20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 18:32
Le dernier homme de Fukushima

Antonio Pagnotta vient d’écrire et de publier un livre remarquable sur Fukushima, « Le dernier homme de Fukushima » où il raconte comment il a réussi à rencontrer un homme hors du commun, Naoto Matsumura : cet agriculteur a refusé d’évacuer la zone interdite en mars 2011 pour rester sur sa terre natale et nourrir les animaux abandonnés des hommes.

L’histoire de Naoto Matsumura est loin d’être banale. Plutôt que de subir une vie déracinée, d’un centre d’hébergement provisoire à un autre, plutôt que de supporter le regard discriminatoire de ceux qui ont eu la chance de ne pas être contaminés, il a choisi de retourner vivre dans sa terre natale, à Tomioka, à quelques kilomètres des centrales nucléaires de Fukushima Daiichi et Daini. Il vit désormais seul dans sa ferme, tel un ermite, et s’est donné pour mission de venir en aide aux animaux domestiques, les siens mais aussi ceux de ses compatriotes évacués. Mais il connaît le prix du sacrifice : « Je suis un homme césium. Je le sais depuis que j’ai fait une spectrométrie du corps entier en octobre 2011. Je suis un hibakusha, un irradié. Je pisse et chie le césium. Je dors et mange dans la radioactivité ».

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Il a rencontré des troupeaux de vaches entièrement décimés, il ne peut plus pêcher tant les poissons sont radioactifs, il a vu une grande partie de ses abeilles dépérir, on lui a volé ses chiens ; malgré ces tristes évènements et cet environnement hostile, il a choisi de rester, mais pas seulement pour les animaux : il ne veut pas abandonner sa terre, qui est aussi celle de ses ancêtres. Pour lui, si tout le monde part, sa terre n’existera plus. Il veut garder espoir et croire en l’avenir en protégeant la vie et cherche des moyens pour décontaminer les sols. Une des méthodes testées est de faire brouter les vaches au lieu de les abattre. Selon un scientifique avec qui il est en contact, le césium se fixe très peu dans le corps des bovins et se retrouve concentré dans les bouses. Il suffirait de récupérer et traiter les litières pour décontaminer les prairies petit à petit (1). Son combat et ses actions semblent dérisoires face à la tâche impossible de décontamination de milliers de kilomètres carrés, mais c’est un homme debout, résistant à Tepco tout puissant, combattant de l’ultime pour conserver sa dignité humaine.

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Le dernier homme de Fukushima

En lisant ce livre, j’ai rencontré un autre grand témoin de Fukushima, le photo reporter Antonio Pagnotta. Quand j’ai eu son livre dans les mains, j’ai été étonné de ne voir qu’une seule photo, celle du héros de Tomioka. Car paradoxalement, ce photographe n’a pas publié un album de ses œuvres, mais a tenu à écrire le récit de ses multiples rencontres avec Naoto Matsumura entre juin 2011 et novembre 2012. Et il a eu bien raison, car non seulement l’auteur a une écriture limpide, mais en plus le livre regorge d’informations très précieuses concernant la catastrophe de Fukushima : l’omnipotence de TEPCO, les fausses mesures du METI, la distribution d’iode retardée, les araignées radioactives, le trafic de voitures contaminées, les policiers sacrifiés, le lavage de cerveau des employés, le formulaire kafkaïen de dédommagement, le suicide de Mme Watanabe, les avortements cachés, etc. Tout en racontant l’histoire de Naoto Matsumura, Antonio Pagnotta décrit ainsi la catastrophe de Fukushima telle qu’elle se déroule depuis deux ans et dénonce sans contrainte la société de consommation à outrance et l’impasse du tout électrique nucléaire.

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Durant ses incursions non autorisées dans la zone interdite, il vit des moments très difficiles, comme l’incapacité de sauver un animal trop faible pour se nourrir, ou le simple fait de se sentir l’unique être vivant dans un endroit déserté. Il vit aussi des moments qu’on ressent comme terribles, car quand on en prend connaissance, on se demande immédiatement comment nous-mêmes nous aurions réagi. La première fois qu’il va en zone contaminée, il porte un masque. Mais dès qu’il rencontre Matsumura, il comprend tout de suite qu’il faut qu’il enlève cet écran pour communiquer et mener à bien son reportage. Dans le même temps, il sait aussi ce qu’il risque. Lors d’une visite en zone interdite, il se fait surprendre par un hélicoptère et pour éviter d’être arrêté il se plaque au sol. Qu’a-t-il pu ressentir face contre terre à 35 µSv/h ? Il l’exprime avec force dans tout son récit.

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Ce livre nous met face à nous-mêmes quand nous serons face à un accident nucléaire, en France ou ailleurs. Quand l’accident surviendra – et cet instant n’est pas imaginable – personne ne s’y sera préparé. Que ferons-nous ? J’ai toujours pensé qu’il y aurait deux types de réponse : la fuite ou le confinement. Faudra-t-il croire aux messages des autorités qui nous diront que ce n’est pas grave ? Faudra-t-il évacuer de force ? Et si oui pour combien de temps ? Et d’abord, que faudra-t-il emporter si on ne sait pas combien de temps on part ? Avec « Le dernier homme de Fukushima », on comprend qu’il existe aussi une troisième voie, celle de rester malgré les radiations. Qu’aurions-nous fait à la place de Naoto Matsumura ? Qu’aurions-nous fait, et surtout, que ferons-nous ?

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Merci infiniment, Antonio Pagnotta, d’avoir rapporté ces faits ignorés, d’avoir bravé les interdictions et les radionucléides pour raconter la cruelle réalité d’un territoire contaminé. Merci d’avoir été le premier, par vos photos dès 2011, à faire connaître cet agriculteur abandonné des siens et aujourd’hui admiré par le monde entier. Merci enfin de m’avoir confié ces photos, qui témoignent de manière directe de la dureté et de la tristesse des faits dont vous êtes un témoin de premier ordre, mais aussi de la grande leçon d’humanité donnée par le dernier homme debout de Fukushima.

 

Pierre Fetet

Le dernier homme de Fukushima

Le Dernier Homme de Fukushima

Antonio Pagnotta

Editions Don Quichotte

En savoir plus sur le livre

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(1) [mise à jour du 21 mai 2013] Suite à la remarque d’un lecteur sur un autre site qui pensait que je faisais la promotion de la décontamination (« En fait de bouse, votre compte rendu est un concentré de la pire désinformation nucléocratique par influence », sic), je me dois de préciser que je ne crois pas à la décontamination. Je l’ai déjà expliqué de multiples fois dans ce blog au cours des deux ans passés : les radionucléides sont des poussières et se déplacent sans cesse avec le vent et avec l’écoulement de l’eau. Les radionucléides ne disparaissent JAMAIS, ils se disséminent et restent dangereux tant qu’ils sont radioactifs. En écrivant cet article, je ne comptais pas justifier la décontamination rêvée par Naoto Matsumura, mais je me mettais juste à sa place, lui, tout seul dans la zone, en train de lutter pour la vie. Donc aucune tentative de désinformation de ma part, juste de la compassion.

Quant à la validité scientifique de ce que prétend ce scientifique cité par Antonio Pagnotta, je n’ai aucune compétence pour en juger. Tout ce que je peux dire est que du bœuf radioactif a été commercialisé dès l’année 2011, et donc que du césium se trouve bien dans les muscles. Pour plus de précisions sur la contamination de la viande (et la contamination en général), se reporter à l’ouvrage de Vladimir Babenko, Après l’accident atomique, guide pratique d’une radioprotection efficace (lien).

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

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© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

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© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

© Antonio Pagnotta

Après Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima, le prochain désastre sera en France ou en Chine. Là aussi, il y aura une tentative pour faire le silence autour de la catastrophe en faisant taire, en premier, la souffrance des irradiés.
Naoto Matsumura

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 13:57

Les chevaux meurent à Fukushima (suite)

Photos du blog « We love Soma »

Originaire de Fukushima, Hayato Minamoto s’exprime en tant que biologiste, passionné par les chevaux. Dans son blog, il montre l’horreur de la ferme équestre de Tokuei Hosokawa. Comme lui, je tiens à diffuser ces tristes images car il faut bien montrer ce qu’on nous cache par ailleurs. Tokuei Hosokawa a perdu une centaine de chevaux depuis deux ans, malgré les soins qu’il leur prodigue.

Voir Fukushima (54)
Voir Fukushima (54)Voir Fukushima (54)

Pour voir toutes les photos, cliquez pour accéder à ses deux pages :

http://welovesoma.blogspot.jp/2013/04/we-love-soma-3-miserable-farmer-staying.html

http://welovesoma.blogspot.jp/2013/04/we-love-soma-4-miserable-farmer-staying.html

 

En savoir plus avec cet article traduit en français sur le site de Georges Magnier "Vivre après Fukushima" :

http://www.vivre-apres-fukushima.fr/beaucoup-de-chevaux-malades-a-iitate/

 

 

 

Edition d’une carte de contamination au césium de l’ayu, poisson de rivière du Japon (Plecoglossus altivelis) connu pour sa chair savoureuse. Les poissons étudiés ont été capturés entre mai et septembre 2011.

Voir Fukushima (54)

La raison de cette contamination plus étendue que celle des retombées ? Le réseau hydrographique : les cours d’eau emportent les radionucléides au loin. En savoir plus avec l’article Contamination des eaux.

Le réseau hydrographique de la préfecture de Fukushima

Le réseau hydrographique de la préfecture de Fukushima

(source)

 

 

Pose d’une toiture de protection sur la piscine n° 3

Suite au nettoyage de la piscine n°3, Tepco a installé une toiture de protection le 22 avril 2013.

Voici une image de cette couverture en vue verticale, ainsi que deux pages de la notice de Tepco.

Voir Fukushima (54)
Voir Fukushima (54)
Voir Fukushima (54)

(source)

 

 

Et pour mémoire, voici deux vues verticales de l’unité 3 permettant de comparer les états de 2011 et 2013, accompagné du plan du niveau technique. En 2 ans, Tepco a réussi à nettoyer un tiers de la surface. On est impatient de voir l’état du couvercle de la cuve du réacteur, mais cette partie est encore sous les décombres. Sans doute faudra-t-il encore attendre quelques décennies.

Voir Fukushima (54)

Photos de la zone interdite

Yusei Yamaga, de l’agence Cyclone Photographers fait des reportages photos de la zone interdite. Il est actuellement le seul journaliste autorisé à pénétrer le territoire d'Okuma-machi. Pour chaque photo, est précisé le lieu, la date et la mesure de radioactivité en micro sievert. Voici quelques clichés de ce photographe disponibles sur sa page Facebook.

Autoportrait de Yusei Yamaga

Autoportrait de Yusei Yamaga

Les cheminées de Fukushima Daiichi. Le photographe prend des risques en s’approchant très près de la centrale : 473 µSv/h.

Les cheminées de Fukushima Daiichi. Le photographe prend des risques en s’approchant très près de la centrale : 473 µSv/h.

Site détruit par le tsunami à 1 km de la centrale de Fukushima Daiichi.
Site détruit par le tsunami à 1 km de la centrale de Fukushima Daiichi.

Site détruit par le tsunami à 1 km de la centrale de Fukushima Daiichi.

Borne mesurant la radioactivité à l’école élémentaire d’Okuma-machi, à 2 km de la centrale de Fukushima Daiichi : 14,36 µSv/h (soit 125 millisieverts/an, les écoliers ne sont pas près de revenir !)

Borne mesurant la radioactivité à l’école élémentaire d’Okuma-machi, à 2 km de la centrale de Fukushima Daiichi : 14,36 µSv/h (soit 125 millisieverts/an, les écoliers ne sont pas près de revenir !)

Cimetière radioactif d'Okuma-machi

Cimetière radioactif d'Okuma-machi

Interview d’Antonio Pagnotta

auteur du livre remarquable “Le dernier homme de Fukushima”.

Ce photo reporter n'a pas demandé la permission pour aller rencontrer Matsumura, il ne l'aurait pas obtenue.

Tepco et les rongeurs

Le sigle de Tepco a souvent été comparé à la silhouette de Mickey Mouse. Les rats responsables des pannes d’électricité à répétition sur la centrale de Fukushima Daiichi ne semblent pas d’accord.

Voir Fukushima (54)
Voir Fukushima (54)Voir Fukushima (54)
Voir Fukushima (54)

Pas d’évacuation pour les enfants

Des enfants de Fukushima ont porté plainte à la cour de justice de Sendai afin de réclamer leur droit à être évacué et à échapper aux taux élevés de radiation. Ils sont 14 enfants à avoir commencé ce combat. Le 24 Avril 2013, la Haute Cour de Sendai a rejeté la demande d'évacuation.

Ma vision de l’énergie nucléaire

« SuicideNuke Pistol », d’après une idée de Paolo Scampa

« SuicideNuke Pistol », d’après une idée de Paolo Scampa

Pour terminer, un très beau chant

Jolie de Pauw vient de réaliser une vidéo accompagnée d’un de ses chants « Stand or Fall » sur des images ayant trait à Fukushima. A écouter cette très belle voix de Lotus Dog dans cette vidéo qui appelle à aider les familles de Fukushima.

Stand or Fall - Lotus Dog

One Love One Love One Love One Love

Mother seek Me out
Father speak To me
Don't leave Me wandering Around
Put out A candle Make some Sound

I tried to Follow Your lonely Bird
But I let Her fly Without A word

Soul light Gone
Don't worry
Stand or Fall
I'm with You

Frozen Left behind
Stolen thread That I Can't find
Frantic I open Every door
Voices I'm desperate To ignore
Please release Me from This tangled Web
Let it Rain on Me instead


Soul light Gone
Don't worry
Stand Or Fall
I'm with You
I'm with You

Empty I give in
Let the Change Begin
Fly right By me I'll let You go
Nothing more I want To know

One Love One Love One Love One Love

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 20:25
Fukushima : lettre ouverte à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

Je relaie volontiers cet appel que vient de lancer Akio Matsumura, car il va tout à fait dans le sens de la pétition – lancée en juillet 2012 – qui recueille à ce jour plus de 18 000 signatures* et qui demande la création d’une équipe internationale indépendante des intérêts de Tepco pour gérer la catastrophe de Fukushima.

__________

 

Fukushima : il faut agir !

Lettre ouverte au Secrétaire général Ban Ki-moon

 

(Read below in English, German, Portuguese and Spanish)

 

 

30 avril 2013

 

Monsieur le Secrétaire Général,

 

Vous avez sans doute observé avec horreur et inquiétude la catastrophe qui a frappé Fukushima le 11 mars 2011. Quels effets cette nouvelle catastrophe nucléaire allait-elle avoir sur les relations interétatiques, surtout dans cette région d’Asie de l’Est dont vous êtes originaire ? Heureusement, semble t-il, les effets sont restés largement circonscrits aux îles du Japon et n’ont pas été aussi graves que ne s’y attendaient de nombreux experts. En quelques semaines, les articles se sont raréfiés, au point de quasiment disparaître des grands médias, ne laissant place qu’à des histoires personnelles présentant quelque héros ou quelque cas particulièrement tragique de la perte d’un être aimé.

 

Toutefois, la crise est loin d’être terminée. Aujourd’hui, dans le New York Times, Martin Fackler rapporte que de l’eau contaminée par la radioactivité fuit de partout et que le site est à nouveau en état d’urgence. Mitsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse, a écrit l’an dernier une lettre qui a attiré l’attention internationale sur les milliers de barres de combustible usagé entreposées sur le site et sur le danger soulevé par leur vulnérabilité. Il a témoigné à plusieurs reprises devant le parlement japonais. Des experts internationaux, indépendants aussi bien que membres de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont fait remarquer que les plans de la Compagnie d’électricité Tepco concernant l’enlèvement de ces barres et leur stockage dans un endroit plus sûr, mais provisoire, sont trop optimistes, pour ne pas dire irréalistes.

 

Les médias d’information ont fait un travail correct, quoiqu’un peu limité, pour présenter les nombreux problèmes posés par les barres de combustible. Le carburant radioactif doit être refroidi en permanence pour ne pas devenir dangereux ; le système électrique de fortune qui assure ce refroidissement est déjà plusieurs fois tombé en panne (une des pannes a duré plus de 24 heures), sans raison particulière ou parce qu’il avait été endommagé par des rats affamés. À la centrale de Fukushima Daiichi, le mécanisme qui fait la différence entre l’état de sûreté et l’incendie est, pour le moins, précaire. (De plus, comme beaucoup de gens l’ont compris depuis le début, TEPCO espère s’exonérer de ses responsabilités : premièrement pour ce qui est de la sûreté et de la maintenance du site ; deuxièmement pour éviter de payer ce qu’il doit au Japon.)

 

On ne peut que spéculer sur l’ampleur des conséquences que provoquerait un incendie du combustible usagé. Mais il est indéniable qu’une fois l’incendie déclenché (suite à un manque d’eau de refroidissement ou à une inondation due à un séisme), le scénario même le moins grave causerait une catastrophe mondiale sans précédent. Parmi les conséquences possibles, il faudrait envisager l’évacuation des 35 millions de Tokyoïtes et la contamination des cultures alimentaires américaines. De telles projections ne relèvent pas du domaine du fantastique, mais sont des prévisions tout à fait raisonnables, et même prudentes.

 

De façon inimaginable, mais hélas trop courante, la situation continue à être reléguée dans les dernières pages de nos journaux, ce qui permet à nos dirigeants de ne pas la voir comme une priorité. Cela me rappelle notre façon dont nous réfléchissons au niveau international aux solutions à apporter au changement climatique. Cela fait des dizaines d’années que je participe à ces discussions, d’abord au sein des Nations Unies, puis en tant que secrétaire-général du Sommet des parlementaires pour la planète Terre à Rio de Janeiro : nous sommes confrontés à un problème latent mais très grave que nous sommes probablement capables de résoudre, mais nous n’avons pas la résolution ni la volonté politique de le faire. Comme vous le savez, nous sommes passés à côté d’un accord efficace sur le changement climatique.

 

Par comparaison avec le changement climatique, la question des barres de combustible irradié à Fukushima est à la fois plus facile à résoudre et plus urgente. N’importe quel Japonais peut vous dire que le Japon subira un nouveau séisme important dans les dix années à venir. Autrement dit, la situation doit être résolue rapidement.

 

Cependant, même si elle peut être résolue, cette question requiert une attention constante et des acteurs compétents et bien financés. Mais alors, qui pourrait s’en charger ? L’Agence internationale de l’énergie atomique a reconnu la semaine dernière qu’il faudrait à TEPCO plus de 40 ans pour sécuriser les barres de combustible irradié dans des conteneurs de stockage plus appropriés. TEPCO refuse déjà de payer au Japon les milliards de yens dépensés pour la décontamination et ne dispose ni de la technologie ni des moyens nécessaires pour mener cette tâche de façon compétente et sans délai. Et pourtant, jusqu’à présent, le gouvernement japonais ne s’est adressé qu’à TEPCO.

 

Avec leur supériorité technologique, leur argent et leurs qualités de leaders, les États-Unis sont le choix le plus évident hors Japon [pour mener cette tâche à bien]. Peu de temps après la catastrophe, le ministère de la Défense américain a proposé son aide au Japon, mais les Japonais ont refusé. Reste à savoir si cette porte est définitivement fermée. Ce ne serait d’ailleurs pas une aide désintéressée, car les États-Unis ne sont pas à l’abri du danger si un incendie venait à se déclarer dans une des piscines. Les habitants des États de Californie, de l’Oregon et de Washington ont déjà reçu une bonne dose de radiation. Il est improbable que les États-Unis se lancent dans une action, sauf peut-être le sénateur de l’État de Washington, Ron Wyden. Les sénateurs et les députés américains continuent à faire la preuve de leur impuissance chez eux et à l’étranger.

 

Je plaide depuis longtemps pour la mise en place d’une équipe internationale d’experts indépendants qui examineraient la situation. Les Nations unies constituent une instance adéquate pour rassembler et élaborer cette équipe. L’AIEA, toutefois, ne devrait pas se charger de la tâche.

 

La mission de l’AIEA en effet est de promouvoir l’usage pacifique de l’énergie nucléaire. Les inquiétudes relatives à la prolifération n’ont pas cours ici et la catastrophe a sans aucun doute remis en question (une fois de plus) la signification de l’usage pacifique de l’atome et le bien-fondé de la promotion même de l’énergie nucléaire. L’agence a récemment appelé à améliorer la sécurité à Fukushima, mais la ligne officielle, aussi inacceptable et impossible que cela puisse sembler, reste de confier la procédure à TEPCO.

 

Nous ne sommes pas seulement en train d’attendre une catastrophe encore plus sévère ; nous en avons déjà une qui se déroule sous nos yeux. Les conséquences sanitaires de la radioactivité déjà émise sont graves : malgré ce que nous racontent la plupart des médias, nous allons être confrontés à une forte hausse des cancers de la thyroïde et d’autres formes de cancers au Japon dans quatre à cinq ans. Des malformations congénitales vont très probablement se produire. Les rapports prématurés de certaines agences de l’ONU et la presse dans son ensemble ont été irresponsables. N’avons-nous aucune notion de ce que signifie le « principe de précaution » ? Ces conséquences latentes vont ravager les jeunes générations japonaises dans les dix années à venir.

 

Notre aveuglement, au Japon et dans le reste du monde, est absolument tragique. Une petite lueur d’espoir a été apportée par le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à la santé, Anand Grover, suite à sa mission d’enquête au Japon l’an dernier. J’espère que vous soutiendrez ses conclusions et que vous leur assurerez une large circulation.

 

Nous n’avons déjà que trop attendu, comme avec le changement climatique, pour agir au niveau international afin d’aider Fukushima. Aujourd’hui il est clair que nous ne pouvons pas laisser le Japon s’occuper [seul] d’un problème qui peut tous nous affecter.

 

Monsieur Ban Ki-moon, je vous supplie d’utiliser la position unique qui est la vôtre à la tête des Nations unies pour galvaniser la volonté politique et organiser une équipe d’évaluation indépendante de scientifiques et d’ingénieurs pour trouver une solution au problème des barres de combustible irradié de Fukushima, avant que nous ne soyons obligés de gérer les émissions radioactives d’une nouvelle catastrophe. Le Japon et le monde ne devraient pas avoir à souffrir encore davantage parce que nous avons choisi d’attendre.

 

Avec l’assurance de ma considération,

 

Akio Matsumura


- Ancien conseiller spécial, Programme des Nations Unies pour le développement
- Fondateur et secrétaire-général du Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders for Human Survival [Forum mondial des dirigeants spirituels et parlementaires pour la survie de l’humanité]
- Secrétaire-général du Sommet des parlementaires pour la planète Terre à Rio de Janeiro en 1992

 

(traduction française : Fukushima-is-still-news)

 

__________

 

Take Action at Fukushima:

An Open Letter to Secretary General Ban Ki-moon

 

April 30, 2013

 

Dear Secretary General Ban Ki-moon:

 

You no doubt observed the Fukushima disaster on March 11, 2011, with terror and worry: what would another nuclear disaster mean for state relations, especially in your home region of East Asia? Fortunately, it seemed, the effects were largely kept to Japan’s islands and were less than many experts anticipated. Within weeks the stories dissipated if not disappeared from the major media outlets, only to be resurrected with personal interest stories of a hero or an especially tragic case of a lost loved one.

 

But the crisis is not over. Today, Martin Fackler reported in the New York Times that radioactively polluted water is leaking out of the plants and that the site is in a new state of emergency. Mitsuhei Murata, Japan’s former ambassador to Switzerland, wrote a letter last year that brought international attention to the thousands of radioactive spent fuel rods at the site and the danger their vulnerability presents; he has testified to this several times before Japan’s parliament. International experts, independent and of the International Atomic Energy Agency, have commented that the Tokyo Electric Power Company’s plans for the removal of the rods from the site and their storage in a safer, if still temporary, location are optimistic if not unrealistic.

 

The news media has done an adequate if meager job of reporting the many issues the fuel rods present. The radioactive fuel must be continuously cooled in order to stay safe; the improvised electric system that maintains this cooling has failed several times, once for more than 24 hours, both on its own and because of hungry rats. The mechanism that stands between safety and a fire at the Fukushima Daiichi plant is, to say the least, precarious. (And, as has been clear to many since the beginning, TEPCO hope to shirk its responsibility: first, in its safety and maintenance of the site; second, in paying its costs to Japan.)

 

One can only speculate to the extent of the consequences of a spent fuel fire, but, unarguably, once a fire ignites (from lack of cooling water or from an earthquake-caused spill), even the best case scenario would be an unprecedented global disaster. Possible consequences are the evacuation of Tokyo’s 35 million people, permanent disuse of Japan’s land, and poisoned food crops in the United States. These are not fantastic projections, but reasonable, if not conservative, expectations.

 

Yet, unimaginably but all too familiarly, the situation is still relegated to the back pages of our papers, and thus to the back of our leaders’ minds. This reminds me of our international approach to solving climate change, which I have partaken in for decades, first in the United Nations and then as the Secretary General of the Parliamentary Earth Summit in Rio de Janeiro: we have a latent but very serious issue that we can likely fix but lack the resolve and political will to do so. As you well know, a successful climate change agreement has eluded us.

 

In comparison with climate change, however, the radioactive fuel rod issue at Fukushima is both easier to solve and more urgent. Any Japanese can tell you another serious earthquake will hit Japan well inside the next decade. That is to say, this situation must be resolved quickly.

 

Still, even if possible to solve, the issue needs constant attention and competent and well funded actors. So who might take charge? The International Atomic Energy Agency said last week that it will take TEPCO 40 years to secure the radioactive fuel rods in more appropriate storage containers. TEPCO is already refusing to pay Japan billions of Yen in cleanup costs, and does not have the technology or wherewithal to perform the task competently and expediently. Yet, so far the Japanese government has only looked to TEPCO.

 

The next obvious choice outside Japan is the United States, for their technological superiority, money, and leadership. Early after the accident, the U.S. Department of Defense offered assistance to Japan, but the Japanese denied their help. It remains to be seen whether that door has permanently closed. This would not be a benevolent action: the U.S. sits in harm’s way in the case of a fuel pool fire; residents of California, Oregon, and Washington have already received much radiation. U.S.-led action, except perhaps by Oregon Senator Ron Wyden, is unlikely: U.S. senators and representatives continues to demonstrate their impotence at home or abroad.

 

I have long been advocating for an international team of independent experts to investigate the situation. The United Nations is one appropriate body to assemble and deliver such a team. The IAEA, however, should not take on the responsibility.

 

The IAEA’s mission is to promote the peaceful use of nuclear energy. Concerns of proliferation are not applicable here, and the disaster itself has certainly called into question (again) what the peaceful use of nuclear energy means and whether it should be promoted. While the agency has recently urged safety improvements at Fukushima, the official line of thinking is still, incorrectly and impossibly, to use TEPCO to carry out the process.

 

We are not only waiting for a bigger disaster. One is already unfolding before us. The health consequences of the released radiation are large: despite what major news outlets are reporting, we will see a significant jump in thyroid and other cancers in Japan in four to five years. Congenital malformations will likely begin to appear. The premature reporting of some UN agencies and the press at large has been irresponsible: do we have no notion of what “precaution” means? These latent effects will cripple much of Japan’s young population within the decade.


Our myopia, in Japan and internationally, is tragic. One bright spot was the UN Special Rapporteur Anand Grover’s fact-finding mission in Japan last year; I hope you back his findings and circulate them widely.

 

We have already waited too long, as we did for climate change, to take international action on Fukushima. But now it is clear that we cannot allow Japan to take care of an issue that could affect all of us.

 

Secretary General Ban Ki-moon, I urge you to use your unique position as the head of the United Nations to galvanize political will and organize an independent assessment team of international scientists and engineers to solve the Fukushima radioactive spent fuel rod issue before we are forced to reckon with the fallout of another disaster. Japan and the world should not have to suffer more because we choose to wait.

 

Yours truly,

 

Akio Matsumura

 

-Former Special Advisor to the United Nations Development Program
-Founder and Secretary General of the Global Forum of Spiritual and Parliamentary Leaders for Human Survival
-Secretary General of the 1992 Parliamentary Earth Summit Conference in Rio de Janeiro

 

__________

 

Ergreifen Sie die Initiative in Fukushima –

Ein Offener Brief an Generalsekretär Ban Ki-moon

 

30. April 2013

 

Sehr geehrter Generalsekretär Ban Ki-moon!

 

Zweifellos haben Sie die Fukushima-Katastrophe vom 11. März 2011 mit Schrecken und Sorge verfolgt: Was würde ein weiteres Desaster für die Beziehungen zwischen den Staaten, besonders in ihrer Heimatregion Ostasien, bedeuten? Glücklicherweise – so schien es – beschränkten sich die Auswirkungen hauptsächlich auf die japanische Insel und schienen geringer, als viele Experten vorausgesagt haben. Innerhalb von ein paar Wochen wurde in den großen Medien immer weniger von dieser Angelegenheit berichtet –  enn sie nicht sogar verschwand –, nur um als Irgendjemandes persönliche Heldengeschichte  der als besonders tragischer Verlust eines geliebten Menschen wieder aufzutauchen.

 

Aber diese Krise ist nicht vorbei. Heute berichtete Martin Fackler in der New York Times, dass radioaktiv verseuchtes Wasser aus den Reaktoren austritt und dass die Anlage in einer neuen Notsituation steckt. Mitsuhei Murata, Japans ehemaliger Botschafter in der Schweiz, hat im vergangenen Jahr einen Brief geschrieben, der die internationale Aufmerksamkeit auf die abertausende von radioaktiven Brennelementen in der Anlage lenkte und auf die Gefahr, die von deren Schadensanfälligkeit ausgeht. Zuvor hatte er im Parlament schon mehrmals darauf hingewiesen. Internationale Experten, unabhängige und solche der Internationalen Atom Energie Organisation haben die Pläne der Tokio Elektrik Energiegesellschaft zur Auslagerung  der Brennelemente an einen vorläufig sichereren Ort als optimistisch, wenn nicht gar als unrealistisch eingeschätzt.

 

Die Nachrichtenmedien haben bei der Berichterstattung über die derzeitigen Probleme mit den Brennelementen eine adäquate, wenn auch dürftige Arbeit geleistet. Die radioaktiven Brennelemente müssen ununterbrochen gekühlt werden, damit sie sicher bleiben. Die improvisierte Stromversorgung, die diese Kühlung aufrecht erhält, hat etliche Male versagt, einmal sogar länger als 24 Stunden: entweder wegen Eigenfehlern oder wegen hungriger Ratten. Der Schritt von der Sicherheit zu einem Feuer in der Anlage von Fukushima Daiichi steht, ist gelinde gesagt, gefährlich klein. (Und wie schon vielen von Anfang an klar war, hofft TEPCO sich vor der Verantwortung drücken zu können: erstens bei der Sicherheit und Instandhaltung der Anlage, zweitens bei der Rückerstattung der Kosten an Japan.)

 

Über das Ausmaß der Folgen im Falle eines Brennelemente-Brands kann nur spekuliert werden, aber außer Streit steht, dass bei einem solchen Brand (durch das Fehlen von Kühlwasser oder durch einen Schaden, der durch ein Erdbeben verursacht wird) das beste anzunehmende Szenario eine beispiellose globale Katastrophe wäre. Die möglichen Folgen wären die Evakuierung von den 35 Millionen Menschen aus Tokio, eine bleibende Unbrauchbarkeit des Bodens in Japan und ein verseuchter Nahrungsmittelanbau in den Vereinigten Staaten. Das sind keine fantastischen Prognosen, sondern begründete Erwartungen, die man als vorsichtigzurückhaltend sehen kann.

 

Geradezu untragbar, aber leider allzu wahr, ist, dass diese Situation auf die letzten Seiten der Zeitungen und damit auch aus den Köpfen unserer Regierungsverantwortlichen verbannt ist. Es erinnert mich an unsere internationale Annäherung bei der Lösung des Klimawandels, an der ich über Jahrzehnte teilgenommen habe, erst bei den Vereinten Nationen und dann als Generalsekretär des Parlamentarischen Weltgipfels in Rio de Janeiro: wir haben ein latentes und sehr ernstes Problem, das wir wahrscheinlich lösen könnten, wozu aber Entschlossenheit und politischer Wille fehlen. Wie wir wissen, ist es nie zu einem wirklichen Abkommen beim Klimawandel gekommen.

 

Allerdings ist im Vergleich zum Klimawandel das Problem der radioaktiven Brennelemente in Fukushima leichter zu lösen, aber auch dringlicher. Jeder Japaner wird ihnen erzählen, dass in den nächsten Jahrzehnten ein schweres Erdbeben Japan treffen wird. Das bedeutet, dass die Situation schnell gelöst werden muss.

 

Dennoch, selbst wenn das Problem lösbar ist, braucht es ständige Aufmerksamkeit und kompetente und gut ausgerüstete Akteure. Wer könnte die Verantwortung übernehmen? Die Internationale Atomaufsichtsbehörde ließ letzte Woche verlautbaren, dass TEPCO 40 Jahre brauchen werde, um die radioaktiven Brennelemente in geeigneten Lagerbehältern zu sichern. TEPCO weigert sich bereits, Milliarden Yen an Kosten für die Aufräumarbeiten zu zahlen und verfügt weder über die Technologie noch die finanziellen Mittel, um der Aufgabe kompetent und zweckmäßig nachkommen zu können. Bis jetzt hat die japanische Regierung nur auf TEPCO geschaut.

 

Die naheliegende Wahl außerhalb Japans sind die Vereinigten Staaten auf Grund ihrer technologischen Übermacht, Finanzstärke und Führungsrolle. Kurz nach dem Unfall bot das US Verteidigungsministerium Japan seine Unterstützung an, aber die Japaner lehnte die Hilfe ab. Es scheint, als sei diese Tür für immer zugeschlagen. Sie [die USA] tun sich damit aber keinen Gefallen: Bei einem Brand im Lagerbecken für Brennelemente sind die USA unmittelbar betroffen, in Kalifornien, Oregon und Washington haben die Bewohner bereits sehr viel Radioaktivität abbekommen. Eine von den USA angeführte Aktion – ausgenommen vielleicht unter Oregons Senator Ron Wyden – ist unwahrscheinlich, US-Senatoren und Abgeordnete demonstrieren weiterhin zu Hause und anderswo ihre Unfähigkeit.

 

Ich spreche mich schon lange für ein internationales Expertenteam aus, das die Situation untersuchen sollte. Die Vereinten Nationen ist eine der geeigneten Körperschaften, um ein solches Team zusammenzustellen und auszusenden. Die IAEA hingegen sollte nicht in der Verantwortung stehen.

 

Die Aufgabe der IAEA ist es, die friedliche Nutzung der Atomenergie voranzutreiben. Die Gefahr einer Weiterverbreitung ist hier nicht gegeben und das Desaster selbst wirft (wieder einmal) die Frage auf, was denn die friedliche Nutzung der Atomenergie bedeutet und ob sie weiter vorangetrieben werden soll. Auch wenn die IAEA schon mal Sicherheitsprüfungen in Fukushima gefordert hat, so zielt ihre offizielle Linie darauf ab – was falsch und unerklärlich ist –, dass TEPCO weiter am Ruder bleibt.

 

Wir legen keinen Wert darauf, auf ein noch größeres Desaster warten zu müssen. Eines liegt bereits offenkundig am Tisch. Die gesundheitlichen Folgen der freigesetzten Strahlung sind groß: Ungeachtet dessen, was in den großen Nachrichtenmedien berichtet wird, haben wir in Japan in den nächsten vier bis fünf Jahren einen signifikanten Anstieg bei Schilddrüsenkrebs und anderen Krebsarten zu erwarten. Gleichzeitig werden angeborene  issbildungen in Erscheinung treten. Die voreilige Berichterstattung einiger UN-Abteilungen und der Presse sind im Großen und Ganzen unverantwortlich: Haben wir keine Ahnung, was „Vorsorge“ eigentlich ist? Diese dauernde Einwirkung wird einen Großteil der japanischen Jugend in den nächsten Jahrzehnten zu Krüppeln machen.

 

Unsere Kurzsichtigkeit – in Japan und auch international – ist tragisch. Eine Ausnahme war in diesem Zusammenhang die Erkundungsmission des UN-Sonderbeauftragten Anand Grover im letzten Jahr. Ich hoffe, Sie kennen seine Untersuchungsergebnisse und machen diese weithin bekannt.

 

Wir haben bereits zu lange auf eine internationale Aktion in Fukushima gewartet – wie beim Klimawandel. Mittlerweile ist klar geworden, dass wir es Japan nicht zugestehen können, alleine eine Angelegenheit in der Hand zu haben, die uns alle betreffen kann.

 

Herr Generalsekretär Ban Ki-moon, ich fordere Sie auf, Ihre einzigartige Stellung als Leiter der Vereinten Nationen dafür einzusetzen, dass der notwendige politische Wille entsteht und eine unabhängige Untersuchungskommission aus internationalen Wissenschaftlern und Technikern eingerichtet wird, damit die Angelegenheit mit den abgebrannten Brennelementen in Fukushima angegangen wird, bevor wir gezwungen sind, mit dem Fallout des nächsten Desasters rechnen zu müssen. Japan und die Welt sollen nicht deswegen stärker leiden müssen, nur weil wir uns auf das Warten verlegt haben.

 

Hochachtungsvoll

 

Akio Matsumura

 

• Ehemaliger Sonderberater beim UN-Entwicklungsprogramm

• Gründer und Sekretär des Globalen Forums Geistiger und Parlamentarischer Führungspersönlichkeiten für das Überleben der Menschheit

• Generalsekretär des Parlamentarischen Weltgipfels von Rio de Janeiro von 1992

 

_________

 

Prezado Secretário-Geral Ban Ki-moon:

 

May 2, 2013

 

Prezado Secretário-Geral Ban Ki-moon:

 

Sem dúvida alguma, você assistiu com terror e preocupação ao desastre de Fukushima no dia 11 de março de 2011: o que outro desastre nuclear significa para a relação entre Estados, em especial na sua região natal da Ásia oriental? Felizmente, ao que parece, grande parte dos efeitos se mantiveram nas ilhas japonesas, e foram menores que os previstos por especialistas. Em semanas, as histórias se dissiparam ou mesmo desapareceram dos principais meios de comunicação, e só foram resgatadas com histórias individuais de heróis ou aquelas especialmente trágicas da perda de um ente querido.

 

Mas crise não acabou. Hoje, Martin Fackler relatou no New York Times que água radioativamente poluída está vazando das usinas e que o local está num novo estado de emergência. Mitsuhei Murata, ex-embaixador do Japão na Suíça, escreveu uma carta no ano passado que trouxe a atenção internacional às milhares de barras de combustível radioativo que estão no local, e ao perigo que sua vulnerabilidade representa; ele testemunhou isso diversas vezes ao parlamento japonês. Especialistas internacionais, independentes e da Agência Internacional de Energia Atômica, comentaram que os planos da Companhia Elétrica de Tóquio para a remoção das barras do local e seu armazenamento em um local mais seguro, mesmo que temporariamente, são otimistas ou mesmo irrealistas.

 

A mídia tem feito um trabalho minimamente adequado em relatar os muitos problemas que tais barras de combustível representam. O combustível radioativo precisa ser constantemente resfriado para manter-se seguro; o sistema elétrico improvisado para fazer esta refrigeração já falhou algumas vezes, em uma ocasião por mais de 24 horas, tanto por conta própria como por conta de ratos famintos. O mecanismo que se mantém entre a segurança e um incêndio na usina de Fukushima Daiichi é, no mínimo, precário. (E, como já é evidente para muitos desde o início, a Companhia Elétrica de Tóquio espera reduzir suas responsabilidades: primeiramente, na segurança e manutenção; em segundo lugar, em pagar seus custos ao Japão.)

 

Só é possível fazer especulações sobre a dimensão das consequências de um incêndio desde combustível. Porém, é certo que, uma vez iniciando o incêndio (por falta de água para refrigeração ou por derramamento causado por um terremoto), mesmo o melhor dos cenários seria um desastre global sem precedentes. Algumas das possíveis consequências são: a evacuação dos 35 milhões de habitantes de Tóquio, o desuso permanente da terra no Japão, e a contaminação das lavouras alimentícias nos Estados Unidos. Estas não são projeções mirabolantes, porém expectativas razoáveis, se não conservadoras.

 

Ainda assim, inimaginável, porém familiar, esta situação ainda é renegada às últimas páginas dos nossos jornais, e, portanto, para o fundo da mente de nossos líderes. Isso me lembra a nossa abordagem internacional para lidar com as mudanças climáticas, da qual fiz parte por décadas, primeiro nas Nações Unidas e depois como Secretário Geral do Parlamento da Cúpula da Terra no Rio de Janeiro: nós temos um latente, porém sério problema que nós provavelmente podemos resolver, mas nos falta vontade política para fazê-lo. Como vocês todos sabem bem, um acordo bem sucedido para as mudanças climáticas tem nos iludido.

 

Em comparação com mudanças climáticas, porém, a questão das barras de combustível radioativo em Fukushima é tanto mais fácil de resolver como mais urgente. Qualquer japonês pode te dizer que outro terremoto sério irá incidir sobre o país na próxima década. Ou seja, a situação precisa ser resolvida rapidamente.

 

Apesar disso, mesmo que possível de resolver, a questão demanda atenção constante e competente, além de atores com muitos recursos. Então, quem se habilita? A Agência Internacional de Energia Atômica disse na semana passada que seriam necessários 40 anos para a Companhia Elétrica de Tóquio assegurar o armazenamento adequado das barras de combustível. A empresa já está recusando pagar bilhões de Yens em custos de limpeza, e não possui a tecnologia nem os recursos para realizar esta tarefa com competência. Enquanto isso, o governo japonês apenas observa.

 

Fora do Japão, a escolha óbvia são os Estados Unidos, por sua superioridade tecnológica, recursos, e liderança. Logo após o acidente, o Departamento de Defesa americano ofereceu apoio ao Japão, mas os japoneses negaram. Ainda não se sabe se esta via de ajuda ainda existe. Esta não seria uma ação benevolente: os EUA se encontram no caminho dos danos e estragos no caso de um incêndio envolvendo os combustíveis citados; habitantes da California, Oregon e Washington já receberam muita radiação. Uma ação liderada pelo EUA, com exceção apenas do Senador do Oregon Ron Wyden, é improvável: Senadores americanos continuam a demonstrar sua impotência dentro e fora do país.

 

Eu tenho insistido há tempos por um time internacional de especialistas independentes para investigar a situação. As Nações Unidas são um corpo apropriado para montar e enviar tal time. A Agência Internacional de Energia Atômica (AIEA), por outro lado, não deveria tomar a responsabilidade.

 

A missão da AIEA é promover o uso pacífico da energia nuclear. Preocupações com proliferação não são aplicáveis aqui, e o desastre certamente chamou a atenção (novamente) para o que significa o uso pacífico da energia nuclear e se ela deve ou não ser promovida. Enquanto a agência tem recentemente insistido em melhorias na segurança em Fukushima, a mentalidade oficial ainda é, incorretamente e impossivelmente, de usar a Companhia Elétrica de Tóquio para realizar o processo.

 

Não estamos esperando apenas por um grande desastre. Um já está se formando bem à nossa frente. As consequências à vida da radiação liberada são grandes: ao contrário do que tem sido divulgado pelos principais meios de comunicação, nós iremos ver um salto significativo em casos de câncer da tireoide e de outros tipos em quatro ou cinco anos. Más formações congênitas provavelmente irão começar a aparecer. Aquilo que as agências da ONU e a imprensa têm relatado prematuramente é irresponsável: será que não temos noção do que “prematuro” significa? Esses efeitos latentes irão danificar parte da população jovem japonesa ainda nesta década.

 

Nossa miopia, no Japão e internacionalmente, é trágica. Um ponto brilhante foi do Relator Especial da ONU Anand Grover, em sua missão em busca de informações no Japão, no ano passado; eu espero que vocês apoiem suas informações e as compartilhe amplamente.

 

Nós já esperamos por muito tempo, como fizemos para as mudanças climáticas, para que ações sejam tomadas em Fukushima. Mas agora está claro que não podemos deixar que o Japão tome conta de uma questão que pode afetar a todos nós.

 

Secretário-Geral Ban Ki-moon, eu insisto que você utilize sua exclusiva posição de líder das Nações Unidas para ampliar a vontade política e organizar um time independente de investigação com cientistas e engenheiros internacionais para resolver a questão das barras de combustível radioativo de Fukushima, antes que sejamos forçados a conviver com os efeitos radioativos de outro desastre. O Japão e o mundo não deve sofrer mais devido à nossa escolha por esperar.

 

Honestamente,

 

Akio Matsumura


-Ex-Conselheiro Especial para o Programa de Desenvolvimento das Nações Unidas (UNDP)
-Fundador e Secretário-Geral do Fórum Global de Líderes Espirituais e Parlamentares pela Sobrevivência Humana
-Secretário-Geral da Conferência da Cúpula da Terra no Rio de Janeiro, em 1992

 

_________

 

Tomemos acción en Fukushima: carta abierta para el Secretario General Ban Ki-moon.

 

Estimado Secretario General Ban Ki-moon:

Sin duda usted observó el desastre en Fukushima ocurrido el 11 de marzo de 2011, con terror y preocupación: ¿Qué implicaciones tendría otro desastre nuclear en las relaciones interestatales, especialmente en su región de origen en el Este de Asia? Afortunadamente, al parecer, los efectos se mantuvieron en gran medida a las islas de Japón y fueron menos de lo que muchos expertos esperaban. En cuestión de semanas las historias se disiparon, si bien no desaparecieron de los principales medios de comunicación, sólo fueron resucitadas historias de interés personal sobre un héroe o un caso especialmente trágico sobre la pérdida de un ser querido.

Pero la crisis no se ha terminado. Hoy, Martin Fackler reportó en el New York Times que agua contaminada radioactivamente se está escapando de las plantas y que el sitio se encuentra en un nuevo estado de emergencia. Mitsuhei Murata, el ex embajador de Japón en Suiza, escribió una carta el año pasado, que atrajo la atención internacional hacia las miles de barras de combustible radiactivo gastadas en el lugar y el peligro que su vulnerabilidad presenta; él ha dado testimonio de esto varias veces antes de que el parlamento de Japón. Expertos internacionales, independientes y de la Agencia Internacional de la Energía Atómica, han comentado que los planes de la Tokyo Electric Power Company para la eliminación de las barras del lugar y su almacenamiento en un lugar más seguro, aunque todavía provisional, la ubicación es optimista y poco realista.

Los medios de comunicación han hecho un trabajo muy magro de informar sobre los diversos temas que las barras de combustible presentan. El combustible radiactivo debe ser enfriado continuamente con el fin de mantener la seguridad; el sistema eléctrico improvisado que mantiene la refrigeración ha fallado varias veces, por lo menos una vez por cada 24 horas, tanto por cuenta propia como por consecuencia de las ratas hambrientas. El mecanismo que se interpone entre la seguridad y un incendio en la planta de Fukushima Daiichi es, por decir lo menos, precario. (Y, como ha quedado claro para muchos desde el principio, TEPCO busca esperanzadamente eludir su responsabilidad: en primer lugar, en la seguridad y mantenimiento del sitio, en segundo lugar, en el pago de su costo a Japón)

Solamente se puede especular el alcance de las consecuencias que un incendio de este combustible gastado pueda causar, pero, indiscutiblemente, una vez que iniciara el fuego (por falta de agua de enfriamiento o por el derrame provocado por un terremoto), incluso en el mejor de los casos sería una catástrofe mundial sin precedentes. Las posibles consecuencias son la evacuación de 35 millones de habitantes de Tokio, el desuso permanente de la tierra de Japón, y el envenenamiento de los cultivos de alimentos en los Estados Unidos. Estas no son proyecciones fantásticas, son razonablemente expectativas conservadoras.

Aunque increíblemente pero con demasiada familiaridad, la situación sigue siendo relegada a las últimas páginas de los periódicos, y por lo tanto a la parte posterior de las mentes de nuestros líderes. Esto me recuerda a nuestro enfoque internacional para resolver el cambio climático, en el cual he participado durante décadas, primero en las Naciones Unidas y después como Secretario General de la Cumbre parlamentaria de la Tierra efectuada en Río de Janeiro: tenemos un problema latente pero muy grave que probablemente podemos arreglar, pero carecen de la determinación y la voluntad política para hacerlo. Como usted bien sabe, un exitoso acuerdo sobre el cambio climático nos ha eludido.

En comparación con el cambio climático, sin embargo, la cuestión de las barras de combustible radiactivo de Fukushima es a la vez más fácil de resolver y más urgente. Cualquier japonés puede afirmar que otro terremoto grave golpeará Japón dentro de la próxima década. Es decir, esta situación debe ser resuelta rápidamente.

Sin embargo, incluso si es posible de resolver, la cuestión requiere una atención constante y de actores competentes y bien financiados. Entonces, ¿quién podría hacerse cargo? La Agencia Internacional de Energía Atómica dijo la semana pasada que a TEPCO le llevará por lo menos 40 años para asegurar las barras de combustible radiactivo en contenedores de almacenamiento más adecuados. TEPCO ya se niega a pagar a Japón miles de millones de yenes en costos de limpieza, y no tiene la tecnología o medios para realizar la tarea de manera competente y convenientemente. Y a pesar de ello, hasta ahora el gobierno japonés sólo ha recurrido a TEPCO.

La siguiente opción obvia fuera de Japón es Estados Unidos, por su superioridad tecnológica, el financiamiento, y el liderazgo. Inmediatamente después del accidente, el Departamento de Defensa de EE.UU., ofreció asistencia a Japón, pero los japoneses reusaron su ayuda. Queda por ver si la puerta se ha cerrado de forma permanente. Esto no se trata una acción benevolente: los EE.UU. se encuentran en peligro en el caso de un incendio de este combustible, los residentes de California, Oregón y Washington ya han recibido mucha radiación. La acción dirigida por parte de EE.UU., excepto tal vez por el senador Ron Wyden de Oregón, es poco probable: senadores de EE.UU. y representantes continúa demostrando su impotencia tanto en su país como en el extranjero.

Durante mucho tiempo he estado abogando por un equipo internacional de expertos independientes para investigar la situación. Las Naciones Unidas son un organismo adecuado para ensamblar y entregar dicho equipo. La AIEA, sin embargo, no debe asumir la responsabilidad.
La misión del AIEA es promover el uso pacífico de la energía nuclear. Las preocupaciones de proliferación no son aplicables para ella, y el desastre en sí ha puesto en duda (otra vez) si la promoción del uso pacífico de la energía nuclear debe ser promovido. Mientras que la agencia ha instado recientemente a las mejoras de seguridad en Fukushima, la línea oficial de pensamiento es todavía, de forma incorrecta e imposible, utilizar TEPCO para llevar a cabo el proceso.

No sólo estamos a la espera de un desastre mayor. Uno de ellos ya se está desarrollando ante nosotros. Las consecuencias para la salud de la radiación liberada son graves: a pesar de lo que los principales medios de comunicación están informando, vamos a ver un salto significativo en la tiroides y otros tipos de cáncer en Japón en cuatro o cinco años. Malformaciones congénitas probablemente comenzarán a aparecer. El reporte prematuro de algunas agencias de la ONU y la prensa en general ha sido irresponsable: ¿tenemos idea de lo que significa “precaución”? Estos efectos latentes paralizarán a gran parte de la población joven de Japón en esta década.

Nuestra miopía, en Japón y a nivel internacional, es trágico. Un punto positivo fue dado por el Relator Especial de la ONU Anand Grover quien estuvo en una misión de investigación en Japón el año pasado, espero hacer una copia de sus resultados y difundirlo ampliamente.

Ya hemos esperado demasiado tiempo, como lo hicimos para el cambio climático, para tomar medidas internacionales respecto de Fukushima. Pero ahora es claro que no podemos permitir que Japón se haga cargo de un problema que podría afectarnos a todos nosotros.

Secretario General Ban Ki-moon, le insto a que utilice su posición única como jefe de las Naciones Unidas para impulsar la voluntad política y la organización de un equipo de evaluación independiente de científicos e ingenieros internacionales para resolver el problema de barras de combustible radiactivo gastado en Fukushima antes de que nos veamos obligados a tener en cuenta las consecuencias de otro desastre sean mayores. Japón y el mundo no deberían tener que sufrir más porque decidimos esperar.

Atentamente,

Akio Matsumura
-Ex asesor especial del Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo
-Fundador y Secretario General del Foro Global de Líderes Espirituales y Parlamentarios para la Supervivencia Humana
-Secretario General de la Conferencia Parlamentaria de la Cumbre de la Tierra de 1992 en Río de Janeiro

_________

 

* Ayant essayé de contacter divers organismes de l’ONU qui ont des adresses mail, je n’ai encore reçu aucune réponse de cette instance m’expliquant comment adresser cette pétition par voie électronique. Si quelqu’un connaît le sésame, merci de m’envoyer un message par le formulaire de contact.

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 00:07

Cet article a déjà été diffusé l’année dernière sur le blog Pensées pour Tohoku - Japon 11/3. Parce que ce sujet reste totalement d’actualité, mais aussi parce que les infos en français sont rares, nous l’éditons sur le blog de Fukushima avec l’autorisation de l’auteure et traductrice, Junko Takase.

 

___________________

 

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

 

福島第1原発事故後の水の汚染

 

Rapport 1

 

Le 15 janvier 2012, la NHK a diffusé une émission

      « Contamination de la Radioactivité - Rapport Urgent de la Mer »,

d’après le premier sondage fait au large de Fukushima N°1, jusqu’à la baie de Tokyo

      ( Cet enquête a été réalisée à partir de novembre 2011 )

******

1-1 ) Au large de Fukushima 

 

福島県沖で

 

En novembre 2011, le professeur ISHIMARU Takashi et KANDA Jota de l’Univ. de Tokyo Océanographie a réalisé une enquête sur une zone de 20 km du large de Fukushima N.1, zone interdite par l’Etat, avec la Coopérative de la Pêche de Hisanohama, 30 km au sud de Fukushima. On y avait déjà trouvé des soles à 4500 Bq/kg de radioactivité, soit presque 10 fois plus que la norme officielle*.

A Hisanohama, depuis, la coopérative a cessé la pêche.

 

* Au moment où NHK a réalisé cette émission, la norme officielle était à 500 Bq/kg.                         Depuis avril 2012, celle-ci est de 100 Bq/kg
 

Les taux de radioactivité de l’eau de la mer à 20km du large de Fukushima : 0.06 µsv/h     Au même endroit à 13 m de profondeur de la mer : plus de 2 µsv/h

Nous avons également prélevé des échantillons de terre du fond de la mer à 32 endroits différents, sur la côte. Le résultat des analyses: Plus de 2000 Bq/kg sur 1 km de côte, juste devant la centrale, avec par endroit 4520 Bq/kg.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Ensuite, nous avons analysé les poissons dans la zone de 20 km, au large du sud-est. 

Les résultats : mebaru 2300 Bq/kg,  Ainame 1400 Bq/kg, kasubé 1700 Bq/kg

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

L’analyse montre que la plupart des poissons du fond de mer avaient beaucoup plus de césium 137 que la norme. Quels sont les rapports entre ces poissons qui vivent au fond de la mer et la contamination de la terre ?

Dr.Ishimaru : « Au fond de la mer, vivent le plancton et de tout petits poissons qui mangent les boues contenant les substances radioactives.Ensuite, d'autres poissons mangent ces poissons. Tant que la substance radioactive reste au fond de la mer, la contamination des poissons continue par la chaîne alimentaire»
 

 

1-2 ) Jusqu’au au large de Chiba, à 200 km de Fukushima :

 

福島沖から200kmの千葉銚子まで

 

Le courant littoral tourne dans le sens des aiguilles d’une montre,

et le long de la côte du Pacifique, le courant tourne vers le sud.

Alors, nous avons décidé de faire des prélèvements de terre du fond de mer sur une distance de 200 km vers le sud de Fukushima.  

A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg

A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg

A 80 km, au large de la ville de Takahagi de Ibaragi : le fond de mer était du rocher dur, et la quantité de cesium relevée était très peu élevée. Comme montre le tableau dessous, au nord de Ibaragi, il y avait peu de césium.

A 120 km, au large de Hitachinaka : On pensait que le taux de radioactivité allait baisser, alors que le résultat était étonnant, 380 Bq/kg ! Comme au large de Fukushima. En fait ici, le fond de mer est composé de boues dans lesquelles le césium se fixe facilement.
 

A 180 km, au large de la ville de Choshi de Chiba : 112 Bq/kg au lieu de 38 Bq/kg en octobre 2011

 

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Professeur KANDA de l’Université de Tokyo Océanographie dit que ces substances de radioactivité se déplacent selon le courant de mer et peuvent se poser là où il y a des couches sédimentaires avec boues.

 

 

1-3 ) Dans les lacs et étangs ... endroits fermés :
 

内陸の湖や沼で起こっていること

 

En plus d'une contamination de la mer, il y a actuellement 23 lacs et étangs

en eau douce avec présence de poissons contaminés.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Par exemple à Akagi-Onuma (alt. 1340 m) à Gunma (situé à 200 km de Fuku–shima). Le taux de radioactivité autour de ce lac n’est pas important : 0.17 µsv/h (la norme officielle qui déclenche le nettoyage est à 0.23 µsv/h)

 

Mais depuis le mois d’août 2011, nous avons trouvé dans Wakasagi 640Bq/kg, et d’autres poissons avaient dépassé la norme de 500 Bq/kg.
En décembre 2011, nous avons décidé de faire l’enquête sur ce lac

avec M. SUZUKI du laboratoire de pisciculture de Gunma.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Résultat :
Plancton du lac Akagi-Onuma : 296 Bq/kg

Pourtant, ils ne vivent pas plus longtemps que quelques semaines.
Les boues du fond de lac : 950 Bq/kg, et en plus, la couche qui contient le césium fait 20 cm de profondeur.
 

Les lacs qui se trouvent au milieu des montagnes sont fermés et l’eau stagne. Une fois que le césium s’installe au fond du lac, il y reste et continue à contaminer les poissons : les planctons mangent les boues, les poissons les mangent, les poissons morts tombent au fond du lac, les planctons se reproduisent et ... cercle vicieux.

A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.

A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.

******

 

 

25 ans après l’accident de Tchernobyl, le Centre National de Surveillance de la Radioactivité continue la recherche sur les poissons en eau douce contaminés en Ukraine

Leurs rapports montrent que les premières cinq années, le taux de césium dans les poissons avait baissé. Ensuite le taux ne diminue pas beaucoup. Il faudra attendre 30 ans, pour qu'il diminue de moitié.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

1-4 ) A la Baie de Tokyo :

Un « Point Chaud », dans la Baie de Tokyo,

 plus élevé qu'au large de Fukushima

 

東京湾のホットスポットは福島第1原発沖を超えた

 

Dans l’embouchure de la rivière Edo, un « point chaud » révèle 2 fois plus de césium qu’à 20 km au large de Fukushima !


Depuis août 2011, en collaboration avec Dr. YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki, nous avons commencé à faire des analyses. A 10 m de profondeur, le fond de mer est stagnant et sombre, et recouvert de boues. Nous avons fait des relevés à 26 endroits.

 

Résultats :

Les taux de césium trouvés étaient peu importants. Ormis au fond de la baie et à l’embouchure de la rivière Edo ( Edogawa) et Arakawa, où il a été relevé jusqu'à 872 Bq/kg !

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

En amont de ces rivières, s’étend la ville de Tokyo.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Dr. Koibuchi, chercheur de l’Université de Tokyo pense que la contamination de la Baie de Tokyo va s'aggraver et que dans Edogawa, on peut touver des endroits où le césium peut s’accumuler.

« Ces substances de radioactivité se déplacent dans le courant rapide de la rivière. Mais en approchant à l’embouchure où l’eau douce mélange avec l’eau de mer, l’agrégation se produit : le césium qui se déplacait avec la boue ne se mélange pas tout de suite à l’eau de mer salée. Mais le sel fait coller les boues et le césium se fixe au fond de la rivière.

 

Durant 2 mois, le Dr. Koibuchi a examiné les taux de césium au fond de Edogawa :

1623 Bq/kg à 8 km de l’embouchure !

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

On peut imaginer que les substances de radioactivités qui sont tombées sur la plaine, peuvent se déplacer avec la pluie et s’accumuler dans toutes les rivières qui versent à la baie de Tokyo.

 

Conclusion :

D’après la simulation réalisée par le groupe de la Prévention aux Catastrophes de l’Université de Kyoto, cette contamination s’étendrait à une vitesse de 5 km / an. Et vers mars 2014, la contamination de la baie de Tokyo toucherait le niveau le plus élevé. Du fait que la forme de la Baie de Tokyo est un peu fermée, il sera possible que cette situation dure pendant un petit moment ...

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Comment les césiums peuvent-ils se déplacer ?

Qu’est-ce que l’agrégation ?

 

 

La substance radioactive comme le césium qui descend de la montagne à la plaine, arrive à la rivière ou au fleuve. Ensuite, le césium, de charge électrique positive, est pris par une particule argileuse de charge électrique négative, et ils se déplacent bien attachés désormais ensemble.

 

La densimétrie de cette particule (argile + césium) est légère, donc ne reste pas dans le courant rapide. Tandis que là où le courant est plus lent, notamment en aval de la rivière, elle se pose tout doucement au fond.

 

Quand cette particule se mélange avec l’eau salée de mer, leur densimétrie devient alors plus lourde ( agrégation ) et la particule peut s’entasser au fond de l’eau.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima
Contamination des eaux après l’accident de Fukushima Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Rapport 2

 

Début de la contamination des rivières

 

河川汚染の始まり

 

Comment se passe la contamination des fleuves avant qu’ils se jettent dans la mer?

 

Dans le rapport 1, nous avons parlé de la contamination au large de Fukushima et de la Baie de Tokyo du mois d’août au novembre 2011.

 

D’après la recherche renouvelée au mois d’avril 2012 par l’équipe du Professeur YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki dans la Baie de Tokyo, le taux de radioactivité s’est multiplié de 1.5 à 13 fois plus, depuis l’an dernier. C’est à dire ils ont vu la quantité de césium de la terre du fond de la mer à 1m : 7,305-27,213 Bq/m2, au lieu de 0,578-18,242 Bq/m2 en août 2011.

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Ce résultat prouve que les substances de radioactivité ont été transportées par les rivières qui se jettent à la baie de Tokyo : Edogawa, Tamagawa et Arakawa. Ces substances, proviennent à la fois de la plaine et des montagnes.

 

 

2-1) Aux alentours de Tokyo

Tamagawa et Arakawa

 

Dans les chaînes de montagne de Okutama, la source de Tamagawa est bien polluée comme montre le tableau ci-dessous (partie bleu foncé et vert-bleu) :

 

Selon le résultat de monitoring aérien du Ministère de Culture et des Sciences, le taux de radioactivité à Okutama peut s’élèver de 60,000 jusqu'à 100,000 Bq/m2. Et malgré ce taux, il y a des gens qui y vivent, et qui y travaillent tous les jours.

 

A Tchernobyl, plus de 550,000 Bq était la zone d’évacuation obligatoire et 37,000 à 40,000 Bq/m2 était la zone de contrôle de radioactivité où on ne peuvait pas y aller facilement.

 

De ces zones hautement polluées, la pluie descend dans la rivière et rejoint Tamagawa. Juste avant que la rivière Hibara et Tamagawa se rejoignent, se situe le lac de Okutama, principale réserve d'eau pour les habitants de Tokyo.

 

On peut dire la même chose pour Arakawa, l’autre rivière qui verse à la baie de Tokyo, dont la source est à Oku-Chichibu.

 

Edogawa, l’affluent du Fleuve Toné

 

Les sources du Fleuve Toné, (principale réserve d'eau pour les habitants de Kanto), se situent dans les chaines de montagnes de plus de 2000 m qui se trouvent entre la frontière des préfectures de Gunma et de Niigata. La situation là-bas est encore pire que celle de Okutama.


Au cours supérieur Tonégawa, il y a le lac Okutoné, Naramata et Hujiwara, qui sont des lacs de barrage. Ici, la contamination sur des zones assez étendues peut atteindre de 60,000 à 100,000 Bq/m2. Ensuite, l’eau se déverse vers nos zones habitées.

 

Ces montagnes sont couvertes de neige durant l’hiver. Au printemps, peu à peu la neige  fond, passe dans les ruisseaux et finit par se joindre à la rivière Katashina et le Fleuve Toné. Normalement, on aime prendre dans les mains cette eau fraiche et se laver le visage pour se rafraîchir.... mais aujourd’hui, ce geste est trop risqué.

 

Le Fleuve Toné se jette dans le Pacifique, et avant, il se divise à Edogawa qui verse à la baie de Tokyo.

 

Dans tous les cas, la pollution par la radioactivité ne va pas s’arrêter. Ce n’est que le début.

 

 

2-2) A Fukushima

 

En printemps 2012, dans la préfecture de Fukushima aussi, on a remarqué le même phénomène de multiplication des taux de radioactivités : on commence à trouver des points chauds dans la ville de Aizu (que l’on croyait jusque là non-contaminée). Et aussi dans la ville de Koriyama et de Fukushima.

 

L’équipe NHK a réalisé le rapport de mesure des taux de radioactivité de la terre et de l’eau à plus de 200 endroits le long des deux fleuves Abukuma et Agano.

 

Il y a le fleuve Abukuma qui part du sud de Fukushima et se jette dans le Pacifique traversant la préfecture de Miyagi, et le fleuve Agano qui part de Aizu et se verse dans la mer du Japon traversant la préfecture de Niigata.

 

En fait, c’est exactement comme pour la Baie de Tokyo. Les rivières / fleuves peuvent transporter la radioactivité, provenant de toute l’eau qui descend de la montagne, et de l'eau des précipitations de pluies ou de neige, qui ruisselle sur les routes et bâtiments des villes.

 

Le fleuve Abukuma est le lieu de production de l'Ayu, un poisson de rivière. On a relevé 2050 Bq/kg à l’endroit de ponte, et 1840 Bq/kg à l’affluent. L'Ayu se nourrit de boue et des algues du fond de la rivière. On peut parler ici d’un phénomène de concentration in vivo. Et on peut dire la même chose pour les autres poissons de ces rivières.

 

Le 19 juin 2012, le Journal de Fukushima ( Fukushima Minpo ) a publié que les poissons de ce fleuve Abukuma ont dépassé la norme, suite aux analyses des taux de radioactivité.

 

Dans des villes en province, il est courant de trouver des réserves d’eau de pluie, en plein milieu de quartiers d’habitation. Ces réserves d'eau peuvent être contaminées par l'eau de pluie lorsqu'elle a ruisselé sur les toits des maisons ou sur les routes.

Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.

Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.

Au moment de la saison des pluies ou des typhons, les rivières peuvent sortir de leur lit et  innonder. Une fois que l’eau s’est retirée, la substance radioactive s'est déposée sur les terres inondées.

 

 

Conclusion :

 

Le Japon est appelé Mizuho no Kuni, c'est à dire : pays de rizière, entouré par la mer et les rivières.

 

La vie des Japonais est depuis toujours très proche de l'élément eau.

 

Mais cette eau, qui ruisselle depuis toujours chez nous, l’Homme l'a salie.

 

Pour combien de temps, on ne sait pas.

 

Le Mal s’est installé, on ne peut pas retourner en arrière.

 

Maintenant, l’Homme doit subir toute la conséquence de sa bêtise.

 

_______________________

Sources : Kaleidscope blog : 24 mai 2012, 6 juin 2012, 19 juin 2012, et NHK : émissions spéciales du 15 janvier 2012, 10 juin 2012 « Qu’est-ce qui se passe à la rivière ? »

Liens vers le blog japonais :

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1297.html

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1296.html

http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1332.html

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:29
Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça

A l’occasion du triste anniversaire du début de la catastrophe de Tchernobyl, j’aimerais revenir sur un documentaire de Luc Riolon diffusé la première fois par Arte en 2010, « Tchernobyl, une histoire naturelle ? », et qui depuis revient régulièrement pour alimenter de fausses idées sur les bienfaits de la radioactivité. Tout dans ce reportage est fait pour accréditer que les faibles doses sont bénéfiques à la nature et que finalement, Tchernobyl a été une bonne expérience. Bien sûr, beaucoup de choses rappelées dans ce film sont vraies, mais un objectif est clairement fixé dans le scénario : persuader petit à petit le spectateur que la radioactivité n’est pas si dangereuse que ça, en utilisant la technique de la persuasion répétitive.

Des paroles bien choisies

 

Dès le début du film, on se met dans le bain avec l’émerveillement des scientifiques :

« Tchernobyl offre des possibilités de recherche vraiment fascinantes qui rejoignent parfaitement nos pôles d’intérêts et qui ne pourraient être nommées nulle part ailleurs », dit l’un ;

« Tchernobyl nous offre une prodigieuse possibilité de comprendre les conséquences biologiques d’un désastre nucléaire majeur », dit l’autre.

 

Et plus loin, la voix off :

« Dans ce laboratoire à ciel ouvert, les scientifiques allaient mettre au jour des phénomènes tout à fait extraordinaires. »

 

Le scientifique « ancien liquidateur » trouve un mulot en excellente santé dans un endroit « 1000 fois plus radioactif que la normale » (mais pas de dose chiffrée).

 

La voix off : « Plus de deux décennies après la catastrophe, la nature semble de manière surprenante avoir repris tous ses droits à Tchernobyl. »

« Les oiseaux nichent même sur le sarcophage de béton qui recouvre le réacteur défunt à des niveaux de radioactivité un million de fois la normale. »

« Tous ces animaux semblent en parfaite santé ».

 

La zone interdite abrite une espèce rare, le cheval de Prevalsky.

Les vieux chevaux malades sont maintenant en forme et le groupe s’est développé. « Je pense que c’est un paradis ici pour les chevaux » dit la scientifique de Kiev.

 

La voix off : « La végétation est exhubérante. »   

« Comme pour les animaux, les radiations semblent n’avoir aucune conséquence sur la végétation. »

« La forêt rouge allait bientôt devenir un laboratoire des plus étonnants de la planète. »

 

Un autre scientifique, qui cultive son jardin dans la zone interdite, a retiré le raisin, le cassis et l’oseille (sous-entendu plantes qui capturent trop le césium ou le strontium).

« Lenid peut donc tranquillement manger les produits de son jardin, soigneusement vérifiés et sélectionnés. »

 

Robert J. Baker : « Même dans la forêt rouge, la végétation est épaisse et l’habitat est devenu sain. Nous pouvons dire qu’il y a plus d’animaux à l’intérieur de la zone que dans des endroits à l’habitat comparable à l’extérieur des 30 km de la zone interdite. »

 

 

A force d’entendre ces paroles répétées, qu’on s’y sent bien à Tchernobyl ! Il ne reste plus qu’à lâcher des informations « scientifiques », et le tour est joué.

 

 

Détournement d’information et désinformation

 

Au début du reportage, une scientifique de l’IRSN aborde le sujet du plutonium, puis subitement, à 30 min, la voix off annonce que la radioactivité dans la zone de Tchernobyl est due principalement à deux radionucléides toujours présents : le césium 137 et strontium 90. Evaporé le plutonium ! Résultat des recherches sur le plutonium ? Ce n’est pas la peine d’en parler, ce n’est pas intéressant. A Fukushima non plus ce n’est pas intéressant. On en trouve oui, ça on ne peut pas le nier, mais quand à étudier l’effet du plutonium sur le monde vivant… Peut-être ce n’est pas nécessaire car on connaît déjà les conclusions ? Radiotoxique très puissant ? Cancérigène ? Ou bien on peut boire le plutonium sans crainte ?

 

Robert J. Baker, généticien à la Texas Tech University Lubbock : « Nous avons été choqué par ce que nous avons trouvé : un taux très élevé de mutation chez les animaux ». Le scientifique a donc publié un article dans Nature précisant que Tchernobyl a provoqué un déferlement de mutations. Quelques semaines après la parution de l’article, ils refont les analyses avec un autre matériel et découvrent que tout est faux et qu’ils se sont trompés.

Et le scientifique de conclure : « Au jour d’aujourd’hui, on peut dire que non seulement les animaux [les souris de Tchernobyl] vont bien, mais qu’également leur génome n’a pas subi de modification. »

C’est pas beau ça ? Dans ce film, on prend comme base scientifique un gars qui s’est rétracté quelques semaines après avoir publié un article dans une revue scientifique de renom à comité de lecture. Est-ce sérieux ? Je suis entièrement d’accord qu’on puisse faire des erreurs et le reconnaître, c’est une démarche plus que louable. Mais dans ce cas, même s’il n’y a pas eu de pression du lobby nucléaire sur cette équipe scientifique, le réalisateur aurait pu donner la parole à d’autres scientifiques qui avaient d’autres conclusions.

 

Est-ce que cet autre scientifique, Sergey Gashchak, radioécologue à l’International Radioecology Laboratory Slavutich, est également sérieux quand il prétend que les mutations peuvent provenir d’autres facteurs naturels comme des anomalies de la biologie des animaux liées à une carence en nutriments, d’une modification du climat (sécheresse ou grande humidité), d’une augmentation des parasites, etc. ?

Ce même homme assure, squelette de cervidé filmé à l’appui : « Bien sûr le strontium provoque des problèmes de santé aux animaux qui vivent ici, mais le squelette semble parfaitement normal. La cause de la mort n’est pas du tout le strontium. Il a été tout simplement dévoré par des loups. »

Même technique de communication qu’avec le mulot : il montre un seul spécimen et le spectateur est conduit à penser que tous les animaux pètent la forme !

 

Le réalisateur réutilisera la même technique pour les oiseaux : on stigmatise le cas des hirondelles qui présentent des malformations (plumes dissymétriques, vieillissement prématuré, tumeurs, etc. mais c’est de leur faute, elles sont fatiguées), et du coup on sous-entend que tous les autres oiseaux vivant en zone contaminée vont bien.

 

Le reportage finit par faire l’apologie de l’effet Hormésis (les faibles doses seraient bénéfiques, alors qu’il est établi depuis des lustres que tout rayonnement a un effet destructeur sur les cellules). On est sauvés ! Mais bon sang, de quoi se plaignent les populations qui vivent en continu dans les territoires contaminés, à Tchernobyl et à Fukushima ?

 

 

Le reportage sert de support aux experts pronucléaires

 

Jean-Marc Jancovici reprend à son compte en février 2012 le tableau idyllique dressé par le film : « Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite », déclare-t-il en février 2012.

Mais n’était-ce pas le but recherché par le réalisateur ? Ou bien celui-ci s’est-il fait influencer par ceux qui l’ont aidé dans sa tâche ? Il faut dire qu’une armada de spécialistes de l’IRSN, organisme bien connu pour minimiser les conséquences sanitaires liées à la radioactivité, l’ont aidé dans ses recherches : Didier Champion (Pôle "Radioprotection, environnement, déchets et crise » à l’IRSN, Marie-Pierre Bigot (direction de la communication à l’IRSN), Pascale Portes (responsable du service de presse à IRSN), Jacqueline Garnier-Laplace (Chef de service Recherche, Expertise et Evaluation d’impact environnemental à IRSN), Patrick Gourmelon (directeur de la radioprotection humaine à l’IRSN), Jean-René Jourdain (direction de la protection de l'homme à l’IRSN) et François Bréchignac (Directeur scientifique adjoint à l’IRSN). Toute cette équipe, supervisée par Dietrich Averbeck, Directeur de recherche émérite du CNRS à l’Institut Curie, mais surtout membre du conseil scientifique de l’IRSN, a joué un grand rôle dans le message global du film.

 

 

Conclusions et commentaires sur le film

 

Depuis qu’il est sorti, ce film très controversé a déjà fait couler beaucoup d’encre. Pour finir, je voudrais reprendre la conclusion d’un très bon article de Michel Fernex, professeur émérite de médecine et spécialiste des impacts sanitaires des radiations (source) :

 

« L’histoire naturelle de Tchernobyl, ce devait être ce qui se déroule dans la nature dans la zone d’exclusion de 30 km de rayon autour du réacteur atomique détruit en 1986. Des chercheurs encore sur place ont consacré des années à l’étude de la faune et ont suivi différentes espèces pendant plusieurs années. Un cinéaste indépendant aurait pu faire profiter les spectateurs de quelques découvertes importantes faites dans ce laboratoire à ciel ouvert, en réalisant un bon documentaire. Il pouvait faire appel au naturaliste du CNRS de Paris Sud, qui travaille sur le terrain depuis plus de dix ans. Avec la collaboration de spécialistes de nombreux pays, Møller & Mousseau décrivent l’impact des rayonnements ionisants sur l’ensemble de la faune. S’en tenir à deux rongeurs médiocrement étudiés dans le terrain et présenter de façon assez confuse ce qui se passe chez les hirondelles, comme si cette espèce était l’exception et non la règle, c’est insuffisant. Volontairement insuffisant.

Pour le monde végétal, le film nous apprend que les pins sont vulnérables et les bouleaux le sont moins, ce qui permet à cette espèce pionnière d’envahir de nombreux espaces, y compris la ville abandonnée de Prypiat. Les fourrés de bouleaux sont d’une grande pauvreté à côté des forêts qui accompagnent les rivières et les fleuves du Bélarus et de l’Ukraine. Il faudra des siècles pour qu’une forêt digne de ce nom renaisse autour de Tchernobyl.

Les spectateurs auront résolu l’énigme proposée par le titre du film. Ils auront découvert la cause de la médiocrité de l’information livrée. À quoi sert cette permanente accumulation de mensonges par omission dont est composé le scénario ? À qui rapporte le crime ? Certes, le réalisateur n’est pas le premier bénéficiaire.

Retenons que le principal objectif statutaire de la puissante agence de l’ONU, l’AIEA, c’est « l’accélération de l’augmentation de la contribution de l’énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier ». De toute évidence, ses membres comme tous ceux qui touchent indemnités ou salaires de cette institution ne peuvent être que juge et partie face aux problèmes que soulèvent les victimes des accidents nucléaires, principalement quand il s’agit d’humains. Mais l’AIEA est à nouveau contrainte par ses statuts d’étendre la propagande pro-nucléaire dont elle a la charge, en masquant la souffrance de la faune et en inventant des slogans comme « les animaux se sont rapidement remis du choc radiologique qui a suivi l’explosion de 1986. Ils prospèrent magnifiquement ». L’AIEA ne peut plus se servir de la "radiophobie" dont elle a déjà tellement abusé. Les biologistes constatent que de vastes espaces demeurent impropres à la survie de nombreuses espèces ; seule la permanente recolonisation par des animaux venant de l’extérieur, comme chaque printemps les oiseaux migrateurs ou erratiques, permettent le maintien d’une vie maladive dans ce milieu contaminé.

L’AIEA, l’agence, la plus haut placée dans la hiérarchie de l’ONU, dépendant directement du Conseil de Sécurité, soutient le lobby de l’atome et doit à tout prix nier la vérité sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé de la faune comme sur celle des humains. »

Pour en savoir plus :

 

Sur le reportage d’Arte :

« Tchernobyl, histoire naturelle ? »

Un film de Luc Riolon, écrit par Luc Riolon et Antoine Bamas

Produit par Arte France, Camera Lucida Productions, CNRS Images

en partenariat avec Eurovision Science et la Commission européenne de recherche

Conseiller scientifique : Dietrich Averbeck (institut Curie, CNRS)

 

 

Avis de Michel Fernex

 

Avis de Jacques Foos

 

Avis d’Yves Lenoir

 

Avis de Bella Belbéoch

 

 

Le reportage analysé par thème par Yann Moreau

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 00:56
Nucléaire : de la mine aux déchets

 Avec ses 58 réacteurs, la France est le pays le plus nucléarisé au monde. Mais que savent les Français de l’uranium, le combustible sur lequel repose toute l’industrie de l’atome ?

 

Présentée comme un "cycle vertueux" par le lobby nucléaire, l’exploitation de l’uranium cache en réalité une chaîne du combustible sale, polluante et non-maîtrisée.

 

Parce que l’industrie nucléaire fait tout pour le cacher, le jeudi 25 avril 2013, le réseau "Sortir du nucléaire" lance une nouvelle campagne « Nucléaire : de la mine aux déchets, tous concernés ».

 

Avant d’aller consulter le site dédié ,

 

regardez cette petite vidéo introductive et confrontez vos connaissances à la réalité en 3 minutes et demi !

Le rapport avec Fukushima ?

 

C’est l’état d’ignorance généralisé de la population sur l’énergie nucléaire qui a conduit au désastre de Fukushima. C’est pourquoi il est important de diffuser ces connaissances de base afin que personne ne puisse dire demain : je ne savais pas !

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 15:56
Selon Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, Fukushima est classé au niveau 6 sur l’échelle internationale INES

Heureusement j’étais assis quand j’ai entendu à la radio le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (l’ASN), Pierre Franck Chevet, annoncer sans être contredit que l’accident de Fukushima avait été classé au niveau 6 de l’échelle internationale INES !

Effectivement l’ASN s’était empressée le 15 mars 2011 de classer l’évènement au niveau 6, alors même que des explosions et des incendies se produisaient encore dans les bâtiments réacteurs 2 et 4. Mais un mois plus tard, l’accident avait été reclassé au niveau 7 par les autorités japonaises, ce que reporte le propre site de l’ASN ou celui de l’IRSN. Pierre-Franck Chevet ne peut pas ne pas en être au courant !

Arriver à un tel point de désinformation au sommet des structures françaises est insupportable. Celui qui a la responsabilité de la sûreté nucléaire en France a été pris en flagrant délit de manipulation de l’opinion sur une chaîne publique nationale. Il participait à l’émission « Le téléphone sonne » (Questions sur l’état de la sureté des installations nucléaires) le 17 avril 2013 sur France Inter, avec son collègue Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN.

Tous deux étaient là pour désinformer et minimiser. Mais surtout pour marteler que « L’accident nucléaire est possible en France ». Non pas pour faire peur et faire changer la politique énergétique de la France, mais pour trois raisons évidentes :

- habituer les Français à l’idée d’un accident nucléaire,

- justifier leurs activités de protection de l’industrie nucléaire,

- rendre nécessaire l’augmentation des dépenses de sécurité, donc des propres recettes de leurs organismes.

Ils n’étaient pas vraiment là pour répondre aux questions des auditeurs, lisez plutôt :

Question d’un auditeur :

- S’il se passe un accident majeur en France, combien de millions de Français seront impactés ?

PAS DE REPONSE

Question d’un auditeur :

- Quelles sont les mesures que vous pouvez nous conseiller pour protéger nos familles, particulièrement les enfants, en cas d’accident majeur ?

PAS DE REPONSE

Question d’un auditeur :

- Si subitement l’ASN ordonne la fermeture de plusieurs centrales, est-ce que la France peut remplacer au pied levé l’énergie qu’elles produisaient ?

PAS DE REPONSE, sinon un Nième « nous travaillons sur ce scénario »…

Florilège de citations

Quelques évidences, d’abord sur la possibilité d’un accident en France :

Jacques Repussard : « Ces technologies qui ont été inventées il y a 40 ans, 50 ans maintenant, elles ont la possibilité de créer ces accidents très graves. »

Jacques Repussard : « On a laissé des impasses dans le système, on est en train de les combler. »

Quelques justifications économiques :

Jacques Repussard : « On a besoin de travailler sur la préparation de cet accident »

Jacques Repussard : « La bonne santé économique d’EDF, c’est pour moi l’une des clés de la sûreté de notre parc [nucléaire] »

Quelques énormités :

Jacques Repussard : « Quand les accidents comme cela se produisent, c’est forcément une conjonction tout à fait extraordinaire et peu prévisible de différents facteurs indépendants les uns des autres. Un tsunami + un séisme + une centrale qui avait vieilli prématurément, qui n’avait pas mise à l’état de l’art, tout ça ensemble a créé l’accident. »

Alors que justement, un tremblement de terre et un tsunami ne sont pas des éléments indépendants ou imprévisibles au Japon, alors que la centrale de Fukushima n’avait pas vieilli plus « prématurément » que les centrales nucléaires françaises, on se demande vraiment ce que veut dire Jacques Repussard ! La catastrophe de Fukushima était totalement prévisible, comme l’a démontré le rapport de la commission indépendante de la Diète japonaise sur Fukushima.

Pierre-Franck Chevet (à propos de l’échelle de gravité des accidents nucléaires) : « Ca va de 1, l’incident qui est rendu public mais qui est de niveau le plus bas, à 7. Tchernobyl : 7. Fukushima : 6. »

J’en ai déjà parlé dans l’intro, ce mensonge est d’une grande gravité.

Une parole insultante pour les Japonais contaminés :

Jacques Repussard : « [en cas d’accident nucléaire en France] il y aurait relativement peu de morts immédiats voire à terme si la situation est bien gérée et ce sera vraisemblablement le cas au Japon : il y aura probablement un faible impact - on ne le sait pas encore mais c’est assez vraisemblable- il y aura un faible impact sanitaire. »

Des réponses absolument pas rassurantes :

Question d’un auditeur : Les centrales françaises permettraient-elles d’empêcher la formation d’un corium et de son passage à travers le radier ?

REPONSE : NON

Effectivement, aucune centrale nucléaire française ne possède de récupérateur de corium et le syndrome de Fukushima peut se produire dans tous les sites.

Question d’un auditeur : Est-ce que la force d’action rapide est en place, le « GIGN du nucléaire » ?

Pierre-Franck Chevet : « Elle est partiellement en fonctionnement (…) mais on est encore loin du dispositif complet. »

Ce qui signifie que 2 ans après Fukushima, cette force n’est toujours pas opérationnelle.

Pierre-Franck Chevet : « [Dans le cas d’un accident de type Fukushima en France], quelques dizaines de km en Europe, ça touchera beaucoup de monde, et ça touchera, ça concernera aussi les pays frontaliers. »

Si on regarde Tchernobyl et Fukushima, on peut corriger et dire « quelques centaines de km ». Le directeur de l’ASN est trop modeste avec nos voisins européens qui seront touchés de plein fouet.

Pierre-Franck Chevet : « Il y a 20 ans, je travaillais à l’époque pour l’ASN, on a eu une anomalie concernant les couvercles de cuve ; on a été à deux doigts d’être dans cette situation [de devoir changer les couvercles de cuve de plusieurs réacteurs français, et donc de prendre la décision d’arrêter subitement entre 5 et 10 réacteurs]. »

Ah bon, on a été à deux doigts de changer des couvercles défaillants dans les années 90 ? On aurait aimé en savoir plus ! Finalement on n’a pas changé ces couvercles ? Ils ne sont plus défaillants ou bien ils sont encore utilisés aujourd’hui ? De quelles centrales s’agit-il ?

Et enfin à propos des déchets :

Quelle est la durée de vie radioactive du cœur d’un réacteur ?

Réponse de Jacques Repussard : « de l’ordre de la centaine de milliers d’années. »

Pierre-Franck Chevet : « Nous nous attachons à essayer de créer une filière… » JPC s’étrangle. Le projet CIGEO serait-il si embarrassant ?

Quelle est la durée du démantèlement d’une centrale nucléaire ?

Pierre-Franck Chevet : Il ne revient pas sur le « cas complexe » de Brennilis cité par un auditeur (démantèlement commencé il y a 28 ans !). Concernant la centrale de Chooz-A, « le démantèlement avance », mais on n’en saura pas plus !

Source

______________

Photo d’entête : Pierre-Franck Chevet prêtant serment devant la commission d’enquête du Sénat sur le coût réel de l’électricité le 9 mai 2012 (source)

PS : Veuillez m'excuser pour la présentation actuelle des articles et de la colonne de droite. La mise en page est assez nulle. Cela provient du fait que le site a migré de l'ancienne à la nouvelle plateforme overblog et que je ne maîtrise plus grand chose dans l'agencement. Va falloir que je m'y adapte, mais déjà je regrette les nombreuses fonctionnalités très accessibles qu'offrait l'ancienne version... Juste un exemple, Overblog a supprimé une centaine de liens (les veilleurs de Fukushima) et je n'ai pas accès pour le moment à la colonne de droite pour actualiser ce qui reste. PF

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:34

Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima débutée en mars 2011, le rouleau compresseur du village nucléaire a réalisé et réalise son implacable programme.

- décembre 2011 : déclaration « d’arrêt à froid » des 3 ex-réacteurs

- année 2012 : opération communication-intox pour marteler que tout est maîtrisé, qu’il y a zéro morts à Fukushima, qu’il n’y a pas de catastrophe sanitaire

- juillet 2012 : redémarrage de la centrale nucléaire d’Ohi, afin de combattre l’idée que vivre sans nucléaire est possible

- avril 2013 : redémarrage du commerce français du MOX avec le Japon, arrêté en 2011, pour continuer à faire de l’argent sur le dos de la santé des populations

Merci aux citoyens français qui se sont mobilisés le 17 avril 2013 à Cherbourg pour rendre visible l’inacceptable : le commerce outrancier et insultant d’une énergie policière et mortifère.

Qu’est-ce que le MOX ?

Le MOX est un combustible nucléaire fabriqué en France composé d’oxydes d’Uranium et de Plutonium. Le réacteur n° 3 de Fukushima Daiichi, qui a explosé le 14 mars 2011, avait été chargé au MOX.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 00:48

En écho au précédent article publié sur les problèmes de thyroïde au Japon, voici un autre article paru au début du mois de mars 2013 qui fait état d’un scandale dont on a peu parlé jusqu’à maintenant : celui des mesures trafiquées de la radioactivité. Ce problème est récurrent au Japon depuis la catastrophe de 2011, et semble être devenu la norme. Nous avions déjà rapporté cette pratique sur le site nucléaire même de Fukushima Daiichi où les balises ont été entourées de murs pour faire baisser les taux. Par ailleurs, dans la zone interdite, les autorités prêtent aux visiteurs des radiamètres sous-calibrés qui indiquent des mesures deux fois moindres que la réalité. Ce n’est pas une rumeur, Janick Magne l’a constaté lors de son dernier passage à Futaba en février 2013.

Les bornes gouvernementales destinées à informer en continu la population de la radioactivité ambiante ont subi le même traitement, ce qui permet de faire croire que tout va bien. L’article dont quelques extraits sont reproduits ci-dessous en témoigne.  Il est paru le 8 mars 2013 dans le journal japonais Friday, hebdomadaire d'information généraliste édité par Kodansha. Son auteur, Kirishima Shun, a réalisé une enquête et il en livre ici les résultats.

 

 

 

gros-titre1.jpg

 

« Succession d’anomalies thyroïdiennes chez les enfants: les vraies causes?!

 

 

 

Révélations exclusives: FUKUSHIMA, LES MESURES DE RADIATION OFFICIELLES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX.

 

Sur 38 114 examens de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima en 2011, 3 cancers déclarés, 7 cancers possibles.

 

Au comité d’Inspection de la Santé des Habitants de la Préfecture de Fukushima, formé le 13 février dans la ville de Fukushima, un rapport fit l’effet d’une bombe. Les anomalies ont été décelées sur des personnes de 15 ans de moyenne d’âge, habitant tous dans la même zone. Un cas de cancer de la thyroïde sur un million d’enfants est déjà considéré comme un taux élevé.

 

De plus, on ne connaît pas encore toute l’étendue des dégâts. Yoshida Kunihiro, président de l’association à but non lucratif Anshin-Anzen Project [Projet Confiance et Sécurité, ndt], qui s’occupe de collecter des informations sur les dégâts provoqués par l’accident de la centrale Daiichi, participe le 2 février à une inspection thyroïdienne à Fukushima-ville. Il pointe du doigt ces anomalies infantiles.

 

« Sur 80 personnes examinées, un adulte est en observation pour un possible cancer de la thyroïde, et des kystes ont été décelés chez 60% des autres personnes, enfants et adultes. Plus particulièrement chez les enfants qui font du sport dehors, et des garçons qui pratiquent le base-ball quotidiennement en avaient même plusieurs. Le médecin qui examinaient affirme lui-même: »jamais on ne constaterait autant de kystes en temps normal », craignant un lien de cause à effet avec l’accident nucléaire ».

 

Le pays a toujours soutenu qu’à l’écart de la centrale, les taux de radiation de la région sont bas et leur influence sur le corps humain est faible. Ce qui lui permet de maintenir cette affirmation, c’est, entre autre, la présence des  « monitoring posts » (ci-dessous:  « poste »), appareils de mesure de radiation à écran installés par le ministère de la recherche juste après l’accident dans chaque zone de la région. Les chiffres annoncés sur ces postes sont une sorte de certificat de vérité pour le pays.

 

tableau-haut.jpg

 

Listes des postes / mesures publiques / mesures du journal. Remarque 1: les mesures sont données en µSv/h.

Remarque 2: la valeur en gras est la plus haute mesurée par le journal.

 

Pourtant, ces mesures se révèlent mensongères. Le Colloque sur le Problème de l’Irradiation Interne des Citadins et Scientifiques, un groupe de chercheurs et de médecins, a effectué ses propres mesures à proximité de 117 postes sur les 570 placés dans la préfecture de Fukushima, et a ainsi indiqué une faiblesse anormale des données numériques officielles. Un membre du colloque, monsieur Yagasaki Katsuma, professeur émérite à l’Université des Ryukyu, explique :

 

« Entre août et octobre de l’année dernière, quand on tendait un de ces compteurs portables de haute précision utilisés par l’administration, entre autres, vers un poste, les mesures affichées par le compteur étaient très hautes, près du double de celles affichées publiquement. Une différence de 51% quand les alentours avaient été décontaminées, et de 56% quand elles ne l’avaient pas été. Avec une telle différence, impossible de prétendre qu’on était dans le domaine de la simple erreur. »

 

(…)

 

La mère d’un enfant de 8 ans, habitante de Fukushima-ville, raconte, le visage inquiet :

 

« J’ai acheté mon propre compteur et je mesure les radiations réelles. Je n’ai donc aucune confiance dans les chiffres des postes. Mon enfant est cardiaque et je me fais du souci. S’il arrive quelque chose à sa thyroïde, on ne pourra pas utiliser de médicament trop puissant. Je ne sais plus quoi faire, je suis perdue. »

 

compteur-e1365174307387.jpg

Les mesures données en µGy/h (micro gray) peuvent être considérées comme équivalentes à celles de notre compteur , µSv/h (micro sievert). 

 

Les radiations que nous avons constatées par nous-mêmes sur 23 emplacements étaient pour la plupart le double de celles indiquées par les postes, avec une différence de 56% en moyenne. Il est très difficile de dire que les rectifications étatiques évoquées par M. Yagasaki aient été faites correctement. Pourtant la cellule de crise du ministère de la recherche se justifie ainsi: « nous avons replacé les postes à des endroits optimaux. Ils ont subi des révisions et leurs batteries ont été changées. Nous les avons réglés pour qu’ils affichent des valeurs 10% au-dessus de la réalité. C’est pourquoi nous ne réfléchissons à aucune disposition supplémentaire pour le moment ». Le professeur Yagasaki s’indigne de voir ainsi le ministère traiter les choses avec une telle désinvolture:

« La plaque de métal qui se trouve entre le sol et le poste ne pose-t-elle pas un problème de confinement fondamental? Le fait d’engager de coûteux travaux et ne rien voir changer n’est qu’un alibi pour pouvoir dire que des mesures ont été prises. »

 

Tant que le gouvernement ne fera pas la lumière sur les radiations, les dégâts s’étendront. Le danger continuera de plomber la vie des enfants de Fukushima. »

 

Kirishima ShunFriday du 8 mars 2013, Kodansha.

(Traduction sakana ôji)

 

Lire l’article en entier

 

 

 

 Article sur le même sujet sur Fukushima Diary :

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:51

stele.jpgA travers des articles dans la presse, des chercheurs japonais tentent de tirer le signal d'alarme concernant les risques de cancer de la thyroïde chez les enfants. Selon un de ces articles, paru dans le journal Gendai ainsi que sur son site internet le 4 avril 2013, les problèmes de thyroïde répertoriés dans différentes régions du Japon attesteraient qu’une grande partie du pays aurait été contaminé.

 

Article source :「甲状腺異常」全国に広がっている

 

« Les problèmes de thyroïde s’étendent à tout le pays

 

À la fin du mois dernier, le Ministère de la Santé a présenté les résultats des échographies de la thyroïde faites dans trois préfectures (hors Fukushima) : Aomori (Hirosaki), Yamanashi (Kôfu) et Nagasaki (Nagasaki). Les échographies ont été pratiquées entre le mois de novembre 2012 et le mois de mars de cette année, sur 4365 enfants de 3 à 18 ans. La proportion d’enfants présentant des nodules de moins de 5 mm ou des kystes de moins de 20 mm était de 57,6% pour Hirosaki, 69,4% pour Kôfu et 42,5% pour Nagasaki.

D’autre part, dans la préfecture de Fukushima, la proportion était, pour l’année 2011, de 35,3% et pour l’année 2012 de 43,6%. Le ministère a conclu qu’« il n’y a pas grande différence » entre la préfecture de Fukushima et les trois autres et qu’« il est difficile d’imaginer que l’accident nucléaire soit en cause »

 

Ce n’est pas une plaisanterie. Dans la préfecture de Fukushima, pour l’année 2011, sur les 38 000 enfants examinés, 3 ont développé un cancer et 7 présentent des risques d’en développer un. Ces chiffres sont incroyables quand on sait qu’en général, le risque de développer un cancer de la thyroïde chez les enfants est de 1 à 3 pour 1 million. Et comme les chiffres de Fukushima ne diffèrent pas de ceux des autres préfectures, cela équivaut à dire que tout le pays est pollué.

 

katsuma_yagasaki.jpgLe professeur YAGASAKI Katsuma (Université de Ryukyû), qui fait des recherches sur les dangers de la contamination interne, appelle cela l’« irradiation cachée ».

 « Quand on observe les données de la Revue de l’Association japonaise de médecins concernant les adultes et les examens des enfants de Fukushima, il apparaît nécessaire de déterminer "d’autres facteurs de différence entre les enfants de Fukushima et les adultes". Parce que la proportion des enfants de Fukushima d’environ 18 ans ayant des kystes de moins de 3 mm est trois fois plus élevée que celle des enfants de 20 ans. La proportion des enfants d’Aomori ou de Nagasaki ayant des kystes, identique à celle des enfants de Fukushima, est aussi quelque chose d’anormal.

Il est tout à fait anti-scientifique de dire que l’iode radioactif stimule la thyroïde des enfants et de dire, de but en blanc, que cela n’a aucune relation avec la radioactivité. D’un point de vue médical, les kystes n’ont pas de lien direct avec le cancer, mais les résultats de ces examens ne sont-ils pas un signal d’alarme pour tout le Japon ? »

 

Comme il en va ainsi du nord au sud du Japon, les enfants de Tôkyô ne sont pas non plus en sécurité. Selon le professeur SASAKI Ken (Université Rikkyo, faculté des sciences) :

« À Tôkyô aussi, la radioactivité a dangereusement augmenté. Quelques jours après l’accident, il y avait 0,8 μSv. Les quatre jours suivants, la radioactivité a baissé chaque jour de 0,1μSv. Comme l’iode a une demi-vie de 8 jours, elle a pu bien s’imbiber. Même pendant un court laps de temps, des chiffres élevés étaient enregistrés dans la capitale. Dans les arrondissements de Arakawa et Adachi, on a trouvé des hotspots de radioactivité. Plus de cinq ans après Tchernobyl, les gens ont commencé à être malades. Il est nécessaire de continuer à faire des contrôles. »

 

Selon le professeur YAGASAKI, en Biélorussie (nord de Tchernobyl), c'est en 1987 que les cancers ont commencé à apparaître, cinq ans après, ils avaient été multipliés par 50. Dans une région d’Ukraine située à 150 km à l’ouest de Tchernobyl, où la pollution est inférieure à celle de Koriyama, 9 ans après l’accident, 1 enfant sur 10 avait des problèmes de thyroïde et 1 sur 100 le cancer.

 

Même dans les zones à faible rayonnement, les méfaits sur la santé se font sentir. Et les mesures à prendre ne concernent pas seulement Fukushima. »

 

(Traduction : Martine Carton)

 

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Article de ce blog sur les problèmes de thyroïde au Japon

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Article sur le blog « Vivre après Fukushima »

Cafouillages dans les tests thyroïdiens

 

Article sur le même sujet pour Miyagi (en anglais)

Only 13% thyroid abnormalities in Miyagi

 

_______________

 

Photo d’entête : statue d'un enfant, qui se trouve dans la cour de l'école primaire du village de Iitate, à Fukushima. Cette école a été fermée parce que les radiations y étaient vraiment trop élevées. Sous la statue est écrit "Kibô", ce qui signifie "espoir".

(photo © The Nikkan Gendai)

 

 

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