17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 01:27
 
Pour ne pas oublier Fukushima, pour que les évènements tragiques de 2011 ne se perdent pas dans les limbes de l’Internet, pour laisser une trace indélébile avant que les faussaires de l’Histoire ne tentent de changer le fil des évènements, pour le grand livre de la mémoire des hommes, des auteurs ont pris leur plume pour essayer de révéler l’indicible de cette catastrophe sans précédent.
 
Voici la présentation de ces livres tous aussi intéressants les uns que les autres. Ouvrages à lire pour une fois dans le monde réel, sans écran, avec la douceur du papier et l’odeur de l’encre.
 
 
arton4022.jpgOublier Fukushima
Arkadi Filine
 
La catastrophe nucléaire au Japon serait résolue. Catastropher, liquider, évacuer, réhabiliter, banaliser : autant d’épisodes d’un feuilleton destiné à nous faire oublier Fukushima. Autant de chapitres de ce livre pour défaire les mensonges des États nucléarisés. « Je ne veux plus y retourner. Là-bas, la vie a été effacée », explique une grand-mère japonaise qui a fui la zone contaminée. La catastrophe dans laquelle se débattent les Japonais n’est pas seulement un aperçu de ce qui nous attend partout ailleurs, c’est aussi le miroir grossissant de notre condition présente, celle de prisonniers d’un monde clos. Chaque foutue aspiration à la liberté se cogne aux murs des installations nucléaires, se perd dans le temps infini de la contamination. Quelle existence reste-t-il à mener avec un dosimètre autour du cou ?
De Tchernobyl à Fukushima, du Japon à la France, des textes, des récits, des documents. Pour contribuer à l’histoire immédiate du désastre nucléaire. Pour nourrir quelques esprits qui refusent de se résigner.
Ni héros, ni martyr, Arkadi Filine est l’un des 800 000 liquidateurs de Tchernobyl. Svetlana Alexievitch lui donne la parole dans son livre La Supplication. Pour ce livre, trois personnes de la génération Tchernobyl ont choisi d’emprunter son nom. Elles se reconnaissent dans son sens de la dérision, au bord du gouffre, son attitude désespérée mais pas résignée.
   
 
arton5045-87dc3.jpg Après Fukushima
coordonné et préfacé par Laurent Mabesoone
 
 Comment parler de la vie et de l’avenir quand on a vécu une catastrophe nucléaire ? « Après Fukushima » est un recueil collectif de haïkus, ces poèmes japonais extrêmement brefs, dans lesquels les auteurs expriment leur ressenti, leurs peurs, leurs espoirs. L’ouvrage est coordonné et préfacé par Seegan Mabesoone ‒ nom de plume de Laurent Mabesoone ‒ qui assure également la traduction des textes en japonais.
 Né en 1968, Laurent Mabesoone est poète de haïku mais aussi romancier, essayiste et comparatiste français s’exprimant en langue japonaise. Il enseigne actuellement la littérature comparée à l’Université Jûmonji de Tokyo et l’Université Shinshu. Il a créé en 2004 le cercle de poètes de haïku Seegan kukaï, qui se réunit régulièrement à Nagano et à Nagareyama (Chiba). Il est aussi un des initiateurs du mouvement du "ruban jaune anti-nucléaire" au Japon.
 Les droits d’auteurs seront versés intégralement à l’Association pour la protection de la vie et de l’environnement face à l’accident nucléaire (président M. Takao Odome, à Minami Soma).
 
 
 
01071601366.jpgFukushima, récit d'un désastre
Michaël Ferrier
 
Vendredi 11 mars 2011, en début d'après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s'ouvre, grogne, frémit, demande à sortir. » Michaël Ferrier, auteur de « Tokyo. Petits portraits de l'aube et de Sympathie pour le fantôme », raconte depuis le Japon où il vit le désastre de Fukushima. Au pire de la tourmente, il tire du chaos un récit saisissant et d'une grande beauté. Au-delà de l'énoncé des faits, Michaël Ferrier engage une réflexion humaine sur le nucléaire et sur la vie dans les zones contaminées, « la demi-vie », cette « entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité ».
« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes – avec la complicité ou l'indifférence des autres – est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité.
 
 
tunasrienvuTu n’as rien vu à Fukushima
Daniel de Roulet 
 
C’est une lettre personnelle à une amie japonaise, en souvenir d’une soirée passée à Tokyo il y a un an, jour pour jour, avant le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette lettre évoque aussi d’autres malheurs qui ont secoué le Japon et le souvenir heureux d’un séjour sur les plages de Sendai – fascination extrême pour l’élégance inquiète de cette culture raffinée.
Il est aussi question du rapport entre les nucléocrates et la littérature, des difficultés de se comprendre entre l’Europe et le Japon. L’auteur, qui a lui-même travaillé dans une centrale nucléaire, écrit ces pages d’une lucidité bienfaisante comme un écho à Hiroshima, mon amour - dans lequel l’héroïne s’entendait reprocher : Tu n’as rien vu à Hiroshima. 
 
 
9782907681957.jpgFukushima. Dans la zone interdite
William Tanner Vollmann
 
L'Américain William Vollmann, au lendemain du séisme, s'est équipé de protections sommaires pour se rendre sur les lieux. Il raconte son périple dans la "zone interdite" et note tout ce qu'il a vu - habitants en fuite, villes fantômes, destructions apocalyptiques. Pendant ce "voyage à travers l'enfer", il a aussi écouté les rescapés et, en reporter scrupuleux, il rapporte ce qu'il a entendu : des témoignages où se mêlent le fatalisme et la colère, l'ignorance et l'inconscience, l'incompréhension et le désespoir de ceux qui "ont fait l'expérience de tout perdre".  (source du commentaire)
 
 
journaldesjourstremblants.jpgJournal des jours tremblants
Yoko Tawada
 
Journal d'une Japonaise qui vit en Allemagne, Yoko Tawada. Elle dénonce la langue de bois des autorités nipponnes, qui ont longtemps dissimulé les menaces, minimisé les risques, manipulé les médias et étouffé les inquiétudes d'un peuple naturellement passéiste, tout en censurant les voix des antinucléaires. Et Yoko Tawada ajoute : "Tokyo est une ville qui continue de rire joyeusement, la nuit, avec l'électricité que Fukushima produit au péril de la vie de ses riverains." (source du commentaire)
 
 
 
51EiU5kSgXL__SL500_AA300_-copie-1.jpgL'Archipel des séismes
sous la direction de Corinne Quentin et Cécile Sakai
Editions Philippe Picquier
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Romanciers, poètes, essayistes et artistes japonais, livrent leurs témoignages, réactions à vif, méditations et visions sur la triple catastrophe ‒ séisme, tsunami, accident nucléaire ‒ qui a frappé la région du nord-est du Japon le 11 mars 2011.
Ces textes déclinent le courage, le deuil et la révolte, mais aussi l'ironie, voire l'humour noir, signes d'une force et d'une lucidité critique largement partagées. C'est en ce sens un document essentiel pour comprendre la société japonaise aujourd'hui, pour partager ses doutes et ses espoirs d'une reconstruction sur des fondations qui pourraient être nouvelles. 

 

 On remarquera entre autres « La centrale nucléaire de Fukushima. Histoire d’un « renoncement à la sécurité » Que sont indépendance, démocratie, transparence devenues ? » de Shioya Yoshio, « Nous, peuple de Fukushima – Agitation nécessaire pour vivre dans l’après-11 mars » de Ikeda Yûichi, « Le temps sinistré : un seul traitement, sortir du nucléaire » de Saitô Tamaki, « Adieu au nucléaire ! » de Ôe Kenzaburô et « Le goût de Fukushima » de Sekiguchi Ryôko.
 Les contributions des auteurs et des traducteurs sont bénévoles.
Tous les bénéfices de la vente de cet ouvrage seront reversés aux sinistrés du Tôhoku.
 
 

 

51SCpkFymaL SL500 AA300 -copie-1Journal d'Apocalypse

Philippe Nibelle

Editions du Rocher

 

11 mars 2011 : le plus grand tremblement de terre (8.9 sur l’échelle de Richter) ravage le Japon. Des milliers de morts ! Autant de disparus !

Parmi les survivants du séisme, un Français : Philippe Nibelle, professeur d’université. Il est le lien qui permettra, de télévision en télévision, de nous faire partager, jour après jour, les affres de la population.

 

 

 

41-KMKZCppL__SL500_AA300_.jpgLes Sanctuaires de l'abîme : Chronique du désastre de Fukushima

Nadine Ribault et Thierry Ribault

Editions Encyclopédie des nuisances

 

Comme chacun s’en souvient, un tremblement de terre, un raz-de-marée et un accident nucléaire ont frappé la région de Fukushima, au Japon, en mars 2011. En suivant les initiatives de Wataru Iwata, fondateur d’une association appelée "Projet 47", visant à faire en sorte "que les gens accèdent à l’information juste et exacte et prennent conscience de ce qui est véritablement en train de se passer", les auteurs retracent la chronique des événements qui ont suivi le déclenchement de l’accident à la centrale de Fukushima – tergiversations du gouvernement et de l’entreprise responsable de la centrale, désinformation de la population, à qui l’on ne cesse de répéter qu’il n’y a aucun danger –, et rappellent la manière dont l’industrie du nucléaire "pacifique" a été promue par le gouvernement japonais depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en collaboration avec les États-Unis, afin de rendre non seulement acceptable mais désirable une technologie que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki avaient marquée du sceau de l’infamie.
L’ouvrage met en lumière le rôle joué par des organisations mafieuses ou semi-mafieuses telles que la Fondation Sasakawa dans la négation des conséquences des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima sur la santé des populations, ainsi que le rôle joué par les yakuza dans l’assistance aux populations immédiatement après la catastrophe, se substituant à des "pouvoirs publics" étatiques et locaux totalement dépassés par les événements. Sont également remis en question un certain nombre de clichés concernant ce qu’il est convenu d’appeler la culture japonaise, qui rendrait la population particulièrement apte à se résigner à une sorte de fatalité. La réalité est fort différente, comme l’attestent notamment les pillages constatés après la catastrophe, ainsi que les sentiments de désespoir et de panique qui animent de larges couches de la population.

 

 

 

image.jpgJapon touché au cœur - Fukushima

Sylvie Baussier et Pascale Perrier

Oskar éditions

 

11 mars 2011 : un tremblement de terre suivi d'un tsunami ravage le nord du Japon et endommage gravement la centrale nucléaire de Fukushima. A des milliers de kilomètres de là, Fanny, une jeune Française, décrit dans son journal intime sa vie quotidienne au rythme des informations et de l'inquiétude de ses amies : Natalia, d'origine russe, qui s'imagine déjà qu'un nouveau Tchernobyl vient de se produire et Ima, une cousine japonaise qui débarque chez elle, avant de disparaître sans prévenir.
Comment les trois filles vont-elles vivre ensemble ces événements graves ? Et peuvent-elles agir pour aider le Japon ?

« Pour aider les jeunes à décrypter ce qui s'est passé là-bas. Nous avons écrit à partir d'une veille documentaire très fournie, et proposé le point de vue de plusieurs jeunes dans cette fiction qui se présente comme un journal intime. » (S. Baussier)

 

 
 

52969402Fukushima, la fatalité nucléaire

François Leclerc

Osez la république sociale !

 

Cette catastrophe, après celle de Tchernobyl, permettra enfin d’ouvrir les yeux sur le nucléaire. François Leclerc a tenu une chronique depuis le début de « l’accident » sur le blog de Paul Jorion. Ces textes nous révèlent le mensonge au quotidien des autorités et du lobby nucléaire. La catastrophe de Fukushima n’est toujours pas réglée et l’opérateur Tepco ne sait toujours pas comment régler le problème de cette centrale sinistrée. Il est déjà acquis que Tepco, l’opérateur de Fukushima, ne maîtrise pas grand chose de la centrale sinistrée. Ni de la poursuite endémique de la contamination de l’atmosphère et de la mer, ni du statut du combustible nucléaire. Ni à fortiori de l’impact de nouvelles secousses sismiques sur des structures éprouvées, dont en premier celle de la piscine du réacteur n°4, qui concentre toutes les inquiétudes étant donné l’énorme masse de combustible qu’elle contient. 1.535 assemblages sont ainsi stockés à 30 mètres du sol dans une structure à l’air libre qui a du être consolidée, et qui représente 85 fois la quantité de Césium-137 libéré par l’explosion du réacteur de Tchernobyl… De quoi rendre invivable le Japon tout entier et bien au-delà, car c’est à cette dimension que se mesure le danger subsistant. C’est un livre qui s’inscrit dans le débat français sur la filière nucléaire.

 

 

30010.jpgPourquoi Fukushima après Hiroshima ?

Une éthique pour sortir du nucléaire

Jean-Marc Sérékian

Médial-Sang de la Terre

 

La catastrophe de Fukushima a tourné une page d'histoire : l'âge atomique est entré dans une phase finale d'agonie. On découvre aujourd'hui les improvisations, la corruption et l'arbitraire à l'origine de l'aventure nucléaire. De nombreux problèmes restent sans réponse et sont laissés aux générations futures : les déchets et leur traitement, l'arrêt et la déconstruction des centrales. Sans oublier que l'avenir d'une industrie ne peut éternellement se construire sur une croissance indéfinie et puiser dans la dette publique. L'événement de Fukushima boucle donc un cycle historique et, par ses conséquences humaines et écologiques, révèle à nouveau l'origine et l'unique finalité militaire du nucléaire. Les dix réflexions de ce livre refont l'analyse des racines historiques de l'âge atomique et explicitent sur le plan éthique la nécessité d'une sortie urgente du nucléaire

 

 

 

    1359124298couvpagnotta.jpgLe dernier homme de Fukushima

Antonio Pagnotta

Dom Quichotte Editions

 

Ce récit est l’histoire vraie d’un homme exceptionnel, d’un personnage de légende. Naoto Matsumura, tel un un samouraï sans maître, a refusé en mars 2011 d’évacuer la zone interdite autour de la centrale explosée de Fukushima. Malgré le tsunami et l’apocalypse nucléaire, malgré les réacteurs qui, deux ans après, continuent de cracher de la radioactivité, il a choisi de rester sur la terre de ses ancêtres, dans sa ferme, auprès des quelques animaux encore vivants. Il est aujourd’hui le dernier habitant de Fukushima.

Par cet acte de résistance, le fermier manifeste sa colère face à Tepco, le géant de l’industrie nucléaire, mais préserve aussi son honneur en refusant le sort des habitants évacués des zones contaminées, condamnés à l’errance aujourd’hui et demain aux maladies certaines, pour finir tels des parias. Dans son combat, Matsumura porte toute l’humanité de celui qui refuse de se soumettre à la bureaucratie, à la finance et au lobby nucléaire, dont les choix sont d’abord économiques : sauver le pays de la faillite à n’importe quel coût humain, y compris le sacrifice des enfants.

À travers le lien qu’il maintient entre l’homme et la nature, le respect et le soin qu’il doit aux pierres, aux plantes et aux bêtes, il incarne la lutte de la terre contre le nucléaire, le jour après l’apocalypse. Matsumura est bien plus qu’un militant écologiste ; pour trouver la force de survivre, et sauver sa ville, il puise dans le Japon de la religion et des philosophies ancestrales. 

Des livres sur Fukushima

Dossier Fukushima

Criirad

Site de la Criirad

2 ans après la catastrophe de Fukushima, la CRIIRAD sort une publication qui relate une partie des actions conduites en 2011 et 2012 pour informer sur la gravité de la contamination et pour accompagner la naissance au Japon de structures indépendantes.

Des livres sur Fukushima

D'amour et de liberté

Elias Aboumrad

Livre numérique (roman)

Tous ceux qui sont au courant de la catastrophe nucléaire de Fukushima savent qu’il faudra un jour enterrer cette centrale dans un projet pharaonique. Contrairement à d’autres dangers qui menacent la vie sur terre, celui-là est fonctionnel et hors contrôle. On ne pourra pas refroidir continuellement les cœurs des trois réacteurs qui ont fondu avec de l’eau qui se retrouve dans l’océan. Le pacifique est immense, mais l’empoisonner continuellement avec des éléments radioactifs qui mettent des dizaines de milliers d’années à disparaître aura un effet certain sur la vie qu’il porte. Hans Brücken, ingénieur de profession ne se doutait pas, lui le spécialiste des tunnels, qu’il allait prendre part à un projet de nature nucléaire. Le plus célèbre des tunnels auxquels il lui fut donné de participer était celui sous la Manche. Son prochain travail, qui va venir à bout de la menace que la centrale accidentée de Fukushima fait planer sur la vie sur Terre, sera autrement plus important.

Des livres sur Fukushima

Fukushima : l'apocalypse et après ?

Christophe Sabouret

Pascal Galodé éditeurs

Que s'est-il donc vraiment passé au Japon depuis ce 11 mars fatidique ? Deux mois après le terrible enchaînement de catastrophes naturelles et nucléaires, que savons-nous vraiment de la situation et de la réalité d'un pays à la fois si lointain et si proche ? Qui sont ces dirigeants à la manœuvre pour utiliser cette situation historique à des fins moins avouables ? Le Japon est-il vraiment à la croisée des chemins, peut-il renouer avec ses pires démons militaro-industriels ? Le pire que l'on croit n'est-il finalement que le prélude à bien pire encore ?
Au moment où Akihito, fils de Hirihito, prend la parole à la télévision, comme son père l'avait fait à la radio au lendemain d'Hiroshima et Nagasaki, le Japon vit des heures sombres et historiques à la fois. Sans prétendre à une quelconque universalité, Christophe Sabouret qui s'est appuyé sur de multiples témoignages, nous donne les clés pour mieux appréhender ce qui se passe au pays du Soleil levant, et qui nous concerne tous, et nous Français au premier chef. Ne sommes-nous pas le deuxième pays le plus nucléarisé du monde?

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D’autres livres ont sans doute été édités ou paraîtront dans le futur sur la catastrophe de Fukushima. Je les ajouterai à cette liste au fur et à mesure que j’en prendrai connaissance. Par ailleurs, pour les publications en langue anglaise, se rendre sur la page spéciale du blog Fukushima-is-still-news.

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 21:50

 


Taro AIZU, originaire de Fukushima, a écrit un texte sur sa ville natale. A la fois narratif et poétique, ponctué de courts poèmes, il traduit bien le sentiment douloureux des Japonais navigant entre le désarroi dû à la catastrophe nucléaire et l’amour de leur pays.

 

 

 

Notre ville natale, Fukushima

1

 

P1050442.JPGChaque été la plupart des Japonais retournent dans leur ville natale et prient devant les tombes de leurs ancêtres. Cette tradition bouddhiste est appelée " Obon(お盆) " en japonais. Dans le respect de la tradition, je suis retourné l'été dernier dans ma ville natale, Fukushima, afin de prier pour mes défunts parents. Mais cette fois en 2011, j'ai hésité à revenir à cause de la contamination occasionnée par la fuite de la centrale nucléaire de Fukushima. Ma ville natale est devenue très dangereuse depuis le 11 mars 2011. Le vent a dispersé le césium de la centrale dans tout Fukushima.

On dit que le césium peut causer de futurs cancers chez les enfants et les bébés. Après avoir hésité pendant quelques jours, j'ai décidé d'y retourner malgré cela, car je crois être trop vieux pour contracter un cancer à cause de la radioactivité.

En août, je me suis rendu là-bas en bus. Quand j'en suis descendu, les champs de Fukushima s'étendaient  à perte de vue.

Je ne puis croire

qu'ils aient été contaminés,

devant ces rizières

verdoyantes, verdoyantes,

et si brillantes.

 

 

2

 

J’ai été hébergé chez mon frère et ai fait une promenade avec mes neveux le lendemain. L’un d’eux a dit :  " Oh, j'ai oublié d’emporter mon dosimètre ! "

Il est retourné à la maison et l'a rapporté.  Les enfants à Fukushima accrochent toujours leurs dosimètres autour du cou quand ils sortent, pour que leurs instituteurs puissent vérifier leurs taux de radiation.

Nous avons fait une promenade dans le parc près de la rivière.

 

Les enfants s’accrochent

des dosimètres autour du cou

même quand ils jouent

à chat avec moi

dans le parc verdoyant.

 

 

3

 

Mais il n'y avait aucun autre enfant jouant dans le parc sauf nous. Peut-être que les autres jouaient aux jeux électroniques ou regardaient la télé chez eux afin d’éviter le vent de césium. Les instituteurs des écoles leur avaient dit de jouer chez eux aussi longtemps que possible.
Un après-midi, il a commencé à pleuvoir tout à coup. Sous la pluie, notre chat s'est précipité vers la maison de mon frère et s'est assis sous l'auvent.

Notre chat
est ignorant
qu’il lèche
la pluie de césium
de son pelage mouillé

 

 

4

 

Des résidents habitant près de la centrale se sont enfuis après les fuites radioactives. Les parents, avec leurs jeunes enfants ou bébés, ont cherché refuge loin de là. Seules les personnes âgées sont restées.

Bien que les habitants
veuillent s'enfuir,
ils n'ont nulle part où aller,
ni travail, ni maison
ailleurs qu’à Fukushima.

 

5

 

En particulier les vieux fermiers près de la centrale, riches ou non, ils n’ont pas voulu chercher un refuge ailleurs.

Ils ne voulaient ni apprendre un nouveau dialecte, ni de nouvelles coutumes, ni laisser leurs voisins et amis. Ils sont restés dans leur ville natale pour vivre leurs dernières années tranquillement.

Bien que les officiels disent
" Fuyez votre village ! "
les vieux fermiers refusent
puisqu'ils veulent rester

dans leur ville natale, Fukushima.

 

Les vieux fermiers
comme les plantes
ont leurs grosses racines
profondément ancrée dans la terre
de Fukushima.

 

À travers Fukushima,
les vieux fermiers
veulent revenir
à leur vraie ville natale :
La Terre elle-même.

 

La Terre

est le repos sombre

où ils renaissent

à l’avenir :

leurs prochains stades.

 

 

6

 

Quand nous regardions un match de football à la télévision ensemble dans la salle de séjour de mon frère, sa femme a épluché une pêche pour moi.

Je mange
la pêche rosée.
Elle était délicieuse,
mais une trace de césium
est entrée dans mon corps.

Je ne peux ni voir le césium,
ni l'entendre,
ni le sentir,
C'est l’invisible
ennemi.


Pourtant, pour parler franchement, je ne suis pas sûr qu’une trace de césium soit mon ennemi. Des spécialistes disent que c'est bon pour la santé aussi longtemps que c'est justement une trace. D'autres que c'est très dangereux.  Je ne sais pas lequel dit vrai. Pour parler strictement, même les spécialistes ne connaissent pas la vérité. Dans le futur, je saurai si le césium nous apportera du bien ou du mal. Cependant, maintenant, je veux savoir si, dans l'avenir, j'aurai un cancer.

 

C'est là commune inquiétude

qui ronge les esprits
de beaucoup de résidents
proches de la centrale nucléaire
de Fukushima.

 

Je ne puis savoir mon futur. Dieu le sait. Mais si Dieu

n’existe pas, aucun homme ne peut savoir dans le vaste univers.

 

Un trace du césium

existe silencieusement

sans l’odeur,

sans le goût,

dans ma cellule sombre.

 

 

7

 

J'ai parlé de la contamination radioactive avec mon frère. Ce qu'il a dit sur un laitier était un grand choc pour moi.  J'ai examiné les détails, en lisant beaucoup d'articles sur lui dans les magazines et journaux. Le résumé est ci-dessous.

 

Un laitier habitait dans

un petit village près de la centrale nucléaire

de Fukushima avec sa femme philippine

et ses deux fils. Sa famille était très heureuse,

puisqu'il possédait environ 40 vaches et

travaillait bien avec sa femme tous les jours.

Il a construit un nouvel atelier pour gagner

plus d'argent, parce que ses fils étaient

très jeunes. Il avait préparé un nouveau

cartable pour son fils, et attendait que la

cérémonie d'entrée à l'école primaire se

tienne en avril quand les fleurs de cerisiers

s'épanouissent autour de la cour d'école. 

Mais il y a eu une explosion  à la

centrale nucléaire de Fukushima, suite

au grand tsunami qui a frappé la région le

11 mars 2011. Le vent a dispersé le césium

de la centrale à travers les champs,

montagnes et maisons de son village. Le lait

de ses vaches contenait beaucoup de césium,

car il les nourrissait avec l'herbe qu'il fauchait

chaque matin. Il a dû jeter tout le lait contaminé

par le césium chaque jour.
Étant inquiet pour la santé de ses deux fils, il a
fait fuir sa famille du village et l'a fait partir pour

les Philippines au milieu du mois d'avril. C’était

avant la cérémonie d'entrée à l'école primaire.

Comme un résultat, l'explosion de la centrale l'a

empêché de participer à la cérémonie d'entrée.

 

Il est resté tout seul et a continué à travailler à

Fukushima pendant quelque temps. Mais enfin il

a renoncé à traire ses vaches et il a rejoint sa femme

et ses fils aux Philippines.

Pourtant, il n'a pas pu comprendre la langue, ni

trouver du travail là-bas. Il est revenu à Fukushima

tout seul en mai. Cependant il n'y avait plus

aucune vache, ni sa famille dans son village.


Le laitier a laissé ce message

sur un mur dans son nouvel atelier,
"Si la centrale n'avait pas explosé,
je ne me serais pas suicidé."

Il avait 54 ans.

 

 

8

 

Je suis allé au célèbre site touristique avec la famille de mon frère. Mais il y avait peu de visiteurs par peur du césium alors qu'il était bondé d'enfants dans le passé pendant les vacances d'été.

 

Reviens,

reviens,

ancienne Fukushima

où les enfants jouaient dehors

heureux avec leurs parents.

 

 

9

 

Après la fuite radioactive, beaucoup de parents et de fonctionnaires ont commencé à nettoyer le césium de la terre de toutes les crèches, écoles et lycées à Fukushima. Les résidents étaient en train de balayer leurs maisons, jardins et routes. Les fermiers ont continué à dégager leurs champs, les forêts et les montagnes pendant plusieurs mois. La plupart des habitants ont continué à nettoyer tout Fukushima.

La terre et le vent,
les poires et les pêches,
les chats et les humains,
que tous les êtres
renaissent à Fukushima.
 

 

10

 

P1050464.JPGJ’ai l’habitude d’aller à Miharu près de la centrale pour contempler les belles fleurs de cerisier chaque printemps. L’arbre le plus célèbre de la région est vieux d'environ 10 siècles. Il n’est pas insignifiant mais très grand et ses fleurs s’étendent vers le ciel bleu. Les résidents l'appellent " Takizakura" parce que "taki" signifie "cascade" et "zakura" signifie "fleurs de cerisier" en japonais. Les fleurs ressemblent à une cascade rosée qui coule du ciel d’azur, en flottant calmement dans les vents doux du printemps. La floraison n’est pas seulement superbe mais fraîche dans le ciel bleu. En levant les yeux, je mange des gâteaux japonais et bois de la bière et fais une sieste de deux ou trois heures avec mes amis. Mais je ne suis pas retourné là-bas ce printemps. J’ai eu peur du problème de césium près de Miharu. L’explosion de la centrale le 11 mars m’a empêché d’aller là-bas en avril.
Pourtant, j’irai là-bas. Je retournerai à Miharu pour puiser l'énergie des fleurs de cerisier en avril prochain. J’aurai rendez-vous avec Takizakura comme d’habitude. C’est la promesse que je lui ai faite une fois par an.

 

Nous chanterons une chanson
et danserons encore
autour des fleurs du grand cerisier
dans notre ville natale,

Fukushima, Fukushima. 

 

 

 

Qui est Taro AIZU ?

 

aizuTaro AIZU est né à Fukushima au Japon en 1954.  Il écrit des poèmes gogyohshi (五行詩 - poèmes de cinq lignes) en japonais depuis 10 ans et en anglais et français depuis 2 ans. Il a publié en 2011 trois recueils de poèmes, respectivement en japonais, anglais et français. Leur titre est  いとしい地球よ  /  The Lovely Earth /  La Terre Précieuse. Il a également remporté deux prix de haiku "全国現代俳句大会” et un prix spécial du poème au Japon.

 

Le blog de Taro Aizu : http://blogs.yahoo.co.jp/lovelyearth_mont

 

Le blog de Taro Aizu en français : http://blogs.yahoo.co.jp/lovelyearth_mont/folder/165372.html

 

 

 

Une autre version de ce texte, appelée « Fukushima Renaissance » est publiée sur le site Evazine. Anna Jouy en propose une lecture que l’on peut écouter en ligne ici : http://evazine.com/Poesie%20lue/poesie_lue.htm#89

 

 

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Version japonaise   

 

私達のふるさと、福島

 

 

 

 たいていの日本人は、八月のお盆の前になると、生まれ故郷の実家に帰って行く。そして花やお茶や線香などを持って、みんないっしょに先祖の墓に行き、花を飾り、墓石にお茶をかけ、スイカなどの食べ物を供え、両手を合わせる。そして御先祖様の霊を慰め、また自分の近況を報告したり、新しい誓いを立てたりする。私もその大多数の日本人の一人として、毎年、お盆になると生まれ故郷に帰り、亡くなった両親の墓に両手を合わせていた。

 しかしことしのお盆は、帰ろうかどうしようか、私は迷った。その理由は三月十一日に私のふるさと福島で、原子力発電所が爆発し、セシウムという放射能が周辺に流れ出たからだ。そのセシウムは風や雨に流され、福島県全体を、いやその近くの茨城県や千葉県などにも広範囲に流れ出て、その日以来、日本中が放射能汚染で大騒ぎになり、新聞や週刊誌には、福島はなぜか片仮名でフクシマと書かれるようになった。でも・・・

 

福島は外国の町ではなくて

日本の町なのだから

片仮名でフクシマと書くのは

もうやめてください。

私たちは同じ日本人なのです。

 

 

 

 

二、三日よく考えて、セシウムは乳幼児や子供の将来に悪影響を与えるが、初老の年齢に差し掛かった自分には悪影響はないと信じた。

そしてお盆の前日、新宿駅から深夜高速バスに乗り込むと、仮眠をしながら、朝早く、わがふるさと会津に降りた。寝ぼけたまなこには、今までと何も変わらない、朝の田園風景が果てしなく広がっていた。 

 

こんなに爽やかで

こんなに輝いているのに

福島の水田が

ほんとうに

汚れてしまったのか

 

 

 

 

私は兄の家に泊まった。そして翌日、兄の子供たち、甥たちを二人連れて、散歩に出かけた。するとその途中、甥の一人が突然叫んだ。「あっ、ガラスバッジ忘れた。取って来るよ。」

甥っ子は走って家に帰り、胸にガラスバッジをぶら下げながら戻ってきた。福島では、子供たちが外出する時はいつでも、胸にガラスバッジをぶら下げることになっていた。あとでガラスバッジを集め、その中にたまったセシウムの数値を測るという話だった。私たちは童謡を歌ったり、草花や蝶の名前を言い当てたり、土手をぶらぶら歩きながら、広々とした河川敷の中へ降りて行った。そして広い公園で何をして遊ぶか、すぐに決まった。

 

子供達が

ガラスバッジを

胸にぶら下げながら

芝生の公園で

私とオニゴッコ

 

しかしその公園には、私たち以外の親子連れが見られなかった。ふだんは大人たちが子供や孫を連れていっしょに遊び、歓声を上げているのだが、その日は私たち以外に遊んでいる人が全然いなかった。たぶん子供たちは放射能汚染を避けて、家の中でテレビを見たり、ゲームをしたり、マンガを読んで遊んでいるのだろう。というのは、学校の先生が子供たちに外ではあまり遊ばないように、外に出る時は必ずガラスバッジを胸にぶら下げるように指導でしているらしい。

 

 

 

 

 空がだんだん曇ってきたので、子供たちを連れて急いで家に向かったが、途中で少し雨に打たれた。家に入ってバスタオルで顔を拭いていると、軒下では猫が舌を伸ばして、からだを舐めていた。片足を上に伸ばしながら、からだの隅々まできれいに舐めていた。

 

からだに付いた

セシウムまで

きれいに

舐めてしまう

福島の猫

 

5   

 

 

 

原発のすぐ近くに住んでいた住民たちは、強制的に避難させられたり、また自主的に自分の家を捨て、町を捨て、遠くへと引っ越した。特に幼児や赤ちゃんをかかえた若い親たちは、他県の町へ引っ越した。だが他県に仕事を見つけられない父親や年配の人達は自分の町にかなり残った。

 

遠くに避難したくても

家がなくて

仕事がなくて

避難できない

福島の父親達

 

でも農家の老人達は、たとえ裕福であっても、他県の町や村には移り住みたくなかった。今さら新しい町や村に引っ越して新しい方言や習慣を覚えたりするのが面倒だった。それに慣れ親しんだ友達や知人や近所の人達と別れるのがつらかった。そして何よりも自分の人生の最後を、自分が生まれ育ち長年暮らしてきた村や町の中で過ごしたかったのだ。

 

「避難しろ」と言われても

避難などしないで

自分の老後を

平和に暮らしたい

福島の農民達

 

年老いた農民達は

太い根っこを

樹木のように

地中深く

張っている

 

年老いた農民達は

福島の土地から

ほんとうのふるさと

大地の中へ

帰りたがっている

 

大地は

命が新しく生まれ変わる

暗いけれど

母のような

安息所

 

 

 

 

真夏の夜、家の居間でサッカーのテレビ中継をみんなで見ていた時、兄貴の嫁さんがよく冷えた桃の皮をむいて、みんなに出してくれた。

 

 福島の桃は

  おいしかったけれど

 微量のセシウムが

 私のからだに

 入ったかもしれない

 

 

 見ることもできず

 聞くこともできず

 感じることもできない

 セシウムという

 無味無臭の敵

でも、正直に言えば、微量のセシウムがほんとうに敵なのかどうか、私にはわからない。ある専門家は微量の放射能なら健康によいかもしれないとまで言っている。ところが別の専門家はたとえ微量であっても非常に危険だと言っている。どちらが本当なのか、素人の私にはよくわからない。厳密に言えば、その専門家たちでさえ、よくわからないのだろう。十年、二十年と時間がたって結果がはっきり出れば、誰にでもわかるのだろう。しかしそれまでじっと待つことはできない。将来私が癌にかかるかどうか、私は今知りたいのだ。

 

 これが原発の

 近くに住む

 多くの住民の

 心に潜む

 不安なのか

 

だが今、私は知ることができない。神様だけが私の未来を知っている。しかし神様が存在しなかったら、この広い宇宙の中で、誰にも私の未来はわからない。

 

無味無臭の

微量のセシウムが

音もなく飛び交う

細胞の中の

常闇の世界

 

 

 

 

 その夜遅く、私は兄と二人だけになって、放射能汚染について語り合った。その時兄が言ったことは、私にはとてもショックだった。それは原発の近くに住むある酪農家の話だった。私は翌日、念のためにいろいろな雑誌を読みながら、彼の事件を詳しく調べた。その事件は次のような内容だった。

                      

 福島原発の近くの小さな村に、五四歳の酪農家がフィリピン人の妻、二人の息子といっしょに平和に暮らしていました。彼は四十頭の乳牛を飼いながら、妻と二人で毎日一生懸命に働き、二人の息子にも恵まれたので、家族みんなで幸福に暮らしていました。ただ子供達がまだ小さかったので、その生活費を何とか稼ぎだそうと思い、借金をしながらも、新しい作業場を建て、酪農の事業を拡大しました。さらに小学校に入学する息子のために新しいランドセルを買って、四月にある入学式を楽しみにしていました。

 しかし三月十一日に起きた巨大津波が原因で、福島原発が突然爆発しました。原発から漏れ出たセシウムは、毎日毎日雨風に流され、村や田畑や森林を静かに汚染して行きました。その汚染は目で見ることもできず、耳で聞くこともできず、鼻で嗅ぐこともできません。そして彼が毎朝刈り取っている牧草の上にも、セシウムの雨風が付着しました。その刈り取られた牧草は、何も知らない牛たちに与えられたので、牛達のミルクには基準値以上のセシウムが含まれたのです。彼は仕方なくそのミルクを毎日毎日捨てました。

 放射能汚染が大人よりも子供たちに危険だと知ったので、その酪農家は妻と息子を、フィリピンへ避難させました。村の子供達もみんなどこかに避難し、結局彼は息子の入学式を見ることができませんでした。でも彼は家族の生活費を稼ぐために村に残り、また酪農の仕事を一生懸命に続けました。それでもミルクに含まれるセシウムは、思うようには減らず、ついに酪農をあきらめ、自分も家族といっしょに暮らすために、フィリッピンへ出発しました。しかしフィリッピンに行っても、彼は英語もタガログ語も話せなかったので、仕事を見つけることができませんでした。そして五月になると、彼だけが一人日本へ戻ってきました。でももう牛達も家族もいませんでした。

 

 「原発さえなければ」

 と黒板に書き残し

 作業小屋で亡くなられた

 福島の酪農家

 享年54歳

 

 

                       

 

 

 

 ある日の午後、兄の家族みんなと一緒に、近くの湖へドライブに出かけた。でもそこには、観光客がほとんどいなかった。やっぱりセシウムの影響だろうか。いつもは観光客でにぎわっているのに、今年は観光客の姿がほとんど見られない。いるのは地元の土産物屋のおじさんとおばさんだけだ。私は土産物屋を覗き込みながら、おじさんに話しかけてみた。

 

 『ことしは、お客さん、少ないですね。』

 『まったくだ。風評被害ってやつだべ。これじゃあ、商売、あがったりだな。』

 『でも来年になったら、大丈夫ですよ。』

 『来年?何言ってんだ。こんなにお客が少ないんじゃ、店がつぶれっちまうべ。来年までなんか、とでもとでも待でねえべ。』

 

 湖の青い水面は去年と同じように、真夏の光を浴び、銀色に輝いている。湖から吹いて来る風も、去年と同じように涼しく吹いて来る。そして地元の人達の方言も、去年と同じように素朴だ。自然も人間もみんな変わっていない。みんな同じままだ。それなのに子供の姿だけが減ってしまった。子供たちの活き活きした歓声だけが聞こえなくなってしまった。

 

返ってこい、返ってこい

子供達が外で遊べるような

普通の町

福島よ

返ってこい

 

 

 

やがて多くの親と先生方そして村や町役場の職員が立ち上がって、除染を始めた。まず最初に子供たちが通う幼稚園、小学校そして中学校のグランドの土、通学路の放射能除染を開始した。それから自分の家の庭、田畑、樹木、森林、そして里山の土を除染した。できるだけ多くの住民が参加して、自分達のふるさと、汚れてしまった福島の土をきれいに掃除し始めた。

  

 

米も野菜も

梨も桃も

猫も人間も

みんな、みんな

復活しようよ

 

 

10

 

 

毎年四月になると、私は原発の近くにある三春町へ行く。そして原っぱの中央にぽつんと咲いている「滝桜」という大きな、大きな桜の花を、ぼんやりと見上げる。薄紅色の枝垂れ桜は、名前の通り青空から流れ落ちる滝のように、華やかに咲いている。そして時々春の風になびく姿はただ華やかなだけではなくて、青空を背景にしてそよ風になびいているせいか、清々しく、爽やかである。私はただ花を眺めるだけではなくて、桜の木の下で、団子を食べたり、ビールを飲んだり、ベンチで居眠りをしながら、二,三時間のんびりと過ごす。そして来た時よりもなぜか元気になって、私は東京へ帰って行く。ところが今年の四月は、行かなかった。三月に起きたセシウム騒ぎに動揺し、こわくなって、私は行かなかった。だが来年の四月は必ず行く。行ってあの滝桜に会い、またぼんやり花を見上げたり、団子を食べたり、ビールを飲みながら、滝のような生命力をもらい、私も復活するのだ。そしてこれからも今までと同じように、毎年四月になったら三春町へ行き、滝桜に会って一年に一度だけ、たった二、三時間だけれど、いっしょにのんびり過ごすのだ。

 

 

 

大きな、大きな滝桜

みんなでよ

まーるく囲んでよ

賑やかな花見

またやんべえーよ

 

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 19:52

DSCF5040 - CopieMardi 8 mai 2012 : l’arrêt inopiné du réacteur 2 de Fessenheim, lors d’un exercice (essai « d’ilôtage ») semble encore inexpliqué par EDF. Pourtant, deux jours après cet évènement, l’unité de production a été recouplée au réseau électrique national.

Cet incident faisait suite à deux incendies qui se sont produits récemment dans la même unité de production, l’un le 24 janvier 2012 sur un groupe électrogène, l’autre le 25 avril  sur un matériel de refroidissement de l’alternateur en salle des machines.

 

Même si ces évènements sont considérés comme mineurs par l’exploitant, ils confirment que la centrale est vieille et que les inquiétudes de la population menacée par la possibilité d’un accident est légitime.

 

Les mots restent des mots, rien ne vaut une bonne carte !

 

Comme « il faut accepter de se préparer à des situations complètement inimaginables. Car la menace existe » (dixit M. Jacques Repussard, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), il faut accepter de regarder une carte de contamination radioactive post-accidentelle française, telle qu’elle apparaîtra sur nos écrans de télévision quand la catastrophe aura eu lieu.

 

Pour comparer avec des catastrophes nucléaires connues, j’ai reporté sur la carte de l’Europe les surfaces des territoires les plus contaminés par Tchernobyl et Fukushima, à la même échelle, en prenant comme source fictive de la pollution la centrale nucléaire de Fessenheim. Evidemment, si un accident arrivait, la pollution se répandrait d’une autre manière, à cause d’autres conditions météorologiques et d’autres reliefs. C’est juste pour se donner une idée. Juste pour se préparer psychologiquement.

 

Si Fessenheim provoquait la pollution radioactive de Fukushima…

 

fessenheimv2fuku.jpg

 

…une partie de l’Alsace serait à évacuer. Le massif vosgien serait entièrement contaminé. De grandes villes comme Dijon, Lausanne, Genève, Belfort, Bâle, Besançon, seraient empoisonnées. Mais selon les vents dominants, la pollution traverserait la frontière pour arroser largement l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche (nuage grisé).

 

 

Si Fessenheim provoquait la pollution radioactive de Tchernobyl…

 

fessenheimv2tcherno.jpg

 

… une grande partie de l’Alsace, dont la ville de Strasbourg, devrait être évacuée. Le département des Vosges également. La contamination s’étendrait jusque Nancy, Langres, Chaumont, Besançon, Dijon, Troyes. La situation serait catastrophique également pour l’Allemagne : Stuttgart, Heilbronn, Mannheim, Darmstadt, Wiesbaden et Frankfort seraient durement touchées. La contamination irait jusqu’à concerner Prague en République Tchèque.

 

Greenpeace propose une simulation pour un accident à la centrale de Fessenheim. Pour y accéder, cliquer sur l’image et tapez 68.

 

GPFessenheim.jpg

http://www.greenpeace.fr/nucleaire/ppi/

 

Selon l’engagement de campagne du président nouvellement élu en France, la centrale nucléaire de Fessenheim, doyenne des installations françaises, devrait être fermée d’ici 2017.

 

 

 

----------------------------------

 

En savoir plus sur la centrale de Fessenheim

 

 

8 mai 2012 : Un réacteur de Fessenheim s’arrête durant un exercice (Libération)

http://www.liberation.fr/terre/2012/05/09/un-reacteur-de-fessenheim-s-arrete-durant-un-exercice_817532

 

Dossier sur Fessenheim (2009, Sortir du Nucléaire)

http://stopfessen.celeonet.fr/images//journal-fessenheim.pdf

 

Dossier sur Fessenheim (2011, EDF)

http://energie.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/En_Direct_Centrales/Nucleaire/Centrales/Fessenheim/Publications/documents/DP%20VD3%20unite%202%20Fessenheim.pdf

 

Article de juin 2011 sur le blog de Fukushima

http://fukushima.over-blog.fr/article-fukushifessenheim-77619739.html

 

Article Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Fessenheim

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 21:56

japon-centrales-nucleairesCa y est, ce jour tant attendu par les Japonais est enfin arrivé : 5 mai 2012, tous les réacteurs nucléaires sont arrêtés ! Pour la première fois depuis 1970. Beaucoup célèbrent cette nuit au Japon.

 

 

Avant le 11 mars 2011, 54 réacteurs étaient en service. 14 mois plus tard, ils sont tous à l’arrêt. Certains parce qu’ils ont subi des avaries sérieuses dues au tremblement de terre, d’autres parce qu’ils arrivent dans une phase normale de maintenance, d’autres enfin parce que la population s’y oppose.

 

Le traumatisme de la catastrophe de Fukushima est tellement grand que le peuple japonais fait désormais pression sur les autorités locales pour ne jamais revivre ce cauchemar.

 

Maintenir la pression est encore nécessaire pour que ce jour ne soit pas qu’un mirage. Car le gouvernement entend bien continuer à produire de l’électricité nucléaire. Il a d’ores et déjà donné son accord pour la reprise d’exploitation de plusieurs réacteurs. Un bras de fer va donc s’engager entre la population et l’industrie atomique.

 

Pourtant, le combat antinucléaire a déjà gagné. Cette journée est historique car le Japon vient de démontrer clairement qu’il était possible de se passer de cette énergie destructrice. Le monde entier est maintenant au courant : il n’est pas besoin de revenir à la bougie quand on arrête le nucléaire !

 

Les pays qui persistent à vouloir utiliser cette énergie ou qui se lancent aveuglément dans le nucléaire devront-ils attendre d’avoir leur propre catastrophe pour comprendre ?

 

   

 

Aider le gouvernement japonais à prendre la bonne décision   

(cliquer sur l'image pour accéder à la pétition en ligne)

petition-avaaz.jpg

 

 

Demander une aide internationale d'urgence

Pétition  mise en place par 72 organisations japonaises et des personnalités comme le professeur KOIDE pour demander une intervention internationale d'urgence sous l'égide de l'ONU afin d'aider à stabiliser la piscine de désactivation du réacteur 4 de la centrale de Fukushima, une menace de tous les instants pour le Japon et pour la planète :

 

http://www.change.org/petitions/the-president-of-the-united-states-urgent-request-on-un-intervention-to-stabilize-the-fukushima-reactor-unit-4

 

 

En savoir plus :  

Le Japon arrête son dernier réacteur nucléaire (vidéo AFP)

 

afp.jpg

http://www.dailymotion.com/video/xqm7zu_le-japon-arrete-son-dernier-reacteur-nucleaire_news

 

 

"Setsuden", les mesures d'économie d'électricité au Japon (article de Janick Magne)

 

http://janickmagne.fr/wp-content/uploads/2012/03/SDN-52-MagneJ-Setsuden-%C3%A9conomies-d%C3%A9lectricit%C3%A9-au-Japon.pdf

 

 

 

Laurent Mabesoone s’exprime sur cet évènement dans un entretien réalisé par Dominique Balaÿ le 3 mai 2012 (l’entretien proprement dit commence vers 4 min 30 ; il porte aussi sur la contamination alimentaire).

 

http://varias.info/fukushima/carte/laurent-mabesoone/

 

 

 

« 5 mai 2012 : le dernier réacteur nucléaire au Japon éteint... le 5 mai, c'est aussi la fête des enfants ! » (article de Corinne N)

 

http://blogs.mediapart.fr/edition/japon-un-seisme-mondial/article/050512/5-mai-2012-le-dernier-reacteur-nucleaire-au-japo

 

 

 

« Le Japon a cessé, provisoirement, de produire de l'énergie nucléaire » (Le Monde)

 

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/05/le-japon-a-cesse-provisoirement-de-produire-de-l-energie-nucleaire_1696207_3244.html

 

 

 

« Sortie du nucléaire au Japon, un plan secret pour arrêter 20 réacteurs en France » (Politis)

 

http://www.politis.fr/Sortie-du-nucleaire-au-Japon-un,18216.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=facebook

 

 

 

« Faced with a summer without nukes » (Fukushima is still news)

 

http://fukushima-is-still-news.over-blog.com/article-faced-with-a-summer-without-nukes-104650928.html

 

 

 

« Fukushima : démantèlement incertain et désastre économique garanti » (article de François Leclerc)

 

http://www.pauljorion.com/blog/?p=36619

 

 

 

 



 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 00:40

independentwho[ Information from IndependentWHO ] 

 

Version française : ici

 

IndependentWHO is organising a « Scientific and Citizen Forum on Radioprotection : from Chernobyl to Fukushima » on May 12th 2012 in Geneva.

 

Why organize a scientific and citizen Forum?

 

The real health consequences of Chernobyl have been covered up. And a repeat cover up of the health consequences of Fukushima is well underway.

Subordinate since 1959 to the International Atomic Energy Agency – part of whose mandate is the promotion of peacefull use of the atom - the World Health Organization has fully participed in the cover up.

 

The " clean bill of health " that the WHO provides to all nuclear activities must be denounced and civil society must take matters into its own hands.

IndependentWHO has decided, therefore, to invite independent scientists, free or all conflict of interest, to participate in a Scientific and Citizen Forum so that serious, reliable information can be provided be to the public on radiocontamination and radioprotection.

 

The Forum will allow citizens, politicians, journalists, health professionals and Hippocratic Vigils to share information and experience and think about what they can do together to protect populations from radioactive pollution.

 

 

P R O G R A M M E

 

Saturday 12 may 2012 – 8.00 to 12.45 -

 

8.30 Welcome

9.00 Présentation – Chair : Marc MOLITOR

Opening adress by Rémy PAGANI (Switzerland)

Administrative Councillor of the City of Geneva

Introduction to the Forum

Paul ROULLAUD(France)Représentative, IndependentWHO

Why organize a scientific and citizen forum ?

Roland DESBORDES (France) Président, CRIIRAD

Citizen information : taking responsability.

Paul LANNOYE (Belgium) Scientist, Honorary Member of

European Parliament : Why have the risks of exposure to radioactivity

always been underestimated ?

9.50 Overview of the radiocontamination in Japan and the

Health consequences of Chernobyl

- Chair : André LARIVIÈRE

Alexei YABLOKOV (Russia) Environmental scientist ,

Adviser, Academy of Sciences :

The diversity of biomedical consequences of Chernobyl.

ShinzoKIMURA (Japan) Professor, University of

Hokkaido. Specialist in radioprotection.

Extent of contamination and first clinical symptoms following

the Fukushima catastrophe.

EisukeMATSUI (Japan) Director, Institute of Environmental

Medicine of Gifu, Specialist in respiratory illness.

Action taken by Japanese scientists and citizens concerned about

low-doses internal radiation exposure in Japan.

11.25 Radioprotection against internal contamination

- Chair : Wladimir TCHERTKOFF

Galina BANDAJEVSKAIA (Belarus) Pediatrician, cardiologist

Health status of children in Belarus since the accident at the

Chernobyl nuclear reactor.

Alexei NESTERENKO(Belarus) Director, Belrad Institute

Implementation of radioprotection for population at local level.

Radioecological atlas : human beings and ionizing radiation.

Vladimir BABENKO (Belarus) Assistant Director, Belrad

Institut : From Chernobyl to Fukushima... A practical guide to

radioprotection.

 

Saturday 12 may 2012 – 14.00 to 18.00 -

 

14.00 Management of the catastrophe by the autorities and its effects on

society. - Chair : Eric PEYTREMANN

Sophie FAUCONNIER (France) Practitioner, author of studies on the

impact of Chernobyl in Corsica

Health impact of the Chernobyl accident in Corsica : an independent

epidemiological study finally established.

Paul JOBIN (France) Professor of Sociology, specialised in Japan,

Research associate at the Center for Research on Contempory Issues in

Public Health (INSERM-EHESS)

Fukushima : radioprotection ou « radio-management » by autorities ?

Kolin KOBAYASHI (Japan) Journalist, correspondent, 'Days Japan'

Nuclear energy in Japan, from Hiroshima to Fukushima, and the

antinuclear movement

15.20 Civil society : Following Chernobyl and Fukushima, NGOs,

individuals citizens, politicians, doctors, scientists, andjournalists

take action.

- Chair : Marc MOLITOR

Youri BANDAJEVSKY (Belarus) Anatomopathologist,

Président, Center for Analysis and Coordination "Ecology and Health"

From the syndrome of chronic incorporation of long half- life radionuclides

to the creation of programs and radioprotection policies for populations

: - an example of an integrated model.

Aya MARUMORI and Wataru IWATA (Japan) Independent Laboratory

CRMS : Independent initiatives and activities following Fukushima

Michèle RIVASI (France) Member, European Parliament , co-founder

CRIIRAD.

What is Europe doing in the area of radioprotection ?

Miwa CHIWAKI (Japan) Representative,Association of Mothers from

Fukushima : Our struggle for survival continues.

Chris BUSBY (United Kingdom) Chimist, chemical physicist,

Secretary ECRR

Small area cancer epidemiology for the Citizen : some approaches.

Michel FERNEX (Switzerland) Professor Emeritus, Faculty of

Medicine, Basel, former consultant, WHO.

Fukushima : precious time has been lost.

Conclusion of the day

 

 

Accommodation

 

“Accommodation in Geneva and the surrounding area”

Do not hesitate to contact IndependentWHO for further information:

contact@independentwho.org

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 22:57

Pas de répit pour les travailleurs de Fukushima. Il faut d’une part surveiller et refroidir constamment l’ex-centrale pour éviter de nouvelles explosions ou incendies et d’autre part lancer en urgence de grands travaux qui permettront de ralentir la progression de la contamination radioactive dans l’environnement. Désormais, l’avenir du Japon et du Pacifique, et sans doute de l’hémisphère nord en général, dépend non seulement de la réalisation de ces travaux gigantesques, mais aussi de leur efficacité pérenne.

 

 

Travaux pour éviter une contamination de l’air

 

Les ex-réacteurs, dont il est attesté que deux d’entre eux ont perdu l’intégrité de leur confinement primaire (unité 2 au niveau de la piscine torique et unité 3 au niveau du couvercle de l’enceinte), doivent être couverts par des structures étanches qui empêchent les poussières et les gaz radioactifs de continuer à polluer l’atmosphère. Pour bien faire, il faudrait aussi installer un système de dépressurisation qui empêcherait toute fuite gazeuse vers l’extérieur, couplé à un filtrage conséquent de l’air pour piéger les gaz et aérosols nocifs.

projet1Evidemment, une simple bâche posée sur un ex-réacteur ne peut pas supprimer toute pollution atmosphérique. Aujourd’hui, pour l’unité 1 uniquement, cette couverture sert plutôt à stopper l’arrivée d’eau extérieure dans le bâtiment, mais aussi et surtout à cacher le réacteur de Fukushima Daiichi qui est la honte de l’industrie atomique. La diffusion de la vidéo de son explosion le 12 mars 2011 a été historique : c’est la première fois qu’on voyait une centrale nucléaire exploser à la télévision. 25 ans de travail acharné de désinformation et de formatage des cerveaux anéantis en quelques secondes ! En terme d’image, la diffusion de l’explosion de l’unité 3 a été pire encore car, beaucoup plus puissante, elle a terni et cassé à jamais l’image du nucléaire sans danger. C’est pourquoi la vidéo de l’explosion de l’unité 4 a été interdite de diffusion, verrouillée, censurée.

La couverture du bâtiment réacteur n°1 a été terminée à l’automne 2011. Il reste à couvrir les unités 2, 3 et 4. Mais avant cela, d’autres grands travaux restent à réaliser de toute urgence.

 

 

Travaux pour éviter une contamination de la nappe phréatique

 

Par le choix du refroidissement à l’eau de réacteurs percés, les sous-sols de l’ancienne centrale sont devenus un tonneau des Danaïdes : les hommes sont désormais condamnés à pomper et traiter de l’eau radioactive durant des décennies. Et pour juguler une infiltration trop massive de l’eau extérieure, Tepco a prévu de forer 14 puits de pompage en amont de la centrale, afin de faire baisser le niveau de la nappe phréatique.

 

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Coupe des travaux de drainage (Source image Gen4 et Tepco)

 

L’ancienne centrale électrique dévolue à Tokyo est désormais appelée à devenir une usine de retraitement des eaux usées éternelles de l’industrie nucléaire. Cette usine qui emploiera des milliers de travailleurs durant une durée indéterminée (au minimum 40 ans) devra :

1) pomper l’eau de la nappe phréatique en amont pour éviter un mélange avec la nappe déjà polluée, vérifier sa non contamination et la rejeter en mer, ou le cas échéant la diriger vers le circuit de retraitement,

2) pomper l’eau des sous-sols de la centrale, la traiter et la filtrer avant de la réinjecter dans les circuits de refroidissement des ex-réacteurs et des 7 piscines de désactivation,

3) pomper, traiter et filtrer les eaux de drainage de l’ensemble du site afin qu’aucune goutte d’eau radioactive n’atteigne l’océan,

4) conditionner et stocker de manière pérenne les résidus de filtrage radioactifs

 

Avec le brassage de ces millions de tonnes d’eau contaminée, le terme de « liquidateur », donné à l’origine aux gens qui se sont sacrifiés pour contenir la catastrophe de Tchernobyl, prend ici un tout autre sens !

 

Pour l’instant, l’usine est provisoire, construite dans l’urgence de la catastrophe. Il faudra pour le long terme concevoir une usine en dur, protégée du gel et des intempéries, et de capacité suffisante pour traiter l’eau de tous les systèmes. Il faudra également lui adjoindre des systèmes de secours indépendants qui permettront, quoi qu’il arrive, de faire face à tout évènement imprévu pouvant remettre en cause le refroidissement des 2400 tonnes de combustible qui sont sur le site.

 

 

Travaux pour éviter une contamination de l’océan Pacifique

 

En septembre 2011, Tepco avait annoncé la construction d’un barrage, comme décrit dans cet article. Il est censé retenir l’eau de la nappe phréatique contaminée afin qu’elle n’atteigne pas l’océan. C’est un pari risqué car ce barrage est ouvert et des fuites pourront être possibles au sud et au nord de la structure. D’autres voix avaient proposé une enceinte complète, entourant totalement le site nucléaire, afin d’être sûr de capter toutes les eaux souterraines. C’est sans doute ce à quoi seront conduits les ingénieurs s’ils constatent que la pollution perdure dans l’océan. A l’image du premier sarcophage de Tchernobyl, il faut voir la construction de ce barrage comme une première étape dans la prise en charge de cette pollution qui concerne le monde entier puisque les eaux du Pacifique sont internationales.

Tepco a réalisé de nouvelles images de synthèse pour visualiser ce barrage.

 

cross section view

 

panoramic view

(Source Tepco)

 

 

Travaux pour éviter un nouvel incendie de la piscine 4

 

Le 15 mars 2011, après plusieurs explosions, l’unité 4 a subi un incendie : les explosions successives ont probablement fait perdre beaucoup d’eau au réservoir de désactivation. De plus, sans refroidissement, l’eau s’est évaporée petit à petit jusqu’à laisser à l’air le haut des barres de combustible. C’est là que l’incendie a pu se déclarer : en l’absence de refroidissement, les barres s’échauffent rapidement et se consument, répandant leurs produits de fission directement dans l'atmosphère. L’incendie s’est arrêté vers midi. Mais un autre incendie a été signalé le lendemain durant quelques heures.

Pour que cela ne puisse plus se produire, par exemple à cause d’un nouveau séisme, Tepco a décidé de mettre à l’abri le combustible de la piscine 4 vers un conditionnement sécurisé au sol. Pour ce faire, il est nécessaire de construire une superstructure qui supportera une grue capable de transférer en toute sécurité les 1535 assemblages.

En voici le projet fourni par Tepco :

 

1

 

2

 

(Pour en savoir plus sur ce projet, voir l’article de Trifouillax.)

 

 

Autres travaux à prévoir et coûts pharamineux

 

Comme pour le barrage, il s’agit de travaux qu’il faut réaliser en priorité. Toutefois il est évident que le combustible des unités 1 et 3 devra être également transféré, car rien ne dit que leurs piscines tiendront des décennies. Mais entretemps, il faudra résoudre le problème de la place disponible dans la piscine commune de Fukushima Daiichi car celle-ci contient déjà plus de 1000 tonnes de combustible. Faudra-t-il en construire une supplémentaire ?

 

Il faut donc relativiser toutes ces stratégies qui pourraient presque nous faire croire que l’industrie nucléaire maîtrise parfaitement une catastrophe. Aujourd’hui le Japon est largement contaminé, le mal est déjà fait, et il y aura toujours des fuites, la centrale restera toujours une menace.

 

Enfin, combien cela va-t-il coûter ?

Est-ce que le prix des conséquences des catastrophes nucléaires sera maintenant compris dans le coût du kW ?

Et qui va payer au final ?

 

On a déjà des éléments de réponse avec la catastrophe de Tchernobyl (1986) : la construction du deuxième sarcophage vient de démarrer. Coût total prévu pour un seul réacteur : 1,54 milliard d'euros.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:02
Centrale de Fukushima Daiichi
 
- Unité 1
 
Depuis que Tepco l’a emballée, on n’a plus d’image !
 
 
- Unité 2
 
Inspection de la piscine torique, appelée aussi chambre de suppression.
Cliquer sur l’image pour visionner le diaporama de Simply Info
diaporama
 
 
 
- Unité 3
 
react3
Cliquez sur ce lien pour avoir la photo en HD :
 
reacteur3
Photo de Takashi Morizumi, photojournaliste japonais.
 
tepco3
Inspection de la trappe d’équipement (hatch)
 
machinetombée3
Elément de la machine de ravitaillement tombée dans la piscine
 
 
- Unité 4
lors de la visite du Vice Ministre Ikko Nakatsuka 
 
120423 02
Sous la piscine
 
120423 03
La piscine de désactivation, recouverte d’une bâche blanche
 
120423 04
L’enceinte de confinement inondée
 
120423 04 - Copie
Détail de la photo précédente.
 
 
Autres photos
 
Suivi de la contamination interne à Namie
wbd
 
 
Reportage de Flo sur la décontamination à Fukushima : ouvriers sans masque de protection (cliquer sur la photo pour accéder au reportage)
 
Mise à jour : la photo a été retirée à la demande de son auteure.
Vous ne pourrez pas la voir non plus dans son blog car l'article a été supprimé.
   
 
 
A Date City, ville contaminée et pleine de hot-spots, on demande à des enfants de maternelle de nettoyer une boîte aux lettres. L'horreur du déni.
post
 
 
 
Images 360° de la préfecture de Miyagi en mars 2011 après le tsunami
360
 
 
Vidéos
 
La piscine de l’unité 3 a-t-elle explosé ?
(Goddard's Journal)
 

 
 
Ouverture de la zone interdite (BFM TV)
 
Vidéo de la piscine 4 (Tepco)

 
 
Visite du 24 avril 2012 dans l’unité 4 (Tepco)

 
(voir à partir de 2:40)
 
Vidéo de l'intérieur du bouchon blindé de l’enceinte de confinement du réacteur 3 (18/04/2012)

 
 
 
Webcam
 
Fumée le 29 mars 2012 semblant provenir de l’unité 3

 
 
 
 
---------------------------
 
Merci aux veilleurs et à Etienne Servant, grâce à qui j’ai pu glaner la plupart de ces images.
Pour d’autres images, vidéos et infos, visitez son Scoopit au jour le jour !
 
 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 00:41
réacteur 3Dans une interview de Luc Oursel accordée à Challenges, celui-ci conseille aux autorités japonaises de « communiquer davantage sur ce qui se passe à Fukushima pour expliquer comment la situation est mise sous contrôle ».
 
Il est peu probable que les vœux du président du directoire d’Areva soient rapidement exaucés, car en fait peu de choses sont sous contrôle.
 
Aujourd’hui, qu’est-ce que contrôle Tepco à Fukushima Daiichi ?
 
Tepco maître de l’eau ?
 
Elle a envahi la centrale de manière artificielle dans le combat permanent contre le feu nucléaire et de manière naturelle par la nappe phréatique. Tepco ne sait plus quoi faire de cette eau contaminée. Pour assurer une image d’entreprise responsable qui gère la situation, elle a créé des champs de cuves autour de la centrale pour récupérer l’eau radioactive pompée, avant de la traiter et de la réinjecter dans le circuit de refroidissement des réacteurs. Mais ces usines improvisées qui désalinisent et filtrent le césium tombent souvent en panne ‒Areva en sait quelque chose ‒ et le solde des mètres cubes se trouve finalement positif, malgré les promesses de la feuille de route de 2011. En effet, des quantités considérables d’eau de la nappe phréatique ‒ on parlait en septembre de 200 à 500 tonnes par jour  ‒ arrivent directement dans les sous-sols de la centrale et s’ajoutent aux volumes d’eau pompée.
Le stockage de l’eau radioactive ‒ 98 000 à 120 000 tonnes selon les estimations ‒ ne pouvant pas s’étendre infiniment, Tepco, au bout d’un an, est au pied du mur.
 
stokeau
Cuves d’eau radioactive
 
L’entreprise s’apprête aujourd’hui à vouloir faire baisser le niveau de la nappe phréatique par 14 puits de pompage à l’ouest du site afin que l’eau n’envahisse plus les sous-sols de la centrale. Cette eau devrait être conduite directement dans l’océan. Or, rien ne dit qu’elle ne soit pas contaminée, car ce que ne dit plus l’opérateur, c’est que les échanges avec la nappe phréatique ont lieu dans les deux sens et que la pollution radioactive s’est répandue dans le sol dès les premiers jours de la catastrophe. C’est Naoyuki Matsuma lui-même, porte-parole de Tepco, qui l’a attesté en mars 2011 : à 15 m de profondeur sous la centrale, une mesure d’iode 131 indiquait un taux 10 000 fois supérieure à la norme (430 becquerels par cm3). Depuis, l’entreprise n’a jamais plus communiqué sur ces analyses d’eau de la nappe phréatique. Connaissant ses pratiques de non-dits, il est probable que ce qu’on analyse aujourd’hui n’est pas politiquement communicable au public.
 
 
Tepco maître du feu ?
 
Après la série historique des explosions et incendies qui se sont produits sur les 4 premiers réacteurs de Fukushima Daiichi du 12 au 15 mars 2011 (n°1 : 1 explosion ; n°2 : 1 explosion ; n°3 : 3 explosions et 1 incendie ; n°4 : 3 explosions et 2 incendies), Tepco recherche les cœurs fondus. Depuis la disparition de trois coriums de la centrale dans les premiers jours de la catastrophe, l’opérateur a beau prospecter, il ne les retrouve pas. Il a filmé à l’intérieur de l’enceinte de confinement et a inspecté la piscine torique du réacteur n°2, il a examiné l’ouverture latérale (hatch) de la base de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 : rien. Certes, énormément de radioactivité, ce qui confirme les meltdowns, mais pas de corium en vue. Alors où sont les coriums ? Quelque part logés dans les radiers ou partis dans la nature ? Et comment maîtriser la situation si on ne connaît pas la température ? En effet, les thermocouples sont déclarés hors service de manière régulière, de telle sorte que pour le réacteur n°2, on ne dispose plus que d’une seule sonde valide dans le bas de la cuve.
Après le feu passé catastrophique et le feu présent introuvable, Tepco maîtrise-t-il le feu futur ? Pour éviter de nouvelles explosions, l’opérateur injecte de l’azote pour contrer la production régulière d’hydrogène de la centrale, mais il s’avère que ce système tombe régulièrement en panne, et ce quelquefois pendant plusieurs heures.
Par ailleurs, de grandes craintes se sont petit à petit répandues dans le monde sur la possibilité d’un grand feu d’artifice final si la piscine n°4 venait à se vider ou à s’effondrer suite à un tremblement de terre de très grande magnitude.
 
intérieur piscine reacteur 4
Combustible de la piscine du réacteur 4
 
Ce ne serait plus le scénario du pire mais le scénario de la fin, comme dirait l’ingénieur nucléaire Hiroaki Koide. Dans ce cas, les 264 tonnes de combustible, privés de refroidissement, prendraient feu et cet incendie imposerait une évacuation immédiate de la centrale sous peine de mort rapide de tout le personnel. A partir de cet abandon du site, les évènements s’enchaîneraient, sans qu’aucun homme ne puisse y faire quoi que ce soit : un à un, les systèmes de refroidissement des ex-réacteurs et des 6 piscines de refroidissement restantes tomberaient en panne, faute de maintenance. Les incendies de combustible, et peut-être des réactions nucléaires « promptes », sorte de micro-explosions atomiques, se succéderaient alors, mettant en jeu au final dans l’atmosphère plus de 2400 tonnes de combustible (Pour mémoire, Tchernobyl avait envoyé 50 tonnes de combustible dans les airs).
Les lecteurs de ce blog savent déjà cela depuis longtemps, mais la prise de conscience d’un tel danger semble enfin arriver dans les sphères influentes. Ainsi récemment, un ambassadeur japonais, Mitsuhei Murata et un sénateur étatsunien, Ron Wyden, se sont exprimés publiquement pour une meilleure prise en compte mondiale de cette menace permanente.
 
L’avis du diplomate Akio Matsumura (sous-titré en français)
 
Pour l’instant, la piscine n°4 tient le coup, les explosions du bâtiment ayant affecté principalement les niveaux supérieurs. Tepco a écarté tout danger d’effondrement de murs surplombant la piscine en démolissant et démontant scrupuleusement toutes les structures qui auraient pu lâcher lors d’un séisme violent. La piscine a également été consolidée dans ses fondements. Enfin, Tepco a déjà prévu le transfert des barres de combustible menaçantes par une construction spéciale. Mais cela prendra du temps. Beaucoup de temps, de une à plusieurs années. Et les travaux ne devront pas être arrêtés par un séisme trop important.
 
 
Tepco maître de la terre ?
 
Alors là on va faire très court, l’évènement du 11 mars 2011 a démontré définitivement qu’une centrale nucléaire ne devait pas être construite dans une zone sismique. Les hommes ne peuvent pas défier les forces telluriques. Tepco a donc eu tort de construire Fukushima Daiichi sur une ancienne faille. Et tous ceux qui actuellement dans le monde favorisent de nouvelles constructions de centrales nucléaires dans des zones sismiques ou permettent de continuer leur exploitation font prendre des risques énormes à l’humanité. On pense en particulier à la vieille centrale arménienne de Metsamor et à la future mégacentrale de Jaitapur en Inde (projet de 6 EPR).
 
Bien sûr, Monsieur Oursel savait déjà tout cela : Tepco ne maîtrise pas grand-chose. L’opérateur ne sait pas quoi faire de l’eau radioactive, à l’image de l’apprenti sorcier ; il ne sait pas où est le feu nucléaire qu’il a créé, il ne fait plus que le subir depuis que Fukushima Daiichi n’est plus une centrale nucléaire ; il ne maîtrise pas les tremblements de terre, il ne peut pas connaître la date ni l’intensité du prochain. Il maîtrise en revanche parfaitement la communication, diffusant ses informations au compte-goutte, souvent avec plusieurs mois de retard pour amoindrir l’impact des mauvaises nouvelles.
Pourtant M. Oursel préfèrerait qu’ils communiquent de manière plus positive. Car Areva, avec une perte de 2,4 milliards d’euros en 2011, souffre beaucoup de l’image catastrophique de Fukushima. Tepco fait ce qu’il peut, les liquidateurs  travaillent dur pour améliorer l’aspect et la sécurité du site en déblayant toutes les matières radioactives issues des explosions. Mais une catastrophe nucléaire reste une catastrophe à très longue durée. 25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, on doit reconstruire un nouveau sarcophage pour un seul cœur fondu. Combien de décennies seront nécessaires pour démanteler Fukushima et ses 3 cœurs fondus ? Nul ne le sait, la catastrophe semble éternelle pour l’humanité, et quelle que soit la communication qu’on emploie, l’industrie nucléaire n’a plus d’avenir.
 
 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 23:11

Billet invité

Geoffroy Auneau, veilleur de Fukushima, s’intéresse de près au site de Fukushima Daiichi. Il nous informe régulièrement par l’intermédiaire de ses commentaires sur l’état de la centrale. Aujourd’hui, après l’édition d’un rapport de Tepco sur les 8 balises permanentes de surveillance de la radioactivité de la centrale, il nous donne son point de vue sur la décontamination de l’environnement et l’aménagement de ces postes de mesure.

 

plan

Schéma des emplacements des balises de surveillance de l’environnement à Fukushima Daïchi

 

Monitoring des balises de Fukushima Daïchi

par Geoffroy AUNEAU

 

Depuis cet hiver, les valeurs des balises situées autour de l’enceinte du site de Fukushima ont connu des baisses parfois ponctuelles liées à la présence de neige (l’eau fait office d’écran contre la radioactivité). Mais depuis le mois de février, régulièrement, la valeur d’une balise baissait significativement pendant la semaine : toujours entre 8h-12h et 13h-17h, le travail du personnel de la centrale était à l’œuvre pour faire baisser les valeurs d’irradiation.

Par le document du 20 avril 2012 (lien), Tepco a pu donner quelques explications sur ce travail.

Tepco souhaitait avoir une irradiation inférieure à 10 µSv/h sur l’ensemble des balises installées sur le site, excepté les balises temporaires qui ne sont pas concernées : Main Building (255µSv/h), West Gate (9µSv/h) et Main Gate (25 µSv/h). MP1 n’a connu aucuns travaux car sa valeur est de 4µSv/h. Les autres balises MP2 à MP8 ont bien connu une décontamination dans un rayon de 20 à 30 m autour d’elles. Les méthodes utilisées sont : élagage des arbres, enlèvement d’une partie du sol et surtout construction d’un mur d’1,60 m à 2,5 m de haut et d’épaisseur 30 cm autour des balises ayant des valeurs très élevées (MP6, MP7 et MP8).

 

mp2ab

Aménagement de la balise MP2

 

mp6ab

Aménagement de la balise MP6

 

 

Ce samedi 21 avril 2012, les valeurs des balises sont toutes comprises entre 4 et 10 µSv/h, objectif atteint pour Tepco (mais limite pour MP7 valeur à 10 µSv/h).

 

Les raisons de cette pseudo « décontamination » ?

 

- Argument n°1 : opération marketing, Tepco pourra montrer des valeurs d’irradiation assez faibles en périphérie du site, juste un cache misère. Les journalistes et les lecteurs reprendront ces valeurs sans se poser de questions.

 

- Argument n°2 : selon Tepco, l’abaissement du bruit de fond permet d’améliorer la détection d’un possible relâchement anormale de contamination. Le contre exemple provient de la balise « South of Main Building » qui connait des variations journalières sans équivoque, diminution le matin et montée des valeurs en fin d’après-midi. Les variations sont très bien visibles sur le graphique (lien). Il s’agit ici de relâchement « normal » de radioactivité (fluctuation d’environ 10µSv/h sur la journée).

 

tableaugeoffroy

 

- Argument n°3 « caisson blindé » : les balises MP6, MP7, MP8 sont maintenant très bien protégées contre les radiations (photos sur le lien : http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/images/handouts_120420_06-e.pdf). Les valeurs de la radioactivité ont été divisées d’un facteur 5 grâce à ce système, mais le but premier de ces dispositifs n’est il pas de surveiller l’irradiation  (par intégration du débit de dose autour de la sonde) ?  L’argument n°2 ne tient pas et devient même un gros mensonge : les variations des valeurs des balises MP6 à 8 seront maintenant réduites d’un facteur X suite à ces travaux.

 

- Argument n°4 surveillance à 2 vitesses : la comparaison entre chaque balise n’est plus possible, certaines sont protégées, à priori par du béton (MP6 à 8), et d’autres sans protection.

 

Les méthodes employées par Tepco sont-elles vraiment justes ? Que signifient exactement les variations de la balise Main Building ?

 

 

-------------------------------------

Autres documents fournis par Tepco

 

mp2mp8

Exemples des aménagements pour MP2 et MP8

 

mp2

Balise MP2

 

mp8

Balise MP8

 

tableautepco

Tableau de relevé des mesures montrant les variations dues aux aménagements

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 00:10

RAPPORT.jpg

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a rendu en janvier un rapport de plus de 500 pages sur les inspections des centrales nucléaires françaises que peu de personne ont lu en entier. Jean-Marc Royer, rédacteur de l’appel  « Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’humanité », a fait cet important travail de lecture et a réalisé un résumé de ce document, ainsi qu’une analyse très intéressante. Sa synthèse vous est présentée intégralement dans cette page.

 

 

Le rapport de l’ASN est consultable en ligne iciou téléchargeable (6,29 Mo)

 

Le texte de Jean-Marc Royer est aussi téléchargeable en fichier PDF (285 Ko)

 

 

___________________________

 

 

Synthèse et commentaire des inspections conduites en 2011 par l’ASN

 

par Jean-Marc ROYER

 

Suite à l’accident de Fukushima, des inspections et « évaluations complémentaires de sûreté » (ECS) ont été conduites entre le printemps et l’automne 2011 ; elles ont porté sur :

1 - Les dispositions de sûreté : sont-elles conformes aux cahiers des charges en cours aussi appelé « référentiel EDF » ?

2 - Au-delà de cette conformité basique, ces dispositions sont-elles adaptées « aux situations extrêmes » ?

3 - Seraient-elles à même de pallier aux effets cumulatifs qui caractérisent les situations accidentelles ?

4 - Quelles dispositions seraient susceptibles d'améliorer le niveau de sûreté des installations dans ces cas là (13) ?

 

Les sujets abordés lors de ces inspections concernaient :

- la protection contre les inondations et les séismes ;

- la perte des sources de refroidissement ;

- la perte des alimentations électriques ;

- la gestion des situations d’urgence (15).

 

J’ai eu à gérer des questions de « sûreté/sécurité industrielle » sur de grandes installations en France et à l’étranger, et j’ai dû connaître le fonctionnement « des autorités indépendantes » et le type de rapports qu’elles produisent à destination du public. Il y aurait beaucoup à dire, sur le fond et sur la forme à la lecture du rapport de l’ASN. C’est pourquoi je me suis tenu très près du texte (la plupart du temps en le citant in extenso) mais en le traduisant en langage compréhensible lorsque cela était nécessaire. Le résumé qui suit, très synthétique, issu de ce rapport de 524 pages, situe toujours la source de ce qui est écrit ou cité par le N° de page (affiché entre parenthèses) auquel il se réfère.

Tout cela concerne la première partie de ce texte. Il n’empêche qu’il faut également savoir repérer les non-dits de cette littérature qui sont aussi importants que ce qui est écrit : c’est un exercice digne de ceux que les soviétologues faisaient au temps de la Pravda, un exercice ingrat mais indispensable dans lequel il faut savoir remettre la technoscience à sa place et surtout n’avoir soi-même rien à vendre, pas même une expertise. Ceci fait l’objet de la seconde partie du texte.

 

En ce qui concerne les dangers induits par les inondations

 

La Règle Particulière de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ou sans convention d’alerte avec Météo France ; certains « retours d’expérience » ne sont pas renseignés, le ruban bleu revenant aux sites de Cruas et du Tricastin qui n’ont toujours pas intégré qu’ils pouvaient être isolés par une inondation et même, pour ce dernier site, en perdre son alimentation électrique.

Les suivis météorologiques ainsi que la détection des seuils d’alerte laissent à désirer, tandis que les exercices annuels de simulation sont bâclés, ce qui augure mal du « lancement des actions appropriées dans les délais » en cas de nécessité. Les moyens de protection - en particulier la Protection Volumétrique, les Moyens Mobiles de Pompage et leur alimentation - ne sont pas correctement entretenus (notamment les joints « waterstop » de la PV) ou surveillés (certaines galeries inter bâtiments ne sont pas étanches et un affaissement de pointe de digue a été constaté lors d’une inspection). Par ailleurs, l’ASN se plaint de ce que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » ne soient pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire n’ait été prise (25 à 32).

L’ASN, faisant le constat que des « effets falaise » (effets cumulatifs) peuvent se produire très près des niveaux d’inondation retenus dans le « référentiel EDF », demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (fournir le détail de la méthodologie et les justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations et lui prescrira de revoir sa copie concernant Belleville et Tricastin, notamment en cas de rupture des digues amont.

Concernant des « effets falaise » possibles suite à une inondation (perte totale de source froide et/ou des alimentations électriques), l’ASN pense que ni les rapports d’Evaluation Complémentaires de Sûreté, ni les compléments présentés par EDF en cours d’instruction, ne sont de nature à les éviter et lui demande de revoir là aussi ses copies (122, 124, 128, 130, 137 et 139).

 

Pour les dangers liés aux séismes majeurs

 

Un constat : la règle en vigueur (FS I.3.b) n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur (40). « Les exploitants du site du Tricastin auraient des difficultés à gérer une situation accidentelle consécutive à un séisme majeur, du fait de la perte des alimentations électriques, des moyens de communication, de la supervision de l'installation ou encore du non dimensionnement au séisme de locaux annexes, des locaux de crise ou de repli, et des locaux abritant les moyens et les hommes de la Formation Locale de Sécurité » (67). Sur d’autres sites, les moyens d’alimentation électrique de secours seraient généralement indisponibles en cas de séisme. (79).

 

Concernant les dangers liés à la perte de la source froide (nommée : H1)

 

Encore des « écarts au référentiel », des disparités dans le suivi des équipements, des « anomalies de maintenance ou d’essais périodiques » et des relations problématiques entre les services centraux d’EDF et les centrales. Mention spéciale pour La Hague où il est nécessaire d’améliorer la maintenance et de vérifier la tenue dans le temps des équipements de refroidissement (échangeurs, aérothermes, tuyauteries) ou de ventilation naturelle des entreposages des colis compactés de coques et embouts (Areva NC) dont l’efficience semble remise en cause au vu des écarts constatés en inspection (41 à 44 et 71).

De plus, les dispositions proposées par EDF visent essentiellement à permettre des appoints (au circuit secondaire, au circuit primaire, et aux piscines combustible) pour prolonger l’autonomie des réacteurs et des piscines, ce qui permet de retarder la fusion du cœur mais pas nécessairement de l’éviter (181) en quelques heures (175).

L’ASN considère donc qu’EDF doit « conforter ses conclusions quant à la capacité des centrales à gérer une situation dégradée de type H1 sur plusieurs tranches simultanément, y compris lorsqu’une autre tranche connaît un accident grave » (177).

 

Les dangers liés à la perte des alimentations électriques (H3)

 

L’ASN a relevé là aussi des écarts sur la conformité, l’entretien (corrosion interne ou externe des tuyauteries et des réservoirs de carburant sur une majorité de sites) et les contrôles périodiques, qui affectent la robustesse des groupes électrogènes de secours.

L’ASN a donc demandé à EDF de revoir sa copie et de :

Fournir les informations sur la capacité et la durée des batteries ;

Indiquer combien de temps le site peut faire face à la perte des alimentations électriques externes et des sources d’énergie de secours, sans intervention extérieure, avant qu’un endommagement grave du combustible ne soit inévitable ;

Préciser quelles actions (extérieures) sont prévues pour prévenir la dégradation du combustible ;

Identifier les moments où les principaux effets falaise se produisent ;

Indiquer si des dispositions peuvent être envisagées pour prévenir ces effets falaise ou pour renforcer la robustesse de l’installation (modification de conception, modification des procédures, dispositions organisationnelles, etc.). (46, 152)

De plus, « l’ASN constate que les ECS mettent en évidence des « effets falaise » de court terme, caractérisés par un délai avant découvrement du cœur inférieur au délai prévu pour la mise en œuvre des moyens de la Force d’Action Rapide Nucléaire (160) et recommande de mettre en œuvre sans délai les moyens proposés par EDF pour répondre à ces dangers » (161).

Dans l’attente du déploiement progressif de dispositions qui prendra plusieurs années, l’ASN prescrira la mise en place de dispositions provisoires dès 2012, telles que des groupes électrogènes mobiles (226).

A La Hague, la disponibilité problématique des moyens de secours et la corrosion avancée de certains équipements des groupes électrogènes commandent une action palliative rapide (74), tandis que sur plusieurs « autres sites » (hors centrales) la perte des alimentations électriques conduirait à moyen terme à la perte des moyens de surveillance en salle de commande et à la perte des moyens de communication (75).

 

Quelle « gestion des accidents graves » ?

 

Moyens matériels et organisation

EDF indiquant que :

- la disponibilité des moyens matériels nécessaires à la gestion de crise, (Matériels Mobiles de Sûreté, les matériels PUI et les Matériels du Domaine Complémentaire), ne peut être garantie dans les situations extrêmes (187) ;

- l'arrivée des astreintes est impossible pendant les 24 premières heures suivant une situation de grande ampleur touchant tout le site (186), [ce qui correspond au délai maximal de mise en œuvre de la future « Force d’Action Rapide Nucléaire »] ;

- les moyens de communication utilisés lors du gréement de l'organisation peuvent être défaillants (189) ;

- la tenue aux situations extrêmes de l’instrumentation technique et environnementale nécessaire à la gestion de crise n’est pas garantie (p 193),

 

et l’ASN, considérant que :

- EDF n’a pas achevé l’analyse des points faibles de l’organisation en fonction de l’ampleur de la crise, et n’a pas évalué les conséquences des phénomènes dangereux liés à la dégradation des voies de communication et des canalisations dans les situations extrêmes (190) ;

- une analyse approfondie devra être menée sur les conditions d’intervention spécifiques aux situations accidentelles (difficultés lors de la prise de décision, suffisance des ressources, compétences requises, accessibilité et habitabilité des locaux, stress et fatigue des intervenants, ambiance sonore, calorifique et radiologique, 224),

- et nonobstant l’installation prévue par EDF d’une instrumentation dédiée à la gestion des accidents graves permettant de détecter la percée de la cuve et de détecter la présence d’hydrogène dans l’enceinte,

 

l’ASN va prescrire à EDF d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise, c'est-à-dire :

- Les locaux, les moyens matériels, les moyens de communication et l’instrumentation technique (notamment la détection de l’entrée en AG) et environnementale ;

- Les moyens de dosimétrie opérationnelle, les instruments de mesures pour la radioprotection et les moyens de protection individuelle et collective en quantité suffisante ;

- L’accessibilité, l’opérabilité, l’habitabilité des salles de commande en cas de rejets de substances dangereuses ou radioactives (184), notamment après ouverture du système de filtration U5, lequel pose une série de problèmes non résolus à ce jour. En effet :

. il n’est pas « robuste aux séismes majeurs » ;

. il ne peut être utilisé pendant les premières 24h suivant un AG pour éviter le rejet des aérosols ;

. par la condensation ou la présence d’oxygène dans sa tuyauterie, il induit des risques de déflagration de l’Hydrogène ;

. son ouverture oblige les personnels à évacuer les salles de commande dans les 24h suivantes ;

. son efficacité de filtrage laisse à désirer, surtout s’il est utilisé par deux réacteurs simultanément (184 à 207).

Par ailleurs, l’ASN a prescrit à EDF le renforcement du radier de Fessenheim, avant le 30 juin 2013 (205).

 

Le cas particulier des piscines

Les centrales de Bugey et Fessenheim présentent un risque particulier d’endommagement de la piscine en cas de chute d’un emballage de transport de combustible (210). 

Compte tenu de la difficulté, voire de l’impossibilité, de la mise en place de moyens efficaces de limitation des conséquences d’un dénoyage prolongé des assemblages combustibles (confinement statique et filtration inefficaces), l’ASN imposera à EDF des prescriptions pour renforcer les mesures de prévention et la robustesse de l’installation afin de limiter la possibilité d’un tel accident (213).

 

La Sous-traitance

« L’ASN considère qu’EDF n’apporte pas la démonstration que les différentes périodes d’arrêt de réacteur qui ont lieu au cours de l’année sur chacun des CNPE engendrent au total des surcroîts saisonniers qui justifieraient le recours à la sous-traitance. Par ailleurs, le recours à la sous-traitance pose la question du maintien des compétences internes au sein de l’organisation de l’exploitant, en particulier dans un contexte de prolongation éventuelle de la durée d’exploitation des installations nucléaires existantes et de renouvellement important des effectifs » (p 216) et « l’ASN considère que la surveillance des sous-traitants exécutant des activités importantes pour la sûreté doit être renforcée, et en particulier que cette surveillance ne peut pas être déléguée » (230).

 

Conclusions du rapport ASN

L’analyse des rapports d’ECS d’EDF a montré que certains scénarios de perte de la source froide et de perte des alimentations électriques peuvent conduire, en l’absence de toute intervention, « à une fusion du coeur dans un délai de quelques heures pour les cas les plus défavorables » (p 226). Or, « l’accident de Fukushima a montré que la capacité de l’exploitant et, le cas échéant, de ses prestataires à s’organiser pour travailler en cas d’accident grave est un élément essentiel de la maîtrise d’une telle situation », (13) [ce qui ne semble pas être le cas].

Par ailleurs, « l’ASN considère, pour ce qui concerne la gestion de crise, que les exploitants du groupe AREVA ont dressé un état des lieux sommaire et n’ont pas tiré les conclusions pratiques des constats effectués » (342).

« Au premier trimestre de 2012, l’ASN imposera donc aux exploitants un ensemble de dispositions de sûreté relatives à la prévention des risques de séisme et d’inondation, à la prévention des risques liés aux autres activités industrielles, à la surveillance des sous-traitants et au traitement des non conformités. Par la suite, l’ASN s’assurera du respect par les exploitants de la centaine de prescriptions qu’elle aura édictées, ainsi que de la prise en compte des nouveaux référentiels qu’elle aura approuvés » (16).

 

 

Quelques commentaires et réflexions philosophiques subséquentes

 

Il n’y a pas une seule installation qui ne fasse l’objet d’une remarque d’inspection ou d’une recommandation importante. Qu’il s’agisse, en temps normal, ou en situation extrême (ou afin de l’éviter) :

- des estimations et des méthodes qui sont à la base des « référentiels nationaux » de sécurité de l’exploitant,

- de la déclinaison obligatoire des Règles Particulières de Conduites sur les sites ou de la gestion des « écarts » à ces règles,

- des conditions nécessaires à l’efficience de ces règles « en amont et en aval » (prédiction et retour d’expérience),

- du suivi, de l’entretien et de la maintenance des systèmes, des équipements et des matériels, y compris des groupes de secours,

- de la capacité à mettre en place et à utiliser une instrumentation spécifique (séisme, intégrité du confinement et entrée en AG),

- de la capacité du système de filtrage U5 et de ses dangers intrinsèques,

- du danger très particulier porté par les piscines de stockage dans le bâtiment réacteur,

- de l’analyse des situations internes et externes porteuses de dangers,

- de l’analyse des effets cumulatifs de toutes natures propre aux situations extrêmes et des moyens de les éviter,

- de l’organisation humaine ou matérielle locale et nationale, en particulier de l’usage de la sous-traitance,

- des moyens de mobiliser rapidement les personnels d’astreinte,

- de l’accessibilité, de l’opérabilité ou de l’habitabilité des locaux de commande, de crise ou de repli,

- des moyens de mesure et de radioprotection individuelle et collective en quantité suffisante,

- de la pérennité des moyens de communication,

- du respect des engagements de sûreté pris avec l’ASN.

 

Depuis la conception, l'accident majeur n'a jamais été pris en compte

 

-1- Qu’est-ce que ce rapport vient démontrer ? A sa lecture, on réalise peu à peu ce qui se lit entre les lignes : les ingénieurs nucléaires, leurs commanditaires industriels, politiques et militaires se refusaient à penser, il y a quarante ans, qu’un accident majeur puisse un jour arriver. Les centrales ont été construites sur ce postulat : la probabilité de survenue d’un accident majeur était considérée comme nulle ou bien trop minime pour justifier des dispositions jugées trop coûteuses au regard de ce qui fût qualifié de « risque résiduel ». Poussé par Tchernobyl et Fukushima, c’est ce à quoi ce rapport se confronte, et à quoi il tente de pallier un peu tard, par des moyens et des méthodes dont on peut se demander ce qu’ils deviendront une fois traduits sur les sites par l’exploitant, étant donné la manière dont les prescriptions en cours sont appliquées.

 

Le nucléaire français « au bord de la falaise » !

 

-2- Il n’y a pas un seul des sujets abordés par l'ASN qui ne pose problème, alors que l’exploitant, l’industrie dans son ensemble et les politiques qui les soutiennent nous serinent depuis des lustres que les centrales françaises sont les plus sûres ! Quel démenti cinglant et argumenté en détail ! Ce ne sont plus seulement des manques ou des négligences, mais une suite d’aveux, qui, mis bout à bout constituent justement le lit d’un accident majeur ! Un véritable gouffre, un précipice au bord duquel se trouve effectivement toute l’industrie nucléaire, guettée par « un effet falaise » (les acronymes et les euphémismes sont un des traits majeurs de la novlangue) qui lui est consubstantiel (voir plus bas). Sans pouvoir malheureusement le démontrer dans ce cadre, il est évident qu'il se produira un accident nucléaire majeur en France. Intégrer cela dans le domaine de la pensée pose certes quelques difficultés, mais devient à mon sens plus que nécessaire.

Ce qui suit n'est certes pas une illustration centrale de cette hypothèse, mais elle en illustre l'accroissement de la probabilité (l'invention du MOX est récente).

 

Silence, on MOX !

 

-3- Un des silences assourdissant de ce rapport (il aurait été facile de l’introduire dans ces « stress-test ») concerne l’utilisation dans 22 réacteurs, et avec l’accord de l’ASN, du MOX pour « Mixed Oxydes », un composé d’environ 6 à 7 % de dioxyde de plutonium au lieu de l’enrichissement classique à 4,2% d’235U. D’une part il accroît notablement les dangers d’accidents majeurs car :

- la conduite des réacteurs avec MOX est nettement plus délicate ;

- il accélère le processus de vieillissement des réacteurs ;

- il a un processus de fusion plus bas et plus rapide : dans une configuration accidentelle, le risque de criticité, est donc plus important et plus rapidement atteint ;

- il aggrave toute situation accidentelle car l’eau mélangée au bore qui sert à atténuer les effets d’échauffement de la radioactivité en absorbant les neutrons, est d’une efficacité moindre avec le MOX.

D’autre part ce plutonium est issu du retraitement de l’uranium nucléaire usé, ce qui suppose le transport délicat et fréquent de matériaux hautement radioactifs des centrales vers les usines et retour.

Le plutonium fait non seulement partie des éléments présentant une radiotoxicité très élevée, mais tous les isotopes et autres composés issus du plutonium sont également très toxiques et radioactifs. En voie aérienne, on estime qu’une quantité de l’ordre du dixième de milligramme peut provoquer le décès rapide d’une personne.

 

Une gestion « statistico-probabiliste » du risque bien pratique …

 

-4- De plus, à faire pour la première fois cet exercice d’imagination, on s’aperçoit que tout l’appareil technico-politique du nucléaire nous donne à voir l’ampleur, non seulement des « écarts » (comme ils disent) avec les préconisations de sécurité de base, mais aussi et surtout :

- l’impossible maîtrise tous azimuts des aléas propres aux « Macro Systèmes Techniques » (1) ;

- l’incapacité de voir (ou d’imaginer) les effets cumulatifs possibles de ces éventualités (baptisées « effets falaise ») tant la dénégation des dangers majeurs a contribué à les refouler depuis des décennies ;

- et de plus, le refus de prendre en compte les hypothèses les plus pessimistes parce que le rapport coût/bénéfice est « économiquement défavorable » et que la probabilité d’occurrence d’un accident majeur est jugée négligeable.

En réalité, ce type de calcul a trouvé son inspiration au cœur de la science physique atomiste, laquelle a amplement légitimé l’extension d’un nouveau mode de mesure - statistique et probabiliste - et non plus strictement déterministe (2). Or, ce type d’évaluation - qui de surcroît repose sur des hypothèses en arborescence et des modélisations ad hoc - présente l’insigne avantage d’être manipulable à l’infini, donc de se prêter à tous les désirs des industriels qui veulent nous faire croire à la soit-distante sûreté de ces manipulations nucléaires.

 

Les centrales nucléaires : des Macro-Systèmes Techniques intrinsèquement dangereux

 

-5- Force est de constater une fois de plus les fragilités (et les dangers qui s’en suivent) de tous ces MST constitués d’un entrelacs de techniques, de technologies, de process et d’interfaces multiples dont on veut nous faire croire que leurs complexités inévitables ne sont que le signe de la modernité et de la sûreté technoscientifiques.

La sophistication extrême des matériaux utilisés (bétons et aciers spéciaux …) et le contrôle fin de leurs caractéristiques que cela suppose, la difficulté de leur mise en œuvre étant donné la précision de leurs spécifications, la complexité de la construction des parcs nucléaires et de leurs raccordements, les problèmes dus à l’interdépendance de multiples technologies entre-elles (mécanique, électrotechnique, électronique, pneumatique, hydraulique, informatique …), les questions de conduite opérationnelle ordinaire et extraordinaire, la gestion des urgences et des situations de crise, l’adéquation des interfaces hommes/machines à toutes les situations, la qualification des personnels intervenants, les opérations de maintenance et de réparations (compliquées et parfois dangereuses), la gestion du vieillissement tous azimuts des installations, la qualité de tous les contrôles opérant à tous les niveaux depuis la mise en service nominale jusqu’au démantèlement, la gestion des déchets … Ce listing élémentaire et générique donne une petite idée du nombre de process corrélés entre eux et des répercutions possibles d’un manquement ou d’une simple défaillance, pour peu que ceux-ci soient imprévus et se produisent sur une interface délicate.

-6- En plus de ces fragilités intrinsèques et des dangers dus aux aléas climatiques et géologiques, il en est d’autres qui ont été introduits depuis trente ans par la pression actionnariale et qui conduisent soit à la sous-traitance massive, soit à des malversations dans le but de faire des économies sur l’entretien et la maintenance (Cf. les dossiers publiés concernant Tepco), soit à des politiques de « risques calculés » dont on a pu constater l’inanité à plusieurs reprises au Japon, en France et ailleurs.

 

De multiples conséquences supportées par les populations du monde entier

 

-7- Evidemment, la puissance dévastatrice intrinsèque des MST nucléaires (liée à ses fragilités) exige une « sûreté totale », c'est-à-dire un système politique du type « totalitarisme démocratique postmoderne » (3) intériorisé dans les imaginaires des populations du monde entier. Un des multiples aspects de ces penchants, peu étudié, se niche dans le « droit nucléaire international » forgé sur mesure dans les années 60 en dérogation à tous les usages conventionnels (4). Le nucléaire a ceci de particulier qu'il n'a pu se mettre en place qu'en bénéficiant (de la part des Etats) de régimes dérogatoires dans de nombreux domaines. Par contrecoup, ses répercutions se sont fait sentir dans tous les domaines de l'activité humaine, y compris le politique, la philosophie et la morale (5). En voici une petite illustration.

-8- Un accident nucléaire majeur rend obsolètes et dérisoires tous les plans et les mesures de sécurité (on se souviendra longtemps des tuyaux d’arrosage à l’eau de mer dérisoirement inadaptés à refroidir des cœurs de réacteurs en fusion partielle à Fukushima, 60% de l’eau étant dissipée en évaporation et 20% ratant sa cible). Les possibilités d’un Etat (et du secteur privé plus encore) ne seront jamais à la mesure de la catastrophe ; c’est ce que la limitation des responsabilités de l’industrie nucléaire, actée dès ses débuts par diverses lois et conventions confirme de manière éclatante (6). De ce point de vue, le droit prenait en compte, noir sur blanc, les gigantesques dangers consubstantiels au nucléaire que les pouvoirs s’efforçaient, en même temps qu’ils négociaient ces conventions, de nier devant les opinions mondiales. Sans ce report des responsabilités sur le corps social, aucun investisseur, aucun industriel au monde n’aurait investi un seul centime dans cette industrie.

 

Déconstruire le nucléaire, décoloniser l'imaginaire occidental

 

-9- L’énergie nucléaire n’est que secondairement une technologie ; elle est avant tout « la fille aînée de la science ». Aucune technique n’aurait jamais permis une telle intrusion dans la composition de la matière. Autrement dit, « l’énergie nucléaire », n’en déplaise à beaucoup, n’est qu’une conséquence du mode de connaissance scientifique spécifique de l’Occident et du rapport à la nature (à l’écosphère) que cela sous-tend. D’un seul coup, en 1945, cette « création scientifique » a rendu totalement obsolètes toutes les critiques philosophiques qui s’en tenaient à celle des techniques, comme si d’ailleurs les techniques n’étaient pas un attribut inévitable de toute vie en société depuis la nuit des temps.

-10- Tous ces Macro Systèmes Techniques ont en commun la volonté de défier et de maîtriser au-delà des « lois de la Nature » (que la science a par ailleurs encensées à une certaine époque pour s’affirmer face aux croyances religieuses dominantes), ce qui s’apparente de facto à une activité fondamentalement transgressive que l’on baptise Progrès pour en faire oublier le caractère prométhéen. Mais il ne faut pas oublier que ces Macro Systèmes Techniques ont un but : faire de l’homme moderne un homme appareillé dont il suffira un jour de le débrancher pour mettre fin à son existence.

 

Les trous du rapport de l’ASN

 

Outre l’utilisation du MOX qui réduit les marges de sécurité et dont l’ASN avalise ainsi de facto l’usage, il est toujours utile de se poser les questions suivantes : qu’est-ce que le document passe sous silence, ou omet de rapporter publiquement ? Car il y a toujours deux versions de ce type de rapport, bien évidemment : une version professionnelle et une pour « le grand public ». Par ailleurs, ces inspecteurs, que n’ont-ils pas vus, pu voir, ou pas voulu voir ou écrire ?

- Tout d’abord, la chose le plus surprenante dans la conception des centrales, ce qui est certainement un héritage des « trente béates » nucléaires, c’est que les salles de contrôle-commande, non seulement ne sont pas doublées, mais qu’elles ne sont pas suffisamment isolées, protégées ou autonomes en cas d’accident majeur très radioactif. Rien n’est dit à ce propos dans le rapport de l’ASN. (7)

- En 2011, Arnie Gundersen avait attiré l’attention sur le fait que les batteries de dernier secours prévues pour durer 8h à Fukushima, n’ont pas tenu tout ce temps, et il avait recommandé que cette autonomie (de 4h aux Etats-Unis) soit augmentée en urgence. Or la disponibilité des batteries est très dépendante de leur entretien et de leur maintenance dont on a vu dans le rapport de l’ASN comment ils étaient assurés en France dans certains sites. Or rien ne filtre sur cette question du secours en CC dans le rapport de l’ASN, ce qui est fort curieux. (8)

- « Notons, et c’est important, que le radier, c'est-à-dire la chape de béton sur laquelle repose l’enceinte de confinement de la cuve, a une épaisseur de trois mètres, alors que, sur les REP du parc français, l’épaisseur correspondante n’est que d’un mètre. » (9) Ainsi s’exprime JL Basdevant, …….. Mise à part la recommandation concernant le radier de Fessenheim, rien n’est dit non plus à ce sujet dans le rapport de l’ASN.

- Pourquoi les « ECS » qui envisagent un accident grave sont-ils muets sur leurs conséquences alors que « en France, l’ASN coordonne depuis 2005 une réflexion sur la gestion des suites d’un accident nucléaire (10) » et que « nous travaillons sur le post-accident, avec l’idée de se préparer aux conséquences pour la population et l’environnement, une fois que les émissions radioactives ont cessé (sic) (11) » ? Il faut bien lire cette phrase, tous les mots ont leur importance pour bien comprendre dans quelle direction l’ASN travaille. Est-ce pour cela que cette réflexion n’est pas publique ?

- Pourquoi n’est-il rien dit sur les effluents émis quotidiennement par les centrales ? Et pourquoi, alors que la transparence est devenue un crédo largement partagé, l’ASN ne propose-t-elle pas l’installation de balises de surveillance des émissions radioactives des 58 réacteurs (12) dont les mesures seraient visibles H24 sur internet par tout un chacun : cela ne serait-il pas une aide à la protection des populations en cas d’accident majeur, puisque l’ASN doit savoir maintenant, après Tchernobyl et Fukushima, que les tous premiers jours sont décisifs de ce point de vue ?

 

Jean-Marc Royer version 2 en juillet 2012.

 

 

__________________________

 

 (1) Concept clé du philosophe Alain Gras, « Que sais-je », 1997. Voir point 5.

 

 (2) On appréciera d’autant plus ce type de raisonnement que l’on connaît la « ligne de défense » de l’industrie nucléaire et de l’OMS : ils demandent aux victimes de prouver un rapport déterministe entre les effets des radiations (notamment les contaminations aux faibles doses) et les maladies induites.

 

 (3) Le film Food Inc en est une bonne illustration : l’auteur y montre comment, de manière totalement « démocratique » des lois sont votées dans certains états des Etats-Unis qui empêchent toute critique publique des industries agroalimentaires et des trusts de fast-food afin de protéger leur chiffre d’affaires. Il s’agit là, pour résumer, de l’utilisation des moyens démocratiques contre la démocratie, ce qui tend à devenir systématique en Occident. Une autre forme en est la dénégation des votes populaires rejetant les différents traités européens ou pire, les « ajustements » législatifs et constitutionnels des pouvoirs exécutifs afin de se soustraire aux poursuites judiciaires encourues à la suite d’agissements délictueux ou criminels ou, plus récemment, la nomination de banquiers à la tête de responsabilités gouvernementales en dehors de tout processus démocratique.

 

 (4) http://www.oecd-nea.org/law/isnl/10th/isnl-10th-anniversary-f.pdf

 

 (5) Lire le philosophe Günther Anders à ce sujet.

 

 (6) Conventions de Paris (juillet 1960) et Bruxelles (janvier 1963), amendées par les Protocoles de janvier 1964, novembre 1982 et février 2004. Loi d’octobre 1968 modifiée par celle du 16 juin 1990 …

 

(7) Mais c’est une des décisions annoncées lors de sa conférence de presse du 28 juin par l’ASN !

 

(8) Là aussi l’ASN a pris des décisions annoncées le 28 juin 2012 !

 

(9) JL Basdevant, Maitriser le nucléaire. Sortir du nucléaire après Fukushima, Eyrolles, 2012, p162-3.

 

(10) Délibération ASN N° 2011-DL-0021 du 21 mars 2011 sur l’accident de Fukushima et ses suites.

 

(11) Comme le disait un membre de l’ASN dans le monde du 2 avril 2011.

 

(12) Un réseau existe déjà, mais outre qu’il ne dit rien des émissions quotidiennes des centrales, il est incomplet du point de vue des analyses effectuées. Voir les remarques de la CRIIRAD à ce sujet.

 

 

 

 

(mise à jour du 22 juillet 2012)

 

 

 

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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