1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 00:07

Cet article a déjà été diffusé l’année dernière sur le blog Pensées pour Tohoku - Japon 11/3. Parce que ce sujet reste totalement d’actualité, mais aussi parce que les infos en français sont rares, nous l’éditons sur le blog de Fukushima avec l’autorisation de l’auteure et traductrice, Junko Takase.

 

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Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

 

福島第1原発事故後の水の汚染

 

Rapport 1

 

Le 15 janvier 2012, la NHK a diffusé une émission

      « Contamination de la Radioactivité - Rapport Urgent de la Mer »,

d’après le premier sondage fait au large de Fukushima N°1, jusqu’à la baie de Tokyo

      ( Cet enquête a été réalisée à partir de novembre 2011 )

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1-1 ) Au large de Fukushima 

 

福島県沖で

 

En novembre 2011, le professeur ISHIMARU Takashi et KANDA Jota de l’Univ. de Tokyo Océanographie a réalisé une enquête sur une zone de 20 km du large de Fukushima N.1, zone interdite par l’Etat, avec la Coopérative de la Pêche de Hisanohama, 30 km au sud de Fukushima. On y avait déjà trouvé des soles à 4500 Bq/kg de radioactivité, soit presque 10 fois plus que la norme officielle*.

A Hisanohama, depuis, la coopérative a cessé la pêche.

 

* Au moment où NHK a réalisé cette émission, la norme officielle était à 500 Bq/kg.                         Depuis avril 2012, celle-ci est de 100 Bq/kg
 

Les taux de radioactivité de l’eau de la mer à 20km du large de Fukushima : 0.06 µsv/h     Au même endroit à 13 m de profondeur de la mer : plus de 2 µsv/h

Nous avons également prélevé des échantillons de terre du fond de la mer à 32 endroits différents, sur la côte. Le résultat des analyses: Plus de 2000 Bq/kg sur 1 km de côte, juste devant la centrale, avec par endroit 4520 Bq/kg.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Ensuite, nous avons analysé les poissons dans la zone de 20 km, au large du sud-est. 

Les résultats : mebaru 2300 Bq/kg,  Ainame 1400 Bq/kg, kasubé 1700 Bq/kg

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

L’analyse montre que la plupart des poissons du fond de mer avaient beaucoup plus de césium 137 que la norme. Quels sont les rapports entre ces poissons qui vivent au fond de la mer et la contamination de la terre ?

Dr.Ishimaru : « Au fond de la mer, vivent le plancton et de tout petits poissons qui mangent les boues contenant les substances radioactives.Ensuite, d'autres poissons mangent ces poissons. Tant que la substance radioactive reste au fond de la mer, la contamination des poissons continue par la chaîne alimentaire»
 

 

1-2 ) Jusqu’au au large de Chiba, à 200 km de Fukushima :

 

福島沖から200kmの千葉銚子まで

 

Le courant littoral tourne dans le sens des aiguilles d’une montre,

et le long de la côte du Pacifique, le courant tourne vers le sud.

Alors, nous avons décidé de faire des prélèvements de terre du fond de mer sur une distance de 200 km vers le sud de Fukushima.  

A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg

A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg

A 80 km, au large de la ville de Takahagi de Ibaragi : le fond de mer était du rocher dur, et la quantité de cesium relevée était très peu élevée. Comme montre le tableau dessous, au nord de Ibaragi, il y avait peu de césium.

A 120 km, au large de Hitachinaka : On pensait que le taux de radioactivité allait baisser, alors que le résultat était étonnant, 380 Bq/kg ! Comme au large de Fukushima. En fait ici, le fond de mer est composé de boues dans lesquelles le césium se fixe facilement.
 

A 180 km, au large de la ville de Choshi de Chiba : 112 Bq/kg au lieu de 38 Bq/kg en octobre 2011

 

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Professeur KANDA de l’Université de Tokyo Océanographie dit que ces substances de radioactivité se déplacent selon le courant de mer et peuvent se poser là où il y a des couches sédimentaires avec boues.

 

 

1-3 ) Dans les lacs et étangs ... endroits fermés :
 

内陸の湖や沼で起こっていること

 

En plus d'une contamination de la mer, il y a actuellement 23 lacs et étangs

en eau douce avec présence de poissons contaminés.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Par exemple à Akagi-Onuma (alt. 1340 m) à Gunma (situé à 200 km de Fuku–shima). Le taux de radioactivité autour de ce lac n’est pas important : 0.17 µsv/h (la norme officielle qui déclenche le nettoyage est à 0.23 µsv/h)

 

Mais depuis le mois d’août 2011, nous avons trouvé dans Wakasagi 640Bq/kg, et d’autres poissons avaient dépassé la norme de 500 Bq/kg.
En décembre 2011, nous avons décidé de faire l’enquête sur ce lac

avec M. SUZUKI du laboratoire de pisciculture de Gunma.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Résultat :
Plancton du lac Akagi-Onuma : 296 Bq/kg

Pourtant, ils ne vivent pas plus longtemps que quelques semaines.
Les boues du fond de lac : 950 Bq/kg, et en plus, la couche qui contient le césium fait 20 cm de profondeur.
 

Les lacs qui se trouvent au milieu des montagnes sont fermés et l’eau stagne. Une fois que le césium s’installe au fond du lac, il y reste et continue à contaminer les poissons : les planctons mangent les boues, les poissons les mangent, les poissons morts tombent au fond du lac, les planctons se reproduisent et ... cercle vicieux.

A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.

A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.

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25 ans après l’accident de Tchernobyl, le Centre National de Surveillance de la Radioactivité continue la recherche sur les poissons en eau douce contaminés en Ukraine

Leurs rapports montrent que les premières cinq années, le taux de césium dans les poissons avait baissé. Ensuite le taux ne diminue pas beaucoup. Il faudra attendre 30 ans, pour qu'il diminue de moitié.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

1-4 ) A la Baie de Tokyo :

Un « Point Chaud », dans la Baie de Tokyo,

 plus élevé qu'au large de Fukushima

 

東京湾のホットスポットは福島第1原発沖を超えた

 

Dans l’embouchure de la rivière Edo, un « point chaud » révèle 2 fois plus de césium qu’à 20 km au large de Fukushima !


Depuis août 2011, en collaboration avec Dr. YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki, nous avons commencé à faire des analyses. A 10 m de profondeur, le fond de mer est stagnant et sombre, et recouvert de boues. Nous avons fait des relevés à 26 endroits.

 

Résultats :

Les taux de césium trouvés étaient peu importants. Ormis au fond de la baie et à l’embouchure de la rivière Edo ( Edogawa) et Arakawa, où il a été relevé jusqu'à 872 Bq/kg !

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

En amont de ces rivières, s’étend la ville de Tokyo.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Dr. Koibuchi, chercheur de l’Université de Tokyo pense que la contamination de la Baie de Tokyo va s'aggraver et que dans Edogawa, on peut touver des endroits où le césium peut s’accumuler.

« Ces substances de radioactivité se déplacent dans le courant rapide de la rivière. Mais en approchant à l’embouchure où l’eau douce mélange avec l’eau de mer, l’agrégation se produit : le césium qui se déplacait avec la boue ne se mélange pas tout de suite à l’eau de mer salée. Mais le sel fait coller les boues et le césium se fixe au fond de la rivière.

 

Durant 2 mois, le Dr. Koibuchi a examiné les taux de césium au fond de Edogawa :

1623 Bq/kg à 8 km de l’embouchure !

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

On peut imaginer que les substances de radioactivités qui sont tombées sur la plaine, peuvent se déplacer avec la pluie et s’accumuler dans toutes les rivières qui versent à la baie de Tokyo.

 

Conclusion :

D’après la simulation réalisée par le groupe de la Prévention aux Catastrophes de l’Université de Kyoto, cette contamination s’étendrait à une vitesse de 5 km / an. Et vers mars 2014, la contamination de la baie de Tokyo toucherait le niveau le plus élevé. Du fait que la forme de la Baie de Tokyo est un peu fermée, il sera possible que cette situation dure pendant un petit moment ...

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Comment les césiums peuvent-ils se déplacer ?

Qu’est-ce que l’agrégation ?

 

 

La substance radioactive comme le césium qui descend de la montagne à la plaine, arrive à la rivière ou au fleuve. Ensuite, le césium, de charge électrique positive, est pris par une particule argileuse de charge électrique négative, et ils se déplacent bien attachés désormais ensemble.

 

La densimétrie de cette particule (argile + césium) est légère, donc ne reste pas dans le courant rapide. Tandis que là où le courant est plus lent, notamment en aval de la rivière, elle se pose tout doucement au fond.

 

Quand cette particule se mélange avec l’eau salée de mer, leur densimétrie devient alors plus lourde ( agrégation ) et la particule peut s’entasser au fond de l’eau.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima
Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Rapport 2

 

Début de la contamination des rivières

 

河川汚染の始まり

 

Comment se passe la contamination des fleuves avant qu’ils se jettent dans la mer?

 

Dans le rapport 1, nous avons parlé de la contamination au large de Fukushima et de la Baie de Tokyo du mois d’août au novembre 2011.

 

D’après la recherche renouvelée au mois d’avril 2012 par l’équipe du Professeur YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki dans la Baie de Tokyo, le taux de radioactivité s’est multiplié de 1.5 à 13 fois plus, depuis l’an dernier. C’est à dire ils ont vu la quantité de césium de la terre du fond de la mer à 1m : 7,305-27,213 Bq/m2, au lieu de 0,578-18,242 Bq/m2 en août 2011.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Ce résultat prouve que les substances de radioactivité ont été transportées par les rivières qui se jettent à la baie de Tokyo : Edogawa, Tamagawa et Arakawa. Ces substances, proviennent à la fois de la plaine et des montagnes.

 

 

2-1) Aux alentours de Tokyo

Tamagawa et Arakawa

 

Dans les chaînes de montagne de Okutama, la source de Tamagawa est bien polluée comme montre le tableau ci-dessous (partie bleu foncé et vert-bleu) :

 

Selon le résultat de monitoring aérien du Ministère de Culture et des Sciences, le taux de radioactivité à Okutama peut s’élèver de 60,000 jusqu'à 100,000 Bq/m2. Et malgré ce taux, il y a des gens qui y vivent, et qui y travaillent tous les jours.

 

A Tchernobyl, plus de 550,000 Bq était la zone d’évacuation obligatoire et 37,000 à 40,000 Bq/m2 était la zone de contrôle de radioactivité où on ne peuvait pas y aller facilement.

 

De ces zones hautement polluées, la pluie descend dans la rivière et rejoint Tamagawa. Juste avant que la rivière Hibara et Tamagawa se rejoignent, se situe le lac de Okutama, principale réserve d'eau pour les habitants de Tokyo.

 

On peut dire la même chose pour Arakawa, l’autre rivière qui verse à la baie de Tokyo, dont la source est à Oku-Chichibu.

 

Edogawa, l’affluent du Fleuve Toné

 

Les sources du Fleuve Toné, (principale réserve d'eau pour les habitants de Kanto), se situent dans les chaines de montagnes de plus de 2000 m qui se trouvent entre la frontière des préfectures de Gunma et de Niigata. La situation là-bas est encore pire que celle de Okutama.


Au cours supérieur Tonégawa, il y a le lac Okutoné, Naramata et Hujiwara, qui sont des lacs de barrage. Ici, la contamination sur des zones assez étendues peut atteindre de 60,000 à 100,000 Bq/m2. Ensuite, l’eau se déverse vers nos zones habitées.

 

Ces montagnes sont couvertes de neige durant l’hiver. Au printemps, peu à peu la neige  fond, passe dans les ruisseaux et finit par se joindre à la rivière Katashina et le Fleuve Toné. Normalement, on aime prendre dans les mains cette eau fraiche et se laver le visage pour se rafraîchir.... mais aujourd’hui, ce geste est trop risqué.

 

Le Fleuve Toné se jette dans le Pacifique, et avant, il se divise à Edogawa qui verse à la baie de Tokyo.

 

Dans tous les cas, la pollution par la radioactivité ne va pas s’arrêter. Ce n’est que le début.

 

 

2-2) A Fukushima

 

En printemps 2012, dans la préfecture de Fukushima aussi, on a remarqué le même phénomène de multiplication des taux de radioactivités : on commence à trouver des points chauds dans la ville de Aizu (que l’on croyait jusque là non-contaminée). Et aussi dans la ville de Koriyama et de Fukushima.

 

L’équipe NHK a réalisé le rapport de mesure des taux de radioactivité de la terre et de l’eau à plus de 200 endroits le long des deux fleuves Abukuma et Agano.

 

Il y a le fleuve Abukuma qui part du sud de Fukushima et se jette dans le Pacifique traversant la préfecture de Miyagi, et le fleuve Agano qui part de Aizu et se verse dans la mer du Japon traversant la préfecture de Niigata.

 

En fait, c’est exactement comme pour la Baie de Tokyo. Les rivières / fleuves peuvent transporter la radioactivité, provenant de toute l’eau qui descend de la montagne, et de l'eau des précipitations de pluies ou de neige, qui ruisselle sur les routes et bâtiments des villes.

 

Le fleuve Abukuma est le lieu de production de l'Ayu, un poisson de rivière. On a relevé 2050 Bq/kg à l’endroit de ponte, et 1840 Bq/kg à l’affluent. L'Ayu se nourrit de boue et des algues du fond de la rivière. On peut parler ici d’un phénomène de concentration in vivo. Et on peut dire la même chose pour les autres poissons de ces rivières.

 

Le 19 juin 2012, le Journal de Fukushima ( Fukushima Minpo ) a publié que les poissons de ce fleuve Abukuma ont dépassé la norme, suite aux analyses des taux de radioactivité.

 

Dans des villes en province, il est courant de trouver des réserves d’eau de pluie, en plein milieu de quartiers d’habitation. Ces réserves d'eau peuvent être contaminées par l'eau de pluie lorsqu'elle a ruisselé sur les toits des maisons ou sur les routes.

Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.

Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.

Au moment de la saison des pluies ou des typhons, les rivières peuvent sortir de leur lit et  innonder. Une fois que l’eau s’est retirée, la substance radioactive s'est déposée sur les terres inondées.

 

 

Conclusion :

 

Le Japon est appelé Mizuho no Kuni, c'est à dire : pays de rizière, entouré par la mer et les rivières.

 

La vie des Japonais est depuis toujours très proche de l'élément eau.

 

Mais cette eau, qui ruisselle depuis toujours chez nous, l’Homme l'a salie.

 

Pour combien de temps, on ne sait pas.

 

Le Mal s’est installé, on ne peut pas retourner en arrière.

 

Maintenant, l’Homme doit subir toute la conséquence de sa bêtise.

 

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Sources : Kaleidscope blog : 24 mai 2012, 6 juin 2012, 19 juin 2012, et NHK : émissions spéciales du 15 janvier 2012, 10 juin 2012 « Qu’est-ce qui se passe à la rivière ? »

Liens vers le blog japonais :

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1297.html

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1296.html

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1332.html

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:29
Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça

A l’occasion du triste anniversaire du début de la catastrophe de Tchernobyl, j’aimerais revenir sur un documentaire de Luc Riolon diffusé la première fois par Arte en 2010, « Tchernobyl, une histoire naturelle ? », et qui depuis revient régulièrement pour alimenter de fausses idées sur les bienfaits de la radioactivité. Tout dans ce reportage est fait pour accréditer que les faibles doses sont bénéfiques à la nature et que finalement, Tchernobyl a été une bonne expérience. Bien sûr, beaucoup de choses rappelées dans ce film sont vraies, mais un objectif est clairement fixé dans le scénario : persuader petit à petit le spectateur que la radioactivité n’est pas si dangereuse que ça, en utilisant la technique de la persuasion répétitive.

Des paroles bien choisies

 

Dès le début du film, on se met dans le bain avec l’émerveillement des scientifiques :

« Tchernobyl offre des possibilités de recherche vraiment fascinantes qui rejoignent parfaitement nos pôles d’intérêts et qui ne pourraient être nommées nulle part ailleurs », dit l’un ;

« Tchernobyl nous offre une prodigieuse possibilité de comprendre les conséquences biologiques d’un désastre nucléaire majeur », dit l’autre.

 

Et plus loin, la voix off :

« Dans ce laboratoire à ciel ouvert, les scientifiques allaient mettre au jour des phénomènes tout à fait extraordinaires. »

 

Le scientifique « ancien liquidateur » trouve un mulot en excellente santé dans un endroit « 1000 fois plus radioactif que la normale » (mais pas de dose chiffrée).

 

La voix off : « Plus de deux décennies après la catastrophe, la nature semble de manière surprenante avoir repris tous ses droits à Tchernobyl. »

« Les oiseaux nichent même sur le sarcophage de béton qui recouvre le réacteur défunt à des niveaux de radioactivité un million de fois la normale. »

« Tous ces animaux semblent en parfaite santé ».

 

La zone interdite abrite une espèce rare, le cheval de Prevalsky.

Les vieux chevaux malades sont maintenant en forme et le groupe s’est développé. « Je pense que c’est un paradis ici pour les chevaux » dit la scientifique de Kiev.

 

La voix off : « La végétation est exhubérante. »   

« Comme pour les animaux, les radiations semblent n’avoir aucune conséquence sur la végétation. »

« La forêt rouge allait bientôt devenir un laboratoire des plus étonnants de la planète. »

 

Un autre scientifique, qui cultive son jardin dans la zone interdite, a retiré le raisin, le cassis et l’oseille (sous-entendu plantes qui capturent trop le césium ou le strontium).

« Lenid peut donc tranquillement manger les produits de son jardin, soigneusement vérifiés et sélectionnés. »

 

Robert J. Baker : « Même dans la forêt rouge, la végétation est épaisse et l’habitat est devenu sain. Nous pouvons dire qu’il y a plus d’animaux à l’intérieur de la zone que dans des endroits à l’habitat comparable à l’extérieur des 30 km de la zone interdite. »

 

 

A force d’entendre ces paroles répétées, qu’on s’y sent bien à Tchernobyl ! Il ne reste plus qu’à lâcher des informations « scientifiques », et le tour est joué.

 

 

Détournement d’information et désinformation

 

Au début du reportage, une scientifique de l’IRSN aborde le sujet du plutonium, puis subitement, à 30 min, la voix off annonce que la radioactivité dans la zone de Tchernobyl est due principalement à deux radionucléides toujours présents : le césium 137 et strontium 90. Evaporé le plutonium ! Résultat des recherches sur le plutonium ? Ce n’est pas la peine d’en parler, ce n’est pas intéressant. A Fukushima non plus ce n’est pas intéressant. On en trouve oui, ça on ne peut pas le nier, mais quand à étudier l’effet du plutonium sur le monde vivant… Peut-être ce n’est pas nécessaire car on connaît déjà les conclusions ? Radiotoxique très puissant ? Cancérigène ? Ou bien on peut boire le plutonium sans crainte ?

 

Robert J. Baker, généticien à la Texas Tech University Lubbock : « Nous avons été choqué par ce que nous avons trouvé : un taux très élevé de mutation chez les animaux ». Le scientifique a donc publié un article dans Nature précisant que Tchernobyl a provoqué un déferlement de mutations. Quelques semaines après la parution de l’article, ils refont les analyses avec un autre matériel et découvrent que tout est faux et qu’ils se sont trompés.

Et le scientifique de conclure : « Au jour d’aujourd’hui, on peut dire que non seulement les animaux [les souris de Tchernobyl] vont bien, mais qu’également leur génome n’a pas subi de modification. »

C’est pas beau ça ? Dans ce film, on prend comme base scientifique un gars qui s’est rétracté quelques semaines après avoir publié un article dans une revue scientifique de renom à comité de lecture. Est-ce sérieux ? Je suis entièrement d’accord qu’on puisse faire des erreurs et le reconnaître, c’est une démarche plus que louable. Mais dans ce cas, même s’il n’y a pas eu de pression du lobby nucléaire sur cette équipe scientifique, le réalisateur aurait pu donner la parole à d’autres scientifiques qui avaient d’autres conclusions.

 

Est-ce que cet autre scientifique, Sergey Gashchak, radioécologue à l’International Radioecology Laboratory Slavutich, est également sérieux quand il prétend que les mutations peuvent provenir d’autres facteurs naturels comme des anomalies de la biologie des animaux liées à une carence en nutriments, d’une modification du climat (sécheresse ou grande humidité), d’une augmentation des parasites, etc. ?

Ce même homme assure, squelette de cervidé filmé à l’appui : « Bien sûr le strontium provoque des problèmes de santé aux animaux qui vivent ici, mais le squelette semble parfaitement normal. La cause de la mort n’est pas du tout le strontium. Il a été tout simplement dévoré par des loups. »

Même technique de communication qu’avec le mulot : il montre un seul spécimen et le spectateur est conduit à penser que tous les animaux pètent la forme !

 

Le réalisateur réutilisera la même technique pour les oiseaux : on stigmatise le cas des hirondelles qui présentent des malformations (plumes dissymétriques, vieillissement prématuré, tumeurs, etc. mais c’est de leur faute, elles sont fatiguées), et du coup on sous-entend que tous les autres oiseaux vivant en zone contaminée vont bien.

 

Le reportage finit par faire l’apologie de l’effet Hormésis (les faibles doses seraient bénéfiques, alors qu’il est établi depuis des lustres que tout rayonnement a un effet destructeur sur les cellules). On est sauvés ! Mais bon sang, de quoi se plaignent les populations qui vivent en continu dans les territoires contaminés, à Tchernobyl et à Fukushima ?

 

 

Le reportage sert de support aux experts pronucléaires

 

Jean-Marc Jancovici reprend à son compte en février 2012 le tableau idyllique dressé par le film : « Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite », déclare-t-il en février 2012.

Mais n’était-ce pas le but recherché par le réalisateur ? Ou bien celui-ci s’est-il fait influencer par ceux qui l’ont aidé dans sa tâche ? Il faut dire qu’une armada de spécialistes de l’IRSN, organisme bien connu pour minimiser les conséquences sanitaires liées à la radioactivité, l’ont aidé dans ses recherches : Didier Champion (Pôle "Radioprotection, environnement, déchets et crise » à l’IRSN, Marie-Pierre Bigot (direction de la communication à l’IRSN), Pascale Portes (responsable du service de presse à IRSN), Jacqueline Garnier-Laplace (Chef de service Recherche, Expertise et Evaluation d’impact environnemental à IRSN), Patrick Gourmelon (directeur de la radioprotection humaine à l’IRSN), Jean-René Jourdain (direction de la protection de l'homme à l’IRSN) et François Bréchignac (Directeur scientifique adjoint à l’IRSN). Toute cette équipe, supervisée par Dietrich Averbeck, Directeur de recherche émérite du CNRS à l’Institut Curie, mais surtout membre du conseil scientifique de l’IRSN, a joué un grand rôle dans le message global du film.

 

 

Conclusions et commentaires sur le film

 

Depuis qu’il est sorti, ce film très controversé a déjà fait couler beaucoup d’encre. Pour finir, je voudrais reprendre la conclusion d’un très bon article de Michel Fernex, professeur émérite de médecine et spécialiste des impacts sanitaires des radiations (source) :

 

« L’histoire naturelle de Tchernobyl, ce devait être ce qui se déroule dans la nature dans la zone d’exclusion de 30 km de rayon autour du réacteur atomique détruit en 1986. Des chercheurs encore sur place ont consacré des années à l’étude de la faune et ont suivi différentes espèces pendant plusieurs années. Un cinéaste indépendant aurait pu faire profiter les spectateurs de quelques découvertes importantes faites dans ce laboratoire à ciel ouvert, en réalisant un bon documentaire. Il pouvait faire appel au naturaliste du CNRS de Paris Sud, qui travaille sur le terrain depuis plus de dix ans. Avec la collaboration de spécialistes de nombreux pays, Møller & Mousseau décrivent l’impact des rayonnements ionisants sur l’ensemble de la faune. S’en tenir à deux rongeurs médiocrement étudiés dans le terrain et présenter de façon assez confuse ce qui se passe chez les hirondelles, comme si cette espèce était l’exception et non la règle, c’est insuffisant. Volontairement insuffisant.

Pour le monde végétal, le film nous apprend que les pins sont vulnérables et les bouleaux le sont moins, ce qui permet à cette espèce pionnière d’envahir de nombreux espaces, y compris la ville abandonnée de Prypiat. Les fourrés de bouleaux sont d’une grande pauvreté à côté des forêts qui accompagnent les rivières et les fleuves du Bélarus et de l’Ukraine. Il faudra des siècles pour qu’une forêt digne de ce nom renaisse autour de Tchernobyl.

Les spectateurs auront résolu l’énigme proposée par le titre du film. Ils auront découvert la cause de la médiocrité de l’information livrée. À quoi sert cette permanente accumulation de mensonges par omission dont est composé le scénario ? À qui rapporte le crime ? Certes, le réalisateur n’est pas le premier bénéficiaire.

Retenons que le principal objectif statutaire de la puissante agence de l’ONU, l’AIEA, c’est « l’accélération de l’augmentation de la contribution de l’énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier ». De toute évidence, ses membres comme tous ceux qui touchent indemnités ou salaires de cette institution ne peuvent être que juge et partie face aux problèmes que soulèvent les victimes des accidents nucléaires, principalement quand il s’agit d’humains. Mais l’AIEA est à nouveau contrainte par ses statuts d’étendre la propagande pro-nucléaire dont elle a la charge, en masquant la souffrance de la faune et en inventant des slogans comme « les animaux se sont rapidement remis du choc radiologique qui a suivi l’explosion de 1986. Ils prospèrent magnifiquement ». L’AIEA ne peut plus se servir de la "radiophobie" dont elle a déjà tellement abusé. Les biologistes constatent que de vastes espaces demeurent impropres à la survie de nombreuses espèces ; seule la permanente recolonisation par des animaux venant de l’extérieur, comme chaque printemps les oiseaux migrateurs ou erratiques, permettent le maintien d’une vie maladive dans ce milieu contaminé.

L’AIEA, l’agence, la plus haut placée dans la hiérarchie de l’ONU, dépendant directement du Conseil de Sécurité, soutient le lobby de l’atome et doit à tout prix nier la vérité sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé de la faune comme sur celle des humains. »

Pour en savoir plus :

 

Sur le reportage d’Arte :

« Tchernobyl, histoire naturelle ? »

Un film de Luc Riolon, écrit par Luc Riolon et Antoine Bamas

Produit par Arte France, Camera Lucida Productions, CNRS Images

en partenariat avec Eurovision Science et la Commission européenne de recherche

Conseiller scientifique : Dietrich Averbeck (institut Curie, CNRS)

 

 

Avis de Michel Fernex

 

Avis de Jacques Foos

 

Avis d’Yves Lenoir

 

Avis de Bella Belbéoch

 

 

Le reportage analysé par thème par Yann Moreau

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 00:56
Nucléaire : de la mine aux déchets

 Avec ses 58 réacteurs, la France est le pays le plus nucléarisé au monde. Mais que savent les Français de l’uranium, le combustible sur lequel repose toute l’industrie de l’atome ?

 

Présentée comme un "cycle vertueux" par le lobby nucléaire, l’exploitation de l’uranium cache en réalité une chaîne du combustible sale, polluante et non-maîtrisée.

 

Parce que l’industrie nucléaire fait tout pour le cacher, le jeudi 25 avril 2013, le réseau "Sortir du nucléaire" lance une nouvelle campagne « Nucléaire : de la mine aux déchets, tous concernés ».

 

Avant d’aller consulter le site dédié ,

 

regardez cette petite vidéo introductive et confrontez vos connaissances à la réalité en 3 minutes et demi !

Le rapport avec Fukushima ?

 

C’est l’état d’ignorance généralisé de la population sur l’énergie nucléaire qui a conduit au désastre de Fukushima. C’est pourquoi il est important de diffuser ces connaissances de base afin que personne ne puisse dire demain : je ne savais pas !

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 15:56
Selon Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, Fukushima est classé au niveau 6 sur l’échelle internationale INES

Heureusement j’étais assis quand j’ai entendu à la radio le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (l’ASN), Pierre Franck Chevet, annoncer sans être contredit que l’accident de Fukushima avait été classé au niveau 6 de l’échelle internationale INES !

Effectivement l’ASN s’était empressée le 15 mars 2011 de classer l’évènement au niveau 6, alors même que des explosions et des incendies se produisaient encore dans les bâtiments réacteurs 2 et 4. Mais un mois plus tard, l’accident avait été reclassé au niveau 7 par les autorités japonaises, ce que reporte le propre site de l’ASN ou celui de l’IRSN. Pierre-Franck Chevet ne peut pas ne pas en être au courant !

Arriver à un tel point de désinformation au sommet des structures françaises est insupportable. Celui qui a la responsabilité de la sûreté nucléaire en France a été pris en flagrant délit de manipulation de l’opinion sur une chaîne publique nationale. Il participait à l’émission « Le téléphone sonne » (Questions sur l’état de la sureté des installations nucléaires) le 17 avril 2013 sur France Inter, avec son collègue Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN.

Tous deux étaient là pour désinformer et minimiser. Mais surtout pour marteler que « L’accident nucléaire est possible en France ». Non pas pour faire peur et faire changer la politique énergétique de la France, mais pour trois raisons évidentes :

- habituer les Français à l’idée d’un accident nucléaire,

- justifier leurs activités de protection de l’industrie nucléaire,

- rendre nécessaire l’augmentation des dépenses de sécurité, donc des propres recettes de leurs organismes.

Ils n’étaient pas vraiment là pour répondre aux questions des auditeurs, lisez plutôt :

Question d’un auditeur :

- S’il se passe un accident majeur en France, combien de millions de Français seront impactés ?

PAS DE REPONSE

Question d’un auditeur :

- Quelles sont les mesures que vous pouvez nous conseiller pour protéger nos familles, particulièrement les enfants, en cas d’accident majeur ?

PAS DE REPONSE

Question d’un auditeur :

- Si subitement l’ASN ordonne la fermeture de plusieurs centrales, est-ce que la France peut remplacer au pied levé l’énergie qu’elles produisaient ?

PAS DE REPONSE, sinon un Nième « nous travaillons sur ce scénario »…

Florilège de citations

Quelques évidences, d’abord sur la possibilité d’un accident en France :

Jacques Repussard : « Ces technologies qui ont été inventées il y a 40 ans, 50 ans maintenant, elles ont la possibilité de créer ces accidents très graves. »

Jacques Repussard : « On a laissé des impasses dans le système, on est en train de les combler. »

Quelques justifications économiques :

Jacques Repussard : « On a besoin de travailler sur la préparation de cet accident »

Jacques Repussard : « La bonne santé économique d’EDF, c’est pour moi l’une des clés de la sûreté de notre parc [nucléaire] »

Quelques énormités :

Jacques Repussard : « Quand les accidents comme cela se produisent, c’est forcément une conjonction tout à fait extraordinaire et peu prévisible de différents facteurs indépendants les uns des autres. Un tsunami + un séisme + une centrale qui avait vieilli prématurément, qui n’avait pas mise à l’état de l’art, tout ça ensemble a créé l’accident. »

Alors que justement, un tremblement de terre et un tsunami ne sont pas des éléments indépendants ou imprévisibles au Japon, alors que la centrale de Fukushima n’avait pas vieilli plus « prématurément » que les centrales nucléaires françaises, on se demande vraiment ce que veut dire Jacques Repussard ! La catastrophe de Fukushima était totalement prévisible, comme l’a démontré le rapport de la commission indépendante de la Diète japonaise sur Fukushima.

Pierre-Franck Chevet (à propos de l’échelle de gravité des accidents nucléaires) : « Ca va de 1, l’incident qui est rendu public mais qui est de niveau le plus bas, à 7. Tchernobyl : 7. Fukushima : 6. »

J’en ai déjà parlé dans l’intro, ce mensonge est d’une grande gravité.

Une parole insultante pour les Japonais contaminés :

Jacques Repussard : « [en cas d’accident nucléaire en France] il y aurait relativement peu de morts immédiats voire à terme si la situation est bien gérée et ce sera vraisemblablement le cas au Japon : il y aura probablement un faible impact - on ne le sait pas encore mais c’est assez vraisemblable- il y aura un faible impact sanitaire. »

Des réponses absolument pas rassurantes :

Question d’un auditeur : Les centrales françaises permettraient-elles d’empêcher la formation d’un corium et de son passage à travers le radier ?

REPONSE : NON

Effectivement, aucune centrale nucléaire française ne possède de récupérateur de corium et le syndrome de Fukushima peut se produire dans tous les sites.

Question d’un auditeur : Est-ce que la force d’action rapide est en place, le « GIGN du nucléaire » ?

Pierre-Franck Chevet : « Elle est partiellement en fonctionnement (…) mais on est encore loin du dispositif complet. »

Ce qui signifie que 2 ans après Fukushima, cette force n’est toujours pas opérationnelle.

Pierre-Franck Chevet : « [Dans le cas d’un accident de type Fukushima en France], quelques dizaines de km en Europe, ça touchera beaucoup de monde, et ça touchera, ça concernera aussi les pays frontaliers. »

Si on regarde Tchernobyl et Fukushima, on peut corriger et dire « quelques centaines de km ». Le directeur de l’ASN est trop modeste avec nos voisins européens qui seront touchés de plein fouet.

Pierre-Franck Chevet : « Il y a 20 ans, je travaillais à l’époque pour l’ASN, on a eu une anomalie concernant les couvercles de cuve ; on a été à deux doigts d’être dans cette situation [de devoir changer les couvercles de cuve de plusieurs réacteurs français, et donc de prendre la décision d’arrêter subitement entre 5 et 10 réacteurs]. »

Ah bon, on a été à deux doigts de changer des couvercles défaillants dans les années 90 ? On aurait aimé en savoir plus ! Finalement on n’a pas changé ces couvercles ? Ils ne sont plus défaillants ou bien ils sont encore utilisés aujourd’hui ? De quelles centrales s’agit-il ?

Et enfin à propos des déchets :

Quelle est la durée de vie radioactive du cœur d’un réacteur ?

Réponse de Jacques Repussard : « de l’ordre de la centaine de milliers d’années. »

Pierre-Franck Chevet : « Nous nous attachons à essayer de créer une filière… » JPC s’étrangle. Le projet CIGEO serait-il si embarrassant ?

Quelle est la durée du démantèlement d’une centrale nucléaire ?

Pierre-Franck Chevet : Il ne revient pas sur le « cas complexe » de Brennilis cité par un auditeur (démantèlement commencé il y a 28 ans !). Concernant la centrale de Chooz-A, « le démantèlement avance », mais on n’en saura pas plus !

Source

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Photo d’entête : Pierre-Franck Chevet prêtant serment devant la commission d’enquête du Sénat sur le coût réel de l’électricité le 9 mai 2012 (source)

PS : Veuillez m'excuser pour la présentation actuelle des articles et de la colonne de droite. La mise en page est assez nulle. Cela provient du fait que le site a migré de l'ancienne à la nouvelle plateforme overblog et que je ne maîtrise plus grand chose dans l'agencement. Va falloir que je m'y adapte, mais déjà je regrette les nombreuses fonctionnalités très accessibles qu'offrait l'ancienne version... Juste un exemple, Overblog a supprimé une centaine de liens (les veilleurs de Fukushima) et je n'ai pas accès pour le moment à la colonne de droite pour actualiser ce qui reste. PF

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:34

Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima débutée en mars 2011, le rouleau compresseur du village nucléaire a réalisé et réalise son implacable programme.

- décembre 2011 : déclaration « d’arrêt à froid » des 3 ex-réacteurs

- année 2012 : opération communication-intox pour marteler que tout est maîtrisé, qu’il y a zéro morts à Fukushima, qu’il n’y a pas de catastrophe sanitaire

- juillet 2012 : redémarrage de la centrale nucléaire d’Ohi, afin de combattre l’idée que vivre sans nucléaire est possible

- avril 2013 : redémarrage du commerce français du MOX avec le Japon, arrêté en 2011, pour continuer à faire de l’argent sur le dos de la santé des populations

Merci aux citoyens français qui se sont mobilisés le 17 avril 2013 à Cherbourg pour rendre visible l’inacceptable : le commerce outrancier et insultant d’une énergie policière et mortifère.

Qu’est-ce que le MOX ?

Le MOX est un combustible nucléaire fabriqué en France composé d’oxydes d’Uranium et de Plutonium. Le réacteur n° 3 de Fukushima Daiichi, qui a explosé le 14 mars 2011, avait été chargé au MOX.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 00:48

En écho au précédent article publié sur les problèmes de thyroïde au Japon, voici un autre article paru au début du mois de mars 2013 qui fait état d’un scandale dont on a peu parlé jusqu’à maintenant : celui des mesures trafiquées de la radioactivité. Ce problème est récurrent au Japon depuis la catastrophe de 2011, et semble être devenu la norme. Nous avions déjà rapporté cette pratique sur le site nucléaire même de Fukushima Daiichi où les balises ont été entourées de murs pour faire baisser les taux. Par ailleurs, dans la zone interdite, les autorités prêtent aux visiteurs des radiamètres sous-calibrés qui indiquent des mesures deux fois moindres que la réalité. Ce n’est pas une rumeur, Janick Magne l’a constaté lors de son dernier passage à Futaba en février 2013.

Les bornes gouvernementales destinées à informer en continu la population de la radioactivité ambiante ont subi le même traitement, ce qui permet de faire croire que tout va bien. L’article dont quelques extraits sont reproduits ci-dessous en témoigne.  Il est paru le 8 mars 2013 dans le journal japonais Friday, hebdomadaire d'information généraliste édité par Kodansha. Son auteur, Kirishima Shun, a réalisé une enquête et il en livre ici les résultats.

 

 

 

gros-titre1.jpg

 

« Succession d’anomalies thyroïdiennes chez les enfants: les vraies causes?!

 

 

 

Révélations exclusives: FUKUSHIMA, LES MESURES DE RADIATION OFFICIELLES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX.

 

Sur 38 114 examens de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima en 2011, 3 cancers déclarés, 7 cancers possibles.

 

Au comité d’Inspection de la Santé des Habitants de la Préfecture de Fukushima, formé le 13 février dans la ville de Fukushima, un rapport fit l’effet d’une bombe. Les anomalies ont été décelées sur des personnes de 15 ans de moyenne d’âge, habitant tous dans la même zone. Un cas de cancer de la thyroïde sur un million d’enfants est déjà considéré comme un taux élevé.

 

De plus, on ne connaît pas encore toute l’étendue des dégâts. Yoshida Kunihiro, président de l’association à but non lucratif Anshin-Anzen Project [Projet Confiance et Sécurité, ndt], qui s’occupe de collecter des informations sur les dégâts provoqués par l’accident de la centrale Daiichi, participe le 2 février à une inspection thyroïdienne à Fukushima-ville. Il pointe du doigt ces anomalies infantiles.

 

« Sur 80 personnes examinées, un adulte est en observation pour un possible cancer de la thyroïde, et des kystes ont été décelés chez 60% des autres personnes, enfants et adultes. Plus particulièrement chez les enfants qui font du sport dehors, et des garçons qui pratiquent le base-ball quotidiennement en avaient même plusieurs. Le médecin qui examinaient affirme lui-même: »jamais on ne constaterait autant de kystes en temps normal », craignant un lien de cause à effet avec l’accident nucléaire ».

 

Le pays a toujours soutenu qu’à l’écart de la centrale, les taux de radiation de la région sont bas et leur influence sur le corps humain est faible. Ce qui lui permet de maintenir cette affirmation, c’est, entre autre, la présence des  « monitoring posts » (ci-dessous:  « poste »), appareils de mesure de radiation à écran installés par le ministère de la recherche juste après l’accident dans chaque zone de la région. Les chiffres annoncés sur ces postes sont une sorte de certificat de vérité pour le pays.

 

tableau-haut.jpg

 

Listes des postes / mesures publiques / mesures du journal. Remarque 1: les mesures sont données en µSv/h.

Remarque 2: la valeur en gras est la plus haute mesurée par le journal.

 

Pourtant, ces mesures se révèlent mensongères. Le Colloque sur le Problème de l’Irradiation Interne des Citadins et Scientifiques, un groupe de chercheurs et de médecins, a effectué ses propres mesures à proximité de 117 postes sur les 570 placés dans la préfecture de Fukushima, et a ainsi indiqué une faiblesse anormale des données numériques officielles. Un membre du colloque, monsieur Yagasaki Katsuma, professeur émérite à l’Université des Ryukyu, explique :

 

« Entre août et octobre de l’année dernière, quand on tendait un de ces compteurs portables de haute précision utilisés par l’administration, entre autres, vers un poste, les mesures affichées par le compteur étaient très hautes, près du double de celles affichées publiquement. Une différence de 51% quand les alentours avaient été décontaminées, et de 56% quand elles ne l’avaient pas été. Avec une telle différence, impossible de prétendre qu’on était dans le domaine de la simple erreur. »

 

(…)

 

La mère d’un enfant de 8 ans, habitante de Fukushima-ville, raconte, le visage inquiet :

 

« J’ai acheté mon propre compteur et je mesure les radiations réelles. Je n’ai donc aucune confiance dans les chiffres des postes. Mon enfant est cardiaque et je me fais du souci. S’il arrive quelque chose à sa thyroïde, on ne pourra pas utiliser de médicament trop puissant. Je ne sais plus quoi faire, je suis perdue. »

 

compteur-e1365174307387.jpg

Les mesures données en µGy/h (micro gray) peuvent être considérées comme équivalentes à celles de notre compteur , µSv/h (micro sievert). 

 

Les radiations que nous avons constatées par nous-mêmes sur 23 emplacements étaient pour la plupart le double de celles indiquées par les postes, avec une différence de 56% en moyenne. Il est très difficile de dire que les rectifications étatiques évoquées par M. Yagasaki aient été faites correctement. Pourtant la cellule de crise du ministère de la recherche se justifie ainsi: « nous avons replacé les postes à des endroits optimaux. Ils ont subi des révisions et leurs batteries ont été changées. Nous les avons réglés pour qu’ils affichent des valeurs 10% au-dessus de la réalité. C’est pourquoi nous ne réfléchissons à aucune disposition supplémentaire pour le moment ». Le professeur Yagasaki s’indigne de voir ainsi le ministère traiter les choses avec une telle désinvolture:

« La plaque de métal qui se trouve entre le sol et le poste ne pose-t-elle pas un problème de confinement fondamental? Le fait d’engager de coûteux travaux et ne rien voir changer n’est qu’un alibi pour pouvoir dire que des mesures ont été prises. »

 

Tant que le gouvernement ne fera pas la lumière sur les radiations, les dégâts s’étendront. Le danger continuera de plomber la vie des enfants de Fukushima. »

 

Kirishima ShunFriday du 8 mars 2013, Kodansha.

(Traduction sakana ôji)

 

Lire l’article en entier

 

 

 

 Article sur le même sujet sur Fukushima Diary :

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:51

stele.jpgA travers des articles dans la presse, des chercheurs japonais tentent de tirer le signal d'alarme concernant les risques de cancer de la thyroïde chez les enfants. Selon un de ces articles, paru dans le journal Gendai ainsi que sur son site internet le 4 avril 2013, les problèmes de thyroïde répertoriés dans différentes régions du Japon attesteraient qu’une grande partie du pays aurait été contaminé.

 

Article source :「甲状腺異常」全国に広がっている

 

« Les problèmes de thyroïde s’étendent à tout le pays

 

À la fin du mois dernier, le Ministère de la Santé a présenté les résultats des échographies de la thyroïde faites dans trois préfectures (hors Fukushima) : Aomori (Hirosaki), Yamanashi (Kôfu) et Nagasaki (Nagasaki). Les échographies ont été pratiquées entre le mois de novembre 2012 et le mois de mars de cette année, sur 4365 enfants de 3 à 18 ans. La proportion d’enfants présentant des nodules de moins de 5 mm ou des kystes de moins de 20 mm était de 57,6% pour Hirosaki, 69,4% pour Kôfu et 42,5% pour Nagasaki.

D’autre part, dans la préfecture de Fukushima, la proportion était, pour l’année 2011, de 35,3% et pour l’année 2012 de 43,6%. Le ministère a conclu qu’« il n’y a pas grande différence » entre la préfecture de Fukushima et les trois autres et qu’« il est difficile d’imaginer que l’accident nucléaire soit en cause »

 

Ce n’est pas une plaisanterie. Dans la préfecture de Fukushima, pour l’année 2011, sur les 38 000 enfants examinés, 3 ont développé un cancer et 7 présentent des risques d’en développer un. Ces chiffres sont incroyables quand on sait qu’en général, le risque de développer un cancer de la thyroïde chez les enfants est de 1 à 3 pour 1 million. Et comme les chiffres de Fukushima ne diffèrent pas de ceux des autres préfectures, cela équivaut à dire que tout le pays est pollué.

 

katsuma_yagasaki.jpgLe professeur YAGASAKI Katsuma (Université de Ryukyû), qui fait des recherches sur les dangers de la contamination interne, appelle cela l’« irradiation cachée ».

 « Quand on observe les données de la Revue de l’Association japonaise de médecins concernant les adultes et les examens des enfants de Fukushima, il apparaît nécessaire de déterminer "d’autres facteurs de différence entre les enfants de Fukushima et les adultes". Parce que la proportion des enfants de Fukushima d’environ 18 ans ayant des kystes de moins de 3 mm est trois fois plus élevée que celle des enfants de 20 ans. La proportion des enfants d’Aomori ou de Nagasaki ayant des kystes, identique à celle des enfants de Fukushima, est aussi quelque chose d’anormal.

Il est tout à fait anti-scientifique de dire que l’iode radioactif stimule la thyroïde des enfants et de dire, de but en blanc, que cela n’a aucune relation avec la radioactivité. D’un point de vue médical, les kystes n’ont pas de lien direct avec le cancer, mais les résultats de ces examens ne sont-ils pas un signal d’alarme pour tout le Japon ? »

 

Comme il en va ainsi du nord au sud du Japon, les enfants de Tôkyô ne sont pas non plus en sécurité. Selon le professeur SASAKI Ken (Université Rikkyo, faculté des sciences) :

« À Tôkyô aussi, la radioactivité a dangereusement augmenté. Quelques jours après l’accident, il y avait 0,8 μSv. Les quatre jours suivants, la radioactivité a baissé chaque jour de 0,1μSv. Comme l’iode a une demi-vie de 8 jours, elle a pu bien s’imbiber. Même pendant un court laps de temps, des chiffres élevés étaient enregistrés dans la capitale. Dans les arrondissements de Arakawa et Adachi, on a trouvé des hotspots de radioactivité. Plus de cinq ans après Tchernobyl, les gens ont commencé à être malades. Il est nécessaire de continuer à faire des contrôles. »

 

Selon le professeur YAGASAKI, en Biélorussie (nord de Tchernobyl), c'est en 1987 que les cancers ont commencé à apparaître, cinq ans après, ils avaient été multipliés par 50. Dans une région d’Ukraine située à 150 km à l’ouest de Tchernobyl, où la pollution est inférieure à celle de Koriyama, 9 ans après l’accident, 1 enfant sur 10 avait des problèmes de thyroïde et 1 sur 100 le cancer.

 

Même dans les zones à faible rayonnement, les méfaits sur la santé se font sentir. Et les mesures à prendre ne concernent pas seulement Fukushima. »

 

(Traduction : Martine Carton)

 

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Article de ce blog sur les problèmes de thyroïde au Japon

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Article sur le blog « Vivre après Fukushima »

Cafouillages dans les tests thyroïdiens

 

Article sur le même sujet pour Miyagi (en anglais)

Only 13% thyroid abnormalities in Miyagi

 

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Photo d’entête : statue d'un enfant, qui se trouve dans la cour de l'école primaire du village de Iitate, à Fukushima. Cette école a été fermée parce que les radiations y étaient vraiment trop élevées. Sous la statue est écrit "Kibô", ce qui signifie "espoir".

(photo © The Nikkan Gendai)

 

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:33
tepco0Beaucoup de médias ont développé cette info de nouvelle fuite, tant mieux. Au moins 120 tonnes d’eau radioactive auraient fui dans la nuit de vendredi à samedi et un autre réservoir aurait également des problèmes. Selon Tepco, ce n’est pas grave car cette eau ne rejoindrait jamais la mer… En France, ce serait un scandale, au Japon, ce n’est pas grave. De l’eau hautement radioactive dans le sol, après une catastrophe nucléaire, ce serait acceptable. Le Monde parle d’un « incident ». En fait, c’est une contamination éternelle pour ce sol, mais à force d’entendre des choses horribles, se pourrait-il que l’on s’y habitue et que l’impensable devienne tolérable ?
 
Le site de Fukushima Daiichi apparaît aujourd’hui sous son véritable jour : c’est un énorme chantier, d’une très grande complexité, qui se bat en permanence contre l’impossible : l’eau souterraine arrive en continu par centaines de tonnes dans les sous-sols, elle se contamine au contact des coriums, elle est pompée et stockée en surface. Une partie est réutilisée pour le refroidissement des 3 ex-réacteurs. Le reste, on ne sait plus quoi en faire. Tepco est en train de construire une usine de traitement de cette eau radioactive, dans le but de pouvoir la relâcher en mer. Pourtant, seulement environ 60% des radionucléides seront filtrés. Impossible par exemple de filtrer le tritium qui ressemble à s’y méprendre à de l’eau !
 
3000 personnes combattent quotidiennement, en risquant leur vie, le monstre radioactif que l’homme a créé. Y aura-t-il encore des volontaires dans 40 ans ?
 
infographie-fukushima-eau-contaminee-10893847nniey
Plan de la centrale (infographie TF1)
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Infographie Asahi
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47news.jpg
Infographie 47news 
 
130407 01
Pièce collée au niveau du trou de détection de fuites (Tepco)
 
3155474 5 933f vue-aerienne-de-reservoirs-de-stockage aacd5
Vue aérienne des réservoirs souterrains (source  REUTERS/KYODO)
 
L’avis de Yastel Yamada, ancien ingénieur nucléaire, créateur du Skilled Veterans Corps for Fukushima (SVCF), fondé quelques semaines après la catastrophe : dès l’installation de ce réservoir souterrain à l’automne 2012, cet ancien ingénieur avait prévenu des risques de fuite (à écouter ci-dessous en anglais).

 
 
 vueaeriennefukushima2.JPG
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vueaériennefukushima
 Vues aériennes du site (source Asahi)
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Autres illustrations Tepco :
 
tepco1
Plan Tepco de l’emplacement des différents réservoirs
 
tepco2
Coupe d’un réservoir
 
tepco3
Vue des réservoirs au sol
 
 
 
 
Dans les médias :
 
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Photo d’entête : réservoir souterrain de Fukushima Daiichi construit en octobre 2012 (photo Tepco)
 

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 16:42
gastein3.jpgDans un article paru le 4 avril 2013 intitulé « Dans les Alpes autrichiennes, on se soigne à la radioactivité », on découvre avec stupeur que le radon serait un gaz radioactif miraculeux. L’auteur de l’article, sans aucun esprit critique ni vérification de ses sources, écrit sans complexe : « la potion se révèle étonnamment bienfaitrice pour des patients souffrant de maladies de peau ou se trouvant victimes d’un système immunitaire affaibli ». Cet article mensonger et dangereux est un exemple type de la manière dont le village nucléaire, dont l’industrie pharmaceutique fait partie, agit pour manipuler l’opinion.   
 
L’auteur de cet article, Patrick Rollo, est soutenu par le site Care Vox qui a un comité de modérateurs. Celui-ci vérifie que les articles proposés respectent le cadre de la politique éditoriale. Comment connaitre cette politique éditoriale ? En cliquant sur ce lien, certes, mais aussi en lisant les articles de Patrick Rollo : pour ce qui concerne le nucléaire, ce qui prévaut est la minimisation des effets sanitaires des faibles doses radioactives, la diffusion de l’idée que les effets psychologiques d’une catastrophe nucléaires sont plus graves que les effets de la radioactivité et, avec ce dernier article, l’appui de l’idée que la radioactivité est bonne pour la santé ! Or cet article est scandaleux : il développe l’idée que le radon est un gaz guérisseur. C’est très grave, car cette assertion est absolument fausse. Le radon est un des agents responsables du cancer du poumon car ses descendants émettent des rayonnements alpha qui peuvent induire le développement de la maladie. En France, une étude a montré que ce gaz radioactif pourrait être responsable du décès de 2500 personnes par an.
 
Retrouver la source
 
La source des « informations » donnée par Patrick Rollo est http://www.gentside.com/sant%E9/en-autriche-un-centre-de-soins-soigne-ses-patients-a-la-radioactivite_art49224.html, qui la reprend de http://www.odditycentral.com/travel/austrias-healing-caves-offer-radioactive-miracle-cure.html, qui la reprend de http://www.pilot-pr.com/blog/a-natural-healing-phenomenon-and-a-spa-holiday-quite-unlike-any-other-my-incredible-gastein-healing-cave-experience/, qui la reprend de http://www.grandparkhotel.at/  et de http://www.gasteiner-heilstollen.com/, c’est-à-dire les bénéficiaires directs de cette fumisterie : la société qui exploite la grotte miraculeuse et l’hôtel qui héberge les gens qui se font avoir.
 
Voici l’incroyable publicité pour le gaz miraculeux

 
 
Mais, contrairement à ses sources, Patrick Rollo « omet » de préciser que le radon est reconnu pour donner le cancer du poumon. Est-ce un oubli, une volonté de faire du buzz avec un article détonnant, ou un excès de zèle dans une désinformation programmée en continu ? Je pencherais pour la dernière hypothèse, selon ce que j’ai pu constater en lisant ses anciens articles. 
 
Une désinformation insidieuse
 
Dès 15 mars 2011, Patrick Rollo écrivait que des pastilles d’iode étaient distribuées à la population, ce qui était loin d’être le cas, comme l’a souligné le rapport sur la catastrophe de Fukushima du Parlement japonais.
 
Le 18 mars 2011, l’auteur rapporte les propos rassurants de « Patrick Gourmelon, qui rappelle qu’en « terme médical, il est admis qu’en dessous de 100 mSv, la dose est faible». Tiens tiens, on a retrouvé ces mêmes propos quelques mois plus tard au Japon dans la bouche de « Monsieur 100 milliSiverts », Shunichi Yamashita, ce « scientifique » qui prétend que « les radiations n'affectent pas les gens qui sourient ».
 
Le 26 avril 2011, il rapporte les conclusions sur Tchernobyl du très controversé « Forum des Nations Unies : « l’impact sur la santé mentale est le plus gros problème de santé publique causé par l’accident à ce jour ». A 25 ans d’intervalle, des spécialistes établissent des parallèles troublants avec « l’après Fukushima ». Cette désinformation avait déjà été amorcée par un article de Laurence Roux-Fouillet publié également sur Care Vox le 18 mars 2011 : en cas de problème nucléaire, « le premier risque est psychologique ». Il y a donc plusieurs auteurs qui sévissent sur ce site pour, semble-t-il, maintenir une désinformation constante sur le web.
 
A qui profite le crime ?
 
Le site Care Vox a été fondé par… leurs fondateurs ; aucun nom de personne n’apparaît dans la rubrique « Fondateurs ». En revanche, des noms de sociétés sont mentionnées : Cybion « société anonyme indépendante dont le capital appartient majoritairement aux fondateurs » ; et « Pharmagest Interactive », « leader dans le développement et la commercialisation de solutions informatiques professionnelles pour les officines et l’industrie pharmaceutique ». La boucle est bouclée, l’industrie pharmaceutique finance la désinformation sur le nucléaire qui est une manne pour elle : le radon  « bienfaisant » produit les cancers, les cancers fournissent les clients !
 
L’article 1 de la ligne éditoriale du site Care Vox, « Garantir la fiabilité et la transparence des informations », est ainsi complètement bafoué. L’information diffusée par le site, pour cet article en particulier, n’est absolument pas fiable puisqu’elle est basée sur le profit de sociétés au dépend de la santé des gens, et elle n’est absolument pas transparente puisqu’aucun nom de responsable n’apparaît dans le site.
 
L’auteur essaie donc, par le biais d’un support informatif « collaboratif » financé par l’industrie pharmaceutique, de nous faire croire des âneries monumentales, pouvant compromettre la santé des gens qui le lisent. Cet article est dangereux, toxique je dirais, et je demande d’urgence son retrait du site Care Vox. J’ai envoyé un message en ce sens aux responsables inconnus du site. Vous pouvez aussi réagir en leur écrivant à cette adresse ou en écrivant des commentaires sur leur page Facebook.
 
Veilleur de Fukushima toujours en colère depuis mars 2011, je ne laisserai pas passer ce genre de mensonge. Chacun doit rester vigilant sur les infos qui circulent sur la toile. Cet article et son auteur ne sont pas les seuls à sévir. La désinformation est constante et insidieuse, financée par des groupes puissants, il faut à chaque fois que c’est possible la dénoncer. Il ne faut pas se taire, ne rien laisser passer, en l’honneur et en soutien des victimes de Tchernobyl, de Fukushima et d’ailleurs.
 
Pierre Fetet
 
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L’illustration d’entête est extraite de la vidéo citée dans cette page.
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En savoir plus sur le radon avec cet article du site "Sornettes" :
 
 
 
 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 17:42
Le rat de Fukushima
Voici un spécimen du nouvel ennemi de l’industrie nucléaire : le rat. Celui-ci s’est fait griller à Fukushima Daiichi et a provoqué un black-out électrique sur le site atomique. En plus de servir de fusibles, les rats, gravement contaminés, sont devenus malgré eux des « déchets nucléaires » mobiles : 15 µSv/h rapportés pour un spécimen qui avait été piégé l’an dernier.
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Les chevaux meurent à Fukushima
Selon M. Hosokawa, propriétaire d'un ranch à Iitate dans la région de Fukushima, « les chevaux sont tous en train de mourir. Tout ça, c'est à cause de la radioactivité ! ». Les uns après les autres, ses animaux développent des maladies et finissent par agoniser. Ce propriétaire malheureux se bat contre TEPCO, accumulant les preuves afin d’obtenir réparation dans cette situation pourtant irréparable. (info Aizen, groupe les Veilleurs de Fukushima francophones)
Cliquer sur l’image pour accéder à l’article (en japonais) et aux autres photos.
 
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L’occasion manquée
Un reportage de la NHK (29 mars 2013)
Lors de l’essai de refroidissement du réacteur n°3 de Fukushima Daiichi en mars 2011, Tepco a perdu beaucoup de l’eau injectée depuis les camions citernes car elle est allée en partie dans les réservoirs des condenseurs. C’est cet échec de refroidissement efficace du cœur qui, selon ce reportage, aurait conduit au meltdown.
 

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Les rejets de la centrale de Fukushima
 
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Construction du nouveau complexe de traitement des eaux radioactives de F-1
Tepco envisage sérieusement de rejeter l’eau traitée à la mer, alors que seuls 62 radionucléides sur une centaine seront traités. Le tritium n’en sera pas, comme en France qui s’autorise des rejets colossaux.
Cliquer sur l’image pour accéder au dossier Tepco »
 
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On construit aussi un système de dérivation des eaux souterraines. Cette image légendée « Transfer pipe installation (each system - temporary storage tank - sea)  » ne laisse aucun doute sur les intentions de Tepco : l’eau pompée en amont sera aussi rejetée à la mer. Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder au dossier Tepco.
 
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« Installation du tuyau de transfert (chaque système - réservoir de stockage temporaire - mer) »
 
En attendant d’autres travaux toujours plus importants que les précédents, que devient l’eau radioactive des sous-sols de l’ex-centrale ? Elle s’écoule tranquillement vers la mer sans que personne ne s’en inquiète, à l’abri des caméras et de la communication « on-maîtrise-tout » de l’opérateur. Avec la centaine de conduits souterrains existants, l’eau n’a que l’embarras du choix.
 
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(source)
 
 
Vidéo : inspection de l’unité 1
Le 28 mars 2013, Tepco a fait visiter le quatrième niveau de l’unité 1 de Fukushima Daiichi à un ancien membre de la Diète, Hiroshi Kawauchi. Toujours la même grande désolation, et des kilomètres de tuyaux…

 
  
 
Dernière vidéo aérienne du site nucléaire de Fukushima Daiichi
(source Jijicom)

 
 
 
Sculpture « Suhana » d’Antoine Desjardins
 « Le tsunami du 11 mars 2011 à Sendaï a bouleversé le paysage et induit la catastrophe de la centrale atomique de Daïchi Fukushima. Ce travail qui convie des images de presses globales et des emblêmes de la tradition culturelle et artistique japonaise engage une réflexion sur la permanence, le désordre, la difformité et l’hybridation incontrôlée ».
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Voir les autres œuvres sur la page consacrée à Sendaï / Fukushima ici.
 
 
Visite virtuelle dans la zone interdite de Fukushima
Namie est une ville fantôme située à quelques kilomètres de la centrale de Fuksuhima, évacuée après la catastrophe de 2011. Google y a envoyé ses voitures surmontées de caméras à 360 degrés. Voici un aperçu des images qu'elles ont rapportées.
 
 
Flashs rouges à la centrale de Fukushima Daiichi
Le 27 mars 2013 vers 21:34 (JST), trois « éclairs » rouges ont été observés à quelques secondes d’intervalle sur la webcam de Tepco. Le premier est très discret, les deux autres s’amplifient en intensité.
 
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Troisième « flash »
 
Vidéo où l’on peut les voir à 17:12, 17:14 et 17:20.

 
 
Les avis divergent quant à l’interprétation à donner à ces images fugaces. L’objectif de la caméra étant couvert de gouttes de pluie, il est très probable qu’il s’agisse simplement du reflet irisé d’une lumière provenant d’une source proche de la caméra.
 
 
 

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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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