7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 14:27
corneille tchernobyl11 septembre 2011 : deux souvenirs d’évènements douloureux vont se télescoper, 6 mois exactement après le tremblement de terre japonais et 10 ans après la destruction des tours jumelles à New York. Alors autant prendre quelques jours d’avance pour faire le point sur la catastrophe de Fukushima, car on sait déjà de quoi les médias vont parler le plus… Ne parlons même pas du non-lieu général dans l'affaire des retombées en France du nuage de Tchernobyl. 10 ans d’enquête pour en arriver là… Vraiment, 2011, une triste année. Alors commençons par la seule bonne nouvelle qui semble se dessiner.
 
Kan NaotoC’est maintenant presque officiel : le Japon va sortir du nucléaire ! Naoto Kan, ex premier ministre, est devenu anti-nucléaire. Avant de quitter le gouvernement, il avait pris soin de faire voter une loi favorable aux énergies renouvelables. Libéré de ses fonctions et des pressions qu’il subissait, il dit aujourd’hui publiquement ce qu’il pensait tout bas : « Quand vous pensez à la possibilité d'un accident qui pourrait rendre la moitié du pays inhabitable, vous ne pouvez pas prendre ce risque, même si cela n’arrivait qu’une fois dans un siècle" (lien). Le nouveau gouvernement ne dit pas autre chose : Yoshihiko Noda, premier ministre depuis une semaine, juge difficile de construire de nouveaux réacteurs au Japon, y compris pour remplacer ceux arrivant en fin de vie. A terme, cela devrait aboutir à la disparition progressive des centrales nucléaires au Japon, comme l’a indiqué dernièrement le ministre de l'industrie (lien).

C’était la bonne nouvelle. Les autres sont moins réjouissantes, car la crise nucléaire est à son paroxysme, non pas à la centrale même ‒ même si la centrale continue de diffuser son poison en continu, il n’y a plus d’explosions spectaculaires   mais dans les territoires contaminés qui sont loin de se limiter à la zone d’exclusion décidée par le gouvernement. Pour plusieurs centaines de milliers de Japonais, la situation sanitaire est désormais critique, certains secteurs habités étant plus pollués que des zones interdites à Tchernobyl. Malgré ces faits alarmants, peu de médias osent aborder le sujet. D’où aujourd’hui l’idée de faire le point à l’aide de dossiers, de synthèses ou de reportages réalisés récemment qui donnent des éclairages multiples de la situation presque 6 mois après l’accident.
 
 
 
1. Fukushima, 6 mois après : la catastrophe continue (Réseau Sortir du nucléaire)
2. A Fukushima, « on ne maîtrise rien », témoigne Corinne Lepage (reportage)
3. Une synthèse de l'accident de Fukushima du 11 mars 2011 (Forum de Radioprotection)
4. Mise en place de moyens de contrôles radiologiques indépendants (Partenariat Criirad-ONG japonaises)
5. Le point sur la situation à Fukushima Daiichi (Autorité de Sûreté Nucléaire)
6. Accident survenu à la centrale de Fukushima Daiichi : point de la situation (IRSN)
7. Fukushima Retombées (reportage TV australien)
8. Dernières nouvelles de Tokyo en… 2016 (court-métrage japonais)
9. Qui tient encore le fil de l’actualité de Fukushima aujourd’hui ? (liens)
 
 
 
1. Fukushima, 6 mois après : la catastrophe continue
Dossier du réseau Sortir du nucléaire
6 septembre 2011
 
nucleaire-non-merci.jpg« Ce 11 septembre 2011, six mois se seront écoulés depuis le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Six mois que Tepco, l’ensemble du lobby nucléaire, le gouvernement japonais, mentent et désinforment les citoyens du Japon et du reste de la planète. Six mois déjà, à lutter contre l’opacité, à tenter de démêler les fils de la vérité, concernant la situation des réacteurs, la contamination de l’environnement, des habitants et des aliments. A la veille du 11 septembre 2011, nous sommes toujours confrontés à un mur de censure. Les grandes catastrophes nucléaires de l’histoire, de Mayak à Fukushima en passant par Tchernobyl, se suivent… la désinformation reste entière, et nous, citoyens du Japon et d’ailleurs, sommes les premières victimes. Ce silence doit cesser.
Le Réseau “Sortir du nucléaire“ souhaite ici fournir un aperçu – sans prétendre être exhaustif – de la situation des populations dans la préfecture de Fukushima à ce jour. Ce dossier met en valeurs certains aspects scandaleux de la gestion de la catastrophe par les autorités japonaises qui sont passés inaperçus dans les médias en France. Alors que l’accident n’en est qu’à son commencement, le Japon en a-t-il tiré les leçons ? »
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2. A Fukushima, « on ne maîtrise rien », témoigne Corinne Lepage
Propos recueillis par Audrey Chauvet
6 septembre 2011
    
article lepage L'eurodéputée Corinne Lepage
 lors d'une manifestation contre le nucléaire,
 en mars 2011 à Paris.
 (AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS)
 
« Presque six mois, jour pour jour, après la catastrophe de Fukushima, la députée européenne Corinne Lepage s'est rendue au Japon. Elle en revient avec un témoignage alarmant...
Elle a «pris son baluchon» et elle s’est rendue sur les lieux de la catastrophe. La députée européenne Corinne Lepage, qui suit particulièrement la question du nucléaire au Parlement européen, s’est rendue au Japon du 29 août au 2 septembre pour y rencontrer les autorités, les ONG et les associations de familles de Fukushima. Elle en revient avec des nouvelles alarmantes sur l’état de la centrale accidentée et la radioactivité à laquelle sont confrontées les populations, mais témoigne également de la possibilité d’adapter la consommation électrique d’un pays à de nouvelles contraintes et dénonce l’industrie nucléaire, incapable de faire face aux accidents dont elle est à l’origine. »
 
 
 
3. Une synthèse de l'accident de Fukushima du 11 mars 2011
Mise en ligne le 29 août 2011
 
Ce document a été élaboré grâce aux informations collectées via le fil de discussion dédié a cette catastrophe sur le forum du Radioprotection Cirkus. Elle fait un point de la situation à la fin juin 2011 sur les six thèmes suivants :

- La cinétique de l’accident.

- L’état des tranches fin juin 2011 soit trois mois et demi après l’accident.
- Le traitement des déchets et effluents liquides.
- L’impact dosimétrique sur les intervenants.
- L'impact sur l'environnement.
- L’impact sanitaire prévisionnel sur la population.
 
Si cette synthèse est technique, elle est aussi critique, ce qui lui donne une originalité incomparable sur la toile : nous avons là les informations officielles résumées et des commentaires et interrogations pertinents, comme l’annonce cet extrait de l’introduction du document : « Cependant nous pensons que la situation est loin d’être stabilisée et que des questions majeures se posent encore sur la reprise de criticité, sur les coriums qui peuvent avoir ou non traversés les radiers, sur la récupération du combustible dans les piscines de stockage et des coriums, sur les traitements des effluents liquides, sur l’impact dosimétrique chez les intervenants et dans la population et sur le suivi épidémiologique qui sera réalisé dans le futur. »
 
rpc.png 
 
 
 
 
 
 
4. Partenariat Criirad-ONG japonaises : mise en place de moyens de contrôles radiologiques indépendants.
Dossier spécial Japon Criirad
 
La CRIIRAD a accueilli du 9 au 12 août 2011 à Valence une délégation du CRMS (Citizen’s Radioactivity Measuring Station) afin de renforcer les liens de coopération mis en place depuis avril 2011 avec M Wataru Iwata (ONG Project 47 et CRMS). La visite a comporté des réunions de travail, formation aux techniques de mesure de radioactivité, réunion publique et conférence de presse. Quelques unes des interventions médiatisées sont disponibles ci-dessous :
- Sujet de France 3 diffusé le 10 août 2011. Il traite de la formation organisée au laboratoire de la CRIIRAD
 
 
Conférence de presse organisée à la CRIIRAD à Valence le 11 août 2011
Intervenants : M Wataru Iwata (CRMS) et Bruno Chareyron (CRIIRAD)
- Sujets de M. Lorrain Sénéchal diffusés sur France Inter, France Info et France Bleu Drôme Ardèche (fichiers audio)
- Sujet de Mme Emilie Nora diffusé sur Europe 1 (fichier audio)
 
JAPON : Accueil et formation à la CRIIRAD de représentants des associations japonaises CRMS (citizen's radioactivity monitoring station), et Réseau citoyen pour sauver les enfants de Fukushima. 16/08/2011 :
-
Intervention de Bruno Chareyron (Responsable du laboratoire) lors de la conférence de presse CRIIRAD du 11/08/2011 (Vidéo Youtube - 13 min)
- Intervention de Wataru Iwata (CRMS) lors de la conférence de presse CRIIRAD du 11/08/2011
(Vidéo Youtube - 18 min)
 
 
5. Le point sur la situation à Fukushima Daiichi
par l’ASN
26 août 2011
L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et les conséquences radiologiques au Japon :
I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
II. Le suivi des populations présentes au Japon
III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon
IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »
V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais
VI. La radioactivité dans l’eau du robinet au Japon
VII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon
VIII. La gestion des déchets contaminés
 
 
 
6. Accident survenu à la centrale de Fukushima Daiichi : point de la situation
par l’IRSN
25 août 2011
Depuis le 12 mars 2011, l'IRSN publie des points d'informations réguliers sur l'état des installations nucléaires au Japon. Mais attention, pas de scoop dans ce bulletin, car l’IRSN ne restitue que les données fournies par Tepco. De plus, les commentaires sont excessivement prudents, ce qui donne une impression constante de minimisation de la catastrophe. Pourtant, l’IRSN aurait de quoi dire beaucoup plus. Alors que cet organisme chapeaute un laboratoire de recherche sur le corium (le Laboratoire d’études du corium et du transfert des radioéléments - LETR - financé par les contribuables français), il ne communique pas sur les coriums de Fukushima ! Mais je vous l’avais déjà signalé, le mot est tabou autant chez Tepco que dans l’espace nucléaire français. Cet état de fait est scandaleux : plus un sujet est dangereux en terme d’image pour l’industrie nucléaire, plus on le camoufle.
 
 
 
7. Fukushima : Fallout (Retombées)
Reportage australien de Liz Hayes, sous-titré en français par Kna60
Extrait de l'émission "60 Minutes" de Channel Nine diffusée le 19 juin 2011.
 
 
« Quand le Japon a été secoué par un énorme séisme et un tsunami en mars dernier, nous nous sommes dit que le pire était derrière nous. Des dizaines de milliers de morts, une économie dévastée, des communautés entières rasées. Sûrement les Japonais avaient assez souffert comme cela. Bien des semaines plus tard, la crise est loin d'être terminée. La centrale nucléaire endommagée de Fukushima fuit toujours et, à en juger par l'expérience de Tchernobyl, le rétablissement du Japon ne se mesurera pas en années, mais en siècles.
La contamination radioactive ajoute simplement un autre chapitre à ce qui est déjà une tragédie indicible : la décision de revenir et reconstruire pourrait bien ne pas appartenir à la population qui habitait dans la zone d'exclusion. Cette contamination, diluée, s'étend maintenant à la planète entière.
 »
 
 
8. Dernières nouvelles de Tokyo en… 2016
 
Ecrit et dirigé par Yukihiro Shoda, Blind est un court-métrage qui prend place dans un Tokyo post-nucléaire dans lequel un homme d’affaires se retrouve propulsé dans un monde surréaliste.
 
 
 
9. Qui tient encore le fil de l’actualité de Fukushima aujourd’hui ?
Il faut le reconnaître, se tenir constamment informé sur Fukushima et restituer l’info clairement de manière quotidienne est une tâche difficile car elle nécessite un temps plein. Certains veilleurs des premiers temps de la catastrophe ont jeté l’éponge ou font une pause (1), d’autres passent le relai. Pour les francophones, voici quelques sites qui ont encore des rubriques actualisées type « fil d’info » ou « dernières nouvelles » :
 
Restent aussi les sites collectant les articles qui paraissent au jour le jour, les fameux « scoopit » intarissables de Pascal49 et d’Etienne Servant :
 
Et les sites toujours actifs, s’attachant particulièrement à la traduction d’articles étrangers :
 
ou à la sensibilisation mondiale de la catastrophe :
 
 
 
(1) On regrette en particulier les bulletins de l’électron libre (Glasnost sur Fukushima), les « Quoi de neuf  ? » de Paul Keirn, les fils d’infos d’Ubick (Radio Blüe), de l’association Kokopelli, de François Leclerc (blog de Paul Jorion), de Dazibaoueb, etc. Espérons que ces forces d’information soient réactivées bientôt, ou qu’elles ressurgissent sous d’autres formes sur la toile.
 
 
 
 
Source photo tête d'article : Jdd

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 09:11
Il a fallu 4 ans pour construire la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, de 1967 à 1971.
 
construction fukushima daiichi
source photo :
 
 
Un film japonais retrace la construction de cette centrale. Il est disponible sur YouTube en deux parties, avec sous-titrage intégré à la vidéo.
 
Réalisé à l’origine à la gloire du nucléaire, ce film est intéressant à plus d’un titre car il est à la fois un document historique et pédagogique. Il est aujourd’hui important de le visionner pour comprendre la centrale accidentée, afin d’en connaître ses éléments constitutifs, à l’heure où on construit une enveloppe autour du bâtiment réacteur 1.
 
Une image rare, extraite parmi tant d’autres : le fond de la cuve, percée de 97 trous destinés à recevoir les barres de contrôles. C’est un des grands défauts de ce type de réacteur : les barres de contrôles sont actionnées depuis le bas. Autant de trous où le corium peut se faufiler en cas de fonte du cœur…
 
construction fukushima daiichi trous barres de controle
Les trous destinés au passage des 97 barres de contrôle en fond de cuve   

 

 

C’est vraiment émouvant de voir ce film à la lumière de la catastrophe qui a lieu en ce moment. La centrale est présentée de manière tellement angélique :

 

« La centrale de Fukushima Daiichi est un modèle d’ingénierie innovante dans le domaine de l’énergie nucléaire. La nouvelle énergie qui est née ici, le nucléaire, sera une grande énergie qui soutiendra l’ensemble de nos vies ». 

       
Du coup, on pense inévitablement à la construction actuelle de l’EPR de Flamanville qui présente déjà des malfaçons... et à la propagande d’AREVA.
 
   
 
 
Film « La centrale nucléaire de Fukushima »
édité par borrrden
Sous-titrage : cliquer sur« cc », choisir la langue et valider.
 
 
Partie 1
 

 
 
Partie 2
 

 
 
 
Version originale non sous-titrée éditée par krikkosnack
 
PS : merci à Julien d’avoir partagé ces liens !
 
 
Autres documents sur la construction de la centrale diffusés par Cryptome :
Documents d'archives concernant la construction de Fukushima Daiichi 1, comportant des schémas et des photos de 1967 (au format pdf et en japonais). Intéressant : dans le premier document, on peut voir un schéma, page 102, qui ressemble à un projet de construction avec une digue de protection, adossée au bâtiment des turbines, et haute de 33 m. Il est clair que l’on savait dès le début qu’un tsunami pouvait atteindre la centrale. Ce projet a dû être modifié ensuite…
 
projet réacteur fuku avec digue de 33 m
 
Télécharger le document 1
 
Télécharger le document 2
 
     
 
-----------------------------------
 
Autres articles en rapport avec le sujet :
 
Témoignage de de Norio HIRAI, chaudronnier du nucléaire :
 
Le réacteur n°1 de Fukushima Daiichi est devenu une passoire

 

Technique : vidéos et commentaires de la construction de la centrale de Fukushima-Daiichi 1 / 2

http://www.gen4.fr/blog/2012/01/technique-vid%C3%A9os-et-commentaires-de-la-construction-de-la-centrale-de-fukushima-daiichi-12.html

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 16:04
Albums
Le site houseoffoust a des pages consacrées exclusivement à la collecte de photographies sur Fukushima Daiichi. C’est une mine pour qui recherche des clichés ou des vidéos sur les bâtiments, les réacteurs, les évènements, les photos anciennes de la centrale, etc. Voici quelques liens de différents albums de ce site :
 
Exemple de photo intéressante :
 
R4 insidebefore
 
Intérieur du réacteur 4
 
 
Vidéos
- Vidéo déjà ancienne (23 mars 2011), mais récemment sous-titrée en français par Kna60 sur YouTube. Heureuse initiative, car Arnie Gundersen est une référence pour comprendre la catastrophe. Dans cette vidéo, il traite de l'échec de l’utilisation des cheminées de ventilation à Fukushima Daiichi qui a entraîné un fort niveau de radiations au niveau du sol : les données de l'AIEA montrent des radiations 1 600 fois supérieures à la normale dans des zones à 40km de Daiichi et des rayonnements de surface à 0,9 MBq/m2 (900 000 désintégrations par seconde).
 

 
 
- Retour sur les premières semaines : Stiegsfeld  a reconstitué un diaporama des deux premières semaines de l’accident, intitulé « The Fukushima Incident » avec 234 images fournies par la webcam de Tepco. Ce montage permet de voir ceci :
    - 11 mars 2011, 18h : de la vapeur sort de la 1ère cheminée de ventilation
    - 12 mars 2011, 15h : de la vapeur sort de la 3ème cheminée de ventilation
    - 13 mars 2011, 13h et 14h : de la vapeur sort de la 2ème cheminée de ventilation
    - 14 mars 2011, 15h : de la vapeur sort de la 2ème cheminée de ventilation
    - 14 mars 2011, 16h : de la vapeur au dessus du réacteur 1
    - 15 mars 2011, 07h : le bâtiment du réacteur 4 vient d’exploser et fume. Un hélicoptère est déjà en vol pour arroser.
    - 23 mars 2011, 16h-18h : incendie au réacteur 3, fumée noire abondante
 

 
 
 
 
- Vue sur l’ensemble de la centrale, incluant les réacteurs 5 et 6.
Video de TBS/JNN datée du 29 août 2011, diffusée par nuckelchenblogde  sur YouTube
 

 
 
 
- Caméras : la centrale nucléaire est truffée de caméras !
 

 
 
Pourquoi Tepco ne diffuse-t-il pas le film des 2 explosions de l’unité 4 (15 mars 2011) ?
 
 
- Exercices d’utilisation des robots à Fukushima
 

 
 
 
- Que veut nous dire cet homme qui pointe son doigt vers nous durant 20 minutes ?
 
doigtpointé-copie-1
 
Lien vers la vidéo complète :
 
Différentes hypothèses ici :
 
 
Photos Tepco
 
110830 2
 
Echantillonnage de poussière à l’ouverture du bâtiment-réacteur de l'unité 1 de la  centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (photo du 28 août 2011)
 
 
110830 3

Echantillonnage de poussière à l’ouverture du bâtiment-réacteur de l'unité 2, de la  centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (photo du 29 août 2011)
 
 
296676 2342338361204 1332320101 2707339 8090000 n
 
Qu’est-il arrivé à cette échelle du bâtiment du réacteur 2 ?
 
 
 
 
 
____________________________
 
Dans la série « Voir Fukushima », voir aussi dans ce blog :
 
Photo du réacteur n°3 (Cryptome)
Reportage photo du journaliste Kazuma Obara (The Guardian)
Webcam : construction de la protection du réacteur 1, panaches de vapeur, animaux
 
Vidéo sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Plan de la centrale
Photos de la mesure d’une radioactivité élevée
Vidéo Arnie Gundersen
Video réacteur 1 (robot)
Photos réacteur 3 et 4 (soutènement piscine)
Albums sur Fukushima
Reportage NHK sur la contamination
 
Vidéo de la visite du bâtiment du réacteur n°2
Plan de l’unité 2
Vidéo du bâtiment 3
Plan de l’unité 3
Retour sur la visite des experts de l’AIEA du 22 mai au 2 juin 2011.
 
Shéma : plan du niveau technique de l’unité 4
Photos : piscine de l’unité 4
Album : photos prises par un liquidateur
Vidéo : reportage sur Fukushima et Tchernobyl
 
Photos : les systèmes de décontamination de l’eau
Schéma : fuite du corium dans le sol
 
Photo et vidéo : porte du bâtiment de l’unité 2
Schéma : projet de digue de 33 m de hauteur
 
Vidéo : visite de la centrale par les experts de l’AIEA
 
Photos : réacteur 4
Webcam Tepco : enregistrements sur youtube
Vidéo : vague du 11 mars sur la centrale
 
Vidéo : environnement de la centrale et zooms sur réacteurs 1 et 4
 
Photos : arrivée de la vague sur la centrale de Fukushilma Daiichi
Webcam de la centrale par Tepco
 
Vidéo : Shigeru Aoyama Clear, conseiller technique en énergie nucléaire, visite la centrale de Fukushima Daiichi
 
Photos : album de 70 photos de la centrale de Fukushima Daiichi
 
Vidéo : piscines de stockage de combustible usé des réacteurs 3 et 4
Vidéo : visite de l’unité 1 par des robots
 
Vidéo : images de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Photos : tous les clichés fournis par Tepco
Vidéo : zone interdite
 
Webcam de la centrale par Weather Online
 
Vidéos : survol des réacteurs avec des drones
Vidéos : des robots filment au sol
 
Photos : les 16 séries de photos de Cryptome
 
Photo satellite : visite de la centrale avec Google Earth
 
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 21:18

A l’heure où tout le monde se demande où se trouvent les coriums de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi, il est intéressant de connaître la nature du terrain où ils pourraient éventuellement se cacher. Bien que tous les documents qui ont servi à réaliser cet article soient facilement accessibles, la plupart sont en japonais et c’est ce qui explique qu’à ce jour, la connaissance de la géologie de Fukushima soit parcellaire. A partir de l’étude géologique préparatoire à la construction de la centrale, de rapports de tests sismiques et de recherches récentes liées à des forages, cet article va essayer de faire le point sur la nature du sous-sol de la centrale nucléaire, ce qui permettra d’envisager les évolutions possibles de la catastrophe en cours.

 

 

 > English version

 

> Español

 

 

 

Environnement géologique général

 

La centrale de Fukushima Daiichi est située sur la côte est de l’île d’Honshū, au nord-est du Japon, sur un sol sédimentaire du Cénozoïque, c'est-à-dire appartenant à l’ère géologique actuelle (-65,5 millions d’années à nos jours). Elle est séparée du plateau granitique d’Abukuma par la faille de Futuba.

 

tectonic division of Abukuma Mountains and location of bore

 

La carte géologique ci-dessus est tirée d’une illustration intitulée « Tectonic division of Abukuma Mountains and location of borehole » extraite de l’article « Granitoids with 300 Ma in the Joban coastal region, east of Abukuma Plateau, northeast Japan » (Auteurs : Tsutsumi, Yukiyasu; Ohtomo, Yukiko; Horie, Kenji; Nakamura, Ko-Ichi; Yokoyama, Kazumi), Journal of Mineralogical and Petrological Sciences, Volume 105, p. 320-327 (2010).

 

 

Cette carte a été réalisée à l’occasion d’un forage d’une profondeur de 1005 mètres à une douzaine de kilomètres au sud de la centrale de Fukushima Daiichi, à proximité immédiate de la centrale de Fukushima Daini. Publiée en 2010, elle est la plus récente qui puisse nous renseigner sur le contexte géologique général du site de la centrale accidentée.

 

Le carottage effectué par les chercheurs permet de constater que la couche de roche sédimentaire, dont sont constitués les sols de la côte est du Japon sur au moins une centaine de km, a une épaisseur de 815 mètres à la latitude de Fukushima Daini.

 

 

Un site bien documenté

 

Pour avoir des informations plus précises sur la géologie du sol de la centrale de Fukushima Daiichi, il faut consulter trois autres documents : le premier est l’étude géologique préparatoire à la construction de la centrale (1967) ; le second est un rapport d’évaluation de la sécurité sismique du site nucléaire, édité par Tepco en mai 2009 ; le troisième est une expertise résumant la situation géologique et sismique de la centrale de Fukushima Daiichi, édité par l’autorité de sureté nucléaire du Japon, la NSC (Nuclear Safety Commission) en juin 2010.

 

Le premier document rassemble deux coupes du terrain à l’emplacement de la future centrale, l’une orientée est-ouest, l’autre nord-sud. Avec ce document, conforté par une photo du site avant travaux (1966), on se rend compte que la côte était rocheuse à l’origine, et que le plateau sédimentaire a été entaillé pour réaliser les terrassements nécessaires à la construction de la centrale nucléaire. Comme prévu dans la coupe (trait rouge pointillé), le terrassement du sol est à 10 mètres au dessus de la mer et le creusement des sous-sols est en dessous du niveau de la mer.

 

 

géologie fukushima coupes colorisées

 

Etude géologique du site de Fukushima Daiichi avant 1967 (Coupes colorisées et annotées en français par l’auteur d’après un original japonais en noir et blanc. Source : http://cryptome.org/0004/daiichi-build-01.pdf , page 103)

 

 

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Le site avant les travaux, en 1966 (source : groupe Fukushima Daiichi)

 

 

Pour construire la centrale ‒ à l’origine uniquement l’unité 1 ‒ on a excavé les couches sédimentaires supérieures qui sont des alluvions du Quaternaire composées d’argiles et de sables friables ou mi-durs (couleurs verte et marron dans la coupe). La centrale est donc construite sur une roche sédimentaire de type « mudrock » (couleur jaune dans la coupe), c’est-à-dire une roche boueuse composée d’argile et de silt (sable très fin). Mais le terme « boueuse » ne signifie pas pour autant que la roche est molle. Cela veut dire simplement que c’est une roche dont la matrice est argileuse ; on l’appelle aussi « argilite ».

 

Le second rapport étudie la réaction du terrain à des ondes émises depuis la surface sur l’ensemble du site, et en particulier sous la piscine commune, qui se trouve à l’ouest de l’unité 4. Cette piscine, consacrée au refroidissement de plus de 1000 tonnes de combustible usé, fait en effet l’objet d’une attention particulière : les coupes est-ouest et nord-sud se croisent à son emplacement.

 

 

plan coupe est ouest piscine commune geologie Plan du site

 avec situation de la coupe

 ci-dessous (trait rouge)

 

 

 

piscine commune geologie

 

Coupe est-ouest (Merci à Hiroko pour son aide à la traduction)

 

 

Cette coupe montre une discontinuité de sol à environ 200 m de profondeur, correspondant à un changement de nature de roche. Entre le niveau du sol et -200 m, il s’agit de la couche géologique de Tomioka, datée du Néogène ; la couche située en dessous est plus ancienne, elle est indiquée être du Paléogène-Néogène et correspond à la couche Taga.

 

Le troisième document présente une analyse fine des différentes strates géologiques internes à cet épais manteau sédimentaire du Cénozoïque, représentées aussi dans deux coupes. En voici les principales strates, nommées par des lettres, de la plus proche du sol à la plus profonde, liste suivie des plans, coupes et tableau analytique :

- T3 : roche boueuse et sablonneuse (couche de Tomioka, Néogène)

- T2 : grès avec inclusion de tuf (couche de Tomioka, Néogène)

- T1 : grès avec inclusion de tuf en grande proportion (couche de Tomioka, Néogène)

- TI : grès argileux (couche Taga, Paléogène-Néogène)

- Yu : alternance de roches boueuses et sablonneuses (couche Yunagaya, Miocène inférieur)

- Sr : grès dur et roches boueuses (couche Shiramizu, intermédiaire entre l’Oligocène et le Miocène)

 

 

plan de situation des coupes géol Plan de situation

 des deux coupes

 (cf. ci-dessous)

 

 

 

coupe géol est ouest - Copie

 

Coupe est-ouest (avec ajout de la situation de la centrale en rouge)

 

 

coupe géol nord sud fukushima daiichi4

 

Coupe nord-sud (avec ajout de la situation de la centrale en rouge)

 

 

tableau

 

Tableau analytique : géologie stratigraphique du site de Fukushima Daiichi (Tableau réalisé à partir d’un original en langue japonaise. Merci à Marielle pour son aide précieuse)

Source : http://www.nsc.go.jp/s....pdf, p. 14.

 

 

Une faille suspecte

 

Dans plusieurs de ces coupes, une faille ancienne, antérieure au Miocène supérieur, est clairement visible sous le site nucléaire. Alors que l’étude géologique datant de la construction de la centrale ne met pas en évidence cette faille (les forages n’allaient pas au-delà de 200 m de profondeur à cette époque), il apparaît avec ces documents de 2009 et 2010 que Tepco et la NSC la connaissent depuis plusieurs années. La coupe suivante montre encore cette faille avec plus de profondeur (-1300 m) :

 

faille fukushima daiichi

 

Faille de Fukushima Daiichi (source NSC :http://www.nsc.go.jp/shins....pdf , p. 13)

 

Il faudrait évidemment revoir la manière dont sont autorisées les constructions de centrales nucléaires (1). Une faille non active se comporte comme un volcan éteint : à partir du moment où un évènement sismique ou volcanique s’est produit dans le passé, même très lointain, il peut réapparaître si les conditions sont à nouveau réunies. Lors du tremblement de terre du 11 mars 2011, il ne serait pas étonnant que cette faille ait été réactivée et ait provoqué des dégâts dans la centrale, comme cette fissure découverte après le tremblement de terre :

 

 

fissure f1 réduite

 

Source du cliché : Tepco

 

 

Perméabilité des couches

 

Andreas Küppers, géologue allemand qui était intervenu sur le site lors de la construction de la centrale, a été interviewé en mars 2011 par le journal Die Welt. Selon ce spécialiste du Centre de Géorecherche de Potsdam (GFZ : Deutsches Geoforschungszentrum), il est probable que les différentes couches d’argilite sur lesquelles la centrale est construite soient imperméables, et qu'elles n'autorisent pas le contact avec les nappes phréatiques (2). Mais cet avis n’est pas partagé par tout le monde. On connait par exemple la position d’un géologue japonais ‒ qui souhaite rester anonyme ‒ par l’intermédiaire du forum étatsunien « Physics Forum » : selon lui, la roche de fond de la région est faite de grès grossiers, très perméables, et contient énormément d'eau provenant  de la montagne voisine d'Abukuma. Cette eau souterraine coulerait sous la plaine en direction de l’océan à vitesse très lente, de l’ordre de 50 cm/jour (3).

 

En fait, à la lumière des données recueillies, il semble que les avis des deux géologues ne s’opposent pas car il existe à la fois des couches d’argilites (ou de siltites) et des couches de grès. Cependant Andreas Küppers, à la manière Tepco, ne donne pas toutes les informations qu’il possède : il n’y a pas que des argilites imperméables, il y a aussi des strates de grès perméables, ce qui permet à l’eau souterraine de se déplacer vers la mer. De plus, la présence de cette faille sous la centrale offre la possibilité à l’eau de descendre verticalement sans être arrêtée par une couche d’argilite horizontale imperméable, et de mettre en relation plusieurs nappes phréatiques que l’on aurait pu croire indépendantes.

 

 

Bonne et mauvaises nouvelles

 

La bonne nouvelle est que l’eau radioactive qui fuit de la centrale ne pourra pas remonter vers les terres du Japon et le plateau d’Abukuma, à cause du pendage des couches géologiques. Les mauvaises nouvelles, c’est d’abord qu’il existe une faille qui semble active sous la centrale même de Fukushima Daiichi, et que celle-ci permet et permettra une pollution radioactive des nappes aquifères sur plusieurs centaines de mètres de profondeur, car elle traverse les différentes strates « imperméables » (4). C’est aussi que les radioéléments vont se diriger naturellement vers la mer par ce courant d’eau souterrain, par l’intermédiaire des couches de grès perméables. Le grès est en effet la roche idéale pour les nappes aquifères, car elle est à la fois perméable et fissurée, assurant une circulation facile. C’est enfin que la roche sur laquelle la centrale est construite est plutôt « molle », c’est-à-dire qu’un tremblement de terre ne peut que déstabiliser les bâtiments, comme on l’a remarqué pour le bâtiment 4 dont les murs ne sont plus verticaux (lien).

 

Dès le 31 mars 2011, Tepco annonçait que la nappe phréatique était polluée avec de l’iode radioactif, d’après une analyse d’échantillon recueillie à 15 m de profondeur sous le premier réacteur (lien). Aujourd’hui, si un ou plusieurs corium sont descendus dans le sol, cette pollution a dû s’accentuer. Mais Tepco ne communique plus sur la pollution des nappes phréatiques. Son seul souci est de présenter une belle façade extérieure, ce qui ne réglera jamais cette catastrophe qu’est la pollution des sols et des eaux souterraines : sous terre, la contamination est irrémédiable car il est impossible d'y accéder.

 

 

 

(1) En France, c’est malheureusement la même situation : l’autorité de sûreté nucléaire semble s’être tenue à l’expertise d’EDF qui aurait falsifié des données sismiques sur plusieurs centrales nucléaires dans un souci de rentabilité économique.

Consulter les documents sources ici :http://observ.nucleaire.free.fr/falsification.htm

 

(2) « Die Wahrscheinlichkeit ist hoch, dass dieses Gestein dicht ist und keinen Kontakt zu Grundwasserleitern zulässt », Die Welt, 15 mars 2011.

 

(3) Cette information sur la provenance et l’orientation du flux de l’eau est confirmée par la première coupe présentée dans cet article : le pendage général des couches quaternaires va de la montagne vers la côte.

 

(4) Hier encore, Tepco faisait semblant d’ignorer la faille sur laquelle la centrale est construite, et essayait de détourner l’attention en communiquant sur des failles actives situées à 50 km du site ! Lien vers le communiqué NHK : http://www.scoop.it/t/...fukushima. Lien vers une vidéo du JAMSTEC qui montre une faille active sous-marine découverte récemment au large de Fukushima : http://www.youtube.com/watch...#!

 

 

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Documentation consultée pour réaliser cet article

 

Classification des roches sédimentaires (Université Libre de Bruxelles)

http://www.ulb.ac.be/sciences/dste/sediment/sedimento/notes/sedim/classification_roches_siliciclastiques.pdf

Différentes couches géologiques de la région de Fukushima :

https://ir.kochi-u.ac.jp/dspace/bitstream/10126/2261/1/N022-04.pdf

Coupes géologiques de la centrale de Fukushima Daiichi :

http://www.nsc.go.jp/shinsa/shidai/touden_fukushima/3/siryo2.pdf

http://www.tepco.co.jp/nu/material/files/ka10061701.pdf

Classification des roches détritiques

http://www2.ulg.ac.be/geolsed/sedim/sedimentologie.htm

Perméabilité des grès

http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-permeabilite-des-roches.xml

Article sur la côte nord-est du Japon

http://www.jstage.jst.go.jp/article/jmps/105/6/320/_pdf

Wikipédia hydrologie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hydrog%C3%A9ologie

 

 

________________

 

 

Rapports postérieurs édités par Tepco

Rapport sur la géologie de Fukushima - Tepco - 10 août 2012 (langue japonaise)

Rapport sur la géologie de Fukushima - Tepco - 23 août 2013 (langue japonaise)

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 23:33
guardianLe journaliste japonais Kazuma Obara a souhaité visiter l’intérieur de la centrale de Fukushima Daiichi afin d’y rencontrer ceux qui y vivent tous les jours, qu’il considère comme des héros. Bravant sa propre peur de la radioactivité, il a réussi à s’introduire dans le site nucléaire. Cela n’a été possible que grâce à l’aide d’un contact qui y travaille et qui veut que le monde sache dans quelles conditions lui et les autres ouvriers travaillent.
 
Kazuma Obara a recherché vainement au Japon un journal qui accepte de publier ses photos. Il s’est donc tourné vers l’Europe et a trouvé The Guardian. En avez-vous entendu parler en France dans les médias ? L’info a été brièvement reprise par quelques journaux en ligne, sans plus… En revanche, une télévision allemande a réalisé une interview du journaliste (1).
 
Emu par le témoignage de Kazuma Obara, Gilles Chertier m’en a transmis la traduction, afin que les Francophones puissent aussi profiter de ce reportage. Je publie volontiers ces textes car c’est l’objet même de ce blog : informer sur la catastrophe de Fukushima Daiichi, « car il est tout simplement très difficile d'avoir des infos dans notre France nucléarisée ».
 
Voici donc l’intégralité de ces commentaires, chaque image associant le texte original en anglais. Merci à Gilles de nous avoir fait partager ce témoignage saisissant.
 
 
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A l'intérieur de Fukushima
Lien vers l’article original : « Inside Fukushima – interactive guide »

Au début de ce mois, Kazuma Obara a été le premier photojournaliste à accéder sans autorisation à la centrale électrique et a réalisé un reportage exclusif sur la vie à l'intérieur de l'établissement.
 
 
Pink-wrapped-copie-1.jpg
 
Emballage rose
Voici la première photo que j’ai faite à 7 heures du matin, après avoir pris mon travail. Je l’ai prise avec un appareil numérique compact que je transportais dans une pochette en plastique bleue, distribuée à chacun de nous pour emporter nos cigarettes, notre portefeuille, notre téléphone portable, etc.
Les murs, le sol et les portes de ce secteur sont entièrement recouverts de feuilles de plastique rose. Pendant que je me tenais là, un homme est passé et son dosimètre personnel, qui mesure le rayonnement, a commencé à biper. J’ai vu les mesures des radiations indiquées dans toutes les salles où je suis entré.
Entrer dans la centrale n’a pas présenté de difficulté. J’ai été surpris par le laxisme de la sécurité. Au J Village, complexe d’entraînement sportif proche de la centrale, où résident bon nombre des ouvriers, nous avons dû enregistrer la voiture et le nom de ma société. Cependant, les occupants du véhicule n’ont pas eu à se présenter. J’ai simplement prétendu être un employé de la société pour laquelle travaille mon ami, et on nous a laissé passer.
Même à l’intérieur du périmètre d’exclusion de 20 kilomètres, très peu d’ouvriers portaient des masques malgré un rayonnement très élevé. Ils semblaient blasés quant à la nécessité de se protéger. D’ailleurs, les masques sont extrêmement chauds et inconfortables. Au moment où nous avons franchi le portail, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander ce qui se passerait s’il y avait une autre explosion, comme celles qui se sont produites dans les jours qui ont suivi le tsunami.
 
 
Fukushima unmasked
 
Fukushima sans masque
J’ai pris cette photo du masque de mon contact pendant l’une de nos pauses de trois heures, dans un bâtiment qui se trouve à environ cinq minutes en voiture du réacteur, mais à l’intérieur du complexe de la centrale. Nous devions changer de vêtements de protection et faire contrôler notre exposition aux radiations à la fin de chaque période de travail. Ensuite, nous devions nous préparer pour retourner travailler. De ce fait, le temps de pause effectif n’était que d’une demi-heure.
La journée de travail dure six heures au total et débute à 7 heures du matin. Après la dernière période de travail, vous pouvez faire une autre pause ou retourner directement à votre logement. Il n’y a pas grand-chose à faire pendant les pauses. Certains ouvriers font une sieste, tandis que d’autres bavardent ou fument des cigarettes.
 
 
Downtime
 
Repos
Ces deux hommes profitent de leur pause pour dormir un peu. J’ai pris cette photo dans une salle suffisamment grande pour 30 tatamis, où le sol avait été recouvert de bâches de camping argentées. A un moment donné, 30 à 40 hommes y dormaient à même le sol.
A 11 h 30, lorsque les ouvriers revenaient épuisés de leur deuxième période de travail, ils s’allongeaient tous sur les tatamis. Quand la place vient à manquer, ils s’assoient sur le sol des couloirs pour y somnoler. Certains d’entre eux semblent très jeunes. Ils ont les joues rougies par l’effort. A cette heure-là, les rires et les bavardages du matin avaient cessé, et tous luttaient contre l’épuisement.
 
 
Silent witness
 
Témoin muet
J’ai pris cette photo de trois hommes en train de fumer avec un minuscule appareil photo qui ressemble à un ancien modèle argentique 110 mm en jouet. Je n’ai pas parlé avec ces hommes et j’ai soigneusement évité leur regard. Outre sa petite taille, cet appareil photo présentait l’avantage d’être silencieux.
C’était l’un des deux appareils que j’ai utilisés à l’intérieur des bâtiments de la centrale. Lorsque j’étais à l’extérieur de la voiture de mon contact sur le site, j’utilisais quatre appareils reflex numériques professionnels. J’ai réussi à prendre une centaine de photos au long de la journée. De temps en temps, un ouvrier me repérait en train de faire des photos, mais Tepco et les autres sociétés qui interviennent sur le site en font souvent pour leur propre usage. Il n’était donc pas inhabituel de voir quelqu’un avec un appareil photo, et personne ne m’a posé de questions.
Peut-être que quelqu’un savait ce que je faisais, mais tenait à ce que publie ces photos. En tout cas, c’est le point de vue de mon contact. Il m’a aidé parce qu’il veut que le monde sache dans quelles conditions lui et les autres ouvriers travaillent.
 
 
I was scared when I saw the reactors
 
« J’étais mort de peur en voyant les réacteurs »
Lorsque la deuxième des trois périodes de travail a commencé, je me suis joint à des ouvriers qui se tenaient à l’extérieur, équipé de vêtements de protection. Après avoir porté mon masque pendant une vingtaine de minutes, j’ai ressenti une douleur perçante tout au fond du nez. J’ai commencé à avoir de la difficulté à respirer. Au bout d’une trentaine de minutes, j’avais des élancements très douloureux du côté gauche de la tête. Je ne sais pas si c’était dû au manque d’oxygène ou parce que le masque était trop serré. Au bout d’une heure, la douleur était intolérable et je n’avais qu’une hâte : que l’heure de la pause arrive et que je puisse retirer mon masque. Une fois que vous avez mis votre équipement de protection, il est impossible de boire ou d’aller aux toilettes.
Je dois admettre que j’étais terrifié en voyant les réacteurs n°1 et 2 pour la première fois de mes propres yeux.
 
 
Missing windows
 
Fenêtres disparues
Ce bâtiment se trouve à proximité du réacteur n°1. Ce n’est pas ma meilleure photo, mais l’endroit m’a frappé parce que toutes les fenêtres avaient disparu et que tous les débris du tsunami avaient été évacués. Le bâtiment ressemblait à beaucoup d’autres que j’avais vus le long de la côte de la préfecture d’Iwate, d’où je suis originaire. Par contre, cet endroit avait quelque chose de mystérieux. Je me suis demandé à quoi il servait avant d’être endommagé.
 
 
Never give up, Fukushima
 
« N’abandonne jamais, Fukushima »
Vous voyez le réacteur n°2 au premier plan sur la gauche et, derrière lui, légèrement dissimulée, l’enveloppe du réacteur n°3. J’ai été stupéfait de voir autant de tuyaux à l’air libre. On ne les avait jamais vus à la télévision.
Le 1er août, Tepco a annoncé qu’un rayonnement de 10 000 millisieverts par heure avait été détecté entre les réacteurs n°1 et n°2, non loin du panneau où les idéogrammes peints en rouge proclament : « D’un même élan du cœur : n’abandonne jamais, Fukushima ». En se tenant une minute et demie à cet emplacement, un ouvrier dépasserait la dose annuelle limite de 250 millisieverts. A l’époque, les ouvriers n’en avaient pas été avertis. On ne leur a d’ailleurs jamais rien expliqué, même suite à cette annonce.
Lorsque j’ai quitté la centrale à la fin de la journée, le contrôle des radiations a montré que j’avais été exposé à une dose de 60 microsieverts en l’espace de six heures. Je me demande quels en seront les effets à long terme sur ma santé, mais je m’inquiète surtout du sort des jeunes gens qui travaillent ici jour après jour.
 
 
No one knew what anyone else was doing
 
« Personne ne savait ce que faisaient les autres »
Je ne sais pas exactement ce que faisaient ces deux hommes. C’était le côté le plus insolite du travail à la centrale. Il y avait très peu de contact avec les autres ouvriers ; de ce fait, personne ne savait ce que faisaient les autres. Je n’ai d’ailleurs pas vu tellement de monde, et j’imagine que la plupart des ouvriers présents sur le site se trouvaient à l’intérieur des bâtiments des réacteurs, mais je n’avais aucun moyen d’y pénétrer.
 
 
Toxic-tank-copie-1.jpg
 
Réservoir toxique
Le réservoir bleu contient de l’eau contaminée pompée depuis les bâtiments des réacteurs, où elle s’est accumulée pendant les tentatives de refroidissement des barres de combustible. Je ne sais pas très bien à quoi servent les réservoirs cylindriques sur la droite.
Il est étrange d’en savoir si peu sur les gens qui travaillent à Fukushima Daiichi. Les ouvriers eux-mêmes ne connaissent pas la finalité de leur travail, ce qui est très mauvais pour la motivation. C’est une des raisons pour lesquelles le nettoyage prend aussi longtemps. Si notre travail ne dit rien qui vaille aux gens de l’extérieur, je préfère ne pas imaginer ce que ressentent les ingénieurs à l’intérieur des bâtiments. Les sous-traitants refusent d’écouter les conseils ou les idées des salariés. Ils se contentent de donner des ordres et d’exiger que tout le monde obéisse. C’est tout le contraire de ce qui se fait dans la plupart des autres sociétés japonaises.
Il est impossible de garantir la santé et la sécurité des ouvriers de la centrale. Est-ce que leurs conditions de travail leur permettent d’être efficaces ? Les ouvriers sont-ils suffisamment protégés, ou sont-ils considérés comme jetables ? C’est pour tenter de répondre à ces questions que j’ai décidé de pénétrer dans la centrale.
Ils risquent leur vie pour nous protéger, mais les médias ne font rien pour les protéger, eux, en parlant de leur situation. Les stations de télévision pixellisent le visage des ouvriers pour rendre leur identification impossible. Pourquoi dissimuler le visage de héros ?
 
 
Filling up
 
Le plein
Nous nous sommes arrêtés à cette station-service sur le terrain de la centrale nucléaire alors que nous sortions pour notre pause. Bon nombre des ouvriers vivent non loin de là et prennent leur voiture pour aller travailler. L’essence est gratuite, sinon les frais de carburant seraient trop élevés pour qu’ils puissent continuer à travailler à la centrale.
 
 
---------------------------
 
(1) reportage de la chaîne allemande ZDF sur le photographe Kazuma Obara

 
 
 

Traduction de Cheech68

(source : http://www.scoop.it/t/tsunami-japon, post du 28 août 2011, 3:51 PM)

 

"Lui, voulait se faire sa propre idée sur la catastrophe de Fukushima et ainsi du même coup faire des photos pour le monde entier. Lorsque Katsuma Obara se mit à prendre des photos des ruines de Fukushima, ce qu'il a d'abord ressenti, c'est la peur.
"Par exemple pour ces hommes, qui sont confrontés à des taux très élevés de radiations, mangent,  fument et tout ça sans masque de sécurité. Pourtant sur chaque mur étaient inscrits les taux de radioactivité allant de 10, 16, à 18 micro-sieverts par heure. Etant donnés des taux de radioactivité si élevés, c'était pour moi assez bizarre de voir tous ces travailleurs et certains restant même uniquement en simples sous-vêtements.
En comparaison, la radioactivité moyenne en Allemagne est de 0,2 micro-sieverts de l’heure.
De plus, il fait extrêmement chaud dans ces habits de protection, et de ce fait beaucoup de travailleurs épuisés se seraient évanouis. Entre autres, certains d'en eux n'avaient vraiment pas l'air d'être du métier. Il y avait là-bas beaucoup de jeunes hommes, avec leurs joues encore bien rouges, comme s’ils venaient juste de sortir de l’université. J'en ai vu beaucoup d'entre eux, lorsque peu avant venait d'être détectée une fuite mesurée à 10 sieverts par heure. Il me fût clair que Tepco cachait délibérément beaucoup d’informations.
Mais notre gouvernement devrait être censé obliger Tepco à dire tout ce qui peut concerner la sûreté des travailleurs."
Le gouvernement prétend détenir toutes les informations nécessaires en ce qui concerne Tepco, mais lorsque nous voulons le confronter pour la première fois à ces images, il montre quelques signes d'hésitation.
"Bon ,oui ,nous aimerions bien continuer à être attentif , en ce qui concerne les conditions de travail , mais s'il existe des choses comme vous venez de me montrer , alors il faut en faire rapport au gouvernement . "
Mais le gouvernement ne semble plus seulement ne plus être maître de la situation à l'intérieur des ruines de Fukushima, mais également à l'extérieur de la centrale, elle n'arrive pas à maitriser la situation, pourtant ils ne veulent pas perdre espoir, comme ce qu'un travailleur a marqué sur la centrale de Fukushima : "Fukushima, n'abandonnes jamais !!! "
A 80 km des taux élevés de radioactivité de la centrale, on rencontre des taux de radioactivité relevés pour les enfants.
Des tests sur les aliments ne sont pratiqués que sporadiquement et les cours d'écoles contaminées sont retournées pour être remélangées avec la terre, 30 cm plus bas.
Alleen Mioko Smith, Anti-nucléaire Action Verte Japon :
" Ces bébés et enfants vivant dans de telles conditions devraient être évacués, mais le gouvernement insiste sur le fait qu'ils devraient et doivent rester là. A travers cela, nous voyons une violation des droits de l'homme vis à vis des enfants. "
Une commission de l’O.N.U. est censée aller vérifier l'état de la situation sur place.
On dirait que c'est seulement maintenant que les Japonais commencent à réaliser l'ampleur de la catastrophe. "

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 15:27
Photo
Cryptome propose une photo haute définition de la ruine du réacteur 3, vue du nord-ouest. Cliquer sur l’image ci-dessous pour la télécharger.
 
photo reacteur 3 cryptome
 
 
 
Reportage
The Guardian a publié des photos inédites du journaliste Kazuma Obara qui a réussi à pénétrer dans la centrale de Fukushima Daiichi. Pour chaque photo présentée, il décrit l'ambiance qui règne sur place (Cliquer sur la photo ci-dessous, puis cliquer sur chaque photo pour lire le commentaire en anglais).
 
guardian
 
 
 
Webcam
- La construction de la structure qui permettra d’emballer le bâtiment du réacteur 1 de Fukushima Daiichi commence à être visible.
 
structure metallique
 
 
- De la vapeur s’échappe-t-elle des cheminées de ventilation ?
 
fumee-webcam-27-08-11-1h48.jpg
 
C’est l’impression qu’on a en visionnant la séquence 8h-9h du 27 août 2011.
A 1:43, le ciel est bien dégagé, puis arrivent des panaches sombres (en contrejour) au dessus de la cheminée qui se situe derrière le réacteur 4, ou au-dessus du réacteur 4 lui-même (difficile d’évaluer la distance). Puis un panache blanc à 2:11, semblant sortir d’une tuyère, mais peut-être simple effet de contraste ?
A 2:30, apparaît un animal sur la passerelle durant quelques secondes, sans doute un tanuki.
 

 
 
 
 
Il est vrai que les animaux ne se soucient pas de la radioactivité, comme ces corneilles qui occupent le site quelquefois.
 
corneilles
 
Corneilles remarquées par Azo
 
Album de Pascal49 où est archivée cette photo, avec une sélection de clichés de la webcam Tepco
 
 
 
 
____________________________
 
Dans la série « Voir Fukushima », voir aussi dans ce blog :
 
 
Vidéo sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Plan de la centrale
Photos de la mesure d’une radioactivité élevée
Vidéo Arnie Gundersen
Video réacteur 1 (robot)
Photos réacteur 3 et 4 (soutènement piscine)
Albums sur Fukushima
Reportage NHK sur la contamination
 
Vidéo de la visite du bâtiment du réacteur n°2
Plan de l’unité 2
Vidéo du bâtiment 3
Plan de l’unité 3
Retour sur la visite des experts de l’AIEA du 22 mai au 2 juin 2011.
 
Shéma : plan du niveau technique de l’unité 4
Photos : piscine de l’unité 4
Album : photos prises par un liquidateur
Vidéo : reportage sur Fukushima et Tchernobyl
 
Photos : les systèmes de décontamination de l’eau
Schéma : fuite du corium dans le sol
 
Photo et vidéo : porte du bâtiment de l’unité 2
Schéma : projet de digue de 33 m de hauteur
 
Vidéo : visite de la centrale par les experts de l’AIEA
 
Photos : réacteur 4
Webcam Tepco : enregistrements sur youtube
Vidéo : vague du 11 mars sur la centrale
 
Vidéo : environnement de la centrale et zooms sur réacteurs 1 et 4
 
Photos : arrivée de la vague sur la centrale de Fukushilma Daiichi
Webcam de la centrale par Tepco
 
Vidéo : Shigeru Aoyama Clear, conseiller technique en énergie nucléaire, visite la centrale de Fukushima Daiichi
 
Photos : album de 70 photos de la centrale de Fukushima Daiichi
 
Vidéo : piscines de stockage de combustible usé des réacteurs 3 et 4
Vidéo : visite de l’unité 1 par des robots
 
Vidéo : images de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Photos : tous les clichés fournis par Tepco
Vidéo : zone interdite
 
Webcam de la centrale par Weather Online
 
Vidéos : survol des réacteurs avec des drones
Vidéos : des robots filment au sol
 
Photos : les 16 séries de photos de Cryptome
 
Photo satellite : visite de la centrale avec Google Earth

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:37
black-rain.jpgTokyo est située dans la région du Kanto. Quand la pluie vient du nord, elle est chargée de particules radioactives provenant de la centrale de Fukushima Daiichi. Et cette pluie tombe sur les 35 millions d’habitants de cette mégalopole sans que personne ne s’en inquiète. Oui, ces phrases sont au présent. Oui, nous sommes en août 2011, c’est-à-dire 5 mois après « l’accident » nucléaire dont on a tant parlé aux mois de mars et avril. Non vous ne rêvez pas. « L’accident » n’est pas un accident, c’est une catastrophe, jamais égalée, qui est toujours en train de se produire. Comment en est-on arrivé là ?
 
La pluie noire : une vieille histoire
 
Les premières pluies noires ont été observées par les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945, quelques minutes après les bombardements. La pluie avait cette couleur car elle était mêlée de cendres provenant de l'explosion. Les survivants l'ont bue pour se réhydrater sans savoir qu'elle était contaminée. A cause de cela, ils développèrent des symptômes similaires à ceux des personnes exposées directement à l'explosion de la bombe atomique.
Depuis, entre 1945 et 1980, de nombreuses pluies noires ont eu lieu dans le monde puisque 543 essais nucléaires ont été effectués dans l’atmosphère. Mais, alors même que l’on avait enfin décidé d’arrêter de produire cette pollution radioactive, arriva la catastrophe de Tchernobyl. L’explosion du réacteur n°4 envoya dans l’atmosphère 50 tonnes de poussières radioactives qui retombèrent au sol principalement en Europe avec la pluie. Le 1er mai 1986, les Soviétiques « rincèrent » le ciel avec de l’iodure d’argent pour faire pleuvoir et fixer les radionucléides au sol, ce qui provoqua, selon les témoins, une pluie noire. Mis à part cet événement précis, les poussières de Tchernobyl ont surtout formé des pluies jaunes, comme l’a rapporté plus tard la biélorusse Antonina Sergieff (1).
 
La pluie jaune
 
Suite aux explosions de la centrale de Fukushima Daiichi, une pluie jaune est tombée sur Tokyo le 23 mars. Il pleuvait sur la capitale depuis 2 jours. Dès le 21 mars, un pic de débit de dose ambiant avait déjà été relevé, avec une augmentation subite de 0,1 à 0,2 µSv/h selon les sources (2). Le 23 mars donc, la pluie était jaune et a causé de grandes inquiétudes chez les habitants : l’agence météorologique du Japon a reçu des centaines d’appels téléphoniques pour en connaître l’origine. Les fonctionnaires ont répondu que c’était du pollen ; ils ont donc donné la même réponse que les autorités soviétiques donnaient il y a 25 ans aux victimes de Tchernobyl. Un fonctionnaire de la santé au gouvernement métropolitain de Tokyo avait toutefois avoué alors qu’il y avait une possibilité que la pluie soit radioactive, mais pas à un niveau suffisant pour avoir des effets néfastes sur la santé.
 

 
Un Tokyoïte a filmé les traces jaunes sur sa voiture
 
 
Et voilà le fond du problème : on fait croire au gens que cette pluie n’est pas dangereuse, alors qu’une seule particule radioactive, si elle se colle à votre peau ou si vous l’ingérez, peut nuire à votre santé. Car cette pluie, poussée par les vents du nord-est, était sans doute chargées de radionucléides, entre autres d’iode-131, de césium-137, de strontium-90 et de plutonium-239. Mais sa couleur jaune n’était pas forcément due aux poussières radioactives, car effectivement cette production massive de pollen est un phénomène connu au printemps.
 
pluie radioactive tokyo
 
 Radioactivité des pluies de Tokyo des 21-23 mars 2011. Constatez le pic de radioactivité pour la pluie "jaune" du 23 mars (tableau IRSN).
 
 
Pourtant, des pluies jaunes ont été constatées aussi en avril et, en juin, on interdisait encore aux enfants de jouer dans les cours d’écoles de Tokyo à cause de la trop grande radioactivité au sol. Suite à ce problème, les autorités japonaises ont décidé de prendre les mesures non plus à hauteur du sol, mais au dessus des toits. Non, vous ne rêvez pas, c’est comme cela que l’on a réduit la radioactivité à Tokyo, en éloignant les appareils de mesure des sources émettrices : les poussières chargées de radioéléments.
 
Des pluies chaudes
 
Que les pluies soient noires, jaunes ou transparentes, si elles proviennent de la région de la centrale accidentée, elles sont chaudes. C'est-à-dire qu’elles contiennent des particules radioactives. Car contrairement à ce que dit l’IRSN qui prétend qu’ « il n’y a plus de rejet atmosphérique » (3), il faut continuer à se méfier des pluies.
En effet, la pluie tombée sur la région du Kanto le 19 août 2011 s’est faite remarquée. Elle a produit par exemple dans la ville de Saitama une augmentation de la radioactivité de 0,04 µGy/h, ce qui correspond à 0,04 µSv/h (4). Sur l’illustration, la ligne noire correspond à cette ville, la jaune à Tokyo et la bleue à Shinjuku Hyakunincho.
 
pluie kanto
 
Bien sûr, cette dose est infime, mais on peut en tirer deux choses importantes :
1) elle contredit la position officielle française qui annonce que la centrale de Fukushima Daiichi ne rejette plus de radioactivité dans l’atmosphère.
2) cette irradiation mesurée ne correspond qu’à la mesure de l’air ambiant. Les particules chaudes, quant à elles, tombent au sol, et s’ajoutent aux autres particules qui s’y étaient déposées précédemment.
 
Mesures croisées
 
Le KEK, à Tsukuba,  mesure également en permanence la radioactivité de l'air de Tokyo. Son relevé du 19 août 2011 est en parfaite adéquation avec celui de l’Institut de santé publique puisqu’il présente aussi un pic correspondant à une augmentation de 0,04 à 0,05 µSv/h. Toutefois, malgré son allure minimisante (échelle de graphique qui écrase le pic), on peut lire certaines mesures à 0,17 µSv/h, loin des 0,10 µSv/h habituels.
pluie kek
 
Donc on peut dire que l’évènement est bien là : des masses d’air chargées de particules circulent encore, et la pluie rabat la pollution au sol.
 
D’où vient cette pollution ?
 
Selon la direction du vent qui entraînait les nuages, elle provient du nord-est de Tokyo. Dans cette direction, trois centrales nucléaires : Tokai, Fukushima Daini et Fukushima Daiichi. Seule la troisième est en situation de polluer. Si ce n’est pas le cas, il faudra sérieusement s’inquiéter des deux premières ! Malgré les propos rassurants du directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, il est probable que cette pollution vienne de son établissement. En effet, des rejets radioactifs à 10 Sv/h ont été notifiés le 1er août et des jets de vapeur sont visibles régulièrement depuis. Un corium  serait-il en train de bouger ? Et ce corium, alimenté par les produits qu’il dévore, est-il plus actif quand il y a des tremblements de terre (cf. article de Gen4) ?
 
L’empoisonnement du Japon
 
Quoi qu’il en soit, si cette pollution perdure sur le long terme, il faut bien comprendre que les particules qui tombent sur le sol resteront radioactives durant des dizaines, voire des milliers d’années selon les éléments. A chaque fois, elles s’ajoutent aux précédentes ‒ elles ne disparaissent pas ‒ et petit à petit empoisonnent le Japon, par l’intermédiaire de la chaîne alimentaire. C’est un empoisonnement inodore, incolore, invisible. Un crime parfait. Mais à qui profite le crime ?
 
En fait, il faudrait alerter la population japonaise des dangers de la contamination interne, donner des conseils quotidiens de radioprotection. La Criirad  l’a déjà dénoncé : ce n’est pas fait correctement. Pourquoi ? Pour ne pas décrédibiliser l’énergie nucléaire. Si les tenants de cette énergie avouaient la sortie des coriums de Fukushima dans la nature, s’ils expliquaient les dangers de cette matière incontrôlable, la population demanderait immédiatement la sortie du nucléaire. Pour ne pas décevoir les investisseurs et les actionnaires, il leur faut donc cacher la vérité à la population. Ainsi les mots « corium » et « plutonium » resteront des mots tabous (Ils sont déjà proscrits de plusieurs forums scientifiques). Si vous lisez à l’avenir un article ou si vous voyez un reportage sur la catastrophe de Fukushima qui n’emploie pas ces mots, sachez que vous perdez votre temps. Un véritable journaliste d’investigation ne pourra plus ne pas s’intéresser à la cause de cette pollution permanente et à ses produits mortels. Tous ceux qui n’en parleront pas feront de la désinformation.
 
 
PS : Les dernières nouvelles sur la contamination des sols sont très mauvaises.
Pour en prendre connaissance, veuillez télécharger ce document édité par  radiationdefense :
 
sols contaminés tokyo
 
 
 
 
 
(2) 0,1 µSv/h selon l’IRSN :
0,2 µSv/h selon Tatsuhiko Kodama, directeur du Radioisotope Center de l’Université de Tokyo :
 
(3) conférence d’Olivier Isnard (IRSN) du 7 juillet 2011
Il dit aussi : « Lorsque les particules se déposent sur le sol, elles tendent à y adhérer et s’en décollent difficilement » (3). Ce que dit l’IRSN est à nuancer. Tant qu’il y a de l’humidité, la poussière adhère au sol, c’est d’accord. Mais dès que la poussière est sèche, en été par fortes chaleurs particulièrement, la poussière s’envole au moindre vent, et les particules radioactives avec.
 
(4) Graphique en ligne donné par l’Institut de santé publique de Tokyo :
 
 
 
---------------------
 
Pour en savoir plus sur ce sujet :
 
Article sur la « Black Rain » et la viande contaminée
 
Article sur les pluies jaunes dues à Tchernobyl (en anglais)
 
Article sur la corrélation entre les tremblements de terre et la radioactivité de Fukushima Daiichi
 
Intervention de Tatsuhiko Kodama le 27 juillet 2011 au Parlement japonais
(sous-titrage en français)

 
 
   
Même vidéo en deux parties de 8 min avec sous-titrage français :
 

 

Et pour être informé minute par minute de l’actualité de Fukushima :

http://www.facebook.com/groups/Fukushima.informations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-----------------------

 

Source image entête : http://hres.deviantart.com/art/Black-rain-10975637

 

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:04

« Dial "M" for Meltdown », c’est le titre original d’un film de Brian Rich. Diffusé à l’origine sur le site Fairewinds, il vient d’être sous-titré en français par Stéphane Palay, avec l’autorisation du réalisateur. Merci à lui de permettre sa plus large diffusion !

 

Un film à voir et à partager.

 

histoire-du-nucleaire.jpg

 

http://vimeo.com/27939291

 

version originale (anglais) : http://fairewinds.com/content/dial-m-meltdown-brian-rich

 

 

« Après avoir assisté aux destructions causées au Japon par le séisme et le tsunami, quand j'ai vu en direct à la télévision l'installation nucléaire de Fukushima fondre devant mes yeux, j'ai su que quelque chose ne tournait pas rond. Mais mes recherches, mon enquête ne me menaient qu'à des culs de sac, des contre vérités, et des mensonges. J'ai décidé de créer cette vidéo pour m'assurer que l'histoire de l'énergie nucléaire commerciale soit enfin correctement documentée et présentée à la jeune génération. Je me suis rendu compte que l'attention de la plupart des gens était amoindrie du fait de la nature complexe de la physique nucléaire, alors même que ce qu'ils ignoraient allait les tuer et tuer les êtres qu'ils aiment. 

Ma rencontre avec Arnold Gundersen et sa femme Maggie m'ont ouvert les yeux sur les dangers auxquels notre pays et notre civilisation font face, en raison des décisions prises il y a des décennies et les mensonges promus pour pouvoir sans contestation développer le programme nucléaire. Leur témoignage empreint de vérité contre l'industrie nucléaire, face aux mensonges et aux dénis de cette dernière, doit provoquer une réelle prise de conscience d'un plus large public... »

Brian Rich,
Réalisateur

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 00:39
Vidéo sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
diffusée par Tepco le 17 août 2011, publiée par Cryptome sur YouTube et par Kna enfin en version sous-titrée française.
Durée : 6 minutes 09.
 

 
 
 
Présentation de la vidéo en 28 scènes : document Tepco pdf (122 Ko)
 
doctepco
 
 
 
A défaut de contrôler les coriums qui se font la malle, Tepco maîtrise la communication.
L’entreprise diffuse une vidéo d’« information » sur ce qui se passe dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : le message, en gros, c’est « tout va bien, on assure, et les ouvriers sont bien traités, voyez par vous-mêmes ». Bien sûr, le directeur de la centrale n’oublie pas de s’excuser auprès des habitants de la région de Fukushima pour l’anxiété et les inconvénients causés par l’accident.
 
Rien sur la contamination du sol au plutonium, rien sur les vapeurs hautement radioactives… c’est désespérant.
Et la cerise sur le gâteau, c’est le message final :
 
 “We will make our utmost effort to bring the situation under control and enable evacuees to return to their homes as soon as possible.”
Masao Yoshida,
General Manager
Fukushima Daiichi Nuclear Power Station
 
"Nous allons faire tout notre possible pour ramener la situation sous contrôle et permettre aux personnes évacuées de retourner chez elles aussi vite que possible."
Masao Yoshida,
Directeur Général
Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Quelle folie de vouloir autoriser la population à retourner vivre dans des territoires contaminés !
 
 
 
 
____________________________
 
Dans la série « Voir Fukushima », voir aussi dans ce blog :
 
Plan de la centrale
Photos de la mesure d’une radioactivité élevée
Vidéo Arnie Gundersen
Video réacteur 1 (robot)
Photos réacteur 3 et 4 (soutènement piscine)
Albums sur Fukushima
Reportage NHK sur la contamination
 
Vidéo de la visite du bâtiment du réacteur n°2
Plan de l’unité 2
Vidéo du bâtiment 3
Plan de l’unité 3
Retour sur la visite des experts de l’AIEA du 22 mai au 2 juin 2011.
 
Shéma : plan du niveau technique de l’unité 4
Photos : piscine de l’unité 4
Album : photos prises par un liquidateur
Vidéo : reportage sur Fukushima et Tchernobyl
 
Photos : les systèmes de décontamination de l’eau
Schéma : fuite du corium dans le sol
 
Photo et vidéo : porte du bâtiment de l’unité 2
Schéma : projet de digue de 33 m de hauteur
 
Vidéo : visite de la centrale par les experts de l’AIEA
 
Photos : réacteur 4
Webcam Tepco : enregistrements sur youtube
Vidéo : vague du 11 mars sur la centrale
 
Vidéo : environnement de la centrale et zooms sur réacteurs 1 et 4
 
Photos : arrivée de la vague sur la centrale de Fukushilma Daiichi
Webcam de la centrale par Tepco
 
Vidéo : Shigeru Aoyama Clear, conseiller technique en énergie nucléaire, visite la centrale de Fukushima Daiichi
 
Photos : album de 70 photos de la centrale de Fukushima Daiichi
 
Vidéo : piscines de stockage de combustible usé des réacteurs 3 et 4
Vidéo : visite de l’unité 1 par des robots
 
Vidéo : images de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
Photos : tous les clichés fournis par Tepco
Vidéo : zone interdite
 
Webcam de la centrale par Weather Online
 
Vidéos : survol des réacteurs avec des drones
Vidéos : des robots filment au sol
 
Photos : les 15 séries de photos de Cryptome
 
Photo satellite : visite de la centrale avec Google Earth
 

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 03:18
Depuis le début de l’accident, la centrale de Fukushima Daiichi n’a jamais cessé de produire de la vapeur. Elle provient des piscines de refroidissement des combustibles usés et des réacteurs arrosés en continu pour refroidir les cœurs nucléaires. Or par nature, la vapeur d’eau est un gaz totalement invisible. On sait que de la vapeur s’échappe dans l’atmosphère uniquement parce qu'elle se condense en fines gouttelettes au contact d’un air froid. Elle se transforme alors en quelque chose de visible : un brouillard.
 
Ceux qui observent les images fournies par la webcam de Tepco connaissent bien ce phénomène : on n’aperçoit ces brouillards au dessus de la centrale qu’à certaines heures, et spécialement la nuit, lorsque la température baisse ou que les vents du Pacifique apportent soudainement un air froid venant du large.
 
C’est pourquoi durant les jours d’été, quand il fait chaud, on ne la voit pas forcément. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y en a pas. En fait, en augmentant le contraste de certaines photos ou vidéo, on peut mieux mettre en évidence ce dégagement de vapeur, par exemple avec cette photo, tirée d’une série  donnée par Lucas Whitefield Hixson.
 
Fukushima_Daiichi_May_12th_2011_4_23_pm_CST.jpg
 
 
Mais les faits qui suivent sont de nature différente, car la vapeur semble provenir d’ailleurs. La vidéo de la nuit du 4 août montre par exemple d’énormes dégagements de vapeur, accompagnés d’effets lumineux. Cette séquence a été vue plus de 100 000 fois sur YouTube. C’est dire si elle est impressionnante.
 
On voit des lumières intenses se dégager à droite de l’écran, et beaucoup de brouillard. Certains ont interprété cet événement comme l’incendie de la piscine commune de combustible usé, car ces lumières sont dans sa direction. En effet, cette piscine est située derrière le réacteur 4, à une cinquantaine de mètres à l’ouest, donc à la droite des réacteurs sur l’image de la webcam.
 
Or, il faut savoir que la piscine commune a été visitée par l’AIEA le 27 mai dernier. On peut la voir dans une vidéo faite à l’occasion, et dont la photo suivante est tirée.
 
common spent fuel fuku
 
 
On peut constater au passage que cette piscine n’est pas en bon état : sa bordure est défectueuse, peut-être des dégâts dus au tsunami ou au tremblement de terre. En fait, sous ces 3000 m3 d’eau calme reposent plus de 1000 tonnes de combustible usé (6375 assemblages exactement selon les sources officielles, soit plus de 400 000 crayons d’uranium-plutonium). Cette piscine est donc un lieu très sensible, car il ne faut pas qu’elle perde son eau. Si c’était le cas, le combustible s’échaufferait et pourrait finir par brûler, ce qui provoquerait une pollution radioactive sans précédent. Mais pour l’instant, Tepco n’a pas signalé de fuite d’eau au sujet de cette piscine, donc tant que le combustible est immergé complètement, il ne peut pas s’échauffer. Il semble donc qu’il faille chercher d’autres raisons à ces lumières.
 
En fait, les projecteurs utilisés pour éclairer les réacteurs sont très puissants. Si la lumière rencontre une nappe de brouillard, elle va être très atténuée car dispersée par chaque gouttelette, et elle formera un halo de lumière. Songez par exemple aux phares de voiture que vous ne voyez qu’au dernier moment dans le brouillard, ou aux halos lumineux au-dessus des villes la nuit.
 
Dans la vidéo, on distingue bien des halos au-dessus de l’emplacement des projecteurs. Pourquoi ces halos changent-ils d’aspect comme s’il s’agissait d’un incendie ? Tout simplement parce que le brouillard semble avoir des intensités très changeantes. On peut expliquer ce phénomène par des jets de vapeur qui pourraient provenir du sol non loin de ces projecteurs, ou alors directement des réacteurs 2, 3 et 4. Il faut aussi garder à l’esprit que cette vidéo est accélérée (on visionne 1 heure en seulement 3 minutes) et que les effets sont ainsi accentués.
 
Des jets de vapeur provenant du sol ont en effet été signalés par des travailleurs qui sont quelquefois obligés d’évacuer temporairement les lieux (source). Car c’est de la vapeur radioactive.
 
    Ce brouillard ne viendrait pas cette fois-ci de l’océan, mais bien de la vapeur abondante qui sortirait des antres de la centrale. Un corium en est vraisemblablement responsable. D’autant plus qu’il semble être actif (réaction nucléaire en cours) puisque l’on trouve du Neptunium-239 à 38 km à l’ouest de la centrale (source). Cet élément radioactif est en effet un pur descendant de l’activation de l’uranium 238. Très instable ‒ le Neptunium-239 a une période de 2,4 jours ‒ il se transforme rapidement en Plutonium-239. Or, qui dit réaction nucléaire, dit fort dégagement de chaleur. Si le corium a atteint la nappe phréatique, c’est normal que de la vapeur soit produite en quantité et s’échappe par la moindre faille, fissure, cavité ou tuyau qu’elle rencontre dans le sol.
 
S’il s’avère que c’est dû au corium, il continuera de produire de la vapeur radioactive encore pendant longtemps, empêchant parfois la présence de l’homme sur le site, et retardant les travaux de façade. Et en hiver, il est probable que l'on ne puisse plus apercevoir la centrale car l'air froid continuel pourrait provoquer un brouillard permanent.
 
 
Autre vidéo avec apparition subite de brouillard : 10 jours plus tard, le 14 août, la « vapeur » s’est encore manifestée, cette fois-ci en plein jour.
 

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