17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 11:05

 

reacteurs-3-et-4-de-Fukushima-16-mars-2011.jpgLe texte Une pétrification foudroyante a été écrit par Michel Tibon-Cornillot à la demande d’une revue franco-japonaise installée à Tokyo. Celle-ci voulait créer un numéro spécial consacré au séisme et tsunami de mars 2011 et pour cela, a mis en place une pré-sélection des auteurs contactés en leur demandant le thème choisi, une introduction et le plan de l'éventuel article. Une fois accepté par cette première sélection, le texte de Michel Tibon-Cornillot fut envoyé à la rédaction de la revue, début décembre 2011. Trois mois après, la rédaction de la revue décida de ne pas le publier.

 

Décembre 2011, janvier 2012 ! février 2012 ! Au cours de ces trois mois, se sont mises en place les tentatives de re-normalisation lancées par la société Tepco, autour du contexte "surréaliste" des arrêts à froid. Cette relecture « euphémique »  de la catastrophe qui avait des sources politiques a probablement eu un impact sur le comité de direction de la revue franco-japonaise qui est liée, entre autres, aux institutions officielles, et du Japon, et de la France. Fallait-il prendre en compte les réticences des pouvoirs publics ? Y avait-il des menaces concernant d'éventuelles subventions? Autant de suppositions. Mais une seule certitude, refuser le texte Une pétrification foudroyante, sans doute trop inquiétant !

 

Michel Tibon-Cornillot n’a pas souhaité que l’on enterre son travail de la sorte. Aujourd’hui, il a choisi d’éditer son article dans le blog de Fukushima, et c’est un grand honneur de l’accueillir dans nos colonnes.

 

 

 

-oOo- 

 

 

 

Une pétrification foudroyante 

le temps d’après la collision Fukushima

 

par Michel Tibon-Cornillot, ehess

 

 

Version pdf téléchargeable (610 Ko)

 

 

 couvercle-copie-1.jpgAffalée sur la plage en bord de mer, l’ex-centrale de Fukushima rassemble sur son aire une multitude de pièces arrachées, parfois énormes, de flaques d’huile, d’eau polluée, souvent radioactive, de mazout, de bâtiments d’entretien, de réfrigération, laissés à l’abandon ; cet ensemble désolé pourrait ressembler à une sorte de  « zone » sous-industrielle des suburbs contemporaines, mais cette image s’évanouit de suite face à la vision des quatre énormes réacteurs ruinés, ces sortes de dragons  blessés, crachant de toute part leurs feux et leurs particules venimeuses. Entre séisme et tsunami, se sont manifestées des énergies telluriques et océaniques bien plus puissantes que les dispositifs techniques humains : les ondes sismiques ont fissuré les socles de béton les plus épais, les murs de soutien les mieux armés. Les flots ont envahi l’ensemble du site, noyé les pare-feux, éteint les réfrigérations ; ils sont rentrés dans les sous-sols ainsi que dans toutes les structures non étanches ou souterraines. En se retirant enfin, la mer a emmené et éparpillé des milliers de tonnes de débris lourdement contaminés.

    Les images, les sons, les commentaires de ces événements, se sont immédiatement coagulés puis satellisés et diffusés mondialement en innombrables facettes qui réitèrent indéfiniment des traumatismes bien réels, sans qu’on puisse les distinguer des effets spéciaux numérisés des films-catastrophes contemporains. Malgré le flux ininterrompu des informations, les questions essentielles demeurent : que s’est-il réellement passé ? Comment faut-il lire, voir et interpréter les séquences-paniques interminablement reproduites devant nous? C’est ce travail de relecture qu’il faut mettre en œuvre de façon à sortir ces événements de la banalité et de la monotonie produite par la répétition technique des mêmes images et des mêmes commentaires. Il est urgent de faire une estimation de la dangerosité technique, historique, sociale et planétaire qui s’est installée dans l’ex-centrale de Fukushima; elle concerne tous les japonais et tous les humains.

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188984272.jpg1.   Le choc des Titans  

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     1.1. Des échelles énergétiques démesurées 

     Une lecture attentive fait apparaître des lignes de force qu’il s’agit d’expliciter ; l’une d’entre elles s’impose de suite et concerne la présente confrontation entre des entités appartenant à des registres et structures aussi différents que des appareillages techniques humains et des phénomènes telluriques. Sur le champ clos de la centrale de Fukushima, sont entrées en collision ces deux acteurs du « drame » :

- d’une part, des filières techniques nucléaires mettant en scène des machineries titanesques chargées de contrôler des énergies atomiques afin qu’elles ne puissent sortir de leurs enceintes tout en conservant et contrôlant leur puissance thermique de manière à ce que la chaleur transforme l’eau en vapeur. Cette vapeur elle-même, par l’intermédiaire de turbines permet de faire tourner des alternateurs produisant des courants électriques. C’est l’ensemble de ce processus mise en œuvre dans des machines-cathédrales qui permet de brider et de collecter par des câbles à très haute tension (THT) l’énergie électrique issue du nucléaire ;

- et d’autre part, des phénomènes tectoniques provoquant aléatoirement des déformations des couches géologiques qui sont à l’origine des séismes et des raz-de-marée. L’apparition de ces phénomènes développe des énergies et des mouvements dont les intensités et les grandeurs sont hors échelle humaine. Il faut sans doute en chercher les estimations dans des considérations d’ordre géologique et planétaire concernant les mouvements de subduction d’une plaque tectonique sur l’autre.

     L’analyse de « la collision de Fukushima [1] » et de ses effets accidentels fait ressortir le caractère unique et complexe de l’événement dont on ne retrouve aucun des caractères, ni dans l’accident de Three Mile Island, ni dans celui de Tchernobyl. Dans le cas de l’ex-centrale, la non-intentionnalité des événements sismiques et du tsunami vient déborder, écraser la bonne marche des réacteurs nucléaires sans pourtant que ces derniers s’éteignent, bien au contraire.

 

     1.2. Les parentés titanesques des  deux acteurs

     L’une des interprétations spontanées concernant la collision de Fukushima tend à « sauver » les acteurs humains, et surtout les sciences et les techniques qu’ils servent, en  leur retirant la responsabilité de l’accident. Il s’agit de reporter l’ensemble des contraintes, des dangers et des destructions concernant la centrale de Fukushima sur le surgissement stochastique des phénomènes telluriques et océaniques. Dans la mesure où l’on ne saurait rendre responsable un phénomène naturel, il devient difficile d’attribuer une responsabilité de l’accident  aux pauvres hommes surpris par des événements si imprévisibles.

     Cette tentative de sauvetage anthropocentrique ne correspond pas aux caractéristiques les plus élémentaires de la « collision Fukushima ». Bien au contraire, la responsabilité de l’espèce humaine est totalement engagée dans cet événement, d’une part à cause des impasses de la techno-science moderne fondée sur le réductionnisme spatio-temporel inauguré par la pensée cartésienne, et d’autre part la recherche interminable des « bassins » d’énergie et de domination [2] en vue de la rentabilisation.

     Une lecture attentive de certains mythes grecs peut nous apporter un éclairage intéressant, particulièrement à propos du rôle attribué aux Titans, et plus précisément, à l’un d’entre eux, Prométhée.

     Faut-il rappeler que la cosmogonie grecque n'est pas fondée sur la souveraine bonté de Dieu mais sur une série de meurtres, castrations et dévorations constitutives de la Formation du monde.

     Tout commence avec Cronos, le Titan, qui a castré son père, Ouranos, le ciel qui, allongé sur Gaia, la terre, interdisait la montée de ses enfants vers la lumière. " Cet acte aura des conséquences cosmiques décisives. Il éloigne le Ciel de la Terre et permet aux Titans qui sont les premiers dieux, les ouranides, de s’installer sur les montagnes de la terre [3]. ».

     Cronos, devenu roi à son tour, avait pris l’habitude de dévorer ses enfants de façon à ce qu’ils ne le détrônent pas par des méthodes aussi violentes que celles  utilisées par lui contre son père. Les récits des mythes grecs décrivent alors les ruses qui permettront à Zeus, le premier des Olympiens, d’échapper à la dévoration par son père, Cronos. Ces récit relatent aussi la guerre des Titans contre les Olympiens et la victoire de ces derniers sur la première génération des dieux ouranides. Au prix de combats qui détruisirent les montagnes, les fleuves et qui ramenèrent la terre vers une nouvelle sorte de chaos, « les titans sont précipités au sol. Zeus les fait chuter sous les coups de fouet de sa foudre...Ils tombent à terre et les cents-bras précipitent sur eux une montagne d’énormes pierres sous lesquels les titans ne peuvent plus bouger…Les Titans qui ne peuvent être tués puisqu’ils sont immortels, sont renvoyés au Chaos souterrain, dans le tartare brumeux où rien n’est distinct [4]».

      Les Titans sont initiés aux secrets les plus profonds de leur mère Gaia, la terre. Ce sont eux qui incarnent les forces colossales mises en œuvre pour sa fabrication et, bien qu’ils soient prisonniers des parties inférieures du monde, ils manifestent leur présence et leur puissance par des tremblements de terre, par des éruptions et des raz-de-marée. Ainsi peut-on relier les éléments mythologiques de la naissance et de la chute des titans avec des manifestations de phénomènes telluriques et océaniques.

     Est-il possible de retracer une telle généalogie mythologique à propos des fabrications techniques de l’espèce humaine ? Existe-t-il des parentés, au moins d’ordre analogique, entre les Titans et les dispositifs techniques, entre autre ceux des centrales nucléaires ?

     Il faut évoquer à ce propos l’un des personnages centraux de la mythologie grecque, Prométhée le roublard. Les récits rapportent qu’il est « le créateur de la race humaine [5] ». Prométhée était célèbre pour son intelligence et Athéna qui le respectait lui enseigna l’astronomie, l’architecture et les mathématiques. Lors d’une querelle entre lui et Zeus, il comprit que ce dernier voulait retirer le feu aux hommes, ces pauvres mortels : « Qu’ils mangent donc leur viande crue , avait ajouté Zeus [6]».

     Prométhée décide de voler le feu en entrant dans l’Olympe avec l’aide d’Athéna. Il se procure une semence du feu de Zeus qu’il cache dans une feuille de fenouil ; il redescend du ciel sans se faire remarquer et donne le feu aux hommes. Ceux-ci peuvent de nouveau faire cuire leurs viandes et commencent aussi à fabriquer des outils et des objets artificiels.

     Très irrité contre Prométhée, Zeus jure de se venger et le fait enchaîner sur une montagne du Caucase où un vautour affamé lui dévorait le foie toute la journée, du début à la fin de l’année.

     A travers de nombreux développements poétiques et philosophiques, Prométhée, le Titan rusé, est devenu une sorte de personnage tutélaire, le père des hommes. Mais il a pris aussi une consistance toute particulière dans le contexte de la formation des sciences et des techniques contemporaines « car le feu est vraiment la marque de la culture humaine. Ce feu prométhéen, dérobé par ruse est bien un feu technique, une procédure intellectuelle qui démarque les hommes des bêtes [7] ». A l’intérieur du mythe lui-même, il est indiqué que ce père des humains est aussi un Titan, connaisseur des secrets les plus intimes de la terre, un Titan roublard, plein de ruse et en cela, un rival sans pareil de Zeus.

 

     1.3. Forer jusqu’à la trame de la matière et domestiquer la source des énergies

     Le mythe de Prométhée s’est trouvé au cœur des réflexions portant sur le thème des progrès et des dangers des sciences et des techniques modernes. Quels sont alors  les chemins qui ont permis ces rapprochements entre un personnage mythique et les sciences modernes?

     Dans son ouvrage Règles pour la direction de l’esprit [8], René Descartes proposait de décomposer en propositions simples celles qui étaient manifestement trop complexes et de partir à la recherche de celles qui pouvaient être les propositions les plus fondamentales. Il fallait selon lui procéder de cette manière dans le champ intellectuel. Dans la suite de son œuvre il généralisa sa méthode inspirée de l’arithmétique et de la géométrie à l’ensemble des pratiques professionnelles et privées, que ces pratiques soient médicales, architecturales ou optiques.  

     La méthode cartésienne généralisant à toutes les opérations intellectuelles, les principes de décomposition en éléments simples, fondamentaux, et recompositions en structures complexes, propres aux mathématiques, a eu et a encore une influence fondamentale sur la pensée scientifique. Le mouvement du raisonnement déductif s'enracine dans ce processus de décomposition-reconstruction. C'est aussi la méthode analytique en général qui s'exprime ainsi pour la première fois avec une telle précision.

     Ce mouvement de la pensée qui se confond avec celui de l'analyse a suscité un mouvement de recherche en physique vers lequel converge la mise en place des interprétations théoriques de la matière qui permettra leur quantification, leur mathématisation ainsi que la localisation de ces entités abstraites dans des particules et molécules qui en sont le support. L'application de ce réductionnisme de méthode, caractéristique du mouvement de l'analyse, s'est donc accompagnée d'une série de réductions partant de la matière initiale complexe et brut, et se dirigeant vers des structures de plus en plus fondamentales, celles que l’on retrouve dans la physique moléculaire.

     Les termes de forage réductionniste expriment bien la dynamique de la recherche des constituants les plus primitifs de la matière. Il s’agit en effet d’une sorte de travail souterrain et symbolique pour accéder à des formes mathématiques capables de condenser un faisceau de phénomènes divers. Mais la détection de ces structures, élaborées mathématiquement, n’épuise pas le mouvement du forage. Il s’agit aussi de repérer dans le monde « réel » la présence de ces éléments fondamentaux en passant par des appareils de détection spécialisés (accélérateurs, synchrotrons).

     Ce travail de forage évoque un mouvement vers le bas, vers les profondeurs de la trame du monde, là où se forge la matière elle-même et où se concentre l’énergie. Sans aller plus avant dans la description détaillée de ce mouvement, chacun sent bien qu’il y a dans cette concentration et cette descente vers les forces telluriques, un aspect fidèlement et explicitement titanesque.

     Il faut enfin se rappeler que l’énergie thermique des centrales nucléaires est produite à partir  de dégradations et alliages de métaux lourds, le plutonium 239 et l’uranium 235, entités qui n’existaient qu’à l’état de traces infimes sur la terre. Ces métaux ont été obtenus par des opérations chimiques et métallurgiques menées depuis 1940. Cette remarque renforce encore l’engagement titanesque de l’espèce humaine dans sa volonté de produire des bombes atomiques puis des centrales nucléaires, engagement qui l’amène à purifier des métaux lourds de façon à leur faire cracher des énergies thermiques.

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unite-3-110316_1f_sora_1.jpg2. Une collision transhistorique     

 

     2.1. La planète-laboratoire ou la reconstruction du monde   

     La collision Fukushima est plus étrange qu’il n’y paraît et paradoxalement cette étrangeté se trouve du côté des techniques humaines. La création d’une centrale nucléaire est en effet l’aboutissement de procédures de reconstruction du « réel phénoménal » en fonction de représentations physico-mathématiques qui sont longtemps restés abstraites ou soumises à des expériences de pensée (Gedankexperimenten).

     Les objets de cette physique lourdement mathématisée ne pouvaient trouver un statut de véracité en eux-mêmes ; il fallait les faire entrer dans le monde et pour cela, fabriquer des instruments capables de les détecter. Et en effet, ces particules sont apparues indirectement dans des détecteurs tels que des films ultrasensibles, des chambres à bulles ; on a pu progressivement accélérer leur vitesse, les collisionner entre elles, établir des généalogies, tout cela grâce à d’énormes machines-laboratoire, telles que l’ensemble des installations du CERN à Genève.

     Chacun voit bien qu’entre l’écriture des équations complexes aboutissant à la possibilité mathématique d’un élément constitutif fondamental de la matière et sa détection dans le « réel », s’est intercalé l’ensemble des innombrables filières techniques qui ont été convoquées à participer à la construction des machines-laboratoires. Quel est alors le statut de « réalité » de ces particules ? Jusqu’où peut-on leur accorder un statut d’objet ou faut-il leur conserver la part de fiction formelle qu’elles avaient au départ ? Mais alors quel est le statut des machines colossales qui ont été financées par dizaines de milliard pour les faire advenir au monde ?

      Autant de questions qui peuvent sembler embarrassantes mais qui ne se posent plus si l’on comprend que l’espèce humaine, dans sa version occidentale, s’est donnée pour tâche de reconstruire le monde. Une centrale nucléaire n’existe que comme concrétion, hypostase, du grand projet titanesque de reconstruire un autre monde ; elle en est à double titre l’émissaire :

- en tant que machine-laboratoire où peut apparaître une nouvelle source thermique,

- en tant que container et dépositaire de métaux lourds radioactifs advenus sur la terre grâce aux savoir-faire humains, métaux sans lesquels ces centrales n’existeraient pas.      

 

     2.2. La collision Fukushima et ses dimensions temporelles    

      Il s’agit d’une situation très nouvelle qui met en scène des conflits entre des dispositifs techniques intégrés dans les trames historiques humaines et des manifestations telluriques extra-humaines. Les temporalités de ces deux types d’événements si étrangers l’un à l’autre, l’un relevant de l’histoire des hommes, et l’autre surgissant des plages immenses des déroulements géologiques, ne devaient permettre aucune interaction temporelle. Des événements remarquables se sont pourtant passés au cours desquels ces deux types de temporalités incomparables se sont enchevêtrés.

      Initialement, la centrale de Fukushima se déployait dans un espace délimité et selon des rythmes temporels très serrés imposés par des contrôles et des suivis en température, en radioactivité, des changements de matériel et de personnels, de multiples entretiens des machines, etc. Ce premier niveau instrumental de temporalité s’inscrivait aussi dans un autre régime du temps organisé de façon finalisée, ce temps nommé histoire. L’ensemble de la temporalité instrumentale pouvait être revisité en tant qu’étape historique permettant de réaliser l’indépendance énergétique du Japon et de prolonger sa longévité.

      Il se trouve que la collision Fukushima a ouvert d’autres horizons temporels, que ce soit à propos des phénomènes tectoniques mais surtout en ce qui concerne des dispositifs techniques humains.

      L’irruption des phénomènes telluriques a entraîné l’arrêt immédiat de la centrale de Fukushima puis l’enclenchement d’une séquence temporelle ultra-rapide menant à l’explosion du réacteur 1. Il faut lire dans ce moment séparant l’état de marche de la centrale et celui de son arrêt un moment temporel critique où le nano-instant d’une seconde du temps de l’horloge  est aussi le temps compressé des modifications radicales de la centrale. C’est dans ce pur instant que la centrale a changé d’état, a subi une mutation et est devenue l’ex-centrale de Fukushima.

     L’ex-centrale a quitté le champ de l’histoire, à double titre, en tant qu’histoire des techniques contemporaines et histoire de l’indépendance énergétique du Japon. L’ex-centrale est sortie du temps de l’histoire mais a-t-elle retrouvé son temps instrumental ?

     Quel est donc le type de temporalité que maintient la centrale ? Ce ne peut plus être la temporalité instrumentale évoqué plus haut, celle de l’entretien et du fonctionnement, puisqu’il n’y  a plus rien à entretenir ni à faire fonctionner. 

     Il faut alors se rappeler que l’ex-centrale, non seulement est incapable de produire de l’électricité mais qu’elle a perdu sa propriété fondamentale, le confinement des matériaux radioactifs. Ceux-ci sont évacués en permanence vers l’extérieur, dans l’atmosphère, l’océan et la terre, par ruissellement ou par dépôt.

     Une autre temporalité s’est donc mise en place dans l’ex-centrale de Fukushima, celle des isotopes radioactifs qui, de l’intérieur du corium [9] sont expulsés vers le monde extérieur. La durée de radioactivité d’un certain nombre de radio-nucléotides est sans commune mesure avec les échelles de temps de la vie humaine. Ainsi peut-on noter entre autres que l’uranium 238 a une demi-vie de 4,5 milliards d’années, l’uranium 234, 250000 ans ; le plutonium 239 a une demi-vie de 24000 ans.

     Il faut accepter cette désolante conclusion selon laquelle la collision Fukushima a non seulement fait sortir l’ex-centrale du temps de l’histoire mais l’a fait sortir du temps.  C’est en cela que cette collision est exemplaire car elle présente devant tous, dans un espace bien délimité, au Japon, sur la plage de la centrale de Fukushima, le 11 mars 2011 à 16 heures, le point terminal de la culture occidentale, la fin du temps de la modernité tardive.

 

reacteurs 3 et43. Une pétrification foudroyante : le nouveau statut de l’ex-centrale 

 

     L’intensité de la collision Fukushima a provoqué l’arrêt définitif de la centrale et au même moment, la disparition immédiate de ses temporalité instrumentales et historiques. Mais quelque chose d’autre s’est mise en place que révèle l’examen attentif des ci-devant réacteurs 1, 2 et 3, ruines silencieuses, inatteignables, et pourtant animés d’une activité nouvelle menée tambour battant par la masse des 250 tonnes de corium incandescents qui après avoir percée la dernière enceinte d’acier, s’est répandue sur les socles  et murs en béton de plusieurs mètres d’épaisseur, dernier rempart avant les rochers et les accès à la nappe phréatique et l’océan.

     Le réacteur 4, à l'arrêt au moment du séisme, fut ébranlé par les mouvements terrestres et par une explosion qui l'a quasi ruiné. Par ailleurs, ce réacteur contient une piscine de désactivation comprenant 1535 assemblages de combustible soit 2,8 fois plus que dans le réacteur habituellement. Ces barres doivent être refroidies par de l'eau sinon l'ensemble monterait immédiatement en température. Cette piscine est au bord de l'un des murs d'enceinte qui est fragilisé depuis le séisme. Si cette eau venait à manquer, les barres se mettraient très vite à fondre...et/ou si l'effondrement du mur et de la chute des barres sur le sol avait lieu, tous les spécialistes considèrent qu'alors l'évacuation de Tokyo et de sa région devrait être immédiatement engagée, étant donné l'état dramatique de la radioactivité [10].

     Sous la pression de la vitesse et de l’accélération des procédures de fabrication caractérisant les sociétés industrielles, de nombreux acteurs techniques comprennent que des prises de risque considérables « peuvent entraîner des accidents et provoquer des paralysies de systèmes entiers ainsi qu’on peut le voir dans les pannes de serveur dans un réseau informatique  ou dans l’arrêt forcé d’une centrale nucléaire [11] ». Face à des remaniements accélérés de la nature, ces acteurs peuvent basculer vers une inertie paralysante. « La pétrification apparaît donc bien comme un principe complémentaire inhérent à l’accélération sociale…[12] ».

     De façon plus générale, on peut exposer de cette manière les caractéristiques de l’expérience moderne du temps : « Dans les concepts d’accélération et de pétrification qui caractérise l’expérience moderne du temps, les principes atemporels du mouvement et de la permanence semblent eux-mêmes une fois de plus, dynamisés [13] ». Ces bouleversements remettent en cause l’unité fondamentale du sens du passé, du présent et de l’avenir et sont accompagnés de la perception simultanée de hauts rythmes de transformations en surface, recouvrant une pétrification plus profonde.

     Il faut retenir de ces remarques sur la modernité tardive, la nôtre, que cette coexistence en une même situation de son caractère frénétique et de son inertie la caractérise. C’est pourquoi il me semble possible de qualifier de façon condensée, sous les termes de pétrification foudroyante la description de l’ex-centrale de Fukushima.

     La lecture de la nouvelle réalité introduite par la collision Fukushima allie bien l’immobilité définitive de l’ex-centrale et l’agitation si inquiétante provoquée souterrainement par les 250 tonnes de corium. Cette pétrification renforce encore davantage l’angoisse liée à la reprise de nouvelles explosions.

     Les responsables qui sont actuellement chargés de maintenir les équilibres fragiles permettant de gérer les températures des réacteurs, l’expulsion des gaz, le suivi des dépôts extérieurs des poussières et gaz radioactif sont plongés dans une situation qui ressemble à bien des égards aux caractéristiques temporelles des scénarios décrits plus hauts. Ces hommes ne peuvent plus accorder leur attention au passé de l’ex-centrale, au temps de son fonctionnement : relu à la lumière d’un présent omnipotent, ce passé se transforme en regrets, en remords aussi, de ne pas avoir vu que le mur protecteur était trop bas, que les générateurs diesel auraient pu être installés plus haut. Le futur de l’ancienne centrale, quant à lui, est parti dans les limbes ; il ne reste alors que cette sorte de présent interminable dans lequel il n’est plus possible d’intervenir dans les réacteurs, dans lequel il faut attendre en espérant que tout cela va se stabiliser.

 

 

fcd0ea1a-4e02-11e0-88c5-518bfb963df44. Le déferlement des systèmes techniques

 

     Le thème de la collision Fukushima s’inscrit pleinement dans le cadre des recherches menées par nous depuis plus de dix ans à propos du déferlement des systèmes techniques contemporains. Ce travail avait du reste été présenté sous le titre «  Déferlement des techniques contemporaines – instabilité, disparition des sociétés industrielles » à Osaka, Université de Kansai en 2005 dans le cadre d’un colloque sur les techniques.

     Nous y avions décrit les origines de ce concept et montré que la question centrale des techniques contemporaines n’est pas celle de leur régulation mais celle de leur déferlement, de leurs effets incontrôlables. Ces multiples expressions du déferlement peuvent être conçus comme autant de manifestations d’une source de puissance encore inconnue de nous dont  la trace laissée dans des domaines spécifiques devient observable, à la manière du ressac déferlant sur des rochers qui manifeste la puissance invisible de la houle.

     Dans le présent texte, nous avons voulu mener des recherches en amont du concept de déferlement. C’est alors que nous avons pris conscience de l’importance de ce qui s’est passé à Fukushima, à la fois pour le peuple japonais mais bien évidemment pour l’ensemble des peuples. En amont des traces du déferlement, nous pensons avoir détecté une situation très particulière qui nous paraît pouvoir jouer le rôle de révélateur des modifications des structures du temps.

    

 



[1]. Nous proposons d’accoler ces deux termes pour en décrire l’apparition et surtout la spécificité, ainsi parlera-t-on de la collision Fukushima en la mettant en résonance symbolique avec le grand collisionneur de hadrons (le LHC) du CERN

 

[2]. A propos de ces deux aspects, le texte de Heidegger, La question de la technique, in Essais et conférences, éditions Gallimard, Paris, 1958, pp. 9-48.

 

[3]. M. Détienne et J.P. Vernant, Les ruses de l’intelligence, la mètis des grecs, Ibid., p.69

 

[4].J.P . Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes, éditions du Seuil, Paris, 1999, p.38.

 

[5]. R. Graves, Les mythes grecs, Librairie Fayard, Paris, 1967, p. 234.

 

[6]. Hésiode, Théogonie, coll. GF, éditeur Flammarion, Paris, 2001, 521-564.

 

[7]. J.P. Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes, Ibid., p.77.

 

[8]. R. Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, traduction et notes par Sirven, Librairie Vrin, Paris, 1959.

 

[9]. « Le corium est un mélange de différents éléments - et non pas seulement du combustible comme on le croit souvent - qui ont fondu dans la cuve d'un réacteur nucléaire généralement à la suite d'un accident de criticité ("surchauffe"). » in http://www.gen4.fr/blog/2011/07/le-corium-les-bases-techniques.html   

 

[10]. Sur tout cela, on peut regarder la vidéo suivante : Fukushima - Dr. Koide, si la piscine de l'unité 4 fuit, c'est la fin. Vidéo du 08.03.2012 sur le site : http://www.youtube.com/watch?v=Mq6hDakOuOs&feature=relmfu

 

[11]. H. Rosa, Accélération – une critique sociale du temps, Ed. La découverte, Paris, 2010, P. 346.

 

[12]. H. Rosa, Ibid., P.346.

 

[13]. H. Rosa. Ibid., p. 339

 

 

 

 

mtcDSCF0656.JPGQui est Michel Tibon-Cornillot ?

Michel Tibon-Cornillot est anthropologue à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Auteur d'un ouvrage intitulé "Les corps transfigurés", sous-titré "mécanisation et imaginaire de la biologie" (2ème édition, éd. MF, coll. dehors, Paris, 2011) ainsi que d'un travail sur la diffusion de plus en plus rapide des résistances aux antibiotiques,  "Le triomphe des bactéries" (éditions Max Milo, Paris, 2006), il inscrit sa recherche à l'intersection de la philosophie et de la biologie, démontrant que la question centrale des techniques contemporaines n'est pas celle de leur régulation mais celle de leur déferlement incontrôlé. En 2005, il a présenté une conférence à l'université Kansaï à Osaka dont le titre était "Déferlement des techniques contemporaines - instabilité, disparition des sociétés industrielles". En tant que chercheur, il est connu pour ses prises de position contre les OGM et ses soutiens aux faucheurs volontaires.

Contact : tiboncor (a) ehess.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

Texte de la conférence de Michel Tibon-Cornillot à Osaka en français, anglais et japonais

 

Déferlement des techniques contemporaines :

instabilité, disparition des sociétés industrielles

 

THE SURGE OF CONTEMPORARY TECHNIQUES

Instability, Disappearance of Industrial Societies

 

 現代技術の激波

~工業社会の不安定と消滅~

 

 

 

 

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 14:59

e6aa7cfc22cacdb65116a4dc923ed846.jpgMalgré la remise d’une pétition rassemblant plus de 7 millions de signataires demandant le non redémarrage du nucléaire au Japon,

 

 

malgré une manifestation record de 11 000 personnes devant la résidence du premier ministre,

 

 

 

ohi.jpgmalgré la présence probable d’une faille sismique active sous les réacteurs de la centrale d’Ooi,

 

 

malgré un centre de gestion de crise facilement inondable à la centrale d’Ooi en cas de tsunami,

 

 

malgré l’augmentation de l’activité sismique,

 

 

malgré la non résolution de la catastrophe nucléaire de Fukushima,

 

 

malgré l’absence d’une agence de sûreté nucléaire réellement indépendante

 

 

le premier ministre du Japon, Yoshihiko NODA, a décidé de redémarrer les réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire d’Ooi.

 

 

Merci aux lecteurs du blog de Fukushima de soutenir le peuple japonais qui demande à son gouvernement l’arrêt de la reprise du nucléaire en participant à cette pétition internationale :

 

 

 

Signez et diffusez la pétition de soutien !

> Cliquez sur la photo, ajouter nom, email, pays et CP, laisser la lettre en anglais

(pas de version française pour l’instant)

 

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Le Japon relance deux réacteurs nucléaires, les premiers depuis Fukushima

Article de Gen4

Sous la pression des banquiers et de certaines grosses firmes Japonaises, Noda décide finalement de relancer la production électronucléaire à Ohi

Article de Karyn POUPEE (AFP)

Japon: élites et population divisées sur la relance de réacteurs nucléaires

 

 

Lettre de protestation au premier ministre Noda

Version française

Version anglaise

 

 

 

 

Photo d’entête : « colère », le 8 mai, à 18 heures en face du bureau du premier ministre (Photo de Ryusaku Tanaka)

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 16:18

jptL’ingénieur nucléaire Kenichi Ohmae a développé récemment dans les colonnes du Japan Times une analyse très critique sur l’explication officielle donnée par le gouvernement japonais à la catastrophe de Fukushima. Bien évidemment, il ne s’agit pas du point de vue d’un écologiste, mais d’un scientifique ébranlé dans ses convictions premières. La publication de cet article est intéressante pour comprendre à quel point le mythe nucléaire est en train de se fissurer.

 

De plus en plus d’ingénieurs élèvent la voix pour prévenir des dangers encourus. Ce que préconise Kenichi Ohmae est assez simple, mais cela est très coûteux. Si l’on appliquait ses recommandations, il serait vite démontré que cette énergie n’est pas rentable. On sent qu’il croit encore à cette énergie, malgré une « erreur fatale » toujours possible. Mais les hommes ont-ils aujourd’hui d’autre choix que de viser la sécurité maximale ? Avec 440 réacteurs nucléaires répartis sur la surface de notre Terre, il est certain qu'il nous reste à maîtriser ce que nous avons créé. Tous réacteurs déchargés cela s’entend.

 

 

 

Fukushima : il est dangereux de se fier aux probabilités

Kenichi Ohmae

 

Article publié dans le Japan Times le 18 avril 2012

sous le titre original : "Fukushima : Probability theory is unsafe"

Traduit de l’anglais par Laurienne Bernard-Mazure pour le Réseau "Sortir du nucléaire"

 

Extrait

 

(…)

 

« La fusion des réacteurs de Fukushima Daiichi a anéanti de nombreux mythes entretenus de longue date.

 

Alors que le combustible fondu se frayait un chemin à travers la cuve et que la coulée de "magma" faisait fondre à son tour le fond de l’enceinte de confinement, d’énormes quantités de gaz et de particules de fission furent relâchées dans l’eau et dans l’air.

 

L’enceinte de confinement s’est avérée incapable d’assurer le rôle qui était censé être le sien pour faire face à ce type de fusion. Pour en revenir aux discussions publiques initiales sur la construction de ces premières centrales, aucun des dispositifs de sécurité tels que le système de refroidissement d’urgence (ou ECCS, pour "Emergency Cooling Systems"), les injections d’acide borique, etc. n’a fonctionné à Fukushima en 2011. Ce que l’on constate, malheureusement, c’est que même les dispositifs mis en place pour parer aux urgences les plus graves sont tributaires de la disponibilité du courant électrique, qu’il soit continu ou alternatif.

 

Dans le cas de Fukushima, la panne de courant fut totale sur une période prolongée, et la fusion complète des réacteurs ne put donc pas être stoppée.

 

Ce que je recommande est très simple : lors de la conception d’un réacteur nucléaire, on ne doit pas faire d’hypothèse sur la probabilité des risques. On doit se préparer à refroidir le réacteur pour pouvoir le mettre à l’arrêt avec au minimum un système de soutien électrique fiable ainsi qu’une source froide. Cela signifie que l’alimentation électrique d’urgence doit provenir de plusieurs moyens et lieux différents, et que la source froide ne doit pas dépendre uniquement du réseau d’eau habituel, mais aussi de l’air et de réservoirs d’eau de rechange.

Si ces conditions sont réunies, alors le réacteur peut être assuré non seulement contre les catastrophes naturelles, mais aussi contre celles dues à l’homme, comme un sabotage, un crash d’avion ou une attaque terroriste.

 

L’explication officielle donnée par le gouvernement japonais à la catastrophe de Fukushima se borne uniquement au fait que nul ne peut prévoir une catastrophe naturelle de grande ampleur. Ce point de vue restreint empêche le reste de la planète de faire attention aux leçons à prendre en compte pour rendre le monde plus sûr. De nombreux pays dépendent de l’énergie nucléaire et cependant ces mêmes pays, parce qu’ils n’ont pas à s’inquiéter de risques sismiques ou d’éventuels raz-de-marée, supposent que ce qui s’est passé au Japon le 11 mars 2011 ne les concerne pas. Cela pourrait devenir une erreur fatale.

 

Il faudrait examiner chaque réacteur nucléaire avec en tête la possibilité d’une panne de courant et d’une perte de refroidissement, sans s’occuper de la cause de l’accident. Les réacteurs sont tous construits selon les mêmes hypothèses de probabilités. Cette manière de raisonner s’est développée dans les années 1970 en vue de gagner l’accord du public pour l’énergie nucléaire, difficile à obtenir sans cela. Tout autour du monde, ingénieurs, ouvriers et gouvernements pro-nucléaires ont eu besoin d’assurer au public en face d’eux la sûreté de l’énergie nucléaire.

 

Avec le recul apporté par Fukushima, les ingénieurs que nous sommes devons relever le défi d’envisager à nouveau, de façon approfondie, la pire situation possible, telle une perte totale de courant et de source froide sur une période prolongée, et à travailler ensemble afin d’y remédier. »

 

(…)

 

Lire l’article en entier

 

 

 

 

Remarque : aujourd’hui, les ingénieurs du monde entier devraient relever d’urgence le défi de retirer le combustible des piscines des bâtiments réacteurs n° 4, 3 et 1 de Fukushima Daiichi.

 

 

 

 

Kenichi OhmaeQui est Kenichi Ohmae ?

 

 

Ingénieur nucléaire et doyen de la Business Breakthrough University, il est l’un des fondateurs de la pratique du conseil stratégique économique des entreprises. Auteur de nombreux ouvrages, dont "The Borderless World" ("Le monde sans frontières"), il a également rédigé un rapport détaillé sur la catastrophe de Fukushima, remis en décembre 2011 au ministre japonais de l’énergie nucléaire et de l’environnement.

 

 

 

 

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Sur le même sujet de la sécurité :

 

A propos des évaluations faites sur les centrales nucléaires françaises

Synthèse et commentaire des inspections conduites par l'ASN en 2011

   

 

A propos de la probabilité et des risques : article de François Diaz Maurin

L'incertitude comme limite à la maîtrise des risques

 

 

 

 

 

Photo d’entête : unité n°3 de Fukushima Daiichi (source Japan Time)

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 20:01
coteest4Les inquiétudes au sujet du risque d’effondrement de la piscine de l’unité 4 de la centrale de Fukushima Daiichi sont-elles fondées ? Au Japon, tout le monde parle de ce danger et, pour répondre à cette question, des journalistes d’investigation de l’émission « Hodo Station », sur la chaîne de télévision TV Asahi, ont réalisé une enquête dont les résultats ont été diffusés le 25 mai 2012.
 
Cet article présente les principales informations tirées de cette recherche puis une extrapolation sur ce qui pourrait advenir si Tepco ne réussissait pas son pari de récupérer les barres de combustibles d’ici trois ans.
.
 
Avant toute chose, je tiens à remercier Kna qui nous permet d’avoir accès, par son travail de traduction, de sous-titrage et de diffusion de vidéos, à des informations qui, jusqu’à présent, restent taboues en France dans les grands médias.
 
 
 
Une émission remarquable : une problématique,
des témoignages d’experts, des expériences, des conclusions
 
Comme on aimerait voir ce type d’émission télévisée en France, où des experts et des chercheurs en ingénierie nucléaire parleraient librement de leurs angoisses à propos des risques de l’atome. Pour rappel, l’unité 4 possède une piscine de désactivation contenant 1535 assemblages, soit environ 264 tonnes de combustible. Cette piscine est perchée à 20 mètres au dessus du sol, mais sa structure a subi d’énorme contraintes mécaniques et thermiques lors des explosions et incendies qui ont eu lieu le 15 mars 2011, sources des inquiétudes sur son état.
 
 

 

Masashi GotoMasashi Goto, ex-ingénieur Toshiba expert en conception de centrales nucléaires résistantes aux séismes, a conçu le confinement des réacteurs nucléaires. Voici ce qu’il pense de la solidité du bâtiment réacteur n°4 :

 

 
« Même si les murs existent, il n’y a pas de manière simple d’en connaître la stabilité. A quel point la stabilité a-t-elle été compromise par la haute température de l’incendie ? Il est essentiel d’avoir toutes les données quand vous travaillez sur un calcul structurel. Chaque fois que Tepco publie des données, ils disent toujours « Nous avons calculé ceci, voici le résultat de ce que nous avons fait donc il n’y a pas de danger ». Mais ils n’ont jamais publié une donnée que quelqu’un de l’extérieur pourrait utiliser pour vérifier leurs conclusions. »
.
 
 
Yukiteru NakaYukiteru Naka, directeur de Tohoku Entreprise, travaillait à l’origine comme ingénieur chez General Electric. Spécialisé dans les systèmes de tuyauterie, il a été fortement impliqué dans la construction de la centrale de Fukushima Daiichi (réacteur 1, 2 et 6). Il est maintenant engagé dans les travaux de démantèlement. Connaissant l’état réel du bâtiment réacteur 4, il fait des aveux sur la dangerosité d’une possible fuite d’eau de la piscine de refroidissement de combustible :
 
« Je dois dire qu’il y a un risque concernant l’unité 4. La piscine est actuellement refroidie par un système temporaire. Mais les conduits s’étendent sur des dizaines de kilomètres et étant donné que c’est une construction provisoire, ce n’est pas censé résister aux secousses sismiques. Il n’y a pas assez de maintenance. Les tuyaux courent à travers les décombres. J’estime qu’il faudrait peu de temps pour vider la piscine si les tuyaux étaient endommagés et causaient une fuite. Les émissions de matières radioactives seraient si élevées que personne ne pourrait s’approcher. (…) J’aimerais que le gouvernement et Tepco se préparent avec une notion de crise imminente à l’esprit. (…) Si la piscine se vide, aucun travailleur ne pourra s’approcher du bâtiment réacteur 4, ni des bâtiments 1, 2 et 3. »
.
 
koideHiroaki Koide, professeur à l’Institut de Recherche Nucléaire Universitaire de Kyoto, est particulièrement inquiet de l’état de l’unité 4 :
 
« Si la piscine devait s’effondrer à cause d’un nouveau gros séisme, les émissions de matière radioactives seraient énormes : une estimation prudente donne une radioactivité équivalente à 5000 fois la bombe nucléaire d’Hiroshima. »
 
 
Selon un institut de recherche de l’Agence de l’Energie Atomique du Japon, en cas d’entassement des barres de combustible, celles-ci peuvent s’échauffer car l’air ne peut pas circuler. Si la température dépasse 700 °C, les gaines peuvent se briser et laisser s’échapper les pastilles de carburant composées d’uranium et de plutonium.
 
Sans refroidissement par l'air, la destruction des barres par échauffement et la libération des matières radioactives signeraient probablement le début de la fin pour le Japon, et peut-être pour le monde.
 
gaines 
 
 
Gaines de combustibles
éclatées entre 700 et 900 °C
 
 
 
 
 
 
Conclusion sibylline du présentateur pour qui n’a pas suivi entièrement l’émission : « Nous avons découvert l’importance de ce que nous devons envisager ». Pour bien comprendre ce que cela veut dire, je vous conseille de regarder entièrement cette émission :
 
 
Partie 1

 
 
Partie 2

Vidéo originale postée par Irwin Miller : http://youtu.be/jOEkyTPLWzA
Traduction Anglaise par Goldieluvmj : http://youtu.be/zuxFQewzPjk
Traduction et sous-titrage Fr par Kna60.
Version en une seule partie : http://dai.ly/KoYyBP
 
 
Le scénario du pire
 
Il n’y a pas que les experts japonais qui s’inquiètent. Si l’on en croit Robert Alvarez, ancien conseiller au Département américain de l’Énergie, ce problème devrait concerner le monde entier :
 
Robert Alvarez« Si un tremblement de terre ou tout autre événement venait à affecter cette piscine, il pourrait en résulter un incendie radiologique catastrophique, avec près de dix fois la quantité de césium 137 qui s’est propagée à la suite de l’accident de Tchernobyl » (source)
 
 
Pourquoi dans certains cas, on écoute les spécialistes, et que dans d’autres cas on les ignore ? Dans le cas de la catastrophe nucléaire en cours de Fukushima, les raisons sont à la fois économiques et politiques. Pourtant, en ignorant ces alertes avisées, les autorités donneraient comme issue à la crise le hasard ! Si on a de la chance, il n’y aura pas de tremblement de terre assez puissant pour détruire le bâtiment réacteur 4 d’ici trois ans et le combustible pourra être mis en lieu sûr. Si on n’a pas de chance, la piscine s’effondrera avec son combustible et engendrera un enfer atomique mondial. L'attitude de nos gouvernants reflète malheureusement pour l'instant une sorte de lâcheté qui ne correspond pas à la hauteur de leur mission.
 
La responsabilité de savoir si cette piscine va tenir le coup ou non lors du prochain grand séisme japonais ne devrait pas être laissée à Tepco. L’ONU devrait constituer et envoyer d’urgence une équipe scientifique composée des meilleurs spécialistes mondiaux afin d’analyser la situation et de prendre des mesures immédiates de sauvegarde du bâtiment et de transfert des combustibles dans un endroit sûr. Dans cette course contre la montre, un an a déjà été perdu, et il faudrait encore en attendre trois ? Tout cela semble invraisemblable.
 
Avant que Tepco n’avoue la fonte des trois cœurs en 2011, tous les médias évoquaient le scénario du pire comme étant la perte de confinement des matières radioactives, souvent comparée au « syndrome chinois », mais plus justement appelé « Melt-out » par le professeur Koide. Aujourd’hui, l’analyse des faits conduit à envisager  un scenario encore plus dramatique.
 
 
evacuation-tokyo 
 
 
 
 
Une large évacuation du nord du Japon a déjà été envisagée par le gouvernement japonais
 
 
 
En effet, les informations fournies par les experts sont très claires : si la piscine s’effondrait, on ne pourrait plus approcher les unités 1, 2 et 3 de Fukushima Daiichi. A partir de cette donnée simple, un enchaînement d’évènements se produirait inéluctablement :
 
> Abandon de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (6 réacteurs à eau bouillante, 7 piscines, 2400 tonnes de combustibles)
 
> A très court terme, abandon de la centrale nucléaire de Fukushima Daiini qui se trouve à 12 km (4 réacteurs à eau bouillante, 4 piscines)
 
> Qui dit abandon de centrale nucléaire, dit aussi à court terme abandon du refroidissement des cœurs et des piscines de désactivation. Est-ce qu’un expert nucléaire pourrait se prononcer sur la somme de radioactivité dégagée par la perte de contrôle de 10 réacteurs et l’arrêt de refroidissement de 11 piscines de combustible ?
 
> A plus ou moins long terme, abandon probable des centrales nucléaires de Tokai à 110 km au sud (1 réacteur à eau bouillante, 1 piscine), et d’Onagawa à 130 km au nord (3 réacteurs à eau bouillante, 3 piscines)
 
> Evacuation de la moitié nord du Japon, dont la ville de Tokyo.
 
Jusqu’où cet abandon en chaîne de centrales nucléaires irait-il ? L’étape suivante ne serait-elle pas l’abandon de la mégacentrale de Kashiwazaki-Kariwa à l’ouest (7 réacteurs à eau bouillante, 7 piscines) ? Est-ce réaliste ou bien les 2400 tonnes de combustible nucléaire délaissées de Fukushima Daiichi seraient à elles seules suffisantes pour évacuer le Japon ?
 
 
centralesjapon 
 
Abandon successif probable de 14 réacteurs nucléaires en cas d'effondrement de la piscine de l'unité 4 de Fukushima Daiichi
 
 
Ceux qui pensent que des volontaires se presseraient par milliers pour combattre le feu nucléaire n’ont rien compris à la gravité de la chose. Les niveaux de radioactivité atteints dépasseraient les possibilités d’intervention humaine et la bonne volonté, même héroïque, ne servirait à rien. Alors que des robots électroniques ont du mal à fonctionner en présence de fortes radiations, les hommes eux ne le peuvent tout simplement pas.
 
RADIOACTIVITE
 
 
 
3. Pas de panique, mais de l'urgence
 
Mon but, en diffusant cet article, n’est pas d’alimenter les sites catastrophistes ou les articles prédisant la fin du monde, mais simplement d’alerter toutes les personnes responsables qui ne seraient pas conscientes du danger considérable que représenterait l’effondrement d’une piscine de Fukushima Daiichi. Il est en effet très important que chacun soit au courant de ce que représenterait l’arrivée d’un nuage radioactif provoqué par une telle catastrophe. Les autorités françaises, mais également tous les gouvernements de l’hémisphère nord, au lieu de faire l’autruche et d’être sourds aux préoccupations des experts japonais ou aux lanceurs d’alertes internationaux de haut rang, en tant que responsables de la santé de leur population, devraient d’ores et déjà diffuser massivement des conseils de radioprotection. En effet, si cette catastrophe se produisait, aucune nation n’aurait le temps de réagir efficacement à un tel évènement.
 
En France, à l’occasion des élections législatives, il serait utile que tous les citoyens de base interpellent les candidats sur ces questions : sont-ils au courant de ce danger permanent et de l’impact radiologique possible en France ? et que préconisent-ils si le bâtiment réacteur n°4 s’effondre ?
 
Pourquoi devrait-on encore croire Tepco quand elle affirme que l’unité 4 ne peut pas s’effondrer ? Pourquoi l’avenir du monde dépend-il de l’expertise de cette seule entreprise, célèbre pour être responsable de la plus grosse catastrophe nucléaire de l’histoire ?
 
Cet article rapporte des faits, des avertissements, des possibilités. Mais il n’annonce pas l’avenir. L’avenir se trouve dans les décisions politiques d’aujourd’hui. Si les personnes éclairées et influentes ne s’emparent pas de ces informations et n’usent pas de leurs pouvoirs pour faire bouger des positions idéologiques monolithiques, alors il ne restera plus comme « solution » que d’avoir de la chance !

 

 

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En savoir plus avec cet article

 

Danger mondial : les combustibles usés de Fukushima

 
    

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Mise à jour juillet 2012 : signez la pétition adressée à l'ONU !

 .

 
imagepetition 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 13:54
Il est toujours intéressant de revenir sur les premières images d’une catastrophe. Beaucoup de vidéos concernant Fukushima disparaissent de la toile, mais l’Internet ne permettra jamais qu’on puisse effacer Fukushima ! Espérons que la sélection faite ci-dessous restera longtemps en ligne. Elle retrace en images les premières semaines de la catastrophe : séisme, tsunami, explosions, arrosages, surveillance du site…
 
 
 
11 mars 2011 : tremblement de terre et annonce d’une fuite radioactive à la centrale de Fukushima Daiichi
 
 
 
11 mars 2011 : arrivée de la vague sur la centrale nucléaire

 

11mars 2011 : juste après le tsunami, la vague se retire montrant les dégâts à la centrale de Fukushima Daiichi (vidéo hélicoptère)

 
 
11 mars (vidéo hélicoptère, de nuit, infra-rouge)

 
 
12 mars 2011 : explosion de l’unité 1

 
 
12 mars 2011 : journal RTL annonçant l’explosion de l’unité 1

 
 
14 mars 2011 : explosion de l’unité 3

 
 
14 mars 2011 : après l’explosion de l’unité 3, panache important de vapeur (visible à la fin de la vidéo, regarder à partir de 2:54)

 
 
15 mars 2011 : explosion de l’unité 4
Etant donné que le monde entier était en alerte après les premières explosions, il est impensable que cette vidéo n’existe pas. Pourtant elle n’a jamais été diffusée.
.
.
16 mars 2011 : fumée blanche à l’unité 4
Il s’agit peut-être de l’incendie mentionné entre 5h45 et 9h40.

 
 
 
17 mars 2011 : survol de la centrale en hélicoptère
 
 
17 mars 2011 : arrosage de la centrale par helicoptère
 
19 mars 2011 : arrosage de la piscine de l’unité 3

 
 
23 mars 2011 : images aériennes de la centrale (Russia Today)

 
 
24 mars 2011 : unité 4 filmée depuis une grue

 
 
27 mars 2011 : survol de la centrale
video27032011
 
 
1eravril 2011 : images de l’unité 4
 
 
9 avril 2011 : survol rapide de la centrale en hélicoptère

 
 
11 avril 2011 : surveillance de la centrale en hélicoptère
 
 
15 avril 2011 : images de la piscine de l’unité 4 (vidéo depuis une grue)

 
 
20 avril 2011 : inspection aérienne avec un drone (1/3) - unité 4

 
 
20 avril 2011 : inspection aérienne avec un drone (2/3) - unité 4

 
 
20 avril 2011 : inspection aérienne avec un drone (3/3) - unités 1, 3 et 4

 
 
 
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 13:16

0Ces derniers mois, les ouvriers ont fait un travail considérable sur l'unité 4 pour préparer la construction de la nouvelle structure permettant de décharger le combustible de la piscine. Tepco a édité quelques images en haute résolution de ce bâtiment réacteur lors d’une conférence de presse récente. Simply Info vient de mettre en page ces photos dont on peut tirer quelques nouveaux détails.

 

Voici ces images en basse résolution. Pour les avoir en meilleure résolution, merci d’aller sur la page source de Simply Info.

 

 


1

Détails du mur sud de l’unité 4



2

Niveau technique vu du bas (angle sud-oust) : on aperçoit le couvercle de la cuve du réacteur, sur lequel est posé le sécheur de vapeur.

 


4

Couvercle de la cuve du réacteur, sur lequel est posé le sécheur de vapeur.

 


5

Vue de l'intérieur des panneaux de mur en béton armé à l'unité 4 (Paroi supérieure Est).

 

6 

Deux lampes parmi les poutres métalliques tordues.



7

Gros plan du couvercle de la cuve du réacteur 4



10

Vue de l’engin robotisé permettant le démontage de la toiture de l’unité 4. Un plateau a été construit au dessus du réacteur vide pour pouvoir installer cette machine.

 

 

11

Pilier au dessus du pont de ravitaillement de l'unité 4. Il présente une fissure horizontale.

Il devra être retiré dans le cadre de la déconstruction de l'étage supérieur du bâtiment.

 

 

 

On peut également trouver d’autres images et albums sur la centrale de Fukushima Daiichi sur la page Flirk de Simply Info, très bien documentée.

 

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flirksimplyinfo

 

 

Sur Fukushima Diary, deux photos à voir aussi de la face est (côté mer) : beaucoup de dégâts de ce côté-là aussi, même en dessous du niveau technique.

 

coteest4.jpg

 

 

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 22:50

fukushima_seb_jarnot_statement_english.jpg« Nous avons besoin de la musique, de la poésie et de l’art qui pourraient nous montrer un point de vue possible ainsi qu’une façon dont on aborde la réalité. »

 

 

 

Peu de temps après la catastrophe de Fukushima, un collectif d’artistes japonais s’est réuni autour de la figure de Otomo Yoshihide, originaire de cette ville, pour tenter de remettre de la vie là où il n’y avait plus que poison et angoisse. Un projet est rapidement né, Project Fukushima!, véritable appel à la création qui a donné lieu à un festival, situé à Fukushima même, et à une série d’événements à travers le monde (Londres, New York, Bangkok, Séoul, Singapore, Paris…).

 

A la suite de ce festival, webSYNradio a souhaité rester à la disposition du projet Fukushima! et continuer à « agir » avec un nouveau projet pour 2012 : « Et pendant ce temps là, à Fukushima…» (Meanwhile, in Fukushima…)


Pour réaliser ce nouveau projet,  Dominique Balaÿ s’est rendu à Fukushima du 15 au 30 mai 2012 pour enregistrer les sons de la vie « normale » et accompagner les différentes initiatives lancées par le collectif Fukushima! en vue de faire vivre leur engagement et leur manifeste, notamment à travers l’organisation du prochain festival qui aura lieu durant l’été 2012.


Avec les sons collectés et organisés en bibliothèque « open sounds », une invitation a été lancée à des artistes pour se confronter à cette matière et cette thématique, et tenter, à travers les œuvres créées, de jeter une ligne de vie entre là-bas et ici.


Avec ce projet de création sonore, il s’agit pour Dominique Balaÿ de rester fidèle au sens singulier indiqué par Otomo Yosihide, Michiro Endo et Ryoichi Wago dans leur manifeste : ni dénonciation militante, ni simple rapport des faits, plutôt la démonstration d’un désir et une tentative de maintenir une « connexion » avec ces lieux et les populations touchées par la catastrophe nucléaire.

 

Voici, par l’intermédiaire du voyageur D. Balaÿ, quelques nouvelles fraîches de Fukushima :

 

A quelques exceptions notables près (chantiers de reconstruction et décontamination, présence de stations de mesure atmosphérique dans les lieux publics, moins d'enfants dans les rues, discussions centrées sur l’urgence de la situation, nombreuses initiatives locales, etc.), la vie est normale dans la ville de Fukushima.

 

 

579590_210399855748128_150979312_n.jpgCôte de Minamisoma, 25 mai 2012 (image Youdou Takeushi), dans le fond on aperçoit la toute nouvelle ligne construite par Tepco qui envoie de l'électricité produite par géothermie jusqu'à la centrale de Fukushima-daichi

 

 

 

Les quelques mesures que Dominique Balaÿ a pu faire confirment des valeurs élevées de radioactivité. La plupart des gens qu’il a pu rencontrer ne croient plus du tout aux cartes établies par le gouvernement, c’est pourquoi la « carte mentale » des zones contaminées qu'ils se sont créés démarre plutôt à la sortie de la ville ou les quartiers périphériques, comme Watari. Dans ce quartier, 50% des enfants ont pu être évacués.

 

La grande ville de Fukushima est équivalente en population à la 5 ou la 6ème plus grande ville française. « S'ils envisagent un voyage en dehors de la ville, les gens peuvent aller jusqu'à louer une voiture pour ne pas contaminer leur propre voiture, celle où ils transportent habituellement leurs enfants. Mais là on touche à des structures mentales très profondes : la ville, c'est le lieu où on se réunit pour se protéger, et éventuellement prospérer ensemble, comment pourrions nous y être en danger plus qu'ailleurs ou autant qu'ailleurs ? »

« Il y a de çà je pense, plus le fait, confirmé par l'ensemble des personnes rencontrées d'un intense stress qu'ils ne peuvent plus supporter (un an et demi c'est très long ...) et qui les pousse à ranger le dosimètre dans le tiroir de la cuisine, et à faire comme si. C'est d'ailleurs l'un des axes de communication du gouvernement : "le stress occasionne plus de dégât que l’évènement lui même". »

 

 

428375_211666925621421_322132877_n.jpgKika-zaru : singe sourd + Iwa-zaru : singe muet + mi-zaru : singe aveugle, stationnant sur le bulletin édité par Kohei à l'attention des personnes d’un camp de réfugiés

 

 

 

« Zone grise, substance noirâtre, multiples strates d'informations : les japonais ont une histoire que je viens de découvrir avec 3 singes, le singe qui ne voit pas, le singe qui n'entend pas et le singe qui ne parle pas. Ce qu'il y a d'important dans cette histoire, c'est qu'il s'agit de trois singes différents et pourtant indissociables, des compères. On peut avoir une connaissance d'un évènement ou d'un fait scientifique, historique et ne pas agir en fonction de ce fait et de cette connaissance : c'est un peu l'impression que j'ai ici ... on peut avoir des yeux et ne pas pouvoir parler, un cerveau et ne pas pouvoir agir ... étrange impression. C'est vraiment la "zone grise", grey zone. Comme dans le Stalker de Tarkowski, le passage est là tout proche, tout le temps là, et pourtant il semble impossible à atteindre, comment se guider dans un tel brouillard ? Jusqu'à quel point compter sur les autres (la presse, les politiques, les médias, les scientifiques, le voisinage, etc.) ? Oui difficile de se guider même à plusieurs, surtout à plusieurs. La science, ou disons la véracité des faits, devrait pouvoir éclairer, au mieux cela agace (comme une rage de dents peut agacer), au pire cela est répulsif (cachez ce dosimètre que je ne saurai voir ...). D'où cela peut il venir alors ? De par ma formation et mes aspirations, j'ai tendance à penser que l'art, la musique, la poésie sont une voie de connaissance possible. Pour tous, je ne sais pas, pour certains sans doute. »

 

C'est l'une des bases du projet que mène Otomo Yoshihide et le festival qu'il organise du 15 au 26 août prochain à Fukushima. Dominique Balaÿ est allé à leur rencontre. Il en ramène aujourd’hui des images et des sons. A suivre !

 

154593 211672025620911 191362960985151 364700 1912557101 n Village de réfugiés du nucléaire

 

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En savoir plus

 

Open sounds : Des sons enregistrés/capturés au Japon, en France, sur les réseaux …

 

Une présentation de ce projet sur France Culture dans l’émission de Thomas Baumgartner, l’Atelier du son (2èmepartie).

 

Et pendant ce temps-là, à Fukushima sur webSYNradio

 

Album de voyage

 

 

 

 

371171_1694364385_1904902817_n.jpgQui est Dominique Balaÿ ?

 

Né en 1968 à Maisons Laffitte, Dominique Balaÿ vit à Nîmes et travaille dans l’industrie du web, chargé de cours à l’université de Nîmes, créateur de webSYNradio, membre du comité de rédaction de la revue Droit de Cités.
Ayant contribué à diverses revues littéraires et artistiques (Ralentir Travaux, Le Mâche Laurier, Variable, Autre Sud…), il a également publié Intérim, aux éditions JCB en 1998 et Le mal est fait, aux éditions Rafael de Surtis en 2000.

 

Dominique Balaÿ anime aussi la revue de création Numérique Nîmes Sources Adultes. En 2009, il lance le projet webSYNradio à l’invitation de la revue Droit de Cités. WebSYNradio propose des interventions inédites de personnalités (artistes, intellectuels, chercheurs, écrivains …), la plupart reconnues sur la scène internationale.

 

En 2010, en prolongement du projet webSYNradio, il participe à la création de MACROSILLONS, sculpture sonore et collaborative présentée dans différents contextes (galerie, musée).
Avril 2011, diffusion sur France Musique, de la pièce sonore Dans la brèche (Jacques-Marie Bernard, Salvatore Puglia & Dominique Balaÿ).
Juillet 2011, participation au projet Fukushima!

 

(Source)

 

 

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 00:20
Webcam
 
Ciels d’orage sur la centrale les 5 et 17 mai 2012
 
éclairs fuku
éclair
 
 
Fukushima Daiichi
 
- Unité 2 : Tepco fournit une coupe pour annoncer qu’ils envisagent de boucher la fuite d’eau de la piscine torique. On remarque au passage qu’ils imaginent le corium moitié dans la cuve, moitié au fond de l’enceinte de confinement, restant bien sagement étalé sur la dalle de béton sans le détériorer…
 
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- Unité 3 de Fukushima Daiichi
 
Prospection robotisée au 1er niveau de l’unité  3 (23 mai 2012)
 
prospection3-copie-1.jpg
 
 
- Unité 4 de Fukushima Daiichi
 
- Démontage du toit de l’unité 4
Pour éviter tout effondrement qui pourrait provoquer une catastrophe, les ouvriers travaillant sur la centrale démontent petit à petit les niveaux supérieurs au niveau technique. Tout cela en vue de faire place nette pour la nouvelle structure destinée à décharger le combustible.
 
tepco1
 
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- Plan des 5 niveaux du bâtiment réacteur 4
 
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- Inspection de la piscine 4
En février et en avril 2012, Tepco avait déjà vérifié l’horizontalité du bâtiment
 
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- En mai 2012, il est confirmé que la piscine 4 est stable, l’écart entre le niveau d’eau et le haut des 4 angles de la piscine étant identique (461 mm).
 
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- Le côté ouest du bâtiment réacteur 4 est bombé, selon les mesures de Tepco
 
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Vidéos
 
- Evacuez Fukushima ! une vidéo de Nelson Surjon sous-titrée en français par Kna
 
 
 
- Bruno Chareyron (Criirad) explique pourquoi il est important d’évacuer les enfants de Fukushima
 

 
 
 
- Les débris du tsunami traversent l’océan Pacifique
Une modélisation du NOAA's Earths System Research Laboratory
 

 
 
 
- Manifestation du 5 mai à Tokyo
 

 
 
 
- Première visite de journalistes à l'intérieur de l'unité 4 de Fukushima Daiichi le 26 mai 2012 (FNNnewsCH)
 

 
 
 
- Première visite de la presse au bâtiment réacteur 4 (Osaka Channel)
 

 
 
 
- Survol de la centrale de Fukushima Daiichi en hélicoptère (3 km de distance)
(publiée le 24 mai 2012 par asahicom)


 
 
 
 
Photos
 
- Quelques instantanés de la vidéo d’asahicom du 24 mai 2012
 
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Unité 3
 

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Unité 3  
 
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Unité 4
 
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Unité 4 : une pelle mécanique a été installée au niveau technique
 
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Vue en enfilade des unités 1 à 4
 
- Fukushima: réouverture de la zone interdite : des enfants s’amusent au cœur de la zone interdite, à 11 kilomètres seulement de la centrale nucléaire de Fukushima
(Cliquez sur le lien ci-dessous pour accéder au reportage de Marie Linton)
 
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- La centrale de Fukushima le 26 février 2012
photo haute définition fournie par Cryptome
(cliquer sur le lien ci-dessous pour avoir l’image en HD)
 
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- Cryptome diffuse régulièrement des albums sur Fukushima Daiichi.
 
- A Kawauchi-mura, des bénévoles, petits enfants compris, plantent du riz juste en dehors du rayon des 20 km dans la préfecture de Fukushima, mains et pieds nus.
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- Reportage photo sur Asahi.com (visite des journalistes du 26 mai 2012)
 
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Voir les autres photos :
 
 
- Fonds documentaire Tepco (photos et vidéos)
 
 
Dessins
 
Dessins sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, ses conséquences et comment la société japonaise y fait face.
(cliquer sur le lien ci-dessous pour accéder au site et aux autres dessins)
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Albums
 
- Clair obscur à Fukushima
par trois8 (collectif de photographes)
Un no man’s land de 1000 kilomètres carré aux alentours de la centrale de Fukushima. « Nous nous sommes rendus dans cette zone d’exclusion, en partie interdite, pour découvrir ces paysages désolés sous un angle nouveau ».
 
clair-obscur-fukushima-31.jpg
.
- Vivre en zone contaminée
Photos de Guillaume Bression (accès à l'album : cliquer sur le lien ci-dessous)
 
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Carte
 
Statut des régions acceptant les débris provenant du tsunami
(accéder à la carte en ligne en cliquant sur le lien ci-dessous)
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.
Lien vers la vidéo "Stop Burning of Radioactive Disaster Debris in KITAKYUSHU" :
Lien vers la pétition (version française) contre l’accueil et l’incinération de déchets radioactifs à Kita-Kyushu et Kyushu (extreme sud-ouest du Japon)
.
.
 
 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 01:23

2C’est la plus grande confusion dans les médias. Jeudi 24 mai 2012, on pouvait lire ces deux titres contradictoires :

Japon - Les fuites radioactives de Fukushima plus fortes qu’annoncé (Reuters)

Après Fukushima, des niveaux de radiation très faibles au Japon (Le Monde)

Le premier article se base sur la dernière estimation de Tepco, le deuxième sur un rapport préliminaire de l’OMS…

 

Depuis 14 mois, c’est la valse des chiffres !

Voici par exemple quelques estimations données au fil du temps pour le césium 137   (données en PBq, c’est-à-dire en millions de milliards de becquerels) :

 

- 8 juin 2011, estimation de la NISA : 15 PBq

 

- 9 mars 2012, estimation de l’IRSN : 21 PBq

 

- 3 avril 2012, estimation d’un groupe de scientifiques étatsuniens et japonais : 63 PBq

 

- 24 mai 2012, estimation de Tepco : 10 PBq pour le relâchement aérien du 12 au 31 mars 2011 et 3,6 PBq pour le relâchement marin du 26 mars au 30 septembre 2011

 

- 24 mai 2012, autre source, the Daily Yomiuri : 360 PBq ! erreur de journaliste ? (1)

Dans ce cas… ça serait 5 fois plus que le césium relâché par Tchernobyl en 1986 !

 

 

En savoir plus sur la désinformation ambiante avec les articles

   

- de Gen4 : Césium-137 et Fukushima : à la recherche de l'erreur

- de l’AIPRI : Plus dure sera la chute

- de Russia Today : Cesium-137 contamination: Fukushima amounts to four Chernobyls

 

 

(1) Copie de l’article en ligne :

 

TEPCO estimate sees more radiation than NISA's

The Yomiuri Shimbun

Tokyo Electric Power Co. has estimated the total amount of radioactive substances discharged from its Fukushima No. 1 nuclear power plant measured 760,000 terabecquerels, 1.6 times the estimate released by the Economy, Trade and Industry Ministry's Nuclear and Industrial Safety Agency in February.

One terabecquerel is equal to 1 trillion becquerels.

TEPCO will include the estimate in a final report to be compiled by an in-house accident investigation committee in June. The firm has also begun explaining how it arrived at the figure to local governments in Fukushima Prefecture.

There are two ways to estimate the amount of discharged radioactive substances. One way is to base calculations on the degree of damage to the reactor core. The other is to reverse calculate based on the density of radioactive substances found in the atmosphere and seawater. As a result, there will be differences in estimates depending on how the figures were obtained.

NISA released an estimate of 770,000 terabecquerels in June last year, and another estimate of 480,000 terabecquerels in February. The Cabinet Office's Nuclear Safety Commission released an estimate of 570,000 terabecquerels in August last year.

TEPCO combined the two methods and repeated its calculations under different conditions. It reached a final estimate of 400,000 terabecquerels of iodine-131 and 360,000 terabecquerels of cesium-137.

The amount of radioactive substances discharged in the Chernobyl accident in 1986 was 5.2 million terabecquerels.

"As there wasn't enough available data immediately after the disaster, estimates can differ substantially if conditions change, even just a little," said Prof. Hideo Yamazaki at Kinki University, an expert in environmental analysis. "The discharged amount of radioactive substances increased, but the figure is within the assumed margin of error. There will be no problems in continuing decontamination work and other measures."

(May. 24, 2012)

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 16:18

greyzone.jpgAlain de Halleux, connu pour son engagement avec la réalisation des films « RAS : nucléaire, rien à signaler », « Chernobyl 4 ever » et « Récits de Fukushima », s’est engagé dans un nouveau film sur Fukushima.

 

Le réalisateur s’est rendu à Minamisoma en octobre 2011 et en mars 2012 ; il a pu entrer dans la zone contaminée et se rendre compte de la situation : la plupart des gens s'imagine que le problème est réglé, pourtant il ne fait que commencer.

 

Alors que la ville de Minamisoma n’est pas évacuée, les ex-réacteurs de la centrale nucléaire, à 20 km, sont toujours menaçants. Les gens se demandent  s'il faut rester ou partir. Le film suit 3 familles. L'une suit les directives rassurantes du gouvernement. L'autre a décidé de déménager à Okaido. La troisième cherche à comprendre la situation.

 

Alain de Halleux a déjà tourné 50 heures, mais il a encore besoin de tourner sur le festival Nomaoi pour terminer les portraits qu’il a commencés. Sans ce 3èmevoyage, il ne pourra pas finaliser son projet. Les médias considèrent que le sujet de Fukushima n'est plus d'actualité. Aussi, est-il obligé aujourd’hui de compter sur la conscience et l'investissement personnel des citoyens.

 

Les témoignages et le cinéma ont un grand pouvoir pour faire bouger les consciences. Merci à tous ceux qui pourront aider Alain de Halleux à terminer son film !

 

Pour faire un don en ligne, cliquer sur ce lien, puis sur « Contribute now »

(indiquer la somme que l’on veut donner, puis suivre les instructions) :

http://www.indiegogo.com/greyzone?c=home

 

 

 

---------------------------------

 

En savoir plus :

 

Sur l’origine du projet

 

Sur Alain de Halleux

 

 

 

Photo d'entête A. de Halleux : fillette portant un dosimètre


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