27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 00:58
Avaaz et le nucléaire

Il y a un an et demi, début juillet 2012, face à la menace que représentait le bâtiment réacteur n°4 de Fukushima Daiichi, je lançais la pétition « Appel urgent pour éviter une nouvelle catastrophe nucléaire mondiale ». J’avais choisi le nouveau site de pétition en ligne d’Avaaz car il était pratique. Mais je ne m’étais pas inquiété de savoir exactement ce qu’était Avaaz, pensant que c’était une organisation citoyenne comme une autre. Rapidement, de nombreux lecteurs m’ont contacté pour me prévenir qu’Avaaz était une ONG dont il fallait se méfier. Ayant déjà récolté plusieurs milliers de signatures, je décidai toutefois de la laisser en ligne, d’abord par respect pour les signataires mais aussi parce qu’elle avait le mérite de jouer un rôle de média et de diffuser une information qui était peu diffusée par ailleurs.

Je remercie vivement les 25 586 signataires qui ont choisi de soutenir cette initiative !

 

Mais aujourd’hui, je décide de la retirer (1) pour plusieurs raisons :

- elle n’a recueilli que 25 000 signatures en 18 mois, ce qui est ridicule face à l’enjeu mondial exposé ;

- elle n’a aucune valeur, car la liste fournie par Avaaz ne donne aucune autre information que le nom, ou pseudo, donné à la signature en ligne, ce qui ne permet aucune vérification ;

- ce qu’elle demandait n’a pas eu lieu : Tepco est resté « maître » de la centrale de Fukushima Daiichi, et aucune équipe d’experts internationaux ne s’est constituée pour gérer la crise ;

- enfin, le transfert du combustible de la piscine de désactivation est en cours depuis novembre. L’appel urgent n’a donc plus aucune raison d’exister.

 

 

Mon expérience d’une pétition en ligne Avaaz

 

Malgré l’échec – prévisible – de cette pétition, grâce à elle, j’ai pu toucher beaucoup plus de monde qu’un simple article de blog. Pour 25 000 signatures, il y a eu 100 000 visiteurs. Seulement un visiteur sur quatre a signé. Pourquoi tant d’hésitations ? Beaucoup ont estimé que l’ONU n’était pas le bon interlocuteur et me l’ont fait savoir, certains n’ont pas voulu signer une pétition Avaaz, enfin d’autres ont sans doute estimé qu’il n’y avait pas de danger avec cette piscine 4, ou alors ont trouvé que le texte était trop long à lire et sont passés à autre chose.

 

J’ai fait traduire la pétition et l’ai diffusée par d’autres articles du blog en anglais et en japonais, c’était le plus utile. Il y a eu aussi des traductions en espagnol et en polonais. De ce fait, elle a circulé à travers le monde : les signatures sont venues de l’Europe entière, mais aussi du Chili, de l’Argentine, des Etats-Unis, du Japon, du Cambodge, du Mozambique, du Népal, du Brésil, du Canada, du Sénégal, d’Israël, des Emirats, de la Tunisie, de l’Ouganda, de Singapour, etc. Ca c’est la magie d’Avaaz. Mais ces traductions ne l’ont pas fait décoller pour autant.

 

Aujourd’hui, je ne recommanderais à personne d’utiliser Avaaz pour créer une pétition. Avaaz est une grosse entreprise avec un chiffre d’affaire dépassant les 10 millions de dollars annuels. Avec ces moyens financiers gigantesques, ils n’arrivent même pas à répondre à un simple mail. En 2012, désirant faire traduire ma pétition dans d’autres langues, je me suis adressé plusieurs fois à Avaaz pour demander quelle était la procédure. Aucune réponse sinon un mail très court du type « Nous sommes surbookés. ».

 

Quand on écrit à Avaaz, on ne sait pas à qui on écrit. On utilise une adresse de contact impersonnelle. Quand on reçoit une réponse, on n’a jamais la réponse de quelqu’un de tangible, c’est juste un prénom qui répond, ou alors « l’équipe ». Du coup, on ne sait pas si la réponse a été générée par un robot ou un humain.

 

En octobre 2012, ma pétition a été attaquée par un robot spammeur situé en Afghanistan. Des signatures toutes plus bizarres les unes que les autres (du genre « online pokie game »), arrivaient en masse. Plus tard, en décembre 2012, le site de pétition a eu quelques problèmes et diffusait n’importe quoi. L’écran, qui n’affichait plus le titre de la pétition, indiquait qu’elle avait été créée le 31 décembre 1969 et qu’elle était adressée à Jean Charest !

 

 

 

Problème d'affichage de ma pétition : ça ne ressemble plus à rien !

Problème d'affichage de ma pétition : ça ne ressemble plus à rien !

 

Mais la pire chose qui me soit arrivée avec cette pétition est que j’ai constaté, fin 2012 et début 2013, que le nombre de signataires reculait d’un jour à l’autre. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à noter les chiffres du compteur quand je la consultais. Et un jour, j’ai eu la désagréable surprise de le voir reculer de plusieurs centaines en quelques jours : le 13 juin 2013, j’ai comparé le mail récapitulatif d’Avaaz avec le compteur, et il manquait 500 signatures !

 

Avaaz et le nucléaire

 

J’ai signalé ce problème à Avaaz, et là « Aloys » m’a répondu ce message :

 

Avaaz et le nucléaire

Sur le coup, je me suis dit : « Super, ils me répondent enfin un vrai mail personnalisé ». Mais en fait non, ce n’était qu’un formulaire puisqu’un lecteur a reçu un texte identique, à quelques mots près.

 

Si on regarde la raison qu’ils donnent pour supprimer des signatures, ça voudrait dire que l’adresse mail est primordiale pour authentifier la personne. La réponse d’Avaaz semble au premier abord tout à fait justifiée : leur gestionnaire de base de données fait régulièrement du nettoyage dans les mails pour faire le tri des “vrais” signataires et des spammeurs. Or à mon sens, ce n’est pas justifié pour le pétitionnaire, car quand on récupère la liste des signataires, Avaaz ne fournit pas les adresses mail. Comme ce n’est pas Avaaz qui prend en charge la remise de la pétition quand il s’agit d’une pétition lancée par un individu, leur démarche n’a aucun sens ! Si je signe une pétition Avaaz tel jour, et que le lendemain, pour une raison ou pour une autre mon adresse mail devient invalide, ma signature devient également invalide alors qu’elle était sincère. Ce système de signature électronique est donc incohérent et inutile, sauf pour Avaaz qui récolte des adresses mails qui serviront à diffuser d’autres campagnes et demandes de dons.

 

Il y a quelques jours, j’ai fait le point grâce aux mails statistiques envoyés chaque semaine par Avaaz. En fait, sur 18 mois, les chiffres annoncés sont plus ou moins justes, avec quelquefois des écarts énormes en plus ou en moins. Pour illustrer cette bizarrerie,  un mois après la création de la pétition, Avaaz la créditait de 400 signatures supplémentaires alors qu’elle en recevait 862. J’ai donc constaté qu’Avaaz crédite ou débite des signatures de manière aléatoire. Quand on fait le compte sur l’ensemble de la période, il manque plus d’un millier de signatures. Le système n’est donc pas fiable et semble obéir à d’autres motifs que de simples calculs additifs.

 

 

Avaaz et le nucléaire

 

Avec tous ces problèmes cumulés (et je ne vous ai pas parlé de tout !), alors qu’Avaaz se targue d’être hyper sécurisé et tout et tout, je me suis posé la question de la fiabilité et de l’honnêteté de cette organisation. D’autant plus que parallèlement, des lecteurs me donnaient de la lecture, critiquant très sévèrement l’intégrité du fondateur et l’opacité du système. J’en profite pour partager ce lien pour ceux qui voudraient se pencher sur le sujet :

Avaaz, cyber-actions et cybermanifs (Luc-Laurent Salvador, janvier 2012)

 

On apprend aussi par Wikipédia qu’historiquement, entre autres actions diverses et variées, Avaaz a comme fil directeur depuis sa création en 2007 le combat contre le réchauffement climatique. Si l’on regarde les pétitions mises en ligne, le sujet du nucléaire n’apparaît que très peu souvent, ou alors juste pour favoriser le désarmement nucléaire des grandes puissances. Le nucléaire civil est quasiment délaissé, sauf à propos de Fukushima, où l’on trouve quelques pétitions. Mais quelles pétitions ? Avaaz diffuse des pétitions en anglais, comme celle-ci (Hand in hand for Fukushima), mais elle n’a ni compteur de signatures, ni date ! Et quand on clique sur l’onglet « français » ou « japonais », la pétition n’est pas traduite et on tombe sur une autre page de promotion d’autres pétitions ! Pour celle-là (Stop the Next Nuclear Disaster!) c’est pareil, pas de compteur, pas de traduction. On a l’impression que tout est fait pour torpiller la cause défendue.

 

Alors voilà, je pose la question : Avaaz roule pour quelle cause ? Le combat antinucléaire civil est bizarrement très discret depuis la création de l’organisation. En revanche le combat récurent contre le réchauffement climatique pourrait correspondre à une posture pronucléaire car, du coup, la lutte d’Avaaz porte sur la réduction de l’utilisation du charbon et du pétrole, grands producteurs de CO2, mais jamais sur l’abandon de l’énergie nucléaire.

 

Le fondateur d’Avaaz, Ricken Patel, qui communique depuis six mois avec « l'email le plus important qu’il nous a jamais écrit », ne dit pas autre chose : « Nous pourrions tout simplement commencer par remplacer le pétrole et le charbon par d'autres sources d'énergie pour alimenter nos économies ». Le problème est qu’il ne se prononce pas pour les énergies renouvelables et qu’il ne condamne pas l’énergie nucléaire. On retrouve là le discours souterrain des sites « écolos » mais pronucléaires qui foisonnent sur la Toile et qui, sous couvert de développement durable, veulent nous faire accepter l’énergie nucléaire comme une énergie d’avenir. Là, c’est sous couvert de la catastrophe prochaine due au réchauffement climatique.

 

Avaaz et le nucléaire

Pour appuyer son discours, Avaaz met en avant dans ses pages d’accueil des citations de personnalités comme Al Gore ou Gordon Brown qui soutiennent l'ONG. Mais jamais ces célébrités n’écartent le nucléaire. Au contraire, Al Gore, ce militant mondial contre le réchauffement climatique, prévoyait en 2008 de conserver 20 % de nucléaire pour les Etats-Unis. Quant à Gordon Brown, alors Premier ministre du Royaume Uni, il a bel et bien relancé le nucléaire dans son pays.

La citation du pronucléaire Gordon Brown

Ricken Patel écrit dans sa dernière lettre que « C'est le moment d'offrir à nos enfants un monde dont la beauté correspond à nos rêves ». Ca me rappelle la belle phrase du Premier ministre Abe devant le comité olympique à Buenos Aires le 7 septembre 2013  : « Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. »

Est-ce que l’on parle des mêmes enfants M. Patel ?

 

Moi je dis : M. Ricken Patel, je vous croirai quand vous ferez une campagne mondiale digne de ce nom contre l’énergie nucléaire civile. Ne pas combattre l’énergie nucléaire, c’est se prononcer tacitement en sa faveur. Tchernobyl et Fukushima ont démontré toute l’horreur de la pollution radioactive, elle met en péril l’intégrité du génome humain et les enfants sont les premiers à en souffrir. Alors arrêtez de faire du catastrophisme climatique pronucléaire comme savent si bien le faire « Les écologistes pour le nucléaire » ou les militants de « Sauvons le climat », et battez-vous véritablement pour un avenir meilleur, sans énergie nucléaire. Et surtout, dites-le clairement, sans aucune ambiguïté !

 

Pierre Fetet

 

(1) Impossible de la retirer pour l’instant : Avaaz ne propose même plus le bouton pour la stopper. Encore un bug, je ne les compte plus !

[ Mise à jour du 5/01/14 : Finalement, il y a quelques jours, j'avais trouvé le bouton en utilisant un autre navigateur ; j'ai cliqué sur l'option "Clore la pétition", mais elle est restée en ligne. Aujourd'hui, 5 janvier, j'essaie à nouveau, ça a marché ! ]

 

 

_________________________

 

Pour information, le dernier message de Ricken Patel en date du 23 décembre 2013

 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 10:02

Alors que les officiels japonais commencent à peine à reconnaitre que tous les évacués de la zone interdite de Fukushima ne pourront peut-être pas rentrer chez eux, Chris Busby publie un article qui rappelle les dangers de la vie en secteur contaminé. Il dénonce encore une fois les mensonges des scientifiques pro-nucléaires sur la soi-disant innocuité des faibles doses, avec l’exemple d’une étude sur les bébés californiens…

Tout le monde n’aura pas la chance de retourner vivre en enfer

 

C’est désormais officiel. Toutes les personnes évacuées de la zone interdite autour de la centrale nucléaire de Fukushima ne pourront pas rentrer chez elles. Ce sont les autorités japonaises qui le disent. On croit rêver, mais c’est pourtant vrai… Jusqu’à présent, les officiels affirmaient que les réfugiés pourraient un jour rentrer chez eux et reprendre leur vie d’avant la catastrophe... On attend avec impatience les traditionnelles courbettes de la part des officiels qui ne manqueront pas de s’excuser d’avoir échoué dans leur impossible mission de décontamination, mais qui, dès que les caméras seront coupées, continueront de priver les enfants de la préfecture de Fukushima du minimum de solidarité nationale qui aurait pu garantir la préservation de leur santé.

Le déni permanent du risque radioactif

 

La préfecture de Fukushima offre des examens médicaux aux enfants âgés de moins de 18 ans au moment des explosions de la centrale.

Car pendant que l’on fait semblant de s’excuser de ne pouvoir ramener tout le monde au bercail, des centaines de milliers de personnes vivent toujours en zone fortement contaminée dans la préfecture de Fukushima, sans aucune reconnaissance du risque qu’elles encourent. Le gouvernement japonais comme les instances internationales font la sourde oreille. Wolfang Weiss, membre de l’UNSCEAR (l’organisme des Nations-Unies chargé d’évaluer les conséquences des catastrophes nucléaires et des radiations) est même allé jusqu’à affirmer que les niveaux de radioactivité avaient été « si bas que nous n’attendons aucune hausse des cancers dans le futur pour cette population». C’était en mai dernier. En novembre, on comptait déjà 26 cas confirmés de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans, ainsi que 32 cas suspects supplémentaires (289 960 enfants ont été examinés)... Dans la seule préfecture de Fukushima…

 

Mais que cela n’entame pas votre moral, le gouvernement japonais a décidé de réagir en annonçant l’ouverture d’un centre d’entrainement olympique à 15 km de la centrale. A plus de 8 000 kilomètres de là, les « faibles doses » issues de Fukushima ont laissé leurs traces dans les thyroïdes des bébés californiens. Que se passera-t-il alors, pour ceux qui grandissent à quelques dizaines de kilomètres de Fukushima Daiichi ?

 

Les faibles doses, une invention « scientifique »

 

Dans un article publié sur le site counterpunch.org, Chris Busby présente les résultats d’une étude montrant que les bébés nés en Californie ont subi les effets des retombées de Fukushima. Cette étude apporte un éclairage saisissant sur les discours rassurants des officiels japonais et des instances internationales concernant la sécurité sanitaire des personnes résidants dans les zones contaminées et plus particulièrement des enfants. Chris Busby y dénonce l’utilisation du concept de « faibles doses ».

 

L’article original est disponible ici. Vous trouverez sa traduction ci-dessous :

Michel Fernex, Wladimir Tchertkoff et Chris Busby dénonçant le mensonge des instances internationales sur les effets de la radioactivité. © Yann Forget

Michel Fernex, Wladimir Tchertkoff et Chris Busby dénonçant le mensonge des instances internationales sur les effets de la radioactivité. © Yann Forget

" Le 19 novembre 2013

 

Une menace mondiale
Les retombées de Fukushima ont endommagé les thyroïdes des bébés californiens

par CHRIS BUSBY

 

Une nouvelle étude sur les effets des petites quantités de retombées radioactives de Fukushima sur la santé des bébés nés en Californie montre un excès significatif d'hypothyroïdie causée par la contamination radioactive qui a voyagé sur 5 000 miles au-dessus du Pacifique. L'article sera publié la semaine prochaine dans la revue scientifique Open Journal of Pediatrics.

 

L'hypothyroïdie congénitale est une maladie rare mais grave qui affecte normalement environ un enfant sur 2 000, et qui exige une intervention clinique - la croissance des enfants souffrant de cette maladie est affectée s’ils ne sont pas traités. Tous les bébés nés en Californie sont suivis à la naissance pour vérifier le taux de thyréostimuline (TSH) dans le sang, car des niveaux élevés indiquent une hypothyroïdie.

 

Joe Mangano et Janette Sherman du Projet Radioactivité et Santé Publique à New York, et Christopher Busby, chercheur invité à l'Université Jacobs de Brême, ont examiné les taux d'hypothyroïdie congénitale (CH) des nouveau-nés à partir des données de l'État de Californie sur la période des explosions de Fukushima.

 

Leurs résultats sont publiés dans leur article "Changement dans les cas confirmés et limites d’hypothyroïdie congénitale en Californie, en fonction des retombées environnementales de la catastrophe nucléaire de Fukushima". Les chercheurs ont comparé les données de bébés exposés à l'iode 131 radioactif et nés entre le 17 mars et le 31 décembre 2011, avec celles de bébés non exposés nés en 2011 avant les expositions ainsi que d’autres nés en 2012.

 

Les cas confirmés d'hypothyroïdie, définis comme ceux ayant un niveau de TSH supérieur à 29 unités, ont augmenté de 21% dans le groupe de bébés qui ont été exposés à un excès d'iode radioactif dans l'utérus (*). Le même groupe d'enfants montre une augmentation de 27% des "cas limites" (**).

 

Contrairement à ce que disent de nombreux rapports, l'explosion des réacteurs et des piscines de combustible usé à Fukushima a produit des niveaux de contamination radioactive comparables aux rejets de Tchernobyl en 1986. En se basant sur les estimations du Laboratoire Norvégien de l’Air, il est possible d'estimer que plus de 250PBq (200 x 1015) d'iode 131 (d’une demi-vie de 8 jours) ont été rejetés à Fukushima.

 

Ceci est également prévu si l’on compare les estimations de césium 137 avec les rejets d’iode 131 rejetés à Tchernobyl, des quantités qui ont causé l'épidémie de cancers de la thyroïde de la Biélorussie, de l’Ukraine et de certaines parties de la République de Russie.

 

Nous y reviendrons plus tard. A Fukushima, les vents ont de manière générale poussé l'iode radioactif et les autres radionucléides volatils vers la mer, vers l'océan Pacifique. Le voyage de 5 000 miles jusqu’à la côte Ouest des Etats-Unis laisse beaucoup de temps pour la dispersion et la dilution. Néanmoins, de petites quantités d'iode 131 ont été mesurées dans le lait, provoquant l'inquiétude générale.

 

Les autorités ont minimisé les risques en se basant sur le fait que les "doses" étaient très faibles ; beaucoup plus faibles que le fond radioactif naturel. L'Université de Berkeley a mesuré de l’iode 131 dans l'eau de pluie du 18 au 28  mars 2011, date après laquelle les niveaux ont diminué. Si nous supposons que les mères buvaient 1 litre d'eau de pluie par jour pendant cette période (bien sûr, elles ne l'ont pas fait), le modèle actuel de risque radioactif de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) calcule une dose absorbée par la thyroïde des adultes de 23 microsieverts, moins de 1/100ème de la "dose" de fond radioactif annuel. Le fœtus est plus sensible (environ 10 fois plus, selon le CIPR) mais il est exposé à moins que cela car il est peut-être 100 fois plus petit.

 

Donc, cette constatation est un exemple de plus pour dire que le modèle de risque radioactif actuel, utilisé par les gouvernements de tous les pays, est massivement inadapté pour prédire le préjudice de l'exposition des radionucléides internes ou pour expliquer des observations claires.

 

On a refusé que la catastrophe de Fukushima puisse être une cause potentielle d'effets sur la santé, même au Japon, et encore moins aussi loin qu’en Californie. Et sur ​​quelle base ? Parce que la «dose» est trop faible.

 

C'est le mantra scandé par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS, en grande partie la même équipe) et le Comité Scientifique des Nations Unies sur les Effets des Rayonnements Ionisants (UNSCEAR). Et n'oublions pas tous les scientifiques nucléaires qui s'abattirent sur ​​Fukushima avec leurs conférences internationales et leurs présentations apaisantes.

 

On a entendu ce chant après Tchernobyl, après les leucémies infantiles des sites nucléaires, dans les cas concernant les vétérans d’essai nucléaire atmosphérique, et dans toutes les autres situations évidentes qui, dans n'importe quel domaine scientifique impartial, auraient depuis longtemps balayé la conviction que les expositions internes de bas niveau ne sont pas dangereuses.

 

Mais ce concept de «dose» qui s’adapte à tout est le navire en perdition de l'industrie nucléaire. Il offre un paravent essentiel pour l'utilisation des armes à l'uranium, que ce soient les bombes à fission ou les munitions à l'uranium appauvri, pour le développement de centrales nucléaires comme Hinkley Point, pour l'enfouissement des déchets radioactifs dans des décharges au centre de l’Angleterre, pour les rejets de plutonium en mer d'Irlande provenant de Sellafield (où il dérive jusqu’au rivage et provoque une augmentation des cancers sur les côtes du pays de Galles et d’Irlande) et, plus récemment, pour le déni des gouvernements britanniques des excès de cancers parmi les vétérans des essais nucléaires.

 

Cette nouvelle étude n'est pas la première à attirer l'attention sur la sensibilité de l'enfant à naître aux produits de fission internes. En 2009, j'ai utilisé les données qui m’ont été fournies quand j'étais membre de la Commission d'Examen des Risques des Rayonnements des Emetteurs Internes (CERRIE) du gouvernement britannique pour réaliser une méta-analyse des taux de leucémie infantile dans cinq pays d'Europe : Angleterre et Pays de Galles, Allemagne, Grèce, et Biélorussie.

 

Il y avait eu une augmentation inattendue et statistiquement significative des leucémies infantiles (0-1 ans) chez les enfants qui étaient dans l'utérus (le corps entier ayant été suivi) pendant l’augmentation des niveaux de césium 137 de Tchernobyl. L'intérêt de cette étude (comme l'étude de la TSH) est que, contrairement aux  leucémies infantiles de Sellafield, il n'y a vraiment aucune autre explication possible.

 

C'était la faible "dose" de césium 137 qui a causé les leucémies. Et la corrélation dose-réponse n'est pas une ligne droite : l'effet avec une "dose" très faible était supérieur à celui de la "dose" très élevée. Sans doute parce qu’avec les doses élevées les bébés ont péri dans l'utérus et ne pouvaient pas, par conséquent, développer une leucémie. J'ai publié les résultats et attiré l'attention sur l'échec du modèle de la CIPR dans le International Journal of Environment and Public Health  en 2009.

 

J'ai publié un article sur cette preuve par la leucémie infantile de l'échec du modèle de risque dans Energie et Environnement en 2000, et je l’ai également présentée la même année à la conférence de l'Organisation Mondiale de la Santé à Kiev. C'est là que j'ai vraiment affronté pour la première fois le renversement de la science déployé par les chefs de l'AIEA et de l'UNSCEAR. La conférence a été filmée par Wladimir Tchertkoff et vous pouvez voir son excellent documentaire, qui été fait pour la télévision suisse, Mensonges Atomiques (titre original : Atomic Lies), réédité en 2004 en Controverses Nucléaires (lien vers Youtube, documentaire sous-titré en français, visible en 5 parties - titre original : Nuclear Controversies, lien vers Youtube, 51 minutes, sous-titrage en anglais).

 

Ce que font ces gens, c’est de rejeter tout élément de preuve d'une augmentation des taux de cancer ou de toute autre maladie en opposant que "les doses étaient trop faibles". De cette façon, la réalité est dissipée. Mais que signifie cette quantité de "dose"? Il s'agit d'une simple quantité physique, qui représente l'absorption de l'énergie du rayonnement. Un Sievert de rayonnement gamma correspond à une Joule par kilogramme de tissu vivant.

 

Cela pourrait fonctionner pour le rayonnement externe. Mais cela ne fonctionne pas pour les expositions internes à des éléments radioactifs qui peuvent produire d'énormes effets sur l'ADN cellulaire à de faibles "doses" moyennes. C'est comme comparer le fait de se réchauffer devant un feu avec le fait de manger un charbon ardent. Ou comme comparer un coup de poing avec un coup de couteau. La même dose, la même énergie. Des effets très différents…

 

Cette escroquerie de la "dose" a été utilisée pour rejeter les effets réels depuis son invention en 1952 pour faire face aux risques liés aux expositions dues au développement des armes nucléaires et aux essais. Pour ceux qui veulent creuser plus profondément dans la science, il y a un chapitre récent que j’ai écrit dans le livre  New Research Directions in DNA Repair [Nouvelles orientations de la recherche pour la réparation de l’ADN].

 

Les cas les plus inquiétants de la sensibilité du fœtus à la radioactivité sont les études de sex-ratio de Hagen Scherb, un biostatisticien allemand et membre du Comité Européen sur les Risques Radologiques (CERI). Avec sa collègue Christina Voigt, il a publié une série d'articles montrant un changement soudain dans le sex-ratio des nouveau-nés après divers incidents d'exposition à la radioactivité.

 

Le sex-ratio - c’est-à-dire le nombre de garçons nés pour 1 000 filles - est un indicateur bien accepté pour les dommages génétiques, et les perturbations dans le ratio normal de 1 050 (garçons pour 1 000 filles) sont dues à la mort avant la naissance d’individus touchés par la radioactivité, d'un sexe ou de l'autre selon que le père (le sperme) ou de la mère (œuf) a été plus exposé.

 

Nous avons trouvé un tel effet (plus de filles) dans notre étude de Falloujah, en Irak, où il y avait une exposition à des armes à l'uranium. Mais Scherb et Voigt ont étudié les grandes catastrophes, Tchernobyl, les retombées des essais d'armes nucléaires, la proximité de sites nucléaires dans les données de nombreux pays du monde. C’est un ensemble de données énormes.

 

Ils estiment que des millions de bébés ont été tués par ces expositions discrètes aux rayonnements internes. Le projet nucléaire militaire est responsable d'un très grand nombre de décès. Dans les années à venir, je crois que cela finira par être considéré comme le plus grand scandale de santé publique de l'histoire humaine.

 

Bien entendu, l'exposition à l’iode radioactif est associée au cancer de la thyroïde chez les enfants. Il y a eu une forte hausse du cancer de la thyroïde en Biélorussie, en Ukraine et en  République de Russie après Tchernobyl. La situation à Fukushima semble devoir y faire écho, bien que les autorités affirment qu'il n'y aura pas d'effet.

 

Notre article rapporte 44 cas de cancer de la thyroïde confirmés dans la classe des 0-18 ans dans la préfecture de Fukushima pour les six derniers mois (un chiffre qui a augmenté depuis à 53). Dans l’article sur l'hypothyroïdie, nous discutons des 44 cas relativement à la population et calculons que cela représente un excès de 80 fois, sur la base des données nationales d’avant les rejets d'iode de Fukushima.

 

Cela pose un sérieux défi pour le Dr Wolfgang Weiss de l'ONU et de l'OMS, qui a déclaré l'année dernière qu’aucun cancer de la thyroïde ne pourrait résulter de la catastrophe de Fukushima car les "doses étaient trop faibles". Comment explique-t-il l'augmentation de 80 fois dans cette situation normalement rare ?

 

Ou plutôt, quand admettra-t-il que l'ensemble du modèle scientifique qui sous-tend son point de vue est frauduleux ? Et que le rayonnement nucléaire est - grosso modo – 1 000 fois plus dangereux pour la santé humaine qu’il ne le prétend ?

 

Chris Busby


Pour les statisticiens :
* RR 1,21, IC 95% 1,04 à 1,42, p = .013
** RR 1,27, IC 95% 1,2 à 1,35, p = 0,00000001.
"

Modification du 29.11.2013 à 10h21

L'étude citée par Chris Busby vient d'être publiée dans l'Open Journal of Pediatrics.

Vous pouvez la télécharger en cliquant sur le lien suivant : article de Jospeh Mangano, Janette Sherman et Christopher Busby sur les effets de Fukushima sur les cas d'hypothyroïdie chez les bébés nés en Californie.

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:50

« Le dernier homme de Fukushima », comme l’a dénommé Antonio Pagnotta, viendra en France en mars 2014, et plus particulièrement à Fessenheim lors des manifestations qui se tiendront sur le Rhin pour le troisième anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima.

 

Ardent défenseur de la vie, Naoto Matsumura a choisi de rester en territoire contaminé pour ne pas abandonner les animaux laissés à eux-mêmes après l’évacuation de leurs maîtres. Aujourd’hui, il souhaite témoigner de l’horreur nucléaire directement aux Français et aux Européens, afin qu’ils saisissent réellement ce que veulent dire des mots comme « territoire contaminé », « exode », « abandon », « séparation », « désert », « désolation », « maladie », « mort », mais aussi « combat », « solidarité », « espoir ».

 

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Si vous aussi, vous pensez que ce témoignage est important à faire passer dans le pays le plus nucléarisé du monde par habitant, alors je vous encourage à soutenir ce projet. Il ne se réalisera que si les organisateurs réussissent à collecter la somme de 5000 euros.

 

 

Participez à cet évènement européen en faisant un don !

 

 

Un site entièrement dédié au voyage de Naoto Matsumura en Europe a été créé. Voici ses principales entrées, n’hésitez pas à les consulter :

 

   - Qui organise ?

 

   - Pourquoi soutenir le voyage de Naoto Matsumura en France ?

 

   - Quel sera le périple de Naoto ?

 

   - Quelles sont les missions de Naoto ?

 

   - Pourquoi une collecte ?

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 11:08
Europe : radioactifs aujourd’hui ET radioactifs demain

En 2011, Toshiso Kosako, conseiller du Premier ministre en affaires nucléaires, avait démissionné suite à la décision du gouvernement japonais de relever les taux d’exposition limite à 20 mSv/an. En Europe, qui pleurera et qui démissionnera dans les jours qui viennent ?

.

(source illustration)

La catastrophe de Fukushima n’aura rien changé dans les esprits des décideurs. Au contraire, sous la pression du très puissant lobby nucléaire, elle aura engendré le renforcement des thèses négationnistes concernant les effets des faibles de doses des rayons ionisants.

 

Radioactifs aujourd’hui

Actuellement, l’Europe autorise la commercialisation des produits contaminés au césium jusqu’à 600 Bq/kg (contre actuellement 100 Bq/kg au Japon)

 

Radioactifs demain

Le 24 octobre 2013, l’Europe à son tour admet une exposition accidentelle entre 20 et 100 mSv/an et elle autorise la population à vivre en territoire contaminé jusqu’à 20 mSv/an.

 

L’AIEA toute puissante avait préparé le terrain deux jours plus tôt en autorisant officiellement la vie en zone contaminé à 20 mSv/an au Japon.

 

 

Sources : Radioprotection : Le lobby du nucléaire prépare l’acceptabilité d’un Fukushima européen avec la complaisance du Parlement européen (Michèle Rivasi)

Notes de Georges Magnier : Vivre après Fukushima

 

 

 

En savoir plus :

 

Textes adoptés à Strasbourg le 24 octobre 2013

 

Les normes relatives à la contamination radioactive des denrées alimentaires en Europe et au Japon : un nombre calculé de morts par irradiation

 

Fukushima : le scandale étouffé du contrôle européen des aliments

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 14:33
Fukushima : appel à l’aide à Luc Oursel (AREVA), Henri Proglio (EDF), Pierre-Franck Chevet (ASN), Bernard Bigot (CEA) et Jacques Repussard (IRSN)

Messieurs les promoteurs de l’énergie nucléaire,

 

Avez-vous entendu l’appel au secours international lancé par l’électricien Tepco et par le gouvernement japonais il y a quelques jours ? Cet appel s’adresse à vous, experts nucléaires, pour trouver une solution rapide à l’urgence actuelle.

 

Quelle est cette urgence, alors que l’arrêt à froid a été déclaré en décembre 2011 ?

 

Depuis deux ans et demi, nous sommes témoins impuissants de ce qui se passe à Fukushima. 3 cœurs fondus, 3 coriums perdus, 3 enceintes de confinement percées, 3 explosions atmosphériques, 3 piscines de combustible en position instable. A la limite, on aurait encore pu espérer qu’une fois le nuage passé, les coriums refroidis et les piscines vidées de tout combustible, tout était maîtrisé. Mais on est loin d’une stabilisation de la situation. On se retrouve plutôt proche d’un clash.

 

Peut-être étiez-vous en vacances et n’êtes vous pas au courant des évènements de cet été car je n’ai pas encore vu – excepté sur le site de l’IRSN qui affirme que la situation ne s’aggrave pas – la moindre réaction de votre part après la reconnaissance officielle d’un flux continu de plusieurs centaines de m3 d’eau hautement radioactive se déversant directement dans l’océan Pacifique !

 

La communauté internationale ne semble pas avoir pris la mesure du problème. Pourtant, un cap irréversible a été franchi : Fukushima, même si on s’en doutait fortement, est devenu officiellement une fabrique internationale de radionucléides dont personne ne maîtrise le mécanisme.

 

Personnellement, je ne suis pas expert nucléaire, alors que vous, si. C’est donc bien à vous que Tepco s'adresse. Il vous appartient donc de réagir rapidement puisqu’il s’agit d’une urgence nucléaire reconnue par la NRA, l’agence de régulation nucléaire japonaise.

 

Si on ne trouve pas de solution rapide, le combustible et les produits de fission contenus dans les trois coriums perdus – soit 250 tonnes – vont se déverser en continu durant des dizaines d’années dans l’océan Pacifique. Certes, ils se diluent, mais ils ne disparaissent jamais et entrent dans la chaîne alimentaire mondiale, avec les effets de concentration que vous connaissez.

 

Vous, promoteurs de l’énergie nucléaire, avez maintenant l’obligation morale de trouver une solution immédiate pour arrêter cette contamination constante. Il est urgent que vous répondiez maintenant au SOS de Tepco, car chaque particule radioactive lâchée dans l’environnement va parcourir la terre durant des centaines d’années, voire des milliers pour certaines, et affecter les êtres vivants.

 

Personne, depuis deux ans et demi, n’a encore trouvé de solution à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Si vous et l’armée d’experts français que vous dirigez – les meilleurs au monde selon vous puisqu’aucun accident nucléaire n’est encore arrivé dans l’Hexagone – n’avez de solution immédiate à fournir au Japon, alors prenez les mesures immédiates pour arrêter le nucléaire en France, car aucune de vos centrales nucléaire n’est plus sûre que celle de Fukushima.

 

Le plus gros problème est qu’il semble que vous n’ayez pas de solution. On ne vous entend pas. Votre silence cache votre désarroi. Vous vous cachez derrière vos hautes fonctions car vous n’avez pas de solution à apporter contre la pollution continue de la planète.

 

Soyez responsables, ayez du courage, reconnaissez que la bataille est perdue, afin de sauver ce qui est encore sauvable. Informez les hommes et les femmes politiques sur les conséquences du rayonnement alpha du plutonium dans nos cellules. Faites en sorte qu’ils prennent conscience de l’urgence présente afin qu’ils engagent immédiatement notre société dans une reconversion énergétique. Nous avons besoin de vos dizaines de milliers d’employés pour que le danger atomique reste confiné. Mais nous n’avons plus besoin de cette énergie nucléaire qui nous met en constant danger de maladie et de mort.

 

L’avenir de l’humanité est encore entre vos mains : s’il vous plait, trouvez une solution immédiate à l’urgence de Fukushima, ou arrêtez immédiatement le nucléaire.

 

Si cela est trop difficile pour vous, alors s’il vous plait, démissionnez de vos postes de responsabilité car, dans ce cas, vous n’êtes plus en mesure de protéger vos concitoyens.

 

 

 

Pierre Fetet

 

 

 

Edit du 7/09/13 :

Un lecteur m'a fait remarquer que le patron du CEA n'est pas Yves Bréchet, mais Bernard Bigot. J'ai donc changé le titre en conséquence. Yves Bréchet est Haut-commissaire à l'énergie atomique, c'est à dire conseiller du CEA, du gouvernement, etc...d'un point de vue scientifique. Mais comme il est expert en nucléaire, je pense que l'appel de Tepco s'adresse également à lui.

 

L’homme est sans défense face à la radioactivité. Aucun de ses sens n’est en mesure de la percevoir. Il ne ressent pas la radioactivité qu’il subit. La radioactivité n’éveille en nous aucune alerte. La radioactivité se joue de notre instinct de conservation. Bien qu’on en meure, aucune douleur d’aucune sorte ne nous avertit de l’agression ponctuelle soufferte, nous invite à nous éloigner des lieux.

Paolo Scampa, La chambre à gaz atomique. Traité de physique sur la contribution des essais nucléaires à la contamination finale de l’atmosphère, éditions V.F.F. Research Institute “ Mare Nostrum “ e.V. , Wildon, 2011, p. 48

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 00:51
Explications d’experts sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima

Akio Matsumura, ancien diplomate japonais, Gordon Edwards, expert en physique nucléaire et Helen Caldicott, médecin pédiatre, s’expriment dans un article publié sur le site akiomatsumura.com sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima.

Titre original : Experts Explain Effects of Radioactive Water at Fukushima

Traduction française : Fukushima-is-still-news

Introduction

 

Akio Matsumura

Explications d’experts sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima

La contamination de l’eau pose un nouveau problème sur le site de Fukushima. Tepco doit continuer à refroidir les barres de combustible irradiées, mais n’a pas réussi à mettre en place un système permanent et soutenable pour se débarrasser de l’eau hautement radioactive produite par la procédure de refroidissement. Son système peut certes filtrer une grande partie de la radioactivité de l’eau, mais certains éléments comme le tritium, un agent cancérigène, ne peuvent pas être extraits et la concentration dépasse largement les normes légales. Tepco veut déverser l’eau dans l’Océan Pacifique afin de diluer le tritium pour rendre le taux acceptable, mais les pêcheurs, qui se méfient du fournisseur d’électricité, y sont opposés. Entre temps, Tepco stocke l’eau contaminée dans des citernes. Peut-on être surpris que ces citernes fuient (New York Times) ? De plus, Tepco admet qu’il finira par manquer de place pour toutes ces citernes de stockage.

La gestion de cette eau de refroidissement contaminée est devenue le problème le plus crucial  et le plus dangereux que Tepco ait eu à affronter depuis 2011.

 

 

Contexte

 

Selon le Japan Times (extraits): À la date du 7 mai , Tepco avait récupéré 290 000 tonnes d’eau radioactive dans 940 énormes citernes sur le site de la centrale, mais il en reste

94 500 tonnes dans les sous-sols des bâtiments des réacteurs et de diverses installations.

Tepco doit en permanence arroser les cœurs fondus des réacteurs 1, 2 et 3 en utilisant des systèmes de fortune pour éviter que le combustible ne fonde et ne provoque de nouveaux incendies.

 

Cependant, les enceintes de confinement des cœurs ont été endommagées par la fusion, ce qui a permis à l’eau de refroidissement hautement radioactive de fuir et de s’infiltrer dans les sous-sols. Les taux élevés de radioactivité ont empêché les ouvriers de s’approcher suffisamment pour inspecter correctement les dégâts, sans parler de démarrer la procédure de démantèlement.

 

Pour tout compliquer, 400 tonnes d’eaux souterraines pénètrent également quotidiennement dans les sous-sols des bâtiments endommagés par le tsunami et les explosions, se mélangeant aux fuites d’eau de refroidissement.

 

Tepco a utilisé un système de recyclage pour assécher les sous-sols. Ce système est supposé extraire le césium avant de remettre l’eau en circulation dans les réacteurs. Mais la menace est encore exacerbée par l’afflux des eaux souterraines.

 

Tout ce que Tepco a été capable de faire a été de construire davantage de citernes de stockage. Quels problèmes toute cette eau peut-elle provoquer ?

Selon Tepco, il y a une limite au nombre de citernes qui peuvent être installées avant que le site ne manque d’espace de stockage.

 

Tepco a affirmé pouvoir augmenter la capacité de stockage de 430 000 tonnes cette année à 700 000 d’ici la mi-2015, en abattant une forêt et en faisant de la place dans l’enceinte de la centrale. Cette façon de faire est censée lui procurer un répit de trois ans.

 

 

Le processus de contamination de l’eau

 

Gordon Edwards, expert en physique nucléaire

Explications d’experts sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima

1. Quand du combustible nucléaire est utilisé dans un réacteur nucléaire ou une bombe atomique, les atomes qu’il contient se désintègrent (subissent une “fission”) destinée à produire de l’énergie. Le processus de fission est déclenché par des particules subatomiques appelées neutrons. Dans un réacteur nucléaire quand les neutrons sont arrêtés, le processus de fission s’arrête également. C’est ce qu’on entend par “arrêt du réacteur”.

2. Mais le processus de fission nucléaire crée des centaines de nouvelles variétés d’atomes radioactifs qui n’existaient pas auparavant. Ces sous-produits radioactifs dont on ne veut pas s’accumulent dans le combustible irradié et pris collectivement, sont des millions de fois plus radioactifs que le combustible nucléaire de départ.

 

3. Ces nouveaux matériaux radioactifs sont classés comme produits de fission, produits d’activation et éléments transuraniens. Les produits de fission — comme l’iode131, le césium 137 et le strontium 90 — sont les fragments des atomes désintégrés. Les produits d’activation — comme l’hydrogène 3 (“tritium”), le carbone 14 et le cobalt 60 — sont le résultat de la transformation d’atomes non radioactifs en atomes radioactifs après absorption d’un ou plusieurs neutrons égarés. Les éléments transuraniens — comme le plutonium, le neptunium, le curium et l’américium — sont créés par transmutation quand un atome massif d’uranium absorbe un ou plusieurs neutrons, devenant ainsi encore plus massif (d’ou le terme « transuranien », qui signifie « au-delà de l’uranium »).

 

4. À cause de l’intense radioactivité de ces sous-produits, le combustible nucléaire usagé continue à dégager de la chaleur pendant des années après l’arrêt du processus de fission. Cette chaleur (appelée “ chaleur résiduelle”) provient de la désintégration incessante des déchets nucléaires. Nul ne sait comment ralentir ou arrêter la désintégration radioactive de ces atomes ; autrement dit, la chaleur résiduelle est littéralement impossible à arrêter. Mais la chaleur résiduelle décroît progressivement avec le temps, devenant beaucoup moins intense après une dizaine d’années.

 

5. Toutefois, dans les années qui suivent la mise à l’arrêt d’un réacteur, si la chaleur résiduelle n’est pas supprimée au fur et à mesure qu’elle est produite, la température du combustible irradié peut atteindre des niveaux dangereux et des gaz, vapeurs et particules radioactifs sont émis dans l’atmosphère à des taux inacceptables.

 

6. La manière la plus courante de supprimer la chaleur résiduelle du combustible irradié est de l’arroser en permanence. C’est ce que fait Tepco, à raison de quelque 400 tonnes d’eau par jour. Cette eau est contaminée par les produits de fission, les produits d’activation et les éléments transuraniens. Comme ces déchets sont radiotoxiques et nocifs pour les organismes

vivants, l’eau ne peut pas être rejetée dans l’environnement tant qu’elle est contaminée.

 

7. En plus des 400 tonnes d’eau utilisées journellement par Tepco pour refroidir le cœur fondu des trois réacteurs endommagés, 400 tonnes d’eaux souterraines s’infiltrent chaque jour dans les bâtiments des réacteurs endommagés. Cette eau est également contaminée par la

radioactivité et doit donc être stockée en attendant d’être décontaminée.

 

8. Tepco utilise un “Système de traitement liquide avancé ”(ALPS) qui est capable de filtrer

62 types de matériaux radioactifs contenus dans l’eau contaminée, mais ce procédé est lent, l’extraction est rarement efficace à cent pour cent et certains matériaux radioactifs ne sont pas filtrés du tout.

 

9. Le tritium, par exemple, ne peut être filtré. Le tritium est de l’hydrogène radioactif : quand des atomes de tritium se combinent avec des atomes d’oxygène, on obtient des molécules d’eau radioactives. Aucun système de filtration n’est en mesure de retirer le tritium de l’eau, parce qu’on ne peut pas extraire l’eau de l’eau. Une fois rejeté dans l’environnement, le tritium pénètre librement dans tous les organismes vivants.

 

10. L’énergie nucléaire constitue l’exemple ultime de la société du tout-jetable. Le combustible irradié doit en effet être tenu à l’écart de l’environnement des organismes vivants pour l’éternité. Les matériaux de qualité utilisés pour construire la zone centrale des réacteurs nucléaires ne peuvent jamais être recyclés ou réutilisés, mais doivent être stockés en tant que déchets radioactifs pour toujours. Les réacteurs défaillants ne peuvent jamais être complètement arrêtés, parce que la chaleur résiduelle continue bien après la mise à l’arrêt. Et les efforts déployés pour refroidir un réacteur sévèrement endommagé produisent d’énormes volumes d’eau contaminée par la radioactivité ; celle-ci doit être stockée ou rejetée dans l’environnement. On comprend pourquoi certains qualifient l’énergie nucléaire de « technologie sans pitié ».

 

 

Neuf conséquences médicales de la contamination de l’eau par le tritium

 

Helen Caldicott, médecin pédiatre

Explications d’experts sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima

1. Il n’existe pas de moyen de séparer le tritium de l’eau contaminée. Le tritium, un émetteur bêta de faible énergie, est un puissant cancérigène qui reste radioactif pendant plus de cent ans. Il se concentre dans les organismes aquatiques dont les algues, les crustacés et les poissons. Parce qu’il n’a ni goût ni odeur et qu’il est invisible, il sera inévitablement ingéré à travers l’alimentation, en particulier les produits de la mer, pendant de nombreuses décennies.

Il se combine dans la molécule d’ADN – le gène – où il peut provoquer des mutations qui peuvent ultérieurement causer un cancer. Il provoque des tumeurs du cerveau, des malformations congénitales et des cancers dans beaucoup d’organes. La situation est extrêmement grave parce qu’il est absolument impossible de contenir toute cette eau radioactive en permanence et elle s’écoulera inévitablement dans l’Océan Pacifique pendant

50 ans ou plus, en même temps qu’une série d’autres isotopes très dangereux, comme le césium 137, qui a une durée de vie de 300 ans et provoque des tumeurs des muscles très malignes, les rhabdomyosarcomes, et le strontium 90 qui est également radioactif pendant 300 ans et provoque des cancers des os et des leucémies ; ces deux isotopes ne sont qu’un exemple des nombreux éléments radioactifs [contenus dans cette eau contaminée].

2. Les rayonnement peuvent provoquer tous les types de cancers. Comme une grande partie des terres de Fukushima et des environs sont contaminées, la nourriture – le thé, le bœuf, le lait, les légumes verts, le riz, etc. – resteront radioactifs pendant plusieurs centaines d’années.

 

3. Le terme de “nettoyage” est inapproprié : les sols, le bois, les feuilles et l’eau contaminés ne peuvent pas être décontaminés ; ils peuvent à la limite être déplacés ailleurs et contaminer les nouveaux emplacements.

 

4. L’incinération des déchets radioactifs propage les agents cancérigènes dans d’autres régions du Japon, y compris des régions qui n’étaient pas contaminées.

 

5.  Les cancers ont une longue période d’incubation : 2 à 80 ans après que les gens ont mangé de la nourriture radioactive ou respiré de l’air contaminé.

 

6. Selon l’AIEA, le démantèlement des réacteurs [de Fukushima] va prendre entre 50 et

60 ans et certains prédisent que ce désastre ne pourra jamais être nettoyé ni éliminé.

 

7. Où est-ce que le Japon va pouvoir déposer ce combustible fondu hautement radioactif, les barres de combustible et le reste ? Il n’existe aucun lieu sûr pour stocker ce matériau mortel

(qui doit être isolé de l’exosphère pendant un million d’années si l’on en croit l’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement) sur une île régulièrement frappée par des séismes.

 

8. Au fur et à mesure que ces éléments radioactifs s’infiltrent dans l’eau et dans les océans et qu’ils sont rejetés dans l’air, l’incidence des malformations congénitales, des cancers et des aberrations génétiques ne peut qu’augmenter au fil du temps et dans les générations à venir.

 

9. Les enfants sont de 10 à 20 fois plus sensibles aux effets cancérigènes des rayonnements que les adultes (les petites filles y sont deux fois plus sensibles que les garçons) et les fœtus des milliers de fois plus – une radio chez la femme enceinte double le risque pour l’enfant d’avoir une leucémie.

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 20:54
Green et Vert et le hameçonnage écolo

On connait tous le hameçonnage (phishing) par mail ou par site falsifié qui consiste à usurper l’identité d’une entreprise ou d’une personne de confiance afin de soutirer des renseignements personnels.

Eh bien tout utilisateur de l’Internet doit être averti qu’une autre forme de « hameçonnage » existe pour l’écologie à travers de nombreux sites. Ce n’est ni de l’écoblanchiment (greenwashing), ni du filoutage mais c’est une démarche trompeuse pour qui n’y prend pas garde. Le lobby nucléaire est très puissant, il n’a pas peur des dépenses dès qu’il s’agit de favoriser l’idée que le nucléaire est indispensable à nos sociétés. Pour ce faire, des associations, des fondations ou des sociétés sont créées avec des buts reprenant les thèmes écologistes. Ça c’est pour la façade officielle et irréprochable. Puis, du fait de l’absence de militant, la vie de ces organismes est activée artificiellement par l’intermédiaire de sites internet subventionnés par des fonds inconnus. Ces sites présentent bien, ils sont riches d’informations diverses et variées touchant à l’écologie, et abordent des sujets intéressants de manière régulière. Mais, dans le même temps, sous couvert de « développement durable », de « communication responsable », d’ « éco-acteur », etc., on y place, parmi beaucoup d’articles hameçons, des articles favorables aux idées du lobby nucléaire.

L’exemple de Green et Vert

 

D’après la rubrique « Qui sommes-nous ? », le site existerait depuis mars 2010 ; mais les premiers articles en lignes datent bizarrement de janvier 2010. Six mois après Fukushima, une association loi 1901 intitulée « Green et Vert » est constituée.  En septembre 2011, le site est édité par le « Fonds de dotation Green et Vert », constitué et financé par les fondateurs du site. Qui sont-ils ? Mystère. Les noms des fondateurs sont introuvables. La demande de renseignement adressée à l’adresse mail de contact reste sans réponse.

Quel est l’objectif de cet « Établissement à but non lucratif » ? Il « opère toutes activités d’intérêt général visant à sensibiliser sur les enjeux et les opportunités du développement durable ».

Au fait, que signifie ce terme, « développement durable » ? Voici sa définition : Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Selon la déclaration de Rio, il doit respecter entre autres principes :

- La protection de l'environnement est partie intégrante du processus de développement.

- Le public doit être impliqué dans les décisions.

- Le principe de précaution doit être mis en œuvre.

Donc très clairement, l’industrie nucléaire ne peut pas prétendre contribuer à ce développement durable puisqu’elle génère des déchets radioactifs qu’elle disperse dans l’environnement pour des milliers d’années, que l’avis de l’opinion publique n’est quasiment jamais pris en compte et que le principe de précaution n’est jamais appliqué (on aurait dû arrêter la production d’énergie nucléaire dès la catastrophe de Tchernobyl. On aurait ainsi évité Fukushima et les catastrophes futures).

 

Alors pourquoi cet exemple de Green et Vert ? Parce que le site présente de nombreux articles qui, sournoisement, diffusent les idées pronucléaires traditionnelles, à savoir :

- Fukushima n’est pas une catastrophe, c’est un « incident ».

- On ne peut pas se passer du nucléaire.

- Les énergies renouvelables sont trop chères.

- L’énergie nucléaire est la moins chère à produire.

- Le nucléaire est une énergie propre, sans résidus.

- Il faut accepter l’idée des réacteurs de 4ème génération.

- Le nucléaire est acceptable si l’on met le paquet sur la sécurité.

- La science va permettre de faire des progrès pour diminuer les risques.

- On doit se préparer à une nouvelle catastrophe.

- On peut vivre en territoire contaminé.

 

Vous ne me croyez pas ? Alors lisez ces exemples :

 

7 juin 2013 : Quand le nucléaire menace plus que la santé et l’environnement

Le titre est bien accrocheur, mais au fil de l’article, on lit : « la fermeture de près de la moitié du parc nucléaire national combiné à un été qui s’annonce torride et allongé, fait craindre des rationnements d’électricité. De quoi faire dérailler une économie qui se relève doucement après une période difficile » . Le principe trompeur développé dans cet article est de faire croire au rationnement. Or il a été démontré au Japon qu’un pays fortement nucléarisé pouvait stopper toutes ses centrales sans problème majeur.

 

5 janvier 2013 : Réacteurs au thorium : le nucléaire du futur ?

C’est une publicité pour ce type de réacteur : « Un chercheur local affirme néanmoins avoir trouvé une alternative plus sûre et fiable, et bien meilleur marché ». Et plus bas ce titre : « Une énergie nucléaire plus respectueuse de l’environnement ».

 

17 juin 2012 : La preuve du retour en force du nucléaire

Le titre est trompeur, car il concerne la Chine uniquement. « Le seul espoir qu’il reste, c’est que la sécurité ne soit pas sacrifiée pour la vitesse de réalisation de ces projets » : Green et vert accepte donc l’option nucléaire en Chine en se satisfaisant d’une sécurité accrue.

 

20 mars 2012 : Des mini-centrales nucléaires plus sûres ?

 « le réacteur modulaire Carem-25 devrait permettre de diminuer les risques grâce à sa petite taille ».  Green et Vert insinue que le nucléaire est acceptable si on diminue les risques.

 

14 mars 2012 : Un an après Fukushima

 « Le Canada et les États-Unis se veulent rassurants et soulignent la fiabilité de leurs réacteurs ». « Selon de nombreux experts, la tragédie de Fukushima a démontré que le Japon n’était pas prêt à faire face à une crise nucléaire de cette ampleur ». Green et Vert insinue que dans les autres pays, on est prêt ?

 

13 mars 2012 : Fukushima, un an après

La photo d’illustration ‒ on croit rêver ‒ date de 1999, et montre la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi impeccable ! Il y a là une véritable volonté de Green et Vert de ne pas diffuser les images des bâtiments nucléaires éventrés après les multiples explosions.

Et puis cette phrase extraordinaire : « Si les autorités de l’archipel multiplient les déclarations en faveur des énergies renouvelables, comme l’a récemment fait le gouverneur de la préfecture de Fukushima, on ne voit pas comment il se passerait totalement, à court terme, de l’énergie atomique ». Green et Vert, le soi-disant défenseur du développement durable, ne voit pas comment faire pour se passer de nucléaire ! Et pour bien embrouiller le lecteur, ils parlent du « ratio production/capacité [qui] s’élevait aux alentours de 80% » au lieu de parler des 30 % de production d’électricité… C’est dans ce genre d’article glissés de temps en temps que le véritable objectif du site se dévoile : promouvoir le nucléaire.

 

12 mars 2012 : La place du nucléaire dans le monde de demain

 « L’énergie est reconnue par l’ONU comme la clé de voûte du développement et de la stabilisation des civilisations. Étant donné les ressources limitées dont nous disposons à tous points de vue, la question ne semble pas être pour ou contre le nucléaire, mais plutôt comment ». Green et Vert ne remet pas en cause le nucléaire, c’est clair.

Publicité pour Areva : « Areva investit dans le renouvelable »

« Le nucléaire justifie donc sa place par le besoin d’une énergie disponible, abondante et propre ». Euh, oui, il n’y a pas de souci, Green et Vert, on a bien compris votre position ! Encore un article très clair sur les intentions du site !

 

16 décembre 2011 : Bill Gates en visite pour réduire la pauvreté ou pour vendre du nucléaire ?

 « L’alliance entre Bill Gates et la Chine pour développer la nouvelle génération de nucléaire est une preuve supplémentaire de la confiance qu’ont les dirigeants de Pékin dans cette filière. C’est une option essentielle de la politique énergétique chinoise pour faire face à l’augmentation de la demande électrique ». En somme, vive Bill Gates, vive le nucléaire chinois !

 

25 novembre 2011 : L’archipel doit-il miser sur le nucléaire?

Green et Vert apporte le témoignage d’un « entrepreneur du secteur des énergies « amies » de l’environnement ». Et que dit cet homme ?

- « Les politiques récentes de retour aux énergies renouvelables sont critiquables en raison de leurs coûts. »

- « Le nucléaire offre des garanties »

- « L’énergie nucléaire est la moins chère à produire »

- « Pour le Cap Vert, il suffirait d’une centrale de 100 MW, qui ne génère pratiquement pas de résidus. » (Si, si, vous avez bien lu !)

- « Nous devons nous préparer pour le futur, et le futur sera l’énergie nucléaire. »

Cet article est bien révélateur des intentions du site, n’est-ce pas ?

 

16 novembre 2011 : Les grands moyens pour faire un état des lieux de la contamination autour de Fukushima

« Pour reconstruire la région autour de Fukushima, il faut d’abord décontaminer et rassurer la population sur le niveau de radiations ». Mais surtout ne pas l’informer des risques sur la santé ! Green et Vert fait donc connaître son avis sur la question de la contamination : il faut apprendre aux populations à vivre en territoire contaminé.

 

30 juillet 2011 : Le premier réacteur de 4ème génération connecté au réseau électrique

Encore un coup de pub pour les réacteurs de 4ème génération : « c’est une étape sensible de plus dans la maîtrise et le développement de la quatrième génération de réacteurs nucléaires par la Chine. Cette technologie devrait permettre de mieux utiliser le combustible nucléaire, de faire des avancées en termes de sécurité, et de réduire le problème des déchets. »

 

28 juillet 2011 : Le secteur du nucléaire à peine ébranlé après Fukushima

 « A ce jour, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et le Japon sont cependant les seuls pays à avoir réellement cédé à la pression populaire et aux écologistes ». C’est vrai que par ailleurs, on ne demande que rarement à la population si elle est d’accord ou pas à prendre ce risque.

« Pourquoi ne pas continuer avec le nucléaire effectivement ? »

« Sortir du nucléaire aujourd’hui ne serait pas possible »

« L’industrie de l’atome n’est donc pas prête à régresser »

 

6 juin 2011 : Christophe de Margerie s’adresse aux jeunes

Arrêter le nucléaire, ce n’est pas bien, et hop, on tape sur le choix de l’Allemagne : « M. de Margerie ne mâche pas ses mots, jugeant la sortie de l’Allemagne du nucléaire d’ici 10 ans comme étant une « décision unilatérale et égoïste» »

Et puis le traditionnel : « Les énergies renouvelables coûtent très chères ». A force de le marteler, les gens le croient !

 

15 mars 2011 : Le spectre de Tchernobyl plane sur Fukushima

 « La possible catastrophe nucléaire au Japon rappelle aux Ukrainiens et aux Russes l’explosion dramatique de la centrale de Tchernobyl, le 26 avril 1986. Selon les experts interrogés par Komsomolkaya Pravda, en Ukraine et en Russie, les deux situations sont loin d’être identiques, même si au fil des jours, des voix discordantes se font entendre sur la dangerosité de l’incident japonais ». Green et Vert, comme le gouvernement français, refuse de voir une catastrophe nucléaire alors que les 4 réacteurs de Fukushima Daiichi ont déjà explosé !

 

Dans quel but Green et Vert agit ainsi ? Apparemment pour maintenir l’état de désinformation des Français au sujet du nucléaire, comme cela se fait depuis des décennies. Egalement pour contrer l’effet négatif de la catastrophe de Fukushima. En tout cas ça marche, ça mord, car en deux ans ce site est devenu très bien référencé sur la toile.

 

Ce genre de site utilise une technique se rapprochant du hameçonnage (ou phishing ou  filoutage si vous préférez !) parce qu’il utilise une technique de communication qui détourne l’utilisation de l’expression « développement durable » au profit de l’énergie nucléaire. Ce n’est pas une usurpation d’identité mais une usurpation de sens. Si on ne fait pas attention, on peut facilement être trompé. Les internautes qui font confiance à ce genre de site sont des victimes potentielles si elles vont plus loin. En effet, le site est devenu en 2012 un « social media ». Dans ce nouveau cadre, on peut créer un compte et donner ses coordonnées. Mission accomplie alors pour les fondateurs inconnus du site si des écolos distraits sont ferrés.

 

Green et Vert, finalement, ce n’est ni green, ni vert, c’est pronucléaire.

 

Pierre Fetet

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 13:20
Fukushima : provocation de l’ONU et des médias

Alors que le nombre de cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima augmente (12 cancers confirmés et 15 suspectés), une nouvelle étape de désinformation massive a été franchie le 31 mai 2013 : la diffusion en masse de dépêches de l’AFP ou de REUTERS intitulée « Fukushima: pas de risque pour la santé après les émissions radioactives ». Ça me rappelle la mi-décembre 2011 quand le gouvernement japonais avait décidé que la centrale de Fukushima était en « arrêt à froid », et que les médias du monde entier avaient repris cette information en chœur. On se souvient, suite à cet « arrêt à froid de l’information », que la centrale crachait en fait toujours de la vapeur radioactive en 2012… On sait maintenant ce que vaut ce genre de dépêche expéditive. Le titre est trompeur, mais tout le monde le reprend ! Cherchez l’erreur. Honneur aux publications et aux journalistes qui reviendront sur ce sujet majeur qu’est la santé des populations, car tout est fait pour taire la vérité.

Quand je tape le titre de cette dépêche, mon moteur de recherche propose 143 000 résultats le 1er juin, 225 000 le 2 juin, 608 000 le 5 juin ! Quel buzz ! Et pourtant, il est facilement démontrable qu’il s’agit d’une supercherie. Honte à cette « équipe de chercheurs » de l’UNSCEAR (=United Nations Scientific Comittee on the Effects of Atomic Radiation, organe de l’ONU) supervisée par Wolfgang Weiss. Car la réalité est toute autre.

 

En fait, cette conférence de presse de l’UNSCEAR est faite pour contrer les derniers rapports de l’OMS et de l’ONU qui n’étaient pas assez complaisants avec l’AIEA, organisme qui n’existe que pour faire la promotion du nucléaire dans le monde.

 

D’une part, un rapport de l’OMS a indiqué en mars 2013 que les radiations provoqueraient un surnombre de cancers dans la région de Fukushima, d’autre part Anand Grover, représentant de l’ONU, a établi un rapport accablant téléchargeable ici et dont il fait état dans cette vidéo sous-titrée en français :

Manifestement, il y a des forces contraires au sein de l’ONU. Il y a des gens à la base qui font le boulot pour lequel ils ont été embauchés, c’est-à-dire qu’ils informent les populations des dangers de la radioactivité, et il y a les dirigeants qui souhaitent étouffer le crime en cours au bénéfice des objectifs de l’AIEA toute puissante.

 

Voici des extraits du communiqué de l’AFP et mes commentaires :

 

« Les émissions radioactives après la catastrophe à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima en 2011 ne devraient pas avoir de conséquences sur la santé à l’avenir, a estimé vendredi un comité de chercheurs de l’ONU à Vienne. »

 

Hormis Wolfgang Weiss, le communiqué ne donne pas les noms des autres chercheurs, les voici : Fred Mettler, Malcom Crick, Carl-Magnus Larsson et Janos Tisovszky. A moins que ces gens reviennent sur leur communiqué indigne de leurs fonctions, on retiendra bien ces noms quand la catastrophe sanitaire prendra de l’ampleur et qu’on recherchera des responsables pour non assistance à personne en danger.

Fred Mettler, Wolfgang Weiss, Malcom Crick, Carl-Magnus Larsson et Janos Tisovszky.

Fred Mettler, Wolfgang Weiss, Malcom Crick, Carl-Magnus Larsson et Janos Tisovszky.

« L’exposition aux radiations qui a suivi l’accident nucléaire à Fukushima-Daiichi n’a pas entraîné d’effet immédiat sur la santé. »

 

Manifestement, ces experts sont mal renseignés. Ce n’est pas l’avis de la population qui a constaté de nombreux troubles suite à la contamination radioactive : diarrhées, saignements de nez, nausées, goût de métal dans la bouche, conjonctivites, pneumonies, etc. Tout cela n’est que fables pour l’UNSCEAR.

 

« Il est peu probable de pouvoir y attribuer à l’avenir des conséquences sur la santé pour la population globale et la grande majorité des travailleurs, pour qui l’historique de l’exposition aux radiations a été établi. »

 

C’est très bien rédigé ! L’UNSCEAR est très subtil car Tepco traine les pieds pour communiquer les listes des personnes qui travaillent à la centrale de Fukushima Daiichi. Il y a de nombreux oubliés et disparus, ceux-là ne seront jamais comptabilisés. L’Asahi Shimbun a rapporté le 28 février 2013 que Tepco n’a pas transmis les données concernant les doses reçues par 21 000 travailleurs à la centrale de Fukushima Daiichi. Ces données devaient pourtant être fournies à la Radiation Effects Association, une société d'intérêt public qui gère les données de dose des travailleurs de centrales nucléaires. L’UNSCEAR est-il au courant de cette pratique honteuse ?

 

« Les mesures prises par les autorités pour protéger la population (évacuation et protection sous abri) ont réduit de manière significative l’exposition aux radiations, qui aurait été dans le cas contraire multipliée par 10. »

 

Le rapport officiel de la commission d’enquête de la Diète sur la catastrophe de Fukushima n’expose pas ces choses de la même manière. L’UNSCEAR ignore totalement les conclusions de ce rapport dont voici un extrait :

Des ordres d'évacuation chaotiques

L'enquête de la commission a révélé que de nombreux habitants n'ont pas été informés qu'un accident s'était produit ou qu'il s'aggravait rapidement et que des fuites radioactives avaient lieu, et cela, même après que le gouvernement et certaines municipalités en aient été informés.

Lorsque les conséquences de l'accident ont commencé à s'aggraver, les destinations d'évacuation et d'autres aspects de l'évacuation ont été souvent modifiés. Mais, même durant la période d'aggravation, la plupart des habitants proches sont restés dans l'ignorance de la catastrophe ou de sa gravité, sans parler du risque accru.

Un total de 146 520 habitants ont été évacués à la suite des ordres d'évacuation du gouvernement. Pourtant, de nombreux habitants proches ont été évacués sans informations précises. Dans l'ignorance de la gravité de l'accident, ils pensaient ne partir que pour quelques jours et n'ont emporté que le strict nécessaire. Les ordres d'évacuation ont été régulièrement révisés tandis que les zones d'évacuation passaient du rayon initial de 3 km à 10 km, puis 20 km, tout cela en une seule journée. A chaque fois que la zone d'évacuation était étendue, les habitants devaient se déplacer. Certains évacués n'ont pas été informés qu'ils avaient été envoyés sur des sites de forte radioactivité. Les hôpitaux et les crèches dans la zone des 20 km se sont débattus pour assurer des moyens de transport et trouver des hébergements ; 60 patients sont morts en mars de complications liées à l'évacuation. L'exaspération a monté parmi les habitants.

Le 15 mars, les habitants de la zone entre les 20 et 30 km ont reçu l'ordre de se calfeutrer. Comme cette mesure a duré plusieurs semaines, ces habitants ont été victimes d'un grand manque d'information et de moyens. L'ordre de calfeutrage a été en conséquence revu en évacuation volontaire. Mais là aussi, l'information sur cette modification a été tristement déficiente et les habitants se sont retrouvés à devoir évacuer sans posséder les informations indispensables. La Commission conclut que le gouvernement a de fait abdiqué sa responsabilité envers la sécurité publique.

Le fait que certaines parties de la zone des 30 km subissaient de forts niveaux de radiation a été connu avec la publication du Système pour la Prédiction de l'Information environnementale sur la dose d'urgence (SPEEDI), le 23 mars. Mais ni le gouvernement ni le Centre de Réponse d'Urgence nucléaire n'ont pris de décision rapide pour l'évacuation des résidents de ces zones qui n'ont été évacuées qu'un mois plus tard. »
(source)

Rapport NAIIC

 

« Aucune mort liée à l’exposition aux radiations n’a été observée auprès des quelque 25.000 travailleurs envoyés sur le site de l’accident. Au vu du faible nombre de travailleurs très exposés, il est peu probable de pouvoir détecter dans les prochaines années une augmentation des cas de cancers de la thyroïde dû aux radiations ».

 

C’est faux. Des morts ont été observées. Mais l’UNSCEAR détourne les yeux. Il suffit de se limiter aux données officielles et c’est bon : il n’y en a aucune concernant les décès directement liés aux radiations nucléaires émanant de la centrale : des morts sont observées depuis deux ans, mais le gouvernement et Tepco refusent systématiquement de les lier à la radioactivité. Quand un crime a lieu et que le suspect nie, normalement on mène une enquête pour rechercher la vérité. Au Japon, qui mènera cette enquête puisque le déni officiel est permanent ?

 

« Les doses (de radiations) reçue après Tchernobyl, en particulier dans le cas des enfants et de la thyroïde, étaient beaucoup plus élevées que celles que nous avons mesurées à Fukushima. »

 

Il est manifeste que l’UNSCEAR va à l’inverse des conclusions d’Anand Grover, rejetées par le Japon : « Les autorités Japonaises ont finalement établi des zones radioactives bien plus restreintes que celles établies consécutivement à l'accident de Tchernobyl, M. Grover estime ainsi que le seuil de contamination de la Zone Rouge de Fukushima est "environ 4 fois plus élevé qu'en Ukraine". » (source)

 

Enfin, le communiqué de l’UNSCEAR d’origine parle aussi de la santé des enfants, l’AFP oublie de le mentionner, est-ce un hasard ou une volonté ? Le communiqué complet de l’UNSCEAR est disponible ici (langue anglaise).

 

 

Pour terminer, voici une vidéo qui va dans le même sens que le communiqué de l’UNSCEAR, produite par la préfecture de Fukushima : tout va bien dans le meilleur des mondes. Moi quand je visionne cette vidéo, j’ai des frissons, je vois les poussières radioactives qui volent partout, je vois les gens qui décontaminent sans protection, je vois les enfants jouer innocemment, c’est de la grande propagande…

 

Pierre Fetet

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Photo d’entête : décontamination sans protection des sols de Fukushima (source)

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 20:25
Fukushima : lettre ouverte à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

Je relaie volontiers cet appel que vient de lancer Akio Matsumura, car il va tout à fait dans le sens de la pétition – lancée en juillet 2012 – qui recueille à ce jour plus de 18 000 signatures* et qui demande la création d’une équipe internationale indépendante des intérêts de Tepco pour gérer la catastrophe de Fukushima.

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Fukushima : il faut agir !

Lettre ouverte au Secrétaire général Ban Ki-moon

 

(Read below in English, German, Portuguese and Spanish)

 

 

30 avril 2013

 

Monsieur le Secrétaire Général,

 

Vous avez sans doute observé avec horreur et inquiétude la catastrophe qui a frappé Fukushima le 11 mars 2011. Quels effets cette nouvelle catastrophe nucléaire allait-elle avoir sur les relations interétatiques, surtout dans cette région d’Asie de l’Est dont vous êtes originaire ? Heureusement, semble t-il, les effets sont restés largement circonscrits aux îles du Japon et n’ont pas été aussi graves que ne s’y attendaient de nombreux experts. En quelques semaines, les articles se sont raréfiés, au point de quasiment disparaître des grands médias, ne laissant place qu’à des histoires personnelles présentant quelque héros ou quelque cas particulièrement tragique de la perte d’un être aimé.

 

Toutefois, la crise est loin d’être terminée. Aujourd’hui, dans le New York Times, Martin Fackler rapporte que de l’eau contaminée par la radioactivité fuit de partout et que le site est à nouveau en état d’urgence. Mitsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse, a écrit l’an dernier une lettre qui a attiré l’attention internationale sur les milliers de barres de combustible usagé entreposées sur le site et sur le danger soulevé par leur vulnérabilité. Il a témoigné à plusieurs reprises devant le parlement japonais. Des experts internationaux, indépendants aussi bien que membres de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont fait remarquer que les plans de la Compagnie d’électricité Tepco concernant l’enlèvement de ces barres et leur stockage dans un endroit plus sûr, mais provisoire, sont trop optimistes, pour ne pas dire irréalistes.

 

Les médias d’information ont fait un travail correct, quoiqu’un peu limité, pour présenter les nombreux problèmes posés par les barres de combustible. Le carburant radioactif doit être refroidi en permanence pour ne pas devenir dangereux ; le système électrique de fortune qui assure ce refroidissement est déjà plusieurs fois tombé en panne (une des pannes a duré plus de 24 heures), sans raison particulière ou parce qu’il avait été endommagé par des rats affamés. À la centrale de Fukushima Daiichi, le mécanisme qui fait la différence entre l’état de sûreté et l’incendie est, pour le moins, précaire. (De plus, comme beaucoup de gens l’ont compris depuis le début, TEPCO espère s’exonérer de ses responsabilités : premièrement pour ce qui est de la sûreté et de la maintenance du site ; deuxièmement pour éviter de payer ce qu’il doit au Japon.)

 

On ne peut que spéculer sur l’ampleur des conséquences que provoquerait un incendie du combustible usagé. Mais il est indéniable qu’une fois l’incendie déclenché (suite à un manque d’eau de refroidissement ou à une inondation due à un séisme), le scénario même le moins grave causerait une catastrophe mondiale sans précédent. Parmi les conséquences possibles, il faudrait envisager l’évacuation des 35 millions de Tokyoïtes et la contamination des cultures alimentaires américaines. De telles projections ne relèvent pas du domaine du fantastique, mais sont des prévisions tout à fait raisonnables, et même prudentes.

 

De façon inimaginable, mais hélas trop courante, la situation continue à être reléguée dans les dernières pages de nos journaux, ce qui permet à nos dirigeants de ne pas la voir comme une priorité. Cela me rappelle notre façon dont nous réfléchissons au niveau international aux solutions à apporter au changement climatique. Cela fait des dizaines d’années que je participe à ces discussions, d’abord au sein des Nations Unies, puis en tant que secrétaire-général du Sommet des parlementaires pour la planète Terre à Rio de Janeiro : nous sommes confrontés à un problème latent mais très grave que nous sommes probablement capables de résoudre, mais nous n’avons pas la résolution ni la volonté politique de le faire. Comme vous le savez, nous sommes passés à côté d’un accord efficace sur le changement climatique.

 

Par comparaison avec le changement climatique, la question des barres de combustible irradié à Fukushima est à la fois plus facile à résoudre et plus urgente. N’importe quel Japonais peut vous dire que le Japon subira un nouveau séisme important dans les dix années à venir. Autrement dit, la situation doit être résolue rapidement.

 

Cependant, même si elle peut être résolue, cette question requiert une attention constante et des acteurs compétents et bien financés. Mais alors, qui pourrait s’en charger ? L’Agence internationale de l’énergie atomique a reconnu la semaine dernière qu’il faudrait à TEPCO plus de 40 ans pour sécuriser les barres de combustible irradié dans des conteneurs de stockage plus appropriés. TEPCO refuse déjà de payer au Japon les milliards de yens dépensés pour la décontamination et ne dispose ni de la technologie ni des moyens nécessaires pour mener cette tâche de façon compétente et sans délai. Et pourtant, jusqu’à présent, le gouvernement japonais ne s’est adressé qu’à TEPCO.

 

Avec leur supériorité technologique, leur argent et leurs qualités de leaders, les États-Unis sont le choix le plus évident hors Japon [pour mener cette tâche à bien]. Peu de temps après la catastrophe, le ministère de la Défense américain a proposé son aide au Japon, mais les Japonais ont refusé. Reste à savoir si cette porte est définitivement fermée. Ce ne serait d’ailleurs pas une aide désintéressée, car les États-Unis ne sont pas à l’abri du danger si un incendie venait à se déclarer dans une des piscines. Les habitants des États de Californie, de l’Oregon et de Washington ont déjà reçu une bonne dose de radiation. Il est improbable que les États-Unis se lancent dans une action, sauf peut-être le sénateur de l’État de Washington, Ron Wyden. Les sénateurs et les députés américains continuent à faire la preuve de leur impuissance chez eux et à l’étranger.

 

Je plaide depuis longtemps pour la mise en place d’une équipe internationale d’experts indépendants qui examineraient la situation. Les Nations unies constituent une instance adéquate pour rassembler et élaborer cette équipe. L’AIEA, toutefois, ne devrait pas se charger de la tâche.

 

La mission de l’AIEA en effet est de promouvoir l’usage pacifique de l’énergie nucléaire. Les inquiétudes relatives à la prolifération n’ont pas cours ici et la catastrophe a sans aucun doute remis en question (une fois de plus) la signification de l’usage pacifique de l’atome et le bien-fondé de la promotion même de l’énergie nucléaire. L’agence a récemment appelé à améliorer la sécurité à Fukushima, mais la ligne officielle, aussi inacceptable et impossible que cela puisse sembler, reste de confier la procédure à TEPCO.

 

Nous ne sommes pas seulement en train d’attendre une catastrophe encore plus sévère ; nous en avons déjà une qui se déroule sous nos yeux. Les conséquences sanitaires de la radioactivité déjà émise sont graves : malgré ce que nous racontent la plupart des médias, nous allons être confrontés à une forte hausse des cancers de la thyroïde et d’autres formes de cancers au Japon dans quatre à cinq ans. Des malformations congénitales vont très probablement se produire. Les rapports prématurés de certaines agences de l’ONU et la presse dans son ensemble ont été irresponsables. N’avons-nous aucune notion de ce que signifie le « principe de précaution » ? Ces conséquences latentes vont ravager les jeunes générations japonaises dans les dix années à venir.

 

Notre aveuglement, au Japon et dans le reste du monde, est absolument tragique. Une petite lueur d’espoir a été apportée par le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à la santé, Anand Grover, suite à sa mission d’enquête au Japon l’an dernier. J’espère que vous soutiendrez ses conclusions et que vous leur assurerez une large circulation.

 

Nous n’avons déjà que trop attendu, comme avec le changement climatique, pour agir au niveau international afin d’aider Fukushima. Aujourd’hui il est clair que nous ne pouvons pas laisser le Japon s’occuper [seul] d’un problème qui peut tous nous affecter.

 

Monsieur Ban Ki-moon, je vous supplie d’utiliser la position unique qui est la vôtre à la tête des Nations unies pour galvaniser la volonté politique et organiser une équipe d’évaluation indépendante de scientifiques et d’ingénieurs pour trouver une solution au problème des barres de combustible irradié de Fukushima, avant que nous ne soyons obligés de gérer les émissions radioactives d’une nouvelle catastrophe. Le Japon et le monde ne devraient pas avoir à souffrir encore davantage parce que nous avons choisi d’attendre.

 

Avec l’assurance de ma considération,

 

Akio Matsumura


- Ancien conseiller spécial, Programme des Nations Unies pour le développement
- Fondateur et secrétaire-général du Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders for Human Survival [Forum mondial des dirigeants spirituels et parlementaires pour la survie de l’humanité]
- Secrétaire-général du Sommet des parlementaires pour la planète Terre à Rio de Janeiro en 1992

 

(traduction française : Fukushima-is-still-news)

 

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Take Action at Fukushima:

An Open Letter to Secretary General Ban Ki-moon

 

April 30, 2013

 

Dear Secretary General Ban Ki-moon:

 

You no doubt observed the Fukushima disaster on March 11, 2011, with terror and worry: what would another nuclear disaster mean for state relations, especially in your home region of East Asia? Fortunately, it seemed, the effects were largely kept to Japan’s islands and were less than many experts anticipated. Within weeks the stories dissipated if not disappeared from the major media outlets, only to be resurrected with personal interest stories of a hero or an especially tragic case of a lost loved one.

 

But the crisis is not over. Today, Martin Fackler reported in the New York Times that radioactively polluted water is leaking out of the plants and that the site is in a new state of emergency. Mitsuhei Murata, Japan’s former ambassador to Switzerland, wrote a letter last year that brought international attention to the thousands of radioactive spent fuel rods at the site and the danger their vulnerability presents; he has testified to this several times before Japan’s parliament. International experts, independent and of the International Atomic Energy Agency, have commented that the Tokyo Electric Power Company’s plans for the removal of the rods from the site and their storage in a safer, if still temporary, location are optimistic if not unrealistic.

 

The news media has done an adequate if meager job of reporting the many issues the fuel rods present. The radioactive fuel must be continuously cooled in order to stay safe; the improvised electric system that maintains this cooling has failed several times, once for more than 24 hours, both on its own and because of hungry rats. The mechanism that stands between safety and a fire at the Fukushima Daiichi plant is, to say the least, precarious. (And, as has been clear to many since the beginning, TEPCO hope to shirk its responsibility: first, in its safety and maintenance of the site; second, in paying its costs to Japan.)

 

One can only speculate to the extent of the consequences of a spent fuel fire, but, unarguably, once a fire ignites (from lack of cooling water or from an earthquake-caused spill), even the best case scenario would be an unprecedented global disaster. Possible consequences are the evacuation of Tokyo’s 35 million people, permanent disuse of Japan’s land, and poisoned food crops in the United States. These are not fantastic projections, but reasonable, if not conservative, expectations.

 

Yet, unimaginably but all too familiarly, the situation is still relegated to the back pages of our papers, and thus to the back of our leaders’ minds. This reminds me of our international approach to solving climate change, which I have partaken in for decades, first in the United Nations and then as the Secretary General of the Parliamentary Earth Summit in Rio de Janeiro: we have a latent but very serious issue that we can likely fix but lack the resolve and political will to do so. As you well know, a successful climate change agreement has eluded us.

 

In comparison with climate change, however, the radioactive fuel rod issue at Fukushima is both easier to solve and more urgent. Any Japanese can tell you another serious earthquake will hit Japan well inside the next decade. That is to say, this situation must be resolved quickly.

 

Still, even if possible to solve, the issue needs constant attention and competent and well funded actors. So who might take charge? The International Atomic Energy Agency said last week that it will take TEPCO 40 years to secure the radioactive fuel rods in more appropriate storage containers. TEPCO is already refusing to pay Japan billions of Yen in cleanup costs, and does not have the technology or wherewithal to perform the task competently and expediently. Yet, so far the Japanese government has only looked to TEPCO.

 

The next obvious choice outside Japan is the United States, for their technological superiority, money, and leadership. Early after the accident, the U.S. Department of Defense offered assistance to Japan, but the Japanese denied their help. It remains to be seen whether that door has permanently closed. This would not be a benevolent action: the U.S. sits in harm’s way in the case of a fuel pool fire; residents of California, Oregon, and Washington have already received much radiation. U.S.-led action, except perhaps by Oregon Senator Ron Wyden, is unlikely: U.S. senators and representatives continues to demonstrate their impotence at home or abroad.

 

I have long been advocating for an international team of independent experts to investigate the situation. The United Nations is one appropriate body to assemble and deliver such a team. The IAEA, however, should not take on the responsibility.

 

The IAEA’s mission is to promote the peaceful use of nuclear energy. Concerns of proliferation are not applicable here, and the disaster itself has certainly called into question (again) what the peaceful use of nuclear energy means and whether it should be promoted. While the agency has recently urged safety improvements at Fukushima, the official line of thinking is still, incorrectly and impossibly, to use TEPCO to carry out the process.

 

We are not only waiting for a bigger disaster. One is already unfolding before us. The health consequences of the released radiation are large: despite what major news outlets are reporting, we will see a significant jump in thyroid and other cancers in Japan in four to five years. Congenital malformations will likely begin to appear. The premature reporting of some UN agencies and the press at large has been irresponsible: do we have no notion of what “precaution” means? These latent effects will cripple much of Japan’s young population within the decade.


Our myopia, in Japan and internationally, is tragic. One bright spot was the UN Special Rapporteur Anand Grover’s fact-finding mission in Japan last year; I hope you back his findings and circulate them widely.

 

We have already waited too long, as we did for climate change, to take international action on Fukushima. But now it is clear that we cannot allow Japan to take care of an issue that could affect all of us.

 

Secretary General Ban Ki-moon, I urge you to use your unique position as the head of the United Nations to galvanize political will and organize an independent assessment team of international scientists and engineers to solve the Fukushima radioactive spent fuel rod issue before we are forced to reckon with the fallout of another disaster. Japan and the world should not have to suffer more because we choose to wait.

 

Yours truly,

 

Akio Matsumura

 

-Former Special Advisor to the United Nations Development Program
-Founder and Secretary General of the Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders for Human Survival
-Secretary General of the 1992 Parliamentary Earth Summit Conference in Rio de Janeiro

 

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Ergreifen Sie die Initiative in Fukushima –

Ein Offener Brief an Generalsekretär Ban Ki-moon

 

30. April 2013

 

Sehr geehrter Generalsekretär Ban Ki-moon!

 

Zweifellos haben Sie die Fukushima-Katastrophe vom 11. März 2011 mit Schrecken und Sorge verfolgt: Was würde ein weiteres Desaster für die Beziehungen zwischen den Staaten, besonders in ihrer Heimatregion Ostasien, bedeuten? Glücklicherweise – so schien es – beschränkten sich die Auswirkungen hauptsächlich auf die japanische Insel und schienen geringer, als viele Experten vorausgesagt haben. Innerhalb von ein paar Wochen wurde in den großen Medien immer weniger von dieser Angelegenheit berichtet –  enn sie nicht sogar verschwand –, nur um als Irgendjemandes persönliche Heldengeschichte  der als besonders tragischer Verlust eines geliebten Menschen wieder aufzutauchen.

 

Aber diese Krise ist nicht vorbei. Heute berichtete Martin Fackler in der New York Times, dass radioaktiv verseuchtes Wasser aus den Reaktoren austritt und dass die Anlage in einer neuen Notsituation steckt. Mitsuhei Murata, Japans ehemaliger Botschafter in der Schweiz, hat im vergangenen Jahr einen Brief geschrieben, der die internationale Aufmerksamkeit auf die abertausende von radioaktiven Brennelementen in der Anlage lenkte und auf die Gefahr, die von deren Schadensanfälligkeit ausgeht. Zuvor hatte er im Parlament schon mehrmals darauf hingewiesen. Internationale Experten, unabhängige und solche der Internationalen Atom Energie Organisation haben die Pläne der Tokio Elektrik Energiegesellschaft zur Auslagerung  der Brennelemente an einen vorläufig sichereren Ort als optimistisch, wenn nicht gar als unrealistisch eingeschätzt.

 

Die Nachrichtenmedien haben bei der Berichterstattung über die derzeitigen Probleme mit den Brennelementen eine adäquate, wenn auch dürftige Arbeit geleistet. Die radioaktiven Brennelemente müssen ununterbrochen gekühlt werden, damit sie sicher bleiben. Die improvisierte Stromversorgung, die diese Kühlung aufrecht erhält, hat etliche Male versagt, einmal sogar länger als 24 Stunden: entweder wegen Eigenfehlern oder wegen hungriger Ratten. Der Schritt von der Sicherheit zu einem Feuer in der Anlage von Fukushima Daiichi steht, ist gelinde gesagt, gefährlich klein. (Und wie schon vielen von Anfang an klar war, hofft TEPCO sich vor der Verantwortung drücken zu können: erstens bei der Sicherheit und Instandhaltung der Anlage, zweitens bei der Rückerstattung der Kosten an Japan.)

 

Über das Ausmaß der Folgen im Falle eines Brennelemente-Brands kann nur spekuliert werden, aber außer Streit steht, dass bei einem solchen Brand (durch das Fehlen von Kühlwasser oder durch einen Schaden, der durch ein Erdbeben verursacht wird) das beste anzunehmende Szenario eine beispiellose globale Katastrophe wäre. Die möglichen Folgen wären die Evakuierung von den 35 Millionen Menschen aus Tokio, eine bleibende Unbrauchbarkeit des Bodens in Japan und ein verseuchter Nahrungsmittelanbau in den Vereinigten Staaten. Das sind keine fantastischen Prognosen, sondern begründete Erwartungen, die man als vorsichtigzurückhaltend sehen kann.

 

Geradezu untragbar, aber leider allzu wahr, ist, dass diese Situation auf die letzten Seiten der Zeitungen und damit auch aus den Köpfen unserer Regierungsverantwortlichen verbannt ist. Es erinnert mich an unsere internationale Annäherung bei der Lösung des Klimawandels, an der ich über Jahrzehnte teilgenommen habe, erst bei den Vereinten Nationen und dann als Generalsekretär des Parlamentarischen Weltgipfels in Rio de Janeiro: wir haben ein latentes und sehr ernstes Problem, das wir wahrscheinlich lösen könnten, wozu aber Entschlossenheit und politischer Wille fehlen. Wie wir wissen, ist es nie zu einem wirklichen Abkommen beim Klimawandel gekommen.

 

Allerdings ist im Vergleich zum Klimawandel das Problem der radioaktiven Brennelemente in Fukushima leichter zu lösen, aber auch dringlicher. Jeder Japaner wird ihnen erzählen, dass in den nächsten Jahrzehnten ein schweres Erdbeben Japan treffen wird. Das bedeutet, dass die Situation schnell gelöst werden muss.

 

Dennoch, selbst wenn das Problem lösbar ist, braucht es ständige Aufmerksamkeit und kompetente und gut ausgerüstete Akteure. Wer könnte die Verantwortung übernehmen? Die Internationale Atomaufsichtsbehörde ließ letzte Woche verlautbaren, dass TEPCO 40 Jahre brauchen werde, um die radioaktiven Brennelemente in geeigneten Lagerbehältern zu sichern. TEPCO weigert sich bereits, Milliarden Yen an Kosten für die Aufräumarbeiten zu zahlen und verfügt weder über die Technologie noch die finanziellen Mittel, um der Aufgabe kompetent und zweckmäßig nachkommen zu können. Bis jetzt hat die japanische Regierung nur auf TEPCO geschaut.

 

Die naheliegende Wahl außerhalb Japans sind die Vereinigten Staaten auf Grund ihrer technologischen Übermacht, Finanzstärke und Führungsrolle. Kurz nach dem Unfall bot das US Verteidigungsministerium Japan seine Unterstützung an, aber die Japaner lehnte die Hilfe ab. Es scheint, als sei diese Tür für immer zugeschlagen. Sie [die USA] tun sich damit aber keinen Gefallen: Bei einem Brand im Lagerbecken für Brennelemente sind die USA unmittelbar betroffen, in Kalifornien, Oregon und Washington haben die Bewohner bereits sehr viel Radioaktivität abbekommen. Eine von den USA angeführte Aktion – ausgenommen vielleicht unter Oregons Senator Ron Wyden – ist unwahrscheinlich, US-Senatoren und Abgeordnete demonstrieren weiterhin zu Hause und anderswo ihre Unfähigkeit.

 

Ich spreche mich schon lange für ein internationales Expertenteam aus, das die Situation untersuchen sollte. Die Vereinten Nationen ist eine der geeigneten Körperschaften, um ein solches Team zusammenzustellen und auszusenden. Die IAEA hingegen sollte nicht in der Verantwortung stehen.

 

Die Aufgabe der IAEA ist es, die friedliche Nutzung der Atomenergie voranzutreiben. Die Gefahr einer Weiterverbreitung ist hier nicht gegeben und das Desaster selbst wirft (wieder einmal) die Frage auf, was denn die friedliche Nutzung der Atomenergie bedeutet und ob sie weiter vorangetrieben werden soll. Auch wenn die IAEA schon mal Sicherheitsprüfungen in Fukushima gefordert hat, so zielt ihre offizielle Linie darauf ab – was falsch und unerklärlich ist –, dass TEPCO weiter am Ruder bleibt.

 

Wir legen keinen Wert darauf, auf ein noch größeres Desaster warten zu müssen. Eines liegt bereits offenkundig am Tisch. Die gesundheitlichen Folgen der freigesetzten Strahlung sind groß: Ungeachtet dessen, was in den großen Nachrichtenmedien berichtet wird, haben wir in Japan in den nächsten vier bis fünf Jahren einen signifikanten Anstieg bei Schilddrüsenkrebs und anderen Krebsarten zu erwarten. Gleichzeitig werden angeborene  issbildungen in Erscheinung treten. Die voreilige Berichterstattung einiger UN-Abteilungen und der Presse sind im Großen und Ganzen unverantwortlich: Haben wir keine Ahnung, was „Vorsorge“ eigentlich ist? Diese dauernde Einwirkung wird einen Großteil der japanischen Jugend in den nächsten Jahrzehnten zu Krüppeln machen.

 

Unsere Kurzsichtigkeit – in Japan und auch international – ist tragisch. Eine Ausnahme war in diesem Zusammenhang die Erkundungsmission des UN-Sonderbeauftragten Anand Grover im letzten Jahr. Ich hoffe, Sie kennen seine Untersuchungsergebnisse und machen diese weithin bekannt.

 

Wir haben bereits zu lange auf eine internationale Aktion in Fukushima gewartet – wie beim Klimawandel. Mittlerweile ist klar geworden, dass wir es Japan nicht zugestehen können, alleine eine Angelegenheit in der Hand zu haben, die uns alle betreffen kann.

 

Herr Generalsekretär Ban Ki-moon, ich fordere Sie auf, Ihre einzigartige Stellung als Leiter der Vereinten Nationen dafür einzusetzen, dass der notwendige politische Wille entsteht und eine unabhängige Untersuchungskommission aus internationalen Wissenschaftlern und Technikern eingerichtet wird, damit die Angelegenheit mit den abgebrannten Brennelementen in Fukushima angegangen wird, bevor wir gezwungen sind, mit dem Fallout des nächsten Desasters rechnen zu müssen. Japan und die Welt sollen nicht deswegen stärker leiden müssen, nur weil wir uns auf das Warten verlegt haben.

 

Hochachtungsvoll

 

Akio Matsumura

 

• Ehemaliger Sonderberater beim UN-Entwicklungsprogramm

• Gründer und Sekretär des Globalen Forums Geistiger und Parlamentarischer Führungspersönlichkeiten für das Überleben der Menschheit

• Generalsekretär des Parlamentarischen Weltgipfels von Rio de Janeiro von 1992

 

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Prezado Secretário-Geral Ban Ki-moon:

 

May 2, 2013

 

Prezado Secretário-Geral Ban Ki-moon:

 

Sem dúvida alguma, você assistiu com terror e preocupação ao desastre de Fukushima no dia 11 de março de 2011: o que outro desastre nuclear significa para a relação entre Estados, em especial na sua região natal da Ásia oriental? Felizmente, ao que parece, grande parte dos efeitos se mantiveram nas ilhas japonesas, e foram menores que os previstos por especialistas. Em semanas, as histórias se dissiparam ou mesmo desapareceram dos principais meios de comunicação, e só foram resgatadas com histórias individuais de heróis ou aquelas especialmente trágicas da perda de um ente querido.

 

Mas crise não acabou. Hoje, Martin Fackler relatou no New York Times que água radioativamente poluída está vazando das usinas e que o local está num novo estado de emergência. Mitsuhei Murata, ex-embaixador do Japão na Suíça, escreveu uma carta no ano passado que trouxe a atenção internacional às milhares de barras de combustível radioativo que estão no local, e ao perigo que sua vulnerabilidade representa; ele testemunhou isso diversas vezes ao parlamento japonês. Especialistas internacionais, independentes e da Agência Internacional de Energia Atômica, comentaram que os planos da Companhia Elétrica de Tóquio para a remoção das barras do local e seu armazenamento em um local mais seguro, mesmo que temporariamente, são otimistas ou mesmo irrealistas.

 

A mídia tem feito um trabalho minimamente adequado em relatar os muitos problemas que tais barras de combustível representam. O combustível radioativo precisa ser constantemente resfriado para manter-se seguro; o sistema elétrico improvisado para fazer esta refrigeração já falhou algumas vezes, em uma ocasião por mais de 24 horas, tanto por conta própria como por conta de ratos famintos. O mecanismo que se mantém entre a segurança e um incêndio na usina de Fukushima Daiichi é, no mínimo, precário. (E, como já é evidente para muitos desde o início, a Companhia Elétrica de Tóquio espera reduzir suas responsabilidades: primeiramente, na segurança e manutenção; em segundo lugar, em pagar seus custos ao Japão.)

 

Só é possível fazer especulações sobre a dimensão das consequências de um incêndio desde combustível. Porém, é certo que, uma vez iniciando o incêndio (por falta de água para refrigeração ou por derramamento causado por um terremoto), mesmo o melhor dos cenários seria um desastre global sem precedentes. Algumas das possíveis consequências são: a evacuação dos 35 milhões de habitantes de Tóquio, o desuso permanente da terra no Japão, e a contaminação das lavouras alimentícias nos Estados Unidos. Estas não são projeções mirabolantes, porém expectativas razoáveis, se não conservadoras.

 

Ainda assim, inimaginável, porém familiar, esta situação ainda é renegada às últimas páginas dos nossos jornais, e, portanto, para o fundo da mente de nossos líderes. Isso me lembra a nossa abordagem internacional para lidar com as mudanças climáticas, da qual fiz parte por décadas, primeiro nas Nações Unidas e depois como Secretário Geral do Parlamento da Cúpula da Terra no Rio de Janeiro: nós temos um latente, porém sério problema que nós provavelmente podemos resolver, mas nos falta vontade política para fazê-lo. Como vocês todos sabem bem, um acordo bem sucedido para as mudanças climáticas tem nos iludido.

 

Em comparação com mudanças climáticas, porém, a questão das barras de combustível radioativo em Fukushima é tanto mais fácil de resolver como mais urgente. Qualquer japonês pode te dizer que outro terremoto sério irá incidir sobre o país na próxima década. Ou seja, a situação precisa ser resolvida rapidamente.

 

Apesar disso, mesmo que possível de resolver, a questão demanda atenção constante e competente, além de atores com muitos recursos. Então, quem se habilita? A Agência Internacional de Energia Atômica disse na semana passada que seriam necessários 40 anos para a Companhia Elétrica de Tóquio assegurar o armazenamento adequado das barras de combustível. A empresa já está recusando pagar bilhões de Yens em custos de limpeza, e não possui a tecnologia nem os recursos para realizar esta tarefa com competência. Enquanto isso, o governo japonês apenas observa.

 

Fora do Japão, a escolha óbvia são os Estados Unidos, por sua superioridade tecnológica, recursos, e liderança. Logo após o acidente, o Departamento de Defesa americano ofereceu apoio ao Japão, mas os japoneses negaram. Ainda não se sabe se esta via de ajuda ainda existe. Esta não seria uma ação benevolente: os EUA se encontram no caminho dos danos e estragos no caso de um incêndio envolvendo os combustíveis citados; habitantes da California, Oregon e Washington já receberam muita radiação. Uma ação liderada pelo EUA, com exceção apenas do Senador do Oregon Ron Wyden, é improvável: Senadores americanos continuam a demonstrar sua impotência dentro e fora do país.

 

Eu tenho insistido há tempos por um time internacional de especialistas independentes para investigar a situação. As Nações Unidas são um corpo apropriado para montar e enviar tal time. A Agência Internacional de Energia Atômica (AIEA), por outro lado, não deveria tomar a responsabilidade.

 

A missão da AIEA é promover o uso pacífico da energia nuclear. Preocupações com proliferação não são aplicáveis aqui, e o desastre certamente chamou a atenção (novamente) para o que significa o uso pacífico da energia nuclear e se ela deve ou não ser promovida. Enquanto a agência tem recentemente insistido em melhorias na segurança em Fukushima, a mentalidade oficial ainda é, incorretamente e impossivelmente, de usar a Companhia Elétrica de Tóquio para realizar o processo.

 

Não estamos esperando apenas por um grande desastre. Um já está se formando bem à nossa frente. As consequências à vida da radiação liberada são grandes: ao contrário do que tem sido divulgado pelos principais meios de comunicação, nós iremos ver um salto significativo em casos de câncer da tireoide e de outros tipos em quatro ou cinco anos. Más formações congênitas provavelmente irão começar a aparecer. Aquilo que as agências da ONU e a imprensa têm relatado prematuramente é irresponsável: será que não temos noção do que “prematuro” significa? Esses efeitos latentes irão danificar parte da população jovem japonesa ainda nesta década.

 

Nossa miopia, no Japão e internacionalmente, é trágica. Um ponto brilhante foi do Relator Especial da ONU Anand Grover, em sua missão em busca de informações no Japão, no ano passado; eu espero que vocês apoiem suas informações e as compartilhe amplamente.

 

Nós já esperamos por muito tempo, como fizemos para as mudanças climáticas, para que ações sejam tomadas em Fukushima. Mas agora está claro que não podemos deixar que o Japão tome conta de uma questão que pode afetar a todos nós.

 

Secretário-Geral Ban Ki-moon, eu insisto que você utilize sua exclusiva posição de líder das Nações Unidas para ampliar a vontade política e organizar um time independente de investigação com cientistas e engenheiros internacionais para resolver a questão das barras de combustível radioativo de Fukushima, antes que sejamos forçados a conviver com os efeitos radioativos de outro desastre. O Japão e o mundo não deve sofrer mais devido à nossa escolha por esperar.

 

Honestamente,

 

Akio Matsumura


-Ex-Conselheiro Especial para o Programa de Desenvolvimento das Nações Unidas (UNDP)
-Fundador e Secretário-Geral do Fórum Global de Líderes Espirituais e Parlamentares pela Sobrevivência Humana
-Secretário-Geral da Conferência da Cúpula da Terra no Rio de Janeiro, em 1992

 

_________

 

Tomemos acción en Fukushima: carta abierta para el Secretario General Ban Ki-moon.

 

Estimado Secretario General Ban Ki-moon:

Sin duda usted observó el desastre en Fukushima ocurrido el 11 de marzo de 2011, con terror y preocupación: ¿Qué implicaciones tendría otro desastre nuclear en las relaciones interestatales, especialmente en su región de origen en el Este de Asia? Afortunadamente, al parecer, los efectos se mantuvieron en gran medida a las islas de Japón y fueron menos de lo que muchos expertos esperaban. En cuestión de semanas las historias se disiparon, si bien no desaparecieron de los principales medios de comunicación, sólo fueron resucitadas historias de interés personal sobre un héroe o un caso especialmente trágico sobre la pérdida de un ser querido.

Pero la crisis no se ha terminado. Hoy, Martin Fackler reportó en el New York Times que agua contaminada radioactivamente se está escapando de las plantas y que el sitio se encuentra en un nuevo estado de emergencia. Mitsuhei Murata, el ex embajador de Japón en Suiza, escribió una carta el año pasado, que atrajo la atención internacional hacia las miles de barras de combustible radiactivo gastadas en el lugar y el peligro que su vulnerabilidad presenta; él ha dado testimonio de esto varias veces antes de que el parlamento de Japón. Expertos internacionales, independientes y de la Agencia Internacional de la Energía Atómica, han comentado que los planes de la Tokyo Electric Power Company para la eliminación de las barras del lugar y su almacenamiento en un lugar más seguro, aunque todavía provisional, la ubicación es optimista y poco realista.

Los medios de comunicación han hecho un trabajo muy magro de informar sobre los diversos temas que las barras de combustible presentan. El combustible radiactivo debe ser enfriado continuamente con el fin de mantener la seguridad; el sistema eléctrico improvisado que mantiene la refrigeración ha fallado varias veces, por lo menos una vez por cada 24 horas, tanto por cuenta propia como por consecuencia de las ratas hambrientas. El mecanismo que se interpone entre la seguridad y un incendio en la planta de Fukushima Daiichi es, por decir lo menos, precario. (Y, como ha quedado claro para muchos desde el principio, TEPCO busca esperanzadamente eludir su responsabilidad: en primer lugar, en la seguridad y mantenimiento del sitio, en segundo lugar, en el pago de su costo a Japón)

Solamente se puede especular el alcance de las consecuencias que un incendio de este combustible gastado pueda causar, pero, indiscutiblemente, una vez que iniciara el fuego (por falta de agua de enfriamiento o por el derrame provocado por un terremoto), incluso en el mejor de los casos sería una catástrofe mundial sin precedentes. Las posibles consecuencias son la evacuación de 35 millones de habitantes de Tokio, el desuso permanente de la tierra de Japón, y el envenenamiento de los cultivos de alimentos en los Estados Unidos. Estas no son proyecciones fantásticas, son razonablemente expectativas conservadoras.

Aunque increíblemente pero con demasiada familiaridad, la situación sigue siendo relegada a las últimas páginas de los periódicos, y por lo tanto a la parte posterior de las mentes de nuestros líderes. Esto me recuerda a nuestro enfoque internacional para resolver el cambio climático, en el cual he participado durante décadas, primero en las Naciones Unidas y después como Secretario General de la Cumbre parlamentaria de la Tierra efectuada en Río de Janeiro: tenemos un problema latente pero muy grave que probablemente podemos arreglar, pero carecen de la determinación y la voluntad política para hacerlo. Como usted bien sabe, un exitoso acuerdo sobre el cambio climático nos ha eludido.

En comparación con el cambio climático, sin embargo, la cuestión de las barras de combustible radiactivo de Fukushima es a la vez más fácil de resolver y más urgente. Cualquier japonés puede afirmar que otro terremoto grave golpeará Japón dentro de la próxima década. Es decir, esta situación debe ser resuelta rápidamente.

Sin embargo, incluso si es posible de resolver, la cuestión requiere una atención constante y de actores competentes y bien financiados. Entonces, ¿quién podría hacerse cargo? La Agencia Internacional de Energía Atómica dijo la semana pasada que a TEPCO le llevará por lo menos 40 años para asegurar las barras de combustible radiactivo en contenedores de almacenamiento más adecuados. TEPCO ya se niega a pagar a Japón miles de millones de yenes en costos de limpieza, y no tiene la tecnología o medios para realizar la tarea de manera competente y convenientemente. Y a pesar de ello, hasta ahora el gobierno japonés sólo ha recurrido a TEPCO.

La siguiente opción obvia fuera de Japón es Estados Unidos, por su superioridad tecnológica, el financiamiento, y el liderazgo. Inmediatamente después del accidente, el Departamento de Defensa de EE.UU., ofreció asistencia a Japón, pero los japoneses reusaron su ayuda. Queda por ver si la puerta se ha cerrado de forma permanente. Esto no se trata una acción benevolente: los EE.UU. se encuentran en peligro en el caso de un incendio de este combustible, los residentes de California, Oregón y Washington ya han recibido mucha radiación. La acción dirigida por parte de EE.UU., excepto tal vez por el senador Ron Wyden de Oregón, es poco probable: senadores de EE.UU. y representantes continúa demostrando su impotencia tanto en su país como en el extranjero.

Durante mucho tiempo he estado abogando por un equipo internacional de expertos independientes para investigar la situación. Las Naciones Unidas son un organismo adecuado para ensamblar y entregar dicho equipo. La AIEA, sin embargo, no debe asumir la responsabilidad.
La misión del AIEA es promover el uso pacífico de la energía nuclear. Las preocupaciones de proliferación no son aplicables para ella, y el desastre en sí ha puesto en duda (otra vez) si la promoción del uso pacífico de la energía nuclear debe ser promovido. Mientras que la agencia ha instado recientemente a las mejoras de seguridad en Fukushima, la línea oficial de pensamiento es todavía, de forma incorrecta e imposible, utilizar TEPCO para llevar a cabo el proceso.

No sólo estamos a la espera de un desastre mayor. Uno de ellos ya se está desarrollando ante nosotros. Las consecuencias para la salud de la radiación liberada son graves: a pesar de lo que los principales medios de comunicación están informando, vamos a ver un salto significativo en la tiroides y otros tipos de cáncer en Japón en cuatro o cinco años. Malformaciones congénitas probablemente comenzarán a aparecer. El reporte prematuro de algunas agencias de la ONU y la prensa en general ha sido irresponsable: ¿tenemos idea de lo que significa “precaución”? Estos efectos latentes paralizarán a gran parte de la población joven de Japón en esta década.

Nuestra miopía, en Japón y a nivel internacional, es trágico. Un punto positivo fue dado por el Relator Especial de la ONU Anand Grover quien estuvo en una misión de investigación en Japón el año pasado, espero hacer una copia de sus resultados y difundirlo ampliamente.

Ya hemos esperado demasiado tiempo, como lo hicimos para el cambio climático, para tomar medidas internacionales respecto de Fukushima. Pero ahora es claro que no podemos permitir que Japón se haga cargo de un problema que podría afectarnos a todos nosotros.

Secretario General Ban Ki-moon, le insto a que utilice su posición única como jefe de las Naciones Unidas para impulsar la voluntad política y la organización de un equipo de evaluación independiente de científicos e ingenieros internacionales para resolver el problema de barras de combustible radiactivo gastado en Fukushima antes de que nos veamos obligados a tener en cuenta las consecuencias de otro desastre sean mayores. Japón y el mundo no deberían tener que sufrir más porque decidimos esperar.

Atentamente,

Akio Matsumura
-Ex asesor especial del Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo
-Fundador y Secretario General del Foro Global de Líderes Espirituales y Parlamentarios para la Supervivencia Humana
-Secretario General de la Conferencia Parlamentaria de la Cumbre de la Tierra de 1992 en Río de Janeiro

_________

 

* Ayant essayé de contacter divers organismes de l’ONU qui ont des adresses mail, je n’ai encore reçu aucune réponse de cette instance m’expliquant comment adresser cette pétition par voie électronique. Si quelqu’un connaît le sésame, merci de m’envoyer un message par le formulaire de contact.

 

 

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:29
Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça

A l’occasion du triste anniversaire du début de la catastrophe de Tchernobyl, j’aimerais revenir sur un documentaire de Luc Riolon diffusé la première fois par Arte en 2010, « Tchernobyl, une histoire naturelle ? », et qui depuis revient régulièrement pour alimenter de fausses idées sur les bienfaits de la radioactivité. Tout dans ce reportage est fait pour accréditer que les faibles doses sont bénéfiques à la nature et que finalement, Tchernobyl a été une bonne expérience. Bien sûr, beaucoup de choses rappelées dans ce film sont vraies, mais un objectif est clairement fixé dans le scénario : persuader petit à petit le spectateur que la radioactivité n’est pas si dangereuse que ça, en utilisant la technique de la persuasion répétitive.

Des paroles bien choisies

 

Dès le début du film, on se met dans le bain avec l’émerveillement des scientifiques :

« Tchernobyl offre des possibilités de recherche vraiment fascinantes qui rejoignent parfaitement nos pôles d’intérêts et qui ne pourraient être nommées nulle part ailleurs », dit l’un ;

« Tchernobyl nous offre une prodigieuse possibilité de comprendre les conséquences biologiques d’un désastre nucléaire majeur », dit l’autre.

 

Et plus loin, la voix off :

« Dans ce laboratoire à ciel ouvert, les scientifiques allaient mettre au jour des phénomènes tout à fait extraordinaires. »

 

Le scientifique « ancien liquidateur » trouve un mulot en excellente santé dans un endroit « 1000 fois plus radioactif que la normale » (mais pas de dose chiffrée).

 

La voix off : « Plus de deux décennies après la catastrophe, la nature semble de manière surprenante avoir repris tous ses droits à Tchernobyl. »

« Les oiseaux nichent même sur le sarcophage de béton qui recouvre le réacteur défunt à des niveaux de radioactivité un million de fois la normale. »

« Tous ces animaux semblent en parfaite santé ».

 

La zone interdite abrite une espèce rare, le cheval de Prevalsky.

Les vieux chevaux malades sont maintenant en forme et le groupe s’est développé. « Je pense que c’est un paradis ici pour les chevaux » dit la scientifique de Kiev.

 

La voix off : « La végétation est exhubérante. »   

« Comme pour les animaux, les radiations semblent n’avoir aucune conséquence sur la végétation. »

« La forêt rouge allait bientôt devenir un laboratoire des plus étonnants de la planète. »

 

Un autre scientifique, qui cultive son jardin dans la zone interdite, a retiré le raisin, le cassis et l’oseille (sous-entendu plantes qui capturent trop le césium ou le strontium).

« Lenid peut donc tranquillement manger les produits de son jardin, soigneusement vérifiés et sélectionnés. »

 

Robert J. Baker : « Même dans la forêt rouge, la végétation est épaisse et l’habitat est devenu sain. Nous pouvons dire qu’il y a plus d’animaux à l’intérieur de la zone que dans des endroits à l’habitat comparable à l’extérieur des 30 km de la zone interdite. »

 

 

A force d’entendre ces paroles répétées, qu’on s’y sent bien à Tchernobyl ! Il ne reste plus qu’à lâcher des informations « scientifiques », et le tour est joué.

 

 

Détournement d’information et désinformation

 

Au début du reportage, une scientifique de l’IRSN aborde le sujet du plutonium, puis subitement, à 30 min, la voix off annonce que la radioactivité dans la zone de Tchernobyl est due principalement à deux radionucléides toujours présents : le césium 137 et strontium 90. Evaporé le plutonium ! Résultat des recherches sur le plutonium ? Ce n’est pas la peine d’en parler, ce n’est pas intéressant. A Fukushima non plus ce n’est pas intéressant. On en trouve oui, ça on ne peut pas le nier, mais quand à étudier l’effet du plutonium sur le monde vivant… Peut-être ce n’est pas nécessaire car on connaît déjà les conclusions ? Radiotoxique très puissant ? Cancérigène ? Ou bien on peut boire le plutonium sans crainte ?

 

Robert J. Baker, généticien à la Texas Tech University Lubbock : « Nous avons été choqué par ce que nous avons trouvé : un taux très élevé de mutation chez les animaux ». Le scientifique a donc publié un article dans Nature précisant que Tchernobyl a provoqué un déferlement de mutations. Quelques semaines après la parution de l’article, ils refont les analyses avec un autre matériel et découvrent que tout est faux et qu’ils se sont trompés.

Et le scientifique de conclure : « Au jour d’aujourd’hui, on peut dire que non seulement les animaux [les souris de Tchernobyl] vont bien, mais qu’également leur génome n’a pas subi de modification. »

C’est pas beau ça ? Dans ce film, on prend comme base scientifique un gars qui s’est rétracté quelques semaines après avoir publié un article dans une revue scientifique de renom à comité de lecture. Est-ce sérieux ? Je suis entièrement d’accord qu’on puisse faire des erreurs et le reconnaître, c’est une démarche plus que louable. Mais dans ce cas, même s’il n’y a pas eu de pression du lobby nucléaire sur cette équipe scientifique, le réalisateur aurait pu donner la parole à d’autres scientifiques qui avaient d’autres conclusions.

 

Est-ce que cet autre scientifique, Sergey Gashchak, radioécologue à l’International Radioecology Laboratory Slavutich, est également sérieux quand il prétend que les mutations peuvent provenir d’autres facteurs naturels comme des anomalies de la biologie des animaux liées à une carence en nutriments, d’une modification du climat (sécheresse ou grande humidité), d’une augmentation des parasites, etc. ?

Ce même homme assure, squelette de cervidé filmé à l’appui : « Bien sûr le strontium provoque des problèmes de santé aux animaux qui vivent ici, mais le squelette semble parfaitement normal. La cause de la mort n’est pas du tout le strontium. Il a été tout simplement dévoré par des loups. »

Même technique de communication qu’avec le mulot : il montre un seul spécimen et le spectateur est conduit à penser que tous les animaux pètent la forme !

 

Le réalisateur réutilisera la même technique pour les oiseaux : on stigmatise le cas des hirondelles qui présentent des malformations (plumes dissymétriques, vieillissement prématuré, tumeurs, etc. mais c’est de leur faute, elles sont fatiguées), et du coup on sous-entend que tous les autres oiseaux vivant en zone contaminée vont bien.

 

Le reportage finit par faire l’apologie de l’effet Hormésis (les faibles doses seraient bénéfiques, alors qu’il est établi depuis des lustres que tout rayonnement a un effet destructeur sur les cellules). On est sauvés ! Mais bon sang, de quoi se plaignent les populations qui vivent en continu dans les territoires contaminés, à Tchernobyl et à Fukushima ?

 

 

Le reportage sert de support aux experts pronucléaires

 

Jean-Marc Jancovici reprend à son compte en février 2012 le tableau idyllique dressé par le film : « Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite », déclare-t-il en février 2012.

Mais n’était-ce pas le but recherché par le réalisateur ? Ou bien celui-ci s’est-il fait influencer par ceux qui l’ont aidé dans sa tâche ? Il faut dire qu’une armada de spécialistes de l’IRSN, organisme bien connu pour minimiser les conséquences sanitaires liées à la radioactivité, l’ont aidé dans ses recherches : Didier Champion (Pôle "Radioprotection, environnement, déchets et crise » à l’IRSN, Marie-Pierre Bigot (direction de la communication à l’IRSN), Pascale Portes (responsable du service de presse à IRSN), Jacqueline Garnier-Laplace (Chef de service Recherche, Expertise et Evaluation d’impact environnemental à IRSN), Patrick Gourmelon (directeur de la radioprotection humaine à l’IRSN), Jean-René Jourdain (direction de la protection de l'homme à l’IRSN) et François Bréchignac (Directeur scientifique adjoint à l’IRSN). Toute cette équipe, supervisée par Dietrich Averbeck, Directeur de recherche émérite du CNRS à l’Institut Curie, mais surtout membre du conseil scientifique de l’IRSN, a joué un grand rôle dans le message global du film.

 

 

Conclusions et commentaires sur le film

 

Depuis qu’il est sorti, ce film très controversé a déjà fait couler beaucoup d’encre. Pour finir, je voudrais reprendre la conclusion d’un très bon article de Michel Fernex, professeur émérite de médecine et spécialiste des impacts sanitaires des radiations (source) :

 

« L’histoire naturelle de Tchernobyl, ce devait être ce qui se déroule dans la nature dans la zone d’exclusion de 30 km de rayon autour du réacteur atomique détruit en 1986. Des chercheurs encore sur place ont consacré des années à l’étude de la faune et ont suivi différentes espèces pendant plusieurs années. Un cinéaste indépendant aurait pu faire profiter les spectateurs de quelques découvertes importantes faites dans ce laboratoire à ciel ouvert, en réalisant un bon documentaire. Il pouvait faire appel au naturaliste du CNRS de Paris Sud, qui travaille sur le terrain depuis plus de dix ans. Avec la collaboration de spécialistes de nombreux pays, Møller & Mousseau décrivent l’impact des rayonnements ionisants sur l’ensemble de la faune. S’en tenir à deux rongeurs médiocrement étudiés dans le terrain et présenter de façon assez confuse ce qui se passe chez les hirondelles, comme si cette espèce était l’exception et non la règle, c’est insuffisant. Volontairement insuffisant.

Pour le monde végétal, le film nous apprend que les pins sont vulnérables et les bouleaux le sont moins, ce qui permet à cette espèce pionnière d’envahir de nombreux espaces, y compris la ville abandonnée de Prypiat. Les fourrés de bouleaux sont d’une grande pauvreté à côté des forêts qui accompagnent les rivières et les fleuves du Bélarus et de l’Ukraine. Il faudra des siècles pour qu’une forêt digne de ce nom renaisse autour de Tchernobyl.

Les spectateurs auront résolu l’énigme proposée par le titre du film. Ils auront découvert la cause de la médiocrité de l’information livrée. À quoi sert cette permanente accumulation de mensonges par omission dont est composé le scénario ? À qui rapporte le crime ? Certes, le réalisateur n’est pas le premier bénéficiaire.

Retenons que le principal objectif statutaire de la puissante agence de l’ONU, l’AIEA, c’est « l’accélération de l’augmentation de la contribution de l’énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier ». De toute évidence, ses membres comme tous ceux qui touchent indemnités ou salaires de cette institution ne peuvent être que juge et partie face aux problèmes que soulèvent les victimes des accidents nucléaires, principalement quand il s’agit d’humains. Mais l’AIEA est à nouveau contrainte par ses statuts d’étendre la propagande pro-nucléaire dont elle a la charge, en masquant la souffrance de la faune et en inventant des slogans comme « les animaux se sont rapidement remis du choc radiologique qui a suivi l’explosion de 1986. Ils prospèrent magnifiquement ». L’AIEA ne peut plus se servir de la "radiophobie" dont elle a déjà tellement abusé. Les biologistes constatent que de vastes espaces demeurent impropres à la survie de nombreuses espèces ; seule la permanente recolonisation par des animaux venant de l’extérieur, comme chaque printemps les oiseaux migrateurs ou erratiques, permettent le maintien d’une vie maladive dans ce milieu contaminé.

L’AIEA, l’agence, la plus haut placée dans la hiérarchie de l’ONU, dépendant directement du Conseil de Sécurité, soutient le lobby de l’atome et doit à tout prix nier la vérité sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé de la faune comme sur celle des humains. »

Pour en savoir plus :

 

Sur le reportage d’Arte :

« Tchernobyl, histoire naturelle ? »

Un film de Luc Riolon, écrit par Luc Riolon et Antoine Bamas

Produit par Arte France, Camera Lucida Productions, CNRS Images

en partenariat avec Eurovision Science et la Commission européenne de recherche

Conseiller scientifique : Dietrich Averbeck (institut Curie, CNRS)

 

 

Avis de Michel Fernex

 

Avis de Jacques Foos

 

Avis d’Yves Lenoir

 

Avis de Bella Belbéoch

 

 

Le reportage analysé par thème par Yann Moreau

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