22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:38
Le discours du maire de Nagasaki le 9 août 2016

Source : Nagasaki mayor tells world: Visit to see how nukes affect humans”, article en ligne de Shohei Okada, membre de l’équipe de rédaction de The Asahi Shimbun, le 09/08/2016. Lien consulté le 11/08/2016 : http://www.asahi.com/ajw/articles/AJ201608090041.html

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Un groupe de choristes, survivants de la bombe atomique, chante lors de la cérémonie de paix au Parc de la Paix à Nagasaki le 9 août (Azumi Fukuoka)

 

Les armes nucléaires sont des armes cruelles qui détruisent des êtres humains.

 

           A l’instant précis où une unique bombe nucléaire larguée par un avion militaire américain au-dessus de la ville de Nagasaki explosa à 11h02 le 9 août 1945, la ville fut frappée d’une déflagration suivie d’une vague ardente, d’une intensité inouïe. Le cœur de Nagasaki était devenu l’enfer sur terre ; un enfer peuplé de silhouettes carbonisées, d’individus couverts de brûlures boursouflées, de passants éventrés déversant leurs organes, ou encore de gens transpercés, taillés en pièces par les innombrables débris de projectiles de verre.

          La radioactivité relâchée par la bombe a contaminé le corps des gens en provoquant des maladies et des handicaps qui continuent d’affliger ceux d’entre eux qui ont de justesse survécu au bombardement.

 

           Ainsi les armes nucléaires sont-elles des armes cruelles, qui détruisent aujourd’hui encore des êtres humains.

 

En mai dernier, le Président Obama fut le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre à Hiroshima, une ville bombardée par une arme nucléaire. En accomplissant ce geste, le président a montré au reste du monde combien il est important de voir de ses propres yeux, d’être à l’écoute, et de ressentir les choses par une expérience personnelle.

            J’adresse un message aux Chefs des Etats détenant l’arme nucléaire ainsi qu’à tous les pays, comme aux individus du monde entier : faîtes le déplacement jusqu’à Nagasaki et Hiroshima ; jugez par vous-même du désespoir des êtres humains victimes du champignon atomique. Car c’est en commençant par prendre toute la mesure de ce qu’il s’est réellement passé qu’on peut s’attacher ensuite à inventer un avenir sans armes nucléaires.

            Cette année, au Bureau des Nations Unies à Genève, différentes commissions ont entrepris d’élaborer un cadre juridique préparatoire aux prochaines négociations pour le désarmement nucléaire. La tenue de ce forum pour débattre de points de droit représente un énorme pas en avant. Toutefois, les puissances nucléaires n’ont pas assisté à ces rencontres, dont nous devrions connaître sous peu les conclusions. Par ailleurs, les nations détentrices de la dissuasion nucléaire continuent à entretenir des relations conflictuelles avec celles qui veulent entamer des négociations pour l’interdiction de l’arme nucléaire. Si cette situation perdure, alors les rencontres risquent de prendre fin sans qu’on puisse produire une feuille de route pour l’abolition des armes nucléaires.

            Je dis aux chefs des puissances nucléaires qu’il n’est pas encore trop tard. Rejoignez ces rencontres pour prendre part au débat.

            J’en appelle aux Nations Unies, aux gouvernements et aux assemblées nationales ainsi qu’à la société civile y compris les organisations non gouvernementales. Nous ne devons pas permettre l’éradication de ces tribunes qui permettent de débattre des cadres juridiques en faveur de l’abolition de l’arme nucléaire. A l’Assemblée Générale des Nations Unies à l’automne prochain, je vous en conjure, mettez en œuvre un forum afin de discuter et de négocier un cadre juridique visant à faire naître un monde sans armes nucléaires. Et je vous demande à tous, en tant que membres de la communauté des Hommes, de continuer de toutes vos forces à rechercher une solution viable.

            Certains pays en possession de l’arme nucléaire bâtissent en ce moment des programmes visant à rendre leurs armes nucléaires encore plus sophistiquées. Si cette situation continue, l’instauration d’un monde sans armes nucléaires va devenir encore plus improbable.

            Le temps est venu aujourd’hui pour vous tous de partager ensemble autant que faire se peut la sagesse commune, qui est d’agir de telle sorte que nous ne condamnions pas le futur de l’humanité.

            Le gouvernement du Japon tout en défendant l’abolition de l’arme nucléaire continue à dépendre de la dissuasion nucléaire. Il existe un moyen de dépasser cette contradiction, c’est de graver dans le marbre de la loi les Trois Principes Non-Nucléaires, puis de créer une “Zone Libre sans l’Arme Nucléaire en Asie du Nord-Est ” (NEA-NWFZ) une sorte de cadre de référence pour la sécurité, qui ne dépende pas de la dissuasion nucléaire. Le Japon est la seule nation au monde victime d’un bombardement nucléaire en temps de guerre, la nation qui peut comprendre au plus haut point le caractère inhumain de ces armes-là, c’est pourquoi je demande au gouvernement du Japon de prendre la tête d’une entreprise concrète en faveur de la création d’une zone libre de l’arme nucléaire, un concept propre à incarner la sagesse de l’Humanité.

 

            L’histoire de l’armement nucléaire c’est aussi une histoire de la Défiance.

 

Au cœur de cette défiance réciproque des nations entre elles, les pays nucléarisés ont développé des armes nucléaires toujours plus destructrices en visant des cibles toujours plus éloignées. On compte aujourd’hui encore plus de 15 000 têtes nucléaires et le risque est omniprésent qu’elles puissent être utilisées dans une guerre, par accident, ou encore suite à un acte terroriste.

Il existe un moyen d’empêcher leur circulation et de convertir le cycle de la défiance en un cycle de la confiance, c’est la poursuite d’efforts constants pour créer de la confiance.

            En accord avec l’éthique pacifiste de la Constitution du Japon, nous avons œuvré afin de restaurer la confiance à travers le monde, en nous impliquant dans la société globale avec par exemple l’aide humanitaire. Afin de ne plus jamais être fauché par la guerre, le Japon se doit de poursuivre dans cette voie en tant que nation pacifiste.

            Il y a encore une chose à la portée de chacun.e d’entre nous, membres de la société civile. Il s’agit en effet d’accueillir avec bienveillance nos différences respectives idiomatiques, culturelles, différences de positionnement aussi, afin d’instaurer la confiance à un échelon accessible à tous grâce aux échanges entre les gens peu importe leur nationalité. L’accueil chaleureux que la population de Hiroshima a réservé au Président Obama en est un exemple. Le positionnement à l’échelon individuel, dans la société civile, peut sembler de peu d’importance, or c’est en vérité un levier puissant et irremplaçable pour l’édification de relations de confiance entre les nations.

            Soixante-et-onze ans après les bombardements atomiques, l’âge moyen des hibakusha, les survivants à la bombe atomique, dépasse quatre-vingt ans. Le monde s’achemine sans bruit vers “un âge sans plus aucun hibakusha”. La question se pose aujourd’hui de la transmission aux nouvelles générations des enseignements de la guerre et du bombardement atomique qui a résulté de cette guerre-là.

            Aux jeunes j’aimerais dire que tout ce qui vous semble acquis chaque jour de votre vie – la douceur de votre mère, la bienveillance de votre père, les échanges avec vos amis, le sourire de l’être que vous chérissez – la guerre vous les arrache, pour toujours.

            Je vous prie de prendre le temps d’écouter les témoignages sur la guerre et ceux des hibakushas. Il n’est pas facile de témoigner d’expériences aussi abominables. Je veux que vous tous réalisiez que si ces personnes continuent à partager leur tragique histoire, c’est en vertu de leur volonté de protéger les générations futures.

            La ville de Nagasaki a mis en place des ateliers où les enfants et les petits-enfants des hibakushas transmettent l’expérience de leurs aînés. Nous sommes également en train de faire enregistrer au nombre des Sites Historiques du Japon, l’école élémentaire de Shiroyama détruite par le bombardement ainsi que divers autres sites, en legs aux jeunes générations.

A vous jeunes gens, dans l’intérêt même de votre avenir, êtes-vous prêts à faire face au passé puis à faire un pas en avant ?

            Plus de cinq ans se sont écoulés maintenant depuis l’accident nucléaire des réacteurs à Fukushima. Nagasaki, parce qu’elle a souffert de l’exposition à la radioactivité, va continuer à être solidaire de Fukushima.

            Et quant au gouvernement du Japon, nous lui demandons fermement une amélioration ambitieuse des aides qu’il apporte aux hibakushas, eux qui sont victimes aujourd’hui encore des effets consécutifs au bombardement, et nous demandons qu’un prompt soutien soit accordé à tous ceux qui ont vécu le bombardement, y compris l’extension de la zone désignée comme concernée par la bombe atomique.

Nous, citoyens de Nagasaki, présentons nos plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu la vie sous la bombe atomique. Nous déclarons par la présente qu’aux côtés du monde entier, nous continuerons à mettre toutes nos forces au service de l’abolition de l’arme nucléaire pour l’avènement d’un monde où régnera une paix perpétuelle. »

 

Tomihisa Taue

Maire de Nagasaki

9 août 2016

 

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Pour approfondir sur le même sujet :

 

La terreur atomique d’hier à aujourd’hui

Par Jean-Jacques Delfour,

Philosophe, auteur de "La condition nucléaire. Réflexions sur la situation atomique de l’humanité" (Montreuil, L’Échappée, 2014)

 

La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains

Par Kolin Kobayashi,

Journaliste indépendant, auteur d’une enquête sur le Crime du lobby nucléaire international, de Tchernobyl à Fukushima (éditions Ibun-sha)

 

Messages des maires d’Hiroshima et de Nagasaki 71 ans après les bombardements atomiques de leurs villes

Par l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN),

association loi 1901

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 07:00

Texte de de HORI Yasuo du 21 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

Personne n'endosse la responsabilité de l'accident nucléaire

Le journal Asahi du 20 février 2016 a publié une interview de Tarukawa Kazuya, un agriculteur de quarante-six ans, qui loge à Sukagawa, ville du département de Fukushima. Comme cette interview est très touchante, j'en donne ici la traduction. Cet homme est membre du groupe de plaignants, qui exigent du tribunal, que leur soient rendus leur emploi et la ville où ils habitaient. J'ai trouvé son témoignage également dans la brochure qu'a publiée le groupe de plaignants.

Question : Quelle est votre situation actuelle, cinq ans après l'accident nucléaire ?

 

Tarukawa : Les déchets radioactifs se sont dispersés également sur notre région, Nakadōri, située au milieu du département de Fukushima, loin de la centrale n° 1. Les rizières, les jardins maraîchers, les montagnes, les tunnels de forçage en plastique, tout était pollué, en conséquence de quoi nous avons perdu notre emploi. TEPCO n'a ni versé d'indemnité compensatoire pour nos propriétés perdues, ni retiré les déchets radioactifs de nos champs. Cinq années ont passé. Je ne cesse de me demander ce que je suis, sinon seulement une victime des dégâts.

 

À titre de pretium doloris j'ai reçu, en 2011, 80 000 yens  soit 700 euros, et en 2012, 40 000 yens (350euros). Et c'est tout. Est-ce que 120 000 yens (1060 euros) sont suffisants pour nous faire taire ? Pouvons-nous nous contenter d'attendre que la radioactivité disparaisse ? Sûrement pas ! Nos pertes sont infiniment plus grandes que ne l'est cette somme.

Localisation de Sukagawa

Localisation de Sukagawa

Question : J'ai entendu dire que votre défunt père s'occupait très activement de la culture biologique de légumes.

 

Tarukawa : Il s'intéressait beaucoup à l'environnement. Il avait commencé à cultiver des choux en hiver, car alors on n'a pas besoin d'utiliser d'insecticides. Les choux poussaient bien, sous la neige, et devenaient doux. Toutes les écoles du voisinage utilisaient nos choux pour leur repas de midi. Mon père était très heureux de pouvoir fournir aux enfants une nourriture très saine. Il fit même un jour une causerie dans une école, au sujet de l'agriculture biologique. Il était fier de ses légumes.

Puis est arrivée une instruction gouvernementale interdisant la vente des légumes produits dans notre district, et le jour suivant mon père s'est suicidé. Il nous restait sept mille cinq cent choux prêts à être vendus, tous ont fini au dépotoir. Devant un avenir si sombre, ses nerfs avaient craqué.

 

 Dans la brochure éditée par les plaignants, voici son témoignage:

 

Question: Dans cette affaire, TEPCO a reconnu devant le tribunal qu'il y avait un rapport entre cette mort et l'accident nucléaire, et un compromis a été trouvé, n'est-ce pas ?

 

Tarukawa : Pour venger mon père, j'ai attaqué TEPCO et en fin de compte j'ai obtenu un compromis et reçu une indemnité. Je pensais qu'un responsable de la compagnie viendrait chez moi prier pour mon père et demander pardon, mais j'avais mal compris. Seul un message fax est arrivé.

 

Question : A-t-on nettoyé la terre ?

 

Tarukawa : On a “nettoyé” les rizières. On a creusé le sol sur une profondeur de quarante centimètres, répandu de la zéolithe et brassé la terre. On dit que la zéolithe absorbera les substances radioactives. C'est ce qu'on appelle la “dépollution”.

C'est tout de même ridicule, non? Il se peut que les plants de riz n'assimilent pas de substances radioactives, mais la quantité de celles-ci dans le sol reste la même. Nous, les paysans, nous travaillons du matin au soir sur cette terre polluée. Qu'arrivera-t-il à notre corps? Nous ne cessons pas d'être inquiets.

 

Question : Ne peut-on pas éliminer la couche de terre de surface qui est polluée ?

 

Tarukawa: Il est facile d'éliminer la couche superficielle, mais si on fait ça, on n'aura pas des plants de riz et des légumes de bonne qualité. Pour rendre la terre de surface féconde, il faut plusieurs décennies.

J'appartiens à la neuvième génération de ma famille à cultiver ce bien. Je ne veux pas détruire mes champs, donc je continue à les travailler. Si je ne le faisais pas, ils deviendraient bientôt stériles. L'herbe y pousserait et gênerait les voisins. Nous ne pourrions recevoir ni indemnités ni revenus, donc nous n'aurions plus de quoi vivre.

 

Question : Combien TEPCO paie-t-elle d'indemnités pour les produits de la terre ?

 

Tarukawa : Si nous pouvons prouver la perte, la compagnie paie. Si, par exemple, un produit qui se vendait deux mille yens avant l'accident se vend à présent mille cinq cent yens, TEPCO paie la différence, soit cinq cent yens. Pendant les deux dernières années, les concombres se sont vendus plus cher qu'avant à cause du mauvais temps. Dans ce cas-là elle ne verse aucune indemnité, et pourtant réfléchissez : si l'accident ne s'était pas produit, je pourrais vendre mes concombres plus cher, et du reste ce prix lui-même est plus bas que dans les autres départements. TEPCO essaie toujours d'éviter le versement d'indemnités.

 

 Nous voudrions être indemnisés pour de nombreux autres produits. Par exemple nous cultivions des champignons dans le jardin, nous ramassions des herbes dans la colline. Tout cela est perdu pour nous, cependant TEPCO ne nous en indemnise nullement.

 

Question : Qu'en est-il de la mauvaise réputation de Fukushima ?

 

Tarukawa : Le riz que j'ai récolté en 2011 avait une radioactivité de trente becquerels. La norme était alors de cinq cent becquerels (ramenée à cent, depuis 2012), mon riz était donc dans la norme. Mais le riz pénètre dans notre corps, et je n'aurais pas voulu, moi non plus, consommer le mien, or je le faisais quand même, parce que je ne voulais pas en acheter dans le commerce.

 

Cependant je me sentais coupable de le commercialiser. Je comprends bien, que les habitants de Tokyo ne veuillent pas manger du riz de Fukushima. Y avait-il des gens prêts à se nourrir de riz produit au voisinage de cette vieille centrale nucléaire ? Il n'y avait pas là diffamation. Si le riz ne s'était pas vendu à cause d'une rumeur mensongère, il y aurait eu diffamation, mais des substances radioactives sont bel et bien tombées sur Fukushima.

 

Question : Votre riz est-il encore pollué ?

 

Tarukawa: Ni en 2014 ni en 2013 on n'a décelé une radioactivité dans mon riz. J'ai fait tout ce que je pouvais faire. J'ai répandu du chlorure de potassium afin que le riz n'absorbe pas de substances radioactives. Chaque sac est examiné. Si le riz est pollué, on ne peut pas le mettre sur le marché. Je pense que le riz de Fukushima est à présent le plus sûr du Japon.

 

En fait, ce riz se vend bien pour la restauration rapide, les hôpitaux, etc, sans qu'il soit fait mention qu'il provient d'ici. Le riz de Fukushima est très savoureux, et il convient donc bien pour ce type de restaurants où l'on peut l'avoir à très bon marché.

Semis de riz en serre de plastique

Semis de riz en serre de plastique

Question : Quels légumes produisez-vous ?

 

Tarukawa :   Dans les serres de plastique, la terre n'a pas été polluée, j'ai donc décidé de cultiver les légumes uniquement sous serre et non plus à l'air libre. À présent, je ne produis plus de choux mais des brocolis, dont pourtant le prix est bas, à cause du nom de Fukushima.

 

Question : Que pensez-vous de la remise en marche de quelques centrales nucléaires ?

 

Tarukawa : Pendant les dernières années, aucun réacteur n'a fonctionné au Japon, cependant aucune nuit n'a été sans lumière. Nous avons toujours eu assez de courant. Mais le pétrole nous revenait fort cher. Il se peut que le combustible nucléaire soit meilleur marché, mais en cas d'accident combien devrons-nous débourser ? Quelle énorme charge financière pour nous! Si un autre accident grave devait se produire, qu'arriverait-il à notre pays ?

 

Question : Que souhaitez-vous ajouter ?

 

Tarukawa : Si je me taisais, ce serait plus facile. Mais je suis passé dans la presse et à la télévision lors du décès de mon père. Certainement un grand nombre de cultivateurs sont mécontents et même furieux envers TEPCO. Aussi ne puis-je me taire. Si je ne donnais pas mon sentiment, je serais un faux-jeton.

Voilà pourquoi j'ai accepté de paraître dans le film “Je reçois la terre en héritage”. Je veux surtout que les agriculteurs, qui habitent à proximité de centrales nucléaires au Japon, voient ce film. Qu'ils sachent ce que pourraient leur causer des accidents nucléaires. Mon père disait souvent: “Ce que les hommes font, un jour, sera immanquablement détruit. Les hommes ne peuvent vaincre la nature.” Et il avait raison. Après cinq ans, personne ne veut endosser la responsabilité de l'accident nucléaire.

(Fin de l'interview)

 

Dans la brochure des plaignants, Tarukawa achève son témoignage par ces mots :

 

Pour nous, paysans, hormis notre existence, la terre et un environnement favorable sont les choses les plus précieuses. Nous voulons que TEPCO et le gouvernement nous restituent un milieu non pollué. Et de plus, comme le disait mon père, les centrales nucléaires doivent être mises au rancart.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:58

Le 11 mars 2016, Kurumi Sugita, chercheure socio-anthropologue et présidente fondatrice de l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 », a donné une conférence intitulée « Fukushima, les vies sinistrées » à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère (MNEI) à Grenoble, conférence inaugurale de la commémoration des catastrophes de « Tchernobyl, Fukushima... ». La conférencière a exposé la situation concrète et actuelle des sinistrés de la catastrophe de Fukushima, en particulier sur les problèmes sanitaires. Attachée au Japon, engagée, Kurumi a suivi la situation de 60 personnes sinistrées, pendant plusieurs années, en les visitant chacune une fois par an afin de recueillir des données sur le terrain pour ses actions associatives. C’est «le projet DILEM» : Déplacés et Indécis Laissés à Eux-Mêmes depuis l’accident nucléaire au Japon - parcours de vie et trajectoires géographiques des sinistrés hors des zones d’évacuation officielle.

Je vous propose une restitution écrite de cette conférence, avec l’aimable autorisation de Kurumi qui a également eu la gentillesse d’ajouter des données actualisées à son retour du Japon en juin 2016.

Evelyne Genoulaz

« Fukushima, les vies sinistrées »

I. Les territoires contaminés

 

Après la catastrophe les autorités ont déclaré l’Etat d’Urgence et à ce jour le Japon est toujours « sous déclaration de l’état d’urgence nucléaire (genshiryoku kinkyu jitai sengen) ». Mais au fil du temps, le zonage des territoires contaminés est de plus en plus réduit par les autorités, comme on peut en avoir un aperçu chronologique sur ces cartes (METI).

 

« Fukushima, les vies sinistrées »
« Fukushima, les vies sinistrées »
Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

II. La politique des retours

 

Dès ce mois de mars 2016 en effet, beaucoup de zones ont été « ouvertes ». Le retour à TOMIOKA est programmé par les autorités après avril 2017; OKUMA partiellement en 2018. Seule FUTABA est légendée « sans prévision ». Noter que les cartes du zonage ont délimité dès le début de la catastrophe un zonage par cercles concentriques, alors que la radioactivité se dépose « en tâches de léopard » et aujourd’hui, les zones de retour programmé se rapprochent géographiquement de plus en plus de la centrale alors même que ces zones sont dangereuses ! Le gouvernement prépare la levée de l’ordre d’évacuation à 20 mSv/an, et maintenant les zones comprises de 20 à 50 mSv/an entrent dans le planning d’ouverture après le printemps 2017 en établissant des points stratégiques pour la reconstruction (fukkô kyoten). Pour ne parler que de IITATE, qui était le plus beau village du Japon, son maire est favorable au retour, mais aujourd’hui la situation est poignante : on a décontaminé jusqu’à 20 mètres seulement des maisons, or comme il est environné de montagnes et de forêts, la radioactivité y restera dangereuse…

 

Mesures déléguées aux individus

Le contrôle de mesure de la radioactivité ambiante va désormais être fondé sur l’individu et non plus sur l’espace. C’est ainsi que chacun est invité à se mesurer, à mesurer ce qu’il consomme, donc si l’individu est contaminé il ne devra s’en prendre qu’à ses propres négligences !

 

L’absurde et l’arbitraire à l’œuvre dans le calcul des débits de dose

Les chiffres officiels de la contamination géographique, les débits de dose affichés, utilisent un calcul biaisé.

Habituellement, pour mesurer sur le terrain un débit de dose, on obtient un chiffre en mSv/h puis on le multiplie par 24(heures) x 365 (jours) pour obtenir le débit annuel. Mais ce n’est pas le calcul que font les autorités.

Elles font d’abord une différence entre le niveau de contamination d’une part à l’intérieur des habitations, d’autre part à l’extérieur. On a décidé de considérer qu’un individu ne passe que 8 h à l’extérieur. On estime par ailleurs (règle officielle) que « l’irradiation à l’intérieur d’un bâtiment est réduite à 40 % de l’irradiation relevée à l’extérieur ». Pourtant, à Minamisoma par exemple, des études ont montré que la contamination à l’intérieur était au mieux inférieure de 10 % par rapport à l’extérieur, au pire parfois supérieure ! C’est-à-dire qu’on utilise un mode de calcul qui finit par établir, si nous prenons un exemple, un débit de dose de 20 mSv/an là où le débit réellement mesuré est de 33 mSv/an !

 

Les résidents qui n’ont pas évacué sont en détresse car ils connaissent désormais la peur, par exemple ceux de Naraha qui ne reconnaissent plus leur ville car elle a bien changé depuis la catastrophe : actes de vandalisme, insécurité dès que tombe la nuit puisqu' il fait noir désormais dans les rues, des jeunes filles même ont été abusées…

De plus, Naraha est une ville côtière, avec une route en bord de mer et toute la nuit – la nuit surtout – on entend le vacarme d’un incessant et inquiétant trafic routier de camions chargés de déchets radioactifs, sans savoir précisément ce qu’on transporte…

Qu’est-ce qui motive cette politique du retour ? Selon Kurumi Sugita, dans la perspective des Jeux Olympiques au Japon en 2020, le gouvernement poursuit un objectif dépendant de la statistique : il s’agit de faire baisser les chiffres ! Si les personnes évacuées ou auto-évacuées quittent les « logements aidés », elles ne sont plus comptées comme des « évacués » ; ainsi pourra-t-on publier qu’il y a moins d’évacués…

 

 

III. Travaux et déchets

 

L’ensemble du territoire de la préfecture de Fukushima est aujourd’hui jonché de sacs de déchets. Partout, au détour des champs, on tombe sur des montagnes de sacs, parfois si hautes ! C’est un spectacle désolant pour les résidents. Et l’on manque d’espace où les entreposer, à tel point que les autorités ont même créé des décharges appelées « entrepôts provisoires temporaires ! »

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

On ajoute sur le pourtour des « carrés » de sacs les plus contaminés, une rangée de sacs de terre non contaminée, pour réduire le chiffre du débit de dose !

A la date de mars 2016, on compte pas moins de 10 millions de sacs et 128 000 dépôts provisoires dans la préfecture de Fukushima. Les sacs de déchets sont omniprésents sur le territoire, en dépit du désarroi des résidents ; près des écoles, et jusque dans les jardins des gens.

Sac de déchets chez un particulier

Sac de déchets chez un particulier

Faute d’espace de stockage suffisant, les autorités contraignent les résidents à une alternative intolérable : si le résident ne veut pas stocker les déchets sur sa propriété, c’est son droit. Mais dans ce cas, elle ne sera pas décontaminée ! Le résident qui demande « l’intervention de décontamination » doit garder les déchets dans sa propriété ! C’est pourquoi on voit, ici ou là, partout en fait, des sacs près de bâtiments ou chez des particuliers.

 

L’incinération des déchets

Selon la loi « Nuclear Reactor Regulation Law » (Genshiro tô kiseihô), le seuil de recyclage de « déchet nucléaire » est de 100 Bq/kg. Cependant, le 30 juin 2016, le Ministère de l’environnement a officiellement décidé de pouvoir « réutiliser » les déchets au-dessous de 8000 Bq/kg (1).

Concrètement, ces déchets seront utilisés dans les travaux publics, couverts par des ciments et des terres afin de faire baisser la radioactivité ambiante.
Afin de « réduire le volume » des déchets, des « incinérateurs provisoires » ont été construits afin d’incinérer les déchets nucléaires et de faire « vaporiser » le césium.

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

Partout, aux abords des villages, il y a ces incinérateurs dont les gens ne savent rien ! Ils fonctionnent souvent la nuit pendant deux à trois mois puis tout s’arrête, du jour au lendemain, plus rien. Les gens se demandent ce qu’on y brûle... sans parler d’une rumeur au sujet d’un centre d’expérimentation secret où il serait question de brûler des déchets beaucoup plus contaminés.

Plus effrayants encore, ces établissements de transformation des déchets…

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif  qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Par exemple, celui situé à Warabidaira dans le village d’Iitate ou encore le Centre de création de l’environnement (Kankyô Sôzô Center) ouvert au mois de juillet 2016 au bourg de Miharu, traitent les déchets (cendres au-dessus de 100 000 Bq) ainsi que des terres provenant des travaux de décontamination.

Or, ces deux dernières catégories ne sont pas gérées par la loi de gestion des déchets (1) si bien qu’on n’a pas de contrainte liée à la radioactivité pour les traiter… afin de réduire leur volume et de les rendre … « recyclables » !

De plus, ces établissements sont déclarés comme « instituts de recherche » et, en tant que tels, ils sont dispensés de la demande de permis de construction gérée dans le cadre de la loi de gestion des déchets !

On constate des incohérences, voire des contradictions, entre des lois. Nous avons déjà vu la contradiction entre la limite de 100 Bq/kg définie par la Nuclear Reactor Regulation Law et celle de 8000 Bq/kg adoptée récemment par le Ministère de l’environnement.

 

 

IV. Résidents, déplacés et retournés

 

Les mesures citoyennes. Les femmes, et les papas aussi, explorent l’environnement quotidien pour repérer les points chauds de façon à modifier si besoin l’itinéraire recommandé aux enfants, par exemple « le chemin de l’école » (au Japon tous les enfants se suivent à la queue leu leu).

A cet effet, les associations se munissent de « hot spot finders ». Très conscients du risque sanitaire auquel les enfants sont exposés, ils ont bricolé des capteurs reliés à un GPS, ils les attachent aux poussettes en empruntant les itinéraires de promenade et le chemin de l’école, ou explorent les jardins publics. Le système est pensé avec rigueur : c’est une tige verticale de 1 mètre de long qui part du sol et comporte un appareil de mesure à 10 cm du sol, un autre à 50 cm, un dernier à 1 mètre afin de prendre en compte les différentes tailles des enfants. En cas de point chaud, les gens avertissent la population et font changer d’itinéraire les enfants, puis demandent aux autorités de décontaminer. Mais pour les parents, ce travail est sans fin…

 
Hot spot finders

Hot spot finders

La population a aussi mis en place des actions citoyennes via internet.  Ces bases de données en ligne, citoyennes et indépendantes, sont assez nombreuses, et l’une d’entre elles est même traduite en anglais depuis novembre 2014. Ce sont les « Minna no Data » : mesures de la radioactivité ambiante, mesures du sol, analyses des aliments (2).

Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations

Quelques logos d'asociations

V. Les actions de protestation

 

Le procès qui s’est ouvert au printemps 2016 contre 3 ex-personnalités de TEPCO est le premier procès au pénal ; il pourrait durer dix ans…
Cependant, dans la préfecture de Fukushima, il y a une multitude d’autres procès à différents niveaux, par exemple, en mars 2016, un procès à l’initiative de 200 parents est intenté à la Préfecture de Fukushima, pour « sortir les enfants des zones contaminées ».

Les gens protestent pour faire baisser « les seuils ». Selon eux, l’enjeu des seuils dépasse le cadre strict du Japon, ils craignent en effet que les seuils du Japon ne finissent par être généralisés outremer, ce que soulignent certaines cartes dans leur légende, par exemple « contre la généralisation et l’externalisation du seuil de 20 mSv/an ».

Certains sinistrés demandent, comme après Hiroshima, « un carnet d’irradiation », afin d’avoir accès aux soins.

 

Les vacances sanitaires

Envoyer les enfants en vacances sanitaires est aujourd’hui de plus en plus difficile, parce que la population tend à croire que la catastrophe est terminée alors les demandes d’aide sont devenues compliquées. Dans la ville de Fukushima par exemple, faire référence à la catastrophe nucléaire est désormais tabou…

 

 

VI. Une catastrophe sociale et familiale

 

Elle se décline en « conflits » entre voisins (un exemple : on décontamine chez un tel mais pas chez son voisin immédiat), entre les allocataires et les autres, entre les déplacés et les résidents du site d’accueil (il y a des malentendus sur la question des indemnités ; les auto-évacués ne sont pas indemnisés, mais la population locale d’accueil croit qu’ils le sont). Si bien qu’aujourd’hui beaucoup d’évacués préfèrent rendre leur carte de résident de Fukushima et acquérir la carte de la commune d’accueil (il faut savoir qu’au Japon on est résident du village dont on conserve la carte de résident) pour « tourner définitivement la page » parce qu’ils ne supportent plus d’être appelés des « évacués ». Ils veulent s’intégrer là où ils se sont déplacés. Seuls les gens âgés restent indéfectiblement attachés à leur résidence d’origine ; ce sont majoritairement les catégories âgées qui envisagent le retour.

Dans les familles de la Préfecture, suite à la catastrophe nucléaire, beaucoup d’hommes sont restés par nécessité, pour garder leur emploi afin de subvenir aux besoins de leur famille, alors que les mères ont évacué avec les enfants pour les mettre hors danger ; mais au fil du temps, cinq ans déjà, les familles se délitent… le père rejoint la famille plus rarement, souvent faute de moyens, et le couple se déconstruit ; on note beaucoup de divorces et des suicides. Les femmes font preuve d’une énergie remarquable, elles sont sur tous les fronts, ouvertement, et même fortement impliquées dans les actions pour les procès, jusqu’aux articles de la presse dite « féminine » qui aujourd’hui font la part belle aux sujets liés au nucléaire, à la catastrophe. Les jeunes filles en particulier sont très actives dans les protestations. Il s’agit d’une évolution notable de la société japonaise.

 

______________________________________________

 

 (1) - Loi de gestion des déchets : Waste Management and Public Cleansing Law, Haikibutsu no shori oyobi seisô ni kansuru hôritsu, loi N°137 de 1970, dernier amendement en 2001 https://www.env.go.jp/en/laws/recycle/01.pdf

Nuclear Reactor Regulation Law (Genshiro tô kiseihô).

Son nom complet en anglais et en japonais :

"Act on the Regulation of Nuclear Source Material, Nuclear Fuel Material and Reactors" (kakugenryô busshitsu,kakunenryô busshitsu oyobi genshiro no kisei ni kansuru hôritsu)

loi N°166 de 1957(2) -

Traduction en anglais de Nuclear Reactor Regulation Law.

http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?id=1941&vm=03&re=01

 

(2) - Minna no Data Site (MDS) http://en.minnanods.net/

 

_____________________

 

A l’issue de sa conférence, j’ai posé une question toute simple à Kurumi Sugita : Pourquoi a-t-elle fondé l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 » ?… En France, où réside Kurumi, plusieurs associations de Japonais échangent au sujet de la catastrophe. Or, Kurumi Sugita a fondé le 8 janvier 2013 à Lyon, l’association « Nos voisins lointains 3-11 » pour informer aussi les Français ou les francophones qui ne lisent pas le Japonais. Le site de l’association publie de précieux et bouleversants témoignages, traduits en français. Grâce aux dons, l’association aide concrètement, autant que possible, quelques familles sinistrées au Japon.

 

_____________________

 

Pour en savoir plus

 

 Le  site de son association :  http://nosvoisins311.wix.com/voisins311-france

 Vous trouverez les témoignages des sinistrés sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311_Les-paroles-des-sinistr%C3%A9s-nucl%C3%A9aires-1610794892522102/

Et des informations générales sur la catastrophe nucléaire de Fukushima :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311-555557711144167/

 

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 07:03
Asako House : on continue !

Ça faisait un moment que je voulais donner des nouvelles d’Asako House… les années ont passé depuis le premier article Envoyez une lettre à Asako House ! (2011) et finalement j’ai fini par trouver un peu de temps. Souvenez-vous, ce petit bout de terre que la propriétaire, Asako à l’origine, n’a jamais voulu céder à J-Power, le constructeur du nouveau monstre atomique de la préfecture d’Aomori, la centrale nucléaire d'Ōma, prévue pour fonctionner au MOX.

Eh bien le combat n’est pas fini, le Japon d’Abe est toujours pronucléaire et le projet n’est pas abandonné, malgré Fukushima et ses pollutions éternelles. Depuis le 1er janvier 2012, plus de 2500 lettres ont été envoyées à Asako House, qui est aujourd’hui occupée par sa fille Atsuko. Le facteur continue donc de passer sur ce chemin que J-Power aimerait voir disparaître.

Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante

Atsuko militante

Grâce à cette obstination, les plans de la centrale nucléaires ont dû être déplacés de 25 mètres. Ça aurait été si simple d’abandonner le terrain, de tout raser. Mais non, Atsuko est restée fidèle et aussi déterminée que sa maman Asako.

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Le site dédié asakohouse.com, qui répertorie les envois afin de les répartir dans le temps, existe toujours, et je vous encourage encore à envoyer des messages d’amitié à Atsuko. Elle ne peut pas répondre car matériellement ça serait trop compliqué - elle reçoit trop de courriers du monde entier - mais cette action de soutien est importante pour la préservation de ce terrain antinucléaire.

 

L’adresse a un petit peu changé depuis 2011. Il faut désormais utiliser celle-ci :

 

Asako House
aza-kookuto 396
Oma-machi
Shimokitagun
Aomori Pref.
039-4602
Japan

 

Allez, on ne lâche rien ! C’est l’été, vous avez un petit peu de temps devant vous, préparez vos cartes postales et programmez vos envois !

 

Pierre Fetet

La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction

La centrale en cours de construction

Des nouvelles de la centrale contre laquelle se bat Atsuko :
(source : ACRO)


"J-Power, qui construit un nouveau type de réacteur à Ôma, dans la province d’Aomori, a annoncé le report d’un an de la date de démarrage prévue. Ce ne sera pas avant 2022. Officiellement, c’est à cause des retards pris par l’instruction des dossiers de sûreté par la NRA, et les contrôles. La compagnie doit reporter les travaux de renforcement de la sûreté. C’est typique de l’industrie nucléaire japonaise de reporter les retards sur l’autorité de sûreté nucléaire. Pourtant, en janvier dernier, le dossier de sûreté était insuffisant.

Rappelons que ce réacteur doit fonctionner entièrement au MOx, ce qui serait une première mondiale. Ce combustible dégage plus de chaleur, ce qui peut être problématique en cas de perte de refroidissement. La ville voisine de Hakodaté, sur l’île de Hokkaïdô, a porté plainte pour stopper le chantier.

A Higashidôri, toujours à Aomori, des chercheurs ont découvert des traces de tsunamis anciens à 10 et 15 m, d’altitude sur une colline située à une dizaine de kilomètres de la centrale nucléaire. Tôhoku Electric a estimé que la hauteur maximale serait de 11,7 m et rehausse la digue jusqu’à 16 m. La compagnie risque d’avoir à revoir ce risque et à rehausser plus la digue. Cela vient s’ajouter au problème des failles actives sur le site de la centrale.

Selon les chercheurs, le tsunami de 10 m aurait eu lieu il y a environ 1 500 à 2 000 ans. Celui de 15 m, il y a 500 à 800 ans. Ils doivent encore établir s’il s’agit de tsunamis déjà connus ou de nouveaux tsunamis.

Enfin, Hokkaïdô Electric vient d’annoncer qu’elle ne pourra pas redémarrer trois réacteurs de sa centrale de Tomari avant la fin de l’année fiscale qui termine en mars 2016.

SI l’on refait un comptage rapide, il y avait, au Japon, 54 réacteurs de production d’électricité avant 2011. 6 ont été détruits ou endommagés par le tsunami à Fukushima daï-ichi. 5 autres ont été arrêtés définitivement car trop vieux. Il ne reste donc, officiellement, que 43 réacteurs au Japon. D’autres devraient aussi être arrêtés définitivement, comme à Fukushima daï-ni, Tsuruga… Pour le moment, un seul réacteur a redémarré et un second devrait suivre en novembre. Ce sera tout pour cette année [2015]. Cela donne une idée de l’état du parc japonais qui n’est toujours pas aux nouvelles normes de sûreté."

Asako et Atsuko

Asako et Atsuko

Le chemin qu'emprunte le facteur

Le chemin qu'emprunte le facteur

Asako House
Asako House

Asako House

Asako House : on continue !

Un petit film diffusé sur une TV japonaise

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 05:11

Texte de de HORI Yasuo du 12 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Voici la traduction d'articles parus dans les journaux Asahi et Mainichi au sujet des travaux de démantèlement des réacteurs mis au rebut.

Texte original en espéranto

Que fait-on pour démanteler les réacteurs?

(d'un article du Mainichi paru le 7 mars 2016)

 

Question: J'entends dire qu'à Fukushima, on travaille au démantèlement de réacteurs nucléaires. En quoi consiste un démantèlement de réacteur?

Réponse: Démanteler un réacteur signifie démolir des bâtiments de la centrale nucléaire. À Fukushima, on s'apprête à retirer le combustible fondu du cœur des réacteurs.

Question: Où en est-on de ce travail de démantèlement?

Réponse: On a franchi seulement la première étape. Cet accident de Fukushima a été le pire de l'histoire du nucléaire. On doit parallèlement démanteler les trois réacteurs dans lesquels le combustible nucléaire a fondu et l'on prévoit que cela nécessitera de trente à quarante années.

Question: Que fait-on dans la centrale?

Réponse: Chaque jour, environ sept mille travailleurs y pénètrent et s'emploient à des tâches diverses, par exemple l'évacuation de débris de béton, l'installation de bassins pour l'eau polluée, le contrôle des fuites d'eau polluée s'écoulant de ces bassins, etc.

Question: Ces travaux sont-ils dangereux?

Réponse: Les travailleurs portent une combinaison de plastique pour éviter les pollutions et un petit appareil de mesure de la radioactivité. Dans les endroits très radioactifs, ils se couvrent la tête et mettent un masque. Ils travaillent au péril de leur vie en s'exposant aux radiations, mais ils disent: “Il faut bien que quelqu'un fasse ce travail, donc je le fais.” À cause de leur combinaison de protection, ils risquent également de mourir de chaleur.

L'interviewer: Je souhaite qu'ils travaillent prudemment.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives.  Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives. Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Y aura-t-il assez de main d'œuvre?

(paru dans le journal Mainichi du 7 mars 2016)

  

Le journal Mainichi a enquêté auprès de 246 compagnies, qui envoient des travailleurs à la centrale, et il a reçu 42 réponses.

 

Question: Y a-t-il assez de travailleurs?

   20 compagnies: assez ou relativement assez.

   21 compagnies: pas assez ou relativement pas assez .

Question: Quelles sont les causes du manque de main d'œuvre? (on peut choisir plusieurs causes)

   10: Les travailleurs âgés et experts partent, atteints par la limite d'âge, mais aucun  jeune ne vient pour les remplacer.

    7: Il est difficile de transmettre l'expérience acquise.

    6: La radioactivité intense décourage les gens de venir remplacer les anciens.

  Commentaires:

* Même dans l'industrie du bâtiment, on manque de main-d'œuvre, il est donc difficile d'embaucher pour la centrale.

* À présent on embauche en quantité, non en qualité. Les travailleurs expérimentés font défaut.

* À cause des constructions que nécessite la préparation des Jeux Olympiques de 2020, on manque et on continuera à manquer de main-d'œuvre pour la centrale.

Question: Pensez-vous que, conformément au plan gouvernemental, le démantèlement sera achevé en 2051?

   20: oui

   15: non.

Question: Pourquoi non?

   * car est très difficile de se débarrasser des déchets radioactifs et de l'eau polluée.

   * car il y a beaucoup de travaux techniquement difficiles à réaliser.

   * car beaucoup de travaux doivent être faits dans des lieux fortement radioactifs.

Question: Quand et où y aura-t-il des risques pour les travailleurs?

   20: lors de l'extraction des combustibles nucléaires fondus.

   16: lors de l'extraction des combustibles usés.

   10: lors de la démolition des enceintes de réacteurs.

 

Quelles sont les conditions de travail des gens employés par la centrale?

(d'après le journal Asahi du 11 mars 2016)

 

À cinq heures du matin, des bus emportant les travailleurs partent à la queue leu leu du J-Village (base pour le démantèlement de la centrale de Fukushima), vers la centrale numéro 1 située à vingt kilomètres de là. Monsieur A., qui habite Iwaki, une ville voisine, est parmi eux. Il travaille pour une petite compagnie, sous-traitante en quatrième position de TEPCO*. Il se lève à trois heures et demie, et se rend à quatre heures au J-Village, dans une voiture envoyée par la compagnie. Il porte cinq sous-vêtements, deux chaussettes et deux gants, avec en outre une pochette chauffante ("hokkairo", photo ci-dessous), glissée entre deux vêtements, et pourtant il sent encore le froid.

Que fait-on pour démanteler les quatre réacteurs de Fukushima?

Il a sur lui un dosimètre. Quand la radioactivité excède 0,16 millisieverts, celui-ci l'en avertit par un bourdonnement. Au troisième bourdonnement, le travail cesse pour la journée.

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Le travail d'été est le plus dur. Les ouvriers portent alors un masque et des combinaisons de protection. Ils mettent à l'intérieur de la glace pour éviter d'avoir trop chaud, mais au bout d'une demi-heure elle est fondue . Un jour, un homme d'âge moyen était couché, évanoui, dans la salle de repos. On l'a transporté par hélicoptère à l'hôpital, mais il est mort, un peu plus tard, d'un coup de chaleur.

 

Le travail de monsieur A. consiste à installer des tubes pour évacuer l'eau polluée. Le terrain de la centrale, couvert de planchers métalliques, paraît plus propre qu'au lendemain de l'accident, mais les bâtiments des réacteurs sont dans un état lamentable, avec leurs murs de béton en ruine et leurs ferrailles à nu, toutes tordues. “Plus on est proche du bâtiment du réacteur, dit-il, plus c'est radioactif.

 

Cinq ans plus tôt, alors que, ce jour-là, il travaillait dans le bâtiment du réacteur numéro 1, la lumière s'était éteinte. Quelque chose s'était arrêté de fonctionner dans un grand fracas. Il est sorti en courant et a vu que le pavage en béton s'était fendu et que les vitrages dégringolaient. Il s'est précipité dans le bâtiment administratif.

 

Ensuite a eu lieu le contrôle de l'état des employés, et le soir il est rentré à la maison. Il n'a pas vu le tsunami. Une fois rentré chez lui, il a eu une crise d'urticaire provoquée par la tension et la fièvre. Le jour suivant, le bâtiment du réacteur dans lequel il travaillait a explosé à cause de la vapeur.

 

Quelques jours plus tard, il s'est réfugié avec toute sa famille chez un de ses parents, à Nagoja. En mai, le président de la compagnie lui a téléphoné pour lui demander de revenir travailler dans la centrale nucléaire. Sa fille avait alors un an. Persuadé que c'était, pour lui, le seul moyen de gagner sa vie, il est revenu à Fukushima. Il recevait onze mille yens par jour (94 euros).

 

* L'avocat Hirota Hideo, qui aide les travailleurs pour les problèmes de salaire, explique: “TEPCO donne du travail à une compagnie sous-traitante, qui ne le fait pas elle-même mais qui, à son tour, le confie à ses sous-traitants... et ainsi s'étagent en pyramide plusieurs couches de compagnies sous-traitantes, et à chaque étage chacune prélève sa commission. Dans un cas, pour un travailleur, TEPCO a payé 43 000 yens par jour (370 euros) à la compagnie sous-traitante de premier étage, mais la compagnie située au troisième étage au-dessous n'a reçu que 11 500 yens (100 euros). Si l'on ne supprime pas ce système, jamais cette "pompe à phynance" ne disparaîtra.

* Monsieur Katsura Takeshi, qui aide les travailleurs des centrales nucléaires, dit: “Il y a encore des gens qui travaillent sans contrat écrit. Les compagnies qui les embauchent doivent avoir la responsabilité de leur salaire, de leur sécurité et de leur assurance.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 14:29
Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

Texte de de HORI Yasuo du 8 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

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Illustration : centrales nucléaires en Asie orientale, y compris celles en construction

Texte original en espéranto

Aucun rapport n'arrive de Corée ni de Chine à propos des centrales nucléaires dans ces pays, aussi est-ce la première fois que je trouve dans un journal une carte indiquant l'emplacement des centrales nucléaires en Chine et en Corée. Selon cet article, il y a 20 centrales nucléaires en Corée et 31 en Chine.

Le Japon a commencé à mettre en œuvre un dispositif antiterroriste, mais celui-ci est tout à fait insuffisant. Il peut arriver que des terroristes commencent à travailler dans des centrales en présentant une fausse carte d'identité, or c'est difficile d'éviter cela, car l'Etat n'a pas le droit d'intervenir dans les entreprises privées en ce qui concerne l'embauche.

Maintenant la Corée du Nord expérimente souvent des fusées ou des missiles en direction des États-Unis. S'ils atteignent par erreur des réacteurs nucléaires japonais, il y aura à nouveau une catastrophe qui  détruira tout le Japon.

 

D'anciens réacteurs vont être remis en service

 

Selon le règlement, la durée d'un réacteur nucléaire est de 40 ans mais, à titre exceptionnel, on peut la prolonger une fois de 20 ans. Lorsque cette règle a été édictée, la prolongation devait être exceptionnelle, mais l'Autorité de réglementation du nucléaire a commencé avec trop légèreté à prolonger la vie de vieux réacteurs sous la pression du gouvernement et du monde industriel. Le 20 juin, elle a rallongé de vingt ans la possibilité de fonctionnement pour deux réacteurs de 40 ans et 41 ans, à Takahama, dans le département de Fukui. Les deux réacteurs vont commencer à fonctionner dès l'automne 2019.

Au Japon il y a 20 réacteurs de plus de 30 ans, parmi lesquels on a déjà décidé d'éliminer 6 petits réacteurs. Pour faire approuver l'extension de  durée de vie de ces  derniers, il faudrait dépenser beaucoup d'argent en réparations, et cela ne donnerait pas de profit aux entreprises. Cependant, pour les autres plus grands réacteurs, les compagnies électriques ont l'intention de demander une prolongation.

Le fait même d'éliminer un réacteur est difficile et coûteux. La compagnie d'électricité Kjūshū a décidé d'éliminer son réacteur de Genkai. Pour aller jusqu'au bout de ce travail, il faudra 28 ans et 36,4 milliards de yens (364 millions d'euros). L'endroit où jeter les gravats de béton et métal contaminés est un autre problème. Le Japon est un très petit pays avec un grand nombre d'habitants, on n'y trouve aucun endroit désert où conserver ces déchets.

 

Des réacteurs en fonctionnement ont été arrêtés


A Takahama fonctionnaient les réacteurs 3 et 4. Le 9 mars, le tribunal d'Ōtsu dans le département de Shiga a prononcé un verdict d'arrêt de ces réacteurs. La principale raison de cette décision a été que les explications fournies par la compagnie d'électricité Kansai sur la sécurité des réacteurs n'étaient pas suffisantes et que les nouvelles règles relatives au fonctionnement des réacteurs n'étaient pas acceptables, compte tenu du grave accident de Fukushima dont les causes ne sont pas encore clairement établies.  A la suite de ce verdict, les deux réacteurs en fonction ont été arrêtés le 10 mars. C'est une grande victoire pour le mouvement antinucléaire. 

 

Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

  A propos de ce verdict, M. Ido Kenichi, ancien juge et maintenant avocat pour les plaignants, a expliqué ceci : 

"Lorsque l'on démarre les réacteurs, on doit observer la norme internationale, à savoir une protection à 5 niveaux: 1. ne pas générer d'accidents 2. limiter le périmètre des accidents 3. ne pas aggraver les accidents

4. diminuer le plus possible la gravité de ces accidents 5. mettre en œuvre des plans d'évacuation appropriés pour protéger les habitants contre les substances radioactives.    

  Avant l'accident de Fukushima, les deux derniers niveaux n'existaient pas au Japon, car on croyait qu'ici il n'arriverait pas d'accidents graves. Après l'accident on a introduit les deux derniers niveaux, mais l'Autorité de Réglementation du Nucléaire approuve le démarrage d'un réacteur sans discuter sur ces deux points, parce qu'ils ne sont pas de  son ressort. Le verdict dit que cette attitude de l'Autorité n'est pas convenable et que d'autre part l'Etat lui-même doit être responsable du plan d'évacuation à la place des municipalités.

     Les entreprises d'électricité sont très soucieuses de réactiver les réacteurs uniquement pour leur propre bénéfice, et non pas pour le bien des populations. Les causes de l'accident de Fukushima ne sont toujours pas claires, plus de 100 000 personnes, toujours en refuge, vivent difficilement dans et à l'extérieur de Fukushima, et plus de 2000 personnes sont mortes de causes liées à l'accident. Pour le profit des sociétés privées, a-t-on le droit de jeter une multitude de gens en enfer, d'occasionner d'autres accidents graves, et de détruire le Japon? Nous devons lutter solidairement contre le gouvernement et le monde industriel, qui promeuvent une politique d'énergie nucléaire."

 

    Plus tard, la compagnie d'électricité a soumis l'affaire au même tribunal afin d'annuler la décision antérieure mais, le 17 juin, le même juge Yamamoto Yoshihiko a repoussé cette demande. Auparavant, presque tous les magistrats jugeaient des questions nucléaires conformément à la volonté du gouvernement, mais après l'accident de Fukushima ont commencé à apparaître des juges impartiaux qui se prononcent en faveur des populations.

   Malheureusement il y a encore des juges malhonnêtes dont le verdict tranche toujours en faveur du gouvernement et des compagnies d'électricité. Le 6 avril, la cour de Fukuoka a approuvé la remise en service des réacteurs 1 et 2 de Sendai dans le département de Kagoshima, en disant que les nouvelles règles pour les réacteurs et la décision de l'Autorité n'avaient rien de déraisonnable. Le verdict disait même que la demande de sécurité absolue ne représentait pas l'opinion générale.

   La plupart des Japonais ont peur d'un malheur supplémentaire et refusent le redémarrage des réacteurs. C'est l'opinion générale. Les juges ont trahi la population en prononçant ce verdict stupide pour complaire au gouvernement.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 22:49
Carte des alentours des centrales nucléaires
Carte des alentours des centrales nucléaires

Texte de de HORI Yasuo du 3 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Suivi d’autres rapports récents du même auteur :

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

Texte original en espéranto

 

Le gouvernement oblige les réfugiés à revenir dans leur foyer

 

À la date du 8 février, parmi les habitants de Fukushima réfugiés hors de chez eux, 65 453 avaient trouvé refuge dans le département de Fukushima et 43 270 dans d'autres départements. Au cours des cinq dernières années, on a dénombré 2 016 décès consécutifs*, soit davantage que le nombre de victimes du tsunami: 1604. 

 

*décès consécutifs : décès dus à un défaut de prise en charge, à un manque de soins médicaux, à de mauvaises conditions de vie, au suicide par désespoir, etc. Dans Fukushima, de tels décès sont plus nombreux que dans les deux autres départements touchés par l'accident nucléaire, bien que le nombre de victimes directes y soit plus faible.

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Le gouvernement et le département de Fukushima ont nettoyé le sol. Grâce à cette dépollution et à la diminution naturelle des radiations, environ 90% des dosimètres installés indiquent une radioactivité inférieure à la norme maximale tolérée, soit 0,23 microsieverts. S'appuyant sur ce constat, le gouvernement fait revenir les anciens habitants dans leur foyer. En septembre dernier, il a déclaré que la ville de Nahara était redevenue "habitable", puis, en juin 2016, à son tour la ville de Kutsurao l'est redevenue. Et d'ici à la fin mars 2017, toutes les villes des "zones non habitables" redeviendront "habitables" et sur les 70 000 réfugiés, 46 000 pourront revenir loger dans leur ancien foyer. Au prétexte que ces villes sont ou seront "habitables", le gouvernement a l'intention de ne plus verser l'indemnité compensatrice aux réfugiés et le département de Fukushima cessera de fournir aux réfugiés "volontaires"* un logement gratuit.

 

* réfugiés “volontaires” : Les habitants des villes reconnues dangereuses par le gouvernement étaient obligés de fuir. Les réfugiés “volontaires” sont ceux qui, logeant hors de ces villes mais se  sentant en danger, sont partis de chez eux de leur plein gré.

 

Revenir ou pas? Dans les deux cas c'est l'enfer

 

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

La ville de Nahara a été déclarée "habitable" en septembre dernier, mais seulement 460 (soit 6%) des 8 000 habitants sont revenus chez eux. 70%  d'entre eux sont des personnes âgées de plus de soixante ans. Les jeunes couples avec enfants ne veulent pas revenir, redoutant l'influence néfaste de la radioactivité sur leurs enfants.  En outre, beaucoup ont déjà trouvé un nouvel emploi et leurs enfants, qui se sont habitués à leur nouvelle école, ne souhaitent pas en changer. La municipalité a pour objectif le retour, l'an prochain, de 50% des anciens habitants, en se fondant sur un sondage qui révèle que la moitié des personnes enquêtées désirent revenir.

 

L'un des habitants, revenu habiter chez lui, se plaint en ces termes: “Avant la catastrophe, je pouvais vivre avec ma petite pension de retraite, parce que je cultivais moi-même un champ et que je produisais du riz et des légumes, or maintenant, à cause de la radioactivité, je ne peux plus rien récolter et je dois tout acheter. Sans subvention, je ne peux plus vivre.” Dans ces villes, beaucoup de maisons sont déjà pourries et inhabitables. Les hôpitaux, les magasins font défaut et, ce qui est pire, les voisins aussi font défaut. Dans de telles conditions, nombreux sont ceux qui ne peuvent revenir. Et pour ceux qui le peuvent, la vie, ici, n'est pas du tout satisfaisante.

 

Habiter un logement provisoire dans un lieu étranger, c'est l'enfer. Un enseignant à la retraite, originaire de Namie, est mort en juillet 2014. Il avait emménagé à Tokyo et, tout de suite après, il est tombé malade. Il répétait sans arrêt: “Mon existence n'a plus de but. Vivre ne sert à rien.” Il est devenu fou et il est mort à soixante-dix ans. Les médecins disent que le manque d'exercice physique, la fréquence du stress, l'inquiétude, le désespoir, la perte de raison de vivre, tout cela détériore et le corps et le cœur.

 

La vie dans Fukushima est difficile. Le journal Asahi a mené une enquête auprès de 1 000 personnes et a reçu 619 réponses. Voici celles concernant l'emploi exercé comparées à celles d'avant la Catastrophe, pour Fukushima et deux autres départements sinistrés :

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Plus difficile et misérable est la vie de jeunes mères avec enfants, qui sont allées loger dans d'autres départements. Elles sont confrontées non seulement à des difficultés financières, mais encore à l'éclatement de la famille. Assez nombreuses sont celles qui ont divorcé, sont tombées malades, donc leurs enfants également en pâtissent. Mais je traiterai à part de ces sujets.

 

Cinq années déjà ont passé depuis la grande catastrophe japonaise, et entre-temps d'autres ont eu lieu, au Japon et ailleurs dans le monde, si bien que les gens ont de plus en plus tendance à l'oublier. Dans Fukushima, cet accident nucléaire n'est toujours pas résolu, et chaque jour, 500 nouvelles tonnes d'eau sont polluées. On n'a absolument pas réussi à récupérer les minuscules fragments de combustible nucléaire dispersé. Il reste un très grand nombre de réfugiés qui vivent dans l'inquiétude, mais le gouvernement n'en a cure. Il fait comme si le problème était résolu et que tout  allait pour le mieux, alors qu'il n'en est rien ! Que le Japon ne se fasse pas d'illusions !

 

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Autres rapports récents de HORI Yasuo :

 

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 08:38
Youri Bandajesky (Photo USA Today)
Youri Bandajesky (Photo USA Today)

Source : journal « Montgomery Advertiser » - USA TODAY Network (Montgomery, Alabama, Etats-Unis)

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Auteur : Kim Hjelmgaard

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Lien source : http://www.usatoday.com/story/news/world/2016/04/17/nuclear-exile-chernobyl-30th-anniversary/82896510/

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Youri Bandajevski a démontré l’impact dévastateur de Tchernobyl sur la santé des personnes, en particulier celle des enfants biélorusses. Aujourd’hui, il vit en exil alors que le gouvernement martèle " Tout va bien ! "

 

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“Tchernobyl n’est pas derrière nous, la catastrophe vient à peine de commencer” - Youri Bandajevsky, scientifique en exil

 

Kim Hjelmgaard

 

 

Le scientifique en exil Youri Bandajevsky, 59 ans, fut le premier scientifique à implanter au Belarus un institut pour étudier les effets de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl sur la santé des populations, en particulier celle des enfants ; il est situé près de Gomel, à 200 km environ de la frontière ukrainienne. Il fut interpellé au Belarus en 1999 et condamné à huit ans de détention pour avoir prétendument obtenu des pots de vin de la part de familles désireuses de faire entrer leurs enfants à l’Institut médical d’Etat de Gomel. Il a toujours nié ces accusations (1).

 

L’Académie Nationale des Sciences ainsi que Amnesty International ont communiqué qu’on l’a arrêté pour sa remise en question de la politique sanitaire publique du Belarus relativement à la gestion des conséquences de la catastrophe nucléaire. Il a été libéré en 2005, a obtenu la citoyenneté française grâce au soutien d’organisations de droits de l’homme en Union Européenne, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Il dirige aujourd’hui un centre médical de soins près de Kiev, qui se consacre aux examens et à la prise en charge sanitaire des victimes de Tchernobyl.

 

Bandajevsky n’est pas revenu au Belarus, de crainte que sa famille n’y soit victime de persécutions, voire arrêtée par les autorités.

 

Voilà quelques-unes de ses observations (extraits choisis, pour la clarté du propos) :

 

KIEV, Ukraine – « Quand on vous dit qu’on connaît aujourd’hui à peu près tout des effets de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine et au Belarus, permettez-moi de vous dire qu’on vous mène en bateau. Comment dire... c’est aujourd’hui seulement, soit 30 ans après le début de cette catastrophe, qu’on peut commencer à mesurer ses effets. Nous avons établi notamment que le Belarus a été touché bien plus qu’on ne l'a dit. Les retombées radioactives ont été bien plus importantes qu’on ne le prétend. La radioactivité déversée sur les populations a en vérité atteint un niveau de dose démentiel. Voilà ce que mon équipe de chercheurs et moi avions pu observer dès notre arrivée à Gomel en 1990, lorsque nous avons mis sur pied l’institut médical (qui est aujourd’hui devenu une université).

 

On a commencé par étudier les effets des fortes doses parce que Gomel était situé à l’épicentre du plus haut niveau de contamination. Par la suite, nous avons commencé à nous intéresser à l’accumulation des éléments radioactifs dans les organes internes au corps, relativement aux faibles doses, notamment chez les enfants. On a très vite vu qu’un ensemble complexe de pathologies avaient affecté le système endocrinien (c’est lui qui produit les hormones), le système cardiovasculaire ainsi que la totalité quasiment des organes internes. De telles recherches n’avaient jusqu’alors jamais été faites au Belarus, et personne à ce jour ne fait plus de recherches similaires.

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

A mon arrivée en Ukraine en 2009, j’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune source d’information sérieuse et objective sur l’état de santé des enfants ni des gens des régions de Ivankiv et de Polesskiy (deux régions en bordure de Tchernobyl). La question ne présentait aucun intérêt.

A ce jour, nous avons examiné environ quatre mille enfants de la seconde génération ; la plupart d’entre eux sont victimes de graves atteintes au système cardiovasculaire. C’est ce que j’avais déjà commencé à observer au moment où j’ai dû quitter le Belarus. Je suis particulièrement préoccupé par les irrégularités que j’ai pu noter chez les adolescents, surtout les garçons de la classe d’âge 12 -17.

80% environ d’entre eux présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine (un acide aminé) reconnu comme un marqueur de maladie cardiaque. Nous avons observé des modifications très préoccupantes des taux hormonaux chez 45% des enfants examinés. Certains scientifiques à l’Ouest ne sont pas d’accord avec nos conclusions puisque on ne dispose pas d’un marqueur spécifique pouvant apporter la preuve qu’il s’agirait d’un effet de Tchernobyl. En fait, ces scientifiques viennent sur place pour de courtes missions et ils n’ont accès à aucune source.

 

Plusieurs millions d’Ukrainiens résident dans des terres contaminées par la radioactivité, ce pourquoi il est nécessaire d’examiner un très large contingent d’individus. Mais il n’existe aucun programme de la sorte aujourd’hui. Or, il est nécessaire de vivre parmi les populations pour prendre pleinement conscience de ce qui est en train de se produire ici, parce que le problème est de fait très complexe. J’ai par exemple tenté de conduire des personnalités sensibilisées jusqu’au cimetière de Ivankiv afin qu’elles mesurent du regard le nombre impressionnant de tombes beaucoup de personnes décédées à un très jeune âge. Il est évident que les statistiques officielles ne mesurent pas cette réalité.

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Je ne dispose d’aucune information objective sur l’état de santé des enfants au Belarus aujourd’hui. L’information est verrouillée. Le gouvernement répète “tout va bien”, “tout va bien”. Mais je reçois, moi, des appels téléphoniques de résidents à Gomel, qui m’informent qu’un grand nombre des enfants qu’on suivait, quand j’ai dû quitter le Belarus, sont morts aujourd’hui. Des enfants qui avaient alors 6, 12 ou 14 ans. J’ai un vif souvenir de mon intervention à la télévision du Belarus aux côtés du Président (Alexander Lukashenko). Je disais alors qu’on observait de très graves atteintes à la santé des enfants provoquées par la radioactivité, tandis que lui rétorquait “tout va bien”. Malheureusement je ne suis plus aujourd'hui en mesure de me pencher sur le problème parce que je ne peux pas me rendre sur place, ni travailler là-bas.

 

De mon point de vue, la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, elle commence à peine.

Je redoute surtout que la population du Belarus et de l’Ukraine victime de Tchernobyl ne finisse par s’éteindre d’ici une à deux générations. Cette perspective me semble tragiquement probable. Or, je refuse que les paysans de ma terre ne meurent. Il est certain qu’on a besoin aujourd’hui du soutien de la communauté internationale pour faire bien comprendre cet enjeu, tout comme on a dû le faire au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl.

 

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(1) NDT : un lien qui a l'intérêt de regrouper différentes sources et engagements à l'époque (suivant une présentation antechronologique) : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/cata_banda_web.html

 

 

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Pour en savoir plus sur  Youri Bandajevski

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

 

Youri Bandajevski

 

Enfants de Tchernobyl, Enfants de Fukushima…

 

Un dossier préparé par Evelyne Genoulaz

 

 

I. Le Centre Ecologie et Santé de Kiev

 

Youri Bandajevsky dit en 2005 : « Tchernobyl a paralysé la volonté des gens. Le pouvoir a créé une représentation de la désolation telle qu’on puisse croire à la résolution du problème. Même aujourd’hui, Tchernobyl ne révolte pas les gens. Désormais, intimidés par le pouvoir en place, ils sont même d’accord pour mourir des maladies provoquées par la radioactivité. Et même si des appels se font entendre dans la société pour la protection des gens victimes des effets de la radioactivité, on les fait taire, pour ne pas mettre en péril les mensonges des Etats […] Le devoir du médecin et du professionnel de la santé consiste à défendre la vie et la santé de l’homme […] en étudiant l’influence des différents facteurs de l’environnement sur la population humaine, et en tirant les enseignements pour mieux la protéger et la soigner »(1)

 

Le projet de centre de recherche en partenariat avec la CRIIRAD au Belarus n’a pas pu voir le jour en raison de difficultés et de pressions mais, soutenu par l’Association Les Amis de Yuri Bandajevsky, Youri fonde fin 2009, au bord des zones contaminées ukrainiennes, le Centre de coordination et d’analyse Espace et Santé, un centre destiné à la radioprotection des habitants des zones contaminées qui deviendra le « Centre Ecologie et Santé de Kiev ».

Youri Bandajevsky en détaille les objectifs dans un entretien rapporté pour le 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl par le Syndicat d’aide aux liquidateurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl et aux victimes du nucléaire :

 

« L’objectif principal est la coordination des efforts pour aider les victimes de la radioactivité […]

L’ensemble des populations qui ingèrent des radionucléides avec les aliments peuvent être considérées comme victimes de la radiation […] Le Centre devrait devenir pour la communauté internationale une source d’information objective sur la situation écologique, démographique et sanitaire dans les régions contaminées. »

 

 

II. Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez !

 

En 2010, Corinne Lepage interviewée devant le Parlement européen informe qu’une « chape de plomb » continue de s’abattre sur Tchernobyl et ses victimes, sous la pression des nucléocrates.

 

Youri Bandajevsky oppose au bilan 2010 de l’UNSCEAR la lettre ouverte : « Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez ! » dans laquelle il réaffirme le risque des faibles doses (2) :

« …Ce sont tous les habitants des zones contaminées du Belarus, de l’Ukraine et de Russie, dont l’organisme incorpore chaque jour depuis plusieurs décennies des éléments radioactifs, qui sont victimes potentielles de Tchernobyl. Des informations objectives et des mesures appropriées pour protéger la santé des populations exposées de façon chronique à la radioactivité sont nécessaires […]

Le Centre se donne aussi pour but de fédérer les efforts des médecins, économistes, industriels, politiques etc., pour engager un ensemble de mesures visant à assurer la sécurité pour la santé des populations vivant dans les secteurs contaminés par des éléments radioactifs.

Le projet, intitulé « Modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité», vise à coordonner les efforts de la communauté internationale dans la conception de mesures de sécurité sanitaire… Il est décrit sur : http://chernobyl-today.org/ »

 

 

III. De Tchernobyl à Fukushima

 

Le 11 mars 2011 commence la catastrophe nucléaire de Fukushima et recommence dès le 11 mars 2011, depuis le Japon, la pression du silence sur les conséquences sanitaires d’une catastrophe nucléaire majeure…

 

C’est ainsi que le Rapport 2013 de l’UNSCEAR, martèle derechef les mots d’ordre du lobby nucléocrate international ! en particulier dans son chapitre B. intitulé : les effets sur les enfants de l’exposition à la radioactivité, pp. 12-13 :

d - « les projections statistiques d’un risque à long terme sont à ce jour non significatives »

f - « le Comité recommande d’éviter les généralisations sur les risques liés aux effets d’une exposition à la radioactivité pendant l’enfance »

g - « les études menées sur les effets héréditaires potentiels, passées en revue par le Comité en 2001, permettent de conclure qu’on n’a pas pu établir scientifiquement d’effets héréditaires, etc. »

 

 

Youri Bandajevsky se rendra à Fukushima et continue plus que jamais ses recherches appliquées à la protection des populations d’Ukraine et du Bélarus !

Alors qu’à sa libération, il lui fut interdit de prendre part à quelque symposium international que ce soit jusqu’en 2011, il communiquera les conclusions de ses dernières recherches, gravement habité par son combat, lors d’un symposium sur les effets de la contamination interne, en présence de Wataru Iwata, la députée européenne Michèle Rivasi, en 2012. (3)

 

 

IV. Le SLIR ou les faibles doses

 

Non ! la population au Belarus ne croît pas mais décroît !

Les maladies mortelles sont multiples et diverses.

 

« Ainsi, en pénétrant dans l’organisme, un radio-isotope à durée de vie longue, le Césium 137, affecte nombre d’organes et de systèmes vitaux. Ce sont avant tout les cellules hautement différenciées qui sont touchées, l’atteinte étant proportionnelle au taux de radio-césium. La destruction des mécanismes énergétiques cellulaires est à la base du processus et aboutit à des destructions protéiques (…) Ces modifications pathologiques retrouvées dans l’organisme humain ou animal peuvent être réunies dans un même syndrome de l’incorporation chronique de radio-isotopes à demi-vie longue « syndrome of the long-living incorporated radio-isotopes (SLIR) ».

 

Le SLIR apparaît en cas d’incorporation de Cs 137, son intensité est fonction de la quantité incorporée et de la durée d’incorporation. Il a été observé sur de vastes espaces dans la région.

Il altère les systèmes cardio-vasculaires, nerveux, endocrinien, immunitaire, génital, digestif, rénal et hépatobiliaire. L’effet de la quantité de Cs-137 sur l’induction d’un SLIR peut varier selon l’âge, le sexe et l’état fonctionnel préalable de l’organisme. Les enfants ont des modifications pathologiques considérables au niveau des organes et systèmes, pour un taux d’incorporation supérieur à 50 Bq/kg. Simultanément, des perturbations métaboliques, essentiellement dans le myocarde, ont été enregistrées à une concentration de Cs-137 de 10 Bq/kg.

 

Conclusion :

1.         Vingt-cinq ans après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les habitants de la République du Belarus et Ukraine, qui ont vécu dans des territoires contaminés par les éléments radioactifs et qui ont consommé ces radionucléides  sur une longue période sont exposés à un risque accru de maladies cardio-vasculaires et de tumeurs malignes.

2.         L’augmentation constante de ces pathologies durant les 26 années après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl conduit à une situation proche de la catastrophe démographique où le taux de mortalité atteint le double du taux de natalité.

3.         La situation actuelle requiert des décisions immédiates au niveau national et international afin d’apporter au problème survenu sa solution _ la protection de l’état de santé des personnes habitant dans les territoires contaminés par l’accident de Tchernobyl_.

 

 

V. Présentation du projet international de « modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité ».

 

Le district d’Ivankov très contaminé, situé près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, a été choisi comme territoire pilote. Les projets majeurs :

1 - Création d’une carte moderne et véridique de la contamination radioactive du territoire.

2 - Alimentation saine, mesure de la contamination radioactive de la population.

3 - Information sur les problèmes de santé (…) pour attirer l’attention internationale et l’assistance humanitaire, tout particulièrement dans le contexte actuel de désinformation. Information en direction de la population. ( 23’54)

4 - Projet de rénovation du Centre hospitalier régional d’Ivankov.

5 - Rénovation du centre de réadaptation des victimes de Tchernobyl à Kiev, développement de nouvelles méthodes de traitement et de prévention pour les maladies radio-induites.

6 - Développement de programmes de réadaptation pour les enfants ayant une affection cardiovasculaire.

7 - développement de programmes de protection sanitaire maternelle & infantile .

8 - développement et mise en œuvre de technologies pour la production d’aliments favorables à la santé.

 

VI. Dans le symposium qu’il a animé à Paris en 2015, Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération , Youri Bandajevsky a présenté les avancées de ce projet.

 

Youri Bandajevsky, scientifique en exil : « la catastrophe vient à peine de commencer »

Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération

Conférence "Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération"

Mercredi 22 avril 18h30 à l’Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan - 75002 Paris

Animée par Youri Bandajevski, scientifique de référence, emprisonné en Biélorussie pour ses recherches sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, et réfugié en France.

Avec : Michèle Rivasi, députée européenne, Corinne Lepage, avocate et auteure du livre L’État nucléaire.

Un nombre significatif des enfants examinés présentent des retards de croissance,  82 % d’entre eux des anomalies cardiaques et 5,6% des 3088 enfants examinés, des problèmes à la thyroïde.

 

En 2014 - 2015, des contrôles de routine ont révélé des dysfonctionnements de la fonction cardiaque chez la plupart des enfants des districts d’Ivankov et de Polésie dans la région de Kiev en Ukraine.

Il serait pertinent de porter une attention particulière à l’état de santé des garçons de la tranche d’âge 12-17 ans, car elle fait apparaître de nombreux cas de pression artérielle élevée, d’anomalies du rythme cardiaque (bradycardie) et de syndrome de repolarisation ventriculaire initiale.

 

Les pathologies diagnostiquées dès l’adolescence peuvent être à l’origine de maladies graves qui induiront des décès chez les adultes.(4)

 

 

VII. Printemps 2016 : Tchernobyl 30 ans & Fukushima 5 ans

 

Au cours du Symposium « Tcherno23 » à Paris, Youri Bandajevski  lance un appel à l’aide internationale pour les 2,5 millions d’habitants dont sept cent mille enfants, habitant les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, menacés de disparition. On observe, dit-il, des problèmes cardio-vasculaires, des AVC ou encore des crises cardiaques dans « la deuxième génération », en particulier chez les garçons de 12 à 17 ans, dont 90% d’entre eux présentent un taux d’homocystéine trop élevé, un effet de la contamination par la radioactivité. Or, ces anomalies auront des effets dramatiques chez les adultes. C’est à Gomel qu’a été découverte pour la première fois la cardiomyopathie chez des enfants.

 

Michel Fernex enchérit, il montre la pression du silence à Minsk, à travers une anecdote : suite à deux morts subites parmi des enfants, une cardiologue les examinera tous ; mais elle indique qu'elle ne pourra pas en tirer de conclusions parce qu'elle ignore si les familles sont, ou ne sont pas, des réfugiées de Tchernobyl !

Wladimir Tchertkoff rappelle le parcours de Bandajevsky, de Nesterenko et l’histoire du projet ETHOS et CORE, qui leur fait barrage. Aujourd’hui encore, le Bélarus interdit de soigner les enfants avec la pectine de pomme. Or, il est nécessaire et urgent de rétablir les centres de soin.

 

Wladimir Tchertkoff a donné en mars 2016 trois conférences au Japon (5). C’est devant le Sénat du Japon qu’il rappelle, je cite : le cri de Bandajevsky : “Nos enfants meurent!”, dans le film “Controverses nucléaires”…

Au Japon, l’ingénieur nucléaire Hiroaki Koide, une figure centrale du mouvement antinucléaire, considère que le Japon est majoritairement contaminé par le Césium 137, suite aux essais atmosphériques américains puis à la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011, qu’il n’y a pas de seuil de dose sans danger et qu’il faudrait idéalement déclarer la région de Fukushima inhabitable.

 

Mais c’est l’inverse qui semble s’accélérer en ce moment-même à l’approche des Jeux Olympiques en 2020 au Japon, avec le durcissement de la politique du retour des personnes évacuées en territoire contaminé, la levée des ordres d’évacuation, et la campagne de propagande de la Préfecture de Fukushima pour "la reconstruction", "la renaissance" ou encore " la revitalisation de Fukushima ", relayée aussi à l'International ...

 

Et pourtant, trente ans après Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima n'en est qu'à son début ...

 

Evelyne Genoulaz

 

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Notes

 

1) Citation de Yuri Bandajevsky, in Tchernobyl Forever : carnet de voyage en enfer de Alain-Gilles Bastide. Ed. Photomorphisme, octobre 2014.

 

2) Sa découverte principale, Bandajevsky la fait avec sa femme Galina, pédiatre et cardiologue, en  mettant en évidence une corrélation quantifiable entre le taux de radioactivité dont un enfant est porteur et la pathologie cardiaque qu’il développe. Cette radioactivité qu’il étudie n’est pas celle, reconnue, de l’iode 131 qui provoque troubles et cancers de la thyroïde, mais celle du Césium 137. Une radioactivité que les populations ingèrent à petites doses, au quotidien, dans les produits sauvages, mais aussi dans les produits cultivés. C’est l’influence sur l’organisme vivant, de ces faibles doses de radioactivité incorporées qui est une donnée scientifique nouvelle.

Dix ans après le 26 avril 1986, les autorités veulent réintroduire des populations dans les endroits encore contaminés. La théorie des effets dangereux, à court et à long terme, de faibles doses accumulées que soutient Bandajevsky vient à l’encontre de cette politique. Il devient gênant…

http://tchernobyl.verites.free.fr

 

3) Wataru Iwata, musicien de profession avant la date de 3.11 qui a bouleversé sa vie, est le co-fondateur avec l’appui de l’association française la CRIIRAD, du premier CRMS (Citizen's Radioactivity Monitoring Station ou Centre de Mesure de Radioactivité Citoyen) au Japon, sitôt après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi. Depuis, des labos de mesures citoyennes se sont multipliés dans la préfecture de Fukushima. Présentation : conférence de presse du 11/08/2011, vidéo youtube  https://www.youtube.com/watch?v=QXQ33ffA930.

 

4) Le site « Tchernobyl Solidarité internationale » chernobyl-today.org

présente l’étude de Yuri Bandajevski conduite jusqu’en 2014 - 2015 et publiée en 2015 :

« ASSESSMENT OF THE CARDIOVASCULAR SYSTEM IN CHILDREN FROM POLESIE AND IVANKOV DISTRICTS ».

 

5) Textes des conférences de W. Tchertkoff au Japon en mars 2016 sur le site de l’Association Enfants de Tchernobyl Belarus. http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=actualites

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans En France et ailleurs
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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 17:26
Localisation de l'atoll de Bikini
Localisation de l'atoll de Bikini

Texte de de HORI Yasuo du 31 mai 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN

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Sommaire

  • Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires
  • D'anciens marins japonais assignent l'État devant les tribunaux
  • 400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

Texte original en espéranto

 

 

Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires

 

Lors de la visite d'Obama à Hiroshima, notre premier ministre Abe a dit :  “Sa visite à Hiroshima donne une forte impulsion à la réalisation d'un monde sans armes nucléaires”, et pourtant le Japon, qui a souffert et souffre encore des suites de deux bombardements atomiques, n'a pas pris clairement position contre l'abolition des armes nucléaires.

 

L'assemblée générale des Nations Unies, une première fois en 1996 et ensuite pendant les vingt années suivantes jusqu'en 2015, a adopté à une grande majorité une résolution pour que commence une négociation internationale visant à l'abolition des armes nucléaires, or le gouvernement japonais, aux mains de partis conservateurs, s'est cantonné durant vingt ans dans l'abstention à l'imitation des États-Unis. Il est très honteux que le Japon se soit comporté ainsi, comme un vassal des Américains.

 

 

D'anciens marins assignent l'État devant les tribunaux

 

De mars à mai 1945, les États-Unis ont expérimenté des bombes à hydrogène aux environs des îles Marsahll et sur l'atoll de Bikini. Au cours de l'essai de la bombe à hydrogène "Bravo", le premier mars, une cendre blanche fortement radioactive est tombée sur les vingt-trois matelots du bateau de pêche, Le Cinquième Dragon Heureux. Jusqu'à leur retour au port de Jaizu, dans le département de Shizuoka, ils ont vécu sur le bateau recouvert de cette cendre, buvant et mangeant de l'eau et des poissons pollués. Tous ont été immédiatement transportés dans des hôpitaux et soignés, mais six mois plus tard le radiotélégraphiste  Kuboyama Aikichi est mort.

L'essai nucléaire de Bikini

L'essai nucléaire de Bikini

Les Japonais étaient terrorisés par les matières radioactives s'envolant de Bikini ; ils ne voulaient pas manger de poissons, ils portaient des masques et se couvraient le corps lorsqu'il pleuvait. De grandes protestations s'élevèrent dans tout le pays.

 Dans un premier temps, les États-Unis ont accusé les marins d'espionnage, mais ils n'ont pu longtemps imposer ce mensonge aux Japonais. En 1955 ils ont réussi à “résoudre” la question en donnant deux millions de dollars à titre de dédommagement au propriétaire du bateau de pêche, à ces marins-pêcheurs et à d'autres. Les États-Unis ont ainsi pu échapper à leur responsabilité dans l'accident et les souffrances des victimes. Le gouvernement japonais a très vite cessé toute recherche à ce sujet, peut-être sous la contrainte des États-Unis, et cet accident gravissime a bientôt été à demi oublié; seuls quelques activistes ont continué à organiser la manifestation “Le Jour de Bikini”, chaque premier mars, à Jaizu.

Le Cinquième Dragon Heureux

Le Cinquième Dragon Heureux

Ce bateau de pêche a été ensuite utilisé par l'Université de la Pêche de Tokyo comme bateau d'entraînement, puis il avait été finalement mis au rebut à Tokyo en 1967 (photo ci-contre), mais la même année on s'est aperçu qu'il était un témoin important de l'accident de Bikini, et il est à présent conservé dans le musée du Cinquième Dragon Heureux, dans l'île de Jume ("le Songe"), dans la baie de Tokyo (photo ci-dessous). Quoique le musée reçoive de nombreux visiteurs, peu d'entre eux savent que ce bateau n'est pas le seul à avoir été victime de la cendre blanche, mais que presque un millier d'autres l'ont été également et que beaucoup de leurs matelots sont morts jeunes. Jusqu'en 2014, le gouvernement a prétendu faussement qu'il ne disposait d'aucun rapport de recherche sur cette affaire, or ces rapports ont été trouvés aux États-Unis, si bien qu'il n'a pu continuer à mentir plus longtemps à ce sujet. Et en fin de compte les matelots victimes ont eu l'occasion de faire valoir leurs droits.

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le 9 mai 2016, quarante-cinq anciens matelots ont porté l'affaire devant un tribunal, dans le département de Kōchi. Le porte-parole des plaignants, M. Kuwano Hiroshi, âgé de quatre-vingt-trois ans, qui appartenait à l'équipage du thonier "Le deuxième Kōsei-maru" de Kōchi, a rappelé les événements : “Quand nous sommes revenus au port de Uraga, dans le département de Kanagawa, des employés ont commencé à mesurer  la radioactivité dans le bateau, et j'ai compris pour la première fois que les nuages gris entourant l'atoll de Bikini étaient de la "cendre de mort" provenant de l'essai de bombe à hydrogène. Le bateau et les poissons ont été examinés mais pas nos corps. Les vingt-six marins de notre équipage sont tous morts vers quarante ou cinquante ans, sauf trois. Je me battrai pour les collègues disparus et je poursuivrai le gouvernement, responsable d'avoir dissimulé les rapports et de ne s'être pas soucié de nous.”

 

Or à présent, les marins ne sont pas les seuls à souffrir du cancer : beaucoup de Japonais en sont atteints. Selon une statistique, chaque année 30% des décès sont dûs au cancer. Pourquoi donc tant de Japonais en meurent-ils ? Je soupçonne les substances radioactives, qui ont afflué au-dessus du Japon en provenance des sites d'essais de bombes à hydrogène, d'en être une des causes majeures. La radioactivité présente à cette époque dans les eaux de pluie était beaucoup plus forte que celle qu'a provoquée l'accident nucléaire de Fukushima.  J'ai la chance de ne pas avoir de cancer, mais autour de moi beaucoup de mes connaissances en sont - ou en ont été - atteints. Je suppose qu'en raison de la radioactivité venue des Marshall, de Bikini et de Fukushima, davantage encore de personnes en seront les victimes.

 

Les Japonais détiennent le record du monde des souffrances dues à la radioactivité, d'abord à Hiroshima, puis à Nagasaki, ensuite à Marshall/Bikini et enfin à Fukushima. Et en dépit de cela, le gouvernement va continuer à les exposer à ces  souffrances en remettant en marche les centrales nucléaires dans tout le Japon. Quelle stupidité chez les dirigeants politiques de notre pays !

 

 

400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

 

Au cours du grand tsunami de 2011, de nombreux soldats américains ont pris part à l'opération de sauvetage nommée “Opération de l'amitié”. Quatre cents d'entre eux, qui ont travaillé sur mer au voisinage de Fukushima, ont porté plainte contre TEPCO.

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Theodore Holkomb, machiniste sur le porte-avion nucléaire "Ronald Reagan", a travaillé au nettoyage d'hélicoptères ayant subi une pollution radioactive, et a été par la suite atteint d'un cancer dont il est mort en 2014 à l'âge de trente-cinq ans.

D'après le journal de bord et les témoignages de ses amis, il est possible qu'il ait été exposé à une forte irradiation provenant d'un nuage de fumée, ou bien d'eau dessalée, en se douchant ou en mangeant. Mais le Pentagone, dans un rapport publié en 2014, a nié l'impact de la  radioactivité sur lui, car son intensité avait été négligeable.

 

Beaucoup de plaignants malades ne reçoivent aucun secours pour se soigner. L'avocat Paul Barner dit : “Sachez qu'il y a,  aux  États-Unis, de nombreux "amis" abandonnés.” TEPCO répond : “Nous agirons convenablement selon la procédure ”. (Publié dans le journal Asahi, le 19 mai 2016)

 

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Sur le même sujet dans le blog de Fukushima

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:10

Auteur et prospectiviste, Yannick Monget s'est particulièrement investi ces dernières années sur la problématique du nucléaire. Fruit de ces recherches, il vient de publier aux Editions de La Martinière un nouveau roman, Résilience, qui est véritablement une « fiction scientifique engagée ». A travers deux histoires passionnantes qui finissent par se rejoindre, l’auteur dresse un état des lieux atomique sans concession de la planète Terre. Mu par une volonté intarissable, il milite pour une sortie du nucléaire en dénonçant les dangers réels que l’humanité a créés et qui menacent radicalement son avenir. Bien que ce thriller captivant fourmille d’informations sourcées, j’ai voulu en savoir plus en interrogeant son auteur sur les thèmes spécifiques à ce blog : Fukushima, la catastrophe nucléaire, ses conséquences.

PF

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Alors que vous étiez déjà conscient des risques que représente l’énergie nucléaire, comment avez-vous vécu la catastrophe de Fukushima ?

 

Très mal… Au-delà de mon activité d'auteur, je suis prospectiviste, et mon travail consistait entre autres ces dernières années à déceler et alerter sur les menaces majeures pouvant affecter notre société ainsi que les solutions pouvant être mises en place pour y faire face. Dans ce cadre, j'ai beaucoup travaillé sur les rapports du GIEC pour alerter sur les risques liés au réchauffement climatique, que je considère comme l'une des principales menaces pesant sur notre civilisation avec la pollution chimique de notre environnement. Dès 2007, lorsque j'ai vu que certaines personnes souhaitaient que les rapports mentionnent le nucléaire comme une solution possible à la lutte contre le réchauffement climatique, j'avais exprimé à Jean Jouzel, vice-président du GIEC, mon inquiétude, le nucléaire me paraissant devenir de plus en plus une menace, en tout cas sûrement pas une solution pour lutter contre les émissions de GES. En 2009, persuadé de la dangerosité croissante de cette industrie j'avais essayé d'alerter. Lorsque "Terres d'Avenir" est sorti fin 2009 aux éditions de la Martinière et que l'exposition internationale adaptée de l'ouvrage fut inaugurée au Parlement Européen à Bruxelles, j'avais volontairement voulu ajouter un espace dédié au nucléaire et pour ce faire j'avais été jusqu'à réaliser une peinture numérique simulant l'évacuation de Tokyo (ceux qui ont le livre peuvent vérifier, c'est page 56/57) à cause d'un accident nucléaire survenu à Tokaï ou Fukushima, en posant la question de ce qui arriverait si un accident survenait près d'une mégalopole comme Tokyo.

A l'époque, je me souviens m'être fait attaqué et accusé de catastrophisme. Pourquoi mettre en scène une catastrophe au Japon, le pays le plus sûr niveau technologique ? Pourquoi prendre volontairement une centrale comme Tokai Mura ou Fukushima, près d'une grande ville comme Tokyo, pour faire peur gratuitement ?

Puis, en 2011, l'inévitable arriva. Sur les 500 sites nucléaires de la planète c'était celui que j'avais mis en scène, au Japon, à proximité de la préfecture de Tokyo qui fut impacté. Une fois de plus, l'un des scenarios imaginé dans ce livre, qui regroupe des dizaines de peintures numériques et de textes faisant référence à des scénarios probables d'avenir, devenait réel…

Je crois que voir un accident arriver, en être persuadé, essayer d'alerter, ne pas être écouté, voire même critiqué… puis le voir devenir réalité… est l'un des pires sentiments que je connaisse. Je comprends décidément ce qu'a dû endurer Cassandre lorsqu'Apollon l'a maudit.  On se sent forcément impuissant, on voit l'accident arriver et on ne peut rien faire.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

A votre avis, pourquoi les auteurs de science-fiction décrivant la fin du monde n’ont jamais voulu aborder les véritables effets d’une catastrophe nucléaire mondiale ?

 

Quand j'ai écrit "Résilience", je me suis en effet rendu compte que la quasi-totalité des auteurs, qu'ils soient romanciers comme Barjavel, Pierre Boule, Michael Crichton… ou scénaristes ont effectivement fait l'impasse dans leurs scenarios sur la problématique nucléaire. La réponse est dramatiquement simple : tout simplement parce que le nucléaire rend impossible 99 % des scénarios de dystopie ou d'anticipation que le monde de la littérature ou du cinéma a imaginés.

"Résilience" est donc une critique également quelque part de cette omission. Pierre Dac disait que la prévision est difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir, et mon travail de prospectiviste m'a amené à montrer que tout n'est pas prévisible et que ponctuellement des découvertes, des changements modifient complètement la donne. Il en a été ainsi d'internet par exemple, certains récits et films de science fiction comme Soleil Vert ne l'avaient pas du tout anticipé et ont très mal vieilli. Il en va de même du nucléaire, auquel personne n'a vraiment pensé ou presque.

Le roman explique que quelle que soit la catastrophe à laquelle l'humanité sera confrontée, réchauffement climatique, pandémie mondiale, guerre, effondrement économique, même chute de météorite, bref, quel que soit le scenario imaginé par la science fiction, l'histoire se terminera obligatoirement (en l'état actuel de nos connaissances) par une catastrophe nucléaire qui rendra tout échappatoire impossible.

Ce qui est grave, c'est que nous avons ancré dans la tête des gens, que si la société venait à d'effondrer, on pourrait y survivre en reconstruisant sur les ruines un nouveau monde, comme en Europe après 1945. Mais le monde a changé, et les règles ont changé. Notre civilisation a développé des technologies bien trop dangereuses et ce qui était possible en 1945 ne le sera plus à l'avenir.

Après la destruction de toutes les installations nucléaires de la planète, peu de chance que vous puissiez continuer à vivre et rebâtir une civilisation dans un environnement aussi hostile.

En ce moment j'ai cru comprendre qu'une série de SF cartonnait : "les 100", où on renvoie sur Terre des ados un siècle après une catastrophe nucléaire majeure. C'est non seulement ridicule mais dangereux de faire croire que la vie serait possible 1 siècle plus tard, le public ne se rend pas du tout compte de la dangerosité du nucléaire et des échelles de temps liées à la pollution radioactive qui perdure des centaines de millénaires. 

 

Pourquoi avez-vous choisi le roman pour expliquer des choses aussi graves ?

 

Pour toucher un public large et non averti. Cela ne m'intéressait pas de faire un énième livre documentaire sur le nucléaire pour répéter des choses que je disais dans de précédents livres et qui, je le savais, toucheraient principalement des personnes sensibles à la cause environnementale.

Je cherchais un moyen de toucher ces autres personnes justement qui ne se soucient pas de cette problématique et qui n'imaginent aucunement cette réalité et cette menace.

Par définition, le roman s'adresse donc à tous les publics. Et il n'y a que comme ça que nous pourrons faire pencher la balance en faveur de l'abandon du nucléaire : en persuadant le grand public.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

En mars 2011, après que la piscine du réacteur 4 de Fukushima Daiichi ait subi un incendie, le scénario d’évacuation de Tokyo a été envisagé par le gouvernement. Vous qui aviez déjà réfléchi à cette option dès 2009, pensez-vous qu’une évacuation aurait été possible ?

 

Effectivement, le plan prévoyait l'évacuation de près de 50 millions de personnes sur les 3 préfectures de la zone impactée. Je pense qu'au Japon l'ordre aurait été donné effectivement, si je me fie aux déclarations du premier ministre… ceci étant, plusieurs amis m'ont expliqué la panique qui régnait notamment sur les routes. Ren Yabuki m'expliquait comment des personnes fuyant certaines zones se retrouvaient, à cause des vents, dans des zones où les retombées étaient encore plus importantes que là où ils se trouvaient initialement. Disons le franchement, et l'ancien premier ministre japonais en convient, cela aurait été une panique et un bazar inimaginable qui aurait fait lui-même de nombreuses victimes. Regardez la panique lors de l'évacuation de Fort Mc Murray au Canada, et il ne s'agissait que de quelques dizaines de milliers de personnes… Là, on parle de dizaines de millions de personnes… et regardez la problématique de relogement des personnes évacuées à Fukushima avec déjà un peu plus de 100 000 réfugiés. Pour vous donner une idée : la Syrie c'est 4 millions de réfugiés à l'extérieur du pays en 5 ans et l'Europe n'arrive pas à gérer ce flux, alors imaginez 50 millions de réfugiés et ce… du jour au lendemain, vous imaginez ?

 

En tant que prospectiviste, comment voyez-vous l’avenir du Japon qui persiste à se servir de l’énergie nucléaire malgré les risques constants de séismes, d’éruptions volcaniques et de tsunami ?

 

Je pense qu'il faudra encore un accident majeur pour impacter l'opinion, au moins un. Et il arrivera. L'Europe et l'Amérique du Nord ont eu de la chance, une incroyable chance même quand on pense à ce qui est arrivé à Blayais en 99 ou Saint-Laurent des eaux et certaines de nos autres centrales. Mais vous savez… la chance finit toujours par tourner.

Pour ce qui est du Japon, cela va mal se terminer. Le fait de réintroduire les populations sur les sites pollués est absolument irresponsable, mais en même temps, je comprends le désir de certains de revenir sur leur terre même si cela les condamne et qu'ils savent qu'ils risquent de développer des maladies. Je ferais peut-être de même si Cattenom venait à avoir un grave accident et que la Lorraine, Metz, Nancy, Luxembourg, etc. venaient à être abandonnés. Dans la Grèce antique, le pire des châtiments était le bannissement. Et je le comprends. Imaginez que du jour au lendemain on vous demande à vous et à la population de votre région de partir en abandonnant tout sur place… Dans "Résilience", là aussi, je voulais essayer de montrer cette fuite, cette évacuation de la France pour essayer de faire comprendre et ressentir au lecteur ce drame qu'ont vécu les japonais de Fukushima ou les Ukrainiens de Pripiat. Cela aurait dû servir de leçon, mais comme vous le dites, ça n'a pas fait bouger le gouvernement d'Abe qui dérive dangereusement d'après ce que j'observe. C'est tout simplement incompréhensible, un tel aveuglement et une telle irresponsabilité d'une poignée de décideurs qui jouent à la roulette russe avec la vie et l'avenir de dizaine ou centaines de millions de personnes. Et nos dirigeants ne valent pas mieux.

D'autant plus que les solutions existent, les technologies permettant de se passer du nucléaire comme des énergies fossiles existent. Le Japon est reconnu pour son innovation qui plus est. Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de solutions.

Encore une fois, j'insiste et je le répète : on peut s'en sortir, on peut sortir du nucléaire, et ceux qui disent le contraire au Japon ou en France, sont soit achetés par des lobbys, soit des ignares (et nous avons beaucoup d'ignares en France parmi nos politiques mais aussi la population (qui critique mais qui est à l'image des politiques qu'ils ont élus), il suffit d'aller lire les commentaires sur les réseaux sociaux et les forums parlant du sujet, la lobbytimisation des français est très inquiétante).

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Dans votre dernier roman, Résilience, vous évoquez une manière de se débarrasser des déchets nucléaires dans des fosses marines très profondes qui pourraient à long terme disparaître sous la croûte terrestre. Ce projet existe-t-il déjà et, selon vous, est-il réaliste ?

 

J'en ai parlé avec un ami vulcanologue, Jacques-Marie Bardintzeff avant de l'écrire. En fait, sur le papier, le scenario se tient, les difficultés sont la pression à une telle profondeur, mais en même temps, si on met en balance le problème de gestion des déchets et celui de la pression à grande profondeur… il est peut-être plus simple de résoudre ce problème de pression, aussi important soit-il. En tout cas on m'a expliqué qu'il n'y aura pas de soucis avec la température, car nous ne sommes pas dans une zone "chaude". C'est vraiment la profondeur qui pose souci. Il y aurait peut-être une autre solution : l'espace. Si je suis contre l'idée d'envoyer des déchets par le biais de fusées (ce serait bien trop dangereux en cas d'accident) reste que des projets d'ascenseurs spatiaux sont actuellement à l'étude. Là, on serait sur quelque chose de bien moins dangereux. Une fois dans l'espace il faudrait leur donner une impulsion pour qu'ils se dirigent vers le Soleil. C'est un calcul de trajectoire, et ça, on sait très bien faire. Je pense que ce projet d'ascenseur spatial est réalisable et se fera dans quelques décennies. Qui plus est, c'est un domaine où les japonais me semblent particulièrement à la pointe.

 

D’après vous, la France a-t-elle su tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima ?

 

Absolument pas. Et quand j'entends Nicolas Sarkozy, (et sa porte-parole Maud Fontenoy), Manuel Valls, Macron, et tant d'autres parler du nucléaire sans rien y connaître, je suis terrifié.

Notre société doit évoluer vers un système éthique : on ne peut plus vivre dans un monde donnant tant de pouvoir à des personnes à ce point irresponsables et ne maitrisant pas ces sujets. Ce n'est pas possible. Notre système doit évoluer, et ne plus confier ce type de décision à une unique personne. De même il faut écarter les lobbys des instances en charge de ces questions. Il faut vraiment bâtir à mon sens un système radicalement différent et replacer les notions d'éthique au centre du système de gouvernance.

Le directeur général d'EDF se vante d'avoir tiré ces leçons mais en réalité il n'a rien compris, il n'a tiré aucune leçon c'est même le contraire : il pense que le problème à Fukushima c'était le tsunami, l'inondation, le tremblement de terre, il pense qu'à Tchernobyl c'est l'erreur humaine. En fait c'est beaucoup plus profond que ça.

Ce que nous apprennent ces accidents, Fukushima, comme Tchernobyl et tous les autres (non connus du grand public et dont je parle aussi dans le roman) : c'est l'impossibilité de tout prévoir et d'imaginer l'imaginable.

Pour preuve, regardez ce qui s'est passé à Paluel : de l'aveu même d'EDF cet accident était impossible. Voilà le vrai problème, le problème de fond. L'impossibilité d'envisager l'inimaginable… puisqu'il n'a pas été imaginé.

"Résilience" joue sur cette question en mettant en scène un scenario auquel les autorités ne s'attendent pas et ne sont pas prêtes.

En fait, ce qui m'inquiète, ce qui me terrifie (et devrait également terrifier toute personne saine d'esprit ayant les pieds sur Terre) ce ne sont pas tous ces scenarios catastrophes qu'imaginent l'ASN, EDF, l'AIEA, nos services de renseignements, ce sont justement, au contraire… ceux qu'ils n'ont pas imaginé.

 

Quel autre type d’actions envisagez-vous pour alerter le public non averti sur la question nucléaire ?

 

Il y en a plusieurs. Pour ce qui est de "Résilience", le roman peut donner suite à des adaptations. Nous verrons. Se pose le problème du budget car "Résilience" demanderait des moyens colossaux, l'action est mondiale, met en scène tous les pays. Je sais que des producteurs se sont montrés intéressés mais rien n'est encore fait. En parallèle, d'autres projets sont également en cours avec Symbiom. J'espère les voir se mettre en place cette année. Je ne peux trop rien dire pour le moment, mais, oui, il faut des projets ambitieux pour faire face à une telle menace; qui touchent très largement le grand public et les fasse réagir.

Je suis en effet persuadé qu'un autre monde est possible. C'est pour cela que je monte mes différents projets avec Symbiom. Quant à "Résilience" c'est aussi pour cela qu'il est vecteur d'espoir. Je me suis refusé à écrire un roman totalement sombre, fermant toutes portes de sortie. Je m'étais juré de n'écrire ce livre que le jour où je trouverais un scenario traitant de l'aspect sombre du nucléaire tout en véhiculant un message d'espoir. J'ai mis deux ans avant que cette double architecture du roman, racontant deux histoires s'entremêlant ne se mette en place. Espoir, il faut garder espoir "Spes Manet", ceux qui ont lu le roman comprendront.

 

(Propos recueillis par Pierre FETET)

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation de l’auteur

Yannick Monget, auteur et prospectiviste, est le président fondateur du groupe Symbiom qui développe des projets de sensibilisation et de recherche en rapport avec l’environnement. Spécialisé dans les questions touchant à la crise bioclimatique contemporaine, il a écrit plusieurs ouvrages autour de l'avenir de notre planète : Demain, la terre (2006), Terres d'avenir : de l'urgence bioclimatique aux rêves de demain (2009), Gaïa (2012). Son dernier roman, Résilience, vient de paraître sur la thématique de la menace du nucléaire civil.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation du livre Résilience

100 jours avant l’effondrement. Incidents nucléaires à Paris et en Chine. Un virus informatique semble avoir pris le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

2 ans après l’effondrement. En Antarctique, des survivants s’organisent dans des bases de haute technologie abritant un écosystème reconstitué. La surface du globe est ravagée par la radioactivité et la résurgence du virus noir, qui a décimé la plus grande partie de l’humanité. Que feront-ils de cette dernière chance ?

Ultra-documenté, ce thriller aux accents de blockbuster américain enchaîne de façon implacable les chapitres avant et après la catastrophe. L’auteur parsème son livre de références à de véritables incidents, comme le virus Stuxnet, conçu en 2010 par les États-Unis pour prendre le contrôle des centrales iraniennes. Entre jeux de lobbies, dessous du nucléaire civil et pressions politiques, cette course contre la montre révèle comment l’irresponsabilité et l’aveuglement de certains menacent le destin de la planète tout entière.

(source : Editions de La Martinière)

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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