1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 01:35
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La Révolution des Hortensias se poursuit de manière déterminée au Japon. L’occupation du site de la centrale d’Ôi a commencé dès samedi soir avec plusieurs centaines de manifestants. Un cordon de policier empêche l’accès aux bâtiments. Aujourd’hui dimanche 1er juillet 2012, malgré la pluie, des milliers d’opposants au redémarrage de cette installation nucléaire vont se rendre sur le site pour manifester leur désaccord avec la politique de Noda.
(photos ici ou )
Dans le même temps, diverses anomalies ayant été détectées, il est possible que le redémarrage de la centrale qui était prévu ce 1er juillet soit repoussé de quelques jours. (Mise à jour 2 juillet : la centrale a redémarré )
Ludovic Klein, doctorant en japonologie et contributeur à l’écriture du livre « Oublier Fukushima », revient sur le contexte de ce redémarrage de la centrale d’Ôi, dévoilant les mensonges des responsables et la stratégie du village nucléaire japonais pour duper la population. Merci à l’auteur pour cette contribution détaillée qui analyse très bien la situation.
 
 
 
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REDÉMARRAGE D’ŌI : MENSONGES ET OPACITÉ GÉNÉRALISÉS (I)
 
 
par Ludovic Klein
 
Le redémarrage d’Ōi devra prendre effet ce 1er juillet à 21h, donc dans quelques heures. L’occasion de faire, en 2 parties, le point sur les mensonges, approximations et manipulations diverses en jeu. Et réitérer notre opposition absolue à un redémarrage synonyme de danger nucléaire renouvelé pour la population japonaise.
La principale raison de la remise en service des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ōi (département de Fukui) était le risque de pénurie d’électricité de 15% dans la région avoisinante du Kansai, conurbation regroupant Ōsaka, Kyōto et Kōbe, et le prix de l’énergie en hausse. Mais certains éléments permettent de douter de la bonne foi du Premier Ministre et des autorités de sûreté nucléaire.
 
 
Les chiffres sont en trompe-l’oeil
Le 17 juin 2011, le journal Asahi Shinbun, ainsi que la plupart des quotidiens nationaux et régionaux, a publié les chiffres de l’approvisionnement en électricité et des économies d’énergie sur l’ensemble des régions du Japon. Un examen attentif permet de dresser un certain  nombre de constatations étonnantes.
 
 
Document 1 : Prévision de puissance électrique et d’économies d’énergie dans tout le pays pour cet été (Journal Asahi) :
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Voici une retranscription complète de ce tableau :
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Document 2 : Prévision de puissance électrique et d’économies d’énergie dans tout le pays pour cet été (Journal régional Ehime Shinbun, île de Shikoku)
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(Quelques mineures variations : le conditionnel a été abandonné et le plan d’économie d’énergie de la région de Hokuriku est montré comme ayant été abandonné)
 
 
 
 
1èreconstatation : malgré une perte sèche de 26% de sa puissance électrique, et un mode de vie énergivore à l’extrême, le Japon ne voit que 3 régions subir une pénurie d’électricité qui serait problématique pour affronter le pic de surconsommation de cet été. Sur ces 3 régions, une seule présente une pénurie d’électricité significative, le Kansai (région d’Ōsaka-Kyōto-Kōbe). Les deux autres régions déficitaires (Kyūshu au sud et Hokkaidō au nord) ne présentent qu’un déficit énergétique minime (respectivement de 2.2% et de 1.9%).
 
2ème constatation : Le Kansai AVAIT un plan d'économies prévu de 15%, mais suite au redémarrage en vue de Ōi il l'a abandonné pour le ramener à 10% (histoire peut-être de faire encore semblant de faire des économies). La pénurie impossible à éviter dans le Kansai selon le Premier Ministre avait donc été primitivement prévue et intégrée dans un plan d’économies d’énergie rationnel.
 
Et 3èmeconstatation : les chiffres sont basés sur... 2010 (c'est notamment sur le document du journal Asahi, légende d’en bas). Mais pourquoi pas 2011, l’année dernière ? La raison en est simple : le pourcentage est forcément plus grand si l'on compare 2012 avec 2010, été qui a battu des records de chaleur au Japon, et qui se place (c’est bien pratique !) avant la catastrophe du Tōhoku et les économies d'énergie qui en ont découlé. Il est dès lors légitime de se demander « en 2011, quelles étaient le pourcentage des économies d’énergie consécutives à la catastrophe de Fukushima ? »
 
Voici un extrait du journal Yomiuri Shinbun du 24 juillet 2011 :
 
YOMIURI ONLINE(読売新聞) [2011年7月24日19時25分]
http://www.yomiuri.co.jp/atmoney/news/20110724-OYT1T00448.htm
 
政府が関西電力管内に要請した10%以上の節電期間が25日からスタートする。9月22日までの約2か月間、自主的な節電を求め、今夏の電力不足を乗り切る狙いだ。
Le gouvernement a demandé à la circonscription approvisionnée par la compagnie d’électricité Kansai Electric de mettre en place à partir du 25 [juillet] une économie d’énergie de 10%. Sur cette période de deux mois qui s’étend jusqu’au 22 septembre, le but est de solliciter des économies d’énergie volontaires, afin de triompher du manque d’électricité de cet été.
 
Les renseignement pris par téléphone auprès du Plan général d’économies d’électricité de la ville d’Ōsaka ont permis de confirmer les points suivants : Il y avait bien pour 2012 15 % de plan d’économie d’électricité qui sont passés à 5 % ~ 10 % pour cause de redémarrage de Ōi, et il y a eu 10 % d’économie d’énergie l'année dernière (2011) dans le Kansai, planifiées et mises en place (et le tout s'est passé de manière tellement naturelle que quasiment personne ne s'en est aperçu).
Noda nous prend donc pour des imbéciles (et encore je suis poli). Évidemment, s’il avait commencé ses discours en disant : « il y a une pénurie d'électricité de 5 % dans le Kansai par rapport à l'année dernière, on n'a pas d'autre choix que de faire redémarrer la Centrale », l’opinion publique aurait été beaucoup moins réceptive. D'où le choix des chiffres de 2010. Le but était de réussir à mettre en place une sorte de chantage en soulignant le caractère inévitable du redémarrage : le nucléaire ou le chaos : absence d’électricité, usines en panne, etc.
La vérité est qu’il n’y avait aucune nécessité à redémarrer à toute force la centrale d’Ōi : les économies d’énergie étaient amplement suffisantes.
 
Indépendants, les membres de l’Agence de sûrété nucléaire ?
 
Ce n’est pas tout. Ino Hiromitsu, un membre de l’Agence de sûreté du nucléaire, membre qui se distingue par son indépendance d’esprit envers l’industrie nucléaire, a directement accusé un de ses collègues d’avoir reçu des pots-de-vins monumentaux de la part des compagnies électronucléaires.
La mise en accusation a pris place lors de la séance de questions de la réunion d’audition de points de vue, le 22 décembre 2011 :
« Selon les rapports, le membre [de l’Agence de sûreté du nucléaire] Akira Yamaguchi a reçu la somme de 33.850.000 yens en budget de recherche de la part de la société Nuclear Developmentsous le prétexte d’un « dépôt de recherche ». Nuclear Development est une entreprise affiliée aux Industries lourdes Mitsubishi, le fabricant principal des centrales de Ōi, de Ikata [dans l’île de Shikoku] et de Tomari [à Hokkaidō], qui sont actuellement en cours d’examen. Si cela est avéré, cela mettrait en valeur une possibilité de cas de conflit d’intérêt, et comme je pense que pour un membre de l’Agence cela n’est pas approprié à l’éthique de la recherche scientifique, j’en appelle au jugement de l’Agence de sûreté nucléaire.»
【参考】井野博満委員の12月22日意見聴取会への質問書より
「報道によれば、山口彰委員は、(株)ニュークリア・デベロップメントから『受託研究』の名目で3,385万円の研究費を受け取っている。ニュークリア・デベロップメントは、現在審議中の大飯原発・伊方原発・泊原発主製造メーカである三菱重工の関連企業である。これが事実であれば、利益相反の事例に該当する可能性があり、研究者倫理としても委員にはふさわしくないと考えるが、保安院の判断をお聞きしたい。」
 
En plus de Yamaguchi Akira, deux autres membres de l’Agence sont soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vins (sous forme de « budgets de recherche » :
Source : Journal Asahi Shinbun du 1er janvier 2012
Okamoto Kōji – Professeur spécialisé dans l’énergie nucléaire, chercheur en génie de l’université de Tōkyō. Aurait reçu 2.000.000 de yens de Mitsubishi – Industries lourdes. (réponse via son université : « Il ne peut pas répondre car il est très occupé »)
◆岡本孝司 東京大学工学研究科原子力専攻教授 三菱重工業 200万円
「多忙につき答えられない」(大学広報を通じて回答):朝日1/1記事
 
Abe Yutaka – Enseignant-chercheur en ingéniérie des systèmes d’information – cursus post-universitaire de l’université Tsukuba. Aurait reçu 5.000.000 de yens de Mitsubishi – Industries lourdes. Déclare « lors des délibérations exprimer son opinion en toute neutralité, d’un point de vue d’expert ».
◆阿部豊 筑波大学大学院システム情報工学研究科教授 三菱重工業 500万円
「審議では専門の立場から中立な意見を述べてきた」:朝日1/1記事
 
Mais ce n’est pas encore tout. Toujours selon le même article du quotidien national Asahi Shinbun (1er janvier 2012), 24 membres de l’Agence de sûreté nucléaire japonaise auraient reçu pas moins de 85.000.000 de yens de 2005 à 2010, gracieusement offerts par 11 sociétés en relation avec le nucléaire (sociétés de production électronucléaire et de traitement des combustibles usagés), et ce sans que ces dons d’argent ne soient reportés, les rendant plus faciles à utiliser discrètement. Les membres de l’Agence affirment que cela ne met pas en cause leur neutralité. Voire.


On redémarre le nucléaire d’abord, on discute après
Heureusement, une nouvelle mouture de l’Agence de sécurité, beaucoup plus indépendante, devrait voir le jour. Voici un extrait du Monde (édition en ligne) du 20 juin 2012 :
"Le Parlement a par ailleurs adopté mercredi la loi qui précise les termes de la création et du fonctionnement d'une nouvelle instance de régulation nucléaire, pour remplacer la structure précédente sous tutelle ministérielle et vertement critiquée lors de l'accident de Fukushima. La nouvelle entité de régulation, qui devrait être effectivement mise en place en septembre, aura une plus grande indépendance que la précédente, bien qu'étant placée sous le ministère de l'environnement. A l'instar de ceux de la banque centrale du Japon, ses cinq hauts membres seront nommés par le Parlement, avec accord obligatoire des deux chambres. L'accident de Fukushima a montré les lacunes et limites de l'Agence de la sûreté nucléaire actuelle, qui dépend du ministère de l'industrie, ouvertement pronucléaire."
 
Voilà encore qui témoigne de la bouffonerie généralisée du redémarrage de la centrale d’Ōi : nommer une commission « indépendante » APRÈS la décision du redémarrage d’Ōi, qui statuera sur les éventuelles ouvertures d’autres centrales. Et pourquoi ne pas avoir créé cette fameuse commission il y a quelques mois afin qu’elle analyse les conditions (problématiques évidemment) du redémarrage de la centrale d’Ōi ? Comment dès lors faire confiance à une commission, entachée de soupçons de pots-de-vins, qui a peu brillé par son indépendance vis-à-vis du pouvoir ?
 
De même, une grande discussion sur l’avenir énergétique du pays sera ouverte en août, après le redémarrage d’Ōi. Elle portera sur les 4 grands scénarios énergétiques possibles pour le Japon de demain : sur 30 ans, faire porter la part du nucléaire a zéro (scénario 1), à 15% (scénario 2), à 20~25 % (scénario 3), soit quasiment le même pourcentage qu’avant la catastrophe de Fukushima ! (avec très ironiquement une facture énergétique très similaire selon chacun des plans !)
Source : Journal Nikkei en ligne, du 29 juin
 
Mais évidemment, ce genre de discussion DOIT intervenir après le redémarrage du nucléaire au Japon, processus antidémocratique, entaché d’irrégularités et de complaisances, exposant derechef la population japonaise à une nouvelle catastrophe en sus de la première.
 
 
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dovic Klein

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Publié par Ludovic Klein - dans Au Japon
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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 15:19

 

Rien à dire, juste les écouter parler.

 

Merci à Ian Thomas Ash, auteur du documentaire "Nuclear Refugees, the people of Iitate Village", d’avoir bien voulu réaliser une version sous-titrée en français (traduction Kna) :

 

Les réfugiés du nucléaire : les habitants du village d'Iitate, un an après

 

 

 
 
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 13:35

 

555813_389219384460552_664962392_n.jpgUne semaine après la manifestation ayant rassemblé 40 000 personnes à Tokyo, c’est aujourd’hui probablement plus du double, et peut-être le triple de manifestants qui se sont donnés rendez-vous devant la résidence officielle du premier ministre Noda. La demande est claire : ne pas redémarrer les réacteurs de la centrale d’Ooi. Le gouvernement compte en effet passer en force contre l’avis du peuple pour imposer à nouveau au Japon une politique énergétique nucléaire, malgré la catastrophe de Fukushima en cours.

 

Mais le peuple dit non. Il y a tellement de monde ce soir dans la rue que le gouvernement a décidé de barricader l’accès au bâtiment et d’interrompre la manifestation.

 

Les organisateurs promettent 300 000 personnes la semaine prochaine.

 

Iori Mochizuki, célèbre blogueur japonais en exil, donne des infos régulièrement.

 

Blog Fukushima Diary (en anglais, Iori Mochizuki)

http://fukushima-diary.com/

 

Traductions françaises de Fukushima Diary (Mimi Mato)

https://www.facebook.com/#!/FukushimaDiaryFR

 

 

Avant la manifestation de la semaine prochaine, une action de terrain est programmée le 1er juillet 2012, jour choisi par le gouvernement pour redémarrer la centrale d'Ooi : à partir de 8 heures du matin un sit-in est prévu pour en bloquer l'entrée.
 
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http://www.nihon.jpn.org/nonukes/

 

 

Photos de la manifestation du vendredi 29 juin 2012

(sources : Fukushima Diary, Groupe Yellow Ribbon, Japan Times) 

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En savoir plus sur les manifestations avec cet article d'Alissa Descotes-Toyosaki

Les manifestations antinucléaires à Tokyo : hortensias et mégaphones 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 14:29
basdevantSuite à la parution en mars 2012 du livre de Jean-Louis Basdevant « Maîtriser le nucléaire ; sortir du nucléaire après Fukushima », Jean-Marc Royer en a réalisé une analyse critique qui a toute sa place dans le blog de Fukushima. Il y est relevé, entre autres, que « deux des trois cœurs ont fondu, deux subissant une fusion totale avec percement des cuves et des soubassements : le melt-through et le melt-out redoutés ». Cette information, également donnée lors d’une conférence au CERN en août 2011 par J.-L. Basdevant, si elle est confirmée par l’auteur lui-même ou un autre physicien nucléaire, devrait être à la une de tous les journaux !
 
En effet, jamais Tepco n’a révélé l’existence d’un melt-out à Fukushima ! Les physiciens français auraient-ils accès à des informations confidentielles sur la catastrophe ? Le terme melt-out, dans la phrase citée, ne prête à aucune confusion puisqu’il y est expliqué comme la « fusion totale avec percement des cuves et des soubassements ». Les physiciens nucléaires connaissent-ils la vérité à ce sujet, laissant à Tepco et au gouvernement japonais le soin de la diffuser ? Si cela était le cas, ce serait tout à l’honneur de J.-L. Basdevant, qui reste un pro-nucléaire convaincu, que de rompre ce silence coupable.
 
 
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Maîtriser le nucléaire… ou fermer toutes les centrales nucléaires du monde
 
par Jean-Marc Royer
 
 
Jean-Louis Basdevant, Ecole normale supérieure, Dr au CNRS, professeur honoraire à l’école Polytechnique, a travaillé au CEA, au CERN, au Fermi National Laboratory, avait Georges Charpak pour ami et vient de publier un gros livre intitulé « Maîtriser le nucléaire ; sortir du nucléaire après Fukushima ». Ce livre émane d’un physicien qui, malgré les constatations accablantes qu’il fait à propos de Fukushima, réalise la prouesse de rester pro-nucléaire. Je ne recense ici que les chapitres 6 à 9, les autres, que j’ai lus, traitant soit des bases de la physique nucléaire, soit … des réacteurs du futur (sic) et des dangers de la prolifération. Les citations, que je souligne parfois, sont en italique et sont référées à la pagination du livre. A noter que si l’auteur n’abandonne pas son point de vue fondamental qui consiste en une expansion illimitée de la maîtrise rationnelle [1], le sous-titre précédent était : que sait-on et que peut-on faire après Fukushima ? On devine une évolution, certes infinitésimale, mais on se demande si elle émane de l’auteur ou de l’éditeur. Synthèse et commentaires.
 
Un des soucis majeurs de JL Basdevant, et comment pourrait-on l’éviter, concerne les accidents nucléaires.
« Une part notable du déclenchement ou de l’aggravation de ces accidents provient de facteurs humains. Il y a bien entendu, des manques d’attention, ou des effets d’incompétence. Mais beaucoup de causes d’accidents proviennent d’un excès de compétence et d’habitude forgé au cours du temps » p. 134. Ainsi apparaît en filigrane ce qui pose problème à l’industrie nucléaire : entre le manque ou le trop de compétences, c’est l’être humain qui, quelle que soit sa conduite, ne serait pas à la hauteur de cette technoscience. Plus loin, JL Basdevant écrit, suite à l’accident de Three Miles Island, « toutes les procédures de conduite accidentelle ont été revues avec une approche totalement nouvelle : ne plus demander aux opérateurs de comprendre ce qui se passe (car il y a une très grande probabilité pour qu’ils se trompent, aussi compétents soient-ils), mais leur donner des actions à faire en fonction des paramètres dont ils disposent : pression, température, niveaux d’eau, taux de radioactivité ou autres. C’est ce qui s’appelle « l’approche par états », qui est aujourd’hui suivie dans de très nombreuses centrales nucléaires de par le monde » p. 140. Or c’est exactement la procédure qui était en vigueur à Fukushima. Mettre les inévitables incidents propres à ces Macro-Systèmes Techniques  [2] et au nucléaire sur le compte des êtres humains est une pratique courante depuis cinquante-cinq ans, mais qui perd de sa crédibilité au fur et à mesure des catastrophes. A mieux y réfléchir, c’est de facto l’être humain que le nucléaire aimerait bien formater à l’aune de sa démesure ou bien l’évincer de ses processus. Comme si l’homme était en trop, en quelque sorte.
 
Analyse de la catastrophe de Fukushima
« D’une part, sa cause est un phénomène naturel, il ne provient ni d’un malheureux concours de circonstances ni d’une absurdité bureaucratique. D’autre part, il est plus complexe, plus total [que Tchernobyl] : il a impliqué plusieurs réacteurs ainsi que des piscines de refroidissement du combustible usagé » p. 152.
On peut s’interroger sur « les phénomènes naturels » en question : qu’y a-t-il de naturel à installer une centrale le plus près possible du bord et du niveau de la mer ? Qu’y a-t-il de naturel à implanter des groupes électrogènes dans les sous-sols des réacteurs ? Qu’y a-t-il de naturel à se contenter d’un mur de protection de 5,5 m de haut alors que des vagues de tsunamis cinq à sept fois plus hautes sont répertoriées dans les archives : « En 2009, des géologues japonais avaient mis en garde contre le risque d’un tsunami majeur : ils rappelaient qu’en 1896 et en 1933, des vagues de 38m et 29m s’étaient abattues sur la côte du Japon. » p. 157. Qu’y a-t-il de naturel à implanter des centrales nucléaires dans un pays où se chevauchent cinq plaques tectoniques (Tokyo se trouve sur une mini plaque découverte il y a peu) et qui enregistre 10% de l’ensemble des tremblements de Terre ? Qu’y a-t-il de naturel, de surcroît, à les implanter sur la façade Est du pays, une des subductions tectoniques les plus actives de la planète ? Qu’y a-t-il de naturel enfin à édifier des centrales nucléaires lorsque l’on sait qu’il est impossible de construire des bâtiments du type des réacteurs nucléaires qui soient capable de résister aux accélérations au sol [3] énormes qui se sont déjà produites et se reproduiront dans ce pays ?
Ma thèse est que si l’on veut comprendre l’état des choses au Japon (et en France), il faut en rechercher l’explication dans son Histoire depuis 1945 : ces 55 réacteurs on été construits sur les failles de la mémoire !
 
« Lundi 14 et mardi 15 mars 2011. Cette émission soudaine et importante de fumée indiquait que le corium était bel et bien en contact avec l’eau souterraine. Des pluies noires se produisent » p. 154. « On a détecté une contamination au Plutonium en deux endroits de la centrale » p. 153. Une des explications plausibles de ce phénomène, d’après Arnie Gundersen, c’est que le bâtiment N°3 a subi une puissante détonation d’Hydrogène combinée à un accident de criticité dans sa piscine de refroidissement. D’autre part l’étanchéité de la cuve de ce réacteur, chargé en MOX depuis septembre 2010, a vraisemblablement été atteinte par l’énorme puissance de cette détonation.
 
« Lundi 28 mars 2011. On annonce un taux d’iode mille fois supérieur à la normale dans l’océan au voisinage immédiat de la centrale. […] cinq échantillons, ont mis en évidence la présence de Plutonium 238, 239 et 240. La présence de Plutonium autour de la centrale de Fukushima est inquiétante, car elle prouve l’existence de fuites dans le cœur d’un réacteur [et/ou d’accidents de criticité dans plusieurs piscines de refroidissement] » p. 156-7.
 
« Vendredi 1er avril 2011. Les nouvelles à propos du travail des liquidateurs de la centrale sont alarmantes. Six cent personnes travaillent dans les décombres des réacteurs où l’on ne parle que de radioactivité élevée […] Plusieurs de ces travailleurs ont mené leurs activités sans avoir été équipés de dosimètres […] encore une fois le ministère de la santé décide d’examiner le mode opératoire de la compagnie Tepco. Les travailleurs dorment dans des salles de réunion ou dans les couloirs, s’enveloppant de couvertures contenant du plomb pour limiter l’exposition aux radiations » p. 158. En fait, de nombreux journaux japonais ont rapporté l’activité de mafias japonaises qui recrutent des journaliers et des SDF, parfois de force, pour le compte de Tepco durant cette période. On se doute des procédures de suivi médical de ces « travailleurs » plus que précaires. Entre les méthodes de recrutement des liquidateurs néolibérales ou soviétiques, il y a comme une ressemblance : serait-ce une des caractéristiques principales de toute industrie nucléaire que de s’affranchir ainsi de toute préoccupation de santé publique ?
 
La cause : Séisme et tsunami
« Une commission gouvernementale d’enquête, présidée par le professeur Yotaro Hatamura, a été constituée par le gouvernement japonais pour étudier la catastrophe de Fukushima dans tous ses détails. Son premier rapport d’étape a été publié le 26 décembre 2011. […] Le président de cette commission révèle que c’est le séisme et non le tsunami résultant qui a causé le désastre » p. 164-5. Mais Tepco, s’appuyant sur une simulation informatique, continue d’affirmer que seul le tsunami est à l’origine de la catastrophe :
« dans l’analyse publiée dans l’édition de septembre du magazine Kagaku (La Science), Mitsuhiko Tanaka [ancien ingénieur nucléaire qui a participé à la conception de l’équipement de pressurisation du R4] critique la simulation informatique conduite par Tepco. [… Pour Tanaka]les temps utilisés dans la simulation informatique pour les changements de niveaux d’eau dans l’équipement principal et [ceux utilisés pour simuler] les changements de pression dans la cuve n’étaient pas ceux enregistrés en temps réel pendant le déroulement de l’accident. Il y a eu tricherie. La simulation de Tepco a été sciemment falsifiée par des données contraires à la réalité : les temps utilisés dans cette simulation diffèrent énormément des temps réels mesurés. Ces derniers mènent à une forte probabilité qu’une partie importante de la tuyauterie ait été endommagée par le tremblement de terre avant que le tsunami n’arrive » p. 172-73. Ce qui est confirmé par le fait connu que seuls les réacteurs sont conçus avec des normes antisismiques importantes.
«  Le séisme a endommagé les réacteurs et les circuits. Un signal d’alerte aux radiations s’est déclenché sur le site avant l’arrivée du tsunami [4]. De nombreux témoignages de personnes présentes l’attestent. Le détecteur, réglé sur des taux de radiation élevés, était situé à environ 1,5 km du réacteur N°1 et s’est mis en marche à 15h29, plusieurs minutes avant l’inondation par le tsunami. Ces faits on été connus des autorités qui les ont volontairement passés sous silence » p. 165.
« L’affirmation que seul le tsunami, d’une force exceptionnelle, était responsable du désastre a tout de suite constitué un dogme pour Tepco. En effet, l’hypothèse que le séisme lui-même aurait pu jouer un rôle important, sans le déclenchement du tsunami, aurait suscité une méfiance sévère sur la fiabilité et la sécurité non seulement de Fukushima 1, […] mais sur toutes les centrales de la compagnie. […] Les autorités gouvernementales elles-mêmes ont admis qu’il fallait éviter d’annoncer qu’un tremblement de terre pouvait endommager un réacteur nucléaire. Cela aurait déclenché une vague de méfiance, voire de panique, au Japon, pays doté de cinquante réacteurs nucléaires et sujet à des séismes fréquents » p. 170-71.
 
Bilan de la catastrophe de Fukushima
1 - « On sait maintenant que deux des trois cœurs ont fondu, deux subissant une fusion totale avec percement des cuves et des soubassements : le melt-through et le melt-out redoutés » p. 159. Sans parler des piscines de refroidissement…
« Les explosions ont entraîné des rejets radioactifs importants. Ces rejets ont d’abord été atmosphériques, puis par écoulement d’eau fortement contaminée [ils ont atteint]le milieu marin et, après percement des cuves et radiers, le sol et les nappes phréatiques. […] Le gouvernement a demandé à Tepco de construire une barrière en ciment sous les réacteurs pour stopper l’effusion du corium qui a atteint les nappes phréatiques et menace l’océan. Tepco a refusé en prétextant la lenteur de la diffusion, le coût de l’opération et le risque de voir sa cotation en Bourse s’effondrer. […] Le 24 mai Junichi Matsumoto, porte parole de Tepco, a confirmé qu’en effet la fusion du cœur s’était produite dans les trois réacteurs [dès le 11 mars]. […]Le 7 juin, le gouvernement le reconnait dans un rapport de 750 pages destiné à l’ONU » p. 168-9.
 
2 - « Un problème grave est celui de l’eau contaminée qui inonde les bâtiments des réacteurs 1, 2 et 3 jusqu’à 1,5m de hauteur. Elle provient principalement des fuites et des débordements de l’eau de mer injectée par les pompiers [qui] s’écoule dans la mer et s’infiltre dans les sols, polluant la nappe phréatique » p. 159. « Comment se débarrasser de l’eau polluée hautement radioactive qui s’est accumulée dans les bâtiments des réacteurs, les sous-sols et les fossés (environ 100 000 tonnes) » p. 174. «  … la contamination du sol, du sous-sol, des nappes phréatiques et, par conséquent, de tout le système de circulation d’eau douce par le césium 137, est unique en son genre. […] cela signifie qu’une fraction notable de l’eau douce peut rester impropre à la consommation comme à l’agriculture pendant deux siècles » p. 174. Des phénomènes de la même ampleur se sont déjà produits à Mayak-Kychtym, Tomsk-7 et Krasnoïarsk-26 en Sibérie. Noter que cette « continuité historique » pourrait aider JL Basdevant à prendre conscience de leur nature …
 
3 - « Le rejet radioactif en mer (estimé à 27 000 TéraBq par l’IRSN) représente le plus important apport ponctuel de radionucléides artificiels pour le milieu marin jamais observé. Il est vingt fois plus important que l’estimation faite par l’opérateur japonais Tepco, publiée en juin. Dans la globalité du pacifique, cette quantité de césium serait deux fois supérieure aux retombées des essais nucléaires atmosphériques des années 1960 » p. 173.
 
4 - « On est frappé par le degré d’amateurisme et d’improvisation de l’organisation des secours et des mesures de sécurité face à l’accident et son développement. Cela contraste avec l’attitude légendaire du peuple japonais vis-à-vis des tremblements de terre et des tsunamis. Le fait qu’il n’existe aucun protocole d’intervention bien défini, comme il en existe pour les incendies, les catastrophes ferroviaires ou dans l’industrie chimique, est révélateur. Cette remarque vaut pratiquement pour tous les pays équipés d’installations nucléaires, sans quoi des propositions d’aide auraient été faites » p. 174. Ainsi donc, nous n’avons pas été les seuls à remarquer cette improvisation. La différence, c’est que nous pensons qu’elle est criminelle et devrait être jugée comme telle.
 
5 - Il est plus qu’incroyable que dans ce bilan JL Basdevant ne dise pas un mot des énormes dangers que recèle la piscine de refroidissement du réacteur N°4, y compris dans la seconde édition du livre. Comme quoi il ne suffit pas d’être scientifique pour être clairvoyant. Mais à ce niveau de myopie, c’est pour le moins une grave faute professionnelle, morale et philosophique.
 
Conclusions
1 - « C’est une contre-vérité accablante que d’utiliser le désastre imminent du réchauffement climatique pour en justifier un autre [le désastre nucléaire] » p. 189. Voici une remarque que nous ne pouvons qu’approuver, pourvu qu’elle ne soit pas oubliée dans la suite du raisonnement et ... du livre.
 
2 - [Mettre en place],« tout d’abord, des protections contre le melt-out du corium, qui permettent à celui-ci de se refroidir en s’épanchant latéralement, sur une assise épaisse et de grande étendue latérale. […] Ensuite adapter des dispositifs puissants et autonomes de refroidissement d’urgence en cas de panne des systèmes prévus à cet effet. Ces deux adjonctions, certainement coûteuses aux réacteurs déjà existants constituent un minimum indispensable. Si une raison quelconque empêche de les mener à bien, il faut arrêter le réacteur correspondant et procéder à son démantèlement » p. 194. Chiche ! Nous prenons les paris, sans risque de nous tromper au vu du dernier rapport de l’ASN en ce qui concerne le parc français : cette proposition ne sera suivie d’aucun effet. JLB sera-t-il pour autant aux avant-postes pour demander la fermeture immédiate de tous les réacteurs ? D’autant plus que quelques pages plus haut il écrit : « Notons et c’est important, que le radier, c'est-à-dire la chape de béton sur laquelle repose l’enceinte de confinement de la cuve, a une épaisseur de trois mètres, alors que, sur les REP du parc français, l’épaisseur correspondante n’est que d’un mètre » p. 162-3.
 
3 - « Le danger grave du nucléaire réside pratiquement entièrement dans la fusion des cœurs ou, de façon équivalente, dans la sécurité et la fiabilité des systèmes de refroidissement et de contrôle éventuel du corium. […] La question des déchets est loin d’être résolue, ni quant à sa technique ni quant à son prix. De façon inexorable, les déchets s’accumulent dans les piscines aux alentours des réacteurs ou dans des dépôts de fûts vitrifiés. […] une façon radicale de supprimer un symptôme est d’en supprimer la cause. La sortie pure et simple du nucléaire est une solution à ce problème. Il apparaît de plus en plus vraisemblable que, pour un temps, (sic) c’est la seule. Elle aura un coût, mais ce coût sera inférieur à celui de la persévérance dans le danger. Nos sociétés ne sont pas mûres pour utiliser l’électronucléaire dans les conditions technologiques actuelles, c’est à dire avec des réacteurs REP ou REB actuellement en service dans le monde » p.191-192. Au-delà de ces rodomontades dont la vraie motivation s’affiche dans les lignes ci-dessous, il faut bien entendre le premier fondement de cette soudaine radicalité : ce sont les sociétés humaines qui ne seraient pas mûres ! Gageons que les chercheurs en « Transhumanités » sauront nous fabriquer des êtres à la mesure des industries nucléaires.
 
4 – Et voici le second fondement qui pointe le bout du nez : « En France, l’objectif de réduire la part du nucléaire de 75% à grosso modo 50% d’ici à 2025 ou 2030 est parfaitement tenable. Cela inclut, bien entendu, le remplacement d’anciens réacteurs par des réacteurs EPR. Le futur du nucléaire sera, ensuite, beaucoup plus indécis. Il est tout à fait possible […] que le nucléaire s’estompe progressivement. Il est aussi possible qu’après un creux, il reparte de plus belle avec des réacteurs de la génération 4 ou 5, pourquoi pas. Encore une fois : personne ne peut prévoir ce que sera la physique dans soixante ans ! » p. 191. Décidemment, ces scientifiques sont comme ces vieux staliniens qui ne peuvent se résoudre à la chute du mur parce qu’elle met en cause non seulement toute leur vie, mais aussi toutes leurs anciennes valeurs. Rappelons juste à JL Basdevant que le dernier rapport de la cour des comptes permet de comprendre que plus de 225 milliards d’euros 2010 ont été dépensés depuis 1945 pour tenter d’analyser et de circonvenir les dangers recelés par le nucléaire, avec les brillants résultats que l’on connait.
 
5 - « Un collègue japonais me disait un jour : si EDF et Areva sont tellement sûrs de leurs centrales, pourquoi ne pas en installer une sous la place de la Concorde ? Grâce à la cogénération, cela permettrait d’améliorer considérablement le chauffage urbain à Paris » p. 191. Voilà une remarque judicieuse que l’on aurait aimé entendre de la bouche de nos experts et de nos politiques gaulois !
 
6 - « Le plus grave est la pénétration de masses radioactives dans les nappes d’eau souterraines et dans la mer à la suite du melt-out. La radioactivité s’épanche dans les nappes phréatiques. L’eau douce, l’eau potable, l’eau de l’agriculture, vont devenir radioactives pendant trois cents ans sur une étendue considérable ! » p. 200. [De plus, Fukushima …] « est la première catastrophe civile qui se soit développée au contact de la mer ! L’évolution et l’issue de cet aspect des choses sont d’une importance primordiale. Cet aspect avait été négligé, on le comprend, dans les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki » p. 197. Cette remarque est intéressante car ces deux villes sont situées sur un delta en bord de mer ; c’est un des multiples aspects que les commissions militaires états-uniennes se sont empressées « d’oublier » dans leurs études, dès septembre 1945.
 
7 - « Au vu des expertises et des témoignages divers dont nous avons parlé, il est malheureusement probable que le maintien du parc nucléaire japonais dans l’état actuel de sa technologie a de fortes chances de transformer le pays en un vaste marécage radioactif avant la fin du siècle » p. 184. On aurait aimé que JL Basdevant en tire toutes les conséquences et sur tous les plans car tout ceci ne l’empêche pas de continuer à rêver, non pas au bonheur de l’humanité, ni à la manière d’éviter les catastrophes à venir, mais plutôt à la génération IV et V des réacteurs nucléaires, à la maîtrise de la fusion thermonucléaire (chapitre X) et à la manière d’en faire bénéficier le tiers-monde (p. 198). Les professeurs Folamour ont ceci de commun avec les vieux staliniens que le monde peut bien s’écrouler, ils continueront de penser de la même manière. Peut-on leur rappeler ce que disait un scientifique un peu plus philosophe : on ne résout pas un ancien problème avec de vieux arguments. C’est la notion même d’énergie, comme vision prédatrice d’un monde fini qu’il faudrait qu’ils commencent à remettre en cause, et en conséquence la notion de croissance illimitée [5].
 
Jean-Marc Royer, juin 2012
 
 
______________________________________________
 
[1] Concept philosophique de Cornélius Castoriadis exposé entre autres livres dans Le monde morcelé, Paris, Seuil, 1990.
 
[2] Concept développé par le philosophe Alain Gras dans un livre éponyme et que JL Basdevant confirme de facto : « Il est apparu qu’un accident de ce genre [TMI] provient de la conjonction inattendue et imprévisible de défaillances multiples dans un système complexe » p. 140. Et plus loin : « L’accident de TMI est l’archétype de ce que Charles Perrow nomme les accidents normaux des systèmes complexes : des accidents qui sont inévitables, quelque soit l’efficacité des systèmes de sécurité conventionnels » p. 182.
 
[3] Les effets d’un séisme ne sont pas seulement fonction de sa magnitude, mais dépendent d’une foule de facteurs. Un des plus importants, est l’accélération au sol horizontale, qui fut énorme le 11 mars 2011. Consulter la documentation du bureau régional géologique et minier à ce propos.
 
[4] Japan’s Fukushima Reactor May Have Leaked Radiation Before Tsunami Struck, By Yuji Okada, Tsuyoshi Inajima and Shunichi Ozasa. http://www.bloomberg.com/news/2011-05-19/fukushima-may-have-leaked-radiation-before-quake.html
 
[5] Certains scientifiques seraient bien avisés de tirer toutes les conséquences de ce qu’il faut nommer le principe entropique, issu du second principe de la thermodynamique, lequel est l’objet d’un gigantesque « trou de mémoire » dont les effets sont phénoménaux.
 
 
 

 

 

Jean-Marc Royer-copie-1Qui est Jean-Marc Royer ?

Jean-Marc ROYER est diplômé de l’Ecole nationale d’aviation civile et de l’université Paris-VIII en histoire, ex-cadre supérieur d’ADP, ancien dirigeant du syndicat des cadres CGT d’Orly, contributeur dans deux séminaires de l’EHESS, rédacteur du livre « La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental » (cf. ci-dessous) et de l’appel :  Hiroshima, Tchernobyl Fukushima : des crimes contre l’Humanité.

Contact : jean-marc_royer (a) orange.fr

 

 

 

La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’im« La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental »

 

Jean-Marc Royer

 

En 1610, Galilée promeut un mode de connaissance qui se veut une lecture mathématique de l'Univers. Face à lui, l'Eglise. Un long combat s'engage alors, lois contre lois. Un siècle et demi plus tard, tandis que naît la fabrique industrielle basée sur le charbon, les philosophes optent pour ces "lumières". Ce savoir qui voulait mettre la subjectivité à distance aura réussi au-delà de toute espérance : c'est l'être humain que la rationalité calculatrice a rendu obsolète.

 

« C’est un chant général que nous espérons, un cantique, orchestré par un Mikis Theodorakis sur un livret de Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant, Viviane Forrester, André Velter, Armand Gatti, Beaudoin de Bodinat. C’est d’un Sophocle, d’un Euripide ou d’un Eschyle dont nous aurions besoin pour mettre en scène la tragédie, unique, que l’humanité et le monde sont en train de vivre. »

 

Table des matières

 

Télécharger la présentation détaillée du livre « La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental »

 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:24
 
Cartes
 
- Carte de la dispersion du plutonium de Fukushima :
Les prélèvements analysés pour cette nouvelle carte ont été effectués entre le 10 août et le 13 octobre 2011.
Ce document, diffusé par le bureau local du METI (ministère de l'économie, du commerce extérieur et de l'industrie du Japon), section catastrophes naturelles et nucléaires, est suspect : ces résultats en Bq/m² sont en contradiction avec les données sur le neptunium, précurseur du plutonium, issues des prélèvements effectués à Iitate en avril 2011.
 
carte plutonium
 
 
Document source en entier (en japonais, 649 Ko)
Document source en entier annoté en français (merci à Martine C. pour la traduction !)
 
 
- Dépôt de plutonium et strontium
(carte du 1eroctobre 2011)
 
plutoniumstrontium
 
L’article du Asahi Shimbun qui fournit cette carte, relate la version officielle : il y a peu de strontium par rapport au césium, donc il vaut mieux s’intéresser au césium. Il y a peu de plutonium, et même si vous l’ingérez, il ne se fixe pas dans l’organisme. Blablabla… . C’est un discours rassurant mais dont il faut se méfier assurément, car le gouvernement semble vouloir cacher la pollution au plutonium.
Les prélèvements analysés pour cette carte ont été effectués du 6 juin au 8 juillet 2011 dans un rayon de 100 km autour de Fukushima Daiichi.
 
 
- Zonage post-accidentel au 1er avril 2012 (doc ASN)
 
Annexe-Zonage-post-accidentel-au-1er-avril-2012
 
 
 
Webcams
 
La démolition de l’étage supérieur de l’unité 4 se poursuit (Merci à nuckelchen pour son œil de lynx !). Cette opération consiste à débarrasser entièrement de toute construction le niveau technique (qui est aussi le niveau supérieur de la piscine) afin d’y construire la nouvelle structure qui permettra le sauvetage du combustible.
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Extrait de la vidéo de la webcam TBS du 21 juin 2012 :

 
 
Extrait de la vidéo de la webcam Tepco du 21 juin 2012

 
 
Captures photos des 23 et 24 juin 2012 au matin : les murs ruinés de l’unité 4 changent d’aspect de jour en jour
120623matinheurejapon
120624matintbs.jpg.
 
 
Photos
 
Vues aériennes de la centrale de Fukushima Daiichi (28 mai 2012)
 
- depuis la mer
fukuestjuin2012
(source Cryptome : lien vers la photo HD)
 
reacteur3
Détail : unité 3
 
reacteur4
Détail : unité 4
 
- depuis le sud
fukusudjuin2012
(source Cryptome : lien vers la photo HD)
 
 
Visite de l’unité 2 par le robot Quince
(13 juin 2012)
 
sans-titre
piscine de désactivation (celle-ci contient 106 tonnes de combustible)
 
unité2
Relevé des niveaux de doses au niveau technique. On notera les 880 mSv pile au dessus du réacteur, ce qui atteste une fuite radioactive provenant de l'enceinte de confinement.
 
En savoir plus sur cette visite avec Gen4
 
 
Archive (merci Ray !)
Photo du 15 mars 2011(matin) : image de la télévision japonaise NHK, prise à 30 kilomètres, montrant un panache de couleur blanche qui s'échappe de l’unité 4 de Fukushima Daiichi. Vapeur ou fumée d’incendie ?
 
Daiichix-wide-community
source : Ondeadline
 
 
Rizières de Fukushima
Photos de Jean-Marc Bonzom qui étudie actuellement les effets de la radioactivité sur les oiseaux (source : son blog de bioécologie)
 

rizière

 
 
rizière2
 
 
Vidéos
 
Toutes les vidéos de Kna sont à voir et à diffuser ! Elles sont soigneusement choisies et sous-titrées en français. La chaîne de Kna est une source de connaissances incontournable sur la catastrophe de Fukushima et sur le nucléaire. Voici quelques-unes de ses dernières éditions :
 
 
 
 
 
 
 
kna60
 
Autres vidéos de Kna
sur Youtube
ou sur Dailymotion
 
 
 
 
 
Film à soutenir
Encore une semaine pour soutenir le film de Alain de Halleux !
(Cliquez sur l’image pour accéder au site)
 
greyzone
 
 
 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 10:59

 

Bertell.jpg“Il n’y a rien de tel qu’une exposition à la radioactivité pour faire des dégâts. La probabilité que les cellules soient endommagées est de 100%. La question suivante est : de quelle atteinte vous souciez-vous ?”  Dr. Rosalie Bertell, 1990

 

Eminente scientifique américaine et expert international sur le rayonnement, la militante écologiste Rosalie Bertell est décédée le 14 juin 2012. Elle avait 83 ans. Voici quelques extraits d’un article la présentant sur le site Global Research (1).

 

 

En 1985, son premier livre, " No Immediate Danger: Prognosis for a Radioactive Earth ", a été publié à Londres et acclamé par la critique. Le livre décrit en détail les effets de la radioactivité - pas seulement les taux élevés de cancers incurables - mais aussi la façon dont l’exposition aux rayonnements ionisants (pénétrants et créés par l'homme) affecte le corps humain. En 1986, Rosalie Bertell faisait partie de l'équipe d'enquête sur Tchernobyl, et elle a travaillé avec des milliers de survivants de la catastrophe du réacteur nucléaire.

 

Dans un discours prononcéen 1990 à Oslo, en Norvège, elle notait que la radioactivité augmente la susceptibilité à « beaucoup de maladies différentes, y compris les déficiences du système immunitaire, les malformations congénitales, les fausses couches, les maladies chroniques à long terme, les mutations génétiques (ce qui implique des atteintes continues et la dégradation du patrimoine génétique, c’est-à-dire de l'avenir), ainsi que les leucémies et autres maladies du sang. »

 « Prenez par exemple un seul atome de plutonium dans un tissu pulmonaire. En se désintégrant, il projette des particules d'énergie à travers des cellules vivantes. Comme vous le savez, une cellule n'est pas vide ; c’est un système vivant rempli de différents types de matière, avec des tâches distinctes à effectuer dans le corps. Nous ne pouvons rien ressentir de cette désintégration au niveau cellulaire. Mais elle provoquera des dégâts.... Le dégât qui est susceptible de causer le plus de problèmes dans un système global comme l’être humain, c’est le dégât qui frappe le noyau de la cellule. Parce qu’à l'intérieur du noyau, il y a le matériel chromosomique qui conserve le modèle de ce que doit faire la cellule. Si vous changer cela, vous changez ce que la cellule produit. Si vous modifiez une cellule, et qu’elle est encore capable de se reproduire, cela fera deux cellules avec des chromosomes endommagés, ce qui peut provoquer une croissance exponentielle de cellules qui ne travaillent plus correctement. »

(…)

 

En 2007, « Tchernobyl : L'héritage caché » de Pierpalo Mittica est publié. Rosalie Bertell en était l'un des co-auteurs. Elle y a contribué par un important rapport sur la dévastation que ce réacteur nucléaire continue de provoquer sur la population ukrainienne ainsi que sur le reste du monde. Comme pour la terrible catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la quantité de radioactivité reste avec nous pour toujours ; non seulement pour la population japonaise, mais pour le monde entier.

(…)

 

À 83 ans, et malgré une maladie grave ces deux dernières années, Rosalie Bertell était toujours active, « écrivant des articles et répondant au courrier, travaillant avec le grand public pour continuer à l’informer sur les risques et les dangers des essais environnementaux militaires et l’industrie nucléaire ». Elle considère que sa récompense la plus gratifiante fut d'avoir « découvert tant de personnes sensées, concernées à travers le monde, qui demandent seulement à mener une vie décente et à élever paisiblement leurs enfants, en partageant les richesses de la planète avec tout le monde et avec tous les êtres vivants ! J'ai trouvé ces gens-là dans chacun des plus de 60 pays où j'ai travaillé. Les gens ordinaires savent que  nos politiques environnementales actuelles sont basées sur la cupidité, qu’elles ne sont pas faites pour les êtres vivants et ne sont pas durables. »

 

 Lire l'article complet en anglais 

 

 

 

 

Rosalie-Bertell.jpgQui est Rosalie Bertell ?

Sœur des Nonnes Grises du Sacré-Cœur, Rosalie Bertell était titulaire de cinq doctorats honoris causa. Elle comptait, parmi ses nombreuses récompenses, le Prix Right Livelihood1986, connu sous le nom de Prix Nobel Alternatif ; le Prix de la Paix du mouvement World Federalist ; le Prix Innovateur pour la Santé du Conseil de la Santé du Premier Ministre de l’Ontario ; le Prix du Programme pour l’Environnement Global500 des Nations Unies et le Prix Sean Mac Bride International de la Paix. En 2005, elle a été l'une des 1000 Femmes de Paix nominées pour le Prix Nobel de la Paix. Elle a publié plus de 100 articles, et fut rédactrice de la revue « Perspectives Internationales en matière de Santé Publique ».

 

 

 

 

ber dangerLe premier livre de Rosalie Bertell  : No Immediat Danger ? Prognosis for a Radioactive Earth, paru en 1985, a été traduit et publié en français en 1988 (2ème tirage en 1989) sous le titre Sans danger immédiat ? L'avenir de l'humanité sur une planète radioactive  (Ed. La pleine Lune). Il est encore possible de se le procurer.

 

 

 

 

 

 

(1) Merci à Cécile Monnier pour la traduction française !

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En savoir plus sur les travaux de Rosalie Bertell

 

 

Articles

 

Fukushima nuclear Catastrophe : a Message from Dr. Rosalie Bertell  ( 3-24-11)
http://www.rense.com/general93/fuk.htm

 

Chernobyl: An Unbelievable Failure to Help

(International Journal of Health Services, Volume 38, Number 3, Pages 543-560, 2008)

Tchernobyl : L'Incroyable Echec de l'Aide Humanitaire
une critique des Trois Agences ONUsiennes : AIEA, OMS et UNSCEAR
.

Article à télécharger  >>> ici (en anglais) <<< ou >>> là (en français) <<< 




Vidéos

1)   Rosalie Bertell   presentation at the IICPH's 25th anniversary celebration.
(International Institute of Concern for Public Health). Recorded in Toronto, Ontario, September 19, 2009. (4 videos)

IICPH's 25th - Rosalie Bertell - part 1

Rosalie Bertell part des études d' Alice Stewart (anglaise) , études de l'épidémiologiste J.F Viel ( français)  autour de la Hague, études allemandes  Spix, Korblein  et coll autour des centrales allemandes en fonctionnement normal

http://www.youtube.com/watch?v=uSS7T33pLk8&feature=relmfu


IICPH's 25th - Rosalie Bertell - part 2

étude sur les faibles doses sur le cerveau de Loganosky  (Ukraine ), effets neurologiques.

http://www.youtube.com/watch?v=C9H8oJsWU0g&feature=relmfu


IICPH's 25th - Rosalie Bertell - part 3

conséquences sanitaires dû à l'utilisation Uranium appauvri : guerre du Golf  en Irak,
 les différents effets de rayonnement Alaph, bêta, gamma , les effets de proximité ( bystander effect)

http://www.youtube.com/watch?v=d_PHOR35zq4&feature=relmfu


IICPH's 25th - Rosalie Bertell - part 4

propositions pour le futur.

http://www.youtube.com/watch?v=hLi_SdFb-LQ&feature=relmfu

2) Rosalie Bertell - Planet Earth Weapon (3 parties)

 

Rosalie Bertell - Planet Earth Weapon - Part 1/3

http://www.youtube.com/watch?v=MX4135On36E&feature=related

Rosalie Bertell - Planet Earth Weapon - Part 2/3

http://www.youtube.com/watch?v=1utheAlBGaE&feature=relmfu

Rosalie Bertell - Planet Earth Weapon - Part 3/3
http://www.youtube.com/watch?v=HzWPoltsC8Y&feature=relmfu


3) Chemtrails: Sr. Rosalie Bertell, PhD

http://www.youtube.com/watch?v=hh4iS_P5aBw&feature=related

Présentation de son livre : Planet Earth : the latest weapon of war , a critical study into the military and the environment

4) DEPLETED URANIUM IN THE HUMAN BODY - Rosalie Bertell, PhD

http://www.youtube.com/watch?v=FzsR0M1Eu90




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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 16:50
 
nn22 juin 2012, encore une journée historique de la lutte antinucléaire au Japon !
 
Ce vendredi soir, entre 40 et 50 000 personnes se sont rassemblées devant la résidence officielle du premier ministre Noda à Tokyo.
 
Les Japonais ne lâchent rien.
 
Ils refusent la décision du gouvernement de redémarrer les centrales nucléaires dans leur pays.
 
Suite au mépris affiché des autorités face à la pétition rassemblant plus de 7 millions de signatures, la mobilisation s’amplifie, certains parlent déjà de « Révolution des Hortensias » ‒ 紫陽花革命 ‒ rappelant cette fleur japonaise symbole de la mousson.
 
C’est un fait, les révolutions du XXIe siècle naissent dans les réseaux sociaux ! Le terme semble être né dans un tweet du 17 juin. Cette fleur symbolise la floraison longue avec plusieurs couleurs qui dure toute la saison des pluies de mi-juin à mi-juillet.
 
Vendredi prochain sera encore un vendredi jaune, les organisateurs promettent une manifestation de 100 000 personnes. Gageons que cette appellation ‒ la Révolution des Hortensias ‒ soit retenue par l’Histoire et que ses fleurs s’épanouissent longtemps !
 
 
sources :
 
       

 

Mise à jour du 23 juin :

Pour ceux qui habitent sur la région TOKYO, une manifestation est prévue dans la ville du 1er Ministre NODA demain dimanche 24 juin, à NishiFunabashi (Chiba). (source : Groupe Les veilleurs de Fukushima francophones)

 

MIse à jour du 24 juin :

Compte rendu de la manifestation du dimanche 24 par Ex-skf :

http://ex-skf.blogspot.jp/2012/06/june-24-demonstration-in-funabashi.html?showComment=1340556749244.

 

 
Photo d’entête de mcinko
Les autres photos proviennent des sources citées
 
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Autres articles :
.
 
Reportage TV japonaise
.

 
Photos de la manifestation
.
manif
"Ajisai kakumei" = "Révolution des Hortensias"
 
manif1
 
manif10
 
manif11
 
manif2
 
manif3
 
manif4
 
manif5
 
manif6
 
manif7
 
manif8
 
manifestationtokyo
 
photo 1340370191542-1-0
 
photo 1340370285025-1-1
 
sans-titre
 
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t TKY201206220499
 
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hortensia.jpg
 
     
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:10

explosion3J’ai eu mal aux oreilles ce matin en écoutant, sur les ondes de France-Inter, notre nouveau président de la république française. Il s’était déplacé hier au sommet de Rio+20 pour faire un discours dont voici un extrait :

« Personne ne peut gagner seul contre les autres la grande bataille de l'environnement. Ou nous la gagnerons ensemble, ou nous la perdrons ensemble.

Etre un responsable public utile, c'est d'être capable de parler au nom de la planète et de préparer l'avenir. Nous sommes tous conscients ici, et je ne vous apprendrai rien, que nous sommes mortels, mais notre dignité d'homme et de femme, c'est de permettre à d'autres de vivre après nous et mieux que nous. »

 

D’abord on préfèrerait qu’il parle en notre nom plutôt qu’au nom de la planète, parce qu’une fois notre espèce disparue, la planète continuera à exister sans peine. Le problème, ce n’est pas la planète, c’est l’homme.

 

Ensuite, la « grande bataille de l’environnement », elle se trouve actuellement à Fukushima : une malheureuse secousse un peu trop forte risque de faire basculer notre monde dans un enfer radioactif mondial. La priorité devrait être là pour tous les chefs d’états : éviter que cet évènement n'arrive. Toutes les intelligences devraient se concentrer sur la manière la plus efficace et la plus rapide pour récupérer le combustible des piscines menaçantes de Fukushima Daiichi.

 

Mais au lieu de tout faire pour sortir de cette crise sans précédent, notre nouveau président a fait acte d’allégeance à Areva dès le 12 juin 2012 en se prononçant  pour une accélération de la mise en exploitation de la future mine géante d’uranium d’Imouraren (Niger), prévue fin 2013 :

« Si ça peut aller plus vite, nous y sommes favorables. Tout ce qui peut être fait pour le développement, pour l’activité économique doit être réalisé dans les meilleurs délais ».

 

Double langage. D’un côté on promet aux Nigériens un avenir pollué, et de l’autre on fait des beaux discours sur l’environnement. D’un côté on favorise l’énergie nucléaire partout dans le monde avec le plutonium d’Areva, et de l’autre on clame qu’on aimerait « permettre à d'autres de vivre après nous et mieux que nous » !

 

Pourtant, l’énergie nucléaire, c’est exactement l’inverse : cette énergie égoïste permet de donner de l’électricité à quelques humains durant quelques dizaines d’années et condamne toutes les générations futures à l’empoisonnement durant des milliers d’années.

 

Oui, toutes les centrales nucléaires produisent du plutonium. Oui le MOX fabriqué par Areva contient du plutonium. Oui, l’unité n°3 de Fukushima Daiichi fonctionnait au MOX. Oui, elle a explosé le 14 mars 2011. Oui, le Japon est contaminé. Non les enfants ne sont pas évacués, ils portent des dosimètres. Oui, l’Europe est contaminée par l’explosion de Tchernobyl en 1986. Non les enfants d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie ne portent pas de dosimètres. Oui, ils sont 80% à ne plus être en bonne santé. Non, les responsables ne sont jamais inquiétés. Oui, les enfants ont plus de leucémies s’ils vivent près des centrales nucléaires. Non la centrale de Fessenheim n’est pas encore fermée. Oui, j’ai mal aux oreilles !

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 11:05

 

reacteurs-3-et-4-de-Fukushima-16-mars-2011.jpgLe texte Une pétrification foudroyante a été écrit par Michel Tibon-Cornillot à la demande d’une revue franco-japonaise installée à Tokyo. Celle-ci voulait créer un numéro spécial consacré au séisme et tsunami de mars 2011 et pour cela, a mis en place une pré-sélection des auteurs contactés en leur demandant le thème choisi, une introduction et le plan de l'éventuel article. Une fois accepté par cette première sélection, le texte de Michel Tibon-Cornillot fut envoyé à la rédaction de la revue, début décembre 2011. Trois mois après, la rédaction de la revue décida de ne pas le publier.

 

Décembre 2011, janvier 2012 ! février 2012 ! Au cours de ces trois mois, se sont mises en place les tentatives de re-normalisation lancées par la société Tepco, autour du contexte "surréaliste" des arrêts à froid. Cette relecture « euphémique »  de la catastrophe qui avait des sources politiques a probablement eu un impact sur le comité de direction de la revue franco-japonaise qui est liée, entre autres, aux institutions officielles, et du Japon, et de la France. Fallait-il prendre en compte les réticences des pouvoirs publics ? Y avait-il des menaces concernant d'éventuelles subventions? Autant de suppositions. Mais une seule certitude, refuser le texte Une pétrification foudroyante, sans doute trop inquiétant !

 

Michel Tibon-Cornillot n’a pas souhaité que l’on enterre son travail de la sorte. Aujourd’hui, il a choisi d’éditer son article dans le blog de Fukushima, et c’est un grand honneur de l’accueillir dans nos colonnes.

 

 

 

-oOo- 

 

 

 

Une pétrification foudroyante 

le temps d’après la collision Fukushima

 

par Michel Tibon-Cornillot, ehess

 

 

Version pdf téléchargeable (610 Ko)

 

 

 couvercle-copie-1.jpgAffalée sur la plage en bord de mer, l’ex-centrale de Fukushima rassemble sur son aire une multitude de pièces arrachées, parfois énormes, de flaques d’huile, d’eau polluée, souvent radioactive, de mazout, de bâtiments d’entretien, de réfrigération, laissés à l’abandon ; cet ensemble désolé pourrait ressembler à une sorte de  « zone » sous-industrielle des suburbs contemporaines, mais cette image s’évanouit de suite face à la vision des quatre énormes réacteurs ruinés, ces sortes de dragons  blessés, crachant de toute part leurs feux et leurs particules venimeuses. Entre séisme et tsunami, se sont manifestées des énergies telluriques et océaniques bien plus puissantes que les dispositifs techniques humains : les ondes sismiques ont fissuré les socles de béton les plus épais, les murs de soutien les mieux armés. Les flots ont envahi l’ensemble du site, noyé les pare-feux, éteint les réfrigérations ; ils sont rentrés dans les sous-sols ainsi que dans toutes les structures non étanches ou souterraines. En se retirant enfin, la mer a emmené et éparpillé des milliers de tonnes de débris lourdement contaminés.

    Les images, les sons, les commentaires de ces événements, se sont immédiatement coagulés puis satellisés et diffusés mondialement en innombrables facettes qui réitèrent indéfiniment des traumatismes bien réels, sans qu’on puisse les distinguer des effets spéciaux numérisés des films-catastrophes contemporains. Malgré le flux ininterrompu des informations, les questions essentielles demeurent : que s’est-il réellement passé ? Comment faut-il lire, voir et interpréter les séquences-paniques interminablement reproduites devant nous? C’est ce travail de relecture qu’il faut mettre en œuvre de façon à sortir ces événements de la banalité et de la monotonie produite par la répétition technique des mêmes images et des mêmes commentaires. Il est urgent de faire une estimation de la dangerosité technique, historique, sociale et planétaire qui s’est installée dans l’ex-centrale de Fukushima; elle concerne tous les japonais et tous les humains.

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188984272.jpg1.   Le choc des Titans  

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     1.1. Des échelles énergétiques démesurées 

     Une lecture attentive fait apparaître des lignes de force qu’il s’agit d’expliciter ; l’une d’entre elles s’impose de suite et concerne la présente confrontation entre des entités appartenant à des registres et structures aussi différents que des appareillages techniques humains et des phénomènes telluriques. Sur le champ clos de la centrale de Fukushima, sont entrées en collision ces deux acteurs du « drame » :

- d’une part, des filières techniques nucléaires mettant en scène des machineries titanesques chargées de contrôler des énergies atomiques afin qu’elles ne puissent sortir de leurs enceintes tout en conservant et contrôlant leur puissance thermique de manière à ce que la chaleur transforme l’eau en vapeur. Cette vapeur elle-même, par l’intermédiaire de turbines permet de faire tourner des alternateurs produisant des courants électriques. C’est l’ensemble de ce processus mise en œuvre dans des machines-cathédrales qui permet de brider et de collecter par des câbles à très haute tension (THT) l’énergie électrique issue du nucléaire ;

- et d’autre part, des phénomènes tectoniques provoquant aléatoirement des déformations des couches géologiques qui sont à l’origine des séismes et des raz-de-marée. L’apparition de ces phénomènes développe des énergies et des mouvements dont les intensités et les grandeurs sont hors échelle humaine. Il faut sans doute en chercher les estimations dans des considérations d’ordre géologique et planétaire concernant les mouvements de subduction d’une plaque tectonique sur l’autre.

     L’analyse de « la collision de Fukushima [1] » et de ses effets accidentels fait ressortir le caractère unique et complexe de l’événement dont on ne retrouve aucun des caractères, ni dans l’accident de Three Mile Island, ni dans celui de Tchernobyl. Dans le cas de l’ex-centrale, la non-intentionnalité des événements sismiques et du tsunami vient déborder, écraser la bonne marche des réacteurs nucléaires sans pourtant que ces derniers s’éteignent, bien au contraire.

 

     1.2. Les parentés titanesques des  deux acteurs

     L’une des interprétations spontanées concernant la collision de Fukushima tend à « sauver » les acteurs humains, et surtout les sciences et les techniques qu’ils servent, en  leur retirant la responsabilité de l’accident. Il s’agit de reporter l’ensemble des contraintes, des dangers et des destructions concernant la centrale de Fukushima sur le surgissement stochastique des phénomènes telluriques et océaniques. Dans la mesure où l’on ne saurait rendre responsable un phénomène naturel, il devient difficile d’attribuer une responsabilité de l’accident  aux pauvres hommes surpris par des événements si imprévisibles.

     Cette tentative de sauvetage anthropocentrique ne correspond pas aux caractéristiques les plus élémentaires de la « collision Fukushima ». Bien au contraire, la responsabilité de l’espèce humaine est totalement engagée dans cet événement, d’une part à cause des impasses de la techno-science moderne fondée sur le réductionnisme spatio-temporel inauguré par la pensée cartésienne, et d’autre part la recherche interminable des « bassins » d’énergie et de domination [2] en vue de la rentabilisation.

     Une lecture attentive de certains mythes grecs peut nous apporter un éclairage intéressant, particulièrement à propos du rôle attribué aux Titans, et plus précisément, à l’un d’entre eux, Prométhée.

     Faut-il rappeler que la cosmogonie grecque n'est pas fondée sur la souveraine bonté de Dieu mais sur une série de meurtres, castrations et dévorations constitutives de la Formation du monde.

     Tout commence avec Cronos, le Titan, qui a castré son père, Ouranos, le ciel qui, allongé sur Gaia, la terre, interdisait la montée de ses enfants vers la lumière. " Cet acte aura des conséquences cosmiques décisives. Il éloigne le Ciel de la Terre et permet aux Titans qui sont les premiers dieux, les ouranides, de s’installer sur les montagnes de la terre [3]. ».

     Cronos, devenu roi à son tour, avait pris l’habitude de dévorer ses enfants de façon à ce qu’ils ne le détrônent pas par des méthodes aussi violentes que celles  utilisées par lui contre son père. Les récits des mythes grecs décrivent alors les ruses qui permettront à Zeus, le premier des Olympiens, d’échapper à la dévoration par son père, Cronos. Ces récit relatent aussi la guerre des Titans contre les Olympiens et la victoire de ces derniers sur la première génération des dieux ouranides. Au prix de combats qui détruisirent les montagnes, les fleuves et qui ramenèrent la terre vers une nouvelle sorte de chaos, « les titans sont précipités au sol. Zeus les fait chuter sous les coups de fouet de sa foudre...Ils tombent à terre et les cents-bras précipitent sur eux une montagne d’énormes pierres sous lesquels les titans ne peuvent plus bouger…Les Titans qui ne peuvent être tués puisqu’ils sont immortels, sont renvoyés au Chaos souterrain, dans le tartare brumeux où rien n’est distinct [4]».

      Les Titans sont initiés aux secrets les plus profonds de leur mère Gaia, la terre. Ce sont eux qui incarnent les forces colossales mises en œuvre pour sa fabrication et, bien qu’ils soient prisonniers des parties inférieures du monde, ils manifestent leur présence et leur puissance par des tremblements de terre, par des éruptions et des raz-de-marée. Ainsi peut-on relier les éléments mythologiques de la naissance et de la chute des titans avec des manifestations de phénomènes telluriques et océaniques.

     Est-il possible de retracer une telle généalogie mythologique à propos des fabrications techniques de l’espèce humaine ? Existe-t-il des parentés, au moins d’ordre analogique, entre les Titans et les dispositifs techniques, entre autre ceux des centrales nucléaires ?

     Il faut évoquer à ce propos l’un des personnages centraux de la mythologie grecque, Prométhée le roublard. Les récits rapportent qu’il est « le créateur de la race humaine [5] ». Prométhée était célèbre pour son intelligence et Athéna qui le respectait lui enseigna l’astronomie, l’architecture et les mathématiques. Lors d’une querelle entre lui et Zeus, il comprit que ce dernier voulait retirer le feu aux hommes, ces pauvres mortels : « Qu’ils mangent donc leur viande crue , avait ajouté Zeus [6]».

     Prométhée décide de voler le feu en entrant dans l’Olympe avec l’aide d’Athéna. Il se procure une semence du feu de Zeus qu’il cache dans une feuille de fenouil ; il redescend du ciel sans se faire remarquer et donne le feu aux hommes. Ceux-ci peuvent de nouveau faire cuire leurs viandes et commencent aussi à fabriquer des outils et des objets artificiels.

     Très irrité contre Prométhée, Zeus jure de se venger et le fait enchaîner sur une montagne du Caucase où un vautour affamé lui dévorait le foie toute la journée, du début à la fin de l’année.

     A travers de nombreux développements poétiques et philosophiques, Prométhée, le Titan rusé, est devenu une sorte de personnage tutélaire, le père des hommes. Mais il a pris aussi une consistance toute particulière dans le contexte de la formation des sciences et des techniques contemporaines « car le feu est vraiment la marque de la culture humaine. Ce feu prométhéen, dérobé par ruse est bien un feu technique, une procédure intellectuelle qui démarque les hommes des bêtes [7] ». A l’intérieur du mythe lui-même, il est indiqué que ce père des humains est aussi un Titan, connaisseur des secrets les plus intimes de la terre, un Titan roublard, plein de ruse et en cela, un rival sans pareil de Zeus.

 

     1.3. Forer jusqu’à la trame de la matière et domestiquer la source des énergies

     Le mythe de Prométhée s’est trouvé au cœur des réflexions portant sur le thème des progrès et des dangers des sciences et des techniques modernes. Quels sont alors  les chemins qui ont permis ces rapprochements entre un personnage mythique et les sciences modernes?

     Dans son ouvrage Règles pour la direction de l’esprit [8], René Descartes proposait de décomposer en propositions simples celles qui étaient manifestement trop complexes et de partir à la recherche de celles qui pouvaient être les propositions les plus fondamentales. Il fallait selon lui procéder de cette manière dans le champ intellectuel. Dans la suite de son œuvre il généralisa sa méthode inspirée de l’arithmétique et de la géométrie à l’ensemble des pratiques professionnelles et privées, que ces pratiques soient médicales, architecturales ou optiques.  

     La méthode cartésienne généralisant à toutes les opérations intellectuelles, les principes de décomposition en éléments simples, fondamentaux, et recompositions en structures complexes, propres aux mathématiques, a eu et a encore une influence fondamentale sur la pensée scientifique. Le mouvement du raisonnement déductif s'enracine dans ce processus de décomposition-reconstruction. C'est aussi la méthode analytique en général qui s'exprime ainsi pour la première fois avec une telle précision.

     Ce mouvement de la pensée qui se confond avec celui de l'analyse a suscité un mouvement de recherche en physique vers lequel converge la mise en place des interprétations théoriques de la matière qui permettra leur quantification, leur mathématisation ainsi que la localisation de ces entités abstraites dans des particules et molécules qui en sont le support. L'application de ce réductionnisme de méthode, caractéristique du mouvement de l'analyse, s'est donc accompagnée d'une série de réductions partant de la matière initiale complexe et brut, et se dirigeant vers des structures de plus en plus fondamentales, celles que l’on retrouve dans la physique moléculaire.

     Les termes de forage réductionniste expriment bien la dynamique de la recherche des constituants les plus primitifs de la matière. Il s’agit en effet d’une sorte de travail souterrain et symbolique pour accéder à des formes mathématiques capables de condenser un faisceau de phénomènes divers. Mais la détection de ces structures, élaborées mathématiquement, n’épuise pas le mouvement du forage. Il s’agit aussi de repérer dans le monde « réel » la présence de ces éléments fondamentaux en passant par des appareils de détection spécialisés (accélérateurs, synchrotrons).

     Ce travail de forage évoque un mouvement vers le bas, vers les profondeurs de la trame du monde, là où se forge la matière elle-même et où se concentre l’énergie. Sans aller plus avant dans la description détaillée de ce mouvement, chacun sent bien qu’il y a dans cette concentration et cette descente vers les forces telluriques, un aspect fidèlement et explicitement titanesque.

     Il faut enfin se rappeler que l’énergie thermique des centrales nucléaires est produite à partir  de dégradations et alliages de métaux lourds, le plutonium 239 et l’uranium 235, entités qui n’existaient qu’à l’état de traces infimes sur la terre. Ces métaux ont été obtenus par des opérations chimiques et métallurgiques menées depuis 1940. Cette remarque renforce encore l’engagement titanesque de l’espèce humaine dans sa volonté de produire des bombes atomiques puis des centrales nucléaires, engagement qui l’amène à purifier des métaux lourds de façon à leur faire cracher des énergies thermiques.

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unite-3-110316_1f_sora_1.jpg2. Une collision transhistorique     

 

     2.1. La planète-laboratoire ou la reconstruction du monde   

     La collision Fukushima est plus étrange qu’il n’y paraît et paradoxalement cette étrangeté se trouve du côté des techniques humaines. La création d’une centrale nucléaire est en effet l’aboutissement de procédures de reconstruction du « réel phénoménal » en fonction de représentations physico-mathématiques qui sont longtemps restés abstraites ou soumises à des expériences de pensée (Gedankexperimenten).

     Les objets de cette physique lourdement mathématisée ne pouvaient trouver un statut de véracité en eux-mêmes ; il fallait les faire entrer dans le monde et pour cela, fabriquer des instruments capables de les détecter. Et en effet, ces particules sont apparues indirectement dans des détecteurs tels que des films ultrasensibles, des chambres à bulles ; on a pu progressivement accélérer leur vitesse, les collisionner entre elles, établir des généalogies, tout cela grâce à d’énormes machines-laboratoire, telles que l’ensemble des installations du CERN à Genève.

     Chacun voit bien qu’entre l’écriture des équations complexes aboutissant à la possibilité mathématique d’un élément constitutif fondamental de la matière et sa détection dans le « réel », s’est intercalé l’ensemble des innombrables filières techniques qui ont été convoquées à participer à la construction des machines-laboratoires. Quel est alors le statut de « réalité » de ces particules ? Jusqu’où peut-on leur accorder un statut d’objet ou faut-il leur conserver la part de fiction formelle qu’elles avaient au départ ? Mais alors quel est le statut des machines colossales qui ont été financées par dizaines de milliard pour les faire advenir au monde ?

      Autant de questions qui peuvent sembler embarrassantes mais qui ne se posent plus si l’on comprend que l’espèce humaine, dans sa version occidentale, s’est donnée pour tâche de reconstruire le monde. Une centrale nucléaire n’existe que comme concrétion, hypostase, du grand projet titanesque de reconstruire un autre monde ; elle en est à double titre l’émissaire :

- en tant que machine-laboratoire où peut apparaître une nouvelle source thermique,

- en tant que container et dépositaire de métaux lourds radioactifs advenus sur la terre grâce aux savoir-faire humains, métaux sans lesquels ces centrales n’existeraient pas.      

 

     2.2. La collision Fukushima et ses dimensions temporelles    

      Il s’agit d’une situation très nouvelle qui met en scène des conflits entre des dispositifs techniques intégrés dans les trames historiques humaines et des manifestations telluriques extra-humaines. Les temporalités de ces deux types d’événements si étrangers l’un à l’autre, l’un relevant de l’histoire des hommes, et l’autre surgissant des plages immenses des déroulements géologiques, ne devaient permettre aucune interaction temporelle. Des événements remarquables se sont pourtant passés au cours desquels ces deux types de temporalités incomparables se sont enchevêtrés.

      Initialement, la centrale de Fukushima se déployait dans un espace délimité et selon des rythmes temporels très serrés imposés par des contrôles et des suivis en température, en radioactivité, des changements de matériel et de personnels, de multiples entretiens des machines, etc. Ce premier niveau instrumental de temporalité s’inscrivait aussi dans un autre régime du temps organisé de façon finalisée, ce temps nommé histoire. L’ensemble de la temporalité instrumentale pouvait être revisité en tant qu’étape historique permettant de réaliser l’indépendance énergétique du Japon et de prolonger sa longévité.

      Il se trouve que la collision Fukushima a ouvert d’autres horizons temporels, que ce soit à propos des phénomènes tectoniques mais surtout en ce qui concerne des dispositifs techniques humains.

      L’irruption des phénomènes telluriques a entraîné l’arrêt immédiat de la centrale de Fukushima puis l’enclenchement d’une séquence temporelle ultra-rapide menant à l’explosion du réacteur 1. Il faut lire dans ce moment séparant l’état de marche de la centrale et celui de son arrêt un moment temporel critique où le nano-instant d’une seconde du temps de l’horloge  est aussi le temps compressé des modifications radicales de la centrale. C’est dans ce pur instant que la centrale a changé d’état, a subi une mutation et est devenue l’ex-centrale de Fukushima.

     L’ex-centrale a quitté le champ de l’histoire, à double titre, en tant qu’histoire des techniques contemporaines et histoire de l’indépendance énergétique du Japon. L’ex-centrale est sortie du temps de l’histoire mais a-t-elle retrouvé son temps instrumental ?

     Quel est donc le type de temporalité que maintient la centrale ? Ce ne peut plus être la temporalité instrumentale évoqué plus haut, celle de l’entretien et du fonctionnement, puisqu’il n’y  a plus rien à entretenir ni à faire fonctionner. 

     Il faut alors se rappeler que l’ex-centrale, non seulement est incapable de produire de l’électricité mais qu’elle a perdu sa propriété fondamentale, le confinement des matériaux radioactifs. Ceux-ci sont évacués en permanence vers l’extérieur, dans l’atmosphère, l’océan et la terre, par ruissellement ou par dépôt.

     Une autre temporalité s’est donc mise en place dans l’ex-centrale de Fukushima, celle des isotopes radioactifs qui, de l’intérieur du corium [9] sont expulsés vers le monde extérieur. La durée de radioactivité d’un certain nombre de radio-nucléotides est sans commune mesure avec les échelles de temps de la vie humaine. Ainsi peut-on noter entre autres que l’uranium 238 a une demi-vie de 4,5 milliards d’années, l’uranium 234, 250000 ans ; le plutonium 239 a une demi-vie de 24000 ans.

     Il faut accepter cette désolante conclusion selon laquelle la collision Fukushima a non seulement fait sortir l’ex-centrale du temps de l’histoire mais l’a fait sortir du temps.  C’est en cela que cette collision est exemplaire car elle présente devant tous, dans un espace bien délimité, au Japon, sur la plage de la centrale de Fukushima, le 11 mars 2011 à 16 heures, le point terminal de la culture occidentale, la fin du temps de la modernité tardive.

 

reacteurs 3 et43. Une pétrification foudroyante : le nouveau statut de l’ex-centrale 

 

     L’intensité de la collision Fukushima a provoqué l’arrêt définitif de la centrale et au même moment, la disparition immédiate de ses temporalité instrumentales et historiques. Mais quelque chose d’autre s’est mise en place que révèle l’examen attentif des ci-devant réacteurs 1, 2 et 3, ruines silencieuses, inatteignables, et pourtant animés d’une activité nouvelle menée tambour battant par la masse des 250 tonnes de corium incandescents qui après avoir percée la dernière enceinte d’acier, s’est répandue sur les socles  et murs en béton de plusieurs mètres d’épaisseur, dernier rempart avant les rochers et les accès à la nappe phréatique et l’océan.

     Le réacteur 4, à l'arrêt au moment du séisme, fut ébranlé par les mouvements terrestres et par une explosion qui l'a quasi ruiné. Par ailleurs, ce réacteur contient une piscine de désactivation comprenant 1535 assemblages de combustible soit 2,8 fois plus que dans le réacteur habituellement. Ces barres doivent être refroidies par de l'eau sinon l'ensemble monterait immédiatement en température. Cette piscine est au bord de l'un des murs d'enceinte qui est fragilisé depuis le séisme. Si cette eau venait à manquer, les barres se mettraient très vite à fondre...et/ou si l'effondrement du mur et de la chute des barres sur le sol avait lieu, tous les spécialistes considèrent qu'alors l'évacuation de Tokyo et de sa région devrait être immédiatement engagée, étant donné l'état dramatique de la radioactivité [10].

     Sous la pression de la vitesse et de l’accélération des procédures de fabrication caractérisant les sociétés industrielles, de nombreux acteurs techniques comprennent que des prises de risque considérables « peuvent entraîner des accidents et provoquer des paralysies de systèmes entiers ainsi qu’on peut le voir dans les pannes de serveur dans un réseau informatique  ou dans l’arrêt forcé d’une centrale nucléaire [11] ». Face à des remaniements accélérés de la nature, ces acteurs peuvent basculer vers une inertie paralysante. « La pétrification apparaît donc bien comme un principe complémentaire inhérent à l’accélération sociale…[12] ».

     De façon plus générale, on peut exposer de cette manière les caractéristiques de l’expérience moderne du temps : « Dans les concepts d’accélération et de pétrification qui caractérise l’expérience moderne du temps, les principes atemporels du mouvement et de la permanence semblent eux-mêmes une fois de plus, dynamisés [13] ». Ces bouleversements remettent en cause l’unité fondamentale du sens du passé, du présent et de l’avenir et sont accompagnés de la perception simultanée de hauts rythmes de transformations en surface, recouvrant une pétrification plus profonde.

     Il faut retenir de ces remarques sur la modernité tardive, la nôtre, que cette coexistence en une même situation de son caractère frénétique et de son inertie la caractérise. C’est pourquoi il me semble possible de qualifier de façon condensée, sous les termes de pétrification foudroyante la description de l’ex-centrale de Fukushima.

     La lecture de la nouvelle réalité introduite par la collision Fukushima allie bien l’immobilité définitive de l’ex-centrale et l’agitation si inquiétante provoquée souterrainement par les 250 tonnes de corium. Cette pétrification renforce encore davantage l’angoisse liée à la reprise de nouvelles explosions.

     Les responsables qui sont actuellement chargés de maintenir les équilibres fragiles permettant de gérer les températures des réacteurs, l’expulsion des gaz, le suivi des dépôts extérieurs des poussières et gaz radioactif sont plongés dans une situation qui ressemble à bien des égards aux caractéristiques temporelles des scénarios décrits plus hauts. Ces hommes ne peuvent plus accorder leur attention au passé de l’ex-centrale, au temps de son fonctionnement : relu à la lumière d’un présent omnipotent, ce passé se transforme en regrets, en remords aussi, de ne pas avoir vu que le mur protecteur était trop bas, que les générateurs diesel auraient pu être installés plus haut. Le futur de l’ancienne centrale, quant à lui, est parti dans les limbes ; il ne reste alors que cette sorte de présent interminable dans lequel il n’est plus possible d’intervenir dans les réacteurs, dans lequel il faut attendre en espérant que tout cela va se stabiliser.

 

 

fcd0ea1a-4e02-11e0-88c5-518bfb963df44. Le déferlement des systèmes techniques

 

     Le thème de la collision Fukushima s’inscrit pleinement dans le cadre des recherches menées par nous depuis plus de dix ans à propos du déferlement des systèmes techniques contemporains. Ce travail avait du reste été présenté sous le titre «  Déferlement des techniques contemporaines – instabilité, disparition des sociétés industrielles » à Osaka, Université de Kansai en 2005 dans le cadre d’un colloque sur les techniques.

     Nous y avions décrit les origines de ce concept et montré que la question centrale des techniques contemporaines n’est pas celle de leur régulation mais celle de leur déferlement, de leurs effets incontrôlables. Ces multiples expressions du déferlement peuvent être conçus comme autant de manifestations d’une source de puissance encore inconnue de nous dont  la trace laissée dans des domaines spécifiques devient observable, à la manière du ressac déferlant sur des rochers qui manifeste la puissance invisible de la houle.

     Dans le présent texte, nous avons voulu mener des recherches en amont du concept de déferlement. C’est alors que nous avons pris conscience de l’importance de ce qui s’est passé à Fukushima, à la fois pour le peuple japonais mais bien évidemment pour l’ensemble des peuples. En amont des traces du déferlement, nous pensons avoir détecté une situation très particulière qui nous paraît pouvoir jouer le rôle de révélateur des modifications des structures du temps.

    

 



[1]. Nous proposons d’accoler ces deux termes pour en décrire l’apparition et surtout la spécificité, ainsi parlera-t-on de la collision Fukushima en la mettant en résonance symbolique avec le grand collisionneur de hadrons (le LHC) du CERN

 

[2]. A propos de ces deux aspects, le texte de Heidegger, La question de la technique, in Essais et conférences, éditions Gallimard, Paris, 1958, pp. 9-48.

 

[3]. M. Détienne et J.P. Vernant, Les ruses de l’intelligence, la mètis des grecs, Ibid., p.69

 

[4].J.P . Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes, éditions du Seuil, Paris, 1999, p.38.

 

[5]. R. Graves, Les mythes grecs, Librairie Fayard, Paris, 1967, p. 234.

 

[6]. Hésiode, Théogonie, coll. GF, éditeur Flammarion, Paris, 2001, 521-564.

 

[7]. J.P. Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes, Ibid., p.77.

 

[8]. R. Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, traduction et notes par Sirven, Librairie Vrin, Paris, 1959.

 

[9]. « Le corium est un mélange de différents éléments - et non pas seulement du combustible comme on le croit souvent - qui ont fondu dans la cuve d'un réacteur nucléaire généralement à la suite d'un accident de criticité ("surchauffe"). » in http://www.gen4.fr/blog/2011/07/le-corium-les-bases-techniques.html   

 

[10]. Sur tout cela, on peut regarder la vidéo suivante : Fukushima - Dr. Koide, si la piscine de l'unité 4 fuit, c'est la fin. Vidéo du 08.03.2012 sur le site : http://www.youtube.com/watch?v=Mq6hDakOuOs&feature=relmfu

 

[11]. H. Rosa, Accélération – une critique sociale du temps, Ed. La découverte, Paris, 2010, P. 346.

 

[12]. H. Rosa, Ibid., P.346.

 

[13]. H. Rosa. Ibid., p. 339

 

 

 

 

mtcDSCF0656.JPGQui est Michel Tibon-Cornillot ?

Michel Tibon-Cornillot est anthropologue à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Auteur d'un ouvrage intitulé "Les corps transfigurés", sous-titré "mécanisation et imaginaire de la biologie" (2ème édition, éd. MF, coll. dehors, Paris, 2011) ainsi que d'un travail sur la diffusion de plus en plus rapide des résistances aux antibiotiques,  "Le triomphe des bactéries" (éditions Max Milo, Paris, 2006), il inscrit sa recherche à l'intersection de la philosophie et de la biologie, démontrant que la question centrale des techniques contemporaines n'est pas celle de leur régulation mais celle de leur déferlement incontrôlé. En 2005, il a présenté une conférence à l'université Kansaï à Osaka dont le titre était "Déferlement des techniques contemporaines - instabilité, disparition des sociétés industrielles". En tant que chercheur, il est connu pour ses prises de position contre les OGM et ses soutiens aux faucheurs volontaires.

Contact : tiboncor (a) ehess.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

Texte de la conférence de Michel Tibon-Cornillot à Osaka en français, anglais et japonais

 

Déferlement des techniques contemporaines :

instabilité, disparition des sociétés industrielles

 

THE SURGE OF CONTEMPORARY TECHNIQUES

Instability, Disappearance of Industrial Societies

 

 現代技術の激波

~工業社会の不安定と消滅~

 

 

 

 

 

 

 

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 14:59

e6aa7cfc22cacdb65116a4dc923ed846.jpgMalgré la remise d’une pétition rassemblant plus de 7 millions de signataires demandant le non redémarrage du nucléaire au Japon,

 

 

malgré une manifestation record de 11 000 personnes devant la résidence du premier ministre,

 

 

 

ohi.jpgmalgré la présence probable d’une faille sismique active sous les réacteurs de la centrale d’Ooi,

 

 

malgré un centre de gestion de crise facilement inondable à la centrale d’Ooi en cas de tsunami,

 

 

malgré l’augmentation de l’activité sismique,

 

 

malgré la non résolution de la catastrophe nucléaire de Fukushima,

 

 

malgré l’absence d’une agence de sûreté nucléaire réellement indépendante

 

 

le premier ministre du Japon, Yoshihiko NODA, a décidé de redémarrer les réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire d’Ooi.

 

 

Merci aux lecteurs du blog de Fukushima de soutenir le peuple japonais qui demande à son gouvernement l’arrêt de la reprise du nucléaire en participant à cette pétition internationale :

 

 

 

Signez et diffusez la pétition de soutien !

> Cliquez sur la photo, ajouter nom, email, pays et CP, laisser la lettre en anglais

(pas de version française pour l’instant)

 

2834 japan%20protests%20nuclear 1 460x230

 

 

 

 

----------------------------

 

 

En savoir plus :

 

   

Article du Monde

Le Japon relance deux réacteurs nucléaires, les premiers depuis Fukushima

Article de Gen4

Sous la pression des banquiers et de certaines grosses firmes Japonaises, Noda décide finalement de relancer la production électronucléaire à Ohi

Article de Karyn POUPEE (AFP)

Japon: élites et population divisées sur la relance de réacteurs nucléaires

 

 

Lettre de protestation au premier ministre Noda

Version française

Version anglaise

 

 

 

 

Photo d’entête : « colère », le 8 mai, à 18 heures en face du bureau du premier ministre (Photo de Ryusaku Tanaka)

 

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