15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 21:51

Texte de de HORI Yasuo du 30 novembre 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

Texte original en espéranto

Le 30 novembre a eu lieu la fête de Zamenhof (événement en l'honneur de l'inventeur de l'espéranto) organisée par le Cercle de Mai dans la station thermale d'Īzaka dans la ville de Fukushima. Profitant de cette occasion, j'ai visité la ville de Fukushima et le mont Shinobu qui s'y trouve.

 

 

Comment on nettoie l'environnement dans les villes autour de la centrale nucléaire n°1 endommagée de Fukushima


     A trois minutes de marche de la gare de Fukushima se trouve ce qui s'appelle la "Plaza pour obtenir des informations sur le nettoyage" (http://josen-plaza.env.go.jp/). Dans cette Plaza, on distribue diverses informations sur la radioactivité et le nettoyage, donc, lorsque je vais à Fukushima, j'ai l'habitude de m'y rendre. Cependant, je n'ai jamais vu de visiteurs dans ce bureau et chaque fois deux ou trois préposés m'attendaient avec une expression ennuyée. Ce jour-là aussi, la situation était identique.

 

  Je m'intéresse à l'état du nettoyage dans les villes autour de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Sur les tableaux blancs on pouvait lire l'état actuel dans ces villes,  par exemple celui-ci :

 

Villes

Transports de déchets

dans le lieu de stockage provisoire

Nombre d'ouvriers

Progression du travail de nettoyage

Minami-Sōma

transporté

4100

Maisons 100%, Forêts 100%, Champs 100%, Routes 100%

Ītate

transporté

1400

Maisons 100%, Forêts  99.8%, Champs  99%, Routes  95%

Namie

transporté

2300

Maisons 92%, Forêts 96%, Champs 96%, Routes 87%

Ōkuma

transporté

590

Maisons 100%, Forêts 100%, Champs  100%, Routes 100%

Tomioka

transporté

1200

Maisons 100%, Forêts 100%, Champs  99.9%, Routes 99%

 

 

  La centrale nucléaire n°1 est implantée dans les villes d'Ōkuma et Futaba. Namie et Tomioka sont des villes voisines, et Ītate est situé un peu loin de la centrale, mais le nuage nucléaire a flotté vers ce village et l'a fortement contaminé. Dans ces 5 villes et village, les gens ne sont pas autorisés à vivre, mais 9590 personnes en tout y travaillent pour nettoyer la terre. La moitié d'entre eux sont des habitants de Fukushima, l'autre moitié vient d'autres départements pour gagner un salaire.

 

 

       Selon les informations ci-dessus, presque tous les sites sont déjà nettoyés, mais ici "forêts" signifie "lisière de forêt dans un rayon de 20 mètres autour des maisons." On ne peut pas nettoyer de très vastes forêts, on a donc décidé de nettoyer juste quelques arbres autour des maisons afin que les habitants puissent vivre dans leur propre maison. Par conséquent, presque toutes les forêts sont encore si radioactives qu'on ne peut y prendre du bois pour cultiver des champignons, ni y cueillir des herbes et champignons comestibles. En outre, l'eau de pluie provenant des forêts peut à nouveau contaminer le sol où sont installées les maisons. 

 

    On va construire à présent, on construit, et on a déjà achevé une petite partie de "l'avant-dernier stockage  de déchets" ( On construira le stockage final dans 30 ans en dehors du département de Fukushima, et c'est là qu'iront ces déchets, mais personne n'y croit), or de nombreux propriétaires de terrain ne sont pas d'accord pour la vente ou le prêt de leurs terrains à l'État, si bien que la construction est très lente. Selon le tableau, on transporte maintenant les déchets de ces villes dans le lieu de stockage, mais je suppose que la quantité en est très faible. La plupart des déchets se trouvent encore dans ces villes.

 

      Sur les tableaux sont écrits les noms des entreprises qui font ces travaux. Toutes sont de grandes compagnies. Certes, elles en tirent un grand bénéfice, ainsi que de la construction de barrages anti-tsunamis le long de la côte de la région de Tōhoku. Nombreux sont ceux qui souffrent des suites du tsunami et de l'accident nucléaire, mais à l'inverse, ces entreprises rient sous cape de l'immense profit engendré, et je les soupçonne d'espérer que reviennent tsunami et accident nucléaire.

 

 

Efforts pour la sécurisation des productions


Encore beaucoup de gens pensent que les produits de Fukushima ne sont pas sûrs, c'est pourquoi le département de Fukushima essaye de dissiper cette mauvaise réputation auprès des gens. Pour cette raison, on fait différents efforts; par exemple, pour le riz on effectue ceci :

   1. le nettoyage des champs par retournement de la terre de sous-couche pour la mettre en surface, labourage plus profond, grattage de la terre de surface

   2. la prévention de l'absorption de césium radioactif dans le riz par épandage de grandes quantités de potasse dans les champs, car, lorsque la terre manque de potassium, le riz absorbe davantage de césium.

   3. l'examen de tous les sacs de riz. La norme maximale de radioactivité autorisée dans les productions est de 100 becquerels / kg. On examine tous les sacs de riz, et seuls les sacs en dessous de cette norme reçoivent l'étiquette "contrôlé" et pourront aller sur le marché. En 2014, 10.968.811 sacs ont été examinés, dont aucun ne dépassait la norme. 

 

  Pareillement les fruits, les légumes, le poisson et la viande sont contrôlés puis envoyés sur le marché. Sur la base de ces efforts, le département de Fukushima explique  que les productions de Fukushima sont les plus sûres du Japon, mais la sécurité et la paix appartiennent à d'autres catégories. Même si on comprend "la sécurité" dans sa tête, dans son coeur on ne peut pas l'accepter, car maintenant encore les productions de Fukushima ne sont achetées qu'après d'âpres marchandages et les agriculteurs se lamentent.

 

 

Au pied du mont Shinobu côté sud


Le pied du mont Shinobu côté sud était un lieu de prédilection pour les habitants. Beaucoup s'y promenaient, mais depuis l'accident nucléaire seulement quelques personnes courageuses y vont. Il est très proche de la gare de Fukushima. J'ai emprunté un vélo gratuit à la gare et je m'y suis rendu.

 

Au pied de la montagne se trouve le Musée Départemental de l'Art. Entre le musée et la montagne il y a un petit ruisseau. A un endroit, il y a 3 ans, c'était contaminé à 12 microsieverts par heure (la norme maximale est de 0,23). L'an dernier, le nombre était tombé en dessous de 10. Le ruisseau à présent était plein de feuilles mortes. J'ai mesuré sur les feuilles et le chiffre a affiché environ 6 microsieverts. Le chiffre cette fois a diminué de moitié, mais cet endroit est encore trop pollué pour être habitable.

   Le pied sud de la montagne était un endroit très agréable pour les habitants, car ils pouvaient profiter d'un beau panorama en direction du mont Azuma-yama, symbole du département. Mais maintenant, à côté de toutes les maisons, on voit des sacs verts contenant de la terre polluée. J'ai mesuré la radioactivité sur ces sacs. Les chiffres étaient d'environ 0,15 donc ici c'est habitable, mais les gens ne veulent pas vivre entourés de sacs verts. Beaucoup de maisons étaient vides. Lorsque cet "avant-dernier lieu de stockage" sera terminé dans Ōkuma et Futaba, ces sacs verts y seront dirigés, mais nous ne savons pas quand cela aura lieu.

Autour du Mont Shinobu dans la ville de Fukushima

   Je me suis dirigé ensuite vers l'ouest en longeant la montagne. Il s'y trouve un centre des impôts municipal et national, et à proximité une station émettrice de télévision. Dans ce lieu il y a un énorme stockage temporaire de déchets. Peut-être y avait-il là un parking auparavant.

Autour du Mont Shinobu dans la ville de Fukushima

A côté du stockage se trouve un dosimètre avec l'information suivante:

Cet entrepôt provisoire est une installation pour préserver temporairement et en toute sécurité la terre polluée etc., avant qu'elle soit transportée vers "l'avant-dernier stockage". A cet effet, l'installation est construite pour contenir les déchets nucléaires, empêcher la radioactivité de se répandre, observer les déchets et tenir les gens à distance.
Afin de maintenir le lieu de stockage sûr et rassurant, nous mesurons la radioactivité chaque semaine et l'eau souterraine chaque mois.
Afin de ne pas endommager le beau paysage du mont Shinobu, nous avons couvert la terre polluée avec une bâche de plastique vert.

Explications tout à fait ridicules ! Le lieu de stockage s'est rapproché des habitants et les inquiète. Est-ce que la couverture verte s'harmonise avec la montagne verte ? Nous ne savons pas quand ce monticule sera transféré à "l'avant-dernier stockage" que l'on construit à côté de la centrale nucléaire endommagée. Certes, beaucoup craignent que le monticule vert ne se dresse ici à jamais.

 

 

A côté de ce monticule se trouvent des maisons provisoires pour les réfugiés de la ville de Namie. Ils sont partis de leur ville parce qu'il y a là-bas une radioactivité forte mais invisible, or maintenant ils logent face à une radioactivité visible. Sur quelques fenêtres pendaient des kakis. C'est là un paysage d'automne symbolique du Japon, mais comme ils pendent tristement ici !

Autour du Mont Shinobu dans la ville de Fukushima

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 07:02

Texte de de HORI Yasuo du 17 novembre 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

L'Asie nucléaire (source openstreetmap)

L'Asie nucléaire (source openstreetmap)

Article original en espéranto

Le Vietnam a retardé la construction de réacteurs nucléaires


Le 6 novembre, on a appris que le Parti communiste du Vietnam avait demandé au gouvernement de retarder la construction des réacteurs nucléaires, car c'est très difficile de dépenser autant d'argent pour cette installation. 

 

En 2010, le Japon a réussi à obtenir une commande de deux réacteurs nucléaires au Vietnam, mais à cause de cette dernière décision, la construction pourra être reportée à beaucoup plus tard, alors ce sera un grave revers pour le Premier ministre japonais Abe, qui a l'intention d'exporter le plus possible de réacteurs japonais à l'étranger pour la prospérité de l'économie japonaise.

 

Au Vietnam, en mars de cette année, le gouvernement a publié que le premier réacteur commencerait à fonctionner en 2028, mais plusieurs des membres du conseil d'administration nouvellement élus craignent une détérioration de la situation financière du pays en raison de cette construction et craignent aussi le danger de l'énergie nucléaire. Cependant, le responsable du ministère de l'économie a nié la possibilité d'arrêter la construction elle-même.
(Selon le journal Mainichi, du 7 novembre 2016)

 

 

Taïwan a décidé de démanteler toutes les centrales nucléaires pour 2025

 

A Taïwan, en 2015, l'électricité provenant des centrales nucléaires constituait  14,1%, et actuellement ce sont  3 réacteurs qui fonctionnent dans trois centrales. Après l'accident de Fukushima, l'opinion antinucléaire s'est durcie, et en mai Mme Tsai Ing-wen, qui a promis d'abandonner l'énergie nucléaire, a été élue présidente de Taïwan. Tous les réacteurs à Taïwan atteindront 40 années d'âge en 2025. Dans la loi qui sera révisée sur l'industrie de l'électricité, on inscrira clairement l'abandon des projets de restauration, et l'arrêt de tous les réacteurs pour 2025.

 

Le 23 octobre, dans le journal Asahi a paru une interview avec M. Lee (李世光), le ministre de l'économie de Taïwan, que je traduis ici.

 

– Pourquoi Taïwan se dirige-t-elle vers l'arrêt des centrales nucléaires ?
M. Lee: Après l'accident de Fukushima, l'opinion publique a beaucoup changé. Le nouveau gouvernement a montré son objectif clair d'abandonner tous les réacteurs et promouvoir l'énergie renouvelable. Lorsque le monde industriel constatera que cet objectif ne va pas vaciller, il investira positivement dans l'énergie renouvelable et il créera un grand changement.

 

– Il semble que le temps va manquer.
M. Lee: Avant que nous ayons montré clairement notre objectif, on a nous opposé la difficulté de compenser les 14,1% d'électricité que nous allions perdre, et on a manifesté un doute quant à la stabilité de l'énergie renouvelable, et la conclusion a été que dépendre de l'énergie renouvelable serait difficile ; et en ce qui concerne le traitement des combustibles usagés, on a cessé de réfléchir sérieusement et on a évité de conclure. Un tel état d'esprit est le plus grand obstacle pour les énergies renouvelables.

 

– Comment changerez-vous tout cela ?
M. Lee: Maintenant produire de l'électricité à partir de l'énergie solaire est techniquement assez au point, et les panneaux solaires deviennent bon marché. Pour Taïwan va naître une grande chance. Dans le détroit de Taïwan soufflent des vents forts, donc produire de l'électricité à partir du vent est une solution des plus envisageables. Cependant il manque une technologie suffisante pour Taïwan, donc nous attendons l'aide du Japon.

Aucune source d'électricité renouvelable ne peut, à elle seule, constituer l'énergie de base, mais nous y arriverons si nous combinons diverses sortes d'énergies renouvelables. Pendant ce temps, nous exploiterons la technologie du stockage d'énergie et ferons la promotion  des économies d'électricité.

 

– Cela est-il réalisable?
M. Lee:  Alors que nous visons à rejeter les réacteurs nucléaires, nous ne devons pas nous demander si nous pourrons remplacer l'énergie nucléaire par de l'énergie renouvelable, mais nous devons réfléchir à la politique à mener pour que nous ne laissions pas le problème des déchets nucléaires à la génération qui vient.

Taïwan a sagement choisi une nouvelle présidente, et s'est dirigée dans la bonne voie, tandis qu'au Japon, on a élu ce mauvais premier ministre et on lui permet de remettre en fonctionnement toujours davantage de réacteurs nucléaires  et on lui permet même d'exporter des réacteurs japonais à l'étranger.

 

 

Le Japon et l'Inde se sont mis d'accord sur l'énergie nucléaire


    Le 11 novembre, le Premier ministre japonais et le Premier ministre indien ont signé un accord sur l'énergie nucléaire. Grâce à cet accord, le Japon pourra exporter des réacteurs nucléaires en Inde (y compris des produits nucléaires, des machines, des équipements et de la technologie).

Centrales nucléaires en fonctionnement en Inde (Les chiffres indiquent le nombre de réacteurs)

Centrales nucléaires en fonctionnement en Inde (Les chiffres indiquent le nombre de réacteurs)

L'Inde a expérimenté une bombe atomique en 1974, et en 1998 elle l'a expérimentée une deuxième fois. Elle n'a pas signé le Pacte de non-prolifération des armes nucléaires (en anglais, Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons: NPT), donc beaucoup craignent que cet accord ne facilite l'exploitation des armes nucléaires en Inde.

 

Le Japon a souffert, et souffre encore, des deux bombes atomiques larguées sur son sol, il a donc le devoir de proposer l'abolition des armes nucléaires dans le monde, mais le gouvernement actuel fait tout le contraire. M. Sakuma Kunihiko, représentant des victimes des bombes atomiques, a vivement protesté en disant :

"L'Inde n'a pas signé le Pacte. Les équipements nucléaires que nous allons exporter peuvent être utilisés pour produire des armes nucléaires.

L'accord qui vient d'être conclu est contraire à l'objectif du TNP, et en conséquence le Japon pourra se trouver engagé dans la production de davantage d'armes nucléaires en Inde ".

Le 27 novembre, le Japon refuse toujours de signer la résolution sur la tenue d'une session de l'Organisation des Nations Unies pour l'abolition des armes nucléaires. Maintenant, le Japon est devenu un pays qui ne mérite plus le respect du monde.

 

 

Tremblement de terre et centrales nucléaires en Corée

La politique nucléaire des pays voisins du Japon

Un tremblement de terre d'une magnitude de 5,8 s'est produit le 12 septembre en Corée. Ce séisme a eu lieu à proximité de deux centrales nucléaires: Wolseong ( ) avec 6 réacteurs et Kori ( ) avec 6 réacteurs ; et dans un rayon de 30 kilomètres autour de ces centrales vivent 3,8 millions de personnes. Le gouvernement insiste sur le fait que les centrales sont construites assez solidement pour résister aux tremblements de terre, mais les opposants proposent le démantèlement des réacteurs anciens et fragiles face aux séismes, et l'arrêt de la construction des nouveaux réacteurs n ° 5 et 6 dans la centrale nucléaire de Kori.
(Selon le journal Akahata du 20 septembre 2016)

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:00

Texte de de HORI Yasuo du 1er novembre 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

 

Derniers mouvements en date contre la politique nucléaire

Texte original en espéranto

Les débats au tribunal de ma ville ont pris fin


Le 31 octobre a eu lieu la fermeture des débats au tribunal de Maebashi, dans le département de Gunma. Les magistrats ont annoncé qu'ils rendraient leur verdict le 17 mars 2017. Il s'agissait d'une demande de fonds de compensation de la part des victimes habitant ici en raison de l'accident nucléaire de Fukushima en mars  2011.

 

Le 11 septembre, le groupe de plaignants constitué de 137 personnes de 45 familles de Fukushima, vivant principalement dans le département de Gunma, a exigé devant le tribunal une indemnisation de TEPCO. Le 25 avril 2014, la première des plaidoiries verbales a eu lieu. Le 15 décembre, tous les 137 plaignants ont présenté leur affaire. En tout 25 séances ont eu lieu et finalement, le 31 octobre 2016,  les débats ont été terminés.

 

Dans ce jugement, le groupe des accusateurs a donné les arguments suivants :


1. Les plaignants ont été chassés de leur maison à cause de l'accident de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Ils ont perdu leur foyer, base de leur vie et de leur bonheur de vivre. Cinq années plus tard, certains ne peuvent pas encore revenir à Fukushima, certains vivent séparés des membres de leur famille et d'autres vivent seuls ici dans un endroit qui leur est étranger.

 

2. Ils exigent qu'au tribunal on leur explique les causes de l'accident. On pouvait prévoir un tsunami exceptionnel, mais TEPCO n'a rien fait pour prévenir l'accident, et l'État n'a pas donné de consignes à la compagnie. Ils sont tous deux coupables de l'accident.

 

3. Ils demandent que le tribunal fasse rapidement son travail pour sauver au plus tôt les victimes en difficulté. 

 

    4. Ils exigent 10 millions de yens (86 500 euros) de compensation de TEPCO.

 

    J'ai souvent assisté à l'audience du tribunal, et j'ai senti que la présidente Hara éprouvait de la sympathie pour le groupe de plaignants et avait au contraire une position sévère envers les avocats de TEPCO et de l'État. Elle a écouté sincèrement les plaidoiries des plaignants. Elle a consenti à un verdict rapide comme le demandaient ceux-ci, si bien qu'une audience s'est tenue presque tous les mois, de sorte que le verdict sera le premier sur les 20 procès similaires se déroulant au Japon.

 

Au sujet de la sincérité de la présidente quelqu'un a écrit ces lignes:

 

Des 25 audiences, la plus impressionnante a été celle du 25 avril 2014. C'était la première audience et une femme a témoigné. Elle a parlé de la façon dont elle avait fui et atteint le département de Gunma, elle pleurait et tremblait, et pour finir elle s'est écroulée. Tout le monde la regardait avec une grande inquiétude. Elle n'était pas très mal en point, mais elle a dû sortir du palais de justice avec l'aide des responsables du tribunal. Ensuite la présidente a lu le reste de sa plaidoirie jusqu'au bout, et elle a déclaré que cela devait être considéré comme la plaidoirie de cette femme. J'ai été ému par sa sincérité.

 

Après la fermeture des audiences, est arrivée la réunion de synthèse. On y a fait un rapport sur 5 années de procès et ensuite deux accusatrices ont dit un mot en prenant congé. Je vais traduire les paroles de Mme Tanyi Sugie.


Je vous remercie de tout cœur de votre présence et de votre soutien. Je suis sûre que votre appui constant a encouragé le jury et sera un puissant levier pour une possibilité de verdict équitable.
J'ai perdu deux parents après l'accident nucléaire, c'est pourquoi aujourd'hui je suis venue ici en habit de deuil.
En juillet 2011, je me suis réfugiée dans la ville de Maebashi, laissant derrière moi mes chers amis. Je suis une réfugiée volontaire, non contrainte par le gouvernement, parce que mon mari et moi vivions en dehors de la zone interdite, donc j'ai toujours eu un sentiment de culpabilité depuis. Chaque jour, je me demandais si mon choix avait été juste, et si nous n'aurions pas dû rester là pour lutter ensemble. Aujourd'hui sont venues 15 personnes de la ville où j'habitais, donc je suis d'autant plus heureuse de les voir.
Je suis également reconnaissante aux avocats, qui nous ont soutenus au cours des 3 dernières années. Ils nous ont sincèrement tendu leurs mains secourables. Dans le Gunma, chaque plaideur est pris en charge par son avocat particulier. Tout le monde était venu à la barre des témoins avec beaucoup d'inquiétude et de peur. A ce moment-là les avocats et les sympathisants nous ont soutenus chaleureusement. Nous vous remercions du fond du cœur. Nous avons ainsi marché main dans la main avec une forte confiance.
J'ai plaidé deux fois. J'ai commencé les plaidoiries par ces mots "TEPCO doit compenser nos journées perdues dans la terreur et la solitude" et j'ai fini par ces mots "S'il n'y avait pas eu de centrale nucléaire, s'il n'y avait pas eu cet accident nucléaire, ...". Toutes les victimes ont leurs propres difficultés, mais ce qui les a causées, c'est l'accident nucléaire.
Le jour de l'accident, sans aucune information sur les pollutions aériennes, beaucoup de gens sont restés dans cet endroit dangereux et de nombreux parents ont fait la queue avec leurs enfants sous la pluie et la neige en attendant de l'eau. Ils regrettent d'avoir agi ainsi ce jour-là et ils s'en veulent. Ensuite, le gouvernement a déclaré qu'une radioactivité de 20 ou même de 100 millisieverts/an n'était pas dangereuse, mais peut-on le croire?
Qui peut rassurer les mères qui tremblent et qui pensent qu'une bombe nucléaire installée dans le corps de leurs enfants pourra exploser à tout moment ? Qui est coupable, et qui devra leur demander pardon? Qui doit répondre à la question d'un enfant: "Est-ce que je grandirai? Combien de temps pourrai-je vivre?". Même si nous pourrons rentrer chez nous, nous ne pourrons pas retrouver notre ancienne vie tranquille.

Pendant les audiences, Mme A, qui s'est réfugiée avec ses trois enfants, a raconté d'une voix tremblante qu'à partir de ce jour-là l'enfer avait commencé. Mme B a perdu son mari pendant l'exode, Mme C a renoncé à avoir un bébé, Mme D était dans l'inquiétude, craignant que ses enfants ne soient pas acceptés par leurs camarades de classe à l'école..., tous les 137 plaignants ont raconté leurs difficultés; avec leurs jambes qui tremblaient et avec des larmes, ils expliquaient le danger de l'énergie nucléaire, se présentant comme des personnes sincères et fières, et ils demandaient que TEPCO et le gouvernement leur présentent des excuses.

 

A chaque audience, les dossiers augmentaient et s'entassaient sur la table des avocats. Toutes les paroles qui y figuraient montraient une accumulation de chagrins, de pertes et d'angoisses chez les habitants de Fukushima. Mais TEPCO et le gouvernement n'ont jamais accepté une seule page de nos plaintes. Au contraire les agresseurs se dressent avec arrogance au-dessus des agressés.

 

Ce que nous pouvons faire maintenant, c'est exiger un verdict juste, et serrer plus fort les mains de nos amis. Nous ne demandons pas l'aumône à TEPCO et au gouvernement, mais nous exigeons d'être indemnisés comme notre droit.

 

Il y a 60 ans, le gouvernement a officiellement reconnu que la maladie de Minamata avait été causée par la société Tshiso qui avait déversé du mercure dans la mer, et ce problème a reçu un commencement de solution, mais il y a encore des gens qui souffrent sans compensation et sans aide médicale. Notre bataille contre la radioactivité invisible, inodore et indolore, durera longtemps par delà les générations, avec la crainte d'une maladie qui pourra éclater à tout moment. Tous les malades disent: "Qu'elle n'arrive plus jamais, la souffrance qui est la nôtre actuellement". Toutes les victimes de Fukushima sont d'accord.

Nous avons expérimenté le pire et le plus grand malheur, c'est pourquoi nous voulons faire ce que nous pouvons faire maintenant pour l'avenir, pour le monde à venir. C'est avec cette conviction que nous avons soumis notre affaire à la justice."
Le tribunal rendra son verdict en mars 2017, mais ce sera seulement le début de notre lutte. TEPCO et le gouvernement feront appel sans avoir honte quand ils auront ici un verdict défavorable. Jusqu'à ce qu'ils acceptent leur culpabilité et nous demandent pardon et que nous retrouvions une vie tranquille, après avoir reçu une compensation suffisante, nous avons décidé de nous battre, et nous ne renoncerons pas à la bataille.
A vous, les avocats et les sympathisants, nous adressons nos remerciements chaleureux. Jusqu'à la victoire finale, marchons ensemble main dans la main.

 Deux gouverneurs opposés à l'énergie nucléaire ont été élus


   En juillet a été élu M. Mitazono Satoshi comme gouverneur du département de Kagoshima, dans lequel se trouve la centrale nucléaire de Sendai. Il a exigé l'arrêt de cette usine, bien qu'il n'ait pas le pouvoir de l'ordonner. La société Kyūshū, qui possède cette centrale, a rejeté sa demande. L'avis du gouverneur, c'est-à-dire l'opinion de ses administrés, est d'une grande importance, donc l'entreprise ne peut pas simplement l'ignorer. Dans le département voisin de Kagoshima ont eu lieu de grands tremblements de terre successifs en avril, de sorte que les habitants de Kagoshima ont une grande peur d'un accident de la centrale nucléaire dans leur département. 

 

En octobre a été élu M. Yoneyama Ryūitshi à la tête du département de Nīgata. A Nīgata se trouve la plus grande centrale nucléaire du monde, à savoir celle de Kashiwazaki-Kariwa. Dans cette centrale, qui dispose de sept réacteurs, a eu lieu en 2007 un gros accident causé par un tremblement de terre. A présent, plus aucun réacteur ne fonctionne, mais TEPCO a l'intention de les remettre en route.

 

Le gouvernement va décider de démanteler le surgénérateur de Monju, qu'on a échoué à remettre en route au cours des 20 dernières années, bien qu'on ait dépensé 1000 milliards de yens (8,65 milliards d'euros). Le gouvernement a prévu de produire du plutonium à partir d'uranium usagé à Monju pour que le Japon possède éternellement un combustible nucléaire bon marché. Que ce soit pour garder Monju ou pour le mettre au rebut, nous aurons besoin de beaucoup d'argent et on ne sait pas comment le démanteler en toute sécurité.

 

Selon un sondage réalisé par le journal Asahi, 57% des Japonais sont opposés à la remise en route des réacteurs nucléaires, tandis que 29 % l'approuvent.

 

 

Les pays voisins


    A Taïwan, le cabinet a décidé d'arrêter tous les trois réacteurs jusqu'en 2025. Après l'accident nucléaire de Fukushima, le mouvement contre l'énergie nucléaire a évolué, si bien qu'on a  décidé de ne plus construire le réacteur n°4  qui est en cours de construction.
(Selon le journal Akahata du 24 octobre 2016)

  

Au Vietnam, beaucoup de gens sont opposés au fonctionnement de trois réacteurs chinois, qui sont situés à proximité du Vietnam. On avait prévu de construire une centrale nucléaire sous la direction du Japon, mais après l'accident nucléaire de Fukushima, la crainte a augmenté, si bien que le gouvernement a décidé de reporter la construction à 2020.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:36

Texte de de HORI Yasuo du 27 août 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

Texte original en espéranto

Le premier Congrès International des Mères s'est tenu à Lausanne, en Suisse, en Juillet 1955, et y participaient 1060 personnes de 68 pays. L'année précédente, les États-Unis avaient expérimenté une bombe à hydrogène dans le Pacifique Sud. A cause de ces expériences, mille bateaux de pêche japonais avaient été irradiés et une pluie radioactive était tombée sur le Japon, et certainement sur l'ensemble du globe. En raison de leur crainte, des mères du monde entier avaient organisé ce congrès, mais malheureusement, il n'a plus jamais eu lieu dans le monde, sauf au Japon.

 

Seules les mères japonaises continuent d'organiser la conférence chaque année, et cette année c'était la 62ème. En raison de ces événements historiques, les mères qui participent aux congrès s'intéressent fortement aux questions nucléaires, ce qui fut le cas dans ce congrès également, où l'une des questions les plus importantes a été : comment supprimer les centrales nucléaires au Japon ?

 

La réunion dédiée à l' "Energie et centrales nucléaires" avait lieu dans le département de Fukui, où se trouvent 15 réacteurs. A cette occasion, les mères  qui agissent contre les centrales nucléaires dans leur département sont montées avec détermination sur le podium et elles ont fait un rapport sur leur action personnelle, parfois réussie, parfois difficile. Moi aussi, je voulais informer sur les rapports que j'écris en espéranto, mais malheureusement il ne m'a pas été permis de le faire. Peut-être n'avait-on aucune idée de ce qu'est l'espéranto, et en outre ma proposition était trop internationale pour les organisateurs.

 

Au cours de cette session, j'ai été étonné de l'énergie et de l'enthousiasme des mères. Le slogan du congrès était : " Mères, vous qui donnez la vie, protégez-la et prenez soin d'elle." Vraiment les mères sont fortes. 

 

Les mères du département d'Aomori racontent leur bataille  contre la centrale nucléaire en construction à Ōma

Les mères du département d'Aomori racontent leur bataille contre la centrale nucléaire en construction à Ōma

   A la fin de la session, M. Itō Tatsuya, qui vit à Iwaki, ville du département de Fukushima, et travaille en tant que membre du conseil du" Centre japonais des mouvements anti-nucléaires" a fait une conférence. Le thème en était : «Nous ne devons plus répéter les accidents nucléaires."

1. Maintenant, 5 ans après l'accident de Fukushima


(1) Dans 6 villes endommagées par l'accident, plus personne n'habite maintenant. La population de Fukushima a diminué de 5,7%. Ceci est la plus forte baisse au Japon.

 

   (2) Même 5 ans après, des décès indirects dûs à l'accident se produisent encore (décès  dûs à des soins insuffisants après la catastrophe, au changement et à l'appauvrissement, au désespoir, au suicide etc.). Le nombre de décès directs dûs au tsunami est de 1604, mais celui des décès indirects est de 2006 (jusqu'en décembre 2015).

 

   (3) Il faudra plus de 40 ans pour une  suppression complète de ces réacteurs endommagés. Nous ne savons toujours pas où, ni dans quel état, sont les combustibles nucléaires fondus. Si on couvre les réacteurs avec un "sarcophage de pierre", comme à Tchernobyl, on devra en prendre soin pendant les cent années à venir.

 

   (4) Le gouvernement envisage de construire (c'est en partie commencé) un "dépôt temporaire de déchets nucléaires", qui se situera dans les deux villes d'Ōkuma et de Futaba, et il promet que, dans 30 ans, il  transportera ces déchets en dehors du département de Fukushima, mais personne ne croit à cette promesse. Cela deviendra certainement un stockage éternel.

 

   (5) Dans certaines villes polluées par les déchets radioactifs et ensuite "nettoyées", maintenant les habitants peuvent revenir, mais cela n'est pas facile en raison d'un manque d'hôpitaux, de magasins et d'autres fonctions indispensables, et à cause de la crainte de la radioactivité.

 

   (6) Le gouvernement n'a pas de plan pour dépolluer les villes fortement contaminées.

 

   (7) Nous avons trouvé 161 enfants qui souffrent d'un cancer de la thyroïde, et 42 chez qui on soupçonne cette maladie. Parmi les chercheurs et les médecins, il y a deux opinions. Certains attribuent cela à l'accident nucléaire, mais d'autres pas du tout. Quelles que soient les raisons de ces cancers, on doit s'occuper de ces  enfants avec chaleur et persévérance.

 

   (8) Une mésentente existe entre les victimes de l'accident. Le gouvernement a créé des divisions entre elles, en leur versant des indemnités différentes selon la distance entre leurs maisons et la centrale nucléaire, et selon la quantité de radioactivité dans leur région d'origine. Nous devons surmonter cette discorde et retrouver la solidarité entre les victimes.

 

 

2. Mouvements contre les centrales nucléaires


(1) Avant le 11 mars 2011
· Nous nous sommes battus devant les tribunaux contre la construction de centrales nucléaires, mais nous avons échoué.
· "Le Centre japonais anti-nucléaire" a mis en garde le gouvernement et TEPCO à  plusieurs reprises sur les dangers de grands tsunamis possibles, mais ils n'ont pas écouté nos conseils.

 

   (2) De nouvelles perspectives après la catastrophe
  · Le mouvement contre les centrales nucléaires est devenu un grand mouvement qui englobe tout le Japon , et tous peuvent y participer.
  · Les groupes qui soutiennent la politique pro-nucléaire, soutiennent également la politique des armes nucléaires et essayent de changer l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre et la possession d'une armée. Nous devons donc avoir une solidarité forte et  une action commune entre nos trois mouvements, lesquels cherchent à protéger la vie du peuple, c'est-à-dire le mouvement contre les centrales nucléaires, le mouvement pour l'abolition des armes nucléaires et le mouvement pour protéger la Constitution Japonaise.

 

 

3. Ce qui est important pour ne pas répéter les accidents nucléaires


(1) Mettons-nous mutuellement au courant des faits, expériences et leçons de l'accident nucléaire.


(2) Ayons une compréhension commune des dangers suivants :
      a) Danger dû à un manque de technologie suffisante, en particulier danger des réacteurs à eau bouillante et danger en raison de réacteurs obsolètes.

         b) Danger dû au financement spécial des compagnies d'électricité. Grâce à ce système avantageux, elles peuvent librement prendre de l'argent dans les poches des gens quand elles en ont «besoin», et elles peuvent faire construire des centrales nucléaires à volonté et sans problème financier.

         c) Danger dû à la structure géologique de l'archipel japonais, où se produisent souvent des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.
     d) Danger dû à la géographie. Les centrales nucléaires sont situées à proximité des villes et des villages. Dans les centrales nucléaires, plusieurs réacteurs sont installés sur une petite surface.

        e) Danger dû à un manque de règles au niveau mondial pour contrôler les centrales nucléaires. Il n'existe qu'un comité, appelé "Autorité de Régulation Nucléaire", et il est favorable au gouvernement et aux compagnies d"électricité.
     f) Danger dû à la recherche de profit des entreprises électriques. Par exemple,

 lorsque ont eu lieu les grands tremblements de terre à Kumamoto en avril 2016, la compagnie d'électricité Kjūŝū n'a jamais eu l'intention d'arrêter les réacteurs.

 

    (3) Ayons un projet commun pour construire des villes non subordonnées à l'énergie nucléaire.


(4) Ayons un projet commun sur l'énergie recyclable. Partout dans le Japon, il y a des sources naturelles d'énergie recyclable, que nous pouvons utiliser en fonction des besoins de la région, qui nécessitent un faible investissement, et dont nous pourrons bénéficier.

 

 

4. Avenir de Fukushima


(1) Toutes les villes dans le département de Fukushima exigent la suppression de tous les 10 réacteurs qui s'y trouvent, cependant TEPCO et le gouvernement se taisent.


(2) Fukushima vise à être le département de l'énergie recyclable. Ce sera la plus grande riposte au gouvernement et à TEPCO, et en même temps nous remercierons ainsi tous ceux qui viennent en aide à Fukushima.

 

Le grand salon est rempli de femmes venues de tout le Japon.

Le grand salon est rempli de femmes venues de tout le Japon.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 21:31

Texte de de HORI Yasuo du 26 août 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

Texte original en espéranto


Dans le département de Fukui se trouvent 15 réacteurs nucléaires. Après avoir visité le musée de Maizuru, nous sommes allés voir deux centrales nucléaires, Takahama et Ōi. Voici une carte de celles-ci :

Deux centrales nucléaires de Fukui

La centrale nucléaire de Takahama


    Tout d'abord, nous avons visité la centrale nucléaire de Takahama. Dans celle-ci se trouvent les 4 réacteurs dont je vais parler. Dans la page internet de Takahama, l'entreprise explique ceci :

Deux centrales nucléaires de Fukui

Takahama produit 20% de l'électricité totale de la compagnie d'électricité Kansai. En utilisant l'eau qui est chauffée dans le réacteur, nous faisons des essais d'élevage d'ormeaux et autres coquillages.

    Cet élevage de coquillages m'a surpris. J'avais déjà entendu dire que, dans la mer, près des centrales nucléaires, la pêche était fructueuse à cause de l'eau chauffée. Ici dans la mer, se trouvaient des plateformes flottantes pour les pêcheurs. Les centrales nucléaires participent au réchauffement de l'environnement, en rejetant une énorme quantité d'eau chaude dans la mer, mais la compagnie ne se culpabilise pas pour autant. Au contraire, elle est en fière parce que, grâce à l'eau chauffée, elle contribue à une bonne pêche dans la mer.

 

   Sur la photo suivante on voit 4 réacteurs : au milieu, on voit deux réacteurs à toits ronds. Ce sont les réacteurs numéros 3 et 4. Et les réacteurs cylindriques à droite sont les numéros 1et 2. Les coûts de construction ont été :

 

  Réacteur 1: 65,6 milliards de yens (~ 573 millions d’euros),

Réacteur 2: 60,4 milliards de yens  (~528 millions d’euros),

Réacteur 3: 280,3 milliards de yens (~245 millions d’euros),

Réacteur 4: 209,6 milliards de yens (~183 millions d’euros).

 

Les capacités de production de ces 4 réacteurs ne diffèrent pas beaucoup. Pourquoi les coûts de construction ont-ils été si différents ? En 1973 et 1974, il y a eu une forte inflation. Ce bond dans les coûts a-t-il été causé par l'inflation  de l'époque ?

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Les réacteurs des numéros 1 et 2 ont déjà plus de 40 ans, donc en fonction de la règle, ils doivent être démantelés, mais l'Autorité de Régulation Nucléaire en a approuvé le fonctionnement pour les 20 prochaines années à titre exceptionnel, et la société prévoit de les faire fonctionner après octobre 2019. Pour la première fois  l'Autorité a approuvé la remise en route de réacteurs "obsolètes".

   A propos des réacteurs 3 et 4, le tribunal d'Ōtsu, dans le département de Shiga, a interdit leur remise en fonction, si bien que la société a commencé à retirer 157 barres de combustible du réacteur n°4 le 17 août, et en retirera également du réacteur n°3 à partir du 5 septembre.

  

La centrale nucléaire d' Ōi


    Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la centrale nucléaire d' Ōi. Dans la ville d' Ōi se trouvent de grands et luxueux immeubles donnés ou subventionnés par la compagnie d'électricité Kansai.

Deux centrales nucléaires de Fukui

   Dans le parc des sports (photo ci-contre) se trouvent deux salles de sport, un gymnase polyvalent, une piscine, un théâtre, un musée, une salle d'entraînement, des courts de tennis et un terrain de baseball. Sur le mur de chaque installation on trouve une plaque, sur laquelle est écrit "subventionné par l'argent destiné à développer les villes qui abritent une centrale nucléaire."

  A un autre endroit il y a un grand musée, où l'on peut profiter de spectacles sur la vie future. Evidemment il comporte un salon où est expliqué l'avantage de l'électricité nucléaire. Ces terrains de sport et le musée ont été construits pour acheter l'adhésion des habitants. Avec l'argent la compagnie a fait taire le mécontentement. Nous avons parlé avec un garde là-bas, et il a dit avec un air de satisfaction pour ces immeubles de luxe: "La compagnie d'électricité Kansai a de l'argent à volonté".

   Quittant la ville d' Ōi, nous avons traversé le pont et sommes entrés dans la petite presqu'île et avons atteint la porte de la centrale nucléaire d'Ōi.

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Les gardiens se sont précipités vers nous et ont agité les mains, en demandant que nous ne prenions pas de photos. Ici c'est une voie publique, nous avons donc le droit de photographier. Cependant il n'y avait rien qui vaille la peine d'être pris en photo. Un des gardes nous a dit qu'on avait construit les réacteurs dans un endroit caché.

 

La photo de gauche, que j'ai faite, montre le tunnel de la centrale électrique qui conduit aux réacteurs. La photo de droite, que j'ai prise sur Internet, montre les réacteurs cachés.

 

Deux centrales nucléaires de Fukui

Au sujet de ces réacteurs, la compagnie annonce ceci sur son site internet :

Deux centrales nucléaires de Fukui

La centrale nucléaire d' Ōi peut produire 471 000 kW et elle est la plus grande centrale de la société. Elle est située dans le magnifique parc national de Wakasa, au milieu d'une nature magnifique. Nous agissons sans relâche pour protéger l'environnement afin de ne pas endommager la mer et les superbes espaces verts, et en même temps nous essayons de refaire pousser les forêts perdues.

 

Les coûts de construction :

Réacteur 1: 1843 milliards de yens (~16,10 milliards d'euros)

Réacteur 2: 1225 milliards de yens (~10,70 milliards d’euros)

Réacteur 3: 4582 milliards de yens (~40,04 milliards d'euros)

Réacteur 4: 2535 milliards de yens (~22,15 milliards d'euros)

 

   Pour économiser de l'argent, ils ont mis deux réacteurs dans un même bâtiment. N'est-ce pas un risque, si l'un d'eux est sérieusement endommagé, qu'il vienne à endommager l'autre? Il y a deux dangers évidents:

1. Une faille existe à 3 km dans le golfe de Wakasa.
  2. La centrale est située sur la presqu'île, et par suite, lorsque arrivera un grand tsunami, elle sera isolée et sans secours possible.

 

  Maintenant tous les 4 réacteurs sont au repos pour  examen.

  

    Toutes les centrales nucléaires japonaises sont situées le long de la mer et dans un endroit isolé, il est donc difficile pour les simples citoyens de les visiter. Cette fois, l'un de mes amis nous a conduits avec une voiture prêtée, donc nous avons pu voir deux centrales. Elles sont installées dans le parc national, là où les gens pourraient profiter de la beauté naturelle et se détendre. Dans ce lieu, le gouvernement a autorisé la construction de centrales nucléaires dangereuses. C'est une chose incroyable. En effet, il y a de belles plages touristiques et des endroits reposants autour de ces centrales, mais les gens peuvent-ils se divertir dans ces lieux? Les habitants d'Ōi sont-ils heureux avec les nombreux cadeaux de la compagnie d'électricité? Les centrales nucléaires donnent le maximum d'inquiétude aux Japonais, eux qui souffrent de fréquentes catastrophes.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 19:27

Texte de de HORI Yasuo du 11 septembre 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Texte original en espéranto

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Le 11 septembre, M. Nakajima Takashi, habitant à Sōma, ville du département de Fukushima, a fait une conférence. Il a, depuis trente ans, une supérette dans Sōma mais, du fait de l'accident nucléaire, il souffre énormément.

Il est le principal représentant d'un groupe de plaignants qui compte 3865 personnes. Il exige que TEPCO et le gouvernement “leur rendent leur vie et leur région.”

 

Conférence donnée par M. Nakajima

du département de Fukushima

 

 

Pouvons-nous tolérer que TEPCO et le gouvernement nous abandonnent, nous et notre région?

 

À présent, dans le département de Fukushima, nous, qui sommes 3865 victimes de l'accident nucléaire, nous poursuivons TEPCO et le gouvernement devant la justice afin qu'ils nous rendent notre vie et notre région. Beaucoup d'entre nous ne peuvent plus ou ne veulent plus habiter dans leur ancienne ville et sont partis loger ailleurs. Les commerçants ont dû trouver là de nouveaux clients, les ouvriers ont dû  chercher un autre employeur, mais cela a été très difficile. Le département octroie  60 000 yens (~ 527 euros) à chacun de ces réfugiés à titre d'aide au logement, mais c'est là le seul soutien financier qu'ils reçoivent du département et de l'État. Ces réfugiés doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

 

Une mer perdue

 

Je possède, depuis trente ans, une supérette dans la ville de Sōma. J'habite assez loin de la centrale nucléaire et je n'ai donc pas déménagé. Jadis j'étais fier d'être celui qui vendait le meilleur sashimi du poisson cru de ma ville (voir photo). Pour faire un sashimi savoureux, il faut marier des chairs de poissons de saveurs et de couleurs diverses, comme par exemple du saumon, du thon, des crevettes, de la barbue, etc. En raison de l'afflux des eaux du mont Abukuma, la mer de Sōma est poissonneuse. Grâce à sa fécondité, les poissons ont très bon goût. En particulier les barbues. Nous jouissions des bienfaits de cette nature.

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Pendant longtemps on n'a pas pu pêcher les barbues à cause de la radioactivité, mais depuis le premier septembre, leur capture est à nouveau autorisée. C'est peut-être une bonne nouvelle, mais quand je recommande ces barbues à mes clients, à tout  coup j'ai droit à cet échange :

Le client : Est-ce que ces barbues sont vraiment sans danger?

Moi : Oui, car le département fait examiner tous les poissons et les garantit sans danger.

Le client : Mais on ne mesure que le césium, n'est-ce pas? Qu'en est-il des autres produits nucléaires tels que le strontium?

Moi : Ça, je l'ignore.

Le client : Donc, je n'achète pas.

La conversation s'achève là-dessus, et moi je ne peux plus recommander l'achat de ces poissons.

 

À présent, c'est mon fils qui cuit les sashimis à ma place, car du fait que je me bats pour le procès et fais des conférences un peu partout, je ne suis plus à la maison. Au cours des quatre dernières années, il a fait beaucoup de progrès dans l'art de cuire le sashimi, et cependant le sien n'est pas, d'après moi, digne d'être acheté. La barbue  joue un rôle important dans le sashimi, or à présent mon fils est contraint d'employer des barbues d'élevage, nourries avec des sardines, si bien que leur chair en prend le goût, tout à fait détestable. Parfois il peut acheter des barbues sauvages, pêchées dans d'autres départements, mais elles ne sont pas très fraîches. Avant l'accident nucléaire, je pouvais avoir des poissons d'une absolue fraîcheur, sur commande des clients, mais cela est  devenu impossible.

 

Un an après l'accident nucléaire, on a capturé des poulpes, à titre d'essai, et j'en ai proposé un morceau à un jeune père accompagné d'un bébé. Mais il a refusé en disant : “Je pourrais en manger, moi, mais je ne peux pas en donner à mon fils.”. Je n'oublierai jamais ses paroles.

 

Et pourtant, les fonctionnaires gouvernementaux nous disent d'oublier l'accident. Un professeur va même répétant que nous ne devons pas craindre de nous exposer à une irradiation de cent millisieverts, si bien qu'on l'a surnommé “Monsieur-cent-millisieverts”. La quantité maximale d'exposition à l'irradiation admise au plan international pour les gens ordinaires est d'un millisievert par an, et les lois sont faites selon cet accord. Les habitants de Fukushima bénéficieraient-ils, eux, d'une immunité contre cent millisieverts ? Sûrement non, et je comprends donc le sentiment de ce jeune père. Il est naturel d'éviter de manger des aliments dangereux.

 

Oubliez et n'ayez pas peur

 

Savants et médecins ignorent quel est le degré de dangerosité d'une exposition à une irradiation de faible intensité. Le gouvernement et TEPCO disent que, comme nous ne le savons pas, nous ne devons pas avoir peur. Nous, au contraire, nous avons peur parce que nous ne savons pas, et de cette ignorance naît notre souffrance.

 

Le gouvernement et certains dirigeants d'une coopérative de pêche me critiquent en disant : “Cinq ans déjà ont passé. Pour effacer la mauvaise réputation de Fukushima et remettre sur pied le département, il ne faut plus parler de ses malheurs. C'est ce que nous nous efforçons de faire, mais vous, Nakajima, vous sapez nos efforts en claironnant les souffrances de la région.” et ils ajoutent “N'ayez pas peur de la radioactivité, mangez, buvez et profitez de la vie. Voilà quelle est l'attitude louable des gens qui aiment Fukushima et le Japon.

 

En juin, le gouvernement a décidé d'annuler l'interdiction d'habiter les lieux dont la pollution est inférieure à vingt millisieverts. Immédiatement après, la compagnie TEPCO a dit qu'elle cesserait de verser aux réfugiés l'indemnité compensatoire à partir d'avril 2017, et presque aussitôt le département de Fukushima a annoncé que l'indemnité de logement passerait, en 2017, de 60 000 *(~ 527 euros) à 30 000 yens (~ 263 euros), puis à 20 000 yens (~ 176 euros) en 2018 et qu'après, elle ne serait plus versée.

Or cette indemnité est très utile aux réfugiés. Certainement Monsieur et Madame Tanji, qui se sont réfugiés ici, la reçoivent.

Du parterre, Madame Tanji crie : “Nous ne la touchons pas!”

Ah, vous ne touchez pas cet argent ! Bravo ! Vous avez votre fierté d'honnêtes gens ! Mais pour beaucoup, il est difficile de subsister sans cette aide. Sans elle, beaucoup de réfugiés devront, de gré ou de force, retourner dans leur ancienne ville. Le gouvernement les oblige ainsi à revenir. Mais le pourront-ils ?

 

Dans la ville de Naraha, où les gens ont désormais le droit de loger, seulement 7% de la population est revenue. La plupart de ceux qui sont rentrés sont des gens de plus de soixante ans et capables de conduire une auto. Aucune famille avec de jeunes enfants n'est revenue. Dans une telle ville, des commerçants ne peuvent venir s'installer, car ils ne pourraient vendre leurs marchandises aux sangliers. Les jeunes parents redoutent que leurs enfants ne soient contaminés par les radiations. Est-ce qu'ils vont revenir en un lieu pollué à vingt millisieverts ?

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Les radiologues dans les hôpitaux et les chercheurs du domaine nucléaire dans les universités  doivent se plier à des règles strictes. Ils peuvent s'exposer à 5,2 millisieverts par an, mais lorsqu'ils travaillent sur des matières radioactives en laboratoire, ils ne doivent ni manger, ni boire et quand ils en sortent, ils doivent ôter tous leurs vêtements et ne peuvent rien emporter. Lorsque le gouvernement impose un retour dans un lieu pollué à 20 millisieverts par an aux réfugiés, cela signifie que ceux-ci logeront dans un milieu quatre fois plus pollué que ces laboratoires de recherche et ces services de radiologie. Que le premier ministre aille lui-même habiter un endroit pollué à 100 millisieverts par an, mais je ne peux consentir, moi, à une telle contrainte illégale.

 

J'ai demandé un jour à des fonctionnaires gouvernementaux, s'ils avaient l'intention d'abroger cette loi et leur réponse a été “Non”. Le gouvernement, qui se doit de respecter la loi, agit lui-même illégalement. Cela signifie que pour lui l'économie compte davantage que la vie des habitants de Fukushima. Ces gens pensent que la progression économique est plus importante que la mort de cent mille  personnes. Cette attitude du pouvoir est comme un glaive pointé sur tous les habitants, et pas seulement sur ceux de Fukushima. Le pouvoir prétend qu'il protège les Japonais, mais en même temps il veut faire refonctionner tous les réacteurs. Si d'autres accidents se produisent, il négligera et abandonnera les victimes, comme il le fait à Fukushima. Pour l'heure, cela nous sert de leçon et nous devenons plus sages.

 

En avril ont eu lieu cette année, dans le département de Kumamoto, de puissants séismes qui ont détruit un château de grand renom. Certains de mes proches ont avoué avoir perdu le courage de vivre, en voyant le château en ruine. Personne n'avait prévu ces deux énormes tremblements de terre de force 7. En 1995 un grand séisme eut lieu à Kōbe et la ville fut détruite et en 2004 à son tour le département de Nīgata a subi un tremblement de terre qui endommagea une centrale nucléaire. La compagnie TEPCO plaide que l'accident nucléaire de Fukushima a été provoqué par un séisme imprévisible, mais comme le Japon est situé sur un nid à séismes, à n'importe quel moment pourront s'y produire d'autres tremblements tout aussi “imprévisibles”. C'est pourquoi les compagnies électriques et le gouvernement doivent mettre en œuvre tous les moyens propres à éviter de graves accidents, or ils ne le font pas et ils essaient de remettre en marche le plus grand nombre possible de réacteurs. À Fukushima, le gouvernement a l'intention de liquider l'accident en cinq ans. Cela fournira un bon précédent pour d'autres accidents éventuels. Les futures victimes n'auront plus droit à l'aide gouvernementale cinq ans après l'accident, à l'exemple de Fukushima.

 

Notre combat

 

Nous menons notre combat devant la justice mais aussi hors des tribunaux. Les juges appartiennent à une élite. Bien sûr ils éprouvent de la compassion à l'égard des victimes, mais s'ils émettent un verdict défavorable au gouvernement, ils ne seront pas promus à un poste plus important. Ce sont des hommes, donc ils hésitent. Pour les soutenir, le combat hors du tribunal compte beaucoup. Nous agissons de deux manières.

 

La première consiste à regrouper un grand nombre de plaignants et sympathisants, lors d'une audience. La salle du tribunal ne peut accueillir que cinquante personnes, mais nous réunissons beaucoup plus de monde et nous manifestons hors du tribunal. Au début il y avait 150 personnes, mais ensuite il en vint 200, puis 250, et à présent se regroupent 400 personnes. Des fonctionnaires du tribunal en font le décompte. Bien sûr ils en informent ensuite les magistrats. Pendant l'audience, ceux qui ne peuvent entrer dans le prétoire, s'assemblent dans un autre bâtiment et s'informent. Nous invitons soit un économiste, soit un philosophe, soit un chercheur de renom, et nous écoutons leurs conférences. Le lendemain, des échos du jugement paraissent dans la presse. Ainsi nous encourageons les magistrats afin qu'ils n'hésitent pas à juger selon leur conscience.

 

L'autre mode d'action est de rendre visite à des associations diverses. Nous en avons déjà contacté deux cents. Fukushima est un département conservateur, dont les habitants ont assez tendance à croire que les plaignants sont des gens bizarres, s'opposant effrontément au pouvoir en place. Il y a, dans le département, une Association des entrepreneurs de Fukushima, à laquelle nous avons rendu visite et nous avons demandé, si leur association donnerait son accord à la proposition de TEPCO de cesser, dans deux ans, de verser des indemnités aux commerçants et aux compagnies. Les dirigeants de l'association comprennent à présent le sens de notre  revendication. C'est un succès, petit mais certain.

 

Dans le département de Gunma également se déroule un procès concernant l'accident de Fukushima, devant le tribunal de Maebashi, chef-lieu de Gunma, procès durant lequel nous avons réussi à persuader les juges de visiter la région endommagée par l'accident nucléaire. Là, ils ont vu et ressenti la misère et les souffrances que ce dernier a causées. Ils ont visité des villes et des villages désertés, ils ont vu des maisons et des fabriques pourries et ont éprouvé le désespoir des éleveurs, dont les vaches abandonnées étaient mortes et alignaient leurs squelettes dans l'étable. Confronté directement au réel, les juges sans nul doute ont compris la culpabilité de TEPCO. Par la suite, des juges des départements de Chiba et de Fukushima ont aussi visité des villes sinistrées. Il est certain que des magistrats des vingt-quatre autres juridictions suivront l'exemple des trois premières. Je crois, que nos efforts  réussissent à faire cesser leur irrésolution.

 

Combat pour la démocratie

 

Il y a deux ans, j'ai été invité par une église protestante de la ville de Francfort, en Allemagne, à donner une conférence. Après mon exposé sur l'accident nucléaire devant cent cinquante élèves d'un collège, une enseignante qui présidait la séance a dit : “À présent débute le débat. Je l'ouvre en vous demandant pourquoi on a construit la centrale nucléaire dans Fukushima.” Ma réponse fut la suivante :

 

C'est parce que la région côtière est pauvre et peu peuplée. Même en cas d'accident grave, les victimes ou les morts seront au maximum cent mille. Si l'accident survenait à Tokyo, dix millions de personnes seraient atteintes ou tuées. Au regard du progrès économique, dix mille victimes ne comptent pas. La vie des habitants du département de Fukushima a moins de prix que celle des habitants du département de Tokyo. Dès l'origine donc, la construction de centrales nucléaires dans Fukushima portait atteinte au principe de l'égalité des hommes. Acceptez-vous cela?

 

Si des enseignants organisaient une telle séance au Japon, immédiatement viendraient des critiques de la part des parents d'élèves. Ces derniers penseraient que ces enseignants sont des “rouges” et certains téléphoneraient au comité d'éducation. J'ai interrogé des enseignants de ma connaissance sur la possibilité d'une telle séance dans leur école et tous ont répondu négativement. Dans les écoles japonaises, il est très difficile d'aborder des thèmes politiques.

 

Nous avons commencé ce combat afin de protéger nos vies et nos droits, mais il a évolué et son but est devenu l'arrêt et la suppression de toutes les centrales nucléaires. Et désormais nous visons le changement d'une politique antidémocratique. La bataille se poursuit, non seulement dans le département de Fukushima, mais aussi dans celui de Maebashi et dans tout le Japon, et nous devons donc, en y travaillant tous ensemble, pousser plus avant notre combat.

Merci de tout cœur pour votre attention.

 

Un récit ridicule

 

Ensuite a eu lieu un débat au cours duquel M. Nakajima a raconté la “vie ridicule des propriétaires d'un bateau de pêche.” Ce récit prêtait vraiment à rire, mais il était aussi à pleurer. Le voici :

 

Les propriétaires d'un grand bateau de pêche reçoivent une énorme indemnité compensatoire, car ils ne peuvent pêcher. Ni eux, ni les membres de leur famille n'ont besoin de travailler. Un des fils, qui auparavant était pompier, a cessé de travailler et possède à présent une auto valant vingt millions de yens (~ 176 000 euros). Les épouses n'ont maintenant rien à faire et se contentent de bien manger, donc elles grossissent. Pour rester en forme, elles ont commencé à fréquenter un gymnase, vêtues de coûteuses tenues de sport. Des gens ordinaires, ne voulant pas les côtoyer, ont donc cessé d'y venir, mais c'est sans importance pour le gymnase car beaucoup de  dames, comme elles bien en chair, s'y rassemblent.

Fukushima : conférence de Takashi Nakajima

Les possesseurs de petits bateaux de pêche reçoivent, eux aussi, des indemnités, mais le montant en est peu élevé, donc ils veulent recommencer le plus tôt possible à pêcher, mais les propriétaires du grand bateau ne veulent pas. Plus long est le temps où ils restent sans pouvoir pêcher, plus grande et plus pérenne est la somme des indemnités perçues. Ils savent gré à l'accident nucléaire et ne veulent pas changer leur actuelle “bonne” situation. Ces gens sont les dirigeants d'une société de pêche.

 

Selon le proverbe, l'argent est la source de tous maux. Cela est vrai pour ces pêcheurs. Dans Fukushima naissent des discordes diverses à cause de l'argent : certains en reçoivent beaucoup, d'autres, peu et d'autres encore, pas du tout, en fonction des catégories décidées par TEPCO et par le gouvernement.

 

* Les nombres en euros précédés de "~" montrent la dernière évaluation.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 07:00

Texte de de HORI Yasuo du 21 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

Personne n'endosse la responsabilité de l'accident nucléaire

Le journal Asahi du 20 février 2016 a publié une interview de Tarukawa Kazuya, un agriculteur de quarante-six ans, qui loge à Sukagawa, ville du département de Fukushima. Comme cette interview est très touchante, j'en donne ici la traduction. Cet homme est membre du groupe de plaignants, qui exigent du tribunal, que leur soient rendus leur emploi et la ville où ils habitaient. J'ai trouvé son témoignage également dans la brochure qu'a publiée le groupe de plaignants.

Question : Quelle est votre situation actuelle, cinq ans après l'accident nucléaire ?

 

Tarukawa : Les déchets radioactifs se sont dispersés également sur notre région, Nakadōri, située au milieu du département de Fukushima, loin de la centrale n° 1. Les rizières, les jardins maraîchers, les montagnes, les tunnels de forçage en plastique, tout était pollué, en conséquence de quoi nous avons perdu notre emploi. TEPCO n'a ni versé d'indemnité compensatoire pour nos propriétés perdues, ni retiré les déchets radioactifs de nos champs. Cinq années ont passé. Je ne cesse de me demander ce que je suis, sinon seulement une victime des dégâts.

 

À titre de pretium doloris j'ai reçu, en 2011, 80 000 yens  soit 700 euros, et en 2012, 40 000 yens (350euros). Et c'est tout. Est-ce que 120 000 yens (1060 euros) sont suffisants pour nous faire taire ? Pouvons-nous nous contenter d'attendre que la radioactivité disparaisse ? Sûrement pas ! Nos pertes sont infiniment plus grandes que ne l'est cette somme.

Localisation de Sukagawa

Localisation de Sukagawa

Question : J'ai entendu dire que votre défunt père s'occupait très activement de la culture biologique de légumes.

 

Tarukawa : Il s'intéressait beaucoup à l'environnement. Il avait commencé à cultiver des choux en hiver, car alors on n'a pas besoin d'utiliser d'insecticides. Les choux poussaient bien, sous la neige, et devenaient doux. Toutes les écoles du voisinage utilisaient nos choux pour leur repas de midi. Mon père était très heureux de pouvoir fournir aux enfants une nourriture très saine. Il fit même un jour une causerie dans une école, au sujet de l'agriculture biologique. Il était fier de ses légumes.

Puis est arrivée une instruction gouvernementale interdisant la vente des légumes produits dans notre district, et le jour suivant mon père s'est suicidé. Il nous restait sept mille cinq cent choux prêts à être vendus, tous ont fini au dépotoir. Devant un avenir si sombre, ses nerfs avaient craqué.

 

 Dans la brochure éditée par les plaignants, voici son témoignage:

 

Question: Dans cette affaire, TEPCO a reconnu devant le tribunal qu'il y avait un rapport entre cette mort et l'accident nucléaire, et un compromis a été trouvé, n'est-ce pas ?

 

Tarukawa : Pour venger mon père, j'ai attaqué TEPCO et en fin de compte j'ai obtenu un compromis et reçu une indemnité. Je pensais qu'un responsable de la compagnie viendrait chez moi prier pour mon père et demander pardon, mais j'avais mal compris. Seul un message fax est arrivé.

 

Question : A-t-on nettoyé la terre ?

 

Tarukawa : On a “nettoyé” les rizières. On a creusé le sol sur une profondeur de quarante centimètres, répandu de la zéolithe et brassé la terre. On dit que la zéolithe absorbera les substances radioactives. C'est ce qu'on appelle la “dépollution”.

C'est tout de même ridicule, non? Il se peut que les plants de riz n'assimilent pas de substances radioactives, mais la quantité de celles-ci dans le sol reste la même. Nous, les paysans, nous travaillons du matin au soir sur cette terre polluée. Qu'arrivera-t-il à notre corps? Nous ne cessons pas d'être inquiets.

 

Question : Ne peut-on pas éliminer la couche de terre de surface qui est polluée ?

 

Tarukawa: Il est facile d'éliminer la couche superficielle, mais si on fait ça, on n'aura pas des plants de riz et des légumes de bonne qualité. Pour rendre la terre de surface féconde, il faut plusieurs décennies.

J'appartiens à la neuvième génération de ma famille à cultiver ce bien. Je ne veux pas détruire mes champs, donc je continue à les travailler. Si je ne le faisais pas, ils deviendraient bientôt stériles. L'herbe y pousserait et gênerait les voisins. Nous ne pourrions recevoir ni indemnités ni revenus, donc nous n'aurions plus de quoi vivre.

 

Question : Combien TEPCO paie-t-elle d'indemnités pour les produits de la terre ?

 

Tarukawa : Si nous pouvons prouver la perte, la compagnie paie. Si, par exemple, un produit qui se vendait deux mille yens avant l'accident se vend à présent mille cinq cent yens, TEPCO paie la différence, soit cinq cent yens. Pendant les deux dernières années, les concombres se sont vendus plus cher qu'avant à cause du mauvais temps. Dans ce cas-là elle ne verse aucune indemnité, et pourtant réfléchissez : si l'accident ne s'était pas produit, je pourrais vendre mes concombres plus cher, et du reste ce prix lui-même est plus bas que dans les autres départements. TEPCO essaie toujours d'éviter le versement d'indemnités.

 

 Nous voudrions être indemnisés pour de nombreux autres produits. Par exemple nous cultivions des champignons dans le jardin, nous ramassions des herbes dans la colline. Tout cela est perdu pour nous, cependant TEPCO ne nous en indemnise nullement.

 

Question : Qu'en est-il de la mauvaise réputation de Fukushima ?

 

Tarukawa : Le riz que j'ai récolté en 2011 avait une radioactivité de trente becquerels. La norme était alors de cinq cent becquerels (ramenée à cent, depuis 2012), mon riz était donc dans la norme. Mais le riz pénètre dans notre corps, et je n'aurais pas voulu, moi non plus, consommer le mien, or je le faisais quand même, parce que je ne voulais pas en acheter dans le commerce.

 

Cependant je me sentais coupable de le commercialiser. Je comprends bien, que les habitants de Tokyo ne veuillent pas manger du riz de Fukushima. Y avait-il des gens prêts à se nourrir de riz produit au voisinage de cette vieille centrale nucléaire ? Il n'y avait pas là diffamation. Si le riz ne s'était pas vendu à cause d'une rumeur mensongère, il y aurait eu diffamation, mais des substances radioactives sont bel et bien tombées sur Fukushima.

 

Question : Votre riz est-il encore pollué ?

 

Tarukawa: Ni en 2014 ni en 2013 on n'a décelé une radioactivité dans mon riz. J'ai fait tout ce que je pouvais faire. J'ai répandu du chlorure de potassium afin que le riz n'absorbe pas de substances radioactives. Chaque sac est examiné. Si le riz est pollué, on ne peut pas le mettre sur le marché. Je pense que le riz de Fukushima est à présent le plus sûr du Japon.

 

En fait, ce riz se vend bien pour la restauration rapide, les hôpitaux, etc, sans qu'il soit fait mention qu'il provient d'ici. Le riz de Fukushima est très savoureux, et il convient donc bien pour ce type de restaurants où l'on peut l'avoir à très bon marché.

Semis de riz en serre de plastique

Semis de riz en serre de plastique

Question : Quels légumes produisez-vous ?

 

Tarukawa :   Dans les serres de plastique, la terre n'a pas été polluée, j'ai donc décidé de cultiver les légumes uniquement sous serre et non plus à l'air libre. À présent, je ne produis plus de choux mais des brocolis, dont pourtant le prix est bas, à cause du nom de Fukushima.

 

Question : Que pensez-vous de la remise en marche de quelques centrales nucléaires ?

 

Tarukawa : Pendant les dernières années, aucun réacteur n'a fonctionné au Japon, cependant aucune nuit n'a été sans lumière. Nous avons toujours eu assez de courant. Mais le pétrole nous revenait fort cher. Il se peut que le combustible nucléaire soit meilleur marché, mais en cas d'accident combien devrons-nous débourser ? Quelle énorme charge financière pour nous! Si un autre accident grave devait se produire, qu'arriverait-il à notre pays ?

 

Question : Que souhaitez-vous ajouter ?

 

Tarukawa : Si je me taisais, ce serait plus facile. Mais je suis passé dans la presse et à la télévision lors du décès de mon père. Certainement un grand nombre de cultivateurs sont mécontents et même furieux envers TEPCO. Aussi ne puis-je me taire. Si je ne donnais pas mon sentiment, je serais un faux-jeton.

Voilà pourquoi j'ai accepté de paraître dans le film “Je reçois la terre en héritage”. Je veux surtout que les agriculteurs, qui habitent à proximité de centrales nucléaires au Japon, voient ce film. Qu'ils sachent ce que pourraient leur causer des accidents nucléaires. Mon père disait souvent: “Ce que les hommes font, un jour, sera immanquablement détruit. Les hommes ne peuvent vaincre la nature.” Et il avait raison. Après cinq ans, personne ne veut endosser la responsabilité de l'accident nucléaire.

(Fin de l'interview)

 

Dans la brochure des plaignants, Tarukawa achève son témoignage par ces mots :

 

Pour nous, paysans, hormis notre existence, la terre et un environnement favorable sont les choses les plus précieuses. Nous voulons que TEPCO et le gouvernement nous restituent un milieu non pollué. Et de plus, comme le disait mon père, les centrales nucléaires doivent être mises au rancart.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 05:11

Texte de de HORI Yasuo du 12 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Voici la traduction d'articles parus dans les journaux Asahi et Mainichi au sujet des travaux de démantèlement des réacteurs mis au rebut.

Texte original en espéranto

Que fait-on pour démanteler les réacteurs?

(d'un article du Mainichi paru le 7 mars 2016)

 

Question: J'entends dire qu'à Fukushima, on travaille au démantèlement de réacteurs nucléaires. En quoi consiste un démantèlement de réacteur?

Réponse: Démanteler un réacteur signifie démolir des bâtiments de la centrale nucléaire. À Fukushima, on s'apprête à retirer le combustible fondu du cœur des réacteurs.

Question: Où en est-on de ce travail de démantèlement?

Réponse: On a franchi seulement la première étape. Cet accident de Fukushima a été le pire de l'histoire du nucléaire. On doit parallèlement démanteler les trois réacteurs dans lesquels le combustible nucléaire a fondu et l'on prévoit que cela nécessitera de trente à quarante années.

Question: Que fait-on dans la centrale?

Réponse: Chaque jour, environ sept mille travailleurs y pénètrent et s'emploient à des tâches diverses, par exemple l'évacuation de débris de béton, l'installation de bassins pour l'eau polluée, le contrôle des fuites d'eau polluée s'écoulant de ces bassins, etc.

Question: Ces travaux sont-ils dangereux?

Réponse: Les travailleurs portent une combinaison de plastique pour éviter les pollutions et un petit appareil de mesure de la radioactivité. Dans les endroits très radioactifs, ils se couvrent la tête et mettent un masque. Ils travaillent au péril de leur vie en s'exposant aux radiations, mais ils disent: “Il faut bien que quelqu'un fasse ce travail, donc je le fais.” À cause de leur combinaison de protection, ils risquent également de mourir de chaleur.

L'interviewer: Je souhaite qu'ils travaillent prudemment.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives.  Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives. Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Y aura-t-il assez de main d'œuvre?

(paru dans le journal Mainichi du 7 mars 2016)

  

Le journal Mainichi a enquêté auprès de 246 compagnies, qui envoient des travailleurs à la centrale, et il a reçu 42 réponses.

 

Question: Y a-t-il assez de travailleurs?

   20 compagnies: assez ou relativement assez.

   21 compagnies: pas assez ou relativement pas assez .

Question: Quelles sont les causes du manque de main d'œuvre? (on peut choisir plusieurs causes)

   10: Les travailleurs âgés et experts partent, atteints par la limite d'âge, mais aucun  jeune ne vient pour les remplacer.

    7: Il est difficile de transmettre l'expérience acquise.

    6: La radioactivité intense décourage les gens de venir remplacer les anciens.

  Commentaires:

* Même dans l'industrie du bâtiment, on manque de main-d'œuvre, il est donc difficile d'embaucher pour la centrale.

* À présent on embauche en quantité, non en qualité. Les travailleurs expérimentés font défaut.

* À cause des constructions que nécessite la préparation des Jeux Olympiques de 2020, on manque et on continuera à manquer de main-d'œuvre pour la centrale.

Question: Pensez-vous que, conformément au plan gouvernemental, le démantèlement sera achevé en 2051?

   20: oui

   15: non.

Question: Pourquoi non?

   * car est très difficile de se débarrasser des déchets radioactifs et de l'eau polluée.

   * car il y a beaucoup de travaux techniquement difficiles à réaliser.

   * car beaucoup de travaux doivent être faits dans des lieux fortement radioactifs.

Question: Quand et où y aura-t-il des risques pour les travailleurs?

   20: lors de l'extraction des combustibles nucléaires fondus.

   16: lors de l'extraction des combustibles usés.

   10: lors de la démolition des enceintes de réacteurs.

 

Quelles sont les conditions de travail des gens employés par la centrale?

(d'après le journal Asahi du 11 mars 2016)

 

À cinq heures du matin, des bus emportant les travailleurs partent à la queue leu leu du J-Village (base pour le démantèlement de la centrale de Fukushima), vers la centrale numéro 1 située à vingt kilomètres de là. Monsieur A., qui habite Iwaki, une ville voisine, est parmi eux. Il travaille pour une petite compagnie, sous-traitante en quatrième position de TEPCO*. Il se lève à trois heures et demie, et se rend à quatre heures au J-Village, dans une voiture envoyée par la compagnie. Il porte cinq sous-vêtements, deux chaussettes et deux gants, avec en outre une pochette chauffante ("hokkairo", photo ci-dessous), glissée entre deux vêtements, et pourtant il sent encore le froid.

Que fait-on pour démanteler les quatre réacteurs de Fukushima?

Il a sur lui un dosimètre. Quand la radioactivité excède 0,16 millisieverts, celui-ci l'en avertit par un bourdonnement. Au troisième bourdonnement, le travail cesse pour la journée.

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Le travail d'été est le plus dur. Les ouvriers portent alors un masque et des combinaisons de protection. Ils mettent à l'intérieur de la glace pour éviter d'avoir trop chaud, mais au bout d'une demi-heure elle est fondue . Un jour, un homme d'âge moyen était couché, évanoui, dans la salle de repos. On l'a transporté par hélicoptère à l'hôpital, mais il est mort, un peu plus tard, d'un coup de chaleur.

 

Le travail de monsieur A. consiste à installer des tubes pour évacuer l'eau polluée. Le terrain de la centrale, couvert de planchers métalliques, paraît plus propre qu'au lendemain de l'accident, mais les bâtiments des réacteurs sont dans un état lamentable, avec leurs murs de béton en ruine et leurs ferrailles à nu, toutes tordues. “Plus on est proche du bâtiment du réacteur, dit-il, plus c'est radioactif.

 

Cinq ans plus tôt, alors que, ce jour-là, il travaillait dans le bâtiment du réacteur numéro 1, la lumière s'était éteinte. Quelque chose s'était arrêté de fonctionner dans un grand fracas. Il est sorti en courant et a vu que le pavage en béton s'était fendu et que les vitrages dégringolaient. Il s'est précipité dans le bâtiment administratif.

 

Ensuite a eu lieu le contrôle de l'état des employés, et le soir il est rentré à la maison. Il n'a pas vu le tsunami. Une fois rentré chez lui, il a eu une crise d'urticaire provoquée par la tension et la fièvre. Le jour suivant, le bâtiment du réacteur dans lequel il travaillait a explosé à cause de la vapeur.

 

Quelques jours plus tard, il s'est réfugié avec toute sa famille chez un de ses parents, à Nagoja. En mai, le président de la compagnie lui a téléphoné pour lui demander de revenir travailler dans la centrale nucléaire. Sa fille avait alors un an. Persuadé que c'était, pour lui, le seul moyen de gagner sa vie, il est revenu à Fukushima. Il recevait onze mille yens par jour (94 euros).

 

* L'avocat Hirota Hideo, qui aide les travailleurs pour les problèmes de salaire, explique: “TEPCO donne du travail à une compagnie sous-traitante, qui ne le fait pas elle-même mais qui, à son tour, le confie à ses sous-traitants... et ainsi s'étagent en pyramide plusieurs couches de compagnies sous-traitantes, et à chaque étage chacune prélève sa commission. Dans un cas, pour un travailleur, TEPCO a payé 43 000 yens par jour (370 euros) à la compagnie sous-traitante de premier étage, mais la compagnie située au troisième étage au-dessous n'a reçu que 11 500 yens (100 euros). Si l'on ne supprime pas ce système, jamais cette "pompe à phynance" ne disparaîtra.

* Monsieur Katsura Takeshi, qui aide les travailleurs des centrales nucléaires, dit: “Il y a encore des gens qui travaillent sans contrat écrit. Les compagnies qui les embauchent doivent avoir la responsabilité de leur salaire, de leur sécurité et de leur assurance.

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 14:29
Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

Texte de de HORI Yasuo du 8 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

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Illustration : centrales nucléaires en Asie orientale, y compris celles en construction

Texte original en espéranto

Aucun rapport n'arrive de Corée ni de Chine à propos des centrales nucléaires dans ces pays, aussi est-ce la première fois que je trouve dans un journal une carte indiquant l'emplacement des centrales nucléaires en Chine et en Corée. Selon cet article, il y a 20 centrales nucléaires en Corée et 31 en Chine.

Le Japon a commencé à mettre en œuvre un dispositif antiterroriste, mais celui-ci est tout à fait insuffisant. Il peut arriver que des terroristes commencent à travailler dans des centrales en présentant une fausse carte d'identité, or c'est difficile d'éviter cela, car l'Etat n'a pas le droit d'intervenir dans les entreprises privées en ce qui concerne l'embauche.

Maintenant la Corée du Nord expérimente souvent des fusées ou des missiles en direction des États-Unis. S'ils atteignent par erreur des réacteurs nucléaires japonais, il y aura à nouveau une catastrophe qui  détruira tout le Japon.

 

D'anciens réacteurs vont être remis en service

 

Selon le règlement, la durée d'un réacteur nucléaire est de 40 ans mais, à titre exceptionnel, on peut la prolonger une fois de 20 ans. Lorsque cette règle a été édictée, la prolongation devait être exceptionnelle, mais l'Autorité de réglementation du nucléaire a commencé avec trop légèreté à prolonger la vie de vieux réacteurs sous la pression du gouvernement et du monde industriel. Le 20 juin, elle a rallongé de vingt ans la possibilité de fonctionnement pour deux réacteurs de 40 ans et 41 ans, à Takahama, dans le département de Fukui. Les deux réacteurs vont commencer à fonctionner dès l'automne 2019.

Au Japon il y a 20 réacteurs de plus de 30 ans, parmi lesquels on a déjà décidé d'éliminer 6 petits réacteurs. Pour faire approuver l'extension de  durée de vie de ces  derniers, il faudrait dépenser beaucoup d'argent en réparations, et cela ne donnerait pas de profit aux entreprises. Cependant, pour les autres plus grands réacteurs, les compagnies électriques ont l'intention de demander une prolongation.

Le fait même d'éliminer un réacteur est difficile et coûteux. La compagnie d'électricité Kjūshū a décidé d'éliminer son réacteur de Genkai. Pour aller jusqu'au bout de ce travail, il faudra 28 ans et 36,4 milliards de yens (364 millions d'euros). L'endroit où jeter les gravats de béton et métal contaminés est un autre problème. Le Japon est un très petit pays avec un grand nombre d'habitants, on n'y trouve aucun endroit désert où conserver ces déchets.

 

Des réacteurs en fonctionnement ont été arrêtés


A Takahama fonctionnaient les réacteurs 3 et 4. Le 9 mars, le tribunal d'Ōtsu dans le département de Shiga a prononcé un verdict d'arrêt de ces réacteurs. La principale raison de cette décision a été que les explications fournies par la compagnie d'électricité Kansai sur la sécurité des réacteurs n'étaient pas suffisantes et que les nouvelles règles relatives au fonctionnement des réacteurs n'étaient pas acceptables, compte tenu du grave accident de Fukushima dont les causes ne sont pas encore clairement établies.  A la suite de ce verdict, les deux réacteurs en fonction ont été arrêtés le 10 mars. C'est une grande victoire pour le mouvement antinucléaire. 

 

Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

  A propos de ce verdict, M. Ido Kenichi, ancien juge et maintenant avocat pour les plaignants, a expliqué ceci : 

"Lorsque l'on démarre les réacteurs, on doit observer la norme internationale, à savoir une protection à 5 niveaux: 1. ne pas générer d'accidents 2. limiter le périmètre des accidents 3. ne pas aggraver les accidents

4. diminuer le plus possible la gravité de ces accidents 5. mettre en œuvre des plans d'évacuation appropriés pour protéger les habitants contre les substances radioactives.    

  Avant l'accident de Fukushima, les deux derniers niveaux n'existaient pas au Japon, car on croyait qu'ici il n'arriverait pas d'accidents graves. Après l'accident on a introduit les deux derniers niveaux, mais l'Autorité de Réglementation du Nucléaire approuve le démarrage d'un réacteur sans discuter sur ces deux points, parce qu'ils ne sont pas de  son ressort. Le verdict dit que cette attitude de l'Autorité n'est pas convenable et que d'autre part l'Etat lui-même doit être responsable du plan d'évacuation à la place des municipalités.

     Les entreprises d'électricité sont très soucieuses de réactiver les réacteurs uniquement pour leur propre bénéfice, et non pas pour le bien des populations. Les causes de l'accident de Fukushima ne sont toujours pas claires, plus de 100 000 personnes, toujours en refuge, vivent difficilement dans et à l'extérieur de Fukushima, et plus de 2000 personnes sont mortes de causes liées à l'accident. Pour le profit des sociétés privées, a-t-on le droit de jeter une multitude de gens en enfer, d'occasionner d'autres accidents graves, et de détruire le Japon? Nous devons lutter solidairement contre le gouvernement et le monde industriel, qui promeuvent une politique d'énergie nucléaire."

 

    Plus tard, la compagnie d'électricité a soumis l'affaire au même tribunal afin d'annuler la décision antérieure mais, le 17 juin, le même juge Yamamoto Yoshihiko a repoussé cette demande. Auparavant, presque tous les magistrats jugeaient des questions nucléaires conformément à la volonté du gouvernement, mais après l'accident de Fukushima ont commencé à apparaître des juges impartiaux qui se prononcent en faveur des populations.

   Malheureusement il y a encore des juges malhonnêtes dont le verdict tranche toujours en faveur du gouvernement et des compagnies d'électricité. Le 6 avril, la cour de Fukuoka a approuvé la remise en service des réacteurs 1 et 2 de Sendai dans le département de Kagoshima, en disant que les nouvelles règles pour les réacteurs et la décision de l'Autorité n'avaient rien de déraisonnable. Le verdict disait même que la demande de sécurité absolue ne représentait pas l'opinion générale.

   La plupart des Japonais ont peur d'un malheur supplémentaire et refusent le redémarrage des réacteurs. C'est l'opinion générale. Les juges ont trahi la population en prononçant ce verdict stupide pour complaire au gouvernement.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 22:49
Carte des alentours des centrales nucléaires
Carte des alentours des centrales nucléaires

Texte de de HORI Yasuo du 3 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Suivi d’autres rapports récents du même auteur :

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

Texte original en espéranto

 

Le gouvernement oblige les réfugiés à revenir dans leur foyer

 

À la date du 8 février, parmi les habitants de Fukushima réfugiés hors de chez eux, 65 453 avaient trouvé refuge dans le département de Fukushima et 43 270 dans d'autres départements. Au cours des cinq dernières années, on a dénombré 2 016 décès consécutifs*, soit davantage que le nombre de victimes du tsunami: 1604. 

 

*décès consécutifs : décès dus à un défaut de prise en charge, à un manque de soins médicaux, à de mauvaises conditions de vie, au suicide par désespoir, etc. Dans Fukushima, de tels décès sont plus nombreux que dans les deux autres départements touchés par l'accident nucléaire, bien que le nombre de victimes directes y soit plus faible.

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Le gouvernement et le département de Fukushima ont nettoyé le sol. Grâce à cette dépollution et à la diminution naturelle des radiations, environ 90% des dosimètres installés indiquent une radioactivité inférieure à la norme maximale tolérée, soit 0,23 microsieverts. S'appuyant sur ce constat, le gouvernement fait revenir les anciens habitants dans leur foyer. En septembre dernier, il a déclaré que la ville de Nahara était redevenue "habitable", puis, en juin 2016, à son tour la ville de Kutsurao l'est redevenue. Et d'ici à la fin mars 2017, toutes les villes des "zones non habitables" redeviendront "habitables" et sur les 70 000 réfugiés, 46 000 pourront revenir loger dans leur ancien foyer. Au prétexte que ces villes sont ou seront "habitables", le gouvernement a l'intention de ne plus verser l'indemnité compensatrice aux réfugiés et le département de Fukushima cessera de fournir aux réfugiés "volontaires"* un logement gratuit.

 

* réfugiés “volontaires” : Les habitants des villes reconnues dangereuses par le gouvernement étaient obligés de fuir. Les réfugiés “volontaires” sont ceux qui, logeant hors de ces villes mais se  sentant en danger, sont partis de chez eux de leur plein gré.

 

Revenir ou pas? Dans les deux cas c'est l'enfer

 

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

La ville de Nahara a été déclarée "habitable" en septembre dernier, mais seulement 460 (soit 6%) des 8 000 habitants sont revenus chez eux. 70%  d'entre eux sont des personnes âgées de plus de soixante ans. Les jeunes couples avec enfants ne veulent pas revenir, redoutant l'influence néfaste de la radioactivité sur leurs enfants.  En outre, beaucoup ont déjà trouvé un nouvel emploi et leurs enfants, qui se sont habitués à leur nouvelle école, ne souhaitent pas en changer. La municipalité a pour objectif le retour, l'an prochain, de 50% des anciens habitants, en se fondant sur un sondage qui révèle que la moitié des personnes enquêtées désirent revenir.

 

L'un des habitants, revenu habiter chez lui, se plaint en ces termes: “Avant la catastrophe, je pouvais vivre avec ma petite pension de retraite, parce que je cultivais moi-même un champ et que je produisais du riz et des légumes, or maintenant, à cause de la radioactivité, je ne peux plus rien récolter et je dois tout acheter. Sans subvention, je ne peux plus vivre.” Dans ces villes, beaucoup de maisons sont déjà pourries et inhabitables. Les hôpitaux, les magasins font défaut et, ce qui est pire, les voisins aussi font défaut. Dans de telles conditions, nombreux sont ceux qui ne peuvent revenir. Et pour ceux qui le peuvent, la vie, ici, n'est pas du tout satisfaisante.

 

Habiter un logement provisoire dans un lieu étranger, c'est l'enfer. Un enseignant à la retraite, originaire de Namie, est mort en juillet 2014. Il avait emménagé à Tokyo et, tout de suite après, il est tombé malade. Il répétait sans arrêt: “Mon existence n'a plus de but. Vivre ne sert à rien.” Il est devenu fou et il est mort à soixante-dix ans. Les médecins disent que le manque d'exercice physique, la fréquence du stress, l'inquiétude, le désespoir, la perte de raison de vivre, tout cela détériore et le corps et le cœur.

 

La vie dans Fukushima est difficile. Le journal Asahi a mené une enquête auprès de 1 000 personnes et a reçu 619 réponses. Voici celles concernant l'emploi exercé comparées à celles d'avant la Catastrophe, pour Fukushima et deux autres départements sinistrés :

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Plus difficile et misérable est la vie de jeunes mères avec enfants, qui sont allées loger dans d'autres départements. Elles sont confrontées non seulement à des difficultés financières, mais encore à l'éclatement de la famille. Assez nombreuses sont celles qui ont divorcé, sont tombées malades, donc leurs enfants également en pâtissent. Mais je traiterai à part de ces sujets.

 

Cinq années déjà ont passé depuis la grande catastrophe japonaise, et entre-temps d'autres ont eu lieu, au Japon et ailleurs dans le monde, si bien que les gens ont de plus en plus tendance à l'oublier. Dans Fukushima, cet accident nucléaire n'est toujours pas résolu, et chaque jour, 500 nouvelles tonnes d'eau sont polluées. On n'a absolument pas réussi à récupérer les minuscules fragments de combustible nucléaire dispersé. Il reste un très grand nombre de réfugiés qui vivent dans l'inquiétude, mais le gouvernement n'en a cure. Il fait comme si le problème était résolu et que tout  allait pour le mieux, alors qu'il n'en est rien ! Que le Japon ne se fasse pas d'illusions !

 

______________________

 

Autres rapports récents de HORI Yasuo :

 

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

 

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« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

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Le dernier numéro d'Atomes crochus

 

 

Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

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Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

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