2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 16:09
Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Hisako Sakiyama est directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon. Elle s’exprime ici avec l’expérience de la grande enquête qu’elle a menée en 2011 avec ses collègues au sein de la Commission d'Enquête Indépendante sur l'Accident Nucléaire de Fukushima (NAIIC). Le danger des faibles doses, prouvé depuis longtemps, est régulièrement remis en cause par le village nucléaire, c’est pourquoi cette intervention de qualité se doit d’être largement diffusée, la désinformation battant son comble en ce domaine.

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[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

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Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon : ce qui est devenu plus clair avec l’enquête de la Diète sur Fukushima
 


par Hisako Sakiyama

directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques

 

 

Bonjour.

 

Je voudrais d'abord remercier le Dr Caldicott pour m'avoir invitée à cet important Symposium. Je suis honorée d'avoir l'opportunité de parler de l'évaluation du risque des faibles doses de radiations au Japon.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Qu'est-ce qui est devenu clair avec l'enquête de la Diète sur Fukushima ?

La vie de tous les jours au Japon ne pourra jamais retourner à ce qu'elle était avant l'accident de Fukushima. Avec plus de 900 Pétabecquerels [=9x10¹⁷ Bq] de matières radioactives libérées, environ 10% du Japon a été contaminé et plus de 150.000 personnes ont été évacuées des régions contaminées. Nous devons nous soucier de la contamination des légumes, du poisson et même de l'eau de boisson.

 

 

 

Toute personne vivant à l'intérieur de la zone bleu-ciel de cette diapo va recevoir plus de 1 millisievert par an, ce qui est la dose limite de la CIPR [Commission Internationale de Protection Radiologique] pour le grand public. A l'intérieur de la zone rouge, le plus faible niveau de contamination est plus de deux fois plus élevé que celui de la zone d'exclusion de Tchernobyl.

 

 

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Une des raisons pour lesquelles le rapport  d'enquête du Parlement National a conclu que l'accident n'est pas terminé, est que 676 tonnes de combustible usé subsistent dans les enceintes des réacteurs et les piscines de refroidissement des unités 1 à 4. Ces enceintes sont toutes endommagées et continuent de relâcher des substances radioactives dans l'environnement. Notre souci le plus pressant est la piscine de refroidissement de l'unité 4, endommagée par une explosion d'hydrogène. Elle contient plus de 200 tonnes de combustible usé. Si cette piscine s'écroulait suite à une réplique sismique, le résultat serait catastrophique pour le Japon et le monde.

 

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Sur cette diapo, les cercles rouges indiquent les tremblements de terre de magnitude supérieure à 7. Les cercles noirs indiquent les centrales nucléaires. Comme vous pouvez le voir, le Japon est une terre de séismes avec 54 réacteurs nucléaires et plus de 20.000 tonnes de combustible usagé. Jusqu'au désastre de Fukushima, la majorité du peuple japonais ne reconnaissait pas les dangers de cette situation. Une des raisons de cela est que le gouvernement et les compagnies d'électricité, non seulement à travers l'utilisation des mass médias,   mais aussi par le système éducatif scolaire, avaient créé un mythe du nucléaire sûr.

 

Ensuite, le Ministère de l'Education,  de la Culture, des Sports, de la Science et Technologie (MEXT) ainsi que les compagnies d'énergie électrique, y ont joué un rôle majeur. Ils se sont rendu compte que si les gens avaient peur même d'une faible quantité de radiations cela serait difficile pour eux de promouvoir une politique d' expansion de l'énergie nucléaire.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Avant l'accident de Fukushima, ils ont distribué des  livres de textes dans les lycées professant que les centrales nucléaires étaient sûres. Ils déclaraient que comme les centrales électriques étaient construites sur un socle rocheux dur, elles pourraient résister aux tremblements de terre. Ils déclaraient aussi que les centrales étaient conçues pour supporter les tsunami, et cetera. Après l'accident cependant ils durent admettre que les centrales n'étaient pas sûres, et ils ont repris les livres de textes.

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Neuf mois après l'accident, le MEXT a distribué une nouvelle série de livres de textes sur le thème de la radioactivité, pour les écoliers du primaire ainsi que ceux des écoles secondaires premier et deuxième cycle. Ils prétendent aussi que le but des articles de ces livres est de fournir aux étudiants une connaissance basique de la radioactivité, ils ne mentionnent le tremblement de terre et la libération de matériaux radioactifs que dans l'introduction.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Ils ne fournissent aucune information sur les taux de radioactivité relâchée, ni de cartes des régions contaminées. Dans le guide pour les professeurs ils ont recommandé que les enseignants fassent comprendre aux élèves qu'il n'existe aucune preuve évidente que des niveaux de radioactivité inférieurs à 100 millisieverts entraînent des maladies.

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Il a déjà été établi que des cassures complètes de la double hélice de l'ADN induisent des cancers.

Des cassures complexes double brin de l'ADN se traduisent des réparations sujettes à erreurs, qui causent des mutations et une instabilité génomique, qui provoquent une accumulation de mutations et, en dernier lieu, un cancer. Même un seul rayon de radioactivité peut provoquer une cassure double brin et est donc théoriquement capable de provoquer un cancer.

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Ceci est dû au fait que l'énergie de la radioactivité est bien plus forte que celle d'une liaison chimique de l'ADN. Par exemple l'énergie d'un rayon X lors d'une radiographie est 15 000 à 20 000 fois plus grande que celle des liaisons chimiques, donc la radioactivité peut aisément provoquer des cassures complexes double brin et entraîner mutations et instabilité génomique.

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Expérimentalement, on a montré que des niveaux aussi bas que 1,3 milligray peuvent produire des cassures double brin. Et le nombre de cassures augmente linéairement avec la dose. Nous avons ainsi une preuve expérimentale que même une petite quantité de radioactivité a le pouvoir d'induire un cancer.

 

Quelles sont alors les doses les plus basses, pour lesquelles de bonne preuves épidémiologiques montrent une augmentation du risque cancérigène ?

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Une des études expérimentales les plus fiables est celle de la durée de vie des survivants de la bombe atomique. Dans cette étude, la dose moyenne de radiations [reçues] est de 200 millisieverts, avec plus de 50% [des gens] ayant reçu une dose inférieure à 50 millisieverts.

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Comme vous pouvez le voir sur cette diapo, il n'y a aucun seuil en dessous duquel aucun risque n'a été trouvé. Un  modèle linéaire sans seuil fournit la meilleure adéquation avec les  données actuelles sur les cancers.

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À côté des données des survivants de la bombe atomique, il y a beaucoup d'études montrant les risques des faibles doses de la radioactivité. Il y a des études sur des travailleurs exposés aux radiations des installations nucléaires, sur les gens vivant près de la rivière Techa en Russie et les enfants qui ont développé une leucémie à proximité des centrales nucléaires et autres zones à haut niveau de fond. Dans toutes ces études, le risque par dose de radioactivité est plus élevé que pour les survivants de la bombe  atomique.

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La radioactivité induit aussi des maladies non cancéreuses. La relation dose-résultat  entre maladie non cancereuse et radiations a été signalée pour des survivants de la bombe atomique. Le Dr Yablokov et ses collègues nous ont fourni la preuve indéniable démontrant la relation entre les maladies non cancéreuses et la radioactivité. Je suis sûre que Dr Yablokov parlera de cette question.

Sur la base d'études expérimentales et épidémiologiques, le concept qu'il n'y a pas de dose sûre de radiations a été accepté. La dose limite du gouvernement de 20 millisieverts pour les résidents de Fukushima sacrifie la santé de la population, particulièrement la santé des enfants. Pourquoi le gouvernement japonais et les spécialistes des radiations disent-ils que les risques des faibles doses de radioactivité sont inconnus ou qu'elles ne présentent aucun danger ?

 

Les investigations de la Diète ont découvert une raison de la sous-estimation des effets des faibles doses de radiations. Une analyse des rapports de TEPCO et de la FEPC (Fédération des Compagnies d'énergie Electrique) révèle que le risque le plus élevé pour TEPCO était la fermeture à long terme des réacteurs nucléaires. TEPCO s'est aussi rendu compte que les catastrophes  naturelles entraîneraient des règlementations plus strictes qui mènerait finalement à la fermetures des centrales pour longtemps. Ils ont pris le chemin le plus facile pour éviter ce risque. Ils ont fait pression sur le Comité de Sécurité Nucléaire (NSC), l'Agence de Sécurité Nucléaire et Industrielle (NISA) et MEXT pour assouplir les normes réglementaires. Et leurs efforts ont abouti, car les autorités de réglementation sont devenues captives de TEPCO et de la FEPC.

 

La FEPC a aussi fait pression avec succès sur les spécialistes de la radioactivité, y compris les membres de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) et du NSC pour qu'il assouplissent les normes de radioprotection. Dans un de leurs documents, ils ont noté que toutes les exigences de leurs  pressions ont été répercutées dans des recommandations de la CIPR de 2007. Un des moyens pour la FEPC de parvenir à cela a été de couvrir les frais de déplacement des membres de la CIPR assistant aux conférences internationales. Malgré ce fait, les membres japonais de la CIPR soutiennent que la CIPR est neutre et ne  représente pas  les intérêts des industries électriques.

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La FEPC essaye de contrôler les recherches sur la radioactivité pour son seul bénéfice. Par exemple, l'ex vice-président de TEPCO, M. Muto, a dit "... Nous devrions surveiller la direction des recherches de sorte qu'elles n'aillent pas dans une mauvaise direction ou ne soient pas menées par de mauvais chercheurs "

 

Si la FEPC a seulement voulu que des recherches soient menées, c'est que cela assouplirait les normes de protection.

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Il est prouvé que les faibles doses d'irradiation comportent des risques. La raison pour laquelle ce risque est supposé être inconnu est que le gouvernement et les compagnies électriques veulent maintenir leur politique électronucléaire.

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J'aimerais ensuite  parler de pourquoi la plupart des résidents n'ont pas pris d'iode stable.

 

Il y a deux moyens pour les maires locaux de recevoir un avis sur le moment où ils devraient recommander aux résidents de prendre l'iode stable :

1) directement de NSC;

2) du gouvernement de la  préfecture de Fukushima.

 

Après l'accident, le NSC a envoyé un fax au centre local d'intervention d'urgence nucléaire, recommandant que les habitants prennent de l'iode. Pour une raison quelconque, le fax n'est pas parvenu aux maires. Il a disparu et à ce jour, personne ne sait où il a fini. Le NSC a aussi envoyé un fax au gouvernement de Fukushima. Cependant, personne n'a eu connaissance de ce fax jusqu'au 18 mars, ce qui était trop tard car tous les résidents avaient déjà évacué.  Bien que le gouvernement de Fukushima n'ait reçu aucun avis du NSC, il aurait dû, indépendemment, informer les résidents de prendre de l'iode. Il ne l'a pas fait, car il attendait un avis du NSC.

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Il y a eu quelques maires qui ont  décidé par eux-mêmes d'aviser les gens d'avoir à prendre l'iode. Malheureusement la plupart des maires ont hésité et ne l'ont pas fait. En tout, seulement 10 000 résidents ont finalement pris de l'iode.

 

Les raisons pour lesquelles les maires ont hésité à donner la consigne de prendre de l'iode étaient :

  1. Les maires avaient peur des effets secondaires de l'iode car le NSC avait souligné ces effets secondaires.
  2. La directive du NSC recommandait que l'iode stable soit prise en présence d'un expert médical. Dans la plupart des cas il n'y avait aucun expert médical à proximité.
  3. Ils n'ont pas compris pourquoi l'iode devait être prise, ni n'ont été informés du moment approprié pour cette prise.
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Ensuite, problèmes avec le réseau médical d'urgence radiologique.

La médecine radiologique est le traitement médical fourni en cas d'exposition à la radioactivité. Au Japon, le réseau médical d'urgence radiologique a trois niveaux. L'hôpital primaire fournit le traitement médical initial pour toutes les victimes. Quand l'hôpital primaire ne peut pas traiter un patient en raison d'un niveau d'exposition trop élevé, le patient est transporté vers un centre d'urgence secondaire.

 

Si l'hôpital secondaire ne peut pas prendre en charge la victime, quelle qu'en soit la raison, elle est transférée vers un hôpital tertiaire. Le Japon n'a que deux hôpitaux tertiaires, un pour l'Est du Japon, et un pour l'Ouest.

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Malheureusement, le réseau a été configuré sans considérer la possibilité de diffusion de matières radioactives à grande échelle. À cause de cela, beaucoup d'hôpitaux ont été placés près des centrales électriques. Au moment de l'accident, il y avait six centres médicaux d'urgence radiologique dans la région de Fukushima, dont trois situés dans un rayon de dix kilomètres de la centrale. Les trois hôpitaux sont ainsi devenu inutilisables, tandis que le personnel et les patients devaient évacuer. Il y avait quatre autres hôpitaux ordinaires dans la zone des vingt kilomètres. Leurs personnels et leurs patients ont aussi dû évacuer. Durant cette évacuation, 60 patients sont décédés.

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L'équipe d'enquêteurs de la Diète a examiné l'emplacement des centres de secours d'urgence. Plus de 50% des 59 hôpitaux primaires à travers le pays sont situés dans un rayon de 20 kilomètres autour d'une centrale nucléaire. Cela signifie qu'ils sont en zone d'évacuation, et deviendront inutilisables en cas d'accident grave.

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Nous avons également découvert que le nombre maximum de patients qui pouvaient être hospitalisés dans chacun des centres primaires et secondaires est seulement d'un ou deux.

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Qu'en est-il des deux hôpitaux d'urgence tertiaires ? Ils ne peuvent prendre en charge plus de dix patients en état  critique.


Le réseau médical d'urgence radiologique n'a pas fonctionné pendant le désastre. Malheureusement, la situation ne s'est pas améliorée depuis l'accident.  Considérant la situation médicale au Japon, il sera difficile d'améliorer la situation en peu de temps. Par conséquent le Japon n'est pas prêt à exploiter des réacteurs nucléaires.

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Finalement je vais maintenant parler de la gestion de l'enquête de santé de Fukushima.

Peu de temps après la catastrophe, la Préfecture de Fukushima a lancé une enquête de surveillance de la santé à Fukushima pour examiner les effets sur la santé à long terme des faibles doses de radioactivité. Elle est composée de deux parties : une enquête de base et une enquête détaillée. L'enquête détaillée implique l'examen par ultra-sons des enfants de Fukushima jusqu'à ceux âgés de dix-huit ans.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Quelques données préliminaires des examens de la thyroïde par ultra-sons ont été rendues publiques. En 2011, environ 38 000 enfants ont été examinés, et 95 000 ont été examinés en 2012. En 2011, l'enquête a trouvé 186 enfants avec des nodules de plus de 5 mm ou des kystes de plus de 20 mm.

Parmi ces 186 enfants, 3 ont été diagnostiqués avec un cancer de la thyroïde, et 7 sont susceptibles d'en être aussi affectés. Pour 2012, les résultats des examens détaillés doivent encore être publiés, mais un cas de cancer de la thyroïde a été diagnostiqué.

Une enquête sur 4 500 enfants d'un groupe contrôle en dehors de Fukushima est maintenant en cours. Bien que l'incidence du cancer de la thyroïde semble commencer à augmenter chez les enfants de Fukushima, nous devons attendre les résultats détaillés de l'étude de contrôle.

 

En conclusion, je voudrais dire que je pense que le débat sans fin sur le risque des faibles doses de radioactivité n'est pas une question scientifique, mais un problème politique, économique et social. J'espère que les scientifiques exposeront la vérité scientifique, non pas pour le gouvernement ou les compagnies électriques, mais pour la population. Quatre réacteurs nucléaires ont été endommagés, et personne ne sait comment ou quand ils seront isolés de l'environnement.

 

Comme le Japon est situé sur la ceinture sismique [ceinture de feu du Pacifique], nous sommes dans une course contre la montre pour rendre les centrales nucléaires plus sûres. Le gouvernement japonais et les compagnies électriques doivent avoir pour priorité de faire de leur mieux pour  empêcher tout nouveau dommage et stopper les fuites de substances radioactives en cours. C'est de leur responsabilité, car ce sont eux qui ont promu la politique d'énergie nucléaire du Japon.

 

Il est aussi de la responsabilité de chaque personne au Japon de s'assurer que toutes les centrales nucléaires  en cours de fonctionnement soient fermées. Nous devons aussi nous assurer que plus aucune centrale ne soit redémarrée. J'aimerais vous demander de travailler ensemble avec nous dans ce but.

 

Merci de votre attention.

D'après la transcription en anglais par Afaz.de /  http://afaz.at/index_symp.html

et la traduction de Taka Honda /  http://www.save-children-from-radiation.org/  pour quelques éléments.

Traduction Française : Marie-Elise Hanne

Relecture : Kna et Janick Magne

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 22:36
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Dans cet exposé, David Lochbaum détaille les divers risques, connus mais sciemment ignorés par l'exploitant et l'autorité de régulation, qui ont menés à la tragédie de mars 2011 à Fukushima.

[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

 

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Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Une autre surprise sans surprise
 


par David Lochbaum

directeur du Projet de Sureté Nucléaire, Union of Concerned Scientists (UCS)

 

Aujourd'hui, c'est le deuxième anniversaire de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Un tremblement de terre et son tsunami ont engendré la paralysie de la centrale et provoqué la fusion du cœur de trois réacteurs. La catastrophe a forcé des dizaines de milliers de personnes à être évacuées de leurs maisons et a coûté des dizaines de milliards de dollars.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Était-ce "choc et effroi", une tragique surprise qui n'aurait pas pu être prévue et évitée ?

Non, c'était "zut alors", des situations qui avaient été clairement prévues, mais tragiquement laissées non corrigées.

La catastrophe a commencé par un séisme de magnitude 9 sur l'échelle de Richter. Une épreuve sans surprises : Fukushima a été conçue pour résister à de violents séismes. Des documents disponibles suggèrent que les systèmes de sécurité de la centrale ont en grande partie survécu à la secousse et refroidissaient les cœurs des réacteurs comme prévu.

Mais le tremblement de terre a largement endommagé le réseau électrique. Les réacteurs nucléaires en fonctionnement fournissent l'électricité au réseau. Les réacteurs nucléaires à l'arrêt, comme les six unités de Fukushima après le séisme, nécessitent l'électricité du réseau pour les pompes, les ventilateurs, les lumières, les contrôles et les autres équipements utilisés pour refroidir les cœurs des réacteurs. On savait depuis longtemps que le réseau n'était pas protégé contre les séismes graves et qu'il pouvait tomber en panne.


En prévision d'une perte du réseau, les travailleurs avaient installé plus d'une douzaine de groupes électrogènes diesel à Fukushima. Un générateur diesel par réacteur peut alimenter les équipements nécessaires pour refroidir le cœur, le reste fournit une sécurité supplémentaire. Lorsque le tremblement de terre a coupé l'alimentation normale, ces générateurs diesel ont démarré automatiquement et ont fourni l'alimentation de secours.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Le tremblement de terre a non seulement coupé les alimentations normales, mais il a également déclenché une série de tsunamis. En prévision de tsunamis pouvant un jour frapper la façade océanique de la centrale, les travailleurs avaient érigé une digue de près de 15 pieds [~ 4,5 m] de haut le long de la côte. Mais le tsunami qui a frappé Fukushima faisait près de 45 pieds de haut. [~ 14 m]

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Des années plus tôt, des chercheurs japonais avaient prévu des risques de tsunami allant jusqu'à 45 pieds [~ 14 m] de haut sur le site. Mais le propriétaire de la centrale et l'autorité de régulation ont rejeté cet avertissement au motif qu'il était trop hypothétique et sans fondement. Aucun changement n'a été apporté aux mesures de protection de Fukushima contre les inondations.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Pour les trois réacteurs en fonctionnement à l'époque, les générateurs diesel étaient situés dans les sous-sols des bâtiments turbines - les bâtiments les plus proches du front de mer. Les eaux du tsunami à peine entravées par la digue ont inondé le site et se sont déversées dans les bâtiments turbines à travers les portes et les volets de ventilation. Les générateurs diesel ont cessé de fonctionner dès que l'eau les a submergés.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Tous les générateurs diesel étaient situés dans les sous-sols. Cet emplacement offre une plus grande protection contre les dommages causés par les tremblements de terre, mais il offre une protection moindre contre les inondations. La constance peut être une qualité surestimée. Savoir s’en défaire augmente les chances d'avoir raison. En d'autres termes, la diversité est une alliée. Si quelques-uns des générateurs diesel avaient été situés plus en hauteur et d'autres plus bas, il aurait alors été plus difficile au tsunami de les détruire tous. Mais l'entreprise a mis tous ses œufs dans le même panier trempé.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Pour faire face à une panne touchant à la fois le réseau électrique et les générateurs diesel, les travailleurs avaient installé des bancs de batteries d'une capacité suffisante pour alimenter le système de refroidissement du réacteur de chaque unité pendant un maximum de huit heures. Mais certaines de ces alternatives aux systèmes d'alimentation de secours étaient également situées dans les sous-sols et elles ont également été endommagées par les eaux du tsunami. Les batteries ayant survécu aux inondations n'ont pas tenu les nombreux jours qui ont été nécessaires aux intervenants pour restaurer les connexions au réseau électrique et réparer les générateurs diesel.

En prévision de défaillances multiples des systèmes, les travailleurs avaient mis au point des procédures pour le raccordement de pompes diesel installées sur des camions de pompiers à des tuyaux qui pourraient fournir de l'eau de refroidissement d'appoint aux réacteurs. Mais la pression produite par les pompes de ces camions de pompiers n’était qu’un quart de la pression normale à l'intérieur des cuves des réacteurs. En d'autres termes, les camions de pompiers étaient inutiles, s’il n’était pas possible de réduire la pression à l'intérieur des cuves de réacteurs.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

En prévision de la nécessité d'abaisser la pression dans la cuve du réacteur, les travailleurs avaient installé des vannes capables de dépressuriser la cuve du réacteur dans l'enceinte de confinement, puis d'évacuer la pression de l'enceinte de confinement dans l'atmosphère. Mais ces vannes avaient besoin d'une alimentation électrique pour s'ouvrir.

 

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Par une ironie cruelle, trois cœurs de réacteurs de Fukushima se sont retrouvés face à une menace de surchauffe après que les vagues de l'océan ont inondé et désactivé les alimentations des deuxième et troisième moyens de refroidissement. La perte du courant a également empêché les ouvriers d'utiliser le quatrième moyen de refroidissement. Construits littéralement à un jet de pierre de l'océan Pacifique - une réserve d’eau gigantesque - trois cœurs de réacteurs ont fondu par manque d'eau.

En prévision qu'un jour les cœurs des réacteurs puissent surchauffer et fondre, produisant de grandes quantités d’hydrogène durant ce processus, les travailleurs avaient installé des systèmes pour purger l'air à l'intérieur des enceintes de confinement et le remplacer par de l'azote avant que les réacteurs ne commencent à fonctionner. En cas d'accident, l'hydrogène se serait mélangé avec le gaz inerte qu'est l'azote et n'aurait pas pu exploser à cause de l'absence d'oxygène. Mais l'accident a fait monter la pression à l'intérieur du bâtiment de confinement. Un excès de pression peut provoquer des fuites d'hydrogène (et de radioactivité) hors de l'enceinte de confinement. Et cela peut mettre en défaut le confinement, donc permettre à l'oxygène de pénétrer dans l'enceinte de confinement et se mélanger avec l'hydrogène.

Pour pouvoir contrôler la pression à l'intérieur de l'enceinte de confinement, les employés avaient installé trois systèmes en apparence diversifiés. Le premier système faisait passer les gaz du confinement le long de tubes métalliques remplis d'eau froide, un peu comme un radiateur refroidit un moteur de voiture. Le second système pulvérisait de l'eau par des gicleurs genre station de lavage de véhicules, montés sur les parois supérieures de l'enceinte de confinement pour refroidir l'atmosphère confinée. Le troisième était simplement d'ouvrir des vannes pour évacuer les gaz de l'enceinte de confinement directement dans l'atmosphère extérieure et réduire ainsi la pression. Mais ces trois systèmes différents avaient un point commun : ils avaient tous besoin de courant électrique pour fonctionner. Et sans électricité, ils se sont avérés aussi utiles qu'un cautère sur une jambe de bois.

L'hydrogène s'est échappé des enceintes de confinement dans les bâtiments des réacteurs les entourant. Les travailleurs avaient installé à l'intérieur des confinements des instruments donnant les concentrations en oxygène et en hydrogène. Ces instruments permettent aux employés de contrôler la concentration en oxygène pendant le fonctionnement normal et d'ajouter de l'azote lorsque c'est nécessaire pour maintenir inerte l'atmosphère de l'enceinte, surveiller la concentration d'hydrogène dans des conditions accidentelles et évacuer le gaz avant qu'il ne puisse exploser. Mais l'hydrogène n'était pas supposé pouvoir entrer dans le bâtiment du réacteur, donc aucun instrument de contrôle n'y était installé. Même si des instruments de surveillance de la concentration d'hydrogène avaient été installés dans le bâtiment du réacteur, la panne d'alimentation électrique aurait juste fourni aux employés une autre jauge inutile à regarder. Les ouvriers ont appris que l'hydrogène avait pénétré dans les bâtiments des réacteurs lorsque ceux-ci ont explosé les uns après les autres, comme des dominos nucléaires.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Avec toutes ces prévisions, la seule chose surprenante dans la catastrophe de Fukushima, c’est qu’on puisse en avoir été surpris. Les signes avant-coureurs étaient tous là. Il suffisait d’en tenir compte au lieu de les ignorer.

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La fusion des trois réacteurs a forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs maisons et leurs biens. Le Centre pour la Recherche Économique du Japon a récemment estimé que cette catastrophe nucléaire pourrait coûter entre 71 et 250 milliards de dollars, dont 54 milliards pour acheter la totalité des terrains contaminés dans la zone des 20 kilomètres et 8 milliards pour indemniser les habitants.

Même si la facture finale reste en fin de compte à l'extrémité inférieure de la fourchette, ce coût demeure beaucoup plus élevé que si on avait investi dans la sécurité par le passé.

Si le réseau électrique avait été renforcé pour résister à un fort tremblement de terre, le fait de continuer à disposer du courant aurait donné aux employés de nombreuses options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si la digue avait été élevée à la hauteur nécessaire pour résister aux tsunamis prévus, le fait de continuer à disposer des alimentations électriques de secours aurait permis aux travailleurs de disposer de nombreuses options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si les générateurs diesel et les moyens de distribution électrique associées avaient tous été situés à des hauteurs différentes, plus haut ou plus bas, la disponibilité probable de certaines de ces sources d'électricité de secours aurait donné aux ouvriers suffisamment d’options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si les batteries d'accumulateurs avaient été dimensionnées pour durer des jours plutôt que des heures, le fait de continuer à disposer d’électricité de secours aurait donné une chance aux ouvriers de refroidir le cœur des réacteurs.

Si on avait donné aux travailleurs un plan d'action viable à suivre une fois les batteries épuisées, ils auraient conservé une chance de refroidir le cœur des réacteurs.

Le coût de toutes ces mesures, si elles avaient été prises, aurait peut-être dépassé 71 milliards de dollars. L'élément le plus coûteux de cette liste est de protéger un réseau étendu contre de graves tremblements de terre. Son coût à lui seul aurait pu approcher, voire dépasser 71 milliards de dollars.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Mais il n'aurait pas été nécessaire d'investir dans toutes ces mesures de sécurité, ni même dans la plus chère d'entre elles. Si une seule, même la moins chère, de ces mesures de sécurité avait été prise, nous n'en serions pas là. On ne fait pas de colloque sur les catastrophes qui ont pu être évitées.

Si une digue plus haute avait été érigée sur le site, aucune des autres mesures de sécurité n'aurait été nécessaire pour éviter la catastrophe de Fukushima. Le tremblement de terre aurait quand même coupé la source normale de courant de la centrale, mais les générateurs diesel n'auraient pas eux aussi été perdus. Ils auraient pu alimenter les équipements indispensables jusqu'à ce que les connexions au réseau électrique soient restaurées. À moins d’être en or, une digue de 50 pieds de haut (± 15m) aurait coûté beaucoup moins que 71 milliards de dollars.

 

 

Si chaque réacteur de Fukushima avait été construit avec un générateur diesel au sous-sol et le second placé en hauteur, une digue plus élevée n'aurait pas été nécessaire. Même si le séisme avait coupé la source d'énergie normale et l'eau du tsunami détruit la moitié des alimentations de secours, certains des générateurs diesel auraient survécu. La relocalisation de certains des générateurs diesel après la construction de la centrale, ou l'installation de générateurs diesel supplémentaires, aurait coûté moins de 71 milliards de dollars.

Si chaque réacteur de Fukushima avait été équipé de moyens de réduire la pression à l'intérieur de la cuve du réacteur lors d'un épisode de perte d'alimentation générale, la catastrophe aurait pu être évitée. Le tremblement de terre et le tsunami auraient tout de même emporté les sources d'énergie normales et les alimentations de secours. Des jeux de batteries indépendants et des bouteilles d'air comprimé pour une poignée de vannes auraient permis aux travailleurs de réduire la pression dans la cuve du réacteur à un niveau où les pompes diesel des camions de pompiers auraient pu facilement fournir l’eau de refroidissement de secours. Le coût de ces mesures aurait été une toute petite fraction de ces 71 milliards de dollars.

Tous les dangers qui ont concouru à la catastrophe de Fukushima avaient été anticipés depuis des années et dans beaucoup de cas, il existait des solutions relativement peu coûteuses. Ce n’est pas comme si on avait été surpris par un danger imprévu. Au contraire, la chose surprenante, c’est qu’on ait pu être victime de risques prévus.

Les accidents graves comme celui de Fukushima continuent d'arriver parce que les propriétaires des centrales nucléaires et leurs régulateurs continuent de prétendre que les accidents graves ne se produiront pas. Prétendre est à la protection ce que deviner est à la connaissance.

Nous avons la capacité de protéger plutôt que de faire semblant. Les centrales nucléaires peuvent être construites et exploitées pour résister à tous les risques prévisibles. Et cette capacité ne dépend que de notre volonté de le faire.

Lorsque les chercheurs ont conclu que le site de Fukushima pourrait connaître un tsunami supérieur à la hauteur de sa digue de protection, son propriétaire et le régulateur ont accepté ce défaut parce qu’ils avaient le sentiment qu’il y avait peu de chances qu'une vague d'une telle hauteur ne survienne. Plutôt que de simplement prétendre que les tsunamis de plus de 15 pieds (± 4,5m) de haut ne peuvent pas se produire, ils auraient dû estimer les conséquences d'une vague plus haute que la digue. Cela les aurait amenés à déménager les équipements existants ou à installer du matériel supplémentaire au-dessus du niveau d’inondation pour qu'ils puissent survivre et assurer le refroidissement des réacteurs. Ou bien, si le coût de ces améliorations s'était révélé excessif, ils auraient pu investir dans une digue plus haute, ce qui aurait coûté moins cher pour fournir la protection nécessaire.

Lorsque les concepteurs ont installé des batteries d'accumulateurs disposant de seulement huit heures de capacité, ils ont fondé cette limite sur le risque, perçu comme faible, qu’une coupure de courant puisse durer plus longtemps. Plutôt que de gentiment prétendre que les pannes d'électricité seraient de courte durée, ils auraient dû examiner les conséquences de pannes plus longues. Cela les aurait amenés à ajouter des bancs de batteries pour disposer de plus de capacité. Ou si cette mise à niveau coûtait trop cher, ils auraient pu investir dans des jeux de batteries et des bouteilles d'air comprimé nécessaires aux travailleurs pour réduire la pression dans la cuve de réacteur, afin de pouvoir utiliser les pompes diesel des camions de pompiers.

Ces exemples illustrent le processus à suivre dès qu'on accepte un niveau de protection inférieur aux risques prévisibles. Les niveaux de protection inférieurs comptent sur la chance que de plus grands dangers ne surviennent jamais. Quand la chance tourne, il est impératif que l'on puisse s'appuyer sur la compétence.

Les propriétaires de centrales et les régulateurs peuvent vouloir considérer la mise en place d'un niveau de protection inférieur à un niveau de risque prévu quand ils évaluent formellement comment la centrale ferait face à un danger plus grand. Quand cette évaluation démontre qu'une contre-mesure solide et fiable est disponible, le niveau de protection réduit peut très bien se justifier. Mais lorsque cette évaluation repose sur l’espoir de miracles et sur la chance, d'autres solutions doivent être envisagées.

Une autre façon de justifier des schémas de protection fixés plus bas que les niveaux de risque attendus est de répondre à la question "et si". Par exemple, si on considère qu'un mur contre les inondations de x pieds de haut est acceptable, il faut répondre à la question "et si une inondation de x pieds +1 de haut se produit vraiment ?" Si la réponse est qu’il faut augmenter la hauteur de la digue ou mettre en œuvre d'autres parades, alors ces mesures de prudence doivent être prises maintenant. Par contre, si la réponse implique qu'aucune précaution supplémentaire n'est à prendre, alors un mur contre les inondations de x pieds de haut peut être justifié.

Pour mieux illustrer cette distinction, imaginez un instant que les dommages de Fukushima aient été provoqués par un impact d'astéroïde plutôt que par un tremblement de terre et le tsunami associé. Il est peu probable qu’on déciderait de monter des boucliers anti-astéroïdes autour des centrales nucléaires au Japon ou ailleurs. La réponse à cette question "et si" implique de petits changements sur le site des centrales et plus probablement une détection plus précoce des astéroïdes à venir.

De quelle manière Fukushima a-t-il impacté la sécurité nucléaire aux États-Unis ? Certains affirment que "ça ne peut pas arriver ici." Si le "ça" fait référence à la fin du statu quo de proclamations vides par lesquelles la Commission de Régulation du Nucléaire entend protéger le public des accidents graves des réacteurs, alors ils ont raison. Si leur "ça" se réfère à des accidents graves, alors ils ont tort.

Le public sera mieux servi lorsque les propriétaires de centrales et leurs régulateurs le protégeront réellement des accidents graves de leurs réacteurs, au lieu de prétendre qu'ils ne peuvent pas se produire. Les accidents graves des réacteurs doivent être maîtrisés avec courage plutôt que par déclaration péremptoire. Pour paraphraser la troisième loi de Newton sur le mouvement, pour chaque risque on doit avoir une protection égale et correspondante. Un système de protection acceptable doit résister seul au risque correspondant, ou en combinaison avec d'autres mesures de protection lorsque le niveau du risque dépasse celui de la protection.

Une caractéristique de la sûreté nucléaire est la prise de mesures de défense en profondeur : Une source d'énergie électrique normale et une de secours pour les composants de refroidissement du cœur, de multiples méthodes de contrôle de la pression à l'intérieur de l'enceinte de confinement, etc. Mais lésiner sur l'une ou l'autre de ces mesures, c'est la porte ouverte à une catastrophe emportant à elle seule toutes les barrières, quel qu'en soit le nombre,

Si Fukushima avait visé plus haut pour une seule - une seule - de ces mesures, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Plus important encore, des dizaines de milliers de personnes innocentes seraient aujourd'hui dans leurs maisons, avec leurs affaires, et pourraient continuer à vivre normalement. Pour eux, comme pour les éventuelles victimes innocentes de demain, nous devons tout simplement faire un meilleur travail de protection contre les accidents nucléaires graves.

 

Transcription anglaise par Afaz

Traduction par Mimi Mato

Relecture par Odile Gérard et Kna

 

Article de Kna sur son blog

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 20:54

[2ème partie de "Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ?"]

Retour vers la 1ère partie

 

 

 

Il y a 4 détecteurs de radiations qui ont continué à fonctionner après l'accident de Daiichi. Pratiquement tous n'étaient plus alimentés, mais quelques-uns avaient une batterie, et ils n'ont découvert les données que récemment.

Le bruit de fond normal sur ces détecteurs de radioactivité était de 0,04 microsieverts.

À 5 heures du matin, juste après l'accident, la radioactivité sur les détecteurs était de 10 fois la valeur normale.

À 6 heures, 60 fois la valeur normale.

À 9 heures, 150 fois la valeur normale.

À 10 heures, 700 fois la valeur normale.

Ce que cela signifie, c'est que quelqu'un à proximité de ces détecteurs recevait  une dose annuelle en 12 heures. Puis les évents ont été ouverts. C'est donc une indication claire que les confinements fuyaient bien avant que les évents ne soient ouverts. Donc à 15 heures, les mêmes détecteurs mesuraient 30 000 fois la valeur normale. Cela signifie une dose annuelle en 10 minutes pour les gens de Chiba.

Mais il est important de réaliser que ça n'est peut-être pas le pire. Cela correspond à l'endroit où étaient les détecteurs. Mais ça ne veut pas dire que le nuage a choisi d'aller sur les détecteurs pour donner ces valeurs.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

C'est une diapo compliquée mais elle montre exactement de quoi je parle ici, géographiquement. Un détecteur était ici. Ici se trouve la centrale. Un détecteur se trouvait ici, voici son pic. Un autre détecteur était ici, voici son pic. Un autre ici, voilà son pic. Donc cela situe géographiquement ces données alentours.

Donc il est clair que ce nuage a tracé des méandres partout des côtés Ouest et Nord de la centrale. Avant même avant que les évents ne soient ouverts.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Un des détecteurs a également continué à fonctionner et voici les pics sur ce détecteur. Il n'y a pas de corrélation entre ces pics et le moment où les dépressurisations ont eu lieu, et le moment ou les explosions se sont produites.

Il n'y a pas de corrélation, ce qui veut dire qu'un autre phénomène a dû également se produire, que les scientifiques n'ont pas encore évalué.

 

Hypothèse n°4 : le facteur de décontamination pour le césium.

Et je suis désolé, c'est un peu technique, mais la NRC suppose qu'après un accident nucléaire, l'eau contenue dans le tore, qui est l'anneau au bas du confinement, retient 99% du césium. C'est appelé un facteur de décontamination de 100. C'est vraiment écrit dans la loi, ils pensent que ça arrive.

Mais ils disent également que si l'eau atteint l'ébullition, il n'y a pas de facteur de décontamination, l'eau est incapable de capturer le césium.

Hé bien les données de Fukushima montrent que l'eau dans ce tore au bas du confinement a bouilli. Pourquoi a-t-elle bouilli ? Parce que ces pompes dont je parlais pour refroidir les diesels ont aussi été conçues pour refroidir le tore.

Donc nous avions de l'eau bouillante dans le tore et cela signifiait que le césium n'était pas retenu. Maintenant, alors que les Japonais essayent de reconstituer cet accident, ils prétendent que le césium a été capturé dans ce tore, mais la loi et les données montrent que cela ne pouvait être. Il n'y avait pas de dépôt de césium, pas de rétention à l'intérieur de la piscine de suppression.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Comment est-ce que je sais cela ? C'est une diapo importante. C'est un peu... flou.

C'est une image infrarouge de l'unité 3. La large tache au centre de la scène est la piscine à combustible usé de l'unité 3. Et la température des gaz émanant de cette piscine est de 62°C, ce qui signifie que le combustible bouillait et se mélangeait à l'air froid, et il y avait un bain d'air chaud radioactif au dessus de la piscine à 62°C, c'est plutôt mauvais.

Mais ce qui est pire, c'est le pic que montre la photo.

TEPCO savait depuis 2 ans mais n'en a pas parlé.

Ce pic, juste ici, est exactement là où le confinement doit se trouver.

Et ce pic est à 128°C, ce qui signifie que ce n'est pas de la vapeur.

La vapeur peut atteindre plus de 100°C. Les ingénieurs parlent de "tables de vapeur". Mais à la pression atmosphérique actuelle, quand on fait bouillir [de l'eau], la vapeur ne dépasse pas 100°C.

Ces pics sont à 128°C, ce qui veut dire que ce n'est pas de la vapeur, ça signifie que ce sont des gaz chauds radioactifs, relâchés directement du confinement. Cela veut aussi dire qu'à l'intérieur du confinement, ça n'était pas sous le point d’ébullition de l'eau, c'était au dessus du point d’ébullition. Il n'y avait pas d'eau sous forme liquide dans ce confinement. C'était le 20 Mars, 9 jours après l'accident. Le confinement relâche des gaz chauds radioactifs directement dans l'environnement. C'est positivement une preuve à mon avis.

Et TEPCO – évidemment ce sont de bons ingénieurs, et ils ont dû voir l'émission de ce pic chaud radioactif à 128°C, environ 250°[F], sur cette photo infrarouge. Donc ils savaient depuis longtemps que d'énormes quantités de césium étaient relâchées directement dans l'air, car elles n'étaient pas piégées dans l'eau de la piscine de suppression.

 

La dernière hypothèse, ce sont les particules chaudes.

C'est moi et Reiko, co-auteur du livre que nous avons écrit en Japonais, prenant un échantillon quand j'étais au Japon en février de l'an dernier.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Le sol... j'ai pris 5 échantillons en 5 jours. Je suis simplement allé dans une partie pavée, une partie... Dans un cas c'était un parc pour enfants juste à côté d'une école, les gamins jouaient juste à côté de moi à lancer des cailloux comme font les enfants.  J'ai pris un sachet d'échantillons et j'ai ramené les 5 échantillons, les ai déclaré  aux douanes, ils ont été analysés par Marco Kaltofen à Worcester Polytech. Et chacun des échantillons excédait 7000 Becquerels par kilogramme.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Cela signifie que dans une boite d'échantillons de deux livres, nous avions 7.000 désintégrations par secondes de césium, à Tokyo - à plus de 160 kilomètres de l'accident.

Pensez à cela, c'est comme ...  vous savez … New York ... Tokyo et New York sont en gros comparables pour leur importance dans leur pays, et 7.000 Becquerels par kilo est classé comme déchets radioactifs aux États Unis. Donc les gens à Tokyo marchent dans des points où il y a des déchets radioactifs. Et je n'ai pas cherché pour trouver ça, c'était juste au bord du trottoir.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

C'est une autoradiographie de filtre à air de voiture...

Ce que ça signifie... nous avons eu des gens, Fairewinds a eu des gens qui nous ont envoyé des filtres à air, et il est arrivé un colis totalement inattendu. Comme je m'approchais avec mon compteur Geiger, il a commencé à partir hors-échelle à une distance de 5 pieds [~ 1,5m]. C'était un filtre à air de voiture. Nous l'avons déposé sur une plaque à rayons X, Marco Kaltofen à fait cela à Worcester Poly. Et ce sont les marques de brûlures sur la plaque après qu'elle ait été mise dans un coffre pendant plusieurs jours.

Fukushima City [non pas Daiichi] est à droite, Tokyo est au milieu. Cela montre les particules chaudes radioactives prisonnières des filtres à air. Hé bien il y avait des gens dans ces voitures. Il y avait des enfants dans ces voitures. Si c'est dans leurs poumons...  Si c'est dans leurs filtres à air, c'est dans leurs poumons. Je pense qu'il est permis de supposer que les gens à Fukushima et les gens à Tokyo ont eu une exposition énorme à des particules chaudes directement dans leurs poumons.

 

Nous avons aussi demandé des chaussures d'enfants. C'est la concentration de césium dans ces chaussures. Les enfants attachent leurs chaussures. Les enfants mangent avec leurs mains. C'est dans leur estomac. C'est dans leurs intestins.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

J'ai pensé comparer les inventaires disponibles de radioactivité du césium par rapport à Fukushima Daiichi. On appelle cela petabecquerels ou PBecquerels et c'est tout un tas de zéros à la fin d'un nombre. [1015]. La totalité du césium disponible à Tchernobyl était de 2,9 avec 17 zéros derrière, en césium. Il y avait pratiquement 3 fois plus de césium disponible pour être relâché à Daiichi 1, 2 et 3.

Nous savons que de fait, 300 %, trois fois plus, de gaz nobles ont été relâchés par Daiichi, il ne peut y avoir de discussion à ce sujet.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Maintenant, les gens se demandent combien de césium a été libéré.

Tchernobyl montre qu'environ un tiers du césium a été libéré à Tchernobyl, et les experts japonais disent que ''Oh non, il ne peut y avoir que 1 % du césium qui a été relâché, peut être 2 % du césium a été libéré à Fukushima''. Je ne pense pas que cela soit vrai. Et je ne pense pas que cela soit vrai à cause de l'image que je vous ai montrée avant, où la température dans ce réacteur était de l'ordre de – dans le confinement –  était si chaude qu'il n'y avait pas d'eau sous forme liquide pour retenir le césium. Les experts japonais croient que le césium a été retenu dans l'eau. Mais cette photo infrarouge que je vous ai montrée plus tôt montre clairement que ça ne pouvait pas se produire.

Donc j'en conclus que les gaz nobles étaient 3 fois plus nombreux qu'à Tchernobyl, et le taux de fuite du confinement était de 300 % par jour – c'est un chiffre de la NRC – et que la décontamination du césium a été de zéro. Rien n'a été filtré en sortie, nettoyé dans la piscine de suppression.

La seule bonne chose qu'il y ait eu à Fukushima, et pas à Tchernobyl, c'est que d'un côté il y avait de l'eau et souvent le vent soufflait vers la mer. Mais pour compenser cela il y avait la dernière partie de la page qui est que la densité de population au Japon est diablement pire que la population... autour du réacteur de Tchernobyl.

 

Et finalement il y a les rejets liquides. Je n'ai vraiment pas assez de temps pour en parler, mais ils vont continuer pendant des années et des années à venir, et nous savons déjà que les rejets liquides sont de 10 fois ceux de Tchernobyl.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

Tokyo regroupe 35 millions de personnes dans sa métropole. Et le Premier Ministre Kan a dit ''Notre existence en tant que nation souveraine était en danger''. Je sais déjà que j'ai pris les 5 échantillons qui montrent que des parties de Tokyo, partout dans la ville, étaient radioactives au point que nous aurions dû les envoyer dans un lieu d'entreposage de matières radioactives ici aux États-Unis. Donc je pense que le point important est  ''À  quel moment les risques d'une technologie deviennent-ils inacceptables ?''

 

Ma conclusion est que tôt ou tard, dans tout système infaillible, les imbéciles vont prendre le pas sur les preuves !  [Les systèmes infaillibles n'existent pas]

 

Merci.

Transcription anglaise par Cécile Monnier

Relecture par kna, Afaz.at, Mali Lightfoot, Arnie Gundersen pour un point technique spécifique sur la vapeur au dessus ou en dessous de 100°C.

Traduction par Cécile Monnier

Relecture & édition par kna

 

 

Article de Kna60 sur son blog

 

 

__________________

Mise à jour du 28/09/13

"C'est ce que les ingénieurs appellent des tableaux de vapeur." a été remplacé par "Les ingénieurs parlent de "tables de vapeur". "

Mise à jour du 2/10/13

Dans le titre, "et quand le savaient-ils" a été remplacé par "et depuis quand".

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 12:31
Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Depuis le début de la catastrophe, Tepco et le gouvernement japonais cachent des informations importantes pour éviter l’effondrement de l’industrie nucléaire mondiale. Les melt-throughs ont été cachés, la fuite de 300 m3/j d’eau radioactive dans la mer aussi. Mais ce que dévoile Arnie Gundersen dans cet exposé va bien au-delà de ce qu’on peut imaginer. D’une part, l’histoire démontre que des tsunamis beaucoup plus importants avaient déjà eu lieu durant le siècle précédent, et malgré cela, une digue ridicule a été construite. Pire, la population japonaise a été soumise à un nuage radioactif à cause du grave défaut de confinement des réacteurs Mark 1 : des aérosols radioactifs ont été libérés jusqu’à atteindre Tokyo. Ce défaut était connu par les ingénieurs depuis les années 70. Or, rien n’a été fait pour contrer ces vices. La catastrophe nucléaire était donc inévitable.

 

[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

__________________

 

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Que savaient-ils, et depuis quand ?
 


par Arnie Gundersen

ingénieur nucléaire, Fairewinds Associates

 

 

Bonjour, merci beaucoup d'être venus. J'aimerais remercier tout spécialement Helen Caldicott, la Fondation Caldicott et Médecins pour une Responsabilité Sociale de sponsoriser la rencontre d'aujourd'hui. Et pour ceux d'entre vous en ligne de par le monde, merci de nous écouter, pratiquement à minuit au Japon.

 

Un diaporama identique à celui que je vais vous montrer est en téléchargement sur le site web de Fairewinds pour ceux d'entre vous qui ne sont pas parmi nous et si vous voulez le récupérer, allez chez Fairewinds. Et il y a aussi une discussion Twitter en cours comme nous le disions plus tôt, et aussi chez Fairewinds sur Twitter.

 

OK, attachons nos ceintures et commençons.

 

Je voulais vous parler aujourd'hui de quand les gens savaient qu'il y avait des problèmes à Fukushima Daiichi, à la fois dans les décennies qui ont précédé l'accident, puis immédiatement après l'accident. Mais avant cela, il y a des centaines de personnes à Fukushima Daiichi et Daini que je voudrais reconnaître comme mes héros personnels. ça a été un accident, une tragédie, causée par l'échec de la  technologie. Mais ce qui a sauvé la situation, ça a été le courage humain.

Nous avons donc ici un exemple de courage triomphant d'échecs de la technologie, grâce à plusieurs centaines de personnes qui ont tout risqué pour sauver le Japon et pour sauver le monde, et je suis en admiration devant ce qu'ils ont fait.

 

Les séquences : Dans les deux premières sections j'aimerais parler de ce qui s'est passé en 1965. Qu'est-ce que l'on savait, avant même que cette centrale ne démarre ? Les deux planches suivantes sont ce que l'on sait maintenant après l'accident.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

L'accident de Fukushima a été fabriqué en Amérique. Le réacteur a été conçu par General Electric et construit par une entreprise nommée Ebasco. J'avais l'habitude d'aller dans les bureaux d'Ebasco ici même à Manhattan quand j'étais ingénieur à l'unité 1 de Millstone, qui est pratiquement identique à l'unité 1 de Fukushima Daiichi. Elle a été agréée par la Commission à l'Énergie Atomique qui était alors dans les années 60 l'autorité ultime d'accréditation nucléaire dans le monde – c'est du moins ce que nous pensions.

Ça n'est pas simplement un problème de Daiichi. Il y a 22 autres centrales similaires aux États-Unis. Et les centrales aux États-Unis sont par certains côtés bien pires, car il y a bien plus de combustible usagé dans les piscines qu'à Daiichi.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Les ingénieurs de General Electric et d'Ebasco ont commis 6 erreurs critiques en 1965 qui devaient mener le Japon à la ruine en 2011. Les 5 premières erreurs critiques tournent toutes autour du problème de ne pas vraiment comprendre la puissance d'un tsunami.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Ils ont réduit la hauteur de la falaise où la centrale a été construite.

Ils ont fait un mur anti-tsunami bas.

Les diesels ont été placés en sous-sols.

Les pompes d'urgence, appelées pompes de service, ont été placées dans un endroit où elles se sont retrouvées sous l'eau.

Et pour finir les réservoirs des diesels ont été placés de telle manière qu'ils ont aussi été inondés.

C'était des ingénieurs basés ici à New York qui n'ont simplement pas compris la puissance d'un tsunami. Le dernier problème du confinement Mark 1 est un peu plus vaste et j'y viendrai aussi.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

C'est une photo de la falaise de Fukushima Daiichi en 1960 : elle faisait environ 115 pieds de haut [~35 m]. Les ingénieurs de GE et Ebasco l'ont arasée jusqu'à 10 mètres, c'est donc une falaise de 30 pieds.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

C'est une photo après la construction de Daiichi. Ces zones ici et ici sont à 35 mètres. La zone le long de la côte est à 10 mètres et c'est une route d'accès taillée dans la terre pour avoir la centrale plus près de l'eau.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Tsunami est un mot Japonais venant de tsu qui signifie port et nami qui veut dire vagues. L'océan entier s'élève, et si vous êtes dans un bateau, vous ne savez pas que c'est un tsunami, car tout l'océan monte. Sauf quand il frappe un port, il devient alors terrifiant. Il se déplace à une vitesse proche de celle du son.

 

Les ingénieurs savaient pour les tsunamis, et j'ai pensé revenir 100 ans en arrière dans l'histoire du Japon pour voir ceux qui avaient frappé la côte Pacifique du Japon.

En 1896 il y a eu un tsunami de 40 mètres.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

En 1923 il y en a eu un de 13 mètres.

En 1933 il y en a eu un de 28 mètres. Il détenait le record du nombre de victimes avant le tsunami de Daiichi. En 1944 il y a eu un 12 mètres, en 46 un autre 12 mètres. En 54 et 55, 10 ans avant que Fukushima Daiichi ne soit conçu, il y a eu 3 tsunamis, tous de plus de 13 mètres.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Le tsunami qui a frappé Fukushima Daiichi en 2011 était juste un tsunami modéré comparé à l'historique du siècle précédant. Mais face à cette histoire, le mur anti-tsunami a été construit à 4 mètres par les ingénieurs Américains, et par la suite relevé à 5,7 mètres.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

De plus, les générateurs diesel ont été placés en sous-sol.

Les diesels peuvent être situés au sous-sol, mais vous devez pouvoir les mettre dans une sorte de conteneur étanche, ce qui n'a pas été le cas.

 

Il est important de savoir que General Electric a construit cette première douzaine de réacteurs Mark 1, sous la forme d'un “contrat clé en main”

Ils ont pris 60 millions de dollars pour construire ces centrales et y ont laissé leur chemise. Je le sais car j'ai travaillé sur l'un des ces réacteurs “clé en main” - Millstone 1 - à peu près au même moment. Donc il y avait beaucoup de pression économique sur General Electric pour maintenir les coûts bas car ils perdaient des sommes d'argent dramatiques sur la douzaine de réacteurs qu'ils ont construits selon cette formule clé en main.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

De plus, les pompes à eau de service devaient être au niveau de l'eau, mais elles ont été conçues de telle manière qu'en cas de tsunami, elles auraient été inondées.

Donc peu importe que les diesels soient au sous-sol. Si les diesels avaient été en haut de l’Empire State Building, nous aurions eu le même problème, car les pompes de refroidissement de ces diesels auraient été inondées.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

De plus les réservoirs de carburant pour ces diesels étaient aussi en zone inondable. De nouveau, ce n'est pas le fait que les diesels soient inondés; c'est à propos d'ingénieurs ici dans la ville de New York, des ingénieurs de GE et Ebasco, qui n'ont pas apprécié la magnitude d'un tsunami.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Voici un exemple. Voici la hauteur de la digue et bien sûr les pompes ont été totalement inondées. Le site était à 10 mètres, mais il y a eu 4 mètres d'eau en plus de cela. C'est une inondation de 12 pieds au dessus de la Terre-Mère. Ça arrivait pratiquement au bas de la salle de contrôle, voilà combien il y avait d'eau sur le site après le tsunami.

 

Maintenant il y a eu quelques problèmes politiques également.

General Electric, dont la devise dans les années 60 était “Notre plus important produit est le progrès”, a dit en 1961 : “Nous allons imposer ce truc nucléaire”.

Leur président est cité disant cela, et ils l'ont imposé. Ils ont rencontré le Comité Consultatif sur la Sécurisation des Réacteurs qui est en théorie un organisme indépendant conçu pour protéger les Américains dans ce cas, mais les décideurs ont été amenés à se conformer au design prévu pour le Japon également. Et le Dr. David Okrent qui était dans le Comité Consultatif a dit en substance que General Electric les a menacés de quitter le marché à moins que le Comité Consultatif ne continue avec ce modèle Mark 1. Des scientifiques aux États Unis, en 1965, on reconnu que ce modèle Mark 1 présentait des défauts, et comme l'a dit le Dr. Okrent, “Je pense que c'était une sorte de menace”.

Glenn Seaborg était alors le président du comité consultatif – on a en fait donné son nom à un atome, un élément “Seaborgium” porte son nom, c'est un poids lourd dans l'industrie nucléaire – et il a dit “Je ne pense pas que nous avions le pouvoir de les arrêter”. Maintenant réfléchissez à cela : c'était le gouvernement des États-Unis qui n'avait pas le pouvoir d'arrêter le concept défectueux de GE en 1966 !

 

Juste au moment où l'unité de Daiichi démarrait en 1972, il  y a eu un échange de courriers fameux avec un responsable scientifique chez GE nommé Joseph Hendrie. Et M. Hendrie disait qu'il avait de sérieux doutes sur la conception de Daiichi, le confinement Mark 1. Mais comme je l'ai finalement souligné, il dit qu'il estimait qu'ils devraient être éliminés. Mais éliminer ce modèle Mark 1, je cite : “cela pourrait bien signifier la fin de l'énergie nucléaire, en créant plus de remous que je ne pourrais en supporter”.

Donc les remous qu'il a choisi d'éviter en 1972 sont devenus les troubles que Fukushima Daiichi a connus 40 ans plus tard.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Donc quand cette centrale a démarré – une conception “made in America” – c'était Fukushima Daiichi 1, les unités 2, 3 et 4 n'étaient pas encore construites. Fukushima Daiichi 1 a été construite par General Electric et Ebasco dans le projet clé en main,

Il n'y avait pas d'ingénierie Japonaise à Fukushima Daiichi 1, tous les problèmes que Daiichi allait affronter 40 ans après étaient en place. En substance, la mèche a été allumée à Fukushima Daiichi en 1970 et ça a explosé en 2011.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Si l'on fait une avance rapide de 40 ans, voici le site terminé juste avant l'accident,

et voici le tsunami frappant la centrale. Le terrain est descendu d'un mètre – 3 pieds – après le séisme. Le tsunami faisait 15 mètres de haut, mais souvenez-vous qu'il se déplaçait à la vitesse du son, donc la vague quand elle a frappé la centrale l'a en fait traversée à une hauteur de 46 mètres, par dessus tous ces bâtiments.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Donc quelle était la gravité ? Le secret est dans les hypothèses.

C'est la bande dessinée que je préfère au monde, et pour ceux qui ne peuvent la voir je vais la lire.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

C'est Dilbert... Le patron à la tête en pointe dit : “Je peux faire cette analyse de faisabilité en 2...” Ah oui... Dilbert est interrogé par le patron à la tête en pointe et il dit : “Je peux faire cette analyse de faisabilité en 2 minutes”. Puis il dit “C'est la pire idée au monde. Les chiffres ne mentent pas”. Alors le patron à la tête en pointe dit : “Mais notre PDG aime cette idée”. Et Dilbert répond : “Par chance, les hypothèses, elles, mentent.”

Donc le message est ici : quand nous évaluons ces conséquences de Fukushima Daiichi, le secret est dans les hypothèses, et c'est ce sur quoi je vais passer le reste de cette présentation.

 

L'hypothèse n°1 est que les confinements conservent leur intégrité.

Après tout, on les appelle confinements pour une raison : ils sont prévus pour contenir. Aucun confinement au monde n'est conçu pour supporter l'onde de choc d'une détonation. C'est une onde de choc qui se déplace plus vite que la vitesse du son. Il y a 440 réacteurs nucléaires et aucun d'entre eux ne peut supporter une onde de choc de détonation, une onde de choc qui se déplace plus vite que le son, car les ingénieurs ont pensé que ça n'arriverait pas, que ça ne pourrait pas arriver.

Eh bien, juste après que ça se soit produit, il est intéressant que Chuck Casto de la NRC – c'est un gars important, il est en charge de la région 3 de la NRC dans les bureaux de Chicago, un gars très important de la NRC – a dit ceci : ''...bien sûr, ce confinement Mark 1 est le pire des confinements que nous ayons, et si vous avez ce qu'on appelle une perte d'alimentation externe, une “station blackout”, vous allez perdre le confinement. Il n'y a pas de doutes là-dessus.”

Donc, souvenez-vous que M. Hendrie de la NRC disait en 1972 que c'était le pire confinement du monde, et voilà la Commission de Régulation du Nucléaire [NRC] qui dit la même chose, immédiatement après l'accident.

Nous savions depuis 40 ans que ce modèle Mark 1 comme à Daiichi, c'était un accident attendant de se produire.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Bien, à quoi ressemble une fusion de cœur ?

Quand j'étais dans l’industrie, quelqu'un m'a donné un fragment de barre de combustible, sans combustible dedans. Et juste après l'accident, je l'ai chauffée à 2000°, voici à quoi ressemble une barre de combustible à 2000°. C'est ce qui s'est produit à l'intérieur des réacteurs à Fukushima Daiichi quand ils n'ont plus eu d'eau de refroidissement. C'est très chaud.

 

Ok, c'est une séquence d'images, je vais passer très rapidement.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

L'unité 1 de Fukushima Daiichi a déjà explosé, elle est à l'extrême gauche, puis il y a les unités 2, 3 et 4. Gardez les yeux sur l'unité 3 au milieu.

 

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Juste ici se trouve le début de quelque chose que la NRC pense ne pas pouvoir se produire : c'est l'onde de choc d'une détonation. Juste ici. Il y a le bâtiment intact. Voici le bâtiment qui explose avec la détonation. Mais ça ne peut pas arriver, donc… ne vous en souciez pas.

C'est la détonation image par image, et bien sûr nous avons tous vu la dévastation que l'onde de choc d'une détonation peut causer. Les confinements sont faits pour confiner, et ceci n'est pas supposé se produire.

L'hypothèse n°2, c'est la fuite de confinement.

Maintenant Dave Lochbaum s'était penché sur ce point avant même l'accident, et certainement pendant, comme Fairewinds : ce qui s'est passé à l'intérieur des réacteurs de Daiichi, c'est que la pression est devenue si élevée que les boulons qui maintenaient le confinement on commencé à s'étirer.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Et des gaz chauds radioactifs et de la vapeur radioactive ont commencé à fuir, ainsi que de l'hydrogène. En plus de l'hydrogène créé dans le combustible, il y avait également une fusion en cours, et ce combustible repose maintenant sur le béton. Le béton libérait également de l'hydrogène. Nous avions donc deux sources d'hydrogène après l'accident de Daiichi : Le combustible alors qu'il causait ce qu'on appelle une réaction zirc-water, une réaction zirconium-eau. Mais nous avions aussi la fusion qui créait davantage d'hydrogène car le combustible chaud était en contact avec le béton et cela libérait de l'hydrogène également.

 

La NRC considère qu'un confinement fuit de 1% par jour. Dans un bâtiment, une pièce de cette taille, nous disons que... les gaz qui sont produits, cela ferait environ 1%... ce qui veut dire qu'en une centaine de jours, les gaz de cette pièce partiraient et des gaz frais les remplaceraient. Mais ce qu'a dit la NRC lors d'un appel téléphonique le 23 mars, c'est que les réacteurs de Daiichi fuyaient à 300% par jour.

Cela signifie que les gaz à Daiichi quittaient le confinement en 8 heures.

Quelle que soit la radioactivité émise par ce combustible nucléaire, elle était libérée dans l'environnement en 8 heures, car le taux de fuite du confinement était de 300% par jour. Et non pas 1% comme le suppose la NRC.

 

L’hypothèse n°3 ce sont les gaz nobles.

Si vous vous souvenez de la chimie au lycée – levez la main ceux qui s'en souviennent. Je ne vois pas beaucoup de mains, “oh, je m'en souviens !” – à l’extrême droite de la table périodique se trouvent les gaz nobles, des choses comme le xénon ou le krypton. On les appelle nobles car ils ne réagissent avec rien.

Le combustible nucléaire est chargé de gaz nobles, et aussi longtemps qu'il garde son intégrité, les gaz sont emprisonnés à l'intérieur. Hé bien le combustible n'a pas gardé son intégrité, et tous les gaz nobles ont été libérés. Les données indiquent qu'à Chiba il y avait du xénon qui est un gaz noble, à 400.000 fois le taux normal, immédiatement après l'accident. Et aussi que la concentration de xénon à Chiba était de 1300 Becquerels par mètre cube pendant 8 jours. Un mètre cube, c'est 3 pieds par 3 pieds par 3 pieds, et imaginez cela, dans chaque mètre cube d'air à Chiba, il y avait 1300 désintégrations, émettant de la radioactivité chaque seconde, pendant 8 jours. Qu'est-ce que ces gens respiraient ? Des gaz nobles, qui ne peuvent être mesurés maintenant, ils sont partis.

Donc je pense qu'un des problèmes ici est que le gouvernement japonais n'a aucune idée de quelle exposition les gens de Chiba ont reçu de ce nuage de gaz nobles qui ont été rejetés.

 

Voici des données importantes, elles viennent de sortir. Le journal Mainichi a couvert cette histoire mais ce sont en fait des données de la préfecture de Fukushima et ça ne date que d'une paire de jours.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (1)

Accéder à la 2ème partie de la présentation :

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et depuis quand ? (2)

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 16:34
Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

La deuxième intervention du Symposium de New York sur Fukushima est celle de Hiroaki Koide. Depuis plus de 40 ans, ce scientifique japonais n'a cessé de lancer des avertissements sur les dangers de l'énergie nucléaire. Deux ans et demi après le début de la catastrophe de Fukushima, l’électricien Tepco et l’état japonais sont totalement démunis devant l’eau radioactive se déversant en continu dans l’océan Pacifique et ce simple aveu d’impuissance face à l’horreur nucléaire donne ainsi raison à son combat.

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[Cet article fait suite à Naoto Kan - Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima]

__________________

 

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Fukushima Daiichi :

un compte rendu chronologique de la catastrophe

 


par Hiroaki Koide

Master en génie nucléaire
Professeur adjoint à l'Institut de Recherche de l'Université de Kyoto
Expert en sécurité & gestion des déchets nucléaires

 

 

Bonjour à tous.

Merci de vous réunir aujourd'hui pour discuter de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. J'aimerais vous communiquer quelques-unes de mes réflexions sur cette catastrophe.

Au Japon, il y avait 54 réacteurs nucléaires à la date du 11 mars 2011. La première centrale électrique du Japon a été l'unité 1 de Tokai, qui a été fournie par le Royaume-Uni en 1966. D'autres centrales nucléaires ont été installées, à Tsuruga et Mihama en 1970. Puis la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été fournie par GE [General Electric] aux États-Unis. Elle avait été exploitée pendant près de 40 ans quand elle a été frappée par l'énorme séisme et le tsunami, le 11 mars 2011.

 

Fondamentalement, une centrale nucléaire est une installation dans laquelle l'énergie électrique est produite à partir de l'énergie libérée par la fission nucléaire de l'uranium. Lorsque l'uranium subit une fission, des produits de fission s'accumulent dans le cœur du réacteur nucléaire. Parce que ces produits de fission sont des matériaux radioactifs, ils ont la propriété fondamentale de produire de la chaleur par eux-mêmes.
 

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Après que la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ait été frappée par le tsunami et le tremblement de terre le 11 mars, elle a perdu sa capacité à produire de l'électricité et à recevoir de l'électricité de l'extérieur.

 

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Et les générateurs diesel d'urgence ont été emportés par le tsunami.

Travailleurs luttant avec des lampes-torches
Travailleurs luttant avec des lampes-torches

Travailleurs luttant avec des lampes-torches

La centrale a été forcée à être dans une situation où elle ne disposait plus d'électricité en interne.

 

Toutefois, les matières radioactives accumulées dans le cœur du réacteur ont continué à générer de la chaleur, et par conséquent, le cœur du réacteur allait fondre s'il n'était pas refroidi. C'est essentiellement le sort de toute centrale nucléaire.

Afin de refroidir le cœur d'un réacteur, il faut de l'eau de refroidissement. Afin de faire circuler l'eau de refroidissement, il faut une pompe. 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Afin de faire fonctionner une pompe, il doit y avoir de l'électricité.

 

Cependant, toutes les sources électriques avaient été perdues et les pompes ne fonctionnaient pas, et personne ne pouvait apporter de l'eau pour refroidir les cœurs des réacteurs.

 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Sur un total de 6 réacteurs nucléaires qui existaient au sein de la centrale de Fukushima, seules les unités 1, 2 et 3 étaient en service. Au moment où ces unités 1, 2 et 3 produisaient une chaleur féroce, elles ont été frappées par le séisme et le tsunami, et même si l'arrêt automatique de la réaction de fission nucléaire a fonctionné, le dégagement de chaleur par les matières radioactives elles-mêmes n'a pu être stoppé ; c’est ce que nous appelons "la chaleur résiduelle".


Tout cela a conduit à la fusion des cœurs des réacteurs dans les unités 1 à 3.

Maintenant, je voudrais que vous visualisiez le cœur d'un réacteur nucléaire qui est constitué d'une céramique - céramique et uranium frittés. C'est semblable aux tasses à thé et aux plats que vous utilisez tous à la maison.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Ils disent que c'est devenu trop chaud et que cela a fondu. Maintenant, les gens ordinaires ne peuvent pas faire fondre des tasses et des plats. C'est difficile à imaginer. La céramique à base d'uranium ne fond pas à moins que la température ne dépasse 2800 ° Celsius. Mais elle a fondu. Il y avait environ 100 tonnes  de céramique à l'uranium fritté  dans le cœur du réacteur nucléaire, et ça a fondu.

La partie contenant le cœur du réacteur est une cocotte-minute en acier que l'on appelle "cuve sous pression du réacteur".  L'acier fond à 1400 ° - 1500 ° Celsius. La céramique à l'uranium fritté qui avait dépassé 2800 ° Celsius est tombée sur le fond de cette cocotte-minute. Elle a rapidement traversé le fond de la cuve sous pression. Le cœur fondu du réacteur est ensuite tombé sur le sol de l'enceinte de confinement du réacteur, qui confine la radioactivité et est le dernier rempart de protection.

 

Cependant, la cuve du réacteur a continué à céder à différents endroits, l'un après l'autre. D'où la perte du rempart de protection qui assure le confinement des radiations. La radioactivité a commencé à être libérée dans l'environnement.

Au même moment, l'hydrogène qui a été généré lorsque le cœur du réacteur a fondu a provoqué une explosion, qui a soufflé le bâtiment lui-même.

 

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

Je pense que la matière radioactive césium 137 était la plus dangereuse de celles  dispersées par la bombe atomique d'Hiroshima. La quantité de césium 137, qui a été libérée dans l'atmosphère par les unités 1 à 3 était de 168 fois celle de la bombe atomique d'Hiroshima, selon le rapport du gouvernement Japonais à l'AIEA, une organisation internationale qui promeut l'énergie nucléaire.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Je pense pour ma part que c'est probablement une sous-estimation, et que deux ou trois fois ce montant, soit 400 à 500 fois la quantité de césium 137 de la bombe atomique d'Hiroshima a déjà été dispersée dans l'atmosphère.

 

Dans le même temps, les matières radioactives qui ont été dissoutes dans l'eau ont coulé dans le sol, puis sont arrivées dans l'océan. Je crois que presque la même quantité de matières radioactives rejetées dans l'air a probablement coulé dans l'océan.

Je pense que vous tous ici présents ce jour savez que le Japon appartient à la zone appelée zone tempérée de l'hémisphère Nord. Dans cette zone, les vents d'Ouest soufflent d'Ouest en Est. La centrale nucléaire de Fukushima est située sur la côte du Pacifique dans la région du Tohoku, et à l'Est, il n'y a que la mer.

Lorsque le vent souffle de l'Ouest, la quasi-totalité des matières radioactives rejetées par la centrale de Fukushima Daiichi partent vers l'Est, au-dessus de l'Océan Pacifique. Cependant, parce que c'est un vent, parfois il souffle à l'Est et par moments c'est un vent du Sud ou un vent du Nord. Pour cette raison, les régions du Tohoku et du Kanto au Japon ont été extrêmement contaminées par les radiations.

 

Les gens qui vivaient au sein d'une zone d'environ 1 000 kilomètres carrés (390 miles carrés) autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont été forcés d'évacuer par le gouvernement Japonais. Plus de 100 000 personnes ont perdu leurs villes natales, leurs maisons, leurs voisins, et vivent en exil. Et, si les lois du Japon avaient été strictement observées, les zones où le sol est contaminé à plus de 40 000 Bq par mètre carré seraient désignées comme étant des zones contrôlées. Cependant, les zones contaminées allaient jusqu'à 20 000 kilomètres carrés (7 700 miles carrés), ce qui signifie qu'une vaste zone dans les régions du Tohoku et du Kanto aurait dû être évacuée.

 

Face à une telle réalité, le gouvernement Japonais a décidé qu'il ne serait jamais en mesure d'aider les gens dans ces zones contaminées, et que les gens seraient abandonnés et laissés là. A ce jour, environ 10 millions de personnes ont été laissées dans des zones qui auraient dû être désignées comme zones contrôlées, et elles sont exposées quotidiennement à une radioactivité continuelle.

Ensuite, vous pourriez demander si la catastrophe de Fukushima a pris fin, mais ce n'est pas le cas.

Le 15 mars 2011, il y a eu une explosion dans le bâtiment du réacteur n° 4, qui était situé juste à côté des réacteurs n ° 1, 2 et 3 et était hors service au moment de la catastrophe du 11 mars. Parce que le réacteur n° 4 n'était pas en exploitation, toutes les barres de combustible qui avaient été dans le cœur du réacteur avaient été transférées dans la piscine à combustible usé dans le bâtiment réacteur.

 

Il y avait 548 assemblages de combustible dans le cœur, mais la piscine du combustible détient 1 331 assemblages de combustible, soit 2,5 fois le nombre d'assemblages de combustible qui auraient dû être dans le cœur du réacteur. À l'heure actuelle, ils sont au fond de la piscine à combustible usagé, qui est pleine de produits de fission.

 

Je pense que ce combustible au fond de la piscine de combustible usé contient en césium 137 l'équivalent de plus de 10 000 bombes atomiques d'Hiroshima. Le bâtiment du réacteur nucléaire, qui a été détruit par l'explosion, est toujours exposé à l'environnement, même aujourd'hui, et il y a des répliques presque tous les jours, dans les environs de la centrale nucléaire de Fukushima.

 

Si une autre réplique importante avait lieu, le bâtiment du réacteur subirait d'autres dommages, et si la piscine à combustible devait s'effondrer, il deviendrait impossible de refroidir le combustible usagé. Je crains que beaucoup plus de matières radioactives que relâchées jusqu'à présent ne seraient expulsées dans l'environnement.

 

TEPCO est bien sûr conscient du danger et a continué à travailler pour enlever le combustible de la piscine à combustible usé et le transférer à l'endroit le plus sûr dès que possible, mais TEPCO estime que cela prendra plusieurs mois, probablement jusqu'à la fin de cette année, avant de pouvoir enfin commencer à retirer le combustible usagé. J'espère qu'il n'y aura pas de tremblement de terre avant cela.

 

Même s'il n'y a pas de tremblement de terre et qu'ils peuvent commencer l'enlèvement, ce sera un travail difficile. Je ne suis pas sûr qu'ils puissent vraiment retirer les 1 331 assemblages de combustible irradié en toute sécurité. Je pense que de nombreux autres  travailleurs seront exposés à des radiations dans ce processus.

 

Le Japon a choisi l'option d'utiliser l'énergie nucléaire, mais cette option impose un terrible fardeau à la nation, jette les personnes vivant autour de la centrale nucléaire dans un profond désespoir, et oblige de nombreux travailleurs à s'engager dans une lutte désespérée pour mettre fin à la catastrophe.

 

Mais, malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière dans le temps. Je dois vivre dans un monde contaminé. J'espère pouvoir faire ce que je peux pour mettre un terme à la catastrophe dès que possible, et diminuer le nombre de personnes exposées aux radiations, en particulier les enfants, même en petits nombres.

 

Toutefois, le Japon a eu recours à la production d'énergie nucléaire pendant longtemps. Les gens dans les sphères politiques et économiques persistent à dire que le Japon ne survivrait pas si la production d'énergie nucléaire prenait fin. Cependant, même les données du gouvernement japonais lui-même montrent clairement qu'il n'y aurait pas de problème d'alimentation électrique si le Japon venait à abolir l'ensemble de ses centrales nucléaires.

 

J'espère abolir totalement toutes les centrales nucléaires au Japon dès que possible. Je pense que ceux dans les domaines politique et économique et ceux qui ont dirigé le Japon devraient faire un effort pour étudier la nature destructrice de l'énergie atomique, et guider la nation comme de bons dirigeants en faveur de l'abolition des centrales nucléaires.

 

Dans le même temps, vous tous réunis ici aujourd'hui depuis le monde entier devez relever vos propres défis dans vos pays respectifs. Nous avons besoin de vos efforts afin qu'une plus grande tragédie encore ne se produise pas.

 

Merci beaucoup.

Enregistré et édité par Intertelemedia, Inc

Traduction en anglais par Kazko Kawai en coopération avec Voices for Lively Spring

Sous-titré (en Anglais) par East River Films Inc

Traduction & transcription française par kna60 / kna-blog.blogspot.com

 

 

Article de Kna60 sur son blog

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 23:28
Naoto Kan - Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima

A l’occasion du second anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, un symposium s’est tenu à l'Académie de Médecine de New-York les 11 et 12 mars 2013. Organisé par la Fondation Helen Caldicott et coparrainé par Physicians for Social Responsibility (Médecins pour une Responsabilité Sociale), ce symposium est intitulé « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Un groupe d'éminents scientifiques internationaux dans les domaines de la médecine et de la biologie, des ingénieurs nucléaires et des experts en politique ont ainsi présenté des exposés et discuté des conséquences bio-médicales et écologiques de la catastrophe de Fukushima.

Malgré la grande qualité des interventions, cet évènement international consacré à la catastrophe nucléaire la plus grave de l’Histoire est passé quasiment inaperçu dans les médias. Suite à ce constat, une vingtaine de citoyens européens se sont mobilisés pour réaliser des traductions françaises et allemandes afin de diffuser les communications sur la toile. Mais la tâche est colossale. Il n’y a pas moins de 23 conférences à transcrire et traduire. Au jour d’aujourd’hui, la moitié de la tâche est déjà accomplie et je voudrais remercier chaleureusement tous les transcripteurs, traducteurs et relecteurs qui réalisent ce travail bénévolement. Par ailleurs, le formidable travail réalisé par Kna60 permet de suivre ces conférences en vidéos sous-titrées en français sur son blog. Qu’il en soit également ici remercié.

 

Le blog de Fukushima se propose de diffuser les textes et les vidéos des conférences traduites. Commençons par la première intervention de la première journée, il s’agit de l’intervention de Naoto Kan, filmée du Japon car l’ex Premier Ministre n’avait pu se rendre aux Etats-Unis.

 

 

__________________

Symposium de New York, 11-12 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima

 

par Naoto Kan

Membre de la Chambre des Représentants

Ancien Premier Ministre du Japon

 

 

Bonjour à tous. Je suis Naoto Kan.

 

J'étais Premier Ministre du Japon lorsque la catastrophe nucléaire de Fukushima s'est produite en 2011.

 

J'étais invité au symposium organisé par la fondation Helen Caldicott, mais je n'ai pu m'y rendre en personne. À la place je vous envoie ce message vidéo pour vous dire ce qui s'est passé durant cette période.

 

La catastrophe nucléaire de Fukushima le 11 mars 2011 a résulté de deux causes majeures.

 

Inutile de le dire, la cause première a été la coupure totale de courant à Fukushima Daiichi, causée par l'énorme séisme et tsunami, les plus forts jamais survenus dans l'histoire du Japon. Toutefois, il y avait effectivement une autre cause majeure.

Une telle coupure totale de courant et un tsunami aussi puissant n'ont jamais été anticipés. Aucun préparatif à une telle situation n'a jamais été fait en termes d'installations physiques ou de structure de la communication au sein du gouvernement. C'était, en d'autres termes, une cause d'origine humaine.

 

Ce furent les deux causes qui ont conduit à ce désastre nucléaire majeur.

 

Au soir du 11 mars, environ 8 heures après le tremblement de terre, l'unité 1 a connu une fusion du coeur et un percement de la cuve. Le combustible nucléaire fondu s'est accumulé au fond de l'enceinte de confinement. Le jour suivant une explosion d'hydrogène s'est produite dans ce réacteur n°1. Les réacteurs n° 1, 2 et 3 ont connu une explosion d'hydrogène puis une fusion, et le réacteur n° 4 a aussi connu une explosion d'hydrogène.

 

Dans cette centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, il y avait 6 réacteurs nucléaires et 7 piscines à combustible usagé, contenant des barres de combustible usé. La centrale nucléaire de Fukushima Daini (n° 2) est située à ~ 12 kilomètres de Daiichi (n° 1). Daini (n° 2) a 4 réacteurs nucléaires et 4 piscines à combustible usagé.

 

Un certain temps après le séisme, ces réacteurs et piscines sont pratiquement devenus incontrôlables. Vers 3 h le 15 mars, TEPCO, via le Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, a demandé le retrait et l'évacuation de ses travailleurs.

 

Si les ouvriers de TEPCO avaient été retirés, il aurait été pratiquement impossible de garder le contrôle de ces réacteurs nucléaires. J'ai pleinement compris que ce serait une opération présentant de grands dangers. Mais j'ai demandé que les ouvriers de TEPCO restent pour faire face à la catastrophe nucléaire malgré que leurs vies puissent être mises en danger. TEPCO a accepté qu'il en soit ainsi.

 

Le 15 mars, la Force d'Auto-Défense a commencé à se préparer à larguer de l'eau dans les piscines depuis les airs. Ils l'ont fait pour la première fois le 17 mars.

Ce fut ma riposte d'alors à la catastrophe nucléaire.

 

Dans l'intervalle, j'ai personnellement examiné, ainsi que des experts, les scénarios du pire. Comme je viens de le dire, il y a un total de 10 réacteurs nucléaires et 11 piscines à combustible dans les centrales nucléaires de Fukushima Daiichi et Daini. Si tous devenaient hors contrôle, fondaient et libéraient des matières radioactives dans l'air et dans l'océan, quelles quantités de matières radioactives seraient libérées dans l'environnement ?

 

Jusqu'à ce moment, Tchernobyl a été la pire catastrophe nucléaire, mais Tchernobyl a résulté d'un accident dans un seul réacteur nucléaire. Si en comparaison, on avait perdu le contrôle de 10 réacteurs et piscines à combustible usagé, l'évacuation d'une zone extrêmement étendue aurait été nécessaire. C'est alors ce qui m'inquiétait le plus.

 

M. Kondo, qui était le président de la Commission à l'Énergie Atomique du Japon, m'a fait remarquer que dans un scénario du pire, les gens dans un rayon de 250 kilomètres pourraient devoir évacuer, et qu'ils ne seraient peut-être pas en mesure de rentrer chez eux pendant 10, 20 ou 30 ans.

 

La métropole de Tokyo est dans cette zone de 250 km. 50 millions de gens, presque la moitié de la population du Japon, vivent là. Si 50 millions de personnes doivent abandonner leurs maisons, quitter leur lieux de travail, ou leur école, ou si des patients hospitalisés doivent quitter leurs hôpitaux, il y aurait beaucoup plus de victimes pendant l'évacuation. Le Japon ne pourrait fonctionner pleinement en tant que nation pendant longtemps.

 

Le Japon était proche de ce scénario extrêmement grave.

 

Finalement nous avons pu minimiser la dispersion de la radioactivité en versant de l'eau dans les réacteurs avant que la situation ne devienne trop critique. Je crois qu'on l'a dû au fait que non seulement l'opération a été habilement gérée, mais que nous avons eu en fait une protection divine.

 

Durant ces opérations, nous avons découvert que dans la politique énergétique nucléaire du Japon jusqu'alors, il n'y avait pas de réglementation suffisante pour forcer les compagnies exploitantes à se préparer à un tsunami, y compris en installant un générateur de secours à une grande hauteur.

 

L'Agence de Sûreté Nucléaire et Industrielle, un organisme dépendant du Ministère de l'Économie, du Commerce & Industrie, était l'autorité qui devait jouer un rôle primordial dans la prise en charge d'un accident dans une centrale nucléaire. Toutefois, les cadres supérieurs de cette agence n'étaient pas des experts en énergie nucléaire. Ils étaient experts en législation ou politiques économiques. Ni eux, ni leurs équipes, n'ont jamais été préparés à un désastre nucléaire de cette ampleur.

 

Mon opinion est que ce manque de préparation en termes d'installations matérielles, le manque de politiques appropriées et de structure du gouvernement ont aggravé la catastrophe.

 

Après avoir vécu cette catastrophe nucléaire, j'ai pensé à la façon de gérer les centrales nucléaires dans le contexte des politiques énergétiques japonaises et mondiales.

Ma conclusion est que la meilleure sécurité dans le nucléaire, c'est de ne pas avoir de centrales nucléaires du tout. En effet, je suis convaincu que ne pas avoir de centrales nucléaires est la plus sûre des politiques nucléaires ou énergétiques.

 

Inutile de dire que si nous pensons au risque extraordinaire de perdre la moitié de notre pays et d'avoir 50% de la population qui doive évacuer, ce problème ne peut pas être résolu par la technologie.

 

En outre, plus fondamentalement, j'en suis venu à penser que l'humanité a commencé à manipuler l'atome, créant des bombes atomiques et des armes nucléaires, puis des centrales nucléaires. Il a été créé une technologie qui ne peut pas coexister facilement avec la vie humaine sur Terre.

 

Quand je considère la future politique énergétique, je me souviens que la race humaine ainsi que toutes les autres créatures sur Terre ont coexisté avec le soleil pendant environ 4,5 milliards d'années. Et le soleil a fourni pratiquement toute l'énergie sur Terre jusqu'à ce jour.

 

Je crois que la future politique énergétique Japonaise et mondiale doit se focaliser sur l'extension de l'utilisation de l'énergie renouvelable, et nous devrions finalement en obtenir toute l'énergie requise sans utiliser l'énergie nucléaire ou les combustibles fossiles.

 

Au Japon, un système de tarif de rachat a été introduit après la catastrophe nucléaire, et les énergies renouvelables, telles que le solaire et l'éolien ont commencé à gagner en popularité à un rythme explosif.

 

D'un autre côté, les problèmes des centrales nucléaires, ça n'est pas seulement un risque potentiel d'accidents. Elles génèrent du combustible usagé, c'est-à-dire des déchets nucléaires. Aucune solution satisfaisante quant à leur élimination sécurisée n'a été trouvée nulle part dans le monde.

 

En particulier, il y a plus de séismes au Japon que nulle part ailleurs dans le monde.

Il est pratiquement impossible de stocker ici et sans danger des déchets nucléaires à long terme. De plus, l'idée classique selon laquelle l'énergie nucléaire est la moins chère a été radicalement mise à mal.

 

Bien sûr, il y a de nouvelles sources d'énergie, y compris le gaz de schiste, et il est devenu évident pour tous que l'énergie nucléaire n'est jamais bon marché en termes de coûts de retraitement ou de gestion des déchets.

 

Je pense que les centrales nucléaires ne sont pas et ne seront jamais justifiables économiquement, et n'existeront pas dans le futur. De nombreux experts et politiciens au Japon pensent toujours que l'énergie nucléaire est bon marché. Mais je crois qu'il deviendra plus clair qu'un tel raisonnement est erroné.

 

En ce sens, je crois que l'énergie nucléaire n'a existé que comme source d'énergie de transition, temporaire, et que cette technologie n'existera pas et ne devra plus exister au siècle prochain.

 

Je voudrais que vous compreniez tout à fait que, si la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon a en effet résulté du séisme et du tsunami, des erreurs humaines où des personnes qui ont négligé de réaliser les préparatifs appropriés sont aussi entrées en jeu ; et je vous en serais reconnaissant si vous vouliez prendre cela en considération pour déterminer la future politique énergétique.

 

Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre à New York aujourd'hui, mais je vous ai offert mes expériences et réflexions par ce message vidéo.

 

Merci beaucoup à tous pour votre attention.

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Traduction anglaise par Kazko Kawai avec Voices for Lively Spring

Sous-titré en anglais par East River Films Inc

Traduction française par Kna60

Sous-titré en français par Kna60 / kna-blog.blogspot.com

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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  • : Un blog consacré entièrement à la catastrophe nucléaire de Fukushima et à ses répercussions au Japon et dans le monde.
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