8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 07:02

Texte de de HORI Yasuo du 17 novembre 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

L'Asie nucléaire (source openstreetmap)

L'Asie nucléaire (source openstreetmap)

Article original en espéranto

Le Vietnam a retardé la construction de réacteurs nucléaires


Le 6 novembre, on a appris que le Parti communiste du Vietnam avait demandé au gouvernement de retarder la construction des réacteurs nucléaires, car c'est très difficile de dépenser autant d'argent pour cette installation. 

 

En 2010, le Japon a réussi à obtenir une commande de deux réacteurs nucléaires au Vietnam, mais à cause de cette dernière décision, la construction pourra être reportée à beaucoup plus tard, alors ce sera un grave revers pour le Premier ministre japonais Abe, qui a l'intention d'exporter le plus possible de réacteurs japonais à l'étranger pour la prospérité de l'économie japonaise.

 

Au Vietnam, en mars de cette année, le gouvernement a publié que le premier réacteur commencerait à fonctionner en 2028, mais plusieurs des membres du conseil d'administration nouvellement élus craignent une détérioration de la situation financière du pays en raison de cette construction et craignent aussi le danger de l'énergie nucléaire. Cependant, le responsable du ministère de l'économie a nié la possibilité d'arrêter la construction elle-même.
(Selon le journal Mainichi, du 7 novembre 2016)

 

 

Taïwan a décidé de démanteler toutes les centrales nucléaires pour 2025

 

A Taïwan, en 2015, l'électricité provenant des centrales nucléaires constituait  14,1%, et actuellement ce sont  3 réacteurs qui fonctionnent dans trois centrales. Après l'accident de Fukushima, l'opinion antinucléaire s'est durcie, et en mai Mme Tsai Ing-wen, qui a promis d'abandonner l'énergie nucléaire, a été élue présidente de Taïwan. Tous les réacteurs à Taïwan atteindront 40 années d'âge en 2025. Dans la loi qui sera révisée sur l'industrie de l'électricité, on inscrira clairement l'abandon des projets de restauration, et l'arrêt de tous les réacteurs pour 2025.

 

Le 23 octobre, dans le journal Asahi a paru une interview avec M. Lee (李世光), le ministre de l'économie de Taïwan, que je traduis ici.

 

– Pourquoi Taïwan se dirige-t-elle vers l'arrêt des centrales nucléaires ?
M. Lee: Après l'accident de Fukushima, l'opinion publique a beaucoup changé. Le nouveau gouvernement a montré son objectif clair d'abandonner tous les réacteurs et promouvoir l'énergie renouvelable. Lorsque le monde industriel constatera que cet objectif ne va pas vaciller, il investira positivement dans l'énergie renouvelable et il créera un grand changement.

 

– Il semble que le temps va manquer.
M. Lee: Avant que nous ayons montré clairement notre objectif, on a nous opposé la difficulté de compenser les 14,1% d'électricité que nous allions perdre, et on a manifesté un doute quant à la stabilité de l'énergie renouvelable, et la conclusion a été que dépendre de l'énergie renouvelable serait difficile ; et en ce qui concerne le traitement des combustibles usagés, on a cessé de réfléchir sérieusement et on a évité de conclure. Un tel état d'esprit est le plus grand obstacle pour les énergies renouvelables.

 

– Comment changerez-vous tout cela ?
M. Lee: Maintenant produire de l'électricité à partir de l'énergie solaire est techniquement assez au point, et les panneaux solaires deviennent bon marché. Pour Taïwan va naître une grande chance. Dans le détroit de Taïwan soufflent des vents forts, donc produire de l'électricité à partir du vent est une solution des plus envisageables. Cependant il manque une technologie suffisante pour Taïwan, donc nous attendons l'aide du Japon.

Aucune source d'électricité renouvelable ne peut, à elle seule, constituer l'énergie de base, mais nous y arriverons si nous combinons diverses sortes d'énergies renouvelables. Pendant ce temps, nous exploiterons la technologie du stockage d'énergie et ferons la promotion  des économies d'électricité.

 

– Cela est-il réalisable?
M. Lee:  Alors que nous visons à rejeter les réacteurs nucléaires, nous ne devons pas nous demander si nous pourrons remplacer l'énergie nucléaire par de l'énergie renouvelable, mais nous devons réfléchir à la politique à mener pour que nous ne laissions pas le problème des déchets nucléaires à la génération qui vient.

Taïwan a sagement choisi une nouvelle présidente, et s'est dirigée dans la bonne voie, tandis qu'au Japon, on a élu ce mauvais premier ministre et on lui permet de remettre en fonctionnement toujours davantage de réacteurs nucléaires  et on lui permet même d'exporter des réacteurs japonais à l'étranger.

 

 

Le Japon et l'Inde se sont mis d'accord sur l'énergie nucléaire


    Le 11 novembre, le Premier ministre japonais et le Premier ministre indien ont signé un accord sur l'énergie nucléaire. Grâce à cet accord, le Japon pourra exporter des réacteurs nucléaires en Inde (y compris des produits nucléaires, des machines, des équipements et de la technologie).

Centrales nucléaires en fonctionnement en Inde (Les chiffres indiquent le nombre de réacteurs)

Centrales nucléaires en fonctionnement en Inde (Les chiffres indiquent le nombre de réacteurs)

L'Inde a expérimenté une bombe atomique en 1974, et en 1998 elle l'a expérimentée une deuxième fois. Elle n'a pas signé le Pacte de non-prolifération des armes nucléaires (en anglais, Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons: NPT), donc beaucoup craignent que cet accord ne facilite l'exploitation des armes nucléaires en Inde.

 

Le Japon a souffert, et souffre encore, des deux bombes atomiques larguées sur son sol, il a donc le devoir de proposer l'abolition des armes nucléaires dans le monde, mais le gouvernement actuel fait tout le contraire. M. Sakuma Kunihiko, représentant des victimes des bombes atomiques, a vivement protesté en disant :

"L'Inde n'a pas signé le Pacte. Les équipements nucléaires que nous allons exporter peuvent être utilisés pour produire des armes nucléaires.

L'accord qui vient d'être conclu est contraire à l'objectif du TNP, et en conséquence le Japon pourra se trouver engagé dans la production de davantage d'armes nucléaires en Inde ".

Le 27 novembre, le Japon refuse toujours de signer la résolution sur la tenue d'une session de l'Organisation des Nations Unies pour l'abolition des armes nucléaires. Maintenant, le Japon est devenu un pays qui ne mérite plus le respect du monde.

 

 

Tremblement de terre et centrales nucléaires en Corée

La politique nucléaire des pays voisins du Japon

Un tremblement de terre d'une magnitude de 5,8 s'est produit le 12 septembre en Corée. Ce séisme a eu lieu à proximité de deux centrales nucléaires: Wolseong ( ) avec 6 réacteurs et Kori ( ) avec 6 réacteurs ; et dans un rayon de 30 kilomètres autour de ces centrales vivent 3,8 millions de personnes. Le gouvernement insiste sur le fait que les centrales sont construites assez solidement pour résister aux tremblements de terre, mais les opposants proposent le démantèlement des réacteurs anciens et fragiles face aux séismes, et l'arrêt de la construction des nouveaux réacteurs n ° 5 et 6 dans la centrale nucléaire de Kori.
(Selon le journal Akahata du 20 septembre 2016)

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 09:03

Article original d’Akio Matsumura paru le 3 décembre 2016 sur le site Finding the missing link.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English

 

Pour la planète Terre, une période de cinq ans et huit mois ne représente que le temps d’un éclair.

Le séisme de force 7,4 qui a frappé l’est du Japon le 22 novembre 2016 et serait une réplique du grand séisme du Japon de l’Est du 11 mars 2011, a servi à réveiller les consciences ; en tant qu’humains, nous avons en effet la mémoire terriblement courte.

Beaucoup cette fois se sont inquiétés en apprenant l’arrêt momentané de la pompe de refroidissement de la piscine de combustible nucléaire usé à la centrale de Fukushima No.2 opérée par Tokyo Electric Power Co (TEPCO)... Au tout début de la catastrophe de mars 2011, l’arrêt de la pompe de refroidissement à la centrale de Fukushima No.1 avait soulevé de sévères inquiétudes quant au combustible usé. On avait alors redouté un rejet massif de substances radioactives.

Nous craignons que cette leçon particulière de la catastrophe de 2011 n’ait déjà été oubliée.

Nous devons en toute humilité tirer les leçons de chaque désastre. Il revient à la société – aux particuliers comme aux entreprises – de continuer à envisager des contremesures viables et ce constamment.

En fin de compte, c’est la seule manière de pouvoir se préparer à la prochaine catastrophe qui pourrait se produire aujourd’hui même.

Le gouvernement japonais et le gouvernement métropolitain de Tokyo inondent l’actualité de promotions pour les Jeux olympiques de 2020 prévus à Tokyo. Devant tant de nouvelles passionnantes, nous remarquons à peine qu’on ne parle quasiment pas de l’avancement des réparations, des difficultés rencontrées par les équipes ou du nombre de zones encore inapprochables sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima. De fait, l’observateur lambda au Japon ou aux États-Unis a l’impression que les problèmes nucléaires de Fukushima ont été résolus depuis longtemps et qu’aujourd’hui tout va bien. Ce n’est bien sûr pas le cas. Je crains fort que bien des aspects de la crise nucléaire de Fukushima ne continuent à affecter la sécurité des personnes et de l’environnement.

Vue aérienne de la centrale nucléaire Fukushima Daini de Tokyo Electric Power Co., à Nahara, dans la préfecture de Fukushima, au Japon. Photo prise le 22 novembre 2016. Crédit : Kyodo Kyodo/via REUTERS

Vue aérienne de la centrale nucléaire Fukushima Daini de Tokyo Electric Power Co., à Nahara, dans la préfecture de Fukushima, au Japon. Photo prise le 22 novembre 2016. Crédit : Kyodo Kyodo/via REUTERS

Les médias ont détourné les projecteurs de la crise (Anglais) . Il est donc important de garder à l’esprit les réalités suivantes :

 

  • En raison de l’importance des radiations, personne ne peut approcher les réacteurs 1, 2 et 3. Aucune solution pour retirer les coriums n’est envisagée pour au moins 40 ans. ans.

 

  • TEPCO utilise 400 tonnes d’eau par jour pour refroidir les cœurs fondus des trois réacteurs dévastés et 400 tonnes supplémentaires s’infiltrent chaque jour dans les bâtiments réacteurs endommagés. De plus, la pluie emporte dans l’océan les matériaux radioactifs restant sur le site.

 

  • Le phytoplancton (algues) qui absorbe les isotopes radioactifs de Fukushima nourrit le plancton animal et ses larves microscopiques. Ces microorganismes, première source de nourriture des poissons et des mammifères marins, sont ensuite transportés le long du courant du Pacifique nord jusqu’à la côte ouest de l’Amérique du Nord et se retrouvent en Alaska et au Chili.

 

  • Un mur souterrain de boue gelée d’une trentaine de mètres de profondeur et de près d’un kilomètre et demi de longueur – officiellement dénommé « le mur de glace » – a coûté 320 millions de dollars et est totalement incapable de remplir son objectif, qui était de réduire le passage de l’eau contaminée.

 

  • Selon le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, les mesures de décontamination coûteront plusieurs milliards de dollars par an si l’on veut vraiment améliorer la situation. Il y a peu de chances que le gouvernement japonais soit prêt à consacrer autant de son budget à cet objectif.

 

Ce que nous avons appris avec l’accident nucléaire de Fukushima, c’est que les priorités du gouvernement japonais et de TEPCO n’étaient pas de protéger le public et malheureusement, beaucoup d’éminents scientifiques nucléaires japonais ont soutenu TEPCO ou gardé le silence. TEPCO a fini par admettre, cinq ans plus tard, qu’ils avaient attendu deux mois pour utiliser le terme de « fusion » à la centrale. Pour les experts du monde entier qui observaient la situation, il était évident que les cœurs étaient en train de fondre dès lors qu’ont eu lieu des rejets massifs de gaz de fission.

 

J’ai également beaucoup de mal à accepter la façon dont l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) a géré la situation depuis la crise initiale jusqu’à aujourd’hui. Au départ, l’AIEA a envoyé des experts à Fukushima pour évaluer la situation et aider par leur expertise le gouvernement et TEPCO. Pourquoi l’Agence ne s’est-elle pas interposée quand le gouvernement japonais a décidé une zone d’évacuation de 20 km, soit un quart de la recommandation américaine (80 km) et un dixième ( !) des 200 km –incluant Tokyo – préconisés par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ? La mission de l’AIEA est de promouvoir l’usage pacifique de l’énergie nucléaire, tout en empêchant que celle-ci soit utilisée à des fins militaires, dont les armes nucléaires. Ces objectifs devraient comprendre une obligation morale de faire de la sécurité publique une priorité, et non pas de défendre les positions des gouvernements-membres et de l’industrie nucléaire.

 

CARTE INTERACTIVE : Centrales nucléaires et Index de fragilité des États

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Cliquer sur chaque centrale ou sur le pays pour plus d’informations. Double-cliquer pour zoomer. Cliquer et faire glisser pour se déplacer.

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À mon avis, la probabilité d’attaques terroristes sur l’un des 430 réacteurs nucléaires existant dans le monde est forte et va en augmentant. Compte tenu des enjeux politiques, économiques et environnementaux que représente le nucléaire pour les gouvernements et l’industrie, la discussion sur la sûreté et la sécurité de l’industrie nucléaire a toutes les chances de rester opaque et limitée. Pour faire contrepoids au manque d’information, il en va de l’intérêt public d’établir un réseau indépendant d’experts en sûreté et sécurité nucléaires. Hans-Peter Durr, récemment disparu, ancien directeur du département d’Astrophysique à l’Institut Max Planck en Allemagne, m’avait dit quelques jours après le début de la crise de Fukushima, qu’après un accident nucléaire, une solution scientifique pour y mettre fin peut prendre des décennies. Selon lui, le seul moyen de minimiser les dégâts serait de rassembler des experts en divers domaines pour arriver à avoir une vue d’ensemble de l’accident nucléaire.

 

Il est très encourageant de constater l’ampleur du soutien que j’ai reçu pour établir le Conseil consultatif international de l’Alliance pour l’action en cas d’urgence nucléaire (NEAA). Beaucoup de gens m’ont aidé à recruter des experts dans de nombreux domaines : ingénierie nucléaire, médecine, santé et justice environnementales, armée, biologie, activisme social, industrie et réseaux sociaux. Les membres de notre conseil sont des sommités dans leur domaine ; tous sont reconnus et recommandés tant par leurs collègues que par le public. (Remarque : Dans ce conseil, nous ne représentons que nous-mêmes. Les détails professionnels ne sont là que pour le contexte.)

 

Je suis extrêmement heureux d’introduire les membres actuels du Conseil consultatif international de la NEAA.

Prénom

Nom de famille

Détails professionnels

Pays

Robert

Alvarez

Founder of the Environment Policy Institute

USA

Claus

Biegert

Director of the Nuclear-Free Foundation

Allemagne

Oleg

Bodrov

Chairman of Green World

Russie

Rinaldo

Brutoco

Founding President of the World Business Academy

USA

Helen

Caldicott

Founding President of Physicians for Social Responsibility

Australie

Agnes

Denes

International Conceptual and Environmental Artist, pioneer of the ecological art movement

USA, née à Budapest, Hongrie

Arne Johnanson

Fjortoft

Fonder of the Worldview International Foundation

Norvège

Subrata

Ghoshroy

Research affiliate at the Program in Science, Technology, and Society at the Massachusetts Institute of Technology

USA

Roza (Rose)

Goncharova

Head of Genetic Safety Laboratory, National Academy of Science of Belarus, Institute of Genetics and Cytology

Biélorussie

Pervez

Hoodbhoy

Member of the Permanent Monitoring Panel on Terrorism of the World Federation of Scientists

Pakistan

Scott

Jones

Career naval officer, Qualified nuclear weapons delivery pilot

USA

David

Krieger

Founder of the Nuclear Age Peace Foundation

USA

Yves

Lenoir

Social movement for children of Chernobyl. President of the French Association Enfants de Tchernobyl Belarus

France

Claus

Montonen

Professor of Elementary Particle Physics at University of Helsinki

Finlande

Eisuke

Matsui

Director of Gifu Research Institute for Environmental Medicine

Japon

Akio

Matsumura

Founder of NEAA, Founder of the Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders

Japon

Mitsuhei

Murata

Former Japanese Ambassador to Switzerland

Japon

Andreas

Nidecker

Founder of Physicians for Social Responsibility/International Physicians for the Prevention of Nuclear War/Switzerland (PSR/IPPNW/Switzerland)

Suisse

Michel

Prieur

President of the International Center of Comparative Environmental Law (CIDCE), Professor Emeritus of University of Limoges

France

Muhammad

Riaz Pasha

Scientist and former Adviser/ Technical Consultant to the Pakistan Atomic Energy Commission

Pakistan

Alex

Rosen

Vice President of the International Physicians for the Prevention of Nuclear War Germany

Allemagne

Vinod

Saighal

Major General (ret), Executive Director of Eco Monitors Society

Inde

Jurgen

Scheffran

Professor of Climate Change and Security at University of Hamburg

Allemagne

Alice

Slater

Lawyer, Nuclear Age Peace Foundation

USA

Gordon

Thompson

Executive Director of Institute for Resource and Security Studies

USA

Francisco Chico

Whitaker

World Future Council (WFC), Catholic Commission for Justice and Peace

Brésil

Remarque : l’IPPNW a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1985.

Nous ne savons pas quand, ni où, ni comment un accident nucléaire se produira, mais nous devons admettre le fait que les gouvernements et l’industrie feront tout leur possible pour masquer les dangers au public.

 

De nos jours, nous avons accès à l’information et les moyens de connecter des experts pour analyser, interpréter et communiquer cette information. Le défi auquel nous sommes confrontés est de mettre en place et de maintenir un réseau efficace, indépendant, qui serve à défendre l’intérêt public.

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:00

Texte de de HORI Yasuo du 1er novembre 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

 

Derniers mouvements en date contre la politique nucléaire

Texte original en espéranto

Les débats au tribunal de ma ville ont pris fin


Le 31 octobre a eu lieu la fermeture des débats au tribunal de Maebashi, dans le département de Gunma. Les magistrats ont annoncé qu'ils rendraient leur verdict le 17 mars 2017. Il s'agissait d'une demande de fonds de compensation de la part des victimes habitant ici en raison de l'accident nucléaire de Fukushima en mars  2011.

 

Le 11 septembre, le groupe de plaignants constitué de 137 personnes de 45 familles de Fukushima, vivant principalement dans le département de Gunma, a exigé devant le tribunal une indemnisation de TEPCO. Le 25 avril 2014, la première des plaidoiries verbales a eu lieu. Le 15 décembre, tous les 137 plaignants ont présenté leur affaire. En tout 25 séances ont eu lieu et finalement, le 31 octobre 2016,  les débats ont été terminés.

 

Dans ce jugement, le groupe des accusateurs a donné les arguments suivants :


1. Les plaignants ont été chassés de leur maison à cause de l'accident de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Ils ont perdu leur foyer, base de leur vie et de leur bonheur de vivre. Cinq années plus tard, certains ne peuvent pas encore revenir à Fukushima, certains vivent séparés des membres de leur famille et d'autres vivent seuls ici dans un endroit qui leur est étranger.

 

2. Ils exigent qu'au tribunal on leur explique les causes de l'accident. On pouvait prévoir un tsunami exceptionnel, mais TEPCO n'a rien fait pour prévenir l'accident, et l'État n'a pas donné de consignes à la compagnie. Ils sont tous deux coupables de l'accident.

 

3. Ils demandent que le tribunal fasse rapidement son travail pour sauver au plus tôt les victimes en difficulté. 

 

    4. Ils exigent 10 millions de yens (86 500 euros) de compensation de TEPCO.

 

    J'ai souvent assisté à l'audience du tribunal, et j'ai senti que la présidente Hara éprouvait de la sympathie pour le groupe de plaignants et avait au contraire une position sévère envers les avocats de TEPCO et de l'État. Elle a écouté sincèrement les plaidoiries des plaignants. Elle a consenti à un verdict rapide comme le demandaient ceux-ci, si bien qu'une audience s'est tenue presque tous les mois, de sorte que le verdict sera le premier sur les 20 procès similaires se déroulant au Japon.

 

Au sujet de la sincérité de la présidente quelqu'un a écrit ces lignes:

 

Des 25 audiences, la plus impressionnante a été celle du 25 avril 2014. C'était la première audience et une femme a témoigné. Elle a parlé de la façon dont elle avait fui et atteint le département de Gunma, elle pleurait et tremblait, et pour finir elle s'est écroulée. Tout le monde la regardait avec une grande inquiétude. Elle n'était pas très mal en point, mais elle a dû sortir du palais de justice avec l'aide des responsables du tribunal. Ensuite la présidente a lu le reste de sa plaidoirie jusqu'au bout, et elle a déclaré que cela devait être considéré comme la plaidoirie de cette femme. J'ai été ému par sa sincérité.

 

Après la fermeture des audiences, est arrivée la réunion de synthèse. On y a fait un rapport sur 5 années de procès et ensuite deux accusatrices ont dit un mot en prenant congé. Je vais traduire les paroles de Mme Tanyi Sugie.


Je vous remercie de tout cœur de votre présence et de votre soutien. Je suis sûre que votre appui constant a encouragé le jury et sera un puissant levier pour une possibilité de verdict équitable.
J'ai perdu deux parents après l'accident nucléaire, c'est pourquoi aujourd'hui je suis venue ici en habit de deuil.
En juillet 2011, je me suis réfugiée dans la ville de Maebashi, laissant derrière moi mes chers amis. Je suis une réfugiée volontaire, non contrainte par le gouvernement, parce que mon mari et moi vivions en dehors de la zone interdite, donc j'ai toujours eu un sentiment de culpabilité depuis. Chaque jour, je me demandais si mon choix avait été juste, et si nous n'aurions pas dû rester là pour lutter ensemble. Aujourd'hui sont venues 15 personnes de la ville où j'habitais, donc je suis d'autant plus heureuse de les voir.
Je suis également reconnaissante aux avocats, qui nous ont soutenus au cours des 3 dernières années. Ils nous ont sincèrement tendu leurs mains secourables. Dans le Gunma, chaque plaideur est pris en charge par son avocat particulier. Tout le monde était venu à la barre des témoins avec beaucoup d'inquiétude et de peur. A ce moment-là les avocats et les sympathisants nous ont soutenus chaleureusement. Nous vous remercions du fond du cœur. Nous avons ainsi marché main dans la main avec une forte confiance.
J'ai plaidé deux fois. J'ai commencé les plaidoiries par ces mots "TEPCO doit compenser nos journées perdues dans la terreur et la solitude" et j'ai fini par ces mots "S'il n'y avait pas eu de centrale nucléaire, s'il n'y avait pas eu cet accident nucléaire, ...". Toutes les victimes ont leurs propres difficultés, mais ce qui les a causées, c'est l'accident nucléaire.
Le jour de l'accident, sans aucune information sur les pollutions aériennes, beaucoup de gens sont restés dans cet endroit dangereux et de nombreux parents ont fait la queue avec leurs enfants sous la pluie et la neige en attendant de l'eau. Ils regrettent d'avoir agi ainsi ce jour-là et ils s'en veulent. Ensuite, le gouvernement a déclaré qu'une radioactivité de 20 ou même de 100 millisieverts/an n'était pas dangereuse, mais peut-on le croire?
Qui peut rassurer les mères qui tremblent et qui pensent qu'une bombe nucléaire installée dans le corps de leurs enfants pourra exploser à tout moment ? Qui est coupable, et qui devra leur demander pardon? Qui doit répondre à la question d'un enfant: "Est-ce que je grandirai? Combien de temps pourrai-je vivre?". Même si nous pourrons rentrer chez nous, nous ne pourrons pas retrouver notre ancienne vie tranquille.

Pendant les audiences, Mme A, qui s'est réfugiée avec ses trois enfants, a raconté d'une voix tremblante qu'à partir de ce jour-là l'enfer avait commencé. Mme B a perdu son mari pendant l'exode, Mme C a renoncé à avoir un bébé, Mme D était dans l'inquiétude, craignant que ses enfants ne soient pas acceptés par leurs camarades de classe à l'école..., tous les 137 plaignants ont raconté leurs difficultés; avec leurs jambes qui tremblaient et avec des larmes, ils expliquaient le danger de l'énergie nucléaire, se présentant comme des personnes sincères et fières, et ils demandaient que TEPCO et le gouvernement leur présentent des excuses.

 

A chaque audience, les dossiers augmentaient et s'entassaient sur la table des avocats. Toutes les paroles qui y figuraient montraient une accumulation de chagrins, de pertes et d'angoisses chez les habitants de Fukushima. Mais TEPCO et le gouvernement n'ont jamais accepté une seule page de nos plaintes. Au contraire les agresseurs se dressent avec arrogance au-dessus des agressés.

 

Ce que nous pouvons faire maintenant, c'est exiger un verdict juste, et serrer plus fort les mains de nos amis. Nous ne demandons pas l'aumône à TEPCO et au gouvernement, mais nous exigeons d'être indemnisés comme notre droit.

 

Il y a 60 ans, le gouvernement a officiellement reconnu que la maladie de Minamata avait été causée par la société Tshiso qui avait déversé du mercure dans la mer, et ce problème a reçu un commencement de solution, mais il y a encore des gens qui souffrent sans compensation et sans aide médicale. Notre bataille contre la radioactivité invisible, inodore et indolore, durera longtemps par delà les générations, avec la crainte d'une maladie qui pourra éclater à tout moment. Tous les malades disent: "Qu'elle n'arrive plus jamais, la souffrance qui est la nôtre actuellement". Toutes les victimes de Fukushima sont d'accord.

Nous avons expérimenté le pire et le plus grand malheur, c'est pourquoi nous voulons faire ce que nous pouvons faire maintenant pour l'avenir, pour le monde à venir. C'est avec cette conviction que nous avons soumis notre affaire à la justice."
Le tribunal rendra son verdict en mars 2017, mais ce sera seulement le début de notre lutte. TEPCO et le gouvernement feront appel sans avoir honte quand ils auront ici un verdict défavorable. Jusqu'à ce qu'ils acceptent leur culpabilité et nous demandent pardon et que nous retrouvions une vie tranquille, après avoir reçu une compensation suffisante, nous avons décidé de nous battre, et nous ne renoncerons pas à la bataille.
A vous, les avocats et les sympathisants, nous adressons nos remerciements chaleureux. Jusqu'à la victoire finale, marchons ensemble main dans la main.

 Deux gouverneurs opposés à l'énergie nucléaire ont été élus


   En juillet a été élu M. Mitazono Satoshi comme gouverneur du département de Kagoshima, dans lequel se trouve la centrale nucléaire de Sendai. Il a exigé l'arrêt de cette usine, bien qu'il n'ait pas le pouvoir de l'ordonner. La société Kyūshū, qui possède cette centrale, a rejeté sa demande. L'avis du gouverneur, c'est-à-dire l'opinion de ses administrés, est d'une grande importance, donc l'entreprise ne peut pas simplement l'ignorer. Dans le département voisin de Kagoshima ont eu lieu de grands tremblements de terre successifs en avril, de sorte que les habitants de Kagoshima ont une grande peur d'un accident de la centrale nucléaire dans leur département. 

 

En octobre a été élu M. Yoneyama Ryūitshi à la tête du département de Nīgata. A Nīgata se trouve la plus grande centrale nucléaire du monde, à savoir celle de Kashiwazaki-Kariwa. Dans cette centrale, qui dispose de sept réacteurs, a eu lieu en 2007 un gros accident causé par un tremblement de terre. A présent, plus aucun réacteur ne fonctionne, mais TEPCO a l'intention de les remettre en route.

 

Le gouvernement va décider de démanteler le surgénérateur de Monju, qu'on a échoué à remettre en route au cours des 20 dernières années, bien qu'on ait dépensé 1000 milliards de yens (8,65 milliards d'euros). Le gouvernement a prévu de produire du plutonium à partir d'uranium usagé à Monju pour que le Japon possède éternellement un combustible nucléaire bon marché. Que ce soit pour garder Monju ou pour le mettre au rebut, nous aurons besoin de beaucoup d'argent et on ne sait pas comment le démanteler en toute sécurité.

 

Selon un sondage réalisé par le journal Asahi, 57% des Japonais sont opposés à la remise en route des réacteurs nucléaires, tandis que 29 % l'approuvent.

 

 

Les pays voisins


    A Taïwan, le cabinet a décidé d'arrêter tous les trois réacteurs jusqu'en 2025. Après l'accident nucléaire de Fukushima, le mouvement contre l'énergie nucléaire a évolué, si bien qu'on a  décidé de ne plus construire le réacteur n°4  qui est en cours de construction.
(Selon le journal Akahata du 24 octobre 2016)

  

Au Vietnam, beaucoup de gens sont opposés au fonctionnement de trois réacteurs chinois, qui sont situés à proximité du Vietnam. On avait prévu de construire une centrale nucléaire sous la direction du Japon, mais après l'accident nucléaire de Fukushima, la crainte a augmenté, si bien que le gouvernement a décidé de reporter la construction à 2020.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 09:32

Situation de l’épicentre par rapport à la centrale de Fukushima DaiichiAlors que le Premier ministre japonais, depuis l’Argentine, donnait un ordre d’évacuation concernant 100 000 personnes, on a tremblé aussi hier soir à Fukushima Informations en apprenant la nouvelle d’un tsunami. A 5h59 au Japon et 22h59 en Europe, un tremblement de terre d’une magnitude annoncée de 7,3 (puis abaissée à 6,9) a eu lieu au large de la centrale de Fukushima Daiichi, produisant un tsunami annoncé de 3 m (en réalité jusque 1,4 m aux alentours de Sendai). Les souvenirs des évènements de mars 2011 se sont soudain réactivés. Quelques personnes ont été légèrement blessées et un début d’incendie a été signalé dans une raffinerie. Mais l’alerte a été levée. Selon Tepco, aucun problème majeur n’a été recensé sur le site de Fukushima Daiichi. Cette secousse de rappel nous fait cependant frémir avec raison, car les problèmes atomiques sont loin d’être réglés.

Le séisme a eu lieu à 33 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce n’est pas la première fois que ce point précis tremble. Déjà en 2011, il avait donné plusieurs séismes d’une magnitude supérieure à 6. Sa profondeur est très faible : 10 km. Les séismes d’une magnitude supérieure à 4 sont le plus souvent à une profondeur de 20 à 40 km. Le grand tremblement de terre du 11 mars 2011 s’était produit par exemple à 32 km de profondeur. Or plus l’épicentre est proche de la surface, plus il est dévastateur car l’onde de choc est moins amortie. Je ne suis pas sismologue mais c’est ce que je remarque : l’homme est suffisamment idiot pour construire des centrales nucléaires à 30 km d’une faille active...

En ce point précis, la première secousse a eu lieu à 3h25, magnitude 4,6 : pas de quoi réveiller les Japonais qui ont l’habitude de ce genre de séisme qui est ressenti faiblement en intensité sur la côte (intensité 1 à 2). Mais à 5h59, le séisme de magnitude 7,3 provoque l’alerte générale et les ordres d’évacuation. Un tsunami de 3 m est annoncé.

Le tremblement de terre a provoqué l’arrêt du système de refroidissement de la piscine n°3 de combustible de la centrale nucléaire à l’arrêt de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cette information n’est pas anodine car la piscine n°3 de cette centrale contient 2544 assemblages de combustible nucléaire qu’il est impératif de refroidir en toute circonstance, sans quoi il y a risque d’évaporation de l’eau et d’embrasement aérien du combustible. Cela nous rappelle que même sans explosion de centrale et sans guerre, le feu nucléaire est toujours possible à cause de l’existence même de piscines de combustible sans enceinte de confinement.

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Ce séisme qui finalement n’aura pas d’autres conséquences apparentes a été suivi de nombreuses répliques, 44 à l’heure où j’écris :

Heure (JST)

Latitude

Longitude

Profondeur

Magnitude

Région

03:25 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.6

Fukushima-ken Oki

05:59 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

10 km

7.3

Fukushima-ken Oki

06:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.4E

40 km

5.4

Fukushima-ken Oki

06:39 JST 22 Nov 2016

37.3N

140.9E

50 km

5.5

Fukushima-ken Hamadori

06:51 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.9

Fukushima-ken Oki

08:23 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.7

Fukushima-ken Oki

08:40 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.6

Fukushima-ken Oki

08:52 JST 22 Nov 2016

38.0N

141.3E

10 km

3.8

Miyagi-ken Oki

08:56 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:03 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

40 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:04 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:08 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:14 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

3.7

Fukushima-ken Oki

09:18 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.6

Fukushima-ken Oki

09:28 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

40 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:29 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

09:32 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:36 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:47 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

09:49 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:53 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

very shallow

3.7

Fukushima-ken Oki

10:09 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

10:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

10:31 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

10 km

4.9

Fukushima-ken Oki

10:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

4.9

Fukushima-ken Oki

11:15 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

11:16 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

3.5

Fukushima-ken Oki

11:24 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

12:06 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

12:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

12:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

12:55 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

13:01 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

10 km

4.5

Fukushima-ken Oki

13:04 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

13:26 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

14:17 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.3E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

14:48 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

15:14 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

3.7

Fukushima-ken Oki

16:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

17:03 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

40 km

3.7

Fukushima-ken Oki

17:14 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:25 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

18:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

19:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Penser que Fukushima, c’est réglé, est une erreur. L’épée de Damoclès est toujours là. Alors que 300 tonnes d’eau hautement radioactive se déversent chaque jour dans l’océan Pacifique, alors que trois coriums se retrouvent dans les sous-sols des réacteurs 1, 2 et 3, il y a encore 3 piscines à vider sur le site de Fukushima Daiichi :

- piscine 1 : 392 assemblages

- piscine 2 : 615 assemblages

- piscine 3 : 566 assemblages

 

Ce qui fait en tout 1573 assemblages, soit la bagatelle de 270 tonnes de combustible nucléaire encore prisonnier des ruines ou de la radioactivité. Tepco vient d’annoncer qu’ils ne pourraient pas respecter leur feuille de route et qu’ils repoussaient le vidage de la piscine 3 qui était prévu en mars 2018. La raison invoquée est qu’il y a trop de radioactivité et qu'il faut protéger les travailleurs. Ça ne serait pas étonnant qu’ils reportent cette opération à haut risque après les JO de 2020, de peur que cela ne fasse trop de vague et ternisse l’image d’un Fukushima « propre » que le gouvernement Abe, aidé des médias, construit petit à petit…

 

Pierre Fetet

_________________

Mise à jour 22/11/16 20h40

 

Le site de Fukushima Daiichi a quand même été bien secoué lors de ce séisme. Tepco vient d'avouer que de l'eau de la piscine commune était sortie de la piscine et s'était répandue sur une surface de 2 x 3 m (source : Fukushima Diary). C'est un peu comme si on donnait un coup de pied dans une cuvette d'eau. L'onde de choc provoque un tsunami dans la mer et fait de grosses vagues dans les piscines. Il ne faudrait pas qu'il lui arrive quelque chose de fâcheux à cette piscine parce que pour le coup, celle-là est à toc : plus de 1000 tonnes de combustible nucléaire y sont entreposées !

 

Tepco dit aussi que le poste de surveillance de la radioactivité de l'océan situé à l'extrémité de la jetée du port de la centrale a été mis hors service en raison du tremblement de terre.

 

Iori Mochizuki remarque avec raison que Tepco s'était empressé, 40 minutes après le séisme, de dire que le tsunami d'un mètre de hauteur n'avait pas affecté la centrale...

 

On a appris aussi par l'Asahi que Tepco avait coupé manuellement le transfert de l'eau contaminée pour éviter une fuite éventuelle durant le tsunami (source : http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Enfin, selon le Japan Times, ce tremblement de terre est une réplique du séisme de 2011. Il aurait été provoqué par une plaque de roche qui aurait glissé verticalement, créant un écart dans le niveau des fonds marins et poussant l'eau de mer. Selon Tepco, les accélérations constatées à la centrale de Fukushma Daiichi auraient été de  54,2 gal, 68,4 gal et 65,9 gal. (source Fukuleaks)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 11:51

Cet article de Pierre Péguin a été publié le 7 novembre 2016 sur le site de la Coordination Antinucléaire Sud-est. Il explique ce qu’est le programme Ethos pour les pays contaminés actuels et futurs.

 

 

 

 

0,56 µSv/h dans une maison pour cette famille de la préfecture de Fukushima, soit 4,9 mSv/an (photo 福島の子供を守れ)

 

 

Vivre dans le jardin nucléaire avec Ethos,

un crime contre l'humanité

 

Pierre Péguin, automne 2016

 

 

Pour reprendre les termes d'une récente tribune libre*, les aménageurs de la vie mutilée (vie dite aussi demi-vie**), prétendent que la contamination, dangereuse en principe, s’avérerait en fait inoffensive dans la vie réelle. C'est un mensonge d'une extrême violence, une insulte aux proches des victimes et aux survivants, dans le but de restreindre les évacuations et les mesures de protection, exposant ainsi les populations touchées aux terribles dégâts sanitaires. C'est un crime.

Il s’agit donc d’endiguer l’horreur des effets de la contamination en la camouflant, en prétendant qu’on peut échapper au danger en s’y confrontant, en gérant sa peur.  Car il s'agit bien en effet de bloquer toute velléité d'hérésies remettant en cause la religion de l'atome, et pour cela d’emplir discrètement les hôpitaux de malades et les cimetières de victimes, plutôt que d'évacuer et de soigner les populations des terres devenues inhabitables. Pas question donc de reconnaître l'inhumanité et la terrible dangerosité de l'atome.

Dans ce qui suit on va voir comment et pourquoi tout est fait pour cacher le crime atomique et ce qu'il en coûte aux populations, avec une grande responsabilité de la nucléocratie française et en particulier de deux de ses principaux représentants Jacques Lochard et  Gilles Hériard-Dubreuil.

 

*Tribune libre collective de : Cécile Asanuma-Brice, Jean-Jacques Delfour, Kolin Kobayashi, Nadine Ribault et Thierry Ribault. http://sciences-critiques.fr/tchernobyl-fukushima-les-amenageurs-de-la-vie-mutilee/

**Michael Ferrier, « Fukushima – Récit d'un désastre » 2012.

 

 

Les enfants sont particulièrement touchés par les catastrophes, un seul traitement disponible : la pectine.

 
En pleine croissance, les enfants sont particulièrement fragiles face à la contamination par les  radioéléments dispersés dans l'environnement que ce soit par les catastrophes atomiques jusqu'à des milliers de km, ou par les multiples incidents qui émaillent le fonctionnement des centres nucléaires. Que faire pour protéger la multitude d’enfants malades ou bien affaiblis vivant dans les territoires contaminés ? Principales victimes, leur situation s'aggrave d'année en année,  en fonction de la teneur de leur corps en Césium137 et Strontium 90.

C'est le césium qui se loge dans tous les organes (un peu à la façon du potassium) qui est le plus facile à mesurer pour apprécier la nécessité de donner un traitement. Seule la pectine connue pour permettre l'élimination des métaux lourds ,dont ces radioéléments, peut soulager ces jeunes.
L’expérience acquise au Bélarus montre que des cures de trois semaines de pectine de pomme vitaminée permettent de diminuer la charge de césium, donc de diminuer les dommages. Ces cures peuvent être renouvelées tous les trois mois et doivent s’accompagner de mesures de précaution dans le choix et la préparation de la nourriture.


Mais le lobby de l'atome a bloqué la généralisation de cures de pectine.

 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la pectine de pomme est un véritable adversaire du lobby atomique. C’est la seule explication de la guerre qu’il lui fait. En effet ceux qui sont chargées de veiller à la protection contre les effets du nucléaire, prétendent que les malades ne sont victimes que de stress et de peurs irraisonnées qui annihilent le système immunitaire. Pour la CIPR* et le CEPN**  reconnaître qu'une cure de pectine, connue pour sa capacité à éliminer le césium et le strontium, est efficace pour améliorer la santé des enfants, c'est reconnaître qu'ils sont bien contaminés. Ainsi au nom de la religion de l'atome on condamne des centaines de milliers de jeunes à une vie amputée.
Il est criminel de la part de nos organismes d’État de proposer à la Biélorussie et au Japon qui ne demandent que ça, l'application du programme Ethos-Core dont le rôle est d'étouffer les effets de la radioactivité, pour sauver l'image de l'industrie atomique et celle du pays, et ce aux dépens des victimes abandonnées à leur sort.
Et, soyons-en sûrs, il en sera de même chez nous en cas de catastrophe, tout sera fait pour en minorer les effets, pour cacher la réalité des risques et des dégâts humains, le but étant de sauver l'industrie nucléaire quel qu'en soit le prix, au nom de l'identité et de la "grandeur" de la France.…


Réclamons que la pectine soit fournie aux enfants de la deuxième génération de Tchernobyl, quasiment tous malades, et à ceux de la première génération de Fukushima. En vue de la catastrophe atomique qui nous menace de plus en plus, réclamons également que la pectine soit disponible  pour la distribution en France, comme l’iode pour la thyroïde.


C'est par les études réalisées dans le cadre des projets Ethos et Core que la stratégie du lobby de l'atome a été précisée, il faut donc expliquer de quoi il s'agit, pour comprendre ce qui se passe en Biélorussie, au Japon et ce qui est prévu pour nous….

 

Le projet franco-européen Ethos  

 

Le projet ETHOS a été mis en œuvre par une équipe de recherche impliquant quatre organismes scientifiques : le Centre d’étude sur l’Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire (CEPN), l’Institut National d’Agronomie de Paris-Grignon (INAPG), l’Université de Technologie de Compiègne (UTC) et le groupe d’étude Mutadis qui en a assuré la coordination. Il a été présenté comme devant améliorer durablement les conditions de vie des habitants affectés par la présence à long terme de contamination radioactive à la suite de l’accident de Tchernobyl.

Il s'agit en fait de plusieurs programmes successifs, toujours financés par l'Europe et la France (qui y a intérêt), Ethos 1 puis 2, Core, Sage (dans la suite on les appellera « projet Ethos » , voire « éthos », pour simplifier). Ils ont été expérimentés sur les populations vivant en territoire contaminé par Tchernobyl,  dans des bourgs situés au sud-est de la Biélorussie, à 200 km environ de Tchernobyl. 

Le but officiel a été d'étudier comment aider la population à vivre en territoire contaminé par la radioactivité. Le but réel est de prétendre qu'on peut y vivre, quitte à observer des précautions élémentaires, d'autant que tout est fait pour convaincre qu’il y a peu de contamination, et qu’on peut s’y adapter. Ces campagnes sont soutenues par des « experts » francais  (Gilles Heriad‑Dubreuil, Jacques Lochard) et internationaux, membres des organismes chargés de la sécurité du nucléaire.

Ces intervenants nient la réalité d'une contamination dangereuse. Leur stratégie criminelle va même jusqu'à annoncer que les dommages subis par les habitants ne sont pas dus à la radioactivité, mais à la peur et la phobie du nucléaire qui les rendent fragiles et malades. Donc toute thérapie comme la distribution de pectines, n'a pas lieu d'être… Tout cela arrange bien le gouvernement du pays pressé de se débarrasser de cette sale affaire.  
Et il en est de même au Japon où Jacques Lochard y sévit pour favoriser la relance du nucléaire sous la tutelle française qui a besoin de ce précieux client..

Il en sera de même pour nous après la catastrophe, il est prévu d'évacuer le moins possible d'habitants, et de persuader ceux qui restent que c'est sans risques…. Quitte à imposer une norme de dose reçue très importante: En France, la norme actuelle est 1 mSv/an, mais s’il y a un accident, ce sera 20 mSv/an et si on a la malchance d’habiter trop près du désastre, on aura droit à 100 mSv/an.  La contamination des aliments est prévue aussi d’être multipliée dans tous les pays européens de façon à ne pas gêner les échanges et les exportations (business as usual).

L’épidémie de maladies mortelles ou handicapantes qui se développeront plus tard avec douleur ne comptent pas pour nos dirigeants, les dégâts de santé et génétiques étant reportés dans le temps, la criminalité de la démarche sera diluée, d’autant que les habitants seront rendus responsables de effets de la catastrophe dont ils sont pourtant victimes. …. 

 

Le projet Ethos ne constitue-t-il pas un crime contre l’humanité, dont les responsables sont la CIPR et le CEPN ?

 

Quelques chiffres pour bien voir les enjeux : (cf communiqué de la Criirad du 3/10/2016). En situation normale, la limite maximale de dose applicable au public est de 1 mSv/an et cette valeur correspond déjà à un niveau de risque élevé : si 66 millions de Français recevaient une dose de 1 mSv, cette exposition provoquerait en effet, à terme probablement plus de 22 000 cancers radio-induits, sans compter toutes les pathologies non cancéreuses, les malformations et maladies génétiques. Si l’on multiplie ces chiffres par 20 ou par 100, les niveaux de risque retenus par les autorités donnent le vertige.

Il souligne également le nombre très élevé de ceux qui seront exposés à des doses inférieures mais qui n’en sont pas moins inacceptables : des nourrissons, des enfants, des ados pourraient recevoir tout à fait légalement des doses de 10 mSv/an, c’est-à-dire des doses qui ne sont envisageables que pour des travailleurs du nucléaire.

Plus les niveaux de références sont élevés et plus s’allègent les dépenses de mesures de  protection des personnes et d'indemnisation des dommages. Le choix des autorités est tout à fait cohérent, rappelons en effet que l’industrie nucléaire est dispensée de l'application du principe pollueur-payeur : pour l’essentiel, les conséquences sanitaires et économiques de la catastrophe seront supportées par ses victimes et par l’État. La décision de fixer des niveaux de référence aussi élevés est le fruit de 20 ans d'efforts du lobby nucléaire, et plus précisément du lobby nucléaire français (CEPN). Plutôt que de proposer des indemnisations permettant de commencer une nouvelle vie dans un environnement sain, on enjoint aux victimes d’être résilientes et de s’adapter à la nouvelle réalité : celle d’un environnement contaminé. C’est évidemment tout bénéfice pour l’industrie nucléaire. Les accidents nucléaires majeurs ne sont plus des catastrophes mais des aléas gérables.

 

Pour se convaincre de la criminalité de l'application du programme ethos, voir ces deux documents : 

 

- Tribune libre collective de : Cécile Asanuma-Brice, Jean-Jacques Delfour, Kolin Kobayashi, Nadine Ribault et Thierry Ribault :

http://sciences-critiques.fr/tchernobyl-fukushima-les-amenageurs-de-la-vie-mutilee/

 

- Et la vidéo (30 mn) « Save Kids Japan » , une  présentation sous titrée en francais d'Ethos Fukushima par la journaliste indépendante japonaise Mari Takenouchi aux prises avec la justice de son pays pour la remise en cause du projet ETHOS, visant à maintenir et faire revenir les habitants de Fukushima dans les zones contaminées.

http://www.youtube.com/watch?v=ccYPtQwPx78

 

Notes :

 

*-La CIPR, Commission internationale de protection radiologique est une ONG qui émet des recommandations concernant les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. Elle fonde ses préconisations sur la base des indications fournies par le Comité scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiations Atomiques, l’UNSCAER. Le mandat de l’UNSCEAR est de rendre compte aux États Membres de l'ONU des effets et dangers des radiations dans l'environnement. C’est au sein de cette instance que la doctrine officielle s’élabore à l’abri de toute critique scientifique ou de remise en cause, L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ayant abdiqué de toute compétence dans le domaine de la radioactivité. 

La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales reposent sur les recommandations destinées surtout à ne pas gêner l’industrie atomique.

*-Le CEPN, Centre d’Étude sur l'évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, représente le lobby nucléaire français. Créé en 1976, Le CEPN est un « faux-nez » du CEA où il a son siège (à Fontenay aux Roses près de Paris),c’est une association qui rassemble : EDF, AREVA, CEA, l’IRSN !

 

Les membres de ces structures sont tous issus du même moule, cooptés ou nommés hors de tout processus démocratique, ils sont interchangeables. Ainsi Jacques Lochard est directeur du CEPN et vice président de la CIPR.…

 

Lire :

 

« La comédie atomique » d’Yves Lenoir, sur la compromission de ces organismes dont le rôle n’est pas de protéger les populations comme on pourrait le penser, mais de protéger l’industrie de l’atome et leurs servants. 2016, La Découverte,

 

« Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? » de Mathieu Gaulène,  journaliste indépendant, spécialiste du Japon, où il réside depuis cinq ans, auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon et l'opposition au nucléaire.  2016 aux éditions Piquier

 

Enfant portant un dosimètre dans la préfecture de Fukushima (Photo Alain de Halleux)

Enfant portant un dosimètre dans la préfecture de Fukushima (Photo Alain de Halleux)

_______________

 

Annexes :

 

1) Le jardin nucléaire d’ethos

- Complément d'info sur la pectine – cas de la Biélorussie
- La Chélation, ou comment la pectine détoxifie l’organisme
- L'association Enfants Tchernobyl Belarus (ETB)

- Effets pervers et but réel d'Ethos

- Belrad

- La France a dans ses rangs les champions de la gestion criminelle post-catastrophe (Jacques Lochard, Gilles Hériard-Dubreuil, François Rollinger)

- Le village nucléaire mondial

- Le CODIRPA : vers la gestion par l’État de la vie durablement contaminée après un accident nucléaire en France (démarche PAREX, CODIRPA)

 

2) Quelques contre-informations et témoignages

- Tchernobyl : conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement

- Nombre total de victimes liées à Tchernobyl

- Les victimes du nucléaire

- Vivre en zone contaminée

- Témoignage de Bella Belbeoch

- Le Dr Michel Fernex dénonce mensonges et silences qui mettent en danger les populations.

- Conférence récente de Nakajima Takashi, habitant à Sōma, ville du département de Fukushima.

 

Pour lire l’ensemble de ces annexes, cliquer sur ce lien.

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Publié par Pierre Fetet
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:31

J’ai pris connaissance il y a quelques jours d’une carte qui m’a tout de suite interpellé. Elle affiche des mesures de la radioactivité à la fois précises et inquiétantes. Ne connaissant pas le japonais, j’ai demandé à Kurumi Sugita, présidente de l’association Nos voisins lointains 3.11, de me traduire le texte.

 

Elle a tout de suite accepté et m’a expliqué de quoi il s’agissait : « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Fukuichi shûhen kankyôhôshasen monitoring project) est mené par une équipe de bénévoles relativement âgés (qui sont moins radiosensibles que les jeunes) pour réaliser des mesures de radioactivité avec un maillage serré de 75 x 100 m pour la radioactivité dans l'air et 375 x 500 m pour la contamination du sol. Les mesures de radioactivité ambiante et du sol sont réalisées principalement dans la ville de Minamisōma et aux alentours. Ils essaient de réaliser des mesures détaillées afin de montrer aux habitants les conditions réelles de leur vie, et également d’accumuler des données en vue de l’analyse des dommages sanitaires et environnementaux qui peuvent se montrer à long terme. »

 

Grâce à la traduction de Kurumi et avec l'accord de M. Ozawa, auteur du document, j’ai pu réaliser une version française de cette carte que vous trouverez ci-dessous.

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Dans le cadre de la normalisation des territoires contaminés en zones habitables, l'ordre d'évacuation de l'arrondissement d’Odaka de la ville de Minamisōma a été levé le 12 juillet 2016, excepté la zone qui longe Namie (hameau d’Ohatake où habite un seul ménage) classée comme zone de "retour difficile".

 

Situation de la zone étudiée

Situation de la zone étudiée

La carte de contamination examine les secteurs de Kanaya et Kawabusa de l’arrondissement d’Odaka, à une quinzaine de kilomètres de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi. M. Ozawa, l’ingénieur qui a lancé cette enquête, a choisi la précision des mesures, c'est-à-dire qu’il s’emploie à mesurer la radioactivité avec des radiamètres à scintillation de laboratoire : Hitachi Aloka TCS172B, Hitachi Aloka TGS146B et Canberra NaI Scintillation Detector.

 

L’originalité de sa carte tient autant à la qualité de réalisation qu’à l’abondance de renseignements : on peut y lire, pour chacun des 36 prélèvements effectués, des mesures en Bq/m², en Bq/kg, en µSv/h à trois hauteurs différentes du sol (1 m, 50 cm, 1 cm) et en cpm (coups par minute) à la hauteur de 1 cm. Pour qui connaît un peu la radioactivité, ce sont des informations très précieuses. Habituellement, les mesures sont données en l’une ou l’autre unité, mais jamais simultanément avec 4 unités. Les organismes officiels devraient prendre exemple sur cette manière de travailler.

 

Les mesures que dévoile la carte sont très inquiétantes. Elles montrent que la terre a un niveau de contamination qui ferait d’elle un déchet radioactif dans n’importe quel pays non contaminé. Comme l’écrit M. Ozawa, ces terrains devraient être considérés comme une « zone contrôlée », c’est-à-dire un espace sécurisé, comme dans les centrales nucléaires, où l’on doit vérifier constamment les doses reçues. Dans les faits, c’est pire que dans une centrale car au Japon, on demande aux habitants évacués depuis 5 ans et demi de rentrer chez eux alors que l’on sait pertinemment qu’ils seront irradiés (jusqu’à 20 mSv/an) et contaminés (par inhalation et ingestion).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

Cette recherche citoyenne est remarquable à plus d’un titre :

 

- Elle est indépendante de toute organisation. Aucun lobby n’intervient pour modifier ou atténuer telle ou telle mesure. Ce sont juste des données brutes, prises par des gens honnêtes, en recherche de vérité.

 

- Elle respecte un protocole scientifique, expliqué sur la carte. Il y aura toujours des gens pour critiquer tel ou tel aspect de la démarche, mais celle-ci est rigoureuse et objective.

 

- Elle prend des mesures à 1 m du sol mais aussi à 1 cm du sol. Cette démarche est plus logique car les hommes marchent sur le sol jusqu’à présent non ? Les cartes de contamination du Japon montrent souvent des mesures à 1 m du sol, ce qui ne reflète pas la réalité et semble être fait pour minimiser les faits. En effet, la mesure est souvent deux fois plus élevée à 1 cm du sol qu’à 1 m.

 

- Elle agit comme un révélateur. M. Ozawa et son équipe sont des lanceurs d’alerte. Leurs cartes disent : faites attention ! Des lois se contredisent au Japon. Ce que prétend le gouvernement, à savoir qu’une dose de 20 mSv/an ne produira pas d’effet sanitaire, n’est pas forcément la vérité. Si vous revenez, vous allez bel et bien être irradiés et contaminés. La France se prépare à la même forfaiture, à savoir qu’ « elle est en train de transposer en droit national les dispositions de la directive 2013/59/Euratom : les autorités françaises ont retenu la borne supérieure de l’intervalle : 100 mSv pour la phase d’urgence et 20 mSv pour les 12 mois suivants (et pour les années suivantes rien ne garantit que ce niveau de référence ne sera pas reconduit). Ces valeurs s’appliquent à tous, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes ! » (source Criirad)

 

Le gouvernement japonais demande aux habitants de rentrer chez eux et supprime les indemnités aux évacués. Les JO approchent, la région de Fukushima doit être perçue comme « normale » pour que les sportifs et les supporters du monde entier n’aient pas peur, quitte à sacrifier la santé des populations locales. Il faut donc faire connaître la carte de M. Ozawa pour que les futures campagnes publicitaires n’étouffent pas la réalité des faits.

 

Pierre Fetet

 

 

____________________

 

Pour en savoir plus :

 

M. Ozawa dans un reportage de la RTBF

La poussière qui s’envole avec ses radionucléides à Minamisōma

Article sur le retour en zone contaminée du blog Nos voisins lointains 3.11

http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/08/22/Le-retour-aux-zones-contamin%C3%A9es

 

Les données concernant les mesures à Minamisōma

http://www.f1-monitoring-project.jp/open_deta.html

 

Site internet de l’équipe militante :

http://www.f1-monitoring-project.jp/index.html

 

Adresse de la carte d’origine (HD)

http://www.f1-monitoring-project.jp/dirtsfiles/20161104-Odaka-Kanaya-Kawabusa-s.jpg

 

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

Cet article et sa carte ont été traduits en anglais par Hervé Courtois à cette adresse :

https://nuclear-news.net/2016/11/12/the-minamisoma-whistleblowers-fukushima/

 

Voici la traduction de la carte en anglais :

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

 

Anciens articles du blog de Fukushima concernant Minamisōma

 

Poussière noire à Minamisoma (17/02/2012)

Selon les informations rapportées par le blog EX-SKF , on a trouvé à Minamisoma une mystérieuse poussière noire radioactive déposée sur le sol dans de nombreux endroits de la ville. Sa radioactivité en césium a été évaluée à plus d'un million de becquerels/kg....

 

Des nouvelles de Minamisoma (11/02/2012)

Depuis l’année dernière, Minamisoma est devenue une ville très connue du Japon car elle est située à 25 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Lors de la catastrophe, son maire Katsunobu Sakurai avait envoyé un appel à l’aide sur YouTube, entendu...

 

I'll send an SOS to the world : I hope that someone gets my message in a bottle (24/07/2011)

On se souvient encore du SOS lancé sur YouTube en mars dernier par Katsunobu Sakurai, maire de la ville de Minamisoma (70 000 habitants avant l’accident), qui lui a valu une notoriété mondiale. Dominique Leglu en avait fait l’écho dans son blog en relevant...

 

"Grey zone" d’Alain de Halleux : un film à soutenir (23/05/2012)

Alain de Halleux, connu pour son engagement avec la réalisation des films « RAS : nucléaire, rien à signaler », « Chernobyl 4 ever » et « Récits de Fukushima », s’est engagé dans un nouveau film sur Fukushima. Le réalisateur s’est rendu à Minamisoma en...

 

Aide directe aux habitants de Minamisoma (24/12/2011)

« J’arrive au bout de mon voyage. Je ne peux clamer : « Evacuons TOUS les enfants du district de Fukushima ! », comme je le pensais avant de partir. Dire cela, correspond à une position idéologique. Si je faisais ça, je ressemblerais à TEPCO ou à tous...

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 16:23

Titre original : Japan’s government should stay out of U.S. sailors’ lawsuit against Tepco

 

Source : site The Japan Times, 2 novembre 2016 http://urlz.fr/4kuB

 

Auteur : Brian Victoria. Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch.

 

Traduction : Odile Girard (http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Lédende photo : La voix du village antinucléaire : en mai dernier, l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi assiste à une conférence de presse à Carlsbad, en Californie, avec d'anciens Marines américains qui ont intenté une action en justice contre Tepco pour des problèmes de santé qui ont selon eux ont pour origine la catastrophe nucléaire de Fukushima. L'auteur de cet article, Brian Victoria, qui était l’interprète de Koizumi pendant le voyage, est visible à gauche.

 

-oOo-

 

 

Le gouvernement japonais ne doit pas se mêler du procès des marins américains contre Tepco

 

[Lettre adressée au Premier Ministre japonais Shinzo Abe]

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Tout d’abord, je voudrais remercier le gouvernement japonais d’avoir finalement, après quatre longues années de silence, pris position concernant le procès mené aux États-Unis contre Tokyo Electric Power Company par plus de 450 marins, militaires et civils, qui se trouvaient à bord de l’USS Reagan et des vaisseaux militaires l’accompagnant au large du Tohoku après le 11 mars 2011.

 

Ces jeunes souffrent de sévères problèmes de santé résultant, selon eux, de l’exposition aux radiations subie pendant leur participation à l’Opération Tomodachi, la mission de secours humanitaire de l’armée américaine, lancée pour répondre au grand séisme et au tsunami qui avaient frappé le Japon de l’Est et les multiples fusions des réacteurs qui en ont résulté à la centrale nucléaire de Fukushima No.1 en mars 2011.

 

Si nous apprécions le fait que le gouvernement japonais ait reconnu officiellement l’existence du procès, le soutien inconditionnel que le gouvernement a apporté à Tepco est profondément inquiétant. Aujourd’hui encore, les personnels militaires américains se trouvent dans l’impossibilité de demander justice, parce que Tepco, avec l’appui du gouvernement japonais, se démène pour s’assurer que l’affaire ne soit jamais instruite dans un tribunal américain.

 

Le gouvernement a soumis un mémoire d’amicus curiae  le 3 février à la Cour d ‘appel du neuvième circuit [cour d’appel fédérale des États-Unis, sise à San Francisco]. Un mémoire d’amicus curiae (littéralement « ami de la cour ») est un mémoire présenté par une partie qui n’est pas directement impliquée dans l’affaire, dans l’espoir d’influencer le résultat. Ce mémoire contient deux points :

 

     1. «  le gouvernement du Japon a mis en place un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. »

 

     2. « Les demandes de dommages et intérêts présentées dans des tribunaux hors Japon menacent la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement japonais. »

 

Prenons le premier point : Si le gouvernement japonais avait véritablement « un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes, » les soldats américains n’auraient pas besoin d’aller en justice. Toutefois, comme vous le savez, le gouvernement japonais et les services gouvernementaux n’ont pas, à ce jour, versé un seul yen à une victime de l’exposition aux radiations de Fukushima No.1 qui ne soit pas liée à Tepco. C’est notamment le cas des 173 enfants de la préfecture qui ont été opérés après un diagnostic de suspicion de cancer, et dont le cancer a été confirmé chez 131 d’entre eux.

 

Si le gouvernement japonais ne veut pas admettre que les souffrances de ses propres enfants ont été causées par l’exposition aux radiations, quelle chance peuvent avoir de jeunes Américains de voir reconnaître comme telles les maladies apparemment radio-induites dont ils souffrent, sans parler de se voir indemniser, au Japon ?

 

En outre, au moins sept de ces jeunes Américains auparavant en parfaite santé sont déjà morts et beaucoup d’autres sont trop malades pour se rendre au Japon même s’ils pouvaient se le permettre ; ils seraient encore moins en mesure de rester dans le pays durant les longues procédures juridiques qui, dans ce genre de cas, peuvent prendre des années à résoudre. Sans parler bien sûr du poids des coûts juridiques, les frais de tribunaux, d’avocats japonais, de traduction des documents pertinents, etc. Et n’oublions jamais, Monsieur le Premier Ministre, que c’est le gouvernement japonais qui a appelé ces militaires américains à la rescousse.

 

Quant au second point mentionné plus haut, j’admets que le procès des soldats américains menace « la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement du Japon. » Si par exemple un tribunal américain décidait d’attribuer les maladies des plaignants à l’exposition aux radiations, comment le gouvernement japonais pourrait-il continuer à proclamer qu’aucune des nombreuses maladies dont souffrent actuellement les enfants et les adultes de Fukushima n’a rien à voir avec les radiations ? Les soldats américains sont véritablement « le canari dans la mine de charbon » dans cette démonstration des effets dangereux de l’exposition aux radiations. Et ce canari, le gouvernement japonais n’a pas moyen de le contrôler.

 

Imaginons maintenant qu’un tribunal américain accorde une indemnisation de 3 millions de dollars par personne, pour les décès, actuellement au nombre de sept, des soldats américains irradiés ; et que le gouvernement japonais, quant à lui, continue de refuser d’indemniser les maladies radio-induites, ne parlons pas de morts, de ses propres citoyens. Il est certain que la « viabilité » (et la réputation !) du gouvernement japonais dans son refus obstiné d’admettre les problèmes radio-induits de ceux qui ne sont pas des employés de Tepco en prendrait un coup. 

 

Permettez-moi pour terminer de rappeler qu’il y a un leader politique japonais qui a accepté d’engager sa responsabilité personnelle dans cette affaire de blessures infligées à des soldats américains. Je veux parler ici de l’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi qui, après avoir rencontré des soldats malades à San Diego en mai, a lancé un fond destiné à couvrir un maximum des besoins médicaux de ces marins.

 

Heureusement, grâce au soutien de milliers de Japonais ordinaires, il a déjà réussi à lever 700 000 dollars, sur un objectif d’un million de dollars. Les larmes aux yeux, Koizumi a expliqué qu’il ne pouvait pas ignorer la souffrance de centaines de jeunes Américains en parfaite santé avant l’accident et qui ont de leur plein gré accepté de risquer leur vie pour venir en aide à la population japonaise.

 

Monsieur le Premier Ministre, je vous conjure de mettre fin au soutien juridique inconditionnel fourni par le gouvernement à Tepco. Et si le gouvernement japonais a une conscience, accordez immédiatement assistance médicale et indemnisation aux centaines de victimes américaines de l’Opération Tomodachi.

 

BRIAN VICTORIA

Kyoto

 

 

 

Veuillez envoyer vos commentaires ou vos articles (adressés aux hommes politiques locaux ou nationaux, ou aux autorités) à : community@japantimes.co.jp

 

 

_______________

 

 

Autres articles du blog de Fukushima sur ce sujet

 

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

 

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

 

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Publié par Odile Girard - dans Au Japon
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:36

Texte de de HORI Yasuo du 27 août 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

Texte original en espéranto

Le premier Congrès International des Mères s'est tenu à Lausanne, en Suisse, en Juillet 1955, et y participaient 1060 personnes de 68 pays. L'année précédente, les États-Unis avaient expérimenté une bombe à hydrogène dans le Pacifique Sud. A cause de ces expériences, mille bateaux de pêche japonais avaient été irradiés et une pluie radioactive était tombée sur le Japon, et certainement sur l'ensemble du globe. En raison de leur crainte, des mères du monde entier avaient organisé ce congrès, mais malheureusement, il n'a plus jamais eu lieu dans le monde, sauf au Japon.

 

Seules les mères japonaises continuent d'organiser la conférence chaque année, et cette année c'était la 62ème. En raison de ces événements historiques, les mères qui participent aux congrès s'intéressent fortement aux questions nucléaires, ce qui fut le cas dans ce congrès également, où l'une des questions les plus importantes a été : comment supprimer les centrales nucléaires au Japon ?

 

La réunion dédiée à l' "Energie et centrales nucléaires" avait lieu dans le département de Fukui, où se trouvent 15 réacteurs. A cette occasion, les mères  qui agissent contre les centrales nucléaires dans leur département sont montées avec détermination sur le podium et elles ont fait un rapport sur leur action personnelle, parfois réussie, parfois difficile. Moi aussi, je voulais informer sur les rapports que j'écris en espéranto, mais malheureusement il ne m'a pas été permis de le faire. Peut-être n'avait-on aucune idée de ce qu'est l'espéranto, et en outre ma proposition était trop internationale pour les organisateurs.

 

Au cours de cette session, j'ai été étonné de l'énergie et de l'enthousiasme des mères. Le slogan du congrès était : " Mères, vous qui donnez la vie, protégez-la et prenez soin d'elle." Vraiment les mères sont fortes. 

 

Les mères du département d'Aomori racontent leur bataille  contre la centrale nucléaire en construction à Ōma

Les mères du département d'Aomori racontent leur bataille contre la centrale nucléaire en construction à Ōma

   A la fin de la session, M. Itō Tatsuya, qui vit à Iwaki, ville du département de Fukushima, et travaille en tant que membre du conseil du" Centre japonais des mouvements anti-nucléaires" a fait une conférence. Le thème en était : «Nous ne devons plus répéter les accidents nucléaires."

1. Maintenant, 5 ans après l'accident de Fukushima


(1) Dans 6 villes endommagées par l'accident, plus personne n'habite maintenant. La population de Fukushima a diminué de 5,7%. Ceci est la plus forte baisse au Japon.

 

   (2) Même 5 ans après, des décès indirects dûs à l'accident se produisent encore (décès  dûs à des soins insuffisants après la catastrophe, au changement et à l'appauvrissement, au désespoir, au suicide etc.). Le nombre de décès directs dûs au tsunami est de 1604, mais celui des décès indirects est de 2006 (jusqu'en décembre 2015).

 

   (3) Il faudra plus de 40 ans pour une  suppression complète de ces réacteurs endommagés. Nous ne savons toujours pas où, ni dans quel état, sont les combustibles nucléaires fondus. Si on couvre les réacteurs avec un "sarcophage de pierre", comme à Tchernobyl, on devra en prendre soin pendant les cent années à venir.

 

   (4) Le gouvernement envisage de construire (c'est en partie commencé) un "dépôt temporaire de déchets nucléaires", qui se situera dans les deux villes d'Ōkuma et de Futaba, et il promet que, dans 30 ans, il  transportera ces déchets en dehors du département de Fukushima, mais personne ne croit à cette promesse. Cela deviendra certainement un stockage éternel.

 

   (5) Dans certaines villes polluées par les déchets radioactifs et ensuite "nettoyées", maintenant les habitants peuvent revenir, mais cela n'est pas facile en raison d'un manque d'hôpitaux, de magasins et d'autres fonctions indispensables, et à cause de la crainte de la radioactivité.

 

   (6) Le gouvernement n'a pas de plan pour dépolluer les villes fortement contaminées.

 

   (7) Nous avons trouvé 161 enfants qui souffrent d'un cancer de la thyroïde, et 42 chez qui on soupçonne cette maladie. Parmi les chercheurs et les médecins, il y a deux opinions. Certains attribuent cela à l'accident nucléaire, mais d'autres pas du tout. Quelles que soient les raisons de ces cancers, on doit s'occuper de ces  enfants avec chaleur et persévérance.

 

   (8) Une mésentente existe entre les victimes de l'accident. Le gouvernement a créé des divisions entre elles, en leur versant des indemnités différentes selon la distance entre leurs maisons et la centrale nucléaire, et selon la quantité de radioactivité dans leur région d'origine. Nous devons surmonter cette discorde et retrouver la solidarité entre les victimes.

 

 

2. Mouvements contre les centrales nucléaires


(1) Avant le 11 mars 2011
· Nous nous sommes battus devant les tribunaux contre la construction de centrales nucléaires, mais nous avons échoué.
· "Le Centre japonais anti-nucléaire" a mis en garde le gouvernement et TEPCO à  plusieurs reprises sur les dangers de grands tsunamis possibles, mais ils n'ont pas écouté nos conseils.

 

   (2) De nouvelles perspectives après la catastrophe
  · Le mouvement contre les centrales nucléaires est devenu un grand mouvement qui englobe tout le Japon , et tous peuvent y participer.
  · Les groupes qui soutiennent la politique pro-nucléaire, soutiennent également la politique des armes nucléaires et essayent de changer l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre et la possession d'une armée. Nous devons donc avoir une solidarité forte et  une action commune entre nos trois mouvements, lesquels cherchent à protéger la vie du peuple, c'est-à-dire le mouvement contre les centrales nucléaires, le mouvement pour l'abolition des armes nucléaires et le mouvement pour protéger la Constitution Japonaise.

 

 

3. Ce qui est important pour ne pas répéter les accidents nucléaires


(1) Mettons-nous mutuellement au courant des faits, expériences et leçons de l'accident nucléaire.


(2) Ayons une compréhension commune des dangers suivants :
      a) Danger dû à un manque de technologie suffisante, en particulier danger des réacteurs à eau bouillante et danger en raison de réacteurs obsolètes.

         b) Danger dû au financement spécial des compagnies d'électricité. Grâce à ce système avantageux, elles peuvent librement prendre de l'argent dans les poches des gens quand elles en ont «besoin», et elles peuvent faire construire des centrales nucléaires à volonté et sans problème financier.

         c) Danger dû à la structure géologique de l'archipel japonais, où se produisent souvent des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.
     d) Danger dû à la géographie. Les centrales nucléaires sont situées à proximité des villes et des villages. Dans les centrales nucléaires, plusieurs réacteurs sont installés sur une petite surface.

        e) Danger dû à un manque de règles au niveau mondial pour contrôler les centrales nucléaires. Il n'existe qu'un comité, appelé "Autorité de Régulation Nucléaire", et il est favorable au gouvernement et aux compagnies d"électricité.
     f) Danger dû à la recherche de profit des entreprises électriques. Par exemple,

 lorsque ont eu lieu les grands tremblements de terre à Kumamoto en avril 2016, la compagnie d'électricité Kjūŝū n'a jamais eu l'intention d'arrêter les réacteurs.

 

    (3) Ayons un projet commun pour construire des villes non subordonnées à l'énergie nucléaire.


(4) Ayons un projet commun sur l'énergie recyclable. Partout dans le Japon, il y a des sources naturelles d'énergie recyclable, que nous pouvons utiliser en fonction des besoins de la région, qui nécessitent un faible investissement, et dont nous pourrons bénéficier.

 

 

4. Avenir de Fukushima


(1) Toutes les villes dans le département de Fukushima exigent la suppression de tous les 10 réacteurs qui s'y trouvent, cependant TEPCO et le gouvernement se taisent.


(2) Fukushima vise à être le département de l'énergie recyclable. Ce sera la plus grande riposte au gouvernement et à TEPCO, et en même temps nous remercierons ainsi tous ceux qui viennent en aide à Fukushima.

 

Le grand salon est rempli de femmes venues de tout le Japon.

Le grand salon est rempli de femmes venues de tout le Japon.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 21:31

Texte de de HORI Yasuo du 26 août 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

Texte original en espéranto


Dans le département de Fukui se trouvent 15 réacteurs nucléaires. Après avoir visité le musée de Maizuru, nous sommes allés voir deux centrales nucléaires, Takahama et Ōi. Voici une carte de celles-ci :

Deux centrales nucléaires de Fukui

La centrale nucléaire de Takahama


    Tout d'abord, nous avons visité la centrale nucléaire de Takahama. Dans celle-ci se trouvent les 4 réacteurs dont je vais parler. Dans la page internet de Takahama, l'entreprise explique ceci :

Deux centrales nucléaires de Fukui

Takahama produit 20% de l'électricité totale de la compagnie d'électricité Kansai. En utilisant l'eau qui est chauffée dans le réacteur, nous faisons des essais d'élevage d'ormeaux et autres coquillages.

    Cet élevage de coquillages m'a surpris. J'avais déjà entendu dire que, dans la mer, près des centrales nucléaires, la pêche était fructueuse à cause de l'eau chauffée. Ici dans la mer, se trouvaient des plateformes flottantes pour les pêcheurs. Les centrales nucléaires participent au réchauffement de l'environnement, en rejetant une énorme quantité d'eau chaude dans la mer, mais la compagnie ne se culpabilise pas pour autant. Au contraire, elle est en fière parce que, grâce à l'eau chauffée, elle contribue à une bonne pêche dans la mer.

 

   Sur la photo suivante on voit 4 réacteurs : au milieu, on voit deux réacteurs à toits ronds. Ce sont les réacteurs numéros 3 et 4. Et les réacteurs cylindriques à droite sont les numéros 1et 2. Les coûts de construction ont été :

 

  Réacteur 1: 65,6 milliards de yens (~ 573 millions d’euros),

Réacteur 2: 60,4 milliards de yens  (~528 millions d’euros),

Réacteur 3: 280,3 milliards de yens (~245 millions d’euros),

Réacteur 4: 209,6 milliards de yens (~183 millions d’euros).

 

Les capacités de production de ces 4 réacteurs ne diffèrent pas beaucoup. Pourquoi les coûts de construction ont-ils été si différents ? En 1973 et 1974, il y a eu une forte inflation. Ce bond dans les coûts a-t-il été causé par l'inflation  de l'époque ?

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Les réacteurs des numéros 1 et 2 ont déjà plus de 40 ans, donc en fonction de la règle, ils doivent être démantelés, mais l'Autorité de Régulation Nucléaire en a approuvé le fonctionnement pour les 20 prochaines années à titre exceptionnel, et la société prévoit de les faire fonctionner après octobre 2019. Pour la première fois  l'Autorité a approuvé la remise en route de réacteurs "obsolètes".

   A propos des réacteurs 3 et 4, le tribunal d'Ōtsu, dans le département de Shiga, a interdit leur remise en fonction, si bien que la société a commencé à retirer 157 barres de combustible du réacteur n°4 le 17 août, et en retirera également du réacteur n°3 à partir du 5 septembre.

  

La centrale nucléaire d' Ōi


    Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la centrale nucléaire d' Ōi. Dans la ville d' Ōi se trouvent de grands et luxueux immeubles donnés ou subventionnés par la compagnie d'électricité Kansai.

Deux centrales nucléaires de Fukui

   Dans le parc des sports (photo ci-contre) se trouvent deux salles de sport, un gymnase polyvalent, une piscine, un théâtre, un musée, une salle d'entraînement, des courts de tennis et un terrain de baseball. Sur le mur de chaque installation on trouve une plaque, sur laquelle est écrit "subventionné par l'argent destiné à développer les villes qui abritent une centrale nucléaire."

  A un autre endroit il y a un grand musée, où l'on peut profiter de spectacles sur la vie future. Evidemment il comporte un salon où est expliqué l'avantage de l'électricité nucléaire. Ces terrains de sport et le musée ont été construits pour acheter l'adhésion des habitants. Avec l'argent la compagnie a fait taire le mécontentement. Nous avons parlé avec un garde là-bas, et il a dit avec un air de satisfaction pour ces immeubles de luxe: "La compagnie d'électricité Kansai a de l'argent à volonté".

   Quittant la ville d' Ōi, nous avons traversé le pont et sommes entrés dans la petite presqu'île et avons atteint la porte de la centrale nucléaire d'Ōi.

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Les gardiens se sont précipités vers nous et ont agité les mains, en demandant que nous ne prenions pas de photos. Ici c'est une voie publique, nous avons donc le droit de photographier. Cependant il n'y avait rien qui vaille la peine d'être pris en photo. Un des gardes nous a dit qu'on avait construit les réacteurs dans un endroit caché.

 

La photo de gauche, que j'ai faite, montre le tunnel de la centrale électrique qui conduit aux réacteurs. La photo de droite, que j'ai prise sur Internet, montre les réacteurs cachés.

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Au sujet de ces réacteurs, la compagnie annonce ceci sur son site internet :

Deux centrales nucléaires de Fukui

La centrale nucléaire d' Ōi peut produire 471 000 kW et elle est la plus grande centrale de la société. Elle est située dans le magnifique parc national de Wakasa, au milieu d'une nature magnifique. Nous agissons sans relâche pour protéger l'environnement afin de ne pas endommager la mer et les superbes espaces verts, et en même temps nous essayons de refaire pousser les forêts perdues.

 

Les coûts de construction :

Réacteur 1: 1843 milliards de yens (~16,10 milliards d'euros)

Réacteur 2: 1225 milliards de yens (~10,70 milliards d’euros)

Réacteur 3: 4582 milliards de yens (~40,04 milliards d'euros)

Réacteur 4: 2535 milliards de yens (~22,15 milliards d'euros)

 

   Pour économiser de l'argent, ils ont mis deux réacteurs dans un même bâtiment. N'est-ce pas un risque, si l'un d'eux est sérieusement endommagé, qu'il vienne à endommager l'autre? Il y a deux dangers évidents:

1. Une faille existe à 3 km dans le golfe de Wakasa.
  2. La centrale est située sur la presqu'île, et par suite, lorsque arrivera un grand tsunami, elle sera isolée et sans secours possible.

 

  Maintenant tous les 4 réacteurs sont au repos pour  examen.

  

    Toutes les centrales nucléaires japonaises sont situées le long de la mer et dans un endroit isolé, il est donc difficile pour les simples citoyens de les visiter. Cette fois, l'un de mes amis nous a conduits avec une voiture prêtée, donc nous avons pu voir deux centrales. Elles sont installées dans le parc national, là où les gens pourraient profiter de la beauté naturelle et se détendre. Dans ce lieu, le gouvernement a autorisé la construction de centrales nucléaires dangereuses. C'est une chose incroyable. En effet, il y a de belles plages touristiques et des endroits reposants autour de ces centrales, mais les gens peuvent-ils se divertir dans ces lieux? Les habitants d'Ōi sont-ils heureux avec les nombreux cadeaux de la compagnie d'électricité? Les centrales nucléaires donnent le maximum d'inquiétude aux Japonais, eux qui souffrent de fréquentes catastrophes.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 19:27

Texte de de HORI Yasuo du 11 septembre 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Texte original en espéranto

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Le 11 septembre, M. Nakajima Takashi, habitant à Sōma, ville du département de Fukushima, a fait une conférence. Il a, depuis trente ans, une supérette dans Sōma mais, du fait de l'accident nucléaire, il souffre énormément.

Il est le principal représentant d'un groupe de plaignants qui compte 3865 personnes. Il exige que TEPCO et le gouvernement “leur rendent leur vie et leur région.”

 

Conférence donnée par M. Nakajima

du département de Fukushima

 

 

Pouvons-nous tolérer que TEPCO et le gouvernement nous abandonnent, nous et notre région?

 

À présent, dans le département de Fukushima, nous, qui sommes 3865 victimes de l'accident nucléaire, nous poursuivons TEPCO et le gouvernement devant la justice afin qu'ils nous rendent notre vie et notre région. Beaucoup d'entre nous ne peuvent plus ou ne veulent plus habiter dans leur ancienne ville et sont partis loger ailleurs. Les commerçants ont dû trouver là de nouveaux clients, les ouvriers ont dû  chercher un autre employeur, mais cela a été très difficile. Le département octroie  60 000 yens (~ 527 euros) à chacun de ces réfugiés à titre d'aide au logement, mais c'est là le seul soutien financier qu'ils reçoivent du département et de l'État. Ces réfugiés doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

 

Une mer perdue

 

Je possède, depuis trente ans, une supérette dans la ville de Sōma. J'habite assez loin de la centrale nucléaire et je n'ai donc pas déménagé. Jadis j'étais fier d'être celui qui vendait le meilleur sashimi du poisson cru de ma ville (voir photo). Pour faire un sashimi savoureux, il faut marier des chairs de poissons de saveurs et de couleurs diverses, comme par exemple du saumon, du thon, des crevettes, de la barbue, etc. En raison de l'afflux des eaux du mont Abukuma, la mer de Sōma est poissonneuse. Grâce à sa fécondité, les poissons ont très bon goût. En particulier les barbues. Nous jouissions des bienfaits de cette nature.

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Pendant longtemps on n'a pas pu pêcher les barbues à cause de la radioactivité, mais depuis le premier septembre, leur capture est à nouveau autorisée. C'est peut-être une bonne nouvelle, mais quand je recommande ces barbues à mes clients, à tout  coup j'ai droit à cet échange :

Le client : Est-ce que ces barbues sont vraiment sans danger?

Moi : Oui, car le département fait examiner tous les poissons et les garantit sans danger.

Le client : Mais on ne mesure que le césium, n'est-ce pas? Qu'en est-il des autres produits nucléaires tels que le strontium?

Moi : Ça, je l'ignore.

Le client : Donc, je n'achète pas.

La conversation s'achève là-dessus, et moi je ne peux plus recommander l'achat de ces poissons.

 

À présent, c'est mon fils qui cuit les sashimis à ma place, car du fait que je me bats pour le procès et fais des conférences un peu partout, je ne suis plus à la maison. Au cours des quatre dernières années, il a fait beaucoup de progrès dans l'art de cuire le sashimi, et cependant le sien n'est pas, d'après moi, digne d'être acheté. La barbue  joue un rôle important dans le sashimi, or à présent mon fils est contraint d'employer des barbues d'élevage, nourries avec des sardines, si bien que leur chair en prend le goût, tout à fait détestable. Parfois il peut acheter des barbues sauvages, pêchées dans d'autres départements, mais elles ne sont pas très fraîches. Avant l'accident nucléaire, je pouvais avoir des poissons d'une absolue fraîcheur, sur commande des clients, mais cela est  devenu impossible.

 

Un an après l'accident nucléaire, on a capturé des poulpes, à titre d'essai, et j'en ai proposé un morceau à un jeune père accompagné d'un bébé. Mais il a refusé en disant : “Je pourrais en manger, moi, mais je ne peux pas en donner à mon fils.”. Je n'oublierai jamais ses paroles.

 

Et pourtant, les fonctionnaires gouvernementaux nous disent d'oublier l'accident. Un professeur va même répétant que nous ne devons pas craindre de nous exposer à une irradiation de cent millisieverts, si bien qu'on l'a surnommé “Monsieur-cent-millisieverts”. La quantité maximale d'exposition à l'irradiation admise au plan international pour les gens ordinaires est d'un millisievert par an, et les lois sont faites selon cet accord. Les habitants de Fukushima bénéficieraient-ils, eux, d'une immunité contre cent millisieverts ? Sûrement non, et je comprends donc le sentiment de ce jeune père. Il est naturel d'éviter de manger des aliments dangereux.

 

Oubliez et n'ayez pas peur

 

Savants et médecins ignorent quel est le degré de dangerosité d'une exposition à une irradiation de faible intensité. Le gouvernement et TEPCO disent que, comme nous ne le savons pas, nous ne devons pas avoir peur. Nous, au contraire, nous avons peur parce que nous ne savons pas, et de cette ignorance naît notre souffrance.

 

Le gouvernement et certains dirigeants d'une coopérative de pêche me critiquent en disant : “Cinq ans déjà ont passé. Pour effacer la mauvaise réputation de Fukushima et remettre sur pied le département, il ne faut plus parler de ses malheurs. C'est ce que nous nous efforçons de faire, mais vous, Nakajima, vous sapez nos efforts en claironnant les souffrances de la région.” et ils ajoutent “N'ayez pas peur de la radioactivité, mangez, buvez et profitez de la vie. Voilà quelle est l'attitude louable des gens qui aiment Fukushima et le Japon.

 

En juin, le gouvernement a décidé d'annuler l'interdiction d'habiter les lieux dont la pollution est inférieure à vingt millisieverts. Immédiatement après, la compagnie TEPCO a dit qu'elle cesserait de verser aux réfugiés l'indemnité compensatoire à partir d'avril 2017, et presque aussitôt le département de Fukushima a annoncé que l'indemnité de logement passerait, en 2017, de 60 000 *(~ 527 euros) à 30 000 yens (~ 263 euros), puis à 20 000 yens (~ 176 euros) en 2018 et qu'après, elle ne serait plus versée.

Or cette indemnité est très utile aux réfugiés. Certainement Monsieur et Madame Tanji, qui se sont réfugiés ici, la reçoivent.

Du parterre, Madame Tanji crie : “Nous ne la touchons pas!”

Ah, vous ne touchez pas cet argent ! Bravo ! Vous avez votre fierté d'honnêtes gens ! Mais pour beaucoup, il est difficile de subsister sans cette aide. Sans elle, beaucoup de réfugiés devront, de gré ou de force, retourner dans leur ancienne ville. Le gouvernement les oblige ainsi à revenir. Mais le pourront-ils ?

 

Dans la ville de Naraha, où les gens ont désormais le droit de loger, seulement 7% de la population est revenue. La plupart de ceux qui sont rentrés sont des gens de plus de soixante ans et capables de conduire une auto. Aucune famille avec de jeunes enfants n'est revenue. Dans une telle ville, des commerçants ne peuvent venir s'installer, car ils ne pourraient vendre leurs marchandises aux sangliers. Les jeunes parents redoutent que leurs enfants ne soient contaminés par les radiations. Est-ce qu'ils vont revenir en un lieu pollué à vingt millisieverts ?

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Les radiologues dans les hôpitaux et les chercheurs du domaine nucléaire dans les universités  doivent se plier à des règles strictes. Ils peuvent s'exposer à 5,2 millisieverts par an, mais lorsqu'ils travaillent sur des matières radioactives en laboratoire, ils ne doivent ni manger, ni boire et quand ils en sortent, ils doivent ôter tous leurs vêtements et ne peuvent rien emporter. Lorsque le gouvernement impose un retour dans un lieu pollué à 20 millisieverts par an aux réfugiés, cela signifie que ceux-ci logeront dans un milieu quatre fois plus pollué que ces laboratoires de recherche et ces services de radiologie. Que le premier ministre aille lui-même habiter un endroit pollué à 100 millisieverts par an, mais je ne peux consentir, moi, à une telle contrainte illégale.

 

J'ai demandé un jour à des fonctionnaires gouvernementaux, s'ils avaient l'intention d'abroger cette loi et leur réponse a été “Non”. Le gouvernement, qui se doit de respecter la loi, agit lui-même illégalement. Cela signifie que pour lui l'économie compte davantage que la vie des habitants de Fukushima. Ces gens pensent que la progression économique est plus importante que la mort de cent mille  personnes. Cette attitude du pouvoir est comme un glaive pointé sur tous les habitants, et pas seulement sur ceux de Fukushima. Le pouvoir prétend qu'il protège les Japonais, mais en même temps il veut faire refonctionner tous les réacteurs. Si d'autres accidents se produisent, il négligera et abandonnera les victimes, comme il le fait à Fukushima. Pour l'heure, cela nous sert de leçon et nous devenons plus sages.

 

En avril ont eu lieu cette année, dans le département de Kumamoto, de puissants séismes qui ont détruit un château de grand renom. Certains de mes proches ont avoué avoir perdu le courage de vivre, en voyant le château en ruine. Personne n'avait prévu ces deux énormes tremblements de terre de force 7. En 1995 un grand séisme eut lieu à Kōbe et la ville fut détruite et en 2004 à son tour le département de Nīgata a subi un tremblement de terre qui endommagea une centrale nucléaire. La compagnie TEPCO plaide que l'accident nucléaire de Fukushima a été provoqué par un séisme imprévisible, mais comme le Japon est situé sur un nid à séismes, à n'importe quel moment pourront s'y produire d'autres tremblements tout aussi “imprévisibles”. C'est pourquoi les compagnies électriques et le gouvernement doivent mettre en œuvre tous les moyens propres à éviter de graves accidents, or ils ne le font pas et ils essaient de remettre en marche le plus grand nombre possible de réacteurs. À Fukushima, le gouvernement a l'intention de liquider l'accident en cinq ans. Cela fournira un bon précédent pour d'autres accidents éventuels. Les futures victimes n'auront plus droit à l'aide gouvernementale cinq ans après l'accident, à l'exemple de Fukushima.

 

Notre combat

 

Nous menons notre combat devant la justice mais aussi hors des tribunaux. Les juges appartiennent à une élite. Bien sûr ils éprouvent de la compassion à l'égard des victimes, mais s'ils émettent un verdict défavorable au gouvernement, ils ne seront pas promus à un poste plus important. Ce sont des hommes, donc ils hésitent. Pour les soutenir, le combat hors du tribunal compte beaucoup. Nous agissons de deux manières.

 

La première consiste à regrouper un grand nombre de plaignants et sympathisants, lors d'une audience. La salle du tribunal ne peut accueillir que cinquante personnes, mais nous réunissons beaucoup plus de monde et nous manifestons hors du tribunal. Au début il y avait 150 personnes, mais ensuite il en vint 200, puis 250, et à présent se regroupent 400 personnes. Des fonctionnaires du tribunal en font le décompte. Bien sûr ils en informent ensuite les magistrats. Pendant l'audience, ceux qui ne peuvent entrer dans le prétoire, s'assemblent dans un autre bâtiment et s'informent. Nous invitons soit un économiste, soit un philosophe, soit un chercheur de renom, et nous écoutons leurs conférences. Le lendemain, des échos du jugement paraissent dans la presse. Ainsi nous encourageons les magistrats afin qu'ils n'hésitent pas à juger selon leur conscience.

 

L'autre mode d'action est de rendre visite à des associations diverses. Nous en avons déjà contacté deux cents. Fukushima est un département conservateur, dont les habitants ont assez tendance à croire que les plaignants sont des gens bizarres, s'opposant effrontément au pouvoir en place. Il y a, dans le département, une Association des entrepreneurs de Fukushima, à laquelle nous avons rendu visite et nous avons demandé, si leur association donnerait son accord à la proposition de TEPCO de cesser, dans deux ans, de verser des indemnités aux commerçants et aux compagnies. Les dirigeants de l'association comprennent à présent le sens de notre  revendication. C'est un succès, petit mais certain.

 

Dans le département de Gunma également se déroule un procès concernant l'accident de Fukushima, devant le tribunal de Maebashi, chef-lieu de Gunma, procès durant lequel nous avons réussi à persuader les juges de visiter la région endommagée par l'accident nucléaire. Là, ils ont vu et ressenti la misère et les souffrances que ce dernier a causées. Ils ont visité des villes et des villages désertés, ils ont vu des maisons et des fabriques pourries et ont éprouvé le désespoir des éleveurs, dont les vaches abandonnées étaient mortes et alignaient leurs squelettes dans l'étable. Confronté directement au réel, les juges sans nul doute ont compris la culpabilité de TEPCO. Par la suite, des juges des départements de Chiba et de Fukushima ont aussi visité des villes sinistrées. Il est certain que des magistrats des vingt-quatre autres juridictions suivront l'exemple des trois premières. Je crois, que nos efforts  réussissent à faire cesser leur irrésolution.

 

Combat pour la démocratie

 

Il y a deux ans, j'ai été invité par une église protestante de la ville de Francfort, en Allemagne, à donner une conférence. Après mon exposé sur l'accident nucléaire devant cent cinquante élèves d'un collège, une enseignante qui présidait la séance a dit : “À présent débute le débat. Je l'ouvre en vous demandant pourquoi on a construit la centrale nucléaire dans Fukushima.” Ma réponse fut la suivante :

 

C'est parce que la région côtière est pauvre et peu peuplée. Même en cas d'accident grave, les victimes ou les morts seront au maximum cent mille. Si l'accident survenait à Tokyo, dix millions de personnes seraient atteintes ou tuées. Au regard du progrès économique, dix mille victimes ne comptent pas. La vie des habitants du département de Fukushima a moins de prix que celle des habitants du département de Tokyo. Dès l'origine donc, la construction de centrales nucléaires dans Fukushima portait atteinte au principe de l'égalité des hommes. Acceptez-vous cela?

 

Si des enseignants organisaient une telle séance au Japon, immédiatement viendraient des critiques de la part des parents d'élèves. Ces derniers penseraient que ces enseignants sont des “rouges” et certains téléphoneraient au comité d'éducation. J'ai interrogé des enseignants de ma connaissance sur la possibilité d'une telle séance dans leur école et tous ont répondu négativement. Dans les écoles japonaises, il est très difficile d'aborder des thèmes politiques.

 

Nous avons commencé ce combat afin de protéger nos vies et nos droits, mais il a évolué et son but est devenu l'arrêt et la suppression de toutes les centrales nucléaires. Et désormais nous visons le changement d'une politique antidémocratique. La bataille se poursuit, non seulement dans le département de Fukushima, mais aussi dans celui de Maebashi et dans tout le Japon, et nous devons donc, en y travaillant tous ensemble, pousser plus avant notre combat.

Merci de tout cœur pour votre attention.

 

Un récit ridicule

 

Ensuite a eu lieu un débat au cours duquel M. Nakajima a raconté la “vie ridicule des propriétaires d'un bateau de pêche.” Ce récit prêtait vraiment à rire, mais il était aussi à pleurer. Le voici :

 

Les propriétaires d'un grand bateau de pêche reçoivent une énorme indemnité compensatoire, car ils ne peuvent pêcher. Ni eux, ni les membres de leur famille n'ont besoin de travailler. Un des fils, qui auparavant était pompier, a cessé de travailler et possède à présent une auto valant vingt millions de yens (~ 176 000 euros). Les épouses n'ont maintenant rien à faire et se contentent de bien manger, donc elles grossissent. Pour rester en forme, elles ont commencé à fréquenter un gymnase, vêtues de coûteuses tenues de sport. Des gens ordinaires, ne voulant pas les côtoyer, ont donc cessé d'y venir, mais c'est sans importance pour le gymnase car beaucoup de  dames, comme elles bien en chair, s'y rassemblent.

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Les possesseurs de petits bateaux de pêche reçoivent, eux aussi, des indemnités, mais le montant en est peu élevé, donc ils veulent recommencer le plus tôt possible à pêcher, mais les propriétaires du grand bateau ne veulent pas. Plus long est le temps où ils restent sans pouvoir pêcher, plus grande et plus pérenne est la somme des indemnités perçues. Ils savent gré à l'accident nucléaire et ne veulent pas changer leur actuelle “bonne” situation. Ces gens sont les dirigeants d'une société de pêche.

 

Selon le proverbe, l'argent est la source de tous maux. Cela est vrai pour ces pêcheurs. Dans Fukushima naissent des discordes diverses à cause de l'argent : certains en reçoivent beaucoup, d'autres, peu et d'autres encore, pas du tout, en fonction des catégories décidées par TEPCO et par le gouvernement.

 

* Les nombres en euros précédés de "~" montrent la dernière évaluation.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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