,8

 

Jen estas miaj opinioj pri tiu plano :

1. Ĝis nun la legistara leĝo pri radioaktiveco estas/is, ke oni ne rajtas loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 milisiverto/jare. Oficiale ĝi tenas tiun ciferon kiel la principon, sed se estas ne permesite al homoj loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 siverto/jare, ili ne povos reveni hejmen preskaŭ eterne, kaj tio signifas, ke la registaro kaj TEPCO devos zorgi pri ili eterne per subvencio kaj aliaj rimedoj, do nun la registaro provas devigi la loĝantojn reveni al siaj hemlokoj, se tiuj ne estas poluitaj je pli ol 20 milisivertoj. Tio estas tute kontraŭleĝa, sed ĝi trudas al la loĝantoj tiun kontraŭleĝecon.

2. Iuj maljunuloj volas reveni hejmen eĉ en tiu situacio, sed tio signifas, ke tiam ili ne povos ricevi kompensan monon. Estos malfacile al ili gajni monon per agrikulturo. Ĉu ili povos vivteni sin nur per malmulta pensio?

3. Junaj gepatroj ne revenos, ĉar ili estos maltrankvilaj pro la sano de siaj gefiloj. Ili ne atendas la tempon, kiam iliaj hejmon fariĝos sufiĉe puraj kaj dume ili serĉos vivrimedojn en aliaj urboj kaj forlasos sian distrikton.

Laŭ enketo farita de la urbo en februaro 2014 preskaŭ duono de la loĝantoj jam decidis ne reveni:

Demando : Ĉu vi volas loĝi en la bazaj distriktoj ?

   11,2% : Jes

13,3% : Mi konsideros la situacion kaj se eblos, mi volas reveni al Ookuma.

45,8% : Mi ne havas intencon reveni.

22,4% : Mi ne povas decidi.

 

Vizito al la kvartalo de la rifuĝintoj el Ookuma

   Ni ekveturis je la 7a matene de mia urbo Maebaŝi per buseto plena de rizo, moĉio (knedita rizaĵo por la nova jaro) kaj legomoj, kaj atingis la urbon Aidu-Ŭakamacu je la 11a. Post tagmanĝo, ni atingis la kvartalon Oogimaĉi proksima al la stacidomo de la urbo. Je mia surprizo estis tre neĝe kaj sur tegmentoj estis 30-centimetroj da neĝtavolo.

   La loko antaŭe estis parko, sur kiu oni konstruis 80 provizorajn domojn kun du malgrandaj ĉambroj, necesejo, banejo kaj kuirejo. Ni preparis helpomaterialojn por 80 familioj, sed jam 35 familioj forlasis la kvartalon. Plejmulte de tiuj 35 familioj nun loĝas en la urbo Iŭaki por ke la edzoj povu labori en la nukleaj centraloj de Fukuŝima.

 

Venis al la komuna salono ĉirkaŭ 30 gemaljunuloj krom 2 junuloj. La distriktoestro estis eksa laboristo en la centralo, kaj li fieris, ke kvankam li laboris tie 40 jarojn kaj elmetiĝis al multe da radioaktiveco, li estas tute sana. Li foje englutis aŭ enspiris radioaktivaĵojn en sian korpon, kaj tiam oni rekomendis, ke li trinku multe da biero por eligi ilin el la korpo. Li substrekis, ke en la manga-o « Oiŝinbo » aperas homoj, kiuj suferis pro nazsangado post la eksplodoj de la reaktoroj, sed tio estas tute mensoga, ĉar multaj liaj kolegoj neniam nazsangis. Mi heziteme argumentis, ke en kelkaj raportoj de la rifuĝintaj patrinoj iliaj gefiloj nazsangis, sed tiu viro insistis, ke tiuj raportoj estas falsaj.

 

Alia viro rakontis sian estontan vivon, ridigante la ĉeestantoj: « Kiam mi provizore revenas hejmen, mi ofte vidas aprojn kun tre amindaj idoj. Multiĝas niktereŭtoj kaj fazanoj. La urbo havas 20-jaran planon pri sia revivigo. Mi nun estas 70-jara, sed mi povos reveni hejmen…kiel la cindro. Mi postulis de la urbo, ke ĝi unue konstruu maljunulejon, ĉar preskaŭ ĉiuj loĝantoj ĉi tie estas maljunaj, do maljunulejo estas la plej necesa. Tiamaniere ni povos reveni hejmen, komence al la maljunulejo en la baza distriko, kaj poste kiel cindro al mia tombo ».

Lia antaŭvido estos prava, ĉar ili devenas de la distrikto Otozaŭ kaj aliaj, kiuj situas apud la nuklea centralo. La radioaktiveco estas tre forta, ekzemple en n-ro 1 de Otozaŭa ĝi estis 184,4 milisivertoj/jare en 2012, kaj eĉ en 2053 ĝi estos 5,8 milisivertoj/jare.

 

Poste mi havis etan koncerton pri nekutimaj muzikiloj el la mondo kaj ridegis la ĉeestantojn. Nur tiun momenton iliaj mienoj estis brilaj kiel antaŭe, sed kiam finiĝis la koncerto, iliaj mienoj denove fariĝis nebulaj kaj mallumaj. Ŝajnias al mi, ke ili havas nek koleron nek batalemon kontraŭ TEPCO, sed nur rezignacion. Antaŭ la konstruado de la nukleaj centraloj la urbo estis malriĉa, do ankaŭ la loĝantoj estis malriĉaj. Por vivteni la familion, viroj laboris en Tokio en vintro. Sed dank’ al la centraloj ilia vivnivelo pli kaj pli altiĝis. Tiamaniere ilia vivado multe dependis de TEPCO, do ili nun silente akceptas la situacion aŭ la sorton.

 

Ordinaraj homoj, precipe gemaljunuloj, vivas tre ordinale sen specifaj vivceloj. Ili estas kontentaj, se ili povas vivi sen zorgoj, ĝui kreskon de siaj gefiloj kaj genepoj, havi amikojn ĉirkaŭe kaj iom kontribui al la socio. Tiuj rifuĝintoj vivis tiamaniere kaj planis morti en sia hejmo, sed pro la nuklea akcidento ilia trankvila vivo perdiĝis kaj ili devas vivi malfacile kaj malordinare. Ili ne scias, kiel fronti al tiu nova situacio. La registaro kaj TEPCO faligis la loĝantojn en la abismon, sed ili nek kritikas sin, nek petas pardonon, kaj provas plejmalmulte pagi kompenson al la loĝantoj kaj certe atendas ilian baldaŭan morton.

 

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 19:58
Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

KAZUHIKO KOBAYASHI adresse au monde un message important : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima is still news)

d’après la traduction anglaise http://vimeo.com/114145144 diffusée par  Projekt Soziales Europa

 

 

" Je m’appelle Kazuhiko Kobayashi et j’ai vécu en Europe pendant près de 29 ans. En 1997, je suis retourné au Japon. Depuis l’accident de Fukushima, le pire accident qui se soit jamais produit, je fais chaque année le tour de l’Europe pour faire des conférences pendant six semaines sur les armes et les centrales nucléaires. Cette fois-ci, je récolte des dons pour les enfants, qui sont les victimes de cette catastrophe. L’autre soir, j’ai fait une conférence en Autriche dans la ville de Krems où j’ai passé la nuit et c’est de là que je m’adresse à vous, mes chers auditeurs japonais.

 

Tepco, les ministères responsables et en particulier l’actuel ministère de l’Économie et de l’Industrie ainsi que tous les partis au pouvoir au Japon jusqu’à présent, n’ont pas tenu compte du fait pourtant essentiel que le Japon est connu pour être un pays extrêmement sujet aux séismes. Ils étaient bien conscients que d’un point de vue technique, il n’y a pas de sécurité absolue quant aux accidents qui peuvent se produire dans les centrales nucléaires. Malgré cela, ils ont répandu largement et délibérément parmi tous les citoyens japonais le mythe des “centrales nucléaires sans danger”; ce faisant ils ont trahi la confiance de la population. L’accident de Fukushima démontre sans conteste la grave responsabilité et le remords qu’ils ont à porter. Malgré cela, tous les responsables n’ont fait que déclarer que la magnitude du séisme et du tsunami avaient largement dépassé ce qu’ils avaient imaginé. Tout ce qu’ils ont fait jusqu’ici, c’est donc d’essayer de se débarrasser de leur responsabilité.

 

Tous les Japonais savent pertinemment qu’un séisme des plus violents peut frapper n’importe où et à n’importe quel moment au Japon. Ceux qui gèrent les centrales nucléaires dans un pays où la probabilité de séisme est si forte auraient dû avant tout mettre au point et appliquer les mesures de sécurité les plus fiables. Mais ils savaient que ces techniques n’existaient pas. Et malgré cela, ils ont poursuivi leurs programmes nucléaires.

 

On ne peut que qualifier cette attitude d’absolument criminelle ! Or, ces responsables ne sont toujours pas prêts à admettre leur culpabilité dans cette catastrophe. En outre, ils ont l’intention de redémarrer leurs centrales, bien qu’on soit encore très loin d’avoir éliminé les conséquences de l’accident de Fukushima. Les sommes nécessaires pour compenser les dommages dépassent de loin les capacités  financières de Tepco.

 

Comment se fait-il que Tepco ne soit pas encore en faillite ?

 

Compte tenu des principes de l’économie de marché et de l’éthique des affaires, tous les actifs de l’entreprise devraient être mis sur le marché. Les actifs de Tepco ont une valeur élevée et il existe suffisamment d’entreprises douées de pouvoir financier et de compétences techniques qui seraient intéressées pour assurer le fonctionnement. Tous les revenus obtenus par la vente des actifs et des droits de Tepco devraient servir à aider les gens qui ont été touchés par la catastrophe. Ce n’est qu’une fois que tout cet argent a été dépensé que les deniers publics devraient venir à la rescousse.

 

En réalité, c’est tout le contraire qui se passe. Les ministères en charge et le gouvernement veulent sauver Tepco de la faillite. Sans hésiter, ils utilisent l’argent public pour préserver de pertes gigantesques les grandes banques, qui sont en fait les plus gros actionnaires de Tepco. Ils veulent aussi absolument ne pas perdre le contrôle et leur pouvoir sur l’alliance qui relie les politiciens, les employés du gouvernement ainsi que les directeurs de Tepco.

 

Par contre, les paiements versés aux victimes innocentes que sont les citoyens de Fukushima sont calculés au centime près !

 

Tel est le vrai visage d’une politique fondamentalement mauvaise et injuste.

 

En vérité, on demande à la population japonaise de payer des sommes énormes pour sauver Tepco. En même temps les gens – et cela concerne tout particulièrement les gens de Fukushima - sont loin de recevoir une indemnisation suffisante pour les blessures physiques et psychiques incommensurables causées par la catastrophe. C’est donc comme s’ils étaient doublement punis.

 

Parmi les gens vivant à Fukushima, nombreux sont ceux qui non seulement s’inquiètent pour leur propre santé, mais sont en outre terrifiés à l’idée des malformations génétiques qui peuvent frapper leurs enfants. Ils n’ont pas suffisamment accès aux traitements médicaux et thérapeutiques. Ils sont obligés de rester à Fukushima, sans soutien suffisant du gouvernement.

 

Et surtout il y a là-bas 300 000 enfants en grand danger, car ils sont 6 à 8 fois plus affectés par la contamination radioactive que les adultes.

 

Toutes les instances responsables du Japon sont parfaitement conscientes que le danger des radiations de faible niveau a été prouvé scientifiquement. Elles n’hésitent pas cependant à laisser des gens vivre dans la région dangereuse qu’est Fukushima, et tout particulièrement ces enfants innocents qui vont porter notre avenir, en leur disant tout simplement : “il n’y a aucun danger”.

 

C’est à nous d’empêcher des actes aussi irresponsables et injustes. Pendant mes interventions en Europe, j’ai l’intention  d’informer la communauté internationale de la situation et de lui demander son soutien pour dénoncer publiquement les coupables. En même temps, je demande aux gens en Europe de faire des dons pour les victimes les plus durement touchées, c’est-à-dire les enfants de Fukushima qui sont bien sûr obligés de rester et de vivre là-bas.

 

Et partout où je vais durant cette tournée, les gens expriment leur profonde inquiétude et leur compassion pour la population de Fukushima et donnent beaucoup d’argent. Mais on entend simultanément de violentes accusations et des accès de colère contre les ministres japonais responsables, le gouvernement et Tepco. On se demande si les fonctionnaires, les hommes politiques japonais et les directeurs de Tepco ont la moindre parcelle de conscience ou le moindre sens moral ou éthique.

 

Quand on regarde leur façon d’agir, on ne peut qu’être choqué de cette démonstration de leur énorme avidité et de leur soif de pouvoir.

 

Toutes les technologies développées par l’homme peuvent s’avérer défectueuses. L’application de la sécurité maximum durant le déploiement d’une technologie dépend entièrement de l’existence de mesures de sécurité extensives et adaptées même aux pires des scénarios. 

 

Dans un tel cas, nul ne peut mettre un terme aux dégâts provoqués. Les conséquences de la contamination radioactive s’étalent que des milliers et des milliers d’années, voire plus. Elle détruit entre autres le patrimoine génétique de tous les êtres vivants, mettant ainsi en péril les générations suivantes. Comment les opérateurs de centrales, qui vont vivre au maximum cent ans, pourraient-ils prendre la responsabilité des dommages permanents et de la destruction à long terme causés par la contamination radioactive ?

 

Et même sans parler d’accidents, chaque centrale nucléaire produit des déchets nucléaires. À cette date nous ne disposons d’aucune technologie capable de neutraliser les déchets nucléaires qui sont quasiment éternels. Ils sont tout simplement  déposés sous le sol dans des conteneurs spéciaux. Peut-on parler ici de technologie responsable ?

 

Aujourd’hui les lobbies représentant les intérêts des partisans de l’énergie nucléaire font pression sur les gouvernements et répandent le mythe de la sécurité nucléaire qui n’est qu’un tissu de mensonges, juste pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales et en construire de nouvelles. L’AIEA ne peut pas être considérée comme un organisme indépendant, puisqu’elle ne fait que représenter les intérêts des industries nucléaires du monde entier.

 

Nous avons aujourd’hui atteint un stade où de plus en plus de gens dans le monde entendent parler des dangers et de l’irresponsabilité de la technologie nucléaire. Je peux le confirmer durant mon tour actuel à travers l’Europe, où de plus en plus de gens crient de plus en plus fort : Nucléaire ? Non merci !

 

Chers concitoyens japonais, l’énergie nucléaire implique un risque de contamination irréparable et permanent pour toute la population, toute la nature et l’environnement.

Nous devons donc empêcher toute expansion future dans le monde !

 

Unissons nos efforts pour lutter contre les centrales nucléaires en ignorant les frontières !

 

_______________________________

Vidéo en français :

https://www.youtube.com/watch?v=29F-a86NX4o

ou

https://vimeo.com/115666657

 

 

 

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