9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 08:55

nagasaki6 et 9 août 1945, deux dates qui font frémir. Les commémorations actuelles nous rappellent que le monde a changé en profondeur sur la base de l’horreur nucléaire. Jean-Marc Royer, par l’article suivant, nous explique très clairement l’historique de ces programmes militaires et les effets impitoyables de la bombe A. On sait aujourd’hui que ces faits militaires d’une horreur sans nom n’étaient pas nécessaires pour mettre fin à la guerre… Merci à l’auteur de contribuer à ce travail de mémoire encore inachevé.

 

 

______________________

 

 

 

LA BOMBE ATOMIQUE, UN PUR PRODUIT DE LA TECHNOSCIENCE 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Les rappels qui suivent se veulent une aide au travail de mémoire qui reste, soixante-sept ans après les bombardements atomiques, encore très incomplet. L’autre motivation de ce texte réside dans le fait qu’il ne peut y avoir de conscience pleine et entière de ce qui s’est passé à Hiroshima, Nagasaki puis à Tchernobyl et Fukushima sans que l’on soit en mesure de s’en faire une représentation [1]. Puisse ces lignes y aider le lecteur. Pour cela, il lui faudra le courage de ne pas reculer devant la douleur dont il est question. A cette seule condition, il en sortira grandi en humanité.

 

 

Les " découvertes scientifiques " à l'origine de la bombe atomique 

 

Il n’est pas sans conséquences philosophiques majeures de constater que la bombe atomique est un produit direct de la science occidentale [2]. On constatera que la réponse ne fait plus de doute lorsque l’on examine, même rapidement, l’histoire de cette " invention " et de ses prémisses.

En 1896, Henri Becquerel découvre la radioactivité naturelle.

Niels Bohr présente en 1913 la première théorie qui expliquait ce phénomène : la matière est constituée d'atomes, eux-mêmes formés d'électrons " tournant autour d'un noyau ". Certains de ces atomes ne sont pas stables et se décomposent en émettant des rayonnements.

En 1905 Albert Einstein publie la théorie de la relativité. Pour lui, matière et énergie sont liés par l’équation qu'il note E = mc² et qui permet d'affirmer qu'une petite quantité de matière peut devenir une énorme quantité d'énergie… ce qui est le principe de la bombe atomique.

En 1934, Frédéric et Irène Joliot-Curie s'aperçoivent que l'on peut transformer un élément stable en un autre instable, en le bombardant de particules : c'est la radioactivité artificielle.

En décembre 1938, Otto Hahn et Fritz Strassman comprennent que le noyau d'uranium, bombardé de neutrons, se casse en deux en libérant deux neutrons et une énergie considérable : l'énergie nucléaire.

En 1939, Frédéric Joliot comprend que les neutrons libérés, peuvent fracasser à leur tour d'autres atomes d'uranium : c'est une réaction en chaîne. Celle-ci peut donner naissance à une grande source d'énergie.

Ainsi, dès 1939, tous les éléments scientifiques préalables à la bombe sont découverts.

 

 

LE PROJET MANHATTAN [3]

 

Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit une lettre signée d’Albert Einstein (reproduite plus loin) qui le met en garde contre les recherches effectuées par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer les Etats-Unis dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien, le hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique exploser à Hiroshima et Nagasaki et qui en dira : " Ce jour-là, j’aurais mieux fait de me couper les doigts de la main ".

 

Le 16 décembre 1941, neuf jours après l’attaque de Pearl Harbour, le président Roosevelt lance officiellement le projet Manhattan.

 

Eté 1942, la certitude est acquise d'une possibilité de réaction en chaîne ; les recherches de base et leur développement sont faits ; il n'y a plus qu'à établir un plan pour créer une force opérationnelle. Le général Groves est alors placé à la tête d'un groupe de techniciens et de savants qui compte plusieurs prix Nobel.

 

Le 2 décembre 42, au-dessous des gradins de Stagg Field à l’Université de Chicago, une équipe menée par Enrico Fermi initia la première réaction en chaîne nucléaire auto-entretenue.

 

Début 1943, le projet Manhattan entre dans une nouvelle phase. Il s'agit de trouver un élément qui soit capable de servir à la création d'une arme qui utiliserait l'énergie libérée par la fission nucléaire. Celui-ci doit répondre à deux critères : la facilité de production et la possibilité d’en produire une grande quantité. Deux voies se dessinent pour l'obtention d'un tel élément :

- Celle de l'uranium. Niels Bohr a calculé qu'une seule variété (isotope) de l'uranium peut " fissionner ", il s’agit de l'uranium 235. Mais celui-ci est rare : il faut le séparer du reste de l'uranium naturel 238U. L'obstacle paraît alors infranchissable.

- Celle du plutonium. Elément récemment découvert (inexistant dans la nature), il vient d'être obtenu en bombardant de l'uranium.

Le problème principal reste la rareté de ces deux éléments fissiles. On construisit donc deux énormes complexes industriels : l'un à Oak Ridge, dans le Tennessee, pour la production d'uranium 235. L'autre à Hanford, près d'un petit village sur les bords du Columbia, dans l'Etat de Washington pour la production du plutonium. [4]

 

 

lettreeinstein

 

 

Depuis mars 1943, date à laquelle fut mise en service le centre top secret de fabrication de l’arme nucléaire à Los Alamos (dans le désert du Nouveau-Mexique près de Santa Fé), une équipe de savants, sous la direction de Robert Oppenheimer, se livre à l'étude de l'architecture de la bombe elle-même.

 

L'Allemagne capitule le 8 mai 1945 mais le projet Manhattan n’arrive à son terme qu’en juillet 1945 [5]. Son succès confirme les deux filières (uranium 235 et plutonium). Les savants se trouvent donc en possession de deux types de bombe: l'une fonctionnant grâce à l'uranium (celle qui sera larguée sur Hiroshima), l'autre grâce au plutonium (produite en deux exemplaires : celle de l'essai " Trinity " et celle de Nagasaki).

 

220px-Atombombe Little Boy 2Le 16 juillet 1945, alors que les bombes Little Boy et Fat Man, destinées au Japon sont en route vers l'île de Tiniam pour y être assemblées, on a mis en place au sommet d'une tour, à Alamogordo, dans le désert " Jornado del Muerto ", dans l’État du Nouveau-Mexique, un des trois engins déjà fabriqués. L'explosion a lieu à 5 heures 30 du matin : un éclair aveuglant, insoutenable jusqu’à 35 Km, suivi d'une énorme détonation perceptible à 300 Km. L’explosion dégagea une force équivalente à 21 000 tonnes de TNT, c'est-à-dire la puissance destructrice de 2300 avions bombardiers B29 de l’époque, mais concentrée dans le temps (une fraction de seconde) et dans l’espace.

 

En constatant la puissance phénoménale engendrée par la bombe, Oppenheimer se rappela l'un de ses passages préférés d'un texte Sanskrit : " Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes ". Plus prosaïquement, son adjoint Kenneth Bainbridge, responsable des essais répondra : " À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute ". Rares sont les scientifiques qui regretteront ce qu’ils ont fait. Dans un livre de conversations sur ses souvenirs de Los Alamos, Richard Feynman explique :" Après l'explosion, il y eut une formidable excitation à Los Alamos. Tout le monde faisait la fête (...). Je me souviens que Bob Wilson était assis là et semblait broyer du noir. A quoi penses-tu lui ai-je demandé ? C'est terrible, ce que nous avons fait là, a-t-il répondu. " Bob Wilson était-il le seul physicien de Los Alamos, au soir du 16 juillet 1945, à broyer du noir ? Pas loin, si l'on en croit le physicien Richard Feynman : " ce qui nous est arrivé à tous est que nous avons commencé à faire quelque chose pour une bonne raison. Ensuite nous avons travaillé très dur pour y parvenir, avec plaisir, avec excitation. Et nous avons cessé de réfléchir. Bob Wilson était le seul qui continuait à réfléchir ". Il faut tout de même préciser que des scientifiques du projet Manhattan, qui connaissaient les effets des deux bombes, suggérèrent de larguer les bombes dans des zones isolées afin de montrer la puissance des Etats-Unis en faisant le moins de victimes possible. Mais cette éventualité avait été envisagée par la présidence puis écartée.

En mai 1946 est créé le Comité d’Urgence des Scientifiques Atomistes, groupe anti-nucléaire dont tous les membres avaient participé à la construction de la bombe, sauf Albert Einstein.

 

 

LES BOMBARDEMENTS D’HIROSHIMA ET DE NAGASAKI 

 

220px-Atomic cloud over HiroshimaHiroshima. La puissance dégagée est estimée à 13 000 t de TNT. C’est une énergie transformée pour 85% en lumière, en chaleur, en souffle et pour 15% en radiations. Chacun de ces effets est dévastateur.

Dès les premiers millionièmes de seconde, l’effet aveuglant de l’éclair est suivi de l’énergie thermique libérée qui transforme l’air en une boule de feu atteignant un kilomètre de diamètre en quelques secondes au-dessus d’Hiroshima. Au sol, la température atteint plusieurs milliers de degrés sous le point d’impact. Dans un rayon d’1 km, tout est instantanément vaporisé et réduit en cendres. Jusqu’à 4 km de l’épicentre, bâtiments et humains prennent feu spontanément ; les personnes situées dans un rayon de 8 Km souffrent de brûlures au 3° degré (Voir les témoignages des docteur Michihiko Hachiya et Shuntaro Hida).

Après la chaleur, c’est au tour de l’onde de choc (troisième effet) de tout dévaster : engendrée par la phénoménale pression due à l’expansion des gaz chauds, elle progresse à une vitesse de près de 1 000 km/h, semblable à un mur d’air solide. Elle réduit tout en poussières dans un rayon de 2 km. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont entièrement détruits.

Encore très méconnu en 1945, et spécifique à cette arme, le quatrième effet est celui des rayonnements immédiats. Suivant la dose, il entraîne la mort en quelques jours, quelques mois, ou des années après l’explosion. Les femmes enceintes au moment de l'explosion donnent naissance à des " bébés-monstres ". Le nombre de tués sur le coup est estimé à 80 000 ; dans les semaines qui suivirent, plus de 130 000 personnes ont succombé. A la fin de 1945, le total des morts est de 150 000. Le mémorial de la paix comporte 221 000 noms de personnes mortes des conséquences directes ou indirectes de l'explosion, mais l'estimation " finale " du nombre de morts se situe autour de 260 000 : ce dernier chiffre concerne autant les suites de ces effets que ceux produits par le cinquième effet, la contamination par inhalation ou ingestion.

Le nombre de victimes civiles peut être comparé à d’autres bombardements, mais il porte une lourde charge symbolique, liée à la vision d'Apocalypse de l'explosion et aux effets à très long terme de l'exposition aux radiations. Leó Szilárd, qui était impliqué dans le développement de la bombe, dira après la guerre : " Si les Allemands avaient largué des bombes atomiques à notre place, nous aurions qualifié de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamné à mort les coupables allemands lors du procès de Nuremberg et les aurions pendus. " [6]

 

220px-NagasakibombNagasaki. Le 9 août 1945, le B-29 " Bockscar " piloté par Charles Sweeney, partît de Tinian dans les îles Mariannes du Nord, en se dirigeant vers la cible initiale, Kokura, qui était sous les nuages. Conformément à la consigne " no see, no bomb " (" pas de visibilité, pas de bombe "), Bockscar se dirige alors vers Nagasaki où la couverture nuageuse se déchire, le temps pour le B29 de larguer " Fat Man ", à 11h 02. Cette bombe est une bombe au plutonium, différente de celle d'Hiroshima (Uranium 235), mais semblable à celle de l'essai Trinity, réalisé à Alamogordo, le 16 juillet 1945 (20 000 tonnes de TNT). 

Le scénario d'Hiroshima se reproduit, à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en fait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion. Une seconde grande ville du Japon vient d'être rasée en quelques secondes.

 

 

Les conséquences du bombardement 

 

La ville abritait, en 1945, 250 000 habitants, le nombre de tués sur le coup est estimé à 35 000 et le nombre des décès directs et indirects se situe entre 75 000 et 130 000.

Le bombardement de Nagasaki est différent de celui d’Hiroshima par plusieurs aspects :

- L’arme utilisée étant plus puissante, les dommages proches de l’hypocentre ont été plus profonds.

- L’habitat y étant plus diffus, la violence des incendies fût plus limitée : ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes et quelques heures pour se généraliser.

- L’arme étant un modèle au plutonium, la répartition des rayonnements gamma et neutroniques fut différente, ce qui a modifié la fréquence et la nature des leucémies observées.

Etant donné l’extrême toxicité radioactive du Plutonium, il serait logique d’avancer que l’ensemble des effets radioactifs a du être plus important qu’à Hiroshima, mais nous ne possédons pas de documents à ce sujet …

 

 

LA SPECIFICITE DE LA BOMBE A, UNE HORREUR DANS L’HORREUR 

 

Je ne sais pas comment sera la 3ème guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la 4ème" A. Einstein

 

Les plus brillants savants occidentaux collaborèrent à " l’invention de la bombe A " sans pour autant que leur sens moral ne les en détourne. Précisons tout de même ceci : le propre de la technoscience est de produire des " objets " dont la puissance dépasse l’entendement, la sensibilité et l’imagination humaine y compris de leurs auteurs (Cf. leurs réactions devant la 1ère explosion) ; précisons que l’entreprise Manhattan demandait justement que ces savants mobilisent de manière exclusive pour ce projet toute leur intelligence, leur énergie, et même tout leur être ; précisons aussi que pour cette réalisation, des lieux de résidence spécifiques avaient été construits (des villes secrètes identiques en URSS et aux Etats-Unis, sorte de campus de luxe où séjournaient également tous les personnels en charge des infrastructures et les familles des uns et des autres), les isolant ainsi de manière étanche du vulgum pecus, du sens commun ou de la " common decency " comme l’écrivait George Orwell ; précisons également que ce " Manhattan project " était vécu comme la " conquête de la dernière frontière scientifique " figure emblématique de l’aventure moderne avant que la " conquête spatiale " prenne le relais ; précisons enfin que les services spécialement dédiés à leur encadrement de tous les instants (y compris socio-affectif), rendaient difficile tout retour en arrière. L’exemple à la fois unique et admirable du physicien Joseph Rotblat, qui dût déployer des trésors de ruse pour s’enfuir de Los Alamos, montre que cela était difficile, mais pas impossible.

 

Tous les historiens sérieux sont maintenant d’accord là-dessus, l’argument des cinq cent mille vies nord-américaines [7] soi-disant épargnées par le largage de bombes Atomiques sur Hiroshima et Nagasaki fût inventé de toutes pièces par le gouvernement des Etats-Unis en direction de l’opinion publique nord américaine et internationale, illustration supplémentaire du fait que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Pour le dire très vite, le Japon n’a pas tant capitulé suite à Hiroshima-Nagasaki que suite à la déclaration de guerre de Staline en date du 8 août. Les japonais redoutaient plus que tout l’occupation et les appétits territoriaux soviétiques lesquels étaient en train de retourner leur immense armée vers ce front. Par ailleurs, les Etats-Unis avaient compris que cette arme terrible devait être utilisée pour prouver aux yeux du monde leur supériorité militaire et scientifique.

Les historiens ont qualifié le 6 août 1945 comme premier acte de la guerre froide, ce qui est exact, mais largement insuffisant : il s’est agi du premier acte d’une guerre déclarée à l’ensemble du vivant et de la planète.

Si l’on accepte cette réalité historique maintenant démontrée, réalité qui est la clé de l’analyse (tout comme l’acceptation de l’existence des camps de la mort est une des clés de l’analyse du nazisme) alors, plus rien ne peut voiler le regard sur cet évènement. Des conclusions incontournables en découlent.

 

heat%20picSon premier caractère est qu’il constitue un crime contre l’humanité [8]. Mais il a été perpétré contre un peuple dont l’armée et ses dirigeants politiques se sont eux-mêmes rendus coupables de crimes du même type sur le continent et ont ensuite été défaits. Ce qui explique en partie que cette " leçon " de l’histoire ne pût être tirée par l’humanité, aucune " institution " située du côté des vaincus n’étant en mesure d’en supporter la mémoire, dans tous les sens du terme.

Horreur dans l’horreur. Les " hibakusha ", témoins vivants de la défaite et assimilés aux pestiférés par peur d’une contagion fantasmée, furent l’objet de la honte publique, décourageant ainsi la plupart des rescapés de participer à un quelconque travail de mémoire, témoignage dont on a vu avec, entre autres, Primo Lévi, Robert Antelme, David Rousset, Marcel Ophüls, l’importance capitale dans l’Europe intellectuelle de l’après-guerre et encore maintenant. Alors que les oreilles étaient encore bien bouchées à la cire, que les bouches étaient closes par des lèvres pincées, que les mémoires étaient recousues au fil de la honte, que les inconscients étaient forclos par de vieux barbelés rouillés, ces artistes hors du commun nous ont permis de penser l’histoire européenne d’après 1945.

Horreur dans l’horreur. Les responsables japonais procédèrent à une " reconstruction " rapide de la ville qui eût pour but avoué d’effacer méticuleusement toutes les traces de ce crime effroyable. Comme si à la place d’Auschwitz s’élevait maintenant un mémorial design affublé d’une sorte de parc d’attraction pour la paix. Plus de traces, telle est le credo commun à tous les criminels et négationnistes. (Cf. ce qu’en dit précisément Günter Anders).

Horreur dans l’horreur. Peu connu aussi, est le fait que les Nord-américains ont activement contribué à ce processus, soit par leur " aide à la reconstruction " ; soit en menant sur place et avec l’aide des autorités japonaises, des études militaires sur toutes les conséquences de ce bombardement, y compris quant aux suites médicales des radiations nucléaires pour les générations à venir. Mais " la raison d’Etat " primant sur les souffrances de milliers d’innocents, celles-ci furent versées dans des archives secrètes nord-américaines, accessibles seulement depuis peu. Ceci n’était d’ailleurs que la suite des essais effectués, à leur insu, sur des patients dans une aile de l’hôpital de Rochester : on inoculait du plutonium à ces " Human products " (ce fût leur nom de code) à l’aide de seringues spécialement conçues [9].

 

Horreur dans l’horreur. Contrairement à ce qui s’est produit pour la Shoah [10], vainqueurs et vaincus se sont associés pour aveugler l’humanité, avec succès jusqu’à ce jour, sur la nature des crimes commis à Hiroshima et Nagasaki. Le travail de mémoire fût ainsi forclos à plusieurs titres, de la même façon que l’on tente d’enfermer un déchet radioactif : on sait pertinemment qu’on en repasse la dangerosité aux générations suivantes.

Horreur dans l’horreur. Le largage des bombes atomiques fût non seulement un crime contre l’humanité, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l’on appellerait aujourd’hui un Ecocide. Le refoulement de cette catastrophe systémique pour l’écosphère ne sera pas non plus sans conséquences pour l’avenir de l’humanité et la manière d’en écrire l’histoire. Les peuples qui refusent leur histoire la traînent comme un boulet.

Horreur dans l’horreur. Alors que cette " invention " était porteuse de la mort généralisée du vivant sur la planète, les gouvernements et la plupart des médias occidentaux ont tout fait pour la recouvrir d’un épais manteau d’admiration et de dévotion devant le génie et la puissance des chercheurs, se prosternant devant la science, la technique, l’industrie, les militaires et la nation nord-américaine. Un nouveau dieu est apparu ─ à la puissance inquiétante certes, comme tous les dieux – et à la gloire duquel de nouveaux hymnes devaient être forgés sur le champ. Entre les deux blocs idéologiques de cette époque, Joseph Rotblat, Albert Einstein, Bertrand Russel, ultra minoritaires, furent parmi ceux qui tentèrent de faire entendre la vérité.

On a beaucoup insisté, et à juste titre, sur le travail de mémoire [11] nécessaire pour maintenir vivant le souvenir de ceux qui sont morts dans les camps nazis. Mais le travail concernant Hiroshima et Nagasaki [12] rencontre de puissants obstacles : ceux qui ont été érigés par les ex-belligérants eux-mêmes en s’excluant, dès leur création, des poursuites possibles de toute juridiction internationale ; ceux mis en place par les autres puissances atomiques, qui voudraient effacer toute trace non seulement des victimes, mais du danger que cette technoscience fait courir à de tout le vivant sur notre planète.

 

hiroshima-lanterns-resizedAujourd’hui est venu le temps de dire que les bombardements d’Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes [13] de l’industrie nucléaire doivent faire l’objet d’un travail de mémoire au moins aussi important pour l’avenir de notre humanité.

 

 

 

 

 

Sources :

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. html

et http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html

 

A voir :

- Le documentaire d’une heure en vidéo sur le bombardement atomique " Rain of ruin " qui bien qu'entièrement aligné sur les thèses officielles américaines (millier de vies américaines sauvées, refus du Japon de se rendre etc.) est très instructif sur la préparation et les infrastructures mises en place pour arriver aux bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki.

- Le DVD " La bombe " de Peter Watkins, tourné en 1965.

- « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « l'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima. Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

 



[1] Voir à ce sujet « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « L'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima

Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

[2] Il faut avoir en tête que seule l’approche scientifique pouvait découvrir, puis utiliser la constitution de la matière comme forme « d’énergie » : aucune technique humaine n’aurait été en mesure de le faire.

[4] Pap NDIAYE, Du nylon et des bombes : Du Pont de Nemours, le marché et l'État américain, 1900-1970, Belin, " Histoire et société/Cultures américaines ", 2001

[5] Addendum personnel à la fable de Günter Anders : Si la bombe avait été prête en janvier 45 selon le programme initial, aurait-elle été lancée sur Berlin ou sur Dresde ? Quelles justifications aurait-on invoqué alors ?

[7] « Hiroshima/Nagasaki : une vérité inavouable », Le Nouvel Observateur, semaine du 28/07/2005. En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que " rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire en août 1945 ". Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d’Etude de la Guerre froide à l’université de Santa Barbara en Californie, a publié " Racing the Enemy " (Harvard University Press).

[8] Il faut faire l’effort d’aller voir la définition établie pour Nuremberg et son évolution dans le droit international.

[10] L’usage de ce terme est " une facilité de langage " qui ne doit pas faire oublier que les opposants politiques, les " malades mentaux ", les tziganes et tous ceux qui furent catalogués comme " déviants ", furent tout autant victimes du nazisme que les juifs.

[11] Les médias et les " piètres penseurs " ont essayé d’en faire un devoir de mémoire pour en désamorcer les leçons, le muséifier puis le transformer en " marronnier " de magazine.

[12] Quelques exemples : pourquoi ne parle-t-on jamais de la spécificité du bombardement au plutonium de Nagasaki et de ses effets, alors que l’on sait très bien que ce radioélément est autrement plus dangereux que l’uranium ? Par ailleurs, la contamination de la faune, de la flore, des eaux de surface et souterraines, de la mer avoisinante n’auraient-elles pas existé ? Qui connaît Wilfred Burchett, journaliste australien indépendant qui fût forcé par les militaires états-uniens de renier publiquement ses premiers articles décrivant les horreurs d’Hiroshima ? Et le rôle des trois commissions militaires qui débarquèrent en septembre 1945 à Hiroshima et Nagasaki ?

[13] Cf. le rapport du CERR (ou CERI en anglais). http://www.euradcom.org/

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 23:48

dosimetre.jpg« Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce sens. » 

Décidément, cette commission indépendante est très critique mais aussi très réaliste. Non seulement elle dénonce des ordres d’évacuation chaotiques et un manque criant de préparation au désastre nucléaire, mais elle met aussi en évidence l’absence de formation du public sur les effets de la radioactivité sur la santé. « Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée. »

 

Oui, 16 mois après la catastrophe, il est grand temps que la population sache ce qu’elle risque en vivant dans des territoires contaminés. Sans doute en réaction à ce rapport, une mesure a été prise pour la prochaine rentrée : les enseignants et les écoliers recevront une formation sur la radioactivité. Est-ce que ce sera suffisant ? Probablement pas, car la matière est très complexe et il faudra de nombreuses années avant que la population n’acquière une culture de l’atome. En France, pays aux 58 réacteurs nucléaires, la situation est identique : la radioactivité est un sujet tabou qui n’est au programme ni de l’école, ni du collège. La société française fait exactement comme la société japonaise avant Fukushima, elle est dans le déni du danger nucléaire et dans un état incroyable d’impréparation au désastre.

 

Mais revenons au Japon avec la traduction de la quatrième partie du résumé des conclusions de la commission d’enquête, correspondant aux pages 37 à 41 du rapport de 88 pages édité en anglais.

 

 

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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

(traduction : Guy Fargette)

 

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4. L'étendue des dommages

 

La commission a abouti à un certain nombre de constatations concernant l'étendue des dommages provoqués par l'accident sur la centrale nucléaire. Nous avons étudié la manière dont les décisions ont été prises, et comment les stratégies et les mesures palliatives ont été communiquées au public. Nous avons également enquêté sur ces éléments du point de vue des habitants affectés par les conséquences de l'accident.

 

 

Dommages infligés par l'accident de centrale

 

Les effets de l'accident continuent bien sûr à se faire sentir et continueront d'affecter le pays. L'accident a provoqué l'émission de 900 PBq (1015 Bq) de substances radioactives, 1/6 du total des rejets de l'accident de Tchernobyl si on les convertit en niveau d'iode. Il y a maintenant de vastes étendues du pays — 1800 km² — dans la préfecture de Fukushima dont les niveaux de contamination atteignent une dose cumulée potentielle de 5 mSv/an ou davantage.

            Les habitants sont particulièrement préoccupés par leur niveau d'exposition. Cependant, les conséquences sanitaires ne sont pas encore connues du fait des différentes conditions qui s'appliquent à chaque individu. Une estimation de l'exposition externe cumulée sur les 4 premiers mois suivant l'accident pour 14 000 habitants environ (à l'exclusion des travailleurs de la centrale) dans trois villes et villages où les doses de radiation ont été relativement élevées, montre que 0,7 % d'entre eux ont été exposés à 10 mSv ou plus, et 42,3 % ont été  exposés à moins de 10 mSv, dont 57 % ont été exposés à moins de 1 mSv. Bien que ces valeurs soient généralement basses, il est clair que des habitants souffrent de stress provoqué par la peur de l'inconnu.

 

 

Des ordres d'évacuation chaotiques

 

L'enquête de la commission a révélé que de nombreux habitants n'ont pas été informés qu'un accident s'était produit ou qu'il s'aggravait rapidement et que des fuites radioactives avaient lieu, et cela, même après que le gouvernement et certaines municipalités en aient été informés.

            Lorsque les conséquences de l'accident ont commencé à s'aggraver, les destinations d'évacuation et d'autres aspects de l'évacuation ont été souvent modifiés. Mais, même durant la période d'aggravation, la plupart des habitants proches sont restés dans l'ignorance de la catastrophe ou de sa gravité, sans parler du risque accru.

            Un total de 146 520 habitants ont été évacués à la suite des ordres d'évacuation du gouvernement. Pourtant, de nombreux habitants proches ont été évacués sans informations précises. Dans l'ignorance de la gravité de l'accident, ils pensaient ne partir que pour quelques jours et n'ont emporté que le strict nécessaire. Les ordres d'évacuation ont été régulièrement révisés tandis que les zones d'évacuation passaient du rayon initial de 3 km à 10 km, puis 20 km, tout cela en une seule journée. A chaque fois que la zone d'évacuation était étendue, les habitants devaient se déplacer. Certains évacués n'ont pas été informés qu'ils avaient été envoyés sur des sites de forte radioactivité. Les hôpitaux et les crèches dans la zone des 20 km se sont débattus pour assurer des moyens de transport et trouver des hébergements ; 60 patients sont morts en mars de complications liées à l'évacuation. L'exaspération a monté parmi les habitants.

            Le 15 mars, les habitants de la zone entre les 20 et 30 km ont reçu l'ordre de se calfeutrer. Comme cette mesure a duré plusieurs semaines, ces habitants ont été victimes d'un grand manque d'information et de moyens. L'ordre de calfeutrage a été en conséquence revu en évacuation volontaire. Mais là aussi, l'information sur cette modification a été tristement déficiente et les habitants se sont retrouvés à devoir évacuer sans posséder les informations indispensables. La Commission conclut que le gouvernement a de fait abdiqué sa responsabilité envers la sécurité publique.

            Le fait que certaines parties de la zone des 30 km subissaient de forts niveaux de radiation a été connu avec la publication du Système pour la Prédiction de l'Information environnementale sur la dose d'urgence (SPEEDI), le 23 mars. Mais ni le gouvernement ni le Centre de Réponse d'Urgence nucléaire n'ont pris de décision rapide pour l'évacuation des résidents de ces zones qui n'ont été évacuées qu'un mois plus tard.

 

 

Le manque de préparation au désastre nucléaire

 

Les autorités de régulation s'étaient aperçues de divers problèmes concernant la préparation à une catastrophe nucléaire avant l'accident, mais elles n'avaient pas redéfini les mesures de prévention. En conséquence, les retards dans la mise en œuvre ont contribué à une réponse inappropriée, comme on a pu le constater durant l'accident.

            La Commission de Sûreté nucléaire (NSC) a commencé à revoir les directives de prévention de catastrophe en 2006, pour s'aligner sur les nouveaux standards internationaux. Néanmoins, la NSC redoutait que les habitants s'inquiètent de la nécessité de mesures de protection supplémentaires après avoir été régulièrement assurés du caractère inoffensif de l'énergie nucléaire, et que ces inquiétudes alimentent les arguments opposés au projet plutonium-thermal (utilisation du Mox), alors en cours. La NSC n'a pas su expliquer comment l'initiative de défense civile pourrait être bénéfique pour les habitants, et a échoué à mettre en œuvre les standards internationaux de façon consistante. Bien que la révision des directives se soit poursuivie après 2007, l'accident s'est produit alors que cette révision était toujours en cours.

            Après le tremblement de terre de Niigata en 2007, il était évident que l'hypothèse d'une catastrophe multiple devait être prise en compte dans les mesures de prévention d'un accident nucléaire. Pourtant, la NISA a maintenu des contre-mesures basées sur l'hypothèse d'une faible probabilité de catastrophe multiple. La NISA n'a finalement fourni que des conseils passifs à propos des simulations de catastrophe fondées  sur une telle éventualité.

            Pendant ce temps, le gouvernement n'a pas non plus intégré l'hypothèse d'un accident grave ou d'une catastrophe multiple dans aucun de ses exercices de catastrophe nucléaire. Lorsque le cadre des exercices a été étendu, ceux-ci ont perdu de leur substance, et ont été réalisés dans un but cosmétique, plutôt que d'amélioration de la préparation. Les exercices non pertinents étaient dépourvus d'instruction sur la nécessité d'utiliser des outils tels que l'obtention d'informations sur les radiations depuis le système SPEEDI. Quoiqu'il ait été appliqué dans les exercices annuels, les participants ont trouvé les exercices inutiles au moment de l'accident.

            Le Système de Soutien à la Réponse d'Urgence (ERSS) et le système SPEEDI doivent servir à protéger la sécurité publique. Les directives sur la surveillance de l'environnement reposent sur l'hypothèse que l'ERSS prédit et anticipe les émissions de matières radioactives et les données de rejet, et que le SPEEDI prédit et anticipe la diffusion de matières radioactives à partir l'ERSS. Les mesures de sûreté publique, y compris celles qui concernent l'évacuation, devraient reposer sur l'utilisation de ces systèmes.

            Si les données d'émission ne peuvent être récupérées depuis l'ERSS, le système SPEEDI ne fournit que des données trop peu fiables pour délimiter les zones d'évacuation. Certaines des personnes impliquées étaient conscientes des limitations du système, mais aucune révision n'a été réalisée avant la catastrophe. Il n'y avait pas d'autre réseau de données qui aurait pu suppléer ou remplacer les systèmes de prévision.

            Ce dispositif a échoué. Les données d'émission n'ont pu être récupérées de l'ERSS, et le gouvernement a été incapable d’utiliser les résultats de SPEEDI dans la planification des mesures de protection, et dans la définition des zones d'évacuation. Quelques semaines plus tard, la NSC a publié une estimation du panache de radioactivité au moment de l'accident. Bien que l'estimation de la NSC ait été réalisée par une analyse a posteriori fondée sur une surveillance des données de long terme, le public a cru par erreur qu'elle avait été réalisée au moment de l'accident, que le gouvernement l'avait ignorée ou ne l'avait pas publiée. Cela a accru la méfiance du public.

            En même temps, les systèmes médicaux d'urgence sur les radiations avaient été établis  provisoirement, après les problèmes survenus au moment de l'accident JCO de 1999. Personne n'avait pris en compte la nécessité d'une préparation à une exposition à la radioactivité d'une grande zone géographique, comme cela s'est produit à Fukushima. A cause de cela, la plupart des dispositifs n'ont pu servir car ils étaient trop proches de la centrale, mais aussi du fait de leur capacité et des effectifs de personnels médicaux entraînés. Ces institutions médicales avec une capacité de traitement d'urgence nucléaire n'ont pas fonctionné comme prévu.

 

 

Conséquences actuelles et futures des radiations sur la santé

 

L'une des préoccupations majeures parmi les habitants est l'effet des radiations sur leur santé. Néanmoins, le gouvernement et la Préfecture de Fukushima doivent encore apporter une réponse adaptée aux inquiétudes pressantes des habitants en ce qui concerne la dose de radiation dans leur environnement, son effet sur leur santé et d'autres questions liées aux radiations. Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée.

            Il n'y a pas de consensus parmi les experts sur les effets sanitaires de l'exposition à de faibles doses de radiation, mais nous sommes d'avis que les limites devraient être fixées aussi bas que l'on peut raisonnablement le faire. Le gouvernement doit faire des efforts pour expliquer la nécessité de limites, et justifier les niveaux choisis, de manière claire et compréhensible pour les citoyens ordinaires. Le gouvernement n'a pas encore sérieusement entrepris de programmes pour aider les gens à comprendre suffisamment bien la situation, pour qu’ils prennent leur propre décision en connaissance de cause. Le gouvernement n'a, par exemple, pas clairement expliqué les variations de risque d'exposition aux radiations selon les diverses populations, telles que les enfants et les jeunes, les femmes enceintes, ou d'autres catégories plus vulnérables aux effets des radiations.

            On a beaucoup appris avec l'accident de Tchernobyl sur l'exposition aux faibles doses, y compris le risque de cancers de la thyroïde parmi les enfants. Or, bien que les effets positifs de l'administration de comprimés d'iode et le bon moment de leur prise aient été pleinement connus, le Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du gouvernement et l'Exécutif de la Préfecture n'ont pas su fournir les instructions correctes pour le public.

            Un contrôle approprié de l'exposition interne du public est important pour la gestion de la santé sur le moyen et long terme. Bien que les normes aient été fixées en détail, il est plus important que le gouvernement communique par des moyens clairement utiles au public : identifier ce qui est mangeable, ce qu'est le niveau tolérable d'absorption, quels produits demeurent sains, et si les tests sont fiables. Le gouvernement devrait répondre efficacement aux inquiétudes publiques par des inspections minutieuses et une communication transparente. Ni le gouvernement, ni la Préfecture n'avaient préparé de plans pour recueillir des informations sur l'exposition interne au césium radioactif.

            TEPCO n'avait pas préparé les mesures de sûreté pour les travailleurs en cas d'accident grave, et l'information sur les doses dans l'environnement ne leur a pas été fournie immédiatement après l'accident. Il est important que l'exposition des employés de la centrale soit contrôlée avec exactitude, assurer la sûreté des travailleurs durant la réponse à l'accident est crucial.

            De plus, l'exposition aux radiations n'est pas le seul enjeu sanitaire. Les gens de Fukushima souffrent de problèmes de santé mentale, c'est devenu un problème social sérieux parmi les victimes de Tchernobyl. La Commission considère la santé mentale et physique des habitants comme une priorité majeure, et conclut à la nécessité d'une action urgente. Les études sur les conditions de santé des habitants de Fukushima sont nécessaires, mais un système de contrôle adéquat avec des équipements de contrôle représente un besoin urgent. Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce sens.

 

contamination-Cesium_fr.jpg

Carte montrant l'accumulation de césium-137 d'après les données recueillies par le MEXT le 2 juillet 2011

 

 

Les problèmes à long terme d'environnement et de décontamination

 

Une fois que les matières radioactives sont relâchées, elles continuent à affecter l'environnement et il faut  s'en occuper de manière efficace. De tous les problèmes résultant de l'accident, la Commission considère que le problème de la pollution environnementale est le moins traité. Comme le montrent les observations sur l'accident de Tchernobyl, les retombées radioactives répandues sur une vaste zone demeurent dans les zones de forêt et de montagne pendant de nombreuses années, et leur niveau ne diminue pas naturellement avant de longues décennies. Les feux de forêt, les inondations et d'autres facteurs peuvent étendre encore la contamination.

            L'eau de pluie lessive les substances radioactives et provoque des zones de concentration élevées ("hotspots", "points chauds") dans des lieux tels que les lacs. Des dépôts hautement contaminés tendent également à se former au fond de la mer. Le gouvernement devrait s'occuper rapidement de ces problèmes, avec une perspective à long terme pour corriger la situation.

            Le gouvernement dépense des montants considérables d'argent et d'énergie dans des programmes de décontamination, mais des problèmes fondamentaux sont apparus dans la mise en œuvre. De nombreuses régions se sont révélées incapables de sécuriser des sites de stockage temporaires pour les débris contaminés, et ce problème a été exacerbé par l'action unilatérale du gouvernement qui a voulu faire avancer la décontamination sans avoir au préalable obtenu l'assentiment des habitants. Il a été prouvé que plus la communication est bonne entre les exécutifs municipaux et la population, plus la communauté réussit à sécuriser les stockages de débris temporaires.

            La commission reconnaît que les habitants ont également des projets de décontamination différents selon la région, et il faut prendre en considération leurs demandes. Certains veulent demeurer dans leur région d'origine et soutiennent activement la décontamination ; d'autres veulent partir et demandent des compensations pour être aidés dans leur déménagement. De nombreux habitants ont le choix et, dans ce cas, le gouvernement doit les aider à prendre des décisions informées.

            Il est temps de commencer à étudier la rentabilité de la décontamination et de son effet sur l'environnement, ainsi que les méthodes utilisées dans le processus de décontamination. Sans une analyse en profondeur, les inquiétudes majeures des habitants resteront sans réponse : peuvent-ils retourner chez eux ? Si oui, quand ? S'ils retournent, pourront-ils subvenir eux-mêmes à leurs besoins ?

            La décontamination ne devrait pas être traitée comme une décision unilatérale, mais doit être classée selon son efficacité. Il faut garder en mémoire que la clé des questions posées par les habitants n'est pas la décontamination, mais le fait de savoir s'ils pourront reprendre leur vie antérieure. Le gouvernement doit continuer le processus de décontamination tout en révisant les plans pour intégrer l'expérience acquise.

 

 

 

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Photo d’entête : Le Nouvel Observateur - Les enfants de la ville de Kawamata, dans la préfecture de Fukushima au Japon, tiennent des dosimètres (21 juin 2011)

 

 

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 00:02

meeting4Cette page fait suite à l’article "Rapport de la commission indépendante sur la catastrophe nucléaire de Fukushima : la vérité dévoilée". Après notre appel pour traduire l’intégralité du rapport japonais en français, des volontaires ont pris le relai de Jean-Marc Royer. Merci à eux !

Voici la traduction de la troisième partie du résumé des conclusions, correspondant aux pages 32 à 36 du rapport de 88 pages édité en anglais. Où l’on apprend, entre autres, avec stupeur qu’au Japon, pays des séismes et des typhons, « l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée » et avec écœurement que « M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité ». Oui M. Edano, effectivement, il faudra attendre quelques années pour voir clairement les effets sanitaires… 

 

 

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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

 

 

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3. La réponse d'urgence à l'accident

 

 

 

(traduction : Guy Fargette)

 

 

La Commission a enquêté sur la manière dont TEPCO, les agences de régulation, le gouvernement et le Kantei (Cabinet du Premier Ministre) ont répondu à l'accident —  y compris les premiers stades de la réponse, le développement de l'accident, le système de réponse d'urgence et le système de gestion de crise.

 

 

La réponse de TEPCO à l'accident.

 

            Au moment de l'accident, ni le Directeur exécutif ni le Président de TEPCO n'étaient présents ni joignables, situation inconcevable pour un opérateur de centrales nucléaires. Les deux hommes avaient également une compréhension différente de la structure de la Réponse d'Urgence, un fait qui a très probablement contribué au retard dans la réponse de TEPCO à l'accident.

 

Former TEPCO president

 

L’ancien président de Tepco,

Masataka Shimizu,

à la 18ème réunion de la Commission

 

 

 

            Le manuel de TEPCO pour la réponse à un accident grave était complètement inefficace, et les mesures qu'il recommandait ne convenaient pas. Ce manuel présupposait que les mesures des paramètres de fonctionnement du réacteur seraient lisibles, mais il n'avait pas envisagé un blackout prolongé de l'installation comme ce qui s'est produit à Fukushima et qui a empêché tout suivi de ces paramètres.

            La chaîne de commandement a été perturbée durant la période d'urgence. Dans une situation d'accident, la direction de la centrale était supposée communiquer avec la NISA (Agence de Sûreté industrielle et nucléaire) à partir du site déporté ERC (Centre de Réponse d'Urgence), mais cela n'a pas été possible par suite du dysfonctionnement de ce site déporté, qui se trouvait dépourvu de courant électrique à la suite des dégâts du tremblement de terre. La situation effective du dégazage dans l'unité 1 n'a pas été communiquée à la NISA, ni au bureau du Premier Ministre, ce qui a favorisé une atmosphère de méfiance entre la direction TEPCO du site, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. La décision du Premier ministre qui en a résulté, d'aller sur le site et de donner des instructions, n'a pas seulement pris du temps aux opérateurs du site, mais a perturbé la chaîne de commandement prévue entre la compagnie nucléaire, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. Si la direction de TEPCO avait communiqué activement la situation du site dès le début, et expliqué la gravité de la situation aux autres parties, il est possible que la méfiance — et la confusion qui a suivi dans la chaîne de commandement — auraient pu être évitées.

            La direction de TEPCO n'a pas non plus produit de support technique suffisant. Alors que la situation de l'Unité 2 continuait de se détériorer, Masao Yoshida, le directeur général de la centrale de Fukushima, a demandé un avis technique au PDG et VP Sakae Muto, mais celui-ci en transit depuis le site déporté n'a pu répondre. La direction de TEPCO n'a pas non plus réussi à protéger Yoshida des questions directes du Kantei, et a approuvé les instructions du Directeur Madarame de la NSC, bien que celui-ci ait été hostile aux décisions prises sur le site, la première ligne de la réponse à l'accident.

            Enfin, l'état d'esprit de l'encadrement de TEPCO d'"obéissance à l'autorité" a entravé leur capacité de réaction. La confusion produite par le commentaire à propos de "l'évacuation", par le Président Shimizu, et l'intervention du Kantei résulte de cet état d'esprit. Au lieu de prendre des décisions déterminées et de les communiquer clairement au gouvernement, TEPCO a suggéré ce qu'elle croyait que le gouvernement souhaitait entendre et n'a pas réussi à s'en tenir à la réalité. Il est difficile de conclure que ce serait le Premier ministre qui aurait découragé l'idée d'une évacuation complète, comme il a été rapporté ailleurs, pour diverses raisons :

1/ la direction du site n'a jamais envisagé un retrait complet de ses employés ;

2/ il n'y a pas de trace qu'une décision en faveur d'un retrait complet ait été prise à la direction de TEPCO,

3/ le projet d'évacuation, préparé avant la visite de Shimizu au Kantei, prévoyait de maintenir des membres de la Réponse d'Urgence à la centrale ;

4/ le Directeur-général de la NISA, que M. Shimizu a contacté, a assuré qu'il n'avait pas été consulté pour une évacuation totale ;

5/ l'équipe du site déporté, jointe par un système de vidéo-conférence, a certifié qu'il n'y avait pas de discussion sur l'hypothèse d'une évacuation complète.

Il est clair qu'il y a eu une incompréhension de la part du Kantei, mais la raison fondamentale tient à l'état d'esprit des dirigeants de TEPCO, fait de déférence et de dépendance vis-à-vis de l'autorité gouvernementale, et à l'abdication de leurs propres responsabilités, malgré la nature privée de l'entité.

 

 

Les organisations de réponse d'urgence du gouvernement

 

Au moment de l'accident, le système de réponse gouvernemental à un accident n'était pas en état de fonctionner comme prévu. Les systèmes qu'il avait été prévu d'utiliser en cas de catastrophe — tels que les infrastructures de communication et de transport — ont été mises hors d'état par les conséquences du tsunami et du tremblement de terre. L'échec du Système gouvernemental de Réponse à l'Accident dans les premiers temps a été l'un des facteurs qui ont poussé le Kantei à augmenter son implication dans la réponse à l'accident.

Le système de réponse à l'accident gouvernemental était constitué principalement :

*du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre,

*du Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire de la NISA

*et de l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire.

Dans l'ensemble, aucune de ces organisations n'a fonctionné comme prévu.

 

Naoto Kan

 

 

 

L’ancien premier ministre,

 

Naoto Kan,

 

à la 16ème réunion de la Commission

 

 

 

            Le Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre, et son Secrétariat étaient censés diriger la coordination globale des mesures de Réponse d'Urgence, telles que les mesures destinées à protéger les habitants à proximité, mais ils ont été incapables de mener cette tâche à bien.

            Bien que l'intervention du Kantei ait contribué à aggraver la catastrophe, l'échec du Secrétariat du Centre pour l'Urgence nucléaire à collecter et à partager les informations sur l'évolution de l'accident et de la réponse (qui lui étaient apportée) a constitué un facteur significatif. De plus, l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire n'a pas pris l'initiative dans la réponse locale à l'accident, comme une émission d'ordre d'évacuation. La cause en a été la coïncidence du tremblement de terre, du tsunami et de l'accident nucléaire, et l'absence d'une stratégie préétablie à un accident grave prolongé.

            Le Centre de Gestion de Crise, situé dans le bâtiment du Kantei, était déjà saturé par la gestion des conséquences du tremblement de terre et du tsunami, et se trouvait dans l'incapacité de répondre à l'accident nucléaire. La Commission de Sûreté nucléaire a rencontré de nombreux problèmes et s'est montrée incapable de fournir des conseils fondés sur l'expertise de sa propre organisation. Le Ministère de l'Education n'a pas non plus réussi à utiliser les systèmes qu'il avait préparés.

            En un moment où les événements se précipitent, il est absolument vital que chaque flux d'information soit partagé en temps réel. Bien qu'il y ait eu un système de téléconférence reliant le Kantei à chacune des organisations concernées, il n'y a pas d'attestation que le système ait été utilisé, tout particulièrement pour partager des informations entre le Kantei et ces organisations. TEPCO a transporté son propre système de téléconférence au site déporté et l'a utilisé pour mettre en relation le Siège avec la centrale de Fukushima. Si TEPCO avait connecté son système au réseau de téléconférence du gouvernement, il aurait été en mesure de partager l'information en temps réel dès les premiers stades, mais cela n'a pas eu lieu.

 

 

La réponse d'urgence du Kantei

 

Alors que la situation se détériorait et que les systèmes de réponse à l'accident prévus par le gouvernement ne parvenaient pas à fonctionner, le Kantei a pris le contrôle de la réponse d'urgence, avec le Premier ministre Naoto Kan au centre d'un groupe ad hoc d'hommes politiques, de conseillers et le responsable (chairman) de la NISA. Ce groupe étaient composé de gens qui n'étaient pas des experts et qui n'avaient pas de compréhension adéquate de la situation sur le site.

            Le Kantei a rencontré des problèmes dès le début. Après avoir s'être vu notifié par TEPCO que la situation correspondait aux conditions de l'Article 15 de l'Acte sur les Mesures Spéciales concernant la Préparation à l'Urgence nucléaire, il lui a fallu deux heures pour publier la Déclaration de Situation d'Urgence nucléaire, étape nécessaire pour lancer la Réponse d'Urgence. En fait, le Premier ministre Naoto Kan n'était pas pleinement conscient que la publication de la "Déclaration d'une Situation d'Urgence" était le premier pas indispensable pour l'intervention face à l'accident, et son entourage n'a pas réussi à le conseiller de façon adéquate.

            Le groupe du Kantei a compris que le Centre de Gestion de Crise, en charge de la réponse initiale, était saturé par le traitement des conséquences du tremblement de terre et du tsunami. Les membres dirigeants de la NISA et de la NSC avaient rejoint le groupe pour apporter leurs conseils. Ils n'ont pu, cependant, répondre de manière adéquate aux questions, ce qui a produit un sentiment de méfiance, qui a atteint son maximum au moment de l'explosion de l'Unité 1. A partir de là, le bureau du Premier ministre, au cinquième étage du Kantei, est devenu la première ligne des efforts de réponse à l'accident.

            Bien que TEPCO et les autorités de régulation soient tombées d'accord sur la manière d'agir sur le dégazage et sur l'injection d'eau de mer, le Kantei est resté dans l'ignorance de ce fait, et est intervenu, aggravant encore le désordre et la confusion. Au matin du 15 mars, pris d'un sentiment d'urgence face au manque d'information, le Premier ministre Naoto Kan a décidé d'aller lui-même visiter le site. En réponse à l'offre de TEPCO d'évacuer face à la situation de plus en plus critique dans l'unité 2, le Premier ministre Naoto Kan a convoqué le Président Shimizu à son bureau, et il a rejeté l'évacuation. Peu après, le gouvernement a décidé d'établir une structure conjointe entre le gouvernement et la direction de TEPCO, au Siège de TEPCO.

            Tout au long du déroulement de cet accident, le bureau du Premier ministre a également été central dans les décisions concernant les zones d'évacuation. Les plans d'urgence attribuaient  au centre de décision sur site la responsabilité d'élaborer des propositions d'évacuation, avec un transfert de compétence au Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, au cas où le Centre de décision sur site ne serait pas en mesure de le faire. Telle était précisément la situation, mais lorsque la réponse du Secrétariat  du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire a été différée, le Kantei est intervenu et a ordonné les évacuations. Cela a provoqué les problèmes suivants :

1/ alors que les décisions étaient prises sur une base ad hoc, il y avait une coopération insuffisante entre les agences de gouvernement

2/ le détail des opérations d'évacuation était lacunaire

3/ le public manquait d'explications appropriées

Cela a conduit a aggraver le désordre et la confusion sur le terrain.

 

organigramme fr jpeg

Diagramme du protocole des communications d'urgence

 

 

Evaluation de la réponse d'urgence du gouvernement et du Kantei

 

Nous avons le plus grand respect pour les efforts du gouvernement et des autres parties concernées, au vu des conditions extrêmes où ils se sont trouvés — faire face à l'accident, au tremblement de terre, au tsunami, simultanément et dans des conditions de pression considérable. Ils ont eu très peu de temps pour définir une approche mesurée, et ils ont dû agir sur de longues périodes sans manger ni dormir.

            Mais il y a deux points qui doivent être précisés. D'abord, le groupe du Kantei ne saisissait pas le rôle effectif que le Kantei aurait dû assumer dans la crise. On a accordé beaucoup d'attention aux déficiences de communication entre le Kantei et TEPCO, notamment sur la question de savoir si l'évacuation de la centrale que TEPCO prévoyait devait concerner tous les employés ou une partie d'entre eux. Cependant, l'état des réacteurs était si grave que TEPCO se devait de demander une évacuation. Dans cette situation, le Kantei aurait dû confirmer la possibilité que tous les travailleurs soient évacués, afin de prévoir l'évacuation des habitants et prendre d'autres mesures pour protéger ceux-ci.

            Il est clair que le Kantei n'aurait pas dû intervenir sur des questions que TEPCO était en mesure de traiter, comme la condition du dégazage et l'injection d'eau de mer, et aurait dû confirmer le sens des commentaires du Président Shimizu à propos de l'évacuation. Son intervention amenant à établir un centre de décision gouvernement-TEPCO à TEPCO est également incompréhensible.

            Un second point concerne le fait que l'intervention directe du Kantei, dont la visite du Premier ministre Naoto Kan à la centrale Daiichi de Fukushima, a perturbé la chaîne de commandement et provoqué de la confusion dans une situation déjà terrible sur le site. A partir de cette visite, un nouveau canal de communication a été mis en place, entre le Kantei, Fukushima Daiichi et la direction de TEPCO. Ce nouveau canal allait à l'encontre du flux d'information officiel entre Fukushima-Daiichi vers le siège de TEPCO, puis vers la NISA et le Kantei (le Centre de la Réponse d'Urgence nucléaire du Premier ministre). La nouvelle orientation obligeait TEPCO à communiquer ses informations non seulement à la NISA mais aussi au Kantei, contribuant à perturber la réponse de TEPCO et causant du désordre dans la centrale.

            A tout moment, la priorité du gouvernement doit être son souci pour la santé et le bien-être publics. Mais parce que l'attention du Kantei était concentrée sur les problèmes en cours à la centrale — ce qui aurait dû être de la responsabilité de l'opérateur — le gouvernement a manqué à sa responsabilité envers le public. L'intervention permanente du Kantei dans la centrale a également mis en place les conditions permettant à TEPCO d'abdiquer de fait sa responsabilité envers la situation dans la centrale.

D'après le Manuel d'Urgence nucléaire, la NISA et les autres institutions bureaucratiques ont la responsabilité de recueillir et d'organiser l'information pour la mettre à disposition du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, afin qu'elle serve à la prise de décision. Cependant, avec le nouveau canal de communication mis en place entre le Kantei et TEPCO, la perception qu'avaient les institutions bureaucratiques de leur responsabilité a décru et leur approche est devenue passive. Le sectionnement vertical des divers ministères impliqués a également empêché un partage efficace d'information. Afin de garantir la sécurité publique, il est nécessaire que de telles agences réagissent non seulement de façon flexible en temps de crise, mais élèvent leur capacité de gestion de crise à travers un entraînement régulier.

 

 

La réponse à l'accident de la Préfecture de Fukushima

 

Le Système de Réponse d'Urgence de la Préfecture de Fukushima était également fondé sur l'hypothèse qu'une catastrophe nucléaire ne surviendrait pas en même temps qu'un tremblement de terre et un tsunami. Il a été totalement pris au dépourvu.

            La structure de réponse à une catastrophe de la Préfecture de Fukushima était exposée dans le Plan régional de Prévention de Catastrophe de la Préfecture de Fukushima, mais l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée. Etant donné l'effondrement des communications avec le gouvernement central dans le moment qui a suivi l'accident, l'Exécutif de la Préfecture et le gouvernement central ont ignoré les actions l'un de l'autre. Ressentant l'urgence de la situation, l'Exécutif de la Préfecture a ordonné unilatéralement que les habitants soient évacués dans un rayon de 2 km autour de la centrale, en se fondant sur des exercices antérieurs de prévention et d'urgence. Cela a été suivi 30 minutes plus tard par le gouvernement central qui a ordonné l'évacuation des habitants dans un rayon de 3 km.  Mais le tremblement de terre et le tsunami ayant gravement endommagé les réseaux de communication, il était difficile de transmettre la directive aux municipalités et au public.

            La Préfecture de Fukushima a également été incapable de gérer la surveillance d'urgence. Seul l'un des 24 postes de surveillance était encore en état de fonctionner ; les autres avaient été soit emportés par la mer, soit coupés du réseau. Les postes mobiles de surveillance sont restés inutilisables jusqu'au 15 mars, à cause des problèmes du réseau de téléphone mobile. Il y avait bien un véhicule équipé d'équipement de surveillance, mais il s'est trouvé hors d'usage, par manque de carburant.

 

 

La diffusion de l'information par le gouvernement central

 

La précision détaillée a constitué une priorité, aux dépens d'une diffusion rapide de l'information envers ceux qui en avaient besoin pour prendre des décisions en connaissance de cause. M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité. Dans ses déclarations, cependant,  la nécessité et l'urgence d'une évacuation n'a jamais été expliquée de façon adéquate du point de vue des habitants, et le gouvernement n'a jamais fourni de preuve pour appuyer ses déclarations. Cela a provoqué une angoisse importante dans le public. Enfin, le plus grave est que le gouvernement a choisi de diffuser des informations dans une perspective purement subjective, plutôt que de répondre aux besoins du public.

 

 

 

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Photo d’entête : Naoto Kan lors de la quatrième réunion du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire au Kantei  (source)

 

 

 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 01:55

tepcamAvec le temps, puisqu’on n’en parle presque plus, on pourrait penser que la crise nucléaire est terminée. Oui, la crise spectaculaire, avec ses explosions, ses émanations gigantesques, ses déplacements de population, est terminée. Mais la crise nucléaire est maintenant permanente au Japon. Pour les évacués qui ne peuvent pas rentrer chez eux, pour les évacués à qui les autorités demandent de rentrer chez eux alors que c’est encore contaminé, pour les familles séparées, pour les enfants qui ne peuvent plus jouer dehors parce qu’ils savent que c’est dangereux, pour les personnes dont on a repéré des nodules dans la thyroïde, pour les parents qui doivent surveiller quotidiennement la nourriture de leur famille, pour les milliers d’ouvriers qui travaillent dans l’ex-centrale de Fukushima Daiichi, pour les personnes recrutées pour décontaminer les zones interdites, pour les personnes contaminées, pour ces centaines de milliers de Japonais qui manifestent régulièrement pour sortir du nucléaire,  la crise n’est pas terminée.

Difficile de faire une synthèse. Car cette catastrophe n’aura sans doute pas de fin. Voici plutôt quelques aspects actuels de cette crise nucléaire permanente, abordée par thèmes.

 

 

Nouvelles sur l’ex-centrale de Fukushima Daiichi

 

unité1Unité 1

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Depuis qu’il avait été mis sous tente par Tepco, le réacteur 1 ne faisait plus trop parler de lui. Mais le 22 mai 2012, on apprenait qu’il ne restait plus que 40 centimètres d’eau au fond de la cuve du réacteur et qu’une fuite existait probablement au niveau de la canalisation reliant la cuve du réacteur à la piscine torique. Le 26 juin 2012, une analyse endoscopique a été réalisée : la radioactivité de l’eau située dans les soubassements prouve une rupture de confinement.

 

unité2Unité 2

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Un nouveau thermomètre semble défectueux : le thermocouple "TE-2-3-69N1" montrait une température anormalement élevée de 144°C le 22 juillet 2012. Petit à petit, les ex-réacteurs (officiellement, ce ne sont plus des réacteurs depuis le 19 avril 2012) se dégradent, l’eau salée, les coriums et la forte radioactivité accélérant la corrosion des matériaux.

Selon Arnie Gundersen, du combustible se serait échappé de l’enceinte de confinement, d’après l’observation du 28 juin 2012 au fond de la chambre de suppression n° 1.

 

robotUnité 3

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Le 11 juillet 2012, un robot n’est pas revenu de l’une de ses explorations dans le réacteur n°3. Même les robots conçus pour résister à la radioactivité ont des problèmes. Et encore, ce sont de tout petits robots.

 

Unité 4

Le 11 juillet 2012, Tepco a fini de démanteler le sommet du bâtiment réacteur 4.

Les 18 et 19 juillet 2012, deux assemblages neufs ont été retirés de la piscine 4, ce qui porte à 1533 le nombre d’assemblages restant à retirer : 1331 de combustible usé et 202 de combustible neuf. Le début de ce transfert phénoménal ne se fera pas avant décembre 2013. D’où l’inquiétude légitime qui motive cette pétition.

 

Fuites et pannes

Il y a toujours des fuites à Fukushima Daiichi, mais on en parle moins car elles sont régulières, ce n’est plus spectaculaire. Le 26 juillet 2012, les sous-sols du bâtiment turbines de l’unité 6 étaient encore inondés, il a fallu pomper et transvaser durant 6 heures. D’où vient cette eau ? Mystère. Est-elle radioactive ? On peut le supposer car l’eau récupérée a été stockée dans un réservoir.

 

Pollution

chaudAir : 16 mois après le terrible mois de mars 2011, le site rejette toujours 10 millions de Bq/h de radio-césium. Où vont ces poussières mortelles ? La plupart vers l’océan pacifique, mais le vent peut les pousser aussi vers les terres. Autre moyen de transport rapide pour la dissémination planétaire : le jet stream.

 

decontamination4---Copie.jpgTerre : personne ne veut de la terre contaminée qu’on racle partout dans les territoires touchés par les retombées radioactives. On en fait quoi ? Si on était sûr qu’elle ne contenait que du césium, il « suffirait » de la mettre de côté durant 300 ans.

 

Eau : 228 000 tonnes d’eau contaminée sont actuellement stockées sur le site. Tepco aimerait s’en débarrasser en la rejetant à la mer, mais pour l’instant l’opérateur n’a pas d’autorisation. L’objectif de réutiliser l’eau en circuit fermé ne marche pas car la nappe phréatique remplit les sous-sols. On en fait quoi ? Il y aura un moment donné où, matériellement, il ne sera plus possible de la stocker.

 

On trouve aussi de l’eau contaminée très loin de Fukushima, à 25 km du centre de Tokyo. Si aujourd’hui les nappes phréatiques sont polluées, c’est à cause de la migration progressive des radionucléides dans le sous-sol, partout où il y a eu des retombées.

 

Le MEXT a mis en ligne des résultats de mesures très fines sur l'eau du robinet : du césium 134 et 137 est détecté à des concentrations très faibles dans 11 provinces.

 

Irradiation

plombOn vient de découvrir qu’une société filiale de Tepco demandait à ses employés d’insérer leur dosimètre dans un boîtier en plomb. Ce qui évidemment fait baisser la dose enregistrée et permet aux ouvriers de travailler plus longtemps sur le site contaminé. Par la même occasion, leur espérance de vie va sans doute diminuer, mais les entreprises de l’industrie nucléaire se moquent bien de ce genre de détail, on l’avait déjà remarqué depuis longtemps.

 

 

Nationalisation 

Au terme d’un long processus, Tepco est désormais nationalisée, le pourcentage d’actions de l’Etat ayant dépassé 50% mardi 31 juillet 2012. Par un tour de passe-passe, l’opérateur ruiné à cause de la catastrophe nucléaire éponge ses dettes grâce au contribuable japonais. L’entreprise a subi une perte nette de 3 milliards d'euros entre le 1er avril et le 30 juin 2012, causée pour plus de moitié par le versement d'indemnisations pour les victimes.

 

Santé

L’institut japonais des maladies infectieuses montre des résultats toujours inquiétants pour certaines affections. L’année 2011, suite aux explosions de la centrale nucléaire, avait montré une augmentation des cas de pneumonie à mycoplasme. L’année 2012 est encore pire, comme le montre ce graphique. Les poussières radioactives invisibles sont disséminées partout dans le pays. La maladie avance sournoisement.

 

graphique

 

Le bilan des doses reçues par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi pour les mois d'avril à juin 2012 est en ligne sur le site de Tepco. Selon l’analyse de l’ACRO, ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes, avec un maximum de 23,53 mSv en un mois.

 

Pêche

Le Japon, soucieux d’oublier la catastrophe nucléaire, a décidé de réintroduire  sur les étals des produits de la mer en provenance des eaux de Fukushima. Pourtant, d'autres pays comme la Corée du Sud renforcent plus que jamais leurs régulations à l'importation dans un souci de limiter la diffusion de la contamination marine. Et ils ont bien raison car après un recul au printemps, elle augmente au large d'Hokkaido : le plus haut relevé a été de 70 Bq/Kg (Cs-134 : 31 Bq/Kg, Cs-137 : 39 Bq/Kg) sur un échantillon pris le 1eraoût 2012 (source MEXT).

 

Démographie

Selon Fukushima Diary, la chute de la population japonaise (Décès - Naissances) entre janvier et mai 2012 est 4 fois plus forte que sur la même période de 2007. Si l'on compare avec 2006, c'est 5 fois plus fort.
Ces données sont basées sur le tableau de bord du
service de la statistique démographique du ministère de la Santé, du Travail et de l'Aide Sociale du Japon. Le rapport de juin 2012 n'est pas encore paru.

tableau

Justice

Pour les anti-nucléaires, un “acte criminel” qualifiant le drame de Fukushima aurait été commis par l’entreprise électrique Tepco et par le gouvernement. Plusieurs procureurs viennent d’accepter de mener une enquête (après le dépôt de 1300 plaintes quand même !). S’ils arrivent à prouver que la catastrophe nucléaire de Fukushima a été la conséquence de négligences, des poursuites pourraient être lancées contre les responsables. On pourrait leur suggérer de s’appuyer sur les résultats de la commission d’enquête indépendante dont le rapport a été publié récemment.

 

Presse

Depuis la catastrophe de Fukushima, la mainmise du lobby nucléaire sur les médias connaît quelques failles. En effet, 3 quotidiens ont décidé de résister : le Mainichi Shinbun, le Tokyo Shinbun, et le Shinbun Akahata. A Tokyo, avec la Révolution des Hortensias en cours, l’enjeu est important. Les manifestations antinucléaires apparaissent en une du journal Tokyo Shinbun qui ne prend plus de gant pour soutenir la sortie du nucléaire.

 

Redémarrage des centrales nucléaires du Japon

Le gouvernement a décidé de relancer au forceps deux réacteurs à la centrale nucléaire d’Ohi (préfecture de Fukui, dans l'ouest du pays). Selon Courrier International, le Tokyo Shimbun, quotidien désormais antinucléaire, dénonce une décision politique, sans garanties quant à la sûreté, comme s'il ne s'était rien passé à Fukushima.

Kansaï Electric a déjà planifié le redémarrage des unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama, située à environ 250 km à l’ouest de Tokyo. Comme pour l’unité 3 de Fukushima Daiichi, le réacteur 3 de Takahama utilise du MOX.

 

Mobilisation

francetvA chaque rendez-vous, le nombre de participants à la Révolution pacifiste des Hortensias progresse. La grande manifestation du 29 juillet 2012 a conduit la foule à encercler complètement le parlement. Il y a une semaine, un ancien Premier ministre, Yukio Hatoyama, s'était joint à la manifestation hebdomadaire devant la résidence du premier ministre actuel Noda. Tout semble s’accélérer. Alors qu’au départ les manifestations ne se tenaient qu’à Tokyo, une trentaine de villes emboîtent le pas en organisant une manifestation chaque vendredi : Sapporo, Morioka, Mizusawa, Sendai, Koriyama, Mito, Sodegaura, Sakuragicho, Niigata, Kofu, Nagano, Toyama, Kanazawa, Nagoya, Gifu, Ogaki, Fukui, Otsu, Kyoto, Osaka, Kobe, Himeji, Okayama, Maigo, Hiroshima....

Il est prévu que le groupe des organisateurs des manifestations de Tokyo (dont 13 organisations citoyennes) rencontre le premier ministre Noda. La nomination de Tanaka Shunichi pour la nouvelle instance de sécurité nucléaire sera sans doute sur la table des négociations, mais rien n’est encore joué.

 

Nouvelle instance de sécurité nucléaire

Le gouvernement projette d’établir en septembre une nouvelle organisation qui s’appelle New Nuclear Regulatory Commission. Elle prendra toutes les décisions qui concernent la politique nucléaire : redémarrages de centrales, évacuations des habitants, seuils de radioactivité, etc. Mais Shunichi TANAKA, en tant que Shunichi-TANAKA.jpgprésident de cette commission, est un problème majeur pour le mouvement antinucléaire, car cet homme, actuellement chargé de la décontamination à Fukushima, a travaillé longtemps pour « le village nucléaire ». Il est connu pour ses positions peu glorieuses pour la population : c’est lui qui affirme que 1 µSv/h est tout à fait acceptable (=8,7 mSv/an !), et il s’est opposé à l’évacuation d’habitants de certaines régions de Fukushima.

Les autres candidats-membres à cette commission sont aussi presque tous pro-nucléaires : par exemple, Kayoko NAKAMURA travaille pour Japan Isotope Associsation ou Toyoshi FUKETA pour Japan Atomic Energy Agency.

Si Tanaka devient chef de cette commission, ce sera une nouvelle catastrophe pour le Japon. C’est pourquoi les parlementaires sont très sollicités (pétitions…) pour voter contre ces candidatures. A suivre fin de semaine prochaine.

 

Futur

On aurait pu penser qu’après la catastrophe nucléaire la pire au monde (3 meltdowns), l’agence de sécurité nucléaire japonaise devienne plus sage et corrige le tir. Eh bien non, la nouvelle agence vient de décréter que l’unité 1 de la centrale de Genkaï, située dans l’extrême Sud du Japon, serait bonne pour le service durant 58 ans ! Tepco envisage même de redémarrer un jour les unités 5 et 6 de Fukushima Daiichi, ainsi que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daini. Alors que la colère gronde dans la population japonaise, c’est une nouvelle provocation à la demande d’arrêt de production électrique atomique.

 

Les autorités nippones n’ont manifestement pas compris l’enjeu vital et sacrifient l’avenir du pays en l’embarquant à nouveau dans cette énergie catastrophique.  Pourtant il y a urgence à régler d’abord la crise de Fukushima Daiichi, en particulier en mettant à l’abri les 1533 assemblages de combustible de la piscine de l’unité 4 qui menaceront l’avenir du monde durant encore au moins un an et demi !

 

imagepetitionContinuez à signer et à faire signer la pétition demandant une prise en charge internationale de la catastrophe de Fukushima !

 

 

 

_________________________

 

Pour continuer à suivre l’actualité au jour le jour, consulter

 

en français :

la page de l’ACRO, La catastrophe de Fukushima au jour le jour

le site Gen4

Les Veilleurs de Fukushima

Fukushima Diary en français

le scoopit Fukushima Information

Pectine actualités

 

en anglais :

les journaux japonais en anglais avec Fukushima is still news

les blogs japonais traduits en anglais avec Dissensus Japan

Fukushima Diary

The Watchmen of Fukushima

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 23:52

reacteur4福島原発事故を「消化する」のに15カ月以上かかりました。余分な15カ月でした。なぜなら、ここで4機が爆発した2011311日の週以来、状況はひどく深刻です。起こったことについて、分析、理解、解明のための15カ月。このショック、この想像しがたい衝撃が過ぎたところで、私たちは心の動揺を治めて、忘れたいという誘惑に抵抗しなければなりません。なぜなら危険はまだ去っておらず、時間が過ぎるにつれて、ますます切迫してきているのです。

 

 

 

(English version)                 (Version française)

 

いつも日本の人々が、私たちにこのことを思い出させてくれます。大飯原発が活断層に近いところに位置していながら、その再稼働を選択した政府に対して、彼らはめげずにいます。最悪の事態回避を試みるために、国連事務総長へ直接働きかけるという強い手段に訴えて結集しています。福島第一原発4号機の燃料プールに保管されている264トンの核燃料の冷却が制御不能になるかもしれないのです。発生するかもしれない事故は無害とはほど遠いのです。なぜならそれは日本の大半の住民避難を意味するだけでなく、世界全体が取り返しのつかない形で数千年にわたって汚染してしまうことを意味しているのです。

 

このことは15カ月前から知られていることなのですが、この重大問題の解決が緊急であるという自覚は、善意の意志を越えることはありませんでした。今日、進行中の大災害への驚愕と苦しみのあと、次第に多くの人々がまだ行動することが可能なのだとようやく理解しはじめており、見識ある声が世界中で上がってきています。遅きに失する前に、まだ何かをする時にきているのです!

 

読者のみなさん、その声をもう一度聞いてください。あるいはすでに行動に移るのがいかに緊急事であるかを確信していらっしゃるなら、どうぞ直ちに国連事務総長宛の嘆願書のテキストに進んでください!

 

 

 

 

地震のリスク

 

 

Katsuhiko Ishibashi石橋克彦(神戸大学都市安全研究センター教授、地震学者)

 

石橋克彦氏は、2011年3月11日の大地震によって、今後、他の〈破壊的な〉地震が起きる確率が高くなった、と表明した。(リンク 

 

 

 

四号機建屋の耐久性

 

 

 Masashi-Goto藤正志(元・東芝、原子炉設計技術者、原発耐震設計エキスパート) 

 

「壁が存在するとしても、耐久性を調べる簡単な方法はありません。高温の火災によって建屋の堅牢さにどのような影響が出たのでしょうか。構造計算をするにあたって、データをすべて持っていることが基本です。しかし〈東京電力の技術者たち〉は資料を決して発表しません。ですから、外部の人間は彼らの出した結論の正当性を確認できないのです」

リンク

 

 

 arnie-gundersenアーニー・ガンダーセン(アメリカの原発エキスパート)

 

「4号機建屋の損傷があまりにもひどいので、もしM7.5ほどの地震が起きたら、4号機はそれに耐えられないだろうと思います」

リンク) 

 

 

 Jean-Louis Basdevantジャン=ルイ・バァドゥヴァン (物理学者、仏国立科学研究センター研究部長、高エネルギー物理学及び核天体物理学専門家)

 

「今日2012年6月25日現在、〈4号機建屋〉は深刻な懸念の種になっています。そこにある、30mの高さに位置しているプールはどうにか持ちこたえていますが、このプールには放射性燃料棒がたくさん入っているのです」(リンク

 

 

 

 

4号機のプールが制御不能になることで放出される放射能

 

 

 olivier isnardオリヴィエ・イナール(フランス放射線防護・原子力安全研究所IRSNの核安全エキスパート)

 

「このプール内にある燃料が大気中に出たら、1kmにわたり、1時間あたり数百グレイの放射性物質が放出されると予想されます。人間は誰もそこに近づけなくなるでしょう」(リンク

 

 

 Hiroaki Koide小出裕章 (京都大学原子炉実験所教授)

 

「別の強い地震によって、このプールが崩れるようなことがあれば、そこから放出される放射性物質は厖大でしょう。慎重に見積もって、広島に落とされた原子爆弾5000発に相当する放射性物質の量になります

リンク 

 

 

クリス・ハリス (米元・核技術者) 

 

4号機建屋の場合、再臨界が起きるでしょう。(…)止める術のまったくない、際限のない連鎖反応が起きるでしょう。(…)粒子とガスが無尽蔵に噴き出る泉がひとつ出現するようなものです」(リンク 

 

 

 Robert-Alvarez-copie-1ロバート・アルヴァレス(アメリカの核エキスパート、元・米政府連邦エネルギー庁顧問)

 

「4号機のプールは、床から約30m上のところに位置しています。プールの骨組みは傷んでおり、外気に触れています。もしも地震または別の出来事のせいで、プールの水が空になったりしたら、チェルノブイリの大事故で放出されたセシウム137の10倍近いセシウムが放出されることになり、破壊的な放射線火災が起きるでしょう」(リンク

 

 

 

プールの冷却水損失よる影響

 

 

ポール・ゲイリィ(オハイオ大学物理学教授)

 

「4号機の使用済み燃料プールに壊滅的な故障が起きたなら、別の原子炉にある他の使用済み燃料プールからの放射性物質の余計な放出を引き起こしてしまう可能性があります」

リンク

 

 

 Yukiteru-Nakaなかゆきてる(元・GE技術者、東北エンタープライズ社長)

 

「プールの水が空になったら、4号機建屋に誰も近づけなくなるでしょうし、1〜3号機建屋にも近づけなくなります(…)。私は、政府と東電が切迫した危機意識をもって事に備えることを願います」リンク

 

 

 Akio Matsumura松村昭雄(国連諸機関に30年間勤務してきた外交官)

 

「〈4号機プールが瓦解すれば〉世界の環境と私たちの文明が破壊されるでしょう(

…)人類の命運がかかっているのです」(リンク

 

 

 Mitsuhei Murata村田光平(元駐スイス/セネガル日本大使)

 

「4号機からたった50mのところに1〜6号機共通のプールがあり、そこには6375本の核燃料集合体が貯蔵されている。もし4号機のプールに火災が発生したら、共通プールも大変なことになります」(リンク

 

4号機核燃プールには日本と世界全体の運命がかかっていると言っても、大げさではありません」(リンク

 

 

 Ron Wydenロン・ワイデン(アメリカ上院議員–オレゴン)

 

「福島第一原発の原子炉の不安定な状態と、また地震が起きたときの放射性物質と使用済み燃料の膨大な量が抱えるリスクは、万人にとって深刻な問題であり、国際援助への最大の努力が集中されるべきです」

リンク

 

 

 

_________________________

 

 

 

 

最悪の事態を避けるためには、遅きに失する前に、 

 

予防原則を適用しなければならないのです! 

 

 国際連合(UN)に宛てられた署名にサインを! 

 

(イメージにクリック)

 

imagepetition

 

 

さらに、シェアをお願いします。誰もこの脅威を知らないでは済まされません! 

 

 

 

_________________________

 

 

 

国連パン・ギムン事務総長宛の署名テキスト 

 

 

 

なぜ重大なのでしょう

 

 

4号機建屋は2011年3月11日の大震災と3月15日の激しい爆発の後、構造が激しく崩壊し、安定性を失っている。

 

 

 

 

 

4号機の貯蔵プールは高さ30 m あり、建屋ごと倒壊するか、亀裂により水がなくなる恐れがある。

 

 

 

 

 

この燃料貯蔵プールにはチェルノブイリ原発事故で放出されたセシウム137 10 倍に及ぶ1533本の 燃料が含まれている。

 

 

 

 

 

燃料棒が水で冷却されなくなれば、温度上昇のために損壊し火災が起こる。その結果、放射能空気中に放出されることになる

 

 

 

 

 

4 号機の燃料貯蔵プールの冷 却システムには非常用装置がなく、故障が頻繁に起こっている

 

 

 

 

 

ウラニウムとプルトニウム燃料体に火災の起きた場合には、高度放射能の為、人間は現場に入る事ができなくなるだろう。

 

 

 

 

 

4 号機燃料貯蔵プール火災 が起きれば、チェルノブイリの90 倍の放射毒性に値する2500トンの原子力 燃料を抱える福島第一原発放置せざるを得ない

 

 

 

 

 

2011年3月に発生した巨大地震によって、地震発生する確率が高まり、既に半ば崩壊している4号建屋地震によって倒壊する可能性がある。

 

 

 

 

 

日本全土の避難という事態や、人類とその子孫の健康を危険に陥れるような国際的な核の大災害を回避するために、世界中の数多くの専門家達が迅速 な技術協力を表明している。

 

 

 

 

 

東京電力はプール倒壊の危険はないものと見なし、燃料棒を数年かけて安全な場所に移動させるつもりでいる。

 

 

 

 

 

東京電力と日本政府には、福島第一原 発4号燃料貯蔵プール内に保存されている核燃料の危機的な状態を管理する能力がない。

 

 

 

 

 

国際安全を保障する国際連合は、 人類に重くのしかかったこの長期にわたる危機的な状態に対処できる唯一の組織である。

 

 

 

 

 

私たち、世界の市民は

 

 

 

 

 

以上の理由から、私たち世界市民は、福島第一原発4号機の燃料貯蔵プール内の燃料体の運送管理と安全管理の為に、学際的で独立した国際チームの 早急な確立を国際連合に要求し、

 

 

 

 

 

燃料体を出来るだけ早く安全な場所に移動させるという目的を遂行するために、あらゆる手段を尽くし、いかなる障害もこ の行為を遅らせない事を求め、

 

 

 

 

非政府団体を含む、技術的、科学 的、経済的、政治的援助を国際連合が促進し、人類の歴史上かつて例を見ないこの世界的脅威に終止符を打つ事を願います。

 

 

 

___________________ 

 

Merci à Midori, Yu et Kazumi pour la traduction !

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Que faire ?
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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 00:54
Documents
 
Coupe de la piscine de désactivation de l’unité 4
coupesfp4
(source rapport AIEA)
 
Plan de la centrale de Fukushima Daiichi
plancentralefukushima1
 
Coupe de la centrale de Fukushima Daiichi inondée
coupeinondation
Ce shéma explicatif ne représente pas la réalité. Il semble y avoir des erreurs de distance et d'altimétrie (niveau de la mer trop bas).
 
 
Photos
 
Photos reportages d’Antonio Pagnotta édités par Mediapart
(Cliquer sur les liens sous les photos pour accéder aux reportages)
 
- Le dernier homme : pendant plus de neuf mois, le photojournaliste Antonio Pagnotta est régulièrement entré dans la zone interdite autour de la centrale de Fukushima au Japon. Il y a rencontré un homme qui a refusé d'évacuer les lieux.
 
FukuDernierHabitant6bis
 
- Le supermarché abandonné : où l’on s’aperçoit, dans un paysage digne d’un jeu vidéo, que la radioactivité protège de la moisissure : du pain frais pour l’éternité !
 
FukuSupermarche12
 
- La vie sans les hommes : dans un rayon de vingt kilomètres autour de la centrale, les populations ont été évacuées.
 
FukuSansHomme3
 
 
Art
 
Fukushima, œuvre d’Eve Pèlerins
FUKUSHIMA-ch-0-2 W     
 
 
Vidéos
 
- Les habitants de Minamisoma 15 mois après la fusion : des reportages de Ian Thomas Ash


 



 



 



 



 
 
 
- Vidéo aérienne du retrait d’une « barre » de combustible de la piscine 4 le 18 juillet 2012 (KyodoNews)

 
 
En savoir plus sur ce retrait de deux assemblages ici ou .
 
 
Cartes
 
- Le MEXT a reconnu la pollution du Japon au strontium. Le site simplyinfo en a réalisé une carte.
 
stroniummap1
 
 
 
- Durant les 100 derniers jours, le Japon a subi plus de 800 tremblements de terre. N’est-ce pas un pays merveilleux pour faire tourner des centrales nucléaires ?
 
japan east large
 
 
Albums
 
40 photos de la manif d’Ohi le 1er juillet 2012 prises par Fumiko Kawazoe.
 
282333 439328352754766 794314300 n-450x299
(Cliquer sur la photo pour accéder à l’album)
 
Une nouvelle série de photos de la centrale de Fukushima Daiichi vient d’être publiée par Cryptome. Ces clichés haute définition ont été pris de février à mai 2012, plus une photo d’avant la catastrophe.
 
crypome27
(Cliquer sur la photo pour accéder à l’album)
 
Accéder à la liste des 27 albums de Cryptome : ici 
 
 
Action
 
En commémoration du bombardement nucléaire de 1945 sur le Japon et de l’accident nucléaire de Fukushima, le groupe Facebook Hibakusha Fukushima Day  organise un évènement qui aura lieu le 6 et le 9 août 2012. A cette occasion, le groupe vous invite à plier des grues de papier et à les prendre en photo afin de les diffuser sur la toile, en guise de symbole de son opposition au nucléaire, refusant tout futur accident qui mettrait en péril la sécurité internationale.
 
iqNUUeyG9Hnvk8CyPrwSJjl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB Rd1H6kmuBW
Pour en savoir plus, cliquer sur l’image
 
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 00:09
 
panoramicLa grande manifestation antinucléaire du 29 juillet 2012 a été un succès. Entre 10 000 (selon la police) et 200 000 personnes (selon les organisateurs) se sont rassemblées pour encercler le parlement à Tokyo afin de réclamer l’arrêt définitif du nucléaire.
Les manifestants sont venus de tout le pays pour faire comprendre au gouvernement que leur volonté est inébranlable. Les forces de police présentes autour du parlement ont vite été débordées par la foule.
Le mouvement ne cesse de croître de semaine en semaine. Un bras de fer pacifiste est désormais engagé entre le peuple et le gouvernement Noda qui persiste à vouloir redémarrer les centrales nucléaires.
 
 
L’affiche qui annonçait l’évènement
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Photo panoramique de la manifestation :
Cliquer sur la photo pour accéder à la photo complète.
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Vue aérienne d’un reportage de la chaîne TBS News : alors 10 000 ou 200 000 ? Je vous laisse compter !
vueaerienne.jpg
Comme le rapportait un journaliste français présent, « C'est hallucinant d'affirmer ça [10 000], j'y étais, même un malvoyant en aurait compté cent mille ! »
 
 
Article de FranceTVinfo
« Au Japon, la rue viendra-t-elle à bout du nucléaire ? »
francetv
 
     
Reportage d'OurPlanet TV
 
Reportage d’Euronews
 
euronews
 
   
Reportage de Russia Today

 
 
Fait très rare au Japon : la police est débordée ! Même les voies réservées aux voitures sont occupées par les manifestants.

 
Album de 福島を救え! 大震災義援! ウシトラ旅団
 
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Reportage de la ZDF
 
zdf
 
 
Autres images
     
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francais
 
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313226 10151042808458895 1769813884 n 
 
 
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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 23:57

velo4-copie-1.jpgJe relaie volontiers cet appel à une action citoyenne de sensibilisation aux dangers de l’énergie nucléaire qui prendra la forme d’une caravane à vélo qui traversera la France d’ouest en est. Voici ci-dessous le communiqué des organisateurs, les indignés du nucléaire, ainsi que les différentes étapes prévues.

 

 

Vous avez des jours libres en aout ou septembre, ce qui se passe à Fukushima vous inquiète très sérieusement parce que, vous, vous êtes au courant de ce qui s’y déroule malgré le silence médiatique et politique, et au-delà de Fukushima dans l’ensemble du Japon, vous pensez qu’il est urgent d’en tirer les enseignements et en particulier pour la France.

Vous aimez le vélo, ou vous ne faites pas de vélo mais vous pouvez vous déplacer, alors n’hésitez pas, venez participer avec votre vélo, ou sans en étant présent au départ ou à une arrivée d’étape, à :

 

La caravane à vélo, de Plogoff à Fessenheim-Wyhl, des indignés du nucléaire de plus en plus inquiets.

Elle partira de Plogoff dans le Finistère le dimanche 5 aout dans l’après-midi après un pique-nique  musical festif, pour rejoindre Fessenheim-Wyhl le samedi 8 septembre, après avoir serpenté le long de la transversale est-ouest en passant d’un site nucléaire à l’autre. Une promenade à vélo qui se veut joyeuse, humoristique et colorée avançant à un rythme pépère, et chacun à son rythme : 40 km en moyenne par jour, soit 4 heures de flânerie vélocipédique quotidienne (en gros 2 heures le matin, 2 heures l’après-midi).

Pour une seule ou pour plusieurs étapes, à vélo ou non, l’important est de PAR-TI-CI-PER.

Ses buts:

1) réveiller le souvenir des résistances victorieuses à la déraison nucléaire (Plogoff, Erdeven, LePellerin-Le Carnet , Bourg d’Iré, Wyhl, en ce qui concerne le trajet de la caravane),

2) exiger une date très prochaine pour le débat sur l'énergie promis par le candidat Hollande et qu’il soit d’une durée suffisante afin que nous sachions enfin tirer les enseignements des catastrophes nucléaires, et en particulier celles de Mayak (1957), Winscale-Sellafield (1957), Saint-Laurent des Eaux (1969 et 1980), Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011), surtout de Fukushima ,

3) réclamer un dorlotement exceptionnel de tous les salariés des centrales nucléaires, y compris bien évidemment les intérimaires,  à tous les niveaux de hiérarchie afin de maintenir à leur niveau le plus bas les risques d’accident,

et 4) fixer la date de fermeture de la centrale de Fessenheim.

 

Afin de populariser cette caravane et la médiatiser, de lui donner le maximum de publicité, les participants seront si possible déguisés et il est fait appel aux chanteurs(ses) musicien(ne)s, conteur(ses), danseur(ses) et  artistes de rue pour animer les soirées d’étape, lesquelles accueilleront également des conférences, et à la tombée de la nuit la projection d’un film documentaire(*). Grâce à un feuilleton quotidien, écrit (« C’est Nabum » ( Chroniques-ovales) s’est déjà proposé) et peut-être vidéo, il s’agira de susciter l’intérêt du plus grand nombre de sites et blogs spécialisés, auxquels  il sera fait appel pour le diffuser, et celui des médias traditionnels, régionaux et  qui sait nationaux.

Notre slogan central, ou nucléaire : vélo-inactif ce matin, radioactif ce soir. Mais ça pourrait tout aussi bien être : vélo-inactif aujourd’hui, radioactif demain. Ou : vélo-inactif ce matin, radioactif demain. Ou…)

Nous fleurirons nos vélos d’hortensias en référence et soutien à la révolution qui se déroule au Japon. Nous espérons que les communes et leurs habitants informés de notre passage nous accueilleront avec ces fleurs.

 

Texte de présentation complet

 

Ce qu’il faut apporter

 

CONTACT : karavelopf1@gmail.com

 

 

 

Les étapes :

 

 

1)    DIMANCHE 5 AOUT : départ de Plogoff après un pique-nique festif sur le site de Feunteun Aod, sur lequel grâce à un combat acharné mené de 1978 à 1981 n’erre plus désormais que le souvenir fantomatique d’une centrale nucléaire. Arrivée à la ferme de Gorré à Plouhinec.

 

2)    lundi 6 aout : arrivée à Sainte Anne La Palud

 

3)    mardi 7 aout : arrivée à la maison du cidre d’Argol, après commémoration au Fret à 17 h des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 aout 1945 

 

4)    mercredi 8 aout : arrivée à la centrale de Brennilis

 

5)    jeudi 9 aout : arrivée à Carhaix

 

6)    vendredi 10 aout : arrivée à Meslan et visite des sites des anciennes mines d’extraction d’uranium 

 

7)    samedi 11 aout : arrivée à ERDEVEN, lieu d’une opposition victorieuse à l’implantation d’une centrale nucléaire en 1975 

 

8)    DIMANCHE 12 AOUT : arrivée à Muzillac

 

9)    lundi 13 aout : arrivée à Guérande, après passage sur le site des anciennes mines d’extraction d’uranium 

 

10) mardi 14 aout : arrivée auCARNET, lieu d’une opposition victorieuse à l’implantation d’une centrale nucléaire (1982-1997) 

 

11) mercredi 15 aout : arrivée au PELLERIN, lieu d’une opposition victorieuse à l’implantation d’une centrale nucléaire (1976-1981) 

 

12) jeudi 16 aout : arrivée à Mauves-sur-Loire

 

13) vendredi 17 aout : arrivée à Ingrandes

 

14) samedi 18 aout : arrivée à Champteussé-sur-Baconne, installation de stockage de déchets dangereux (de Saint-Laurent-des-Eaux, de Chinon) 

 

15) DIMANCHE 19 AOUT : arrivée à La Daguenière

 

16) lundi 20 aout : arrivée à la centrale d’AVOINE

 

17) mardi 21 aout : arrivée à Tours

 

18) mercredi 22 aout : arrivée à Chaumont-sur-Loire

 

19) jeudi 23 aout : arrivée à la centrale de SAINT LAURENT DES EAUX

 

20) vendredi 24 aout : arrivée à Orléans

 

21) samedi 25 aout : arrivée à la centrale de DAMPIERRE EN BURLY

 

22) DIMANCHE 26 AOUT : arrivée à la centrale de BELLEVILLE

 

23) lundi 27 aout : arrivée à Entrains-sur-Nohain

 

24) mardi 28 aout : arrivée à Vézelay

 

25) mercredi 29 aout : arrivée à Semur-en-Auxois

 

26) jeudi 30 aout : arrivée à Darcey

 

27) vendredi 31 aout : arrivée à Moloy (Valduc,
CEA : centre nucléaire pour la production d'armements) 

 

28) samedi 1er septembre : arrivée à Dijon

 

29) DIMANCHE 2 SEPTEMBRE : arrivée à Pesmes, après passage à Pontailler-sur-Saône (déchets, stockage. Installation de stockage de déchets dangereux ayant reçu des boues de décantation de très faible activité provenant du Centre d'Etudes de VALDUC) 

 

30) lundi 3 septembre : arrivée à Besançon

 

31) mardi 4 septembre : arrivée à Baume-les-Dames

 

32) mercredi 5 septembre : arrivée à L’Isles-sur-le Doubs

 

33) jeudi 6 septembre : arrivée à Montbéliard

 

34) vendredi 7 septembre : arrivée à Mulhouse

 

35) SAMEDI 8 SEPTEMBRE : arrivée à la centrale de FESSENHEIM

 

36)    et DIMANCHE 9 SEPTEMBRE : festivités puis ballade à WYHL en Allemagne. En 1975, occupation du chantier de la centrale nucléaire par 25 000 militants pendant 8 mois : de Kaisergaust (Suisse) à Gerstheim (Bas-Rhin), 12 projets de réacteurs sur le Rhin sont abandonnés.

 

Le trajet en pdf

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Que faire ?
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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 00:19

518288-membres-medias-employes-tepco-examinent.jpgPourquoi la vérité dévoilée ? Parce que le rapport de la commission indépendante nommée par le parlement japonais dénonce nombre de mensonges et d’erreurs sur la catastrophe nucléaire : risques sismiques sous-évalués, impréparation de l’opérateur, collusions, négligences de sécurité, suivi sanitaire des personnels et des populations insuffisant… Bref une catastrophe créée par l’homme, qui pourrait en tous points se reproduire ailleurs dans le monde tellement les causes sont indépendantes de la géographie.

 

Fidèle contributeur du blog de Fukushima, Jean-Marc Royer présente dans cette page un résumé commenté du rapport de la commission nippone, judicieusement comparé à l’analyse de l’autorité de sûreté nucléaire française.

 

A la fin de son article, l’auteur suggère que ce remarquable rapport japonais, disponible en anglais, soit traduit dans son intégralité afin de pouvoir le diffuser largement en France. Je me joins à lui pour faire un appel aux lecteurs compétents : si vous souhaitez participer à la traduction anglais > français d’une partie de ce rapport, merci de me contacter et de signaler votre engagement en commentaire, en indiquant bien la numérotation des pages afin qu’il n’y ait pas de doublon. Dès que la totalité du rapport sera traduite, le blog de Fukushima l’éditera intégralement. Merci d’avance aux traducteurs ! Le travail exemplaire de cette commission doit servir de manière internationale, afin qu’une telle catastrophe nucléaire ne puisse plus jamais se reproduire !

Pierre Fetet

 

 

-oOo-

 

 

 

RAPPORT DE LA COMMISSION INDEPENDANTE NOMMEE PAR LA DIETE

 

SUR LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE FUKUSHIMA

 

(Résumé et commentaire)

 

 

 

par Jean-Marc ROYER

 

 

La commission indépendante nommée par la diète japonaise vient de mettre en ligne son premier rapport de 88 pages en anglais : de l’inouï, de l’inédit, du jamais vu ‒ à ma connaissance ‒ de la part d’une commission nommée par un parlement !

Il n’y avait qu’à traduire (ce que j’ai fait dans le fichier joint) en se tenant le plus près possible du texte, puis résumer et commenter, ce que je fais ci-dessous avec le renvoi à la pagination du texte original en anglais.

Ce premier rapport étonne et tranche avec le récent rapport de l’ASN française dont nous avions fait une synthèse récemment. Il étonne car à l’évidence il pointe les vrais dysfonctionnements et les responsabilités des uns et des autres, il tranche car il étudie en détail les malversations et le système de complicités étendues mises en place à tous les niveaux alors que l’ASN se contente, en utilisant la langue de bois, de constater, de quémander et de se plaindre. Je rappelle ici quelques points du rapport de l’ASN afin que chacun puisse juger des énormes différences d’approche.

 

 

RAPPORT DE L’ASN FRANCAISE

 

A - Inondations : La Règle de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ; les exercices annuels de simulation sont bâclés, ce qui augure mal du « lancement des actions appropriées dans les délais » en cas de nécessité ; l’ASN « Demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (fournir le détail de la méthodologie et les justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations. » Par ailleurs, l’ASN se plaint du fait que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » ne sont pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire ne soit prise.

B - Séismes majeurs : De même, la règle en vigueur n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur.

C - Perte de la source froide : Encore des « écarts au référentiel », des disparités dans le suivi des équipements, des « anomalies de maintenance ou d’essais périodiques » et l’ASN note dans son rapport que les dispositions proposées par EDF permettent de retarder la fusion du cœur mais pas nécessairement de l’éviter en quelques heures !

D - Perte des alimentations électriques : L’ASN relève là aussi des écarts sur la conformité, l’entretien et les contrôles périodiques qui affectent la robustesse des groupes électrogènes de secours et demande à EDF d’y remédier. Par ailleurs, « l’ASN constate que des « effets falaise » peuvent se produire, caractérisés par un délai du découvrement du cœur inférieur au délai prévu pour la mise en œuvre des moyens de la Force d’Action Rapide Nucléaire [24h] et recommande de mettre en œuvre sans délai les moyens proposés par EDF pour répondre à ces dangers ». Dans l’attente du déploiement progressif de dispositions qui prendra plusieurs années (sic), l’ASN prescrira la mise en place de dispositions provisoires dès 2012, telles que des groupes électrogènes mobiles.

E - Gestion des accidents graves : la disponibilité des moyens matériels nécessaires à la gestion de crise ne pouvant être garantie dans les situations extrêmes ; l'arrivée des astreintes étant impossible pendant les 24 premières heures suivant une situation de grande ampleur touchant tout le site ; les moyens de communication utilisés lors du gréement de l'organisation pouvant être défaillants ; la tenue aux situations extrêmes de l’instrumentation technique et environnementale nécessaire à la gestion de crise n’étant pas garantie, l’ASN, s’est bornée à considérer « qu’EDF n’a pas achevé l’analyse des points faibles de l’organisation en fonction de l’ampleur de la crise, et n’a pas évalué les conséquences des phénomènes dangereux liés à la dégradation des voies de communication et des canalisations dans les situations extrêmes » et va donc lui prescrire d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise.

 

A la relecture du rapport de l’ASN, on voit clairement que les régulateurs français avaient fait le même diagnostic des causes de la catastrophe de Fukushima : une perte de toutes les alimentations électriques combinée à celle du refroidissement entraînant des effets cumulatifs – les fameux effets falaise – imparables. Mais surtout on constatera dans le rapport japonais que les similitudes ne s’arrêtent pas là !

 

 

LES CONSTATATIONS DE LA COMMISSION JAPONAISE

 

Le rapport de la commission montre que les installations de la centrale de Fukushima Daiichi n’étaient pas aptes à résister à un séisme, un tsunami et une catastrophe du type de ceux qui se sont produits le 11 mars 2011 pour de multiples raisons.

 

1) Une alimentation électrique externe très vulnérable

 

« Il y eût deux causes à la perte d'alimentation externe, toutes deux liées au séisme : il n'y avait pas de redondance diversifiée ni de résilience parasismique pour les alimentations électriques externes, et par ailleurs, le poste de transformation de Shin-Fukushima n'était pas résistant aux séismes, p 18. »

« Le système d'alimentation électrique était particulièrement fragile et a souffert d'un manque de redondance, de diversification et d'autonomie. Bien qu'il y ait un certain nombre de lignes électriques à l’extérieur de la centrale, il n'y avait que deux stations-source, lesquelles ont été mises hors service par le séisme, ce qui a provoqué une perte d'alimentation externe pour tous les réacteurs p 30. […] La ligne de secours de 66kV provenant du réseau de la Compagnie Tohoku Electric Power n’a pas pu alimenter le réacteur 1 en raison de connexions de modèles incompatibles » p 14.

 

2) Une résistance au séisme totalement inadéquate

 

- « A la fin des années 1960, au moment du permis de construire, les recommandations pour la construction de la centrale étaient insuffisantes pour les réacteurs 1 à 3 ; la zone autour de la centrale était considérée comme n'ayant jamais connu un tremblement de terre. Basé sur cette évaluation, le niveau d'accélération au sol maximum a été fixé à 265 gal, un niveau remarquablement bas, p 27. »

- En 1981, la NSC émet une recommandation antisismique ;

- En 2006, vingt-cinq ans plus tard (!), la NISA en reprend la mise à jour et demande aux opérateurs de l’appliquer.

- En 2008, TEPCO émet un rapport intérimaire sur le seul réacteur N°5, conjecturant que sa résistance parasismique a été portée à 600 gals.

- En 2009 la NISA accepte ce rapport tout en sachant que seul le bâtiment du réacteur et sept des nombreux équipements de sécurité de celui-ci ont été « durcis ». Puis TEPCO soumet des rapports similaires à celui du réacteur N°5, mais décide unilatéralement de reporter la mise en place des mesures antisismiques à janvier 2016.

« TEPCO savait par ce rapport intermédiaire que de nombreux renforts étaient nécessaires pour répondre aux normes de la dernière recommandation, mais notre enquête a vérifié que TEPCO n’avait ajouté aucun renfort aux réacteurs 1 à 3 au moment du séisme du 11 mars. Bien que la NISA ait reconnu la nécessité des renforts et du « check-up antisismique », le régulateur a échoué dans son rôle de surveillance des travaux de TEPCO, p 27. »

- « Dans leurs analyses et leurs évaluations après l'accident, TEPCO et la NISA ont confirmé que quelques-unes des pièces de sécurité importantes de la tuyauterie du réacteur N°5 n’étaient pas aux normes de sécurité antisismiques au moment du tremblement de terre. […] La Commission estime que cette même conclusion est valide pour les réacteurs N°1 à 3, qui sont beaucoup plus âgés que le réacteur N°5. La section 2 de ce rapport comprend des détails montant que le séisme enregistré à Fukushima Daiichi a dépassé les hypothèses de la dernière recommandation. Il est clair que des mesures antisismiques de renfort n'étaient pas en place au moment du séisme du 11 Mars p 27. »

 

Japon : le séisme de juillet 2007 plus fort que prévu pour la centrale !

Le violent séisme qui a endommagé le 16 juillet 2007 le complexe nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le centre du Japon, était 2,7 fois plus fort que la limite maximale prévue par les constructeurs de la centrale, affirme dimanche le quotidien Mainichi Shimbun. Selon le journal, la compagnie exploitante, TEPCO, a mesuré une accélération au sol de 993 Gals de la roche située sous la centrale au moment du séisme, alors que Kashiwazaki-Kariwa était prévue pour supporter une accélération maximale de 370 Gals. Toujours d'après le Mainichi Shimbun, 8 des 17 centrales nucléaires du Japon ont été édifiées selon la même estimation d'accélération maximale du sol, et les normes de construction devront sans doute être durcies.

Source : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/seisme_japon.html

Philippe Jamet, membre de l’ASN, était présent dans la délégation de l’AIEA qui a rendu son rapport en août 2007. Rapport en PDF : http://bit.ly/f5cIkb page iii.

 

 

3) L’absence de contre-mesures aux tsunamis

 

a) « Des synergies » de toutes natures et à tous les niveaux pour minorer les risques

- « La NISA n’a publié aucune information sur ses évaluations ou ses instructions de réexamen des hypothèses utilisées dans la conception des moyens de défense vis-à-vis des tsunamis. La NISA n'a pas non plus conservé ces dossiers (!). […]

- La méthode utilisée par la Société japonaise des ingénieurs civils était obscure et entachée [de partialité en faveur des opérateurs…]. La NISA l’a acceptée comme une norme sans examiner sa validité. […]

- TEPCO a tenté de justifier une faible probabilité d’occurrence d’un tsunami et a utilisé les résultats d'un processus de calcul biaisé pour ignorer la nécessité de contre-mesures […]. Plutôt que d’étudier les faits connus et la mise en œuvre rapide des mesures, TEPCO a eu recours à des tactiques dilatoires, comme la présentation d'autres études scientifiques et le lobbying p 27 et 28. »

b) La perte de toutes les alimentations AC/DC et du refroidissement comme horizon prévisible

- « La construction de la centrale de Fukushima Daiichi qui a débuté en 1967 [il y a 45 ans], était basée sur la connaissance sismologique de cette époque-là. Comme la recherche a continué au fil des ans, les chercheurs ont souligné à plusieurs reprises la grande probabilité de tsunamis dont les niveaux dépasseraient les hypothèses formulées au moment de la construction, ainsi que la possibilité d'endommagement du cœur dans l’éventualité de tels tsunamis. TEPCO a négligé ces avertissements, et les faibles marges de sécurité qui existaient étaient loin d'être suffisantes pour faire face à une telle situation d'urgence. Depuis 2006, les autorités réglementaires et TEPCO ont échangé des informations sur la possibilité d'une panne totale d'électricité résultant de tels tsunamis. Ils étaient également conscients du risque de dommages au cœur des réacteurs à la suite d'une panne des pompes d'eau de mer si l'ampleur d'un tsunami s’avérait être supérieure à l'évaluation faite par la Société japonaise des ingénieurs civils p 27. »

- « Les hypothèses concernant une panne totale (Station Black-Out) ne comprenaient pas la perte de la puissance en courant continu, mais c'est exactement ce qui s'est passé p 30. […] Le tsunami a inondé et totalement détruit les générateurs diesel de secours, les pompes primaires du circuit de refroidissement , le système de câblage électrique et l'alimentation en courant continu pour les réacteurs 1, 2 et 4, ce qui a entraîné la perte de toute source d’énergie — sauf au réacteur 6, alimenté par un générateur diesel de secours initialement dédié à la production du froid » p 14.

c) Le tsunami n'a pas uniquement endommagé les alimentations électriques

- « Le tsunami a aussi détruit ou emporté des véhicules, des machineries lourdes, les réservoirs de fuel et de gravier. Il a détruit des bâtiments, des installations et d'autres machines. L'eau de mer du tsunami a inondé toute la zone de bâtiments et a même atteint les équipements de haute pression des tranches 3 et 4, ainsi que la piscine commune de refroidissement [des assemblages usés]. Après que l'eau se soit retirée, les débris suite à l'inondation ont été éparpillés sur tout le site de la centrale, ce qui a entravé tout déplacement. Les plaques d'égout et de caniveaux avaient disparu, laissant des trous béants dans le sol » p 14. 

 

4) Des contre-mesures aux accidents graves (AG) non conformes aux standards internationaux

 

a) Des opérateurs qui s’affranchissent de toute contrainte régulatrice

- « Dès le début, les opérateurs ont été autorisés à fixer des contre-mesures aux AG de manière autonome […]. » Ce qui a été validé par la NSC en 1991. « Permettre la mise en œuvre autonome a également laissé aux opérateurs la possibilité de négocier les conditions d’application via la Fédération des compagnies électriques (FEPC). Cela fut particulièrement vrai après 2010, […] avec deux perspectives :

i) éviter ou minimiser le risque de poursuites potentielles ;

ii) éviter des prescriptions de mise en conformité qui pourraient interférer avec la production des réacteurs. Encore une fois, cela signifie qu'aucune mesure n’a été préparée contre les accidents graves comme celui qui a eu lieu à compter du 11 mars […] » p 28.

 

b) Sécurité : de graves lacunes organisationnelles

- « Les manuels de gestion détaillée des accidents graves n'étaient pas à jour, les schémas et les documents décrivant les procédures d'évacuation étaient incomplets ou manquants. La priorité n’avait pas été suffisamment axée sur les simulations et la formation aux situations d’urgence. La perte des fonctions de la salle de contrôle, de l'éclairage et des communications, la lutte pour livrer des équipements et des matériaux dans une centrale jonchée de débris, tout cela fût encore plus difficile à vivre à cause des répliques continues [durant trois mois]. Cela non plus n’avait pas été anticipé. Cela est symptomatique des problèmes institutionnels de TEPCO » p 30.

 

5) Le déroulement de la catastrophe

 

a) Les enseignements du BRGM [1] sur le séisme du 11 mars

Pour bien comprendre ce qui s’est passé le 11mars (avec les informations dont nous disposons à ce jour), il faut lire les documents publiés par le BRGM qui stipulent que :

- le 11 mars, les appareils des réseaux KNet et KikNet de la National Research Institute for Earth Science and Disaster Prevention japonaise ont enregistré « des accélérations au sol de 1300 gals [2]dans la préfecture de Fukushima et des accélérations supérieures à 1000 gals dans de larges secteurs côtiers, en particulier dans la région de la centrale nucléaire de Fukushima »,

- Que, chose exceptionnelle celles-ci ont duré entre 2 et 3 minutes avec un plateau de 100s environ ;

- Que, par ailleurs, il n’y a pas eu 1 mais 2 forts séismes à ce moment-là (p 6). De plus, des répliques et des séismes induits se sont produits quotidiennement pendant 3 mois.

Nous avions appris de la bouche du Pr Hideki Shimamura interviewé par la ZDF [3] que le maxima antisismique adopté lors de la construction des centrales semble se situer entre 450 et 600 gals et uniquement pour les bâtiments réacteurs (moins pour les canalisations et les autres bâtis). Ce que la commission de la Diète valide. Quand TEPCO parle de cette question, il semble s’abriter, comme d’habitude, derrière des variables supplémentaires, une tactique qui semble se généraliser : il s’agit d’introduire à l’infini des facteurs de complexification non contestables surtout par les profanes, à savoir les fréquences - ou plus exactement les périodes - de ces accélérations au sol. Toute structure bâtie à effectivement une « fréquence de résonnance » spécifique mais voici une première réponse, claire, du BRGM page 7 :

- Les périodes rapportées aux vitesses d’accélération au sol « ont également été analysés par nos collègues japonais. Ces fréquences sont distribuées « entre 0,5 s et 20 s environ. Cette singularité pourrait être en partie à l’origine les dommages observés. En effet, elles couvrent « de fait la gamme des périodes propres à des structures très différentes en termes de taille ou de typologie de constructions depuis les grandes structures de type gratte‐ciel (période propre de plusieurs secondes) jusqu’aux maisons traditionnelles en bois (période propre inférieure à 0.5 s), en passant par des petits immeubles (période propre de l’ordre de 1 s).

Pour résumer, d’après le BRGM, tous les bâtiments ont été durement éprouvés puisqu’ils ont eu à faire face à :

- Deux séismes majeurs compris dans une excursion de 2 à 3 minutes ;

- Des accélérations au sol très élevées, atypiques car balayant tout le spectre des fréquences, des répliques durant 3 mois ; aucune contre-mesure à tout cela n’avait été prévu à la construction de Fukushima Daiichi, ni ensuite d’ailleurs.

 

b) L’enchaînement probable des évènements

1 « L'arrêt d’urgence fonctionnel, ou SCRAM [4], est entré en service dans les réacteurs 1, 2 et 3 immédiatement après le début de l'activité sismique p 14. [… Ensuite] De fortes secousses sur les installations ont débuté 30 secondes après le SCRAM et la centrale a été durement secouée pendant plus de 50 secondes. […] On pense que le mouvement au sol était assez fort pour causer des dommages à certaines fonctions clés de sécurité » p 31.

2 « La perte de l'alimentation de secours A dans le réacteur N°1 pourrait ne pas avoir été causée par les inondations ».

3 « Les condenseurs d'isolement (systèmes A et B2) de l'unité 1 ont été fermés automatiquement à 14h52, mais l'opérateur de l'unité 1 a arrêté manuellement les deux IC 11 minutes plus tard. […] Ils ont arrêté les IC pour vérifier si le liquide de refroidissement s'échappait des IC ou d’autres tuyauteries parce que la pression du réacteur baissait rapidement. […] 

Plusieurs employés des fournisseurs de TEPCO qui travaillaient au quatrième étage du bâtiment du réacteur N°1 au moment du séisme ont identifié une fuite d'eau sur cet étage qui abrite deux grandes cuves pour le condenseur d'isolation (IC) et les tuyauteries de cet IC. […] 

Une perte de réfrigérant provenant d'une fissure dans la tuyauterie […] a pu se produire sans être précisément identifiable pour les opérateurs. […] Incontrôlé pendant 10 heures, des dizaines de tonnes de liquide de refroidissement auraient été perdus, conduisant à un endommagement ou une fusion du cœur » p 31.

4 « Il n'existe aucune preuve de l'ouverture de la vanne de sécurité (SR) au réacteur N°1 […] par contre, ce document est disponible pour le réacteur N°2. Nous avons constaté que le bruit de l'ouverture du clapet de sécurité SR du réacteur N°2 a été entendu à la salle de contrôle centrale et dans le réacteur, mais aucun employé travaillant au réacteur N°1 n’a entendu le bruit de l'ouverture de la soupape SR. Il est donc possible que la soupape soit restée fermée au réacteur N°1 » p 31.

5 La commission conclut : « dans ce cas, un APRP [5] local causé par le mouvement sismique pourrait avoir eu lieu dans l'Unité 1 » p 31.

 

6) TEPCO et toutes les autorités attribuent la catastrophe au Tsunami

 

a) Des simulations douteuses [6]

- « Mitsuhiko Tanaka [7] dans l'édition de Septembre de Kagaku (Sciences) publié par Iwanami Shoten, critique l'analyse de simulation par ordinateur réalisée par TEPCO, qui a été jointe au rapport du gouvernement japonais soumis à l'AEIA. Il émet l'hypothèse que toute la tuyauterie de la centrale de Fukushima a été endommagée par le tremblement de terre avant le tsunami, ce qui a conduit à une perte d'eau de refroidissement des réacteurs. Le défaut majeur dans l'analyse de TEPCO, d’après Tanaka, c’est que les temps [des changements de niveaux d'eau et des variations de pression dans la cuve] utilisés dans la simulation par ordinateur étaient clairement différents des temps réels mesurés lorsque l'accident s’est produit. Le résultat de l'analyse de TEPCO c’est que les sources d'énergie électrique ont été perdues après le tsunami » […].

- « Le 28 octobre 2011, Kansai Electric Power Co. a présenté à la NISA l'évaluation du premier stress-test du réacteur N° 3 de la centrale nucléaire d’Oi. L'évaluation a montré que le réacteur serait capable de résister à un tremblement de terre qui serait 1,8 fois plus fort que ce que la norme anti sismique le prévoit. » [Un accroissement de magnitude de 1 correspond à une multiplication par 30 de l'énergie et par 10 de l'amplitude du mouvement. Un séisme « 2 fois plus puissant » correspondrait à une augmentation de magnitude d’environ 0,2 point ce qui est dérisoire par rapport à la magnitude 9,1 atteinte le 11 mars 2011.] « Le 14 novembre, les experts ont été autorisés à exprimer leurs points de vue en réponse à l'évaluation des stress-tests du réacteur N° 3 d’Oi. Hiromitsu Ino, professeur émérite à l'Université de Tokyo, qui est spécialisé dans les matériaux métalliques, a déclaré : « C’est une erreur de lier la reprise des opérations à des stress-tests. L’accident nucléaire de Fukushima démontre qu’il y avait des défauts dans les inspections de sécurité. Si les stress-tests sont menés sans réviser tout d’abord ces procédures, cela mènera à la confusion dans les évaluations de sécurité. » Ino a eu une autre suggestion : « Afin de vérifier l'efficacité des stress-tests, ceux-ci devraient être effectués à Fukushima, centrale où l'accident s'est produit ». Dans ce contexte de doutes sérieux quant à l’hypothèse de TEPCO, l’opinion commune c’est que quelque chose ne va pas dans la logique de reprise des opérations car celles-ci sont basées sur des calculs en chambre ».

 

b) Séisme ou tsunami comme cause de l’accident ?

- « Si le tremblement de terre du 11 Mars est considéré comme le principal coupable de l’accident nucléaire de Fukushima, cela veut dire que d'autres centrales nucléaires sont également vulnérables aux tremblements de terre importants. […] Il est nécessaire d'envisager également la possibilité que la tuyauterie principale de la centrale de Fukushima ait été endommagée par le tremblement de terre avant même que le tsunami ait frappé la centrale. Une telle théorie entrave sérieusement les plans d'autres compagnies d'électricité décidées à reprendre les opérations dans leurs centrales nucléaires après la mise en œuvre de mesures pour faire face à la possibilité d'un tsunami majeur. Par exemple, Chubu Electric Power Co. envisage de reprendre les opérations à la centrale nucléaire de Hamaoka après la construction d'une digue côtière. […] Si [on] en arrivait à prendre en considération la possibilité que le tremblement de terre a été la principale cause de l'accident nucléaire de Fukushima [… cela rendrait] encore plus difficile la reprise des opérations dans les centrales. C’est une des raisons pour laquelle TEPCO et d'autres compagnies électriques, insistent sur le fait que seul le tsunami est responsable de l’accident nucléaire de Fukushima ».

- « Nous concluons que TEPCO a été trop rapide à avancer le tsunami comme cause de l'accident nucléaire et à nier que le séisme n’ait causé aucun dommage » p 17 du rapport de la commission.

 

7) Les conclusions de la commission parlementaire indépendante

 

a) Les estimations et les questions (gênantes) de la commission

- « L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Nous concluons que l'accident était clairement d'origine humaine. Il aurait pu et aurait dû être prévu et empêché. De plus, ses effets auraient pu être atténués par une réponse plus efficace » p 9. « Nous croyons que les causes profondes étaient les systèmes organisationnels et réglementaires qui ont couvert des décisions et des actions erronées, plutôt que des questions relatives à la compétence d'un quelconque individu » p 16.

- « L'opérateur (TEPCO), les organismes de réglementation (NISA et NSC [8]) et l'organisme gouvernemental de promotion de l'industrie nucléaire (METI), ont tous échoué à correctement définir les exigences de sécurité les plus élémentaires, tels que l'évaluation de la probabilité d'un accident, la préparation à contenir les effets d’un tel désastre, et l'élaboration de plans d'évacuation du public dans le cas d'un relâchement important de radionucléides » p 16.

- « Comment est-il devenu habituel de résister à la pression réglementaire et de dissimuler les petits accidents ? » p 9. « Par exemple, lorsque les risques de tsunami étaient évoqués, TEPCO ne les examinaient que du point de vue de ses propres intérêts : cela pouvait-il se traduire par un arrêt des réacteurs ou affaiblir leur position dans d'éventuelles poursuites juridiques ? » p 20. 

- « Comment un tel accident a-t-il pu se produire au Japon, une nation qui a une telle préoccupation de sa réputation d'excellence en ingénierie et en technologie ? » p 9. « L’accident nucléaire de Fukushima a été le résultat (i) d'une collusion entre le gouvernement, les organismes de réglementation et l’opérateur, et (ii) de la gestion défectueuse desdites parties » p 16. Plus globalement, « l'énergie nucléaire est devenue une force échappant au contrôle de la société civile. Sa régulation a été confiée à une bureaucratie gouvernementale engagée dans sa promotion » p 9.

 

b) La catastrophe aurait pu être encore plus grave

« De nombreux niveaux de sécurité ont été violés simultanément, tandis que l’alimentation électrique des quatre réacteurs était perdue. S'il n'y avait pas eu certains événements fortuits — tels que le fonctionnement heureusement pérenne du RCIC [9] du réacteur 2, l’éclatement de son panneau de soufflage ad hoc et le relâchement de pression qui s’en est suivi, la rapidité avec laquelle les sous-traitants ont nettoyé l’épave — les réacteurs 2 et 3 auraient été dans une situation encore plus précaire ». […]

« La Commission conclut que la situation a continué à se détériorer parce que le système de gestion de crise du Kantei [10], des régulateurs et des autres organismes responsables n'ont pas fonctionné correctement. Les limites définissant les rôles et les responsabilités des uns et des autres étaient problématiques, en raison de leurs propres ambiguïtés » p 18.

 

c) La confusion dans l’évacuation des résidents

- « Certaines personnes ont été évacuées vers des zones [à forts rayonnements] et ont ensuite été laissées sur place, ne recevant plus aucune nouvelle consigne d'évacuation avant le mois d’Avril […] parce que les informations de surveillance n'avaient pas été fournies. […] Le gouvernement n’a pas sérieusement mis en place des programmes pour aider les citoyens à comprendre la situation et à se faire leur propre opinion. Il a échoué par exemple à expliquer les risques liés aux irradiations pour différents couches de la population comme les nourrissons et les jeunes ou les personnes particulièrement vulnérables aux effets des radiations ». […]

- « La Commission conclut que la confusion dans l'évacuation des résidents découle de la négligence des régulateurs, de l'échec persistant à mettre en œuvre les mesures adéquates contre une catastrophe nucléaire, ainsi que d'un manque d'action des gouvernements précédents et des régulateurs sur la gestion des crises. Le système de gestion de crise qui existait pour le Kantei et les régulateurs devait protéger la santé et la sécurité du public, mais il a échoué dans cette fonction ». […]

- « Il n'y a pas de fin prévisible aux activités de décontamination et de restauration qui sont essentiels pour la reconstruction des communautés » p 19.

 

d) En l’absence de contre pouvoirs, les bureaucraties complices ont rendu la catastrophe inévitable

- « Il y eût de nombreuses opportunités de prendre des mesures préventives avant le 11 Mars. L'accident s'est produit parce que TEPCO n'a pas pris ces mesures et que la NISA et la commission de sûreté nucléaire (NSC) n’ont pas réagi. Ils ont aussi intentionnellement reporté la mise en place des mesures de sécurité, ou pris des décisions basées sur l'intérêt de leur organisation, et non pas dans l'intérêt de la sécurité publique » p 16.

« Du point de vue de TEPCO, la nouvelle réglementation aurait interféré avec l'exploitation des centrales et affaibli leur position dans d'éventuelles poursuites judiciaires. Ce fut une motivation suffisante pour s'opposer énergiquement à de nouvelles règles de sécurité et pour renvoyer les négociations avec les régulateurs vers la Fédération des compagnies électriques (FEPC). Les régulateurs auraient dû prendre une position forte pour le bien du public, mais ils ont échoué à le faire. Comme ils s’étaient fermement convaincus eux-mêmes à l'idée que les centrales nucléaires étaient sûres, ils étaient réticents à créer de nouveaux règlements » p 17.

- « Cette illusion [de toute puissance] a été renforcée par la mentalité collective de la bureaucratie japonaise, pour laquelle le premier devoir de tout bureaucrate individuel est de défendre les intérêts de son organisation. Poussé à l'extrême, ce bureaucratisme a conduit à placer les intérêts de l'organisation avant le devoir primordial de protéger la population » p 9. Mais il y a plus :

- « Nous avons trouvé la preuve que les organismes de réglementation posaient des questions explicites sur les intentions des opérateurs à chaque fois qu'il était question de mettre en œuvre un nouveau règlement. Par exemple, la NISA a informé les opérateurs qu'ils n'avaient pas besoin d'examiner une situation de panne totale (SBO) parce que la probabilité en était faible et parce que d'autres mesures étaient en place. La NISA a ensuite demandé aux opérateurs de rédiger un rapport qui donnerait la justification appropriée à expliquer pourquoi cette mise en œuvre n'était pas nécessaire. Afin d'obtenir la preuve de cette collusion, la commission a été forcée d'exercer son droit législatif pour obtenir de telles informations de la NISA, après que celle-ci ait refusé de répondre à plusieurs demandes » p 16. « Sans l'enquête menée par cette commission, la plupart des faits révélant la collusion entre les régulateurs et les autres acteurs n'auraient jamais été dévoilés […]. Leur indépendance vis-à-vis des politiques, des ministères pro-nucléaires et des opérateurs a été une parodie p 20. Ils ont effectivement trahi le droit de la nation à être à l’abri d'accidents nucléaires » p 16.

 

e) A l’origine de la catastrophe, quel type de structure sociale ?

- « Dans l'ensemble, la Commission a rencontré une ignorance et une arrogance impardonnables chez toute personne ou tout organisme s'occupant de l'énergie nucléaire. Nous avons rencontré du mépris pour les évolutions internationales et la sécurité publique » p 21.

- « Les règlements existants sont principalement orientés vers la promotion de l'énergie nucléaire, et non vers la sécurité, la santé publique et le bien-être. La responsabilité sans équivoque que les opérateurs doivent assumer lors d’une catastrophe nucléaire n'a pas été précisée. Il n’y avait également pas de directives claires sur les responsabilités des parties dans le cas d'une situation d'urgence » p 20.

- « La question sous-jacente concerne la structure sociale qui a engendré cette neutralisation de la réglementation, et le cadre organisationnel, institutionnel et juridique qui a permis aux individus de justifier leurs propres actions, de les cacher quand cela était gênant, sans laisser de traces, afin d'éviter toute responsabilité » p 21.

 

Quelques recommandations de la commission

 

- « Mettre en place un système de commissions d'enquête indépendantes p 23 et mener des enquêtes régulières et des audits exploratoires sur les organismes de réglementation, les universitaires et les intervenants [… avec] des experts indépendants ayant une vision globale ». […] 

- « TEPCO doit subir une spectaculaire réforme d'entreprise, incluant la gestion des risques, la gouvernance et la diffusion des informations — la sécurité étant la seule priorité ».

- « Tous les opérateurs doivent accepter un organisme désigné par la Diète comme une autorité de surveillance de tous les aspects de leurs opérations, incluant la gestion des risques, la gouvernance, les normes de sécurité, avec le droit d’enquêter sur place » p 22.

- « Le processus de décision [du régulateur] doit être indépendant des actionnaires des compagnies » p23.

 

QUELQUES COMMENTAIRES

 

1. Ce qu’il y a de frappant lorsque l’on compare ce rapport avec celui de l’ASN (Cf. la synthèse que nous en avions faite), c’est que toutes les remarques faites après la lecture de celui-ci sont également valables pour le Japon. Qu’on en juge par ce rappel des titres :

- « Il n’y a pas une seule installation qui ne fasse l’objet d’une remarque d’inspection ou d’une recommandation importante. »

- « Depuis la conception, l'accident majeur n'a jamais été pris en compte. »

- « Le nucléaire français "au bord de la falaise" ! »

- « Silence, on MOX ! Une gestion " statistico-probabiliste " du risque bien pratique … »

- « Les centrales nucléaires : des Macro-Systèmes Techniques intrinsèquement dangereux. »

- « De multiples conséquences supportées par les populations du monde entier. »

Une conclusion s’impose donc : si cet inventaire est identique à celui que la commission japonaise a dressé, c’est avant tout qu’il s’agit des mêmes « macro-systèmes techniques » qui posent les mêmes problèmes et que les travers induits par la gestion libérale sont eux aussi identiques.

 

2. Grâce à un de ses commissaires, Philippe Jamet, qui faisait partie de la délégation de l’AEIA au Japon [11], l’ASN a vite compris comment et pourquoi la catastrophe était survenue [12]. Elle a surtout compris que toutes les instances de contrôle et de régulation avaient failli. D’où le contenu de son rapport de janvier 2012 : il fallait à tout prix montrer que ce n’était pas le cas en France. Mais a-t-elle pour autant été plus ferme à l’égard d’EDF dans le passé ? Vu les déplorations restées à ce jour sans résultats, on peut en douter. D’ailleurs, étant donné la puissance économique des opérateurs en général, n’est-ce pas la même histoire du pot de fer contre le pot de terre qui est destinée à se répéter partout, ad vitam aeternam, ici aussi bien que là-bas, a quelques nuances près ?

 

3. Là-bas, pas plus qu’ici, la possibilité d’un accident majeur n’a été prise en compte à la conception : le sentiment d’infaillibilité, de toute puissance, non seulement rend « arrogant », mais amène à penser comme allant de soi que l’ensemble de l’appareil d’Etat collabore « au grand œuvre nucléaire ». Or, là-bas comme ici le nucléaire a été adopté après-guerre pour « laver une défaite » historique majeure et refouler des évènements dont le deuil n’a pas été fait. Là-bas comme ici, les réacteurs ont été construits sur les failles de la mémoire. Là-bas comme ici la survenue d’un accident majeur a largement bénéficié d’un consensus politique, administratif, industriel, scientifique, économique qui a permis, en l’absence de contre-pouvoirs suffisants, toutes sortes de complicités. Que cela mette en cause la vie et la santé des populations fût le cadet de leurs soucis.

 

4. C’est la commission qui le dit : « Ils ont effectivement trahi le droit de la nation à être à l’abri d'accidents nucléaires » p 16. A ce stade, peut-on encore parler d’un « village nucléaire » circonscrit ? Ne s’agit-il pas plutôt de toute une société gangrénée par le chancre nucléaire depuis des lustres ? Et comme pour Hiroshima et Tchernobyl « le secret de la famille nucléaire » ne réside-t-il pas dans la complicité de crimes contre l’Humanité ? On sait la puissance des liens qu’engendrent les connivences basées sur le crime. C’est là un des liens majeurs à dénouer.

 

5. Reste notre travail comme citoyens du monde. Le texte de la commission parlementaire japonaise devrait être diffusé partout dans le monde et en particulier ici, à nos parlementaires français et européens. Or nous n’avons traduit que 31 pages sur 88. Nous faisons donc un appel aux bonnes volontés : il suffirait de quatre personnes traduisant une douzaine de pages chacune pour le rendre plus facile à lire en France… Nos édiles doivent savoir ce qu’est une étude réellement indépendante et nos concitoyens doivent pouvoir se rendre compte des origines de toute catastrophe nucléaire, c’est même une des conditions pour en empêcher la survenue.

 

Jean-Marc ROYER, juillet 2012

 

 

1 Bureau de Recherches géologiques et Minières établissement public français de référence dans le domaine des sciences de la Terre.

 

2 Les effets d’une secousse sismique ne s’évaluent pas seulement selon son gradient de puissance mais aussi selon bien d’autres facteurs dont « l’accélération au sol » mesurée en m/s2 (comme toute accélération), ici dénommée « gal », en référence à Galilée.

 

3 http://www.internationalnews.fr/article-le-mensonge-de-fukushima-reportage-allemand-30-vostf-104215356.html, Date : 7 mars 2012, T : 25’13’’.

 

4 Safety Control Rod Axe Man arrêt rapide d'un réacteur nucléaire par l'insertion des barres de commande dans le cœur.

 

5 APRP : accident de perte de réfrigérant primaire. En anglais : LOCA, loss of coolant accident.

 

6 Extraits d’un article d’AKIRA SATO, publié dans l’Asahi Shimbun Weekly, http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201112060052

 

7 Membre de la commission de la Diète, ancien ingénieur nucléaire qui a travaillé à la conception de la cuve du réacteur N° 4 de Fukushima.

 

8 Commission de sûreté nucléaire du Japon, un organisme gouvernemental, qui supervise les régulateurs et les opérateurs.

 

9 Reactor core isolation cooling system : une pompe d'alimentation en eau à haute pression destinée au refroidissement d'urgence.

 

10 Le bâtiment abritant à la fois le bureau officiel du Premier ministre et sa résidence. Par extension, le Cabinet du Premier ministre. Dans ce rapport, « Kantei » renvoie le plus souvent à son groupe de travail ad hoc au 5ème étage, qui était responsable de la réponse du gouvernement à l'accident.

 

11 Cité dans la conférence de presse de l’ASN du 28 juin 2012 (39’15’’) ; voir sa bio éloquente qui est passée par la DAM du CEA : http://bit.ly/eJLjAp

 

12 A preuve : toutes les décisions de fin juin 2012, sans exceptions, se rapportent à la catastrophe de Fukushima. http://www.asn.fr/index.php/Les-actions-de-l-ASN/La-reglementation/Bulletin-Officiel-de-l-ASN/Decisions-de-l-ASN/Decision-n-2012-DC-0274-de-l-ASN-du-26-juin-2012

 

 

 

________________

 

A lire également sur le même sujet

 

 

Fukushima: Une enquête indépendante et critique

(Daniel Eskenazi - Le Temps)

 

Fukushima : le rapport qui change tout

(Michel de Pracontal - Mediapart)

 

 

 

Photo d’entête : Tomohiro Ohsumi, AFP

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:34

reacteur4It has taken 16 months for the world to come to terms with the Fukushima disaster. This is 16 months too many: since that week in March 2011 where four reactors exploded on the same site, the situation has remained extremely dangerous. We have had 16 months to analyse and make sense of what happened. Now that we have got over the initial shock - this unthinkable “collision” - we must rally and resist the temptation to forget. The danger is still there and is becoming more threatening as times passes.

 

 

(Version française)                  (日本語版)

 

Once again the Japanese population is showing the way. The Japanese refuse to give up and they manage to stand up to a governement who has decided to restart the Ohi nuclear reactors, despite suspicion of active fault lines in the vicinity. They have also taken action and addressed the UN Secretary-General, in order to try and avoid the worst-case scenario: a loss of control of the system that cools the 264 tons of spent fuel stocked in the pool of Unit 4 at Fukushima Daiichi. This risk is far from trivial ; a failure of the cooling system would mean having to evacuate parts of Japan and would irreparably pollute the whole world for thousands of years.

 

All this we have known for 16 months but awareness of the urgency to solve this major problem has never gone beyond good intentions. Today, after being stunned into inaction by the sheer horror and enormity of the disaster, more and more people finally seem to realise we can still react. Enlightened voices can be heard from all over the world : Let us do something before it is too late!

 

Dear readers, I urge you to listen to these voices again. If you are already convinced of the need to act urgently, scroll down to the text of the petition we are now addressing to the UN Secretary-General.

 

 

About quake risks

 

Katsuhiko IshibashiKatsuhiko Ishibashi, a seismologist teaching at the Research Center for Urban Safetyand Security, Kobe University:

 

The magnitude 9.0 quake last year made it more likely that "devastating" earthquakes would follow in the future. (link)  

 

 

 

About the stability of the building of reactor no.4

 

Masashi-GotoMasashi Goto, a former nuclear engineer for Toshiba Corporation and expert in the design of quake-resistant nuclear plants:

 

“Even though the walls exist, there is no simple way of knowing the stability of it.

To what degree has the stability been compromised due to the high temperature of fire?

Essentially, all data are required when you work out a structural calculation…

But [TEPCO engineeers] have never released a data which a third party could use to re-check their findings.” (link

 

 

 

arnie-gundersenArnie Gundersen, an American nuclear expert:

 

 “I believe that the structural damage to Unit 4 is so great that if there is a 7.5 earthquake, it will not withstand it.” (link)

 

 

 

Jean-Louis BasdevantJean-Louis Basdevant, a physicist, research director at CNRS (Centre national de recherche scientifique), specialist in High Energy Physics and Astrophysics:

     

At this very moment, i.e. June 25, 2012 [the reactor no.4 building]is a constant source of worry because these pools that sit 30 meters above ground and  have miraculously survived contain a large quantity of radioactive rods.”  (link)

 

 

 

About the radiation resulting from a loss of control

of the pool at Unit 4

 

olivier isnardOlivier Isnard, a French expert in nuclear safety at IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) :

 

“The fuel in this pool would be exposed to the air; radiation in the order of hundreds of grays per hour would spread over a kilometer and no human being could go near the site” (link) 

 

 

Hiroaki KoideHiroaki Koide, a professor at Kyoto University Research Reactor Institute (KURRI):

 

“If the spent fuel pool were to collapse due to another big earthquake, the release of radioactive materials will be huge.(…),a conservative estimate is 5000 nuclear bombs.” (link)

 

 

Chris Harris, a former American nuclear engineer:

 

In the case of Unit 4… you can get a recriticality.(…) That would be a never ending process threes no way to shut that down.(…) there you have another never ending fountain of particulates and gas.” (link)

 

 

Robert-Alvarez-copie-1Robert Alvarez, an American nuclear expert, adviser to the Federal Department of Energy of the American government (1993-1999)

 

“The No. 4 pool is about 100 feet above ground, is structurally damaged and is exposed to the open elements. If an earthquake or other event were to cause this pool to drain this could result in a catastrophic radiological fire involving nearly 10 times the amount of Cs-137 released by the Chernobyl accident.”  (link)

 

 

 

About the effects of the loss of cooling water in a pool

 

 

Paul Gailey, Physics professor at Ohio University:

 

“A catastrophic failure of the unit 4 spent fuel pool could potentially cascade into additional releases from the other spent fuel pools and reactors.” (link)

 

 

Yukiteru-NakaYukiteru Naka, a Japanese engineer for General Electric, now president of  Tohoku Enterprise (TECO):

 

Should the spent fuel pool empty, no workers will be able to go near the reactor 4 building as well as the reactor 1, 2 and 3 building.(…) that's why I would like the government and TEPCO to prepare themselves with a sense of impending crisis in mind.” (link) 

 

 

Akio MatsumuraAkio Matsumura, a Japanese diplomat who worked for 30 years for various UN agencies :

 

“[The collapse of No. 4 pool in case of a quake]would destroy the world environment and our civilization. (…) This is an issue of human survival.”  (link)

 

 

 

Mitsuhei MurataMitsuhei Murata, former ambassador of Japan in Switzerland and Senegal:

 

Just 50 meters from the No. 4 reactor is the common pool for the No. 1 to No. 6 reactors. The common pool holds 6,375 spent nuclear fuel rods. If a fire should occur at the No. 4 reactor pool, the common pool would also not stand a chance.” (link)

 

“It is no exaggeration to say that the fate of Japan and the whole world depends on No. 4 reactor” (link)

 

 

Ron WydenRon Wyden, an American Senator (Oregon):

 

The precarious status of the Fukushima Daiichi nuclear units and the risk presented by the enormous inventory of radioactive materials and spent fuel in the event of further earthquake threats should be of concern to all and a focus of greater international support and assistance.”  (link) 

 

 

 

 

To prevent the worst-case scenario, let us take precautionary measures

 

before it is too late !

 

  Please sign this petition to the UN

(Click on the picture)

 

 

imagepetition

 

 

 

Text of the petition:

 

 

An urgent appeal to avoid another global nuclear disaster

 

Because the building of reactor no.4 has been badly shaken by the terrible earthquake of 3/11 and the violent explosions of March 15, 2011 and therefore its structure has suffered severe stress, which makes it very vulnerable,

 

Because the spent fuel in this unit sits in an elevated pool 30 metres high and threatens to collapse with the building or to drain because of a number of cracks,

 

Because this pool contains 1,533 spent fuel assemblies, i.e. the equivalent of 10 times the amount of cesium 137 released by Chernobyl,

 

Because failure of the water cooling of the fuel would cause the temperature to rise and the fuel to degrade, and the resulting fire would then release enormous amounts of radioactivity into the atmosphere,

 

Because a back-up cooling system for the pool is not evailable and the cooling system regularly fails, 

 

Because a fire in the uranium and plutonium assemblies would make human intervention impossible due to the intense radioactivity,

 

Because the Fukushima Daiichi plant contains nearly 2,500 tons of nuclear fuel – a source of radiotoxicity equivalent to 90 times that of Chernobyl – and a fire at unit 4 would force the authorities to abandon the entire plant,

 

Because the strength of the earthquake of March 2011 increased the probability of further disastrous quakes which could in turn cause the half-ruined building of reactor no.4 to collapse,

 

Because numerous experts all over the world agree on the urgency to act in order to avoid having to evacuate the whole of Japan and at the same time prevent an international radiological disaster that would endanger the health of the world population and their descendants,

 

Because Tepco says there is no risk the pool will collapse and because the company plans to take years to transfer the spent fuel and store it in a safe place,

 

Because Tepco and the Japanese government are incapable of managing the crisis situation of the spent fuel pool at Fukushima Daiichi reactor no.4, 

 

Because the UN, as guarantor of international security, is the only organisation capable of dealing with this permanent threat to humanity,
 

We, citizens of the world,

 

-          request that the UN rapidly set up an international, independent and interdisciplinary team. This team would be responsible for managing the transfer of the fuel at the Unit 4 pool and its safe storage.

 

-          urge that every possible means be devoted to this crisis team, in order to avoid any delay and to ensure that the spent fuel be safely disposed of as soon as possible,

 

-          demand that the UN facilitates every possible technical, scientific, economic and political means of collaboration, including non-governmental measures, in order to put an end to a global threat without equivalent in the whole history of humanity.

 

 

_______________

Translated by Fukushima-is-still-news

_______________

 

 

  French version

 

 

 

 

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