1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 02:56

      

oyster creek mapA cause de la tempête tropicale Sandy qui a balayé l’est des Etats-Unis, 2  réacteurs nucléaires ont été arrêtés, 2 ont eu des incidents et une centrale (Oyster Creek dans le New Jersey) a été mise en alerte de niveau 2 ‒ sur une échelle de 4 ‒ car elle a failli être dans la même situation que Fukushima.

 

 

 

 

En effet, les deux évènements précurseurs à l’accident étaient identiques :

 

1) Perte d’alimentation électrique extérieure

 

2) Montée des eaux et perte partielle de la source froide permettant de refroidir le cœur

 

Deux experts nucléaires états-uniens ont communiqué sur cette situation : Robert Alvarez d’une part a assuré que si une forte inondation ou des vents violents avaient mis à plat le système électrique de secours, la centrale aurait alors été en situation de black-out, situation qui avait mené au désastre de Fukushima, au Japon en 2011. D’autre part, Arnie Gundersen a déclaré que si le réacteur avait fonctionné en pleine capacité ‒ Oyster Creek était en phase de ravitaillement ‒ ça aurait été le pire des scénarios, comme à Fukushima.

 

oyster600

 Centrale d'Oyster Creek

 

La situation à la centrale nucléaire de Salem (dans le New Jersey également) était aussi critique : 4 pompes sur 6 destinées à la circulation d’eau étaient en panne. [Mise à jour du 1/11/12 : la situation était sans doute pire à la centrale de Salem, lire l'article sur Gen4 "L’opérateur PSEG a défié l’ouragan Sandy le matin du 30 octobre à Salem".]

 

 

En effet, la menace était réelle : l’autorité de sûreté nucléaire américaine, par la voix de son porte-parole Neil Sheehan, a annoncé qu’il restait encore à régler de nombreuses questions concernant la stabilité de la température des réacteurs affectés par la tempête.

 

Or nul n’ignore aujourd’hui que la maîtrise de la température d’un réacteur est la clé de voûte de la sûreté nucléaire. Sans refroidissement, c’est la fonte du cœur assurée en une dizaine d’heures quand une centrale est en fonctionnement habituel.

 

Pour mémoire, on a déjà frôlé la catastrophe deux fois en Europe depuis Tchernobyl :

 

- une fois en 1999 avec l’inondation de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) qui a mis hors service plusieurs systèmes de refroidissement.

 

- une autre fois en 2006 à Forsmark (Suède) : à 7 minutes près, le cœur du réacteur commençait à fondre

 

Il faut le redire à tous ceux qui clament que l’énergie nucléaire est sûre : un tsunami ou un tremblement de terre ne sont pas nécessaires à l’arrivée d’une catastrophe nucléaire. Bien d’autres évènements peuvent survenir, comme le rappellent justement Stéphane Lhomme ici ou Trifouillax .

 

Comme d’habitude en cas de menace, le message se voulait rassurant : « Il n'y a aucune menace de fuite » radioactive, annonçait Craig Fugate, de l'agence américaine de gestion des crises (FEMA), interrogé sur la chaîne NBC. Mais le lendemain, on apprenait de l’opérateur de la centrale de Salem 1 que le réacteur avait sans doute relâché des gaz pouvant contenir du tritium.

 

sources :

http://gen4.fr/2012/10/usa-electronucleaire-ouragan-sandy.html

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1730/Ouragans/article/detail/1526169/2012/10/30/Trois-reacteurs-nucleaires-arretes.dhtml

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/la-tempete-sandy/201210/30/01-4588367-sandy-soumet-le-nucleaire-americain-a-rude-epreuve.php

http://enenews.com/9pm-special-edition-exactly-happened-fukushima-going-njs-oyster-creek-except-reactor-refueling-gundersen-audio

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/usa-fin-d-alerte-dans-une-centrale-possibles-rejets-radioactifs-sur-un-site_356632.html

 

 

 

En savoir plus sur les centrales nucléaires du New Jersey :

http://www.thelivingmoon.com/forum1/index.php?topic=3086.0

 

 

Autre effet de la tempête…

 

alexanderhigginsUn veilleur de Fukushima états-unien, Alexander Higgins, a dû évacuer sa maison inondée.

 

Lanceur d’alerte par son blog, il a été l’un des premiers à s’interroger sur la détection de plutonium et de strontium sur le sol américain en avril 2011.

 

Aujourd’hui, il a tout perdu, sa maison, son serveur, et son travail.

 

Une page de soutien et de solidarité s’est rapidement créée sur Facebook. Vous trouverez sur cette page des informations et la manière d’aider Alexander et sa famille à surmonter cette épreuve extrêmement difficile :  

https://www.facebook.com/#!/events/383224498421091/

 

 

 

 

____________

 

Illustration d’entête : crédit YouDon’tKnowJersey.com

 

 

 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:02
allwright.jpgGavin habitait dans la région de Fukushima. Un jour de mars 2011, la centrale nucléaire a explosé et il a été obligé de fuir avec sa femme et ses enfants. D’autres sont restés. Comment rester là-bas sans vivre dans le déni ? Ecoutez son témoignage, ou, si vous ne connaissez pas l’anglais, lisez-le, c’est l’histoire de Gavin, ou l’histoire des dizaines de milliers de gens qui ont tout perdu à Fukushima.
 

 
 
Gavin Allwright Talks About Fukushima.
Gavin Allwright parle de Fukushima.
Bridgewater, Say no to New Nuclear,@ Hinkley C. October 6th.
Bridgwater, Rallye “Non à une nouvelle centrale nucléaire à Hinkley C.”, 6 octobre 2012.
. 
Transcription et traduction : Asera Yi Ting Lim et Cécile Monnier
 

 

-oOo-

 

 

 

“My wife and I - my wife is Japanese - and we have built a house, only 10 kilometres away from Iitate-mura which is a compulsory evacuation zone.
Ma femme et moi – ma femme est japonaise ‒ nous avons construit une maison à 10 km seulement d’Iitate-Mura, qui est une zone d'évacuation obligatoire.

 

My area is actually only 16 times the background radiation.
Ma zone est en fait seulement 16 x le niveau de radioactivité habituel.


So, according to the Japanese government, that's safe.
Alors, selon le gouvernement japonais, il n’y a pas de danger.

 

If it is 20, you'd better move.
Si c’est 20 fois, vous feriez mieux de partir.

 

Today, I don't want to get too political; I just want to tell you our story and talk about, not the children, but my children.
Aujourd’hui, je ne veux pas trop faire de politique ; je veux juste raconter notre histoire et évoquer non pas “les” enfants mais mes enfants.

 

And then I would like to draw a very important point about the fact that Fukushima isn't over yet.
Et enfin je voudrais faire un point très important sur le fait que Fukushima n’est pas encore fini.

 

First of all, on the day of March 12, we had… my wife's family were missing in the tsunami.
Tout d’abord, le jour du 12 mars, nous avons… la famille de ma femme a disparu dans le tsunami.

 

Unfortunately, we lost a few of them.
Malheureusement, nous avons perdu quelques-uns d'entre eux.

 

Her mother and father survived but they were trapped for a while.
Sa mère et son père ont survécu, mais ils ont été piégés pendant un moment.

 

We didn't know what was happening; we got a knock on the window from a friend who had a working radio ‒ unfortunately mine had broken ‒ saying the power station had exploded.
Nous ne savions pas ce qui se passait ; un ami qui avait une radio en état de marche – malheureusement la mienne s’était cassée ‒ a tapé à la fenêtre pour nous dire qu’une centrale avait explosé.

 

Now I thought it was the oil fire power station not too far away; a little bit further down, it was Fukushima.
Sur le moment, j’ai pensé que c'était la centrale au fioul pas très loin ; un peu plus bas, c’était en fait Fukushima.

 

Within about 30 seconds, I had the children in the car ‒ it was raining, a little bit like this morning.
En moins de 30 secondes environ, j'ai mis les enfants dans la voitureil pleuvait, un peu comme ce matin.

 

We were heading for the mountains on about a third (1/3) of a tank of gas.
Nous sommes partis vers les montagnes, avec un tiers de réservoir d’essence.

 

We got to the mountains, to the west.
Nous sommes arrivés aux montagnes, à l’ouest.

 

All the roads in the mountains were out because we are talking about the 4th heaviest earthquake in human history, and it took out roads everywhere.
Toutes les routes de montagne étaient coupées parce qu’on parle du quatrième séisme le plus important dans l’histoire de l'humanité, et les routes étaient coupées partout.

 

We finally got over those mountains and I got my children out. We waited 4 days to get news that my wife's mother and father had survived.
Nous sommes finalement arrivés au sommet de ces montagnes et j'ai sorti mes enfants.

 

We waited 4 days to get news that my wife's mother and father had survived.
Nous avons attendu 4 jours avant d’apprendre que la mère et le père de ma femme avaient survécu.

 

I then took the children down to Osaka and we’ve got them out of the country.
J'ai alors descendu les enfants à Osaka, puis nous les avons fait sortir du pays.

 

My youngest son has very serious respiratory issues.
Mon plus jeune fils a des problèmes respiratoires très graves.

 

About 4 weeks later, I went back.
Environ 4 semaines plus tard, je suis revenu.

 

And for the last year and a half I've been working on the reconstruction and also being witness to the terrible ripping-apart of a lot of the communities there.
Et pendant cette dernière année et demie j'ai travaillé sur la reconstruction et j’ai également été témoin du terrible déchirement d'un grand nombre de communautés là-bas.

 

We received hate mail for leaving.
Nous avons reçu des lettres haineuses à cause de notre départ.

 

People are so emotional about the fact that we, being community leaders and we left people, we left them there to suffer their fate.
Les gens sont tellement émus du fait que nous, leaders de la communauté, nous avons laissé les gens, nous les avons laissés là, à subir leur sort.

 

I went back to try to help with the reconstruction.
Je suis revenu pour essayer d'aider à la reconstruction.

 

Unfortunately I’m now… I’d probably should paint myself yellow.
Malheureusement je… Je devrais probablement me peindre en jaune.

 

I have a heavy dose of radioactive contamination myself.
J'ai reçu une forte dose de contamination radioactive moi-même.

 

I would be radioactive for at least for the next 150 years.
Je serais radioactif pendant au moins les 150 prochaines années.

 

My children won't be.
Mes enfants ne le seront pas.

 

And unfortunately we can't say that about… sorry… hum… we... we can't say that about my daughter’s, my son's fellow students in their school.
Et malheureusement on ne peut pas dire ça ... désolé ... hum ... on ... on ne peut pas dire ça pour les camarades de ma fille et de mon fils dans leur école.

 

We get letters quite regularly from them saying: "When are you coming back? It's safe."
Nous recevons assez régulièrement des lettres d'eux nous disant : « Quand reviendrez-vous ? C'est sans danger."

 

Their parents are in denial.
Leurs parents sont dans le déni.

 

Who wouldn't be ?
Qui ne le serait pas ?

 

To live everyday breathing that poison, you would have to be in denial.
Pour vivre tous les jours en respirant ce poison, vous devez être dans le déni.

 

And my friends are, my family is over there.
Et mes amis le sont, ma famille l’est là-bas.

My daughter's first sentence in English - she wasn't very good in English when she came over to England…And I asked her, I said: "What are you going to say when the children ask you why you came to this school in England."
La première phrase en anglais de ma fille - elle n'était pas très bonne en anglais quand elle est arrivée en Angleterre... Et je lui ai demandé, j'ai dit: "Qu'est-ce que tu vas dire quand les enfants vont te demander pourquoi tu es venue dans cette école en Angleterre ? "

 

And she kind of pulled herself up tall and she said, "Daddy, I'm gonna say this: I'm gonna say that I came to England because a new killer power station exploded and the poison came into our house so I had to leave."
Et elle s’est en quelque sorte redressée et elle a dit: « Papa, je vais dire ceci : je vais dire que je suis venue en Angleterre parce qu’une centrale nouvelle tueuse [new killer pour nuclear] a explosé et le poison est entré dans notre maison alors je devais partir. "

 

That was the longest sentence my 10-year old had ever said in English, and that would stay with me for the rest of my life.
C’était la plus longue phrase que ma fille de 10 ans ait jamais dite en anglais, et cela va m’accompagner pour le reste de ma vie.

 

I'm not gonna talk anymore about the hardships we've faced.
Je ne vais pas m’étendre sur les difficultés que nous avons rencontrées.

 

We lost our house, we lost our organic farm.
Nous avons perdu notre maison, nous avons perdu notre ferme biologique.

 

It was a house we spent 2 and a half years building ourselves.
C'était une maison que nous avons passé 2 ans et demi à construire nous-mêmes.

 

A lot of people have lost a hell of a lot more over there.
Beaucoup de gens ont perdu énormément plus là-bas.

 

But one thing I would like to say is, as I mentioned before - this is going to be my last point: Fukushima isn't over.
Mais une chose que je voudrais dire, comme je l'ai déjà mentionnéce sera mon dernier point : Fukushima n'est pas fini.

 

It's not even nearly over.
Ce n'est même pas près de finir.

 

There's one point that is not getting into the national media, let alone the international media.
Il y a un point qui n'apparait pas dans les médias nationaux, et encore moins dans les médias internationaux.

 

The spent fuel ponds on Reactor 4, on top of Reactor 4, alone - this is regardless of Reactor 1, 2 and 3 - they hold enough cesium, oh sorry, hold 85 times the cesium that was released in Chernobyl.
Les bassins de combustible usé du réacteur 4, au-dessus du réacteur 4, seuls – c’est-à-dire indépendamment des réacteurs 1, 2, 3ils contiennent assez de césium, oh pardon, ils contiennent 85 fois le césium qui a été relâché à Tchernobyl.

 

If there's an earthquake between the scale of 6 and 7 (the one we had was a 9), if there's another earthquake - and an active fault line has opened up under the reactors themselves - that will fall down.
S'il y a un séisme d’une magnitude entre 6 et 7 (celui que nous avons eu était un 9), s'il y a un autre tremblement de terre ‒ et une faille active s’est ouverte sous les réacteurs eux-mêmes ‒ cela s’effondrera.

 

There'll be a radiological fire that this world has never seen before.
Il y aura un feu radiologique que ce monde n'a jamais connu auparavant.

 

Japan will be uninhabitable; the east coast of China will be uninhabitable.
Le Japon sera inhabitable, la côte est de la Chine sera inhabitable.

 

Korea, Taiwan will be uninhabitable and the majority of the west coast of the United States will have to be evacuated.
La Corée, Taiwan seront inhabitables et la majorité de la côte ouest des États-Unis devra être évacuée.

 

That is: China, the second largest economy, Japan, the third largest economy, California, the fourth largest economy in the world, will be stopped in a day.
Autrement dit : la Chine, deuxième économie mondiale, le Japon, troisième économie, la Californie, quatrième plus grande économie dans le monde, seraient arrêtés en un jour.

 

We are talking about a huge risk that we are taking, nothing is being done for it, nobody's listening.
Nous parlons d'un énorme risque que nous prenons, rien n'est fait pour ça, personne n'écoute.

 

So please - that is my political point - please stop nuclear power everywhere and support the Fukushima people.”
Alors s'il vous plaît - c'est mon point politique - s'il vous plaît arrêtez l'énergie nucléaire partout et soutenez le peuple de Fukushima. »

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:03

fessenheimSuite à la catastrophe de Fukushima, l’ASN a été chargée de réaliser des évaluations complémentaires de sûreté (ECS). Celles-ci ont débouché sur plus de 900 prescriptions qui devront être suivies dans les prochains mois ou les prochaines années. Des milliards d’euros de travaux en perspective pour l’exploitant, remettant en cause une énergie nucléaire bon marché. Dans l’article qui suit, Jean-Marc Royer analyse quelques prescriptions et met en lumière plusieurs incohérences ou arrangements qui ressemblent fortement aux errances commises par les Japonais, erreurs qui ont conduit à la catastrophe nucléaire que l’on connaît.

 

Alors que Tepco vient de reconnaître avoir volontairement minimisé le risque de tsunami, tout en sachant que la sécurité serait insuffisante en cas de séisme trop important, il est légitime de surveiller ce que disent aujourd’hui nos dirigeants, nos opérateurs et nos agences de sécurité ! Exemple, ces 30 directeurs de centrales nucléaires françaises qui publient une lettre ouverte pour dénoncer l’arrêt annoncé de la centrale de Fessenheim en 2016. Ne connaissent-ils pas la prescription de l’ASN demandant un radier sous le réacteur n°1 de Fessenheim avant le 30 juin 2013 ?

 

 

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Décisions de l’ASN du 26 juin 2012 fixant à EDF des prescriptions applicables aux centrales

 

suite aux évaluations complémentaires de sûreté (ECS)

 

 

par Jean-Marc ROYER

 

 

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Suite aux ECS publiés en janvier 2012 et dont nous avions fait un résumé et une analyse, l’ASN a édité une série de prescriptions s’appliquant à toutes les centrales nucléaires françaises. Comme il y avait un peu plus d’une trentaine de domaines ou chapitres concernés, leur déclinaison, adaptée à chaque centrale (26 au total) a donné un volume de plus de 900 prescriptions qui a « assommé » d’un gros volume relié les participants à la conférence de presse du 28 juin dernier qui n’en pouvaient mais. Ce qui est toujours un des buts visés : écraser le quidam sous un flot d’informations dans lesquelles il n’est pas apte à trier, ce qui fût exactement la même tactique que celle utilisée par Tepco dans les semaines qui suivirent la catastrophe. A ce niveau de répétition, c’est sans aucun doute possible une tactique mise au point au niveau international par le village nucléaire et leurs consultants en « com. ». Examinons de plus près quelques-unes de ces prescriptions propres à Belleville et au Tricastin [1]. Nous avons choisi d’étudier les prescriptions de ces centrales étant donné ce que nous écrivions suite à la synthèse du rapport de l’ASN de janvier 2012 :

 

L’ASN, faisant le constat que des « effets falaise » (effets cumulatifs) peuvent se produire très près des niveaux d’inondation retenus dans le « référentiel EDF », demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (fournir le détail de la méthodologie et les justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations et lui prescrira de revoir sa copie concernant Belleville et Tricastin, notamment en cas de rupture des digues amont.

Concernant des « effets falaise » possibles suite à une inondation (perte totale de source froide et/ou des alimentations électriques), l’ASN pense que ni les rapports d’Evaluation Complémentaires de Sûreté, ni les compléments présentés par EDF en cours d’instruction, ne sont de nature à les éviter et lui demande de revoir là aussi ses copies (pages 122, 124, 128, 130, 137 et 139 du rapport de janvier 2012).

 

belleville

Centrale nucléaire de Belleville

 

Toutes les prescriptions débutent par rappeler la partie des ECS concernée (ECS-1, 2, 3) et le paragraphe, I, II, III…

 

(ECS-1) I « Avant le 30 juin 2012 les exploitants proposeront un noyau dur de dispositions matérielles et organisationnelles robustes visant, pour les situations extrêmes […] à :

a) prévenir un accident avec fusion du combustible ou en limiter la progression,

b) limiter les rejets radioactifs massifs,

c) permettre à l’exploitant d’assurer les missions qui lui incombent dans la gestion d’une crise. » […] 

On constatera, une fois de plus, que l’ASN demande gentiment à EDF de bien vouloir envisager de limiter les effets de son choix mortifère en cas d’accident majeur et d’être en capacité de le gérer.

 

II et III Pour dimensionner ce noyau dur, « l'exploitant retient des marges significatives forfaitaires par rapport aux exigences applicables au 1er janvier 2012. […] L'exploitant justifie le cas échéant le recours à des systèmes, structures et composants (SSC) non diversifiés ou existants. » […]

Autrement dit, si EDF ne peut pas ou ne veut pas s’exécuter, il n’aura qu’à en fournir la justification, ce qui a tout de même quelques airs de ressemblance avec les petits arrangements que la commission indépendante du Japon à dénoncé dans son rapport page 16.

 

Tricastin (ECS-7) « Avant le 31 décembre 2012, l’exploitant justifiera auprès de l'ASN qu'il a mis en place une organisation et des ressources permettant de faire face à l'isolement du site en cas d'inondation. »

Tricastin (ECS-11) « Avant le 31 décembre 2013, l'exploitant remettra à l'ASN une étude indiquant le niveau de robustesse au séisme des digues et autres ouvrages de protection des installations contre l’inondation et présentant selon ce niveau de robustesse : les conséquences d'une défaillance de ces ouvrages » […]

Voici comment nous résumions le rapport de l’ASN de janvier 2012 :

 

La Règle Particulière de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ou sans convention d’alerte avec Météo France ; certains « retours d’expérience » ne sont pas renseignés, le ruban bleu revenant aux sites de Cruas et du Tricastin qui n’ont toujours pas intégré qu’ils pouvaient être isolés par une inondation et même, pour ce dernier site, en perdre son alimentation électrique. Et ce qu’écrivait l’ASN à ce sujet :

« Les exploitants du site du Tricastin auraient des difficultés à gérer une situation accidentelle consécutive à un séisme majeur, du fait de la perte des alimentations électriques, des moyens de communication, de la supervision de l'installation ou encore du non dimensionnement au séisme de locaux annexes, des locaux de crise ou de repli, et des locaux abritant les moyens et les hommes de la Formation Locale de Sécurité » (page 67 du rapport de janvier 2012).

 

explosion-et-colonne-de-fumee-a-tricastin

Centrale nucléaire du Tricastin (2 juillet 2011)

 

(ECS 19) I « Avant le 31 décembre 2016, l'exploitant met en place dans le puits de cuve des moyens redondants permettant de détecter le percement de la cuve et dans l'enceinte des moyens redondants permettant de détecter la présence d'hydrogène. Une instrumentation permet de signaler en salle de commande le percement de la cuve par le corium. » […]

Où l’on constate surtout que rien de ce type n’avait été prévu en cas d’accident grave ! Quel aveu de taille. Et lorsqu’EDF menace de doubler les tarifs en guise de réplique politique à ces recommandations, quel culot ! Mais comme pour la piscine N°4 de Fukushima, faudra-t-il aller déposer un cierge chaque jour pendant des années en attendant que les travaux soient réalisés ? Et d’ailleurs, la similitude ne s’arrête pas là :

 

(ECS-20) I. Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications à apporter permettant de mesurer d'une part l'état de la piscine d'entreposage du combustible (température et niveau d'eau de la piscine de désactivation) et d'autre part l'ambiance radiologique du hall du bâtiment combustible. […] 

II. Dans l’attente de leur mise en œuvre, au plus tard le 31 décembre 2012, l'exploitant met à disposition de son organisation nationale de crise des abaques donnant, en fonction de la puissance résiduelle du combustible entreposé dans la piscine de désactivation, les délais d’atteinte de l’ébullition en cas de perte totale du refroidissement. […]

Prescription qui, venant de l’ASN, constitue la meilleure preuve des dangers que la piscine N°4 de Fukushima fait courir au peuple japonais et à ceux du monde entier.

 

(ECS-5) Au plus tard le 30 juin 2012, l’exploitant réalise les remises en conformité de la protection volumétrique mentionnées dans la note D4550.31-12/1367- Indice 0. L’exploitant met en œuvre l'organisation et les ressources telles que décrites dans le document D4550.31-06/1840 indice 0 du 12/10/2007 susvisé pour s'assurer que la protection volumétrique conserve dans le temps l'efficacité qui lui est attribuée dans la démonstration de sûreté. […]

Ce qui revient à dire qu’une prescription de 2007 n’est toujours pas entrée dans les faits ! Voici ce que nous avions écrit à ce sujet :

 

Par ailleurs, l’ASN se plaint de ce que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » [1999] ne soient pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire n’ait été prise (pages 25 à 32).

 

(ECS-8) « Avant le 30 septembre 2012, l'exploitant vérifiera la conformité de ses installations vis-à-vis des dispositions de la règle fondamentale de sûreté I.3.b dont l'application est prévue par le rapport de sûreté. » […]

Voici ce que nous en disions dans la synthèse :

 

Un constat : la règle en vigueur (FS I.3.b) n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur [en cas d’accident grave dû à un séisme hors dimensionnement] (page 40).

 

(ECS-29) « Avant le 31 décembre 2013, l'exploitant remettra à l'ASN une étude détaillée sur les possibilités d'amélioration du dispositif d'éventage filtration U5 » […]

Système de filtrage d’urgence dont on peut se demander s’il n’aggraverait pas la situation en cas d’Accident grave (AG) et dont nous écrivions :

 

L’ASN va prescrire à EDF d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise, c'est-à-dire :

[…] L’accessibilité, l’opérabilité, l’habitabilité des salles de commande en cas de rejets de substances dangereuses ou radioactives (184), notamment après ouverture du système de filtration U5, lequel pose une série de problèmes non résolus à ce jour. En effet :

. il n’est pas « robuste aux séismes majeurs » ;

. il ne peut être utilisé pendant les premières 24h suivant un AG pour éviter le rejet des aérosols ;

. par la condensation ou la présence d’oxygène dans sa tuyauterie, il induit des risques de déflagration de l’Hydrogène ;

. son ouverture oblige les personnels à évacuer les salles de commande dans les 24h suivantes ;

. son efficacité de filtrage laisse à désirer, surtout s’il est utilisé par deux réacteurs simultanément (pp 184 à 207).

 

Puis viennent toute une série de prescriptions qui pourraient être regroupées sous le même chapitre et qui découlent du fait que depuis la conception, la possibilité d’un accident majeur n'a jamais été prise en compte :

 

(ECS-16) I. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications en vue d'installer des dispositifs techniques de secours permettant d’évacuer durablement la puissance résiduelle du réacteur et de la piscine d’entreposage des combustibles en cas de perte de la source froide. » […]

II. Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications qu'il envisage en vue de l'installation, avant le 30 juin 2013 sauf justification particulière, de dispositifs assurant l'injection d'eau borée dans le cœur du réacteur en cas de perte totale d'alimentation électrique du site lorsque le circuit primaire est ouvert. […]

 

(ECS-18) I. « Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications qu'il envisage en vue d'augmenter notablement, avant le 31 décembre 2014, l'autonomie des batteries utilisées en cas de perte des alimentations électriques externes et internes. » […]

III. « Au plus tard le 30 juin 2013, l'exploitant met en place un dispositif temporaire sur chaque réacteur permettant d'alimenter : le contrôle commande nécessaire en cas de perte des alimentations électriques (externes et internes), et l'éclairage de la salle de commande. » […]

 

(ECS-27) I. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant transmettra à l’ASN une étude de faisabilité en vue de la mise en place, ou de la rénovation, de dispositifs techniques, de type enceinte géotechnique ou d'effet équivalent, visant à s’opposer au transfert de contamination radioactive vers les eaux souterraines et, par écoulement souterrain, les eaux superficielles, en cas d’accident grave ayant conduit au percement de la cuve par le corium. » […]

 

(ECS-35) II. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant transmettra à l’ASN la liste des compétences nécessaires à la gestion de crise en précisant si ces compétences sont susceptibles d’être portées par des entreprises prestataires. L'exploitant justifiera que son organisation assure la disponibilité des compétences nécessaires en cas de crise, y compris en cas de recours à des entreprises prestataires. » […]

 

(ECS-36) I. « Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l’ASN les mesures qu’il prévoit afin de disposer d’équipes spécialisées capables d’intervenir pour assurer la relève des équipes de quart et mettre en œuvre des moyens d'intervention d’urgence en moins de 24 heures, avec un début des opérations sur site dans un délai de 12 heures après leur mobilisation. Ce dispositif peut être commun à plusieurs sites nucléaires de l’exploitant. » […]

Ce que nous en disions à propos du rapport initial de janvier 2012 reste d’une brûlante acuité :

 

-1- Les ingénieurs nucléaires, leurs commanditaires industriels, politiques et militaires se refusaient à penser, il y a quarante ans, qu’un accident majeur puisse un jour arriver. Les centrales ont été construites sur ce postulat : la probabilité de survenue d’un accident majeur était considérée comme nulle ou bien trop minime pour justifier des dispositions jugées trop coûteuses au regard de ce qui fût qualifié de « risque résiduel ». Poussé par Tchernobyl et Fukushima, c’est ce à quoi ce rapport se confronte, et à quoi il tente de pallier un peu tard, par des moyens et des méthodes dont on peut se demander ce qu’ils deviendront une fois traduits sur les sites par l’exploitant, étant donné la manière dont les prescriptions en cours sont appliquées.

-2- Le nucléaire français est « au bord de la falaise » ! Il n’y a pas un seul des sujets abordés par l'ASN qui ne pose problème, alors que l’exploitant, l’industrie dans son ensemble et les politiques qui les soutiennent nous serinent depuis des lustres que les centrales françaises sont les plus sûres ! Quel démenti cinglant et argumenté en détail ! Ce ne sont plus seulement des manques ou des négligences, mais une suite d’aveux, qui, mis bout à bout constituent justement le lit d’un accident majeur ! Un véritable gouffre, un précipice au bord duquel se trouve effectivement toute l’industrie nucléaire, guettée par « un effet falaise » (les acronymes et les euphémismes sont un des traits majeurs de la novlangue) qui lui est consubstantiel (voir plus bas). Sans pouvoir malheureusement le démontrer dans ce cadre, il est évident qu'il se produira un accident nucléaire majeur en France. Intégrer cela dans le domaine de la pensée pose certes quelques difficultés, mais devient à mon sens plus que nécessaire.

 

Le dernier paragraphe, comme tout ce texte, je l’ai écrit le 13 septembre 2012. Bien qu’étant à 3000 km de Paris, j’ai appris le lendemain que Fessenheim serait fermée en 2016 (ce qui reste en contradiction avec la recommandation de l’ASN dont la date butoir était fixée au 30 juin 2013).

 

Dans le cadre d’une négociation identique à celle de novembre 2011 entre les partis au pouvoir, l’ASN a d’ores et déjà fourni l’argumentaire à l’abandon de Fessenheim car elle a prescrit à EDF le renforcement du radier de Fessenheim, avant le 30 juin 2013 (page 201 du rapport de janvier 2012). Pour des raisons d’études et de travaux à planifier bien en amont, il est évident que cela sera impossible à réaliser avant cette date : on ne coule pas du béton sous un réacteur comme on glisse de la poussière radioactive sous un tapis de mensonges … Chacun pourra en tirer ses propres réflexions. Je complète par cette déclaration d’André-Claude pour les intimes : « Il n’y a aucune raison de fermer quelque centrale que ce soit en France » directeur de l’ASN, Figaro 26 mars 2011. Neuf mois plus tard, l’ASN disait donc, de facto, le contraire concernant Fessenheim.

 

Dernier commentaire (du 22 septembre) : « les annonces politiques » ne font que reprendre à grands renforts de tambours et trompettes ce qu’il était déjà prévu de faire (c’est quelque chose que j’ai pu moi-même vérifier de près dans la pratique du cabinet du ministre Gayssot en 1998-99).

 

Jean-Marc Royer, les 13 et 22 septembre 2012

 



 

[1] Décisions n°2012-DC-0274 et 0292, s’appliquant à Belleville sur Loire (Cher) INB n°127 et 128 et au Tricastin, (Drôme) INB n°87 et 88. Ces prescriptions sont très largement identiques ; nous signalerons seulement celles qui sont propres au Tricastin.

 

 

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Autres articles sur les 900 prescriptions de l’ASN

 

 

Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2011 : « il y aura un avant et un après Fukushima »

 

Nucléaire : les prescriptions de l'ASN à la lumière de Fukushima

 

Les prescriptions adressées aux exploitants par l’ASN

 

Evaluations complémentaires de sûreté: la transition énergétique ne doit plus attendre

 

L'ASN ordonne les travaux post-Fukushima

 

 

 

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Photo d’entête : centrale nucléaire de Fessenheim (source)

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 11:29
29Depuis le redémarrage de deux réacteurs à la centrale d’Ohi, des centaines de milliers de Japonais sont entrés en résistance. Ils manifestent leur opposition chaque semaine dans de nombreuses villes du Japon, quelquefois de manière spectaculaire, ce qui a conduit à appeler ce mouvement la Révolution des Hortensias.
 
Le 13 octobre 2012, des manifestations antinucléaires auront lieu dans le monde entier, en écho à ce mouvement pacifiste. Un texte a été créé pour cette occasion, en voici les versions française, japonaise, anglaise, allemande, italienne, néerlandaise, grecque et finlandaise.
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Merci à tous les citoyens du monde qui ont participé à l’élaboration de ce texte et à sa traduction, et à tous ceux qui iront manifester le 13 octobre !
 
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panoramic 
 
 
Version audio français et japonais
 
 
 
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Japon,

Depuis longtemps tu fascinais, parfois jusqu’à envoûter l'Occident, par ta culture du respect des autres et de la discipline consentie, par l’art du vivre ensemble, par tes avancées technologiques, par la beauté de tes paysages...

Ton peuple a vu la guerre détruire en un instant deux belles villes avec leurs hommes, leurs femmes et leurs enfants, au mois d’août 1945, victimes d’une nouvelle alchimie de l’atome fissionné et de la mort instantanée.

Plus près de nous, la crise économique t’a frappé, et le marché technologique s’est effondré.

Mais il restait ta particularité, la grâce de tes montagnes érigées au milieu de nulle part, celle de tes campagnes verdoyantes, si joliment louées par Miyazaki, et les villes futuristes qui te font osciller entre passé et modernité.

Pays adoré, tu sais pourtant rester discret et subtil…

Il fallut une autre catastrophe pour que le monde se souvienne de toi. Comme à Kōbe en 1995, tu es revenu à la une de l'actualité, mais cette fois, à Fukushima, et les conséquences seront tout autres.

Dans quelques années, on parlera de Fukushima comme on parle de Tchernobyl aujourd'hui : ses méfaits, les mensonges qui l’entourent, ses morts et ses contaminés…

Lorsque la catastrophe de mars 2011 est survenue, Japon, tu as occupé la première place dans l’actualité, avec des images choc qui faisaient frémir et des chiffres toujours plus terrifiants.
Puis, comme si tout était résolu, tu es redevenu discret. De nombreux pays n’ont plus parlé de la catastrophe, n’ont plus parlé d’aide.

A l'empoisonnement de tout un pays et d’un peuple, voilà qu’on semblait préférer les imbéciles batailles d'ego de quelques personnages lancés dans une course aux voix pathétique pour telle ou telle élection dans tel ou tel pays.

La voix des écologistes à travers le monde n'a pas assez porté, hélas, et l’on a fini par préférer les problèmes nationaux.

Serait-il cynique de se demander si, dans l’éventualité d’une semblable catastrophe en Europe, en Inde, en Chine ou aux Etats-Unis, les médias des autres pays s'en désintéresseraient aussi vite ?

Si les victimes en seraient aussi rapidement oubliées ?

Nous ne voulons pas croire que l'égoïsme et l’amour maladif du profit auront un jour raison de notre humanité.

Que pouvons-nous faire, maintenant ? Pour ceux qui, depuis des années, rêvaient de te découvrir, Japon, cela deviendra de plus en plus difficile.

Aujourd’hui, 582 jours après Fukushima, tu vacilles encore plus entre tes paradoxes.

Au printemps, quand reviennent tes cerisiers, les rossignols chantent, bercés par l’invisible poison d’une radioactivité incessante.

Tes enfants apprennent à compter en micro-Sieverts, tes sols, tes rivières et tes poissons regorgent de Becquerels…

Combien de ces kystes thyroïdiens, déjà si nombreux, dégénéreront en cancer ?

Japon, dis, que vas-tu devenir ? Qu’allons-nous devenir ?

En attendant, pays bien-aimé, tu t’enlises en silence.
Les dégâts de la contamination radioactive continuent inexorablement, et les séquelles seront irréversibles.

Nos gouvernements et les médias ont minimisé les lourdes conséquences de l'accident nucléaire, même si cette immense catastrophe marquera à jamais l'histoire humaine.

Cette situation inédite nous effraie, nous, citoyens du monde.

Tu fais face, Japon, à une profonde crise historique.
Comment toi, petit pays sismique, as-tu pu te doter de 54 réacteurs nucléaires qui sont autant de bombes à retardement ?

Si un gros séisme se produisait à nouveau, si l’une de tes piscines de désactivation s’effondrait, si une nouvelle centrale explosait, alors ce serait sûrement ta fin, et peut-être même bien plus que cela.

Ô Japon, nous ne devons jamais plus laisser faire un autre Fukushima, nulle part, jamais.

Nous ne pourrons pas vaincre la Nature, quand bien même nous y mettrions toutes nos forces.

C'est une grave erreur de penser que l’humanité peut tout contrôler par des avancées scientifiques qu’elle ne maîtrise pas complètement.

C'était un acte d'orgueil insensé que de regarder la nature de haut et de construire tant de centrales nucléaires sur ce poisson-chat géant mythique !

Car c’est bien ainsi que vos Anciens voyaient les séismes, n’est-ce pas ? Ils croyaient que d’immenses poissons-chats secouaient la terre.

Les poissons-chats qui secouent notre planète aujourd’hui, c’est le nucléaire.

La réalité, ce n’est pas que « l’énergie nucléaire a favorisé notre développement » mais bien plutôt que « nous tous, bercés par notre ignorance et notre passivité, nous avons favorisé le développement du nucléaire. ».

Etait-ce donc cela, l’Atome pour la Paix ?

Avant Fukushima, presque tout le monde s’accordait pour dire que nous avions besoin de centrales nucléaires afin de développer et de soutenir notre économie.

Mais la santé de tes enfants, Japon, se détériore à cause des centrales nucléaires.

C'est toujours la population, ce sont toujours les enfants qui souffrent, au bout du compte.

La force que nous avons, en chacun de nous, peut devenir une très grande force si nous nous unissons !

Ce qui compte maintenant, c’est de protéger l'avenir de tes enfants, l’avenir de nos enfants, l’avenir de tous les enfants de la terre !

Stop au silence, stop au nucléaire, partout sur la Terre !

Nous voulons le dire au monde entier: ne laissez pas se répéter l’horreur d’une catastrophe nucléaire !  

Unis ce jour avec le peuple japonais en révolte, nous demandons solennellement l’arrêt définitif de toute production d’électricité d’origine nucléaire, nous exigeons la fin du nucléaire tout de suite !

Notre espoir est que l’ensemble de l’humanité prenne enfin conscience des risques intolérables qui pèsent sur nous à cause de l’énergie nucléaire.

Et nous, citoyens du monde réunis en cette journée du 13 octobre 2012, qui nous exprimons dans une multitude de langues avec le même message disons aux côtés de nos amis Japonais:
SAIKADO HANTAI ! Non au redémarrage des centrales ! SAIKADO HANTAI !

Arrêtons le nucléaire, maintenant, et définitivement !
 
Merci de diffuser ce message ce jour du 13 octobre 2012, partout dans le monde, afin que demain, personne ne connaisse plus ce type de méga-rétro-désastre sournois.
 
Kazuo Nara ne veut plus de nucléaire dans son pays et il le chante !

 
 
 
 
Japonais
 
日本の皆さん!


ずっと以前から西洋を魅惑してきた日本という国、他人への敬意を忘れず、それでいて技術的に進んでいる日本、風景も美しく、素晴らしい国です。1945年8月、日本の国は壊滅的な状況になりました。放射能が降り注ぎ、子供も含め多くの人々が一瞬にして命を奪われてしまいました。最近では、経済危機に見舞われ、技術の分野でも大きな打撃を受けました。
でも、日本には雄大な山々、緑あふれる里山、そして古代と現代の間を揺れ動くような未来都市があります。日本の方々は慎み深いので、あまり多くを語りませんが本当に魅力的で愛される国です。1995年神戸で地震があったとき、日本は世界の新聞の一面を飾り、世界中の人々の記憶に再びとどまることになりました。でも、今回はだいぶ様子がちがいます。
数年後、福島は今日人々がチェルノブイリを語るときと同じように語られることになるでしょう。いやもっとひどいとりあげられかたをするかもしれません、数々の悪事や嘘が汚染と死者を取り巻くことになるでしょうから。2011年3月震災が起こったとき、新聞にはショッキングな写真が掲載され、恐怖がかきたてられました。
福島は広島の原爆の4000倍の放射能を放出し、放射能は風で日本にまき散らされ、さらに気流に乗って各地に運ばれていきました。でも、その後まるですべてが解決したかのように、いつもの慎み深さでもって日本の方々はまた口を閉じてしまいました。他の国々は、福島で起こっている危機に対して完全に報道規制をしいてしまいました。もう国際支援やサポートは問題ではないのです。
ある国が自ら毒死しようと、そんなことよりも、皆自分たちの国々のばかげた人形たちの小競り合いやエゴの方に興味を持つようになってしまいました。自分の国の問題の方が大切ということです。仮にヨーロッパやインド、中国、アメリカなどのこのような大惨事があった場合にも、これをすぐに忘れるようにマスメディアに期待するのでしょうか?あんなにもたくさん犠牲者がいるのにあっという間に忘れろと?

人間を悪に導くのはまさにエゴイズムなのです。これに対して私たちは何ができるでしょうか?日本に住む皆さん、そして素晴らしい日本を発見したと思っていた皆さん、だんだんと事は難しくなってきています。福島の事故からもう582日が過ぎました。今後皆さんはパラドックスの深みにもっとはまることになります。桜もウグイスも放射能の甘い香りにつつまれます。子供たちはマイクロシーベルトで測ることを覚えます。川や魚はベクレル漬けで、それはがんをひきおこします。

その間、国はというと、何も言うなとあなたたちに強いるのです。放射能汚染は情け容赦なく続き、取り返すことのできない結果となるのです。日本は、いったいどうなってしまうのでしょうか?私たちはどうなってしまうのでしょうか?どうなるかわかっていますが、それを認めたくはありません。
でもほかにどんな選択肢があるのでしょう?私たちの政府はメディアと結託し、こんなにも深刻な原子力災害を、人類の歴史にまで影響を及ぼしかねない大惨事を小さく見せようとしています。

日本の皆さん、あなたたちは歴史的な重要な危機に直面しているのですよ。日本は、地震国でありながら、54もの原発を抱えています。これは原爆を抱えているのと同じことですなのですよ。仮に大地震が再び起こったのならば、燃料プールが決壊するか、もしくは他の原発も爆発するかもしれません。本当に日本は終わってしまかもしれません、もっとひどいことになるのです。私たちは自然を征服できないのです、たとえ私たちのすべての英知をもってしてでも。
日本の皆さん、世界のどこであっても福島をもう一度繰り返させてはなりません。科学の進歩によって人間がすべてをコントロールできると考えることは誇大妄想に過ぎません。(5:58)私たちは、自然の中に暮らしており、自然が与えてくれるものを超えることはできないのです。原発の建設は、上を目指す人間のプライドのあらわれでした。しかし、「われわれは原発に支えられていた」ではなく「無知ゆえに規律を守りながらわれわれが原発を支えていた」のです。そしてそれはもちろん「平和のための核」ではありませんでした。福島の事故前は、経済のために多くの人々が原発は必要であると言っていました。

しかし、日本の皆さん、私たちの子供は健康を害し始めました。なぜならば、原発を建てたからです. いつも最後にツケを払って苦しむのは子供と民衆なのです。しかし、もし私たちが今団結すれば、私たちひとりひとりの力が大きな力になります。重要なことは、私たちの子供の未来を守るということです。日本の子供たち、そして地球に住むすべての子供たちを守らなければいけません。
もう口をつぐむのはやめましょう。そして原発を止めるのです、全地球上から。世界は、日本が今だんだんと体験しつつある恐怖を知りません。日本の人々が声をあげ、そして私たちも一緒に原子力の廃止を訴えていきましょう。すべての人々が目をさまし、今起こっていることに気づき必要があるのです。
再稼働反対!今すぐ廃炉!

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Anglais
 
Oh Japan!
For many years you have fascinated the West, which is captivated by your culture of respect for others, your technological advances, and the beauty of your landscapes.
In August 1945, you saw whole cities destroyed, men, women and children disappeared by way of a new alchemy--the splitting of the atom and instantaneous and prolonged death.
More recently, the economic crisis hit you hard, and the technology markets crashed down around you.
Yet, there were your features: the grace of your rising mountains, the green of your countryside, so beautifully laced by Miyazaki, and your futuristic cities that oscillate between the antique and the modern.
Beloved country, you know… but you are discreet.
It took a disaster for the world to remember you, in Kobe, 1995, when you returned to the headlines.
But with this disaster, the consequences will be much different. In a few years, we will speak of Fukushima as we speak of Chernobyl today, but even more so due to the misdeeds and lies that will surround the contaminated, dead and dying.
Japan, when disaster struck in March, 2011, you took the headlines with shocking images that grew and grew with increasing terror, as Fukushima exploded with over 4,000 Hiroshima bombs and the wind spread its radioactivity over you and into the jet stream.
Then, as if everything had been resolved, once more you became discreet, as is your habit.
Other countries have imposed a complete blackout on the ongoing crisis of Fukushima. It is no longer a question of international assistance or support ...
To the poisoning of a country, we have preferred the squabbles and egos of ridiculous puppets in their race for pathos, a subject that environmentalists have failed to seize, preferring their own national problems.
Would it be too cynical to expect the media in other countries to lose interest so soon, in the event of such a catastrophe in Europe, India, China or the US; to see their victims forgotten in a moment's time? It is selfishness that makes men evil.
What are we going to do about it? For those living in Japan and those of us who have dreamed of discovering her, it will become increasingly difficult.
And now 582 days after Fukushima, you have swung even more into your paradoxes.
You try to spring back as cherry blossoms and nightingales are lulled to sleep by the sweet scent of radioactivity. Your children will learn to count in micro Sieverts. Rivers and fish will rebound but with Becquerel cysts that will degenerate into cancer.
Meanwhile, your country forces its citizens into silence; radiotoxic contamination continues inexorably; and the consequences will be irreversible.
Japan, what will become of you, what will become of us?
We know but we still cannot admit it; yet, what other choice do we have? Our governments and corporate media play down the serious consequences of such a nuclear disaster, a huge catastrophe that will affect the rest of human history.
You face a profound historical crisis, Japan, little seismic country adorned with 54 nuclear reactors that are in truth nuclear bombs. If a large earthquake were to occur again, a nuclear storage pool collapse or another plant explodes; it would surely be the end of you, even more than it already is.
Oh Japan, we should never create another Fukushima, anywhere, ever again. We will never conquer nature, even if we try with all our might. It is a megalo-maniac's dream to think that humanity can control everything by scientific advancement.
We live in nature and we cannot surpass what she has given us. It was an act of human pride to look so high and build nuclear power plants as a great mythical catfish.
It was not "We were supported by nuclear power," but "We, ignorant and disciplined, it is WE who have supported nuclear power". And it was certainly not "Atoms for Peace".
Before Fukushima, many people said that we needed nuclear power plants in order to save our economies. But the health of our children, Japan, is deteriorating BECAUSE we have built them. It is always the public and the children who suffer in the end. But the power that is EACH ONE OF US can become a great force, if we unite now.
The important thing is to protect the future of our children, Japan's children, all the children of the earth.
Stop the silence, stop nuclear power, everywhere on Earth.
The world is not now living the horror that Japan is gradually discovering. But the Japanese citizens rebelled and together with them we ask the final judgment of all production of nuclear power. All of humanity must become awake and aware for this to happen!
Sakaido hantai! No restart! Decommission now!

(Thank you for sending this message, dated 13 October 2012, around the world, so that tomorrow, no one will ever again know such a mega-retro-disaster.)
 
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Allemand

Seit vielen Jahren haben Sie den Westen, die durch Ihre Kultur des Respekts für andere, Ihre technologischen Fortschritte und die Schönheit Ihrer Landschaft die faszinierend ist, mit vielen Menschen in der Welt geteilt.

Im August 1945 sah man ganze Städte zerstört, Männer, Frauen und Kinder sind durch eine neue Alchemie einfach verschwunden – es war die Spaltung des Atoms, dass den sofortigen und nachhaltigen Tod brachte.

Doch es waren Ihre Merkmale: Kraft, Demut und die Gnade für einen neuen Anfgang. Die Berge, das Grün der Landschaften, so schön wie die von Miyazaki geschnürt, und Ihre futuristische Städte, die zwischen der antiken und der modernen schwingen.

Es wurde nicht geklagt ob des Leidens das diesem Land, Japan angetan wurde. Denn Sie sind diskret und demütig geblieben und bauten dieses Land wieder neu auf.
Es dauerte eine Katastrophe lang die um die Welt ging. Wir erinnern uns an die Katastrophe von Kobe 1995.

Aber mit dieser Katastrophe, in Fukushima werden die Folgen viel komplexer sein. In ein paar Jahren werden wir von Fukushima sprechen, wie wir von Tschernobyl heute sprechen, wegen der Untaten und der Lügen, über kontaminiertes Land, Wasser, Luft und der zahlreichen Toten, Verletzten und Obdachlosen Menschen, wenn nichts geschieht.

Als die Katastrophe im März 2011 Japan traf, die die ganze Welt erschütterte, kam Japan in die Schlagzeilen mit schockierenden Bildern. Die Angst wuchs zunehmend als in Fukushima der Reaktor mit der Kraft und der Zerstörung mit über 4.000 Hiroshima-Bomben explodierte. Der Wind breitete seine tödliche Radioaktivität über Japan aus und der Jetstream verbreitete die Radioaktivität über die Meere und Kontaminierte.

Mit der Gewohnheit der -diskretion sollte alles geklärt sein. Viele Länder verhängten eine komplette Nachrichtensperre über die anhaltende Krise in Fukushima. Es ist nicht mehr eine Frage der internationalen Hilfe oder Unterstützung. Über die Verstrahlung eines Landes wurde gestritten, es wurde gelogen und betrogen und lächerliche egoistische „Puppen“ eröffneten ein Rennen über Pathos, Verantwortung und Ehre.

Wäre es zu zynisch zu erwarten, dass die Medien in anderen Ländern das Interesse so bald verlieren, im Falle einer solchen Katastrophe in Europa, Indien, China oder den USA; die ihre Opfer in einem Augenblick der Zeit vergessen sehen zu wollen? Es ist die Selbstsucht und die Dämonie der Macht die Männer böse macht.

Was sollen wir dagegen tun? Für diejenigen, die in Japan und diejenigen von uns, die für eine Atom freie Welt eintreten.

Und jetzt 582 Tage nach Fukushima schwimmen Sie immer noch in einem Sumpf der Paradoxien.
Und nun sind die Menschen, Kirschblüten und Nachtigallen eingehüllt vom „süßen Duft“ der Radioaktivität. Ihre Kinder werden lernen, in Mikrosievert zu rechnen. Ihre Flüsse und Fische werden sich vielleicht erholen, aber mit „Becquerel Zysten“, die zu Krebs entarten können.
Unterdessen zwingt Ihr Land die Japanischen Bürger in die „Stille“ der Schweigsamkeit; doch die radiotoxische Verschmutzung geht unaufhaltsam weiter, und die Folgen werden für die Menschen irreversibel sein.

Japan, was wird aus dir werden, und was wird aus dieser Welt werden?
Unsere Regierungen und Medienkonzerne verharmlosen die schwerwiegenden Folgen einer solchen nuklearen Katastrophe, eine riesige Katastrophe, die wohl den Rest der menschlichen Geschichte beeinflussen wird.

Wir wollen niemals mehr ein weiteres Fukushima. Es ist ein megalo-maniac (Grössenwahnsinniger) Traum zu glauben, dass die Menschheit alles durch wissenschaftlichen Fortschritt kontrollieren kann. Atomkraft ist und bleibt unbeherrschbar.

Wir leben in der Natur und wir können sie nicht übertreffen, was sie uns gegeben hat. Wir haben Wind, Wasser und die Sonne. Es war ein Akt des menschlichen Stolzes, Kernkraftwerke zu bauen und sie als einen großen mythischen Wels anzubeten.

Vor Fukushima, sagten die Menschen dass Kernkraftwerke erforderlich sind, um unsere Volkswirtschaften auszubauen und sie angeblich bezahlbar zu machen. Aber die Gesundheit unserer Kinder in Japan, verschlechtert sich, weil wir sie gebaut haben. Es ist immer die Öffentlichkeit, die Bürger, die Kinder, die am Ende leiden. Aber die Macht, die jeder von uns inne hat, kann eine große Kraft werden, wenn wir uns vereinigen, und das jetzt, hier und heute.

Das Wichtigste anliegen ist, die Sorge um die Zukunft unserer Kinder, Japans Kinder ja aller Kinder dieser Erde und den Schutz unserer Erde daselbst.

Stoppen Sie die Stille, Stoppt die Atomkraft, überall auf der Erde.

Die Welt will nicht mehr in Angst und Schrecken leben. Auch die Bürger Japans haben das bitter erleben müssen. Sie gehen auf die Strasse diese braven, mutigen Menschen und protestieren. Die gesamte Menschheit muss wach werden und sich dessen bewusst sein, dass Atomkraft unbeherrschbar ist und auch bleiben wird.

Die Menschen brauchen Antworten, Daten und ehrliche Informationen, um mit den Vorgängen fertig zu werden. Medienblackouts, Propaganda und habgierige, egoistische Industrien jedweglicher Art, die zulassen, dass die Gesundheit der Menschen angegriffen wird und sie so viele Verletzte, Obdachlose und Tote in Kauf nehmen, müssen gestoppt werden. Jener TEPKO Boss und der führende Atomwissenschaftler in Japan sind nicht weinend zusammengebrochen und haben ihre Posten zur Verfügung gestellt, weil in Fukushima alles in Ordnung ist. Darüber sollte die Welt nachdenken und handeln, bevor es zu spät ist.

*Wir fühlen uns nicht dem Glauben verpflichtet, dass derselbe Gott, der uns mit Sinnen, Vernunft und Verstand ausgestattet hat, von uns verlangt, dieselben nicht zu benutzen*.
*Das Recht der Politiker auf Geheimhaltung ist nicht größer als das Recht der Bürger auf Offenlegung*.
*Mit dem ersten Glied ist die Kette geschmiedet. Wenn die erste Rede zensiert, der erste Gedanke verboten, die erste Freiheit verweigert wird, dann sind wir alle unwiderruflich gefesselt*.
*Wisset das euer Volk euch danach beurteilt, was ihr aufbaut, nicht danach was ihr zerstören könnt*.
*Die Freiheit des Menschen liegt nicht darin, dass er tun kann, was er will, sondern, dass er nicht tun muss, was er nicht will*.
*Leben Sie nicht in den Ruinen ihrer Gewohnheiten. Fuer alles im Leben muss man bezahlen. Und je spaeter man es tut, desto hoeher werden die Zinsen*.

Saikado Hantai! Kein Neustart! Stilllegung jetzt!

Vielen Dank für das Senden dieser Nachricht, vom 13. Oktober 2012, Wir wollen keine Mega-retro-Katastrophe, egal in welchem Teil dieser Welt.
 
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Italien
 
Oh Giappone
Da molti anni, affascinavi, talvolta fino ad ammaliare l'occidente, con la tua cultura del rispetto degli altri e della disciplina consentita, con l'arte di vivere insieme, numerosi, con i progressi tecnologici, con la bellezza dei tuoi paesaggi.... Ma il tuo popolo ha visto la guerra distruggere le sue città ed i suoi uomini, un giorno di agosto del 1945 con la nuova alchimia della fissione dell'atomo e la morte istantanea. Anche la crisi economica ti ha colpito, ed il mercato tecnologico è crollato. Restava la tua particolarità, la grazia delle tue montagne che si erigono nel mezzo di nessuna parte, quella delle tue campagne verdeggianti, così graziosamente lodate da Miyazaki, e le tue città futuriste che ti fanno oscillare tra passato e modernità. Paese adorato, sai tuttavia restare discreto...
E c'è voluto una catastrofe affinché il mondo si ricordasse di te. Come a Kobe nel 1995, sei ritornato d' attualità, ma questa volta, le conseguenze saranno ben altre. per alcuni anni, si parlerà di Fukushima come si parla oggi di Chernobyl, addirittura di più: i suoi danni, le menzogne che lo circondano, i morti ed i contaminati. Quando la catastrofe è successa, Giappone, tu occupavi il primo posto dell'attualità, con le immagini shock accompagnate di cifre sempre più terribili. Poi, come se tutto fosse risolto, sei ridiventato discreto, come al solito. Numerosi paesi hanno imposto un black out completo. Niente più aiuto internazionale o sostegno morale, fino alla prossima volta…
All'avvelenamento di un paese, sono state preferite le guerre di ego di alcuni ridicoli fantocci lanciati in una corsa alle voci patetiche; ad un argomento di cui gli ecologisti non hanno saputo impossessarsi, si preferisce i problemi nazionali. Sarebbe cinico sperare su una tale catastrofe in Europa, in India, in Cina o negli USA, per vedere i media degli altri paesi disinteressarsi subito? Per contare le vittime dimenticate all'istante? L'egoismo rende cattivi. E l'uomo non è buono alla radice. Dove andiamo? Per quelli che, da anni, sognavano di scoprirti, Giappone, ciò diventerà sempre più difficile.
Ed adesso 582 giorni dopo Fukushima, oscilli, ancora di più, tra i tuoi paradossi.
E in primavera, quando tornano i ciliegi, quando gli usignoli cantano, cullati dal dolce profumo di una radioattività crescente.
Ed i tuoi bambini imparano a contare in micro Sieverts, ed i tuoi fiumi, ed i tuoi pesci traboccano di Becquerel… Delle cisti, già così numerose, degenereranno in cancri? cosa diventerai Giappone, cosa diventeremo?
Durante questo tempo, Giappone, sprofondi in silenzio, i danni della contaminazione radiotossica continuano inesorabilmente, ed i postumi saranno irreversibili. Lo sappiamo ma ci fa ancora male ad ammetterlo, ma, quali altre scelte abbiamo? Il governo ed i media hanno minimizzato le gravi conseguenze dell'incidente nucleare, anche se si tratta di un'immensa catastrofe che resterà nella storia dell'umanità. Questa situazione inedita è veramente spaventosa. Stai affrontando, Giappone, una profonda crisi storica. Tu, piccolo paese sismico, con i tuoi 54 reattori nucleari che non sono altro che bombe a scoppio ritardato. Se succede di nuovo un grosso sisma, e se crollasse una piscina, sarebbe sicuramente la tua fine, addirittura molto di più.
Oh Giappone, non dovremmo mai più rivivere un altra Fukushima, da nessuna parte. Non potremo mai vincere la Natura, anche provando con tutte le nostre forze. È un grande errore pensare che l'umanità può controllare tutto con i progressi scientifici. Viviamo nella natura e non possiamo superarla. Era un atto di orgoglio umano smisurato di guardare la natura dall'alto e di costruire tante centrali nucleari su questo mitico gigantesco pesce gatto. Non era "Noi siamo stati sostenuti dalle centrali nucleari", ma "noi, popolo ignorante e disciplinato, abbiamo sostenuto le centrali nucleari."
Prima di Fukushima, molte persone dicevano che avevamo bisogno delle centrali nucleari per non rovinare la nostra economia. Ma la salute dei tuoi bambini, Giappone, si deteriora perché abbiamo delle centrali nucleari. Alla fine è sempre il pubblico ed i bambini a soffrire. Il potere di ciascuno di noi può diventare una grande forza, se ci uniamo.
La cosa ancora importante adesso è di proteggere il futuro dei tuoi bambini, dei nostri bambini, di tutti i bambini della terra.
Stop al silenzio, stop al nucleare, ovunque sulla Terra .
Al mondo intero, non vivete mai l'orrore che il Giappone sta scoprendo progressivamente. Uniti questo giorno col popolo giapponese in rivolta, chiediamo solennemente l'arresto definitivo di ogni produzione di elettricità di origine nucleare. Purché l'insieme dell'umanità ne prenda coscienza!
Grazie per diffondere questo messaggio questo giorno del 13 ottobre 2012, ovunque nel mondo, affinché domani, nessuno conosca più questo tipo di disastro mega-retrò cosi subdolo..
 
nn
 
 
Néerlandais

Oh Japan!
Al vele jaren hebben jullie gefascineerd het Westen, die door jullie cultuur van respect in de ban voor anderen, uw technologische vooruitgang, en de schoonheid van uw landschap.
In augustus 1945 zag je hele steden verwoest, mannen, vrouwen en kinderen verdwenen door middel van een nieuwe alchemie - de splitsing van het atoom en onmiddellijke en langdurige dood.
Meer recent heeft de economische crisis raken hard, en de technologie markten stortte om je heen.
Toch waren er uw functies: de genade van uw oprijzende bergen, het groen van uw land, zo mooi geregen door Miyazaki, en uw futuristische steden die oscilleren tussen de antieke en de moderne.
Geliefde land, weet je ... maar je bent discreet.
Het duurde een ramp voor de wereld om u het zich herinnert, in Kobe, 1995, als je terug naar het nieuws.
Maar met deze ramp, zullen de gevolgen heel anders. Over een paar jaar zullen we spreken van Fukushima als we spreken van Tsjernobyl vandaag, maar meer nog vanwege de wandaden en leugens die rond de besmette, dode en stervende.
Japan, toen de ramp getroffen in maart 2011, u het nieuws nam met schokkende beelden die groeide en groeide met toenemende terreur, zoals Fukushima explodeerde met meer dan 4000 Hiroshima bommen en de wind verspreid zijn radioactiviteit over u en in de straalstroom.
Dan, alsof alles was opgelost, eens te meer werd je discreet, zoals uw gewoonte.
Andere landen hebben opgelegd een volledige black-out over de lopende crisis van Fukushima. Het is niet langer een kwestie van internationale hulp of ondersteuning ...
Om de vergiftiging van een land, hebben we wilden liever het gekibbel en de ego's van belachelijke poppen in hun race voor pathos, een onderwerp dat milieuactivisten hebben gefaald te grijpen, liever hun eigen nationale problemen.
Zou het te cynisch te verwachten dat de media in andere landen om rente te verliezen zo snel, in het geval van een dergelijke ramp in Europa, India, China of de VS; om hun slachtoffers te vergeten in de tijd van een ogenblik zien?
Het is egoïsme dat maakt mannen kwaad.
Wat gaan we doen? Voor degenen die wonen in Japan en die van ons die hebben gedroomd van het ontdekken van haar, zal het steeds moeilijker worden.
En nu 582 dagen na Fukushima, heb je zwaaide nog meer in uw paradoxen.
Je probeert terugveren als kersenbloesems en nachtegalen worden in slaap gesust door de zoete geur van radioactiviteit. Uw kinderen zullen leren om te tellen in de micro Sievert. Rivieren en vis maar zal rebound met Becquerel cysten die zal ontaarden in kanker.
Ondertussen, uw land dwingt haar burgers in de stilte; radiotoxische besmetting blijft onverbiddelijk, en de gevolgen onomkeerbaar zal zijn.
Japan, wat zal er van je worden, wat zal er van ons worden?
We weten maar we kunnen nog steeds niet toegeven, maar toch, wat andere keuze hebben we? Onze regeringen en corporate media bagatelliseren de ernstige gevolgen van een dergelijke nucleaire ramp, een enorme catastrofe die de rest van de menselijke geschiedenis zal beïnvloeden.
U staat voor een diepe historische crisis, Japan, weinig seismische land versierd met 54 kernreactoren die in waarheid nucleaire bommen. Als er een grote aardbeving waren om opnieuw voordoen, een nucleaire opslag zwembad instorting of een andere plant ontploft, het zou zeker het einde van u, zelfs meer dan het al is.
Oh Japan, zouden we nooit maak een ander Fukushima, waar dan ook, nooit meer. We zullen nooit overwinnen natuur, zelfs als we proberen uit alle macht. Het is een Megalo-maniak's droom om te denken dat de mensheid kan alles door wetenschappelijke vooruitgang te controleren.
We leven in de natuur en we kunnen niet overtreffen wat zij ons heeft gegeven. Het was een daad van menselijke trots te kijken zo hoog en kerncentrales te bouwen als een grote mythische meerval.
Het was niet "We werden ondersteund door kernenergie", maar "Wij, onwetende en gedisciplineerd, het is wij, die kernenergie ondersteund". En het was zeker niet "Atoms for Peace".
Voordat Fukushima, veel mensen zeiden dat we kerncentrales nodig zijn om onze economieën te redden. Maar de gezondheid van onze kinderen, Japan, verslechtert want we hebben ze gebouwd. Het is altijd het publiek en de kinderen die lijden in het einde. Maar de macht die IEDER VAN ONS kan een grote kracht worden, als we nu verenigen.
Het belangrijkste is het beschermen van de toekomst van onze kinderen, Japan kinderen, alle kinderen van de aarde.
Stop de stilte, stop kernenergie, overal op Aarde.
De wereld is nu niet het leven van de horror dat Japan geleidelijk ontdekken. Maar de Japanse burgers in opstand en samen met hen vragen wij het laatste oordeel van alle productie van kernenergie. De hele mensheid moeten worden wakker en bewust om dit te laten gebeuren!
Sakaido Hantai! Geen herstart! Ontmanteling van nu!
(Dank u voor het verzenden van dit bericht, van 13 oktober 2012, over de hele wereld, zodat morgen, niemand zal ooit nog zo'n mega-retro-ramp te leren kennen.)
 
22
 
 
Grec
 
Ιαπωνία,
Για πολλά χρόνια ενέπνευσες τη Δύση, η οποία γοητεύτηκε από τη φιλοσοφία σου για το σεβασμό προς τους άλλους, τα τεχνολογικά σου επιτεύγματα και τις ομορφιές της φύσης σου.
Τον Αύγουστο του 1945 είδες ολόκληρες πόλεις κατεστραμμένες, άντρες γυναίκες και παιδιά να εξαφανίζονται, στο όνομα μιας νέας αλχημείας: τη διαίρεση του ατόμου, τον ακαριαίο αλλά και τον παρατεταμένο θάνατο.
Πιο πρόσφατα η οικονομική κρίση σε έπληξε σκληρά και οι τεχνολογικές αγορές γύρω σου κατέρρευσαν.
Ακόμη υπήρχαν τα χαρακτηριστικά σου: το μεγαλείο των ψηλών βουνών σου, το πράσινο της εξοχής σου, τόσο όμορφα δεμένα από τον Miyazaki, και οι φουτουριστικές πόλεις σου, που συνυπάρχουν ανάμεσα στο παλιό και το μοντέρνο.
Αγαπημένη χώρα, ξέρεις ...αλλά τόσο διακριτική, χρειάστηκε μια καταστροφή για να σε θυμηθεί ο κόσμος, στο Kobe το 1995, όταν επέστρεψες στην επικαιρότητα. Αλλά μ' αυτή την καταστροφή οι συνέπειες θα είναι πολύ διαφορετικές. Σε λίγα χρόνια θα μιλάμε για τη Φουκουσίμα, όπως μιλάμε σήμερα για το Chernobyl.
Αλλά πολύ περισσότερο λόγω της αδικίας και των ψεμάτων που αφορούν τους μολυσμένους από ραδιενέργεια, τους πεθαμένους και όσους πεθαίνουν.
Η Ιαπωνία, όταν χτυπήθηκε από την καταστροφή το Μάιο του 2011, απασχόλησε την επικαιρότητα με σοκαριστικές φωτογραφίες που πλήθαιναν μέρα με τη μέρα και μεγάλωναν το φόβο, αφού η Φουκουσίμα επλήγη με πάνω από 4.000 βόμβες Χιροσίμας κι ο άνεμος άπλωσε τη ραδιενέργεια πάνω σου και μέσα σου σαν ρεύμα αεριωθούμενου.
Τότε, σαν όλα να είχαν λυθεί για ακόμη μια φορά, ήσουν διακριτική όπως άλλωστε συνήθιζες.
Άλλες χώρες έχουν επιβάλει πλήρη σιωπή για τη συνεχιζόμενη κρίση στη Φουκουσίμα. Δεν είναι πια ζήτημα διεθνούς βοήθειας ή υποστήριξης...
Για να δηλητηριάσουν τη χώρα, έχουνε προτιμήσει το καυγά και τα εγώ τους σαν γελοίες μαριονέτες στη κούρσα τους για εξευτελισμό.
Ένα αντικείμενο όπου οι οικολόγοι έχουν αποτύχει να ασχοληθούν, προτιμώντας τα δικά τους εθνικά προβλήματα.
Θα ήταν άραγε πολύ κυνικό να περιμένουμε τα ΜΜΕ στις άλλες χώρες να χάσουν το ενδιαφέρον τους τόσο γρήγορα σε ένα γεγονός σαν αυτή την καταστροφή, σε Ευρώπη, Ινδία , Κίνα και Αμερική.
Να ξεχάσουν τόσο γρήγορα τα θύματά τους;
Ο εγωισμός κάνει τους ανθρώπους, απάνθρωπους.
Τι θα κάνουμε σχετικά μ' αυτό;
Για αυτούς που ζουν στην Ιαπωνία και για μερικούς από εμάς, που έχουμε ονειρευτεί να την ανακαλύψουμε, θα είναι ιδιαίτερα δύσκολο.
Και τώρα, 582 ημέρες μετά τη Φουκουσίμα, οι Ιαπώνες ταλαντεύεστε ολοένα και περισσότερο μεταξύ των παραδόξων σας.
Προσπαθείτε να επανέλθειτε σαν ανθισμένες κερασιές, και τα αηδόνια νανουρίζονται από το “γλυκό” άρωμα της ραδιενέργειας.
Τα παιδιά σου θα μάθουν να μετράνε σε microsieverts. Τα ποτάμια και τα ψάρια σου θα αναπτυχθούν με κύστες Becerel και θα εξελιχθούν σε καρκίνο.
Στο μεταξύ η χώρα υποχρεώνει τους υπηκόους της σε σιωπή.
Η ραδιοτοξική μόλυνση συνεχίζεται αδυσώπητη και οι συνέπειες θα είναι μη αναστρέψιμες.
Ιαπωνία, τι θα απογίνεις; Τι θα απογίνουμε όλοι;
Ξέρουμε, αλλά ακόμα δεν μπορούμε να το ομολογήσουμε. Τι άλλες επιλογές έχουμε;
Οι κυβερνήσεις μας και τα ελεγχόμενα ΜΜΕ, υποβαθμίζουν τις σημαντικές επιπτώσεις από μια τέτοια πυρηνική καταστροφή που θα επηρεάσει το υπόλοιπο της ανθρώπινης ιστορίας.
Αντιμετωπίζεις μια βαθιά ιστορική κρίση Ιαπωνία, μικρή σεισμική χώρα. Στολισμένη με 52 πυρηνικούς αντιδραστήρες που είναι πραγματικές πυρηνικές βόμβες.
Αν ένας μεγάλος σεισμός συμβεί ξανά, μια πυρηνική δεξαμενή καταρρεύσει ή μια άλλη εγκατάσταση εκραγεί, αυτό θα είναι σίγουρα το τέλος σου, αν κι αυτό έχει ήδη συμβεί.

Ιαπωνία, δεν θα έπρεπε ποτέ να δημιουργήσουμε ξανά μια Φουκουσίμα πουθενά.

Ποτέ δεν θα κατακτήσουν τη φύση όσο κι αν το προσπαθήσουν μερικοί.
Μόνο μεγαλομανείς σκέφτονται ότι μπορεί να ελέγξουν τα πάντα με την τεχνολογική εξέλιξη.
Ζούμε σε μια φύση και δεν μπορούμε να ξεπεράσουμε ότι μας έχει προσφερθεί.
Ήταν μια πράξη αλαζονείας να κοιτάνε τόσο ψηλά και να χτίζουν πυρηνικά εργοστάσια σαν τα τεράστια μυθικά γατόψαρα.
Δεν ήταν ότι “υποστηριζόμασταν από την πυρηνική ενέργεια”, αλλά ότι “εμείς οι εγωιστές και ανήθικοι, εμείς υποστηρίζουμε τη ραδιενέργεια”. Και σίγουρα δεν ήταν τα ραδιενεργά “άτομα με σκοπό την ειρήνη”.
Πριν τη Φουκουσίμα, πολλοί άνθρωποι είπαν ότι “χρειαζόμασταν τα εργοστάσια πυρηνικής ενέργειας για να σώσουμε τις οικονομίες μας”.
Αλλά η υγεία των παιδιών μας, Ιαπωνία, επιδεινώνεται επειδή έχουμε χτίσει αυτά τα εργοστάσια. Είναι πάντα ο κόσμος και τα παιδιά που υποφέρουν στο τέλος.
Όμως η δύναμη που έχει ο καθένας από εμάς, μπορεί να γίνει μια μεγάλη πίεση αν ενωθούμε τώρα.
Το σημαντικό είναι να προστατεύσεις το μέλλον των παιδιών της Ιαπωνίας και των παιδιών της Γης.
Σπάστε τη σιωπή τώρα, σταματήστε την πυρηνική ενέργεια οπουδήποτε στη Γη!
Ο κόσμος δεν ζεί τώρα τον τρόμο που η Ιαπωνία σταδιακά ανακαλύπτει, αλλά οι Ιάπωνες επαναστάτησαν και μαζί μ' αυτούς εμείς ζητάμε την τελική καταδίκη όλης της παραγωγής της πυρηνικής ενέργειας. Όλη η ανθρωπότητα πρέπει να ξυπνήσει και να αναλογιστεί τι συνέβη.
Όχι επανεκκίνηση ραδιενεργών εργοστασίων! Κατάργηση τώρα!
Ευχαριστώ που στείλατε αυτό το μήνυμά σας στις 13 Οκτωβρίου 2012 σε όλο τον κόσμο, οπότε αύριο κανείς ξανά να μην βιώσει τέτοια καταστροφή!
 
10
 
 
Finlandais
 
Oi Japani!
Monta vuotta olet kiehtonut länttä, jota kulttuurisi on innostanut: toisten kunnioittamisessa, teknologisessa kehityksessäsi, ja maisemiesi kauneudessa.
Elokuussa 1945 näit kokonaisia kaupunkeja tuhoutuneen; miehiä, naisia ja lapsia katosi uuden alkemian tieltä - halkaistun atomin ja äkillisen ja hitaasti etenevän kuoleman.
Myöhemmin talouskriisi iski, ja teknologian markkinat kaatuivat ympärilläsi.
Kuitenkin oli teidän ominaisuutenne: teidän kohoavien vuorienne sulo, maaseutunne vihreys, jota Miyazak kauniisti reunustaa, ja teidän futuristiset kaupunkinne, jotka vaihtelevat antiikin ja modernin välillä.
Rakas maa, tiedäthän ... mutta silti olet hillitty
Tarvittiin katastrofi maailmalle muistaa sinut Kobe, 1995, kun palasit otsikoihin.
Mutta tämän katastrofin, seuraukset ovat hyvin erilaiset. Muutaman vuoden kuluttua puhumme Fukushimasta kuin puhumme Tšernobylistä tänään, mutta vielä enemmän rikosten ja valheitten takia, jotka ympäröivät saastuneita, kuolleita ja kuolevia.
Japani, kun katastrofi iski maaliskuussa 2011, oli otsikoissa: järkyttävät kuvat, jotka paisuivat ja paisuivat lisääntyvällä kauhulla, kun Fukushima räjähti yli 4000:ää Hiroshiman pommia vastaten, ja tuuli levitti radioaktiivisuutta yllenne ja osaksi suihkuvirtausta.
Sitten, kuin kaikki olisi ratkaistu, vielä kerran sinusta tuli huomaamaton, koska se on sinun tapasi.
Muut maat ovat asettaneet täydellisen pimennon käynnissä olevaan Fukushiman kriisiin. Se ei ole enää kansainvälisen avun tai tuen kysymys ...
Maan myrkyttymisen suhteen olemme mieluummin kinastelevia ja naurettavia nukkeja kilpaillen paatoksella, aihe, johon ympäristönsuojelijat eivät ole osanneet tarttua asettaen etusijalle omat kansalliset ongelmansa.
Olisiko liian kyynistä odottaa median muissa maissa menettävän kiinnostuksensa näin pian, jos tällainen katastrofi sattuisi Euroopassa, Intiassa, Kiinassa tai Yhdysvalloissa; nähdä heidän uhriensa unohtuvan hetken kuluttua? Itsekkyys tekee ihmisistä pahoja.
Mitä aiomme tehdä asialle? Japanissa asuville ja niille meistä, jotka ovat unelmoineet löytävänsä sen, se tulee yhä vaikeammaksi.
Ja nyt 582 päivää Fukushimn jälkeen, olet kääntynyt vielä enemmän omiin paradokseihisi.
Yrität löytää kevään takaisin kirsikankukkineen ja satakielineen, jotka ovat tuudittuneet nukkumaan radioaktiivisuuden makeaan tuoksuun. Lapsesi oppivat laskemaan mikro-Sievertit. Joet ja kalat kostavat Becquerel-kystilla, jotka degeneroitunut syöväksi.
Samalla maasi pakottaa kansalaisiaan hiljaisuuteen; radioaktiivinen saastuminen jatkuu vääjäämättä, ja seuraukset ovat peruuttamattomia.
Japani, mitä tulee teistä, miten meidän käy?
Tiedämme, mutta emme voi vieläkään myöntää sitä - mitä muita vaihtoehtoja meillä on? Hallituksemme ja valtamedia vähättelevät ydinkatastrofin vakavia seurauksia, valtavan katastrofin, joka vaikuttaa ihmiskunnan tulevaan historiaan.
Kohtaat syvän historiallisen kriisin, Japani, pieni seisminen maa, jota koristaa 54 ydinreaktoria, jotka ovat todellisuudessa ydinpommeja. Jos suuri maanjäristys tapahtuisi uudestaan, ydinvoimavarastoaltaan romahdus, tai jos muussa laitoksessa räjähtää, se olisi varmasti loppusi, enemmän kuin se nyt on.
Oi Japani, meidän ei pitäisi koskaan luoda uutta Fukushimaa mihinkään. Emme koskaan valloita luontoa, vaikka yritämme kaikin voimin. On suuruudenhullu unelma ajatella, että ihmiskunta voi ohjata kaikkea tieteen edistyksellä.
Elämme luonnossa emmekä voi ylittää sitä mitä se on meille antanut. Oli ihmisen ylpeyttä kurottaa korkealle ja rakentaa ydinvoimaloita kuin suureksi myyttiseksi monniksi.
Ei ollut "Me tuimme ydinvoimaa," vaan "Me, tietämättöminä ja kurinalaisina olemme tukeneet ydinvoimaa". Ja varmasti ei ollut "Atomit rauhan palveluksessa".
Ennen Fukushimaa, monet sanoivat, että tarvitsemme ydinvoimalaitoksia taloudellisista säästösyistä. Mutta lastemme terveys, Japani, huononee, koska olemme luoneet ne. Kansa ja lapset kärsivät aina lopulta. Mutta voima, joksi jokainen meistä voi tulla, suuri voima, on jos nyt yhdistymme.
Tärkeintä on suojella lasten tulevaisuus, Japanin lasten, kaikkien maapallon lasten.
Lopeta hiljaisuus, lopeta ydinvoima, kaikkialla maapallolla.
Maailma ei nyt elä kauhua, jota Japani on vähitellen löytämässä. Mutta Japanin kansa kapinoi, ja yhdessä heidän kanssaan pyydämme lopullisen tuomion kaikkeen ydinvoiman tuotantoon. Koko ihmiskunnan on herättävä ja tultava tietoiseksi tästä.
Sakaido hantai! Ei uudelleenkäynnistyksiä! Purkakaa nyt!
(Kiitos tämän viestin lähettämisestä, päivätty 13 päivänä lokakuuta 2012, ympäri maailmaa, niin että huomenna kukaan ei ikinä kohtaa tällaista valtavaa tapahtunutta katastrofia.)
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Que faire ?
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 17:15
Photos
 
- Plaque d’acier recouvrant la piscine 4 (source) : depuis la mi-juin 2012, la piscine 4 est recouverte d’une structure métallique destinée à protéger le combustible nucléaire de toute chute accidentelle d’objets divers lors du démantèlement des murs de l’étage supérieur puis de la construction de la nouvelle structure. Sous cette couche d’acier qui est surélevée par rapport à la surface de la piscine, on distingue une bâche blanche. Mais ni la bâche, ni la structure en acier ne sauraient protéger la piscine des effets d’un séisme important...
 
couverture-metal-piscine4.jpg
 
 
 
- Nouvelle série de photos de Cryptome : le dégagement du couvercle de la cuve du réacteur de l’unité 4 de Fukushima Daiichi le 13 septembre 2012 et, pour comparaison, l’ouverture du réacteur de l’unité 4 de Fukushima Daini le 14 septembre 2012
 
couvercle
Retrait du couvercle de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daiichi
 
couvercleb
Couvercle de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daiichi
 
couvercledaini1
Vision large du réacteur 4 de Fukuqhima Daiini
 
couvercledaini2
Ouverture de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daini
 
reacteur4ouvertdaini140912
Cuve ouverte du réacteur 4 de Fukushima Daini
 
- Autres photos sur Fukushima Daiichi disponibles sur le site de Cryptome :
Liste des 28 séries sur Fukushima ici
 
 
- Cliché du bâtiment réacteur n°3
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br3
 
 
- Piscine 3 en cours de déblaiement
 
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sfp3
  
- Nettoyage de l'unité 3 : état des travaux vu depuis une grue (avant / après) 
 
sfp3avantaprès
 
 
33 élèves participent au tri des déchets
t02200165 0460034512200818875Le 8 septembre 2012, 33 élèves de Nikko Tochigi sont allés en visite dans la ville de Higashi Matsushima, préfecture de Miyagi (113 km de la centrale de Fukushima), pour aller travailler à trier les débris de la catastrophe. Le but était de les faire réfléchir à comment ils pouvaient contribuer à aider la région de la catastrophe. C'était la première tentative d'utilisation d'élèves pour les faire travailler sur les débris. Les élèves ont été pris en photo, souriants. Savaient-ils se qu’ils risquaient ? (source info) (source photo)
 
 
Albums
 
« Fragments de Fukushima » : des photographies de Kosuke Okahara
Accès à l’album : cliquer sur la photo
fragments
 
Jérémie Souteyrat, photographe qui vit au Japon depuis 2009, a réalisé plusieurs reportages photos sur Fukushima en 2011. Cliquez sur les photos pour accéder aux 3 albums.
.
- Fukushima : la zone d’évacuation (26 photos)
evacuationzone
 
-Fukushima : les réfugiés du nucléaire (25 photos)
réfugiés
 
-Fukushima : 6 mois après (17 photos)
6mois
 
 
Vidéo
 
Le typhon Jelawat, après être passé sur Tokyo, a atteint la centrale de Fukushima dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre 2012. Voici un enregistrement de la webcam. Le vent violent se dirigeait vers les terres. Impressionnant.

 
 
 
Evènement
 
Perte accidentelle d’une poutre métallique dans la piscine n°3 le 22 septembre 2012 : précisions avec l'article de Iori.
 
 
La poutrelle tombe dans la piscine : voir à partir de 3:20

 
 
 
 
Résumé de Michel Servant

 
 
Du combustible au bord de la piscine ?
Captures tirées d’une vidéo Tepco dans Fukushima Informations  .

 
 
 
Interview
 
Aizen Kaguya (du site Kibô Promesse) a réalisé une interview passionnante du photographe Frédérick Carnet dont je vous avais déjà parlé lors de son retour de Fukushima.
Voici un extrait de l’entretien, lié à la photo ci-dessous : « Une situation m’a beaucoup choqué. Un dimanche vers 13:00, je suis allé manger dans un fast-food bondé. De nombreux parents étaient en train se restaurer avec leurs enfants. Tous ces enfants, sans exception portaient un dosimètre autour du coup. En effet depuis la catastrophe nucléaire, les enfants de la préfecture de Fukushima sont les « cobayes » d’une étude épidémiologique qui a pour but de définir les conséquences des rayonnements à faibles doses sur la santé des enfants. Le cynisme ce jour là a atteint son paroxysme. Les parents de 3 enfants ont accepté que je les prenne en photo à la fin de leur repas. Je me trouvais face à ces 3 petits, dosimètre autour du coup, masque sur le visage…La photographie peut paraitre simple voir anodine. Je la considère comme étant la plus violente de mon livre. »
 
dosimetres
 
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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:29

 

naotokan.jpgAvec cette page s’achève la publication en français du rapport de la Commission indépendante sur la catastrophe de Fukushima (NAIIC). Les pages 78 à 82, reportant les réunions qui se sont tenues du 16 mai au 9 juin 2012, sont aussi intéressantes que les précédentes, en particulier avec les témoignages de Naoto Kan et Masataka Shimizu, respectivement  Premier Ministre du Japon et président de Tepco au moment de la catastrophe.

Ce long travail de traduction, initié et publié sur ce blog par étapes grâce aux traducteurs bénévoles, va se poursuivre d’ici peu avec la publication intégrale de la version française en un seul document.

 

 

_______________

 

Rapports des réunions de la Commission

 

(traduction Robert Ash)

 

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13ème réunion de la Commission

 

1Kazuo MatsunagaLieu : Diète Nationale du Japon

Date : 16 mai 2012

 

Témoin : Kazuo Matsunaga, Vice-Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l'accident et Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) de Juin 2004 à Septembre 2005.

 

1. Décisions prises en qualité de Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) : Le témoin a déclaré qu'il n'avait pas pu prendre le temps de faire appliquer les nouvelles normes antisismiques parce qu'il était trop occupé à réagir à l'accident survenu à la centrale nucléaire de Mihama [Préfecture de Fukui, 8 août 2004, 4 morts. Source : Wikipedia - ndt]. Il s'est dérobé aux demandes d'explications sur son propre rôle dans les stress tests et a déclaré qu'il n'était pas de son ressort de discuter de l'application de la directive B.5.b. En sa qualité, il n'était pas impliqué directement dans les aspects importants de la sécurité nucléaire, et il a évité de définir clairement ses propres réalisations et responsabilités.

2. Jugements concernant la sécurité nucléaire dans la remise en service des centrales nucléaires : La question demeure posée de savoir si, en matière de politique énergétique et de sécurité nucléaire, les instances dirigeantes prennent bien les décisions qui conviennent en connaissance de cause. Si le METI émet des jugements touchant la sécurité et la remise en service des centrales nucléaires avant que ne soient menées à terme les enquêtes du gouvernement sur les accidents, il se peut que cet organisme n'ait pas la pleine connaissance des faits. Ce problème fut également évoqué par le ministre du METI, Banri Kaieda, le 18 Juin 2011.

3. Responsabilité dans le maintien d'une alimentation électrique suffisante : La question suivante a été posée à M. Matsunaga : "savez-vous si l'information rendue publique par TEPCO  concernant sa capacité d'alimentation électrique est entière et exacte?" Mais il a déclaré qu'il n'était au courant d'aucune faute de la part de TEPCO .

4. Concernant l'adoption de l'utilisation du plutonium comme combustible : Nous avons estimé qu'il était possible que le gouvernement eût précipité la prise de décision par l'autorité régionale au sujet de la mise en pratique de l'utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de la centrale de Fukushima Daiichi en offrant des subventions gouvernementales alors qu'il aurait fallu consacrer plus de temps à réaliser une sérieuse vérification du dispositif antisismique.

5. Aptitude à réagir de manière compétente en situation de crise : Le METI, de même que la NISA, étaient probablement insuffisamment préparés. Au vu des résultats de cette audience, une sérieuse réflexion s'impose sur la question de savoir si la structure sur laquelle repose actuellement l'organisation des agences de régulation du nucléaire, y compris le METI, qui joue le rôle à la fois de promoteur de l'énergie nucléaire et de contrôleur de sa sécurité, peut être améliorée en vue d'un fonctionnement plus efficace.

 

 

2Banri Kaieda14ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 17 mai 2012

 

Témoin : Banri Kaieda, membre de la Chambre des Représentants et Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l’accident.

 

1. Interprétation des faits par le témoin au moment de l'accident 

a) M. Kaieda a affirmé qu'il se sentait responsable de la lenteur avec laquelle fut prise la décision de déclarer la Situation de Crise Nucléaire et que la raison en était qu'il avait fallu du temps pour convaincre le Premier Ministre de le faire.

b) Il ignorait les raisons pour lesquelles le Premier Ministre de l'époque, M. Kan, s'était rendu à Fukushima Daiichi, ainsi que le but de cette visite.

c) M. Kaieda avait reçu directement de la part de M. Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident, un appel téléphonique concernant l'évacuation [de la centrale - ndt]. Le témoin se rappelle qu'il y était question de "la Centrale Daiichi", de "la Centrale Daini", d'une "évacuation", mais non pas d'un "retrait total du personnel". En outre, M. Kaieda avait interprété cet appel direct de la part de M. Shimizu comme revêtant une importance particulière.

d) M. Kaieda a déclaré qu'il avait eu le sentiment que TEPCO hésitait à ordonner la ventilation ainsi qu'à mettre hors service les réacteurs 5 et 6. Il a été également précisé que si la loi de Régulation des Réacteurs Nucléaires avait été invoquée pour justifier la décision de lancer la ventilation, c'était pour pousser TEPCO à ouvrir les évents. Ce point a révélé une ambiguïté dans la définition des responsabilités entre le gouvernement et les opérateurs des centrales.

e) M. Kaieda a évoqué la difficulté, dès le début de l'accident, à communiquer et partager l'information entre le site de l'accident, le Kantei [cabinet du Premier Ministre- ndt] et la Direction de TEPCO, comme au "jeu du téléphone", où le message chuchoté de bouche à oreille parvient déformé au destinataire. Il a ajouté: "le gouvernement doit réfléchir à ce problème".

f) Le niveau de préparation du gouvernement était, aux dires du témoin, "insuffisant". De plus, selon lui, "les entraînements aux situations de crise auraient dû inclure l'utilisation du système SPEEDI".

g) Le témoin a fait une déclaration cruciale au sujet des explosions d'hydrogène : "Personne à ce moment-là n'avait un instant songé à la possibilité d'une explosion d'hydrogène". Il a également exprimé ses regrets de n'avoir pas été en mesure d'empêcher l'explosion d'hydrogène. Il a estimé que les leçons de l'accident de Three Mile Island n'avaient pas été mises en pratique.

2. Concernant les Stress Tests : S'agissant d'imposer l'obligation de procéder à des stress tests avant le redémarrage d'une centrale, M. Kaieda a déclaré qu'il n'avait pas même envisagé de rendre obligatoire le réexamen du dispositif comme mesure possible, afin d'accélérer la procédure de redémarrage pour les opérateurs.

3. Solutions idéales pour une bonne organisation chargée de la régulation de l'industrie et de la réaction aux situations de crise :

a) M. Kaieda a dit que l'organisation chargée de la réaction aux situations de crise devrait avoir des effectifs allégés afin de permettre à tous les membres de bien comprendre leur rôle. Il a estimé que la NISA n'avait pas répondu à l'attente du public dans l'exécution de ses fonctions.

b) Il a encouragé les agences chargées de la régulation à être indépendantes et à être axées sur la sécurité. Selon lui, l'organisation chargée de la régulation devrait compter parmi ses membres des experts en matériaux radioactifs ayant les connaissances et les équipements nécessaires pour réagir aux situations de crise.

 

 

3Yukio Edano15ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 mai 2012

 

Témoins : Yukio Edano, Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. Il était Chef de Cabinet au moment de l'accident.

 

1. Points de vue de M. Edano et de M. Shimizu concernant le retrait total du personnel : M. Edano ne se souvient pas des termes exacts utilisés quand fut évoqué le projet de retirer le personnel de la centrale. Cependant, il se rappelle qu'il exprima son avis que si une évacuation totale des équipes devait avoir lieu, il s'en suivrait une détérioration de l'état des installations qui ne pourrait pas être empêchée. En réaction à ces propos de M. Edano, M. Shimizu, Président de TEPCO, n'a pas pu formuler de réponse et est resté silencieux. S'appuyant sur cette réaction, M. Edano a ajouté : '"il apparaissait clairement que ce qui était envisagé dans la proposition (de M. Shimizu) n'était pas simplement une évacuation partielle". Au cours d'une conversation téléphonique, M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, avait répondu à la question de M. Edano au sujet du retrait du personnel en disant : "il reste encore des tâches à accomplir sur place. Nous ferons de notre mieux".

2. Notification de diffusion publique d'information : M. Edano avait donné l'ordre à TEPCO d'aviser le cabinet du Premier Ministre de toute diffusion publique d'information au moment où celle-ci serait effectuée, mais cette directive n'avait pas pour but de contraindre TEPCO à demander l'autorisation du cabinet du Premier Ministre avant de procéder à cette diffusion.

3. Question de l'acceptation de l'aide internationale : Le cabinet du Premier Ministre avait donné des instructions aux différents ministères pour qu'ils acceptent toute offre d'aide internationale qui pourrait être proposée, même si cela nécessitait de surmonter des considérations légales.

 

M. Edano a alors ajouté les déclarations suivantes, à la lumière de son expérience :

1. Mauvaise diffusion de l'information : Au vu des questions soulevées aujourd'hui, il a reconnu que, du point de vue du public et des habitants de la région,  l'information n'avait pas été suffisamment diffusée. Au moment des faits, il avait cru cette diffusion suffisante. Il a reconnu que la diffusion des informations concernant les risques aux personnes avait besoin d'être améliorée.

2. Problèmes concernant le traitement de l'information : Il a souligné les difficultés qu'il y avait à réunir, prévoir et devancer l'information. A titre d'exemple, il a cité le fait que le terme "précautions" utilisé dans les communiqués publics ne reposait pas sur des bases claires.

3. Nécessité de séparer les rôles de Chef de Cabinet Ministériel et de Porte-parole : M. Edano a noté qu'en l'absence d'un porte-parole unique du gouvernement, le Chef de Cabinet joue un deuxième ou double rôle. Il estime que tout particulièrement dans les cas de crise, ces deux fonctions devraient être séparées. Le porte-parole devrait avoir une formation spéciale.

 

 

4Naoto Kan16ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mai 2012

 

Témoin : Naoto Kan, membre de la Chambre des Représentants ; Premier Ministre du Japon au moment de l'accident

 

 

Conditions antérieures à l'accident

1. L'accident s'est produit dans une centrale nucléaire qui avait été construite et exploitée dans le cadre d'une politique nucléaire nationale, et c'est donc le gouvernement qui porte la plus grande part de responsabilité dans l'accident. M. Kan, qui dirigeait le gouvernement au moment de l'accident, a présenté une nouvelle fois ses excuses pour n'avoir pas pu freiner l'évolution de l'accident.

2. En ce qui concerne la réaction à l'accident nucléaire, M. Kan n'avait été informé de manière détaillée avant l'accident ni de l'autorité du Premier Ministre dans ce domaine, ni de celle du directeur général de la cellule de crise.

3. L'autorité du directeur général de la cellule de crise n'avait pas été nécessairement reconnue dans sa totalité par M. Kan à l'occasion d'un exercice de simulation de crise.

 

Pendant l'accident

1. Le fait de se rendre sur place pour rencontrer les dirigeants de la centrale et se rendre compte de la situation a été considéré comme un point positif pour M. Kan, étant donné qu'il ne pouvait pas obtenir d'information utile de la part des membres de la NISA, de la NSC ou de la part des conseillers techniques de TEPCO au sujet de ce qu'il convenait de faire à la centrale de Fukushima Daiichi.

2. On n'avait pas pris conscience que la centrale subirait une recriticité à la suite de l'injection d'eau de mer au lieu d'eau douce, bien que M. Madarame, Président de la NSC, eût signalé qu'une telle possibilité n'était pas exclue. M. Kan a également déclaré que ces décisions (de suspendre l'injection d'eau de mer), dont on a dit qu'elles provenaient du Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt], pouvaient en fait n'avoir été que des avis émis par les membres de TEPCO qui se trouvaient alors au Kantei.

3. Il y eut deux appels de M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, à M. Hosono, (Conseiller Spécial, Cabinet du Premier Ministre), sur des questions relatives au retrait total du personnel. Dans le premier appel, M. Yoshida dit que la situation était "extrêmement tendue", et dans le second appel, qu'on avait "commencé à injecter de l'eau, et que ça semblait efficace". M. Kan s'est souvenu d'avoir rappelé une fois mais n'a pas pu se remémorer les détails de la conversation. Puis, tôt le matin du 15 Mars, le ministre du METI avait réveillé M. Kan et c'est alors que ce dernier avait entendu pour la première fois que TEPCO proposait l'abandon de la centrale, ce qui lui avait paru absurde.

 

Réactions du gouvernement et du Kantei (Cabinet du Premier Ministre) :

1. Se trouvant confronté aux plus grandes catastrophes conjointes jamais survenues - un tremblement de terre et un tsunami - en même temps qu'à un accident nucléaire, le centre de contrôle de la crise établi à distance, au sein du Kantei, a eu de grandes difficultés à fonctionner correctement comme poste de commande.

2. Le décret sur les mesures spéciales concernant le niveau de préparation requis pour faire face à une crise nucléaire (Nuclear Emergency Response Act) se révéla inefficace, et le Kantei fut contraint de tenir le rôle de commandant en chef.

3. Le fait de s'être personnellement rendu sur le site de l'accident fut un acte extraordinaire, qui, selon M. Kan, aurait éventuellement pu être évité si l'information lui avait été dûment communiquée en temps voulu par TEPCO et / ou par la NISA.

4. C'était M. Edano (Chef de Cabinet au moment de l'accident) qui avait refusé l'offre d'affecter des experts étrangers au bureau du Premier Ministre. M. Kan n'avait pas été informé de cette décision.

5. M. Kan n'était pas au courant du fait que l'assistance étrangère avait été repoussée par la NSC. Si cela est vrai, c'est un sérieux problème.

6. M. Kan avait suivi des conseils divers, y compris en dehors des voies officielles.

7. M. Kan avait demandé le soutien de plusieurs membres particuliers de la Diète, mais ces demandes n'avaient pas pour but de leur attribuer le rôle d'une équipe de conseillers.

 

Orientations pour l'avenir : M. Kan reconnaît que la catastrophe du 11 mars a mis en évidence certains problèmes fondamentaux du Japon. Il estime que la première étape en vue de réformer la politique nucléaire consiste à dissoudre la structure organisationnelle de la communauté nucléaire au Japon, laquelle est contrôlée principalement par TEPCO et par la Fédération Japonaise des Fournisseurs d'Electricité (FEPC). En outre, le fait d'inviter des experts de l'étranger pourrait produire un effet de catalyseur en vue de restructurer la communauté nucléaire au Japon. Il a exprimé sa conviction que le Japon devait aspirer à se passer de ses centrales nucléaires. M. Kan a exprimé son respect et sa reconnaissance aux personnes qui ont fourni un rude travail sur place pour faire face à l'accident survenu dans une centrale nucléaire.

 

 

5Yuhei Sato17ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Fukushima Terrsa, Préfecture de Fukushima

Date : 29 mai 2012

 

Témoin : Yuhei Sato, Gouverneur de la Préfecture de Fukushima au moment de l'accident.

 

Conditions antérieures à l'accident :

1. Le gouvernement central et TEPCO avaient affirmé que les risques relatifs aux catastrophes nucléaires avaient été correctement circonscrits et que la région était protégée dans le cadre d'une philosophie de défense en profondeur.

2. L'évacuation dans un rayon de 2 kilomètres fut décidée par le gouvernement local de la préfecture sur sa propre initiative, parce que le gouvernement central n'avait pas agi suffisamment vite. Toutefois, l'ordre d'évacuation ne fut pas diffusé correctement en raison des pannes des systèmes de communication. Par la suite, les ordres d'évacuation décrétés par le gouvernement central furent répercutés par les médias, mais le gouvernement de la préfecture ne reçut aucune directive concrète de la part du gouvernement central. Ceci eut pour conséquence que les habitants furent contraints de subir une évacuation extrêmement difficile et bouleversante.

 

Mise en pratique de l'utilisation du plutonium comme combustible à la centrale

1. L'une des trois conditions fixées par le gouvernement préfectoral en réponse au gouvernement central préalablement à toute décision de procéder à une utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de Fukushima Daiichi était que ce dernier devait atteindre le même niveau de résistance antisismique que celui qui apparaissait dans le rapport intérimaire de vérifications du réacteur Nº 5. Toutefois, M. Sato affirme que lorsque l'utilisation thermique du plutonium fut mise en place dans le réacteur Nº 3, il ignorait que parmi les vérifications effectuées ne figuraient pas les mesures anti-tsunami comme pour le réacteur Nº 5.

2. En outre, M. Sato déclare qu'il n'était pas informé de l'existence d'une subvention spéciale liée au projet d'utilisation thermique du plutonium, alors que c'était pourtant bien lui qui avait mis ce projet en pratique.

 

Orientations pour l'avenir :

1. M. Sato a fait valoir que le cloisonnement des fonctions administratives était un obstacle à la sécurité nucléaire, et a exprimé son opinion que l'unification de ces multiples fonctions était éminemment souhaitable.

2. Il y avait eu des contradictions dans l'information, y compris dans l'information relative au système SPEEDI. Un autre obstacle était que le partage de l'information et la communication au sein de la cellule de crise n'étaient pas suffisants et que le gouvernement préfectoral avait des problèmes d'organisation. M. Sato a dit qu'il souhaitait une réforme de la gestion des situations de crise. Il a exprimé son avis qu'il était essentiel d'améliorer l'échange des idées, de mettre en place une organisation plus efficace et de faciliter l'intervention des experts, tout cela de manière étroitement coordonnée, afin d'éviter les accidents à l'avenir.

3. La Nation a largement apporté son soutien à Fukushima et à ses habitants depuis la catastrophe. En retour, M. Sato a dit qu'il voulait apporter sa contribution à la création d'une communauté plus intégrée offrant la promesse que jamais une telle catastrophe ne se reproduirait.

 

 

Masataka-Shimizu.jpg18ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 8 juin 2012

 

Témoin : Masataka Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident.

 

Problèmes de communication :

1. Le président Shimizu n'était "pas au courant que le Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt] n'avait pas confiance en la réaction de TEPCO concernant l'ouverture des évents" lorsqu'il revint de son voyage d'affaires. En outre, c'est seulement après les déclarations du Premier Ministre qu'il "découvrit" que le Premier Ministre avait interprété la proposition concernant le retrait du personnel comme signifiant un "retrait total". Il semble que M. Shimizu ne se soit pas rendu compte de la disparité des points de vue entre la façon dont le Kantei percevait la situation et celle dont TEPCO la percevait. Les échanges entre le Kantei et TEPCO étaient entravés par les malentendus et la méfiance, ce qui eut pour effet de créer cette controverse concernant l'interprétation du mot "évacuation".

2. En marge de ce témoignage, l'enquête de la Commission a confirmé le fait que le personnel était bien présent sur le terrain, déployant tous ses efforts pour résoudre les problèmes des réacteurs, et qu'il n'avait pas envisagé d'abandonner le site. Par ailleurs, aucune preuve n'a été découverte que TEPCO eût pris la décision d'opérer un "retrait total".

3. D'après l'enquête de la Commission, si la situation des réacteurs nucléaires qui se trouvaient dans un état critique fut finalement maîtrisée, c'est grâce au personnel qui se trouvait sur le terrain, car il avait une bonne compréhension de l'état dans lequel se trouvaient les réacteurs, et la conscience de ses responsabilités lui enjoignait de demeurer sur place jusqu'au bout de la crise.

4. A cette fin, TEPCO n'aurait pas dû s'adresser au Kantei pour recevoir des instructions. Au lieu de cela, des personnes qui se trouvaient sur place ou quelqu'un qui possédait la qualification requise pour porter un jugement technique sur la situation auraient dû prendre les décisions, comme cela fut le cas par exemple lorsque fut prise la décision d'injecter de l'eau de mer.

5. Ces considérations invitent à engager un important débat sur la position de l'opérateur et sur le bien-fondé des interventions du Kantei, lequel ne possédait pas l'expertise nucléaire.

6. M. Shimizu a insisté sur l'importance de disposer de bâtiments résistant aux tremblements de terre en remarquant qu'il était "effrayant d'imaginer ce qui se serait produit si TEPCO n'en avait pas eu". Diverses mesures pour se préparer à l'éventualité d'un cas plus grave même encore sont nécessaires. Il est bien clair maintenant combien il est important d'assurer la sécurité des ouvriers dans les centrales pour protéger la vie du public.

 

 

19emereunion.jpg19ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 9 juin 2012

 

Résumé des résultats de l'enquête : Les résultats de l'enquête ont montré que les lenteurs du gouvernement dans la transmission et la communication de l'information concernant l'accident ont été à l'origine de la confusion qui s'en est suivie. Du point de vue des personnes évacuées, des consignes d'évacuation lancées au coup par coup ont fait que beaucoup de personnes ont été évacuées plusieurs fois, parfois en direction de zones affectées de doses de radiation élevées, et / ou en n'emportant que le strict nécessaire. Les voix et les opinions des habitants évacués qui n'ont pas d'autre endroit où aller ont été très claires. Les problèmes ne sont pas encore résolus. Des mesures appropriées doivent être envisagées dès que possible. Nous communiquerons ce message à la Diète.

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 23:23

1st Commission MeetingParallèlement à l’enquête menée auprès de la population et des employés de la centrale de Fukushima Daiichi, la commission indépendante nommée par le parlement japonais a tenu 19 réunions du 19 décembre 2011 au 9 juin 2012. Ces réunions publiques avaient pour objectif de recueillir les témoignages de responsables (ministres, opérateur), de victimes (maires) et d’experts. Le rapport de la Commission publié en juillet 2012 en anglais donne le résumé de ces réunions. Voici la première partie de leur traduction en français, soit les 12 premières réunions, correspondant aux pages 71 à 77 du rapport original.

 

 

_______________

 

 

 

 

Rapports des réunions de la Commission

 

 

 

(traduction Odile Girard)

 

 

 

_______________

 

 

 

1ère réunion de la Commission

 

Lieu : The Fukushima View Hotel, Préfecture de Fukushima

Date: 19 décembre 2011

 

La première réunion de la Commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima s’est tenue au Fukushima View Hotel dans la ville de Fukushima le 19 décembre 2011. La Commission a approuvé la version préliminaire des règles encadrant son fonctionnement, désigné un chef de projet, décidé de la structure des groupes de travail et de son siège, et commencé officiellement son activité. Reiko Hachisuka, un des membres de la Commission, a également présenté un rapport sur les conditions difficiles dans lesquelles vivent aujourd’hui les populations concernées. Mme Hachisuka, qui a été évacuée d’Okuma, où est située la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, pour vivre dans des résidences provisoires mises à disposition à Aizu Wakamatsu, a déclaré que les réfugiés souffrent d’une perte du sentiment de  sécurité et de stabilité affectives malgré les affirmations répétées depuis des années par TEPCO et le gouvernement que la centrale était sûre.

Afin de se rendre compte par elle-même des conditions prévalant à la centrale et dans ses environs, la Commission s’est rendue sur place le 18 décembre. Elle a aussi observé les efforts de décontamination menés par la municipalité d’Okuma. Après la première réunion de la Commission lundi, nous avons visité les logements provisoires de Kawamata qui abritent des réfugiés du district de Yamakiya (qui fait partie de la ville de Kawamata) où les taux de radiation sont élevés. Nous avons parlé personnellement avec le maire de la ville, Michio Furukawa, également représentant de la communauté en résidence provisoire. Nous avons vu les opérations mises en œuvre pour décontaminer les champs et les forêts du district de Yamakiya.

 

 

2ème réunion de la Commission

 

Lieu : Keisei Memorial Hall, Tokyo

Date : 16 janvier 2012

 

Témoins :

Yotaro Hatamura, Président  du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima de TEPCO

Shinji Ogawa, Directeur-Général du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre

Masayuki Ishida, Directeur de la Division inspection qualité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Masayuki Ono, Directeur de la Division qualité et sécurité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Itaru Watanabe, Directeur-général adjoint du Bureau des politiques de la science et de la technologie au MEXT

Yoshinari Akeno, chef de groupe, Service de la Sécurité nucléaire du Bureau des politiques de la science et de la technologie au  MEXT

Tadao Kanda, Directeur, Bureau d l’évaluation des politiques, secrétariat du ministre, au MEXT

 

La Commission a désigné son président intérimaire et le co-président du groupe. Nous avons reçu une explication sur les rapports provisoires et initiaux sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima du comité d’enquête et de vérification du gouvernement, de TEPCO et du ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT).

 

 

3ème réunion de la Commission

 

 

Lieu : Shimin Plaza Kazo, Préfecture de Saitama

Date : 30 janvier 2012

 

Témoin : Katsutaka Idogawa, maire de  Futaba.

 

Le maire de Futaba, Katsutaka Idogawa, a présenté la situation avant l’accident de la centrale et les conditions au moment de l’accident et durant l’évacuation. Il a aussi discuté avec la Commission. Après la réunion, nous avons organisé une réunion avec les habitants de la ville pour écouter leurs derniers commentaires sur l’accident et l’évacuation, et pour avoir des détails sur la vie des évacués.

 

Katsutaka Idogawa 2Katsutaka Idogawa

 

Commentaires de M. Idogawa :

  • « Depuis ma nomination comme maire, je n’ai pas cessé de faire part de nos inquiétudes à propos de la centrale nucléaire à TEPCO et NISA. Ils n’arrêtaient pas de nous dire de ne pas nous faire de souci, que la centrale était absolument sûre. Mais l’accident est bel et bien arrivé. Ils ne peuvent pas donner d’explication car l’accident serait dû à  « des facteurs qui vont au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer ».
  • Le centre hors-site était inutilisable parce que trop proche de la centrale. Il faut vérifier et voir à quel type d’accident le centre d’urgence hors-site était censé pouvoir répondre.
  •  Il est nécessaire de clarifier le rôle joué par les instances de régulation nucléaire et les relations qu’elles entretiennent  avec l’industrie. Pour ce qui est de TEPCO, nous aimerions qu’ait lieu une évaluation de tous les facteurs qui pourraient avoir contribué à l’accident. Nous avons besoin de savoir si des questions fondamentales ont été ignorées pour privilégier la profitabilité, si la formation du personnel était adéquate et si les compétences techniques étaient correctement transmises, et quel genre de formation était fournie au grand nombre d’intérimaires embauchés pour les inspections régulières. Nous voulons savoir si le service de gestion de crise fonctionnait correctement.
  • Pour ce qui est de la préfecture de Fukushima, une enquête est nécessaire pour établir par exemple si elle a diffusé des informations correctes à sa population et si elle fournit actuellement aux gens la protection dont ils ont besoin.
  • Quant au niveau de l’exposition aux radiations, les explications et les normes sont très diverses et ce n’est pas clair du tout. Le taux maximum d’exposition cumulative pour la population en général est légalement de 1 millisievert par an. L’accident nous a exposé à des radiations autres que le rayonnement naturel. Il est scandaleux que TEPCO prétende que les radiations émises par sa centrale sont bona vacantia, c’est-à-dire un objet sans propriétaire dont ils ne peuvent pas être tenus responsables.
  • Après l’évacuation, les communications avec le gouvernement ont été absolument inexistantes. La télévision était notre seule source d’information.

 

 

4ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 15 février 2012

 

Témoins :

Haruki Madarame, Président de la Commission de sûreté nucléaire (NSC),

Nobuaki Terasaka, ex-Président de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Haruki Madarame 3Haruki Madarame

 

 

 

 

 

 

 

 

Nobuaki Terasaka 4Nobuaki Terasaka

 

 

1. Des instructions dépassées : Haruki Madarame, président de la Commission de Sécurité nucléaire, a admis que les instructions de sécurité étaient défectueuses et a présenté ses excuses. L’accident de Fukushima a émis beaucoup plus de radiations que les scénarios figurant dans le chapitre « accident hypothétique » contenu dans les instructions, où les scénarios envisagés étaient d’une bien moindre envergure que les scénarios d’accident grave utilisés par de nombreux autres pays. Le Guide pour l’évaluation du site d’un réacteur, qui date de 1964, est toujours la référence pour accorder le permis de construire des centrales nucléaires. Durant le débat, ce guide a été qualifié d’obsolète et M. Madarame est d’avis qu’il doit être amendé.

2. Manque de préparation des agences : La NSC et NISA étaient toutes deux mandatées pour assurer la sécurité de l’énergie nucléaire, mais manquaient de préparation pour les situations d’urgence. De plus, il a été établi que la NSC comme NISA n’avaient pas bien compris leur tâche essentielle qui est de protéger la population locale et le pays.

3. Connaissances insuffisantes : Le débat a révélé un manque de connaissances techniques et de compétences en ingénierie nucléaire au sein des agences de régulation et de la direction de ces agences. Le débat a également rappelé à tous l’énorme importance de l’indépendance et combien il est essentiel de s’appuyer sur des décisions et des suggestions fondées sur des faits et des analyses scientifiques pour que ces agences puissent fonctionner correctement. Le Japon a manifestement la responsabilité d’établir des normes et des directives de sécurité qui soient dignes de confiance au niveau mondial.

 

 

5ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 février 2012

 

Témoin : Richard A Meserve, ex-président de la Commission de régulation nucléaire américaine (NRC), Président  de la Carnegie Institution for Science

 

Dr. Richard A Meserve 5Richard A Meserve

 

 

1. Une attitude proactive : Les responsables doivent faire des efforts  permanents pour améliorer les normes de sécurité existantes. Les entreprises de construction et les opérateurs ne doivent pas présumer de la qualité des normes des agences de régulation et ne doivent pas avoir une attitude passive vis-à-vis des questions de sécurité et de sûreté.

2.  Responsabilités et indépendance des opérateurs : Les opérateurs de centrales nucléaires ont indéniablement la responsabilité de prévenir les accidents et d’empêcher l’aggravation des dommages pouvant en découler. En cas d’urgence, l’opérateur est censé prendre des décisions et doit éviter de se tourner vers le gouvernement. C’est la raison pour laquelle les opérateurs doivent avoir les compétences  nécessaires.

3.  Responsabilités et indépendance des instances de régulation : Le rôle des instances de régulation est d’exiger des décisions sensées de la part de l’opérateur et de faire appliquer ces décisions pour éviter l’aggravation des problèmes. Les agences doivent  rester indépendantes des opérateurs et du gouvernement. Les agences doivent également définir clairement le rôle de l’opérateur, du gouvernement, et de la chaîne de commande. Ces rôles doivent faire l’objet d’un entraînement régulier.

4. Transparence de la prise de décisions : Il est important de garantir la transparence dans toutes les procédures de prise de décisions, sauf celles qui touchent à la sécurité nationale. Il est important que les participants  expriment ouvertement leur opinion pour gagner la confiance [du public].

5.  Importance des ressources humaines : Le Japon devrait suivre le modèle de la NRC, où la majorité des employés passent toute leur carrière à s’occuper de sûreté nucléaire ; il devrait aussi fournir aux experts des perspectives suffisamment intéressantes. Au Japon, les professionnels qui ont l’habitude de changer régulièrement de poste au sein de l’administration se révèlent souvent incapables de gérer les situations de crise.

6.  Indépendance et transparence des enquêtes : Les caractéristiques les plus importantes pour l’enquête sur l’accident nucléaire sont l’indépendance et la transparence.

 

 

6ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mars 2012

 

Sakae Muto 6sakae muto

 

 

Témoin: Sakae Muto, Conseiller de TEPCO et ancien Vice-président exécutif et directeur général de la division énergie nucléaire & implantation de centrales de TEPCO

 

1. Relations entre le gouvernement et l’opérateur : Nous avons entendu un témoignage inattendu montrant que le Cabinet avait participé à des discussions sur des questions techniques concernant les réacteurs nucléaires. Le Premier ministre Kan a demandé le numéro de portable du directeur de la centrale de Fukushima, sans en informer la direction de TEPCO

2. Compétence de TEPCO : M. Muto a déclaré que l’opérateur était le premier responsable de l’accident, mais des questions demeurent concernant la compétence de TEPCO à assumer cette responsabilité.

3. Manque de préparation aux accidents : De longues discussions ont eu lieu sur la culture de sécurité et les actions préventives à mener contre les séismes. M. Muto a sous-entendu que la cause de l’accident était le tsunami imprévu mais la possibilité d’un tsunami avait été estimée en 2002 et TEPCO doit donc avoir reconnu les risques. Toutefois M. Muto a soutenu ne pas avoir eu connaissance de ces études. Ceci était clairement une défaillance de la culture de sécurité de TEPCO.

 

 

7ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 19 mars 2012

 

Témoins :

 

Volodymyr Holosha, Directeur de l’Agence de l’État ukrainien pour la gestion des zones d’exclusion, Ministre des Situations d’urgence

 

 

 

Anatoliy Gora, Directeur adjoint de la centrale nucléaire de Chernobyl

 

 

Leonid Tabachnyi, Vice-Président du Centre d’observation géophysique du service d’hydrométéorologie au ministère ukrainien des Situations d’urgence

 

Volodymyr Holosha 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leonid Tabachnyi 8Leonid Tabachnyi

 

 

 

 

 

 

1. L’accident de Chernobyl  diffère de celui de Fukushima par les types de matériaux radioactifs rejetés, les conditions météo, la géographie et l’état des enceintes de confinement des réacteurs. Cependant les deux accidents ont été qualifiés d’accidents de niveau 7 (accident grave), une qualification de l’échelle internationale des événements nucléaires (échelle INES). Chernobyl a provoqué d’importantes émissions de matériaux radioactifs et affecté l’environnement et de très nombreuses vies. Les matériaux radioactifs continuent à affecter sévèrement la santé publique et l’environnement 26 ans après l’accident.

2. Questions concernant l’exposition : De nombreuses personnes ayant travaillé dans les zones contaminées en Ukraine ont été exposées aux radiations. Beaucoup de petits enfants qui ont été exposés aux radiations ont développé un cancer de la thyroïde. L’exposition aux radiations ne se contente pas de provoquer des cancers de la thyroïde chez les jeunes enfants ; elle affecte l’ensemble du coprs. Les personnes évacuées souffrent de stress et de phobie des radiations. Les aliments contaminés sont surveillés et contrôlés séparément par type, quantité consommée, etc.

3. Questions concernant la diffusion de l’information : La nécessité de diffuser l’information a été reconnue par le gouvernement ukrainien, qui a tiré les leçons de l’époque de l’URSS.  Cependant, il y a beaucoup d’unités de mesures, comme les becquerels, les sieverts et les curies, qui ne sont pas bien connues de la population. L’information du public peut être diffusée de manière différente selon les niveaux de contamination.

 

 

8ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mars 2012

 

Témoins :

Ichiro Takekuro, représentant  de TEPCO et responsable de l’énergie nucléaire chez TEPCO avant l’accident. Il était au Kantai pendant l’accident.

Kenkichi Hirose, Conseiller spécial du Cabinet du Premier Ministre, chargé de la NSC, ancien secrétaire-général de la Commission de sûreté nucléaire (NSC) et ancien directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Ichiro Takekuro 9

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kenkichi Hirose 10

 

 

1. Compétence de TEPCO : Quoique la première obligation de TEPCO soit de prévenir les accidents et de minimiser les dommages, l’entreprise s’est révélée comme n’ayant pas la capacité d’auto-gouvernance qui aurait permis de mettre en place les mesures adéquates  de prévention des accidents ; il lui manque aussi la culture qui lui permettrait de mener des efforts concertés pour améliorer la sûreté nucléaire en tenant compte du point de vue de la population. De plus, TEPCO ne reconnaît pas clairement les tâches et obligations liées à la sûreté nucléaire qui sont celles d’un opérateur d’énergie nucléaire. Pour ce qui est du programme de défense en profondeur, M. Takekuro a déclaré que TEPCO s’était concentré sur les trois premiers niveaux, sous-entendant que TEPCO n’était pas responsable de la mise en oeuvre des quatrième et cinquième niveaux de défense en profondeur. Au moment de l’accident, TEPCO a envoyé M. Takekuro au bureau du Premier Ministre pour faire un rapport détaillé des conditions de l’accident au Premier Ministre. Toutefois, on a découvert que M. Takekuro envoyait en réalité des ordres au site de l’accident de la part du Premier Ministre. Il est évident que la culture d’entreprise de TEPCO a failli dans ses efforts de prévention des accidents et d’amélioration de la sûreté nucléaire et failli à ses obligations d’opérateur de centrale nucléaire. Ce point est aussi mis en évidence par la longue histoire de dissimulation d’accidents de TEPCO

2. Responsabilités des agences de régulation : Les discussions ont clairement montré que les agences de régulation nucléaire comme NISA n’ont pas rempli leur première obligation, qui est de garantir la sécurité publique. Elles ont ignoré les fondements mêmes d’une culture de la sécurité en laissant par exemple des mesures sécuritaires essentielles comme les vérifications (backcheks) aux opérateurs et en passant outre les recommandations de l’AIEA ; leur responsabilité en l’occurrence est accablante. Il est clair que la procédure de double vérification par la NISA et la NSC ne fonctionnait pas. Les défaillances et les comportements irresponsables révélés au cours du débat ne concernent pas seulement M. Hirose et les autres chefs. Le gouvernement est lui aussi hautement coupable, car c’est lui qui a fait de la NISA une administration sous la houlette du METI. [ministère japonais de l’Économie]

 

 

 

9ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 18 avril 2012

 

Témoin : Hiroyuki Fukano, Directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA).

 

Hiroyaki Fukano 11Hiroyaki Fukano

 

 

1. Directive Sécurité : La Directive Sécurité a été révisée par le gouvernement après l’accident de Fukushima sur la base des mesures indiquées dans les “Conclusions technologiques” qui sont une analyse provisoire.  Les conditions d’accident envisagées dans la nouvelle Directive Sécurité sont définies en détail avec une séquence d’événements identique à celle de l’accident de Fukushima. Aucune mesure ou définition n’est donnée pour un accident éventuel dont l’envergure dépasserait le scénario envisagé dans la nouvelle Directive Sécurité et seules quelques mesures de sécurité nécessaires sont incluses :

  • Le plan de construction de bâtiments résistants aux séismes, une notion dont le rôle s’est révélé critique dans l’accident de Fukushima, est défini comme une « tâche à moyen terme ».
  • La mise en place de ventilation filtrée, qui existe dans de nombreux pays européens, est définie comme une « tâche à moyen terme »
  • Le plan d’évacuation d’urgence, qui est extrêmement important pour la sécurité des habitants, ne relève pas de la discussion  sur les « conclusions technologiques » qui ont servi de base à la révision de la Directive Sécurité.

 

 

 

10ème réunion de la Commission + Mairie de Namie

11ème réunion de la Commission + Mairie d’Okuma

 

Lieux :   Nihonmatsu, Shimia Kaikan, Préfecture de Fukushima (10ème réunion)

                University of Aizu, Préfecture de Fukushima (11ème réunion)

Dates : 21 et 22 avril 2012

 

Témoins :

Le maire de Namiemachi, M. Baba, et six autres témoins à la 10ème réunion de la Commission à Nihonmatsu

Le maire d’Okuma, M.Watanabe, et quatre autres témoins à la 11ème réunion de la Commission à  Aizu Wakamatsu. Après chaque réunion de la Commission, les membres de la Commission ont écouté les [doléances des] habitants durant les réunions dans les mairies.

 

Tamotsu Baba,12

 

maire de Namie

 

 

 

 

 

 

 

Toshitsuna Watanabe,13Mayor Watanabe

 

maire d’Okuma

 

 

1.  La colère des évacués : Nous avons senti la profonde colère des habitants dont témoignent les commentaires suivants : « Il nous a fallu être évacués sans aucune information du gouvernement, de la préfecture ou de TEPCO sur l’accident lui-même sur les modalités de l’évacuation ou la direction qu’il fallait prendre. » « Il aurait dû y avoir quelqu’un, un employé de TEPCO par exemple, pour nous fournir des informations plus tôt. » Nous avons reconnu à nouveau l’importance d’avoir des procédés de communication permettant de fournir en temps voulu une information facile à comprendre.

2.  Garantir la sécurité des habitants : Un fonctionnaire local a indiqué qu’il se demandait  « si le gouvernement local avait rempli son rôle de garant de la sécurité des habitants. » Certains ont dit que « les exercices d’évacuation d’urgence n’étaient qu’une façon de faire des exercices pour le plaisir de faire des exercices. Le but visé était surtout l’auto-satisfaction de l’organisateur. Est-ce que ces exercices n’auraient pas dû se faire sur la base d’hypothèses plus réalistes ? »  Les conclusions de nos précédentes réunions suggèrent que les régulateurs n’ont absolument pas l’état d’esprit qu’il faudrait pour  protéger les habitants.

3.  Message des villes où sont situées des centrales nucléaires : Nous avons entendu des opinions importantes en particulier venant des habitants d’Okuma. Voici quelques-unes des opinions les plus notables : « Les gens des villes où se trouvent des centrales nucléaires avaient tellement l’habitude de s’entendre dire “combien les centrales sont sûres”. C’était du lavage de cerveau ». « Je n’avais jamais imaginé qu’une centrale nucléaire puisse devenir un problème ». « Il n’y eut aucune communication concernant tous ces problèmes qui  peuvent échapper au contrôle humain ».  Ces commentaires peuvent être très importants pour tous ceux qui vivent dans des villes où sont situées des centrales nucléaires.

4.  Relations avec le gouvernement et confiance en celui-ci : Nous avons entendu des commentaires sur le gouvernement,  l’accusant en particulier de ne pas avoir réussi à fournir l’information nécessaire au moment de l’accident. « Je ne peux toujours pas faire confiance au gouvernement ». « Je n’ai aucune confiance dans l’information fournie par le gouvernement sur la condition actuelle de l’unité 4 et sur le niveau des doses de radiation. »

5.  La vie et l’avenir des évacués : Nous avons vraiment réalisé que les instructions d’évacuation tardives ou mal définies - comme le souligne l’emploi de cette phrase « par mesure de précaution » - ont eu un impact sévère sur la population. Un des participants a souligné la nécessité de « mettre en place un système par lequel le gouvernement continuera à surveiller les conditions sanitaires de la population de génération en génération. » En outre, de nombreux habitants ont à maintes reprises exprimé leur profond désir de « ne pas laisser les autres municipalités qui ont des centrales nucléaires subir ce qu’[ils ont] subi. »

 

Réunion publique 14Namie town hall meeting

 

à Namie

 

 

 

 

 

 

 

 

Réunion publique 15Okuma town hall meeting

 

à Okuma

 

 

12ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mai 2012

 

Témoin : Tsunehisa Katsumata, Président de Tokyo Electric Power Company (TEPCO) et ex-président de la Fédération des compagnies d’électricité  du Japon (FEPC).

M.Katsumata est Président de TEPCO depuis octobre 2002 et en est devenu le PDG en février 2008

 

Tsunehisa Katsumata 16Tsunehisa Katsumata

 

 

1. Redevabilité d’un opérateur de centrale nucléaire et du Premier Ministre : Tout en rappelant que « les compagnies d’électricité sont sans aucune ambigüité responsables de la sécurité des centrales nucléaires, » [Katsumata] a indiqué que « c’est le Premier Ministre qui était le directeur-général du siège de la réponse d’urgence où il fallait établir des priorités dans les décisions sur le site de la centrale ».  Les trois directeurs principaux de l’équipe dirigeante (PDG, président et vice-président) n’étaient pas disponibles au moment de l’accident. M. Katsumata n’a appris l’absence du PDG qu’après l’accident. Le fait qu’il n’ait pas contacté le PDG entre le moment où ce dernier est rentré de l’étranger et celui où il est retourné au siège montre de toute évidence son absence complète de conscience de l’imminence de la crise.

2. Faits critiques concernant le tsunami : Les causes de l’accident, selon la déclaration de M. Katsumata, sont « en cours d’investigation à TEPCO ». Cependant l’affirmation que le tsunami, qui n’avait pas été anticipé, est la cause principale [de la catastrophe] est assez dérangeante. Elle révèle que le risque posé par un tsunami potentiel non anticipé n’avait pas été communiqué en interne au PDG. Il se trouve que M. Katsumata avait décidé qu’ « un tsunami de ce genre ne pouvait pas se produire dans la réalité. » Il semble que le risque de tsunami n’avait pas été envisagé sous l’angle des probabilités.

3. A propos des régulations : M. Katsumata a souligné [l’importance de] la simplification des réglementations, mais les mesures que les opérateurs prennent indépendamment, dont les vérifications de résistance aux séismes et les réponses aux accidents graves, n’avaient pas été prises par TEPCO et d’autres opérateurs. De sérieux doutes demeurent : quel rapport entre la demande de simplification des réglementations et les retards dans les réactions de TEPCO ? La Commission a aussi appris un fait peu connu, à savoir que la FEPC avait servi de forum pour les lobbies [de l’industrie nucléaire].

4. Résumé : M. Katsumata a admis que rétrospectivement il pouvait concevoir un certain nombre de mesures qui auraient dû être mises en place, par exemple les mesures anti-tsunami et les réponses aux accidents graves ; mais il s’est abstenu de réflexions plus spécifiques. Le public doit déterminer, à travers les discussions d’aujourd’hui,  si M. Katsumata était suffisamment compétent pour être à la tête d’un opérateur nucléaire géant. 

 

 

(Comptes rendus des réunions suivantes : prochainement en ligne)

 

________________________

 

Photo d’entête : Première réunion de la Commission, 19 décembre 2011

 

 

 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 21:12

 

ACLacoste28062012.jpgPar la voix de son président André-Claude Lacoste, l’ASN présentait le jeudi 28 juin 2012 son rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2011. A cette occasion, il faisait aussi le point sur les suites des Évaluations Complémentaires de la Sûreté (ECS) des installations nucléaires conduites après l’accident de Fukushima. Jean-Marc Royer s’est intéressé de près à ce qu’il s’y est dit, et il nous en parle dans l’article qui suit… sans langue de bois.

 

 

-oOo-

 

 

La conférence de presse de l’ASN du 28 juin 2012 :

 

Des approximations savamment dosées, des omissions patiemment élaborées.

 

Au total une langue de bois, bien ciselée, et de longue date.

 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Lors d’une conférence de presse tenue le 28 juin, le président de l’ASN présentait le rapport annuel 2011 intitulé « Il y aura un avant et un après Fukushima[1] ». Effectivement, l’ASN se rend à l’évidence et a récemment intégré ─ mieux vaut tard que jamais ─ deux dimensions capitales des dangers du nucléaire, évolution sur laquelle il faudra revenir. Il n’empêche que, par ses origines, la composition de ses personnels et leur provenance professionnelle ou académique (X-Mines, X-Ponts …), ses relations de longue date avec les industries et les opérateurs nucléaires ─ et j’ajouterais l’imaginaire indécrottablement pro-nucléaire de ses membres ─ l’ASN est bel et bien prise, qu’elle le veuille ou non, dans la gangue[2] des intérêts du village nucléaire international. Cette autorité indépendante devrait, question transparence et indépendance, se régler sur le travail que vient de faire la commission indépendante de la diète japonaise pour étudier la catastrophe de Fukushima : un modèle du genre ! Elle serait également bien inspirée de ne pas croire que « les dérapages » du régulateur japonais, la NISA, ne peuvent survenir qu’au Japon[3] … et qu’elle n’aurait pas son propre « examen de conscience » à faire en détail, et en remontant jusqu’à ses débuts.

Depuis trop longtemps l’ASN nous abreuve de sa la langue de bois[4], de ses « éléments de langage » ─ comme disaient les responsables de la communication de l’ex-présidence de la République ─ et de son expression totalement formatée. On se risque même à avancer qu’en France, à cause de la place et du rôle du nucléaire, cela constitue un des critères de recrutement de ses dirigeants. Encore une fois, il faut comparer son langage et ses méthodes à ceux de la commission indépendante nommée par la diète japonaise. Mais dans son ronron hélas coutumier, devant un parterre de journalistes consentants pour ne pas dire plus, lors de cette dernière conférence de presse de la fin juin, nous avons été réveillés à la vingt-huitième minute exactement par les assertions suivantes :

1) « Nous sommes persuadés qu’il peut y avoir un délai jusqu’à 10 ans pour être sûr d’avoir parfaitement compris Fukushima […] A Three Miles Island, il a fallu 6 ans pour être sûr du taux de fusion du cœur du réacteur ». […] Et quelques secondes plus tard :

2) « Fondamentalement, les installations ont tenu au séisme, c’est le tsunami qui a causé des dégradations … et entraîné les dégâts les plus graves. A vérifier » […]

3) « Il y a actuellement deux lectures de la façon dont les japonais se sont comportés face à la perspective du tsunami :

- Les japonais auraient pu prévoir un tsunami de l’importance de celui qui est intervenu, s’ils n’ont pas pris en compte le tsunami c’est de leur part une défaillance grave, une négligence.

- Deuxième lecture, le tsunami était plus important qu’il n’était prévisible dans l’état actuel des connaissances. » […] 29’30 et enfin :

4) « Nous avons un devoir moral de prendre dès que possible les décisions qui nous paraissent s’imposer ». 30’ Comme on peut le constater, le devoir moral de l’ASN s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément …

 

 

Reprenons les choses dans l’ordre de leur énoncé.

 

1) L’ASN a très bien compris ce qui s’est passé dès les premiers jours à Fukushima[5], à savoir la fonte rapide des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3, les fuites d’eaux hautement radioactives ainsi que les problèmes de refroidissement des assemblages contenus dans les piscines (SFP) des réacteurs 3 et 4[6]. Ce sont ces phénomènes dont la compréhension était déterminante pour évaluer la gravité de la situation et agir en conséquence afin de protéger les populations. Or TEPCO et le gouvernement japonais les ont cachés durant plus de deux mois, sans parler de leur grave incurie à faire face à cette situation comme l’explique la commission indépendante de la diète tout au long de son récent rapport. Le taux de fusion et bien d’autres éléments sont secondaires par rapport à l’estimation globale de la situation. S’abriter derrière ces « inconnues » revient in fine à se défausser de toute appréciation sur la catastrophe japonaise – ce que la commission indépendante de la diète ne fait pas – et à s’exempter des conclusions que l’on doit en tirer en France et ailleurs.

 

 

 

2) Fondamentalement ceci est un gros mensonge : les problèmes graves ont débuté dès le séisme (Cf. le rapport de la commission, le rapport du BRGM[7], ce que nous avons récemment écris à plusieurs mains concernant la piscine du réacteur N°4 et les extraits de l’article ci-dessous publié en juillet 2007). Ces problèmes ont concerné toutes les installations et en particulier les équipements de refroidissement (notamment tous les circuits hydrauliques) qui n’étaient pas suffisamment résistants aux séismes ainsi que les alimentations électriques extérieures. Le tsunami n’a fait qu’altérer définitivement la situation. Le reconnaître reviendrait à être obligé de réévaluer la robustesse de toutes les centrales japonaises, ce que l’industrie nucléaire et le gouvernement se refusent à faire, préparant ainsi le prochain accident nucléaire japonais. Il y a là un « devoir moral » que l’ASN devrait se garder de refouler.

 

 

 

3) Manque de chance pour le président de l’ASN, le rapport de la commission nommée par la diète paraissait quelques jours après cette conférence de presse. Il y est clairement affirmé que l’ampleur du tsunami était prévisible ! De plus, ceci revient encore une fois à focaliser l’attention sur le tsunami alors qu’il ne fût pas l’élément déclencheur de la catastrophe et que bien d’autres éléments sont venus l’aggraver :

 

« Les causes directes de l'accident étaient toutes prévisibles avant le 11 Mars 2011. Mais la centrale de Fukushima Daiichi fût incapable de résister au tremblement de terre et au tsunami qui a frappé ce jour-là. L'opérateur (TEPCO), les organismes de réglementation (NISA et NSC[8]) et l'organisme gouvernemental de promotion de l'industrie nucléaire (METI), ont tous échoué à correctement définir les exigences de sécurité les plus élémentaires, tels que l'évaluation de la probabilité d'un accident, la préparation à contenir les effets des dommages d’un tel désastre, et l'élaboration de plans d'évacuation du public dans le cas d'un relâchement important de radionucléides » (page 16 du rapport de la commission indépendante nommée par la Diète, la NAIIC).

 

Article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun

 

(L'article original est à lire ici) [9] 

 

« A moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » L’auteur de cet avertissement est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l'université de Kobe.

Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d'experts chargé d'établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes.

Il avait prévenu les autorités de son pays que les centrales japonaises souffraient d'une « vulnérabilité fondamentale » aux séismes. Mais ses avertissements ont été ignorés tant par le gouvernement que par Tepco.

Katsuhiko a lancé son alerte en 2006. Les faits lui ont donné raison dès l'année suivante. Le 16 juillet 2007, un séisme de magnitude 6,8 a provoqué des incidents sérieux à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus importante unité de production d'électricité nucléaire au monde[10].

 

Le violent séisme qui a endommagé le 16 juillet 2007 le complexe nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le centre du Japon, était 2,7 fois plus fort que la limite maximale prévue par les constructeurs de la centrale, affirme dimanche le quotidien Mainichi Shimbun. Selon le journal, la compagnie exploitante, TEPCO, a mesuré une accélération au sol de 993 Gals sous la centrale au moment du séisme, alors que Kashiwazaki-Kariwa était prévue pour supporter une accélération maximale de 370 Gals. Toujours d'après le Mainichi Shimbun, 8 des 17 centrales nucléaires du Japon ont été édifiées selon la même estimation d'accélération maximale du sol, et les normes de construction devront sans doute être durcies. (Source)

 

Avant le séisme de juillet 2007, un autre séisme s'était produit en août 2005, affectant la centrale d'Onagawa, au nord de Fukushima ; encore un autre en mars 2007, dont l'épicentre était à 16 kilomètres de la centrale de Shika. Et cela s'est répété l'année suivante, avec une secousse de magnitude 6,8 à l'est de Honshu, près d'Onagawa et de Fukushima. Même s'il n'y a pas eu de dégâts importants, Tepco a signalé alors trois fuites de liquide radioactif à Fukushima Daini. » [Ces fuites sont la conséquence du fait que toutes les canalisations hydrauliques sont encore moins résistantes que le bâtiment réacteur aux séismes, ndr]   (Source)

 

Ces rappels sont une preuve supplémentaire, s’il en fallait, des déficiences connues des centrales japonaises vis-à-vis des séismes de grande ampleur accompagnés de fortes accélérations au sol. Et l’ASN était bien sûr au courant de ce dossier.

Afin de prendre toute la dimension des interventions publiques de l’ASN, il nous a semblé utile de rappeler l’article suivant :

 

« Avertissements des exploitants de centrales nucléaires »

 

[…] L'industrie nucléaire mondiale est en danger, menacée par la négligence et la complaisance qui ont conduit à plusieurs « incidents graves » dans des centrales nucléaires en Europe, aux États-Unis et au Japon au cours des dernières années. […] David Gilchrist, directeur général de British Energy (BE), Robert Saunders, président de First Energy Nuclear Operating Co (Fenoc), l'opérateur de la centrale de Davis-Besse (dans l'État de l'Ohio, ndt), Hans-Joseph Zimmer, directeur de la centrale nucléaire de Philippsburg (en Allemagne, ndt), Istvan Hadnoti, directeur de la sûreté de la Compagnie de la centrale nucléaire de Paks (en Hongrie, ndt), Aies John, président du centre de Moscou de la WANO[11], qui a inspecté Paks, et Tsunehisa Katsumata, président de Tepco, se sont succédés à la tribune pour expliquer comment leurs organisations s'étaient imperceptiblement laissées aller à une situation où le personnel et la direction ne s'étaient pas rendu compte de l'imminence d'un désastre.

[…] Les représentants des compagnies nucléaires, au nombre de plus de trois cents, écoutent, muets de stupéfaction, leurs pairs leur décrire, rétrospectivement, comment cela pouvait se produire, même dans le cas d'organisations reconnues comme étant des industries de pointe. Le président de la WANO, Hajimu Maeda, a déclaré qu'un « mal terrible » menaçait de l'intérieur les établissements des exploitants nucléaires. Il commence, a-t-il dit, par la « perte de motivation à apprendre auprès des autres... un excès de confiance... [et] la négligence dans le maintien d'une culture de sûreté en raison de pressions considérables exercées pour réduire les coûts à la suite de la déréglementation du marché de l'énergie ». […]

S'il n'y est pas remédié, ces problèmes « sont comme un mal terrible qui naît au sein de l'organisation » et peut, s'il n'est pas décelé, conduire « à un accident majeur » qui « détruira l'organisation tout entière ». Le Suédois Rolf Gullberg, président du centre de Paris de la WANO, a énuméré huit «incidents graves» qui se sont produits au cours des dernières années, à commencer par une fuite dans le joint du couvercle de la cuve de pression des réacteurs à la centrale de Sizewell-B (Royaume-Uni, ndt), suivie de l'affaire de la concentration incorrecte de bore à Philippsburg, de dégradations sans précédent des assemblages de combustible du réacteur n° 3 de Cattenom (dans le département de Moselle, en France, ndt), de la rupture d'un tuyau dans le circuit de refroidissement du réacteur à Brunsbuettel (en Allemagne, ndt), de la corrosion du couvercle de la cuve de pression du réacteur de Davis-Besse, de dommages importants sur le combustible lors d'une opération de nettoyage chimique à la centrale de Paks, et de la falsification de données, tant chez Sellafield que chez Tepco. […]

Zimmer a évoqué la « complaisance » du personnel et de la direction de la centrale de Philippsburg et John « l'excès de confiance » de l'entrepreneur ainsi que « les pressions des délais à tenir » résultant de « biais de production », causes profondes du problème de Paks. Gilchrist a indiqué que British Energy avait obtenu d'excellents résultats financiers et des indicateurs de fonctionnement satisfaisants après la privatisation, mais que ses performances avaient rapidement plongé. L'examen […] effectué par la WANO a constaté, entre autres problèmes, que « des pressions incroyablement fortes quant au coût », alors que British Energy s'enfonçait avec une marge d'autofinancement brut négative, avaient commencé à « éclipser la gestion de la sûreté », a-t-il ajouté. Saunders a affirmé que les bons antécédents en matière de qualité d'exploitation à Davis-Besse et la primauté des ingénieurs sur le personnel de la centrale avaient engendré « arrogance et complaisance... ». Se reposant sur le passé glorieux de Davis-Besse, le personnel a rejeté le déclassement de la performance de la centrale à l'indice 2 de l'échelle IPNO de l'Institut des exploitants nucléaires américains, il y a quelques années, et ont « ignoré » l'importante expérience de fonctionnement dont bénéficiait l'industrie. La direction avait mis en place des programmes, mais il n'y a pas eu de suivi et le personnel chargé de l'inspection de la qualité rendait compte directement à la direction du site, ce qui « influençait son indépendance et son objectivité », a-t-il déclaré. […]

Katsumata a indiqué que le département de l'énergie nucléaire de Tepco était devenu « un cercle homogène et fermé d'ingénieurs qui défiaient les vérifications effectuées par d'autres départements, y compris la direction ». […]

Les règles relatives au maintien en service des équipements n'étaient « pas claires », et ne prenaient pas en compte les défauts apparaissant lors du vieillissement des équipements, encourageant ainsi le personnel à ignorer les règles. Les attaques des médias sur les problèmes dans les installations nucléaires avaient mis les ingénieurs « sur la défensive » et les avaient incités à dissimuler les défauts aussi longtemps qu'ils ne menaçaient pas directement la sûreté – conduisant à 16 cas de falsification dans les rapports d'inspection et de réparation des réacteurs à eau bouillante de Tepco. […] À cela venait s'ajouter le comportement des ingénieurs qui considéraient que « l'approvisionnement stable en électricité [était] le but final », ce qui les a conduits à prendre « des décisions personnelles fondées sur leur propre idée de la sûreté », a ajouté Katsumata. Outre les initiatives prises pour réécrire les règles, réviser le code de conduite de Tepco et renforcer les messages relatifs à la culture de la sécurité, Tepco est en train de prendre diverses mesures pour regagner la confiance du public, y compris en organisant des réunions d'information ouvertes. Nonobstant, plusieurs cadres ont reconnu que cela ne serait pas facile, parce que les nombreux incidents, y compris le dernier épisode chez Tepco, ont sévèrement érodé la confiance du public japonais, et parce que la culture du pays décourage encore les lanceurs d’alerte (whistle blowers). […] « Notre culture de la sûreté, qui a été compromise par des pressions visant à réduire les coûts de production, doit être replacée au premier plan de nos préoccupations » […] Mais lors d'une conférence de presse, Gullberg a indiqué qu'au centre de Paris, qui était le principal retardataire parmi les quatre centres de l'organisation, le nombre d'incidents rapportés jusqu'à maintenant pour cette année représentait le triple des incidents de toute l'année [précédente, soit une augmentation de 400% d’une année à l’autre].

Source : Avertissements des exploitants de centrales nucléaires. La complaisance et la négligence menacent l'industrie nucléaire, par Ann MacLachlan, Berlin (Nucleonics week, volume 44, numéro 42, 16 octobre 2003)

 

Ces extraits d’une conférence de la WANO datent de 2003 ! Ils sont instructifs à beaucoup d’égards. On y constate que même des aveux inédits et aussi profonds concernant le fonctionnement réel des centrales nucléaires, même les mises en garde les plus vives sont restés sans effets puisque huit ans après ce sont les mêmes constats d’irresponsabilités qui ont été faits par la NAIIC suite à la catastrophe de Fukushima. Cela en dit long sur :

- la capacité des opérateurs, à tous les niveaux, à s’opposer à toutes les régulations, ce qui signe également « la bienveillance » des régulateurs et des autorités politiques vis-à-vis de cette industrie,

- l’incapacité des régulateurs à faire appliquer leurs recommandations à moins de compromis douteux en échange. De ce point de vue, il est à craindre que les recommandations éditées par l’ASN en 2012 ne soient l’objet d’âpres négociations entre le pot de fer (EDF) et le pot de terre (ASN). Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce qui s’y jouera, ce sera la prolongation d’exploitation des centrales à 60 ans, ce qui constitue le plus sûr moyen d’arriver à l’accident majeur en France.

- la dynamique mortifère de cette industrie, capable de s’affranchir des précautions minimales de sécurité de manière à pouvoir verser les dividendes de ses actionnaires et

- l’arrogance de gens qui sont dans la toute puissance technoscientifique héritée des années d’après-guerre.

 

Jean-Marc Royer, septembre 2012

 

 

Photo d’entête : André-Claude Lacoste durant le conférence de presse du 28 juin 2012

 



[2] Nous verrons bien un jour si la version homophonique et masculine de ce substantif peut s’appliquer …

[3] Comme ils croyaient avant Three Miles Island qu’un accident entraînant la fusion du cœur d’un réacteur avait une chance « infinitésimale » de se produire ; comme ils croyaient avant Tchernobyl que ce type de catastrophe pouvait être maîtrisé par la technoscience ; comme ils croyaient avant Fukushima que ce type de catastrophe ne pouvait survenir que dans un régime soviétique … Leurs croyances seront toujours et irrémédiablement « en retard d’une catastrophe ».

[4] Cf. la synthèse du rapport des inspections et des Evaluations Complémentaires de Sécurité de janvier 2012.

[5] D’autant plus qu’au moins deux membres de son collège, André-Claude Lacoste (appelé comme expert international par une autre commission instituée par le village nucléaire international) et Philippe Jamet ont fait le voyage du Japon.

[6] Rappelons qu’elle disposait des informations délivrées par le système international dont la CRIIRAD demande à juste titre et en vain jusqu’à présent qu’elles soient rendues publiques. C’est sur la base de ces informations que les USA avaient demandé à leurs ressortissants de s’éloigner à plus de 80 Km de Fukushima dès les premiers jours de la catastrophe.

[7] Bureau de recherches géologiques et minières français : une autorité en matière de séismes.

[8] Commission de sûreté nucléaire du Japon, un organisme gouvernemental sous la dépendance de l'Office administratif, qui supervise les régulateurs et les opérateurs.

[9] Extraits de la recension de Michel Pracontal, parue le 15 mars 2011dans Mediapart et dont le lien est à la fin de cet article.

[10] Philippe Jamet, membre de l’ASN, était présent dans la délégation de l’AIEA qui a rendu son rapport en août 2007. Rapport en PDF : http://bit.ly/f5cIkb page ii.

[11] World Association of Nuclear Operators : le club international des industries nucléaires.

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 18:26

DSCF5902Voici la suite de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de Fukushima Daiichi. Aux pages 62-70 du document édité en anglais, une annexe intéressante  donne la parole aux travailleurs de la centrale qui se trouvaient sur le site le 11 mars 2011. Le texte reporte les principaux résultats de l’enquête effectuée par la commission auprès de tous les employés, qu’ils soient sous-traitants ou directement sous les ordres de Tepco, accompagnés de graphiques et de témoignages.

Le fait que certaines compagnies sous-traitantes n’aient pas voulu répondre à l’enquête de la commission fausse malheureusement les données. Cela montre en tout état de cause la puissance de ces entreprises de sous-traitance du nucléaire au Japon qui se permettent, sans être inquiétées, de ne pas répondre à une requête du Parlement. Ce défaut d’information est la confirmation de ce nous avions déjà dénoncé avec l’impossibilité de décompter dans le détail le nombre de personnes ayant travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi. Le fait qu’il soit impossible de faire une enquête précise, même officielle, est très inquiétant car on ne sait toujours pas ce que sont devenus les travailleurs manquant à l’appel !

______________

 

 

Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

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ANNEXE

 

 

 

Enquête sur les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima

 

 

 

(traduction : Marie-France Payrault-Gaber)

 

 

 

-        Après l'accident, la plupart des travailleurs de TEPCO n'ont pas été évacués, mais sont restés sur le site afin d'aider, après la catastrophe. Certains travailleurs en sous-traitance ont été évacués le 11 mars à 16 h00. Il a été constaté des problèmes de communication d’informations pour les sous-traitants. Le 11 mars, ceux qui sont restés sur le site n'ont pas reçu d'explications sur l'état de dangerosité de la situation des réacteurs.

-        Les efforts, mis en place pour le processus de contrôle de l'irradiation des travailleurs sur le site de l'usine accidenté, ont été restreints compte-tenu de la situation d'extrême urgence et des moyens de mesure limités disponibles sur place. Il n'y a pas eu de rapport sur les cumuls des doses d'irradiation pour ces individus et aucun effort n'a été fait pour prendre en compte la radiation in-situ. De nombreux travailleurs ont exprimé leur anxiété et frustration sur le manque de contrôle des doses radioactives. Ces besoins doivent être améliorés.

-        La plupart des travailleurs qui sont restés en fonction après le tremblement de terre dans le cadre de l'accident ont été enregistrés comme professionnels de la radioactivité.

-        Certains d'entre eux ont dû partager un dosimètre avec plusieurs autres personnes car les appareils n'étaient pas en nombre suffisant. Très peu d'entre eux sont restés sans aucun appareil du tout.

-        Un système d'enregistrement des résultats des dosimètres n'était pas disponible. La conséquence en est qu'environ 30 % des employés n'ont pas eu connaissance de leur cumul d'irradiation, ce qui est un problème.

-        On n'a pas observé de différences significatives dans le traitement des mesures prises contre les radiations pour les employés TEPCO et les travailleurs sous-traitants.

-        La majorité des employés qui ont eu à faire face aux conséquences de l'accident n'ont pas été prévenus à l'avance qu'ils auraient à le faire si l'un des réacteurs était détérioré. Certains d'entre eux ont dû travailler sans avoir le choix et n'ont pas donné leur consentement. Des lacunes apparaissent  dans la préparation des travailleurs en cas de désastre nucléaire.

-        Environ 80% des employés ont reçu une information sur les doses radioactives dans leur domaine d'opération, ou connaissaient  les doses de radioactivité du site  à partir de cartographies de dosages avant d'intégrer le groupe. Environ 20% ont affirmé n'avoir reçu aucune explication à ce sujet dans leur domaine opérationnel. Bien qu'il soit indispensable que des travailleurs du site aient à être impliqués dans la crise, une formation sur les niveaux de radiation et les risques devrait toujours être donnée.

 

Résumé de la méthodologie employée pour cette enquête

-        Cette étude a été conduite sur les employés qui étaient présents à l'usine nucléaire de Fukushima Daiiichi le 11 mars 2011.

-        L'objectif de cette enquête : comprendre la réalité de la communication des informations, évacuations et contrôle de santé sur le site de l'usine.

-        Méthode : étude effectuée par courrier.

-        Durée : du 27 avril au 18 mai 2012.

-        Personnes ciblées : environ 5 500 employés présents à l'usine nucléaire Fukishima Daiichi le 11 mars 2011, et ont été ou étaient employés de TEPCO ou de compagnies sous-traitantes (*) et qui ont accepté de participer.

-        Total des participants : 2 415 soit environ 44 % de l'ensemble contacté.

-        Sur ces 2 415 réponses, 1 060 (44%) ont fait des commentaires dans l'espace réservé à cet effet. Par ailleurs, 41 participants ont écrit sur le devant et l'arrière du document d'enquête ou ont fourni des commentaires complémentaires sur des enveloppes ou des feuilles de papier séparées. Nous avons senti de leur part une forte volonté d'être entendus.

 

Répartition des réponses par rapport au lieu de travail

-        la plupart des participants travaillaient dans les aires radioactives le 11 mars.

 

 

Communication des informations aux travailleurs durant l'accident

-        Environ 40% des employés TEPCO ont été alertés que les réacteurs étaient ou pouvaient être à un niveau dangereux. Par ailleurs, pratiquement aucun employé des compagnies sous-traitantes n'a été prévenu.

 

(*) Note : Étant donné que nous n'avons pas pu conduire cette enquête avec les employés des compagnies qui n'ont pas voulu participer, les résultats ne représentent pas tout le personnel concerné et est donc à cet égard incomplète. De plus, cette commission a demandé aux compagnies sous-traitantes de TEPCO l'adresse actuelle des employés qui travaillaient à l'usine nucléaire le 11 mars 2011. Mais certaines compagnies nous ont donné les adresses d'employés qui ont commencé à travailler sur le site de l'usine après le 11 mars 2011. Ceux-ci ont été inclus dans les 5 500 personnes ciblées pour l'enquête. C'est la raison pour laquelle, on ne peut dire que les exemples relevés sont une  analyse statistiquement exacte sur les employés  de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011. De ce fait, veuillez prendre note que les réponses peuvent ne pas être statistiquement fiables, excepté pour celles des employés de TEPCO, qui a fourni les informations de contact pour pratiquement tous ses employés.

 

 

Total des réponses

 

1 62-70

 

 

Réponses par type de travail

 

2 62-70

 

 

Après le tremblement de terre du 11 mars, y a-t-il eu une explication donnée par TEPCO sur les conditions critiques des réacteurs ou la possibilité d'une telle situation ?

 

Travailleurs non-évacués

 

3 62-70

 

 

 

Travailleurs évacués

 

4 62-70

 

 

Situation de l'évacuation après le tremblement de terre 

-        Plus de 80% des employés TEPCO n'ont pas été évacués après le tremblement de terre et sont restés sur place. Nombre des employés des sous-traitants ont été évacués de l'usine, tout au moins temporairement.

-        La plupart des évacués l'ont été aux environs de 16 h le 11 mars.

-        Plus de la moitié des travailleurs des sous-traitants qui ont évacué ont répondu qu'ils n'avaient pas reçu d'ordre pour cela. (Ceci inclut ceux qui ont répondu être rentrés chez eux car ils avaient reçu des ordres de le faire en cas de tremblement de terre, et non en raison de l'accident à la centrale électrique.)

-        Environ 30% des travailleurs des compagnies sous-traitantes primaires et 15% des sous-traitants secondaires sont restés sur place afin de faire face à l'accident.

 

Les travailleurs impliqués à contenir l'accident

-        La plupart de tous les employés qui ont dû lutter contre l'accident ont été enregistrés en tant que professionnels de la radioactivité.

-        Seuls environ 10% des employés sous-traitants impliqués dans la lutte contre l'accident ont reçu une explication à l'avance sur la possibilité que l'usine puisse subir un accident nucléaire.

-        Environ 30% des employés TEPCO et 40% des autres n'ont donné aucun accord pour travailler lors d'un tel accident.

 

Gestion de l'irradiation

-        Étant donné le manque de dosimètres à cause du tsunami, TEPCO a laissé de nombreux travailleurs dans les zones aux niveaux de radiation faible partager des dosimètres immédiatement après l'accident. En conséquence, le pourcentage d'employés qui n'ont pas eu accès à un dosimètre du tout a pu être limité à 5 %. Il n'a été observé aucune différence significative entre les employés de TEPCO et les autres.

 

 

 

Le 11 mars, avez-vous évacué le site de l'usine de Fukushima Daiichi (y compris une évacuation temporaire) ?

 

5 62-70

 

 

Avant l'accident, avez-vous été informé des tâches possibles de lutte qui pouvaient vous être confiées dans le cas d'un tel accident ?

 

6 62-70

 

 

Avez-vous reçu des instructions pour l'évacuation du 11 mars (pour ceux qui ont évacué ce jour-là) ?

 

(instructions de TEPCO : 3 et 2 % en bleu)

 

7 62-70

 

 

Ratio des employés professionnels de la radioactivité par rapport aux autres qui sont intervenus dans la lutte contre l'accident

 

8 62-70

 

 

Si vous avez évacué l'usine le 11 mars, à quelle heure ?

 

9 62-70

 

 

-        TEPCO a fait effectuer le contrôle d'irradiation des travailleurs « manuellement » car le système de mesure et de contrôle cumulatif des radiations  était devenu inutilisable. Toutefois, environ 30% des employés ont dit qu'ils n'avaient jamais été informés des doses de radiation cumulées. Il n'y a pas de différences significatives majeures entre les employés de TEPCO et ceux des compagnies sous-traitantes sur le niveau d'informations données concernant l'irradiation.

 

-        Au fur et à mesure de l'évolution de l'accident, les niveaux de radiation montèrent hors du bâtiment parasismique, et même hors de la zone de radiation sous contrôle. A ce stade, TEPCO a donné des explications aux travailleurs engagés dans des tâches hors du bâtiment antisismique sur les doses radioactives des  différents sites de l'usine et sur la possibilité croissante d'irradiation. Alors que 40% des employés ont répondu avoir été informés à chaque fois, 20% d'entre eux ont dit n'avoir reçu aucune de ces informations. Pas de différences significatives entre les employés TEPCO et les autres n'ont été constatés sur l'information des risques et leur étendue durant les opérations.

 

-        Le contrôle de l'exposition radioactive a été mené au mieux vu les limitations et le nombre restreints des matériels  à disposition. Quoiqu'il en soit, de nombreux employés ont affirmé que la gestion de la radiation aussi bien interne que cumulée et leur contrôle a été insuffisant.

 

 

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Il n'y a eu aucune explication sur le danger encouru jusque tôt le matin du 15 mars. Je comprends que la situation était critique et qu'il y avait peu de temps pour donner des explications, mais au moins, nous voulions savoir. »

« Il nous était demandé de gérer notre taux d'irradiation par nous-mêmes, peut-être parce que les bases de données étaient devenues inutilisables à cause du tremblement de terre. Mais nous n'avions même pas de stylos ou du papier. Il nous était impossible de garder des traces avec précision. »

« Mon exposition radioactive cumulée atteignait environ 0,008 millisievert à la fin mars. J'ai donc demandé un contrôle de tout le corps. La compagnie a refusé arguant que je n'y avais pas droit tant que je n'avais pas atteint 0,1 millisievert. J'ai travaillé dans le bâtiment principal antisismique pendant deux semaines à partir du 11 mars, et j'ai passé là au moins 5 à 6 heures chaque jour. J'étais sûr d'être irradié intérieurement. A la mi-mai, j'ai eu un contrôle des globules blancs du sang, mais les résultats ont montré que j'étais moins atteint que les personnes qui ont passé moins de temps que moi dans ce bâtiment.

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« J'ai réclamé fortement un suivi approfondi, et plus particulièrement pour la génération la plus jeune des travailleurs, qui se sentaient probablement abandonnés. Certains ont été temporairement relevés de leur travail ayant atteint la limite d'exposition radioactive légale d'une année. Les dirigeants TEPCO disent que cet accident n'est pas un autre Tchernobyl, malgré son ampleur, mais je ne vois aucune différence en terme de souffrance des habitants, et plus particulièrement la perte de leur endroit de vie. Je ne veux pas que ces dirigeants diminuent la gravité de l'accident ».

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Les employés du bâtiment principal parasismique ont travaillé dans des conditions où ils ne pouvaient se fier à personne sauf à eux-mêmes, et ils étaient seuls responsables de leur propre sécurité. Ces problèmes n'ont-ils pas pour origine un manque de préparation en cas de désastre ? Je ne veux pas entendre dire que cet événement a eu lieu car il n'était pas possible de l'anticiper. Le gouvernement et la compagnie de production nucléaire sont responsables des problèmes préexistants qui ont conduit au désastre. N'est-il pas de la responsabilité de la NAIIC (Commission d'Enquête Indépendante) de révéler ces problèmes et les dénoncer ? ».

 

Commentaire d'un employé sous-traitant

« Aucune information quelle qu'elle soit sur l'interruption du courant de la station n'a été transmise aux travailleurs de finition comme nous. Il m'a fallu apprendre par la télévision les ordres d'évacuation d'urgence pour les habitants dans un rayon de 20 km. Bien que travailleur sous-traitant, je devais faire des équipes de 24 heures selon mon contrat de travail. Mon employeur savait que plusieurs de ses employés comme moi étaient restés dans le bâtiment principal antisismique. Toutefois, le directeur général de la compagnie, le directeur exécutif et le responsable de la protection radioactive ont tous évacué avec leurs familles. Finalement, je suis arrivé à appeler notre siège à Tokyo le 14 mars, mais ils n'étaient pas au courant qu'il y avait encore des employés travaillant dans le bâtiment central. J'ai demandé à être évacué, mais ils ont refusé ma demande. Je mangeais et dormais à peine et arrivais à mes limites physiques et mentales. Plus tard, j'ai dit au directeur général  de TEPCO que je voulais être évacué et il fut très difficile d'avoir son consentement. Nous avons découvert que la voiture de notre compagnie que nous avions prévu d'utiliser avait été prise par des employés de TEPCO, mais un collègue nous a emmenés. J'ai demandé à de nombreuses reprises un contrôle physique complet à mon employeur fin mars et en avril, mais ma demande a toujours été refusée. J'ai été assigné à travailler à Daiichi à la fin avril, ce que j'ai refusé compte tenu de problèmes de santé. En résultat, j'ai été par la suite victime de harcèlement moral de mon employeur et suis devenu mentalement déséquilibré. A cause de cela, j'ai dû quitter la compagnie en juin, ce qu'ils ont attribué à une démission pour raisons personnelles. »

 

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, est-ce que votre employeur vous a indiqué votre niveau d'irradiation cumulée chaque fois que vous travailliez ​ ?

 

10 62-70

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, avez-vous reçu des explications de qui que ce soit sur les risques d'irradiation chaque fois que vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique ?

 

11 62-70 

 

 

Avez-vous donné votre accord pour être assigné à des travaux de lutte contre les conséquences d'un accident ?

 

12 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En ce qui concerne les travailleurs, il n'y avait pratiquement pas d'instructions d'évacuation. Il faut un protocole de communication des informations bien compris pour être efficace. Les mesures prises pour faire face à l'accident n'étaient pas coordonnées et par dessus tout très pauvres. Il en va de même de la perspective des habitants. Les procédures d'évacuation et de destination étaient vagues et le sont toujours. Tous ces problèmes doivent être éclaircis. C'est seulement à partir de là qu'un nouveau commissionnement de l'usine nucléaire pourra être discuté. Il y a des employés qui retournent chez eux le soir et essaient de mener des vies normales après avoir été exposés à la radioactivité. C'est inconcevable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je travaillais à Fukushima Daiichi le 11 mars. Lorsque le tremblement de terre s’est produit, j'ai essayé de sortir, mais il m’a fallu deux heures pour sortir du site de l'usine étant donné le nombre de personnes. Les premières vagues du tsunami sont arrivées alors que j'étais encore en train de sortir et cependant il n'y eut aucune annonce concernant le tsunami. En y pensant maintenant, cela me fait frissonner de peur. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

Le niveau de radiation dans le bâtiment principal antisismique était si élevé qu'en temps normal il aurait été complètement bloqué pour empêcher toute entrée. Je n'avais aucun choix sinon celui d'essayer d'évaluer mon taux d'irradiation dans ma tête. Ce bâtiment était clairement contaminé et il y avait une augmentation dans la concentration de poussière et d'iode. L'eau était rare, et je ne pouvais pas me laver les mains avant de manger de la nourriture d'urgence. J'étais clairement exposé intérieurement. L'eau et l'électricité étaient en besoin urgent, toutefois il n'y avait aucune fourniture de l'un ou de l'autre venant de l'extérieur. L'usine était complètement isolée et j'ai pensé avoir été abandonné à mon sort. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Étant donné que les travailleurs étaient désespérément nécessaires, je n'eus pas le temps de me faire confirmer si ma famille était sauve, et ceci me perturbait tant que je ne pouvais me concentrer sur mes devoirs professionnels. La priorité était de faire face à l'accident, cependant il n'y avait aucune possibilité pour les employés de vérifier leur taux d'irradiation. Je me sentais en danger. Il n'y avait pas assez de dosimètres et il fallait les partager. Les employés chargés de tâches non indispensables furent évacués, mais pas les autres. Je craignais pour ma vie. Le principal bâtiment parasismique avait résisté au tremblement de terre, mais il ne protégeait pas des radiations. Les endroits les plus contaminés étaient indiqués par des bandes adhésives. Étant donné que l'attention était monopolisée par une réunion en réponse au désastre entre le siège de TEPCO et l'usine, aucune information du tout n'a été transmise à la zone d'entourage, alors qu'il y avait une prévision de la dispersion radioactive du système de contrôle interne de l'usine basé sur la direction du vent. Les employés qui étaient chargés de la lutte contre le désastre à ce moment auraient mérités d'être affectés à d'autres endroits ! »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Le contrôle  des taux radioactifs a manqué de rigueur juste après l'accident. Le contrôle annuel des taux d'irradiation a été un problème vague durant les 15 dernières années. Les différences de taux enregistrées d'un employé à un autre étaient importantes. J'ai été surexposé, environ 0,15 millisievert/h  en externe et 0,007 millisievert/h en interne, de ce fait maintenant je ne peux pas travailler dans la zone contrôlée pour les cinq ans à venir. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Après l'accident, il n'y avait aucun système de test corporel complet et il était sensé n'y avoir aucune radiation (Je me demande si cela pouvait venir d'ordres des compagnies électriques ou des compagnies de sous-traitance?). Étant donné qu'il n'y a eu aucune information donnée les 12 et 13 mars, nous n'avons pas su dans quelle direction la radiation s'est dispersée durant notre évacuation. »

« Si la décontamination n'a pas la priorité,  nous ne pouvons pas retourner chez nous. J'espère que la décontamination sera faite par des volontaires de chez TEPCO ou des compagnies qui appartiennent à TEPCO (c.à.d. par des personnes qui ne travaillent pas dans des usines nucléaires). »

 

 

 

Avant le 11 Mars, aviez-vous reçu des instructions précisant que vous pouviez avoir à être chargé de lutter contre un accident ?

 

13 62-70

 

 

 

Entre le moment de l'explosion de l'unité 1 le 12 mars et la fin mars, portiez-vous un dosimètre lorsque vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique (*) ?

(* le seul bâtiment conçu pour coordonner la lutte contre un tremblement de terre et à partir duquel toutes les réponses à la crise étaient organisées.)

 

14 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je ne pense pas qu'il ait été donné beaucoup d'attention aux travailleurs qui ont eu en fait à gérer l'accident. Le premier compteur corporel complet a été installé dans la ville d’Iwaki, mais seuls les employés TEPCO étaient en droit de l'utiliser. Les autres devaient se rendre jusqu'à Kashiwazaki et nous n'avons pratiquement pas vu d'employés TEPCO là. TEPCO a laissé tout faire par les principaux sous-traitants. Avant de donner des blâmes, l'opérateur devrait avant tout se focaliser sur les règles de sécurité en cas d'accident. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En tant que travailleur d'un sous-traitant principal, je n'ai eu d'autre choix que d'être impliqué dans la procédure mise en place après l'accident, ce qui veut dire être confronté à des niveaux d'irradiation extrêmement élevés par rapport à la norme.

Je suis très inquiet pour ma santé depuis le 11 mars. Après l'accident, j'ai reçu une compensation financière selon les conditions de ma propre compagnie, mais c'était vraiment une très petite somme. Peut-on dire que ce que nous avons fait était pour notre pays ? Si c'est le cas, nous devrions recevoir plus d'argent. J'ai souffert  d'un cancer de l'estomac dans le passé et si je devais encore en être atteint à cause du travail fait à la suite de l'accident et en mourir, cela serait impardonnable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Cela fait quatre ans que je travaille dans une compagnie sous-traitante. Durant tout ce temps, je n'ai jamais eu de formation sur une procédure d'évacuation en cas d'accident nucléaire. L'état d'esprit de TEPCO était qu'il était « impossible qu'un accident arrive », et « nous n'avons besoin de formation uniquement en cas de sinistre par le feu ». A cause de cela, j'ai été licencié et j'ai dû évacuer très loin afin d'élever mes trois enfants et protéger leur santé. Je veux retrouver nos vies et moyens de vivre. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« J'exige de recevoir une compensation et assurance suffisantes dès que possible. Nous ne pouvons pas attendre un jour de plus. »

« Je pense que cet accident devait se produire en fait. TEPCO est devenu maître dans l'art de cacher l'information. Même maintenant, TEPCO n'a pas fourni toutes les informations concernant la fuite d'eau, etc. »

« Le gouvernement et TEPCO auraient dû prendre en compte les accidents passés comme celui de Tchernobyl lorsqu'ils ont dû affronter le désastre. Il n'y a eu aucune excuse faite aux évacués. Comment cela peut-il être acceptable ? »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant secondaire

« Aux nouvelles, il était dit que les travailleurs de l'usine qui affrontaient l'accident étaient prêts à mourir, mais en regardant ces nouvelles, je me disais qu'il est impossible que l'on soit prêt à mourir. J'ai fait un contrôle corporel complet pour la première fois fin avril et mon taux d'irradiation était incroyablement élevé. Je suis de tout coeur avec les personnes qui travaillent encore pour lutter contre les conséquences de l'accident. J'espère que ces personnes travaillant à Fukushima Daiichi prendront soin de leur santé. »

 

 

___________________

 

Illustration d’entête : dessin de Tignous, extrait de la couverture du hors-série de Charlie Hebdo « L’escroquerie nucléaire ».

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 23:09

commissionDans l’article qui suit, Jean-Marc Royer met en lumière la stratégie du village nucléaire international qui, pour semer la confusion, a créé une « commission d’investigation » dont le but est de contrecarrer les conclusions impartiales de la commission indépendante nommée par la Diète. Mais qu’appelle-t-on au juste « le village nucléaire international » ? C’est l’ensemble des structures publiques ou privées qui ont un intérêt commun au développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire. On distingue son contour dans la conclusion d’un communiqué de presse de l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) du 10 juin 2011 : « Les autorités réglementaires des pays membres du G8, de l’AEN et des pays associés ont réaffirmé leur engagement à travailler ensemble à l’échelle internationale. Elles sont persuadées que, malgré son caractère dramatique, la situation [à Fukushima] permettra à terme de renforcer la sûreté nucléaire internationalement. La conférence ministérielle de l’AIEA qui se tiendra fin juin, est la prochaine étape importante d’un ensemble d’actions qui améliorera la sûreté nucléaire au niveau mondial ». On y retrouve donc les pays du G8, les 34 pays membres de l’OCDE et les états associés, à savoir l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, la Roumanie et l’Ukraine. D’autres pays en font également partie par l’intermédiaire de l’Association mondiale des exploitants nucléaires (World Association of Nuclear Operators, WANO), citée également dans le même communiqué. C’est donc une sorte de gouvernance économique mondiale où tous les états concernés font allégeance à l’AIEA (dont l’objectif est le développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le monde, cf. l’article 3 de ses statuts), par l’intermédiaire de conférences ministérielles. Tous les membres du village nucléaire ont la même religion : ils croient au progrès de la sécurité nucléaire, tout en acceptant qu’il y ait régulièrement des accidents. Cette gouvernance atomique supranationale n’est pas issue de processus démocratiques. Et les états qui ne font pas partie du village ‒ soit les deux tiers des pays de la planète ‒ n’ont évidemment pas leur mot à dire, malgré les pollutions radioactives transfrontalières passées et promises.

 

-oOo-

 

 

 

FUKUSHIMA :

 

Une « commission d’investigation » téléguidée par le village nucléaire

 

à ne pas confondre avec la commission indépendante officiellement investie par la Diète japonaise

 

 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

La nomination discrète (et discrétionnaire) d’une « commission d’investigation » sur l’accident de Fukushima (Investigation Committee on the Accident at Fukushima Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company) est une créature du village nucléaire international qui ne doit pas être confondue avec celle qui a été mise en place par la Diète japonaise, la Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC) et qui elle, est réellement indépendante et dont nous avons commencé à traduire le premier rapport.

 

Examinons de plus près cette « commission d’investigation ».

 

1) Le compte-rendu de sa première réunion du 7 juin 2011 stipule que : « The committee will prepare an interim report by the end of the present year and submit the final report sometime after the accident has been settled ». C’est à dire que trois mois après le début de la catastrophe, cette commission n’avait aucun doute sur le fait que LA CHOSE serait très bientôt jugulée et que le rapport final serait aussitôt produit [1]. L’arrogance propre à la toute puissance montre ici le bout de son nez, comme le note la NAIIC dans son rapport page 21 : « Dans l'ensemble, la Commission a rencontré une ignorance et une arrogance impardonnables chez toute personne ou tout organisme s'occupant de l'énergie nucléaire. Nous avons rencontré du mépris pour les évolutions internationales et la sécurité publique. Nous avons trouvé un fonctionnement routinier basé sur les procédures et les pratiques conventionnelles antérieures, la priorité étant d’éviter de faire courir des risques à l'organisation. Nous avons trouvé un état d'esprit donnant la priorité aux intérêts de l’organisation, et ceci au détriment du public. » Tout cela est à comparer avec la présentation que cette dernière fait de ses objectifs de travail.

 

2) Elle a été nommée dans le secret du cabinet du premier ministre sans qu’aucun document officiel n’ait été émis ni contresigné, contrairement à la promulgation de la NAIIC. N’est publiquement disponible qu’un « compte-rendu » de la séance, si elle a réellement eût lieu, dont le rédacteur n’est même pas nommé. Sur les quatorze rencontres de cette commission, ne sont disponibles que trois comptes-rendus, les autres réunions faisant l’objet d’une « relation de presse » en trois pages. A comparer là aussi avec le travail de la NAIIC.

 

3) Alors que la commission nommée par la diète japonaise commence par nommer ses membres, donner leurs CV et reproduire leurs signatures, cette soit disant « commission d’investigation » expurge le CV d’au moins un de ses membres, M. Yukio Takasu, libellé comme suit et omettant sa dernière qualité (en rouge) que nous avons retrouvée sur la page du secrétariat de l’ONU : « Permanent Representative of Japan to the International Organizations in Vienna, including the International Atomic Energy Agency (IAEA) », ce qui revient à cacher son appartenance à l’AEIA.

 

Parmi les « international advisory experts », on retrouve des noms connus dans le gotha nucléaire :

 

- Dr. Richard A. Meserve President of the Carnegie Institution for Science. Meserve a été le président de la Nuclear Regulatory Commission états-unienne de 1999 à 2003. Il a récemment été décoré par l’industrie nucléaire d’un award (Carnegie’s Richard Meserve Awarded Nuclear Industry Leadership Prize) et ses déclarations, à cette occasion, valent leur pesant de cacahuètes et sont lisibles sur le site Carnegie Institution for Science.

 

- Prof. Chang Soon Heung Professor at Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST), President of the Korean Nuclear Society. No comment …

 

- Mr. Chai, Guohan Chief Engineer, Nuclear and Radiation Safety Center, Ministry of Environmental Protection of People’s Republic of China. Un pays connu pour ses préoccupations écologiques et la grande transparence de ses décisions administratives … Tous ces « experts » sont évidemment mouillés jusqu’au cou dans la promotion du nucléaire.

 

- Et quelqu’un qui, malgré son masque et son bonnet, est facilement reconnaissable :

 

commission1

 

 

Vous voyez de qui nous voulons parler ?

 

commission2

 

Et maintenant, dans une pose debout, avec un air qui lui est si familier ?

 

commission3

 

Bon, pour ceux qui ne font pas partie de son premier cercle, voici son profil gauche légendaire, mais ici son front est plissé, comme s’il ressentait une préoccupation dont nous ne connaîtrons, malheureusement, jamais le contenu. Dénouons le suspens, il s’agit de … son nom est écrit sur sa combi : André-Claude Lacoste himself, président de l’ASN, qui est un grand cachotier, puisqu’il n’en a soufflé mot à la conférence de presse. Cela aurait été l’occasion de nous dire s’il avait fait bon voyage, de nous parler de l’accueil qu’il reçut, des conditions de son séjour, de la qualité des sushis, voire des fruits de mer locaux, et accessoirement, de ce à quoi il pensait si fort à Fukushima en ce 23 février 2012, à l’heure du déjeuner.

Juste à droite le Coréen Chang Soon Heung, président de la Korean Nuclear Society et derrière, le fameux Meserve états-unien.

Sources : http://icanps.go.jp/eng/meetings/ et http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

4) Cette « commission d’investigation » ne manque pas de faire de la publicité pour :

- l’AEIA (« In response to the accident, the IAEA sent an investigation team to Japan in May 2011 and convened a ministerial conference on nuclear safety in June 2011 »),

- un rapport de l’ONU (« The United Nations have also compiled a report on the accident ») dont la commission indépendante nommée par la diète nous explique l’origine de troisième main (c’est un rapport de Tepco repris par le gouvernement et transmis à l’ONU),

- une conférence (and convened a summit conference on nuclear safety in September 2011) qui a indigné nombre de japonais par sa grossière orientation pro-nucléaire.

 

5) Nous avons parcouru ce texte. Il est intentionnellement volumineux de manière à dissuader son étude critique dans le détail tout en donnant une impression de sérieux par sa taille. Il est parsemé de confusions sciemment entretenues (i). Il reporte les responsabilités sur une connaissance scientifique insuffisante (ii). Il émet des recommandations tellement générales qu’elles ne peuvent en aucun cas être contraignantes pour les exploitants (iii).

- i  The then-available accident preventive measures and disaster preparedness of TEPCO and the Nuclear Industry and Safety Agency (“NISA”) were insufficient against tsunami and severe accidents; (page 2)

- ii  Scientific knowledge of earthquakes is not sufficient yet. (page 3)

- iii  The above types of measures should not be left up to the local municipal governments, but need in addition to involve the active participation of the prefectural and national governments […] (page 14).

 

6) Comme par hasard, les dates de publication des rapports « intérimaires et finaux » de cette « commission d’investigation » ont été calées sur celles de la commission indépendante (NAIIC) de manière à semer le trouble dans le milieu médiatique, une pratique bien rôdée maintenant.

Jean-Marc Royer, septembre 2012

 



[1] Rappelons que pendant dix semaines, ils ont caché au peuple japonais et à l’opinion publique internationale ce qu’ils savaient dès les premiers jours, à savoir la fonte des cœurs des réacteurs.

 

 

 

 

Source des photos de cet article : http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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