15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 13:47

Fukushima : une catastrophe sans fin

 

Cécile Asanuma-Brice

 

Voici maintenant plus d’un siècle que nos pays modernisés se sont tournés vers la planification afin de penser un meilleur équilibre économique et démographique de leur territoire. Si tel fut le discours mis en avant pour en vanter les mérites, le résultat n’en reste pas moins décevant, si ce n’est nul. Le rééquilibrage régional n’a que relativement fonctionné, bien qu’artificiellement réactivé par quelques espoirs toujours déçus, et les campagnes ont continué à se vider de leurs activités humaines au profit des villes dont l’étalement s’épanche telle une tâche d’huile alimentée par les fuites du moteur de la société de consommation. Il en est de même au Japon, où les campagnes meurent lentement, où les villages abandonnés laissent leurs belles demeures de bois pourrir au gré des vents, au fil du temps. Fukushima n’avait pas échappé à ce rouleau compresseur d’un système économique sans indulgence, devenu l’ultime but de la production humaine alors qu’il aurait dû en être son serein soutien.

 

ISOTOPES. Ça n’est donc pas sans surprise que nous observons l’ardeur des organisations internationales, ainsi que celle du gouvernement japonais à vouloir à tout prix faire rentrer dans leur campagne en désuétude les populations réfugiées suite à l’accident nucléaire du 11 mars 2011. Plus de 6 années après l’explosion de la centrale, présents plus que jamais sur ce territoire rural perdu au milieu de nulle part, les membres de l’AIEA, du CEPN, de l’IRSN et autres UNSCEAR (1), se lancent dans "l’humanitaire" à la défense des paysans en péril, nous ventant les bienfaits de la résilience (2), les nuisances du refuge, les méfaits sanitaires du stress face au désastre, tout en affichant une attitude agnostique envers les résultats épidémiologiques qui voient pourtant croître à plus de 184 le nombre d’enfants de moins de 18 ans ayant dû être opérés d’un cancer de la thyroïde sur un échantillon limité de 270 500 personnes (3). Ce point, qu’il est devenu tabou d’évoquer dans les cercles scientifiques, est néanmoins fondamental, en ce qu’il est celui qui déterminera la nécessité des politiques de protection à mettre en œuvre, ou non, en cas d’accident. Si l’explosion d’une centrale nucléaire et la dispersion des isotopes qu’elle contient à travers monts et vallées n’est pas dangereuse pour la santé humaine et pour la vie dans son ensemble, alors pourquoi partir en cas d’explosion, pourquoi évacuer les populations dont on broie la vie communautaire, mais aussi à quoi bon dépenser tant d’argent à décontaminer, pourquoi avoir créer des centres de recherches spécifiques sur la radioprotection puisqu’il serait inutile de s’en protéger, et finalement pourquoi se servir de ces mêmes isotopes inoffensifs pour réaliser l’arme de destruction ultime que l’on brandit à la face du monde à chaque tension diplomatique ? Bref, nous devons rétablir de la cohérence dans nos discours et nos analyses. Si les habitants de Fukushima se sont réfugiés, ou ont été évacués (même si l’évacuation organisée par l’administration a été bien tardive) c’est qu’il y a un danger, réel, dont nous avons tous connaissance : scientifiques, militaires et citoyens (cette dernière catégorie comprenant les deux précédentes).

 

Ce danger serait néanmoins variable, bien que jamais nul, en fonction de la dose reçue. En outre, alors que les populations de toutes parts réclament une plus grande sécurité vis-à-vis du nucléaire, les seuils des doses dites admissibles par les autorités gestionnaires sont relevés, en toute discrétion, à chaque accident.

La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

« Ai-je droit de mettre en jeu l’intégralité des intérêts des autres ? » (4)

 

Afin de permettre une marge d’acceptabilité toujours plus grande du risque, les institutions en charge de la gestion du nucléaire et de sa production ont élaboré un système de seuils dits "acceptables" pour l’être humain. Le tout est de réussir à appréhender, ainsi qu’à quantifier ce qui est de l’ordre de l’acceptable prenant en considération les aspects économiques, sociaux et sanitaires générés par une catastrophe nucléaire. On aurait pu croire que l’aspect sanitaire eut été déterminant, et que l’être humain accorderait plus d’attention, plus d’intérêt, à ce qui pourrait mettre sa santé en péril, mais à notre grande surprise, il n’en est rien. Ainsi, bien que les dernières études épidémiologiques telles Inworks (réalisée sur une cohorte de plus de 308 000 travailleurs de centrale nucléaire), ou encore le modèle LNT (Linear No-Threshold model, 2007, Université d’Ottawa) nous prouvent l’augmentation du risque de développement de maladies proportionnellement au niveau d’exposition aux irradiations, balayant de fait la pertinence d’une limite sécuritaire, des seuils sont encore fixés afin de permettre l’existence de l’exploitation de centrales nucléaires et de leurs désagréments: fuites et autres accidents potentiels augmentant le niveau de radioactivité environnant. C’est ainsi que l’on a vu le seuil de protection internationalement fixé à 1 mSv (pour la population hors travailleurs des centrales), passé, sans bruit, à 20 mSv dans les directives de l’union européenne en 2014, 3 ans après Fukushima. Il est par ailleurs indiqué dans ce même texte qu’un taux annuel allant jusqu’à 100 mSv est envisageable dans des conditions d’urgence (5), justifiant un niveau de 20 mSv/an en temps normal, en pleine contradiction avec les études menées sur la question.

 

Ce point est fondamental, en ce qu’il permet, entre autre, l’autorisation internationale de la réouverture d’une partie de la zone d’évacuation autour de la centrale de Fukushima à la fin du mois de mars 2017. Le but de cette démarche est d’élaborer un système de cogestion citoyenne des conséquences d’un accident afin de prouver que l’on est capable de surmonter une catastrophe nucléaire en sachant gérer la radioactivité présente, mais également de diminuer les coûts auparavant pris en charge par les entreprises gestionnaires des centrales. Pour autant, l’imposition d’une planification politique au retour à vivre dans les zones contaminées de Fukushima n’a pas le succès escompté et les désastres s’enchaînent tour à tour.

Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

Les désastres annoncés se succèdent sans fin à Fukushima

 

Ce fut d’abord une politique de décontamination toute aussi drastique, coûteuse, qu’inefficace, qui a conduit à l’entrepôt de milliers de sacs contenant des tonnes de terre contaminée répartis sur plus de 115 000 sites dans la préfecture, principalement en bord de mer. Cette politique ayant rempli son seul rôle de regain de confiance citoyenne en démontrant que le gouvernement se préoccupait de la situation, et devenue ingérable par le volume occupé, s’est conclue par la décision de réutiliser les débris en deçà de 8 000 Bq/kg pour la construction des routes et autres travaux relatifs aux ponts et chaussées dans l’ensemble du pays. Cette stratégie s’est accompagnée d’une campagne de communication sur l’acceptation du risque pour inciter au retour en vue d’une "stabilisation" avant l’accueil des jeux Olympiques de 2020, avec notamment la construction d’un centre dans lequel on apprend aux habitants les différents modes de décontamination possibles via des maquettes ludiques, ou encore des visites organisées dans la centrale nucléaire endommagée pour les lycéens, sans protection mais armés de dosimètres.

Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

La réouverture d’une partie de la zone d’évacuation conséquente entraîne automatiquement la fin des indemnités de logement accordées jusqu’alors aux réfugiés, ainsi que l’expulsion des habitants des cités de logements provisoires qui seront fermées. Des appartements dans des immeubles collectifs publics, dont ils devront assumer le loyer, leur ont parfois été proposés. La plupart des personnes âgées concernées, propriétaires de biens devenus inhabitables six ans après la catastrophe, sont pour la plupart dans l’incapacité de pouvoir assumer un loyer ainsi que la charge économique de la consommation de biens alimentaires qu’ils produisaient autrefois.

 

En outre, des psychologues, spécialisés dans les traumatismes psychologiques engendrés par des situations de désastres, dont le Professeur Tsujiuchi de l’université de Waseda, avait estimé, après une étude dont les résultats furent publiés début 2016, qu’un retour contraint sur une zone encore instable, dans laquelle les personnes réfugiées ont subi leur traumatisme, et alors que celles-ci sont atteintes, pour la plupart d’entre elles, de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder), serait un nouveau drame, entraînant une vague de suicide notable.

 

La concrétisation de ces prévisions ne se fit pas attendre. Les communes rouvertes successivement à l’habitat accueillent quelques-uns des habitants qui ont opté pour le retour. La contamination très élevée, bien qu’irrégulière, a découragé la plupart des familles avec enfants au retour, celles-ci ayant recommencé leur vie ailleurs. Les habitants, en très faible nombre, souvent âgés, se trouvent dans une situation d’isolement qui devient vite insupportable, entraînant un état dépressif lourd, voir leur suicide (cf. reportage de la NHK en janvier 2017). Ces personnes sont confrontées à une différence trop grande entre l’espoir du retour longtemps maintenu par les discours sécurisants des autorités ou les politiques de décontamination, et la réalité du retour qui est toute autre (taux de radioactivité encore trop élevé, paysage dévasté par la décontamination et les sacs de terre, plus aucun habitant ni de communauté existante).

 

Iitate, des investissements pharaoniques pour une ville fantôme

 

Iitate est l’une des communes destinée à être rouverte à l’habitat le mois prochain. Malgré un investissement colossal de plus d’1 milliard 700 millions euros pour la reconstruction des divers équipements publics, la commune n’accueillera pas le nombre de résidents escompté. Un habitant du village d’Iitate déclarait le 19 février 2017, lors d’une conférence organisée à Fukushima par des chercheurs et les anciens habitants du village : « On nous dit qu’il n’y a pas de problème. Qu’il suffit de ne pas aller sur les “hot spots”. On ne peut ni aller en montagne, ni s'approcher des rivières, ne pas aller à droite ni à gauche... Comment voulez- vous que l'on vive ici ?!”. Un ancien membre du conseil communal, témoigne : « Nous avons déménagé il y a six ans maintenant. Pourquoi devrions-nous rentrer dans un village désert où l’environnement ne nous permet pas de vivre librement et en sécurité ? » (6).

Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

Ces derniers mois ont vu un regain des séismes dans la région de Fukushima, au moment où la pénétration d’un robot scorpion dans l’enceinte a permis de confirmer la fonte du corium du réacteur visité qui s’est enfoncé dans les sous-sols. Cette instabilité ne fait que renforcer la population dans son jugement de ne pas céder à la politique du retour. Même si les habitants "captifs" ont développé des bases de données cartographiées de la radioactivité afin de mettre en place leur protection, les fantasmes des institutions internationales, qui rêvaient de cogestion des conséquences de l’accident nucléaire par les habitants auront montré leurs limites. On ne peut demander aux victimes d’un système imposé d’assumer la charge des accidents engendrés par ce système.

 

(Article édité le 14 mars dans Sciences et avenir)

 

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(1) AIEA : Agence Internationale de l’énergie atomique, CEPN : Centre d’étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, UNSCEAR : United Nation Scientific Comittee on the Effects of Atomic Radiation.

(2) Cf. Cécile Asanuma-Brice, « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême », Raison Publique, nov. 2015

(3) Selon les résultats de la commission sanitaire rendus officiels en février 2017.

(4) Hans Jonas, « Le principe de responsabilité » Champs essais, Flammarion, 2013, p.81.

(5) "Sans préjudice des niveaux de référence fixés pour les doses équivalentes, les niveaux de référence exprimés en dose efficace sont fixés dans l'intervalle de 1 à 20 mSv par an pour les situations d'exposition existantes et de 20 à 100 mSv (aiguë ou annuelle) pour les situations d'exposition d'urgence". II (Actes non législatifs). DIRECTIVE 2013/59/EURATOM du conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base.

(6) Site de la commune

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En savoir plus sur les faibles doses
 
Conférence de presse du 15 mars 2017 au Foreign Correspondents Club of Japan avec Dr Cécile Asanuma-Brice, Pr. Keith Baverstock (université de Finlande) et Dr Shimizu Nanako de l'université d'Utsunomiya concernant la question des faibles doses et la réouverture de la zone d'évacuation autour de la centrale nucléaire de Fukushima.
Deux textes de recommandations sur ce même thème, signés par 14 scientifiques du monde entier, viennent d'être publiés dans la revue scientifique Kagaku (Science), également envoyés au gouvernement japonais ainsi qu' au préfet de Fukushima.

Plus d'infos sur la VIDEO (durée 1h, en anglais)

 

Cécile Asanuma-Brice informe qu’elle s’exprime sous sa casquette de Présidente de l’Association du CSRP ; elle annonce que les travaux du 6ème symposium (Nihonmatsu, du 7 au 10 octobre 2016) [qui réunissait, entre autres, des scientifiques indépendants mais aussi des « autorités » de Fukushima] ont débouché sur 2 « déclarations » :

  1. la « conclusion » du symposium, qu’elle lit aux journalistes [ici le texte en anglais, 6 pages]
  2. « the Nihonmatsu Déclaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation » qui sera prochainement traduite en anglais

Ces déclarations ont de plus été publiées (en japonais) dans le N° de mars de la revue « Kagaku » (qui signifie « science » ajoute-t-elle).

 

Cécile Asanuma-Brice, au début de la video : « aujourd’hui la mémoire collective du Japon s’estompe or, on doit trouver des solutions pour les milliers de sinistrés… En 2016 le symposium a duré 4 jours, des scientifiques, épidémiologiques, biologistes ont débattu du sujet des « zones évacuées » sur la réponse qu’il convenait d’apporter à la question : est-il acceptable de réouvrir les zones évacuées ? D’un point de vue scientifique, la réponse est clairement NON ! Ils ont donc rédigé 2 textes de recommandations qui ont été publiés dans la revue [montrée à l’écran à 6.52’] Kagaku de mars 2017.

 

Fourteen independent experts from inside and outside of Japan participated at the 6th Citizen-Scientist International Symposium on Radiation Protection, held from October 7 to October 10, 2016, in Nihonmatsu, Fukushima prefecture, in order to present their latest research. Over three days, they exchanged opinions on the themes of “Epidemiology of low-dose radiation” and “Discourses, laws and ethics after the nuclear power plant accident.” They compiled their propositions in two recommendations text they signed, based on discussions they had during the symposium, but also on findings and numerous study reports published after Chernobyl and Fukushima.

 

(1) The first recommendation agreement, “Conclusion” of the 6th CSRP, take a critical look at risk communication currently conducted by the Japanese authorities, and listed up 6 recommendations deemed indispensable from the victims’ viewpoint.

(2) The second recommendation agreement, entitled “The Nihonmatsu Declaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation,” uses the “linear non-threshold (LNT) model” based on the latest scientific findings demonstrating scientific impertinence and lack of political wisdom of the present return policy for the evacuees to areas below 20 millisievert per year.

 

The Japanese version of these two recommendation reports were published in the March 2016 issue of Science Magazine “Kagaku (Science),” and the electronic English version will be published on its special website soon).

CSRP will transmit these recommendations agreement to Minister of the Environment, Director General of Reconstruction Agency, Chairman of Nuclear Regulation Authority and the Governor of Fukushima Prefecture, and hold press conferences for Japanese journalists and foreign correspondents in Japan.

 

Tout est regroupé sous l’onglet « overview » : présentation, programme détaillé des 4 jours, intervenants (leur biographie s’obtient en cliquant sur leur portrait).

 

(infos Evelyne Genoulaz)

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Publié par Cécile Asanuma-Brice - dans Au Japon
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 01:07

Les investigations menées par Tepco fin janvier 2017 ont permis de visualiser une partie de l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur 2 de Fukushima Daiichi. A cette occasion, Tepco a fait semblant de s’étonner de deux choses pourtant très prévisibles : 1) le corium a pu faire un trou dans une plateforme métallique située juste en dessous de la cuve du réacteur. 2) l’endroit est excessivement radioactif : 530 Sieverts/h (dose létale quasi immédiate), mesure de radioactivité la plus haute jusqu’à présent révélée par Tepco.

(Mises à jour régulières en bas de page)

Le trou d’un mètre de côté observé le 30 janvier (photo Tepco)

Le trou d’un mètre de côté observé le 30 janvier (photo Tepco)

Cette découverte a été rendue possible grâce à une caméra conduite à distance. Ce n’est pas la première fois que Tepco fait des recherches dans l’enceinte de confinement du réacteur 2, mais les images obtenues jusqu’alors n’étaient pas aussi explicites.

Ouvriers à l’action dans le BR2 (photo Tepco)

Ouvriers à l’action dans le BR2 (photo Tepco)

Situation de la cavité explorée (document Tepco)

Situation de la cavité explorée (document Tepco)

Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)
Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)

Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)

Les employés de Tepco ont utilisé un accès existant destiné au remplacement des barres de contrôle qui ne peut se faire que par le bas. Pour cela, une ouverture est aménagée dans l’enceinte de confinement suivie d’une passerelle qui permet d’accéder à la cavité située juste en dessous de la cuve. A cet endroit, les systèmes de commande des barres peuvent être vérifiés lors des visites d’entretien et les barres de contrôle peuvent être remplacées si besoin. Voici par exemple une photo d’une inspection du dessous de cuve du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daini, le 8 février 2012.  

Les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Ces barres sont nécessaires au bon fonctionnement du réacteur car elles permettent de réguler sa puissance. Le 11 mars 2011, les barres sont remontées automatiquement dans les réacteurs de Daiichi et ont stoppé la réaction en chaîne.

 

Aujourd’hui au réacteur 2 de Fukushima Daiichi, le paysage du dessous de cuve est tout autre, voilà ce qu’on peut en voir :

Commandes des barres de contrôle du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (photo Tepco)

Commandes des barres de contrôle du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (photo Tepco)

A partir d’un montage de Tepco, le site Simply Info a évalué l’emplacement du trou dans la grille ("HOLE" sur l’illustration ci-dessous).

Illustration Simply Info

Illustration Simply Info

Tepco a également fourni un plan de la plateforme avec la situation du trou :

Illustration Tepco

Illustration Tepco

Aire d’investigation et évocation des dégâts (Illustration Asahi Shimbun)

Aire d’investigation et évocation des dégâts (Illustration Asahi Shimbun)

Le caillebotis est recouvert de morceaux de matière noire qui pourrait bien être du corium solidifié. Le trou dans la plateforme, juste sous la cuve, évoque le passage du corium. Ayant pu chauffer à l’intérieur de la cuve jusqu’à 2 à 3000°C, celui-ci a facilement pu faire fondre les barres de contrôle et comme le fond de cuve est percé de multiples trous (voir photos ci-dessous), le magma radioactif n’a pas eu de mal à traverser la passoire.

Ces trous servent à faire coulisser les barres de contrôle qui sont situées sous la cuve. C'est un vieux système des réacteurs Mark-I ou Mark-II, conçus par General Electric, qui a démontré sa grande faiblesse. Aujourd'hui, il existe encore beaucoup de centrales nucléaires qui l'utiisent, notamment aux Etats-Unis. En France, le système est différent, il est actionné par le haut.

Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)
Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)

Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)

On peut facilement imaginer, puisque trou il y a, que le corium est tombé sur le caillebotis, l’a rendu mou à cause de la chaleur et l’a déformé jusqu’à percement à cause de sa densité 20 fois plus importante que celle de l’eau. La suite logique est qu’il est tombé dans le fond de l’enceinte de confinement. Là, l’interaction corium-béton, bien connue des spécialistes, a fait disparaître le béton petit à petit. On ne connaît pas la profondeur du trou – n’ayez crainte Tepco nous l’annoncera un jour – mais peu importe, le mal est fait depuis 6 ans déjà et la pollution est permanente à cause de l’eau. L’investigation du 26 mars 2012 nous avait appris qu’il y avait 60 cm d’eau au fond de l’enceinte à une température d’environ 50°C, malgré un apport de plus de 100 m3/jour.  Le corium est donc bien proche et l’eau extrêmement contaminée file dans les sous-sols et la nappe phréatique. Le corium n’a pas besoin de s’être enfoncé dans le sol pour polluer la nappe phréatique et l’océan Pacifique.

De fait, les niveaux de pollution de la nappe phréatique en aval du réacteur 2 ont toujours été gigantesques. Les dernières données de Tepco relevées par le site Fukushima Diary montraient des niveaux importants en strontium 90 pour des échantillons pris non loin du réacteur 2, côté mer : puits 1-06 : 750 000 Bq/L, puits 1-14 : 54 000 Bq/L, puits 1-16 : 200 000 Bq/L (5 février 2016). Et il faut se souvenir que Tepco a avoué durant l’été 2013 que 300 m3 d’eau contaminée allaient directement des sous-sols de la centrale à l’océan Pacifique chaque jour.

 

Une partie du corium du réacteur 2 a pu aussi se déverser dans la piscine torique. On en retrouvera partout assurément. Il faut se souvenir du corium de Tchernobyl qui se trouve encore, 30 ans après les faits, réparti sur plusieurs niveaux de la centrale ukrainienne.

Répartition du corium de Tchernobyl. Aucun démantèlement depuis trente ans.

Répartition du corium de Tchernobyl. Aucun démantèlement depuis trente ans.

A Fukushima Daiichi, Hiroshi Miyano, professeur à l'Université Hosei et président de la commission d'étude pour le démantèlement de la centrale de Fukushima Daiichi, a déclaré que « Le niveau extrêmement élevé de radiations mesuré à un endroit, s'il est exact, peut indiquer que le combustible n'est pas loin et qu'il n'est pas recouvert d'eau ».

Mais les plus de 500 Sv/h relevés sous la cuve et le trou dans la grille risquent fort d’empêcher Tepco de poursuivre ses investigations comme il l’avait prévu. En effet, le petit robot qu’ils comptaient envoyer en éclaireur devait passer sur cette grille. Or il n’a pas été conçu pour rencontrer des débris collés à la grille ou des trous. Il était prévu également pour mener une mission de 10 heures (la dernière investigation avait donné une radioactivité de 73 Sv/h). La radioactivité ambiante réactualisée le rendra inutilisable probablement au bout d’une ou deux heures seulement.

Le robot que Tepco compte utiliser pour les explorations futures

Le robot que Tepco compte utiliser pour les explorations futures

Pour mémoire, le réacteur 2 de Fukushima Daiichi a subi une explosion, sans doute au niveau de la piscine torique, le 15 mars 2011 vers 6h10. A partir de cette date, une énorme quantité de radioactivité s’est échappée de ce réacteur qui, malgré ses murs extérieurs intacts, rejetait un panache de vapeur permanent par le trou du panneau d’évent (déjà ouvert le 13 mars 2011).

Panache de vapeur visible le 23 mars 2011

Panache de vapeur visible le 23 mars 2011

Trou du panneau d’évent du BR2 (façade est)

Trou du panneau d’évent du BR2 (façade est)

Cette radioactivité venait soit directement du puits de cuve, à la verticale du réacteur, comme le montre cette photo gamma (880 mSv/h en juin 2013) (ce qui prouve au passage que le couvercle de la cuve n'est plus étanche),

L’intérieur du réacteur 2 (d’après une photo gamma Tepco)

L’intérieur du réacteur 2 (d’après une photo gamma Tepco)

soit par une cheminée de ventilation provenant du sous-sol, qui est bien visible sur la photo ci-dessous (angle nord-ouest du bâtiment-réacteur).

Cheminée de ventilation du réacteur 2 (photo Tepco)

Cheminée de ventilation du réacteur 2 (photo Tepco)

On n’a donc pas fini de parler de Fukushima. Tepco compte sur 40 ans pour démanteler le site, mais il est probable que dans plusieurs siècles on en parle encore.

 

Pierre Fetet

 

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Documents de synthèse de Tepco

2 février :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170202_01-e.pdf

30 janvier :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170130_02-e.pdf

26 janvier :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170126_01-e.pdf

Vidéo du 26 janvier 2017

http://www.tepco.co.jp/en/news/library/archive-e.html?video_uuid=udr1gg5z&catid=61785

 

 

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Mise à jour (08/02/17)

 

Tepco a donné plus d'informations sur la localisation de la mesure de 530 Sv/h (qui d'ailleurs n'est qu'une estimation faite à partir de la caméra avec marge d'erreur de 30%).

Voici le nouveau schéma diffusé par l'opérateur qui montre l'endroit précis (point n°2) où l'estimation de 530 Sv/h a été faite, suivi de la photo reconstituée de l'endroit :

Schéma de localisation des mesures (merci à Masaichi Shiozaki pour la traduction !)

Schéma de localisation des mesures (merci à Masaichi Shiozaki pour la traduction !)

Partie de la passerelle où a été observée une masse de métal fondu très radioactif selon l'estimation (530 Sv/h)

Partie de la passerelle où a été observée une masse de métal fondu très radioactif selon l'estimation (530 Sv/h)

Si la masse fondue est du corium, on s'explique mal comment il a pu arriver à cet endroit. On observe également qu'il n'y a "que" 20 Sv/h sous la cuve (à l'entrée du socle), alors que l'on se rapproche du trou dans la plateforme. Les investigations futures dans ce secteur devront essayer de répondre à ces problématiques. Dernière remarque relevée par Masaichi Shiozaki : Tepco précise qu'au moment de l'arrêt du réacteur 2, donc en 2011, le débit de dose pour les assemblages de combustible était de plusieurs dizaines de milliers de Sv/h. Tepco nous habitue progressivement aux grands nombres. Plus on se rapprochera du corium, plus on mesurera une haute radioactivité. Ce qu'il ne faut pas confondre avec une augmentation de la radioactivité.

 

Source des deux dernières illustrations :

http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/handouts/2017/images1/handouts_170206_05-j.pdf

 

 

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Mise à jour (09/02/17)

 

Selon Kyodo News, lors du nettoyage de la passerelle avec un jet d'eau à haute pression, l'image transmise par la caméra est devenue sombre. Bref, la caméra a grillé. Tepco a relevé une radioactivité de 650 Sieverts par heure, soit 120 Sieverts de plus que la dernière mesure communiquée fin janvier. De ce fait, l'opération a été interrompue. Cela ralentit (voire compromet ?) la poursuite des investigations. La passerelle doit en effet être dégagée de tout débris pour laisser passer le petit robot prospecteur Scorpion, censé supporter une radioactivité de 1000 Sv/h.

(Source : http://english.kyodonews.jp/news/2017/02/457859.html)

 

Selon Tepco, les "sédiments" (peut-être des fragments de corium) ont été détachés sur un mètre (sur les 5 mètres planifiés). Car plus on approche du socle de la cuve, plus la couche est épaisse et difficile à décoller.

 

Localisation du nettoyage (Extrait du rapport de Tepco du 9 février 2017)

Localisation du nettoyage (Extrait du rapport de Tepco du 9 février 2017)

La vidéo du décapage des "sédiments" est visible à cette adresse :

http://www.tepco.co.jp/tepconews/library/archive-j.html?video_uuid=x9n765q1&catid=69619

 

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Mise à jour (15/02/17)

 

Tepco continue de communiquer des infos sur les investigations du réacteur 2.

La photo reconstituée montre que la plateforme comporte au moins 3 trous et qu'elle est déformée par endroit.

Vue globale de la plateforme (photo Tepco)

Vue globale de la plateforme (photo Tepco)

Plan de la plateforme. Les parties rouges sont manquantes.

Plan de la plateforme. Les parties rouges sont manquantes.

Le plan de la plateforme ne montre que deux trous. La photo commentée en montre un troisième du côté sud du réacteur non représenté sur le plan. On peut en déduire que le corium a fui par plusieurs trous depuis le fond de la cuve.

Le corium, en toute logique, doit se trouver en dessous, en fond de cuve de confinement, ou encore plus bas s'il y a eu une interaction corium-béton. Pour en savoir plus, le robot Scorpion devra s'approcher d'un trou et diriger sa caméra vers le fond de l'enceinte.

Source : http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/handouts/2017/images1/handouts_170215_08-j.pdf

 

 

______________________________

Mise à jour (16/02/17)

 

Le robot Scorpion est entré dans l'enceinte de confinement et s'est avancé sur la passerelle jusqu'à la plateforme sous la cuve, mais sans pouvoir aller plus loin car une chenille ne fonctionnait plus.

Le robot Scorpion avançant sur la passerelle

Le robot Scorpion avançant sur la passerelle

Ouverture du socle (photo Tepco)

Ouverture du socle (photo Tepco)

A trois mètres du socle, le robot a relevé 210 Sv/h et 16,5°C.

Extrait du rapport de Tepco

Extrait du rapport de Tepco

Vidéo de l'exploration visible ici :

http://www.tepco.co.jp/en/news/library/archive-e.html?video_uuid=ptc4lm8y&catid=61785

 

Rapport Tepco du 16/02/17 : http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170216_01-e.pdf

______________________________

Mise à jour (25/02/17)

 

Tepco diffuse à nouveau cette image du dessous du réacteur 2 avec les barres de contrôle.

Barres de contrôle sous la cuve du réacteur 2 (photo Tepco)

Barres de contrôle sous la cuve du réacteur 2 (photo Tepco)

Il diffuse aussi une nouvelle image de l'état de la passerelle avec ses trous.

Plateforme sous la cuve du BR2 (photo Tepco)

Plateforme sous la cuve du BR2 (photo Tepco)

Tepco diffuse également un rapport, mais uniquement en japonais.

Celui-ci envisage une autre mission robotique d'exploration du réacteur 2.

Toujours par le même conduit, un robot de même type que le précédent (assez fin pour passer dans un tuyau) sera envoyé sur une passerelle qui se situe autour du socle de la cuve. Après avoir fait la moitié du tour du socle, le robot laissera pendre une caméra et un dosimètre pour voir l'état de la base de l'enceinte de confinement à côté du socle. A cet endroit, on devrait également apercevoir une ouverture d'accès au dessous de la cuve du réacteur, là où en toute logique, le corium est tombé.

 

Chose très rare pour Tepco, une flaque de corium est représentée sortant par cette ouverture. Manifestement, Tepco s'attend à en trouver sur tout le fond.

 

A droite, corium apparaissant sous forme de flaque bleue (schéma Tepco-IRID : 燃料デブリの広がり(イメージ)

A droite, corium apparaissant sous forme de flaque bleue (schéma Tepco-IRID : 燃料デブリの広がり(イメージ)

Reconstitution de la passerelle autour du socle (photo Tepco)

Reconstitution de la passerelle autour du socle (photo Tepco)

Adresse du rapport complet (en japonais)

http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/roadmap/2017/images1/d170223_08-j.pdf

Le site du Mainichi a mis en ligne aujourd'hui des photos de l'intérieur du réacteur 5 de Fukushima Daiichi. Ces photos sont très intéressantes car elles permettent de voir en net ce que le robot voit en flou dans le réacteur 2.

La passerelle d'accès aux barres de contrôle du réacteur 5 (photo Mainichi)

La passerelle d'accès aux barres de contrôle du réacteur 5 (photo Mainichi)

La plateforme sous la cuve du réacteur 5 (photo Mainichi)

La plateforme sous la cuve du réacteur 5 (photo Mainichi)

_____________________

Mise à jour (10/05/17)

 

IRID et Tepco ont édité un rapport final en anglais sur les investigations du réacteur 2.

Il a été publié par le site Simply Info avec des commentaires à cette adresse :

http://www.fukuleaks.org/web/?p=16208

 

Du nouveau au réacteur 2 de Fukushima Daiichi

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 09:32

Situation de l’épicentre par rapport à la centrale de Fukushima DaiichiAlors que le Premier ministre japonais, depuis l’Argentine, donnait un ordre d’évacuation concernant 100 000 personnes, on a tremblé aussi hier soir à Fukushima Informations en apprenant la nouvelle d’un tsunami. A 5h59 au Japon et 22h59 en Europe, un tremblement de terre d’une magnitude annoncée de 7,3 (puis abaissée à 6,9) a eu lieu au large de la centrale de Fukushima Daiichi, produisant un tsunami annoncé de 3 m (en réalité jusque 1,4 m aux alentours de Sendai). Les souvenirs des évènements de mars 2011 se sont soudain réactivés. Quelques personnes ont été légèrement blessées et un début d’incendie a été signalé dans une raffinerie. Mais l’alerte a été levée. Selon Tepco, aucun problème majeur n’a été recensé sur le site de Fukushima Daiichi. Cette secousse de rappel nous fait cependant frémir avec raison, car les problèmes atomiques sont loin d’être réglés.

Le séisme a eu lieu à 33 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce n’est pas la première fois que ce point précis tremble. Déjà en 2011, il avait donné plusieurs séismes d’une magnitude supérieure à 6. Sa profondeur est très faible : 10 km. Les séismes d’une magnitude supérieure à 4 sont le plus souvent à une profondeur de 20 à 40 km. Le grand tremblement de terre du 11 mars 2011 s’était produit par exemple à 32 km de profondeur. Or plus l’épicentre est proche de la surface, plus il est dévastateur car l’onde de choc est moins amortie. Je ne suis pas sismologue mais c’est ce que je remarque : l’homme est suffisamment idiot pour construire des centrales nucléaires à 30 km d’une faille active...

En ce point précis, la première secousse a eu lieu à 3h25, magnitude 4,6 : pas de quoi réveiller les Japonais qui ont l’habitude de ce genre de séisme qui est ressenti faiblement en intensité sur la côte (intensité 1 à 2). Mais à 5h59, le séisme de magnitude 7,3 provoque l’alerte générale et les ordres d’évacuation. Un tsunami de 3 m est annoncé.

Le tremblement de terre a provoqué l’arrêt du système de refroidissement de la piscine n°3 de combustible de la centrale nucléaire à l’arrêt de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cette information n’est pas anodine car la piscine n°3 de cette centrale contient 2544 assemblages de combustible nucléaire qu’il est impératif de refroidir en toute circonstance, sans quoi il y a risque d’évaporation de l’eau et d’embrasement aérien du combustible. Cela nous rappelle que même sans explosion de centrale et sans guerre, le feu nucléaire est toujours possible à cause de l’existence même de piscines de combustible sans enceinte de confinement.

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Ce séisme qui finalement n’aura pas d’autres conséquences apparentes a été suivi de nombreuses répliques, 44 à l’heure où j’écris :

Heure (JST)

Latitude

Longitude

Profondeur

Magnitude

Région

03:25 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.6

Fukushima-ken Oki

05:59 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

10 km

7.3

Fukushima-ken Oki

06:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.4E

40 km

5.4

Fukushima-ken Oki

06:39 JST 22 Nov 2016

37.3N

140.9E

50 km

5.5

Fukushima-ken Hamadori

06:51 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.9

Fukushima-ken Oki

08:23 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.7

Fukushima-ken Oki

08:40 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.6

Fukushima-ken Oki

08:52 JST 22 Nov 2016

38.0N

141.3E

10 km

3.8

Miyagi-ken Oki

08:56 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:03 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

40 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:04 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:08 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:14 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

3.7

Fukushima-ken Oki

09:18 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.6

Fukushima-ken Oki

09:28 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

40 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:29 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

09:32 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:36 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:47 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

09:49 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:53 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

very shallow

3.7

Fukushima-ken Oki

10:09 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

10:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

10:31 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

10 km

4.9

Fukushima-ken Oki

10:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

4.9

Fukushima-ken Oki

11:15 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

11:16 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

3.5

Fukushima-ken Oki

11:24 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

12:06 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

12:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

12:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

12:55 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

13:01 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

10 km

4.5

Fukushima-ken Oki

13:04 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

13:26 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

14:17 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.3E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

14:48 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

15:14 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

3.7

Fukushima-ken Oki

16:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

17:03 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

40 km

3.7

Fukushima-ken Oki

17:14 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:25 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

18:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

19:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Penser que Fukushima, c’est réglé, est une erreur. L’épée de Damoclès est toujours là. Alors que 300 tonnes d’eau hautement radioactive se déversent chaque jour dans l’océan Pacifique, alors que trois coriums se retrouvent dans les sous-sols des réacteurs 1, 2 et 3, il y a encore 3 piscines à vider sur le site de Fukushima Daiichi :

- piscine 1 : 392 assemblages

- piscine 2 : 615 assemblages

- piscine 3 : 566 assemblages

 

Ce qui fait en tout 1573 assemblages, soit la bagatelle de 270 tonnes de combustible nucléaire encore prisonnier des ruines ou de la radioactivité. Tepco vient d’annoncer qu’ils ne pourraient pas respecter leur feuille de route et qu’ils repoussaient le vidage de la piscine 3 qui était prévu en mars 2018. La raison invoquée est qu’il y a trop de radioactivité et qu'il faut protéger les travailleurs. Ça ne serait pas étonnant qu’ils reportent cette opération à haut risque après les JO de 2020, de peur que cela ne fasse trop de vague et ternisse l’image d’un Fukushima « propre » que le gouvernement Abe, aidé des médias, construit petit à petit…

 

Pierre Fetet

_________________

Mise à jour 22/11/16 20h40

 

Le site de Fukushima Daiichi a quand même été bien secoué lors de ce séisme. Tepco vient d'avouer que de l'eau de la piscine commune était sortie de la piscine et s'était répandue sur une surface de 2 x 3 m (source : Fukushima Diary). C'est un peu comme si on donnait un coup de pied dans une cuvette d'eau. L'onde de choc provoque un tsunami dans la mer et fait de grosses vagues dans les piscines. Il ne faudrait pas qu'il lui arrive quelque chose de fâcheux à cette piscine parce que pour le coup, celle-là est à toc : plus de 1000 tonnes de combustible nucléaire y sont entreposées !

 

Tepco dit aussi que le poste de surveillance de la radioactivité de l'océan situé à l'extrémité de la jetée du port de la centrale a été mis hors service en raison du tremblement de terre.

 

Iori Mochizuki remarque avec raison que Tepco s'était empressé, 40 minutes après le séisme, de dire que le tsunami d'un mètre de hauteur n'avait pas affecté la centrale...

 

On a appris aussi par l'Asahi que Tepco avait coupé manuellement le transfert de l'eau contaminée pour éviter une fuite éventuelle durant le tsunami (source : http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Enfin, selon le Japan Times, ce tremblement de terre est une réplique du séisme de 2011. Il aurait été provoqué par une plaque de roche qui aurait glissé verticalement, créant un écart dans le niveau des fonds marins et poussant l'eau de mer. Selon Tepco, les accélérations constatées à la centrale de Fukushma Daiichi auraient été de  54,2 gal, 68,4 gal et 65,9 gal. (source Fukuleaks)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:31

J’ai pris connaissance il y a quelques jours d’une carte qui m’a tout de suite interpellé. Elle affiche des mesures de la radioactivité à la fois précises et inquiétantes. Ne connaissant pas le japonais, j’ai demandé à Kurumi Sugita, présidente de l’association Nos voisins lointains 3.11, de me traduire le texte.

 

Elle a tout de suite accepté et m’a expliqué de quoi il s’agissait : « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Fukuichi shûhen kankyôhôshasen monitoring project) est mené par une équipe de bénévoles relativement âgés (qui sont moins radiosensibles que les jeunes) pour réaliser des mesures de radioactivité avec un maillage serré de 75 x 100 m pour la radioactivité dans l'air et 375 x 500 m pour la contamination du sol. Les mesures de radioactivité ambiante et du sol sont réalisées principalement dans la ville de Minamisōma et aux alentours. Ils essaient de réaliser des mesures détaillées afin de montrer aux habitants les conditions réelles de leur vie, et également d’accumuler des données en vue de l’analyse des dommages sanitaires et environnementaux qui peuvent se montrer à long terme. »

 

Grâce à la traduction de Kurumi et avec l'accord de M. Ozawa, auteur du document, j’ai pu réaliser une version française de cette carte que vous trouverez ci-dessous.

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Dans le cadre de la normalisation des territoires contaminés en zones habitables, l'ordre d'évacuation de l'arrondissement d’Odaka de la ville de Minamisōma a été levé le 12 juillet 2016, excepté la zone qui longe Namie (hameau d’Ohatake où habite un seul ménage) classée comme zone de "retour difficile".

 

Situation de la zone étudiée

Situation de la zone étudiée

La carte de contamination examine les secteurs de Kanaya et Kawabusa de l’arrondissement d’Odaka, à une quinzaine de kilomètres de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi. M. Ozawa, l’ingénieur qui a lancé cette enquête, a choisi la précision des mesures, c'est-à-dire qu’il s’emploie à mesurer la radioactivité avec des radiamètres à scintillation de laboratoire : Hitachi Aloka TCS172B, Hitachi Aloka TGS146B et Canberra NaI Scintillation Detector.

 

L’originalité de sa carte tient autant à la qualité de réalisation qu’à l’abondance de renseignements : on peut y lire, pour chacun des 36 prélèvements effectués, des mesures en Bq/m², en Bq/kg, en µSv/h à trois hauteurs différentes du sol (1 m, 50 cm, 1 cm) et en cpm (coups par minute) à la hauteur de 1 cm. Pour qui connaît un peu la radioactivité, ce sont des informations très précieuses. Habituellement, les mesures sont données en l’une ou l’autre unité, mais jamais simultanément avec 4 unités. Les organismes officiels devraient prendre exemple sur cette manière de travailler.

 

Les mesures que dévoile la carte sont très inquiétantes. Elles montrent que la terre a un niveau de contamination qui ferait d’elle un déchet radioactif dans n’importe quel pays non contaminé. Comme l’écrit M. Ozawa, ces terrains devraient être considérés comme une « zone contrôlée », c’est-à-dire un espace sécurisé, comme dans les centrales nucléaires, où l’on doit vérifier constamment les doses reçues. Dans les faits, c’est pire que dans une centrale car au Japon, on demande aux habitants évacués depuis 5 ans et demi de rentrer chez eux alors que l’on sait pertinemment qu’ils seront irradiés (jusqu’à 20 mSv/an) et contaminés (par inhalation et ingestion).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

Cette recherche citoyenne est remarquable à plus d’un titre :

 

- Elle est indépendante de toute organisation. Aucun lobby n’intervient pour modifier ou atténuer telle ou telle mesure. Ce sont juste des données brutes, prises par des gens honnêtes, en recherche de vérité.

 

- Elle respecte un protocole scientifique, expliqué sur la carte. Il y aura toujours des gens pour critiquer tel ou tel aspect de la démarche, mais celle-ci est rigoureuse et objective.

 

- Elle prend des mesures à 1 m du sol mais aussi à 1 cm du sol. Cette démarche est plus logique car les hommes marchent sur le sol jusqu’à présent non ? Les cartes de contamination du Japon montrent souvent des mesures à 1 m du sol, ce qui ne reflète pas la réalité et semble être fait pour minimiser les faits. En effet, la mesure est souvent deux fois plus élevée à 1 cm du sol qu’à 1 m.

 

- Elle agit comme un révélateur. M. Ozawa et son équipe sont des lanceurs d’alerte. Leurs cartes disent : faites attention ! Des lois se contredisent au Japon. Ce que prétend le gouvernement, à savoir qu’une dose de 20 mSv/an ne produira pas d’effet sanitaire, n’est pas forcément la vérité. Si vous revenez, vous allez bel et bien être irradiés et contaminés. La France se prépare à la même forfaiture, à savoir qu’ « elle est en train de transposer en droit national les dispositions de la directive 2013/59/Euratom : les autorités françaises ont retenu la borne supérieure de l’intervalle : 100 mSv pour la phase d’urgence et 20 mSv pour les 12 mois suivants (et pour les années suivantes rien ne garantit que ce niveau de référence ne sera pas reconduit). Ces valeurs s’appliquent à tous, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes ! » (source Criirad)

 

Le gouvernement japonais demande aux habitants de rentrer chez eux et supprime les indemnités aux évacués. Les JO approchent, la région de Fukushima doit être perçue comme « normale » pour que les sportifs et les supporters du monde entier n’aient pas peur, quitte à sacrifier la santé des populations locales. Il faut donc faire connaître la carte de M. Ozawa pour que les futures campagnes publicitaires n’étouffent pas la réalité des faits.

 

Pierre Fetet

 

 

____________________

 

Pour en savoir plus :

 

M. Ozawa dans un reportage de la RTBF

La poussière qui s’envole avec ses radionucléides à Minamisōma

Article sur le retour en zone contaminée du blog Nos voisins lointains 3.11

http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/08/22/Le-retour-aux-zones-contamin%C3%A9es

 

Les données concernant les mesures à Minamisōma

http://www.f1-monitoring-project.jp/open_deta.html

 

Site internet de l’équipe militante :

http://www.f1-monitoring-project.jp/index.html

 

Adresse de la carte d’origine (HD)

http://www.f1-monitoring-project.jp/dirtsfiles/20161104-Odaka-Kanaya-Kawabusa-s.jpg

 

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

Cet article et sa carte ont été traduits en anglais par Hervé Courtois à cette adresse :

https://nuclear-news.net/2016/11/12/the-minamisoma-whistleblowers-fukushima/

 

Voici la traduction de la carte en anglais :

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

 

Anciens articles du blog de Fukushima concernant Minamisōma

 

Poussière noire à Minamisoma (17/02/2012)

Selon les informations rapportées par le blog EX-SKF , on a trouvé à Minamisoma une mystérieuse poussière noire radioactive déposée sur le sol dans de nombreux endroits de la ville. Sa radioactivité en césium a été évaluée à plus d'un million de becquerels/kg....

 

Des nouvelles de Minamisoma (11/02/2012)

Depuis l’année dernière, Minamisoma est devenue une ville très connue du Japon car elle est située à 25 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Lors de la catastrophe, son maire Katsunobu Sakurai avait envoyé un appel à l’aide sur YouTube, entendu...

 

I'll send an SOS to the world : I hope that someone gets my message in a bottle (24/07/2011)

On se souvient encore du SOS lancé sur YouTube en mars dernier par Katsunobu Sakurai, maire de la ville de Minamisoma (70 000 habitants avant l’accident), qui lui a valu une notoriété mondiale. Dominique Leglu en avait fait l’écho dans son blog en relevant...

 

"Grey zone" d’Alain de Halleux : un film à soutenir (23/05/2012)

Alain de Halleux, connu pour son engagement avec la réalisation des films « RAS : nucléaire, rien à signaler », « Chernobyl 4 ever » et « Récits de Fukushima », s’est engagé dans un nouveau film sur Fukushima. Le réalisateur s’est rendu à Minamisoma en...

 

Aide directe aux habitants de Minamisoma (24/12/2011)

« J’arrive au bout de mon voyage. Je ne peux clamer : « Evacuons TOUS les enfants du district de Fukushima ! », comme je le pensais avant de partir. Dire cela, correspond à une position idéologique. Si je faisais ça, je ressemblerais à TEPCO ou à tous...

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 16:23

Titre original : Japan’s government should stay out of U.S. sailors’ lawsuit against Tepco

 

Source : site The Japan Times, 2 novembre 2016 http://urlz.fr/4kuB

 

Auteur : Brian Victoria. Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch.

 

Traduction : Odile Girard (http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Lédende photo : La voix du village antinucléaire : en mai dernier, l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi assiste à une conférence de presse à Carlsbad, en Californie, avec d'anciens Marines américains qui ont intenté une action en justice contre Tepco pour des problèmes de santé qui ont selon eux ont pour origine la catastrophe nucléaire de Fukushima. L'auteur de cet article, Brian Victoria, qui était l’interprète de Koizumi pendant le voyage, est visible à gauche.

 

-oOo-

 

 

Le gouvernement japonais ne doit pas se mêler du procès des marins américains contre Tepco

 

[Lettre adressée au Premier Ministre japonais Shinzo Abe]

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Tout d’abord, je voudrais remercier le gouvernement japonais d’avoir finalement, après quatre longues années de silence, pris position concernant le procès mené aux États-Unis contre Tokyo Electric Power Company par plus de 450 marins, militaires et civils, qui se trouvaient à bord de l’USS Reagan et des vaisseaux militaires l’accompagnant au large du Tohoku après le 11 mars 2011.

 

Ces jeunes souffrent de sévères problèmes de santé résultant, selon eux, de l’exposition aux radiations subie pendant leur participation à l’Opération Tomodachi, la mission de secours humanitaire de l’armée américaine, lancée pour répondre au grand séisme et au tsunami qui avaient frappé le Japon de l’Est et les multiples fusions des réacteurs qui en ont résulté à la centrale nucléaire de Fukushima No.1 en mars 2011.

 

Si nous apprécions le fait que le gouvernement japonais ait reconnu officiellement l’existence du procès, le soutien inconditionnel que le gouvernement a apporté à Tepco est profondément inquiétant. Aujourd’hui encore, les personnels militaires américains se trouvent dans l’impossibilité de demander justice, parce que Tepco, avec l’appui du gouvernement japonais, se démène pour s’assurer que l’affaire ne soit jamais instruite dans un tribunal américain.

 

Le gouvernement a soumis un mémoire d’amicus curiae  le 3 février à la Cour d ‘appel du neuvième circuit [cour d’appel fédérale des États-Unis, sise à San Francisco]. Un mémoire d’amicus curiae (littéralement « ami de la cour ») est un mémoire présenté par une partie qui n’est pas directement impliquée dans l’affaire, dans l’espoir d’influencer le résultat. Ce mémoire contient deux points :

 

     1. «  le gouvernement du Japon a mis en place un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. »

 

     2. « Les demandes de dommages et intérêts présentées dans des tribunaux hors Japon menacent la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement japonais. »

 

Prenons le premier point : Si le gouvernement japonais avait véritablement « un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes, » les soldats américains n’auraient pas besoin d’aller en justice. Toutefois, comme vous le savez, le gouvernement japonais et les services gouvernementaux n’ont pas, à ce jour, versé un seul yen à une victime de l’exposition aux radiations de Fukushima No.1 qui ne soit pas liée à Tepco. C’est notamment le cas des 173 enfants de la préfecture qui ont été opérés après un diagnostic de suspicion de cancer, et dont le cancer a été confirmé chez 131 d’entre eux.

 

Si le gouvernement japonais ne veut pas admettre que les souffrances de ses propres enfants ont été causées par l’exposition aux radiations, quelle chance peuvent avoir de jeunes Américains de voir reconnaître comme telles les maladies apparemment radio-induites dont ils souffrent, sans parler de se voir indemniser, au Japon ?

 

En outre, au moins sept de ces jeunes Américains auparavant en parfaite santé sont déjà morts et beaucoup d’autres sont trop malades pour se rendre au Japon même s’ils pouvaient se le permettre ; ils seraient encore moins en mesure de rester dans le pays durant les longues procédures juridiques qui, dans ce genre de cas, peuvent prendre des années à résoudre. Sans parler bien sûr du poids des coûts juridiques, les frais de tribunaux, d’avocats japonais, de traduction des documents pertinents, etc. Et n’oublions jamais, Monsieur le Premier Ministre, que c’est le gouvernement japonais qui a appelé ces militaires américains à la rescousse.

 

Quant au second point mentionné plus haut, j’admets que le procès des soldats américains menace « la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement du Japon. » Si par exemple un tribunal américain décidait d’attribuer les maladies des plaignants à l’exposition aux radiations, comment le gouvernement japonais pourrait-il continuer à proclamer qu’aucune des nombreuses maladies dont souffrent actuellement les enfants et les adultes de Fukushima n’a rien à voir avec les radiations ? Les soldats américains sont véritablement « le canari dans la mine de charbon » dans cette démonstration des effets dangereux de l’exposition aux radiations. Et ce canari, le gouvernement japonais n’a pas moyen de le contrôler.

 

Imaginons maintenant qu’un tribunal américain accorde une indemnisation de 3 millions de dollars par personne, pour les décès, actuellement au nombre de sept, des soldats américains irradiés ; et que le gouvernement japonais, quant à lui, continue de refuser d’indemniser les maladies radio-induites, ne parlons pas de morts, de ses propres citoyens. Il est certain que la « viabilité » (et la réputation !) du gouvernement japonais dans son refus obstiné d’admettre les problèmes radio-induits de ceux qui ne sont pas des employés de Tepco en prendrait un coup. 

 

Permettez-moi pour terminer de rappeler qu’il y a un leader politique japonais qui a accepté d’engager sa responsabilité personnelle dans cette affaire de blessures infligées à des soldats américains. Je veux parler ici de l’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi qui, après avoir rencontré des soldats malades à San Diego en mai, a lancé un fond destiné à couvrir un maximum des besoins médicaux de ces marins.

 

Heureusement, grâce au soutien de milliers de Japonais ordinaires, il a déjà réussi à lever 700 000 dollars, sur un objectif d’un million de dollars. Les larmes aux yeux, Koizumi a expliqué qu’il ne pouvait pas ignorer la souffrance de centaines de jeunes Américains en parfaite santé avant l’accident et qui ont de leur plein gré accepté de risquer leur vie pour venir en aide à la population japonaise.

 

Monsieur le Premier Ministre, je vous conjure de mettre fin au soutien juridique inconditionnel fourni par le gouvernement à Tepco. Et si le gouvernement japonais a une conscience, accordez immédiatement assistance médicale et indemnisation aux centaines de victimes américaines de l’Opération Tomodachi.

 

BRIAN VICTORIA

Kyoto

 

 

 

Veuillez envoyer vos commentaires ou vos articles (adressés aux hommes politiques locaux ou nationaux, ou aux autorités) à : community@japantimes.co.jp

 

 

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Autres articles du blog de Fukushima sur ce sujet

 

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

 

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:29

Les études scientifiques menées suite à la catastrophe de Fukushima révèlent petit à petit les conséquences de la radioactivité sur le vivant et en particulier sur la faune. Bien que publiées, elles restent néanmoins peu diffusées. C’est pourquoi je voudrais mettre un coup de projecteur sur certaines d’entre elles et faire connaître diverses observations dont on n’entend peu parler, afin de contrer cet espèce d’optimisme idiot qui consisterait à toujours relativiser les conséquences des faibles doses sur la vie. Toute dose de radioactivité, aussi faible soit elle, a des effets sur le vivant : les rayons ionisants cassent les molécules d’ADN.

Les oiseaux

 

La poussière radioactive diffusée dans l’atmosphère continuellement par le vent se prend dans les plumes des oiseaux. Ils subissent donc une irradiation externe permanente. On peut voir ces poussières en plaçant un oiseau contaminé sur du papier radiosensible durant un mois. En voici un exemple avec un oiseau ramassé à Iitate en décembre 2011. L’autoradiographie permet également de mettre en évidence que les oiseaux subissent également une contamination interne.

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Yasuo HORI a par ailleurs rapporté que certaines hirondelles de Fukushima subissent une dépigmentation, comme cela avait déjà été constaté à Tchernobyl. La Wild Bird Society of Japan a remarqué aussi que les plumes de la queue de certaines hirondelles japonaises étaient non uniformes.

 

Il faut dire qu’il a été trouvé jusqu’à 1,4 million de becquerels de césium radioactif par kilogramme (Bq/kg) dans les nids d’hirondelle des localités d’Ōkuma et de Namie. Dans le nid des mésanges, ce n’est pas mieux : 1,3 million de Bq/kg.

 

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

Selon les études de Tim Mousseau (université Caroline du Sud), la population d’une quinzaine d’espèces d’oiseaux vivant dans les régions contaminées de la préfecture de Fukushima diminue avec le temps, avec un taux de survie de 30%.

 

Une autre recherche axée sur une espèce de faucon qui revient dans le même nid tous les ans a également été conduite par une équipe de scientifiques menée par Naoki Murase (Université de Nagoya) jusqu’à une distance de 100 à 120 km du site de la centrale de Fukushima Daiichi. L’intérêt de cette étude est que les rapaces se situent au sommet d’une chaîne alimentaire et concentrent les radioéléments accumulés par leurs proies. Les auteurs ont démontré que la capacité reproductrice de l’oiseau était liée au rayonnement mesuré directement sous le nid : la radioactivité a un effet sur la lignée germinale de l’oiseau. La capacité des oiseaux à quitter le nid est tombée de 79 à 55 % en 2012, puis à 50 % en 2013.

 

Une autre étude enfin, publiée en 2015 par l'IRSN et le laboratoire d'Anders Møller (CNRS), a porté sur la dose totale – interne et externe – des oiseaux. Celle-ci a montré que 90 % des 57 espèces étudiées avaient été exposées de manière chronique à des débits de doses susceptibles d’affecter leur reproduction.

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Il y a donc trois facteurs qui affectent les êtres vivants dans des zones contaminées : l’irradiation ambiante (la dose que l’on reçoit en étant à côté d’un objet radioactif), la contamination externe (la poussière radioactive qui se colle à la peau, aux poils, aux plumes) et la contamination interne (les radionucléides ingérés ou piégés dans des organes).

 

Les papillons

 

La première preuve scientifique de dommages causés à un organisme vivant par la contamination radioactive due à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été donnée par l’équipe de la chercheuse Chiyo Nohara (Université d’Okinawa).

 

L’étude a mis en évidence les dommages physiologiques et génétiques d’un papillon commun du Japon, le Zizeeria maha. En mai 2011, certains montraient des anomalies relativement légères. Mais la première descendance des femelles de la première génération montraient des anomalies plus sérieuses, dont a hérité la deuxième génération. Les papillons adultes recueillis en septembre 2011 ont montré ensuite des anomalies encore plus sévères que ceux recueillis en mai : éclosions avortées, infertilité, réduction de la taille, ralentissement de la croissance, mortalité élevée et anomalies morphologiques (ailes atrophiées, courbées ou en surnombre, antennes difformes, yeux bosselés, couleur altérée).

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Les pucerons

 

En 2014, Shin-ichi Akimoto (université d'Hokkaido) a observé qu'environ 10 % de certains insectes, comme les pucerons, sont déformés à Fukushima. Mais leur survivance et leur descendance restent possible.

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Les vaches

 

Le phénomène des taches blanches (dépigmentation) qu’on observe sur les hirondelles de Fukushima et de Tchernobyl se retrouve aussi sur les vaches de Masami Yoshizawa, à la Ferme de l’Espoir, à Namie, localité située à 14 km de la centrale détruite.

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Les chevaux

 

Le biologiste Hayato Minamoto  a rapporté l’hécatombe qu’a subie Tokuei Hosokawa, fermier d’Iitate, qui a perdu une centaine de chevaux en deux ans. Cette localité avait enduré de plein fouet le nuage radioactif provenant de la centrale de Fukushima Daiichi en mars-avril 2011.

Chevaux d’Iitate

Chevaux d’Iitate

Les singes 

 

Entre avril 2012 et mars 2013, des chercheurs dirigés par Shin-ichi Hayama (Université japonaise des Sciences de la Vie et des Sciences Vétérinaires) ont analysé le sang de 61 macaques japonais vivant dans une forêt à 70 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La concentration totale de césium musculaire chez ces singes se trouvait entre 78 et 1778 Bq/kg. Or, des analyses de sang chez ces animaux ont révélé une faible quantité de globules blancs et de globules rouges, risquant de rendre les primates plus vulnérables. La baisse du nombre de globules était directement proportionnelle à la concentration de césium dans les muscles, ce qui laisse présumer une corrélation dose-effet. Les chercheurs estiment ainsi que l'exposition à des matières radioactives a contribué aux modifications hématologiques chez les singes de Fukushima.

Dessin de Julien Loïs

Dessin de Julien Loïs

Conclusion provisoire

 

Les conséquences de la radioactivité sur les animaux sont donc visibles pour qui veut bien se donner la peine d’observer ce qui se passe. Dans cet article, je ne me suis penché que sur quelques animaux (il y aurait d’autres cas à développer : le déclin de la population des cigales, l’augmentation de la cataracte des rongeurs, etc.). Les scientifiques pourraient faire des études similaires sur ce drôle d’animal qu’est l’homme, mais ce n’est pas politiquement correct.

 

Pourtant cela a déjà été fait, à Hiroshima et Nagasaki, puis à Tchernobyl. Par exemple, des études menées entre 1993 et 1998 sur des enfants ukrainiens avaient permis d’observer une baisse des globules sanguins, ce qui avait pu être relié à l’exposition de chaque enfant aux niveaux de césium selon son lieu de résidence. Par ailleurs, à Tokyo, de 2011 à 2014, le docteur Mita a observé que les globules blancs, spécialement les neutrophiles, diminuaient chez les enfants de moins de 10 ans (ce qui l’a poussé à déménager et à demander à ses patients de quitter cette ville). Mais non, il ne faut rien dire, il ne faut rien chercher.

 

Au Japon, le déni du danger est de mise. La seule mention d’un saignement de nez dans un manga peut provoquer une affaire nationale et une censure… Il n’est pas bien vu de parler des conséquences négatives de la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi. Il faut reconstruire, il faut oublier, il faut penser à l’avenir. Institutionnellement, on accepte une seule étude, celle du suivi des thyroïdes des enfants de Fukushima. C’est l’étude paravent qui cache la forêt de mensonges. Et encore, malgré 131 cancers confirmés en juin 2016, les scientifiques officiels nippons se refusent d’y voir les effets de la radioactivité.

 

Pierre Fetet

 

 

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En savoir plus :

 

1) Etudes scientifiques citées dans cet article

 

The biological impacts of the Fukushima nuclear accident on the pale grass blue butterfly, A. Hiyama, C. Nohara, S. Kinjo, W. Taira, S. Gima, A. Tanahara, J.-M. Otaki, 2012

 

Low blood cell counts in wild Japanese monkeys after the Fukushima Daiichi nuclear disaster, K. Ochiai, S. Hayama, S. Nakiri, S. Nakanishi, N. Ishii, T. Uno, T. Kato, F. Konno, Y. Kawamoto, S. Tsuchida, T. Omi, 2014

 

Morphological abnormalities in gall-forming aphids in a radiation-contaminated area near Fukushima Daiichi: selective impact of fallout?, S. Akimoto, 2014

 

Effects of the Fukushima Daiichi nuclear accident on goshawk reproduction, K. Murase, J. Murase, R. Horie, K. End, 2015

 

Radiological dose reconstruction for birds reconciles outcomes of Fukushima with knowledge of dose-effect relationships, J. Garnier-Laplace, K. Beaugelin-Seiller, C. Della-Vedova, J.-M. Métivier, C. Ritz, T. A. Mousseau, A. P. Møller, 2015

 

Cumulative effects of radioactivity from Fukushima on the abundance and biodiversity of birds, A. P. Møller, I. Nishiumi & T. A. Mousseau, 2015

 

 

2) Articles et dossier

 

Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça (Pierre Fetet)

 

Non, Tchernobyl n’est pas devenu une réserve naturelle (Timothy Mousseau)

 

A Fukushima, les souris sont aveugles et les oiseaux ne chantent plus (Anne-Laure Barral)

 

Les conséquences de la radioactivité sur la faune et la flore à Tchernobyl et à Fukushima (Dossier Phil Ansois)

 

 

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:38
Le discours du maire de Nagasaki le 9 août 2016

Source : Nagasaki mayor tells world: Visit to see how nukes affect humans”, article en ligne de Shohei Okada, membre de l’équipe de rédaction de The Asahi Shimbun, le 09/08/2016. Lien consulté le 11/08/2016 : http://www.asahi.com/ajw/articles/AJ201608090041.html

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Un groupe de choristes, survivants de la bombe atomique, chante lors de la cérémonie de paix au Parc de la Paix à Nagasaki le 9 août (Azumi Fukuoka)

 

Les armes nucléaires sont des armes cruelles qui détruisent des êtres humains.

 

           A l’instant précis où une unique bombe nucléaire larguée par un avion militaire américain au-dessus de la ville de Nagasaki explosa à 11h02 le 9 août 1945, la ville fut frappée d’une déflagration suivie d’une vague ardente, d’une intensité inouïe. Le cœur de Nagasaki était devenu l’enfer sur terre ; un enfer peuplé de silhouettes carbonisées, d’individus couverts de brûlures boursouflées, de passants éventrés déversant leurs organes, ou encore de gens transpercés, taillés en pièces par les innombrables débris de projectiles de verre.

          La radioactivité relâchée par la bombe a contaminé le corps des gens en provoquant des maladies et des handicaps qui continuent d’affliger ceux d’entre eux qui ont de justesse survécu au bombardement.

 

           Ainsi les armes nucléaires sont-elles des armes cruelles, qui détruisent aujourd’hui encore des êtres humains.

 

En mai dernier, le Président Obama fut le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre à Hiroshima, une ville bombardée par une arme nucléaire. En accomplissant ce geste, le président a montré au reste du monde combien il est important de voir de ses propres yeux, d’être à l’écoute, et de ressentir les choses par une expérience personnelle.

            J’adresse un message aux Chefs des Etats détenant l’arme nucléaire ainsi qu’à tous les pays, comme aux individus du monde entier : faîtes le déplacement jusqu’à Nagasaki et Hiroshima ; jugez par vous-même du désespoir des êtres humains victimes du champignon atomique. Car c’est en commençant par prendre toute la mesure de ce qu’il s’est réellement passé qu’on peut s’attacher ensuite à inventer un avenir sans armes nucléaires.

            Cette année, au Bureau des Nations Unies à Genève, différentes commissions ont entrepris d’élaborer un cadre juridique préparatoire aux prochaines négociations pour le désarmement nucléaire. La tenue de ce forum pour débattre de points de droit représente un énorme pas en avant. Toutefois, les puissances nucléaires n’ont pas assisté à ces rencontres, dont nous devrions connaître sous peu les conclusions. Par ailleurs, les nations détentrices de la dissuasion nucléaire continuent à entretenir des relations conflictuelles avec celles qui veulent entamer des négociations pour l’interdiction de l’arme nucléaire. Si cette situation perdure, alors les rencontres risquent de prendre fin sans qu’on puisse produire une feuille de route pour l’abolition des armes nucléaires.

            Je dis aux chefs des puissances nucléaires qu’il n’est pas encore trop tard. Rejoignez ces rencontres pour prendre part au débat.

            J’en appelle aux Nations Unies, aux gouvernements et aux assemblées nationales ainsi qu’à la société civile y compris les organisations non gouvernementales. Nous ne devons pas permettre l’éradication de ces tribunes qui permettent de débattre des cadres juridiques en faveur de l’abolition de l’arme nucléaire. A l’Assemblée Générale des Nations Unies à l’automne prochain, je vous en conjure, mettez en œuvre un forum afin de discuter et de négocier un cadre juridique visant à faire naître un monde sans armes nucléaires. Et je vous demande à tous, en tant que membres de la communauté des Hommes, de continuer de toutes vos forces à rechercher une solution viable.

            Certains pays en possession de l’arme nucléaire bâtissent en ce moment des programmes visant à rendre leurs armes nucléaires encore plus sophistiquées. Si cette situation continue, l’instauration d’un monde sans armes nucléaires va devenir encore plus improbable.

            Le temps est venu aujourd’hui pour vous tous de partager ensemble autant que faire se peut la sagesse commune, qui est d’agir de telle sorte que nous ne condamnions pas le futur de l’humanité.

            Le gouvernement du Japon tout en défendant l’abolition de l’arme nucléaire continue à dépendre de la dissuasion nucléaire. Il existe un moyen de dépasser cette contradiction, c’est de graver dans le marbre de la loi les Trois Principes Non-Nucléaires, puis de créer une “Zone Libre sans l’Arme Nucléaire en Asie du Nord-Est ” (NEA-NWFZ) une sorte de cadre de référence pour la sécurité, qui ne dépende pas de la dissuasion nucléaire. Le Japon est la seule nation au monde victime d’un bombardement nucléaire en temps de guerre, la nation qui peut comprendre au plus haut point le caractère inhumain de ces armes-là, c’est pourquoi je demande au gouvernement du Japon de prendre la tête d’une entreprise concrète en faveur de la création d’une zone libre de l’arme nucléaire, un concept propre à incarner la sagesse de l’Humanité.

 

            L’histoire de l’armement nucléaire c’est aussi une histoire de la Défiance.

 

Au cœur de cette défiance réciproque des nations entre elles, les pays nucléarisés ont développé des armes nucléaires toujours plus destructrices en visant des cibles toujours plus éloignées. On compte aujourd’hui encore plus de 15 000 têtes nucléaires et le risque est omniprésent qu’elles puissent être utilisées dans une guerre, par accident, ou encore suite à un acte terroriste.

Il existe un moyen d’empêcher leur circulation et de convertir le cycle de la défiance en un cycle de la confiance, c’est la poursuite d’efforts constants pour créer de la confiance.

            En accord avec l’éthique pacifiste de la Constitution du Japon, nous avons œuvré afin de restaurer la confiance à travers le monde, en nous impliquant dans la société globale avec par exemple l’aide humanitaire. Afin de ne plus jamais être fauché par la guerre, le Japon se doit de poursuivre dans cette voie en tant que nation pacifiste.

            Il y a encore une chose à la portée de chacun.e d’entre nous, membres de la société civile. Il s’agit en effet d’accueillir avec bienveillance nos différences respectives idiomatiques, culturelles, différences de positionnement aussi, afin d’instaurer la confiance à un échelon accessible à tous grâce aux échanges entre les gens peu importe leur nationalité. L’accueil chaleureux que la population de Hiroshima a réservé au Président Obama en est un exemple. Le positionnement à l’échelon individuel, dans la société civile, peut sembler de peu d’importance, or c’est en vérité un levier puissant et irremplaçable pour l’édification de relations de confiance entre les nations.

            Soixante-et-onze ans après les bombardements atomiques, l’âge moyen des hibakusha, les survivants à la bombe atomique, dépasse quatre-vingt ans. Le monde s’achemine sans bruit vers “un âge sans plus aucun hibakusha”. La question se pose aujourd’hui de la transmission aux nouvelles générations des enseignements de la guerre et du bombardement atomique qui a résulté de cette guerre-là.

            Aux jeunes j’aimerais dire que tout ce qui vous semble acquis chaque jour de votre vie – la douceur de votre mère, la bienveillance de votre père, les échanges avec vos amis, le sourire de l’être que vous chérissez – la guerre vous les arrache, pour toujours.

            Je vous prie de prendre le temps d’écouter les témoignages sur la guerre et ceux des hibakushas. Il n’est pas facile de témoigner d’expériences aussi abominables. Je veux que vous tous réalisiez que si ces personnes continuent à partager leur tragique histoire, c’est en vertu de leur volonté de protéger les générations futures.

            La ville de Nagasaki a mis en place des ateliers où les enfants et les petits-enfants des hibakushas transmettent l’expérience de leurs aînés. Nous sommes également en train de faire enregistrer au nombre des Sites Historiques du Japon, l’école élémentaire de Shiroyama détruite par le bombardement ainsi que divers autres sites, en legs aux jeunes générations.

A vous jeunes gens, dans l’intérêt même de votre avenir, êtes-vous prêts à faire face au passé puis à faire un pas en avant ?

            Plus de cinq ans se sont écoulés maintenant depuis l’accident nucléaire des réacteurs à Fukushima. Nagasaki, parce qu’elle a souffert de l’exposition à la radioactivité, va continuer à être solidaire de Fukushima.

            Et quant au gouvernement du Japon, nous lui demandons fermement une amélioration ambitieuse des aides qu’il apporte aux hibakushas, eux qui sont victimes aujourd’hui encore des effets consécutifs au bombardement, et nous demandons qu’un prompt soutien soit accordé à tous ceux qui ont vécu le bombardement, y compris l’extension de la zone désignée comme concernée par la bombe atomique.

Nous, citoyens de Nagasaki, présentons nos plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu la vie sous la bombe atomique. Nous déclarons par la présente qu’aux côtés du monde entier, nous continuerons à mettre toutes nos forces au service de l’abolition de l’arme nucléaire pour l’avènement d’un monde où régnera une paix perpétuelle. »

 

Tomihisa Taue

Maire de Nagasaki

9 août 2016

 

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Pour approfondir sur le même sujet :

 

La terreur atomique d’hier à aujourd’hui

Par Jean-Jacques Delfour,

Philosophe, auteur de "La condition nucléaire. Réflexions sur la situation atomique de l’humanité" (Montreuil, L’Échappée, 2014)

 

La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains

Par Kolin Kobayashi,

Journaliste indépendant, auteur d’une enquête sur le Crime du lobby nucléaire international, de Tchernobyl à Fukushima (éditions Ibun-sha)

 

Messages des maires d’Hiroshima et de Nagasaki 71 ans après les bombardements atomiques de leurs villes

Par l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN),

association loi 1901

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:58

Le 11 mars 2016, Kurumi Sugita, chercheure socio-anthropologue et présidente fondatrice de l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 », a donné une conférence intitulée « Fukushima, les vies sinistrées » à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère (MNEI) à Grenoble, conférence inaugurale de la commémoration des catastrophes de « Tchernobyl, Fukushima... ». La conférencière a exposé la situation concrète et actuelle des sinistrés de la catastrophe de Fukushima, en particulier sur les problèmes sanitaires. Attachée au Japon, engagée, Kurumi a suivi la situation de 60 personnes sinistrées, pendant plusieurs années, en les visitant chacune une fois par an afin de recueillir des données sur le terrain pour ses actions associatives. C’est «le projet DILEM» : Déplacés et Indécis Laissés à Eux-Mêmes depuis l’accident nucléaire au Japon - parcours de vie et trajectoires géographiques des sinistrés hors des zones d’évacuation officielle.

Je vous propose une restitution écrite de cette conférence, avec l’aimable autorisation de Kurumi qui a également eu la gentillesse d’ajouter des données actualisées à son retour du Japon en juin 2016.

Evelyne Genoulaz

« Fukushima, les vies sinistrées »

I. Les territoires contaminés

 

Après la catastrophe les autorités ont déclaré l’Etat d’Urgence et à ce jour le Japon est toujours « sous déclaration de l’état d’urgence nucléaire (genshiryoku kinkyu jitai sengen) ». Mais au fil du temps, le zonage des territoires contaminés est de plus en plus réduit par les autorités, comme on peut en avoir un aperçu chronologique sur ces cartes (METI).

 

« Fukushima, les vies sinistrées »
« Fukushima, les vies sinistrées »
Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

II. La politique des retours

 

Dès ce mois de mars 2016 en effet, beaucoup de zones ont été « ouvertes ». Le retour à TOMIOKA est programmé par les autorités après avril 2017; OKUMA partiellement en 2018. Seule FUTABA est légendée « sans prévision ». Noter que les cartes du zonage ont délimité dès le début de la catastrophe un zonage par cercles concentriques, alors que la radioactivité se dépose « en tâches de léopard » et aujourd’hui, les zones de retour programmé se rapprochent géographiquement de plus en plus de la centrale alors même que ces zones sont dangereuses ! Le gouvernement prépare la levée de l’ordre d’évacuation à 20 mSv/an, et maintenant les zones comprises de 20 à 50 mSv/an entrent dans le planning d’ouverture après le printemps 2017 en établissant des points stratégiques pour la reconstruction (fukkô kyoten). Pour ne parler que de IITATE, qui était le plus beau village du Japon, son maire est favorable au retour, mais aujourd’hui la situation est poignante : on a décontaminé jusqu’à 20 mètres seulement des maisons, or comme il est environné de montagnes et de forêts, la radioactivité y restera dangereuse…

 

Mesures déléguées aux individus

Le contrôle de mesure de la radioactivité ambiante va désormais être fondé sur l’individu et non plus sur l’espace. C’est ainsi que chacun est invité à se mesurer, à mesurer ce qu’il consomme, donc si l’individu est contaminé il ne devra s’en prendre qu’à ses propres négligences !

 

L’absurde et l’arbitraire à l’œuvre dans le calcul des débits de dose

Les chiffres officiels de la contamination géographique, les débits de dose affichés, utilisent un calcul biaisé.

Habituellement, pour mesurer sur le terrain un débit de dose, on obtient un chiffre en mSv/h puis on le multiplie par 24(heures) x 365 (jours) pour obtenir le débit annuel. Mais ce n’est pas le calcul que font les autorités.

Elles font d’abord une différence entre le niveau de contamination d’une part à l’intérieur des habitations, d’autre part à l’extérieur. On a décidé de considérer qu’un individu ne passe que 8 h à l’extérieur. On estime par ailleurs (règle officielle) que « l’irradiation à l’intérieur d’un bâtiment est réduite à 40 % de l’irradiation relevée à l’extérieur ». Pourtant, à Minamisoma par exemple, des études ont montré que la contamination à l’intérieur était au mieux inférieure de 10 % par rapport à l’extérieur, au pire parfois supérieure ! C’est-à-dire qu’on utilise un mode de calcul qui finit par établir, si nous prenons un exemple, un débit de dose de 20 mSv/an là où le débit réellement mesuré est de 33 mSv/an !

 

Les résidents qui n’ont pas évacué sont en détresse car ils connaissent désormais la peur, par exemple ceux de Naraha qui ne reconnaissent plus leur ville car elle a bien changé depuis la catastrophe : actes de vandalisme, insécurité dès que tombe la nuit puisqu' il fait noir désormais dans les rues, des jeunes filles même ont été abusées…

De plus, Naraha est une ville côtière, avec une route en bord de mer et toute la nuit – la nuit surtout – on entend le vacarme d’un incessant et inquiétant trafic routier de camions chargés de déchets radioactifs, sans savoir précisément ce qu’on transporte…

Qu’est-ce qui motive cette politique du retour ? Selon Kurumi Sugita, dans la perspective des Jeux Olympiques au Japon en 2020, le gouvernement poursuit un objectif dépendant de la statistique : il s’agit de faire baisser les chiffres ! Si les personnes évacuées ou auto-évacuées quittent les « logements aidés », elles ne sont plus comptées comme des « évacués » ; ainsi pourra-t-on publier qu’il y a moins d’évacués…

 

 

III. Travaux et déchets

 

L’ensemble du territoire de la préfecture de Fukushima est aujourd’hui jonché de sacs de déchets. Partout, au détour des champs, on tombe sur des montagnes de sacs, parfois si hautes ! C’est un spectacle désolant pour les résidents. Et l’on manque d’espace où les entreposer, à tel point que les autorités ont même créé des décharges appelées « entrepôts provisoires temporaires ! »

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

On ajoute sur le pourtour des « carrés » de sacs les plus contaminés, une rangée de sacs de terre non contaminée, pour réduire le chiffre du débit de dose !

A la date de mars 2016, on compte pas moins de 10 millions de sacs et 128 000 dépôts provisoires dans la préfecture de Fukushima. Les sacs de déchets sont omniprésents sur le territoire, en dépit du désarroi des résidents ; près des écoles, et jusque dans les jardins des gens.

Sac de déchets chez un particulier

Sac de déchets chez un particulier

Faute d’espace de stockage suffisant, les autorités contraignent les résidents à une alternative intolérable : si le résident ne veut pas stocker les déchets sur sa propriété, c’est son droit. Mais dans ce cas, elle ne sera pas décontaminée ! Le résident qui demande « l’intervention de décontamination » doit garder les déchets dans sa propriété ! C’est pourquoi on voit, ici ou là, partout en fait, des sacs près de bâtiments ou chez des particuliers.

 

L’incinération des déchets

Selon la loi « Nuclear Reactor Regulation Law » (Genshiro tô kiseihô), le seuil de recyclage de « déchet nucléaire » est de 100 Bq/kg. Cependant, le 30 juin 2016, le Ministère de l’environnement a officiellement décidé de pouvoir « réutiliser » les déchets au-dessous de 8000 Bq/kg (1).

Concrètement, ces déchets seront utilisés dans les travaux publics, couverts par des ciments et des terres afin de faire baisser la radioactivité ambiante.
Afin de « réduire le volume » des déchets, des « incinérateurs provisoires » ont été construits afin d’incinérer les déchets nucléaires et de faire « vaporiser » le césium.

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

Partout, aux abords des villages, il y a ces incinérateurs dont les gens ne savent rien ! Ils fonctionnent souvent la nuit pendant deux à trois mois puis tout s’arrête, du jour au lendemain, plus rien. Les gens se demandent ce qu’on y brûle... sans parler d’une rumeur au sujet d’un centre d’expérimentation secret où il serait question de brûler des déchets beaucoup plus contaminés.

Plus effrayants encore, ces établissements de transformation des déchets…

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif  qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Par exemple, celui situé à Warabidaira dans le village d’Iitate ou encore le Centre de création de l’environnement (Kankyô Sôzô Center) ouvert au mois de juillet 2016 au bourg de Miharu, traitent les déchets (cendres au-dessus de 100 000 Bq) ainsi que des terres provenant des travaux de décontamination.

Or, ces deux dernières catégories ne sont pas gérées par la loi de gestion des déchets (1) si bien qu’on n’a pas de contrainte liée à la radioactivité pour les traiter… afin de réduire leur volume et de les rendre … « recyclables » !

De plus, ces établissements sont déclarés comme « instituts de recherche » et, en tant que tels, ils sont dispensés de la demande de permis de construction gérée dans le cadre de la loi de gestion des déchets !

On constate des incohérences, voire des contradictions, entre des lois. Nous avons déjà vu la contradiction entre la limite de 100 Bq/kg définie par la Nuclear Reactor Regulation Law et celle de 8000 Bq/kg adoptée récemment par le Ministère de l’environnement.

 

 

IV. Résidents, déplacés et retournés

 

Les mesures citoyennes. Les femmes, et les papas aussi, explorent l’environnement quotidien pour repérer les points chauds de façon à modifier si besoin l’itinéraire recommandé aux enfants, par exemple « le chemin de l’école » (au Japon tous les enfants se suivent à la queue leu leu).

A cet effet, les associations se munissent de « hot spot finders ». Très conscients du risque sanitaire auquel les enfants sont exposés, ils ont bricolé des capteurs reliés à un GPS, ils les attachent aux poussettes en empruntant les itinéraires de promenade et le chemin de l’école, ou explorent les jardins publics. Le système est pensé avec rigueur : c’est une tige verticale de 1 mètre de long qui part du sol et comporte un appareil de mesure à 10 cm du sol, un autre à 50 cm, un dernier à 1 mètre afin de prendre en compte les différentes tailles des enfants. En cas de point chaud, les gens avertissent la population et font changer d’itinéraire les enfants, puis demandent aux autorités de décontaminer. Mais pour les parents, ce travail est sans fin…

 
Hot spot finders

Hot spot finders

La population a aussi mis en place des actions citoyennes via internet.  Ces bases de données en ligne, citoyennes et indépendantes, sont assez nombreuses, et l’une d’entre elles est même traduite en anglais depuis novembre 2014. Ce sont les « Minna no Data » : mesures de la radioactivité ambiante, mesures du sol, analyses des aliments (2).

Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations

Quelques logos d'asociations

V. Les actions de protestation

 

Le procès qui s’est ouvert au printemps 2016 contre 3 ex-personnalités de TEPCO est le premier procès au pénal ; il pourrait durer dix ans…
Cependant, dans la préfecture de Fukushima, il y a une multitude d’autres procès à différents niveaux, par exemple, en mars 2016, un procès à l’initiative de 200 parents est intenté à la Préfecture de Fukushima, pour « sortir les enfants des zones contaminées ».

Les gens protestent pour faire baisser « les seuils ». Selon eux, l’enjeu des seuils dépasse le cadre strict du Japon, ils craignent en effet que les seuils du Japon ne finissent par être généralisés outremer, ce que soulignent certaines cartes dans leur légende, par exemple « contre la généralisation et l’externalisation du seuil de 20 mSv/an ».

Certains sinistrés demandent, comme après Hiroshima, « un carnet d’irradiation », afin d’avoir accès aux soins.

 

Les vacances sanitaires

Envoyer les enfants en vacances sanitaires est aujourd’hui de plus en plus difficile, parce que la population tend à croire que la catastrophe est terminée alors les demandes d’aide sont devenues compliquées. Dans la ville de Fukushima par exemple, faire référence à la catastrophe nucléaire est désormais tabou…

 

 

VI. Une catastrophe sociale et familiale

 

Elle se décline en « conflits » entre voisins (un exemple : on décontamine chez un tel mais pas chez son voisin immédiat), entre les allocataires et les autres, entre les déplacés et les résidents du site d’accueil (il y a des malentendus sur la question des indemnités ; les auto-évacués ne sont pas indemnisés, mais la population locale d’accueil croit qu’ils le sont). Si bien qu’aujourd’hui beaucoup d’évacués préfèrent rendre leur carte de résident de Fukushima et acquérir la carte de la commune d’accueil (il faut savoir qu’au Japon on est résident du village dont on conserve la carte de résident) pour « tourner définitivement la page » parce qu’ils ne supportent plus d’être appelés des « évacués ». Ils veulent s’intégrer là où ils se sont déplacés. Seuls les gens âgés restent indéfectiblement attachés à leur résidence d’origine ; ce sont majoritairement les catégories âgées qui envisagent le retour.

Dans les familles de la Préfecture, suite à la catastrophe nucléaire, beaucoup d’hommes sont restés par nécessité, pour garder leur emploi afin de subvenir aux besoins de leur famille, alors que les mères ont évacué avec les enfants pour les mettre hors danger ; mais au fil du temps, cinq ans déjà, les familles se délitent… le père rejoint la famille plus rarement, souvent faute de moyens, et le couple se déconstruit ; on note beaucoup de divorces et des suicides. Les femmes font preuve d’une énergie remarquable, elles sont sur tous les fronts, ouvertement, et même fortement impliquées dans les actions pour les procès, jusqu’aux articles de la presse dite « féminine » qui aujourd’hui font la part belle aux sujets liés au nucléaire, à la catastrophe. Les jeunes filles en particulier sont très actives dans les protestations. Il s’agit d’une évolution notable de la société japonaise.

 

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 (1) - Loi de gestion des déchets : Waste Management and Public Cleansing Law, Haikibutsu no shori oyobi seisô ni kansuru hôritsu, loi N°137 de 1970, dernier amendement en 2001 https://www.env.go.jp/en/laws/recycle/01.pdf

Nuclear Reactor Regulation Law (Genshiro tô kiseihô).

Son nom complet en anglais et en japonais :

"Act on the Regulation of Nuclear Source Material, Nuclear Fuel Material and Reactors" (kakugenryô busshitsu,kakunenryô busshitsu oyobi genshiro no kisei ni kansuru hôritsu)

loi N°166 de 1957(2) -

Traduction en anglais de Nuclear Reactor Regulation Law.

http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?id=1941&vm=03&re=01

 

(2) - Minna no Data Site (MDS) http://en.minnanods.net/

 

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A l’issue de sa conférence, j’ai posé une question toute simple à Kurumi Sugita : Pourquoi a-t-elle fondé l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 » ?… En France, où réside Kurumi, plusieurs associations de Japonais échangent au sujet de la catastrophe. Or, Kurumi Sugita a fondé le 8 janvier 2013 à Lyon, l’association « Nos voisins lointains 3-11 » pour informer aussi les Français ou les francophones qui ne lisent pas le Japonais. Le site de l’association publie de précieux et bouleversants témoignages, traduits en français. Grâce aux dons, l’association aide concrètement, autant que possible, quelques familles sinistrées au Japon.

 

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Pour en savoir plus

 

 Le  site de son association :  http://nosvoisins311.wix.com/voisins311-france

 Vous trouverez les témoignages des sinistrés sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311_Les-paroles-des-sinistr%C3%A9s-nucl%C3%A9aires-1610794892522102/

Et des informations générales sur la catastrophe nucléaire de Fukushima :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311-555557711144167/

 

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 07:03

Ça faisait un moment que je voulais donner des nouvelles d’Asako House… les années ont passé depuis le premier article Envoyez une lettre à Asako House ! (2011) et finalement j’ai fini par trouver un peu de temps. Souvenez-vous, ce petit bout de terre que la propriétaire, Asako à l’origine, n’a jamais voulu céder à J-Power, le constructeur du nouveau monstre atomique de la préfecture d’Aomori, la centrale nucléaire d'Ōma, prévue pour fonctionner au MOX.

Eh bien le combat n’est pas fini, le Japon d’Abe est toujours pronucléaire et le projet n’est pas abandonné, malgré Fukushima et ses pollutions éternelles. Depuis le 1er janvier 2012, plus de 2500 lettres ont été envoyées à Asako House, qui est aujourd’hui occupée par sa fille Atsuko. Le facteur continue donc de passer sur ce chemin que J-Power aimerait voir disparaître.

Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante

Atsuko militante

Grâce à cette obstination, les plans de la centrale nucléaires ont dû être déplacés de 25 mètres. Ça aurait été si simple d’abandonner le terrain, de tout raser. Mais non, Atsuko est restée fidèle et aussi déterminée que sa maman Asako.

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Le site dédié asakohouse.com, qui répertoriait les envois afin de les répartir dans le temps, n'existe plus, mais je vous encourage encore à envoyer des messages d’amitié à Atsuko. Elle ne peut pas répondre car matériellement ça serait trop compliqué - elle reçoit trop de courriers du monde entier - mais cette action de soutien est importante pour la préservation de ce terrain antinucléaire.

 

L’adresse a un petit peu changé depuis 2011. Il faut désormais utiliser celle-ci :

 

Asako House
aza-kookuto 396
Oma-machi
Shimokitagun
Aomori Pref.
039-4602
Japan

 

Allez, on ne lâche rien ! C’est l’été, vous avez un petit peu de temps devant vous, préparez vos cartes postales et programmez vos envois !

 

Pierre Fetet

La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction

La centrale en cours de construction

Des nouvelles de la centrale contre laquelle se bat Atsuko : (source : ACRO)

"J-Power, qui construit un nouveau type de réacteur à Ôma, dans la province d’Aomori, a annoncé le report d’un an de la date de démarrage prévue. Ce ne sera pas avant 2022. Officiellement, c’est à cause des retards pris par l’instruction des dossiers de sûreté par la NRA, et les contrôles. La compagnie doit reporter les travaux de renforcement de la sûreté. C’est typique de l’industrie nucléaire japonaise de reporter les retards sur l’autorité de sûreté nucléaire. Pourtant, en janvier dernier, le dossier de sûreté était insuffisant.

Rappelons que ce réacteur doit fonctionner entièrement au MOx, ce qui serait une première mondiale. Ce combustible dégage plus de chaleur, ce qui peut être problématique en cas de perte de refroidissement. La ville voisine de Hakodaté, sur l’île de Hokkaïdô, a porté plainte pour stopper le chantier.

A Higashidôri, toujours à Aomori, des chercheurs ont découvert des traces de tsunamis anciens à 10 et 15 m, d’altitude sur une colline située à une dizaine de kilomètres de la centrale nucléaire. Tôhoku Electric a estimé que la hauteur maximale serait de 11,7 m et rehausse la digue jusqu’à 16 m. La compagnie risque d’avoir à revoir ce risque et à rehausser plus la digue. Cela vient s’ajouter au problème des failles actives sur le site de la centrale.

Selon les chercheurs, le tsunami de 10 m aurait eu lieu il y a environ 1 500 à 2 000 ans. Celui de 15 m, il y a 500 à 800 ans. Ils doivent encore établir s’il s’agit de tsunamis déjà connus ou de nouveaux tsunamis.

Enfin, Hokkaïdô Electric vient d’annoncer qu’elle ne pourra pas redémarrer trois réacteurs de sa centrale de Tomari avant la fin de l’année fiscale qui termine en mars 2016.

SI l’on refait un comptage rapide, il y avait, au Japon, 54 réacteurs de production d’électricité avant 2011. 6 ont été détruits ou endommagés par le tsunami à Fukushima daï-ichi. 5 autres ont été arrêtés définitivement car trop vieux. Il ne reste donc, officiellement, que 43 réacteurs au Japon. D’autres devraient aussi être arrêtés définitivement, comme à Fukushima daï-ni, Tsuruga… Pour le moment, un seul réacteur a redémarré et un second devrait suivre en novembre. Ce sera tout pour cette année [2015]. Cela donne une idée de l’état du parc japonais qui n’est toujours pas aux nouvelles normes de sûreté."

Asako et Atsuko

Asako et Atsuko

Le chemin qu'emprunte le facteur

Le chemin qu'emprunte le facteur

Asako House
Asako House

Asako House

Asako House : on continue !

Un petit film diffusé sur une TV japonaise

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Mise à jour 1er janvier 2017

Le webmaster d'asako-house a décidé de fermer le site fin 2016, faute de fréquentation suffisante.

Vous pouvez néanmoins continuer à écrire à Asako House à l'adresse suivante :

Asako House
aza-kookuto 396
Oma-machi
Shimokitagun
Aomori Pref.
039-4602
Japan

(timbre à 1,30 euros pour le japon depuis le 1/1/2017)

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 07:31
Alone in Fukushima

La Maison de la Culture du Japon à Paris a invité récemment la cinéaste Mayu Nakamura à présenter Alone in Fukushima, documentaire consacré à Naoto Matsumura, bien connu des lecteurs de ce blog. Corrigeant certains clichés, la cinéaste présente son point de vue sur cet homme qui mène une vie hors du commun.

A cette occasion, Martin Debat a réalisé une interview de la réalisatrice Mayu Nakamura, paru dans le site East Asia le 16 avril 2016. En voici un extrait, avec l'aimable autorisation du rédacteur en chef du site.

_____________________

 

 

Entretien avec Nakamura Mayu pour son documentaire

Alone in Fukushima (MCJP)

 

 

(…)

 

À propos de votre documentaire Alone in Fukushima, souhaitiez-vous dès le départ faire un documentaire sur la catastrophe ? Comment avez-vous rencontré Naoto?

 

Comme je l’ai dit plus tôt, je travaillais pour NHK World, et je faisais des nouvelles sur la catastrophe du tsunami. Je n’avais rien réalisé sur celle de Fukushima, et il me tenait à cœur d’en parler. J’ai fait des recherches et j’ai découvert des reportages à propos de Naoto sur les médias étrangers comme CNN, BBC et peut-être même sur des chaînes d’info françaises. C’était deux ans après la catastrophe, en 2013, mais la plupart des gens au Japon ne connaissait pas son histoire.

 

La raison est que son travail ne fut pas relaté par les médias nippons, et je me demandais pour quelles raisons. Il est là depuis tout ce temps et personne ne semblait être au courant alors que les journalistes étrangers en parlaient. J’ai donc proposé à mes producteurs de faire un reportage à son sujet, et comme je l’ai expliqué, ils ont refusé en raison des risques sanitaires, et ne souhaitaient pas en être responsable. Je pense en revanche qu’ils ne voulaient pas montrer quelqu’un vivant dans cette zone dévastée. Il n’est pas censé vivre ici, mais il a reçu une permission exceptionnelle de la part du gouvernement parce qu’il prend soin des animaux. Je l’ai d’abord contacté, et je me suis rendue sur place par mes propres moyens. J’ai loué une voiture. À notre première rencontre, il était méfiant. Cela émane de ses précédentes expériences avec les journalistes japonais, travaillant pour de grands groupes médias, venus faire des reportages sur Fukushima. Ils ont recueilli son témoignage pour étayer leur article. Mais ces papiers n’étaient finalement pas publiés, en raison des pressions éditoriales venant du gouvernement. Je l’ai convaincu en argumentant sur mon expérience de documentariste, de mon travail sur la communauté nippo-brésilienne, et que je mènerai ce projet en toute indépendance. C’est ainsi qu’il m’a accordé sa confiance. Il s’avère que mon permis de conduire n’était pas valable au Japon, j’avais passé l’examen à New York quand je vivais aux États-Unis. Je n’avais pas validé mon équivalence. J’habite à Tokyo et j’utilise les transports en commun pour me déplacer en agglomération. Seulement, le permis est primordial pour se rendre à Fukushima, aucun autre moyen de locomotion ne conduit à cette destination (rires !). J’ai donc dû retourner à l’école de conduite pour obtenir mon permis. Il fut très reconnaissant de voir les efforts que j’ai fournis pour me rendre à sa rencontre.

 

Alone in Fukushima

Qu’est-ce qui vous a séduit dans son histoire ?

 

Je pense que Naoto est une personnalité intéressante. À l’époque, il y a eu de nombreux reportages sur la catastrophe, par forcément sur Fukushima, mais plutôt sur les personnes qui furent évacuées des zones irradiées et qui furent accueillies dans des refuges. Un choix dicté en raison des risques encourus sur place. En 2013, deux ans après les événements, il fallait à mon avis trouver une approche différente, ne pas rabâcher les mêmes sujets. C’est ce qui m’a conduit dans mon choix de réaliser un reportage à l’intérieur de la zone irradiée. Ce qui induit que je devais me préparer à être exposée aux radiations pendant un certain temps. Je voulais décrire cette zone radioactive au long des saisons. Il y a déjà eu des documentaires sur Naoto, mais les journalistes ne restaient que deux ou trois jours sur place. Je devais avoir une approche différente, et sur du long terme pour constater comment les animaux vivaient, et mouraient. Je voulais me concentrer sur lui et son action, et pas sur son entourage. Je ne souhaitais pas faire comme mes confrères à propos de leurs sujets sur les réfugiés de Fukushima et m’éparpiller en traitant de plusieurs personnages en même temps. C’est une personnalité suffisamment forte, il a une vie peu commune, et sa relation unique avec les animaux est passionnante. Je ne me suis rendue compte qu’une fois sur place qu’il y a des autruches dans cette zone, personne ne s’en serait douté. Elles sont les mascottes des réacteurs nucléaires (rires !). Il a une relation très particulière avec les animaux, il leur parle, il les comprend. Je ne savais pas avant de le connaître que les animaux étaient des êtres sensibles et qu’ils avaient par conséquent leur propre personnalité. Et la façon dont ils interagissent entre eux est très drôle.

 

La plupart des reportages sur Fukushima sont très sérieux. Je ne souhaitais pas faire un film pessimiste. Le sujet l’est pourtant, il n’y a pas d’espoir, mais Naoto est une personne positive. C’est quelqu’un de très jovial et son comportement avec les animaux est très amusant. Je voulais trouver un ton différent, rectifier certains a priori le concernant propagés par les médias étrangers. Cela est sûrement dû à des erreurs de traduction. Beaucoup de gens pensent qu’il est fermier de formation ou bien éleveur, ce n’est pas le cas. Il y a donc une erreur, une incompréhension. Au contraire, je pense que l’un des aspects intéressants de son parcours est qu’il vient des métiers du bâtiment, et qu’il fut engagé auparavant dans la construction des cheminées de la centrale. Ce projet professionnel fut bénéfique pour lui, et suite à la catastrophe, il décida de rester et de s’occuper des animaux d’élevage alors qu’il n’a pas la moindre expérience dans le domaine. Ces animaux sont très difficiles à entretenir, ils ont besoin de beaucoup de nourriture, notamment les animaux d’élevage qui ont un régime particulier. Et puis je tenais à rectifier cette image d’Épinal de Naoto véhiculée par les médias occidentaux. Cette représentation du grand sauveur des animaux qui est resté à Fukushima, un cliché colporté par les activistes des droits des animaux. C’est vrai dans une certaine mesure. Mais il n’est pas resté pour les animaux. Ce qui a motivé sa décision en premier lieu est qu’il vivait en compagnie de ses parents qui sont très âgés, qui ne voulaient pas être évacués. Il voulait les aider. Ses frères et sœurs ont réussi à les convaincre de partir. Il a décidé de rester sur place parce que c’est quelqu’un de solitaire, sa femme l’a quitté, et il n’a plus vu ses enfants depuis longtemps. Il ne souhaitait pas se mélanger à la foule de réfugiés dans les abris. Il a préféré rester. C’est par hasard qu’il a découvert l’existence de ces animaux laissés à l’abandon. C’est ce qui l’a motivé dans sa mission, et c’est ce qui lui permet en un sens de rester en vie. Cette décision était toute personnelle. Il est très différent des activistes pour les droits des animaux. Il les aime, et les traite comme des amis, des amis de la ville que l’on a oubliés sur le bord de la route, un peu comme lui, ils  ont besoin d’aide et de réconfort. Ils sont un peu sa nouvelle famille.

 

Alone in Fukushima

Était-ce difficile de tourner à Fukushima et dans les alentours ? Comment avez-vous obtenu les autorisations de tournage ? Quels furent les obstacles à la concrétisation d’un tel projet ?

 

Au printemps 2013, cette zone fut rouverte. Avant cela vous ne pouviez y accéder sans permission. Il fallait trouver différents itinéraires pour s’y rendre. Mais à partir de cette date, l’endroit où vit Naoto est devenu accessible. Vous pouvez vous y rendre librement de 9h à 15h dans la journée. Il y a cette annonce propagée par haut-parleurs qui rappellent aux visiteurs de quitter les lieux à l’heure indiquée. Mais si vous décidez de rester plus longtemps, personne ne viendra vous réprimander. Naoto a deux fermes, une dans la zone irradié, et l’autre dans la zone interdite. Au début je n’avais pas le droit de l’accompagner dans ce périmètre dangereux. Je lui ai d’abord demandé de m’obtenir un permis en tant qu’employée volontaire pour m’occuper des animaux. Si j’avais fait ma requête en tant que journaliste, je n’aurais jamais eu l’autorisation de m’y rendre. Cette zone interdite est fortement irradiée, bien plus que l’endroit où il vit. Il s’y rend toujours quoi qu’il arrive. Je n’ai pas porté de combinaison de protection. Au début je portais un masque, or il est compliqué d’interviewer quelqu’un qui n’en porte pas, même sous prétexte de se protéger. Tu ne peux pas instaurer ainsi une relation de confiance. Après ma première journée de visite, j’ai naturellement jeté le masque. Le taux de radiation où il vit est relativement bas. Le compteur Geiger enregistrait un taux allant de 2 à 3 micros Sievert/h ce qui équivaut à un ratio moyennement faible. Je suis allée plus tard faire des examens médicaux et on m’a diagnostiqué une exposition peu élevée, voire normale. Je ne ressens pas d’effets secondaires. Naoto s’est fait examiner, il est sur place depuis le début de la catastrophe, c’est un peu le champion de l’atome. Il est bien en forme pour l’instant, il n’est pas malade du tout. C’est une personne très forte, il a une santé et un mental en acier.

 

Alone in Fukushima

J’ai lu que vous avez fait appel à du financement participatif pour terminer votre film. Comment êtes-vous parvenue à financer votre film ? Quels furent les intervenants publics ou privés ?

 

Au début du tournage, je n’avais pas d’argent. Je l’ai fait avec les moyens du bord. Je n’avais pas d’assistants, pas d’équipe de tournage. J’ai payé la location d’une voiture et une chambre d’hôtel à proximité. En revanche quand j’ai voulu distribuer le film, j’avais besoin d’outils promotionnels, des affiches, des cartons publicitaires. L’an passé, j’ai lancé un financement participatif sur internet. J’ai pu réunir la somme de 20 000 dollars. C’est une belle somme et cela m’a permis de distribuer le film. Mais puisqu’il s’agit de financement participatif il faut donner quelque chose en retour comme des tickets pour aller voir le film, des DVD, suivant la somme donnée. Il ne s’agit pas de charité. Cela demande beaucoup de travail. Je suis très reconnaissante envers les donateurs.

 

Alone in Fukushima

Quelles furent vos exigences et votre approche initiale dans la réalisation de ce documentaire ? De combien de temps de tournage disposiez-vous et sur quelle durée ?

 

Je ne souhaitais pas faire appel à un narrateur, c’est devenu un peu la marque de fabrique des documentaires de télévision, et je voulais m’en éloigner. C’est plus un livre d’images, elles parlent d’elles-mêmes. J’ai utilisé le minimum d’informations supplémentaires comme les sous-titres. Je voulais que Naoto soit la voix de sa propre histoire. Il a en revanche un accent très prononcé. Il parle le dialecte de la région de Fukushima, et même pour les Japonais, il est très difficile à comprendre. Cela m’a pris un certain temps pour m’y habituer. À présent je n’ai plus de problème avec son accent. C’est pour cela que j’ai dû employer les sous-titres. Et c’est très utile quand on interroge les personnes âgées de cette région, elles sont incompréhensibles (rires !). Leur patois est confus.

 

Au début du documentaire, on a l’impression que M. Naoto est très seul, qu’il vit reclus. Au fur et mesure, on voit qu’il est entouré et soutenu. Est-ce un choix dans votre mise en scène ou une réalité ?

 

C’est intéressant que vous signaliez cela. Il s’avère que j’ai débuté les prises de vue peu de temps après notre rencontre. Je ne savais que peu de choses au sujet de Naoto à ce moment-là. J’ai fait sa connaissance sur le tournage du documentaire. Il s’avère que je voulais faire un reportage sur Fukushima au travers de la figure de Naoto et de ses relations avec son entourage. Deux mois après le début des prises, en octobre, j’ai découvert qu’il était marié et père d’un bébé. Je n’en savais rien. Je l’ai appris par l’intermédiaire d’un ami journaliste. Il apparemment rencontré sa femme après la catastrophe, elle était volontaire. Ils ont eu un enfant ensemble. Elle vit toujours à Tokyo avec son nourrisson. Il est en bonne santé. Je ne l’ai pas rencontrée mais je suppose qu’elle a été bien exposée aux radiations. Il ne me les a pas présentés, et ne voulait pas qu’ils soient filmés. Il tient à conserver leur anonymat pour que l’enfant plus tard n’ait pas à souffrir de discriminations. C’est l’enfant d’un père qui a été lourdement irradié. J’ai appris à le connaître tout au long du tournage, il n’était d’ailleurs plus tellement seul à la fin. C’est un peu la morale du film, il avait un bon contact avec les animaux et il a gagné une nouvelle femme, et un avenir. Cette catastrophe a été un bouleversement dans sa vie. Avant il vivait seul avec ses parents. Depuis cet épisode, il reçoit des visites de gens venant du monde entier pour le rencontrer. Il est bien plus occupé que moi. Il a beau vivre par ses propres moyens, il est toujours entouré, il a une nouvelle famille. Il a même un compte Facebook qui compte plus de 5000 amis. Il est devenu bien malgré lui une personne célèbre. C’est un héros par accident. Ce que l’on peut retenir est que ce désastre nucléaire a privé les habitants de leur terre natale, et qu’ils ne peuvent plus jamais revenir chez eux, c’est un fait. Dans l’exemple de Naoto ce n’est pas qu’une mauvaise chose. Elle a eu des répercussions positives inattendues. Bons nombres de personnes que j’ai rencontrées dans les parages ont perdu leurs familles, leur maison, mais ils ont trouvé quelque chose d’autre en retour. Il y a cette personne que j’ai croisée à Ishinomaki, ville qui été durement touchée par le tsunami. Il a perdu sa fille et un petit enfant. Il s’est tourné vers la photographie et a commencé à prendre des images des zones sinistrées. Des gens comme lui ont la force et la résilience de se renforcer dans l’adversité. Ils ont la faculté de s’adapter, ils deviennent des personnes différentes, et grandissent plus fort. Ces tragédies leur ouvrent d’autres voies, de nouveaux horizons. Et on retrouve ce phénomène partout dans le monde, c’est une leçon que l’on peut retenir sur ce qui peut survenir des suites d’un désastre.

 

Alone in Fukushima

M. Naoto est devenu un symbole de lutte contre l’énergie nucléaire à travers le monde. Comment voyez-vous la portée de son engagement ? Et comment son combat est-il perçu par les Japonais aujourd’hui ?

 

Bons nombres de journaux tokyoïtes qui l’ont couvert lors de son happening à la capitale l’ont qualifié de gauchiste, dans leurs colonnes. En revanche peu de télévision en ont parlé. Grâce à mon film, beaucoup de Japonais ont entendu parler de lui. Le film fut distribué dans une quinzaine de salles à travers le pays. Dès que nous avons l’occasion pour une avant-première comme à Tohoku dans le Nord-Est du Japon, il essaie de se joindre à moi. Je n’ai pas les moyens de le faire venir, mais il m’accompagne par ses propres moyens et nous voyageons ensemble. Il était avec moi à Iwaki dans la région de Fukushima, et la ville de Sendai par exemple. Il s’y rend en camion. Partout il y a des centrales nucléaires au Japon, nous faisons des rencontres avec le public. Pour la présentation à Hiroshima il a réussi à trouver des billets d’avion à des prix avantageux (rires !). Nous essayons d’en faire le plus possible, pour que les spectateurs puissent s’exprimer avec lui de ses sujets et de son expérience. Il n’a malheureusement pas pu venir présenter le documentaire à Paris avec moi, mais il s’est rendu ici il y a deux ans il me semble, il a été invité à une manifestation antinucléaire à Fessenheim. Ils en ont parlé partout dans les médias. Il est de tous les combats.

 

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Et pensez-vous qu’il aura une influence sur l’attitude du gouvernement de Abe Shinzô ?

 

C’est une question intéressante, il s’avère qu’en 2012, la femme du Premier ministre Abe Shinzô s’est rendue sur place par ses propres moyens avec le secrétaire pour rendre visite à Naoto. Je ne sais pas si vous avez remarqué, je n’ai pas suffisamment de place pour mettre les sous-titres à l’image, de nombreuses personnes ont écrit des autographes sur les murs de Naoto. La femme d’Abe a écrit Amour ! Chaque fois que je projette le film, les spectateurs s’interrogent pour savoir s’il s’agit bien de la femme du Premier ministre. C’est bien elle. Quand j’ai sorti le film je lui ai demandé d’écrire un commentaire sur l’affiche du film et elle a accepté. J’ignore en revanche si elle a montré le film à son mari, je l’espère en tout cas. Je ne me rends pas encore compte de l’impact qu’a le film, mais nous avons projeté le film à Fukui, une région qui ne dénombre pas moins de 14 réacteurs nucléaires. L’un d’entre eux vient de redémarrer en début d’année. Les habitants s’inquiètent des conséquences et ce qui va advenir. Bon nombre d’entre eux sont venus voir le film. Il y a deux jours, j’ai appris que la Cour suprême a statué qu’il était dangereux pour l’environnement de garder la centrale de Takahama en fonction et a ordonné l’arrêt du réacteur. Mais je crois que le gouvernement souhaite contourner cette mesure et le relancer.

 

C’est un peu le même cas à Kawashima, comme je l’avais signalé auparavant, ils ont une centrale à proximité d’un volcan qui se réveille régulièrement. Les habitants de la région sont de plus en plus inquiets. Les gens réagissent fortement à la vision de mon documentaire, cette menace nucléaire se concrétise, et ce problème devient le leur. Je pense que les gens se sentent plus concernés, mais je doute que le gouvernement écoute, et s’investisse dans ce sens. Malheureusement, beaucoup de médias japonais s’autocensurent, et ne veulent plus couvrir les nouvelles concernant Fukushima. Et en dehors de cette date anniversaire de la catastrophe, ils n’en parlent que très peu. J’ai plus l’impression que les médias se préoccupent des futurs Jeux Olympiques qui se tiendront à Tokyo. Le gouvernement veut donner l’image que le désastre est passé et que les risques concernant Fukushima sont sous contrôle, ce qui est faux ! Je veux continuer mon travail avec Naoto et les chaînes info de répondre : non ! Ils ne veulent pas que les Japonais ainsi que les pays étrangers, et surtout les touristes, se rendent compte des dangers actuels des suites de l’incident nucléaire. Ils veulent faire croire que tout est maîtrisé. Le journalisme est grippé en ce moment au Japon, il s’applique plus à promouvoir l’image du gouvernement. J’ai l’impression que les médias français semblent avoir plus de poids et d’indépendance, mais votre gouvernement n’a pas l’air très réceptif quant aux dangers de l’atome.

 

Alone in Fukushima

À la fin du film, on sent Naoto très en phase avec la nature, on a l’impression qu’il a renoué avec un sentiment perdu qui liait autrefois l’Homme et son environnement naturel. Faut-il de telles tragédies pour que l’homme ouvre enfin les yeux ? Est-ce un espoir selon vous ?

 

Il se sent plus concerné par la nature, il dialogue avec les animaux. Au début du film, on le voit s’adresser aux autruches, et à la fin il siffle les oiseaux. C’est un sage maintenant. Il peut vivre sans problème à l’écart de la civilisation. Il a survécu pendant des années sans électricité et eau courante. Il peut vivre n’importe où. Il dit : on ne peut pas contrôler la nature, pas plus que l’énergie nucléaire. Ce que j’ai retenu, après avoir passé 8 mois à Fukushima, est que j’ai toujours été citadine, même si je vivais en proche banlieue. Je n’ai jamais eu l’opportunité de côtoyer les animaux d’aussi près, je n’avais jamais vu de vaches mettre bas, et des chats se reproduire. J’ai pu en fin de compte observer la nature de près à Fukushima et l’étendue de son pouvoir. Je fus attristée de découvrir une si belle région agricole contaminée par les radiations. C’est une grande tragédie. Il ne s’agit pas d’une catastrophe qui concerne uniquement les humains, mais aussi les animaux et la nature. Ils n’ont pas à souffrir de nos erreurs. Le gouvernement a donné l’ordre de tuer tous les animaux d’élevage. Ils étaient d’innocentes victimes. J’ai contacté des éleveurs de la région, et bien qu’ils approuvent le fait que les animaux devaient être tués, ils se sentent coupables. C’est une chose de tuer les animaux pour nourrir les gens, en revanche abattre des troupeaux entiers pour des raisons sanitaires à cause des radiations, ce fut une décision éprouvante pour eux. Mais ils ne pouvaient les laisser vivants à l’abandon. C’est trop cher à entretenir, et tu ne peux pas vendre les bêtes, ni leur viande. L’impression que cela m’a donnée fut d’être submergée par une nature retournant à l’état sauvage, pas une âme qui vive à l’horizon. Elle reconquiert les territoires domestiqués par les humains. C’est un peu un royaume animal, avec de la verdure partout et la faune en liberté. Une sorte de paradis. On ne se rend pas compte du degré de contamination devant un tel spectacle. C’est un lieu très étrange. Les gens se plaignent des dommages encourus à cause de la prolifération des animaux vivants dans cette zone. On ne peut contrôler la nature, elle grandit. Je ne suis pas chrétienne, mais Naoto me fait penser à Noé et son arche qui sauve les animaux du déluge. Il vit dans un étrange paradis peuplé de beaux animaux victimes des radiations.

 

(…)

 

Lire la totalité de l’entretien sur le site East Asia

 

Alone in Fukushima

 

Bande annonce du film

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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