1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 00:41

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 19 février 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

  • Tokyo et les préfectures environnantes ont souffert d'une énorme quantité de neige
  • La compagnie d'électricité Chūbu a l'intention de remettre en service la centrale nucléaire de  Hamaoka
  • Le gouverneur de Tokyo nouvellement élu est favorable à l'énergie nucléaire

 

 

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Tokyo et les préfectures environnantes ont souffert d'une énorme quantité de neige

Ma maison au matin du 15 février

Ma maison au matin du 15 février

Il a commencé à neiger le matin du 14 février, alors j'ai renoncé à me rendre à une réunion à Tokyo. Il a continué de neiger tout le jour et toute la nuit, et lorsque je suis sorti de mon lit, le 15, la couche de neige était déjà incroyablement profonde. Il a continué de neiger, et finalement la couche a atteint 73 centimètres dans ma ville. C'est le record de ces cent vingt dernières années.

 

Habituellement, à Tokyo et dans les préfectures environnantes qui bordent l'océan Pacifique, il neige rarement. Donc nous n'étions pas prêts à affronter autant de neige. A cause de cette chute de neige, quelques dizaines de personnes sont mortes, de nombreux villages ont été et sont encore isolés et les transports ne fonctionnaient pas, si bien que les marchandises manquaient dans les magasins. C'est le monde agricole qui souffre beaucoup. Des serres ont été brisées et tous les légumes sont devenus invendables. L'association agricole de ma préfecture de Gunma dit que l'agriculture de Gunma est au bord de l'effondrement à cause des énormes dégâts.

 

En été et en automne, les typhons attaquent souvent notre région, mais les dégâts sont limités. Cependant cette fois-ci, il a beaucoup neigé et dans toute la région, si bien que les dommages ont été énormes. Lors du séisme et du tsunami en 2011,  un ami polonais m’a écrit que le Japon est un pays à plaindre, puisqu'il souffre de tremblements de terre, tsunamis, éruptions, typhons, accidents nucléaires. Il a oublié de citer la neige, or la neige est un problème important dans les régions à neige, elle tue plus de 50 personnes chaque année. Cette fois-ci, elle a sévi dans les régions habituellement indemnes. Vraiment le Japon est un pays à plaindre !

 

 

La compagnie d'électricité Chūbu a l'intention de remettre en service la centrale nucléaire de  Hamaoka

 

 

Pour rendre le Japon encore plus pitoyable, la compagnie d'électricité Chūbu ( Chūbu Elektric Power Company, CEPCO) a demandé le 14 février à l'Autorité de Régulation Nucléaire la remise en service du réacteur nucléaire n°4 de Hamaoka. CEPCO construit maintenant des digues anti-tsunami de 22 mètres de hauteur pour les réacteurs n°3 et 4, ainsi que d'autres installations et équipements, et elle dit que le réacteur n°4 sera prêt pour sa remise en route.

 

Cette centrale nucléaire de Hamaoka est située sur une zone où un énorme séisme est prévisible, et autour de la centrale vivent 960 000 personnes dans 11 villes. Immédiatement après l'accident nucléaire de Fukushima, les gens craignaient un autre très grand séisme sous la centrale, et le premier ministre de l'époque avait ordonné (à juste titre) l'arrêt de celle-ci.

Rapport de HORI Yasuo du 19 février 2014

Légende :

Dans les zones concentriques, du plus plus foncé au plus clair :

- tous mourraient

- la moitié des gens mourraient

- seraient très gravement atteints

- seraient gravement atteints

Beaucoup disent que cette centrale de Hamaoka n'aurait pas dû être construite. Certainement la société a présenté de faux documents au gouvernement et a fait approuver la construction. Par conséquent, même si CEPCO pouvait rendre la centrale "parfaitement sûre", elle ne pourrait jamais être complètement sûre, car elle est située à un endroit si dangereux que personne ne sait ce qui va se passer quand ce terrible tremblement de terre surviendra.

Rapport de HORI Yasuo du 19 février 2014

La compagnie CEPCO ne dépend pas beaucoup de l'énergie nucléaire, donc elle pourrait très facilement s’en passer. Pourquoi insiste-t-elle sur la remise en route ? Pourquoi n'a-t-elle pas le courage d'être la première des sept compagnies détentrices de réacteurs à abandonner tous les siens ? Certes, la remise en fonctionnement du réacteur de Hamaoka inquiètera encore davantage les Japonais et très certainement rendra le Japon encore plus à plaindre à cause d'un accident possible.

 

 

 

Le gouverneur de Tokyo nouvellement élu est favorable à l'énergie nucléaire


    L'élection du gouverneur de Tokyo a eu lieu le 9 février, et M. Masuzoe Yōitchi a gagné, avec le soutien du Parti Libéral Démocratique, qui a l'intention de promouvoir une politique pro-nucléaire. Les candidats respectifs ont obtenu les résultats suivants:

 

Masuzoe :       2112978 (43,04%)

Utsunomiya :   982594 (20,18%)

Hosokawa:      956063 (19,64%)

Tamogami:      610865 (12.55%)

 

Masuzoe et Tamogami sont pour l'énergie nucléaire, et Utsunomiya et Hosokawa sont contre. Il semble donc que plus de la moitié des habitants de Tokyo ont oublié l'accident nucléaire de Fukushima et ont à nouveau envie de profiter de la vie moderne, en utilisant à tout va l’électricité issue des réacteurs nucléaires. Le Parti Libéral Démocratique est heureux de la victoire de Masuzoe et poussera à la remise en service de nombreux réacteurs.

 

Nous ne pouvons pas empêcher les cataclysmes naturels, mais pourquoi les hommes eux-mêmes créent-ils des catastrophes comme les accidents nucléaires et les guerres ?

 

 

 

 

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 11:14
Le cœur sous la cloche

Après Les Maîtres ne vinrent plus et Le deuxième événement, Ludovic Klein propose ici un petit aperçu de la vie des enfants dans les zones contaminées. Comme une expérience limite de privation sensorielle...

Illustration Cyril Buzon

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Le cœur sous la cloche

 

Ludovic Klein

 

A tous ceux qui se reconnaîtront.

 

La petite fille marche sur la route goudronnée. C’est le début du printemps. Il y a un peu de vent, qui secoue les hautes herbes inaccessibles.

 

Elle a 8 ans, habite à la campagne. Elle va à l’école. Elle fait bien attention à marcher tout droit. Tous les 20 mètres, un adulte se tient sur la chaussée, veille à ce que les écoliers suivent bien la route, et ne s’éloignent pas du bas-côté. Ils disent aux enfants : « allez allez allez, on avance, un, deux, on suit bien la ligne ». Tous les adultes ont des casquettes, des gants blancs, et des bottes de chantier. Il n’y a aucune chance de s’égarer, de toute facon : le chemin est balisé, on a placé des plots routiers tous les 10 mètres, à gauche, et à droite. On a également tracé à la peinture deux lignes blanches pour figurer un couloir.

 

Les autres écoliers, devant et derrière l’enfant, avancent en file indienne, leur gros cartable sur le dos, leur bob jaune sur la tête. La plupart des enfants sont un peu trop gros pour leur âge. La petite fille aussi.

 

Une fois, elle avait demandé à ses parents :

- Pourquoi on doit mettre ce chapeau jaune ? »

Papa avait ignoré la question. Maman avait répondu :

- C’est parce qu’en hiver, les jours sont plus courts. Quand tu rentres de l’école, c’est déjà la nuit. C’est dangereux, avec les voitures. Mais le jaune se voit mieux quand il fait noir. C’est pour ça. C’est plus sûr.

- Mais on doit le porter même la journée ? Même en été ?

- Ça marche aussi le jour. Et puis, comme ça, on est sûr de ne pas oublier. Donc obéis bien à la maîtresse, et garde toujours ton chapeau sur la tête, pour que les voitures te voient bien et t’évitent. Fais-y attention. C’est important.

 

Le vent doucement souffle, s’attarde sur les pointes des graminées. Sur la gauche, le champ se balance mollement, comme une fourrure de chien qui s’ébroue. Et d’un seul coup, la bourrasque survient. Les bobs jaunes se soulèvent, mais ne quittent pas les cheveux : les jugulaires retiennent le couvre-chef. Seul le chapeau de la petite fille est emporté par le vent : il n’y a pas d’élastique. Comme un papillon couleur safran, il volète au-dessus de la route, et plonge dans les roseaux, à gauche, de l’autre côté.

 

La petite fille ne réfléchit plus. Oubliant toutes les consignes, elle s’élance. Elle franchit la ligne blanche entre deux plots, traverse la chaussée. L’adulte le plus proche fait : « NON ! N’y va pas !» Mais elle entre déjà dans les roseaux, s’y enfonce. Elle ignore les innombrables panneaux et leurs symboles de mise en garde. L’homme la poursuit. Il tend la main. Il crie encore : « NON ! Reviens ! » La petite comprend qu’elle est allée trop loin. Elle ne devrait pas être là. Le danger s’y cache, invisible. Mais elle sent la caresse des tiges sur ses joues, la mollesse de la boue sous ses souliers. C’est frais sur la peau, et visqueux sous la semelle. Ça sent. Ça sent la terre. L’enfant fait un pas et son pied s’enfonce. La vase lui arrive jusqu’aux chevilles. Elle manque de tomber, se rattrape, sent son jouet électronique porté en pendentif rebondir contre sa poitrine. Elle parvient à se saisir de son chapeau à terre, le serre contre sa poitrine. Aussitôt, deux mains rudes s’abattent sur ses épaules. On la force à se retourner. Elle tombe nez à nez avec un visage d’adulte ridé, plissé, convulsé, rougeoyant.

« Je t’ai DIT... »

La main s’abat. De toute sa force, l’homme se met à gifler la petite fille.

 

***

 

La veille, un dimanche, alors que comme toujours elle était enfermée à la maison, elle avait décidé de découper son chapeau aux ciseaux.

 

Le dimanche, c’était prison. Interdiction de sortir. Par conséquent, l’enfant passait la journée à manger des cochonneries en regardant la télé. Tout en regardant les dessins animés, elle se grattait sans cesse, elle remuait, elle se rongeait les ongles. Et de temps en temps, elle prenait un peigne à cheveux, et se labourait la peau du bras avec, conscienceusement. Dans le sens du poil, dans le sens inverse. Dans le sens du poil, dans le sens inverse. Encore. Les stries rouges finissent par saigner. Elle doit mettre des habits à manches longues, alors : il faut cacher.

 

Mais des fois, ça ne suffit plus ; et donc elle décide de détruire le matériel. Comme ça, par désœuvrement, le cœur exaspéré. La petite fille ainsi avait découpé l’élastique en petits morceaux, et avait commencé à entailler le chapeau. Elle voulait le réduire en miettes, méthodiquement. Bout d’étoffe que l’on doit chérir – symbole de sûreté, encore de l’obéissance, la tête serrée, enserrée, étouffée. Non. Plus jamais.

 

Maman était entrée à ce moment-là, aux premiers coups de ciseaux. L’adulte avait crié très fort : « MAIS QU’EST-CE QUI NE VA PAS AVEC TOI ? ». Presqu’aussitôt, elle avait regretté de s’être laissée emporter. Elle s’était excusée. « Tu comprends, Maman est si malheureuse, pourquoi tu dois en rajouter ? » La mère avait commencé à pleurer sans bruit : les paupières battantes, les larmes sortant les unes après les autres, à la queu leu leu, comme la file des écoliers sur le chemin de l’école. Maman essuyait ses pleurs tantôt avec le gras de la paume, tantôt d’un revers de la main. Des tics nerveux lui travaillaient fréquemment le visage. Il n’y avait rien à faire. Maman pleurait tout le temps. Plus tard, Papa était rentré et n’avait rien dit. Comme d’habitude.

 

***

 

La gamine avait beaucoup hurlé. Elle s’était roulé par terre, souillant ses vêtements de boue, pendant que l’homme avait essayé de la tirer en arrière. Il lui avait arraché le devant de sa chemise, les boutons avaient volé avant de disparaître dans la vase.

 

Plus tard, il s’était présenté devant les parents, la mine basse, la casquette entre les doigts. Il s’était identifié comme le pompiste de la station-service, à la sortie du village. Il était venu à la maison avec la petite fille, qui après son coup d’éclat s’était logiquement trouvée dispensée d’école. L’infirmière scolaire s’était contentée de passer un scanner sur son corps. Les souliers étaient fichus car tachés de boue. On lui avait donné des chaussons. Et puis on lui avait prêté un autre chapeau.

 

Dans la salle de séjour, l’écolière sanglotait avec gravité, les pieds dans ses pantoufles. Son agresseur, devant sa tasse de thé froid, fixait le sol. Il n’arrêtait plus de s’excuser. Il transmettait sa honte aux parents. « Je m’excuse, je n’aurais jamais dû gifler votre fille... Elle ne devait pas aller là-bas... C’était dangereux... Une zone interdite... Je me suis emporté... J’avais peur... Je suis impardonnable... » Papa et Maman, figés, souriant bêtement par convention, ne savaient que dire.L’homme avait certes frappé leur fille chérie, mais il avait dans le même temps tenté de la protéger. Le cas présentait une contradiction trop profonde. Le pompiste avait l’air sincère dans ses regrets. Il pleurait presque, s’embrouillait, serrait les poings. Il était clair que lui aussi était constamment habité par une mer de tension. Les parents lui firent des reproches, mais n’osèrent pas l’accabler. Ils finirent par l’assurer de leur compréhension, même si la réponse avait été « excessive ». Ils avaient déjà décidé, implicitement, de ne plus jamais aller chercher de l’essence à la station-service à la sortie du village, de peur de le croiser encore. De toute façon, cinq mois plus tard, il se suiciderait.

 

L’homme s’en fut enfin, non sans avoir multiplié les excuses, à l’infini. Ce n’est qu’à ce moment que Papa se décida enfin à gronder la petite :

- Non mais petite sotte, tu ne l’as pas volé. Qu’est-ce qu’on t’a appris ? De bien suivre le chemin tracé, de ne jamais dévier, de ne pas aller se promener toute seule dans la nature. De toujours demander la permission pour toucher les plantes et les cailloux. Tu dois TOUJOURS demander. Pourquoi tu es partie comme ca ? C’est irresponsable. Ce n’est pas ce qu’on t’a appris. Il y a des règles, et elles doivent être respectées pour ta propre sécurité. Alors, pourquoi ? Pourquoi vouloir inquiéter tes parents ? »

 

Les pleurs enfantins redoublèrent. L’humiliation n’avait pas l’air de vouloir se terminer. La petite fille aurait aimé dire à ses parents et au monsieur qu’elle avait couru après son chapeau comme pour racheter sa mauvaise action de la veille, pour bien montrer que son bob, malgré tout, comptait pour elle... Qu’elle était une bonne petite fille. Qu’elle regrettait d’avoir abîmé son couvre-chef. Elle ne voulait pas qu’on l’accuse de l’avoir perdu exprès. C’était plus important que tout. Plus que la zone interdite. C’était impossible d’expliquer tout ça d’un seul coup. Alors elle gardait le silence, le visage en feu, des sillons de larmes jusqu’à la bouche, parfois jusqu’au menton.

 

Maman soupire. Désemparée, elle regarde Papa,. Celui-ci ne dit rien. Cela fait des années que son visage est un masque, ses expressions figées, son maintien raide. Il n’y a plus grand-chose qui transperce. Ou même qui vive. Papa avait décidé de rester sur place après l’accident. Même si cela voulait dire vivre avec la peur, apprendre à sa propre fille à éviter les zones interdites, à se contrôler en permanence. Et à porter un compteur, à ne jamais s’en séparer. Apprendre à sa fille à toujours demander, avant de faire quoi que ce soit : « Maman, est-ce que je peux toucher la pierre ? Maman, est-ce que je peux toucher la feuille ? Est-ce que je peux aller dehors ? Est-ce que je peux toucher le petit chien ? » Il fallait scanner tout ce qu’elle approchait. La gamine restait là, les yeux écartés, attendant que ses parents vérifient avec le compteur qu’il n’y avait pas de danger. Pour le plus petit objet de la vie quotidienne, c’était la vérification permanente. Il fallait quêter l’approbation des adultes pour interagir avec l’environnement. Le monde se résumait à une série de comptes, une vie scrutative, soupesée, mesurée.

 

Il y a eu un temps où tout cela n’était pas nécessaire. Il y a longtemps. Il y a eu ce jour où l’univers s’est cassé. La petite fille ne s’en souvient plus, de cette vie du temps passé, elle était trop jeune : oublié ce temps jadis, où tout était à disposition, gratuit, libre, offert. Elle, elle a toujours vécu dans le mince couloir de ses possibilités. Elle a constamment habité dans la non-vie. Sa limite ? Elle étend la main, bouge les doigts. Elle peut presque la toucher, la cloche de verre qui la protège du monde. Mais le monde n’a pas attendu sagement dehors : il a défoncé le verre, est rentrée en elle, l’a infusée. La gamine est rongée. Elle le devine. Le ver du poison est dans ses entrailles. Grignotement muet, invisible, des termites. Pourtant, tout le monde a l’air de croire que la cloche est étanche. Tout le monde regarde ailleurs, pour ne pas voir les infiltrations du poison. Tout le monde a peur.

 

***

 

La petite mange en silence. Ses parents aussi. Elle ne dit rien. Ses joues la cuisent encore. Là-bas, dans le champ, le pompiste était devenu comme fou, l’avait frappée à pleines mains, l’avait secouée, déchiré son habit. Mais c’était pour la protéger. La retirer du champ, le plus vite possible. Les plantes, c’est le danger. L’herbe, c’est le danger. La pluie, c’est le danger. La gadoue, c’est le danger. L’eau, c’est le danger. La montagne, c’est le danger. La mer, c’est le danger. La forêt, c’est le danger. Les animaux, c’est le danger. La nature, c’est le danger. Une fois intégré tout cela, on peut tenter de sortir dehors. On peut tenter de survivre. Mais si on baisse sa garde un instant : on s’expose, on se met sous les crocs. C’est invisible, c’est dans l’air, c’est dans le ciel. C’est dans la feuille, l’écorce, la flaque d’eau. C’est tapi. Et quand on va trop loin, ça se referme sur nous. On ne voit rien, on ne sent rien. Et pourtant, ça rentre à l’intérieur. C’est une combustion lente de flammes froides, invisibles. Le compteur, protection dérisoire, ne fait que comptabiliser les assauts. Il faut toujours, toujours, contrôler les gestes, sa vie, ses pensées, de A à Z. Pas de faille, être sur le qui-vive. Penser sécurité, rester sur le bitume, rester sur la ligne, le chemin, la direction, même si cela veut dire terminer la journée épuisée nerveusement, cobaye d’une expérience limite de privation sensorielle. Le petit corps est moulu, le dos est une plaque de métal, les muscles sont atrocement courbaturés et la bouche est desséchée, épaissie.

 

***

 

C’est l’heure de dormir.

 

La petite fille se met en pyjama. Elle coule dans son lit, ferme les yeux. Elle sombre aussitôt dans un sommeil lourd, dans une inconscience de pourceau repu. Elle tourbillonne dans un érèbe poisseux, visqueux, opaque. Ses nerfs sont sectionnés, un à un, méthodiquement, aux ciseaux. Elle se sent devenir une poupée de chair, une poupée de chair de 8 ans, sans ongles, sans doigts, sans dents, sans langue, sans cheveux. Sans épiderme, sans sensation. Ses orbites sont vides. Les organes sortent du ventre comme des cailloux. L’enfant se vide, perd son sang, son eau, sa peau devient transparente. Le monde l’écrase. Son coeur est devenu une poche de lait froide. Elle est absolument seule et glacée. Elle se tient debout, fantôme brillant dans la nuit.

 

***

 

Quand elle se réveille le lendemain matin, le matelas est tout mouillé. Comme chaque nuit, elle s’est pissée dessus. Comme chaque matin, la première inspiration lui brûle les poumons. Elle reste allongée un long moment, lestée, incapable de bouger, l’entrejambe irritée. Enfin, son premier geste est de prendre son compteur électronique posé sur sa table de nuit et de le mettre autour du cou. Le pendentif, contre sa poitrine, est son deuxième cœur. Le talisman de protection contre les esprits. Le talisman qui arrête le monde et le temps. Elle reprend conscience de sa cloche de verre.

 

Elle sait déjà qu’elle ne grandira plus.

 

f

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 01:38
Naoto Matsumura : victime de Fukushima, résistant à Tepco et témoin vivant de la catastrophe nucléaire

A l’occasion du 3e anniversaire de la catastrophe de Fukushima, Naoto Matsumura, surnommé « Le dernier homme de Fukushima », arrivera à Paris le 4 mars 2014. Son périple en France durera 10 jours et le mènera de la capitale à la centrale nucléaire de Fessenheim. A chaque étape, il témoignera de ce qu’est véritablement une catastrophe nucléaire : la perte de son territoire, la disparition de sa communauté, l’abandon des animaux et du respect de la vie, la dégradation de la santé, l’exil sans retour ou la contamination forcée.

Qui aura la volonté de rencontrer Naoto Matsumura en France ? Déjà, des voix se sont fait entendre pour dénigrer son témoignage et essayer d’empêcher sa venue. Car il dérange nos petites habitudes de consommateurs tranquilles d’électricité nucléaire. Qui aura le courage de le regarder dans les yeux ? Car dans son regard rieur se trouve un miroir glaçant, celui de notre propre futur si nous ne changeons pas radicalement notre manière de produire de l’électricité. Il se peut en effet que nous ayons peur de rencontrer notre reflet de possible victime irradiée. Car Naoto Matsumura est contaminé. Est-ce pour autant qu’on doit le fuir, le cacher, le nier ? Doit-on avoir peur de serrer la main de Naoto Matsumura ? Y a-t-il de bonnes victimes (celles du tsunami) et de mauvaises victimes (celles contaminées) ? Doit-on le tenir éloigné de la société, l’enfermer dans sa zone ?

 

Pour moi, le choix est fait. C’est d’abord un homme. En tant que victime, il a droit à la reconnaissance et au respect. On lui reproche de ne pas avoir un passé de militant antinucléaire ; et alors ? Il a le droit de témoigner, et son témoignage de résistant ‒ parce qu’il a désobéi au gouvernement en refusant d’évacuer ‒ a autant de valeur que celui de ceux qui ont fui loin de Fukushima ou de ceux que les autorités obligent à rester vivre en territoire contaminé. S’il se trouve sous le feu des projecteurs, tant mieux ! Car les Français ne sont pas assez au courant de la réalité d’une catastrophe nucléaire. Ils vivent pour la plupart dans le déni du danger ou dans l’inconscience d’une catastrophe possible. « On ne peut pas faire de l’électricité autrement ! » disent-ils en cœur. Dans le même temps, on prend soin de ne pas faire référence au Japon qui a fermé la plupart de ses 51 réacteurs nucléaires depuis bientôt 3 ans…

 

Naoto vient en Europe pour dire qu’il est encore possible de choisir une autre voie que le nucléaire. Je suis heureux de pouvoir le rencontrer en France, terre fortement nucléarisée mais encore terre d’accueil, où il pourra s’exprimer librement et faire bouger, j’espère, des lignes qui semblent figées. Je remercie infiniment cet homme qui a le courage de venir parler de ces choses terrifiantes dont il est le témoin depuis 3 ans dans son pays. Je remercie aussi chaleureusement Antonio Pagnotta et Catherine Connan d’avoir osé imaginer puis réussi à concrétiser, grâce au soutien de l'ensemble des organisateurs et des associations parties prenantes, ce voyage qui s’annonce extraordinairement riche de rencontres et d’échanges.

 

Pierre Fetet

 

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- Pour soutenir financièrement ce voyage, vous pouvez soit participer en ligne, soit envoyer votre don par voie postale à l’ordre de l’association Le dernier homme de Fukushima à Fessenheim.

 

- Pour en savoir plus sur ce projet, visitez le site dédié, et en particulier sa FAQ.

 

- Pour connaître le programme du voyage de Naoto Matsumura, lisez le communiqué de presse ou le résumé des étapes ci-dessous.

 

Communiqué de presse (en cas de problème de lecture, ajouter l'extension .pdf)

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Programme du voyage de Naoto Matsumura en France

 

Naoto Matsumura sera accompagné tout au long de son périple en France par Ren Yabuki, Kazumi Goto (interprète), Catherine Connan, Pierre Fetet et Antonio Pagnotta.

 

Les étapes importantes :

 

4 mars : arrivée à Paris de Naoto Matsumura et Ren Yabuki.

 

5 mars : visites et rencontres à Paris.

 

6 mars : participation à une conférence sur Fukushima dans le 2ème arrondissement  : "Que pouvons-nous apprendre de Fukushima" > 19h-21h, salle Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan 75002

 

7 mars : visite du site ciblé d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure (Haute Marne) et rencontre avec des acteurs locaux de la lutte contre le projet CIGEO. 20h30 > soirée publique à Bonnet.

 

8 mars : visite des forêts vosgiennes et rencontre de militants anti-nucléaires.

 

9 mars : participation à la manifestation pour la fermeture de la centrale de Fessenheim

 

10 mars : rencontre avec des viticulteurs alsaciens, conférence et soirée de clôture de l’exposition inter-lycée (Molsheim, Obernai et Barr) des photos d’Antonio Pagnotta au lycée Schuré de Barr.

 

11 mars :   conférence de presse au Parlement Européen à Strasbourg.

 

12 mars : participation à une table ronde sur Les leçons de Fukushima à Strasbourg > 19h Institut Lebel, amphi 1, 4 rue Blaise Pascal.

 

13 mars : rencontre avec les lycéens  du lycée Théodore Deck à Guebwiller, visite d’un agriculteur bio, visite de la centrale photovoltaïque de Feldkirch, réunion publique avec les riverains de la centrale nucléaire de Fessenheim > 18h, Munchhouse.

 

14 mars : rencontre à la mairie de Fessenheim, visite chez un riverain de la centrale nucléaire, rencontre avec des agriculteurs.

 

15 mars : 19h-21h > participation à "Caméra citoyenne" sur la vallée du Florival.

 

16 mars : Visite de Wyhl et de Weisweil, dans le Baden Würtemberg, hauts lieux de la résistance antinucléaire outre-Rhin.

 

17 mars : participation à la Mahnwache de Müllheim, rencontre avec les agriculteurs allemands.

 

18 mars : conférence à la Haute École Pédagogique du canton de Vaud (Lausanne).

 

19 mars : vigie devant l’OMS à Genève avec Independant Who.

 

21 mars : retour au Japon

 

 

NB : ce programme peut être légèrement modifié en fonction de l'avancement du projet.

 

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Photo d’entête © Antonio Pagnotta

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Naoto militant (source : http://ganbarufukushima.blog.fc2.com/)

Naoto militant (source : http://ganbarufukushima.blog.fc2.com/)

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On en parle

 

Naoto Matsumura –« Le dernier homme de Fukushima »

(blog Regards croisés, 20/02/14)

 

 

 

 

Participation de Naoto Matsumura à une conférence sur Fukushima à Paris

Participation de Naoto Matsumura à une conférence sur Fukushima à Paris

Participation de Naoto Matsumura à une table ronde sur Fukushima à Strasbourg

Participation de Naoto Matsumura à une table ronde sur Fukushima à Strasbourg

Participation de Naoto Matsumura à une soirée publique sur Fukushima à Bonnet (Meuse)

Participation de Naoto Matsumura à une soirée publique sur Fukushima à Bonnet (Meuse)

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 23:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 27 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

Ce rapport relate dans sa première partie l’existence au Japon d’un « Centre de recherche sur les couches profondes », ce qui n’est pas sans rappeler le projet CIGEO à Bure, dans la Meuse.

 

  1. À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires
  2. Des travailleurs quittent Fukushima
  3. Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence

 

 

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Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

Le 27 janvier 2014

 

 

Le retraitement ou la mise au rebut des déchets nucléaires pose un problème grave. Au Japon, le gouvernement a recherché des communes, qui consentiraient à recevoir des déchets, mais aucune n’a répondu à son invite, et  je pensais donc qu’on avait abandonné prospections et études à ce sujet. D’où ma surprise en découvrant un article concernant cette recherche dans le journal Fukushima-Minpo, du 12 janvier 2014. En voici la traduction :

 

À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires 

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Cent mille années seront nécessaires pour que les déchets nucléaires cessent d’être nocifs pour le corps humain. Au Japon, à présent, à Hokkaido et dans le département de Gifu, on étudie comment on pourrait conserver de tels déchets de façon sûre dans les couches profondes du sol.

 

Dans la ville de  Horonobe à Hokkaido, au “Centre de recherche sur les couches profondes”, fondé en 2001 par l’Agence Japonaise pour l’Énergie Atomique, se trouvent trois puits verticaux, profonds de 350 mètres, reliés entre eux au fond par des tunnels horizontaux.

Nous étudions le mécanisme du milieu souterrain et nous anticipons l’avenir ”, dit le chef du groupe de recherche, M. Shigeta Naotaka.

 

Nous avons commencé par descendre, en deux minutes, par un ascenseur, jusqu’à la profondeur de 140 mètres. Dans le tunnel à section en demi-cercle régnait une pénombre éclairée de lampes fluorescentes. Des portes de fer le cloisonnaient de place en place comme dans une « base secrète » de film de science-fiction. On entendait bruire des ventilateurs. En hiver, la température y est nulle, car l’air provient de l’extérieur.

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Sous nos pieds sourdait une eau, qui était un peu salée. Nous étions en effet sur une couche de roche sédimentaire datant de plus de deux millions d’années et qui formait  alors le fond de la mer. En témoignent les coquillages fossiles que l’on a trouvés là. “Partout dans le monde, quand on creuse un trou, de l’eau sourd. Au Japon, elle sourd à faible profondeur.” Chaque jour il en coule ainsi deux cents tonnes. En février dernier, lors d’un creusement, une énorme quantité d’eau mêlée à du gaz méthane a jailli et les ouvriers ont dû fuir. Nous avons continué à descendre jusqu’à la profondeur de deux cents cinquante mètres. Il y avait là un sismographe. Selon les enregistrements effectués, les secousses ici sont moins fortes qu’à la surface du sol.

 

Les couches géologiques au Japon sont plus récentes qu’ailleurs en raison de l’activité volcanique et sismique, « cependant le Japon n’est pas moins propice que la Finlande ou la Suède qui ont des sols plus anciens. Les difficultés à résoudre sont différentes selon les régions.», a déclaré M.  Shigeta.

L’an dernier, on a construit un tunnel en forme de huit, à une profondeur de trois cents cinquante mètres. Cette année on va commencer à y déposer à titre expérimental, dans la strate géologique datant de trois ou quatre millions d’années, un stock vitrifié de simili-déchets radioactifs. Ce sera une première au Japon.                (fin de la traduction)

 

   J’ai cherché sur Internet davantage d’informations et j’ai trouvé la page d’accueil de cette agence. On y décrivait la manière de conserver les déchets nucléaires de la façon suivante :

 

« Il y a deux cas où des déchets nucléaires pourraient menacer la vie humaine : le premier est l’apport de tels déchets vers des lieux de vie du fait d’éruptions volcaniques ou d’érosion des sols. Le second est leur transport par les eaux souterraines. Pour éviter ces risques, on cherche un endroit convenable, avec des couches de sol stables et des probabilités d’éruptions faibles, et là on construira des lieux de stockage aux protections multiples, par exemple on vitrifiera les déchets, on les enfermera dans des caisses métalliques, on les entourera d’argile et on les enfouira entre deux strates profondes.»

 

J’ai trouvé, sur le site du Parti Communiste Japonais, une information selon laquelle le gouvernement et la ville ont l’intention cachée de construire un lieu de stockage de déchets nucléaires dans Horonobe. Un chercheur, M. Kiyono Masaki, dit que la ville n’est pas un lieu opportun pour un tel stockage, car elle est située sur une faille active et son sol n’est pas stable.

 

 

Des travailleurs quittent Fukushima

 

Bien des gens craignent que la main-d’œuvre ne fasse défaut à Fukushima, en raison des chantiers pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Un article est paru sur ce thème, dans le journal Mainichi du 8 janvier 2014. En voici une traduction résumée :

 

M. Kanno Ichiro recrute des travailleurs pour la centrale nucléaire de Fukushima. Depuis que le Japon a réussi à devenir le pays hôte des prochains Jeux Olympiques, il entend souvent des ouvriers parler du travail à Tokyo. Lui les paie treize mille yens par jour (soit 95 euros), or d’après eux, à Tokyo ils gagneraient vingt et un mille yens. En octobre, cinq salariés ont quitté son entreprise pour aller s’embaucher à Tokyo.  

 

En 1997, 6,85 millions de personnes travaillaient dans la construction, mais en 2012  ils n’étaient plus que 5,03 millions. À Fukushima, ce qui est grave ce n’est pas seulement le manque de main-d’œuvre, mais c’est aussi  la médiocre qualité de celle-ci. (fin de la traduction)

 

En vue de compenser ce manque, la semaine dernière le gouvernement a lancé un plan de recrutement de travailleurs dans le continent asiatique. Beaucoup certes viendront, mais iront-ils à Fukushima et travailleront-ils  diligemment dans la dangereuse centrale radioactive ? Réparer les réacteurs endommagés est plus important qu’assurer le succès des Jeux Olympiques. Le gouvernement doit s’atteler avec plus de sérieux au problème du manque de travailleurs à Fukushima.

 

 

Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence.

 

Selon le professeur Kiyohara Yutaka de l’Université Kyushu, sur les cent millions de Japonais dix millions seront atteints de démence dans trente ans (1). Il se demande si un tel pays pourra fonctionner normalement.

Dans trente ans, il y aura encore beaucoup de réacteurs nucléaires, déjà hors service certes, mais qu’il faudra démonter. Et pour ce faire on aura besoin d’argent, d’électricité et de travailleurs, mais est-ce qu’un pays non normal et comptant un tel nombre de déments pourra accomplir la difficile tâche du démantèlement de ces réacteurs ?

 

_______________________

 

(1) NDE : suite à une question d'un lecteur, on doit préciser ici que Hori Yasuo ne fait pas de lien entre la pollution radioactive et l'augmentation des cas de démence. Les travaux de Kiyohara Yutaka portent sur les liens entre diabète et démence. 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 18:28

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 23 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

  • Heureuse année à tous !
  • Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles.
  • L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé.
  • 455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire.

 

 

_________________

 

 

Heureuse Année à tous !

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Mon département se nomme Gunma, ce qui signifie “troupeau de chevaux”, et comme 2014 est l’ “Année du Cheval”, elle est donc, pour ainsi dire, l’année de mon département. La poupée-symbole de Gunma est appelée “Gunma-chan”. J’ai dessiné sur la carte ci-dessus beaucoup de petites Gunma-chans qui vous transmettent mes salutations.

 

Gunma-chan peut parler et danser, car un être humain est en elle. Ces poupées sont à présent très populaires dans tout le Japon et servent de réclame pour leur ville et leur département. Gunma-chan a obtenu la troisième place l’an dernier, dans le concours de poupées. Elle est tout à fait charmante.

 

 

Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

Le 17 janvier, à 5h 46, une cérémonie commémorative a eu lieu, dans le parc Azuma de la ville de Kobe, département de Hyogo, dans la partie ouest du Japon. Il y a dix-neuf ans, en 1995, un grand tremblement de terre s’est produit, provoquant la mort de 6343 victimes. Quatorze personnes venant de Tohoku, qui ont été et sont encore touchées par la catastrophe de 2011, ont pris part à la cérémonie.

 

L’une d’entre elles était M. Kisara Toshikatsu, âgé de 57 ans et venant du département de Miyagi, qui a perdu sa femme dans le tsunami et ensuite son fils, qui s’est suicidé en raison de souffrances psychiques causées par la catastrophe. Il était plongé dans l’inquiétude et la tristesse, mais des volontaires de Kobe l’en ont tiré. En décembre vingt personnes venues de Kobe l’ont aidé à remettre en ordre sa maison et lui ont redonné courage. Il les a remerciés et, à leur demande, il a apporté sa contribution à la cérémonie par des photos de sa femme et de son fils.

 

Il dit : “Les volontaires pour venir en aide aux villes sinistrées se raréfient. Beaucoup d’occupants de logements provisoires n’ont pas d’espoir et vivent isolés et seuls. Pourtant, le concours de bénévoles est, aujourd’hui encore, nécessaire. ”. Avec des gens de Kobe, il a engagé des démarches auprès du gouvernement afin que soient légalisés des tarifs préférentiels de transport et d’hébergement pour les volontaires venant en aide aux villes sinistrées.

(paru dans le journal Maïnichi du 17 janvier 2014)

 

 

L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé

 

En décembre, le gouverneur de Tokio, M. Inose, a démissionné à cause d’une affaire de corruption et aujourd’hui, 23 janvier, a commencé l’élection d’un nouveau gouverneur. La première candidature au poste a été celle de M. Utsunomiya Kenji, ex-président du barreau japonais, soutenu par le Parti Communiste Japonais. Autre candidature, celle de M. Masuzoe Yoichi, ex-ministre de la Santé et du Travail, soutenu par le Parti Libéral Démocratique actuellement au pouvoir. Il y a deux ou trois semaines s’est mis soudainement sur les rangs M. Hosokawa Morihiro, âgé de  76 ans, ex-premier ministre (à gauche sur la photo), qui veut libérer le Japon de l’énergie nucléaire et que soutient M.  Koizumi Junichiro, ex-premier ministre lui aussi (à droite).

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Hosokawa, qui est le descendant d’un roi féodal de Kumamoto dans l’île de Kyūshū, a été premier ministre entre août 1993 et avril 1994, s'est retiré ensuite du monde politique et s'est consacré à l’art. L’autre ex-premier ministre, Koizumi, était très populaire et jouit, à présent encore, d’une grande influence sur le monde politique. Cette année, après avoir visité Onkalon, un dépôt de déchets nucléaires situé en Finlande, il a sur-le-champ mis fin à son soutien à l’énergie atomique et a commencé à s’opposer à la politique énergétique du gouvernement actuel. Il insiste sur le fait qu’on ne dispose à présent d’aucun moyen pour neutraliser les déchets nucléaires et qu’il n’est pas admissible, dans ces conditions, d’utiliser l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité. 

 

Seuls ces deux ex-premiers ministres parlent de rejeter l’énergie nucléaire, mais apparemment beaucoup de gens les soutiennent. Cela constitue une grave menace pour le gouvernement, qui répète qu’il n’y a, dans le département de Tokyo, aucun réacteur nucléaire et que par conséquent la politique énergétique ne saurait être un thème pour cette élection.

 

À ce sujet, nombreux sont les journaux et les gens qui pensent que le département de Tokyo consomme une grande quantité d’électricité produite à Fukushima, qu’il est le plus gros actionnaire de la compagnie TEPCO,  et que donc la politique énergétique du Japon doit être un thème important pendant cette élection.

 

M. Utsunomiya, lui aussi, s’oppose à la politique énergétique du gouvernement en place et c’est pourquoi certains voulaient qu’il se retire afin qu’il n’y ait qu’un seul candidat antinucléaire, mais ni lui ni le Parti Communiste qui le soutient n’y ont consenti parce que, sur d’autres sujets, la politique de Hosokawa n’est pas claire, et qu’en outre il a lui aussi profité de l’argent de la corruption lorsqu’il était premier ministre.

 

Il est certain que la politique énergétique va devenir l’un des thèmes majeurs et c’est une très bonne chose. Si Utsunomiya ou Hosokawa gagne, ce sera un rude coup pour le gouvernement actuel. Le scrutin aura lieu le 9 février.

 

 

455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire

 

   Après l’accident nucléaire de 2011, 455 assemblées de villes et de villages sur 1727 ont fait connaître au Parlement leur opinion défavorable  à l’énergie nucléaire

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 12:32

Akio Matsumura, ancien diplomate japonais, explique pourquoi selon lui l’élection au poste de gouverneur de Tokyo, qui doit avoir lieu le 9 février, est un enjeu qui concerne le monde entier.

Le nucléaire est finalement au centre du débat électoral (les candidats ont dû se positionner dès le départ pour ou contre le nucléaire) : parce que le Japon doit accueillir les Jeux olympiques de 2020 et qu’il a pris ainsi la responsabilité d’assurer en plus de celle de ses propres habitants, la sécurité des athlètes et des spectateurs étrangers, il ne peut continuer à ignorer ce qui se passe à Fukushima.

M. Matsumura est convaincu que la victoire de Hosokawa à cette élection changerait complètement la donne et que cette élection est pour le Japon une occasion absolument unique de remettre en cause le nucléaire et de prendre un tournant (énergétique) décisif.

_________________

 

 

Les Jeux olympiques nucléaires :

l’élection de Tokyo entre crise et opportunité

 

Akio Matsumura

 

 

Article original d’Akio Matsumura paru le 15 janvier 2014 sur le site Finding the missing link.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English or 日本語.

 

 

 

Depuis l’accident de Fukushima, j’ai présenté l’avis de plusieurs scientifiques éminents sur la catastrophe de Fukushima et nous avons reçu de nombreuses réponses avisées de la part d’experts issus de divers domaines. Je voudrais remercier ici nos amis d’avoir traduit systématiquement ce travail en français, en espagnol, en japonais et en allemand, une tâche difficile qui nous amené des milliers de nouveaux lecteurs. La conjonction de nos efforts nous a fait gagner une forte crédibilité internationale et a contribué à attirer sur ces problèmes l’attention urgente qu’ils méritent.

 

Au cours de ces trois dernières années, j’ai commencé à comprendre l’énergie nucléaire et comment  les risques très lourds qu’elle engendre – 10 000 ans de dégâts environnementaux – dépassent ce que la plupart d’entre nous sont prêts à trouver acceptable.

 

Le mois prochain, la population japonaise a l’opportunité de remettre en question une fois encore la sécurité de Fukushima. Une élection spéciale destinée à choisir le gouverneur de Tokyo doit avoir lieu le 9 février. C’est une élection que le monde entier va suivre et commenter et qui comprend des discussions sérieuses sur la question de l’énergie. Les candidats se sont déjà prononcés pour ou contre l’énergie nucléaire.

 

Pourquoi l’élection d’un gouverneur devrait-elle avoir une importance internationale ? Tout simplement parce que Tokyo a l’honneur et la responsabilité d’accueillir les Jeux olympiques d’été de 2020.

La tour de Tokyo

La tour de Tokyo

Dans les semaines à venir, le débat électoral va rouvrir la question de la crise incessante de Fukushima et de la sûreté de l’énergie nucléaire. Et il est bon de passer en revue les leçons tirées du drame de mars 2011 et de la catastrophe qui s’en est suivie.

 

  1. Nous avons réalisé quelque chose de très simple : toute machine potentiellement dangereuse doit absolument disposer d’un “bouton d’arrêt” d’urgence qui permette de tout arrêter complètement. Mais les réacteurs nucléaires n’en ont pas, parce qu’on ne peut pas arrêter la radioactivité et par conséquent le combustible irradié continue à dégager de dangereuses quantités de chaleur pendant de nombreuses années après l’arrêt de la centrale.

 

  1. Pendant que les centrales nucléaires génèrent de l’électricité, elles produisent également en masse d’énormes quantités de poisons radioactifs qui resteront dangereux durant des siècles après l’arrêt définitif des centrales. Et ces poisons sont capables de contaminer la nourriture et l’eau longtemps après avoir été émis dans l’environnement.

 

  1. L’eau utilisée pour refroidir un réacteur endommagé est contaminée par la radioactivité. Comme le refroidissement doit se poursuivre pendant des années, le volume d’eau contaminée n’arrête pas croître et il est presque impossible de l’empêcher de se disséminer dans l’environnement ; ce problème touche tout particulièrement les eaux souterraines.

 

  1. Au Japon, nous n’avons pas, pour disposer des déchets radioactifs à long terme, de site qui soit suffisamment isolé de l’environnement pour garantir la sécurité pendant 100 000 ans. Nous n’avons pas non plus de lieu de stockage intermédiaire pour entreposer provisoirement et en toute sécurité les déchets radioactifs pendant cent ou deux cents ans.

 

  1. Le Japon ne sera pas en mesure de démanteler complètement les réacteurs nucléaires de Fukushima et d’en retirer les cœurs radioactifs avant au moins 50 ans. Pendant tout ce temps, les émissions de radioactivité pourront continuer à empoisonner l’atmosphère, le sol et les eaux souterraines, tandis que l’eau contaminée continuera à se déverser dans l’Océan Pacifique.

 

  1. Parce que les centrales nucléaires soulèvent des questions de sécurité nationale, les gouvernements essaient de cacher au public le fonctionnement interne de ces centrales, y compris les défaillances et les épisodes de mauvaise gestion qui pourraient compromettre la sécurité publique.

 

  1. On sait que les effets médicaux des radiations, comme les problèmes de thyroïde, les cancers, les leucémies et les dommages génétiques, ne se révèleront qu’après plusieurs années, voire plusieurs décades. La société va donc être confrontée au fil du temps à l’apparition de toute une série de maladies radio-induites.

 

  1. L’exportation vers les pays en développement de notre technologie nucléaire, qui reste une technologie immature, augmente encore le risque de nouvelles catastrophes nucléaires incontrôlées, qui peuvent résulter non seulement de causes accidentelles mais aussi d’une guerre conventionnelle ou d’une attaque terroriste dans des régions politiquement instables.

 

  1. Tous les réacteurs nucléaires produisent en outre un élément fabriqué par l’homme, le plutonium, qui est le principal explosif nucléaire utilisé dans l’arsenal mondial des armes nucléaires. Ce plutonium persistera pendant des dizaines de milliers d’années après la fermeture du dernier réacteur.

 

Ces neuf vérités sont faciles à digérer ici, mais les opérateurs, les bureaucrates et bien des journalistes ont préféré les laisser dans l’obscurité durant ces trois dernières années. Les inquiétudes du public sont encore exacerbées par le fait qu’aucune solution satisfaisante n’est présentée pour contenir la contamination radioactive émanant des réacteurs endommagés et qu’on ne connaît pas encore – et il faudra encore cinq à dix ans avant de le savoir – le nombre d’enfants affectés par un cancer de la thyroïde ou d’autres formes de cancer.

 

La préparation des Jeux olympiques de Tokyo coïncide justement avec cette période. Il existe peu d’événements aussi prestigieux. Les Jeux représentent un énorme investissement, engageant les finances et la fierté du pays. Le Japon a ainsi prévu un budget de plus de 8 milliards de dollars et sa réputation internationale dépend d’une performance sans accrocs. L’inquiétude prioritaire du CIO et du Japon durant les candidatures était la sécurité : quel serait l’impact de Fukushima et de ses radiations sur les athlètes et les spectateurs ? Le Japon a vaincu les scrupules du CIO. Le président du CIO, Jacques Rogge, a dit au Japon : Vous avez assuré que les Jeux seraient « entre de bonnes mains ». Les informations concernant Fukushima auraient dû aboutir à une conclusion différente. J’espère que les débats liés à l’élection du gouverneur de Tokyo s’intéresseront plus sérieusement à cette question.

 

La meilleure façon de s’assurer que Fukushima ne soit pas une menace pour la sécurité des Jeux olympiques sera d’ajouter aux « bonnes mains » du Japon et du CIO celles d’experts scientifiques et d’ingénieurs internationaux. C’est cette concertation qui pourra évaluer la situation et confirmer que tout ce qui peut-être fait pour atténuer la menace de Fukushima a été identifié et que les mesures adéquates ont été prises en temps utile. Ce sera la médaille d’or la plus respectée de ces Jeux.

 

Cinq candidats sont en liste pour devenir gouverneur de Tokyo et de ses 13,2 millions d’habitants. Le prochain gouverneur de Tokyo sera dans une position absolument unique pour aider le Japon à mettre en place de nouvelles relations internationales et une nouvelle politique énergétique. Le candidat idéal devra posséder des qualités exceptionnelles : une vision à long terme, des talents de diplomate hors-pair, une compréhension claire des questions énergétiques et l’expérience du pouvoir local. À cet égard, M.Morihiro Hosokawa, ancien Premier ministre et ancien gouverneur de Kumamoto, qui est entré dans la course en début de semaine, a une longueur d’avance sur ses adversaires.

 

Je souhaite à Tokyo que les Jeux olympiques soient une réussite. Les citoyens de Tokyo peuvent prouver que c’est ce qu’ils souhaitent eux aussi, en plaçant leur confiance dans un leader capable de trouver des opportunités dans la crise actuelle.

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:53

Tepco diffuse un document en japonais et une vidéo qui indique une fuite importante dans le bâtiment réacteur n°3. Cette fuite a été constatée le 18 janvier 2014 à 14h40 par un employé qui surveillait les images prises par une caméra montée sur un robot utilisé à enlever les débris.

Situation de la fuite

Situation de la fuite

Le plan indique que l’écoulement a lieu au niveau du rez-de-chaussée (niveau 1F). L’eau, qui s’étale sur 30 cm de largeur, rejoint un entonnoir de vidange.

 

Tepco précise dans son communiqué à la presse japonaise qu’il n'y a pas de changement significatif observé dans les postes de contrôle et dans les paramètres de l'installation (quantité d'eau injectée dans les réacteurs, températures au fond des cuves de réacteur, températures à l'intérieur des enceintes de confinement, etc.). Mais pour l’instant, ils ne connaissent pas l’origine de cette fuite.

Le débit de dose de l'air ambiant à proximité de la fuite est d'environ 30 millisieverts/heure, ce qui ne permet pas à un homme de s’approcher. Toute investigation se fait à distance dans le bâtiment réacteur n°3 qui, suite à son explosion le 14 mars 2011, est extrêmement radioactif.

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Selon Masaishi Shiozaki, il y a de grandes chances que cette eau soit hautement radioactive, car elle est en lien avec un équipement ("main steam isolation valve room") relié au réacteur.

 

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Mise à jour du 20 janvier 2014

 

L’eau de cette fuite est hautement radioactive :

 

Radioactivité Bêta : 2.4×10^4 Bq/cm3 = 24 millions de Becquerels/litre
Césium 134 :7.0×10^2 Bq/cm3 = 700 000 Becquerels/litre

Césium 137 :1.7×10^3 Bq/cm3 = 1,7 millions de Becquerels/litre

Cobalt 60 :2.5×10^1 Bq/cm3 = 25 000 Becquerels/litre

 

Source : site de TEPCO (version : Japonais), 19 janvier 2014.

http ://www.tepco.co.jp/cc/press/2014/1233699_5851.html

 

Communiqué de l’ACRO à ce sujet :

« Retour sur la fuite découverte dans le réacteur n°3 : TEPCo n'en connaissait pas l'origine, mais a émis une hypothèse rassurante liée à de l'eau de pluie. Elle n'a pas mentionné d'hypothèse inquiétante... Elle donne maintenant des informations (en japonais uniquement) sur cette eau :
- la température est de 20°C alors que l'eau injectée est à 7°C (à 17h) ;
- il y a 1,7 MBq/l en césium 137 (1,7 million de becquerels par litre), 700 000 Bq/l en césium 134, 25 000 Bq/l en Cobalt 60 et 24 MBq/l en bêta total. (Les données de TEPCo sont en Bq/cm3 pour faire moins peur). C'est donc beaucoup plus contaminé que l'eau injectée dont la composition est ici en anglais.
TEPCo en conclut pudiquement que "ce n'est pas l'eau qui pénètre dans le réacteur". Certes, mais elle n'en dit pas plus sur la provenance. Toujours pas d'hypothèse alarmante, alors que la veille, elle n'avait pas hésité à suggérer qu'il pouvait s'agir d'eau de pluie... Quand les médias l'interrogent, le porte-parole de la compagnie ne peut nier que cette eau doit sortir de l'enceinte de confinement.
Cette eau a donc fort probablement pénétré dans la cuve où elle a été en contact avec le combustible. La fuite existe-t-elle depuis le début ? Est-elle partiellement responsable de la fusion ? Si oui, est-elle due au séisme ou au tsunami ? Ces questions sont cruciales pour la sûreté des autres réacteurs. Rien à ce propos, même en japonais.
Et comme les débits de dose sont très élevés sur place, aucun être humain ne peut aller inspecter. La réponse à ces questions va tarder. »

(source : http://www.acro.eu.org/chronoFukushima.html)

 

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 23:02

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 31 décembre 2013.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

 

    Il fait de plus en plus froid au Japon, et certainement on use davantage d'électricité pour le chauffage. A présent ici, plus aucun réacteur nucléaire ne fonctionne, mais on ne manquera pas d'électricité. En vérité le Japon n'a pas besoin d'énergie nucléaire, mais cependant, en dépit de tout, les compagnies d'électricité et le gouvernement veulent remettre en route le plus possible de réacteurs. Étrange! Ils n'ont rien appris du très grave accident de Fukushima. Si nous n’en tirons aucun enseignement, la catastrophe restera à jamais une catastrophe, mais dans le cas contraire, nous pourrons changer la catastrophe en leçon et en nouvelle étape pour créer une société meilleure. 

      J'ai eu 72 ans le 17 décembre. J'apprends parfois la mort de tel ou tel de mes anciens camarades de classe, alors j'ai commencé à me préparer pour  cette échéance, en remettant en ordre de vieilles affaires et en jetant  certaines d’entre elles. J'aime écrire et j'ai souvent envoyé des essais et des commentaires à divers journaux. Parmi les articles conservés, j'en ai trouvé un, concernant l'énergie nucléaire. Je vais commencer par sa traduction.

 

A propos de l'énergie nucléaire, qui impose des souffrances à la population

  paru le 9 juillet 1981 dans le journal Maïnichi

  par Hori Yasuo, 39 ans, enseignant

 

Récemment, M. Fukuda Hajime, le président de la Chambre des députés, s’est  exprimé en ces termes dans la ville de Tsuruga, Préfecture de Fukui : "J'entends dire que des travailleurs ont été exposés à des rayonnements radioactifs dans l'accident nucléaire, mais je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un soit mort à cause de la radioactivité. Près de 10 000 personnes meurent chaque année à cause des accidents de circulation".  Un tel sophisme est habituel chez les membres du Parti libéral-démocrate, mais comment les citoyens de Tsuruga ont-ils réagi ?   

* Dans et autour de Tsuruga se trouvent maintenant 10 réacteurs nucléaires.

 

Ce qu’il y a de terrifiant dans la radioactivité, c’est que les gens qui y  ont été soumis deviennent des "non-humains". Elle affecte non seulement  la personne exposée, mais aussi ses fils et filles et ses petits-enfants. C’est un processus comparable à la création d’espèces végétales mutantes par la radioactivité. En fait il y a dans les centrales nucléaires des travailleurs qui ne veulent pas avoir d'enfants, craignant l'influence de la radioactivité. Ce Fukuda ne sait-il rien de la terreur qu’elle inspire ? 

 

Il a comparé les accidents nucléaires aux accidents de circulation. Il dit que les victimes des premiers sont moins nombreuses que celles causées par le trafic, et que c’est donc sans gravité. Selon sa logique, toutes les contaminations environnementales deviendront bénignes, donc les gens devront les accepter. Je ne peux pas laisser sa déclaration sans réagir. 

 

 

TEPCO a décidé l'arrêt  des réacteurs 5 et 6

 

Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se trouvaient (et se trouvent encore) 6 réacteurs. En raison de l'accident nucléaire, 4 réacteurs (les n°1, 2, 3 et 4) ont été complètement détruits, c’est pourquoi la compagnie TEPCO a décidé de les démanteler, mais  il reste  les  deux autres. En septembre, le Premier ministre Abe a proposé que TEPCO démantèle également ces deux réacteurs, et le 19 décembre, il a officiellement publié que le 31 janvier 2014 il les mettra hors fonctionnement.

TEPCO ne les démantèlera pas, mais les utilisera comme laboratoires pour la très difficile destruction des quatre réacteurs endommagés. Les réacteurs n° 5 et 6 sont identiques à ceux-ci, donc  la compagnie s’en servira pour rechercher, examiner et tester des procédures efficaces.  Elle envisage, en 2014, de mettre au point des machines télécommandées pour la dépollution dans les réacteurs, en 2015 et 2016, elle explorera la manière d'atteindre l’enceinte de confinement des réacteurs, et en 2018 et 2019, elle créera des robots pour extraire les substances nucléaires fondues.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

La préfecture de Fukushima exige l'enlèvement des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2 de Fukushima, mais TEPCO n'a pas encore publié son avis.

 

 

Le gouvernement a proposé l'achat de districts contaminés

 

Le 14 décembre, le gouvernement a proposé à la préfecture de Fukushima et à trois petites villes : Ōkuma, Futaba et Naraha, que les lieux de stockage provisoire des produits pollués soient construits sur leur sol, et c'est pourquoi il va acheter 19 kilomètres carrés de terrain. Le gouvernement envisage de construire des entrepôts en avril prochain avec  un budget de cent milliards de yens (soit un milliard d’euros). Des lieux de stockage sont nécessaires, parce que partout dans Fukushima on garde les substances polluées tout à fait provisoirement sur les collines, dans les champs et même dans les jardins privés. Cependant, cela pose de graves problèmes :

 

1. Peut-être ne pourrons-nous jamais construire les entrepôts définitifs, alors, peut-être ces "entrepôts provisoires" deviendront-ils des  "entrepôts perpétuels".
2. Les personnes qui possèdent ces terrains perdront leur maison pour toujours. Elles ne pourront jamais habiter chez elles. Faudra-t-il que ces gens, déjà durement éprouvés, endurent des souffrances supplémentaires au bénéfice des autres ?

3. Pour transporter une grande quantité de déchets radioactifs vers les lieux de stockage, des problèmes de circulation se présenteront. Si l'on doit conserver les déchets pour ainsi dire éternellement, des détériorations pourront se produire dans les lieux de stockage.

 

 

État actuel des réfugiés  à Fukushima

 

Dans la préfecture de Fukushima en raison des tremblements de terre et du tsunami du 11 mars 2011, 1603 personnes sont mortes et 207 personnes  ont disparu. Et par la suite, jusqu'au 19 décembre 2013, 1604 personnes sont mortes, principalement des personnes âgées, pendant le transport, par insuffisance de soins et désespoir.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

L'ensemble des réfugiés du tsunami et de l'accident nucléaire se compose de ceux restés à l'intérieur du département (90 384 personnes) et de ceux partis hors du département (49 558 personnes).

 

52 783 des personnes réfugiées dans le département vivent dans des maisons prêtées par la préfecture, 28 921 dans des maisons provisoires, 5 473 dans des maisons communales, et les 3 252 autres chez des parents ou connaissances. On trouve des gens partis hors du département dans chacune des 47 préfectures. La plupart, soit 6 865 personnes, vivent à Tokyo (voir la carte).

 

Ces réfugiés veulent rentrer chez eux, mais en raison de la radioactivité ils ne le peuvent pas. Dans certains endroits, la radioactivité n'est pas aussi intense, mais beaucoup ne peuvent pas revenir s’installer dans des quartiers sans hôpitaux, sans magasins et sans voisins. Encore beaucoup d'anciens habitants de Fukushima sont las de vivre en nomades, se plaignant qu'ils ne peuvent pas prévoir quelle  vie ils auront à l'avenir, et que le temps passe sans apporter de solution.

 

Finalement je vous offre, avec un peu de retard, une carte de Noël que j'ai dessinée.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

Je souhaite que tous ceux qui souffrent à cause de l'accident nucléaire et du tsunami aient une nouvelle année pleine d'espoir.

 

Merci, lecteurs, pour votre soutien chaleureux.

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 19:32

En 2003, un envoyé spécial d’El Mundo, David Jimenez, constatait que les SDF étaient recrutés pour nettoyer les centrales nucléaires au Japon. Dix ans plus tard, la technique est la même pour les sales boulots de la centrale de Fukushima.

En savoir plus :

 

L’article de France 24

Des SDF japonais embauchés pour nettoyer Fukushima

 

L’article de David Jimenez (El Mundo)

Les mendiants, esclaves du nucléaire au Japon (lien ci-dessous)

 

 

Article connexe

Les disparus de Fukushima

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 02:03
Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

Dans la revue Chocs Avancées 2012 du CEA, qui présente les « avancées scientifiques et techniques de la Direction des applications militaires », un article a été consacré à Fukushima dans la rubrique Environnement : « Accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi : analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère ». Vous trouverez un extrait de cet article en bas de page. Il est un des rares articles scientifiques publiés par le CEA qui soit spécifique à Fukushima et à ce titre il mérite quelques commentaires.

L’article mentionne d’abord une mesure sur un échantillon d’air prélevé du 13 au 14 mars 2011 sur une durée de 24 heures à compter de 6h55 TU. Le bâtiment réacteur n°1 avait explosé la veille (6h36 TU le 12 mars), donc l’échantillon est cohérent avec le premier événement ; en revanche, il est peu probable que le panache noir de l’explosion du réacteur 3, qui s’est produite le 14 mars à 11h01 (2h01 TU), ait pu se déplacer jusqu’à la station de prélèvement de Takasaki, située à plus de 200 km au sud-ouest de Fukushima, surtout avec des vents contraires. Les mesures ne sont donc pas représentatives de la catastrophe atmosphérique dans son ensemble.

 

Le CEA étudie ensuite un prélèvement qui a été effectué du 22 au 23 mars 2011, et conclut à l’invalidité du « dénoyautage (sic) de la piscine de stockage de l’unité 4 ». On suppose que les auteurs veulent dire qu’il est impossible que la piscine se soit vidée (1). En tout cas, on peut se poser la question : comment peut-on invalider un feu de piscine qui aurait été éteint le 16 mars en analysant l’air une semaine plus tard  à 200 km de là ?

 

Dans le dernier paragraphe, les auteurs suggèrent que « les principales émissions atmosphériques ont eu lieu le 14 mars 2011 (explosion du réacteur n° 2) ». Encore une fois, l’explosion du n°3, qui a pourtant aussi eu lieu le 14 mars, est ignorée, comme si on voulait la gommer de l’histoire. Celle du n°4 également, qui a eu lieu le 15 mars. On aimerait pourtant que des gens sérieux du CEA se penchent sur ces incendies et explosions qui, presque 3 ans après les faits, restent des énigmes (2). Cet article semble donc faire l’impasse sur deux pollutions atmosphériques majeures. Pour réaliser une étude sérieuse sur ces évènements, il faudrait en fait prendre les données des jours concernés et utiliser des prélèvements plus rapprochés de la source. La marine américaine, qui était sous le vent, a forcément réalisé des prélèvements beaucoup plus probants (3).

 

Enfin, les auteurs affirment que les données issues des stations de surveillance de la radioactivité de l’atmosphère sont « particulièrement précieuses pour renseigner sur les chronologies de rejets et évaluer les niveaux de remise à l’atmosphère de la radioactivité ». Tellement précieuses qu’ils ne sont pas autorisés à les diffuser intégralement. La catastrophe de Fukushima, que l’on dit civile, est sous le sceau du secret d’état. Bientôt 3 ans après les évènements, on ne sait toujours rien de cette chronologie fine que nous cache le CEA. Les données recueillies dans l’atmosphère existent, il suffirait de les publier. Mais non, on emploie 6 auteurs pour écrire 4 paragraphes sur des miettes d’informations et tirer des conclusions hâtives, voir tendancieuses.

 

Alors pourquoi éditer cet article dans le blog de Fukushima ? Pour montrer que les gouvernements ne sont pas honnêtes avec leurs populations (3). La carte A montre que l’atmosphère est surveillé en secret de manière très performante. Celle-ci montre la pollution du monde au xénon-133, correspondant à l’exact emplacement des industries nucléaires. La légende parle d’un « bruit de fond ». On nous explique souvent que le bruit de fond radioactif est naturel. Or quand on le compare avec la carte mondiale des réacteurs nucléaires, on se rend compte que ce bruit de fond du xénon-133 est totalement artificiel, comme le montre l’illustration d’entête.

 

 (1) A propos du vocabulaire employé, on notera les précautions de langage des auteurs qui, au lieu de parler de corium, emploient les termes de « cœur de réacteur très dégradé » ou d’ « état de fusion avancée des cœurs ».

 

(2) A ce jour, toujours aucune vidéo diffusée de l’explosion du n°4, et aucune analyse du panache de l’explosion du n°3.

 

(3) Ce ne sont pas les 51 marins américains qui portent plainte contre Tepco qui démentiront. Sinon pourquoi souffriraient-ils tous de maladies étranges comme des leucémies, des cancers de la thyroïde ou des testicules, des tumeurs cérébrales, des saignements rectaux ou gynécologiques ?

 

(4) Le libre accès aux données de l’Otice est réclamé depuis des années par la Criirad. Vous pouvez aider cette association indépendante à obtenir gain de cause en participant à leur action.

 

____________________________

Accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi : analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère 

 

G. Le Petit - P. Achim - G. Douysset - P. Gross - M. Monfort - C. Moulin / CEA−DAM Île-de-France

 

Source

 

Le 11 mars 2011, la côte Est du Japon est frappée par un séisme de magnitude exceptionnelle qui conduit à un tsunami majeur, puis à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi.

Quatre réacteurs sur six subissent des dommages irrémédiables entre le 12 et 15 mars 2011, principalement engendrés par des explosions d’hydrogène (unités 1, 2 et 3) et d’un feu affectant la piscine de refroidissement des éléments combustibles de l’unité 4. Dans les jours qui suivent, les stations aérosols et gaz rares du réseau de surveillance de l’Otice (Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires) mettent en évidence la présence de produits de fission dans l’atmosphère. Les données issues de ces stations, reçues au CND (Centre national de données) situé à Bruyères-le-Châtel, sont particulièrement précieuses pour renseigner sur les chronologies de rejets et évaluer les niveaux de remise à l’atmosphère de la radioactivité. Plus spécifiquement, les stations de surveillance aérosols et gaz rares localisées à Takasaki, à environ 100 km au Nord-Ouest de Tokyo (Japon), permettent de fournir un diagnostic sur l’état des réacteurs.

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

Les stations de surveillance Otice de Takasaki sont parmi les premières stations touchées par un rejet radioactif de Fukushima. La figure 1 montre les produits de fission volatils (131I, 132I, 133I, 134Cs, 137Cs, 129mTe, 131mTe et 132Te) mesurés à partir d’un prélèvement d’air de 23 000 m3 acquis sur 24 heures du 13 mars au 14 mars 2011 à Takasaki.

Les niveaux d’activité volumique mesurés sont de l’ordre de 3 500 Bq/ m3 pour 131I et de 400 Bq/m3 pour le 137Cs. Dans les jours qui suivent, les mesures des prélèvements aérosols réalisés à Takasaki mettent en évidence la présence d’un panel de radionucléides élargi. L’un de ces prélèvements, acquis du 22 mars au 23 mars 2011 par la station aérosol de Takasaki, est expertisé par les laboratoires du Département analyse surveillance de l’environnement (DASE) du CEA/DAM. L’analyse met en évidence, outre les produits de fission (110mAg, 140Ba, 136Cs, 137Cs, 131I, 132I, 140La, 99Mo, 95Nb, 86Rb, 125Sb, 127mTe, 129Te, 129mTe, 132Te) et d’activation (134Cs, 113Sn) volatils ou semi-volatils, la présence dans l’atmosphère d’éléments peu volatils, 95Nb et 103Ru, sous forme de traces (activités volumiques, respectivement de 3,0.10-4 et 5,0.10-5 Bq/m3).

 

En s’appuyant sur les travaux issus des programmes de simulation d’accidents graves de réacteurs (VERCORS, PHEBUS) conduits par le CEA (Direction de l’énergie nucléaire) et par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les concentrations en produits de fission mesurées par spectrométrie d’émission gamma par le DASE, permettent de conclure à un état de fusion avancée des cœurs des réacteurs comme origine des rejets de produits de fission à l’atmosphère [1,2], et d’invalider le dénoyautage de la piscine de stockage de l’unité 4 (548 assemblages de haute activité étaient en cours de refroidissement durant les trois mois précédant l’accident). En effet, le rapport 131I /137Cs, mesuré dans les prélèvements atmosphériques, se révèle consistant avec celui correspondant à l’inventaire des cœurs des réacteurs de Fukushima au moment de leurs arrêts. Par ailleurs, la mise en évidence d’une faible signature 113Sn (4,7.10-5 Bq/m3) dans l’air, produit d’activation formé par la réaction 112Sn(n,γ)113Sn au sein des gaines de combustible (constitué d’un alliage en Zircalloy composé principalement de zirconium associé à 1,5 % d’étain), implique une température minimale de 1 800°C correspondant à la fusion des gaines. La non-détection du 95Zr, usuellement en filiation radioactive avec le 95Nb, dans les prélèvements liés à l’accident de Fukushima, est conforme aux résultats obtenus par les expériences CEA/IRSN qui ont montré que cet élément réfractaire était très peu relâché, même dans le cas d’un cœur de réacteur très dégradé.

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère
Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

 

Lire la suite de l'article :

Cliquer ici

 

_______________________

 

Illustration d’entête : cartes mondiales superposées de la pollution au xénon radioactif et des implantations de l’industrie nucléaire.

 

Illustration ci-dessous : figure 1 recomposée

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

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