5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 06:00

 

7. Menteurs assidus

 

Mensonges par omission de Tepco

Corium du réacteur n° 2 (capture d’écran vidéo Tepco)

Corium du réacteur n° 2 (capture d’écran vidéo Tepco)

Tepco a attendu deux mois avant d’annoncer la fonte des cœurs des réacteurs. Et pas que Tepco. Tous les experts nucléaires savent ce qu’il arrive quand un cœur n’est plus refroidi. Tous les experts officiels de tous les pays ont donc attendu sagement que Tepco dise enfin la vérité avant d’avouer également qu’ils étaient au courant. Un seul expert japonais a dévoilé la vérité avant tout le monde, Mishio Ishikawa, le 29 avril 2011 à la télévision japonaise.

 

 

Pas de cancer ni de mort dû à la radioactivité ?

Comparaison de cas de cancer de la thyroïde pour les enfants de Fukushima

Comparaison de cas de cancer de la thyroïde pour les enfants de Fukushima

Les autorités japonaises, assistées par Tepco, le martèlent : chez les enfants testés, aucun cancer de la thyroïde n’est dû à la radioactivité. Ce n’est pas du tout ce que pense les médecins de l’IPPNW, l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War. Selon leur analyse, dans la préfecture de Fukushima, le taux de nouveaux cas de cancer est plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Pour mémoire, en octobre 2019, 231 cas de cancer de la thyroïde ont été suspectés chez les enfants de Fukushima, dont 174 ont été confirmés par une intervention chirurgicale.

Pour les morts, c’est pareil. Pourtant jamais le taux de mortalité n’a été aussi élevé dans une usine : 8 morts la première année, 16 morts en 4 ans et demi. Mais pas question de reconnaître que la radioactivité y soit pour quelque chose. Et on n’a jamais eu de nouvelle non plus des centaines de disparus des listes des premiers liquidateurs de Fukushima en 2011.

 

 

Nicolas Sarkozy : « Je suis allé à Fukushima »

Photo non truquée : Éric Besson posant devant la centrale de Fukushima Daiichi (photo Antoine Bouthier/AFP)

Photo non truquée : Éric Besson posant devant la centrale de Fukushima Daiichi (photo Antoine Bouthier/AFP)

Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a aligné trois gros mensonges à Caen le 6 avril 2012. Selon lui, il serait allé à Fukushima avec Nathalie Kosciusko-Morizet. La voix du Japon précise : « En réalité, M. Sarkozy s’est bien rendu au Japon le 31 mars 2011 (…) mais il n’avait siégé qu’à Tokyo, soit à 250 kilomètres de la centrale nucléaire. Un mensonge retentissant au Japon et dans le monde. » Nathalie Kosciusko-Morizet n’y est pas plus allée, elle a d’ailleurs déclaré plus tard : « Personne ne va à Fukushima ». Dans le même discours de Caen, Sarkozy affirme aussi que « la vague a atteint 42 m de haut », information totalement contradictoire avec la réalité puisque les experts japonais l’ont finalement évaluée au plus haut à 23,60 m. La vague en elle-même a été mesurée à environ 14 m au niveau de la centrale. Éric Besson quant à lui y est bien allé l’année suivante en février 2012 où il s'est dit « globalement rassuré » car il a constaté qu’il n’y avait « pas de radioactivité forte autour de la centrale ».

 

 

La catastrophe de Fukushima à 6 ou 7 sur l’échelle INES ?

Pierre-Franck Chevet jurant de dire la vérité (capture d’écran vidéo Public Sénat)

Pierre-Franck Chevet jurant de dire la vérité (capture d’écran vidéo Public Sénat)

Lors de l’émission « Le téléphone sonne » (Questions sur l’état de la sureté des installations nucléaires) du 17 avril 2013 sur France Inter, Pierre Franck Chevet, alors président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), a annoncé sans être contredit par les journalistes que l’accident de Fukushima avait été classé au niveau 6 de l’échelle internationale INES. L’accident avait pourtant été classé au niveau 7 depuis le 12 avril 2011, soit 2 ans avant son intervention ! Celui qui avait la responsabilité de la sûreté nucléaire en France a donc été pris en flagrant délit de manipulation de l’opinion sur une chaîne publique nationale.

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Les mensonges de l’IRSN

Dessin de Julien Loïs

Dessin de Julien Loïs

Cette institution sérieuse qu’est l’IRSN, sous l’image de grande objectivité qu’elle veut donner,  n’est jamais neutre. Son penchant pour la minimisation de tous les dangers de l’atome est bien connu. Mais quelquefois, à force de toujours vouloir rassurer, cela tourne au mensonge. Je rappelle régulièrement ses écarts sur ce blog et il n’y a jamais eu de démenti. Ainsi, selon l’IRSN, la perte d’un corium n’est pas forcément un problème pour l’environnement, les évacués allaient revenir d’ici trois mois en 2011, il n’y a pas eu de rejet de strontium et de plutonium au Japon, une centrale nucléaire ne peut pas exploser en France.

 

 

Perspectives heureuses

Retrait d’un assemblage du réacteur 3 (capture d’écran vidéo Tepco)

Retrait d’un assemblage du réacteur 3 (capture d’écran vidéo Tepco)

Boris Le Ngoc, responsable relations publiques et communication digitale de la SFEN (Société Française d'Energie Nucléaire) a publié le 12 mars 2015 un article et un dossier très minimisateur et rassurant, Fukushima 2015, état des lieux et perspectives : selon lui, l’évacuation du combustible des piscines des réacteurs 1 à 3 était prévue pour être terminée en 2015. On ne sait pas sur quelles sources il s’appuyait pour affirmer cela. Quatre ans plus tard, on peut dire que son enthousiasme était démesuré puisque pour les réacteurs 1 et 2, il ne s’est rien passé. Pour le réacteur 3, le transfert a commencé en mai 2019 ; toutefois, depuis juillet dernier, Tepco a stoppé l’opération à cause de problèmes techniques.
Sinon, toujours dans le même article, "la consommation des denrées ne présente aucun risque pour la santé" et Tepco a la "maîtrise de la situation".

 

 

8. Publicité mensongère

 

General Electric et l’avenir du Japon

Capture d’écran de la publicité de General Electric

Capture d’écran de la publicité de General Electric

General Electric, après avoir construit la centrale nucléaire de Fukushima, diffusait un spot publicitaire annonçant : « Quand Tepco a signé le plus gros contrat à l’export de GE (General Electric), nous avons équipé Tokyo de la centrale la plus efficace en son genre au monde. Ce qui veut dire plus d’emplois chez nous et un avenir meilleur pour les Japonais. GE, nous améliorons votre quotidien. » Aujourd’hui, la majorité des Japonais regrette d’avoir été trompée…

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Un avenir radieux

Bannière de Futaba (Source AFP/JIJI)

Bannière de Futaba (Source AFP/JIJI)

Les Japonais regrettent tellement d’avoir été bernés par l’industrie nucléaire qu’en 2016, ils ont décroché la célèbre pancarte de Futaba dont le slogan, inventé par M. Onuma, était : « L’énergie nucléaire : l’énergie qui prépare un avenir radieux ».

 

 

Les JO de 2020

Caricature de 281… Antinuke

Caricature de 281… Antinuke

Shinzo Abe n’a pas hésité à mentir pour obtenir les JO de Tokyo. Le 13 septembre 2013, il a assuré au Comité international olympique que Tepco maîtrisait la situation vis-à-vis de la catastrophe de Fukushima : « It has never done and will never do any damage to Tokyo. » Évidemment, c’était un gros mensonge. En effet, un nuage radioactif est bien passé par deux fois sur Tokyo en mars 2011 et y a laissé une pollution mesurable dans les poussières. A la centrale de Fukushima Daiichi, le démantèlement est illusoire, les délais intenables à cause des multiples problèmes techniques. Tout autour, la décontamination définitive des sols est impossible. On n’élimine jamais les radionucléides, on ne fait que les déplacer. On ment à la population pour qu’elle retourne vivre dans des territoires contaminés. La propagande éthosienne bat son plein.

 

 

9. Théories du complot

 

Sabotage de la centrale

Il faut lire cet article qui analyse la théorie du sabotage de la centrale de Fukushima par l’état d’Israël diffusée par certains sites fumeux : Fukushima : retour sur une théorie du complot (Conspiracy Watch, 6 mars 2012). C’est un Japonais qui est à l’origine de cette théorie. Yoichi Clark Shimatsu, contributeur régulier de la chaîne de télévision officielle de la République populaire de Chine, est surtout un théoricien du complot à l’imagination débordante.

 

 

Missiles dans l’unité 4

Photo Tepco

Photo Tepco

Certains internautes ont réussi à échafauder une théorie comme quoi on fabriquait des missiles dans le réacteur n°4 de Fukushima Daiichi à partir de cette photo diffusée par Tepco. On distingue bien deux poteaux dont la base est munie de 4 jambes de force qui accroissent leur stabilité et leur solidité. Mais rien à voir, mis à part la forme ressemblante, avec des missiles et à des ailettes…

Voici une info véritable pour faire le pendant de celle du « missile » : une bombe américaine a bien été trouvée à la centrale de Fukushima Daiichi au cours de travaux destinés à créer un parking en 2017. La région où est implantée la centrale Fukushima Daiichi, à cheval sur les localités côtières de Futaba et Okuma, hébergeait en effet durant la Seconde Guerre mondiale une base aérienne de l’armée nippone et a subi des bombardements étatsuniens importants, notamment en 1945.

 

 

Concours de hoax

Et pour terminer ce chapitre, juste pour rire, mais je ne mettrai pas le lien, cette pépite de conspirationisme : « Révélation Fukushima: c'était un méga attentat ! ». Vous retrouverez facilement cet article sur le net, où le site Wikistrike (dont la devise est « Rien ni personne n'est supérieur à la vérité » !) assure que le Japon a été victime d’un attentat qui a utilisé  le système Haarp, que le séisme n’était pas de magnitude 9, que le réacteur 4 a été détruit par une arme nucléaire, que Naoto Kan a payé 20 milliards pour éviter que le mont Fuji n’explose, etc. Qui dit mieux ?

 

 

10. Communication insidieuse

 

La minute de vérité

Incendie de l’unité 1 de Fukushima Daiichi qui n’a jamais eu lieu (capture d’écran du film « Accident nucléaire de Fukushima » de Steve Webb

Incendie de l’unité 1 de Fukushima Daiichi qui n’a jamais eu lieu (capture d’écran du film « Accident nucléaire de Fukushima » de Steve Webb

Sorti en 2012, le film documentaire de Steve Webb, « Accident nucléaire de Fukushima », réécrit l'histoire en développant une kyrielle de mensonges : les explosions des unités 1 et 3, dont les images existent pourtant, sont minimisées avec des reconstitutions ne correspondant pas du tout à la réalité. Quant à l'explosion de l’unité 2, elle n'est même pas mentionnée. Le film énonce également que les experts de l'AIEA sont intervenus "quelques jours après le tsunami", ce qui est complètement faux. Ils ne sont venus à Fukushima que fin mai 2011. Autre mensonge : "trois des réacteurs de Fukushima sont totalement irréparables". C'est faux puisque les explosions ont concerné 4 bâtiments réacteurs. Autre absurdité : les gaines de zirconium protègeraient le combustible de la chaleur. Le mensonge continue avec le tonnage de combustible de Tchernobyl répandu dans l’atmosphère : 8 tonnes selon le reportage. Pourtant, d’après le magazine La Recherche, c’est 50 tonnes, cherchez l’erreur… On continue : aucune mention du problème majeur de l’eau contaminée stockée sur le site.

Et en conclusion, cerise sur le gâteau, la voix off dit qu’il faudra peut-être 10 ans avant que les personnes évacuées puissent toutes revenir chez elles ! Et quid de la contamination qui continue ? de la période de 30 ans du césium 137 ? de la fin programmée des indemnités aux réfugiés ?

Le réalisateur dévoile finalement sa subjectivité en validant la décision de Shinzo Abe de poursuivre le redéploiement du nucléaire au Japon. Ce film, qui a été construit avec de nombreuses incohérences et mensonges, est fait à la gloire de l’industrie nucléaire et prétend, dès 2012, tirer les leçons de la catastrophe pour continuer à produire de l’électricité nucléaire. Il a été diffusé en septembre 2015 dans la série « La minute de vérité » sur la chaîne française Numéro 23, désormais dénommée RMC Story.

 

 

Fausse traduction

Fausse traduction de l’IRSN (capture d’écran de la vidéo de l’IRSN)

Fausse traduction de l’IRSN (capture d’écran de la vidéo de l’IRSN)

Dans la vidéo très instructive et très bien conçue « L'analyse de l'IRSN du déroulement de l'accident de Fukushima » diffusée sur youtube en 2013, la traduction des paroles de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi est fausse. Le 14 mars 2011, juste après l’explosion de l’unité 3, celui-ci, affolé, appelle le quartier général pour l’informer de la situation : « QG ! QG ! C’est affreux ! L’unité 3 a explosé maintenant. Je pense que c’est probablement la vapeur ! » (source : TV japonaise, 7:38 – 7:48). Or, l’IRSN, qui a repris la bande son de Tepco, a livré cette traduction : « QG ! QG ! C’est terrible ! On a eu un problème sur le site n°3 ! » (source vidéo de l’IRSN, 52:56 – 53:06). Pourtant, aucun doute, Yoshida dit bien « suijôki » (vapeur). La traduction de l’IRSN censure ainsi l’hypothèse émise par le directeur de la centrale : l’explosion de vapeur. L’IRSN s’aligne donc sur la version officielle du gouvernement japonais en faisant mentir feu Yoshida.

 

Comment vivre heureux en territoire contaminé ?

C’est le programme que vous propose Ethos, sous la houlette du Français Jacques Lochard, directeur du CEPN et vice-président de la CIPR. Comme cela coûte trop cher de déplacer les populations suite à un accident nucléaire, les gouvernements, en totale complicité avec les industriels de l’atome, ont inventé le programme Ethos qui permet de faire accepter la vie en territoire contaminé. Expérimenté dans les territoires pollués de Tchernobyl, il a été d’autant plus facilement appliqué aux populations de Fukushima. Le sociologue Frédérick Lemarchand pose bien le problème : « Faut-il entraîner l’humanité à « vivre avec » les conséquences d’un accident nucléaire ? Le faire est techniquement raisonnable car un accident est toujours possible, y compris en Europe, mais politiquement condamnable car conduisant à une logique d’adaptation à ce qui doit rester à jamais inacceptable. »

 

 

11. Confusions courantes

 

- dosimètre et radiamètre : un dosimètre mesure en continu les doses reçues et donnera au final une dose reçue pour une certaine durée. Par exemple, les travailleurs du nucléaire portent des dosimètres pour limiter leur présence en milieu radioactif. On peut aussi se servir d’un dosimètre pour mesurer la présence de radon dans une pièce. Le radiamètre quant à lui sert à mesurer la radioactivité gamma d’un environnement à un instant T. On le nomme aussi plus communément compteur Geiger car il compte les désintégrations qui passent dans son capteur.

 

- microsievert et millisievert : ces deux unités de mesure ont fait souvent l’objet de confusions lors des premières semaines de la catastrophe de Fukushima. Ce sont toutes les deux des fractions décimales du sievert, unité servant à mesurer la dose reçue par une personne. Le millisievert (mSv) est un millième de sievert alors que le microsievert (µSv) en est un millionième.

 

- radiation et radioactivité : le mot radiation est un terme rassemblant toutes sortes de choses comme la chaleur, la lumière, les rayons X ou les rayons radioactifs. Alors que la radioactivité ne couvre que les rayons radioactifs. Utiliser le terme radiation à la place de radioactivité, comme le veut l’usage anglo-saxon, n’est pas anodin car cela amoindrit la précision d’un discours, voire minimise sa portée.

 

- barres et assemblages : le combustible nucléaire est conditionné dans des barres de 4 m environ appelées aussi crayons. Les barres sont disposées par dizaines dans des assemblages de section carrée. Au moment de l’accident nucléaire en 2011, la centrale de Fukushima avait 14225 assemblages dans ses 6 réacteurs et ses 7 piscines, soit 896 175 barres.

 

- centrales et réacteurs : la France compte 58 réacteurs mais elle n’a que 19 centrales nucléaires car elles possèdent toutes plusieurs tranches (ou unités). Le Japon quant à lui avait 54 réacteurs nucléaires en 2011 au moment de l’accident répartis dans 15 centrales. Aujourd’hui, il n’y a plus que 9 réacteurs en activité. La population est devenue très méfiante vis-à-vis de cette énergie dangereuse qui, de surcroît, est devenue moins rentable que certaines énergies renouvelables.

 

 

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Une fois n’est pas coutume, je termine cet article en chanson avec l’ami Brassens qui nous offre, via l’INA, son histoire de faussaire.

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Mise à jour 7/02/2020 à 14h56

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 06:00

Article publié en trois parties.

Lien vers le sommaire et la première partie

 

4. Hoax animaliers

 

Poisson-loup de Béring

Source : tweet de Hiroshi Hirasaka (https://twitter.com/hirahiroro/status/644447532848803840)

Source : tweet de Hiroshi Hirasaka (https://twitter.com/hirahiroro/status/644447532848803840)

Comme le relève encore Audrey Garric, ce poisson n’est pas le résultat d’une mutation due à la pollution radioactive de Fukushima. Il a été pêché au large de l'île d'Hokkaido, à 800 km de la centrale, par un journaliste biologiste passionné par la recherche de créatures marines. La photo qu’il a publiée sur tweeter en 2015 déforme un peu la gueule de l’animal à cause de l’angle de la prise de vue, ce qui a conduit certains internautes à imaginer qu’il pouvait être un mutant. En réalité, cette espèce s'avère plutôt commune dans la zone où elle a été pêchée et la taille de ce spécimen est dans la norme de l'espèce.

En revanche, près de Fukushima, les pêcheurs se battent depuis des années pour que Tepco ne relâche pas dans l’océan le million de mètres cube d’eau contaminée qui ont été entreposés sur le site.

 

 

Monstre marin

Source : news.nationalgeographic.com

Source : news.nationalgeographic.com

Mais quel est ce nouveau monstre marin que Fukushima aurait pu encore produire ? En fait, il s’agit juste de baleineaux siamois retrouvés à Laguna Ojo de Liebre en Basse-Californie. Les réseaux sociaux ont diffusé cette image en 2014 en l’associant une fois de plus à Fukushima. Selon Michael Moore, vétérinaire à la Woods Hole Oceanographic Institution (Massachusetts) spécialisé dans l'analyse médico-légale des décès de mammifères marins, « il n’est pas rare d’avoir des jumeaux siamois chez les grandes baleines ».

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Toutefois, sans forcément créer de monstres hideux, la radioactivité peut avoir des effets dramatiques sur la faune, comme en atteste la mort prématurée des chevaux de M. Hosokawa ou ces malformations sur divers mammifères et insectes (lien).

 

 

Baleines échouées

Source : changera.blogspot.com

Source : changera.blogspot.com

Il arrive que l’on retrouve des baleines mortes sur les plages sans que l’on ne sache pas toujours pourquoi. Sur cette photo, ces baleines ne sont pas mortes, elles se sont échouées sur une plage en 2010, très loin de Fukushima, en Nouvelle - Zélande. Or, en 2013, de grandes angoisses – justifiées – sur la pollution de la mer se sont traduites par un article rassemblant des informations véridiques d’animaux mourant en masse en Alaska et un peu partout dans le monde. Mais jamais de rapport évident avec Fukushima. Il existe des tas de pollutions marines qui peuvent produire ces désastres écologiques (plastiques, hydrocarbures, usines côtières, etc.). Le rejet quotidien et permanent de centaines de tonnes d’eau hautement radioactive dans l’océan Pacifique à Fukushima Daiichi est évidemment bien réel, mais les conséquences de ces rejets massifs dans l’environnement marin et terrestre, même si elles sont déjà étudiées, ne sont pas encore très bien connues.

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Lapin sans oreille

Lapin sans oreille : origine inconnue (Source : capture de vidéo de yuunosato)

Lapin sans oreille : origine inconnue (Source : capture de vidéo de yuunosato)

Dans une vidéo qui a buzzé en 2011, on voit un lapereau blanc sans oreille. Toutefois, il est impossible de savoir où a été tourné cette vidéo. De plus, on connaissait déjà les lapins sans oreille avant 2011. La peur de la mutation génétique engendrée par la radioactivité, calamité réelle, se traduit ainsi par la diffusion de bizarreries, mais celles-ci ne sont pas forcément dues à Fukushima. Les mutations, si elles peuvent bien évidemment être provoquées par la radioactivité, ont d’autres origines possibles : elles peuvent apparaître spontanément (elles sont d’ailleurs à la base de l’évolution des êtres vivants) comme elles peuvent aussi être dues à des produits chimiques.

Ce canular a été relayé entre autres par RTL en juin 2011.

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Dauphins morts

Source : Reuters

Source : Reuters

Le site 7sur7.be titrait le 7 mai 2015 que des dauphins étaient morts à cause de Fukushima. Trente chercheurs ont ainsi autopsié les 17 animaux retrouvés sur les côtes d’Ibaraki au sud de Fukushima. « Les poumons de ces dauphins étaient blancs, ce qui, d'après les scientifiques, est une indication du manque de sang acheminé vers les organes dû à un empoisonnement par radiation. » L’ACRO quant à elle se demande comment cette info a pu être construite à partir d’un échouage de 155 dauphins sur une dizaine de kilomètres. Elle fait l’hypothèse que la source du site 7sur7.be puisse être enenews.com, qui fait un lien avec la radioactivité alors que les sources japonaises ne le font pas. Enenews est en effet familier de ce genre d’amalgames. « Comme si la radioactivité était la seule pollution océanique responsable de tous les maux. »

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5. Errare humanum est

 

Centrale nucléaire inconnue

Une centrale nucléaire en bord de côte (Source : Kim Kyung-Hoon/Reuters)

Une centrale nucléaire en bord de côte (Source : Kim Kyung-Hoon/Reuters)

Ce cliché, attribué au photographe Kim Kyung-Hoon, ne représente pas la centrale de Fukushima Daiichi. Cette dernière n’a pas de tels silos, ses bâtiments réacteurs n’ont pas le même design, les cheminées ne sont pas à la même place, le terrain n’est pas configuré de la même manière et, avec cet angle de vue, on devrait voir le réacteur n°3. Pourtant, cette photo est régulièrement utilisée dans les médias pour illustrer des articles sur Fukushima Daiichi. Peut-être une erreur de l’agence Reuters ? Elle a été diffusée à partir du 12 mars 2011 par des dizaines de sites d’information à un moment où personne ne connaissait vraiment Fukushima Daiichi. Cette photo est très intrigante, car le bâtiment de gauche semble être chaud, de la vapeur se dégageant du toit ; et à quoi pourraient servir de tels silos dans un site nucléaire ? Ce qui est très amusant, c’est qu’un article de Paul Blustein, diffusé par Slate en 2013, reprend cette photo alors que le titre de l’article est « Tout ce que vous avez entendu sur l’accident nucléaire de Fukushima est faux ». C’est dur de prétendre détenir seul la vérité !

 

 

Erreur de centrale de Fukushima

Fausses nouvelles et vrais mensonges sur Fukushima (II)

Oui, cette centrale ressemble beaucoup à celle de Fukushima Daiichi. C’est bien la centrale nucléaire de Fukushima, mais Fukushima Daini – d’où l’erreur commise par Le Point. Daiichi veut dire n°1 et Daini, n°2. Elle est située à 12 kilomètres au sud de la première, mais contrairement à sa jumelle, celle-ci n’a pas provoqué de catastrophe. Non seulement les deux noms se ressemblent mais l’alignement des quatre réacteurs au bord de la côte aussi. Elle a été construite sur le modèle et dans la foulée de Fukushima Daiichi dans les années 80. On peut facilement la différencier car contrairement à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, celle de Daini n’a pas son premier bâtiment réacteur décalé par rapport aux autres.

Pour ne pas se tromper de centrale nucléaire japonaise, il faut faire un petit effort de documentation, comme avec cet article de Hori Yasuo : Le point sur les centrales nucléaires du Japon et autres nouvelles.

 

 

Mais où sont les piscines de Fukushima ?

« Un zoom à la verticale sur le 3, où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l’angle en haut à gauche » : légende de la photo du site de Sylvestre Huet (Libération)

« Un zoom à la verticale sur le 3, où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l’angle en haut à gauche » : légende de la photo du site de Sylvestre Huet (Libération)

Avant de m’intéresser au nucléaire, je ne savais pas où étaient les piscines de désactivation. Pour les journalistes, c’était pareil, ils ont eux aussi peiné à les repérer dans ce fatras de ruines de bâtiments réacteurs, d’où des erreurs. Comme celle de Sylvestre Huet, journaliste scientifique au journal Libération, qui a cru trouver la piscine de désactivation du réacteur n°3 sur une photo verticale « où on distingue bien la piscine à combustibles usés, dans l'angle en haut et à gauche » (article du 31 mars 2011)… sauf que dans l’angle en haut et à gauche, il s’agit du sas d'accès matériel (« equipment hatch »). Rien à voir avec une piscine donc.

Capture d’écran d’une illustration du site du Nouvel Observateur

Capture d’écran d’une illustration du site du Nouvel Observateur

Un an plus tard, Vincent Jauvert, publie sur le site du Nouvel Observateur (article du 23 août 2012) un article comportant lui aussi une erreur de localisation : il entoure d’un rond blanc un espace bleuâtre correspondant au démantèlement d’une partie du niveau technique du bâtiment réacteur n°4. Cette couleur était due à la mise en place d’un filet de protection. La piscine quant à elle se cachait sous une couverture métallique quelques mètres plus loin.

Le plus marrant dans cette histoire, c’est que Sylvestre Huet s’est fendu d’un article polémique en tirant à boulets rouges sur Vincent Jauvert car le site du Nouvel Obs n’avait pas retiré la photo erronée. Or, alors que je l’avais prévenu de son erreur, ce même journaliste de Libération n’a jamais cru bon non plus corriger sa fausse localisation de piscine en ligne depuis 8 ans.

 

 

Le syndrome chinois

Schéma apparu dès le 14 mars 2011 sur le forum US Message Board

Schéma apparu dès le 14 mars 2011 sur le forum US Message Board

Le syndrome chinois fait allusion à l'hypothèse selon laquelle, suite à une fusion de cœur d'un réacteur nucléaire situé en Amérique du Nord, le corium pourrait percer les barrières qui le confinent, s'enfoncer sous terre, traverser la croûte terrestre et atteindre la Chine. Cette théorie a été diffusée en particulier en 1979 à l’occasion de la sortie du film « Le syndrome chinois » de James Bridges. Sans que l’on conserve cette idée saugrenue que le corium pourrait traverser la planète, le scénario du pire a été évoqué quelques jours après le début de la catastrophe, à savoir que le corium descendant dans le sol jusque la nappe phréatique menaçait de provoquer une explosion de vapeur. Ce qu’on sait moins, c’est que la théorie d’origine n’est pas une fiction et qu’elle est prise très au sérieux par les scientifiques. Le ministère de l’Industrie du Japon en a d’ailleurs créé une animation qui montre les conditions du melt-down, du melt-through puis du melt-out dans un réacteur du type de Fukushima.

A mon sens, pour qu’une explosion de vapeur se produise en cas de melt-out, il faudrait qu’une masse importante de corium de plusieurs milliers de degrés tombe brusquement dans un lac souterrain, ce qui est fort peu probable quand le sous-sol n’est pas karstique (à Fukushima Daiichi, le sous-sol est composé de grès). En revanche, une explosion de vapeur est possible dans une centrale nucléaire avant que le corium ne sorte de la centrale, dans le cas où une masse considérable de corium tombe dans un espace confiné rempli d’eau, comme cela a pu se produire à Fukushima.

Explosion ou pas, les coriums ont très rapidement été en contact avec la nappe phréatique car fin mars 2011, le taux de radioactivité de l’eau de mer, en lien avec la nappe phréatique, était plusieurs milliers de fois supérieur à la normale et la semaine suivante plusieurs millions de fois.

 

 

 

 

6. Fausses nouvelles

 

Incendie à la piscine commune ?

Image saturée, à partir d’une capture d’écran webcam Tepco, juin 2011

Image saturée, à partir d’une capture d’écran webcam Tepco, juin 2011

En 2011, plusieurs internautes ont cru, au vu d’effets de lumières de projecteurs sur des brouillards intenses et mouvants que l’on pouvait observer en direct grâce à la webcam de surveillance de Tepco, que la piscine commune du site de Fukushima Daiichi (qui « abrite » plus de 1000 tonnes de combustible nucléaire) était en feu. Si cela avait été le cas, aucun homme n’aurait pu sortir sur le site de la centrale sans risquer sa vie et la pollution mondiale qui s’en serait suivi n’aurait pu être cachée. Alors que certains internautes utilisaient des effets de couleurs à partir des vidéos de la webcam pour démontrer que de la vapeur s’échappait bien des réacteurs, d’autres ont mal interprété ces couleurs vives comme on peut en voir sur l’illustration ci-dessus. Le jaune, l’orange et le rouge dramatisent l’image et suggèrent ainsi un incendie.

Cela dit, un feu de piscine reste toujours possible et c’est sans doute ce qu’il peut arriver de pire dans une centrale nucléaire puisque les piscines n’ont pas de confinement. Sans eau de refroidissement, les barres de combustible peuvent brûler comme des cierges magiques répandant dans l’atmosphère les produits de fission. Le risque le plus grand en France se situe à la Hague qui stocke 10 000 tonnes de combustible nucléaire dans des piscines sous des toits de tôle. En cas d’incendie de piscine à la Hague, tout le nord de l’Europe serait pollué irrémédiablement et la récente catastrophe industrielle de Rouen ne serait qu’un souvenir insignifiant.

En savoir plus sur le feu de piscine

 

 

La piscine n° 4 a-t-elle été vide d’eau en mars 2011 ?

Comment voir si la piscine contient encore de l’eau ? (photo Cryptome)

Comment voir si la piscine contient encore de l’eau ? (photo Cryptome)

En pleine crise nucléaire, le 16 mars 2011, les États-Unis ont conseillé subitement à leurs ressortissants vivant au Japon de s’éloigner à plus de 80 km de la centrale de Fukushima. Les experts américains craignaient en effet le pire, c'est-à-dire un incendie imminent du combustible de la piscine du réacteur n°4. On sait maintenant que le chef de l’Autorité de sûreté américaine s’est affolé à tort en croyant que la piscine était vide. Comme quoi on peut être expert et se tromper. Mais les Japonais ne communiquaient pas beaucoup, c’était très difficile d’avoir des informations (comme toujours en cas de catastrophe nucléaire). Car si vraiment elle avait été vide, la catastrophe aurait tourné au pire : le combustible nucléaire aurait pris feu et aurait pollué le monde entier.

Cependant, les Japonais se préparaient au pire également : Naoto Kan, alors premier ministre, était prêt également à faire évacuer la population dans un rayon de 250 km autour de la centrale, Tokyo compris. C’est dire si le danger était grand, danger que ne mesurent toujours pas la majorité des Français qui vivent à moins de 150 km d’une centrale nucléaire.

Une chose étrange tout de même dans cette histoire, c’est que des incendies ont été déclarés les 15 et 16 mars dans le bâtiment réacteur n°4, dont le premier aurait été éteint par l’armée américaine. Mais 9 ans après, on ne connaît toujours pas la nature de ces incendies. 

 

 

Accident de criticité à la centrale nucléaire ?

Capture d’écran de la webcam TBS, 2011

Capture d’écran de la webcam TBS, 2011

En décembre 2011, certains internautes ont interprété cette capture d’écran de la webcam TBS/JNN – qui diffusait également des images de la centrale de Fukushima Daiichi en continu – comme une explosion ou un flash radioactif. Plus sérieusement, il s’agissait vraisemblablement d’un recalibrage de la caméra ou d’une sursaute de tension. Des spécialistes en vidéo pourraient expliquer ça mieux que moi. Ce phénomène a eu lieu à nouveau en août 2013 (vidéo à 1:28). Le flash provenait également de la droite de l’image avec la même orientation.

Cela dit, des accidents de criticité peuvent survenir dans des installations nucléaires, il en est répertorié une soixantaine depuis 1945. À Fukushima d’ailleurs, la scientifique Dominique Leglu avait rapporté qu’en mars 2011, des « bouffées de neutrons extrêmement dangereuses » pour les humains et pouvant endommager les appareillages alentour, avaient été observées à 13 reprises.

 

 

Un réacteur est-il tombé dans l’océan ?

Capture d’écran de l’article en ligne sur neotrouve.com

Capture d’écran de l’article en ligne sur neotrouve.com

Le summum du désastre du recyclage de diverses sources sans compréhension aucune… A partir de l’info en février 2017 que le corium avait fait un trou dans une plateforme sous le réacteur 2 de Fukushima Daiichi, divers sites, dont newspunch, ont repris l’info en la mélangeant avec de vieilles infos concernant le réacteur 4. C’est ainsi que le corium qui est tombé dans l’enceinte de confinement est devenu sans problème un réacteur qui est tombé dans l’océan… L’illustration associée à cette infox dans le site neotrouve est encore pire car elle a repris la photo de l’incendie de la raffinerie d’Ichihara. Ça me rappelle une info que j’ai lue dans un site russe d’information francophone qui mentionnait qu’un séisme avait été provoqué par une explosion de vapeur due à la rencontre du corium avec la nappe phréatique. En réalité, dès mars 2011 et encore aujourd’hui, les coriums se sont mélangés et se mélangent à la nappe phréatique en provoquant beaucoup de vapeur (en 2011 et 2012) et une pollution permanente de l’océan .

 

 

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Lien  vers la troisième partie de l'article.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 11:15

Depuis 2011, je suis témoin de la diffusion de fausses informations, d’erreurs et de mensonges sur la catastrophe nucléaire japonaise. Certains sites qui cherchent le buzz afin d’obtenir des gains publicitaires persistent par exemple à diffuser des canulars ou des rumeurs sur Fukushima et comptent bien sur l’ignorance et la peur pour arriver à leurs fins. D’autres captent l’attention des gens inquiets en les détournant des infos importantes dans l’unique but de désinformer et de manipuler. La fourberie et la malhonnêteté riment souvent ainsi avec le mensonge. Et puis il y a les simples erreurs, diffusées sans intention de nuire à quiconque, dues à la grande complexité du monde nucléaire. Le problème, c’est qu’à partir d’un fait réel, l’information est déviée, interprétée, déformée et que, parmi la masse impressionnante de données accumulées durant des années sur Fukushima, le lecteur non averti n’a pas forcément les moyens de s’y retrouver. L’objet de cette rubrique est donc de faire le ménage et de donner quelques clés de compréhension. L’avantage d’internet est que je pourrai la mettre à jour à chaque fois que de nouveaux canulars, fausses nouvelles, erreurs, escobarderies et autres arnaques feront leur apparition. Comme le dit si bien William Audureau, « le faux a son vaste nuancier, et pour quiconque s’intéresse aux faits, ces différences sont précieuses. » C’est pourquoi j’ai classé ces infox selon leur nature. Tout le monde en prendra pour son grade, journalistes, scientifiques, blogueurs, militants, politiques, complotistes, … car le faux et l’erreur s’immiscent, quelquefois malgré nous, dans tous les canaux de l’information et de ses diffuseurs.

 

Pierre Fetet

 

Sommaire

 

Cet article, vu sa longueur, sera diffusé en trois parties.

 

PARTIE I

 

1. Vrais documents mal interprétés

     Raffinerie en feu 

     Carte de la hauteur de la vague du tsunami

     Ovni

2. Cartes et mesures trafiquées

     Jeu des erreurs

     Carte des retombées de Fukushima

     Carte de Fukushima pour les étrangers

     Fausses mesures

3. Photos truquées

     Bébé avec un troisième œil

     Poisson géant

     Calamar-canular

     L’affaire du réacteur 4

 

PARTIE II

 

4. Hoax animaliers

     Poisson-loup de Béring

     Monstre marin

     Baleines échouées

     Lapin sans oreille

     Dauphins morts

5. Errare humanum est

     Centrale nucléaire inconnue

     Erreur de centrale de Fukushima

     Mais où sont les piscines de Fukushima ?

     Le syndrome chinois

6. Fausses nouvelles

     Incendie à la piscine commune ?

     La piscine n° 4 a-t-elle été vide d’eau en mars 2011 ?

     Accident de criticité à la centrale nucléaire ?

     Un réacteur est-il tombé dans l’océan ?

 

PARTIE III

 

7. Menteurs assidus     

     Mensonge par omission de Tepco

     Pas de cancer ni de mort dû à la radioactivité ?

     Nicolas Sarkozy : « Je suis allé à Fukushima »

     La catastrophe de Fukushima à 6 ou 7 sur l’échelle INES ?

     Les mensonges de l’IRSN

     Perspectives heureuses

8. Publicités mensongères

     Général Electric et l’avenir du Japon

     Un avenir radieux

     Les JO de 2020

9. Théories du complot

     Sabotage de la centrale

     Missiles dans l’unité 4

     Concours de hoax

10. Communication insidieuse

     La minute de vérité

     Fausse traduction

     Comment vivre heureux en territoire contaminé ?

11. Confusions courantes

     Dosimètres et radiamètres

     Barres et assemblages

     Microsievert et millisievert

     Centrales et réacteurs 

 

-oOo-

 

1. Vrais documents mal interprétés

 

Raffinerie en feu 

Raffinerie d’Ichihara (Source : news.ifeng.com)

Raffinerie d’Ichihara (Source : news.ifeng.com)

Cette image, consacrée par les moteurs de recherche pendant des années, a été un grand classique : la photo d’une raffinerie en feu, avec beaucoup de flammes et de fumées. L’image idéale pour communiquer sur une catastrophe industrielle. Pourtant, ce cliché ne représente pas la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : c’est la raffinerie d’Ichihara près de Chiba à l’est de la baie de Tokyo. Cette installation, située à 200 km au sud de Fukushima, a été victime d’un incendie suite au grand tremblement de terre de 2011. Diffusée en Europe dès le 11 mars 2011 par l’agence EPA, la photo s’est répandue sur la toile de manière virale. Aujourd’hui, même les journalistes se font avoir. Malgré les Décodeurs, même Le Monde l’utilise pour un sujet sur Fukushima : dans cette vidéo publiée le 5 septembre 2019, on voit cette raffinerie de pétrole en feu à 0:15 et 0:32… En réalité, la pollution radioactive est majoritairement sans flamme, sans fumée et sans odeur. Par exemple, le site de la Hague a l’autorisation de rejeter dans la Manche 18,5 pétabéquerels (c’est-à-dire 18,5 millions de milliards de Bq) de tritium par an sans faire la une des journaux.

 

 

Carte représentant la hauteur de la vague du tsunami

Carte de l’amplitude des vagues du tsunami (Source : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA))

Carte de l’amplitude des vagues du tsunami (Source : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA))

Cette carte est très souvent reprise et utilisée pour illustrer la diffusion de la radioactivité dans l’océan. Pourtant, la carte a été créée par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) pour la recherche sur le tsunami et montre, grâce à une échelle de couleurs, la hauteur de la vague en centimètres du tsunami généré par le tremblement de terre au Japon en mars 2011. Elle ne représente donc pas les niveaux de radioactivité. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de pollution marine mais il est complètement stérile de détourner le sens d’un document. La diffusion d’une onde à la surface de l’océan n’a rien à voir avec le déplacement de la pollution marine due aux courants marins.

En savoir plus

 

 

Ovni

Capture d’écran d’une vidéo de la centrale de Fukushima Daiichi

Capture d’écran d’une vidéo de la centrale de Fukushima Daiichi

Le site suisse 20minutes s’est interrogé le 15 avril 2011 sur la présence d’un ovni au-dessus de la centrale de Fukushima Daiichi : « De mystérieuses tâches sont ainsi apparues au-dessus de la centrale et ont été filmées. » Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour attirer l’attention ! En fait, comme on le voit sur cette capture de vidéo, la forme blanche allongée qui semble suspendue au-dessus des cheminées de la centrale n’est pas un cigare volant extraterrestre mais un bâtiment situé au loin de la centrale. En effet, l’angle de la prise de vue associé à une couleur bleutée de l’arrière-plan donne l’illusion que ce qui est au loin est dans le ciel au-dessus de la centrale ; mais il n’en est rien. Le bâtiment en question est bien visible sur les photos satellites à quelques kilomètres au sud-ouest du site nucléaire.

En revanche, voici une capture de la webcam TBS du 13 novembre 2013 qui montre le passage d’un avion à réaction juste au-dessus de la centrale. Cette fois-ci, il n’y a pas de truquage ou d’erreur, juste un peu d’interrogation : quelle a bien pu être la mission de ce vol à si basse altitude ?

Source : capture d’écran webcam TBS, 13/11/2013

Source : capture d’écran webcam TBS, 13/11/2013

 

2. Cartes  et mesures trafiquées

 

Jeu des erreurs

Images de la contamination du Japon : 2 cartes gouvernementales à un mois d’intervalle (source : MEXT - Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie du Japon)

Images de la contamination du Japon : 2 cartes gouvernementales à un mois d’intervalle (source : MEXT - Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie du Japon)

Soyez attentifs. La carte de gauche est celle qui a été diffusée le 12 octobre 2011. La carte de droite date du 11 novembre 2011. Remarquez-vous ce qui s’est passé pour le département de Niigata, à l’est de la préfecture de Fukushima, tout le long de la côte de la Mer du Japon ? Dans la première carte figuraient de nombreuses zones marron-foncé (10 000 à 30 000 Bq/m2 de césiums 134 et 137) et même des zones bleues (30 000 à 60 000 Bq/m2). Dans la nouvelle carte : plus rien ! Tout est redevenu marron clair, c’est à dire la zone-plancher… Il se trouve que la majorité des zones qui avaient été reconnues comme fortement contaminées dans la première carte (région d’Uonuma) correspondent à la région productrice de riz la plus renommée de l’archipel. Pour Laurent Mabesoone, auteur de l’article qui dénonce la tricherie, « ce que nous avons devant les yeux, (…) c’est un superbe maquillage, c’est un énorme mensonge d’État. (…) Ils ont « sauvé » Karuizawa, le plus grand centre de tourisme de montagne, et Saku, le plus grand producteur de salades. »

 

 

Carte des retombées de Fukushima

Source : de très nombreux sites avec, comme origine de la carte : « Australian Radiation Service »

Source : de très nombreux sites avec, comme origine de la carte : « Australian Radiation Service »

Cette carte des retombées nucléaires de Fukushima sur le Pacifique et l’Amérique du Nord est un faux dans le sens que l’« Australian Radiation Service » d’une part n’a jamais diffusé ce document et d’autre part a démenti en être l’auteur. La carte a été diffusée très rapidement en mars 2011 dans les sites anglophones et a été repérée rapidement comme un hoax par le site spécialisé Snopes. L’utilisation du « rad », qui est une unité obsolète de mesure de dose de rayonnement absorbée, a, entre autres, éveillé les soupçons. Cette alerte au hoax, largement diffusée, n’a pourtant pas empêché Helen Caldicot, militante antinucléaire australienne renommée, de l’utiliser publiquement comme source en 2014, comme le relève Ian Goddard.

Pourquoi avoir utilisé un hoax alors que des cartes validées étaient déjà disponibles ? Par exemple cette simulation de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) que l’on pouvait trouver dès 2012.

 

 

Carte de Fukushima pour les étrangers

Carte de la brochure de l’Agence de la Reconstruction de Fukushima

Carte de la brochure de l’Agence de la Reconstruction de Fukushima

Au lieu de communiquer honnêtement sur des risques certains de la radioactivité, l’Agence de la Reconstruction de la préfecture de Fukushima n'hésite pas à publier une carte déformant la réalité afin de faire venir les étrangers au Japon : ce document a été distribué en 2019 dans les boites aux lettres de tous les services des ambassades étrangères. Avant les J.O., on est prêt à tout pour faire croire que tout va bien : seules des mesures basses de la radioactivité ont été reportées sur la carte autour de la centrale explosée, en éliminant tous les points chauds (hot spots) qui pourraient faire peur.

Voir le document original

Il faut tout de même rappeler que des territoires sont encore interdits et que pour les régions réouvertes, la contamination est bien réelle. Voir à ce propos les travaux remarquables du « Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi » qui donnent les chiffres véritables, secteurs par secteurs.

Il faut également se rendre compte que la pollution est réelle, même à Tokyo, comme l’a démontré Arnie Gundersen en 2013 en faisant analyser quelques échantillons de sols de la ville.

 

 

Fausses mesures

Source : journal japonais Friday, 8 mars 2013

Source : journal japonais Friday, 8 mars 2013

Le 8 mars 2013, le journal japonais Friday, hebdomadaire d'information généraliste édité par Kodansha, rapportait une enquête de Kirishima Shun qui dénonçait les mesures truquées des compteurs de radioactivité publics. Ceux-ci donnaient une mesure divisée par deux. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin de s’en inquiéter car pour la plupart, ils ont été démontés… L’absence de mesure est aussi une sorte de mensonge.

En savoir plus

 

 

3. Photos truquées

 

Bébé avec un troisième œil

Source : nombreux sites peu fréquentables

Source : nombreux sites peu fréquentables

Cet enfant né soit-disant à Fukushima avec un troisième œil n’existe pas. Il s’agit d’un photo-montage diffusé en novembre 2014 dans plusieurs sites comme « Wikistrike » ou « Le Nouvel ordre mondial ». Ce canular semble avoir sa source dans le site de Naija Parrot le 24 novembre 2014. Il est monté de toute pièce, donnant un nom fictif de la mère de l’enfant et une citation de Shinzo Abe, ce qui le rend plus crédible. On retrouve la photo originale (Bangladesh, par Shafiqul Alam Kiron / Save the Children) avec un front normal sur le site healthynewbornnetwork.org en 2012 illustrant un article sur la lutte contre les infections du nouveau-né. Ceci dit, la radioactivité peut réellement conduire à des malformations, comme l’attestent ces photos d’enfants de Tchernobyl ou de Fallujah (âmes sensibles s’abstenir).

 

 

Poisson géant

Radiation, Ivan Khomenko

Radiation, Ivan Khomenko

Cette art-photo de l’artiste étatsunien Ivan Khomenko a été reprise comme véridique par certains sites sans scrupule que je ne nommerai pas pour ne pas leur faire de la publicité… On est toujours dans l’idée de faire peur pour faire du buzz, alors que l’artiste essaie justement de passer par l’imaginaire pour nous faire réfléchir sur les conséquences génétiques réelles des doses radioactives sur les êtres vivants, comme l’a magistralement démontré en 2012 la scientifique Chiyo Nohara avec son étude sur les mutations des papillons de Fukushima.

 

 

Calamar-canular

Photomontage avec un calamar pêché en Espagne (DR / The Lightly Braised Turnip)

Photomontage avec un calamar pêché en Espagne (DR / The Lightly Braised Turnip)

Ce montage repéré par Audrey Garric montre un calamar géant observé par des dizaines de personnes. La journaliste a démontré qu’il s’agissait d’un photomontage dont le cliché d'origine montrait un céphalopode décapode de 9 mètres de long découvert en 2014 sur une plage de Cantabrie, dans le nord de l'Espagne (cf. Livescience). La photo de l’animal a été ensuite insérée dans une autre qui montre des gens observant une baleine échouée en 2011 dans le golfe d'Arauco, au Chili. Le site californien humoristique Lightly Braised Turnip a commencé à diffuser ce canular photographique ; ensuite, la photo a fait son chemin sur le web. Audrey Garric souligne pour terminer que « Si cette information est totalement un canular, il n'en reste pas moins que la contamination radioactive se poursuit bel et bien autour de la centrale de Fukushima. Il y a les radioéléments rejetés au moment de la catastrophe, le 11 mars 2011, dont certains persistent encore, en premier lieu le césium 137 (sa demi-vie est de 30 ans). Mais surtout, il y a le problème de la gestion des eaux contaminées. »

En savoir plus

 

 

L’affaire du réacteur 4

La piscine du réacteur n°4 de Fukushima Daiichi a créé tant d’inquiétudes (fondées, car 264 tonnes de combustible nucléaire menaçaient de polluer le Japon) dans le monde entier que Tepco a soigné sa communication pour montrer que le bâtiment qui avait explosé le 15 mars 2011 était encore solide. Mais ils sont allés un peu loin en trafiquant une photo… En septembre 2012, ils ont publié un cliché qui montrait la façade ouest apparemment remaniée au pinceau numérique pour cacher une ouverture au rez-de-chaussée qui aurait pu être interprétée comme une faiblesse pour la structure.

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco, sauf le cercle rouge)

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco, sauf le cercle rouge)

Ayant été très critiquée, l’entreprise a d’abord retiré le cliché puis l’a remplacé par la même photo mais recadrée autrement, tout en cachant l’endroit qui avait été blanchi. Et cette explication finale de Tepco, « We replaced the photo for physical protection of nuclear materials. », est restée un mystère pour tous les observateurs (source). Ça reste dans la tradition de cette entreprise de cacher les choses. Tepco, grand menteur par omission, nous inonde d’images souvent inutiles et nous cache l’essentiel.

 

Cette affaire n’a pas vraiment inquiété Tepco qui, l’année suivante, a cette fois délibérément montré qu’il ne voulait pas dévoiler la base du réacteur. En février 2013, Tepco abandonne le camouflage blanc pour une censure noire aux ciseaux numériques !

 

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco)

Bâtiment réacteur 4 (Photo Tepco)

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Lien  vers la deuxième partie de l'article.

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 14:45

Sans des organisations indépendantes du lobby nucléaire, nous ne saurions pas grand-chose de la pollution radioactive. L’une d’elles, la Criirad, se mobilise depuis 1986 pour fournir des relevés fiables et informer la population des risques. Coup de projecteur sur 4 vidéos incontournables qui font le résumé de ce que l’on doit savoir sur les retombées.

« Les catastrophes nucléaires comme celles de Tchernobyl et de Fukushima entrainent des rejets massifs de substances radioactives dans l’environnement et une contamination durable de vastes territoires. Elles s’accompagnent des mensonges sur la gravité des contaminations et sur l’ampleur des risques sanitaires. Les manipulations sont d’autant plus aisées que la radioactivité ne se voit pas. Compte tenu de son parc nucléaire vieillissant, la France est particulièrement concernée par les risques nucléaires. Produit par l’association CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) et réalisé par Cris Ubermann, le film « Invisibles Retombées » s’appuie sur les missions conduites par le laboratoire de la CRIIRAD au Japon, pour rendre palpable cette radioactivité invisible et les conséquences pour les populations touchées par les retombées. Il rend compte des rencontres avec les habitants des zones contaminées et des mesures des niveaux de radiation effectuées à leur côté.

Dans sa version sur Youtube, le film est découpé en 4 séquences d’une dizaine de minutes :

Séquence 1 : « Des citoyens face aux mensonges » La CRIIRAD a été créée en 1986, en réaction aux mensonges du gouvernement français sur l’intensité des retombées radioactives sur le territoire français. Les travaux de son laboratoire ont permis d’établir les véritables cartes des retombées radioactives. En mars 2011, au moment de la catastrophe de Fukushima, la CRIIRAD est sollicitée par des citoyens japonais qui souhaitent se doter de radiamètres pour mesurer la radioactivité ambiante.

Séquence 2 : « Mission en territoire contaminé » En mai 2011, la CRIIRAD se rend au Japon et apporte des appareils qui permettent de contrôler la radioactivité des aliments. Quelques semaines après les retombées, le césium radioactif s’est infiltré jusqu’à une dizaine de centimètres de profondeur dans le sol.

Séquence 3 : « L’irradiation permanente » Les rayonnements gamma émis par les substances radioactives déposées sur les surfaces traversent les murs et irradient les habitants même lorsqu’ils sont à l’intérieur des bâtiments. Les habitants sont confrontés à des choix dramatiques : rester sur un territoire contaminé ou prendre la décision de le quitter.

Séquence 4 : « L’impossible décontamination » La décontamination totale n’est pas possible. Les populations vont donc être exposées pendant des décennies. En cohérence avec les recommandations internationales prises sous l’impulsion du lobby nucléaire français, les autorités Japonaises ont multiplié par 20 les normes de radioactivité acceptables en cas de retombées radioactives. Pour Naoto Kan, premier ministre du Japon au moment de la catastrophe de Fukushima, il faut tout mettre en œuvre pour sortir du nucléaire. »

(Source : chaîne Youtube de la CRIIRAD)

 

 

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Pour en savoir plus sur la Criirad

http://www.criirad.org/

 

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 08:40

Lors d’un débat après le film « Fukushima, le couvercle du soleil », une personne n’a pas voulu me croire quand j’affirmais que j’avais eu connaissance que des lycéens avaient visité la centrale de Fukushima Daiichi et étaient passés en bus devant les réacteurs. J’ai été surpris par cette réaction de déni à laquelle je ne m’attendais pas ; c’est pourquoi j’écris cet article : pour répondre à cet homme incrédule. Peut-être vous non plus, vous ne m’auriez pas cru ? Heureusement, j’avais été tellement choqué en voyant cette vidéo que je l’avais enregistrée. Je suis donc à même de vous le prouver.

Voici donc une vidéo montrant un voyage d’étude de lycéens de différents pays, dont la France. Ce reportage a été diffusé le 16 août 2018 par la chaîne japonaise TBS News. À 5:15, après que le bus des lycéens soit passé devant le réacteur n°4, un guide parle en japonais. Une traductrice poursuit : « Maintenant, c’est 10 microsieverts » ; « et ça va augmenter très vite » ; cela veut dire : on va passer devant le réacteur n° 3…  Fait et dit : « maintenant, c’est 70 ».

On voit bien la manipulation : aucun jeune dans le bus ne semble montrer la moindre inquiétude. Pourtant, 70 µSv/h, ce n’est pas anodin. Pourquoi imposer ça à des enfants ? Pourquoi leur faire croire qu’ils ne risquent rien ? Sinon pour aller répandre la bonne parole rassurante aux quatre coins de la planète ? Fukushima, on maîtrise, ce n’est plus dangereux, on peut même y faire du tourisme nucléaire et ne prendre qu’une dose de 0,01 mSv. La propagande pour des JO propres est bien en cours, sur tous les fronts. « La façon la plus simple de partager cette expérience, c’est tout simplement de la raconter, d’expliquer ce que nous, on a vu, que ce soit à nos amis, à nos parents », explique Adèle, du lycée Notre-Dame de Boulogne-Billancourt, à la fin du reportage.

 

Au Japon, on utilise également les enfants pour faire croire à la population que la pollution radioactive n’est pas un problème sanitaire : il n’est pas rare, toujours dans un intérêt collectif, de faire participer des élèves à la décontamination, comme ces collégiens et lycéens qui avaient participé en 2015 au nettoyage de la route nationale 6 en t-shirt alors que cette route était interdite jusque-là pour cause de forte contamination radioactive.

 

En 1978, quand l’Amoco Cadiz s’était échoué sur les côtes de Bretagne, on m’avait proposé de participer à un voyage pour démazouter les plages. J’avais tout de suite dit oui. Quand on est adolescent, on ne réfléchit pas beaucoup. Sauf si on est informé. Je n’ai jamais été informé des risques que représentait l’inhalation de gaz toxiques émis par le pétrole brut. J’y suis allé car je voulais aider, et puis l’idée d’un voyage en Bretagne était plaisante également. Les nausées, les maux de tête, c’était normal, on le supportait. Et puis de toute manière, on avait des gants, des bottes et des cirés, on était protégé. Du moins on le croyait. Je pense que pour ces jeunes lycéens que l’on emmène à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’est encore pire. Car les adultes qui les encadrent, les proviseurs qui organisent, les parents qui autorisent n’ont aucune excuse. Ils savent tous que la radioactivité est dangereuse et que la poussière est porteuse de microparticules radioactives. Alors pourquoi emmènent-ils des enfants dans des zones contaminées, au plus près du monstre qui a créé cette catastrophe ? Je ne comprends pas.

 

Que des journalistes prennent le risque de visiter la centrale, pourquoi pas ? Ils sont adultes et ont les capacités de connaître les dangers. Pour des enfants, c'est différent. Ils sont embarqués dans un parcours scolaire dont ils ne maîtrisent pas encore le contenu. Ils ne peuvent donc pas consentir à se faire irradier et inhaler des particules radioactives en connaissance de cause car ils sont trop jeunes et leur formation à la radioprotection est limitée au discours officiel franco-japonais. En effet, ces voyages font partie d’une formation à la radioprotection qui comprend ce questionnement : « Quels sont les effets des rayonnements ionisants sur la santé et comment évalue-t-on le risque aux faibles doses ? » Le message est donc clair : les faibles doses, ce n’est pas dangereux ; la preuve, on peut vous faire visiter une centrale nucléaire fraichement accidentée…

 

Pourtant, plusieurs études scientifiques ont déjà démontré que les faibles doses étaient dangereuses, et spécialement pour les enfants. Alors j’écris cet article également pour ces adolescents, j’espère qu’il parviendra jusqu’à eux. J’espère qu’ils liront les conclusions des études qui ne seront pas diffusées durant leur formation. J’espère que leurs parents les liront aussi et qu’ils prendront connaissance des témoignages d’autres parents.

 

Pierre Fetet

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Formation à la radioprotection :

Les faibles doses radioactives sont dangereuses

Quelques études scientifiques qui le montrent

Alice M. Stewart, Effets sur la santé de l'irradiation par des doses faibles, septembre 1982

 

Collectif IndependentWHO, Actes du Forum Scientifique et Citoyen de la Radioprotection : de Tchernobyl à Fukushima, Genève, mai 2012

 

Hisako Sakiyama, Évaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon, mars 2013

 

Joseph Mangano, Janette Sherman, Christopher Busby, “Changes in confirmed plus borderline cases of congenital hypothyroidism in California as a function of environmental fallout from the Fukushima nuclear meltdown”, Open Journal of Pediatrics, 3, 370-376, décembre 2013

 

Elias Flockerzi, Stefanie Schanz, Claudia E. Rübelow, “Even low doses of radiation lead to DNA damage accumulation in lung tissue according to the genetically-defined DNA repair capacity”, Radiotherapy & Oncology, vol. 111, issue 2, 212-218, mai 2014

 

Klervi Leuraud, David B Richardson, Prof Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O'Hagan, et al., “Ionising radiation and risk of death from leukaemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS): an international cohort study”, The Lancet, Vol. 2, Issue 7,  juillet 2015

 

 

Formation aux parents :

Protégez vos enfants

Témoignages de parents japonais

- témoignages de mères de Fukushima

- témoignage de Aya Marumori

- témoignage de Yoko Shimosawa

- témoignage de Ruiko Muto

 

 

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Établissements français impliqués dans la formation à la radioprotection :

- Lycée Notre-Dame (Boulogne-Billancourt)

- Lycée Nelson Mandela (Audincourt)

- Lycée Bois d'amour (Poitiers)

- Lycée Louis de Broglie (Marly-le-Roi)

- Lycée Paul Vincensini (Bastia)

- Lycée Aliénor d'Aquitaine (Poitiers)

- Lycée Simone Weil (Dijon)

- Lycée Clémenceau (Nantes)

- Lycée Europe (Dunkerque)

- Lycée Giocante de Casabianca (Bastia)

- Lycée Carnot (Dijon)

- Lycée Thomas Hélye (Cherbourg)

- Lycée Métiers Nature (Coutances)

- Institut Saint-Lô (Agneaux)

 

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MàJ 18/05/19

 

Les rencontres internationales de lycéens pour visiter le site Fukushima-Daiichi sont encouragées par l’association CEPN (CEA, EDF, AREVA-ORANO et IRSN) pour rendre acceptable des accidents majeurs nucléaires. Dans la vidéo, dans l'autocar qui emmène les lycéens, on aperçoit Ryogo Hayano, professeur de physique à l’université de Tokyo.

 

En savoir plus en lisant d'autres articles sur le sujet :

http://www.fukushima-is-still-news.com/article-school-trips-to-fukushima-122341341.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/04/objective-and-scientific.html

http://www.fukushima-is-still-news.com/2016/11/fukushima-students-visit-plant.html

https://www.forbes.com/sites/prossermarc/2016/04/15/how-200-japanese-high-school-students-became-fukushima-fallout-scientists/#2b9ae9fa2332

https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/editors/3/exchangetourinfukushima/index.html

https://twitter.com/TEPCO_English/status/986507156395409408

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2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 17:41
Prochain accident nucléaire : les radionucléides que nous mangerons et respirerons

En 2011, je m’interrogeais sur les radionucléides de Fukushima et le fait que Tepco ne communiquait que sur l’iode 131 : la réponse était qu’il fallait laisser croire qu’un accident nucléaire était un problème à court terme ; en effet, l’iode 131 ayant une demi-vie de 8 jours, on n’en verrait plus la trace au bout d’environ 80 jours. Ce qui permettait à Thierry Charles (IRSN) d’affirmer aux médias sans sourciller que les Japonais évacués allaient pouvoir revenir chez eux au bout de trois mois (Le Monde, 11 avril 2011).

 

On a facile à comprendre pourquoi l'industrie nucléaire civile et militaire ne communique pas sur l’ensemble des radionucléides : il faut laisser les masses dans l'ignorance... Pas de recherche des radioéléments, pas d’étude épidémiologique, pas de problème !

 

Dernièrement, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé au gouvernement nippon « de se débarrasser de l’eau stockée à Fukushima » (Reuters, 13 novembre 2018), c'est-à-dire en rejetant le poison dans le Pacifique. Près d’un million de tonnes d’eau contaminée sur le site de la centrale de Fukushima 8 ans après le début de la catastrophe, ça fait tache ! Cette injonction de l’organisme international fait ainsi l’affaire du gouvernement de Shinzō Abe car, au niveau de la com’, les JO de 2020 doivent être nickel.

 

Et pourtant, le problème est loin d’être réglé. L’eau contaminée, dont le traitement est très difficile – on se rappelle qu’Areva s’était fait jeter par Tepco en 2014 pour incompétence en la matière – contient une infinité de radioéléments qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas éliminer (comme le tritium). Seuls une soixantaine de radionucléides ont été plus ou moins bien extraits de cette soupe mortelle qui peut encore en contenir plus d’une centaine.

 

J’édite ce billet d’une part pour que personne ne reste dans l’ignorance de ce que s’apprêtent à accomplir Tepco et le gouvernement japonais, de concert avec l’AIEA, et d’autre part pour rappeler qu’un accident nucléaire grave provoque généralement un nuage radioactif composé de centaines de radionucléides. Pour la prochaine catastrophe, personne ne pourra plus ignorer non plus la longue liste de ces éléments que nous allons plus ou moins inhaler et ingérer, sous la forme de nanoparticules, selon la distance où nous serons du point de rejet. Et si la contamination est trop élevée, on change les normes : en Europe, c’est le vieux traité Euratom qui fixe à huis clos les niveaux de radioactivité autorisés dans les aliments en cas de catastrophe nucléaire.

 

J’ai retrouvé une partie de cette liste de radionucléides (Cf. illustration en haut de page) dans un rapport du CEA de 1980, « Irradiation externe pendant et après le passage d’un nuage radioactif », publié quelques mois avant un accident de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (qu’EDF avait tenu secret à l’époque). Ce rapport mentionne les 276 radionucléides qui semblent être les plus importants (sic) lors d'un rejet radioactif d'une installation nucléaire. Mais, comme le cérium 144 dont on peine à connaître l’impact sanitaire, la plupart de ces éléments ne sont pas suffisamment étudiés.

 

Bien évidemment, comme me l’a suggéré un lecteur, il faudrait retirer de cette liste les produits de fission de très courtes et courtes périodes (Cf. tableau ci-dessous) car, si les rejets se produisent plusieurs heures après l’accident comme à Fukushima, ils ont alors complètement disparu. Toutefois, les premiers liquidateurs de Tchernobyl, pompiers et employés de la centrale qui ont éteint les incendies des toits des réacteurs, ont été exposés à une grande partie du cocktail du tableau. A chaque accident sa spécificité. A noter enfin qu’en cas d’explosion atomique de nature militaire, l’ensemble des produits de fission sont aussi présents dans les retombées de court terme, notamment quand les explosions ont lieu à très basse altitude, voire au sol, comme lors des premiers tests de bombe H dans le Pacifique, d’où l’irradiation massive des équipages des 992 thoniers japonais qui pêchaient autour de Bikini.

 

Pierre Fetet

 

 

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

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Pour mémoire, les accidents et catastrophes nucléaires (niveaux 4 à 7 sur l’échelle INES)

 

1952 : Chalk River

1957 : Kychtym

1957 : Windscale

1969 : Lucens

1969 : Saint-Laurent-des-Eaux

1977 : Bohunice

1979 : Three Mile Island

1980 : Saint-Laurent-des-Eaux

1986 : Tchernobyl

1987 : Goiânia

1999 : Tokaï-Mura

2006 : Fleurus

2011 : Fukushima

? : ...

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Disparition de Ginette Martin

J’ai le regret d’annoncer aux lecteurs du blog de Fukushima le décès, le 3 décembre 2018, de Ginette Martin qui a contribué sur ce site durant 5 ans à la diffusion de l’information provenant du Japon, grâce aux traductions qu’elle faisait des textes en espéranto de Hori Yasuo. J’exprime ici ma gratitude envers cette personne généreuse et fidèle qui nous a donné, jusqu’à l’âge de ses 80 ans, l’accès à des informations variées concernant la centrale de Fukushima Daiichi et plus globalement le nucléaire au Japon . On peut retrouver ses 57 traductions en suivant ce lien :

http://www.fukushima-blog.com/tag/textes%20de%20hori%20yasuo/

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Mise à jour : 03/02/2019 (Ajout du dernier paragraphe, du deuxième tableau et de deux liens)

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 23:17

Voici la version française du dernier article d’Akio Matsumura, ancien diplomate japonais auteur du blog Finding the Missing Link.

Article paru sous le titre original « California’s Wildfires and Nuclear Radiation – A Personal Story » le 7 août 2018.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Légende illustration : Incendies en Californie dans les environs de Los Angeles. Situation observée le 5 décembre 2017 par le satellite Terra. Crédit image : NASA / GSFC / Rapid Response

 

« Chers amis francophones,

J’espère que mon mail vous trouvera en bonne santé physique et morale.

Quand le gouvernement japonais a annoncé l’an dernier qu’il faudrait au moins quarante ans pour retirer les cœurs irradiés des trois réacteurs dévastés de Fukushima, je me suis penché sur les dangers que pouvaient représenter quarante ans de vent radioactif et d’eau contaminée en provenance de Fukushima pour la vie marine et la population nord-américaine.

Quand on demande à des vulcanologues et des sismologues japonais quelle est la probabilité d’une éruption du Mont Fuji et d’un puissant séisme à Tokyo dans les quarante prochaines années, ils répondent que c’est presque une certitude. Ainsi, malgré les dommages majeurs que cette catastrophe infligerait à la vie humaine, l’environnement et l’économie, les gens préfèrent ne pas y penser parce qu’ils ne peuvent pas se projeter si longtemps à l’avance. Et cela n’est que quarante ans. Les radiations restent dangereuses pendant des milliers d’années. Comment pouvons-nous apprendre à relier des périodes aussi lointaines à notre durée de vie d’humains ?

Je suis heureux de vous présenter “Les incendies en Californie et les radiations nucléaires,” un article de Gregg Lien, avocat à Lake Tahoe, en Californie, spécialisé dans les questions d’environnement et d’utilisation des terres. Je voudrais, pour aller plus loin, présenter l’opinion d’observateurs et d’experts de secteurs variés sur 40 ans d’accumulation de radiations en provenance de Fukushima. J’aimerais entendre leurs suggestions pour savoir quelles mesures prendre dès aujourd’hui pour réduire le fardeau des générations futures.

Avec l’assurance de ma considération,

Akio


 

Les incendies en Californie et les radiations nucléaires

Une histoire personnelle

 

Gregg Lien

 

Gregg Lien est avocat en Californie. Il est spécialisé dans les questions environnementales.

En achetant un détecteur de radiation facilement trouvable dans le commerce juste après la catastrophe de Fukushima en 2011, je n’aurais jamais imaginé quel impact il finirait par avoir sur ma façon de voir le monde. J’ai alors commencé à vérifier régulièrement le niveau de radioactivité autour de chez moi dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie. Les mesures restaient ordinaires et se rangeaient en général entre 30 et 50 coups par minute (cpm). Tout allait bien, c’est du moins ce que je pensais.

Mais au printemps tout a changé, quand je me suis rappelé par hasard que le fait d’utiliser le détecteur sur un filtre à air pouvait détecter la présence de particules “chaudes”. Comme j’avais deux purificateurs d’air avec un filtre HEPA, j’ai pris mon détecteur et je l’ai posé sur l’un des filtres HEPA. Aussitôt le détecteur s’est déchaîné et s’est mis à cliquer tandis que la lumière rouge clignotait à chaque fois qu’il était bombardé par une radiation ionisante. Pensant qu’il y avait quelque chose qui clochait, j’ai essayé à nouveau et j’ai obtenu le même résultat. J’ai essayé ensuite sur l’autre purificateur d’air et j’ai trouvé un résulté encore plus élevé, plus de 800 cpm.

Cela faisait alors à peu près un an que je travaillais avec Akio et il m’avait présenté plusieurs de ses experts en nucléaire par mail. Je les ai donc contactés en leur demandant ce qui pouvait bien provoquer des résultats aussi perturbants. Tous ont admis que c’était des résultats élevés et que le principal suspect était le radon. Le radon est un gaz courant dans cette région et peut être dangereux pour la santé. Je me suis empressé d’acheter des kits pour tester l’air intérieur de la maison et l’eau du puits, je les ai envoyés à analyser et en une semaine j’avais les résultats, tous entièrement négatifs. À ce moment-là, inquiet pour la santé de ma famille, j’ai commencé à tester tout ce que je pouvais trouver pour déterminer la source du problème. Le carrelage, les plans de travail et quelques autres matériaux montraient des résultats supérieurs au niveau ambiant, mais on m’a assuré que cela ne pouvait pas représenter plus de 30 cpm sur le total.

Arès une semaine ou deux, je me suis souvenu que bien des années après la catastrophe de Tchernobyl, les gens qui vivaient là-bas et chauffaient leur maison au bois, comme nous le faisons, émettaient de nouvelles radiations dans l’atmosphère au cours du processus de combustion. Nous avons deux poêles à bois chez nous, un grand dans le salon et un plus petit dans la chambre parentale. Craignant que les particules fines des cendres n’endommagent mon détecteur, j’ai mis des feuilles d’essuie-tout sur la cendre sous le poêle de la chambre et j’ai mis le détecteur en route. Il a immédiatement enregistré des mesures nettement plus élevées que les niveaux ambiants. Même chose dans le salon. Même chose chez un voisin. La source était apparemment le bois de chauffage, coupé principalement sur mes propres terres. La plupart de mes voisins chauffent également au bois, au moins en chauffage d’appoint. La fumée émanant du bois, j’en était tout à fait conscient, est composée de particules extrêmement petites qui peuvent être facilement inhalées et absorbées par l’organisme.

Les implications de cette découverte étaient inquiétantes : l’air que nous respirions contenait des particules radioactives, et ce dans des quantités importantes. Ces particules s’étaient, depuis des années, apparemment bioaccumulées dans les bois entourant ma maison et, en brûlant, se remettaient en suspension.

J’ai aussitôt commencé à surveiller mon air intérieur régulièrement et j’ai vérifié les filtres HEPA aussi souvent que possible, en général toutes les heures quand j’étais à la maison. Comme le niveau de radiation était bien moins élevé quand il n’y avait pas de fumée de bois à l’intérieur, j’ai décidé de mettre un des filtres à air dehors et de laisser l’autre à l’intérieur. J’ai sorti un bloc-notes tout neuf et j’ai commencé un protocole selon lequel j’allais lire le résultat sur chaque filtre, prendre une photo du résultat inscrit sur mon détecteur de radiation avec mon smartphone, et écrire les résultats. Il est rapidement apparu qu’il n’y avait pas grande différence entre les relevés intérieurs et extérieurs.

Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’est s’il s’agissait d’un problème localisé ou si le problème était plus répandu. À l’approche de la saison des incendies, j’ai abandonné l’histoire des deux relevés et je me suis concentré sur les relevés extérieurs, en les enregistrant et en prenant une photo du ciel quand il y avait de la fumée ou des nuages. Sachant que des incendies risquaient de se produire dans les mois à venir, je voulais être capable de voir si la fumée émanant des incendies entraînerait les mêmes niveaux de particules radioactives que ceux que j’avais trouvés à l’intérieur de la maison.

Je n’aurais jamais pu soupçonner que les feux de forêt en Californie prendraient l’ampleur qu’ils ont prise cette année. Nous vivons dans une région vulnérable aux incendies et nous prenons la chose très au sérieux. En 2014, nous avions été évacués après qu’un incendie encouragé par des vents violents s’était approché à moins de 800 mètres de chez nous et nous n’avions dû notre salut qu’à l’attaque aérienne massive de quasiment toute une flotte d’avions-citernes lâchant de l’eau et des produits ignifugeants. Nous en sommes restés très marqués. Mon beau-fils est depuis devenu pompier et vient juste de rentrer après avoir été déployé sur plusieurs incendies ; il retournera sur le front, une fois qu’il aura soigné sa blessure et obtenu le feu vert de son médecin.

Le nombre de propriétés détruites et de victimes illustre toute l’horreur des incendies de cette année. Mais ce qui me perturbe le plus, c’est ce que j’ai enregistré dans mes journaux de bord, les photos et les mesures que j’ai prises. Au plus fort des incendies et de la fumée il y a quelques jours, les mesures étaient nettement plus élevées, et pas juste un peu. Le matin du 31 juillet, j’ai enregistré un pic de 1 333 cpm et durant cette période, j’ai obtenu de multiples résultats de plus de 1 000 cpm. Et pourtant cette fois-ci, aucun des incendies n’est vraiment à proximité. La source probable d’une majeure partie de la fumée par ici provient d’un incendie proche du parc national de Yosemite, à plus de 150 km de distance. Je soupçonne que si la fumée était plus concentrée, les relevés seraient encore plus élevés.

La vaste majorité de la population californienne a-t-elle donc été exposée sans le savoir à de fortes concentrations de particules radioactives ? Quels sont les constituants de ces particules ? Quel est leur degré de dangerosité ? On a pu lire récemment que les radiations de Fukushima, sous forme de césium 137, avaient été détectées en petite quantité dans des vins de Californie. Il y a fort à parier que le césium 137 émis par la centrale de Fukushima a également été absorbé par toute la végétation locale et que quand celle-ci brûle, le césium est libéré à nouveau dans l’atmosphère.

Cette situation exige de toute urgence qu’on se penche dessus sérieusement. Je n’ai aucune expérience ni aucune compétence académique sur le sujet. Il se peut qu’il y ait d’autres explications. Je constate d’après mes enregistrements des nuances et des variations au cours de la journée qui reflètent probablement des processus complexes. Tout ce que je sais, c’est que l’air que nous respirons semble être contaminé par des particules radioactives. On est en droit de supposer que cette radioactivité s’est concentrée en silence dans les plantes qui nous entourent et qu’elle se retrouve aussi, on peut le présumer, dans la nourriture que nous mangeons et l’eau que nous buvons.

Si c’est le cas, nous sommes dans une situation bien pire que ce qu’on nous a toujours dit. Il s’agit très probablement d’un problème mondial : les particules exotiques et non-naturelles qui n’avaient jamais existé sur cette planète avant le début de l’ère nucléaire, ont aujourd’hui pénétré dans l’air, les océans et tous les êtres vivants. La Californie est en train de brûler et j’espère que tous nous allons être capable de brûler notre autosatisfaction et de ranimer notre propre passion pour servir la vie à chaque instant. Nous pouvons tous faire quelque chose selon nos capacités, comme Akio le fait généreusement depuis de longues années en se servant de ses talents pour rassembler des leaders internationaux autour de grands objectifs communs. Le temps presse et le problème se mesure en durée de vie. Il est possible que pour certains d’entre nous il s’agisse même d’une durée de vie réduite.

 

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Gregg Lien est un avocat spécialiste du droit de l’environnement et de l’utilisation des terres dont le cabinet est à Lake Tahoe en California. Il a été procureur et conseiller juridique au conseil du comté dans les questions foncières, avant d’aller vivre à Lake Tahoe en 1980. Il a participé au premier Sommet présidentiel sur l’environnement organisé par le Président de l’époque, Bill Clinton, et le vice-président Al Gore. Il a été interviewé par de nombreux médias au fil des ans, notamment la radio publique nationale. Il a participé fréquemment aux négociations et aux batailles réglementaires sur les ressources dans les Sierras. Il vit avec sa femme, Heidi, et ceux de ses enfants qui ont besoin d’un toit, maintenant que le plus jeune a passé 18 ans. Il est fasciné par l’électronique et possède une collection de compteurs et de gadgets pour ses passe-temps préférés, la radio amateur et la musique, dont certains lui servent réellement dans la pratique. C’est du moins ce qu’il dit.

 

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 22:18
Sites nucléaires de l'oural

Alors qu’en France, on persiste joyeusement à tout miser sur le nucléaire – enterrement par le gouvernement de l’objectif de 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, mise en service de l’EPR en 2018 en fermant les yeux sur sa cuve défectueuse, mise en service d’un nouveau réacteur de recherche en 2019, poursuite de la création de la poubelle nucléaire à Bure – un accident nucléaire a failli passer inaperçu en Europe. Il s’est produit, selon l’IRSN, entre l’Oural et la Volga, c’est-à-dire très vraisemblablement en Russie.

Illustration ci-dessus : sites nucléaires russes du sud de l'Oural.

Dans cet article, j’ai choisi le térabecquerel comme unité de mesure des pollutions radioactives. 1 térabecquerel correspond à 1012 becquerels, soit 1000 milliards de becquerels.

 

[ Mises à jour en bas de page ]

 

Le sud de l’Oural, c’est un peu comme notre vallée du Rhône, il y a comme une concentration de sites nucléaires. En Russie, la plupart de ces installations sont situées dans des villes fermées dont les créations, qui remontent au temps de l’Union Soviétique, étaient liées à la fabrication d’armes atomiques. Donc pas étonnant, vu leur âge, que ça pète ou que ça fuie de temps en temps. On comprend aussi pourquoi la Russie actuelle ne peut pas reconnaître un accident nucléaire sur un site secret défense. Tchernobyl, ce n’était pas pareil, c’était une centrale nucléaire de production d’électricité et tout le monde avait été copieusement arrosé au césium-strontium-plutonium-etc., alors au bout de quelques jours, ce n’était pas possible de nier que c’était grave. En revanche, les accidents nucléaires sur des sites secrets, ça doit rester confidentiel. Par exemple, dans le passé, on a appris officiellement mais très tardivement – 33 ans plus tard ! – qu’un très grave accident nucléaire s’était produit en septembre 1957 (tiens tiens, il y a juste 60 ans, radieux anniversaire !) sur le site de Mayak. C’est encore très radioactif là-bas, c’était un accident de niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7. C’était à Kychtym, dans l'oblast de Tcheliabinsk.

Justement, cet oblast et son voisin Sverdlovsk sont des bons candidats pour avoir été à nouveau victimes d’un accident nucléaire au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la carte que vient de diffuser l’IRSN et qui pointe la région sud de l’Oural comme la très probable origine de la contamination radioactive au ruthénium-106 que vient de subir l’Europe, dont la France. 

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

Un secteur fortement nucléarisé

Pas très loin de ce point rouge de la carte de l’IRSN qui représente une probabilité de 60 à 80 %, il n’y a pas moins de 5 sites nucléaires sensibles :

- la ville fermée de Novoouralsk, où se trouve une usine d'enrichissement d'uranium,

- la ville fermée d’Oziorsk, où se trouve une usine importante pour le traitement des déchets nucléaires civils et militaires (production de plutonium), près de laquelle se trouve le site de Mayak,

- la ville fermée de Lesnoï, spécialisée dans la fabrication des armes nucléaires : enrichissement de l’uranium et assemblage d’ogives,

- la ville fermée de Triokhgorny, spécialisée pour la fabrication de bombes atomiques (assemblage d’ogives),

- la ville fermée de Snejinsk, second site dédié au programme nucléaire russe, spécialisé dans la conception et le développement d'armements.

J’ai réalisé une carte reprenant les données de l’IRSN et positionnant les 5 sites nucléaires russes afin de mettre en évidence leur proximité du point le plus probable où aurait eu lieu l’accident. Le point rouge foncé, c’est la probabilité entre 60 et 80 %, la couleur moyenne, c’est la probabilité entre 30 et 60 %, et enfin la couleur la plus claire correspond à la probabilité entre 5 et 30 %.

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Est-ce l’un de ces sites qui a eu un problème ? C’est possible, mais on ne le saura sans doute jamais. Ou alors dans 30 ans quand quelqu’un parlera, ou plus tôt si un plus gros accident se produit avant.

 

Des pollutions radioactives à répétition en Europe

Je me souviens, en 2012, de l’iode 131 avait été détecté en Europe sans que personne ne puisse (ou ne veuille) dire d’où le problème venait. On se demandait si ça pouvait venir de Fukushima. Il est certain que l’IRSN avait les mêmes moyens qu’aujourd’hui pour faire des simulations de provenance. Mais cet institut, qui est entre autres sous la tutelle du ministère des armées, ne dit pas tout ce qu’il sait. Cependant cette fois-ci, la pollution est tellement gigantesque – entre 100 et 300 térabécquerels de ruthénium-106 – qu’il a fait un effort de communication (Serait-ce parce que le Bureau allemand de sûreté nucléaire était sur le point de l’annoncer ?).

Et qui se souvient de la pollution radioactive au césium 137 qui a eu lieu en mai-juin 1998 ? Personne à vrai dire, car l’info a été occultée par la coupe du monde de foot. Suite à une erreur, un haut-fourneau d’Algesiras avait fait fondre une capsule de césium 137 d’origine médicale, ce qui eut pour effet de libérer dans l’atmosphère européen 2 à 3 térabecquerels de césium radioactif. Sport et nucléaire ne font pas bon ménage. Je ne peux m’empêcher de penser aux prochains JO qui se dérouleront à Tokyo et à Fukushima

Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

Je me souviens aussi du réacteur de production d’iode médical en Hongrie (institut de production de radioisotopes de Budapest (Izotop Intezet)) qui avait inondé l’Europe en 2011 de 0,6 térabecquerels d’iode 131.

Et puis plus récemment, ce réacteur de Halden en Norvège qui a rejeté impunément 8 térabecquerels de gaz rares radioactifs en octobre 2016 sans que personne, excepté la Criirad, ne s’inquiète de quoi que ce soit.

Et rappelez-vous encore, au début de cette année 2017, personne n’a su dire d’où provenait cet iode radioactif détecté dans de nombreux pays d’Europe.

L’homme, par les essais nucléaires passés, avait déjà rendu notre atmosphère comme « une chambre à gaz atomique ». Les nouvelles des accidents nucléaires sont donc toujours de mauvaises nouvelles, car les gaz et les nanoparticules radioactives sont produits souvent pour des dizaines d’années ou des siècles. A l’échelle d’une génération, chaque pollution nouvelle s’ajoute donc aux précédentes. On ne peut pas supprimer la radioactivité, à chaque fois qu’on la déplace, elle se remobilise dans le vent, la pluie, la poussière… et les organismes vivants.

 

Accident russe ?

Tout le monde s’accorde à dire que la pollution au ruthénium ne vient pas d’un accident de centrale nucléaire, mais plutôt d’un site de retraitement. En 2016, l’ACRO avait aussi relevé une pollution au ruthénium à côté du site de retraitement de la Hague. Il n’y a donc pas qu’en Russie que des problèmes surviennent.

Le ruthénium-106, produit de fission, a une période de plus d’un an, donc la pollution sera active durant une dizaine d’années. Pauvres riverains russes, pauvres Européens. La Criirad fait bien de dénoncer l’absence de prise de mesure pour les populations concernées. Mais la Russie dément. On se demande à quoi sert l’AIEA, soi-disant « gendarme du nucléaire », incapable de dénoncer publiquement le coupable de ce nouveau crime atomique…

 

Pierre Fetet

 

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Sources :

- Détection de ruthénium-106 en France et en Europe : résultat des investigations de l’IRSN (9/11/17)

- Contamination par le ruthénium 106 : les rejets radioactifs sont considérables et proviendraient de Russie ou de pays proches (10/11/17)

- Wikipédia, et autres sources dans le texte.

 

Non source :

- Site de l'AIEA : aucune information sur la pollution au ruthénium à ce jour

 

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Mise à jour du 19/11/17


- Nouveau communiqué de la Criirad (17/11/17)

POLLUTION AU RUTHENIUM 106

La CRIIRAD met en cause l’AIEA et l’OMS et dénonce l’inertie de l’Europe.

 

- Article de Nuclear News (17/11/17)

Europe: carelessness, cowardice or concealment of radiation accidents?

 

- Article de NPR (17/11/17)

Clues In That Mysterious Radioactive Cloud Point Toward Russia

 

- Article de Safecast (16/11/17, mise à jour 17/11/17)

About that radioactive plume of Ru-106

 

- Rapports de l'AIEA

IAEA: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

IAEA: Technical Attachment: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

 

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Mise à jour du 20/11/17

 

Analyse de la situation par Alain Dubois

- Ces impalpables nuages radioactifs (20/11/17)

 

Poursuite de l’action exemplaire de la Criirad

- Pollution au ruthénium : la CRIIRAD interpelle l’AIEA et l’OMS (20/11/17)

 

L’omerta commence à se fissurer. Difficile de cacher un accident de niveau 5 sur l’échelle Ines !

- La Russie reconnaît avoir enregistré une pollution radioactive sur son territoire (20/11/17)

 

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Mise à jour du 22/11/17

 

- Certains médias s’emballent. Ils confondent parfois une agence météo avec le Kremlin. "La Russie reconnait..." et "La Russie dément..." se côtoient dans les moteurs de recherche.

 

 

Le Parisien sort une carte osée qui semble affirmer, "selon l'IRSN", que le site de Mayak est l'origine de la pollution au ruthénium 106. Pourquoi pas, mais dans le même temps, la Russie dément toute pollution. Quelle source officielle croire ? la Russie ou l'IRSN ?

 

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

- La Criirad rappelle que rien n'est sûr, que la pollution relevée par l'agence météo russe est bien moindre que celle modélisée par l'IRSN. Et que si l'on considère que la Russie n'est pas responsable ou que la pollution est minime, alors la modélisation de l'IRSN est fausse.

Ruthénium 106 : le mystère reste entier ! (22/11/17)

 

- Le réseau sortir du nucléaire, en se basant sur le témoignage de la réfugiée politique Nadezda Kutepova, penche aussi pour une pollution venant du site de Mayak et édite une autre carte tirée de Daily Mail dans un dossier consacré à cette pollution :

Nuage de Ruthénium-106 : que s'est-il réellement passé ? :

 

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

Je vous conseille la lecture du communiqué de Nadezda Kutepova, c'est très instructif sur la manière dont peut se produire une pollution de ruthénium et sur ce qui se passe en Russie.

 

On ne peut s'empêcher de penser aussi à l'arrivée massive de combustible nucléaire usé à Mayak en août 2017 : 20 000 assemblages de sous-marins nucléaires russes à traiter en provenance de la baie d'Andreeva, dont parlait cet article de Nuclear News :

Mayak receives nuclear sub fuel from Andreeva Bay (17/08/17)

 

Pour l'ACRO, qui déplore également le silence de l'AIEA, " un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret ".

Fort rejet radioactif enfin reconnu en Russie, avec données sur place

 

Selon The Telegraph News, "Evgueni Savchenko, le ministre de la Sécurité publique de la région de Tcheliabinsk, (...) a affirmé qu'il était suspect que la fuite ait été signalée en France, "où il y a une installation de traitement des déchets nucléaires qui est en concurrence avec notre Mayak"."

 

Une chose est sûre ce soir : tout n'est encore qu'hypothèses et confusion ! Il faudrait une enquête internationale indépendante pour connaître la vérité sur ce qu'il s'est réellement passé.

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Mise à jour du 23/11/17

 

- Article de Azby Brown sur le blog de Safecast (22/11/17)

Ruthenium coverup continues

 

- Actu-environnement (23/11/2017)

Pollution au ruthénium 106 : la Russie ne joue pas franc-jeu

 

- Communiqué de la députée Michèle Rivasi (23/11/17)

Ruthénium 106 : il est nécessaire d'agir rapidement !

 

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Mise à jour du 24/11/17

 

- D’après le moteur de recherche google, la RTS a publié un article le 24/11/17 intitulé « Transparence réclamée dans l'affaire de la pollution au ruthénium-106 ». Mais cet article a été retiré de la Toile.

 

- Selon le journal de Montréal (24/11/17), une commission scientifique russe va enquêter sur l’origine de la pollution radioactive détectée fin septembre dans le sud de l’Oural.

Russie : des scientifiques vont enquêter sur la pollution au ruthénium-106

 

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Mise à jour du 25/11/17

 

- Interview de Jean-Marc Péres, directeur général adjoint de l'IRSN, dans l'émission "La question du jour" de Guillaume Erner sur France Culture (23/11/17)

 

 

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Mise à jour du 26/11/17

 

- Article fouillé de Blandine Le Cain sur la catastrophe de Mayak en 1957

Pollution au ruthénium 106 : l'accident nucléaire de Maïak resurgit soixante ans après

 

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Mise à jour du 29/11/17

 

- Nadezhda Kutepova alerte depuis 15 ans sur les dangers du site de Maïak. Un article et une émission de France TV info (29/11/17). Malgré la pollution au ruthénium 106, l'AIEA ne compte pas faire d'inspection à Maïak !

Fuite de ruthénium : une militante russe réfugiée en France s'attaque au tabou du nucléaire en Russie

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Mise à jour du 6/12/17

 

- Article de synthèse de Tatyana Ivanova,  journaliste biélorusse résidant aux États-Unis, dans le site Lobe Log (5/12/17) : la source de la pollution se précise, bien que la Russie nie toute implication : la source de la diffusion du Ru-106 pourrait être l'installation numéro 235, qui vitrifie les déchets hautement radioactifs à Mayak. Le même accident, selon l'AIEA , s'est produit en 2001 dans l'usine de retraitement de combustible nucléaire à La Hague. "Un nouveau four de vitrification - le SverdNIIkhimmash EP-500/5 - a été mis en service à l'usine numéro 235 de Mayak à la fin du mois de décembre 2016."

Nuclear Russia Scares the World (Again)

 

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Mise à jour du 18/12/17

 

- L'Acronique de Fukushima fait le point le 14 décembre : " Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article. "

Lire la suite en cliquant ici

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Mise à jour du 19/12/17

 

- La Criirad a réalisé un dossier conséquent de 34 pages (à télécharger ci-dessous) concernant cette affaire qui malheureusement est restée sans dénouement. Le laboratoire indépendant alerte : tous les voyants sont au rouge, il faut que les instances internationales réagissent.

 

Dossier : Ruthénium 106, Trait d'Union n°76, décembre 2017 (Criirad)

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

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Mise à jour du 15/02/18

 

Chaque pays enquêtant sur la fuite radioactive en Russie pense qu'elle vient de Mayak - sauf la Russie...

L'ONG norvégienne Bellona fait le point dans cet article où l'on apprend que la fuite a pu se produire lors de la fabrication d'une capsule de cérium 144.

http://bellona.org/news/nuclear-issues/2018-02-western-scientist-show-evidence-of-a-radiation-leak-at-mayak-russia-disagrees

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Mise à jour du 10/03/18

 

Article en allemand du Dr Alex Rosen, de l'IPPNW

Woher stammte die radioaktive Wolke über Europa?
(D'où vient le nuage radioactif ?)

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Mise à jour du 30/03/18

 

Un nouveau communiqué de la Criirad du 27/03/18 qui remet en cause les rapports officiels :

RUTHENIUM 106 : UN INCROYABLE FIASCO

Des experts internationaux qui se discréditent,
un taux sidérant d’anomalies dans le rapport de l’IRSN,
il y a de plus en plus de zones d’ombre dans le dossier du ruthénium 106.

 

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Mise à jour du 25/08/18

 

Selon l'AIPRI, " l’unique certitude absolue est que cette grave effluence qui a libéré de 6 à 18 millions de Sievert « respirables » et assassins n’est pas le fait d’un brutal épisode de fission fraiche, ou d’une excursion de carburant atomique.  Si cela avait été le cas la détection du Ru106 aurait été accompagnée par la détection de centaines d’autres radioéléments et la radioactivité par m3 aurait obligatoirement partout été jusqu’à des centaines de fois plus élevée pour être en proportion du Ru106 relevé."

Lire l'article du 16 juin 2018 en entier : Ruthénium 106

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 11:13

La pollution radioactive à l’iode 131 en Europe au début de l’année 2017 a permis de mettre en lumière l’activité d’un réacteur inconnu du grand public, le réacteur de recherche de Halden en Norvège. Bien qu’il ne puisse être tenu responsable du nuage radioactif qui s’est étendu de l’Espagne à la Norvège en janvier-février, on a appris grâce à l’ONG norvégienne Bellona que ce réacteur avait connu un « incident » en octobre dernier. La lecture d’un rapport de l’agence de sûreté nucléaire norvégienne daté du 13 février 2017 permet de se rendre compte du danger que font courir aux Européens les utilisateurs de ce réacteur. On s’éloigne un peu de Fukushima mais pas tant que ça car la problématique est la même : panne de refroidissement du réacteur, risque d’explosion d’hydrogène, rejet d’iode 131 et autres radionucléides cancérigènes, MOX, … ça ne vous rappelle rien ?

Pierre Fetet

Mise en service officielle du réacteur de recherche de Halden le 10 octobre 1959 (Source: Institute for Energy Technology)

Mise en service officielle du réacteur de recherche de Halden le 10 octobre 1959 (Source: Institute for Energy Technology)

SOMMAIRE

 

1. Un des plus vieux réacteurs au monde encore en activité

2. Les partenaires du « Halden Reactor Project »

3. L’« Incident » du 24 octobre 2016

4. Expérimentation de nouveaux combustibles

5. Quelle était la nature des nuages radioactifs ?

6. Pour un arrêt définitif du réacteur de Halden

7. L’IFE a besoin d’argent public pour traiter ses déchets

8. Pourquoi on ne sait quasiment rien sur cet évènement d'octobre 2016 ?

9. Exiger des éclaircissements

10. Annexes

 

-oOo-

 

AVERTISSEMENT

Cet article, comme tous les autres articles que j’ai écrits dans ce blog depuis 6 ans, représente le résultat de mes recherches et l’avis d’un simple citoyen européen qui s’inquiète de l’air qu’il respire. Il n’est absolument pas l’expression de la CRIIRAD, comme un site norvégien l’a rapporté hier. J’ai fait une erreur d’appréciation concernant l’appellation « accident » de l’échelle INES dans la première version de cet article. J’ai corrigé cette erreur rapidement et prie mes lecteurs de bien vouloir m’en excuser. Toutefois, l’évènement qui a eu lieu à Halden est pour moi bel et bien un accident qui a eu des effets négatifs sur l’environnement, mais on ne doit pas l’appeler « accident nucléaire » car des rejets radioactifs importants sont autorisés par nos sociétés nucléarisées et les faibles doses ne sont pas reconnues comme dangereuses par les organismes de sûreté nucléaire, alors qu’il est prouvé qu’elles sont responsables de mutations génétiques et de maladies. Je ne veux affoler personne, ce n’est pas mon but. Je veux simplement informer et alerter sur les dangers du nucléaire et sur les pollutions atmosphériques que nous subissons tous, à notre insu. Je persiste et signe, quoi qu’on en dise, le réacteur de Halden est dangereux, comme tous les autres réacteurs nucléaires du monde. C’est mon avis, basé sur des sources que tout le monde peut consulter. PF (mise à jour 28/03/17)

 

 

1. Un des plus vieux réacteurs au monde encore en activité

 

Le réacteur de Halden a été inauguré et activé en 1959. Oui, vous avez bien lu : 1959 ! Il se situe à Halden, une ville côtière au sud-est de la Norvège, près de la frontière avec la Suède, à 1200 km de la France. D’une puissance de 25 MW maximum, ce presque sexagénaire a été créé pour la recherche.

Ce réacteur à eau bouillante (REB) n’est pas visible de l’extérieur. Il est situé à 100 mètres à l’intérieur d’une colline sous une couverture rocheuse de 30 à 50 mètres. Le hall du réacteur a 10 mètres de large, 30 mètres de long et 26 mètres de haut. La salle du réacteur contient également des fosses à combustible pour le stockage temporaire du combustible utilisé. L’ensemble souterrain a un volume de 4500 m3. Les circuits de refroidissement sont situés à l'intérieur de la salle du réacteur et dans le tunnel d'entrée du réacteur. La salle de contrôle et les installations de service sont placées à l'extérieur de l'excavation. Les bâtiments de service contiennent des bureaux, des ateliers et des laboratoires.

Le réacteur de Halden est situé dans un complexe de 7000 m², au bord de la rivière Tista (Capture Google Earth).

Le réacteur de Halden est situé dans un complexe de 7000 m², au bord de la rivière Tista (Capture Google Earth).

L'énergie produite est livrée sous forme de vapeur à travers des échangeurs de chaleur et des conduites à Norske Skog Saugbrugsforeningen qui l’utilise pour la production de papier.

Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)
Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)
Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)
Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)
Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)
Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)

Réacteur de recherche de Halden : vues extérieures (source IFE et HRP)

La principale fonction du réacteur de Halden est de tester des combustibles et des composants de réacteurs nucléaires. Une charge de carburant est constituée d’une combinaison de carburants d'essai provenant d'organisations des pays partenaires et d'assemblages de combustible qui fournissent une base de réactivité pour le fonctionnement du réacteur. Le cœur se compose d'environ 110 à 120 assemblages de combustible, y compris le combustible d'essai, dans un réseau hexagonal ouvert.

Plan du cœur du réacteur de Halden (Source AIEA)

Plan du cœur du réacteur de Halden (Source AIEA)

A Halden, les codes, les règles et les recommandations acceptés au niveau international ne sont utilisés que de manière consultative, ce qui signifie que les expérimentateurs sont au courant des normes internationales de sécurité mais peuvent ne pas en tenir compte si bon leur semble. Pourtant, selon le CEA, les essais de matériaux et les analyses effectuées indiquent que le réacteur peut fonctionner en toute sécurité bien au-delà de l'an 2020.

Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)
Photos du hall du réacteur (source IFE)

Photos du hall du réacteur (source IFE)

2. Les partenaires du « Halden Reactor Project »

 

Géré par l’Institut norvégien de technologie énergétique (IFE), il est le plus important des projets communs de l’AEN (Agence pour l'Energie Nucléaire, organe de l’OCDE) : plus de 130 organismes scientifiques, institutionnels et industriels issus de 21 pays sont ou ont été impliqués dans le projet du réacteur de Halden.

 

Les pays partenaires de ce projet atomique sont l’Allemagne (Société pour la sécurité des centrales et des réacteurs - GRS), la Belgique (Centre de recherche nucléaire - SCK CEN), la République tchèque (ÚJV Řež), la Corée (Institut coréen de recherche sur l'énergie atomique - KAERI), le Danemark (Université technique du Danemark - DTU), les Émirats arabes unis (Autorité pour la réglementation nucléaire - FANR), l’Espagne (Centre de recherche pour l'énergie, l'environnement et la technologie - CIEMAT)), les États-Unis (Commission américaine de réglementation nucléaire - USNRC), la Fédération de Russie (Compagnie de carburant de ROSATOM - JSC TVEL), la Finlande (Ministère de l'emploi et de l'économie - TVÖ), la France (Electricité de France - EDF ; IRSN), la Hongrie (Centre de recherche sur l'énergie, Académie hongroise des sciences - MTA), l’Italie (Agence nationale pour les nouvelles technologies, l'énergie et le développement économique durable - ENEA), le Japon (Autorité japonaise de réglementation nucléaire - NRA), le Kazakhstan (Usine métallurgique Ulba - UMP JSC), la Norvège (Institut technologique de l’énergie - IFE), les Pays-Bas (Compagnie NRG), la République slovaque (VÚJE Trnava), le Royaume-Uni (Laboratoire nucléaire national - NNL), la Suède (Autorité suédoise de sûreté radiologique - SSM) et la Suisse (Inspection fédérale de la sûreté nucléaire - ENSI). Il s’agit donc là d’une plaque tournante du village nucléaire mondial.

 

3. L’« incident » du 24 octobre 2016

 

Voici le texte laconique du communiqué de presse de l’IFE : « Le lundi 24 octobre à 13 h 45, une libération non intentionnelle d'iode radioactif a eu lieu en relation avec la manutention d’un carburant d'essai dans la salle du réacteur de Halden. Le rejet ne représente aucune menace pour les employés d'IFE ou l'environnement. »

 

C’est tellement succinct que la NPRA, l’agence de sûreté nucléaire norvégienne équivalent de l’ASN en France, a tenu à réaliser une inspection pour contrôler l’installation et connaître le détail de cet évènement.

 

Grâce au site European News Weekly qui a édité la traduction anglaise du rapport norvégien de la NPRA, nous connaissons le contenu de ce document que nous avons traduit en français. Vous pouvez lire l’intégralité de ce rapport en annexe en bas de cette page ou en le téléchargeant au format pdf par le lien ci-dessous.

Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)
Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)
Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)
Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)
Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)
Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)

Documents techniques du réacteur de Halden (Sources : neimagazine.com - HRP - IFE)

Pour résumer, alors que le réacteur était à l’arrêt – officiellement pour maintenance depuis le 8 octobre 2016 – une erreur de manutention, le lundi 24 octobre 2016 à 13h45, d’un combustible endommagé a conduit à la création soudaine d’un nuage radioactif qui a envahi le hall du réacteur et ses alentours. Vu le danger encouru, le personnel du site a immédiatement été évacué.

 

L’IFE (Institut technologique de l’énergie, chargé de l’exploitation du réacteur) n’a alerté l’autorité de sûreté nucléaire norvégienne, la NRPA, que le lendemain matin ; puis, après avoir arrêté le système de ventilation de la salle du réacteur (ce qui a stoppé le rejet dans l'environnement), l’IFE a informé la NRPA le mardi soir (25 octobre) que la situation était sous contrôle. Vu la gestion étrange de l’incident par l’exploitant, la NRPA a procédé à une inspection surprise au siège de l’IFE à Kjeller. Et là, grosse surprise : l’évènement était encore en cours ! De ce fait, la NRPA a engagé immédiatement une inspection renforcée de l’IFE qui lui a permis de superviser, en partie sur site, la gestion de l’« incident » jusqu’au 2 décembre.


 

Vues de l'intérieur du réacteur de recherche de Halden (source IFE)
Vues de l'intérieur du réacteur de recherche de Halden (source IFE)
Vues de l'intérieur du réacteur de recherche de Halden (source IFE)

Vues de l'intérieur du réacteur de recherche de Halden (source IFE)

Le 1er novembre, après que la NRPA ait demandé une plus grande transparence, l’IFE a communiqué que le réacteur était "dans un état très spécial". Qu’est-ce qu’un réacteur « dans un état très spécial » alors qu’il était à l’arrêt depuis plus de trois semaines ? Eh bien, cela se traduit par « des fluctuations de température dans la cuve du réacteur, l'indication d'une augmentation du flux neutronique dans le cœur du réacteur et le danger de formation d'hydrogène ». Rien moins que ça. Normalement, quand un réacteur est arrêté, la réaction en chaîne est stoppée intégralement. Dans ce cas précis, ça n’avait pas l’air d’être le cas car une augmentation du flux neutronique indique une reprise de l’activité, signée d’ailleurs par une production d’iode qui est un produit de fission. Par ailleurs, l’augmentation de la chaleur dans le cœur du réacteur, sans circuit de refroidissement, peut conduire à la dégradation des gaines de zirconium qui entourent le combustible. Or, à partir d’une certaine température, le zirconium s’oxyde au contact de l’eau et produit de l’hydrogène, gaz hautement explosif. Ce phénomène a produit au moins trois explosions violentes à Fukushima en 2011.

 

Pour sortir de cette crise, la NRPA a autorisé la réouverture de la ventilation du hall du réacteur le 1er novembre. Il y a donc eu deux rejets atmosphériques : le premier les 24-25 octobre 2016 quand l’évènement s’est produit jusquà ce que l’on ferme la ventilation et le second le 1er novembre.

 

Suite à cet évènement, la NRPA a révoqué la licence d’exploitation du réacteur. Pourtant, l’IFE compte bien sur la NRPA pour obtenir à nouveau les autorisations nécessaires afin de poursuivre les expériences. En effet, le directeur de recherche de Halden, Atle Valseth, assure que le réacteur redémarrera d’ici au mois de juin 2017.

 

4. Expérimentation de nouveaux combustibles

 

Depuis 2013, le réacteur de Halden sert à l’expérimentation d’un nouveau combustible au thorium. C’est une petite société d'énergie nucléaire basée en Norvège, Thor Energy, qui a commencé à tester le potentiel du thorium en remplacement de l'uranium dans les réacteurs nucléaires. Au moment de l’« incident », l’IFE terminait un programme de recherche triannuel qui avait commencé en janvier 2015. Quelle était la nature de ces recherches ? Selon la World Nuclear Association, l’expérimentation en cours consistait en une irradiation d’un combustible thorium-MOX. Le carburant d'essai se présente sous la forme de pastilles composées d'une matrice céramique d'oxyde de thorium dense contenant environ 10 % d'oxyde de plutonium en tant que conducteur fissile. Il est possible que l’instabilité du réacteur au moment de l’« incident » provienne de ce nouveau combustible. Les apprentis-sorciers de l’atome n’ont pas de limite ! C’est également au cours d’une « expérience » que la catastrophe de Tchernobyl, toujours en cours 31 ans plus tard, a commencé.

 

La Norvège est tentée par le thorium car elle a de grandes réserves de cette matière sur son territoire. La production de thorium n’aurait qu’un objectif économique car ce pays n’a pas besoin de nucléaire : la Norvège produit la majeure partie de son électricité grâce aux énergies renouvelables.

Thorium (photo D. R.)

Thorium (photo D. R.)

L’entreprise étatsunienne Lightbridge et l’IFE ont officialisé en 2015 une collaboration portant sur l’étude d’un nouveau combustible nucléaire métallique développé par Lightbridge. Le réacteur de Halden devait permettre un test d’échantillons en conditions réelles, c’est-à-dire sous les conditions d’opération d’un réacteur commercial. Ces essais, qui étaient programmés pour 2017 ont-ils commencé plus tôt que prévu ? Selon le PDG de Lightbridge, Seth Grae, ils devaient générer des données nécessaires à l’accréditation du nouveau combustible par la commission américaine de réglementation nucléaire (US Nuclear Regulatory Commission - NRC), et à son déploiement par les services publics nucléaires dans les réacteurs commerciaux à travers le monde. « Nous avons une confiance absolue dans l’expertise de l’IFE et les installations d’Halden, qui sont reconnues dans l’industrie de l’énergie nucléaire pour leur excellence. », disait cet homme très éclairé.

 

[ Mise à jour 27/03/17 : Lightbridge, partenaire d'AREVA, vient d'obtenir l'autorisation de la NRPA de faire les expériences sur le nouveau combustible à Halden. (Source) ]

 

Assemblage de combustible thorium-plutonium de Halden (source Zdnet)

Assemblage de combustible thorium-plutonium de Halden (source Zdnet)

5. Quelle était la nature des nuages radioactifs ?


Selon la NPRA, le rejet a été de 150 millions de becquerels pour l’iode 131 et 24 millions de becquerels pour l’iode 132, sans faire état des autres substances radioactives susceptibles d’avoir été rejetées.  L’IFE, contacté le 19 mars par mes soins, n’a pas souhaité communiquer la nature intégrale des nuages radioactifs d’octobre-novembre 2016, ni les proportions des différents radionucléides les composant. Il le ferait à la demande de la NRPA, si l’autorité nucléaire lui demandait. L’IFE indique qu’il devra remettre un rapport détaillé à la NRPA sur les rejets de 2016 avant le 1er mai 2017. Mais il ne dit pas si ce rapport sera public. Par ailleurs, la NRPA, contactée également le 19 mars, n’a fourni aucune réponse à cette même question.

 

Du côté français, j’ai également contacté l’IRSN le même jour, mais celui-ci est resté muet jusqu’à présent. Quant à l’ASN, il m’a renvoyé aux communiqués de la NRPA et de l’IFE. On tourne en rond… Pas étonnant que des rumeurs de meltdown à Halden fleurissent dans plusieurs sites internet ! L’IFE et la NRPA, en restant opaques sur cet « incident », provoquent eux-mêmes des questionnements légitimes qui se transforment vite en rumeurs. A présent, ces deux organismes sont obligés de faire des communiqués pour contrer les rumeurs qu’ils ont contribué à former !

 

C’est une association qui finalement vient d’obtenir l’information manquante. La Criirad a contacté également la NRPA le 16 mars. Grâce à elle, nous avons un peu plus de renseignements, et pas des moindres !

 

Les rejets d’octobre 2016 ne comportaient pas que des becquerels d’iode131 et 132. Ils contenaient également 8 178 milliards de becquerels de gaz rares radioactifs et 550 milliards de becquerels de tritium ! On est très loin des 184 millions de becquerels d’iode radioactif du communiqué rassurant de la NRPA ! Cette « autorité de sûreté nucléaire » n’a déclaré que 0,002 % du rejet radioactif ! Comment faire confiance à la NRPA après un tel mensonge ?

Le réacteur nucléaire de Halden en Norvège : un danger pour l’Europe

Selon la Criirad, compte tenu de l’absence de stations de mesures assez proches du réacteur de Halden et de dispositifs permettant de conserver la mémoire de la contamination, « on ne peut effectuer une caractérisation fine de l’impact des rejets intervenus le 24 octobre 2016 et les jours suivants »

 

[Mise à jour 07/04/17

Dans un communiqué du 5 avril 2017, l'IRSN est obligé de reconnaître officiellement que le rejet atmosphérique comportait également des gaz rares et d'autres radioéléments. Mais l'IRSN, qui insiste sur "un rejet limité dans l'environnement" cache au public les mesures révélées par la NRPA à la Criirad. Aucun organisme ne veut communiquer officiellement sur le fait que la NRPA n'a informé que sur 0,002 % des rejets radioactifs totaux. C'est normal, l'IRSN, comme indiqué dans son communiqué, est un partenaire du Halden Reactor Project. En diffusant ces informations, l'institut français prendrait le risque de faire capoter les expériences qu'elle chapeaute.]

 

6. Pour un arrêt définitif du réacteur de Halden

 

Il est grandement souhaitable – tous les pays européens devraient l’exiger – que, vu son grand âge, ce réacteur soit arrêté définitivement, d’autant plus que la NRPA ne le soumet pas aux normes internationales de sécurité nucléaire.

 

Réacteur Halden - Source AIEACet « incident » a montré la grande incohérence fonctionnelle concernant le confinement du site : le système de refroidissement du réacteur est lié au système de ventilation du hall du réacteur ! Cela signifie qu’en cas d’accident grave, il n’y a pas d’autre solution que de larguer dans l’atmosphère toute pollution radioactive gazeuse ou en aérosol. C’est un réacteur avec un faux confinement. Jusque là, on a rassuré les habitants de Halden en leur expliquant que l’installation est sous 40 mètres de roche et qu’ils ne risquent donc absolument rien. C’est totalement faux. Pour le projet d’enfouissement souterrain des déchets radioactifs dans la Meuse, le même mensonge est utilisé : s’il arrive un incendie, même à 500 mètres sous terre, la pollution sortira par les cheminées d’aération. Le confinement n’est absolument pas assuré.

 

Le fait que le réacteur de Halden soit sous 40 mètres de roche ne présente aucune garantie. Au contraire, en cas d’explosion d’hydrogène, le site peut devenir rapidement inaccessible à cause des éboulements et produire une pollution radioactive atmosphérique par l’intermédiaire des cheminées d’évent ou tout autre orifice créé par l’explosion. Les accidents souterrains sont toujours possibles et, une fois produits, sont extrêmement coûteux et difficiles à gérer, surtout en présence de plutonium. Voir l’exemple récent du WIPP au Nouveau Mexique !

 

La NRPA a indiqué à la Criirad avoir demandé à l’IFE de corriger le défaut de conception du réacteur de Halden, sans quoi l’autorisation de redémarrage ne serait pas donnée. Cela doit être suivi de près. En effet, l’IFE compte redémarrer avant juin le réacteur pour satisfaire ses clients internationaux. Faire des travaux rendrait son fonctionnement déficitaire pour l’année 2017. La NRPA a-t-elle assez d’autorité pour exiger ces travaux importants de sécurité ?

 

7. L’IFE a besoin d’argent public pour traiter ses déchets

 

Le réacteur de Halden a été arrêté le 8 octobre 2016, officiellement pour cause de maintenance, mais surtout pour faire des économies. En effet, l’IFE est affecté par le ralentissement économique, avec une perte de chiffre d'affaires d'environ 5 millions d’euros. Pour réduire les coûts de 2016, cet institut a mis en chômage technique une partie de ses employés (98 employés mis à 50 % et 27 licenciements purs). De fait, le réacteur de recherche coûte très cher quand il est à l'arrêt et la gestion de ses déchets pose également un gros problème. Amassant 17 tonnes de combustibles usés divers provenant de ses propres essais depuis les années 60 dans les réacteurs de Halden et de Kjeller, la Norvège ne sait plus quoi faire de ses déchets. Selon le site norvégien TU, « le carburant est instable et potentiellement auto-inflammable au contact de l'air. Il ne convient donc pas pour le stockage à long terme ».

 

En 2016, l’IFE avait demandé 8 millions d’euros au gouvernement norvégien pour commencer à reconditionner ses déchets à vie longue, il n’en a obtenu que 3. L’institut compte sur AREVA et la Hague pour retraiter ces déchets dangereux. Il espère convaincre le parlement norvégien de la nécessité de s’occuper de ces déchets encombrants et dangereux, en particulier en insistant sur les 18 conteneurs de carburants usés qui sont actuellement coincés dans un puits de stockage de l’ancien réacteur Jeep 1 à Kjeller, abandonnés depuis l’arrêt du réacteur il y a 50 ans…

 

Salles de contrôle du réacteur de Halden (source IFE)
Salles de contrôle du réacteur de Halden (source IFE)

Salles de contrôle du réacteur de Halden (source IFE)

8. Pourquoi on ne sait quasiment rien sur cet évènement d'octobre 2016 ?

 

Parce que 130 organismes scientifiques, institutionnels et industriels issus d’une vingtaine de pays sont impliqués dans le projet du réacteur de Halden de l’OCDE. Ils veulent pouvoir faire des expérimentations tranquillement, à l’abri des règlementations internationales trop contraignantes de sûreté nucléaire. On fait comme au bon vieux temps des essais atmosphériques. On pollue sans compter, et surtout sans rien dire, « afin de ne pas compliquer la communication auprès du grand public par un trop grand nombre de données » (NRPA).

 

Le village nucléaire mondial étant mouillé jusqu’au cou par les activités polluantes de ce réacteur obsolète,  on comprend qu’aucun organisme officiel ne veuille ébruiter une affaire de ce genre. Dans le nucléaire, quand on soulève le tapis, on découvre des horreurs… Bizarrement, il manque des données publiques les jours où il y a eu le plus fort rejet.

 

Le fait qu’il y ait eu un endommagement des barrières radiologiques et une exposition du public à des doses non négligeables rend cet évènement inquiétant : 35 % de la limite de rejet annuel de Krypton 85 (période de 10,7 ans) et 44 % de la limite de rejet annuel de Xénon 131m (période de 12 jours) en une dizaine de jours, ça fait beaucoup d'un coup. Bien entendu, tous les organismes officiels, habitués à mentir à la population, continueront de ne parler que de l'iode 131, bien que la NRPA ait été prise en flagrant délit de mensonge.

 

9. Exiger des éclaircissements

 

Tous ces organismes faussement transparents, IFE, NRPA, doivent expliquer clairement ce qu’il s’est passé en octobre-novembre 2016 à Halden. Ils doivent répondre à ces questions :

 

- Quel évènement a endommagé le combustible testé ?

- Pourquoi l’IFE n’a pas alerté immédiatement la NRPA ?

- Quel évènement a produit une augmentation du flux neutronique ?

- Est-ce que le combustible testé était du thorium-plutonium ?

- Etait-ce une expérimentation de MOX thorié en conditions réelles ?

- Quelle était la nature exacte des rejets radioactifs des 24-25 novembre et du 1er novembre 2016 ? L’information de la NRPA fournie à la Criirad est insuffisante car il n’est pas mentionné de mesures sur d’éventuels rejets de carbone 14, de césium 137, de cobalt 60, de plutonium, etc.

- Quelle était la proportion des radionucléides pour chacun de ces nuages ?

- Pourquoi le réacteur de Halden n'obéit pas aux règles internationales de sécurité des installations nucléaires post-Fukushima ?

 

Extrait de la page 7 du rapport d'inspection de l'INSARR (AIEA) - Lien vers le rapport complet en annexe

Extrait de la page 7 du rapport d'inspection de l'INSARR (AIEA) - Lien vers le rapport complet en annexe

C’est assez insupportable d’apprendre par hasard que l’atmosphère européenne est polluée par des gaz ou des aérosols radioactifs issus d’un réacteur désuet, et tout ceci avec la bénédiction des organismes de sécurité qui sont censés nous protéger. Une enquête parlementaire devrait être exigée des députés européens pour faire l’entière lumière sur cette affaire et sur toutes les installations susceptibles de relâcher des produits dangereux dans l’atmosphère, d’autant plus que de l’iode 131 vient encore d’être détecté en mars à Svanhovd, dans le nord de la Norvège.

 

[Mise à jour du 07/04/17 : on continue à avoir des éléments d'information.

 

Dans le communiqué (cf. annexes) du 05/04/17 de l'IRSN, Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire français, on apprend que :

- Le combustible endommagé était un "assemblage d'essai". Rappelons ici qu'un assemblage comporte plusieurs crayons de combustible. Lors de l'"incident", plusieurs crayons ont été détériorés mais l'IRSN ne précise pas combien.

- L'évènement a commencé en fait le 20 octobre 2016 (l'assemblage avait été retiré du réacteur le 17 octobre), date à laquelle l'IFE repère l'augmentation de l'activité en gaz rares dans le "handling compartment" (là où est stocké l'assemblage, c'est-à-dire un conteneur d'entreposage).

- L'IRSN confirme bien qu'il y a eu d'autres rejets que de l'iode radioactif : d'autres radioéléments et des gaz rares. Mais l'IRSN ne donne aucun nom d'isotope, aucune mesure, aucun pourcentage.

- L’IRSN précise que, selon l’IFE, « de l’eau contaminée lors de l’événement a été traitée à partir du 28 octobre et rejetée dans la rivière Tista après contrôles radiologiques et accord de NRPA ». Ces rejets d’iode par voie liquide correspondraient à moins de 20 % des autorisations de rejets liquides annuels en iodes. Mais l'IRSN ne communique pas les limites de l'autorisation annuelle.

- L"’incident" a été classé provisoirement au niveau 1 de l’échelle INES (par qui ? l'IRSN ne le dit pas), Le classement définitif est en cours d'instruction par la NRPA. Pour info, le niveau 1 de l'échelle INES correspond à une "anomalie". 8000 milliards de Bq relâchés dans l'environnement, c'est donc juste considéré comme une anomalie... on croit rêver !

 

Le communiqué de l'IRSN donne certes quelques informations nouvelles, mais ne répond pas aux questions essentielles liées à cet évènement. On ne sait toujours pas ce qui a conduit le réacteur de Halden à être reconnu dans un "état très spécial". Enfin, il est encore une fois étrange de constater que les infos arrivent par là où on ne les attend pas : après une association française et un blog français, c'est un institut français qui donne des précisions sur l'incident norvégien. Prochaine étape : le rapport détaillé de l'IFE ? de la NRPA ? ]

 

10. Annexes

- Communiqué de l'IRSN du 05/04/17

- Communiqué de la Criirad du 24/03/17 (1ère mise à jour)

- Article de Bellona du 03/03/2017

- Rapport de la NRPA du 13/02/17 sur l'incident du 25 octobre 2016

- Présentation du Halden Reactor Project (HRP, RIC) en 2009

- Présentation du Halden Reactor Project (IFE) en 2008

- Rapport d'inspection du réacteur de Halden (INSARR, AIEA) de juin 2007

- Rapport de la NRPA du 13/02/17 :

Traduction française d’après une version anglaise : Pierre Fetet et Odile Girard

Source de la version anglaise : https://nuclear-news.net/2017/03/12/fuel-error-at-ife-halden-the-handling-of-the-incident-nrpa-report-in-english/

 

 

Rapport complet
Notre référence : 16/00889
Agent : Tonje Sekse
Date: 13/02/2017

 

 

Erreur sur du combustible à l’IFE de Halden

Le traitement de l'incident

 

 

1. Introduction


Lundi 24 Octobre 2016 à 13h45, un incident s’est produit lors d’une manipulation de combustible endommagé dans le réacteur nucléaire de Halden à l'Institut de technologie de l’énergie (IFE). Cela a provoqué un rejet brutal de substances radioactives dans la salle du réacteur et ses alentours. Le hall du réacteur a été évacué et fermé. L’IFE a notifié cet évènement à l'Autorité norvégienne de radioprotection (NRPA) le mardi matin (25 octobre) et le système de ventilation de la salle du réacteur a été arrêté. Le rejet dans l'environnement a alors été stoppé. L’IFE a informé la NRPA que la situation était sous contrôle le mardi soir.

 

Le lendemain de la notification, mercredi 26 octobre, la NRPA a choisi de procéder à une inspection surprise à l’IFE à leur siège à Kjeller étant donné la notification tardive et la gestion de l'incident. Au cours de cette inspection, il s’est révélé que l’évènement était encore en cours et qu'il y avait encore un rejet dans la salle du réacteur. Pour cette raison, la NRPA a décidé d’ordonner une inspection renforcée à l’IFE pour le suivi de la notification tardive, les informations manquantes et le traitement des conséquences de l'incident, y compris les efforts pour obtenir davantage de contrôle sur le rejet dû au combustible endommagé.

 

Dans le cadre du renforcement de l’inspection, un régime de communication plus serré entre l’IFE et la NRPA a été créé pour gérer l’évolution de la situation. L’IFE a fait quotidiennement état de la progression du travail, des mesures des émissions dans la salle du réacteur et dans l'environnement immédiat, et a planifié les futures tâches. Durant la période d'inspection, le personnel de la NRPA était présent à l’IFE de Halden pendant toutes les opérations dans la salle du réacteur. Dans le cadre de l'inspection renforcée, la NRPA a mené plusieurs entrevues avec le personnel de l'IFE qui était impliqué dans le traitement de l'incident. La plupart des entretiens ont eu lieu les 10 et 25 novembre 2016. En outre, la NRPA a organisé plusieurs vidéoconférences avec le personnel de l'IFE et leur direction. La NRPA a également obtenu des copies des données enregistrées concernant l’évènement.

 

Le 25 novembre 2016, une importante réunion d'inspection s’est tenue à Halden entre l'IFE et la NRPA. Ont participé à la réunion les représentants suivants de la NRPA et de l'IFE :
 

IFE:

Atle Valseth - Directeur de recherche NSF
Geir Mjønes - Directeur de département HBWR
Tord Walderhaug - Chef de la sûreté / surveillant de la radioprotection (Halden)
Kari Lyumer Moum - Chef de la section chimie
Pål Thowsen - Ingénieur principal du réacteur
Lise Moen - Physicienne principale du réacteur
Wolfgang Wiesenack - Directeur de recherche


NRPA:

Per Strand – Chef de service
Kristin Frogg - Directeur technique
Øyvind Gjølme Selnæs - Conseiller principal
Tonje Sekse - Conseiller principal

 

2. Règlements actuels

L’autorisation d'inspection renforcée a été notifiée le 25 octobre 2016 dans le cadre de l'inspection faite à l’improviste le même jour. L'inspection a été autorisée par la Loi sur l'énergie atomique § 13 sur l'inspection, et dans la Loi sur la lutte contre la pollution § 48, également sur l'inspection.

 

3. Contexte, portée et mise en œuvre

L'inspection a été décidée et lancée conjointement avec l'inspection surprise le 26 octobre 2016. Dans le cadre de l'inspection renforcée, la NRPA a eu un dialogue permanent avec l'IFE pendant la période de supervision et a mené plusieurs entrevues avec le personnel de l'IFE impliqué dans le traitement de l'incident. Le point central des entretiens était le rôle des personnes dans le processus de manutention du combustible endommagé, mais aussi la situation du réacteur. La NRPA a reçu des copies des journaux concernant cet incident et en lien avec cette inspection.
L'inspection renforcée s’est terminée le 2 décembre.

 

4. Impression générale

Précédemment, la NRPA, dans le cadre de l'inspection surprise du 26 octobre 2016, avait signalé les erreurs de défaut d’informations et de notification tardive de l'incident (Réf. Rapport d'inspection 13/2016). L'inspection renforcée implique la communication de l'IFE à la NRPA, et la gestion ultérieure de l'incident.


La NRPA a mené des entrevues et obtenu, dans le cadre de l'inspection, les rapports journaliers. Lors de la réunion d'inspection du 25 novembre 2016, l’IFE a reçu le journal d'urgence, les journaux de l'ingénieur du réacteur (de la salle de contrôle) et le journal de la chimie de l'eau pour la période considérée. En outre, l'IFE a ensuite transmis les journaux de contrôle de l'usine, « la ronde de nuit », les instructions quotidiennes et annonces de construction, et le document imprimé ProcSee montrant les signaux / tendances.


Le circuit de refroidissement primaire est une partie importante du système de sûreté du réacteur. Les valves qui régulent la circulation d'eau de refroidissement dans le circuit de refroidissement primaire dépendent de l'ouverture du circuit d’air de process. Lorsque, le mercredi 26 octobre, le système de ventilation de la salle du réacteur a été arrêté et que les valves ont été fermées, l'une des conséquences a été que le circuit d’air de process a été fermé. La circulation dans le circuit de refroidissement primaire a donc été suspendue. Le réacteur était à l’arrêt lorsque l'incident avec le combustible endommagé s'est produit le 24 octobre. Antérieurement, l'IFE avait informé qu'il se produisait des arrêts dans la circulation du circuit de refroidissement primaire pendant de plus longues périodes en liaison avec la maintenance et d'autres travaux pendant que le réacteur était hors service.

 

A partir du jeudi 27 octobre, la sûreté du réacteur a été un thème récurrent quotidien entre la NRPA et l'IFE, où la NRPA a remis en question plusieurs fois les opinions sur la sûreté du réacteur et la fermeture du circuit primaire de refroidissement. L'IFE a rapporté que la situation n'était pas inhabituelle et que le réacteur pouvait rester dans cet état pendant plusieurs semaines. Le mardi 1er novembre à 14h00, lors d’une réunion vidéo, la NRPA a réclamé une plus grande transparence et une meilleure traçabilité dans les évaluations de sûreté que celles qui avaient été faites et demandées, une meilleure documentation avec des déclarations signées des responsables opérationnels et des gestionnaires de la sûreté. Quelques heures plus tard, le soir même, la NRPA a reçu un message de l'IFE selon lequel le réacteur était "dans un état très spécial".

L'IFE a demandé à la NRPA la permission d'ouvrir les valves et de démarrer la circulation dans le circuit primaire dès que possible. La raison du message était des fluctuations de température dans la cuve du réacteur, l'indication d'une augmentation du flux de neutrons dans le cœur du réacteur et le danger de formation d'hydrogène. Pour la NRPA, c'est un message sérieux et une situation complètement différente de celle que l'IFE avait décrite quelques heures plus tôt. Ce message était correct, mais la NRPA a demandé pourquoi cela n'a pas été étudié plus tôt, à la fois en raison de la sécurité, mais aussi parce que l'autorité de réglementation l'avait demandé. L'IFE a reçu l'autorisation d'ouvrir les valves et de commencer la procédure de démarrage du circuit de refroidissement primaire et de procéder à l’éventage de l'air contaminé de la salle du réacteur. Malgré le fait qu’il y avait encore des émissions provenant du combustible endommagé, les rejets ont été toujours conformes aux limites d'émission autorisées.


La même nuit, l'IFE a appelé les physiciens du réacteur qui ont évalué la situation et ont constaté que les indications étaient probablement dues à l'impact sur les instruments qui n'étaient pas calibrés pour les conditions en cours dans la salle du réacteur. L’IFE a complété les mesures prévues, ouvert les valves et démarré le circuit de refroidissement primaire. La situation s’est alors stabilisée.


La NRPA prend la situation très au sérieux, bien consciente des manquements aux évaluations de sûreté et à la communication à la NRPA autour de la sûreté du réacteur dans les jours qui ont précédé la détection d’une augmentation du flux de neutron le 1er novembre à l'IFE. Le réacteur était alors, comme l'IFE l'a décrit, dans un « état très spécial », qui était à la fois inhabituel et non décrit dans le rapport de sûreté. Les instruments nucléaires n’étaient pas calibrés pour les conditions subies dans la salle du réacteur. Comme il a déjà été dit, il ne s'agissait pas non plus d'une situation normale ou décrite dans le rapport sur la sûreté.


La NRPA a observé que, lors des entretiens donnés par la suite, il y avait des explications quelque peu contradictoires et qu'il y avait encore une certaine confusion. La NRPA estime qu'il est important que tous les facteurs soient pris au sérieux, à la fois les échecs techniques et les procédures inadéquates. L’IFE doit se concentrer sur les efforts visant à améliorer la culture de sûreté de l'organisation et tenir compte des rapports d'erreurs des inspections précédentes.


Il est important de mentionner qu'après le 1er novembre, il y a eu une communication satisfaisante de l'IFE à la NRPA dans les travaux ultérieurs sur le traitement du combustible endommagé et la supervision en cours,

 

5. Éléments découverts durant l’inspection-déviation et remarques

 

5.1. Définitions

Déviation = non-conformité aux normes établies dans le cadre de la loi.

Remarques = conditions nécessaires à signaler mais non couvertes par la définition de déviation.
Commentaire = utilisé pour expliquer ou justifier des discordances ou des remarques.

 

5.2. Déviation

On a relevé 4 écarts :

1. L’IFE a donné des informations erronées à la NRPA le mardi 25 octobre 2016 quand l’annonce a été faite que la situation était maîtrisée. L’IFE a de nouveau donné des informations erronées à la NRPA à plusieurs reprises entre le 27 octobre et le 1er novembre, quand la question de la sûreté du réacteur était soulevée et que l’IFE déclarait que la situation n’avait rien d’inhabituel.
2. L’IFE n’a pas été capable de faire des évaluations satisfaisantes de la situation et des conséquences possibles pour la sûreté du réacteur et les systèmes de sécurité du hall du réacteur, bien que la chose ait été discutée à plusieurs reprises dans les communications avec la NPRA. Une nouvelle évaluation de la sûreté du réacteur et de la situation dans le hall du réacteur n’a été faite que quand la NRPA a exigé une documentation comportant les signatures des directeurs responsables des opérations et de la sûreté.

3. Suite à la fermeture des valves et l’arrêt du circuit de refroidissement primaire, le réacteur s’est retrouvé dans un état qui n’a pas été défini dans le rapport de sûreté (SAR). La NPRA pense que les conséquences possibles de la fermeture des valves, l’augmentation des niveaux de radioactivité et les fortes températures dans le hall du réacteur pour les instruments clé et les systèmes de sécurité n’ont pas été évalués de manière adéquate ou documentés en amont ni décrits dans le SAR.

4. Il est important que toutes les conditions soient prises sérieusement et que l’IFE continue ses efforts pour améliorer sa culture de sûreté dans l’organisation et le suivi des recommandations et la prise en compte des déviations des inspections précédentes. Le travail sur la sûreté et la culture de sûreté chez l’IFE ont fait l’objet d’inspections systémiques en 2014 (Cf. rapport d’incident 1/2014). La NRPA voit cet événement comme une déviation liée à la culture de sûreté (Cf. déviations signalées dans le rapport d’inspection 1/2014). Des progrès plus importants auraient dû être réalisés dans les efforts pour se conformer aux conclusions de la révision du système et du travail destiné à améliorer la culture de sûreté de l’organisation.

 

5.3. Remarque

Aucune remarque n’a été faite dans le cadre de l’inspection.

 

5.4 Autres conditions

Il n’y a pas d’autres conditions à rapporter.

 

6. Suivi après l'inspection

La NRPA prend cet incident et ce qui peut être vu comme un suivi inadéquat de la révision du système très au sérieux. Cela sera suivi par la NRPA. Il y a maintenant un contact étroit entre la NRPA et l'IFE. L'IFE doit effectuer plusieurs diagnostics et procédures de dépistage. La NRPA a reçu un rapport après l'incident le 2 décembre 2016 et recevra également des rapports supplémentaires. La NRPA utilisera ces rapports dans ses efforts pour assurer le suivi de l'IFE. La NRPA supervisera le premier trimestre de 2017 en mettant l'accent sur les procédures et le suivi après l'incident.


 

Meilleures salutations,


Per Strand, chef de service

et Tonje Sekse, conseiller principal

 

 

_________________

Mises à jour :

26/03/17 : ajout d'un lien et d'une illustration (dernière de l'article)

27/03/17 : ajout d'une info dans le paragraphe 4 et modification du paragraphe 8 (suppression de l'allusion à un accident de niveau 4)

28/03/17 : ajout d'un avertissement au lecteur en début d'article

29/03/17 : ajout d'un lien dans l'avertissement

30/03/17 : ajout de trois illustrations et de deux liens vers des présentations diffusées par la NRC et l'AIEA (en annexe)

07/04/17 : ajout de l'info et de l'analyse du communiqué de l'IRSN sur Halden et ajout du lien vers ce communiqué daté du 5 avril 2017 - paragraphe 2 : ajout du partenaire IRSN pour la France - ajout d'une illustration (plan du réacteur)

 

 

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 20:44

Difficile d’être novateur sur le sujet de Fukushima. Aurait-on déjà tout dit depuis 6 ans que dure la catastrophe ? Eh bien non, avec le film de Linda Bendali, « De Paris à Fukushima, les secrets d’une catastrophe », le sujet de l’attitude de la France nucléaire au mois de mars 2011 n’avait jamais été abordé sous cet angle : alors que le Premier ministre japonais, Naoto Kan, confronté au feu nucléaire, devenait anti-nucléaire, le gouvernement Fillon lançait l’artillerie lourde pour contrer toute véhémence de débat sur ce sujet en France. Pour le ministre de l’industrie, Eric Besson, il s’agissait d’un incident. Nicolas Sarkozy s’invitait au Japon alors qu’on ne l’y attendait pas pour faire la promotion du nucléaire en pleine crise atomique. Et la France faisait semblant d’aider le Japon en envoyant des produits inutilisables ou dépassés. Donc un bon documentaire pointant des dysfonctionnements tant japonais que français que l’on peut revoir sur le compte Youtube de l'émission ci-dessous.

Cela dit, ce reportage a réveillé en moi une vieille colère, jamais vraiment éteinte depuis 1986, et vous n’échapperez donc pas aux commentaires que m'inspire ce reportage.

Pierre Fetet

 

Les mensonges de Tepco

 

Au début du documentaire, Tepco, champion du mensonge et du non-dit s’exprime par la voix de son porte-parole Yuichi Okamura : « Nous n’avions jamais imaginé qu’un tel accident puisse arriver. A partir des statistiques, nous avions calculé que le tsunami ne devait pas dépasser 5 mètres. Nos prévisions étaient dépassées.»

 

Il est contredit ensuite par la réalisatrice. Je remercie infiniment Linda Bendali d’avoir insisté sur le fait que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur Fukushima a donné comme première conclusion que la catastrophe de Fukushima est d’origine humaine. Car peu de gens comprennent l’enchaînement des évènements et l’on entend trop souvent que « la catastrophe de Fukushima a été provoquée par le tsunami ». Or, la véritable chaîne logique a été celle-ci :

 

1) Irresponsabilité : Tepco décide de construire une centrale nucléaire au niveau de la mer.

 

2) Stupidité : Alors que sept tsunamis de 12 à 28 mètres de hauteur ont eu lieu au Japon au XXe siècle, les hommes décident de construire une digue de protection de 5 m.

 

3) Corruption : les organismes de sûreté nucléaire du Japon acceptent les dossiers de construction.

 

4) Evènement naturel : un tsunami de 15 m de hauteur s’abat sur la côte est de Honshu, et donc sur la centrale de Fukushima Daiichi.

 

 

L’IRSN fait sa pub

 

L’IRSN est toujours pris en exemple et soigne son image de marque. Normal, il est l’organisme officiel de référence. Pourtant j’ai déjà pris plusieurs fois cet institut en flagrant délit de mensonge : assurance que les évacués allaient revenir d’ici trois mois en 2011, assurance qu’il n’y avait pas eu de rejet de strontium et de plutonium au Japon, assurance qu’une centrale nucléaire ne peut pas exploser en France… On a encore eu droit à Thierry Charles dernièrement qui affirme savoir où est le corium alors que même Tepco ne le sait pas…

 

Dans le documentaire, le narrateur assure que « L’IRSN est le premier organisme au monde à annoncer que le cœur en fusion s’est échappé de son confinement ». Et effectivement on a l’impression, en écoutant Jacques Repussard, que son institut a communiqué sur ce sujet en mars 2011. Or six mois après le début de la catastrophe, l’IRSN était encore à écrire : « Il reste impossible de savoir si du combustible fondu a pu se relocaliser au fond des enceintes et dans quelle quantité. » (Communiqué du 25 août 2011). Pourtant, le gouvernement japonais avait déjà reçu un rapport de l’AIEA le 7 juin reconnaissant la possibilité de perforations dans les cuves des réacteurs 1 à 3…

 

Non, sérieusement. Tout d’abord, le premier organisme qui a annoncé la fusion des trois cœurs, c’est Tepco, le 24 mai 2011. Et l’IRSN l’a annoncé le lendemain. Auparavant, l’IRSN n’a jamais rien écrit d’autre, pour les réacteurs 1, 2 et 3, que « L’injection d’eau douce se poursuit. Le débit d’injection d’eau est ajusté afin d’assurer le refroidissement du cœur qui reste cependant partiellement dénoyé. »

 

En 2011, la première personne qui a osé briser l’omerta du lobby nucléaire est Mishio Ishikawa, fondateur du JANTI (Japan Nuclear Technology Institute) : lors d’une émission télévisée japonaise, le 29 avril 2011, il a affirmé que les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daiichi étaient fondus à 100%. C’est ça l’histoire, c’est comme ça que ça s’est passé. L’IRSN n’a jamais dit cela avant quiconque. L’IRSN a respecté l’omerta sur la fonte totale des trois cœurs comme tous les acteurs du monde nucléaire et a attendu docilement que Tepco annonce la réalité pour acquiescer, quoi qu’en dise Jacques Repussard six ans plus tard.

 

 

Le mythe Naoto Kan

 

L’image du Premier ministre du Japon d’alors est à nuancer. On a l’impression, après avoir vu le documentaire, que Naoto Kan est intervenu en héros. Or il faut admettre également qu’il a fait plusieurs erreurs :

 

- Naoto Kan est allé à la centrale de Fukushima Daiichi en pleine crise et a fortement dérangé la gestion en cours. Le directeur Masao Yoshida a été sommé de s’expliquer, et d’expliquer ce qu’il était en train de faire, faisant perdre un temps précieux à ceux qui essayaient de résoudre les problèmes un par un (C’était juste avant les explosions du n°2 et du n°4 !). Le documentaire laisse entendre que Masao Yoshida allait quitter la centrale avec tous les ouvriers, et que grâce à l’intervention de Kan, ils ont été obligés de rester. C’est faux. Tepco avait peut-être l’intention de quitter le navire, mais le directeur responsable de la centrale a démenti tout projet d’abandon du site.

 

- Le documentaire montre bien Naoto Kan qui s’agenouille devant Nicolas Sarkozy. Politesse ou pressions industrielles ? On ne sait pas pourquoi il n’a pas osé contrer le VRP du nucléaire français.

 

- Naoto Kan restera pour tous les habitants des zones évacuées celui qui a décidé de faire passer la norme de 1 à 20 mSv/an. D’un côté, il était prêt à faire évacuer Tokyo mais de l’autre il a fait subir à toute une région un taux d’irradiation très important. Quelque chose est bizarre dans ces attitudes opposées.

 

 

Le spectre de Tchernobyl

 

Pierre Pellerin, même disparu, fait encore des dégâts… Entre deux parties du documentaire, Frédéric Boisset, rédacteur en chef de Brainworks Press, présente l’histoire de Tchernobyl de cette manière : « En 1986, le nuage radioactif se répand sur toute l’Europe. Les autorités n’ont pas les moyens techniques pour mesurer les retombées, donner des consignes aux Français. Peut-on manger des fruits et des légumes ? Faut-il se calfeutrer ? C’est pour éviter ce type de ratage qu’on a créé cet institut [l’IRSN]. »

 

Or ce n’est pas une interview prise sur le vif, c’est un texte soigneusement préparé avant l’enregistrement. Frédéric Boisset soutient donc sans sourcilier que le SCPRI de 1986, un ancêtre de l’IRSN, n’avait pas les moyens d’alerter les Français des dangers de la radioactivité !  Quelle énormité ! En Allemagne, ils avaient les moyens d’interdire la vente des épinards et des salades, de confiner les élèves à l’intérieur mais pas en France. Frédéric Boisset nous refait le coup du nuage qui s’arrête à la frontière ? C’est invraisemblable qu’un journaliste perpétue la désinformation commencée en 1986.

 

Pourtant, l’IRSN, digne héritier de l'esprit du SCPRI, a fait ce communiqué le 15 mars 2011, jour où le nuage radioactif de Fukushima est arrivé à Tokyo : « Une légère élévation de la radioactivité ambiante à Tokyo est constatée par quelques mesures. Cette élévation n’est pas significative en termes d’impact radiologique. » Pierre Pellerin n’aurait pas dit mieux ! Dans le même temps, Olivier Isnard, expert de l’IRSN dépêché à Tokyo, préconisait le calfeutrage des locaux de l’ambassade de France. Heureusement, Philippe Faure, l’ambassadeur de France au Japon, communiquait autrement auprès de ses expatriés à 10 h : « Restez dans vos maisons, en veillant à les calfeutrer au maximum, cela protège efficacement contre les éléments radioactifs de faible intensité qui pourraient traverser Tokyo. » Mais à 20 h, il change de ton et reprend le discours officiel dicté par l’IRSN : « La situation reste à l’heure qu’il est tout à fait saine sur Tokyo. Une très légère hausse de radioactivité a été enregistrée. Elle ne présente aucun danger sur la santé humaine. » 100 Bq/m3 ne présenterait aucun danger pour la santé pour un nuage radioactif sortant directement d’un réacteur nucléaire ? Je ne suis pas plus rassuré qu’en 1986 malheureusement. La Criirad non plus, qui publiait le 14 mars 2011 ce communiqué : "Alertes nucléaires au Japon"
 

 

Le tabou de l'explosion de vapeur

 

Une dernière tromperie. L’IRSN a trafiqué la traduction des paroles de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi. Juste après l’explosion de l’unité 3, celui-ci, affolé, appelle le quartier général pour l’informer de la situation. Tepco a livré cet enregistrement et l’IRSN l’a diffusé dans une vidéo en 2013.  Je ne connais pas le japonais mais j’ai des amis japonais qui m’ont assuré de la traduction de ses paroles. Je vous donne donc les deux versions, celle de mes amis et celle de l’IRSN. Les japanophones pourront vérifier d'eux-mêmes.

 

Version TV japonaise

https://youtu.be/OWCLXjEdwJM?t=7m38s

7:38 – 7:48

Version IRSN

https://youtu.be/tjEHCGUx9JQ?t=52m52s

52:56 – 53:06

  • QG ! QG !
  • Oui, ici le QG.
  • QG ! QG ! C’est affreux ! L’unité 3 a explosé maintenant. Je pense que c’est probablement la vapeur.
  • QG, estce que vous m’entendez ? On a un problème. Écoutez-moi s’il vous plait.
  • QG ! QG ! C’est terrible ! On a eu un problème sur le site n°3 !

 

 

Le documentaire donne une autre version : « QG, QG, c'est terrible ! C'est très grave ! - Oui, ici le QG. - Il semble qu'il y a eu une explosion sur le réacteur 3 qui ressemble à une explosion d'hydrogène ». Qui a soufflé ce texte aux journalistes ? Pourtant "Yoshida dit bien « suijôki » (vapeur) et non « suiso » (hydrogène). La traduction de l’IRSN censure donc l’hypothèse émise par le directeur de la centrale : l’explosion de vapeur. C’est normal, c’est la version officielle du gouvernement japonais et l’IRSN ne peut pas aller contre.

 

L’explosion de vapeur est un sujet tabou des communicants du nucléaire. Les experts en parlent entre eux, réalisent des études, des thèses, mais n’en parlent jamais au public car le sujet de l’explosion d’une centrale nucléaire est trop anxiogène. Si jamais on apprenait qu’une explosion de vapeur était arrivée à Fukushima, cela mettrait à mal l’image du nucléaire mondial. En France, le lobby politico-industriel a misé sa communication sur la maîtrise de l’hydrogène : toutes les centrales françaises ont des recombineurs d’hydrogène pour éviter les explosions d’hydrogène. Mais contre une explosion de vapeur, il n’y a rien à faire. Quand la cuve de confinement est pleine d’eau et que le corium à 3000°C tombe dedans, ça fait boum, que l’on soit au Japon ou en France, que ce soit un réacteur à eau bouillante ou un réacteur à eau pressurisée.

 

 

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En savoir plus sur le documentaire

 

Fukushima : la bataille de la France au nom de l’atome (Libération, Arnaud Vaulerin)

Fukushima : histoire d'une panique française (Téléobs, Arnaud Gonzague)

 

 

(dernière mise à jour 21/02/17)

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Illustration d'entête : évocation des fuites du réacteur 1 de Fukushima Daiichi (capture de l'animation du documentaire)

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