23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 18:12

De novembre 2016 à février 2017, Tepco a mené diverses inspections robotisées dans le bâtiment réacteur 1 de Fukushima Daiichi visant à examiner l’enceinte de confinement et à contrôler l’état de la piscine de combustible où 67 tonnes de combustible nucléaire y sont encore coincées (292 assemblages de combustible usé et 100 assemblages de combustible neuf).  Les médias français n’ont pas relevé cette information qui aurait pourtant fait la une de l’actualité en 2011. La raison en est peut-être que le document est resté à un niveau plutôt confidentiel : Tepco n’a fait aucune publicité de son rapport daté du 30 mars 2017 et s’est bien abstenu de le diffuser en anglais. Une autre raison, plus évidente en France, est qu’il n’est pas politiquement correct de montrer des images d’un couvercle en béton effondré dans un puits de cuve de réacteur atomique alors que le lobby nucléaire hexagonal n’a qu’un seul souhait : démarrer l’EPR de Flamanville malgré ses défauts de conception.

Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

Suite à l’explosion du 12 mars 2011, le toit en béton et en acier du bâtiment réacteur 1 est tombé sur le niveau technique. Les inspections ont permis de découvrir que les éléments en béton du couvercle du puits de cuve du réacteur ont été soulevés, montrant des déplacements plus importants qu'on ne l'avait jusqu'alors supposé. En France, les autorités nucléaires avaient tout simplement écarté cette hypothèse pour le réacteur 1 pour rassurer l’opinion. Il avait été rabâché que seul le niveau 5 avait subi une explosion d’hydrogène. Or concrètement, pour que des dalles de plusieurs tonnes se soulèvent, il a fallu qu’une explosion se produise au moins dans le puits de cuve, voire plus bas dans l’enceinte de confinement.

Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

La visualisation en 3D réalisée par Tepco montre la configuration des équipements endommagés. Le pont roulant et la machine de chargement du combustible sont tous deux situés au-dessus de la piscine de combustible, ce qui rendra problématique leur démantèlement futur. Il faudra trouver des astuces pour que des débris ne tombent pas plus bas dans la piscine afin de ne pas endommager le combustible. On remarque que le pont roulant a sa poutre nord très endommagée, ce qui suppose qu’elle a dû être soulevée par le souffle de l’explosion puis pliée sous son propre poids en retombant.

Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

Le puits de cuve est habituellement recouvert de trois couches de béton, comme le montre le schéma ci-dessus. Chaque couche est composée de trois éléments formant un disque une fois assemblés. Ces éléments ont plusieurs fonctions : ils font écran à la radioactivité du réacteur, ils servent de plancher à la surface technique quand le réacteur est en marche et ils servent également à limiter la casse en cas de pépin au réacteur. Cette dernière fonction fait qu’en France, on les appelle « dalles anti-missile », non pas pour se protéger d’un missile provenant de l’extérieur, mais de la possibilité de la remontée subite des tiges de commande des barres de contrôle (qui sont dans la partie supérieure de la cuve dans les réacteurs français). A Fukushima Daiichi, cette remontée des barres est impossible car elles sont situées en fond de cuve.

 

Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

Ce couvercle à trois couches n’est pas scellé hermétiquement. Tout tient en place uniquement avec le poids. Les conséquences de l’explosion ont fait que la dalle intermédiaire a été délogée en partie vers le haut et en partie vers le bas. La dalle inférieure est tombée dans le puits de cuve directement sur le couvercle de l’enceinte de confinement. Quant à la dalle supérieure, elle dépasse le niveau technique de son épaisseur alors qu’elle devrait être au même niveau que le plancher.

Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

Des mesures de dose ont été effectuées autour du couvercle du puits de cuve : le débit augmente à mesure qu'on va vers le centre ; il s’agit probablement de la radioactivité provenant de la cuve du réacteur, bien qu’une rupture d’étanchéité du joint du couvercle aurait dû montrer de plus fortes doses sur les bords du puits de cuve. Le couvercle a-t-il été percé en son centre ? Ou bien existe-t-il une soupape de sécurité à son sommet, comme pour le couvercle de la cuve ?

Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

Le débit maximal mesuré du côté de la piscine de matériel était de 512,7 mSv/h. Mais au centre des dalles, la radioactivité est de 2 230 mSv/h. Pour comparaison, Tepco avait mesuré en 2013 la radioactivité au centre des dalles du puits de cuve du réacteur 3 : elle était de 2 170 mSv/h. Cette comparaison de mesures montre que la fuite du BR1 semble similaire à celle du BR3.

Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

Il y a un phénomène bien connu, déjà décrit par Arnie Gundersen : quand une enceinte de confinement est en proie à une pression ou une chaleur élevée, elle peut temporairement relâcher de la vapeur et des gaz. Mais on ne sait pas clairement si c'est ce qui s'est passé au BR1. Seul le démantèlement du puits de cuve permettra d’en savoir plus.

D’autres investigations, menées cette fois à l’intérieur de l’enceinte de confinement en mars 2017, on permis de conclure à la présence de corium en poudre au fond de la cuve. Plus de six ans après la catastrophe, les informations nous arrivent ainsi au compte-goutte… Des informations concernant l’explosion du BR1 commencent à sortir, en particulier un dossier, paru en février 2017, essayant de présenter les discussions concernant les évènements qui ont pu se produire dans le réacteur. Le document doit être passionnant – il semble mentionner en particulier une explosion au sein de l’enceinte de confinement – mais il est disponible uniquement en japonais.

 

Pierre Fetet


 

Fukushima : du nouveau au réacteur 1

[Je cherche un ou plusieurs traducteurs natifs pour traduire tranquillement tout ou partie du dossier japonais sur l'explosion du réacteur n°1. Me contacter par le formulaire de contact.]

_______________________

 

En savoir plus :

 

Rapport Tepco

Consulter le rapport

 

Article de Simply Info

Fukushima Unit 1 Refueling Floor Inspection Results

(merci à Evelyne Genoulaz pour ses traductions)

______________________

Dernière mise à jour : 26/06/17

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 21:53

Dans la préfecture de Fukushima, une terre où peu de gens retournent.

 

Les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie du village d’Iitate, mais où sont donc les villageois ..?

 

Un article de David McNeill et Chie Matsumoto – Iitate, Préfecture de Fukushima

 

Article original publié le 13 mai 2017 sous le titre: «In Fukushima, a land where few return. The evacuation orders for most of the village of Iitate have been lifted. But where are the people? » sur le site Japan Times

 

Traduction et mise en page : Evelyne Genoulaz

 

Source : Japan Times. http://www.japantimes.co.jp/news/2017/05/13/national/social-issues/fukushima-land-return ou copie ici : http://www.fukushima-is-still-news.com/2017/05/fukushima-where-are-the-people.html

Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

Le jour où j’aurai achevé ma quête, je reviendrai chez moi un de ces jours, là où verdoient les montagnes, au cher pays de mon enfance, là où les eaux sont cristallines, ce cher pays de mon enfance.

« Furusato », Tatsuyuki Takano

            Un cerisier fleurit au soleil printanier juste devant la maison de Masaaki Sakai, mais pas une âme n’est là pour en faire cas. La maison est abandonnée et ses ouvertures condamnées. Des herbes folles trouent le sol. Tout autour on peut apercevoir les traces du passage de sangliers sauvages, descendus des montagnes pour fourrager les champs et y creuser leurs bauges. Et sous peu la ferme bâtie il y a soixante années de cela, où Sakai a vécu en compagnie de sa mère et de sa grand-mère, sera démolie. « Ce qui ne me chagrine pas plus que ça, nous confie Sakai. Nous avons refait notre vie ailleurs. Je peux encore revenir voir – mais pas y vivre ».

 

          Quelques centaines de mètres plus loin la route est fermée et un dosimètre crépite furieusement sur le terrain empreint d’une quiétude bucolique. On y relève un débit de dose dépassant légèrement 1 microsievert par heure – une fraction du débit craché au moment où la famille de Sakai déserta les lieux en 2011.

Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

                Sakai explique que la radioactivité décrit des hauts et des bas, selon le temps qu’il fait. On la trouve partout, dans les rigoles et les fissures de la chaussée et jusque dans les arbres. Depuis que l’homme a déserté ces lieux les singes, habitants des forêts, ont gagné en audace et se figent sur place, les yeux braqués sur telle étrange automobile en approche, au lieu de s’égailler dans toutes les directions comme ils le faisaient autrefois.

 

            Iitate, c’est un chapelet d’une vingtaine de hameaux minuscules disséminés sur plus de 230 kilomètres carrés, un territoire réduit à néant suite à un caprice de la météo, dans les jours qui suivirent la catastrophe nucléaire en mars 2011. Le vent s’était chargé en particules radioactives en provenance de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, à 45 km de là, que la pluie et la neige rabattirent au sol dans la nuit du 15 mars 2011.

            Au bout de plus d’un mois de tergiversations – au cours duquel les villageois ont baigné dans l’un des plus hauts niveaux de radioactivité jamais enregistré tout au long de cette catastrophe (le niveau de dose relevé près de la mairie dans la soirée du 15 mars a atteint la valeur ahurissante de 44,7 microsieverts par heure !(1)) – le gouvernement leur a donné l’ordre d’évacuer.

            Aujourd’hui, le gouvernement prétend qu’on ne court aucun risque à retourner à Iitate. Et c’est en liesse que fut réouvert le 31 mars dernier l’ensemble du village, exception faite de Nagadoro, dans le Sud de Iitate, toujours extrêmement contaminé.

 

            Cette réouverture correspond à un engagement pris par son Maire Norio Kanno ; celle d’Iitate fut de fait la première autorité dans la Préfecture de Fukushima, à annoncer dès 2012, par anticipation, une date de levée de l’ordre d’évacuation : son maire promit alors de « revitaliser le village avant cinq ans ». Ce village dispose désormais d’un terrain de sport neuf, d’une épicerie et d’un restaurant de nouilles Udon. Un dispensaire peut y recevoir des patients deux fois par semaine.

 

Il ny manque rien, si ce n’est les gens.

 

            Tandis que nous patientons dans les locaux municipaux de Iitate en attendant d’être reçus par Kanno, nos yeux tombent sur un livre en exposition à la réception : « Les Plus Beaux Villages du Japon ». En douzième position, voilà une délicieuse mosaïque ondoyante de forêts, collines et prairies administrées par le maire depuis plus de deux décennies – 6 300 résidents, un village réputé pour ses cultures potagères en terrasse et ses rizières, soigneusement délimitées, pour ses cultivateurs biologiques industrieux, ses champignons sauvages et ses « bœufs wagyu » à robe noire dont le nom provient de la région.

 

            Mais le spectacle qui s’offre à nous au-dehors dément cette description idyllique. Les  prairies sont quasiment nues, on a rasé la végétation dans une entreprise prométhéenne de décontamination de la radioactivité qui s’est déposée voilà six années (3). Pas une vache, pas un fermier à l’horizon. Des tracteurs stationnent, silencieux, dans les champs. Les écoles du village sont désertes. Quant à la population, le seul endroit du village qui semble animé, c’est la maison de retraite située de l’autre côté de la rue, en face du bureau de Kanno.

Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

            « Notre village ne sera plus jamais celui d’avant la catastrophe mais il peut se développer d’une autre façon. La reconstruction est en marche » déclare le maire, non sans se demander si les rapatriés vont pouvoir rebâtir un village à leur goût. « Qui sait ? un jour peut-être, cela pourrait inciter les évacués au retour, voire attirer de nouveaux-venus. On ne change pas la vie en adoptant un point de vue pessimiste ». Il ajoute que « même en pensant à ceux qui sont partis définitivement, ce n’est pas pour autant que le pays de leur enfance doive – juste disparaître.

 

            « Cet attachement au furusato (le pays natal) est particulièrement prégnant au Japon » nous explique Tom Gill, un anthropologue britannique qui a beaucoup écrit sur Iitate. Ce sentiment de nostalgie « se retrouve dans d’innombrables ballades sentimentales, poursuit-il. Une chanson en particulier, tout simplement intitulée Furusato (cf. partition en bas de page), est chantée par tous les écoliers du Japon depuis 1914. » Selon Gill, cet appel a persisté en dépit – ou à cause – du fait que le déséquilibre entre les zones urbaines et les zones rurales est au Japon plus accentué que dans aucune autre nation moderne ; 10 % seulement de la population japonaise vit en zone rurale. Ce qui peut en partie expliquer cet acharnement démesuré à ramener à la vie les terres, dans l’Est de la Préfecture de Fukushima. Selon une étude, on a consacré plus de 2,34 billions de yens (20 milliards d’euros) à décontaminer un territoire dont la superficie équivaut à la moitié environ de Rhode Island.

 

            Les autorités n’ont jamais envisagé l’abandon des lieux. Mieux, la moindre suggestion dans ce sens a soulevé une controverse : lorsque le Ministre de l’industrie Yoshio Hachiro qualifia en septembre 2011 les communautés abandonnées de « villes de mort », ses paroles soulevèrent un concert de protestations qui le contraignirent à la démission en moins d’une semaine.

 

            A l’opposé, la région fut divisée en trois zones dont les dénominations affichent de subtils euphémismes, pour suggérer précisément l’inverse : les communautés au niveau de radioactivité annuel allant jusqu’à 20 millisieverts (la dose maximale pour les travailleurs du nucléaire) sont dites « en préparation de levée de l’ordre d’évacuation », les districts de 20 à 50 milliSieverts par an, des « zones où résider n’est pas autorisé » et les endroits le plus fortement contaminés, à partir de 50 millisieverts année et au-delà, telle Nagadoro, sont zones « où les résidents ne pourront pas retourner avant longtemps ».

 

            En septembre 2015 Naraha, située à 15 km au sud de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, devint la première ville dans la préfecture à lever en totalité l’ordre d’évacuation imposé après la triple fusion. Naraha dispose d’une rue commerçante aménagée sur fonds publics, une fabrique de batteries au lithium flambant neuve, un jardin d’enfants ainsi qu’une école secondaire.

 

            On a envoyé dans chaque maison une équipe d’ouvriers pour la décontamination – dans certains cas à plusieurs reprises. Des 7 400 résidants d’avant la catastrophe, 1 500 environ sont revenus, pour la plupart des personnes âgées, selon les chiffres du gouvernement local, qui ont vraisemblablement été gonflés.

 

            A Iitate, le coût de la décontamination s’élève à plus de 1 million 600 mille euros (200 millions de yens) par foyer. Ces travaux et l’effet du temps ont rapidement fait baisser la radioactivité au-dessous de 20 millisieverts-année en beaucoup d’endroits.

 

            Cependant, nous apprend Kanno, les travaux de décontamination ne vont pas au-delà d’une distance à 20 mètres des maisons et les trois-quarts du village consistent en massifs forestiers. Par temps venteux, les particules radioactives se redéposent dans les champs et sur les maisons. « Tant d’argent pour quoi ? » s’interroge Nobuyoshi Itoh, un fermier critique à l’égard du maire. « Vous emmèneriez des enfants ici en les laissant  gambader à travers champs ou dans la forêt ? »

Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

            Après que tous eurent évacué, Itoh, lui, a fait le choix de rester vivre dans l’un des endroits le plus hautement toxique du village et nous confie qu’il n’a remarqué semble-t-il aucun affect sur sa santé, mais qu’il a constaté un affaiblissement de son système immunitaire.

 

            L’une des particularités qui rendaient la vie si agréable à Iitate avant la crise nucléaire, quand il y songe, tient dans un système de troc bien à elle. « Les gens pour la plupart d’entre eux n’ont jamais acheté un seul légume, ils en cultivaient, dit-il. J’apportais mes patates et on me donnait des oeufs. C’est fini, tout ça ».

 

            Une petite centaine de personnes tout au plus sont de retour – mais il s’agit invariablement de gens assez âgés ou de retraités. « Ils ne pourront pas, à eux seuls, faire renaître le village » rétorque Itoh. « Et qui pourra les accompagner en voiture dans les alentours ou encore prendre soin d’eux s’ils tombent malades ? »

 

            Quand on eut pris la mesure de l’immensité de la catastrophe qui venait de s’abattre sur Iitate, les gens du cru ont fini par se quereller les uns les autres. Certains vivotaient à grand-peine et voulurent partir, quoiqu’il fût toujours difficile de parler ouvertement de cette intention d’abandonner la terre natale. Beaucoup se sont solidarisés à travers les procès qu’on intenta au gouvernement.

 

            Bien avant la catastrophe, déjà, le village avait perdu un tiers de ses résidants depuis 1970 car les populations de jeunes s’étaient déplacées dans les villes, ce miroir de la désertification des zones rurales qu’on peut observer dans l’ensemble du pays. Quelques-uns parlèrent de déplacer plus loin le village tout entier, mais Kanno n’a jamais voulu en entendre parler.

Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David 					McNeill)

Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David McNeill)

            Le régime d’indemnisation a pu être un facteur déterminant dans le choix. En sus d’une indemnité mensuelle de 802 euros (cent mille yens) en dédommagement du « stress mental » ou de la mise à mal de leur vie précédente, les propriétaires d’une maison ou d’une ferme ont bénéficié d’un bonus : une indemnité forfaitaire de 48 mille euros environ  (6 millions de yens) par personne pour cinq ans – et le double pour les résidents de Nagadoro . Un chercheur a évalué à 401 mille euros environ (cinquante millions de yens) l’indemnité moyenne par famille, un montant qui a pu sembler suffisant pour tourner la page d’une résidence à Iitate qui devenait insatisfaisante et problématique, et préférer faire l’acquisition d’une maison à quelques kilomètres de là, pas trop loin, de façon à pouvoir revenir travailler ou encore profiter de la douceur des étés.

 

            Ils sont beaucoup à avoir déjà choisi cette option. Sans disposer de chiffres officiels, on dit ici que la moitié sans doute des villageois seraient partis définitivement. Des enquêtes avancent un chiffre de 30 % de candidats au retour, et moins encore dans le cas de Nagadoro.

 

 

            A en croire Yoshitomo Shihigara, qui gouverne le hameau de Nagadoro, de nombreuses familles ont pris leur décision voilà un bon bout de temps. Il ajoute qu’on ne devrait pas imposer à ses petits-enfants de vivre dans un tel endroit : « Notre devoir, c’est de les protéger ». Il habite dans la ville de Fukushima mais revient à Iitate tous les dix jours environ pour inspecter la maison et désherber son terrain. Et même avec cette débauche d’argent, Shihigara doute que cela suffise pour pousser au retour ses amis ou ses connaissances. Agé lui-même de soixante-dix ans, il n’est pour autant pas certain de vouloir revenir. « Parfois, j’en ai assez de toute cette histoire, car c’est impossible d’en parler avec quiconque à Fukushima, même pas avec ma famille, parce qu’on finit souvent par se quereller. Les gens essaient de deviner si les autres reçoivent des avantages, quels avantages ou le montant de leur indemnité. C’est très stressant de discuter avec les gens à Iitate. Je commence à m’en vouloir parce que je finis par mal me comporter à leur égard en raison de ma frustration. »

 

            Kanno a remporté six élections depuis 1996 et il a supervisé chaque étape de la douloureuse réhabilitation de Iitate, pris en porte-à-faux entre la colère et le désespoir de ses électeurs et la réponse officielle apportée sur la catastrophe, de la part du Gouvernement et de TEPCO, l’exploitant de la centrale nucléaire dévastée.            

Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

            Il a demandé des moyens supplémentaires pour mener à terme les travaux de décontamination (le gouvernement prétend que tout est achevé (2)) et pour remettre en état les routes et les infrastructures. Selon lui, les rapatriés ont besoin d’être soutenus financièrement. Il pense néanmoins qu’il est temps de mettre fin à l’indemnité mensuelle car il estime qu’elle entretient la dépendance. « Si les gens continuent à dire que la vie est dure, ils seront incapables de réagir. Mais ils ont besoin d’une aide pour leur subsistance. »

 

            Une nouvelle mesure a été instaurée, c’est un capital de départ à destination de  personnes volontaires pour revenir et ouvrir un commerce ou se lancer dans l’agriculture. « Il ne s’agit pas de faire croire que nous cherchions à influencer le choix des gens ou les forcions au retour » explique le maire, en invoquant la notion de « kokoro ni fumikomu » qui signifie littéralement : « entrer dans les cœurs ».

 

            En vérité dans un an, les milliers de personnes ayant évacué le village de Iitate n’auront pas le choix :

 

elles devront choisir le retour, à savoir renoncer aux aides allouées depuis six ans pour vivre ailleurs, car l’évacuation des zones jusqu’à 20 milliSieverts/an sera alors caractérisée de « volontaire », au regard du régime officiel d’indemnisation. Un dilemme résumé le mois dernier par une petite phrase abrupte et inouïe, dans la bouche du Ministre en charge de la reconstruction du Tohoku, Masahiro Imamura, limogé depuis. Pressé de s’expliquer sur la question par un journaliste indépendant, Imamura a rétorqué dans un mouvement d’humeur que le choix du retour – ou non – relevait de la responsabilité des évacués eux-mêmes, « de leur responsabilité à titre personnel, de leur propre choix ». Ce commentaire a touché un point névralgique.

            D’aucuns disent que le gouvernement s’efforce de contraindre les gens au retour, en usant d’une sorte de chantage économique ou pire – kimin seisaku – en les abandonnant à leur sort.

            « La réinstallation » soulève en Itoh de la colère. Selon lui, les politiciens poursuivent l’objectif d’effacer la catastrophe au plus vite. Il rétorque que « c’est inhumain de pousser les gens à revenir dans un tel environnement. Tout comme les effets de la radioactivité sur le corps, les effets psychologiques sont, de même, invisibles :

 

un grand nombre de personnes souffrent en silence ».

 

            Itoh est convaincu que le gouvernement cherche à montrer qu’on peut venir à bout des problèmes liés à l’énergie nucléaire, dans l’objectif de redémarrer les réacteurs nucléaires, aujourd’hui à l’arrêt dans tout le pays. Il n’y en a que 4 en production tandis que le sort réservé aux 42 autres est suspendu aux conclusions d’un imbroglio politico-juridique. Mais l’opinion publique, elle, demeure opposée à leur redémarrage (4).

 

 

            A IItate, au début, les gens ont cru voir renaître une formidable espérance mais au fil du temps, ils ont fini par ne plus faire confiance au gouvernement du village, déclare Kenichi Hasegawa, un fermier qui a écrit un livre en 2012 intitulé : « Genpatsu ni Furusato o Ubawarete » (Les Vies Volées de Fukushima). Dès les premiers jours, accuse-t-il, le maire a tout tenté pour cacher les niveaux de radioactivité choquants qu’on pouvait relever juste devant son bureau. Puis les gens ont fini par ne plus s’y intéresser. Quand le maire convoque ses administrés, bien peu se rendent aux réunions. « Peu importe, ils font quand même des réunions ! juste pour dire qu’ils en ont fait ».

 

            Mais Kanno ne veut pas s’avouer vaincu. Une boutique de souvenirs doit ouvrir en août et cela va faire venir des touristes, dit-il. On voit des villageois paver les accès menant à leur maison, grâce à la manne du budget ouvert pour la reconstruction. Quant aux effets de la radioactivité, il dit qu’« on a tous une opinion différente sur la question ». La levée de l’évacuation, ce n’est qu’un début.

 

            Itoh quant à lui, déclare qu’il lui est arrivé autrefois de faire confiance aux autorités publiques mais que ça, c’était dans une autre vie. Et il conclut :

 

« En s’évertuant à vouloir sauver le village, le maire en vérité le mène à sa perte ».

 

Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

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Notes de la traductrice

 

1 - 44,7 microsievert/h = 391 millisieverts/an !

 

2 - Selon le Ministère de l'Environnement, la décontamination serait achevée depuis fin janvier 2017 dans neuf des onze municipalités de la préfecture de Fukushima (sauf à Minami-Soma et Namie), qu’on désigne dorénavant du nom de "special decontamination areas" (zones de décontamination spéciale). Ne sont pas concernées par cette dénomination les zones « où les résidents ne pourront pas revenir avant longtemps » (source : JAIF, 15 mars 2017)

 

3 - A l’irradiation initiale « voilà six années » suite aux fusions, qui a contaminé la région (dépôts en taches de léopard sur faune, flore, sédiments des lacs et des rivières, habitations et leurs habitants…), il convient d’ajouter les rejets, suite aux fuites ou aux travaux à la centrale, par exemple. Noter que les zones forestières ou montagneuses sont « indécontaminables » et que la radioactivité présente à jamais, s’accumule ici, là se déplace au gré des intempéries …

 

4 - Ont redémarré : Ikata 3 (août 2016) + Sendai 1 & 2 + Takahama 4 (mai 2017) - Takahama 3 vient d’être rechargé…

 

 

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En savoir plus sur Iitate

 

Fukushima : 6 ans après, pas de retour à la normale (Greenpeace)

 

Partition et paroles du chant Furusato

 

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Mise à jour : 27/05/17

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 13:47

Fukushima : une catastrophe sans fin

 

Cécile Asanuma-Brice

 

Voici maintenant plus d’un siècle que nos pays modernisés se sont tournés vers la planification afin de penser un meilleur équilibre économique et démographique de leur territoire. Si tel fut le discours mis en avant pour en vanter les mérites, le résultat n’en reste pas moins décevant, si ce n’est nul. Le rééquilibrage régional n’a que relativement fonctionné, bien qu’artificiellement réactivé par quelques espoirs toujours déçus, et les campagnes ont continué à se vider de leurs activités humaines au profit des villes dont l’étalement s’épanche telle une tâche d’huile alimentée par les fuites du moteur de la société de consommation. Il en est de même au Japon, où les campagnes meurent lentement, où les villages abandonnés laissent leurs belles demeures de bois pourrir au gré des vents, au fil du temps. Fukushima n’avait pas échappé à ce rouleau compresseur d’un système économique sans indulgence, devenu l’ultime but de la production humaine alors qu’il aurait dû en être son serein soutien.

 

ISOTOPES. Ça n’est donc pas sans surprise que nous observons l’ardeur des organisations internationales, ainsi que celle du gouvernement japonais à vouloir à tout prix faire rentrer dans leur campagne en désuétude les populations réfugiées suite à l’accident nucléaire du 11 mars 2011. Plus de 6 années après l’explosion de la centrale, présents plus que jamais sur ce territoire rural perdu au milieu de nulle part, les membres de l’AIEA, du CEPN, de l’IRSN et autres UNSCEAR (1), se lancent dans "l’humanitaire" à la défense des paysans en péril, nous ventant les bienfaits de la résilience (2), les nuisances du refuge, les méfaits sanitaires du stress face au désastre, tout en affichant une attitude agnostique envers les résultats épidémiologiques qui voient pourtant croître à plus de 184 le nombre d’enfants de moins de 18 ans ayant dû être opérés d’un cancer de la thyroïde sur un échantillon limité de 270 500 personnes (3). Ce point, qu’il est devenu tabou d’évoquer dans les cercles scientifiques, est néanmoins fondamental, en ce qu’il est celui qui déterminera la nécessité des politiques de protection à mettre en œuvre, ou non, en cas d’accident. Si l’explosion d’une centrale nucléaire et la dispersion des isotopes qu’elle contient à travers monts et vallées n’est pas dangereuse pour la santé humaine et pour la vie dans son ensemble, alors pourquoi partir en cas d’explosion, pourquoi évacuer les populations dont on broie la vie communautaire, mais aussi à quoi bon dépenser tant d’argent à décontaminer, pourquoi avoir créer des centres de recherches spécifiques sur la radioprotection puisqu’il serait inutile de s’en protéger, et finalement pourquoi se servir de ces mêmes isotopes inoffensifs pour réaliser l’arme de destruction ultime que l’on brandit à la face du monde à chaque tension diplomatique ? Bref, nous devons rétablir de la cohérence dans nos discours et nos analyses. Si les habitants de Fukushima se sont réfugiés, ou ont été évacués (même si l’évacuation organisée par l’administration a été bien tardive) c’est qu’il y a un danger, réel, dont nous avons tous connaissance : scientifiques, militaires et citoyens (cette dernière catégorie comprenant les deux précédentes).

 

Ce danger serait néanmoins variable, bien que jamais nul, en fonction de la dose reçue. En outre, alors que les populations de toutes parts réclament une plus grande sécurité vis-à-vis du nucléaire, les seuils des doses dites admissibles par les autorités gestionnaires sont relevés, en toute discrétion, à chaque accident.

La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

« Ai-je droit de mettre en jeu l’intégralité des intérêts des autres ? » (4)

 

Afin de permettre une marge d’acceptabilité toujours plus grande du risque, les institutions en charge de la gestion du nucléaire et de sa production ont élaboré un système de seuils dits "acceptables" pour l’être humain. Le tout est de réussir à appréhender, ainsi qu’à quantifier ce qui est de l’ordre de l’acceptable prenant en considération les aspects économiques, sociaux et sanitaires générés par une catastrophe nucléaire. On aurait pu croire que l’aspect sanitaire eut été déterminant, et que l’être humain accorderait plus d’attention, plus d’intérêt, à ce qui pourrait mettre sa santé en péril, mais à notre grande surprise, il n’en est rien. Ainsi, bien que les dernières études épidémiologiques telles Inworks (réalisée sur une cohorte de plus de 308 000 travailleurs de centrale nucléaire), ou encore le modèle LNT (Linear No-Threshold model, 2007, Université d’Ottawa) nous prouvent l’augmentation du risque de développement de maladies proportionnellement au niveau d’exposition aux irradiations, balayant de fait la pertinence d’une limite sécuritaire, des seuils sont encore fixés afin de permettre l’existence de l’exploitation de centrales nucléaires et de leurs désagréments: fuites et autres accidents potentiels augmentant le niveau de radioactivité environnant. C’est ainsi que l’on a vu le seuil de protection internationalement fixé à 1 mSv (pour la population hors travailleurs des centrales), passé, sans bruit, à 20 mSv dans les directives de l’union européenne en 2014, 3 ans après Fukushima. Il est par ailleurs indiqué dans ce même texte qu’un taux annuel allant jusqu’à 100 mSv est envisageable dans des conditions d’urgence (5), justifiant un niveau de 20 mSv/an en temps normal, en pleine contradiction avec les études menées sur la question.

 

Ce point est fondamental, en ce qu’il permet, entre autre, l’autorisation internationale de la réouverture d’une partie de la zone d’évacuation autour de la centrale de Fukushima à la fin du mois de mars 2017. Le but de cette démarche est d’élaborer un système de cogestion citoyenne des conséquences d’un accident afin de prouver que l’on est capable de surmonter une catastrophe nucléaire en sachant gérer la radioactivité présente, mais également de diminuer les coûts auparavant pris en charge par les entreprises gestionnaires des centrales. Pour autant, l’imposition d’une planification politique au retour à vivre dans les zones contaminées de Fukushima n’a pas le succès escompté et les désastres s’enchaînent tour à tour.

Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

Les désastres annoncés se succèdent sans fin à Fukushima

 

Ce fut d’abord une politique de décontamination toute aussi drastique, coûteuse, qu’inefficace, qui a conduit à l’entrepôt de milliers de sacs contenant des tonnes de terre contaminée répartis sur plus de 115 000 sites dans la préfecture, principalement en bord de mer. Cette politique ayant rempli son seul rôle de regain de confiance citoyenne en démontrant que le gouvernement se préoccupait de la situation, et devenue ingérable par le volume occupé, s’est conclue par la décision de réutiliser les débris en deçà de 8 000 Bq/kg pour la construction des routes et autres travaux relatifs aux ponts et chaussées dans l’ensemble du pays. Cette stratégie s’est accompagnée d’une campagne de communication sur l’acceptation du risque pour inciter au retour en vue d’une "stabilisation" avant l’accueil des jeux Olympiques de 2020, avec notamment la construction d’un centre dans lequel on apprend aux habitants les différents modes de décontamination possibles via des maquettes ludiques, ou encore des visites organisées dans la centrale nucléaire endommagée pour les lycéens, sans protection mais armés de dosimètres.

Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

La réouverture d’une partie de la zone d’évacuation conséquente entraîne automatiquement la fin des indemnités de logement accordées jusqu’alors aux réfugiés, ainsi que l’expulsion des habitants des cités de logements provisoires qui seront fermées. Des appartements dans des immeubles collectifs publics, dont ils devront assumer le loyer, leur ont parfois été proposés. La plupart des personnes âgées concernées, propriétaires de biens devenus inhabitables six ans après la catastrophe, sont pour la plupart dans l’incapacité de pouvoir assumer un loyer ainsi que la charge économique de la consommation de biens alimentaires qu’ils produisaient autrefois.

 

En outre, des psychologues, spécialisés dans les traumatismes psychologiques engendrés par des situations de désastres, dont le Professeur Tsujiuchi de l’université de Waseda, avait estimé, après une étude dont les résultats furent publiés début 2016, qu’un retour contraint sur une zone encore instable, dans laquelle les personnes réfugiées ont subi leur traumatisme, et alors que celles-ci sont atteintes, pour la plupart d’entre elles, de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder), serait un nouveau drame, entraînant une vague de suicide notable.

 

La concrétisation de ces prévisions ne se fit pas attendre. Les communes rouvertes successivement à l’habitat accueillent quelques-uns des habitants qui ont opté pour le retour. La contamination très élevée, bien qu’irrégulière, a découragé la plupart des familles avec enfants au retour, celles-ci ayant recommencé leur vie ailleurs. Les habitants, en très faible nombre, souvent âgés, se trouvent dans une situation d’isolement qui devient vite insupportable, entraînant un état dépressif lourd, voir leur suicide (cf. reportage de la NHK en janvier 2017). Ces personnes sont confrontées à une différence trop grande entre l’espoir du retour longtemps maintenu par les discours sécurisants des autorités ou les politiques de décontamination, et la réalité du retour qui est toute autre (taux de radioactivité encore trop élevé, paysage dévasté par la décontamination et les sacs de terre, plus aucun habitant ni de communauté existante).

 

Iitate, des investissements pharaoniques pour une ville fantôme

 

Iitate est l’une des communes destinée à être rouverte à l’habitat le mois prochain. Malgré un investissement colossal de plus d’1 milliard 700 millions euros pour la reconstruction des divers équipements publics, la commune n’accueillera pas le nombre de résidents escompté. Un habitant du village d’Iitate déclarait le 19 février 2017, lors d’une conférence organisée à Fukushima par des chercheurs et les anciens habitants du village : « On nous dit qu’il n’y a pas de problème. Qu’il suffit de ne pas aller sur les “hot spots”. On ne peut ni aller en montagne, ni s'approcher des rivières, ne pas aller à droite ni à gauche... Comment voulez- vous que l'on vive ici ?!”. Un ancien membre du conseil communal, témoigne : « Nous avons déménagé il y a six ans maintenant. Pourquoi devrions-nous rentrer dans un village désert où l’environnement ne nous permet pas de vivre librement et en sécurité ? » (6).

Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

Ces derniers mois ont vu un regain des séismes dans la région de Fukushima, au moment où la pénétration d’un robot scorpion dans l’enceinte a permis de confirmer la fonte du corium du réacteur visité qui s’est enfoncé dans les sous-sols. Cette instabilité ne fait que renforcer la population dans son jugement de ne pas céder à la politique du retour. Même si les habitants "captifs" ont développé des bases de données cartographiées de la radioactivité afin de mettre en place leur protection, les fantasmes des institutions internationales, qui rêvaient de cogestion des conséquences de l’accident nucléaire par les habitants auront montré leurs limites. On ne peut demander aux victimes d’un système imposé d’assumer la charge des accidents engendrés par ce système.

 

(Article édité le 14 mars dans Sciences et avenir)

 

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(1) AIEA : Agence Internationale de l’énergie atomique, CEPN : Centre d’étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, UNSCEAR : United Nation Scientific Comittee on the Effects of Atomic Radiation.

(2) Cf. Cécile Asanuma-Brice, « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême », Raison Publique, nov. 2015

(3) Selon les résultats de la commission sanitaire rendus officiels en février 2017.

(4) Hans Jonas, « Le principe de responsabilité » Champs essais, Flammarion, 2013, p.81.

(5) "Sans préjudice des niveaux de référence fixés pour les doses équivalentes, les niveaux de référence exprimés en dose efficace sont fixés dans l'intervalle de 1 à 20 mSv par an pour les situations d'exposition existantes et de 20 à 100 mSv (aiguë ou annuelle) pour les situations d'exposition d'urgence". II (Actes non législatifs). DIRECTIVE 2013/59/EURATOM du conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base.

(6) Site de la commune

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En savoir plus sur les faibles doses
 
Conférence de presse du 15 mars 2017 au Foreign Correspondents Club of Japan avec Dr Cécile Asanuma-Brice, Pr. Keith Baverstock (université de Finlande) et Dr Shimizu Nanako de l'université d'Utsunomiya concernant la question des faibles doses et la réouverture de la zone d'évacuation autour de la centrale nucléaire de Fukushima.
Deux textes de recommandations sur ce même thème, signés par 14 scientifiques du monde entier, viennent d'être publiés dans la revue scientifique Kagaku (Science), également envoyés au gouvernement japonais ainsi qu' au préfet de Fukushima.

Plus d'infos sur la VIDEO (durée 1h, en anglais)

 

Cécile Asanuma-Brice informe qu’elle s’exprime sous sa casquette de Présidente de l’Association du CSRP ; elle annonce que les travaux du 6ème symposium (Nihonmatsu, du 7 au 10 octobre 2016) [qui réunissait, entre autres, des scientifiques indépendants mais aussi des « autorités » de Fukushima] ont débouché sur 2 « déclarations » :

  1. la « conclusion » du symposium, qu’elle lit aux journalistes [ici le texte en anglais, 6 pages]
  2. « the Nihonmatsu Déclaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation » qui sera prochainement traduite en anglais

Ces déclarations ont de plus été publiées (en japonais) dans le N° de mars de la revue « Kagaku » (qui signifie « science » ajoute-t-elle).

 

Cécile Asanuma-Brice, au début de la video : « aujourd’hui la mémoire collective du Japon s’estompe or, on doit trouver des solutions pour les milliers de sinistrés… En 2016 le symposium a duré 4 jours, des scientifiques, épidémiologiques, biologistes ont débattu du sujet des « zones évacuées » sur la réponse qu’il convenait d’apporter à la question : est-il acceptable de réouvrir les zones évacuées ? D’un point de vue scientifique, la réponse est clairement NON ! Ils ont donc rédigé 2 textes de recommandations qui ont été publiés dans la revue [montrée à l’écran à 6.52’] Kagaku de mars 2017.

 

Fourteen independent experts from inside and outside of Japan participated at the 6th Citizen-Scientist International Symposium on Radiation Protection, held from October 7 to October 10, 2016, in Nihonmatsu, Fukushima prefecture, in order to present their latest research. Over three days, they exchanged opinions on the themes of “Epidemiology of low-dose radiation” and “Discourses, laws and ethics after the nuclear power plant accident.” They compiled their propositions in two recommendations text they signed, based on discussions they had during the symposium, but also on findings and numerous study reports published after Chernobyl and Fukushima.

 

(1) The first recommendation agreement, “Conclusion” of the 6th CSRP, take a critical look at risk communication currently conducted by the Japanese authorities, and listed up 6 recommendations deemed indispensable from the victims’ viewpoint.

(2) The second recommendation agreement, entitled “The Nihonmatsu Declaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation,” uses the “linear non-threshold (LNT) model” based on the latest scientific findings demonstrating scientific impertinence and lack of political wisdom of the present return policy for the evacuees to areas below 20 millisievert per year.

 

The Japanese version of these two recommendation reports were published in the March 2016 issue of Science Magazine “Kagaku (Science),” and the electronic English version will be published on its special website soon).

CSRP will transmit these recommendations agreement to Minister of the Environment, Director General of Reconstruction Agency, Chairman of Nuclear Regulation Authority and the Governor of Fukushima Prefecture, and hold press conferences for Japanese journalists and foreign correspondents in Japan.

 

Tout est regroupé sous l’onglet « overview » : présentation, programme détaillé des 4 jours, intervenants (leur biographie s’obtient en cliquant sur leur portrait).

 

(infos Evelyne Genoulaz)

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Publié par Cécile Asanuma-Brice - dans Au Japon
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 01:07

Les investigations menées par Tepco fin janvier 2017 ont permis de visualiser une partie de l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur 2 de Fukushima Daiichi. A cette occasion, Tepco a fait semblant de s’étonner de deux choses pourtant très prévisibles : 1) le corium a pu faire un trou dans une plateforme métallique située juste en dessous de la cuve du réacteur. 2) l’endroit est excessivement radioactif : 530 Sieverts/h (dose létale quasi immédiate), mesure de radioactivité la plus haute jusqu’à présent révélée par Tepco.

(Mises à jour régulières en bas de page)

Le trou d’un mètre de côté observé le 30 janvier (photo Tepco)

Le trou d’un mètre de côté observé le 30 janvier (photo Tepco)

Cette découverte a été rendue possible grâce à une caméra conduite à distance. Ce n’est pas la première fois que Tepco fait des recherches dans l’enceinte de confinement du réacteur 2, mais les images obtenues jusqu’alors n’étaient pas aussi explicites.

Ouvriers à l’action dans le BR2 (photo Tepco)

Ouvriers à l’action dans le BR2 (photo Tepco)

Situation de la cavité explorée (document Tepco)

Situation de la cavité explorée (document Tepco)

Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)
Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)

Aire d’investigation (Illustrations d’après des documents Tepco)

Les employés de Tepco ont utilisé un accès existant destiné au remplacement des barres de contrôle qui ne peut se faire que par le bas. Pour cela, une ouverture est aménagée dans l’enceinte de confinement suivie d’une passerelle qui permet d’accéder à la cavité située juste en dessous de la cuve. A cet endroit, les systèmes de commande des barres peuvent être vérifiés lors des visites d’entretien et les barres de contrôle peuvent être remplacées si besoin. Voici par exemple une photo d’une inspection du dessous de cuve du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daini, le 8 février 2012.  

Les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Ces barres sont nécessaires au bon fonctionnement du réacteur car elles permettent de réguler sa puissance. Le 11 mars 2011, les barres sont remontées automatiquement dans les réacteurs de Daiichi et ont stoppé la réaction en chaîne.

 

Aujourd’hui au réacteur 2 de Fukushima Daiichi, le paysage du dessous de cuve est tout autre, voilà ce qu’on peut en voir :

Commandes des barres de contrôle du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (photo Tepco)

Commandes des barres de contrôle du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (photo Tepco)

A partir d’un montage de Tepco, le site Simply Info a évalué l’emplacement du trou dans la grille ("HOLE" sur l’illustration ci-dessous).

Illustration Simply Info

Illustration Simply Info

Tepco a également fourni un plan de la plateforme avec la situation du trou :

Illustration Tepco

Illustration Tepco

Aire d’investigation et évocation des dégâts (Illustration Asahi Shimbun)

Aire d’investigation et évocation des dégâts (Illustration Asahi Shimbun)

Le caillebotis est recouvert de morceaux de matière noire qui pourrait bien être du corium solidifié. Le trou dans la plateforme, juste sous la cuve, évoque le passage du corium. Ayant pu chauffer à l’intérieur de la cuve jusqu’à 2 à 3000°C, celui-ci a facilement pu faire fondre les barres de contrôle et comme le fond de cuve est percé de multiples trous (voir photos ci-dessous), le magma radioactif n’a pas eu de mal à traverser la passoire.

Ces trous servent à faire coulisser les barres de contrôle qui sont situées sous la cuve. C'est un vieux système des réacteurs Mark-I ou Mark-II, conçus par General Electric, qui a démontré sa grande faiblesse. Aujourd'hui, il existe encore beaucoup de centrales nucléaires qui l'utiisent, notamment aux Etats-Unis. En France, le système est différent, il est actionné par le haut.

Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)
Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)

Les fonds de cuve des réacteurs de Fukushima Daiichi sont des passoires (97 trous pour le n°1, 137 pour les réacteurs 2, 3, 4, 5 et 185 pour le réacteur n°6)

On peut facilement imaginer, puisque trou il y a, que le corium est tombé sur le caillebotis, l’a rendu mou à cause de la chaleur et l’a déformé jusqu’à percement à cause de sa densité 20 fois plus importante que celle de l’eau. La suite logique est qu’il est tombé dans le fond de l’enceinte de confinement. Là, l’interaction corium-béton, bien connue des spécialistes, a fait disparaître le béton petit à petit. On ne connaît pas la profondeur du trou – n’ayez crainte Tepco nous l’annoncera un jour – mais peu importe, le mal est fait depuis 6 ans déjà et la pollution est permanente à cause de l’eau. L’investigation du 26 mars 2012 nous avait appris qu’il y avait 60 cm d’eau au fond de l’enceinte à une température d’environ 50°C, malgré un apport de plus de 100 m3/jour.  Le corium est donc bien proche et l’eau extrêmement contaminée file dans les sous-sols et la nappe phréatique. Le corium n’a pas besoin de s’être enfoncé dans le sol pour polluer la nappe phréatique et l’océan Pacifique.

De fait, les niveaux de pollution de la nappe phréatique en aval du réacteur 2 ont toujours été gigantesques. Les dernières données de Tepco relevées par le site Fukushima Diary montraient des niveaux importants en strontium 90 pour des échantillons pris non loin du réacteur 2, côté mer : puits 1-06 : 750 000 Bq/L, puits 1-14 : 54 000 Bq/L, puits 1-16 : 200 000 Bq/L (5 février 2016). Et il faut se souvenir que Tepco a avoué durant l’été 2013 que 300 m3 d’eau contaminée allaient directement des sous-sols de la centrale à l’océan Pacifique chaque jour.

 

Une partie du corium du réacteur 2 a pu aussi se déverser dans la piscine torique. On en retrouvera partout assurément. Il faut se souvenir du corium de Tchernobyl qui se trouve encore, 30 ans après les faits, réparti sur plusieurs niveaux de la centrale ukrainienne.

Répartition du corium de Tchernobyl. Aucun démantèlement depuis trente ans.

Répartition du corium de Tchernobyl. Aucun démantèlement depuis trente ans.

A Fukushima Daiichi, Hiroshi Miyano, professeur à l'Université Hosei et président de la commission d'étude pour le démantèlement de la centrale de Fukushima Daiichi, a déclaré que « Le niveau extrêmement élevé de radiations mesuré à un endroit, s'il est exact, peut indiquer que le combustible n'est pas loin et qu'il n'est pas recouvert d'eau ».

Mais les plus de 500 Sv/h relevés sous la cuve et le trou dans la grille risquent fort d’empêcher Tepco de poursuivre ses investigations comme il l’avait prévu. En effet, le petit robot qu’ils comptaient envoyer en éclaireur devait passer sur cette grille. Or il n’a pas été conçu pour rencontrer des débris collés à la grille ou des trous. Il était prévu également pour mener une mission de 10 heures (la dernière investigation avait donné une radioactivité de 73 Sv/h). La radioactivité ambiante réactualisée le rendra inutilisable probablement au bout d’une ou deux heures seulement.

Le robot que Tepco compte utiliser pour les explorations futures

Le robot que Tepco compte utiliser pour les explorations futures

Pour mémoire, le réacteur 2 de Fukushima Daiichi a subi une explosion, sans doute au niveau de la piscine torique, le 15 mars 2011 vers 6h10. A partir de cette date, une énorme quantité de radioactivité s’est échappée de ce réacteur qui, malgré ses murs extérieurs intacts, rejetait un panache de vapeur permanent par le trou du panneau d’évent (déjà ouvert le 13 mars 2011).

Panache de vapeur visible le 23 mars 2011

Panache de vapeur visible le 23 mars 2011

Trou du panneau d’évent du BR2 (façade est)

Trou du panneau d’évent du BR2 (façade est)

Cette radioactivité venait soit directement du puits de cuve, à la verticale du réacteur, comme le montre cette photo gamma (880 mSv/h en juin 2013) (ce qui prouve au passage que le couvercle de la cuve n'est plus étanche),

L’intérieur du réacteur 2 (d’après une photo gamma Tepco)

L’intérieur du réacteur 2 (d’après une photo gamma Tepco)

soit par une cheminée de ventilation provenant du sous-sol, qui est bien visible sur la photo ci-dessous (angle nord-ouest du bâtiment-réacteur).

Cheminée de ventilation du réacteur 2 (photo Tepco)

Cheminée de ventilation du réacteur 2 (photo Tepco)

On n’a donc pas fini de parler de Fukushima. Tepco compte sur 40 ans pour démanteler le site, mais il est probable que dans plusieurs siècles on en parle encore.

 

Pierre Fetet

 

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Documents de synthèse de Tepco

2 février :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170202_01-e.pdf

30 janvier :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170130_02-e.pdf

26 janvier :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170126_01-e.pdf

Vidéo du 26 janvier 2017

http://www.tepco.co.jp/en/news/library/archive-e.html?video_uuid=udr1gg5z&catid=61785

 

 

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Mise à jour (08/02/17)

 

Tepco a donné plus d'informations sur la localisation de la mesure de 530 Sv/h (qui d'ailleurs n'est qu'une estimation faite à partir de la caméra avec marge d'erreur de 30%).

Voici le nouveau schéma diffusé par l'opérateur qui montre l'endroit précis (point n°2) où l'estimation de 530 Sv/h a été faite, suivi de la photo reconstituée de l'endroit :

Schéma de localisation des mesures (merci à Masaichi Shiozaki pour la traduction !)

Schéma de localisation des mesures (merci à Masaichi Shiozaki pour la traduction !)

Partie de la passerelle où a été observée une masse de métal fondu très radioactif selon l'estimation (530 Sv/h)

Partie de la passerelle où a été observée une masse de métal fondu très radioactif selon l'estimation (530 Sv/h)

Si la masse fondue est du corium, on s'explique mal comment il a pu arriver à cet endroit. On observe également qu'il n'y a "que" 20 Sv/h sous la cuve (à l'entrée du socle), alors que l'on se rapproche du trou dans la plateforme. Les investigations futures dans ce secteur devront essayer de répondre à ces problématiques. Dernière remarque relevée par Masaichi Shiozaki : Tepco précise qu'au moment de l'arrêt du réacteur 2, donc en 2011, le débit de dose pour les assemblages de combustible était de plusieurs dizaines de milliers de Sv/h. Tepco nous habitue progressivement aux grands nombres. Plus on se rapprochera du corium, plus on mesurera une haute radioactivité. Ce qu'il ne faut pas confondre avec une augmentation de la radioactivité.

 

Source des deux dernières illustrations :

http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/handouts/2017/images1/handouts_170206_05-j.pdf

 

 

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Mise à jour (09/02/17)

 

Selon Kyodo News, lors du nettoyage de la passerelle avec un jet d'eau à haute pression, l'image transmise par la caméra est devenue sombre. Bref, la caméra a grillé. Tepco a relevé une radioactivité de 650 Sieverts par heure, soit 120 Sieverts de plus que la dernière mesure communiquée fin janvier. De ce fait, l'opération a été interrompue. Cela ralentit (voire compromet ?) la poursuite des investigations. La passerelle doit en effet être dégagée de tout débris pour laisser passer le petit robot prospecteur Scorpion, censé supporter une radioactivité de 1000 Sv/h.

(Source : http://english.kyodonews.jp/news/2017/02/457859.html)

 

Selon Tepco, les "sédiments" (peut-être des fragments de corium) ont été détachés sur un mètre (sur les 5 mètres planifiés). Car plus on approche du socle de la cuve, plus la couche est épaisse et difficile à décoller.

 

Localisation du nettoyage (Extrait du rapport de Tepco du 9 février 2017)

Localisation du nettoyage (Extrait du rapport de Tepco du 9 février 2017)

La vidéo du décapage des "sédiments" est visible à cette adresse :

http://www.tepco.co.jp/tepconews/library/archive-j.html?video_uuid=x9n765q1&catid=69619

 

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Mise à jour (15/02/17)

 

Tepco continue de communiquer des infos sur les investigations du réacteur 2.

La photo reconstituée montre que la plateforme comporte au moins 3 trous et qu'elle est déformée par endroit.

Vue globale de la plateforme (photo Tepco)

Vue globale de la plateforme (photo Tepco)

Plan de la plateforme. Les parties rouges sont manquantes.

Plan de la plateforme. Les parties rouges sont manquantes.

Le plan de la plateforme ne montre que deux trous. La photo commentée en montre un troisième du côté sud du réacteur non représenté sur le plan. On peut en déduire que le corium a fui par plusieurs trous depuis le fond de la cuve.

Le corium, en toute logique, doit se trouver en dessous, en fond de cuve de confinement, ou encore plus bas s'il y a eu une interaction corium-béton. Pour en savoir plus, le robot Scorpion devra s'approcher d'un trou et diriger sa caméra vers le fond de l'enceinte.

Source : http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/handouts/2017/images1/handouts_170215_08-j.pdf

 

 

______________________________

Mise à jour (16/02/17)

 

Le robot Scorpion est entré dans l'enceinte de confinement et s'est avancé sur la passerelle jusqu'à la plateforme sous la cuve, mais sans pouvoir aller plus loin car une chenille ne fonctionnait plus.

Le robot Scorpion avançant sur la passerelle

Le robot Scorpion avançant sur la passerelle

Ouverture du socle (photo Tepco)

Ouverture du socle (photo Tepco)

A trois mètres du socle, le robot a relevé 210 Sv/h et 16,5°C.

Extrait du rapport de Tepco

Extrait du rapport de Tepco

Vidéo de l'exploration visible ici :

http://www.tepco.co.jp/en/news/library/archive-e.html?video_uuid=ptc4lm8y&catid=61785

 

Rapport Tepco du 16/02/17 : http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2017/images/handouts_170216_01-e.pdf

______________________________

Mise à jour (25/02/17)

 

Tepco diffuse à nouveau cette image du dessous du réacteur 2 avec les barres de contrôle.

Barres de contrôle sous la cuve du réacteur 2 (photo Tepco)

Barres de contrôle sous la cuve du réacteur 2 (photo Tepco)

Il diffuse aussi une nouvelle image de l'état de la passerelle avec ses trous.

Plateforme sous la cuve du BR2 (photo Tepco)

Plateforme sous la cuve du BR2 (photo Tepco)

Tepco diffuse également un rapport, mais uniquement en japonais.

Celui-ci envisage une autre mission robotique d'exploration du réacteur 2.

Toujours par le même conduit, un robot de même type que le précédent (assez fin pour passer dans un tuyau) sera envoyé sur une passerelle qui se situe autour du socle de la cuve. Après avoir fait la moitié du tour du socle, le robot laissera pendre une caméra et un dosimètre pour voir l'état de la base de l'enceinte de confinement à côté du socle. A cet endroit, on devrait également apercevoir une ouverture d'accès au dessous de la cuve du réacteur, là où en toute logique, le corium est tombé.

 

Chose très rare pour Tepco, une flaque de corium est représentée sortant par cette ouverture. Manifestement, Tepco s'attend à en trouver sur tout le fond.

 

A droite, corium apparaissant sous forme de flaque bleue (schéma Tepco-IRID : 燃料デブリの広がり(イメージ)

A droite, corium apparaissant sous forme de flaque bleue (schéma Tepco-IRID : 燃料デブリの広がり(イメージ)

Reconstitution de la passerelle autour du socle (photo Tepco)

Reconstitution de la passerelle autour du socle (photo Tepco)

Adresse du rapport complet (en japonais)

http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/roadmap/2017/images1/d170223_08-j.pdf

Le site du Mainichi a mis en ligne aujourd'hui des photos de l'intérieur du réacteur 5 de Fukushima Daiichi. Ces photos sont très intéressantes car elles permettent de voir en net ce que le robot voit en flou dans le réacteur 2.

La passerelle d'accès aux barres de contrôle du réacteur 5 (photo Mainichi)

La passerelle d'accès aux barres de contrôle du réacteur 5 (photo Mainichi)

La plateforme sous la cuve du réacteur 5 (photo Mainichi)

La plateforme sous la cuve du réacteur 5 (photo Mainichi)

_____________________

Mise à jour (10/05/17)

 

IRID et Tepco ont édité un rapport final en anglais sur les investigations du réacteur 2.

Il a été publié par le site Simply Info avec des commentaires à cette adresse :

http://www.fukuleaks.org/web/?p=16208

 

Du nouveau au réacteur 2 de Fukushima Daiichi

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 09:32

Situation de l’épicentre par rapport à la centrale de Fukushima DaiichiAlors que le Premier ministre japonais, depuis l’Argentine, donnait un ordre d’évacuation concernant 100 000 personnes, on a tremblé aussi hier soir à Fukushima Informations en apprenant la nouvelle d’un tsunami. A 5h59 au Japon et 22h59 en Europe, un tremblement de terre d’une magnitude annoncée de 7,3 (puis abaissée à 6,9) a eu lieu au large de la centrale de Fukushima Daiichi, produisant un tsunami annoncé de 3 m (en réalité jusque 1,4 m aux alentours de Sendai). Les souvenirs des évènements de mars 2011 se sont soudain réactivés. Quelques personnes ont été légèrement blessées et un début d’incendie a été signalé dans une raffinerie. Mais l’alerte a été levée. Selon Tepco, aucun problème majeur n’a été recensé sur le site de Fukushima Daiichi. Cette secousse de rappel nous fait cependant frémir avec raison, car les problèmes atomiques sont loin d’être réglés.

Le séisme a eu lieu à 33 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce n’est pas la première fois que ce point précis tremble. Déjà en 2011, il avait donné plusieurs séismes d’une magnitude supérieure à 6. Sa profondeur est très faible : 10 km. Les séismes d’une magnitude supérieure à 4 sont le plus souvent à une profondeur de 20 à 40 km. Le grand tremblement de terre du 11 mars 2011 s’était produit par exemple à 32 km de profondeur. Or plus l’épicentre est proche de la surface, plus il est dévastateur car l’onde de choc est moins amortie. Je ne suis pas sismologue mais c’est ce que je remarque : l’homme est suffisamment idiot pour construire des centrales nucléaires à 30 km d’une faille active...

En ce point précis, la première secousse a eu lieu à 3h25, magnitude 4,6 : pas de quoi réveiller les Japonais qui ont l’habitude de ce genre de séisme qui est ressenti faiblement en intensité sur la côte (intensité 1 à 2). Mais à 5h59, le séisme de magnitude 7,3 provoque l’alerte générale et les ordres d’évacuation. Un tsunami de 3 m est annoncé.

Le tremblement de terre a provoqué l’arrêt du système de refroidissement de la piscine n°3 de combustible de la centrale nucléaire à l’arrêt de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cette information n’est pas anodine car la piscine n°3 de cette centrale contient 2544 assemblages de combustible nucléaire qu’il est impératif de refroidir en toute circonstance, sans quoi il y a risque d’évaporation de l’eau et d’embrasement aérien du combustible. Cela nous rappelle que même sans explosion de centrale et sans guerre, le feu nucléaire est toujours possible à cause de l’existence même de piscines de combustible sans enceinte de confinement.

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Piscine de Fukushima Daini : c’est beau, c’est propre, mais c’est extrêmement dangereux

Ce séisme qui finalement n’aura pas d’autres conséquences apparentes a été suivi de nombreuses répliques, 44 à l’heure où j’écris :

Heure (JST)

Latitude

Longitude

Profondeur

Magnitude

Région

03:25 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.6

Fukushima-ken Oki

05:59 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

10 km

7.3

Fukushima-ken Oki

06:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.4E

40 km

5.4

Fukushima-ken Oki

06:39 JST 22 Nov 2016

37.3N

140.9E

50 km

5.5

Fukushima-ken Hamadori

06:51 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.9

Fukushima-ken Oki

08:23 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.7

Fukushima-ken Oki

08:40 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.6

Fukushima-ken Oki

08:52 JST 22 Nov 2016

38.0N

141.3E

10 km

3.8

Miyagi-ken Oki

08:56 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:03 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

40 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:04 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:08 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

40 km

4.1

Fukushima-ken Oki

09:14 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

20 km

3.7

Fukushima-ken Oki

09:18 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.6

Fukushima-ken Oki

09:28 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

40 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:29 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

09:32 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

09:36 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

09:47 JST 22 Nov 2016

37.4N

141.6E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

09:49 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

09:53 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

very shallow

3.7

Fukushima-ken Oki

10:09 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

10:19 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

3.8

Fukushima-ken Oki

10:31 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

10 km

4.9

Fukushima-ken Oki

10:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

4.9

Fukushima-ken Oki

11:15 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

11:16 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

3.5

Fukushima-ken Oki

11:24 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

12:06 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

12:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

12:38 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

20 km

3.9

Fukushima-ken Oki

12:55 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

13:01 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

10 km

4.5

Fukushima-ken Oki

13:04 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.6E

20 km

4.0

Fukushima-ken Oki

13:26 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

14:17 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.3E

30 km

4.0

Fukushima-ken Oki

14:48 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.2

Fukushima-ken Oki

15:14 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.6E

30 km

3.7

Fukushima-ken Oki

16:32 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.5E

30 km

4.3

Fukushima-ken Oki

17:03 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

40 km

3.7

Fukushima-ken Oki

17:14 JST 22 Nov 2016

37.1N

141.5E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:25 JST 22 Nov 2016

37.2N

141.4E

30 km

4.1

Fukushima-ken Oki

17:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.5

Fukushima-ken Oki

18:49 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

30 km

4.4

Fukushima-ken Oki

19:10 JST 22 Nov 2016

37.3N

141.5E

20 km

4.1

Fukushima-ken Oki

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Carte du séisme de 5h59 diffusée par la Japan Meteorological Agency

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Arrivée de la vague à 8h41 à Tagajo, près de Sendai (@yabatters)

Penser que Fukushima, c’est réglé, est une erreur. L’épée de Damoclès est toujours là. Alors que 300 tonnes d’eau hautement radioactive se déversent chaque jour dans l’océan Pacifique, alors que trois coriums se retrouvent dans les sous-sols des réacteurs 1, 2 et 3, il y a encore 3 piscines à vider sur le site de Fukushima Daiichi :

- piscine 1 : 392 assemblages

- piscine 2 : 615 assemblages

- piscine 3 : 566 assemblages

 

Ce qui fait en tout 1573 assemblages, soit la bagatelle de 270 tonnes de combustible nucléaire encore prisonnier des ruines ou de la radioactivité. Tepco vient d’annoncer qu’ils ne pourraient pas respecter leur feuille de route et qu’ils repoussaient le vidage de la piscine 3 qui était prévu en mars 2018. La raison invoquée est qu’il y a trop de radioactivité et qu'il faut protéger les travailleurs. Ça ne serait pas étonnant qu’ils reportent cette opération à haut risque après les JO de 2020, de peur que cela ne fasse trop de vague et ternisse l’image d’un Fukushima « propre » que le gouvernement Abe, aidé des médias, construit petit à petit…

 

Pierre Fetet

_________________

Mise à jour 22/11/16 20h40

 

Le site de Fukushima Daiichi a quand même été bien secoué lors de ce séisme. Tepco vient d'avouer que de l'eau de la piscine commune était sortie de la piscine et s'était répandue sur une surface de 2 x 3 m (source : Fukushima Diary). C'est un peu comme si on donnait un coup de pied dans une cuvette d'eau. L'onde de choc provoque un tsunami dans la mer et fait de grosses vagues dans les piscines. Il ne faudrait pas qu'il lui arrive quelque chose de fâcheux à cette piscine parce que pour le coup, celle-là est à toc : plus de 1000 tonnes de combustible nucléaire y sont entreposées !

 

Tepco dit aussi que le poste de surveillance de la radioactivité de l'océan situé à l'extrémité de la jetée du port de la centrale a été mis hors service en raison du tremblement de terre.

 

Iori Mochizuki remarque avec raison que Tepco s'était empressé, 40 minutes après le séisme, de dire que le tsunami d'un mètre de hauteur n'avait pas affecté la centrale...

 

On a appris aussi par l'Asahi que Tepco avait coupé manuellement le transfert de l'eau contaminée pour éviter une fuite éventuelle durant le tsunami (source : http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Enfin, selon le Japan Times, ce tremblement de terre est une réplique du séisme de 2011. Il aurait été provoqué par une plaque de roche qui aurait glissé verticalement, créant un écart dans le niveau des fonds marins et poussant l'eau de mer. Selon Tepco, les accélérations constatées à la centrale de Fukushma Daiichi auraient été de  54,2 gal, 68,4 gal et 65,9 gal. (source Fukuleaks)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

Les Japonais évacuant les côtes au petit matin (photo AP/SIPA)

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:31

J’ai pris connaissance il y a quelques jours d’une carte qui m’a tout de suite interpellé. Elle affiche des mesures de la radioactivité à la fois précises et inquiétantes. Ne connaissant pas le japonais, j’ai demandé à Kurumi Sugita, présidente de l’association Nos voisins lointains 3.11, de me traduire le texte.

 

Elle a tout de suite accepté et m’a expliqué de quoi il s’agissait : « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Fukuichi shûhen kankyôhôshasen monitoring project) est mené par une équipe de bénévoles relativement âgés (qui sont moins radiosensibles que les jeunes) pour réaliser des mesures de radioactivité avec un maillage serré de 75 x 100 m pour la radioactivité dans l'air et 375 x 500 m pour la contamination du sol. Les mesures de radioactivité ambiante et du sol sont réalisées principalement dans la ville de Minamisōma et aux alentours. Ils essaient de réaliser des mesures détaillées afin de montrer aux habitants les conditions réelles de leur vie, et également d’accumuler des données en vue de l’analyse des dommages sanitaires et environnementaux qui peuvent se montrer à long terme. »

 

Grâce à la traduction de Kurumi et avec l'accord de M. Ozawa, auteur du document, j’ai pu réaliser une version française de cette carte que vous trouverez ci-dessous.

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Dans le cadre de la normalisation des territoires contaminés en zones habitables, l'ordre d'évacuation de l'arrondissement d’Odaka de la ville de Minamisōma a été levé le 12 juillet 2016, excepté la zone qui longe Namie (hameau d’Ohatake où habite un seul ménage) classée comme zone de "retour difficile".

 

Situation de la zone étudiée

Situation de la zone étudiée

La carte de contamination examine les secteurs de Kanaya et Kawabusa de l’arrondissement d’Odaka, à une quinzaine de kilomètres de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi. M. Ozawa, l’ingénieur qui a lancé cette enquête, a choisi la précision des mesures, c'est-à-dire qu’il s’emploie à mesurer la radioactivité avec des radiamètres à scintillation de laboratoire : Hitachi Aloka TCS172B, Hitachi Aloka TGS146B et Canberra NaI Scintillation Detector.

 

L’originalité de sa carte tient autant à la qualité de réalisation qu’à l’abondance de renseignements : on peut y lire, pour chacun des 36 prélèvements effectués, des mesures en Bq/m², en Bq/kg, en µSv/h à trois hauteurs différentes du sol (1 m, 50 cm, 1 cm) et en cpm (coups par minute) à la hauteur de 1 cm. Pour qui connaît un peu la radioactivité, ce sont des informations très précieuses. Habituellement, les mesures sont données en l’une ou l’autre unité, mais jamais simultanément avec 4 unités. Les organismes officiels devraient prendre exemple sur cette manière de travailler.

 

Les mesures que dévoile la carte sont très inquiétantes. Elles montrent que la terre a un niveau de contamination qui ferait d’elle un déchet radioactif dans n’importe quel pays non contaminé. Comme l’écrit M. Ozawa, ces terrains devraient être considérés comme une « zone contrôlée », c’est-à-dire un espace sécurisé, comme dans les centrales nucléaires, où l’on doit vérifier constamment les doses reçues. Dans les faits, c’est pire que dans une centrale car au Japon, on demande aux habitants évacués depuis 5 ans et demi de rentrer chez eux alors que l’on sait pertinemment qu’ils seront irradiés (jusqu’à 20 mSv/an) et contaminés (par inhalation et ingestion).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

Cette recherche citoyenne est remarquable à plus d’un titre :

 

- Elle est indépendante de toute organisation. Aucun lobby n’intervient pour modifier ou atténuer telle ou telle mesure. Ce sont juste des données brutes, prises par des gens honnêtes, en recherche de vérité.

 

- Elle respecte un protocole scientifique, expliqué sur la carte. Il y aura toujours des gens pour critiquer tel ou tel aspect de la démarche, mais celle-ci est rigoureuse et objective.

 

- Elle prend des mesures à 1 m du sol mais aussi à 1 cm du sol. Cette démarche est plus logique car les hommes marchent sur le sol jusqu’à présent non ? Les cartes de contamination du Japon montrent souvent des mesures à 1 m du sol, ce qui ne reflète pas la réalité et semble être fait pour minimiser les faits. En effet, la mesure est souvent deux fois plus élevée à 1 cm du sol qu’à 1 m.

 

- Elle agit comme un révélateur. M. Ozawa et son équipe sont des lanceurs d’alerte. Leurs cartes disent : faites attention ! Des lois se contredisent au Japon. Ce que prétend le gouvernement, à savoir qu’une dose de 20 mSv/an ne produira pas d’effet sanitaire, n’est pas forcément la vérité. Si vous revenez, vous allez bel et bien être irradiés et contaminés. La France se prépare à la même forfaiture, à savoir qu’ « elle est en train de transposer en droit national les dispositions de la directive 2013/59/Euratom : les autorités françaises ont retenu la borne supérieure de l’intervalle : 100 mSv pour la phase d’urgence et 20 mSv pour les 12 mois suivants (et pour les années suivantes rien ne garantit que ce niveau de référence ne sera pas reconduit). Ces valeurs s’appliquent à tous, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes ! » (source Criirad)

 

Le gouvernement japonais demande aux habitants de rentrer chez eux et supprime les indemnités aux évacués. Les JO approchent, la région de Fukushima doit être perçue comme « normale » pour que les sportifs et les supporters du monde entier n’aient pas peur, quitte à sacrifier la santé des populations locales. Il faut donc faire connaître la carte de M. Ozawa pour que les futures campagnes publicitaires n’étouffent pas la réalité des faits.

 

Pierre Fetet

 

 

____________________

 

Pour en savoir plus :

 

M. Ozawa dans un reportage de la RTBF

La poussière qui s’envole avec ses radionucléides à Minamisōma

Article sur le retour en zone contaminée du blog Nos voisins lointains 3.11

http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/08/22/Le-retour-aux-zones-contamin%C3%A9es

 

Les données concernant les mesures à Minamisōma

http://www.f1-monitoring-project.jp/open_deta.html

 

Site internet de l’équipe militante :

http://www.f1-monitoring-project.jp/index.html

 

Adresse de la carte d’origine (HD)

http://www.f1-monitoring-project.jp/dirtsfiles/20161104-Odaka-Kanaya-Kawabusa-s.jpg

 

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

Cet article et sa carte ont été traduits en anglais par Hervé Courtois à cette adresse :

https://nuclear-news.net/2016/11/12/the-minamisoma-whistleblowers-fukushima/

 

Voici la traduction de la carte en anglais :

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

 

Anciens articles du blog de Fukushima concernant Minamisōma

 

Poussière noire à Minamisoma (17/02/2012)

Selon les informations rapportées par le blog EX-SKF , on a trouvé à Minamisoma une mystérieuse poussière noire radioactive déposée sur le sol dans de nombreux endroits de la ville. Sa radioactivité en césium a été évaluée à plus d'un million de becquerels/kg....

 

Des nouvelles de Minamisoma (11/02/2012)

Depuis l’année dernière, Minamisoma est devenue une ville très connue du Japon car elle est située à 25 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Lors de la catastrophe, son maire Katsunobu Sakurai avait envoyé un appel à l’aide sur YouTube, entendu...

 

I'll send an SOS to the world : I hope that someone gets my message in a bottle (24/07/2011)

On se souvient encore du SOS lancé sur YouTube en mars dernier par Katsunobu Sakurai, maire de la ville de Minamisoma (70 000 habitants avant l’accident), qui lui a valu une notoriété mondiale. Dominique Leglu en avait fait l’écho dans son blog en relevant...

 

"Grey zone" d’Alain de Halleux : un film à soutenir (23/05/2012)

Alain de Halleux, connu pour son engagement avec la réalisation des films « RAS : nucléaire, rien à signaler », « Chernobyl 4 ever » et « Récits de Fukushima », s’est engagé dans un nouveau film sur Fukushima. Le réalisateur s’est rendu à Minamisoma en...

 

Aide directe aux habitants de Minamisoma (24/12/2011)

« J’arrive au bout de mon voyage. Je ne peux clamer : « Evacuons TOUS les enfants du district de Fukushima ! », comme je le pensais avant de partir. Dire cela, correspond à une position idéologique. Si je faisais ça, je ressemblerais à TEPCO ou à tous...

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 16:23

Titre original : Japan’s government should stay out of U.S. sailors’ lawsuit against Tepco

 

Source : site The Japan Times, 2 novembre 2016 http://urlz.fr/4kuB

 

Auteur : Brian Victoria. Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch.

 

Traduction : Odile Girard (http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Lédende photo : La voix du village antinucléaire : en mai dernier, l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi assiste à une conférence de presse à Carlsbad, en Californie, avec d'anciens Marines américains qui ont intenté une action en justice contre Tepco pour des problèmes de santé qui ont selon eux ont pour origine la catastrophe nucléaire de Fukushima. L'auteur de cet article, Brian Victoria, qui était l’interprète de Koizumi pendant le voyage, est visible à gauche.

 

-oOo-

 

 

Le gouvernement japonais ne doit pas se mêler du procès des marins américains contre Tepco

 

[Lettre adressée au Premier Ministre japonais Shinzo Abe]

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Tout d’abord, je voudrais remercier le gouvernement japonais d’avoir finalement, après quatre longues années de silence, pris position concernant le procès mené aux États-Unis contre Tokyo Electric Power Company par plus de 450 marins, militaires et civils, qui se trouvaient à bord de l’USS Reagan et des vaisseaux militaires l’accompagnant au large du Tohoku après le 11 mars 2011.

 

Ces jeunes souffrent de sévères problèmes de santé résultant, selon eux, de l’exposition aux radiations subie pendant leur participation à l’Opération Tomodachi, la mission de secours humanitaire de l’armée américaine, lancée pour répondre au grand séisme et au tsunami qui avaient frappé le Japon de l’Est et les multiples fusions des réacteurs qui en ont résulté à la centrale nucléaire de Fukushima No.1 en mars 2011.

 

Si nous apprécions le fait que le gouvernement japonais ait reconnu officiellement l’existence du procès, le soutien inconditionnel que le gouvernement a apporté à Tepco est profondément inquiétant. Aujourd’hui encore, les personnels militaires américains se trouvent dans l’impossibilité de demander justice, parce que Tepco, avec l’appui du gouvernement japonais, se démène pour s’assurer que l’affaire ne soit jamais instruite dans un tribunal américain.

 

Le gouvernement a soumis un mémoire d’amicus curiae  le 3 février à la Cour d ‘appel du neuvième circuit [cour d’appel fédérale des États-Unis, sise à San Francisco]. Un mémoire d’amicus curiae (littéralement « ami de la cour ») est un mémoire présenté par une partie qui n’est pas directement impliquée dans l’affaire, dans l’espoir d’influencer le résultat. Ce mémoire contient deux points :

 

     1. «  le gouvernement du Japon a mis en place un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. »

 

     2. « Les demandes de dommages et intérêts présentées dans des tribunaux hors Japon menacent la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement japonais. »

 

Prenons le premier point : Si le gouvernement japonais avait véritablement « un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes, » les soldats américains n’auraient pas besoin d’aller en justice. Toutefois, comme vous le savez, le gouvernement japonais et les services gouvernementaux n’ont pas, à ce jour, versé un seul yen à une victime de l’exposition aux radiations de Fukushima No.1 qui ne soit pas liée à Tepco. C’est notamment le cas des 173 enfants de la préfecture qui ont été opérés après un diagnostic de suspicion de cancer, et dont le cancer a été confirmé chez 131 d’entre eux.

 

Si le gouvernement japonais ne veut pas admettre que les souffrances de ses propres enfants ont été causées par l’exposition aux radiations, quelle chance peuvent avoir de jeunes Américains de voir reconnaître comme telles les maladies apparemment radio-induites dont ils souffrent, sans parler de se voir indemniser, au Japon ?

 

En outre, au moins sept de ces jeunes Américains auparavant en parfaite santé sont déjà morts et beaucoup d’autres sont trop malades pour se rendre au Japon même s’ils pouvaient se le permettre ; ils seraient encore moins en mesure de rester dans le pays durant les longues procédures juridiques qui, dans ce genre de cas, peuvent prendre des années à résoudre. Sans parler bien sûr du poids des coûts juridiques, les frais de tribunaux, d’avocats japonais, de traduction des documents pertinents, etc. Et n’oublions jamais, Monsieur le Premier Ministre, que c’est le gouvernement japonais qui a appelé ces militaires américains à la rescousse.

 

Quant au second point mentionné plus haut, j’admets que le procès des soldats américains menace « la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement du Japon. » Si par exemple un tribunal américain décidait d’attribuer les maladies des plaignants à l’exposition aux radiations, comment le gouvernement japonais pourrait-il continuer à proclamer qu’aucune des nombreuses maladies dont souffrent actuellement les enfants et les adultes de Fukushima n’a rien à voir avec les radiations ? Les soldats américains sont véritablement « le canari dans la mine de charbon » dans cette démonstration des effets dangereux de l’exposition aux radiations. Et ce canari, le gouvernement japonais n’a pas moyen de le contrôler.

 

Imaginons maintenant qu’un tribunal américain accorde une indemnisation de 3 millions de dollars par personne, pour les décès, actuellement au nombre de sept, des soldats américains irradiés ; et que le gouvernement japonais, quant à lui, continue de refuser d’indemniser les maladies radio-induites, ne parlons pas de morts, de ses propres citoyens. Il est certain que la « viabilité » (et la réputation !) du gouvernement japonais dans son refus obstiné d’admettre les problèmes radio-induits de ceux qui ne sont pas des employés de Tepco en prendrait un coup. 

 

Permettez-moi pour terminer de rappeler qu’il y a un leader politique japonais qui a accepté d’engager sa responsabilité personnelle dans cette affaire de blessures infligées à des soldats américains. Je veux parler ici de l’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi qui, après avoir rencontré des soldats malades à San Diego en mai, a lancé un fond destiné à couvrir un maximum des besoins médicaux de ces marins.

 

Heureusement, grâce au soutien de milliers de Japonais ordinaires, il a déjà réussi à lever 700 000 dollars, sur un objectif d’un million de dollars. Les larmes aux yeux, Koizumi a expliqué qu’il ne pouvait pas ignorer la souffrance de centaines de jeunes Américains en parfaite santé avant l’accident et qui ont de leur plein gré accepté de risquer leur vie pour venir en aide à la population japonaise.

 

Monsieur le Premier Ministre, je vous conjure de mettre fin au soutien juridique inconditionnel fourni par le gouvernement à Tepco. Et si le gouvernement japonais a une conscience, accordez immédiatement assistance médicale et indemnisation aux centaines de victimes américaines de l’Opération Tomodachi.

 

BRIAN VICTORIA

Kyoto

 

 

 

Veuillez envoyer vos commentaires ou vos articles (adressés aux hommes politiques locaux ou nationaux, ou aux autorités) à : community@japantimes.co.jp

 

 

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Autres articles du blog de Fukushima sur ce sujet

 

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

 

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:29

Les études scientifiques menées suite à la catastrophe de Fukushima révèlent petit à petit les conséquences de la radioactivité sur le vivant et en particulier sur la faune. Bien que publiées, elles restent néanmoins peu diffusées. C’est pourquoi je voudrais mettre un coup de projecteur sur certaines d’entre elles et faire connaître diverses observations dont on n’entend peu parler, afin de contrer cet espèce d’optimisme idiot qui consisterait à toujours relativiser les conséquences des faibles doses sur la vie. Toute dose de radioactivité, aussi faible soit elle, a des effets sur le vivant : les rayons ionisants cassent les molécules d’ADN.

Les oiseaux

 

La poussière radioactive diffusée dans l’atmosphère continuellement par le vent se prend dans les plumes des oiseaux. Ils subissent donc une irradiation externe permanente. On peut voir ces poussières en plaçant un oiseau contaminé sur du papier radiosensible durant un mois. En voici un exemple avec un oiseau ramassé à Iitate en décembre 2011. L’autoradiographie permet également de mettre en évidence que les oiseaux subissent également une contamination interne.

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Yasuo HORI a par ailleurs rapporté que certaines hirondelles de Fukushima subissent une dépigmentation, comme cela avait déjà été constaté à Tchernobyl. La Wild Bird Society of Japan a remarqué aussi que les plumes de la queue de certaines hirondelles japonaises étaient non uniformes.

 

Il faut dire qu’il a été trouvé jusqu’à 1,4 million de becquerels de césium radioactif par kilogramme (Bq/kg) dans les nids d’hirondelle des localités d’Ōkuma et de Namie. Dans le nid des mésanges, ce n’est pas mieux : 1,3 million de Bq/kg.

 

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

Selon les études de Tim Mousseau (université Caroline du Sud), la population d’une quinzaine d’espèces d’oiseaux vivant dans les régions contaminées de la préfecture de Fukushima diminue avec le temps, avec un taux de survie de 30%.

 

Une autre recherche axée sur une espèce de faucon qui revient dans le même nid tous les ans a également été conduite par une équipe de scientifiques menée par Naoki Murase (Université de Nagoya) jusqu’à une distance de 100 à 120 km du site de la centrale de Fukushima Daiichi. L’intérêt de cette étude est que les rapaces se situent au sommet d’une chaîne alimentaire et concentrent les radioéléments accumulés par leurs proies. Les auteurs ont démontré que la capacité reproductrice de l’oiseau était liée au rayonnement mesuré directement sous le nid : la radioactivité a un effet sur la lignée germinale de l’oiseau. La capacité des oiseaux à quitter le nid est tombée de 79 à 55 % en 2012, puis à 50 % en 2013.

 

Une autre étude enfin, publiée en 2015 par l'IRSN et le laboratoire d'Anders Møller (CNRS), a porté sur la dose totale – interne et externe – des oiseaux. Celle-ci a montré que 90 % des 57 espèces étudiées avaient été exposées de manière chronique à des débits de doses susceptibles d’affecter leur reproduction.

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Il y a donc trois facteurs qui affectent les êtres vivants dans des zones contaminées : l’irradiation ambiante (la dose que l’on reçoit en étant à côté d’un objet radioactif), la contamination externe (la poussière radioactive qui se colle à la peau, aux poils, aux plumes) et la contamination interne (les radionucléides ingérés ou piégés dans des organes).

 

Les papillons

 

La première preuve scientifique de dommages causés à un organisme vivant par la contamination radioactive due à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été donnée par l’équipe de la chercheuse Chiyo Nohara (Université d’Okinawa).

 

L’étude a mis en évidence les dommages physiologiques et génétiques d’un papillon commun du Japon, le Zizeeria maha. En mai 2011, certains montraient des anomalies relativement légères. Mais la première descendance des femelles de la première génération montraient des anomalies plus sérieuses, dont a hérité la deuxième génération. Les papillons adultes recueillis en septembre 2011 ont montré ensuite des anomalies encore plus sévères que ceux recueillis en mai : éclosions avortées, infertilité, réduction de la taille, ralentissement de la croissance, mortalité élevée et anomalies morphologiques (ailes atrophiées, courbées ou en surnombre, antennes difformes, yeux bosselés, couleur altérée).

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Les pucerons

 

En 2014, Shin-ichi Akimoto (université d'Hokkaido) a observé qu'environ 10 % de certains insectes, comme les pucerons, sont déformés à Fukushima. Mais leur survivance et leur descendance restent possible.

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Les vaches

 

Le phénomène des taches blanches (dépigmentation) qu’on observe sur les hirondelles de Fukushima et de Tchernobyl se retrouve aussi sur les vaches de Masami Yoshizawa, à la Ferme de l’Espoir, à Namie, localité située à 14 km de la centrale détruite.

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Les chevaux

 

Le biologiste Hayato Minamoto  a rapporté l’hécatombe qu’a subie Tokuei Hosokawa, fermier d’Iitate, qui a perdu une centaine de chevaux en deux ans. Cette localité avait enduré de plein fouet le nuage radioactif provenant de la centrale de Fukushima Daiichi en mars-avril 2011.

Chevaux d’Iitate

Chevaux d’Iitate

Les singes 

 

Entre avril 2012 et mars 2013, des chercheurs dirigés par Shin-ichi Hayama (Université japonaise des Sciences de la Vie et des Sciences Vétérinaires) ont analysé le sang de 61 macaques japonais vivant dans une forêt à 70 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La concentration totale de césium musculaire chez ces singes se trouvait entre 78 et 1778 Bq/kg. Or, des analyses de sang chez ces animaux ont révélé une faible quantité de globules blancs et de globules rouges, risquant de rendre les primates plus vulnérables. La baisse du nombre de globules était directement proportionnelle à la concentration de césium dans les muscles, ce qui laisse présumer une corrélation dose-effet. Les chercheurs estiment ainsi que l'exposition à des matières radioactives a contribué aux modifications hématologiques chez les singes de Fukushima.

Dessin de Julien Loïs

Dessin de Julien Loïs

Conclusion provisoire

 

Les conséquences de la radioactivité sur les animaux sont donc visibles pour qui veut bien se donner la peine d’observer ce qui se passe. Dans cet article, je ne me suis penché que sur quelques animaux (il y aurait d’autres cas à développer : le déclin de la population des cigales, l’augmentation de la cataracte des rongeurs, etc.). Les scientifiques pourraient faire des études similaires sur ce drôle d’animal qu’est l’homme, mais ce n’est pas politiquement correct.

 

Pourtant cela a déjà été fait, à Hiroshima et Nagasaki, puis à Tchernobyl. Par exemple, des études menées entre 1993 et 1998 sur des enfants ukrainiens avaient permis d’observer une baisse des globules sanguins, ce qui avait pu être relié à l’exposition de chaque enfant aux niveaux de césium selon son lieu de résidence. Par ailleurs, à Tokyo, de 2011 à 2014, le docteur Mita a observé que les globules blancs, spécialement les neutrophiles, diminuaient chez les enfants de moins de 10 ans (ce qui l’a poussé à déménager et à demander à ses patients de quitter cette ville). Mais non, il ne faut rien dire, il ne faut rien chercher.

 

Au Japon, le déni du danger est de mise. La seule mention d’un saignement de nez dans un manga peut provoquer une affaire nationale et une censure… Il n’est pas bien vu de parler des conséquences négatives de la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi. Il faut reconstruire, il faut oublier, il faut penser à l’avenir. Institutionnellement, on accepte une seule étude, celle du suivi des thyroïdes des enfants de Fukushima. C’est l’étude paravent qui cache la forêt de mensonges. Et encore, malgré 131 cancers confirmés en juin 2016, les scientifiques officiels nippons se refusent d’y voir les effets de la radioactivité.

 

Pierre Fetet

 

 

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En savoir plus :

 

1) Etudes scientifiques citées dans cet article

 

The biological impacts of the Fukushima nuclear accident on the pale grass blue butterfly, A. Hiyama, C. Nohara, S. Kinjo, W. Taira, S. Gima, A. Tanahara, J.-M. Otaki, 2012

 

Low blood cell counts in wild Japanese monkeys after the Fukushima Daiichi nuclear disaster, K. Ochiai, S. Hayama, S. Nakiri, S. Nakanishi, N. Ishii, T. Uno, T. Kato, F. Konno, Y. Kawamoto, S. Tsuchida, T. Omi, 2014

 

Morphological abnormalities in gall-forming aphids in a radiation-contaminated area near Fukushima Daiichi: selective impact of fallout?, S. Akimoto, 2014

 

Effects of the Fukushima Daiichi nuclear accident on goshawk reproduction, K. Murase, J. Murase, R. Horie, K. End, 2015

 

Radiological dose reconstruction for birds reconciles outcomes of Fukushima with knowledge of dose-effect relationships, J. Garnier-Laplace, K. Beaugelin-Seiller, C. Della-Vedova, J.-M. Métivier, C. Ritz, T. A. Mousseau, A. P. Møller, 2015

 

Cumulative effects of radioactivity from Fukushima on the abundance and biodiversity of birds, A. P. Møller, I. Nishiumi & T. A. Mousseau, 2015

 

 

2) Articles et dossier

 

Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça (Pierre Fetet)

 

Non, Tchernobyl n’est pas devenu une réserve naturelle (Timothy Mousseau)

 

A Fukushima, les souris sont aveugles et les oiseaux ne chantent plus (Anne-Laure Barral)

 

Les conséquences de la radioactivité sur la faune et la flore à Tchernobyl et à Fukushima (Dossier Phil Ansois)

 

 

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:38
Le discours du maire de Nagasaki le 9 août 2016

Source : Nagasaki mayor tells world: Visit to see how nukes affect humans”, article en ligne de Shohei Okada, membre de l’équipe de rédaction de The Asahi Shimbun, le 09/08/2016. Lien consulté le 11/08/2016 : http://www.asahi.com/ajw/articles/AJ201608090041.html

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Un groupe de choristes, survivants de la bombe atomique, chante lors de la cérémonie de paix au Parc de la Paix à Nagasaki le 9 août (Azumi Fukuoka)

 

Les armes nucléaires sont des armes cruelles qui détruisent des êtres humains.

 

           A l’instant précis où une unique bombe nucléaire larguée par un avion militaire américain au-dessus de la ville de Nagasaki explosa à 11h02 le 9 août 1945, la ville fut frappée d’une déflagration suivie d’une vague ardente, d’une intensité inouïe. Le cœur de Nagasaki était devenu l’enfer sur terre ; un enfer peuplé de silhouettes carbonisées, d’individus couverts de brûlures boursouflées, de passants éventrés déversant leurs organes, ou encore de gens transpercés, taillés en pièces par les innombrables débris de projectiles de verre.

          La radioactivité relâchée par la bombe a contaminé le corps des gens en provoquant des maladies et des handicaps qui continuent d’affliger ceux d’entre eux qui ont de justesse survécu au bombardement.

 

           Ainsi les armes nucléaires sont-elles des armes cruelles, qui détruisent aujourd’hui encore des êtres humains.

 

En mai dernier, le Président Obama fut le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre à Hiroshima, une ville bombardée par une arme nucléaire. En accomplissant ce geste, le président a montré au reste du monde combien il est important de voir de ses propres yeux, d’être à l’écoute, et de ressentir les choses par une expérience personnelle.

            J’adresse un message aux Chefs des Etats détenant l’arme nucléaire ainsi qu’à tous les pays, comme aux individus du monde entier : faîtes le déplacement jusqu’à Nagasaki et Hiroshima ; jugez par vous-même du désespoir des êtres humains victimes du champignon atomique. Car c’est en commençant par prendre toute la mesure de ce qu’il s’est réellement passé qu’on peut s’attacher ensuite à inventer un avenir sans armes nucléaires.

            Cette année, au Bureau des Nations Unies à Genève, différentes commissions ont entrepris d’élaborer un cadre juridique préparatoire aux prochaines négociations pour le désarmement nucléaire. La tenue de ce forum pour débattre de points de droit représente un énorme pas en avant. Toutefois, les puissances nucléaires n’ont pas assisté à ces rencontres, dont nous devrions connaître sous peu les conclusions. Par ailleurs, les nations détentrices de la dissuasion nucléaire continuent à entretenir des relations conflictuelles avec celles qui veulent entamer des négociations pour l’interdiction de l’arme nucléaire. Si cette situation perdure, alors les rencontres risquent de prendre fin sans qu’on puisse produire une feuille de route pour l’abolition des armes nucléaires.

            Je dis aux chefs des puissances nucléaires qu’il n’est pas encore trop tard. Rejoignez ces rencontres pour prendre part au débat.

            J’en appelle aux Nations Unies, aux gouvernements et aux assemblées nationales ainsi qu’à la société civile y compris les organisations non gouvernementales. Nous ne devons pas permettre l’éradication de ces tribunes qui permettent de débattre des cadres juridiques en faveur de l’abolition de l’arme nucléaire. A l’Assemblée Générale des Nations Unies à l’automne prochain, je vous en conjure, mettez en œuvre un forum afin de discuter et de négocier un cadre juridique visant à faire naître un monde sans armes nucléaires. Et je vous demande à tous, en tant que membres de la communauté des Hommes, de continuer de toutes vos forces à rechercher une solution viable.

            Certains pays en possession de l’arme nucléaire bâtissent en ce moment des programmes visant à rendre leurs armes nucléaires encore plus sophistiquées. Si cette situation continue, l’instauration d’un monde sans armes nucléaires va devenir encore plus improbable.

            Le temps est venu aujourd’hui pour vous tous de partager ensemble autant que faire se peut la sagesse commune, qui est d’agir de telle sorte que nous ne condamnions pas le futur de l’humanité.

            Le gouvernement du Japon tout en défendant l’abolition de l’arme nucléaire continue à dépendre de la dissuasion nucléaire. Il existe un moyen de dépasser cette contradiction, c’est de graver dans le marbre de la loi les Trois Principes Non-Nucléaires, puis de créer une “Zone Libre sans l’Arme Nucléaire en Asie du Nord-Est ” (NEA-NWFZ) une sorte de cadre de référence pour la sécurité, qui ne dépende pas de la dissuasion nucléaire. Le Japon est la seule nation au monde victime d’un bombardement nucléaire en temps de guerre, la nation qui peut comprendre au plus haut point le caractère inhumain de ces armes-là, c’est pourquoi je demande au gouvernement du Japon de prendre la tête d’une entreprise concrète en faveur de la création d’une zone libre de l’arme nucléaire, un concept propre à incarner la sagesse de l’Humanité.

 

            L’histoire de l’armement nucléaire c’est aussi une histoire de la Défiance.

 

Au cœur de cette défiance réciproque des nations entre elles, les pays nucléarisés ont développé des armes nucléaires toujours plus destructrices en visant des cibles toujours plus éloignées. On compte aujourd’hui encore plus de 15 000 têtes nucléaires et le risque est omniprésent qu’elles puissent être utilisées dans une guerre, par accident, ou encore suite à un acte terroriste.

Il existe un moyen d’empêcher leur circulation et de convertir le cycle de la défiance en un cycle de la confiance, c’est la poursuite d’efforts constants pour créer de la confiance.

            En accord avec l’éthique pacifiste de la Constitution du Japon, nous avons œuvré afin de restaurer la confiance à travers le monde, en nous impliquant dans la société globale avec par exemple l’aide humanitaire. Afin de ne plus jamais être fauché par la guerre, le Japon se doit de poursuivre dans cette voie en tant que nation pacifiste.

            Il y a encore une chose à la portée de chacun.e d’entre nous, membres de la société civile. Il s’agit en effet d’accueillir avec bienveillance nos différences respectives idiomatiques, culturelles, différences de positionnement aussi, afin d’instaurer la confiance à un échelon accessible à tous grâce aux échanges entre les gens peu importe leur nationalité. L’accueil chaleureux que la population de Hiroshima a réservé au Président Obama en est un exemple. Le positionnement à l’échelon individuel, dans la société civile, peut sembler de peu d’importance, or c’est en vérité un levier puissant et irremplaçable pour l’édification de relations de confiance entre les nations.

            Soixante-et-onze ans après les bombardements atomiques, l’âge moyen des hibakusha, les survivants à la bombe atomique, dépasse quatre-vingt ans. Le monde s’achemine sans bruit vers “un âge sans plus aucun hibakusha”. La question se pose aujourd’hui de la transmission aux nouvelles générations des enseignements de la guerre et du bombardement atomique qui a résulté de cette guerre-là.

            Aux jeunes j’aimerais dire que tout ce qui vous semble acquis chaque jour de votre vie – la douceur de votre mère, la bienveillance de votre père, les échanges avec vos amis, le sourire de l’être que vous chérissez – la guerre vous les arrache, pour toujours.

            Je vous prie de prendre le temps d’écouter les témoignages sur la guerre et ceux des hibakushas. Il n’est pas facile de témoigner d’expériences aussi abominables. Je veux que vous tous réalisiez que si ces personnes continuent à partager leur tragique histoire, c’est en vertu de leur volonté de protéger les générations futures.

            La ville de Nagasaki a mis en place des ateliers où les enfants et les petits-enfants des hibakushas transmettent l’expérience de leurs aînés. Nous sommes également en train de faire enregistrer au nombre des Sites Historiques du Japon, l’école élémentaire de Shiroyama détruite par le bombardement ainsi que divers autres sites, en legs aux jeunes générations.

A vous jeunes gens, dans l’intérêt même de votre avenir, êtes-vous prêts à faire face au passé puis à faire un pas en avant ?

            Plus de cinq ans se sont écoulés maintenant depuis l’accident nucléaire des réacteurs à Fukushima. Nagasaki, parce qu’elle a souffert de l’exposition à la radioactivité, va continuer à être solidaire de Fukushima.

            Et quant au gouvernement du Japon, nous lui demandons fermement une amélioration ambitieuse des aides qu’il apporte aux hibakushas, eux qui sont victimes aujourd’hui encore des effets consécutifs au bombardement, et nous demandons qu’un prompt soutien soit accordé à tous ceux qui ont vécu le bombardement, y compris l’extension de la zone désignée comme concernée par la bombe atomique.

Nous, citoyens de Nagasaki, présentons nos plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu la vie sous la bombe atomique. Nous déclarons par la présente qu’aux côtés du monde entier, nous continuerons à mettre toutes nos forces au service de l’abolition de l’arme nucléaire pour l’avènement d’un monde où régnera une paix perpétuelle. »

 

Tomihisa Taue

Maire de Nagasaki

9 août 2016

 

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Pour approfondir sur le même sujet :

 

La terreur atomique d’hier à aujourd’hui

Par Jean-Jacques Delfour,

Philosophe, auteur de "La condition nucléaire. Réflexions sur la situation atomique de l’humanité" (Montreuil, L’Échappée, 2014)

 

La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains

Par Kolin Kobayashi,

Journaliste indépendant, auteur d’une enquête sur le Crime du lobby nucléaire international, de Tchernobyl à Fukushima (éditions Ibun-sha)

 

Messages des maires d’Hiroshima et de Nagasaki 71 ans après les bombardements atomiques de leurs villes

Par l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN),

association loi 1901

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:58

Le 11 mars 2016, Kurumi Sugita, chercheure socio-anthropologue et présidente fondatrice de l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 », a donné une conférence intitulée « Fukushima, les vies sinistrées » à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère (MNEI) à Grenoble, conférence inaugurale de la commémoration des catastrophes de « Tchernobyl, Fukushima... ». La conférencière a exposé la situation concrète et actuelle des sinistrés de la catastrophe de Fukushima, en particulier sur les problèmes sanitaires. Attachée au Japon, engagée, Kurumi a suivi la situation de 60 personnes sinistrées, pendant plusieurs années, en les visitant chacune une fois par an afin de recueillir des données sur le terrain pour ses actions associatives. C’est «le projet DILEM» : Déplacés et Indécis Laissés à Eux-Mêmes depuis l’accident nucléaire au Japon - parcours de vie et trajectoires géographiques des sinistrés hors des zones d’évacuation officielle.

Je vous propose une restitution écrite de cette conférence, avec l’aimable autorisation de Kurumi qui a également eu la gentillesse d’ajouter des données actualisées à son retour du Japon en juin 2016.

Evelyne Genoulaz

« Fukushima, les vies sinistrées »

I. Les territoires contaminés

 

Après la catastrophe les autorités ont déclaré l’Etat d’Urgence et à ce jour le Japon est toujours « sous déclaration de l’état d’urgence nucléaire (genshiryoku kinkyu jitai sengen) ». Mais au fil du temps, le zonage des territoires contaminés est de plus en plus réduit par les autorités, comme on peut en avoir un aperçu chronologique sur ces cartes (METI).

 

« Fukushima, les vies sinistrées »
« Fukushima, les vies sinistrées »
Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

II. La politique des retours

 

Dès ce mois de mars 2016 en effet, beaucoup de zones ont été « ouvertes ». Le retour à TOMIOKA est programmé par les autorités après avril 2017; OKUMA partiellement en 2018. Seule FUTABA est légendée « sans prévision ». Noter que les cartes du zonage ont délimité dès le début de la catastrophe un zonage par cercles concentriques, alors que la radioactivité se dépose « en tâches de léopard » et aujourd’hui, les zones de retour programmé se rapprochent géographiquement de plus en plus de la centrale alors même que ces zones sont dangereuses ! Le gouvernement prépare la levée de l’ordre d’évacuation à 20 mSv/an, et maintenant les zones comprises de 20 à 50 mSv/an entrent dans le planning d’ouverture après le printemps 2017 en établissant des points stratégiques pour la reconstruction (fukkô kyoten). Pour ne parler que de IITATE, qui était le plus beau village du Japon, son maire est favorable au retour, mais aujourd’hui la situation est poignante : on a décontaminé jusqu’à 20 mètres seulement des maisons, or comme il est environné de montagnes et de forêts, la radioactivité y restera dangereuse…

 

Mesures déléguées aux individus

Le contrôle de mesure de la radioactivité ambiante va désormais être fondé sur l’individu et non plus sur l’espace. C’est ainsi que chacun est invité à se mesurer, à mesurer ce qu’il consomme, donc si l’individu est contaminé il ne devra s’en prendre qu’à ses propres négligences !

 

L’absurde et l’arbitraire à l’œuvre dans le calcul des débits de dose

Les chiffres officiels de la contamination géographique, les débits de dose affichés, utilisent un calcul biaisé.

Habituellement, pour mesurer sur le terrain un débit de dose, on obtient un chiffre en mSv/h puis on le multiplie par 24(heures) x 365 (jours) pour obtenir le débit annuel. Mais ce n’est pas le calcul que font les autorités.

Elles font d’abord une différence entre le niveau de contamination d’une part à l’intérieur des habitations, d’autre part à l’extérieur. On a décidé de considérer qu’un individu ne passe que 8 h à l’extérieur. On estime par ailleurs (règle officielle) que « l’irradiation à l’intérieur d’un bâtiment est réduite à 40 % de l’irradiation relevée à l’extérieur ». Pourtant, à Minamisoma par exemple, des études ont montré que la contamination à l’intérieur était au mieux inférieure de 10 % par rapport à l’extérieur, au pire parfois supérieure ! C’est-à-dire qu’on utilise un mode de calcul qui finit par établir, si nous prenons un exemple, un débit de dose de 20 mSv/an là où le débit réellement mesuré est de 33 mSv/an !

 

Les résidents qui n’ont pas évacué sont en détresse car ils connaissent désormais la peur, par exemple ceux de Naraha qui ne reconnaissent plus leur ville car elle a bien changé depuis la catastrophe : actes de vandalisme, insécurité dès que tombe la nuit puisqu' il fait noir désormais dans les rues, des jeunes filles même ont été abusées…

De plus, Naraha est une ville côtière, avec une route en bord de mer et toute la nuit – la nuit surtout – on entend le vacarme d’un incessant et inquiétant trafic routier de camions chargés de déchets radioactifs, sans savoir précisément ce qu’on transporte…

Qu’est-ce qui motive cette politique du retour ? Selon Kurumi Sugita, dans la perspective des Jeux Olympiques au Japon en 2020, le gouvernement poursuit un objectif dépendant de la statistique : il s’agit de faire baisser les chiffres ! Si les personnes évacuées ou auto-évacuées quittent les « logements aidés », elles ne sont plus comptées comme des « évacués » ; ainsi pourra-t-on publier qu’il y a moins d’évacués…

 

 

III. Travaux et déchets

 

L’ensemble du territoire de la préfecture de Fukushima est aujourd’hui jonché de sacs de déchets. Partout, au détour des champs, on tombe sur des montagnes de sacs, parfois si hautes ! C’est un spectacle désolant pour les résidents. Et l’on manque d’espace où les entreposer, à tel point que les autorités ont même créé des décharges appelées « entrepôts provisoires temporaires ! »

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

On ajoute sur le pourtour des « carrés » de sacs les plus contaminés, une rangée de sacs de terre non contaminée, pour réduire le chiffre du débit de dose !

A la date de mars 2016, on compte pas moins de 10 millions de sacs et 128 000 dépôts provisoires dans la préfecture de Fukushima. Les sacs de déchets sont omniprésents sur le territoire, en dépit du désarroi des résidents ; près des écoles, et jusque dans les jardins des gens.

Sac de déchets chez un particulier

Sac de déchets chez un particulier

Faute d’espace de stockage suffisant, les autorités contraignent les résidents à une alternative intolérable : si le résident ne veut pas stocker les déchets sur sa propriété, c’est son droit. Mais dans ce cas, elle ne sera pas décontaminée ! Le résident qui demande « l’intervention de décontamination » doit garder les déchets dans sa propriété ! C’est pourquoi on voit, ici ou là, partout en fait, des sacs près de bâtiments ou chez des particuliers.

 

L’incinération des déchets

Selon la loi « Nuclear Reactor Regulation Law » (Genshiro tô kiseihô), le seuil de recyclage de « déchet nucléaire » est de 100 Bq/kg. Cependant, le 30 juin 2016, le Ministère de l’environnement a officiellement décidé de pouvoir « réutiliser » les déchets au-dessous de 8000 Bq/kg (1).

Concrètement, ces déchets seront utilisés dans les travaux publics, couverts par des ciments et des terres afin de faire baisser la radioactivité ambiante.
Afin de « réduire le volume » des déchets, des « incinérateurs provisoires » ont été construits afin d’incinérer les déchets nucléaires et de faire « vaporiser » le césium.

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

Partout, aux abords des villages, il y a ces incinérateurs dont les gens ne savent rien ! Ils fonctionnent souvent la nuit pendant deux à trois mois puis tout s’arrête, du jour au lendemain, plus rien. Les gens se demandent ce qu’on y brûle... sans parler d’une rumeur au sujet d’un centre d’expérimentation secret où il serait question de brûler des déchets beaucoup plus contaminés.

Plus effrayants encore, ces établissements de transformation des déchets…

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif  qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Par exemple, celui situé à Warabidaira dans le village d’Iitate ou encore le Centre de création de l’environnement (Kankyô Sôzô Center) ouvert au mois de juillet 2016 au bourg de Miharu, traitent les déchets (cendres au-dessus de 100 000 Bq) ainsi que des terres provenant des travaux de décontamination.

Or, ces deux dernières catégories ne sont pas gérées par la loi de gestion des déchets (1) si bien qu’on n’a pas de contrainte liée à la radioactivité pour les traiter… afin de réduire leur volume et de les rendre … « recyclables » !

De plus, ces établissements sont déclarés comme « instituts de recherche » et, en tant que tels, ils sont dispensés de la demande de permis de construction gérée dans le cadre de la loi de gestion des déchets !

On constate des incohérences, voire des contradictions, entre des lois. Nous avons déjà vu la contradiction entre la limite de 100 Bq/kg définie par la Nuclear Reactor Regulation Law et celle de 8000 Bq/kg adoptée récemment par le Ministère de l’environnement.

 

 

IV. Résidents, déplacés et retournés

 

Les mesures citoyennes. Les femmes, et les papas aussi, explorent l’environnement quotidien pour repérer les points chauds de façon à modifier si besoin l’itinéraire recommandé aux enfants, par exemple « le chemin de l’école » (au Japon tous les enfants se suivent à la queue leu leu).

A cet effet, les associations se munissent de « hot spot finders ». Très conscients du risque sanitaire auquel les enfants sont exposés, ils ont bricolé des capteurs reliés à un GPS, ils les attachent aux poussettes en empruntant les itinéraires de promenade et le chemin de l’école, ou explorent les jardins publics. Le système est pensé avec rigueur : c’est une tige verticale de 1 mètre de long qui part du sol et comporte un appareil de mesure à 10 cm du sol, un autre à 50 cm, un dernier à 1 mètre afin de prendre en compte les différentes tailles des enfants. En cas de point chaud, les gens avertissent la population et font changer d’itinéraire les enfants, puis demandent aux autorités de décontaminer. Mais pour les parents, ce travail est sans fin…

 
Hot spot finders

Hot spot finders

La population a aussi mis en place des actions citoyennes via internet.  Ces bases de données en ligne, citoyennes et indépendantes, sont assez nombreuses, et l’une d’entre elles est même traduite en anglais depuis novembre 2014. Ce sont les « Minna no Data » : mesures de la radioactivité ambiante, mesures du sol, analyses des aliments (2).

Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations

Quelques logos d'asociations

V. Les actions de protestation

 

Le procès qui s’est ouvert au printemps 2016 contre 3 ex-personnalités de TEPCO est le premier procès au pénal ; il pourrait durer dix ans…
Cependant, dans la préfecture de Fukushima, il y a une multitude d’autres procès à différents niveaux, par exemple, en mars 2016, un procès à l’initiative de 200 parents est intenté à la Préfecture de Fukushima, pour « sortir les enfants des zones contaminées ».

Les gens protestent pour faire baisser « les seuils ». Selon eux, l’enjeu des seuils dépasse le cadre strict du Japon, ils craignent en effet que les seuils du Japon ne finissent par être généralisés outremer, ce que soulignent certaines cartes dans leur légende, par exemple « contre la généralisation et l’externalisation du seuil de 20 mSv/an ».

Certains sinistrés demandent, comme après Hiroshima, « un carnet d’irradiation », afin d’avoir accès aux soins.

 

Les vacances sanitaires

Envoyer les enfants en vacances sanitaires est aujourd’hui de plus en plus difficile, parce que la population tend à croire que la catastrophe est terminée alors les demandes d’aide sont devenues compliquées. Dans la ville de Fukushima par exemple, faire référence à la catastrophe nucléaire est désormais tabou…

 

 

VI. Une catastrophe sociale et familiale

 

Elle se décline en « conflits » entre voisins (un exemple : on décontamine chez un tel mais pas chez son voisin immédiat), entre les allocataires et les autres, entre les déplacés et les résidents du site d’accueil (il y a des malentendus sur la question des indemnités ; les auto-évacués ne sont pas indemnisés, mais la population locale d’accueil croit qu’ils le sont). Si bien qu’aujourd’hui beaucoup d’évacués préfèrent rendre leur carte de résident de Fukushima et acquérir la carte de la commune d’accueil (il faut savoir qu’au Japon on est résident du village dont on conserve la carte de résident) pour « tourner définitivement la page » parce qu’ils ne supportent plus d’être appelés des « évacués ». Ils veulent s’intégrer là où ils se sont déplacés. Seuls les gens âgés restent indéfectiblement attachés à leur résidence d’origine ; ce sont majoritairement les catégories âgées qui envisagent le retour.

Dans les familles de la Préfecture, suite à la catastrophe nucléaire, beaucoup d’hommes sont restés par nécessité, pour garder leur emploi afin de subvenir aux besoins de leur famille, alors que les mères ont évacué avec les enfants pour les mettre hors danger ; mais au fil du temps, cinq ans déjà, les familles se délitent… le père rejoint la famille plus rarement, souvent faute de moyens, et le couple se déconstruit ; on note beaucoup de divorces et des suicides. Les femmes font preuve d’une énergie remarquable, elles sont sur tous les fronts, ouvertement, et même fortement impliquées dans les actions pour les procès, jusqu’aux articles de la presse dite « féminine » qui aujourd’hui font la part belle aux sujets liés au nucléaire, à la catastrophe. Les jeunes filles en particulier sont très actives dans les protestations. Il s’agit d’une évolution notable de la société japonaise.

 

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 (1) - Loi de gestion des déchets : Waste Management and Public Cleansing Law, Haikibutsu no shori oyobi seisô ni kansuru hôritsu, loi N°137 de 1970, dernier amendement en 2001 https://www.env.go.jp/en/laws/recycle/01.pdf

Nuclear Reactor Regulation Law (Genshiro tô kiseihô).

Son nom complet en anglais et en japonais :

"Act on the Regulation of Nuclear Source Material, Nuclear Fuel Material and Reactors" (kakugenryô busshitsu,kakunenryô busshitsu oyobi genshiro no kisei ni kansuru hôritsu)

loi N°166 de 1957(2) -

Traduction en anglais de Nuclear Reactor Regulation Law.

http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?id=1941&vm=03&re=01

 

(2) - Minna no Data Site (MDS) http://en.minnanods.net/

 

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A l’issue de sa conférence, j’ai posé une question toute simple à Kurumi Sugita : Pourquoi a-t-elle fondé l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 » ?… En France, où réside Kurumi, plusieurs associations de Japonais échangent au sujet de la catastrophe. Or, Kurumi Sugita a fondé le 8 janvier 2013 à Lyon, l’association « Nos voisins lointains 3-11 » pour informer aussi les Français ou les francophones qui ne lisent pas le Japonais. Le site de l’association publie de précieux et bouleversants témoignages, traduits en français. Grâce aux dons, l’association aide concrètement, autant que possible, quelques familles sinistrées au Japon.

 

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Pour en savoir plus

 

 Le  site de son association :  http://nosvoisins311.wix.com/voisins311-france

 Vous trouverez les témoignages des sinistrés sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311_Les-paroles-des-sinistr%C3%A9s-nucl%C3%A9aires-1610794892522102/

Et des informations générales sur la catastrophe nucléaire de Fukushima :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311-555557711144167/

 

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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