14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 20:44

Difficile d’être novateur sur le sujet de Fukushima. Aurait-on déjà tout dit depuis 6 ans que dure la catastrophe ? Eh bien non, avec le film de Linda Bendali, « De Paris à Fukushima, les secrets d’une catastrophe », le sujet de l’attitude de la France nucléaire au mois de mars 2011 n’avait jamais été abordé sous cet angle : alors que le Premier ministre japonais, Naoto Kan, confronté au feu nucléaire, devenait anti-nucléaire, le gouvernement Fillon lançait l’artillerie lourde pour contrer toute véhémence de débat sur ce sujet en France. Pour le ministre de l’industrie, Eric Besson, il s’agissait d’un incident. Nicolas Sarkozy s’invitait au Japon alors qu’on ne l’y attendait pas pour faire la promotion du nucléaire en pleine crise atomique. Et la France faisait semblant d’aider le Japon en envoyant des produits inutilisables ou dépassés. Donc un bon documentaire pointant des dysfonctionnements tant japonais que français que l’on peut revoir sur le compte Youtube de l'émission ci-dessous.

Cela dit, ce reportage a réveillé en moi une vieille colère, jamais vraiment éteinte depuis 1986, et vous n’échapperez donc pas aux commentaires que m'inspire ce reportage.

Pierre Fetet

 

Les mensonges de Tepco

 

Au début du documentaire, Tepco, champion du mensonge et du non-dit s’exprime par la voix de son porte-parole Yuichi Okamura : « Nous n’avions jamais imaginé qu’un tel accident puisse arriver. A partir des statistiques, nous avions calculé que le tsunami ne devait pas dépasser 5 mètres. Nos prévisions étaient dépassées.»

 

Il est contredit ensuite par la réalisatrice. Je remercie infiniment Linda Bendali d’avoir insisté sur le fait que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur Fukushima a donné comme première conclusion que la catastrophe de Fukushima est d’origine humaine. Car peu de gens comprennent l’enchaînement des évènements et l’on entend trop souvent que « la catastrophe de Fukushima a été provoquée par le tsunami ». Or, la véritable chaîne logique a été celle-ci :

 

1) Irresponsabilité : Tepco décide de construire une centrale nucléaire au niveau de la mer.

 

2) Stupidité : Alors que sept tsunamis de 12 à 28 mètres de hauteur ont eu lieu au Japon au XXe siècle, les hommes décident de construire une digue de protection de 5 m.

 

3) Corruption : les organismes de sûreté nucléaire du Japon acceptent les dossiers de construction.

 

4) Evènement naturel : un tsunami de 15 m de hauteur s’abat sur la côte est de Honshu, et donc sur la centrale de Fukushima Daiichi.

 

 

L’IRSN fait sa pub

 

L’IRSN est toujours pris en exemple et soigne son image de marque. Normal, il est l’organisme officiel de référence. Pourtant j’ai déjà pris plusieurs fois cet institut en flagrant délit de mensonge : assurance que les évacués allaient revenir d’ici trois mois en 2011, assurance qu’il n’y avait pas eu de rejet de strontium et de plutonium au Japon, assurance qu’une centrale nucléaire ne peut pas exploser en France… On a encore eu droit à Thierry Charles dernièrement qui affirme savoir où est le corium alors que même Tepco ne le sait pas…

 

Dans le documentaire, le narrateur assure que « L’IRSN est le premier organisme au monde à annoncer que le cœur en fusion s’est échappé de son confinement ». Et effectivement on a l’impression, en écoutant Jacques Repussard, que son institut a communiqué sur ce sujet en mars 2011. Or six mois après le début de la catastrophe, l’IRSN était encore à écrire : « Il reste impossible de savoir si du combustible fondu a pu se relocaliser au fond des enceintes et dans quelle quantité. » (Communiqué du 25 août 2011). Pourtant, le gouvernement japonais avait déjà reçu un rapport de l’AIEA le 7 juin reconnaissant la possibilité de perforations dans les cuves des réacteurs 1 à 3…

 

Non, sérieusement. Tout d’abord, le premier organisme qui a annoncé la fusion des trois cœurs, c’est Tepco, le 24 mai 2011. Et l’IRSN l’a annoncé le lendemain. Auparavant, l’IRSN n’a jamais rien écrit d’autre, pour les réacteurs 1, 2 et 3, que « L’injection d’eau douce se poursuit. Le débit d’injection d’eau est ajusté afin d’assurer le refroidissement du cœur qui reste cependant partiellement dénoyé. »

 

En 2011, la première personne qui a osé briser l’omerta du lobby nucléaire est Mishio Ishikawa, fondateur du JANTI (Japan Nuclear Technology Institute) : lors d’une émission télévisée japonaise, le 29 avril 2011, il a affirmé que les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daiichi étaient fondus à 100%. C’est ça l’histoire, c’est comme ça que ça s’est passé. L’IRSN n’a jamais dit cela avant quiconque. L’IRSN a respecté l’omerta sur la fonte totale des trois cœurs comme tous les acteurs du monde nucléaire et a attendu docilement que Tepco annonce la réalité pour acquiescer, quoi qu’en dise Jacques Repussard six ans plus tard.

 

 

Le mythe Naoto Kan

 

L’image du Premier ministre du Japon d’alors est à nuancer. On a l’impression, après avoir vu le documentaire, que Naoto Kan est intervenu en héros. Or il faut admettre également qu’il a fait plusieurs erreurs :

 

- Naoto Kan est allé à la centrale de Fukushima Daiichi en pleine crise et a fortement dérangé la gestion en cours. Le directeur Masao Yoshida a été sommé de s’expliquer, et d’expliquer ce qu’il était en train de faire, faisant perdre un temps précieux à ceux qui essayaient de résoudre les problèmes un par un (C’était juste avant les explosions du n°2 et du n°4 !). Le documentaire laisse entendre que Masao Yoshida allait quitter la centrale avec tous les ouvriers, et que grâce à l’intervention de Kan, ils ont été obligés de rester. C’est faux. Tepco avait peut-être l’intention de quitter le navire, mais le directeur responsable de la centrale a démenti tout projet d’abandon du site.

 

- Le documentaire montre bien Naoto Kan qui s’agenouille devant Nicolas Sarkozy. Politesse ou pressions industrielles ? On ne sait pas pourquoi il n’a pas osé contrer le VRP du nucléaire français.

 

- Naoto Kan restera pour tous les habitants des zones évacuées celui qui a décidé de faire passer la norme de 1 à 20 mSv/an. D’un côté, il était prêt à faire évacuer Tokyo mais de l’autre il a fait subir à toute une région un taux d’irradiation très important. Quelque chose est bizarre dans ces attitudes opposées.

 

 

Le spectre de Tchernobyl

 

Pierre Pellerin, même disparu, fait encore des dégâts… Entre deux parties du documentaire, Frédéric Boisset, rédacteur en chef de Brainworks Press, présente l’histoire de Tchernobyl de cette manière : « En 1986, le nuage radioactif se répand sur toute l’Europe. Les autorités n’ont pas les moyens techniques pour mesurer les retombées, donner des consignes aux Français. Peut-on manger des fruits et des légumes ? Faut-il se calfeutrer ? C’est pour éviter ce type de ratage qu’on a créé cet institut [l’IRSN]. »

 

Or ce n’est pas une interview prise sur le vif, c’est un texte soigneusement préparé avant l’enregistrement. Frédéric Boisset soutient donc sans sourcilier que le SCPRI de 1986, un ancêtre de l’IRSN, n’avait pas les moyens d’alerter les Français des dangers de la radioactivité !  Quelle énormité ! En Allemagne, ils avaient les moyens d’interdire la vente des épinards et des salades, de confiner les élèves à l’intérieur mais pas en France. Frédéric Boisset nous refait le coup du nuage qui s’arrête à la frontière ? C’est invraisemblable qu’un journaliste perpétue la désinformation commencée en 1986.

 

Pourtant, l’IRSN, digne héritier de l'esprit du SCPRI, a fait ce communiqué le 15 mars 2011, jour où le nuage radioactif de Fukushima est arrivé à Tokyo : « Une légère élévation de la radioactivité ambiante à Tokyo est constatée par quelques mesures. Cette élévation n’est pas significative en termes d’impact radiologique. » Pierre Pellerin n’aurait pas dit mieux ! Dans le même temps, Olivier Isnard, expert de l’IRSN dépêché à Tokyo, préconisait le calfeutrage des locaux de l’ambassade de France. Heureusement, Philippe Faure, l’ambassadeur de France au Japon, communiquait autrement auprès de ses expatriés à 10 h : « Restez dans vos maisons, en veillant à les calfeutrer au maximum, cela protège efficacement contre les éléments radioactifs de faible intensité qui pourraient traverser Tokyo. » Mais à 20 h, il change de ton et reprend le discours officiel dicté par l’IRSN : « La situation reste à l’heure qu’il est tout à fait saine sur Tokyo. Une très légère hausse de radioactivité a été enregistrée. Elle ne présente aucun danger sur la santé humaine. » 100 Bq/m3 ne présenterait aucun danger pour la santé pour un nuage radioactif sortant directement d’un réacteur nucléaire ? Je ne suis pas plus rassuré qu’en 1986 malheureusement. La Criirad non plus, qui publiait le 14 mars 2011 ce communiqué : "Alertes nucléaires au Japon"
 

 

Le tabou de l'explosion de vapeur

 

Une dernière tromperie. L’IRSN a trafiqué la traduction des paroles de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi. Juste après l’explosion de l’unité 3, celui-ci, affolé, appelle le quartier général pour l’informer de la situation. Tepco a livré cet enregistrement et l’IRSN l’a diffusé dans une vidéo en 2013.  Je ne connais pas le japonais mais j’ai des amis japonais qui m’ont assuré de la traduction de ses paroles. Je vous donne donc les deux versions, celle de mes amis et celle de l’IRSN. Les japanophones pourront vérifier d'eux-mêmes.

 

Version TV japonaise

https://youtu.be/OWCLXjEdwJM?t=7m38s

7:38 – 7:48

Version IRSN

https://youtu.be/tjEHCGUx9JQ?t=52m52s

52:56 – 53:06

  • QG ! QG !
  • Oui, ici le QG.
  • QG ! QG ! C’est affreux ! L’unité 3 a explosé maintenant. Je pense que c’est probablement la vapeur.
  • QG, estce que vous m’entendez ? On a un problème. Écoutez-moi s’il vous plait.
  • QG ! QG ! C’est terrible ! On a eu un problème sur le site n°3 !

 

 

Le documentaire donne une autre version : « QG, QG, c'est terrible ! C'est très grave ! - Oui, ici le QG. - Il semble qu'il y a eu une explosion sur le réacteur 3 qui ressemble à une explosion d'hydrogène ». Qui a soufflé ce texte aux journalistes ? Pourtant "Yoshida dit bien « suijôki » (vapeur) et non « suiso » (hydrogène). La traduction de l’IRSN censure donc l’hypothèse émise par le directeur de la centrale : l’explosion de vapeur. C’est normal, c’est la version officielle du gouvernement japonais et l’IRSN ne peut pas aller contre.

 

L’explosion de vapeur est un sujet tabou des communicants du nucléaire. Les experts en parlent entre eux, réalisent des études, des thèses, mais n’en parlent jamais au public car le sujet de l’explosion d’une centrale nucléaire est trop anxiogène. Si jamais on apprenait qu’une explosion de vapeur était arrivée à Fukushima, cela mettrait à mal l’image du nucléaire mondial. En France, le lobby politico-industriel a misé sa communication sur la maîtrise de l’hydrogène : toutes les centrales françaises ont des recombineurs d’hydrogène pour éviter les explosions d’hydrogène. Mais contre une explosion de vapeur, il n’y a rien à faire. Quand la cuve de confinement est pleine d’eau et que le corium à 3000°C tombe dedans, ça fait boum, que l’on soit au Japon ou en France, que ce soit un réacteur à eau bouillante ou un réacteur à eau pressurisée.

 

 

______________________

 

En savoir plus sur le documentaire

 

Fukushima : la bataille de la France au nom de l’atome (Libération, Arnaud Vaulerin)

Fukushima : histoire d'une panique française (Téléobs, Arnaud Gonzague)

 

 

(dernière mise à jour 21/02/17)

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Illustration d'entête : évocation des fuites du réacteur 1 de Fukushima Daiichi (capture de l'animation du documentaire)

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 09:03

Article original d’Akio Matsumura paru le 3 décembre 2016 sur le site Finding the missing link.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English

 

Pour la planète Terre, une période de cinq ans et huit mois ne représente que le temps d’un éclair.

Le séisme de force 7,4 qui a frappé l’est du Japon le 22 novembre 2016 et serait une réplique du grand séisme du Japon de l’Est du 11 mars 2011, a servi à réveiller les consciences ; en tant qu’humains, nous avons en effet la mémoire terriblement courte.

Beaucoup cette fois se sont inquiétés en apprenant l’arrêt momentané de la pompe de refroidissement de la piscine de combustible nucléaire usé à la centrale de Fukushima No.2 opérée par Tokyo Electric Power Co (TEPCO)... Au tout début de la catastrophe de mars 2011, l’arrêt de la pompe de refroidissement à la centrale de Fukushima No.1 avait soulevé de sévères inquiétudes quant au combustible usé. On avait alors redouté un rejet massif de substances radioactives.

Nous craignons que cette leçon particulière de la catastrophe de 2011 n’ait déjà été oubliée.

Nous devons en toute humilité tirer les leçons de chaque désastre. Il revient à la société – aux particuliers comme aux entreprises – de continuer à envisager des contremesures viables et ce constamment.

En fin de compte, c’est la seule manière de pouvoir se préparer à la prochaine catastrophe qui pourrait se produire aujourd’hui même.

Le gouvernement japonais et le gouvernement métropolitain de Tokyo inondent l’actualité de promotions pour les Jeux olympiques de 2020 prévus à Tokyo. Devant tant de nouvelles passionnantes, nous remarquons à peine qu’on ne parle quasiment pas de l’avancement des réparations, des difficultés rencontrées par les équipes ou du nombre de zones encore inapprochables sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima. De fait, l’observateur lambda au Japon ou aux États-Unis a l’impression que les problèmes nucléaires de Fukushima ont été résolus depuis longtemps et qu’aujourd’hui tout va bien. Ce n’est bien sûr pas le cas. Je crains fort que bien des aspects de la crise nucléaire de Fukushima ne continuent à affecter la sécurité des personnes et de l’environnement.

Vue aérienne de la centrale nucléaire Fukushima Daini de Tokyo Electric Power Co., à Nahara, dans la préfecture de Fukushima, au Japon. Photo prise le 22 novembre 2016. Crédit : Kyodo Kyodo/via REUTERS

Vue aérienne de la centrale nucléaire Fukushima Daini de Tokyo Electric Power Co., à Nahara, dans la préfecture de Fukushima, au Japon. Photo prise le 22 novembre 2016. Crédit : Kyodo Kyodo/via REUTERS

Les médias ont détourné les projecteurs de la crise (Anglais) . Il est donc important de garder à l’esprit les réalités suivantes :

 

  • En raison de l’importance des radiations, personne ne peut approcher les réacteurs 1, 2 et 3. Aucune solution pour retirer les coriums n’est envisagée pour au moins 40 ans. ans.

 

  • TEPCO utilise 400 tonnes d’eau par jour pour refroidir les cœurs fondus des trois réacteurs dévastés et 400 tonnes supplémentaires s’infiltrent chaque jour dans les bâtiments réacteurs endommagés. De plus, la pluie emporte dans l’océan les matériaux radioactifs restant sur le site.

 

  • Le phytoplancton (algues) qui absorbe les isotopes radioactifs de Fukushima nourrit le plancton animal et ses larves microscopiques. Ces microorganismes, première source de nourriture des poissons et des mammifères marins, sont ensuite transportés le long du courant du Pacifique nord jusqu’à la côte ouest de l’Amérique du Nord et se retrouvent en Alaska et au Chili.

 

  • Un mur souterrain de boue gelée d’une trentaine de mètres de profondeur et de près d’un kilomètre et demi de longueur – officiellement dénommé « le mur de glace » – a coûté 320 millions de dollars et est totalement incapable de remplir son objectif, qui était de réduire le passage de l’eau contaminée.

 

  • Selon le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, les mesures de décontamination coûteront plusieurs milliards de dollars par an si l’on veut vraiment améliorer la situation. Il y a peu de chances que le gouvernement japonais soit prêt à consacrer autant de son budget à cet objectif.

 

Ce que nous avons appris avec l’accident nucléaire de Fukushima, c’est que les priorités du gouvernement japonais et de TEPCO n’étaient pas de protéger le public et malheureusement, beaucoup d’éminents scientifiques nucléaires japonais ont soutenu TEPCO ou gardé le silence. TEPCO a fini par admettre, cinq ans plus tard, qu’ils avaient attendu deux mois pour utiliser le terme de « fusion » à la centrale. Pour les experts du monde entier qui observaient la situation, il était évident que les cœurs étaient en train de fondre dès lors qu’ont eu lieu des rejets massifs de gaz de fission.

 

J’ai également beaucoup de mal à accepter la façon dont l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) a géré la situation depuis la crise initiale jusqu’à aujourd’hui. Au départ, l’AIEA a envoyé des experts à Fukushima pour évaluer la situation et aider par leur expertise le gouvernement et TEPCO. Pourquoi l’Agence ne s’est-elle pas interposée quand le gouvernement japonais a décidé une zone d’évacuation de 20 km, soit un quart de la recommandation américaine (80 km) et un dixième ( !) des 200 km –incluant Tokyo – préconisés par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ? La mission de l’AIEA est de promouvoir l’usage pacifique de l’énergie nucléaire, tout en empêchant que celle-ci soit utilisée à des fins militaires, dont les armes nucléaires. Ces objectifs devraient comprendre une obligation morale de faire de la sécurité publique une priorité, et non pas de défendre les positions des gouvernements-membres et de l’industrie nucléaire.

 

CARTE INTERACTIVE : Centrales nucléaires et Index de fragilité des États

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À mon avis, la probabilité d’attaques terroristes sur l’un des 430 réacteurs nucléaires existant dans le monde est forte et va en augmentant. Compte tenu des enjeux politiques, économiques et environnementaux que représente le nucléaire pour les gouvernements et l’industrie, la discussion sur la sûreté et la sécurité de l’industrie nucléaire a toutes les chances de rester opaque et limitée. Pour faire contrepoids au manque d’information, il en va de l’intérêt public d’établir un réseau indépendant d’experts en sûreté et sécurité nucléaires. Hans-Peter Durr, récemment disparu, ancien directeur du département d’Astrophysique à l’Institut Max Planck en Allemagne, m’avait dit quelques jours après le début de la crise de Fukushima, qu’après un accident nucléaire, une solution scientifique pour y mettre fin peut prendre des décennies. Selon lui, le seul moyen de minimiser les dégâts serait de rassembler des experts en divers domaines pour arriver à avoir une vue d’ensemble de l’accident nucléaire.

 

Il est très encourageant de constater l’ampleur du soutien que j’ai reçu pour établir le Conseil consultatif international de l’Alliance pour l’action en cas d’urgence nucléaire (NEAA). Beaucoup de gens m’ont aidé à recruter des experts dans de nombreux domaines : ingénierie nucléaire, médecine, santé et justice environnementales, armée, biologie, activisme social, industrie et réseaux sociaux. Les membres de notre conseil sont des sommités dans leur domaine ; tous sont reconnus et recommandés tant par leurs collègues que par le public. (Remarque : Dans ce conseil, nous ne représentons que nous-mêmes. Les détails professionnels ne sont là que pour le contexte.)

 

Je suis extrêmement heureux d’introduire les membres actuels du Conseil consultatif international de la NEAA.

Prénom

Nom de famille

Détails professionnels

Pays

Robert

Alvarez

Founder of the Environment Policy Institute

USA

Claus

Biegert

Director of the Nuclear-Free Foundation

Allemagne

Oleg

Bodrov

Chairman of Green World

Russie

Rinaldo

Brutoco

Founding President of the World Business Academy

USA

Helen

Caldicott

Founding President of Physicians for Social Responsibility

Australie

Agnes

Denes

International Conceptual and Environmental Artist, pioneer of the ecological art movement

USA, née à Budapest, Hongrie

Arne Johnanson

Fjortoft

Fonder of the Worldview International Foundation

Norvège

Subrata

Ghoshroy

Research affiliate at the Program in Science, Technology, and Society at the Massachusetts Institute of Technology

USA

Roza (Rose)

Goncharova

Head of Genetic Safety Laboratory, National Academy of Science of Belarus, Institute of Genetics and Cytology

Biélorussie

Pervez

Hoodbhoy

Member of the Permanent Monitoring Panel on Terrorism of the World Federation of Scientists

Pakistan

Scott

Jones

Career naval officer, Qualified nuclear weapons delivery pilot

USA

David

Krieger

Founder of the Nuclear Age Peace Foundation

USA

Yves

Lenoir

Social movement for children of Chernobyl. President of the French Association Enfants de Tchernobyl Belarus

France

Claus

Montonen

Professor of Elementary Particle Physics at University of Helsinki

Finlande

Eisuke

Matsui

Director of Gifu Research Institute for Environmental Medicine

Japon

Akio

Matsumura

Founder of NEAA, Founder of the Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders

Japon

Mitsuhei

Murata

Former Japanese Ambassador to Switzerland

Japon

Andreas

Nidecker

Founder of Physicians for Social Responsibility/International Physicians for the Prevention of Nuclear War/Switzerland (PSR/IPPNW/Switzerland)

Suisse

Michel

Prieur

President of the International Center of Comparative Environmental Law (CIDCE), Professor Emeritus of University of Limoges

France

Muhammad

Riaz Pasha

Scientist and former Adviser/ Technical Consultant to the Pakistan Atomic Energy Commission

Pakistan

Alex

Rosen

Vice President of the International Physicians for the Prevention of Nuclear War Germany

Allemagne

Vinod

Saighal

Major General (ret), Executive Director of Eco Monitors Society

Inde

Jurgen

Scheffran

Professor of Climate Change and Security at University of Hamburg

Allemagne

Alice

Slater

Lawyer, Nuclear Age Peace Foundation

USA

Gordon

Thompson

Executive Director of Institute for Resource and Security Studies

USA

Francisco Chico

Whitaker

World Future Council (WFC), Catholic Commission for Justice and Peace

Brésil

Remarque : l’IPPNW a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1985.

Nous ne savons pas quand, ni où, ni comment un accident nucléaire se produira, mais nous devons admettre le fait que les gouvernements et l’industrie feront tout leur possible pour masquer les dangers au public.

 

De nos jours, nous avons accès à l’information et les moyens de connecter des experts pour analyser, interpréter et communiquer cette information. Le défi auquel nous sommes confrontés est de mettre en place et de maintenir un réseau efficace, indépendant, qui serve à défendre l’intérêt public.

 

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 08:38
Youri Bandajesky (Photo USA Today)
Youri Bandajesky (Photo USA Today)

Source : journal « Montgomery Advertiser » - USA TODAY Network (Montgomery, Alabama, Etats-Unis)

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Auteur : Kim Hjelmgaard

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Lien source : http://www.usatoday.com/story/news/world/2016/04/17/nuclear-exile-chernobyl-30th-anniversary/82896510/

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Youri Bandajevski a démontré l’impact dévastateur de Tchernobyl sur la santé des personnes, en particulier celle des enfants biélorusses. Aujourd’hui, il vit en exil alors que le gouvernement martèle " Tout va bien ! "

 

-oOo-

 

 

“Tchernobyl n’est pas derrière nous, la catastrophe vient à peine de commencer” - Youri Bandajevsky, scientifique en exil

 

Kim Hjelmgaard

 

 

Le scientifique en exil Youri Bandajevsky, 59 ans, fut le premier scientifique à implanter au Belarus un institut pour étudier les effets de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl sur la santé des populations, en particulier celle des enfants ; il est situé près de Gomel, à 200 km environ de la frontière ukrainienne. Il fut interpellé au Belarus en 1999 et condamné à huit ans de détention pour avoir prétendument obtenu des pots de vin de la part de familles désireuses de faire entrer leurs enfants à l’Institut médical d’Etat de Gomel. Il a toujours nié ces accusations (1).

 

L’Académie Nationale des Sciences ainsi que Amnesty International ont communiqué qu’on l’a arrêté pour sa remise en question de la politique sanitaire publique du Belarus relativement à la gestion des conséquences de la catastrophe nucléaire. Il a été libéré en 2005, a obtenu la citoyenneté française grâce au soutien d’organisations de droits de l’homme en Union Européenne, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Il dirige aujourd’hui un centre médical de soins près de Kiev, qui se consacre aux examens et à la prise en charge sanitaire des victimes de Tchernobyl.

 

Bandajevsky n’est pas revenu au Belarus, de crainte que sa famille n’y soit victime de persécutions, voire arrêtée par les autorités.

 

Voilà quelques-unes de ses observations (extraits choisis, pour la clarté du propos) :

 

KIEV, Ukraine – « Quand on vous dit qu’on connaît aujourd’hui à peu près tout des effets de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine et au Belarus, permettez-moi de vous dire qu’on vous mène en bateau. Comment dire... c’est aujourd’hui seulement, soit 30 ans après le début de cette catastrophe, qu’on peut commencer à mesurer ses effets. Nous avons établi notamment que le Belarus a été touché bien plus qu’on ne l'a dit. Les retombées radioactives ont été bien plus importantes qu’on ne le prétend. La radioactivité déversée sur les populations a en vérité atteint un niveau de dose démentiel. Voilà ce que mon équipe de chercheurs et moi avions pu observer dès notre arrivée à Gomel en 1990, lorsque nous avons mis sur pied l’institut médical (qui est aujourd’hui devenu une université).

 

On a commencé par étudier les effets des fortes doses parce que Gomel était situé à l’épicentre du plus haut niveau de contamination. Par la suite, nous avons commencé à nous intéresser à l’accumulation des éléments radioactifs dans les organes internes au corps, relativement aux faibles doses, notamment chez les enfants. On a très vite vu qu’un ensemble complexe de pathologies avaient affecté le système endocrinien (c’est lui qui produit les hormones), le système cardiovasculaire ainsi que la totalité quasiment des organes internes. De telles recherches n’avaient jusqu’alors jamais été faites au Belarus, et personne à ce jour ne fait plus de recherches similaires.

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

A mon arrivée en Ukraine en 2009, j’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune source d’information sérieuse et objective sur l’état de santé des enfants ni des gens des régions de Ivankiv et de Polesskiy (deux régions en bordure de Tchernobyl). La question ne présentait aucun intérêt.

A ce jour, nous avons examiné environ quatre mille enfants de la seconde génération ; la plupart d’entre eux sont victimes de graves atteintes au système cardiovasculaire. C’est ce que j’avais déjà commencé à observer au moment où j’ai dû quitter le Belarus. Je suis particulièrement préoccupé par les irrégularités que j’ai pu noter chez les adolescents, surtout les garçons de la classe d’âge 12 -17.

80% environ d’entre eux présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine (un acide aminé) reconnu comme un marqueur de maladie cardiaque. Nous avons observé des modifications très préoccupantes des taux hormonaux chez 45% des enfants examinés. Certains scientifiques à l’Ouest ne sont pas d’accord avec nos conclusions puisque on ne dispose pas d’un marqueur spécifique pouvant apporter la preuve qu’il s’agirait d’un effet de Tchernobyl. En fait, ces scientifiques viennent sur place pour de courtes missions et ils n’ont accès à aucune source.

 

Plusieurs millions d’Ukrainiens résident dans des terres contaminées par la radioactivité, ce pourquoi il est nécessaire d’examiner un très large contingent d’individus. Mais il n’existe aucun programme de la sorte aujourd’hui. Or, il est nécessaire de vivre parmi les populations pour prendre pleinement conscience de ce qui est en train de se produire ici, parce que le problème est de fait très complexe. J’ai par exemple tenté de conduire des personnalités sensibilisées jusqu’au cimetière de Ivankiv afin qu’elles mesurent du regard le nombre impressionnant de tombes beaucoup de personnes décédées à un très jeune âge. Il est évident que les statistiques officielles ne mesurent pas cette réalité.

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Je ne dispose d’aucune information objective sur l’état de santé des enfants au Belarus aujourd’hui. L’information est verrouillée. Le gouvernement répète “tout va bien”, “tout va bien”. Mais je reçois, moi, des appels téléphoniques de résidents à Gomel, qui m’informent qu’un grand nombre des enfants qu’on suivait, quand j’ai dû quitter le Belarus, sont morts aujourd’hui. Des enfants qui avaient alors 6, 12 ou 14 ans. J’ai un vif souvenir de mon intervention à la télévision du Belarus aux côtés du Président (Alexander Lukashenko). Je disais alors qu’on observait de très graves atteintes à la santé des enfants provoquées par la radioactivité, tandis que lui rétorquait “tout va bien”. Malheureusement je ne suis plus aujourd'hui en mesure de me pencher sur le problème parce que je ne peux pas me rendre sur place, ni travailler là-bas.

 

De mon point de vue, la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, elle commence à peine.

Je redoute surtout que la population du Belarus et de l’Ukraine victime de Tchernobyl ne finisse par s’éteindre d’ici une à deux générations. Cette perspective me semble tragiquement probable. Or, je refuse que les paysans de ma terre ne meurent. Il est certain qu’on a besoin aujourd’hui du soutien de la communauté internationale pour faire bien comprendre cet enjeu, tout comme on a dû le faire au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl.

 

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(1) NDT : un lien qui a l'intérêt de regrouper différentes sources et engagements à l'époque (suivant une présentation antechronologique) : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/cata_banda_web.html

 

 

-oOo-

 

 

Pour en savoir plus sur  Youri Bandajevski

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

 

Youri Bandajevski

 

Enfants de Tchernobyl, Enfants de Fukushima…

 

Un dossier préparé par Evelyne Genoulaz

 

 

I. Le Centre Ecologie et Santé de Kiev

 

Youri Bandajevsky dit en 2005 : « Tchernobyl a paralysé la volonté des gens. Le pouvoir a créé une représentation de la désolation telle qu’on puisse croire à la résolution du problème. Même aujourd’hui, Tchernobyl ne révolte pas les gens. Désormais, intimidés par le pouvoir en place, ils sont même d’accord pour mourir des maladies provoquées par la radioactivité. Et même si des appels se font entendre dans la société pour la protection des gens victimes des effets de la radioactivité, on les fait taire, pour ne pas mettre en péril les mensonges des Etats […] Le devoir du médecin et du professionnel de la santé consiste à défendre la vie et la santé de l’homme […] en étudiant l’influence des différents facteurs de l’environnement sur la population humaine, et en tirant les enseignements pour mieux la protéger et la soigner »(1)

 

Le projet de centre de recherche en partenariat avec la CRIIRAD au Belarus n’a pas pu voir le jour en raison de difficultés et de pressions mais, soutenu par l’Association Les Amis de Yuri Bandajevsky, Youri fonde fin 2009, au bord des zones contaminées ukrainiennes, le Centre de coordination et d’analyse Espace et Santé, un centre destiné à la radioprotection des habitants des zones contaminées qui deviendra le « Centre Ecologie et Santé de Kiev ».

Youri Bandajevsky en détaille les objectifs dans un entretien rapporté pour le 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl par le Syndicat d’aide aux liquidateurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl et aux victimes du nucléaire :

 

« L’objectif principal est la coordination des efforts pour aider les victimes de la radioactivité […]

L’ensemble des populations qui ingèrent des radionucléides avec les aliments peuvent être considérées comme victimes de la radiation […] Le Centre devrait devenir pour la communauté internationale une source d’information objective sur la situation écologique, démographique et sanitaire dans les régions contaminées. »

 

 

II. Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez !

 

En 2010, Corinne Lepage interviewée devant le Parlement européen informe qu’une « chape de plomb » continue de s’abattre sur Tchernobyl et ses victimes, sous la pression des nucléocrates.

 

Youri Bandajevsky oppose au bilan 2010 de l’UNSCEAR la lettre ouverte : « Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez ! » dans laquelle il réaffirme le risque des faibles doses (2) :

« …Ce sont tous les habitants des zones contaminées du Belarus, de l’Ukraine et de Russie, dont l’organisme incorpore chaque jour depuis plusieurs décennies des éléments radioactifs, qui sont victimes potentielles de Tchernobyl. Des informations objectives et des mesures appropriées pour protéger la santé des populations exposées de façon chronique à la radioactivité sont nécessaires […]

Le Centre se donne aussi pour but de fédérer les efforts des médecins, économistes, industriels, politiques etc., pour engager un ensemble de mesures visant à assurer la sécurité pour la santé des populations vivant dans les secteurs contaminés par des éléments radioactifs.

Le projet, intitulé « Modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité», vise à coordonner les efforts de la communauté internationale dans la conception de mesures de sécurité sanitaire… Il est décrit sur : http://chernobyl-today.org/ »

 

 

III. De Tchernobyl à Fukushima

 

Le 11 mars 2011 commence la catastrophe nucléaire de Fukushima et recommence dès le 11 mars 2011, depuis le Japon, la pression du silence sur les conséquences sanitaires d’une catastrophe nucléaire majeure…

 

C’est ainsi que le Rapport 2013 de l’UNSCEAR, martèle derechef les mots d’ordre du lobby nucléocrate international ! en particulier dans son chapitre B. intitulé : les effets sur les enfants de l’exposition à la radioactivité, pp. 12-13 :

d - « les projections statistiques d’un risque à long terme sont à ce jour non significatives »

f - « le Comité recommande d’éviter les généralisations sur les risques liés aux effets d’une exposition à la radioactivité pendant l’enfance »

g - « les études menées sur les effets héréditaires potentiels, passées en revue par le Comité en 2001, permettent de conclure qu’on n’a pas pu établir scientifiquement d’effets héréditaires, etc. »

 

 

Youri Bandajevsky se rendra à Fukushima et continue plus que jamais ses recherches appliquées à la protection des populations d’Ukraine et du Bélarus !

Alors qu’à sa libération, il lui fut interdit de prendre part à quelque symposium international que ce soit jusqu’en 2011, il communiquera les conclusions de ses dernières recherches, gravement habité par son combat, lors d’un symposium sur les effets de la contamination interne, en présence de Wataru Iwata, la députée européenne Michèle Rivasi, en 2012. (3)

 

 

IV. Le SLIR ou les faibles doses

 

Non ! la population au Belarus ne croît pas mais décroît !

Les maladies mortelles sont multiples et diverses.

 

« Ainsi, en pénétrant dans l’organisme, un radio-isotope à durée de vie longue, le Césium 137, affecte nombre d’organes et de systèmes vitaux. Ce sont avant tout les cellules hautement différenciées qui sont touchées, l’atteinte étant proportionnelle au taux de radio-césium. La destruction des mécanismes énergétiques cellulaires est à la base du processus et aboutit à des destructions protéiques (…) Ces modifications pathologiques retrouvées dans l’organisme humain ou animal peuvent être réunies dans un même syndrome de l’incorporation chronique de radio-isotopes à demi-vie longue « syndrome of the long-living incorporated radio-isotopes (SLIR) ».

 

Le SLIR apparaît en cas d’incorporation de Cs 137, son intensité est fonction de la quantité incorporée et de la durée d’incorporation. Il a été observé sur de vastes espaces dans la région.

Il altère les systèmes cardio-vasculaires, nerveux, endocrinien, immunitaire, génital, digestif, rénal et hépatobiliaire. L’effet de la quantité de Cs-137 sur l’induction d’un SLIR peut varier selon l’âge, le sexe et l’état fonctionnel préalable de l’organisme. Les enfants ont des modifications pathologiques considérables au niveau des organes et systèmes, pour un taux d’incorporation supérieur à 50 Bq/kg. Simultanément, des perturbations métaboliques, essentiellement dans le myocarde, ont été enregistrées à une concentration de Cs-137 de 10 Bq/kg.

 

Conclusion :

1.         Vingt-cinq ans après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les habitants de la République du Belarus et Ukraine, qui ont vécu dans des territoires contaminés par les éléments radioactifs et qui ont consommé ces radionucléides  sur une longue période sont exposés à un risque accru de maladies cardio-vasculaires et de tumeurs malignes.

2.         L’augmentation constante de ces pathologies durant les 26 années après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl conduit à une situation proche de la catastrophe démographique où le taux de mortalité atteint le double du taux de natalité.

3.         La situation actuelle requiert des décisions immédiates au niveau national et international afin d’apporter au problème survenu sa solution _ la protection de l’état de santé des personnes habitant dans les territoires contaminés par l’accident de Tchernobyl_.

 

 

V. Présentation du projet international de « modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité ».

 

Le district d’Ivankov très contaminé, situé près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, a été choisi comme territoire pilote. Les projets majeurs :

1 - Création d’une carte moderne et véridique de la contamination radioactive du territoire.

2 - Alimentation saine, mesure de la contamination radioactive de la population.

3 - Information sur les problèmes de santé (…) pour attirer l’attention internationale et l’assistance humanitaire, tout particulièrement dans le contexte actuel de désinformation. Information en direction de la population. ( 23’54)

4 - Projet de rénovation du Centre hospitalier régional d’Ivankov.

5 - Rénovation du centre de réadaptation des victimes de Tchernobyl à Kiev, développement de nouvelles méthodes de traitement et de prévention pour les maladies radio-induites.

6 - Développement de programmes de réadaptation pour les enfants ayant une affection cardiovasculaire.

7 - développement de programmes de protection sanitaire maternelle & infantile .

8 - développement et mise en œuvre de technologies pour la production d’aliments favorables à la santé.

 

VI. Dans le symposium qu’il a animé à Paris en 2015, Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération , Youri Bandajevsky a présenté les avancées de ce projet.

 

Youri Bandajevsky, scientifique en exil : « la catastrophe vient à peine de commencer »

Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération

Conférence "Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération"

Mercredi 22 avril 18h30 à l’Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan - 75002 Paris

Animée par Youri Bandajevski, scientifique de référence, emprisonné en Biélorussie pour ses recherches sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, et réfugié en France.

Avec : Michèle Rivasi, députée européenne, Corinne Lepage, avocate et auteure du livre L’État nucléaire.

Un nombre significatif des enfants examinés présentent des retards de croissance,  82 % d’entre eux des anomalies cardiaques et 5,6% des 3088 enfants examinés, des problèmes à la thyroïde.

 

En 2014 - 2015, des contrôles de routine ont révélé des dysfonctionnements de la fonction cardiaque chez la plupart des enfants des districts d’Ivankov et de Polésie dans la région de Kiev en Ukraine.

Il serait pertinent de porter une attention particulière à l’état de santé des garçons de la tranche d’âge 12-17 ans, car elle fait apparaître de nombreux cas de pression artérielle élevée, d’anomalies du rythme cardiaque (bradycardie) et de syndrome de repolarisation ventriculaire initiale.

 

Les pathologies diagnostiquées dès l’adolescence peuvent être à l’origine de maladies graves qui induiront des décès chez les adultes.(4)

 

 

VII. Printemps 2016 : Tchernobyl 30 ans & Fukushima 5 ans

 

Au cours du Symposium « Tcherno23 » à Paris, Youri Bandajevski  lance un appel à l’aide internationale pour les 2,5 millions d’habitants dont sept cent mille enfants, habitant les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, menacés de disparition. On observe, dit-il, des problèmes cardio-vasculaires, des AVC ou encore des crises cardiaques dans « la deuxième génération », en particulier chez les garçons de 12 à 17 ans, dont 90% d’entre eux présentent un taux d’homocystéine trop élevé, un effet de la contamination par la radioactivité. Or, ces anomalies auront des effets dramatiques chez les adultes. C’est à Gomel qu’a été découverte pour la première fois la cardiomyopathie chez des enfants.

 

Michel Fernex enchérit, il montre la pression du silence à Minsk, à travers une anecdote : suite à deux morts subites parmi des enfants, une cardiologue les examinera tous ; mais elle indique qu'elle ne pourra pas en tirer de conclusions parce qu'elle ignore si les familles sont, ou ne sont pas, des réfugiées de Tchernobyl !

Wladimir Tchertkoff rappelle le parcours de Bandajevsky, de Nesterenko et l’histoire du projet ETHOS et CORE, qui leur fait barrage. Aujourd’hui encore, le Bélarus interdit de soigner les enfants avec la pectine de pomme. Or, il est nécessaire et urgent de rétablir les centres de soin.

 

Wladimir Tchertkoff a donné en mars 2016 trois conférences au Japon (5). C’est devant le Sénat du Japon qu’il rappelle, je cite : le cri de Bandajevsky : “Nos enfants meurent!”, dans le film “Controverses nucléaires”…

Au Japon, l’ingénieur nucléaire Hiroaki Koide, une figure centrale du mouvement antinucléaire, considère que le Japon est majoritairement contaminé par le Césium 137, suite aux essais atmosphériques américains puis à la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011, qu’il n’y a pas de seuil de dose sans danger et qu’il faudrait idéalement déclarer la région de Fukushima inhabitable.

 

Mais c’est l’inverse qui semble s’accélérer en ce moment-même à l’approche des Jeux Olympiques en 2020 au Japon, avec le durcissement de la politique du retour des personnes évacuées en territoire contaminé, la levée des ordres d’évacuation, et la campagne de propagande de la Préfecture de Fukushima pour "la reconstruction", "la renaissance" ou encore " la revitalisation de Fukushima ", relayée aussi à l'International ...

 

Et pourtant, trente ans après Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima n'en est qu'à son début ...

 

Evelyne Genoulaz

 

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Notes

 

1) Citation de Yuri Bandajevsky, in Tchernobyl Forever : carnet de voyage en enfer de Alain-Gilles Bastide. Ed. Photomorphisme, octobre 2014.

 

2) Sa découverte principale, Bandajevsky la fait avec sa femme Galina, pédiatre et cardiologue, en  mettant en évidence une corrélation quantifiable entre le taux de radioactivité dont un enfant est porteur et la pathologie cardiaque qu’il développe. Cette radioactivité qu’il étudie n’est pas celle, reconnue, de l’iode 131 qui provoque troubles et cancers de la thyroïde, mais celle du Césium 137. Une radioactivité que les populations ingèrent à petites doses, au quotidien, dans les produits sauvages, mais aussi dans les produits cultivés. C’est l’influence sur l’organisme vivant, de ces faibles doses de radioactivité incorporées qui est une donnée scientifique nouvelle.

Dix ans après le 26 avril 1986, les autorités veulent réintroduire des populations dans les endroits encore contaminés. La théorie des effets dangereux, à court et à long terme, de faibles doses accumulées que soutient Bandajevsky vient à l’encontre de cette politique. Il devient gênant…

http://tchernobyl.verites.free.fr

 

3) Wataru Iwata, musicien de profession avant la date de 3.11 qui a bouleversé sa vie, est le co-fondateur avec l’appui de l’association française la CRIIRAD, du premier CRMS (Citizen's Radioactivity Monitoring Station ou Centre de Mesure de Radioactivité Citoyen) au Japon, sitôt après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi. Depuis, des labos de mesures citoyennes se sont multipliés dans la préfecture de Fukushima. Présentation : conférence de presse du 11/08/2011, vidéo youtube  https://www.youtube.com/watch?v=QXQ33ffA930.

 

4) Le site « Tchernobyl Solidarité internationale » chernobyl-today.org

présente l’étude de Yuri Bandajevski conduite jusqu’en 2014 - 2015 et publiée en 2015 :

« ASSESSMENT OF THE CARDIOVASCULAR SYSTEM IN CHILDREN FROM POLESIE AND IVANKOV DISTRICTS ».

 

5) Textes des conférences de W. Tchertkoff au Japon en mars 2016 sur le site de l’Association Enfants de Tchernobyl Belarus. http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=actualites

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans En France et ailleurs
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:10

Auteur et prospectiviste, Yannick Monget s'est particulièrement investi ces dernières années sur la problématique du nucléaire. Fruit de ces recherches, il vient de publier aux Editions de La Martinière un nouveau roman, Résilience, qui est véritablement une « fiction scientifique engagée ». A travers deux histoires passionnantes qui finissent par se rejoindre, l’auteur dresse un état des lieux atomique sans concession de la planète Terre. Mu par une volonté intarissable, il milite pour une sortie du nucléaire en dénonçant les dangers réels que l’humanité a créés et qui menacent radicalement son avenir. Bien que ce thriller captivant fourmille d’informations sourcées, j’ai voulu en savoir plus en interrogeant son auteur sur les thèmes spécifiques à ce blog : Fukushima, la catastrophe nucléaire, ses conséquences.

PF

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Alors que vous étiez déjà conscient des risques que représente l’énergie nucléaire, comment avez-vous vécu la catastrophe de Fukushima ?

 

Très mal… Au-delà de mon activité d'auteur, je suis prospectiviste, et mon travail consistait entre autres ces dernières années à déceler et alerter sur les menaces majeures pouvant affecter notre société ainsi que les solutions pouvant être mises en place pour y faire face. Dans ce cadre, j'ai beaucoup travaillé sur les rapports du GIEC pour alerter sur les risques liés au réchauffement climatique, que je considère comme l'une des principales menaces pesant sur notre civilisation avec la pollution chimique de notre environnement. Dès 2007, lorsque j'ai vu que certaines personnes souhaitaient que les rapports mentionnent le nucléaire comme une solution possible à la lutte contre le réchauffement climatique, j'avais exprimé à Jean Jouzel, vice-président du GIEC, mon inquiétude, le nucléaire me paraissant devenir de plus en plus une menace, en tout cas sûrement pas une solution pour lutter contre les émissions de GES. En 2009, persuadé de la dangerosité croissante de cette industrie j'avais essayé d'alerter. Lorsque "Terres d'Avenir" est sorti fin 2009 aux éditions de la Martinière et que l'exposition internationale adaptée de l'ouvrage fut inaugurée au Parlement Européen à Bruxelles, j'avais volontairement voulu ajouter un espace dédié au nucléaire et pour ce faire j'avais été jusqu'à réaliser une peinture numérique simulant l'évacuation de Tokyo (ceux qui ont le livre peuvent vérifier, c'est page 56/57) à cause d'un accident nucléaire survenu à Tokaï ou Fukushima, en posant la question de ce qui arriverait si un accident survenait près d'une mégalopole comme Tokyo.

A l'époque, je me souviens m'être fait attaqué et accusé de catastrophisme. Pourquoi mettre en scène une catastrophe au Japon, le pays le plus sûr niveau technologique ? Pourquoi prendre volontairement une centrale comme Tokai Mura ou Fukushima, près d'une grande ville comme Tokyo, pour faire peur gratuitement ?

Puis, en 2011, l'inévitable arriva. Sur les 500 sites nucléaires de la planète c'était celui que j'avais mis en scène, au Japon, à proximité de la préfecture de Tokyo qui fut impacté. Une fois de plus, l'un des scenarios imaginé dans ce livre, qui regroupe des dizaines de peintures numériques et de textes faisant référence à des scénarios probables d'avenir, devenait réel…

Je crois que voir un accident arriver, en être persuadé, essayer d'alerter, ne pas être écouté, voire même critiqué… puis le voir devenir réalité… est l'un des pires sentiments que je connaisse. Je comprends décidément ce qu'a dû endurer Cassandre lorsqu'Apollon l'a maudit.  On se sent forcément impuissant, on voit l'accident arriver et on ne peut rien faire.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

A votre avis, pourquoi les auteurs de science-fiction décrivant la fin du monde n’ont jamais voulu aborder les véritables effets d’une catastrophe nucléaire mondiale ?

 

Quand j'ai écrit "Résilience", je me suis en effet rendu compte que la quasi-totalité des auteurs, qu'ils soient romanciers comme Barjavel, Pierre Boule, Michael Crichton… ou scénaristes ont effectivement fait l'impasse dans leurs scenarios sur la problématique nucléaire. La réponse est dramatiquement simple : tout simplement parce que le nucléaire rend impossible 99 % des scénarios de dystopie ou d'anticipation que le monde de la littérature ou du cinéma a imaginés.

"Résilience" est donc une critique également quelque part de cette omission. Pierre Dac disait que la prévision est difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir, et mon travail de prospectiviste m'a amené à montrer que tout n'est pas prévisible et que ponctuellement des découvertes, des changements modifient complètement la donne. Il en a été ainsi d'internet par exemple, certains récits et films de science fiction comme Soleil Vert ne l'avaient pas du tout anticipé et ont très mal vieilli. Il en va de même du nucléaire, auquel personne n'a vraiment pensé ou presque.

Le roman explique que quelle que soit la catastrophe à laquelle l'humanité sera confrontée, réchauffement climatique, pandémie mondiale, guerre, effondrement économique, même chute de météorite, bref, quel que soit le scenario imaginé par la science fiction, l'histoire se terminera obligatoirement (en l'état actuel de nos connaissances) par une catastrophe nucléaire qui rendra tout échappatoire impossible.

Ce qui est grave, c'est que nous avons ancré dans la tête des gens, que si la société venait à d'effondrer, on pourrait y survivre en reconstruisant sur les ruines un nouveau monde, comme en Europe après 1945. Mais le monde a changé, et les règles ont changé. Notre civilisation a développé des technologies bien trop dangereuses et ce qui était possible en 1945 ne le sera plus à l'avenir.

Après la destruction de toutes les installations nucléaires de la planète, peu de chance que vous puissiez continuer à vivre et rebâtir une civilisation dans un environnement aussi hostile.

En ce moment j'ai cru comprendre qu'une série de SF cartonnait : "les 100", où on renvoie sur Terre des ados un siècle après une catastrophe nucléaire majeure. C'est non seulement ridicule mais dangereux de faire croire que la vie serait possible 1 siècle plus tard, le public ne se rend pas du tout compte de la dangerosité du nucléaire et des échelles de temps liées à la pollution radioactive qui perdure des centaines de millénaires. 

 

Pourquoi avez-vous choisi le roman pour expliquer des choses aussi graves ?

 

Pour toucher un public large et non averti. Cela ne m'intéressait pas de faire un énième livre documentaire sur le nucléaire pour répéter des choses que je disais dans de précédents livres et qui, je le savais, toucheraient principalement des personnes sensibles à la cause environnementale.

Je cherchais un moyen de toucher ces autres personnes justement qui ne se soucient pas de cette problématique et qui n'imaginent aucunement cette réalité et cette menace.

Par définition, le roman s'adresse donc à tous les publics. Et il n'y a que comme ça que nous pourrons faire pencher la balance en faveur de l'abandon du nucléaire : en persuadant le grand public.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

En mars 2011, après que la piscine du réacteur 4 de Fukushima Daiichi ait subi un incendie, le scénario d’évacuation de Tokyo a été envisagé par le gouvernement. Vous qui aviez déjà réfléchi à cette option dès 2009, pensez-vous qu’une évacuation aurait été possible ?

 

Effectivement, le plan prévoyait l'évacuation de près de 50 millions de personnes sur les 3 préfectures de la zone impactée. Je pense qu'au Japon l'ordre aurait été donné effectivement, si je me fie aux déclarations du premier ministre… ceci étant, plusieurs amis m'ont expliqué la panique qui régnait notamment sur les routes. Ren Yabuki m'expliquait comment des personnes fuyant certaines zones se retrouvaient, à cause des vents, dans des zones où les retombées étaient encore plus importantes que là où ils se trouvaient initialement. Disons le franchement, et l'ancien premier ministre japonais en convient, cela aurait été une panique et un bazar inimaginable qui aurait fait lui-même de nombreuses victimes. Regardez la panique lors de l'évacuation de Fort Mc Murray au Canada, et il ne s'agissait que de quelques dizaines de milliers de personnes… Là, on parle de dizaines de millions de personnes… et regardez la problématique de relogement des personnes évacuées à Fukushima avec déjà un peu plus de 100 000 réfugiés. Pour vous donner une idée : la Syrie c'est 4 millions de réfugiés à l'extérieur du pays en 5 ans et l'Europe n'arrive pas à gérer ce flux, alors imaginez 50 millions de réfugiés et ce… du jour au lendemain, vous imaginez ?

 

En tant que prospectiviste, comment voyez-vous l’avenir du Japon qui persiste à se servir de l’énergie nucléaire malgré les risques constants de séismes, d’éruptions volcaniques et de tsunami ?

 

Je pense qu'il faudra encore un accident majeur pour impacter l'opinion, au moins un. Et il arrivera. L'Europe et l'Amérique du Nord ont eu de la chance, une incroyable chance même quand on pense à ce qui est arrivé à Blayais en 99 ou Saint-Laurent des eaux et certaines de nos autres centrales. Mais vous savez… la chance finit toujours par tourner.

Pour ce qui est du Japon, cela va mal se terminer. Le fait de réintroduire les populations sur les sites pollués est absolument irresponsable, mais en même temps, je comprends le désir de certains de revenir sur leur terre même si cela les condamne et qu'ils savent qu'ils risquent de développer des maladies. Je ferais peut-être de même si Cattenom venait à avoir un grave accident et que la Lorraine, Metz, Nancy, Luxembourg, etc. venaient à être abandonnés. Dans la Grèce antique, le pire des châtiments était le bannissement. Et je le comprends. Imaginez que du jour au lendemain on vous demande à vous et à la population de votre région de partir en abandonnant tout sur place… Dans "Résilience", là aussi, je voulais essayer de montrer cette fuite, cette évacuation de la France pour essayer de faire comprendre et ressentir au lecteur ce drame qu'ont vécu les japonais de Fukushima ou les Ukrainiens de Pripiat. Cela aurait dû servir de leçon, mais comme vous le dites, ça n'a pas fait bouger le gouvernement d'Abe qui dérive dangereusement d'après ce que j'observe. C'est tout simplement incompréhensible, un tel aveuglement et une telle irresponsabilité d'une poignée de décideurs qui jouent à la roulette russe avec la vie et l'avenir de dizaine ou centaines de millions de personnes. Et nos dirigeants ne valent pas mieux.

D'autant plus que les solutions existent, les technologies permettant de se passer du nucléaire comme des énergies fossiles existent. Le Japon est reconnu pour son innovation qui plus est. Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de solutions.

Encore une fois, j'insiste et je le répète : on peut s'en sortir, on peut sortir du nucléaire, et ceux qui disent le contraire au Japon ou en France, sont soit achetés par des lobbys, soit des ignares (et nous avons beaucoup d'ignares en France parmi nos politiques mais aussi la population (qui critique mais qui est à l'image des politiques qu'ils ont élus), il suffit d'aller lire les commentaires sur les réseaux sociaux et les forums parlant du sujet, la lobbytimisation des français est très inquiétante).

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Dans votre dernier roman, Résilience, vous évoquez une manière de se débarrasser des déchets nucléaires dans des fosses marines très profondes qui pourraient à long terme disparaître sous la croûte terrestre. Ce projet existe-t-il déjà et, selon vous, est-il réaliste ?

 

J'en ai parlé avec un ami vulcanologue, Jacques-Marie Bardintzeff avant de l'écrire. En fait, sur le papier, le scenario se tient, les difficultés sont la pression à une telle profondeur, mais en même temps, si on met en balance le problème de gestion des déchets et celui de la pression à grande profondeur… il est peut-être plus simple de résoudre ce problème de pression, aussi important soit-il. En tout cas on m'a expliqué qu'il n'y aura pas de soucis avec la température, car nous ne sommes pas dans une zone "chaude". C'est vraiment la profondeur qui pose souci. Il y aurait peut-être une autre solution : l'espace. Si je suis contre l'idée d'envoyer des déchets par le biais de fusées (ce serait bien trop dangereux en cas d'accident) reste que des projets d'ascenseurs spatiaux sont actuellement à l'étude. Là, on serait sur quelque chose de bien moins dangereux. Une fois dans l'espace il faudrait leur donner une impulsion pour qu'ils se dirigent vers le Soleil. C'est un calcul de trajectoire, et ça, on sait très bien faire. Je pense que ce projet d'ascenseur spatial est réalisable et se fera dans quelques décennies. Qui plus est, c'est un domaine où les japonais me semblent particulièrement à la pointe.

 

D’après vous, la France a-t-elle su tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima ?

 

Absolument pas. Et quand j'entends Nicolas Sarkozy, (et sa porte-parole Maud Fontenoy), Manuel Valls, Macron, et tant d'autres parler du nucléaire sans rien y connaître, je suis terrifié.

Notre société doit évoluer vers un système éthique : on ne peut plus vivre dans un monde donnant tant de pouvoir à des personnes à ce point irresponsables et ne maitrisant pas ces sujets. Ce n'est pas possible. Notre système doit évoluer, et ne plus confier ce type de décision à une unique personne. De même il faut écarter les lobbys des instances en charge de ces questions. Il faut vraiment bâtir à mon sens un système radicalement différent et replacer les notions d'éthique au centre du système de gouvernance.

Le directeur général d'EDF se vante d'avoir tiré ces leçons mais en réalité il n'a rien compris, il n'a tiré aucune leçon c'est même le contraire : il pense que le problème à Fukushima c'était le tsunami, l'inondation, le tremblement de terre, il pense qu'à Tchernobyl c'est l'erreur humaine. En fait c'est beaucoup plus profond que ça.

Ce que nous apprennent ces accidents, Fukushima, comme Tchernobyl et tous les autres (non connus du grand public et dont je parle aussi dans le roman) : c'est l'impossibilité de tout prévoir et d'imaginer l'imaginable.

Pour preuve, regardez ce qui s'est passé à Paluel : de l'aveu même d'EDF cet accident était impossible. Voilà le vrai problème, le problème de fond. L'impossibilité d'envisager l'inimaginable… puisqu'il n'a pas été imaginé.

"Résilience" joue sur cette question en mettant en scène un scenario auquel les autorités ne s'attendent pas et ne sont pas prêtes.

En fait, ce qui m'inquiète, ce qui me terrifie (et devrait également terrifier toute personne saine d'esprit ayant les pieds sur Terre) ce ne sont pas tous ces scenarios catastrophes qu'imaginent l'ASN, EDF, l'AIEA, nos services de renseignements, ce sont justement, au contraire… ceux qu'ils n'ont pas imaginé.

 

Quel autre type d’actions envisagez-vous pour alerter le public non averti sur la question nucléaire ?

 

Il y en a plusieurs. Pour ce qui est de "Résilience", le roman peut donner suite à des adaptations. Nous verrons. Se pose le problème du budget car "Résilience" demanderait des moyens colossaux, l'action est mondiale, met en scène tous les pays. Je sais que des producteurs se sont montrés intéressés mais rien n'est encore fait. En parallèle, d'autres projets sont également en cours avec Symbiom. J'espère les voir se mettre en place cette année. Je ne peux trop rien dire pour le moment, mais, oui, il faut des projets ambitieux pour faire face à une telle menace; qui touchent très largement le grand public et les fasse réagir.

Je suis en effet persuadé qu'un autre monde est possible. C'est pour cela que je monte mes différents projets avec Symbiom. Quant à "Résilience" c'est aussi pour cela qu'il est vecteur d'espoir. Je me suis refusé à écrire un roman totalement sombre, fermant toutes portes de sortie. Je m'étais juré de n'écrire ce livre que le jour où je trouverais un scenario traitant de l'aspect sombre du nucléaire tout en véhiculant un message d'espoir. J'ai mis deux ans avant que cette double architecture du roman, racontant deux histoires s'entremêlant ne se mette en place. Espoir, il faut garder espoir "Spes Manet", ceux qui ont lu le roman comprendront.

 

(Propos recueillis par Pierre FETET)

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation de l’auteur

Yannick Monget, auteur et prospectiviste, est le président fondateur du groupe Symbiom qui développe des projets de sensibilisation et de recherche en rapport avec l’environnement. Spécialisé dans les questions touchant à la crise bioclimatique contemporaine, il a écrit plusieurs ouvrages autour de l'avenir de notre planète : Demain, la terre (2006), Terres d'avenir : de l'urgence bioclimatique aux rêves de demain (2009), Gaïa (2012). Son dernier roman, Résilience, vient de paraître sur la thématique de la menace du nucléaire civil.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation du livre Résilience

100 jours avant l’effondrement. Incidents nucléaires à Paris et en Chine. Un virus informatique semble avoir pris le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

2 ans après l’effondrement. En Antarctique, des survivants s’organisent dans des bases de haute technologie abritant un écosystème reconstitué. La surface du globe est ravagée par la radioactivité et la résurgence du virus noir, qui a décimé la plus grande partie de l’humanité. Que feront-ils de cette dernière chance ?

Ultra-documenté, ce thriller aux accents de blockbuster américain enchaîne de façon implacable les chapitres avant et après la catastrophe. L’auteur parsème son livre de références à de véritables incidents, comme le virus Stuxnet, conçu en 2010 par les États-Unis pour prendre le contrôle des centrales iraniennes. Entre jeux de lobbies, dessous du nucléaire civil et pressions politiques, cette course contre la montre révèle comment l’irresponsabilité et l’aveuglement de certains menacent le destin de la planète tout entière.

(source : Editions de La Martinière)

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 11:38
Pourquoi l’IRSN ment-il ?

Que se passe-t-il à l’IRSN, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ? Cette institution publique française de renommée internationale, connue pour réaliser des études de haut niveau, n’hésite pas à mentir pour on ne sait quelle raison obscure. Est-ce parce que la France est un pays nucléarisé qu'il lui est impossible d'être indépendant et de dire les choses simplement comme elles sont ?

Alors qu’on se rapproche d’un accident nucléaire sur le territoire français, accident qui semble inéluctable pour tous les hauts responsables de la sécurité nucléaire (Jacques Repussard, Pierre-Franck Chevet), l’IRSN ne peut s’empêcher de renouer avec des pratiques honteuses de son ancêtre le SCPRI, dirigé en 1986 par le professeur Pierre Pellerin qui affirmait que le nuage radioactif de Tchernobyl n’aurait aucune incidence sur le plan de la santé publique.

 

Les près de 1800 personnes qui travaillent à l’IRSN ne sont certes pas toutes responsables des dérives constatées, il s’agit plus probablement d’une orientation générale maîtrisée par quelques personnes au sommet de la structure décisionnelle pyramidale, et plus vraisemblablement de consignes complexes provenant des cinq ministères de tutelle dont l’institution dépend (environnement, recherche, industrie, défense et santé).

 

Les chargés de communication de l’IRSN ont-ils des consignes en ce qui concerne le plutonium, les explosions de centrales nucléaires ou les effets du corium ? En attendant de connaître les éventuels donneurs d’ordre, c’est ce que l’on peut supposer quand on lit ces dernières informations.

 

 

1) Le plutonium et le strontium ne seraient pas présents au Japon !

 

Dans un article anonyme publié dans la revue « Repères » de l’IRSN (n°29, avril 2016, p. 8), on trouve cette phrase incroyable : « De plus, la catastrophe en Ukraine a libéré du strontium et du plutonium – très toxique – qui ne sont pas présents au Japon. »

 

Extrait de la revue Repères, n°29, p. 8.

Extrait de la revue Repères, n°29, p. 8.

C’est complètement faux.

Du plutonium a été retrouvé non loin de la centrale de Fukushima dès 2011. Il a été identifié par le professeur Masayoshi Yamamoto, de l’université de Kanasawa. Du strontium également. Des cartes de localisation du plutonium issu de la catastrophe de Fukushima ont même été réalisées en 2012 par le METI (ministère de l'économie, du commerce extérieur et de l'industrie du Japon). Une équipe de recherche en a par ailleurs trouvé en Lituanie, c’est dire que le plutonium de Fukushima a bien voyagé autour du monde. Sauf semble-t-il pour l’IRSN qui, comme le SCPRI de 1986, nie la réalité. Alors que la toxicité du plutonium n’est plus à démontrer, l’IRSN s’implique dans un déni de son existence, comme d’autres scientifiques japonais s’impliquent dans le déni de sa dangerosité.  Il faut rappeler ici qu’à Fukushima, trois réacteurs ont perdu leur confinement, ce qui permet à tous les radionucléides, sans exception, de s’échapper en permanence dans l’environnement.

 

 

2) Une centrale nucléaire ne pourrait pas exploser !

 

Dans le site de l’IRSN, on trouve également cette étonnante réponse anonyme : non, une centrale nucléaire française ne peut pas exploser. Les centrales nucléaires étrangères, oui (Tchernobyl, Fukushima), mais pas les centrale nucléaires françaises !

 

Capture d’écran du site de l’IRSN

Capture d’écran du site de l’IRSN

Or c’est complètement faux.

Dans un rapport (*) conjoint de l’ISN et du CEA datant de 2006, toutes les possibilités d’un accident majeur sont explorées, dont les explosions de vapeur et les explosions d’hydrogène. L’IRSN développe donc deux discours, l’un pour les spécialistes qui explique que l’explosion est possible, l’autre pour le public qui explique qu’elle est impossible.

 

Extrait du rapport de l’IRSN et du CEA, p. 89

Extrait du rapport de l’IRSN et du CEA, p. 89

Si la volonté de l’IRSN est bien de rendre « résiduelle » la possibilité d’une explosion d’hydrogène, on se rend compte à la lecture de ce rapport que c’est juste une intention et non une certitude. Extrait p. 29 : « L’hydrogène produit est susceptible de s’échapper du circuit primaire (par une brèche) et de se mélanger à l’air dans l’enceinte, ce qui induit des risques d’explosion et une menace directe pour la tenue de l’enceinte ».

Pourquoi l’IRSN ment-il ?

 

Et p. 87, l’IRSN et le CEA d’avouer : « Il est difficile, en tout point et en tout instant, d’empêcher, malgré l’implantation de recombineurs, la formation d’un mélange combustible et susceptible de conduire à des phénomènes d’accélération locale de flamme ». Je traduis : « phénomènes d’accélération locale de flamme », ça veut dire « explosion d’hydrogène » dans le langage normal.

 

(*) R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : Bilan et perspectives, IRSN, CEA, 2006.

 

 

3) Un corium avoisinerait les 2000°C !

 

Dans un article du site Industries et technologies du 2 mai 2016, Thierry Charles affirme : « Dans le cas d’une fusion du cœur par exemple, le corium, dont la température avoisine les 2000°C, peut traverser la cuve (…) »

C’est faux ! Un corium peut avoir des températures allant jusqu’à 3500 K, soit 3226°C. (Cf. Christophe Journeau. L'étalement du Corium : Hydrodynamique, Rhéologie et Solidification d'un Bain d'Oxydes à Haute Température. Energie électrique. Université d'Orléans, 2006, p. 46)

Thierry Charles confond la difficulté d’obtenir des températures élevées lors des expérimentations avec la réalité d’un accident.

Cette même personne qui, il faut le préciser, est actuellement directeur général adjoint chargé de la sûreté nucléaire à l’IRSN, affirmait en avril 2011 que les habitants évacués de Fukushima allaient pouvoir revenir d’ici 3 mois alors qu’il savait très bien ce cela serait impossible, le césium ayant une demi-vie de 30 ans, c’est-à-dire qu’on en retrouverait encore durant les 300 prochaines années.

Baisser la température du corium de 1000 degrés revient à minimiser ses dangers, comme l’avait fait cinq ans plus tôt son collège Olivier Isnard qui considérait que la perte d’un corium n’était pas forcément un problème pour l’environnement.

 

L’IRSN ayant déjà eu d’autres antécédents de ce type dans les années passées, il était logique de lui consacrer une parodie. En effet, peu d'humoristes se sont penchés sur cette organisation qui pourtant mérite largement qu’on se moque de sa minimisation presque systématique face au réel danger nucléaire. D'où la réalisation d’un sketch le 23 avril 2016 à l’occasion de la conférence évènementielle Tcherno23.

 

Pierre Fetet

 

Sources qui ont servi à réaliser le sketch

Ce sketch a été élaboré à partir de documents et faits réels dont vous pourrez retrouver les sources ci-dessous.

 

Propos de Pierre Pellerin sur TF1 le 28 avril 1986 : « Il s'agit d'une radioactivité qui est mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique, [...] sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l’usine, et encore c’est surtout dans l’usine que je pense que les Russes ont admis qu’il y avait des personnes lésées »

https://youtu.be/3yIlSjmoMdE

 

Pierre Pellerin, communiqué de presse du SCPRI du 30 avril 1986 à minuit : « Situation dans l’ensemble stationnaire. On note cependant, sur certaines stations du sud-est une légère hausse de la radioactivité atmosphérique, non significative pour la santé publique »

http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/16/nuage-tchernobyl-lenquete-corse-completement-fumeuse-244265

 

Thierry Charles, IRSN, dans Le Monde du 11 avril 2011 : «  [La zone d’exclusion de Fukushima] a été élargie à 30 km. Cela correspond à la zone post-accidentelle, où l'on observe des dépôts de radioactivité au sol. Nous pensons que c'est une mesure raisonnable. L'iode 131 est un radioélément à vie assez courte, elle décroît d'un facteur 2 chaque semaine. Dans trois mois, son niveau sera complètement secondaire et les habitants pourront théoriquement revenir. »

http://www.lemonde.fr/japon/article/2011/04/11/fukushima-il-faudra-des-mois-avant-de-retablir-la-situation_1506093_1492975.html#xtor=AL-32280308

 

Le programme ETHOS vu par Michel Fernex

https://youtu.be/2_oKtjnh52c

 

Les faibles doses rendent malade.

http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Actes_forum_IW_november2014_French_01.pdf

http://www.fukushima-blog.com/tag/symposium%20de%20new%20york/

 

Information de l’IRSN : « Une centrale nucléaire peut-elle exploser ? Non. Les centrales nucléaires françaises sont conçues pour ne pas pouvoir exploser. »

http://www.irsn.fr/FR/connaissances/faq/Pages/Une_centrale_peut_elle_exploser.aspx

 

Dans le sketch, l’expression « excursion de puissance » est exagérée pour parler d’explosion. Selon l’ASN, une excursion de puissance est une « augmentation très rapide et momentanée de la puissance d'un réacteur au-delà de la puissance de fonctionnement ». A Tchernobyl, l’excursion de puissance a conduit à l’explosion du réacteur.

http://www.asn.fr/lexique/mot/%28lettre%29/95315/%28mot%29/Excursion%20de%20puissance

 

Rétention d’information : l’IRSN tarde à publier des informations importantes en français

http://www.fukushima-blog.com/article-430-milliards-d-euros-un-accident-nucleaire-majeur-mettrait-la-france-en-faillite-115319618.html

 

Rapport de l’IRSN : « Les rejets radiologiques massifs diffèrent profondément des rejets contrôlés »

http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/FR_Eurosafe-2012_Rejets-radioactifs-massifs-vs-rejets-controles_Cout_IRSN-Momal.pdf

 

Rapport de la Cour des Comptes du 31 janvier 2012 « Les coûts de la filière électronucléaire » page 425 : coût de 1000 milliards d’euros

https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire

 

Participation de 91,5 millions d’euros pour EDF en cas d’accident grave.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cenucleaire/13-14/c1314044.asp

 

L’IRSN est sous la tutelle du ministère de la défense.

http://www.irsn.fr/FR/IRSN/presentation/Pages/Presentation.aspx#.VxZ_u3pZ6T8

 

Jean-Marc Jancovici : « Un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ! »

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120220trib000684006/entretien.-nicolas-sarkozy-a-rate-la-marche-du-grenelle-de-l-environnement-.html

 

Eric Besson à propos de Fukushima le 12 mars 2011 : " A ce stade et selon les informations dont on dispose, [on est en présence] d'un accident grave mais pas une catastrophe nucléaire".

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/14/japon-comment-le-discours-du-gouvernement-francais-a-evolue_1493013_823448.html

 

Nicolas Sarkozy en mars 2012 : « L’accident de Fukushima n’est pas un accident nucléaire »

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article116

 

Shinzo Abe, le 7 septembre 2013, Buenos Aires : « Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. Pas vers le passé. »

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/jo-de-tokyo-2020-le-japon-souhaite-tourner-la-page-fukushima_1279553.html

 

Article de l’IRSN, revue Repères page 8 : « La catastrophe en Ukraine a libéré du strontium et du plutonium – très toxique – qui ne sont pas présents au Japon. »

http://www.irsn.fr/FR/IRSN/Publications/Magazine-Reperes/archives/Documents/IRSN_magazine-reperes29-201604.pdf

 

 

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Dessin d'entête : Julien Loïs

Dessin ci-dessous : Cardon

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 20:04
Conférence événementielle Tchernobyl day and night

A l‘occasion du 30ème anniversaire de Tchernobyl et du 5ème anniversaire de Fukushima, une conférence événementielle rassemblant plus de 30 intervenants a eu lieu le samedi 23 avril 2016 de 9 h à minuit à la mairie du 2ème arrondissement à Paris. Elle a été conçue et organisée par Michel Guéritte, de l'association La Qualité de Vie.

.

La table ronde sur Fukushima a eu lieu en présence de Géraud BOURNET, Roland DESBORDES, Kolin KOBAYASHI, Thierry RIBAULT, Cécile ASANUMA-BRICE, Haruko SAKAGUCHI et Michèle RIVASI.

Les différentes interventions de Denis BAUPIN, Corinne LEPAGE, Michèle RIVASI, Martine BILLARD, Etienne AMBROSELLI, Youri BANDAJEVSKY, Michel FERNEX, Andreas NIDECKER, Wladimir TCHERTKOFF, Roland DESBORDES, Jean-Claude AUTRET, Bernard LAPONCHE, Benjamin DESSUS, Jean-Claude ZERBIB, Yves LENOIR, Thierry RIBAULT, Kolin KOBAYASHI, Cécile ASANUMA-BRICE, Jade LINDGAARD, Jean-Marie MATAGNE, Abraham BEHAR, Géraud BOURNET, Jean-Jacques DELFOUR, Alain NICOLAS, Pierre FETET, Bertrand THUILLIER , Damien GIRARD, Guillaume BLAVETTE, Alain CORREA, Jean-Luc PASQUINET, Jean GANZHORN, Jean-Pierre REMMELE, Michel MARIE, Jean-Marc FLEURY, Jacques LERAY, Michel GUERITTE, Monseigneur Marc STENGER, Annie THEBAUD MONY, André PARIS, Denis FAUCONNIER, Dominique BOUTIN, Claude KAISER, Françoise BAUMAN, Françoise Boman, Stéphane LHOMME ont été enregistrées et sont diffusées sur youtube (cf. ci-dessous)

 

Programme : cliquer ici

 

Retransmission de la conférence en direct

Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
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Conférence événementielle Tchernobyl day and night
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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 11:00

Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon ou l'opposition au nucléaire, le journaliste Mathieu Gaulène vient de publier un livre intitulé « Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? » aux éditions Piquier. L’auteur dresse un bilan très documenté sur le nucléaire en Asie, 5 ans après la catastrophe. L’occasion pour le blog de Fukushima de lui poser quelques questions.

En 2011, le Japon (54 réacteurs) devançait la Corée du Sud (21), l’Inde (20) et la Chine (13). Mais la Chine construit actuellement 21 réacteurs, pour une puissance de plus de 27000 MWe (source terraeco.net)

En 2011, le Japon (54 réacteurs) devançait la Corée du Sud (21), l’Inde (20) et la Chine (13). Mais la Chine construit actuellement 21 réacteurs, pour une puissance de plus de 27000 MWe (source terraeco.net)

Où étiez-vous en mars 2011 et qu’avez-vous ressenti lors du début de la catastrophe nucléaire ?

 

En mars 2011, j’étais encore à Paris et je me préparais à aller vivre au Japon. Cet évènement m’a beaucoup choqué et dès les premières heures j’ai pensé au risque d’un accident nucléaire. J’avais en fait réalisé un mémoire sur le mouvement antinucléaire japonais en 2009, et durant mes recherches à Tokyo et Rokkasho-mura, où une usine de retraitement a été construite par la France, j’avais pu constater l’incurie de l’industrie nucléaire nippone, son arrogance alors même que de nombreux signaux d’alertes étaient déjà au rouge.

En septembre 2009, j’ai d’ailleurs proposé à quelques journaux français un article sur les risques d’une catastrophe nucléaire au Japon suite à un séisme. On le refusa poliment. Le 11 mars 2011, je proposais ce même article remanié avec l’actualité, et il fut publié le soir même par l’Express.fr (on peut le trouver encore en ligne). C’est une anecdote intéressante qui en dit long sur la manière dont est traitée l’information en France, notamment l’information sur le nucléaire.

 

En France, dans les journaux mainstream, il est rare de lire des textes aussi libres et décapants que dans votre livre. Est-ce votre position de journaliste indépendant qui vous permet de vous exprimer plus librement ?

 

Il est vrai que l’on ressent parfois comme une chape de plomb sur la question du nucléaire en France, et comme nous l’avons vu récemment, c’est désormais par la presse allemande que l’on apprend qu’il y a eu un accident grave en 2014 à Fessenheim ! Cependant, je pense qu’il s’agit surtout d’une manière de traiter l’information, de passer de plus en plus vite d’un sujet à un autre, sans prendre le temps de bien détailler tous les enjeux.

En ce qui concerne le fait d’être indépendant ou freelance comme c’est le cas aujourd’hui pour de nombreux journalistes à l’étranger, ce n’est pas vraiment un choix et reste une position très précaire. Ceci étant dit, il est vrai qu’être indépendant permet de travailler sur certains sujets de manière plus approfondie. Avec ce livre, j’ai essayé avec la plus extrême rigueur de répondre à une question que beaucoup se sont posés : qu’allait faire le Japon après ce désastre nucléaire et comment en était-il arrivé là ? Comment allaient réagir les autres pays d’Asie, où l’accident de Fukushima a eu un écho, voire parfois un impact très fort ? J’ai voulu y apporter une réponse, cinq ans après.

 

Cinq ans après l’évènement, l’explosion du réacteur 4 de Fukushima Daiichi reste un mystère. Le directeur de la centrale, Masao Yoshida, le disait lui-même : « [On] n’explique pas l’énorme trou qui a été percé au niveau 3. (…) Ce sont des phénomènes que l’on ne peut pas expliquer du point de vue de la physique ». Vous avez étudié les théories du complot qui circulent sur internet à propos de l’utilisation du réacteur 4. Est-ce qu’on en sait plus à Tokyo sur cette explosion aujourd’hui ou bien en reste-t-on à la version officielle ?

 

Oui, je crois qu’il faut en premier lieu écarter toute théorie du complot qui n’apporte que confusion au débat. Je reviens brièvement sur cette question dans le livre et continue à penser qu’il faut abandonner cette théorie fumeuse et incohérente selon laquelle le réacteur 4 servait à construire une bombe.

L’explosion du bâtiment du réacteur reste sujette à discussion à Tokyo. Rappelons que le réacteur 4, à la différence des autres, n’était pas chargé de combustibles et que l’accumulation d’hydrogène ayant conduit  à l’explosion est en effet un mystère. Certains ont formulé l’hypothèse au début d’une surchauffe des combustibles usés dans la piscine du réacteur, mais l’examen après coup de ces barres qui ont été depuis retirées infirme cette hypothèse. L’ex-directeur de la centrale de Fukushima-1, aujourd’hui décédé d’un cancer, avait formulé l’hypothèse que l’explosion était due à de l’hydrogène venant du réacteur 3 sinistré, et s’infiltrant par des tuyauteries dans le bâtiment du réacteur 4. C’est l’hypothèse la plus probable retenue aujourd’hui.

Il y a cependant une autre information intéressante à lire dans ce témoignage de l’ex-directeur de la centrale, traduit aujourd’hui en français aux éditions de la Presse des Mines. On y apprend que la cuve du réacteur 1 a subi une baisse de pression inexpliquée avant même l’arrivée du tsunami, et le directeur « n’exclut pas » qu’elle puisse avoir été causée par une rupture des tuyauteries. En noyant les générateurs de secours, le tsunami n’aurait donc fait qu’aggraver un accident déjà en cours.

 

On entend souvent dire que plus personne ne parle de Fukushima Daiichi à Tokyo. Est-ce vrai ?

 

Non, ce n’est pas tout à fait exact. On en parle relativement peu comparé à la gravité de l’accident, mais surtout, on en parle à voix basse. Ce n’est pas qu’une image, de nombreux Japonais baissent d’un ton lorsqu’on évoque l’accident ou la radioactivité. L’accident est devenu assez rapidement un sujet un peu tabou, qui dérange et divise. Le patriotisme est assez fort au Japon, et de nombreux citoyens vivent l’accident de Fukushima comme une défaite, comme si le Japon avait perdu la face vis-à-vis du reste du monde.

Les Japonais sont connus pour leur courage, leur capacité de rebondir après une catastrophe, un caractère forgé au gré des séismes, tsunami et typhon. Mais un accident nucléaire n’est pas une catastrophe naturelle. On ne peut pas faire table rase et repartir comme si rien ne s’était produit. Les conséquences se mesurent en centaines, voire milliers d’années pour le plutonium. Cette capacité des Japonais à rebondir constitue ici, je crois, un réel handicap.

 

On ne peut cependant se cantonner à une explication culturaliste. Lorsqu’on vit ici, il est éprouvant psychologiquement de s’inquiéter de la radioactivité au quotidien et assez naturellement, beaucoup de personnes à Tokyo et surtout à Fukushima n’y pensent plus, voire nie le risque. Comme pour s’auto-convaincre que tout va bien. Il me semble que c’est un réflexe naturel d’adaptation, et que la réaction après un accident nucléaire de cette ampleur, en France par exemple, serait la même sur le long terme.

 

HORI Yasuo rapporte que les habitants de Fukushima craignent que Fukushima Daini puisse être réutilisée en 2020 pour les besoins énergétiques des jeux olympiques de Tokyo. Avez-vous confirmation de cette possibilité ?

 

Etant donné la posture pro-nucléaire du gouvernement Abe, prêt à redémarrer un maximum de réacteurs pour retourner à 20-22% de nucléaire dans le mix énergétique d’ici à 2030, on peut s’attendre à tout. Mais je suis tout de même un peu dubitatif. Les exploitants de centrales de l’ouest du pays ont déjà beaucoup de mal à faire accepter le redémarrage des réacteurs. Mercredi dernier, un tribunal de la préfecture de Shiga a même fait ordonner l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de Takahama qui venaient à peine d’être redémarrés.

Il me semble donc que ce n’est pas pour demain que Tepco sera capable de redémarrer ses centrales, a fortiori à Fukushima Daini qui est très proche de la centrale accidentée. Tout au plus, la compagnie d’électricité de Tokyo va sans doute essayer de relancer la puissante centrale de Kashiwazaki-Kariwa, mais pour l’heure, l’autorité de régulation japonaise, la NRA, n’a pas donné son accord pour son redémarrage. Par ailleurs, la préfecture de Fukushima a annoncé son intention d’utiliser de l’électricité ne venant que des énergies renouvelables d’ici à 2040. Je ne peux donc confirmer cette information, mais je comprends l’inquiétude des habitants de Fukushima : après tout, certains réacteurs de la centrale accidentée de Tchernobyl ont continué à fonctionner jusqu’en 2000…

 

Ne pensez-vous pas que le « village nucléaire » japonais fait partie en fait d’un village nucléaire mondial ?

 

C’est une très bonne question. On a tendance à critiquer aisément le « village nucléaire » japonais en France, sans trop se poser de questions sur la manière dont fonctionnent les autres pays, à commencer par le nôtre. Cela va peut-être changer aujourd’hui avec la chute d’Areva – 8 milliards d’euros de pertes en cinq ans ! – dont on ne peut encore mesurer toute l’ampleur, le désastre industriel de l’EPR se profilant à l’horizon. Si les journaux français se montrent circonspects, nos amis anglais, eux, ne mâchent pas leurs mots, le Guardian qualifiant l’EPR de « farce » qui pourrait « couler EDF ».

En tout cas, de la même manière qu’il y a un « village nucléaire » nippon, il y a un « village nucléaire » français, formé du CEA, du constructeur Areva, de l’exploitant de centrales EDF, de la CGT et des écoles qui forment les élites de ces structures quasi-étatiques, l’école des Mines, Polytechnique ou l’ENA. C’est donc comme au Japon, un petit monde qui se connait et échange, passe d’un organisme à un autre, et forme l’un des réseaux les plus influents de la cinquième république. La seule différence notable est le fait que l’ASN en France semble être un peu plus indépendante qu’au Japon, comme on l’a vu récemment avec son directeur peu enclin à autoriser la prolongation de la durée de vie des centrales.

Au niveau mondial, ces « nucléocrates » se rencontrent et forment effectivement ce que l’on pourrait appeler un « village du nucléaire mondial », coordonné par l’AIEA. De nombreux groupes de travail de l’AIEA ont pour vocation d’améliorer la public acceptance. Par exemple, les Japonais et Français se sont souvent rencontrés dans les années 1970 lors de réunions N20 (nuclear twenty) : dix délégués français, dix délégués japonais qui discutaient de problèmes liés à l’implantation de centrales nucléaires et à la réaction du public et échangeaient leurs outils de communication, leurs éléments de langage pour « faire accepter » l’atome.

La France n’est pas à la peine quand il s’agit d’aider. En Corée du sud par exemple, six mois seulement après l’accident de Fukushima, une grande campagne de promotion fut lancée pour vanter les mérites du nucléaire, avec l’appui de l’AIEA et du Forum atomique industriel français (FAIF). En Inde, une journaliste a vu sa série de conférences sur le nucléaire dans les médias français, indiens et japonais pour les Alliances françaises annulée à la dernière minute sous la pression, semble-t-il, de l’ambassade de France à New Delhi.

Il faut dire qu’Areva est présente un peu partout en Asie, du Japon à l’Inde en passant par la Chine et la Mongolie, où elle s’est taillé la part du lion dans plusieurs gisements d’uranium. Jusqu’à Fukushima, l’ex-« fleuron de l’industrie française » faisait près de 20% de son chiffre d’affaires en Asie. Avec l’arrêt du parc nucléaire japonais, et du fructueux marché du MOX, la compagnie a perdu une source de revenus importantes. C’est sans doute cela qui poussa l’ambassadeur de France en personne à se rendre au cabinet du Premier ministre japonais Noda Yoshihiko en septembre 2012, lorsque celui-ci eut l’outrecuidance d’envisager une sortie du nucléaire…

 

En tant que journaliste travaillant au Japon, avez-vous déjà subi des pressions ? Et suite à la promulgation de loi sur les secrets d’état en décembre 2013, avez-vous remarqué un changement de ton dans le traitement de l’information dans ce pays ?

 

Pas directement, du moins pas en tant que journaliste. Mais comme je le raconte à la fin de mon livre, j’ai passé une série d’entretiens pour travailler au service de presse de l’ambassade, et lors d’un entretien final, le ministre conseiller me demanda du tac au tac, sans rapport avec le sujet en cours, si j’étais « pro ou antinucléaire ». Cela paraissait à ses yeux une condition sine qua non pour entrer au service de presse de l’ambassade de France à Tokyo. J’esquivais en lui demandant le pourquoi de cette question. Sa réponse eut le mérite de la franchise : « Je vous pose cette question, car ici nous défendons les intérêts de la France. Et les intérêts de la France au Japon, c’est le nucléaire. »

Au Japon, la loi sur les secrets d’état, qui englobe le nucléaire, menace de peines lourdes les journalistes qui les divulgueraient. De nombreux journaux opposés à cette loi, comme l’Asahi Shimbun, ont promis dans des éditoriaux de poursuivre leur travail journalistique et de ne pas céder à la peur. Mais on peut légitimement s’inquiéter des conséquences à long terme de cette loi sur la presse au Japon qui ne brille pas par sa très grande liberté. Certains journaux comme le Tokyo Shimbun ou le Mainichi continuent inlassablement, malgré tout, d’informer de manière très détaillée et avec beaucoup de rigueur sur l’accident de Fukushima et ses suites. Sur internet, dans les réseaux sociaux, ou sur des blogs similaires au vôtre, des Japonais poursuivent également cette tâche très importante d’informer sur l’accident nucléaire en cours.

Que ce soit au Japon ou en France, la critique du nucléaire n’est donc pas aisée. Mais au vu des récents évènements, elle peut se libérer. Alors qu’il y a quelques années, critiquer Areva mettait dans une position périlleuse, aujourd’hui on aurait presque l’impression de tirer sur l’ambulance ! Je pense qu’il s’agit d’un moment important en France, comme au Japon pour mettre cartes sur table et débattre réellement de cette question.

 

(Propos recueillis par Pierre FETET)

 

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« Le nucléaire en Asie », entretien avec Mathieu Gaulène

Présentation de l’auteur

Mathieu Gaulène est journaliste indépendant, diplômé de l’IEP d'Aix et de Sciences-Po Paris (master Asie). Spécialiste du Japon, où il réside depuis cinq ans, il a notamment écrit sur des thèmes allant de la politique japonaise, à la culture populaire et aux nouvelles technologies. Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon et l'opposition au nucléaire, son ouvrage "Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ?" vient de paraître aux éditions Philippe Picquier.

« Le nucléaire en Asie », entretien avec Mathieu Gaulène

Présentation du livre « Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? »

Cet ouvrage fournit le panorama le plus complet existant à ce jour sur le nucléaire en Asie : non seulement les programmes civils (Chine, Japon, Inde, Vietnam, Thaïlande, et même Bangladesh et Myanmar), mais aussi l’inquiétante prolifération de l’arme nucléaire, possédée par des pays qu’opposent des rivalités profondes (Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord). Il fait également le point sur l’essor des mouvements antinucléaires et des énergies renouvelables, relancés par la catastrophe de Fukushima. Un chapitre spécial est consacré à l’accident nucléaire du 11 mars 2011, riche en révélations sur le véritable bilan humain et le rôle du crime organisé dans la « liquidation » de la centrale sinistrée. Les choses vont très vite dans le nucléaire. Pyongyang prétend désormais avoir la bombe H. Au Japon, nouveaux redémarrages de réacteurs et nouveaux déboires du surrégénérateur et de l’usine de retraitement d’uranium. Autant de raisons de suivre cette actualité à la lumière de l’analyse approfondie et accessible qu’est Le Nucléaire en Asie.

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 22:10

Ce nouvel article de Cécile Asanuma-Brice, publié pour la revue philosophique Raison publique est évidemment d’actualité avec les discussions de la COP 21 qui se tient à Paris jusqu’au 11 décembre.

"Théorie de l'évolution", Cécile Brice, 2015

"Théorie de l'évolution", Cécile Brice, 2015

De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême

Le cas de la gestion des conséquences de l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima

 

Cécile Asanuma-Brice

 

 

L’explosion de la centrale nucléaire de Tepco Dai ichi à Fukushima en mars 2011 a été l’occasion de mettre en avant de l’actualité scientifique quelques concepts longtemps négligés, dont celui de résilience. Si l’utilisation psychanalytique de cette notion, qu’il s’agisse de la résilience neuronale, affective, psychologique ou sociale, s’attache à la faculté d’un individu à surmonter un trop grand isolement momentané ou un traumatisme quelqu’en soit la nature, recouvrant par là-même une intention positive de reconstruction du moi en dépit des aléas qu’il aurait subi, elle est l’objet d’un abus épistémologique dans l’utilisation qu’en ont fait les autres domaines de la recherche. En 2013, suite à la publication du Livre blanc du ministère de l’enseignement et de la recherche japonais « Toward a robust and resilient society », les budgets de recherche se sont de nouveau orientés vers l’étude et la mise en œuvre politique de ce concept dans les domaines les plus variés.

 

Anglicisme provenant du terme resiliency, cette notion, dans le domaine des sciences est d’abord utilisée en physique des matériaux pour décrire l’élasticité d’un corps qui aurait la capacité de retrouver sa forme initiale après avoir accusé un choc. Emmy Wermer [1] [2] a introduit cette notion en psychologie, via l’identification de facteurs qui auraient aidé certains enfants à surmonter leurs traumatismes. Boris Cyrulnick a répandu ce concept en France. Les cindyniques, sciences qui traitent des catastrophes, utilisent aujourd’hui cette notion afin de déterminer des modèles qui permettraient à nos villes de résister aux périls. Reconnaissant sa vulnérabilité face aux aléas, la ville serait dans la nécessité d’adopter un caractère résilient afin de pouvoir di-gérer les multiples risques naturels ou humains [3], considérant la ville comme une entité autonome alors qu’elle n’est qu’objet produit de l’humain.

 

Dans le cas présent, soit la gestion des conséquences humaines et environnementales de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, tous les outils sont mobilisés et c’est un doux mélange des approches développées concernant la résilience psychologique, écologique, urbaine [4] et tant d’autres encore, qui sont bravées afin de suggérer l’abandon de la fuite à ceux qui obéiraient encore à leur instinct primaire d’angoisse face aux dangers.

 

La notion originelle est ainsi appauvrie de son sens premier, pour ne devenir qu’un symbole auquel l’on attribue des qualités qui ne lui appartiennent pas. Autrement dit, et cela relève de la mise en place de la pensée fasciste qui tend à se répandre comme une flambée de poudre aujourd’hui dans de nombreux pays, les chercheurs se soumettent trop fréquemment à un slogan, à une doxa, s’empêchant eux-mêmes de raisonner pour se livrer à ce que Boris Cyrulnick appelle « la pensée paresseuse » [5].

 

COMMENT ASSIGNER A DEMEURE VIA LA RESILIENCE ? EN COMMUNIQUANT SUR LE RISQUE

 

La communication sur le risque remplit un rôle important dans l’instauration, à des fins politiques, de la résilience. Car c’est bien le potentiel politique de la catastrophe qui est en jeu dans un contexte où, malgré une opposition citoyenne massive, le marché du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, est imposé aux populations. Comme le note Ulrich BECK dans La société du risque [6] :

Les risques générés au stade le plus avancé du développement des forces productives (….radioactivité) (…) provoquent systématiquement des dommages, souvent irréversibles, restent la plupart du temps invisibles, requièrent des interprétations causales, se situent donc seulement et exclusivement dans le domaine de la connaissance (scientifique ou plutôt anti-scientifique) qu’on a d’eux, peuvent être transformés, réduits ou augmentés, dramatisés ou banalisés par la connaissance, et se prêtent donc tout particulièrement aux processus de définition sociale. [7]

Selon Beck, la société du risque est celle de la catastrophe, soit une société où l’état d’exception menace de devenir un état normal. Ce processus est particulièrement flagrant dans la gestion de la catastrophe de Fukushima.

 

L’explosion de la centrale de Tepco à Fukushima a engendré une contamination irrégulière au sein et au-delà du département de Fukushima. Le taux de radioactivité dans l’air, comme au sol, excède par endroit 10 à 20 fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an. Face à une telle situation, dès avril 2011, les autorités ont relevé les normes de protection à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, afin de limiter la surface de la zone d’évacuation. Il est aujourd’hui question de la relever à 100 mSv/an. Cette remise en cause de la norme de sécurité a été observée dans divers domaines. Le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a également varié dans le secteur de l’alimentation, passant tour à tour d’une limite de 100Bq/kg à 500Bq/Kg, pour redescendre à 300 Bq/Kg.

 

Les discours justifiant la variabilité des normes de sécurité et leur acceptabilité dépendent de la position de ceux qui les expriment, de ceux qui s’expriment « en tant que ». Ainsi, la présentation des discours met à jour une manipulation de tout ordre. Kyô Kageura, dans son ouvrage intitulé Les conditions de la confiance, les paroles de l’accident nucléaire [8], nous donne à ce titre un exemple intéressant. Après l’explosion de la centrale de Fukushima, un chercheur d’un centre de recherche atomique s’exprime ainsi : « il semblerait qu’un grand nombre de concitoyens soit inquiet de la situation et croit que l’accident serait du niveau de celui de Tchernobyl (… ) ». Or, de fait, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique a déclaré l’accident niveau 7, donc du même niveau que celui de Tchernobyl. Ce chercheur continue ainsi :

 

« Nous qui sommes payés pour faire des recherches par les impôts des citoyens », soulignant ainsi la responsabilité qui lui incombe, « devons mettre nos savoirs à leur service afin de les rassurer ». Kyô Kageura s’interroge alors sur le rôle de la science dans de telles circonstances. Quand bien même ceux-ci sont payés par les impôts des concitoyens, leur rôle est-il de rassurer à tort ces mêmes concitoyens ?

 

Ainsi, le scientifique, le politique et le citoyen se trouvent dans une nécessité de communication à flux tendus, s’appuyant sur de nombreuses expertises qui nourrissent la controverse au sein de laquelle on distingue grossièrement les « partisans de la sécurité » (anzenha) et les autres.

 

Contrairement à leur appellation, les partisans dits « de la sécurité » ne sont pas les partisans du risque zéro, mais ceux qui prônent l’institution de normes de sécurité en fonction desquelles la protection de la population est organisée. Aujourd’hui, le débat porte essentiellement sur les risques liés à l’exposition à de faibles doses de radiation, car aucun résultat épidémiologique ne permet la fixation d’un seuil fiable en deçà duquel le risque sanitaire serait réduit à néant. La difficulté en la matière réside notamment dans la multiplicité des facteurs à prendre en compte pour le calcul de la contamination interne et externe du corps humain, permettant de déterminer le risque encouru. Néanmoins, normes et seuils sont fixés et permettent la mise en œuvre d’une politique qui tend à assigner la population à demeure, voire à l’inciter au retour à la vie dans des zones pourtant contaminées aux vues des normes internationales. Ainsi, l’individu se voit contraint d’assumer financièrement (l’Etat ne lui délivre pas de subvention pour élaborer sa protection) et physiquement (l’individu est amené à prendre la responsabilité du refuge ou de la gestion du quotidien dans un environnement sali) la responsabilité de sa protection sanitaire même s’il n’a aucune prise, aucun rôle dans le processus décisionnel qui a engendré la situation de risque dont il devient captif.

 

Afin de remédier à cela, au moins en apparence, et de continuer à faire passer le message auprès des premiers concernés tout en regagnant la confiance des citoyens en leur laissant croire que leurs recommandations sont prises en compte, une véritable stratégie de communication est adoptée, soutenue par un budget spécifique pour l’année 2014 de plus de deux millions d’euros [9].

 

Cette politique d’empowerment vise à « éduquer » aux risques sanitaires pour mieux rassurer, notamment via l’organisation d’ateliers sur la radioactivité et le cancer destinés aux élèves des classes primaires du département de Fukushima [10], par la distribution de manuels apprenant à gérer la vie dans un environnement contaminé [11] [12], ou encore par l’organisation d’évènements culturels destinés aux enfants sur l’ensemble du territoire, ventant l’efficacité de la décontamination (qui n’a toujours pas été prouvée) par la vente des produits « frais » en provenance de la zone contaminée.

 

LA RESILIENCE, UNE ARME CONTRE LA SOCIETE DU RISQUE ?

 

Avant toute chose, nous souhaiterions revenir sur l’importance qu’accorde U. Beck à différencier la société du risque de celle de la menace. Ainsi, il distingue la prise de conscience de l’existence des risques dans l’ordre culturel et politique, de leur diffusion réelle. Il met en garde contre la disparition des évidences du tangible dans la société du risque. Par exemple, cela correspond dans le cas du désastre nucléaire japonais, à l’accroissement du nombre d’enfants atteints d’un cancer de la thyroïde qui devient un phénomène rendu invisible par la mise en doute des données épidémiologiques. Il s’agit de rendre invisible le véritable danger par le déplacement de l’attention sur un autre danger. Dans le cas de la gestion d’un accident nucléaire, ce processus est mis en place par un discours spécifique, qui consiste à dire aux habitants des zones contaminées qu’ils prennent un plus grand risque à se protéger au quotidien (en mettant des masques, en réduisant leur activité et celles de leurs enfants à l’extérieur, etc.), les contraintes engendrées par cette gestion journalière étant génératrices de stress à l’origine de dépressions nerveuses… [13].

 

Ulrich Beck, quant à lui, évoque principalement la menace sociale, brandie afin de permettre la continuité d’actions productrices de risques réels. À titre d’illustration, la menace de la perte d’emploi est sans cesse mise en avant afin de permettre la continuation de productions industrielles extrêmement polluantes. Il dénonce, par là-même, la contradiction que représente la production d’emplois stables pour la lutte contre les risques écologiques. Autre exemple, la menace de la radiophobie, terme créé après Tchernobyl en 1986, soit une psychopathologie relevant « d’une peur irraisonnée du nucléaire qui (non seulement) conduirait à une opposition antinucléaire pathologique » [14], mais également à des dépressions chroniques qui seraient le risque sanitaire le plus imminent, si l’on en croit le discours des administrateurs tant nationaux (commission d’enquête sanitaire) qu’internationaux (AIEA, OMS, CIPR) du désastre nucléaire de 2011. Il est à noter que les acteurs impliqués dans la gestion de la crise nucléaire de Tchernobyl sont les mêmes que ceux du désastre nucléaire japonais.

 

Cela explique certainement la redondance des discours.

 

Selon les propos que nous avons recueillis en novembre 2013 auprès de Jacques Lochard, directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), membre permanent du CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique), et instigateur du programme ETHOS, certains membres japonais de la commission d’enquête sanitaire pour la gestion du pos-Fukushima, se sont rendus à Tchernobyl dans le cadre du programme ETHOS (qui débute en 1994). C’est le cas du Dr YAMASHITA Shunichi, sinistrement célèbre pour avoir été l’un des premiers à prôner le relèvement de la norme de sécurité à 100 msv/an, ou encore le Professeur NIWA Otsura, par ailleurs membre permanent du CIPR. Le programme Ethos, fondé sur le calcul du coût-bénéfice en matière de radioprotection (cela signifie, et ça n’est pas sans poser problème, que l’on attribue une valeur économique à la vie humaine), vise à apprendre aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé, évaluant la migration comme trop coûteuse. Afin de mettre en œuvre la résilience, ce programme, qui place l’économie au-dessus de l’homme comme l’on poserait la charrue avant les bœufs, a également pour but de relancer l’économie des régions touchées en incitant à la consommation des produits, notamment alimentaires, en provenance des zones contaminées. Ces sollicitations se matérialisent de façon pragmatique par des méthodes particulièrement astreignantes pour les habitants. Des accords sont passés avec des chaînes de supermarché [15] présentes sur l’ensemble du territoire qui orientent leurs marchandises vers la vente d’articles provenant presqu’exclusivement des territoires touchés [16]. Instauré pour la gestion de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, Ethos est également présent à Fukushima.

 

Le problème d’une telle société est donc qu’elle nie ce dont elle produit l’existence, en l’occurrence le risque nucléaire ou tout autre pollution industrielle.

 

Pourtant, les démarches résilientes, comme celles appliquées par le programme ETHOS, se disent participer de l’empowerment de la population, estimant le bien-être comme une notion commensurable dont ces experts détiendraient le secret. D’où provient cette notion d’empowerment ? Par qui est-elle produite et à qui est-elle destinée ?

 

(…)

Lire la suite de l’article

 

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Notes

[1] Marco Stathopoulos, « Qu’est-ce que la résilience urbaine ? », dans Urbanisme n°381, nov.-déc. 2011.

[2] Emmy E. Werner et Ruth S. Smith, Vulnerable but Invincible : A Longitudinal Study of Resilient Children and Youth, Broché, 1989.

[3] G. Djament-Tran, M. Reghezza-Zitt, Résiliences urbaines Les villes face aux catastrophes, ed. Le Manuscrit, 2012.

[4] Nous avons préalablement évoqué les biais de la résilience urbaine dans : Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality : The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. 2014.

[5] Boris Cyrulnick, Les âmes blessées, Paris, Odile Jacob, 2014.

[6] Ulrich BECK, La société du risque, Paris, Flammarion, 2003.

[7] Ibid., p. 41.

[8] 影浦峡, 信頼の条件 : 原発事故をめぐることば, 岩波書店, 2013.

[9] 平成26年度 原子力関係経費既算要求額、第34回原子力委員会資料第6号。

[10] The 52nd Annual Meeting of Japan Society of clinical Ontology : Kids cancer seminar - Because you live in Fukushima there is a necessity of education on cancer !

[11] NHK, 10 juin 2014, un manuel apprenant à « vivre avec la radioactivité »“放射能と暮らす”ガイド est désormais distribué dans les collectivités.

[12] Cette partie de notre recherche a été développée dans le cadre du PEPS Mission interdisciplinarité du CNRS Expertise, controverse et communication entre Science et société, au sein duquel nous avons dirigé une étude sur Les controverses scientifiques face à la responsabilité civique.

[13] Voir Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality, Japan Focus, nov. 2014 « Le Pr Hirofumi MASHIKO, neuropsychiatre au département de médecine de l’université de Fukushima, explique ainsi que le port du masque, les restrictions diverses liées à l’utilisation des cours d’écoles, des piscines, à la consommation de la nourriture, etc. seraient autant de mesures stressantes à l’origine de désordres psychiques. »

[14] Annie Thébaud – Monny, La science asservie, Paris, La Découverte, 2014.

[15] Dans le cas du Japon, M. Yasuhide CHIKAZAWA, vice président de la chaîne de supermarché Aeon et ancien directeur de DAIEI, soit les deux plus importantes chaînes de supermarchés japonaises, a participé au 3e « dialogue » Ethos qui s’est déroulé les 7 et 8 juillet 2013 dans la ville de Date.

[16] http://www.icrp.org/docs/dialogue-3E.pdf

[17] Martha Nussbaum, Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Paris, Climats, 2012.

[18] Sen Amartya K., “Equality of what ? », in Choice, welfare, and Measurement, Oxford, Basil Blackwell, 1979.

[19] B. SIMON, The Empowerment Tradition in American Social Work, a history, New York, Columbia University Press, 1994.

[20] Barbara SALOMON, Black Empowerment : social work in oppressed community, Columbia University Press, 1976.

[21] P. Freire, Pédagogie des opprimés – conscientisation et révolution, Paris, François Maspero, 1974.

[22] Estelle Ferrarese, Vivre à la merci, Le care et les trois figures de la vulnérabilité dans les théories politiques contemporaines, Multitudes, 2009.

[23] A.-E. CALVES, « Empowerment » : généalogie d’un concept clé du discours contemporain sur le développement, Revue Tiers Monde, Armand Colin, 2009.

[24] K. F. WONG, « Empowerment as a Panacea for Poverty. Pld wine in new Bottles ? Reflections on the Wolrd’s Bank’s Conception of Power, Progress in Development Studies, n°3, 2003.], et dans celui de la résilience, d’admettre la vulnérabilité des êtres et de leur environnement, anéantissant de fait le discours du risque zéro. La vulnérabilité est une notion qui a connu un développement important ces dernières années, dans le champ de la réflexion en sciences humaines et sociales. « Elle a d’abord été employée dans une perspective normative : il y aurait une catégorie de « vulnérables » – des humains à qui nous devrions une attention spécifique et que nous négligeons habituellement : handicapés, grand âge…. Mais elle a désormais acquis un sens descriptif, celui d’une condition humaine à « reconnaître » : nous sommes tous vulnérables[[ S. LAUGIER, Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement, Petite bibliothèque Payot, 2012.

[25] Ibid.

[26] Carole Biezener et Marie-Hélène Bacqué, L’Empowerment, une pratique émancipatrice, La Découverte, 2013.

[27] Joan TRONTO, « Particularisme et responsabilité relationnelle en morale : une autre approche de l’éthique globale » (p. 103), dans Contre l’indifférence des privilégiés, à quoi sert le care ?, Carol Gilligan, Arlie Hochschild et Joan Tronto, Payot, 2013.

[28] Ibid., p. 23

[29] Gérôme TRUC, Assumer l’humanité. Hannah Arendt : la responsabilité face à la pluralité, Editions de l’université de Bruxelles, 2010.

[30] Ibid

[31] David Bodinier, de l’Alliance citoyenne à Grenoble, cité dans Sylvia Zappi, « L’empowerment, nouvel horizon de la politique de la ville », Le Monde, 07/02/2013.

[32] 烏賀陽弘道,Business Media 誠] , ”かつて封鎖ラインで線量計をかざすと、毎時0.2~0.3マイクロシーベルトだったのを覚えている。それでも中に入ると逮捕された。今は平均毎時3.8 マイクロシーベルト、最大値は毎時17.3マイクロシーベルトを自由に通れる。このへんの政府の規制の無意味さは、あまりにバカバカしい矛盾の積み重ね で、もう笑う気すら起きない。” 22.01.2015

 

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 21:17

En avril l’année dernière, Michelle Pini a interviewé le Docteur Helen Caldicott sur la catastrophe de Fukushima. Étant donné qu’IA fut le premier media à couvrir en Australie la fusion des cœurs, à douze reprises, au plus près du déroulement de la catastrophe, nous avons tout lieu de croire que nos lecteurs apprécieront pleinement la pertinence de cet entretien.

 

            « En Australie nous n’avons pas d’énergie nucléaire, nous nous contentons d’exporter la radioactivité pour le bonheur et au bénéfice du reste du monde - c’est immoral. »

                                                           Dr Helen Caldicott

 

 

 

Le Docteur Helen Caldicott ne peut laisser personne indifférent. Sa maîtrise parfaite du sujet et sa ferveur semblent sans limites. Elle joint souvent le geste à la parole, vous regarde droit dans les yeux et a dans la voix des accents qui imposent le sens de l’urgence.

Physicienne australienne et militante antinucléaire réputée dans le monde entier, ainsi qu’éducatrice, elle s’est rendue disponible pour cette interview tout juste de retour d’une campagne de conférences au Japon et au Danemark. Les effets du décalage horaire ne semblent même pas l’’atteindre.

Caldicott me dit avec emphase :

 

            « Fukushima est plus démesuré et beaucoup plus grave que Tchernobyl dans la mesure où l’on achète des produits alimentaires importés du Japon, on consomme du poisson probablement contaminé et l’on n’a aucune assurance que le nuage radioactif qui a survolé le ciel du Japon dès le début de la catastrophe ne va pas se retrouver ici. »

 

Nous discutons des événements qui se sont déroulés en 2011 à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, que l’UNSCEAR (Comité Scientifique des Nations Unies sur les Effets de la Radiation Atomique) décrit comme «l’accident nucléaire le plus considérable depuis…Tchernobyl. » (Cf.  The Fukushima-Daiichi  nuclear power plant accident, 2014. )

 

 

 

Le déroulement de l'accident de Fukushima Daiichi (IRSN)

 

A l’âge de 16 ans, Caldicott a lu « On the beach », un roman dont l’action située à Melbourne est une guerre nucléaire qui finit par éteindre toute vie sur terre.

 

            « Avec ce livre j’ai un peu perdu mon innocence et ne me suis plus jamais sentie en                  sécurité »

 

Puis Caldicott a fait médecine en étudiant les effets de la radioactivité, les mutations et les cancers. Elle raconte en détail les événements qui alimentent son obsession de longue date (Caldicott milite contre l’extraction d’uranium et l’énergie nucléaire depuis 43 ans).

 

            « Au même moment, la Russie et l’Amérique ont testé leurs bombes comme s’il n’y avait plus d’avenir — une pure folie. On ignore la provenance des productions agricoles, et comme la radioactivité ne peut être perçue ni du regard, ni au goût ou à l’odeur, personne ne devrait consommer la soupe de Miso, le riz ni tout autre produit importé du Japon. Les oiseaux migrateurs ou encore les poissons véhiculent les éléments radioactifs — peut-être jusqu’en Australie. Mais on ne teste pas nos importations ni le poisson. »

 

Elle m’explique que des poissons comme le thon remontent les courants sur des milliers de kilomètres, il faudrait donc s’intéresser à l’accumulation de radioéléments dans le vivant en prévision du moment où l’être humain en sera atteint, parce qu’il se trouve au sommet de la chaîne alimentaire.

Caldicott estime également que les voitures de seconde main importées du Japon ont sans doute des filtres à air contaminés dès le début de la catastrophe.

 

 

Le Docteur Stephen Salomon, le scientifique en Chef de la Radioactivité et la Santé à lARPANSA (Agence Australienne de Protection contre la Radioactivité et de la Sûreté Nucléaire) a confirmé que les contrôles sanitaires des produits alimentaires importés du Japon ont cessé après janvier 2014. Il précise que le Département de l’Agriculture « a mis en place un programme de contrôle d’isotopes radioactifs dans tout produit alimentaire importé du Japon…plus de 1000 échantillons ont subi ce contrôle…or, aucun des échantillons n’excédait les limites de dose du standard international. »

 

Salomon ajoute qu’un projet de recherche conduit par l’ARPANSA a analysé des échantillonnages de produits de la mer en provenance des pêcheries du Queensland au nord du territoire ainsi que de l’ouest de l’Australie, mais n’a détecté absolument aucun effet de l’accident de la centrale nucléaire Daiichi. Il ajoute :

 

            « L’ARPANSA va renouveler cette étude en 2016, c’est-à-dire à la date où l’on s’attend potentiellement, dans les eaux australiennes, à un pic de césium radioactif provenant de l’accident au Japon. »

Contrôle de radioactivité suite à l’interdiction, en Corée du sud, de l’importation de poisson du Ja-pon.

Contrôle de radioactivité suite à l’interdiction, en Corée du sud, de l’importation de poisson du Ja-pon.

L’estimation d’un pic de radioactivité à cinq ans provient d’une modélisation de la propagation des radionucléides de Fukushima dans l’atmosphère et l’océan.

(Provinec et al, Dispersion of Fukushima radionuclides in the global atmosphere and the ocean. Applied Radiation and Isotopes”, 2013.)

 

 

Par ailleurs, les moteurs neufs ou usagés importés du Japon ont fait l’objet de contrôles aléatoires, mais selon Salomon

 

« on n’a trouvé aucun véhicule contaminé. De rares substances radioactives ont pu être détectées à titre épisodique et à des niveaux très faibles dans un prélèvement atmosphérique à Darwin.

Mais, dit-il, aujourd’hui c’est fini. »

 

Le Docteur Caldicott ne se satisfait pas de ces conclusions. Elle commente :

 

            « On a coutume de dire que les niveaux [d’isotopes radioactifs] sont insignifiants, mais il suffit d’un seul coup sur un gène régulateur, dans une seule cellule, pour attraper le cancer — un jeu de hasard comme à la Roulette russe. »

 

Sur le sujet de la culpabilité de l’Australie, Caldicott est intransigeante :

 

« N’oublions pas que l’uranium de Fukushima était notre uranium — nous n’avons pas le droit d’ignorer la situation. Nous avons l’obligation morale de prendre nos responsabilités vis-à-vis de cet accident. »

 

Caldicott ajoute :

 

« En Australie, nous n’avons pas d’énergie nucléaire, nous nous contentons d’exporter la radioactivité pour le bonheur et au bénéfice du reste du monde — c’est immoral. »

 

 

La Fondation pour la Préservation de l’Australie fait écho à ce point de vue, en soulignant que les réacteurs dévastés furent alimentés par notre uranium :

            Cette crise a des implications profondes en Australie parce que la catastrophe de Fukushima a commencé chez elle, à l’arrière d’un gros camion jaune…les pierres excavées dans la région nord de l’Australie du Sud et au Kakadu sont à l’origine des retombées radioactives que le vent a dispersées sur le Japon et au-delà, responsabilité originelle également pour l’eau polluée qui verse sans fin dans le Pacifique.(Sweeney, D, Fukushima: three years on and still no action, 2014.)

Manifestation à Muckaty Station devant le bureau de l’ex-ministre des ressources fédérales, Martin Ferguson, avant le retrait de ses projets.

Manifestation à Muckaty Station devant le bureau de l’ex-ministre des ressources fédérales, Martin Ferguson, avant le retrait de ses projets.

Daniel Zavattiero est Directeur exécutif pour lUranium à lAssociation de lUranium en Australie, le groupe d’influence de l’industrie. Indiquant une photo de fûts d’entreposage de déchets provenant d’une centrale nucléaire américaine, il a tenu ces propos non sans conviction :

 

            « J’aime vraiment beaucoup cette photo. Dans ces quelques conteneurs impénétrables il y a 28 années de déchets. C’est splendide. Vous pouvez toujours essayer de rouler dessus avec un semi-remorque, ils sont pratiquement indestructibles. N’est-ce pas formidable ? »

 

Son intonation déborde tellement d’excitation qu’on a peine à concevoir qu’il est question d’isotopes radioactifs. De l’avis de Zavattiero, l’Australie devrait supprimer l’interdiction actuelle visant le développement du nucléaire, pour « permettre à la technologie d’affronter la concurrence avec ses propres atouts ».

 

Il oriente habilement la discussion sur le terrain de ce qui lui paraît être les atouts de l’énergie nucléaire en répétant des phrases comme « zéro émissions », « facilement disponible » ou « moteur de croissance et de prospérité économique dans le monde entier ».

 

Bien qu’il convienne que Fukushima (de même que Tchernobyl auparavant) a eu des répercussions défavorables sur le débat autour du nucléaire en Australie, c’est le seul secteur où il observe des ramifications concernant l’Australie.

Il me cite un passage du rapport de l’UNSCEAR sur les effets de la catastrophe de Fukushima, qui stipule ceci :

 

            ‘Aucun lien n’a pu être établi, parmi les travailleurs ou l’ensemble des individus exposés à la radioactivité post-accidentelle, entre les maladies aiguës ou les décès et la radioactivité.

 

Zavatterio dit,

 

            « non qu’il faille minimiser son impact sur la population japonaise ; nous en sommes préoccupés, c’est d’ordre émotionnel. Mais les problèmes à Fukushima ont été causés par un tsunami qui a entraîné une perte de puissance des réacteurs — les réacteurs eux-mêmes n’en sont pas la cause. »

 

Zavatterio a anticipé la plupart des questions de notre entrevue et de son propre chef il précise  souvent ses réponses :

 

            « Pourquoi devrions-nous nous sentir redevables d’une dette morale vis-à-vis du Japon, sous prétexte que c’est notre uranium qui se trouvait dans la centrale nucléaire ? Il s’est agi d’un accident industriel, pas d’un acte terroriste. La question se pose-t-elle en ces termes pour tout autre accident industriel dans le monde ? »

 

Sur la question de l’exportation d’uranium, il est à l’aise :

 

            « Nous ne vendons qu’aux pays qui en font une utilisation pacifique — c’est une clause obligatoire » répond-il, et il ajoute « Il y a de la radioactivité partout. Toutes les technologies font face aux pro et aux anti ; les aspects singuliers de l’industrie nucléaire sont gérables. »

 

AFFICHE de contre-propagande intitulée : « L’Inde détient le record absolu de la non-prolifération » Tony Abbott, premier ministre de l’Australie  	Absolument. Sauf qu’elle développe ses propres armes nucléaires et fait des essais. 	 	Sur ce point, l’Iran détient un record encore plus imbattable.  	L’ambiguité australienne : saper le TNP [Traité de Non-Prolifération des armes  	nucléaires] en acceptant d’approvisionner en uranium les proliférateurs nucléaires 	en dehors du traité… 					…mais engagée pour un monde sans armes nucléaires.  		SI NOUS SOMMES CONFUS ?   ASSUREMENT ON L’EST !  - - - - - - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -  WILDFIRE : Le premier ministre australien Tony Abbott signe un contrat pour saper le TNP par l’exportation d’uranium en Inde. Encore plus profond dans l’ambiguité !

AFFICHE de contre-propagande intitulée : « L’Inde détient le record absolu de la non-prolifération » Tony Abbott, premier ministre de l’Australie Absolument. Sauf qu’elle développe ses propres armes nucléaires et fait des essais. Sur ce point, l’Iran détient un record encore plus imbattable. L’ambiguité australienne : saper le TNP [Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires] en acceptant d’approvisionner en uranium les proliférateurs nucléaires en dehors du traité… …mais engagée pour un monde sans armes nucléaires. SI NOUS SOMMES CONFUS ? ASSUREMENT ON L’EST ! - - - - - - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - WILDFIRE : Le premier ministre australien Tony Abbott signe un contrat pour saper le TNP par l’exportation d’uranium en Inde. Encore plus profond dans l’ambiguité !

En ce qui concerne le combustible usé, Zavatterio dit ceci :

 

            « Ce n’est pas si préoccupant. D’ailleurs l’Australie a la chance d’avoir une position centrale pour affronter ce défi. »

 

 

 

Suite à notre entrevue, j’ai relu le rapport de l’UNSCEAR. Il donnait encore les précisions suivantes :

 

            « On peut conclure à une augmentation du risque de cancer de la thyroïde, en particulier

chez les nourrissons et les enfants ». (UNSCEAR, Rapport du Comité Scientifique des Nations-Unies sur les Effets de la Radioactivité Atomique, 2013).

 

Sur ce point, Caldicott est furieuse :

 

            « La désinformation à ce sujet est incommensurable. La radioactivité est un tueur invisible        — C’est la carte gagnante qui fait le jeu de l’industrie nucléaire. On n’attrape pas un cancer           du jour au lendemain, cela prend des années…et il sera impossible de prouver la cause de ce cancer. »

 

Elle ajoute :

 

            « La période de latence pour une leucémie est de 5 à 10 ans, et de 15 à 80 ans pour les cancers solides. »

 

Il est donc prématuré et fallacieux, dit-elle, de conclure qu’aucun décès ne puisse être rattaché à l’accident de Fukushima.

 

 

Le docteur Peter Karamoskos est radiologiste nucléaire et représente les populations au comité de la santé liée à la radioactivité de l’ARPANSA. Il s’exprime avec douceur, de façon calme et posée.

Karamoskos compare le comité à un conseil d’administration qui se réunirait pour débattre des dernières avancées scientifiques sur les normes réglementaires ; il explique :

 

            « Ma mission en tant qu’avocat du public a été expressément créée à cette fin par l’ARPANS Act. Je puis m’exprimer librement si bien que mes points de vue n’ont pas besoin de refléter la position de l’ARPANSA. »

 

Il confirme que Fukushima est « extrêmement contaminée », la flore, la faune, les sols ainsi que les sédiments marins sont affectés et il en sera ainsi pendant « des dizaines de générations ». Karamoskos dit ceci :

            « Il était bien entendu indispensable d’évacuer, et même si la contamination s’arrêtait demain, la région demeurerait contaminée pour les 200 prochaines années. »

 

Il s’est rendu à Fukushima après la catastrophe et il en est vraiment revenu profondément bouleversé :

 

            « Même si vous nettoyez une parcelle pour permettre aux gens d’y vivre, ils se trouveront cernés de terrains contaminés. Ils ont vécu là depuis des générations, or ils ont perdu leur identité. Leur vie actuelle c’est de la survie — les communautés ne pourront pas renaître. »

 

Selon lui, les préfectures locales se considèrent elles-mêmes comme des victimes et n’ont aucune confiance dans le gouvernement.

 

            « Les niveaux de contamination sont au cœur des préoccupations des Japonais ; ils pensent à ‘la dose’ à chaque moment de la journée. »

 

Karamoskos confirme :

 

            « Les substances radioactives continuent à être déversées dans l’océan à Fukushima et on ne m’a pas rapporté une quelconque solution pour arrêter ça. »

 

Toutefois, il estime que la pollution des eaux de surface « ne devrait pas être surestimée » puisque l’eau de mer dilue les isotopes de sorte qu’on n’y trouve plus loin que des traces de [radio]éléments. Il dit :

 

            « Il y aurait des saignements en équateur mais à un niveau non-significatif. »

Agricultrice bio, Tatsuku Ogawara vit à 40 km de Fukushima. Elle n’est pas assurée de pouvoir poursuivre son activité car il est probable que les sols soient contaminés.

Agricultrice bio, Tatsuku Ogawara vit à 40 km de Fukushima. Elle n’est pas assurée de pouvoir poursuivre son activité car il est probable que les sols soient contaminés.

L’avocat public de l’ARPANSA admet l’effet catastrophique du désastre de Daiichi, mais observe qu’il ne présente pas de risque direct pour les Australiens. Il concède néanmoins qu’étant donné que « les mesures sont locales et relatives à l’état de santé de l’individu testé », on ne peut pas avoir l’assurance absolue que des productions alimentaires ne passent pas entre les mailles du filet ».

Karamoskos reconnaît aussi que l’étiquetage des produits importés, en particulier ceux qui transitent par des pays à la réglementation moins stricte, est source d’inquiétudes légitimes et qu’on n’a en définitive aucune garantie sanitaire.

 

Caldicott pointe des conflits d’intérêts à tous les niveaux de responsabilité de cette réglementation.

 

            « Le gouvernement du Japon s’applique avec acharnement à maîtriser la situation mais sans y parvenir. Le peuple japonais lui-même ne croit plus le gouvernement. »

 

Sur la question de l’extraction d’uranium et des obligations morales de l’Australie au regard de son exportation, Karamoskos fait écho aux points de vue de Caldicott :

 

            « L’exportation d’uranium est un vrai problème parce que nous n’avons aucune assurance qu’il ne servira pas à fabriquer des armes. La Chine ou l’Inde vont-elles nous permettre d’inspecter leurs réacteurs ? et il y a également le problème de l’élimination des déchets — l’entreposage n’est pas une solution.

            Fukushima est l’illustration qu’une mauvaise réglementation et des partenariats industriels confortables, dans un pays technologiquement avancé, peuvent déboucher du jour au lendemain sur une situation désastreuse. »

 

Caldicott s’est engagée dans le projet d’instruire les Australiens (et le monde) sur Fukushima et ses implications :

 

            « Ce sujet a été presque totalement ignoré par les médias en Australie, or il est nécessaire de le porter sur la place publique. Nous parlons en effet d’un problème qui a, globalement parlant,  de profondes ramifications. »

 

En outre elle est convaincue que la catastrophe de Fukushima n’est pas terminée :

 

            « C’est une bombe atomique à retardement car un certain nombre de bâtiments pourraient s’effondrer en cas de nouveau séisme. De plus on est en train de construire dans la ville de Fukushima un important hôpital en cancérologie — cela parle de soi. »

 

Cependant, le Docteur Helen Caldicott envisage l’avenir avec un certain optimisme :

 

            « Le premier pas vers une grande mutation c’est une énorme prise de conscience, vous connaissez le mot de Jefferson ‘une démocratie éclairée se comportera de façon responsable’ — il est de notre devoir de les bombarder d’information. »

 

 

 

Les révélations actuelles sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima vont dans le sens des craintes du Docteur Caldicott. Ce matin les news du site Global Research révèlent que Michio Ayoama de l’Université de Fukushima a informé Kyodo que la Côte Ouest de l’Amérique du Nord sera atteinte d’ici 2016 par 80 % des dépôts de césium qui ont déjà touché le Japon.

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans En France et ailleurs
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 19:58
Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

KAZUHIKO KOBAYASHI adresse au monde un message important : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima is still news)

d’après la traduction anglaise http://vimeo.com/114145144 diffusée par  Projekt Soziales Europa

 

 

" Je m’appelle Kazuhiko Kobayashi et j’ai vécu en Europe pendant près de 29 ans. En 1997, je suis retourné au Japon. Depuis l’accident de Fukushima, le pire accident qui se soit jamais produit, je fais chaque année le tour de l’Europe pour faire des conférences pendant six semaines sur les armes et les centrales nucléaires. Cette fois-ci, je récolte des dons pour les enfants, qui sont les victimes de cette catastrophe. L’autre soir, j’ai fait une conférence en Autriche dans la ville de Krems où j’ai passé la nuit et c’est de là que je m’adresse à vous, mes chers auditeurs japonais.

 

Tepco, les ministères responsables et en particulier l’actuel ministère de l’Économie et de l’Industrie ainsi que tous les partis au pouvoir au Japon jusqu’à présent, n’ont pas tenu compte du fait pourtant essentiel que le Japon est connu pour être un pays extrêmement sujet aux séismes. Ils étaient bien conscients que d’un point de vue technique, il n’y a pas de sécurité absolue quant aux accidents qui peuvent se produire dans les centrales nucléaires. Malgré cela, ils ont répandu largement et délibérément parmi tous les citoyens japonais le mythe des “centrales nucléaires sans danger”; ce faisant ils ont trahi la confiance de la population. L’accident de Fukushima démontre sans conteste la grave responsabilité et le remords qu’ils ont à porter. Malgré cela, tous les responsables n’ont fait que déclarer que la magnitude du séisme et du tsunami avaient largement dépassé ce qu’ils avaient imaginé. Tout ce qu’ils ont fait jusqu’ici, c’est donc d’essayer de se débarrasser de leur responsabilité.

 

Tous les Japonais savent pertinemment qu’un séisme des plus violents peut frapper n’importe où et à n’importe quel moment au Japon. Ceux qui gèrent les centrales nucléaires dans un pays où la probabilité de séisme est si forte auraient dû avant tout mettre au point et appliquer les mesures de sécurité les plus fiables. Mais ils savaient que ces techniques n’existaient pas. Et malgré cela, ils ont poursuivi leurs programmes nucléaires.

 

On ne peut que qualifier cette attitude d’absolument criminelle ! Or, ces responsables ne sont toujours pas prêts à admettre leur culpabilité dans cette catastrophe. En outre, ils ont l’intention de redémarrer leurs centrales, bien qu’on soit encore très loin d’avoir éliminé les conséquences de l’accident de Fukushima. Les sommes nécessaires pour compenser les dommages dépassent de loin les capacités  financières de Tepco.

 

Comment se fait-il que Tepco ne soit pas encore en faillite ?

 

Compte tenu des principes de l’économie de marché et de l’éthique des affaires, tous les actifs de l’entreprise devraient être mis sur le marché. Les actifs de Tepco ont une valeur élevée et il existe suffisamment d’entreprises douées de pouvoir financier et de compétences techniques qui seraient intéressées pour assurer le fonctionnement. Tous les revenus obtenus par la vente des actifs et des droits de Tepco devraient servir à aider les gens qui ont été touchés par la catastrophe. Ce n’est qu’une fois que tout cet argent a été dépensé que les deniers publics devraient venir à la rescousse.

 

En réalité, c’est tout le contraire qui se passe. Les ministères en charge et le gouvernement veulent sauver Tepco de la faillite. Sans hésiter, ils utilisent l’argent public pour préserver de pertes gigantesques les grandes banques, qui sont en fait les plus gros actionnaires de Tepco. Ils veulent aussi absolument ne pas perdre le contrôle et leur pouvoir sur l’alliance qui relie les politiciens, les employés du gouvernement ainsi que les directeurs de Tepco.

 

Par contre, les paiements versés aux victimes innocentes que sont les citoyens de Fukushima sont calculés au centime près !

 

Tel est le vrai visage d’une politique fondamentalement mauvaise et injuste.

 

En vérité, on demande à la population japonaise de payer des sommes énormes pour sauver Tepco. En même temps les gens – et cela concerne tout particulièrement les gens de Fukushima - sont loin de recevoir une indemnisation suffisante pour les blessures physiques et psychiques incommensurables causées par la catastrophe. C’est donc comme s’ils étaient doublement punis.

 

Parmi les gens vivant à Fukushima, nombreux sont ceux qui non seulement s’inquiètent pour leur propre santé, mais sont en outre terrifiés à l’idée des malformations génétiques qui peuvent frapper leurs enfants. Ils n’ont pas suffisamment accès aux traitements médicaux et thérapeutiques. Ils sont obligés de rester à Fukushima, sans soutien suffisant du gouvernement.

 

Et surtout il y a là-bas 300 000 enfants en grand danger, car ils sont 6 à 8 fois plus affectés par la contamination radioactive que les adultes.

 

Toutes les instances responsables du Japon sont parfaitement conscientes que le danger des radiations de faible niveau a été prouvé scientifiquement. Elles n’hésitent pas cependant à laisser des gens vivre dans la région dangereuse qu’est Fukushima, et tout particulièrement ces enfants innocents qui vont porter notre avenir, en leur disant tout simplement : “il n’y a aucun danger”.

 

C’est à nous d’empêcher des actes aussi irresponsables et injustes. Pendant mes interventions en Europe, j’ai l’intention  d’informer la communauté internationale de la situation et de lui demander son soutien pour dénoncer publiquement les coupables. En même temps, je demande aux gens en Europe de faire des dons pour les victimes les plus durement touchées, c’est-à-dire les enfants de Fukushima qui sont bien sûr obligés de rester et de vivre là-bas.

 

Et partout où je vais durant cette tournée, les gens expriment leur profonde inquiétude et leur compassion pour la population de Fukushima et donnent beaucoup d’argent. Mais on entend simultanément de violentes accusations et des accès de colère contre les ministres japonais responsables, le gouvernement et Tepco. On se demande si les fonctionnaires, les hommes politiques japonais et les directeurs de Tepco ont la moindre parcelle de conscience ou le moindre sens moral ou éthique.

 

Quand on regarde leur façon d’agir, on ne peut qu’être choqué de cette démonstration de leur énorme avidité et de leur soif de pouvoir.

 

Toutes les technologies développées par l’homme peuvent s’avérer défectueuses. L’application de la sécurité maximum durant le déploiement d’une technologie dépend entièrement de l’existence de mesures de sécurité extensives et adaptées même aux pires des scénarios. 

 

Dans un tel cas, nul ne peut mettre un terme aux dégâts provoqués. Les conséquences de la contamination radioactive s’étalent que des milliers et des milliers d’années, voire plus. Elle détruit entre autres le patrimoine génétique de tous les êtres vivants, mettant ainsi en péril les générations suivantes. Comment les opérateurs de centrales, qui vont vivre au maximum cent ans, pourraient-ils prendre la responsabilité des dommages permanents et de la destruction à long terme causés par la contamination radioactive ?

 

Et même sans parler d’accidents, chaque centrale nucléaire produit des déchets nucléaires. À cette date nous ne disposons d’aucune technologie capable de neutraliser les déchets nucléaires qui sont quasiment éternels. Ils sont tout simplement  déposés sous le sol dans des conteneurs spéciaux. Peut-on parler ici de technologie responsable ?

 

Aujourd’hui les lobbies représentant les intérêts des partisans de l’énergie nucléaire font pression sur les gouvernements et répandent le mythe de la sécurité nucléaire qui n’est qu’un tissu de mensonges, juste pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales et en construire de nouvelles. L’AIEA ne peut pas être considérée comme un organisme indépendant, puisqu’elle ne fait que représenter les intérêts des industries nucléaires du monde entier.

 

Nous avons aujourd’hui atteint un stade où de plus en plus de gens dans le monde entendent parler des dangers et de l’irresponsabilité de la technologie nucléaire. Je peux le confirmer durant mon tour actuel à travers l’Europe, où de plus en plus de gens crient de plus en plus fort : Nucléaire ? Non merci !

 

Chers concitoyens japonais, l’énergie nucléaire implique un risque de contamination irréparable et permanent pour toute la population, toute la nature et l’environnement.

Nous devons donc empêcher toute expansion future dans le monde !

 

Unissons nos efforts pour lutter contre les centrales nucléaires en ignorant les frontières !

 

_______________________________

Vidéo en français :

https://www.youtube.com/watch?v=29F-a86NX4o

ou

https://vimeo.com/115666657

 

 

 

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