10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 00:48

En écho au précédent article publié sur les problèmes de thyroïde au Japon, voici un autre article paru au début du mois de mars 2013 qui fait état d’un scandale dont on a peu parlé jusqu’à maintenant : celui des mesures trafiquées de la radioactivité. Ce problème est récurrent au Japon depuis la catastrophe de 2011, et semble être devenu la norme. Nous avions déjà rapporté cette pratique sur le site nucléaire même de Fukushima Daiichi où les balises ont été entourées de murs pour faire baisser les taux. Par ailleurs, dans la zone interdite, les autorités prêtent aux visiteurs des radiamètres sous-calibrés qui indiquent des mesures deux fois moindres que la réalité. Ce n’est pas une rumeur, Janick Magne l’a constaté lors de son dernier passage à Futaba en février 2013.

Les bornes gouvernementales destinées à informer en continu la population de la radioactivité ambiante ont subi le même traitement, ce qui permet de faire croire que tout va bien. L’article dont quelques extraits sont reproduits ci-dessous en témoigne.  Il est paru le 8 mars 2013 dans le journal japonais Friday, hebdomadaire d'information généraliste édité par Kodansha. Son auteur, Kirishima Shun, a réalisé une enquête et il en livre ici les résultats.

 

 

 

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« Succession d’anomalies thyroïdiennes chez les enfants: les vraies causes?!

 

 

 

Révélations exclusives: FUKUSHIMA, LES MESURES DE RADIATION OFFICIELLES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX.

 

Sur 38 114 examens de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima en 2011, 3 cancers déclarés, 7 cancers possibles.

 

Au comité d’Inspection de la Santé des Habitants de la Préfecture de Fukushima, formé le 13 février dans la ville de Fukushima, un rapport fit l’effet d’une bombe. Les anomalies ont été décelées sur des personnes de 15 ans de moyenne d’âge, habitant tous dans la même zone. Un cas de cancer de la thyroïde sur un million d’enfants est déjà considéré comme un taux élevé.

 

De plus, on ne connaît pas encore toute l’étendue des dégâts. Yoshida Kunihiro, président de l’association à but non lucratif Anshin-Anzen Project [Projet Confiance et Sécurité, ndt], qui s’occupe de collecter des informations sur les dégâts provoqués par l’accident de la centrale Daiichi, participe le 2 février à une inspection thyroïdienne à Fukushima-ville. Il pointe du doigt ces anomalies infantiles.

 

« Sur 80 personnes examinées, un adulte est en observation pour un possible cancer de la thyroïde, et des kystes ont été décelés chez 60% des autres personnes, enfants et adultes. Plus particulièrement chez les enfants qui font du sport dehors, et des garçons qui pratiquent le base-ball quotidiennement en avaient même plusieurs. Le médecin qui examinaient affirme lui-même: »jamais on ne constaterait autant de kystes en temps normal », craignant un lien de cause à effet avec l’accident nucléaire ».

 

Le pays a toujours soutenu qu’à l’écart de la centrale, les taux de radiation de la région sont bas et leur influence sur le corps humain est faible. Ce qui lui permet de maintenir cette affirmation, c’est, entre autre, la présence des  « monitoring posts » (ci-dessous:  « poste »), appareils de mesure de radiation à écran installés par le ministère de la recherche juste après l’accident dans chaque zone de la région. Les chiffres annoncés sur ces postes sont une sorte de certificat de vérité pour le pays.

 

tableau-haut.jpg

 

Listes des postes / mesures publiques / mesures du journal. Remarque 1: les mesures sont données en µSv/h.

Remarque 2: la valeur en gras est la plus haute mesurée par le journal.

 

Pourtant, ces mesures se révèlent mensongères. Le Colloque sur le Problème de l’Irradiation Interne des Citadins et Scientifiques, un groupe de chercheurs et de médecins, a effectué ses propres mesures à proximité de 117 postes sur les 570 placés dans la préfecture de Fukushima, et a ainsi indiqué une faiblesse anormale des données numériques officielles. Un membre du colloque, monsieur Yagasaki Katsuma, professeur émérite à l’Université des Ryukyu, explique :

 

« Entre août et octobre de l’année dernière, quand on tendait un de ces compteurs portables de haute précision utilisés par l’administration, entre autres, vers un poste, les mesures affichées par le compteur étaient très hautes, près du double de celles affichées publiquement. Une différence de 51% quand les alentours avaient été décontaminées, et de 56% quand elles ne l’avaient pas été. Avec une telle différence, impossible de prétendre qu’on était dans le domaine de la simple erreur. »

 

(…)

 

La mère d’un enfant de 8 ans, habitante de Fukushima-ville, raconte, le visage inquiet :

 

« J’ai acheté mon propre compteur et je mesure les radiations réelles. Je n’ai donc aucune confiance dans les chiffres des postes. Mon enfant est cardiaque et je me fais du souci. S’il arrive quelque chose à sa thyroïde, on ne pourra pas utiliser de médicament trop puissant. Je ne sais plus quoi faire, je suis perdue. »

 

compteur-e1365174307387.jpg

Les mesures données en µGy/h (micro gray) peuvent être considérées comme équivalentes à celles de notre compteur , µSv/h (micro sievert). 

 

Les radiations que nous avons constatées par nous-mêmes sur 23 emplacements étaient pour la plupart le double de celles indiquées par les postes, avec une différence de 56% en moyenne. Il est très difficile de dire que les rectifications étatiques évoquées par M. Yagasaki aient été faites correctement. Pourtant la cellule de crise du ministère de la recherche se justifie ainsi: « nous avons replacé les postes à des endroits optimaux. Ils ont subi des révisions et leurs batteries ont été changées. Nous les avons réglés pour qu’ils affichent des valeurs 10% au-dessus de la réalité. C’est pourquoi nous ne réfléchissons à aucune disposition supplémentaire pour le moment ». Le professeur Yagasaki s’indigne de voir ainsi le ministère traiter les choses avec une telle désinvolture:

« La plaque de métal qui se trouve entre le sol et le poste ne pose-t-elle pas un problème de confinement fondamental? Le fait d’engager de coûteux travaux et ne rien voir changer n’est qu’un alibi pour pouvoir dire que des mesures ont été prises. »

 

Tant que le gouvernement ne fera pas la lumière sur les radiations, les dégâts s’étendront. Le danger continuera de plomber la vie des enfants de Fukushima. »

 

Kirishima ShunFriday du 8 mars 2013, Kodansha.

(Traduction sakana ôji)

 

Lire l’article en entier

 

 

 

 Article sur le même sujet sur Fukushima Diary :

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:51

stele.jpgA travers des articles dans la presse, des chercheurs japonais tentent de tirer le signal d'alarme concernant les risques de cancer de la thyroïde chez les enfants. Selon un de ces articles, paru dans le journal Gendai ainsi que sur son site internet le 4 avril 2013, les problèmes de thyroïde répertoriés dans différentes régions du Japon attesteraient qu’une grande partie du pays aurait été contaminé.

 

Article source :「甲状腺異常」全国に広がっている

 

« Les problèmes de thyroïde s’étendent à tout le pays

 

À la fin du mois dernier, le Ministère de la Santé a présenté les résultats des échographies de la thyroïde faites dans trois préfectures (hors Fukushima) : Aomori (Hirosaki), Yamanashi (Kôfu) et Nagasaki (Nagasaki). Les échographies ont été pratiquées entre le mois de novembre 2012 et le mois de mars de cette année, sur 4365 enfants de 3 à 18 ans. La proportion d’enfants présentant des nodules de moins de 5 mm ou des kystes de moins de 20 mm était de 57,6% pour Hirosaki, 69,4% pour Kôfu et 42,5% pour Nagasaki.

D’autre part, dans la préfecture de Fukushima, la proportion était, pour l’année 2011, de 35,3% et pour l’année 2012 de 43,6%. Le ministère a conclu qu’« il n’y a pas grande différence » entre la préfecture de Fukushima et les trois autres et qu’« il est difficile d’imaginer que l’accident nucléaire soit en cause »

 

Ce n’est pas une plaisanterie. Dans la préfecture de Fukushima, pour l’année 2011, sur les 38 000 enfants examinés, 3 ont développé un cancer et 7 présentent des risques d’en développer un. Ces chiffres sont incroyables quand on sait qu’en général, le risque de développer un cancer de la thyroïde chez les enfants est de 1 à 3 pour 1 million. Et comme les chiffres de Fukushima ne diffèrent pas de ceux des autres préfectures, cela équivaut à dire que tout le pays est pollué.

 

katsuma_yagasaki.jpgLe professeur YAGASAKI Katsuma (Université de Ryukyû), qui fait des recherches sur les dangers de la contamination interne, appelle cela l’« irradiation cachée ».

 « Quand on observe les données de la Revue de l’Association japonaise de médecins concernant les adultes et les examens des enfants de Fukushima, il apparaît nécessaire de déterminer "d’autres facteurs de différence entre les enfants de Fukushima et les adultes". Parce que la proportion des enfants de Fukushima d’environ 18 ans ayant des kystes de moins de 3 mm est trois fois plus élevée que celle des enfants de 20 ans. La proportion des enfants d’Aomori ou de Nagasaki ayant des kystes, identique à celle des enfants de Fukushima, est aussi quelque chose d’anormal.

Il est tout à fait anti-scientifique de dire que l’iode radioactif stimule la thyroïde des enfants et de dire, de but en blanc, que cela n’a aucune relation avec la radioactivité. D’un point de vue médical, les kystes n’ont pas de lien direct avec le cancer, mais les résultats de ces examens ne sont-ils pas un signal d’alarme pour tout le Japon ? »

 

Comme il en va ainsi du nord au sud du Japon, les enfants de Tôkyô ne sont pas non plus en sécurité. Selon le professeur SASAKI Ken (Université Rikkyo, faculté des sciences) :

« À Tôkyô aussi, la radioactivité a dangereusement augmenté. Quelques jours après l’accident, il y avait 0,8 μSv. Les quatre jours suivants, la radioactivité a baissé chaque jour de 0,1μSv. Comme l’iode a une demi-vie de 8 jours, elle a pu bien s’imbiber. Même pendant un court laps de temps, des chiffres élevés étaient enregistrés dans la capitale. Dans les arrondissements de Arakawa et Adachi, on a trouvé des hotspots de radioactivité. Plus de cinq ans après Tchernobyl, les gens ont commencé à être malades. Il est nécessaire de continuer à faire des contrôles. »

 

Selon le professeur YAGASAKI, en Biélorussie (nord de Tchernobyl), c'est en 1987 que les cancers ont commencé à apparaître, cinq ans après, ils avaient été multipliés par 50. Dans une région d’Ukraine située à 150 km à l’ouest de Tchernobyl, où la pollution est inférieure à celle de Koriyama, 9 ans après l’accident, 1 enfant sur 10 avait des problèmes de thyroïde et 1 sur 100 le cancer.

 

Même dans les zones à faible rayonnement, les méfaits sur la santé se font sentir. Et les mesures à prendre ne concernent pas seulement Fukushima. »

 

(Traduction : Martine Carton)

 

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Article de ce blog sur les problèmes de thyroïde au Japon

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Article sur le blog « Vivre après Fukushima »

Cafouillages dans les tests thyroïdiens

 

Article sur le même sujet pour Miyagi (en anglais)

Only 13% thyroid abnormalities in Miyagi

 

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Photo d’entête : statue d'un enfant, qui se trouve dans la cour de l'école primaire du village de Iitate, à Fukushima. Cette école a été fermée parce que les radiations y étaient vraiment trop élevées. Sous la statue est écrit "Kibô", ce qui signifie "espoir".

(photo © The Nikkan Gendai)

 

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:33
tepco0Beaucoup de médias ont développé cette info de nouvelle fuite, tant mieux. Au moins 120 tonnes d’eau radioactive auraient fui dans la nuit de vendredi à samedi et un autre réservoir aurait également des problèmes. Selon Tepco, ce n’est pas grave car cette eau ne rejoindrait jamais la mer… En France, ce serait un scandale, au Japon, ce n’est pas grave. De l’eau hautement radioactive dans le sol, après une catastrophe nucléaire, ce serait acceptable. Le Monde parle d’un « incident ». En fait, c’est une contamination éternelle pour ce sol, mais à force d’entendre des choses horribles, se pourrait-il que l’on s’y habitue et que l’impensable devienne tolérable ?
 
Le site de Fukushima Daiichi apparaît aujourd’hui sous son véritable jour : c’est un énorme chantier, d’une très grande complexité, qui se bat en permanence contre l’impossible : l’eau souterraine arrive en continu par centaines de tonnes dans les sous-sols, elle se contamine au contact des coriums, elle est pompée et stockée en surface. Une partie est réutilisée pour le refroidissement des 3 ex-réacteurs. Le reste, on ne sait plus quoi en faire. Tepco est en train de construire une usine de traitement de cette eau radioactive, dans le but de pouvoir la relâcher en mer. Pourtant, seulement environ 60% des radionucléides seront filtrés. Impossible par exemple de filtrer le tritium qui ressemble à s’y méprendre à de l’eau !
 
3000 personnes combattent quotidiennement, en risquant leur vie, le monstre radioactif que l’homme a créé. Y aura-t-il encore des volontaires dans 40 ans ?
 
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Plan de la centrale (infographie TF1)
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Infographie Asahi
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Infographie 47news 
 
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Pièce collée au niveau du trou de détection de fuites (Tepco)
 
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Vue aérienne des réservoirs souterrains (source  REUTERS/KYODO)
 
L’avis de Yastel Yamada, ancien ingénieur nucléaire, créateur du Skilled Veterans Corps for Fukushima (SVCF), fondé quelques semaines après la catastrophe : dès l’installation de ce réservoir souterrain à l’automne 2012, cet ancien ingénieur avait prévenu des risques de fuite (à écouter ci-dessous en anglais).

 
 
 vueaeriennefukushima2.JPG
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 Vues aériennes du site (source Asahi)
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Autres illustrations Tepco :
 
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Plan Tepco de l’emplacement des différents réservoirs
 
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Coupe d’un réservoir
 
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Vue des réservoirs au sol
 
 
 
 
Dans les médias :
 
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Photo d’entête : réservoir souterrain de Fukushima Daiichi construit en octobre 2012 (photo Tepco)
 

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 16:42
gastein3.jpgDans un article paru le 4 avril 2013 intitulé « Dans les Alpes autrichiennes, on se soigne à la radioactivité », on découvre avec stupeur que le radon serait un gaz radioactif miraculeux. L’auteur de l’article, sans aucun esprit critique ni vérification de ses sources, écrit sans complexe : « la potion se révèle étonnamment bienfaitrice pour des patients souffrant de maladies de peau ou se trouvant victimes d’un système immunitaire affaibli ». Cet article mensonger et dangereux est un exemple type de la manière dont le village nucléaire, dont l’industrie pharmaceutique fait partie, agit pour manipuler l’opinion.   
 
L’auteur de cet article, Patrick Rollo, est soutenu par le site Care Vox qui a un comité de modérateurs. Celui-ci vérifie que les articles proposés respectent le cadre de la politique éditoriale. Comment connaitre cette politique éditoriale ? En cliquant sur ce lien, certes, mais aussi en lisant les articles de Patrick Rollo : pour ce qui concerne le nucléaire, ce qui prévaut est la minimisation des effets sanitaires des faibles doses radioactives, la diffusion de l’idée que les effets psychologiques d’une catastrophe nucléaires sont plus graves que les effets de la radioactivité et, avec ce dernier article, l’appui de l’idée que la radioactivité est bonne pour la santé ! Or cet article est scandaleux : il développe l’idée que le radon est un gaz guérisseur. C’est très grave, car cette assertion est absolument fausse. Le radon est un des agents responsables du cancer du poumon car ses descendants émettent des rayonnements alpha qui peuvent induire le développement de la maladie. En France, une étude a montré que ce gaz radioactif pourrait être responsable du décès de 2500 personnes par an.
 
Retrouver la source
 
La source des « informations » donnée par Patrick Rollo est http://www.gentside.com/sant%E9/en-autriche-un-centre-de-soins-soigne-ses-patients-a-la-radioactivite_art49224.html, qui la reprend de http://www.odditycentral.com/travel/austrias-healing-caves-offer-radioactive-miracle-cure.html, qui la reprend de http://www.pilot-pr.com/blog/a-natural-healing-phenomenon-and-a-spa-holiday-quite-unlike-any-other-my-incredible-gastein-healing-cave-experience/, qui la reprend de http://www.grandparkhotel.at/  et de http://www.gasteiner-heilstollen.com/, c’est-à-dire les bénéficiaires directs de cette fumisterie : la société qui exploite la grotte miraculeuse et l’hôtel qui héberge les gens qui se font avoir.
 
Voici l’incroyable publicité pour le gaz miraculeux

 
 
Mais, contrairement à ses sources, Patrick Rollo « omet » de préciser que le radon est reconnu pour donner le cancer du poumon. Est-ce un oubli, une volonté de faire du buzz avec un article détonnant, ou un excès de zèle dans une désinformation programmée en continu ? Je pencherais pour la dernière hypothèse, selon ce que j’ai pu constater en lisant ses anciens articles. 
 
Une désinformation insidieuse
 
Dès 15 mars 2011, Patrick Rollo écrivait que des pastilles d’iode étaient distribuées à la population, ce qui était loin d’être le cas, comme l’a souligné le rapport sur la catastrophe de Fukushima du Parlement japonais.
 
Le 18 mars 2011, l’auteur rapporte les propos rassurants de « Patrick Gourmelon, qui rappelle qu’en « terme médical, il est admis qu’en dessous de 100 mSv, la dose est faible». Tiens tiens, on a retrouvé ces mêmes propos quelques mois plus tard au Japon dans la bouche de « Monsieur 100 milliSiverts », Shunichi Yamashita, ce « scientifique » qui prétend que « les radiations n'affectent pas les gens qui sourient ».
 
Le 26 avril 2011, il rapporte les conclusions sur Tchernobyl du très controversé « Forum des Nations Unies : « l’impact sur la santé mentale est le plus gros problème de santé publique causé par l’accident à ce jour ». A 25 ans d’intervalle, des spécialistes établissent des parallèles troublants avec « l’après Fukushima ». Cette désinformation avait déjà été amorcée par un article de Laurence Roux-Fouillet publié également sur Care Vox le 18 mars 2011 : en cas de problème nucléaire, « le premier risque est psychologique ». Il y a donc plusieurs auteurs qui sévissent sur ce site pour, semble-t-il, maintenir une désinformation constante sur le web.
 
A qui profite le crime ?
 
Le site Care Vox a été fondé par… leurs fondateurs ; aucun nom de personne n’apparaît dans la rubrique « Fondateurs ». En revanche, des noms de sociétés sont mentionnées : Cybion « société anonyme indépendante dont le capital appartient majoritairement aux fondateurs » ; et « Pharmagest Interactive », « leader dans le développement et la commercialisation de solutions informatiques professionnelles pour les officines et l’industrie pharmaceutique ». La boucle est bouclée, l’industrie pharmaceutique finance la désinformation sur le nucléaire qui est une manne pour elle : le radon  « bienfaisant » produit les cancers, les cancers fournissent les clients !
 
L’article 1 de la ligne éditoriale du site Care Vox, « Garantir la fiabilité et la transparence des informations », est ainsi complètement bafoué. L’information diffusée par le site, pour cet article en particulier, n’est absolument pas fiable puisqu’elle est basée sur le profit de sociétés au dépend de la santé des gens, et elle n’est absolument pas transparente puisqu’aucun nom de responsable n’apparaît dans le site.
 
L’auteur essaie donc, par le biais d’un support informatif « collaboratif » financé par l’industrie pharmaceutique, de nous faire croire des âneries monumentales, pouvant compromettre la santé des gens qui le lisent. Cet article est dangereux, toxique je dirais, et je demande d’urgence son retrait du site Care Vox. J’ai envoyé un message en ce sens aux responsables inconnus du site. Vous pouvez aussi réagir en leur écrivant à cette adresse ou en écrivant des commentaires sur leur page Facebook.
 
Veilleur de Fukushima toujours en colère depuis mars 2011, je ne laisserai pas passer ce genre de mensonge. Chacun doit rester vigilant sur les infos qui circulent sur la toile. Cet article et son auteur ne sont pas les seuls à sévir. La désinformation est constante et insidieuse, financée par des groupes puissants, il faut à chaque fois que c’est possible la dénoncer. Il ne faut pas se taire, ne rien laisser passer, en l’honneur et en soutien des victimes de Tchernobyl, de Fukushima et d’ailleurs.
 
Pierre Fetet
 
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L’illustration d’entête est extraite de la vidéo citée dans cette page.
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En savoir plus sur le radon avec cet article du site "Sornettes" :
 
 
 
 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 17:42
Le rat de Fukushima
Voici un spécimen du nouvel ennemi de l’industrie nucléaire : le rat. Celui-ci s’est fait griller à Fukushima Daiichi et a provoqué un black-out électrique sur le site atomique. En plus de servir de fusibles, les rats, gravement contaminés, sont devenus malgré eux des « déchets nucléaires » mobiles : 15 µSv/h rapportés pour un spécimen qui avait été piégé l’an dernier.
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Les chevaux meurent à Fukushima
Selon M. Hosokawa, propriétaire d'un ranch à Iitate dans la région de Fukushima, « les chevaux sont tous en train de mourir. Tout ça, c'est à cause de la radioactivité ! ». Les uns après les autres, ses animaux développent des maladies et finissent par agoniser. Ce propriétaire malheureux se bat contre TEPCO, accumulant les preuves afin d’obtenir réparation dans cette situation pourtant irréparable. (info Aizen, groupe les Veilleurs de Fukushima francophones)
Cliquer sur l’image pour accéder à l’article (en japonais) et aux autres photos.
 
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L’occasion manquée
Un reportage de la NHK (29 mars 2013)
Lors de l’essai de refroidissement du réacteur n°3 de Fukushima Daiichi en mars 2011, Tepco a perdu beaucoup de l’eau injectée depuis les camions citernes car elle est allée en partie dans les réservoirs des condenseurs. C’est cet échec de refroidissement efficace du cœur qui, selon ce reportage, aurait conduit au meltdown.
 

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Les rejets de la centrale de Fukushima
 
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Construction du nouveau complexe de traitement des eaux radioactives de F-1
Tepco envisage sérieusement de rejeter l’eau traitée à la mer, alors que seuls 62 radionucléides sur une centaine seront traités. Le tritium n’en sera pas, comme en France qui s’autorise des rejets colossaux.
Cliquer sur l’image pour accéder au dossier Tepco »
 
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On construit aussi un système de dérivation des eaux souterraines. Cette image légendée « Transfer pipe installation (each system - temporary storage tank - sea)  » ne laisse aucun doute sur les intentions de Tepco : l’eau pompée en amont sera aussi rejetée à la mer. Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder au dossier Tepco.
 
circuits
« Installation du tuyau de transfert (chaque système - réservoir de stockage temporaire - mer) »
 
En attendant d’autres travaux toujours plus importants que les précédents, que devient l’eau radioactive des sous-sols de l’ex-centrale ? Elle s’écoule tranquillement vers la mer sans que personne ne s’en inquiète, à l’abri des caméras et de la communication « on-maîtrise-tout » de l’opérateur. Avec la centaine de conduits souterrains existants, l’eau n’a que l’embarras du choix.
 
tuyaux
(source)
 
 
Vidéo : inspection de l’unité 1
Le 28 mars 2013, Tepco a fait visiter le quatrième niveau de l’unité 1 de Fukushima Daiichi à un ancien membre de la Diète, Hiroshi Kawauchi. Toujours la même grande désolation, et des kilomètres de tuyaux…

 
  
 
Dernière vidéo aérienne du site nucléaire de Fukushima Daiichi
(source Jijicom)

 
 
 
Sculpture « Suhana » d’Antoine Desjardins
 « Le tsunami du 11 mars 2011 à Sendaï a bouleversé le paysage et induit la catastrophe de la centrale atomique de Daïchi Fukushima. Ce travail qui convie des images de presses globales et des emblêmes de la tradition culturelle et artistique japonaise engage une réflexion sur la permanence, le désordre, la difformité et l’hybridation incontrôlée ».
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suh
Voir les autres œuvres sur la page consacrée à Sendaï / Fukushima ici.
 
 
Visite virtuelle dans la zone interdite de Fukushima
Namie est une ville fantôme située à quelques kilomètres de la centrale de Fuksuhima, évacuée après la catastrophe de 2011. Google y a envoyé ses voitures surmontées de caméras à 360 degrés. Voici un aperçu des images qu'elles ont rapportées.
 
 
Flashs rouges à la centrale de Fukushima Daiichi
Le 27 mars 2013 vers 21:34 (JST), trois « éclairs » rouges ont été observés à quelques secondes d’intervalle sur la webcam de Tepco. Le premier est très discret, les deux autres s’amplifient en intensité.
 
flashrouge
Troisième « flash »
 
Vidéo où l’on peut les voir à 17:12, 17:14 et 17:20.

 
 
Les avis divergent quant à l’interprétation à donner à ces images fugaces. L’objectif de la caméra étant couvert de gouttes de pluie, il est très probable qu’il s’agisse simplement du reflet irisé d’une lumière provenant d’une source proche de la caméra.
 
 
 

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 21:22
symposiumFace au rouleau compresseur du village nucléaire mondial qui, comme pour Tchernobyl, utilise toute son énergie et sa puissance financière pour camoufler la vérité sur la catastrophe de Fukushima et ses conséquences sanitaires, des citoyens se mobilisent dans tous les pays pour apporter un autre éclairage.
 
Les nations qui utilisent l’énergie nucléaire et leurs institutions minimisent systématiquement les problèmes engendrés par l’emploi de cette énergie. En cas d’accident, les populations ne sont généralement pas prévenues, ou trop tardivement. En cas de nuage radioactif, on minimise l’importance et l’étendue des pollutions. En cas de contamination de grands territoires, on demande aux populations de rester chez elles et de continuer à vivre en acceptant de respirer et d’ingérer des radionucléides malfaisants en leur faisant croire que tout est maîtrisé. On leur demande d’accepter avec le sourire plus d’inquiétudes et de contraintes, mais en gardant l’espoir de jours meilleurs alors que l’avenir se traduira par plus de maladies.
 
Face à cette négation des dangers des faibles doses orchestrée par des organisations internationales telles que l’AIEA, l’UNSCEAR ou l’OMS, trois rencontres d’envergure se sont tenues depuis deux ans, la première à Genève en mai 2012 organisée par IndependentWHO, la deuxième à Koriyama en décembre 2012 organisée par Nuclear Free Now et la troisième en mars 2013 à New York organisée par la Helen Caldicott Foundation.
 
1. Forum scientifique et citoyen sur la Radioprotection : De Tchernobyl à Fukushima, 12-13 mai 2012, Genève (Suisse)
Le forum a fait l’objet d’une publication française, « Actes du Forum Scientifique et Citoyen sur la Radioprotection : de Tchernobyl à Fukushima ». Il sera bientôt disponible en anglais.
Deux options sont possibles :
 
2. Contre-forum sur Fukushima, 12-17 décembre 2012, Koriyama (Japon)
Un compte-rendu réalisé par Christophe Elain est disponible en français sur le site d’IndependentWHO.
 
3. Symposium: The Medical and Ecological Consequences of the Fukushima Nuclear Accident, 11-12 mars 2013, New York (Etats-Unis)
Accéder au site officiel : toutes les présentations sont disponibles en vidéo et sous forme de fichiers texte en anglais.
 
Appel aux lecteurs : comme pour le Rapport officiel de la Commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima, j’appelle les lecteurs du blog de Fukushima qui ont des compétences pour réaliser des transcriptions et des traductions anglais-français à se signaler. Une équipe de traducteurs bénévoles est en train de se constituer pour se partager la traduction des 21 communications du colloque de New York. Plus nous serons nombreux, plus la tâche sera répartie.
 
Déjà, l’infatigable Kna a commencé à éditer des communications en français, et grâce à l’aide du groupe des traducteurs, toutes les présentations pourront être ainsi traduites, sous-titrées et diffusées en vidéos et en textes. Voici les premières en ligne :
 
 
 
 
 
 
 

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 21:47

« 15 thèses sur le nucléaire », c’est le titre du dernier article de Jean-Marc Royer qui vient de paraître dans la revue de Sciences-Po, Ecologie et Politique (n° 46). Nous en publions ici l’intégralité, avec l’autorisation de son auteur. Le rédacteur de l’appel « Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’Humanité » revient une nouvelle fois sur l’histoire du nucléaire en analysant les rouages des évènements, des horreurs et des crimes commis et sur les conditions similaires à Fukushima qui amèneront, si rien ne change, à une nouvelle catastrophe nucléaire en France. Selon Jean-Marc Royer, « des possibilités immenses » pour changer la donne sont en chacun d’entre nous, « pour peu que nous en sentions la nécessité en tant qu’être humain ».

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revue.jpg

 

 

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15 thèses sur le nucléaire

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Jean-Marc Royer

 

 

« La leçon pourra s’écrire ainsi : toute authentique science politique nouvelle – de celle qu’invoquait autrefois impérativement Tocqueville, et qu’il convoquait comme une nécessité alarmée – ne s’amorcera dorénavant que d’une éthique de la désillusion, portail des œuvres de lucidité. Il n’y aura probablement plus d’autre Éthique pertinente aujourd’hui que celle qui s’amorce dans l’orientation de cet "axe". Qui y établit ses bases. Qui ne dit pas le Bien, mais qui scrute d’abord le Mal. » (1) 

 

Ces thèses ne sont que la suite d’un travail sur le rôle, la place du mode de connaissance scientifique dans l’imaginaire occidental et les préliminaires d’un travail en cours. Elles se situent résolument du côté de la réflexion philosophique qu’impose l’ère nucléaire et sur les traces de Günther Anders (2).

 

Première thèse

Ce 6 août 1945, l’énergie nucléaire s’est d’emblée et massivement imposée à la conscience de l’humanité comme un commandement adressé à chacun, car, dès le lendemain, tous les pouvoirs (sauf Staline qui fulminait), tous les journaux, tous les intellectuels, tous les éditorialistes, tous les philosophes, à l’exception de Simon Charbonneau, Albert Camus et Günther Anders, se sont abandonnés à cette lourde menace, ou pire, l’ont célébrée comme une grande révolution scientifique, voire la promesse d’une ère nouvelle pour l’humanité (3). Mais entre l’exhortation générale à célébrer le progrès, et la conscience diffuse qu’un meurtre de masse venait peut-être encore d’être commis (les photos publiques d’Auschwitz dataient de quelques semaines), tout s’est passé comme si une gigantesque injonction subliminale avait été adressée à l’humanité dans son ensemble, que l’on pourrait ainsi formuler : « tu admireras ma science du désastre », ou, autrement dit, « tu honoreras ce qui détruit l’humanité à laquelle tu appartiens ». Ainsi, comme aux temps des Pharaons, la prosternation fut générale devant cette éclatante démonstration de toute-puissance et, dès le premier jour, le grand œuvre du refoulement fut initié : il fut à la mesure de la menace qui pesait pour la première fois sur l’ensemble du vivant et de l’écosphère. Cet été-là, les trois coups mortifères de la toute-puissance occidentale ont retenti (4) ; le second acte de cette tragédie n’est pas terminé.

 

Deuxième thèse

Toutes les premières photos (vues du ciel, et transmises par les militaires), montrent la dévastation des villes d’Hiroshima et Nagasaki (il faudrait plutôt dire leur volatilisation) qui fut si complète que les mots manquèrent pour le dire : les militaires, les politiques et même les scientifiques, avaient déjà éprouvé cette stupéfaction inouïe le seize juillet précédent lors du premier essai à Alamagordo. En conséquence, outre les aspects purement destructifs de cette nouvelle arme scientifique, des effets d’un autre ordre étaient « attendus, et même espérés », (d’une manière quasi mystique (5)), et que l’on pourrait formuler de la manière suivante : en sidérant les esprits, il s’agissait de ficher, au creux des inconscients, une munition anti-personnelle à retardement, destinée à faire des trous dans l’ordre symbolique du sujet (le langage) longtemps après l’explosion. Depuis, ces trous dans l’ordre symbolique n’ont fait que croître et sont devenus les niches d’une nouvelle servitude, car un des moyens dont dispose l’idéologie pour devenir inintelligible et invulnérable, c’est justement d’infiltrer le langage, les mots de chaque jour. D’autre part, cette forte stupéfaction des consciences a constitué ce que l’on pourrait appeler l’expérimentation princeps (à cette échelle) de la « stratégie du choc », laquelle, – combinée au dispositif  (6) à 360° – inaugure ainsi l’usage d’un des leviers de la gouvernance propre au totalitarisme démocratique (7). Condition insuffisante, certes, mais nécessaire : c’est dans la critique radicale de cet ordre symbolique embarqué (embedded) et dans celle de l’imaginaire qu’on lui propose à peu de frais, que le sujet a des chances de maintenir une parole vivante, et le monde de survivre.

 

Troisième thèse

Levinas a attiré l’attention sur le fait, pour lui paradoxal, qu’une civilisation, qui avait proclamé la valeur absolue de la personne, ait industriellement massacré ou laissé massacrer six millions d’êtres humains du seul fait qu’ils étaient juifs, tziganes, homosexuels, internés en psychiatrie ou opposants. Il ajoutait que, malheureusement, la culture occidentale n’avait pu l’empêcher. Or, le premier génocide du siècle, déjà perpétré par l’Allemagne, le fut entre 1904 et 1908 en Namibie, contre les Hereros (8) tandis que dès ce moment-là, les pratiques eugénistes à la base du nazisme y fleurissaient (9) comme aux États-Unis et ailleurs (10). Une constatation s’impose : cette civilisation était déjà corrodée de l’intérieur, à un point inimaginable aujourd’hui ; il était donc vain d’en attendre un secours face à la barbarie (11).

N’en déplaise aux antiquaires de l’Histoire et de la Philosophie, il faut considérer ensemble Auschwitz et Hiroshima parce qu’ils sont l’avers et le revers d’une même médaille, et qu’ils ont marqué à jamais la conscience de l’humanité et le devenir de la planète de leurs sceaux indélébiles. Ce n’est pas seulement que la mort industrielle et scientifique y montrait son vrai visage, en 1945 ; il s’est alors ouvert une nouvelle période de l’histoire humaine et de l’Anthropocène dont toutes les dimensions sont encore méconnues ou très largement mésestimées, ce qui fait que l’on parle encore de manière laudative des trente années qui ont suivi la seconde Guerre mondiale comme de « trente glorieuses » années alors que jamais, depuis la nuit des temps, la Terre, le vivant et l’humanité n’avaient été confrontés à d’aussi dures épreuves. Deux exemples : sait-on que, depuis 1945, plus de cinquante millions de personnes sont mortes des suites d’accidents automobiles et qu’autant sont gravement handicapées à vie (12) ? Et qui sait que, depuis cette date les 2 400 explosions atomiques – et tous les autres avatars du nucléaire – auront provoqué plus de soixante-cinq millions de morts ? C’est-à-dire que ces deux non-évènements auront fait deux fois plus de victimes que la seconde Guerre mondiale (13) tout en restant insu.

 

Quatrième thèse

Au-delà de leurs spécificités, Auschwitz et Hiroshima ont plusieurs traits en commun dont l’un d’entre eux est capital : ce sont des crimes commis contre l’Humanité (14). De ce fait, la génération d’après-guerre a eu en cadeau dans son berceau les signifiants des plus radicales expériences de déshumanisation que le monde ait jamais connues. L'effet de ces désastres n’est toujours pas apuré dans les consciences (et la civilisation) occidentales, ce qui contribue à mettre entre parenthèses tout sens moral et à refouler ce qui en fait l’inhumanité radicale. La transmission entre générations en est profondément affectée : sur quel crédit moral la parole des ascendants peut-elle encore s’appuyer ? L’avènement de l’image télévisuelle, (qui a préparé celle de l’informatique généralisée), est venu approfondir cette césure par la prévalence d’une procédure de connaissance qui se voudrait immédiate (dans les deux sens du terme), c’est-à-dire sans aucun intermédiaire et « en temps réel ». C’est ainsi que la parole des anciens et notre langue maternelle sont progressivement mises hors-jeu. Or, cette transmission entre générations, c’est l’apprentissage de la butée, de la limite ; quand il fait défaut, il se fait par le passage à l’acte avec tous les effets délétères et mortifères que cela entraîne. Cet état des choses (visible aussi bien au plan individuel et collectif que politique) est porteur des plus gros dangers pour notre monde en tant que nous avons acquis les possibilités technoscientifiques de tout détruire d’une manière systémique, que ce soit violemment, très lentement, ou même en faisant passer cet anéantissement minutieux pour un projet salvateur (Cf. les projets de géo-ingénierie nanotechnologique comme recours contre les effets des surcroîts de gaz à effet de serre).

 

Cinquième thèse

Tout ce qui précède (y compris les profonds traumas de guerres) constitue le terreau d’une évolution sociale et psychique inédite qui a été favorisée et s’incarne à merveille dans « l’American Way of life » : la jouissance de l’objet (15) et la tyrannie de l’immédiat fondent une double « forclusion du sujet » (16). Les dispositions psychiques elles-mêmes, qui permettaient de penser, de sublimer, ont progressivement été dévaluées : ce qui est de l’ordre de la Culture, de la création, de la réflexion critique, est partout mis au ban, sans avoir même besoin de le formuler, encore moins de le planifier ; l’efficacité immédiate, le taux de retour sur investissement ou l’image de marque sont devenus les critères d’un utilitarisme universellement admis et promu. Cela a engendré, avec le leurre généralisé d’un prétendu individualisme (17) (en fait un conformisme totalement et vulgairement formaté), une irrésistible « mèreversion » (18) de la démocratie dont la figure s’est progressivement tournée vers une sorte de totalitarisme démocratique. La mise en place de cet État politique doit beaucoup au coup de maître initial (encore très largement sous-estimé, car peu étudié, et dont les archives sont encore pour partie inaccessibles), qu’a représenté le Manhattan Project durant les années de guerre.

 

Sixième thèse (première forme du déni)

J’appelle « secrets de la famille occidentale » tout ce qui a conduit à Auschwitz et à Hiroshima. Ceux-ci, d'indicibles après-guerre, sont devenus innommables à la seconde génération et deviennent inimaginables pour la troisième, celle d’aujourd’hui. Cela a également entraîné des ruptures de mémoire qui compliquent la nécessaire conscience du « peu d’avenir que contient le temps où nous sommes » (19). En plus de la difficulté accrue qui s’ensuit pour affronter l’immensité de ces crimes voilés contre l’humanité, cela entraîne évidemment leur refoulement. Il en résulte que la mort à grande échelle véhiculée par l’énergie atomique (et cette civilisation industrielle) a été prise dans la banquise de profonds dénis, ce qui a fortement contribué à anesthésier la conscience de cette CHOSE et de ses dangers à tous les niveaux de la société : civile, technicienne, scientifique, philosophique et politique. La privatisation « des exploitants » en cours depuis trente ans, avec son cortège de démotivations et de suicides reconnus après-coup, d’externalisations et de départs massifs à la retraite, occasionnent d’autres types de ruptures de mémoire propre aux macro-systèmes sociotechniques à interactions complexes et couplages forts (20) qui sont totalement inédits par leur extension et leur diversité. D’autres facteurs historiques, sociaux, organisationnels et techniques, notamment le vieillissement des installations jusqu'à soixante ans, comme le souhaite EDF, augmentent la probabilité d’une occurrence de catastrophe nucléaire majeure dans ce pays, jusqu’à la rendre inéluctable.

 

Septième thèse (la mémoire et le déni)

La France entretient de drôles de liens avec sa mémoire historique, et pour cause. Comme il y eut une drôle de guerre de septembre 1939 à mai 1940, une profonde défaite de juin 1940 à juin 1944, une curieuse collaboration durant ces quatre années, une troublante libération importée d’outre-Atlantique et initialement prévue en occupation militaire (21), il s’est mis en place une étrange victoire d’août 1944 à octobre 1945. Que l’historiographie française ait eu besoin d’être ébranlée, trente ans après, par un chercheur étranger, Robert Paxton, pour ouvrir les yeux sur ce douloureux passé, n’est pas sans signification pour ce qui nous préoccupe. Car dans ce pays, plus que partout ailleurs, le nucléaire s’est établi sur le profond déni d’une réalité historique plus que désagréable à affronter, sans parler de la réitération de ces amères défaites, quelques années plus tard, en Indochine et en Algérie.

C’est ce déni de tout un pan du passé (de 1940 à 1962, presque le temps d’une génération), largement partagé dans la société française, qui coule encore, souterrainement, dans tout l’imaginaire de la classe politique à travers le fantasme de « glorieuses années ». C’est ce qui explique aussi le statut intouchable et enkysté du nucléaire dont ils espéraient une rédemption et qui en conserve une part de sacré à leurs yeux, sacralité illustrée par la locution suivante : « l’indépendance-énergétique-et-militaire-de-la-Nation » (22). Érigé en principe intangible qui infuse dans la haute administration, dans les grands corps et parmi les technocrates, ce profond déni est caractéristique de l’imaginaire des politiques français : ils veulent encore tous croire dur comme fer que le nucléaire français est exceptionnellement sûr et qu’il n’y a donc pas lieu d’affoler la population, ni même de s’en préoccuper.

Cela constitue évidemment une des meilleures manières de préparer l’avènement d’un accident majeur car ce fut exactement l’état d’esprit du « village nucléaire » japonais (politiques, administrateurs, régulateurs, industriels et exploitants confondus (23)) à la veille de Fukushima – un état caractérisé par une incompétence à peine croyable, la dissimulation, les malversations, une impréparation maximale – et ce sera exactement la même chose en France.

 

Huitième thèse

C’est dans les semaines suivant Nagasaki, avant même la création de la « joint commission (24)» puis de l’Atomic Bomb Casualty Commission (25), que se sont mis en place les termes d’un débat sur les contaminations aux faibles doses qui n’en finit pas depuis plus de soixante ans, alors que c’est une question de santé publique de première importance. Étudier ce qui s’est vraiment passé juste après le désastre, au Japon, en 1945, reste d’une brûlante actualité : autant que l’on sache, des pans entiers de cette réalité sont encore sous le sceau du secret. J'emploie l’expression autant que l’on sache, car, au fur et à mesure que l’on se penche sur l’histoire de cette industrie nucléaire civile et militaire, on prend conscience qu’elle est marquée du double sceau du secret et de la mort. Cette question mériterait également d’être examinée d’un point de vue épistémologique : au village nucléaire international qui dénie ces effets en les nommant « stochastiques », c'est-à-dire non déterministes, il faudrait renvoyer l’indéterminisme fondamental qui caractérise tout ce qui concerne les phénomènes engendrés par le bombardement neutronique non contrôlé d’un noyau d’uranium ou de plutonium.

 

Neuvième thèse

Les dimensions exceptionnelles du « Manhattan Project » n’ont pas été suffisamment étudiées ou prises en compte pour de multiples raisons et dans de multiples domaines. Or ce projet inaugure ce « dispositif à 360° » caractéristique d’une dérive des États, synchrone de l’impériale « American Way of life » qui fut non négociable depuis ses débuts. Sur le mode d’une rationalité calculatrice sans vérité, avec la science pour puissant référent universel, le totalitarisme démocratique qui s’est progressivement mis en place n’a pas pris pour modèle celui des années 30 en Europe. Le « plus jamais ça » est donc totalement inadéquat pour décrypter cette mutation économique et politique du lien social. L’encerclement idéologique des individus qui s’en est suivi a pour pendant la misérable « circularité des raisons de vivre » que la production industrielle de masse a imposé avec la consommation de ses produits par ses propres producteurs.

 

Dixième thèse

Ce que contient la piscine N°4 de Fukushima, ce ne sont pas seulement trois cents tonnes d'assemblages neufs et irradiés, c’est l’équivalent de trois « cœurs » de réacteurs (50 % de plus qu’à Tchernobyl). Elle contient le danger, suspendu à trente mètres de hauteur, de rayer de la carte une grande partie du Japon, avec des conséquences mondiales imprévisibles (26). Qu’en disent les autorités, le village nucléaire international et les médias, en particulier en France ? Les uns sont dans leur déni constitutif, quant aux autres, il faut avoir entendu, au moins une fois dans sa vie, ce type de conférence de presse pour en croire ses oreilles (27) … Au temps de l’Anthropocène, la notion de catastrophe sous-entend la dévastation totale de l’écosphère comme horizon, même si les spécificités, les spatialités et les temporalités des diverses catastrophes ne sont pas prévisibles. Depuis les années 40, le monde est devenu un laboratoire d’essais de la toute-puissance à l’échelle1:1. Les animaux sont devenus des produits industriels dès 1865 à Chicago ; les êtres humains, eux, de la chair à canon, des cobayes (28), des ressources, puis des variables d’ajustement selon les besoins ; quant au vivant, aujourd'hui brevetable, il est en passe d’être entièrement aux mains de trusts transnationaux.

 

Onzième thèse

Tout comme il y eut des Faurisson, il y a des négationnistes de l’Anthropocène. Il est de la toute première importance de comprendre que la toute puissance – au besoin armée – fut et reste le cadre dans lequel ils ont vécu, dans lequel ils demeurent, et qui a façonné leur être intérieur : ils s’y accrocheront jusqu’à la dernière minute. En ce sens, avec Auschwitz, le nucléaire, « fils-aîné-de-la-science » reste une clé de voûte capitale de l’imaginaire occidental qui mène le monde à sa perte. La toute-puissance nucléaire représente le saut de la mort où certains veulent entraîner l’Humanité et l’écosphère. La déconstruction de cet imaginaire, pièce à pièce, est une condition nécessaire, bien qu’insuffisante, pour préserver notre humanité au quotidien et aussi celle de nos descendants.

 

Douzième thèse

Tout comme le néolibéralisme financier n’a plus besoin de parler politique pour faire la politique du monde, mieux, pour mettre à genoux des dirigeants politiques partout asservis à leurs soifs de liquidités, le nucléaire, qui, partout, a été promu par des complexes scientifico-militaro-industriels et a été imposé par des minorités, se présente comme l’assurance d’un confort à bon marché incontournable, encouragé en cela par la consommation de masse et une politique de croissance illusoire. Encouragé aussi par l’absence d’études exhaustives contradictoires en la matière, il se paye le luxe de se présenter sur le papier glacé des médias comme une énergie propre et économique. Et même après la catastrophe de Fukushima, s’il advenait que des aménagements de sécurité en viennent à lui être imposés, le village nucléaire international a d’ores et déjà préparé sa réponse : il exige d’ores et déjà en contrepartie de pouvoir prolonger l’exploitation des installations le plus longtemps possible (29), c'est-à-dire jusqu’à la dernière minute.

 

Treizième thèse. Le nucléaire, essence du politique « postmoderne ».

Avec la domination sans partage du mode de connaissance scientifique, tous les verrous qui rendaient le réel incontournable et avivaient ainsi le DESIR ont sauté. Le réel a alors acquis un autre statut : de fondamentalement inatteignable, il est prétendument devenu à la portée de l’homme demain matin. Cela peut s’énoncer autrement : les sciences peuvent nous dire tout le vrai, plus rien ne peut échapper, la transparence est possible et toute entrave à la jouissance immédiate trouvera sa solution finale (c’est ainsi que doivent se penser les projets de géo-ingénierie). Ce paradigme de la toute-puissance est au cœur de l’invention et de l’utilisation de l’énergie atomique. C’est, – avec ses dangers incommensurables – ce qui fait du nucléaire l’essence philosophique incontournable du politique postmoderne. En ce sens, la toute-puissance constitutive du nucléaire participe bien plus que d’une idéologie ou d’un récit de fondation. Elle s’appuie et relève d’une nouvelle conception de l’humanité, post-prométhéenne, et son anthropologie reste à faire.

 

Quatorzième thèse.

La synergie avec le néolibéralisme financiarisé est devenue envahissante, très préoccupante même, car la consigne sociale de celui-ci est de faire sauter toutes les bornes, de gommer la notion même de limite, pour pouvoir miser sur une croissance et une expansion sans fins, avec pour horizon une catastrophe planétaire à laquelle les uns et les autres préparent subrepticement les populations (30). Au niveau individuel, il est devenu hautement recommandé de faire appel à la technoscience pour éviter d’avoir à se confronter au réel et à éprouver la perte, la solitude, la finitude, notre mortalité – autrement dit la condition humaine qui nous amènerait à prendre conscience et à réagir.

 

Quinzième thèse. Appels à la surrection des consciences.

La critique, pour identifier les éléments négatifs d’un ordre social et politique, a besoin d’un horizon de sens, et le seul qui vaille, en ces domaines, c’est celui de l’émancipation. Or, de ce côté-là, le ciel s’était bien obscurci, et pour de multiples raisons, depuis quelque temps. Ce qui fait que, souvent, l’analyse n’a plus de points d’appui, plus de repères, évite même soigneusement de développer toute problématique : « on se réfère à un ensemble de connaissances très élaborées mais qui deviennent sans conséquences, dont il ne sera rien tiré. C’est par exemple ce que l’on rencontre fréquemment dans certains discours académiques : une accumulation de connaissances très développées, très intéressantes, un déploiement de savoirs rigoureux et argumentés qui, pourtant, peuvent très bien ne jamais devoir engager leur auteur et se révèlent dès lors sans aucun effet (31) ». C’est le prix, depuis trente ans, des défaites, des reniements, de l’envahissement néolibéral et d’une forme de servage inédite dans l’histoire de l’humanité. Faute de cet horizon d’émancipation, le devenir catastrophique du monde et du vivant – qu’il ait pour origine des activités industrielles, nucléaires ou financières – est venu en prendre la place dans la critique. Et après tout, ce pourrait être un retour salutaire à la matérialité, à la réalité… de ce que nous vivons.

 

1) Le temps est venu de lancer des groupes de recherche, des conférences ou des séminaires autonomes, bref toute forme d'élaboration intellectuelle indépendante, sans laquelle aucun changement de cap ne pourra se faire. Sans oublier que les réseaux informatiques ne pourront jamais rivaliser avec l’action coordonnée des hommes, le devenir de tous les « printemps arabes » est une malheureuse illustration de cette autre nécessité : celle de « penser le monde » avant que d’autres le fassent à notre place et s’emparent de l’espace de démocratie ainsi créé. Les militaires, les économistes, les politiques libéraux, avaient très tôt compris (dès 1947 avec la société du Mont Pèlerin) qu’il ne pouvait y avoir d’issue politique en leur faveur sans avoir au préalable gagné la bataille des idées : ils ont financé les radios, les télévisions, les universités, les « think-tank » par milliers pour défaire l’ex-URSS puis les mouvements contestataires des années 60 et ont préparé patiemment l’avènement néolibéral. Hors cette lutte déterminée sur le terrain des idées, il n’y a pas d’autre possibilité de les empêcher de mener le monde et notre humanité à leur perte. Le nombre de décennies qu’il nous reste pour les arrêter se compte vraisemblablement sur les doigts d’une main … Pour le moment, ce que nous avons tous à y gagner, c’est qu’il n’y a pas non plus d’autre manière de rester humain, jour après jour.

 

2) En 2011, pour le vingt-cinquième « anniversaire de Tchernobyl » et suite à la catastrophe de Fukushima, un appel (32) intitulé « Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’Humanité » fut publié. Cet appel à la conscience morale et politique, signé par un certain nombre de philosophes et de personnalités – Paul Ariès, Marc Atteia, Marie-Christine Gamberini, Raphaël Granvaud, Alain Gras, François Jarrige, Eva Joly, Baudouin Jurdant, Paul Lannoye, Serge Latouche, Frederick Lemarchand, Corinne Lepage, Stéphane Lhomme, Jean-Marie Matagne, Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Jacques Testart, Alexeï Yablokov – traduit en six langues (dont le japonais et le chinois) fit le tour du monde sur Internet. Fallait-il le transformer en pétition internationale ou le laisser subsister ainsi, fragile, à la surface de la mémoire, comme l’émotion qui suit l’écoute d’une œuvre musicale, surtout quand l’artiste indique au public que le silence qui suit fait partie de l’interprétation qu’il vient de lui donner ? En tous cas, nous avons eu la satisfaction de constater (y compris aux Etats-Unis) qu’il n’est pas rare maintenant de voir CES CRIMES appelés par leurs noms. Cet appel est une illustration des possibilités immenses de chacun d’entre nous, pour peu que nous en sentions la nécessité en tant qu’être humain.

 

3) Une des marques essentielles d'une œuvre artistique, c’est qu’elle bouleverse notre être. Et, lorsqu'une chape de plomb pèse sur les mémoires et les consciences, une œuvre d’art peut contribuer de manière décisive à dessiller nos regards, car elle a ce pouvoir incomparable de nous rendre envisageable (et même représentable) ce qui est socialement refoulé et qui fait défaut dans l’élaboration intellectuelle. En France, des films comme Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, et Shoah de Claude Lanzmann, quelques réserves que l'on y fasse, furent des événements multidimensionnels aussi bien par leur propos que leur ampleur de vues. De même, les œuvres de Primo Levi, Robert Antelme, David Rousset, Charlotte Delbo, Elie Wiesel, Jorge Semprun, Jean Améry, furent d'une importance décisive lorsque dans l’après-guerre, il fallut rendre la voix à ces rescapés des camps de la mort alors que l’on s’échinait à en étouffer la parole une seconde fois. Autrement dit, lorsque le silence ou le refoulement sont de mise, les artistes ont un rôle de dévoilement irremplaçable (33). Or il s’est passé quelque chose de fondamental à Hiroshima sur le plan de la tragédie, du pathétique, du politique, de la vie elle-même. Souvenons-nous que les cinquante-cinq réacteurs japonais ont avant tout été construits sur les failles de cette mémoire. Il y aura d’autres Fukushima, ici même, car du point de vue de la mémoire, nous avons des béances au moins aussi imposantes que celles du peuple japonais, et le déni en plus (le parallèle entre les deux pays est d’ailleurs fort instructif). C’est pourquoi nous attendons avec impatience des Canto Général écrits par des Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, Viviane Forrester, André Velter, Armand Gatti, Beaudoin de Bodinat et orchestrés par un Mikis Theodorakis. C’est un Sophocle, un Euripide ou un Eschyle que nous espérons, pour mettre en scène la tragédie, unique, que l’humanité et le monde sont en train de vivre.

Jean-Marc Royer décembre 2012/janvier 2013.

 

Je tiens à remercier Christophe Bonneuil pour ses encouragements et Alain Gras, Quentin Hardy, Serge Latouche et Sandrine Marchal pour leur relecture de cet article.

 

 

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1 Gérard Rabinovitch, Inquiète ton voisin comme toi-même. Notes critiques sur Modernité et Holocauste de Zygmunt Baumann, Travailler, 2003/2 n° 10, p. 163-184. DOI : 10.3917/trav.010.0163, http://www.cairn.info/revue-travailler-2003-2-page-163.htm

 

2 Et sur celles de Michel Henry, Jean-Claude Michéa, Majid Rahnema, Cornélius Castoriadis, Jean-Pierre Lebrun.

 

3 Roger Belbéoch a lu la presse internationale. Il fait part de ce travail dans une interview (en bas de page) sur http://www.dissident-media.org/infonucleaire/brevet_bombea.html. Tout cela revenait aussi à présenter cette explosion comme l’implacable illustration du fait que, dorénavant, nul ne pourrait plus jamais arrêter la marche du Progrès car sa puissance dépassait maintenant, et de loin, toute volonté humaine.

 

4 16 juillet, 6 et 9 août 1945.

 

5 Les premiers mots d’Oppenheimer furent ceux de la Bhagavad-Gîtâ : « Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes ».

 

6 Dispositif : « tout ce qui a, d'une manière ou d'une autre, la capacité de capturer, d'orienter, de déterminer, d'intercepter, de modeler, de contrôler, et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants », Giorgio Agamben, Qu'est-ce qu'un dispositif ? Rivages, 2007.

 

7 Il s’agit là, pour le dire vite, de l’utilisation des moyens démocratiques contre la démocratie, ce qui tend à devenir systématique en Occident. Une autre forme en est la dénégation des votes populaires rejetant les différents traités européens ou, les « ajustements » législatifs et constitutionnels des pouvoirs exécutifs afin de se soustraire aux poursuites judiciaires encourues à la suite d’agissements délictueux ou criminels ou pire encore et plus récemment, la nomination de quatre financiers ayant transité par la même banque, Goldmann Sachs, à la tête de responsabilités gouvernementales européennes en dehors de tout processus démocratique.

 

8 Ingolf Diener, Namibie, une histoire, un devenir, Éditions Karthala, Paris, 2000, http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros/ et http://pressafrique.com/m102.html. De même, au Congo, entre 1890 et 1907, durant le règne du roi Léopold II de Belgique des massacres de masse avec ordre d'extermination des villageois ont été constatés, tout comme dans l’Oubangui-Chari. Sources : Arthur Conan Doyle, Le crime du Congo belge, Nuits rouges, 2005. Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold ; la terreur coloniale dans l’État du Congo, Tallandier, 2007. Jules Marchal, E.D. Morel contre Léopold II ; l'histoire du Congo, 1900-1910, t. 1 et 2, Harmattan, 2003, 2010. Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, Flammarion, 2012. http://www.pressafrique.com/m396.html et Stephen Smith, Géraldine Faes, Bokassa 1er; un empereur français, Calmann-Lévy, 2010.

 

9 En 1915 déjà, un scientifique américain, Vernon M. L. Kellogg est nommé directeur du Comité d’aide aux Belges par le gouvernement des USA. C'est à ce titre qu'il se trouve au Grand Quartier Général allemand en 1917 et qu'il en rapporte un livre peu connu " Headquarters Nights, a record of conversations and experiences at the headquarters of the german army in France and Belgium " dans lequel il rapporte les théories âprement discutées au GQG allemand qu'il a fréquenté au jour le jour. J’en ai traduit quelques extraits dans mon ouvrage, La science creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental, l’Harmattan, 2012, pp 49 et 152.

 

10 Et jusque dans la législation suédoise des années 1970. Cf. André Pichot, La Société pure. De Darwin à Hitler, Flammarion, coll. « Champs », 2009.

 

11 Cf. mon ouvrage, opus cité, pp 43-65 et 82-85.

 

12 Contribution personnelle au séminaire GATSEG de Dominique Pestre, Sezin Topçu, Soraya Boudia, Amy Dahan. Mai 2012.

 

13 Je renvoie à ce sujet à la publication du Comité Européen sur le risque de l’Irradiation, (CERI) Recommandations 2003 du CERI, Éd Frison Roche, 2004, p 168 ou au rapport en anglais sur : www.euradcom.org ou aux publications de l’académie des sciences de New-York ou bien encore à mon ouvrage Note XV. Activités nucléaires depuis 1965 : plus de soixante-cinq millions de morts, p 178.

 

14 Cf. à ce sujet l’appel international « Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’humanité » traduit en plusieurs langues et signé par une vingtaine de philosophes et personnalités publiques.

 

15 La première bombe atomique qui explosa le 16 juillet 1945 avait pour nom de code Gadget.

 

16 Forclusion ou enfermement. Dire que le « sujet », au sens philosophique, est forclos ou « barré », comme aurait dit Lacan, c’est dire qu’il ne peut advenir à lui-même. Autrement dit, les sujets cèdent le pas à leurs ombres, dans une quête sans fin de la jouissance immédiate, ce qui convient à merveille au système marchand qui sous-tend le « totalitarisme démocratique ».

 

17 Cf. à ce sujet l’œuvre de Cornélius Castoriadis.

 

18 Concept emprunté à Jean-Pierre Lebrun dans son maître ouvrage, La condition de l’homme n’est pas sans conditions, Denoël, 2010.

 

19 Beaudoin de Bodinat, La vie sur Terre. Réflexion sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes, Encyclopédie des nuisances, 2008.

 

20 Extension du concept d’Alain Gras : les Macro systèmes complexes.

 

21 Occupation militaire préparée par les États-unis sous le nom d’AMGOT, Allied Military Government of Occupied Territories.

 

22 « Indépendance » largement appuyée sur un néocolonialisme plus destructeur que l’ancien. Cf. à ce sujet Raphaël Granvaud, Areva en Afrique ; une face cachée du nucléaire français, Agone, 2012.

 

23 Cf. à ce sujet le rapport de la commission indépendante de la Diète japonaise sur Fukushima, The national Diet of Japan. Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC), année 2012.

 

24 En septembre et octobre 1945 au moins trois commissions états-uniennes différentes se rendirent au Japon. Cela commençait à tirer à hue et à dia. Mac Arthur exigea donc une réunion de ces entités de manière à mieux les contrôler.

 

25 Atomic Bomb Casualty Commission, fondée en 1946 par les États-Unis dans le Japon occupé pour récupérer le maximum d’éléments, d’enquêtes et de travaux sur les irradiations et les contaminations atomiques afin d’en interdire l’accès ou l’usage ultérieur.

 

26 Cf. l’étude que j’ai coordonnée avec P. Fetet, publiée sur son blog : http://ddata.over-blog.com/4/37/62/00/piscine-4/Piscine-du-R4-V9--2-.pdf

 

27 Pour se faire une idée précise ce cette complicité, il faut absolument regarder la seconde partie de la conférence de presse de l’ASN du 28 juin 2012 sur son site : http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2012/Rapport-de-l-ASN-2011-il-y-aura-un-avant-et-un-apres-Fukushima.

 

28 Entre 1942 et 1961, diverses « expériences » d’irradiation et d’inoculation radioactives furent pratiquées sur des enfants et des adultes civils et militaires états-uniens dénommés HP, Human Products : JP Desbordes, Les cobayes de l’apocalypse nucléaire, Roularta, 2011, pp 54 à 62.

 

29 Ce qui revient à tenter de reprendre d’une main ce que l’on a accordé de l’autre, sans parler de toutes des stratégies de lobbying destinées à affaiblir le contenu des recommandations applicables, ni des lenteurs bureaucratiques opposables, ni du détournement des règles dans l’application des procédures obligatoires, ni des externalisations galopantes. Cf. à ce sujet le rapport de la commission indépendante de la Diète japonaise sur Fukushima, opus cité.

 

30 Cf. le projet Ethos in bulletin Criirad : http://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/tu22mensonges.pdf

 ou la vidéo de Michel Fernex : http://www.youtube.com/watch?v=tyiSRxLYAss ou encore : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/codirpa.html ou bien encore l’étude des projets Ethos, Core, Sage, Parex in Marc Atteia, Le technoscientisme, le totalitarisme contemporain, Yves Michel, 2009.

 

31 Jean-Pierre Lebrun, La condition humaine n’est pas sans condition, Denoël, 2010, p 23. Voir aussi Un monde sans limite, érès, 2009.

 

32 Publié par les Zindigné(e)s en novembre 2011 et mis en ligne par Pierre Fetet sur le blog dédié à Fukushima : http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-international-hiroshima-tchernobyl-fukushima-des-crimes-contre-l-humanite-101458831.html

 

33 L’horreur économique de Viviane Forrester, un essai publié en 1996, diffusé à trois cent cinquante mille exemplaires et probablement lu par un million de Français, traduit en vingt-quatre langues a, de ce point de vue, constitué un événement qui était l’œuvre, comme dans toutes les périodes troubles, d’un artiste, en l’occurrence d’un écrivain-essayiste. D’où cette dernière thèse en forme de triple appel.

 

 

 

 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 23:59
Plusieurs chaînes humaines ont eu lieu à Paris le 9 mars 2013 autour des lieux de pouvoir pour réaffirmer l’urgence de sortir du nucléaire.
 
Nous étions des milliers à nous tenir la main et à crier "Fukushima plus jamais ça", certainement pas assez, mais suffisamment pour être entendus par les passants et les médias.
 
Pas besoin d'en écrire plus, je poste ce soir uniquement quelques liens, quelques vidéos et quelques photos pour partager les meilleurs souvenirs de cet évènement, et pour témoigner de notre solidarité internationale envers les victimes de toutes les catastrophes nucléaires, de Tchernobyl à Fukushima.
 
Photos à l’Opéra et au Ministère de la Santé
 
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Autres photos
 
Vidéos
 
Chaîne à l’Opéra
     
       
Concert à la Bastille

 
 
Revue de presse
 
Autres vidéos
 
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Chaîne Ministère de la santé
(cliquer sur l'image pour accéder à l'album) 
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Chaîne Hotel de Ville - Bastille
 
Chaîne à Paris
 
Votre serviteur interviewé par TF1 (à 0:34)
 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 18:12

DSCF6154---Copie.JPGA l’invitation d’un collectif d’associations, Jean-Louis Basdevant s’est exprimé lors d’une conférence le 7 mars 2013 à Strasbourg sur le sujet polémique de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Pour cet ancien professeur de l’Ecole polytechnique, c’est clair, il faut stopper Fessenheim immédiatement.

 

.

Après la catastrophe de Fukushima, Jean-Louis Basdevant a selon ses propres mots « viré sa cuti ». En juillet 2011, il comprit que toutes les centrales nucléaires françaises pouvaient avoir le même problème qu’au Japon. Selon lui, « l’accident nucléaire grave » n’a été pris en compte en France qu’à partir de la conception de l’EPR, ce qui signifie qu’aucun réacteur en France n’est construit selon les normes de sécurité que l’on exigerait aujourd’hui. En effet, aucun réacteur français ne possède le moyen d’arrêter un corium suite à une fusion du cœur.

 

L’exemple de Fessenheim

 

Dans la centrale alsacienne, le socle en béton constituant ce qu’on appelle le radier a une hauteur de 1,5 mètre. Selon le physicien nucléaire, ce socle ne résisterait pas longtemps à un cœur fondu à 2800°C, et celui-ci atteindrait rapidement le sol géologique. La recommandation de l’ASN qui préconise de renforcer ce radier serait inefficace car l’ajout d’une épaisseur de 50 centimètres de béton ne retarderait l’avancée du corium que de quelques heures. A titre de comparaison, la centrale de Fukushima Daiichi a un radier estimé entre 6 à 8 mètres, et selon Jean-Louis Basdevant, le corium a traversé cette épaisseur en mars 2011 et se trouve actuellement en dehors de l’enceinte de confinement.

 

Un récupérateur de corium

 

La grande nouveauté de l’EPR ‒ dont on a bien du mal à obtenir un prototype et dont le coût a plus que doublé depuis le début des travaux à Flamanville (3,3 à 8,5 milliards d’euros) ‒ est le récupérateur de corium. Aujourd’hui, aucun réacteur en France ne possède ce système. La recommandation de l’ASN pour Fessenheim est d’assortir cette surcouche de béton d’un récupérateur de corium, ce qui nécessite des travaux d’un coût de 30 à 50 millions d’euros pour les deux réacteurs. Mais en cas d’inondation, que se passerait-il si le corium rencontrait brusquement une masse d’eau ? Dans les deux dernières catastrophes nucléaires (Tchernobyl et Fukushima), les spécialistes ont toujours craint une explosion de vapeur qui pourrait endommager gravement l’enceinte de confinement.

 

Présence du grand canal d’Alsace

 

Pourquoi craint-on une inondation à Fessenheim ? Le refroidissement des réacteurs est assuré par l’eau du grand canal d’Alsace qui est situé 9 mètres plus haut que le sol de la centrale. En cas de rupture de la digue (tremblement de terre, chute d’avion, …), la centrale serait rapidement inondée et se retrouverait dans la même situation que celle de Fukushima inondée par le tsunami.

 

Une nappe phréatique menacée

 

Sous la centrale de Fessenheim, la nappe phréatique rhénane affleure à 3 à 5 mètres de profondeur. Cette nappe est l’une des plus importantes réserves en eau souterraine d’Europe, contenant près de 80 milliards de mètres cubes d’eau. Elle assure 80% des besoins en eau potable de la région et plus de 50% des besoins des industries. Selon les prescriptions de l’ASN, un puits a été creusé en 2012 dans cette nappe pour alimenter un système de refroidissement de secours en cas de problème avec le refroidissement avec l’eau du canal. Or pour Jean-Louis Basdevant, cette disposition met la nappe phréatique en plus grand danger : en cas d’accident nucléaire grave, le corium n’a même plus besoin de percer la couche de béton qui est sensée protéger la réserve aquifère, car le puits est déjà fait par la main de l’homme. Si une rupture de confinement a lieu, les radionucléides auront une voie royale pour polluer le sous-sol.

 

« Un poignard dans le cœur de l’Europe »

 

Selon le physicien, c’est absurde d’avoir installé une centrale nucléaire à cet endroit précis. Située en zone sismique, sous la menace d’une inondation par le canal, menaçant de contaminer la nappe phréatique et la vallée du Rhin jusqu’à la mer du Nord, il affirme que c’est criminel de continuer à prendre le risque d’un accident grave contaminant une grande partie de l’Europe.

 

 

 

Qui est Jean-Louis Basdevant ?

 

Ancien élève de l’École normale supérieure, le physicien Jean-Louis Basdevant est directeur de recherche au CNRS. Il a été pendant 35 ans professeur à l’École polytechnique dont il a présidé le département de physique. Il donnait des cours de mécanique quantique, d’énergie nucléaire et d’énergie-environnement.

 

Spécialiste de physique des hautes énergies et d’astrophysique nucléaire, il a travaillé au Lawrence Berkeley National Laboratory, au CEA à Saclay, au Cern à Genève, dans des laboratoires américains et à l’INFN de Turin.

 

(source)

 

 

 

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En savoir plus

 

 

Jean-Louis Basdevant : « Pourquoi il faut stopper Fessenheim »(L’Alsace)

Arrêter Fessenheim, une décision vertueuse(Respublica)

Devrait-on arrêter Fessenheim ? (Partager pour comprendre)

Faut-il fermer Fessenheim ? (Newsring)

Maîtriser le nucléaire… ou fermer toutes les centrales nucléaires du monde (Blog de Fukushima)

Dossier Fessenheim (Sortir du Nucléaire)

 

 

 

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Action en justice

 

 

 

Les associations Réseau "Sortir du nucléaire", Alsace Nature, Stop Transports - Halte au nucléaire, Stop Fessenheim et le Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin ont déposé un recours gracieux contre l’avis de l’ASN sur la poursuite d’exploitation, au-delà de trente ans, du réacteur 1 et contre l’accord pour le renforcement du radier, le 15 février 2013. Ce recours étant resté sans suite, les associations ont déposé un référé et un recours sur le fond devant le Conseil d’Etat, le 21 mars 2013.

 

Lire le communiqué de presse commun

 

En savoir plus sur cette action en justice

 

 

 

 

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La conférence de J.-L. Basdevant en vidéo

 

 

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 23:57

janick-magne-et-eva-joly-1024x576Janick Magne, professeure d’université à Tokyo, est une citoyenne française expatriée au Japon depuis 35 ans. Depuis mars 2011 et les tragiques évènements qui se sont déroulés à Fukushima, elle décide de militer pour une sortie du nucléaire au Japon. L’ex-candidate d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) aux législatives pour l’Asie, l’Océanie et le Japon se rend plusieurs fois dans la préfecture de Fukushima pour parler aux habitants et rencontrer les mères mobilisées pour l’évacuation des territoires contaminés. Soutenant activement la population évacuée, elle visite également plusieurs fois la zone interdite de Futuba et en rapporte des photos afin de réaliser une exposition.

Dans les semaines qui viennent, elle va parcourir la France pour témoigner de ce qui se passe au Japon depuis deux ans, en présentant sa conférence dans 5 lieux dont le dernier, Bonnet, se situe à quelques kilomètres de Bure, commune qui accueille le projet monstrueux du centre d’enfouissement de déchets nucléaires que veut imposer le village nucléaire.

 

 

Conférence « Fukushima, 2 ans après »

 

- GOLBEY (Vosges, près d’Epinal) > Vendredi 22 mars 2013, salle Barbelouze (place de la mairie) à 20h30

 

- CONDES (Haute-Marne, près de Chaumont) > Samedi 23 mars 2013, salle des fêtes (proche de la mairie) à 20h00

 

- SAINT-ETIENNE (Loire) > Mercredi 3 avril 2013

 

- CHAMBERY (Savoie) > Jeudi 4 avril 2013

 

- BONNET (Meuse, près de Bure) > Samedi 6 avril 2013

 

 

 

 « C'est mon troisième voyage dans la zone interdite de Fukushima. On ne revient pas indemne de Fukushima. Mon objectif est clair et mes amis japonais y souscrivent entièrement : témoigner, dire l'horreur d'une catastrophe nucléaire, raconter comment du jour au lendemain tous ces gens ont perdu leurs biens, leur maison, leur travail, leurs rêves, leur vie. » (source)

 

 

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Lors de sa conférence, Janick Magne aborde la situation actuelle de la centrale de Fukushima Daiichi, mais aussi les conséquences sanitaires au Japon et les risques sur le long terme pour l’environnement. Alors que la centrale vient de subir à nouveau un black-out général empêchant le refroidissement des piscines de combustible, beaucoup de questions se posent encore autour de cette catastrophe qui dure, c’est pourquoi la conférencière laisse une large place à un échange avec le public.

 

 

janick-magne 0256 FUTABA cousine de MS 16 02 2013[1]

 

 

 

Expo photos de la zone interdite (50 clichés)

 

PARIS, Mairie du 2ème arrondissement – du 25 au 31 mars 2013

En savoir plus

 

EXPO PHOTOS

 

"Dans la zone interdite de Fukushima"

 

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50 photos de Janick MAGNE & Minami SHIMURA 

 

« A l'invitation d'une famille japonaise amie originaire de la ville de Futaba, en zone interdite, j'ai pu me rendre à trois reprises sur les lieux, entre février 2012 et février 2013. J'en ai rapporté des photos qui montrent le drame humain en train de se jouer là-bas.

Suite à l'accident nucléaire de mars 2011, 70 000 personnes ont évacué en catastrophe en laissant tout derrière elles... Depuis deux ans, les communes de la zone sont restées en l'état. Décombres, tas de ferraille, magasins éventrés, toits écroulés sur la chaussée, champs et rizières envahis d'herbes folles, animaux morts, d'autres qui rôdent en liberté, lourdement contaminés... Pourtant, certains quartiers ont été totalement épargnés et de belles propriétés intactes témoignent encore de la richesse passée de cette région dont la production agricole  et la pêche faisaient la réputation. C'est  l'une des plus belles régions du Japon, avec ses forêts, le Pacifique au pied des collines et les montagnes à l'horizon... Aujourd'hui, ce ne sont plus que villes fantômes envahies par les rats et le silence, où la vie s'est arrêtée subitement... Il  n'est pas facile de pénétrer dans la zone interdite, strictement contrôlée. Il faut en faire la demande à l'avance et justifier de raisons valables. La visite est limitée à 5 heures maximum et l'itinéraire doit être déclaré. Il faut, pour entrer dans la zone, enfiler des tenues blanches en non-tissé et un  masque léger mais ils ne protègent pas des radiations, ils évitent simplement de rapporter sur soi de la poussière contenant des radionucléides ou d'en respirer... »    

Janick Magne                                                      

 

Zone interdite ville déserteet toit écroulé 20026-IMG

 

 

___________________

 

En savoir plus sur Janick Magne :

 

Interview de Janick Magne par Kibo Promesse

 

No futur, zone morte

 

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« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

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