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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 13:58

Cet article est paru le 11 septembre 2013 sous le titre original «  Fukushima Unit 4 Fuel Removal Risks ». Sa traduction est publiée avec l’autorisation du site SimplyInfo.

Traduction : Phil Ansois,  17 septembre 2013

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Les risques de la récupération du combustible

de l’unité 4 à Fukushima

 

TEPCO planifie la récupération du combustible usé de l’unité 4 cet automne. Cet effort est seulement survenu après la protestation publique, toujours en cours, à propos des dangers que pose la piscine endommagée. L’effort a été accéléré et la construction destinée à enlever le combustible a été installée ce printemps et cet été. Ce sera la première des quelques opérations à très haut risque sur le site de la centrale, et ce sont des travaux très peu compris par le public.

Mode opératoire

La procédure de récupération du combustible de l’unité 4 sera faite sous la nouvelle structure de récupération du combustible, installée au-dessus des restes du bâtiment du réacteur. TEPCO prétend que le bâtiment est quelque peu hermétique et contient son propre système CVAC (Chauffage, Ventilation et Air Conditionné), avec filtration des gaz et poussières. Ceci limitera tout déversement dans l’environnement tant qu’il fonctionne correctement. Même si cette construction procure une certaine protection à la fois en ce qui concerne la piscine de combustible et l’environnement extérieur, il ne sera pas assez robuste pour contenir n’importe quel incident sérieux.

Schéma de la superstructure de récupération du combustible

Schéma de la superstructure de récupération du combustible

La construction comporte deux nouvelles grues installées dans la superstructure métallique. La première, située au dessus, est une grue similaire à celle qui est utilisée pour déplacer du matériel lourd dans l’étage de changement du combustible d’un bâtiment de réacteur classique [NDT : une sorte de pont roulant]. Le bâtiment comporte aussi une nouvelle grue pour manipuler le combustible. C’est le système qui sera utilisé pour déplacer les assemblages de combustible. TEPCO prétend que cet outil est informatisé comme l’est une grue normale de manipulation du combustible et qu’elle peut être contrôlée à distance.


 

Levage de la grue supérieure pour l’unité 4

Levage de la grue supérieure pour l’unité 4

TEPCO envisage de déplacer certains équipements hors de la piscine et d’enlever autant de débris que possible avant de commencer à récupérer le combustible. Ce combustible sera alors inspecté visuellement avant de tenter de le récupérer.

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Une fois que les assemblages de combustible seront récupérés, ils seront transférés dans une sorte de container de transfert [image ci-dessous]. Ce container sera soulevé hors de la piscine par la grue supérieure, mis en sécurité et envoyé dans la piscine commune pour un stockage et une inspection ultérieure.

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Stabilité du bâtiment

La stabilité du bâtiment du réacteur de l’unité 4 est un souci majeur. Une grande partie des étages supérieurs ont été jugés en mauvais état dès 2011. Le bâtiment lui-même fait face au risque d’une défaillance catastrophique. TEPCO a insisté qu’un tel événement n’aurait pas d’impact sur la structure de la piscine de combustible usé. Une défaillance majeure pourrait aisément endommager encore plus la piscine de combustible usé ou les structures nécessaires pour maintenir la piscine et le réacteur bien remplis d’eau. TEPCO a déclaré que le bâtiment pouvait résister à un séisme important pourvu qu’il soit secoué dans la direction verticale. Suite à d’autres questions, ils ont admis que ceci n’inclut pas les ondes sismiques qui secouent horizontalement, y compris pour la piscine de combustible usé.

 

Stabilité de la piscine de combustible usé

La piscine de combustible usé a été endommagée durant le séisme initial et l’explosion. En 2011 a été réalisé un ajout de béton et de supports le long du bord de la piscine, là où elle rencontre l’enceinte de confinement. La piscine comprend actuellement un système de refroidissement et de recirculation [de l’eau]. Celui-ci a été en proie à des problèmes et des coupures électriques qui ont provoqué un échauffement de la piscine. Celle-ci est actuellement maintenue en dessous du point d’ébullition. TEPCO a installé une couverture flottante sur la piscine de combustible usé, quand ils ont entrepris de démolir les restes du 5ème étage. Cette couverture sera enlevée avant de pouvoir commencer le travail de récupération du combustible. L’inspection complète de la piscine n’a pas pu être faite depuis que la couverture a été installée. TEPCO a produit quelques rapports additionnels au sujet des débris dans la piscine dans les derniers mois. Un examen détaillé du revêtement de la piscine de combustible usé n'a pas été fait à ce jour.

L’état du revêtement est critique pour l’étanchéité de la piscine. A ce jour, nous ne connaissons pas l’état de la porte [destinée au passage du combustible] qui sépare la piscine de combustible usé de la zone contenant le réacteur [voir figure 2]. TEPCO a mentionné des fuites d’eau à travers cette porte durant les premières semaines du désastre. Nous supposons que les joints gonflables de la porte ne fonctionnent plus du à une panne de courant ou l’endommagement du système qui les maintient gonflés. L’état chimique actuel de l’eau dans la piscine de combustible usé n’a pas été documenté par TEPCO. En 2010, ils ont retiré autant de sel que possible de l’eau pour diminuer la corrosion. Le haut taux de sel (le taux de chlorure [de sodium] était dans les 0,1 %) dans la piscine durant une longue période a vraisemblablement corrodé les assemblages et les composants qui sont dans la piscine.

 

Stabilité du combustible

TEPCO a tout d’abord enlevé deux assemblages de combustible neuf de la piscine de combustible de l’unité 4 pour inspection. [NDT Il y avait 1331 assemblages usés et 204 assemblages neufs dans cette piscine]. Ils ont déclaré qu’ils étaient légèrement corrodés mais par ailleurs globalement en bon état. Ils ont trouvé de petits morceaux de débris de béton logés dans les assemblages de combustible. Plus récemment TEPCO a tenté certains tests destructifs sur des assemblages de combustible neufs. Ils ont laissé tomber un poids de 100 kg sur un assemblage de combustible pour tenter de simuler la chute de débris. Ceci a détruit la poignée de levage et plié les barres de combustible comme on peut le voir sur l’image ci-dessous. Il a été établi que des parties d’assemblage de combustible se corrodent lorsqu’elles sont laissées dans des conditions similaires à cette piscine de combustible usé, dans des conditions similaires où se pose le même problème de haute température et de haute salinité. Pour traiter le problème des poignées de levage, TEPCO a construit un système de d’accrochage fabriqué sur mesure qui, espèrent-ils, leur permettra de retirer les assemblages de combustible qui ont des poignées de levage endommagées.


 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Système d’accrochage et de levage des assemblages de combustible endommagés de TEPCO, qui n’a pas précisé si ce système de levage a été testé : 

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Lors de l’inspection en cours de la piscine de combustible usé de l’unité 4, on a remarqué que certains ensembles de rangement de combustible étaient désalignés. Les rangements [racks] qui contiennent les plaques de bore, destinées à empêcher la criticité [NDT en absorbant les neutrons, le bore empêche le démarrage de la réaction de fission nucléaire], pourraient avoir été endommagées ou été partiellement ou complètement désalignées par le choc durant la catastrophe. On trouve aussi dans les notes d’inspection de TEPCO que des petits morceaux de débris de béton ont pu tomber dans les rangements [racks] et les assemblages de combustible. Ceci peut compliquer la récupération du combustible si des morceaux de béton se coincent entre les assemblages et les racks [NDT sorte de caissons] servant à  ranger ces assemblages.

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Les problèmes additionnels dus à la chaleur, le sel, l’hydrogène et les dégâts de l’explosion peuvent tous avoir joué un rôle dans les dégâts ultérieurs de ce combustible. On ne sait pas si certains combustibles stockés étaient déjà endommagés avant le désastre. L’état des barres de combustible qui avaient déjà des fissures dans leur revêtement ou un autre dégât similaire, pourrait avoir empiré pendant les 2,5 années de mauvais traitement.
[NDT Si l’on retire les barres de combustible avant que tout l’uranium soit « brûlé », c’est aussi parce qu’après un certain temps les gaines qui confinent les pastilles d’oxyde d’uranium ou de MOX risquent de se fragiliser à cause de la chaleur et des radiations. Les piscines sont des stockages temporaires, les gaines de combustibles ne sont pas prévues pour y rester à long terme]

 

Risques de dégâts matériels

Tous ces dégâts potentiels augmenteront le risque que quelque chose tourne mal durant la récupération du combustible. Le plus grand souci serait la rupture complète d’un assemblage de combustible durant la récupération, ce qui disperserait les pastilles de combustible dans la piscine. Ceci créerait soit une situation critique [au sens ou la réaction nucléaire de fission se mettrait en marche], ou au minimum une libération de radiations. Les assemblages de combustible pliés ou les débris coincés dans les racks pourraient empêcher la récupération d’un assemblage de combustibles. Il est exclus de laisser un assemblage dans la piscine. Ceci pourrait poser un défi considérable.

Risques humains

L’erreur humaine pose un risque considérable d’accidents impliquant le transfert de combustibles. Les problèmes de mise en œuvre des étapes du projet tels que des procédures inadéquates pour réaliser les tâches, des procédures inapplicables ou l’ignorance des procédures peuvent créer une situation où quelque chose tourne de travers. Dans les recherches que nous avons passées en revue, une formation ou une expérience inadéquate est considérée comme un facteur de risque. Le fait que TEPCO se repose sur une main d’œuvre aux contrats précaires [NDT et aussi aux multiples niveaux de sous-traitance] et fréquemment non formée pourrait créer un problème dans cette situation. Les travailleurs qui ont une longue expérience sur le site et en particulier de la manipulation du combustible seraient ceux qui conviennent le mieux pour faire ce travail. Malheureusement, beaucoup de ces travailleurs ont atteint leur dose maximale de radiations et ne peuvent plus travailler sur le site. Les problèmes de communication peuvent augmenter les risques de sécurité. Le travail à distance, effectué en portant des tenues complètes de protection contre les radiations, et où la communication repose sur les casques et micros intégrés aux équipements est aussi cité comme une source de problèmes potentiels. Le travail à distance n’est jamais à 100% évident. Dans le travail fait jusqu’à présent sur l’unité 3, ils ont fréquemment utilisé des observateurs humains pour aider les télétravailleurs. Travailler avec l’attirail complet de protection contre les radiations et le masque sur le visage peut limiter la vision et l’audition. Les inspections visuelles peuvent devenir un défi. Les caméras et même la distorsion dans l’eau peuvent nous empêcher d’obtenir une vue du combustible dans la piscine précise et conforme à la réalité.

 

Les défis d’ordre général que présente ce travail peuvent poser divers risques menaçant la sécurité du processus. Les procédures monotones peuvent conduire à des défaillances. La pression exercée lorsque le travail doit être fait de manière précipitée – comme c’est le cas du calendrier très serré prévu pour récupérer le combustible de l’unité 4 – peut créer des situations où des accidents peuvent arriver. Des horaires très longs ou inhabituels peuvent créer des problèmes avec la force de travail, et cela peut tout simplement être un ou des travailleurs malades. Dans le cas du travail à Fukushima Daiichi, la chaleur et le froid on joué un rôle considérable dans la capacité des travailleurs à fonctionner normalement. Sans aucune sorte de contrôle climatique dans le bâtiment de récupération du combustible, ils devront travailler dans une chaleur suffocante ou un froid glacial suivant la période de l’année. La question du travail de groupe peut poser problème si les travailleurs refusent de mettre en question les idées des autres travailleurs, permettant ainsi de persévérer dans l’erreur. Une coordination d’équipe inadéquate, ou le fait que le groupe dépende de manière excessive d’un ou de quelques travailleurs peut aussi créer des risques. Cette situation peut arriver si vous avez un travailleur expérimenté qui guide une équipe de travailleurs inexpérimentés. Une équipe adéquatement formée, fonctionnant bien, est essentielle pour assurer que ces opérations s’effectuent sans erreur.

 

Risques liés aux grues et aux transferts

Les « défaillances de grues » et la « chute de containers » sont considérées comme des accidents à haut risque dans une centrale nucléaire en temps normal. Le défi extraordinaire du scenario prévu à l’unité 4 exacerbe ces risques. Les accidents de chute lors de l’utilisation des grues sont le plus souvent causés par des défaillances du système d’accrochage et de levage. Ceci implique le contrôle manuel de la grue pour accrocher l’objet soulevé. Le non-respect de la procédure ou un défaut de maintenance sont considérés comme un risque d’accident du type « défaillance de grue ». Le plus haut risque serait une chute du container depuis la grue avant que ce container ne soit complètement sécurisé et scellé. Ceci pourrait conduire à exposer des assemblages de combustible sans bouclier de protection et poser un danger mortel d’exposition aux radiations à tout travailleur se trouvant à proximité. Les assemblages de combustible non protégés par l’eau ou tombant hors du container peuvent déclencher cette situation. Un container qui tombe de la grue peut aussi endommager le niveau sur lequel il tombe. Ceci peut rendre inutilisable l’équipement nécessaire pour résoudre le problème. Dans le cas de l’unité 4 cela pourrait faire des dégâts considérables à la piscine de combustible usé ou à l’étage de réception du nouveau combustible autour de la piscine. Les deux zones sont déjà dégradées par des dégâts précédents.

 

Conclusion

TEPCO n’a documenté aucun passage en revue des risques de ce travail. Il n’a montré aucune évaluation des risques pour identifier et évaluer les risques potentiels. Une évaluation qui devrait aussi inclure toutes les procédures de « retour en arrière » au cas où quel que chose se passerait  mal. C’est un travail à très haut risque qui inclut le risque potentiel de blesser les travailleurs, de rendre l’accès au site impossible ou de disperser encore plus de radiations dans l’environnement global. Il doit y clairement avoir un effort d’anticiper les risques et de les exposer de manière transparente au public international.
 

________________


Liens (en anglais)

TEPCO Handout
https://www.dropbox.com/s/4z8tev1wnzy1q2o/U4_fuelremovalprep_handouts_130830_05-j.pdf

NRC research on human error during fuel removal
http://pbadupws.nrc.gov/docs/ML1106/ML110610673.pdf

METI roadmap of decommissioning work
http://www.meti.go.jp/english/press/2013/pdf/0627_01.pdf

Potential risks from dropping fuel assemblies
http://www.osti.gov/bridge/servlets/purl/5807117/5807117.pdf

CNIC review of TEPCO’s defueling effort at unit 4
http://www.cnic.jp/english/newsletter/nit154/nit154articles/03_nf.html

TEPCO information on transfer casks
http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/images/handouts_121114_01-e.pdf

TEPCO information on casks & shipping
http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2013/images/handouts_130228_05-e.pdf

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 10:22

L’article « Le nucléaire déclinant au pays du soleil levant » a été publié le 12 septembre 2013 sur le site de l’ACRO. Son auteur, le physicien David Boilley, est président de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest et conseiller scientifique du laboratoire citoyen japonais Chikurinsha. Depuis 2011, il tient une chronologie très précise de la catastrophe de Fukushima sur cette page dédiée. Il sera présent le 18 septembre au colloque « Figurer la catastrophe, réfléchir le nucléaire : ce que les films sur Fukushima apprennent aux sciences humaines et sociales » qui aura lieu à Lyon du 17 au 19 septembre 2013.

Centrale nucléaire d’Ohi © Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

Centrale nucléaire d’Ohi © Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

Le nucléaire déclinant au pays du soleil levant

 

David Boilley
 

Le 15 septembre 2013, à peine plus de deux ans et demi après le déclenchement de la catastrophe de Fukushima, le Japon va se retrouver à nouveau sans aucun réacteur nucléaire en fonctionnement. La dernière fois, c’était le 5 mai 2012. Personne ne peut dire jusqu’à quand cette situation va perdurer. Un dossier de demande de redémarrage a été déposé pour 12 réacteurs et 5 ont déjà été rejetés. Il ne reste que 7 réacteurs en course… sur 50. Cela ne fait pas beaucoup. Comment en est-on arrivé là ?

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires de production qui fournissaient environ 30% de l’électricité du pays. 10% venaient des énergies renouvelables, essentiellement de l’hydraulique, et le reste des énergies fossiles.

Le séisme du 11 mars 2011, a entraîné l’arrêt de 14 réacteurs, dont 4 ont été complètement détruits. Le Japon ne compte plus que 50 réacteurs officiellement. En mai 2011, le premier ministre de l’époque a demandé la fermeture de la centrale de Hamaoka, proche d’une faille sismique. En cas d’accident, ce sont les principales voies de communication entre l’Est et l’Ouest du pays qui auraient été coupées. Puis, les autres réacteurs ont été arrêtés normalement, les uns après les autres, après 13 mois d’exploitation. 

Sans énergie nucléaire au printemps 2012, la question était à l’époque de savoir si le pays pourrait passer l’été, quand la demande est la plus forte à cause de la climatisation. Le gouvernement a pensé qu’avec des stress-tests demandés aux exploitants, il n’y aurait pas de problème pour redémarrer les réacteurs. Ce n’était qu’une affaire de quelques mois. Mais c’était sans compter sur la population et les plus grandes manifestations qu’a connues le pays depuis les années 70. 

Le gouvernement est passé en force et a autorisé, en juillet 2012, le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôï, dans le Kansaï, région où le nucléaire compte pour 40% de l’électricité consommée. Il n’a pas pu en redémarrer plus, au grand dam des exploitants. Et il s’est finalement avéré que le Japon aurait pu se passer de ces deux réacteurs sans coupure. Ce sont eux qui sont à nouveau arrêtés en septembre 2013, après 13 mois de fonctionnement. 

Entre-temps, le gouvernement a mis en place une nouvelle autorité de sûreté nucléaire, indépendante, qui est entrée en fonction en septembre 2012. Cette Agence de Régulation Nucléaire (NRA en anglais) se distingue de son prédécesseur, la NISA, complètement inféodée au ministère de l’industrie et à l’industrie nucléaire et qui a été discréditée par la catastrophe de Fukushima.

Cette nouvelle agence s’est rapidement attelée à la tâche de rédiger un nouveau référentiel de sûreté, qui a finalement été adopté le 8 juillet 2013. Elle prétend qu’il s’agit des règles les plus strictes au monde… qui ne sont respectées par aucun réacteur japonais !

Il y a dix compagnies d’électricité au Japon, qui se sont partagées le territoire avec un monopole dans leur zone. Neuf d’entre elles exploitent, ou plutôt exploitaient, des centrales nucléaires. Elles sont toutes dans le rouge, sauf deux. Les deux compagnies qui s’en sortent sont celles qui n’ont pas ou peu de nucléaire. Les autres doivent payer le maintien de leur parc nucléaire, les emprunts et la production d’électricité de substitution. Elles payent donc une partie de la production presque deux fois et ne la vendent qu’une fois.

Elles sont donc pressées de relancer leurs réacteurs, les bénéfices primant sur la sûreté. Mais ce n’est pas si facile. Contrairement à l’Europe où, tous les dix ans, les exploitants du nucléaire doivent investir dans leurs centrales pour les mettre en conformité avec les dernières exigences, au Japon, tout comme aux Etats-Unis, les normes de sûreté qui s’appliquaient sont celles en cours au moment de la mise en service et cela, pour toute la durée de vie de la centrale.

Pour les réacteurs les plus vieux, le fossé est si grand qu’il ne sera pas possible de les remettre aux nouvelles normes. Il y a, par exemple, 13 réacteurs avec des câbles électriques inflammables. C’était toléré avant Fukushima, c’est interdit maintenant. Et comme il y a des milliers de kilomètres de câbles dans un réacteur, il est peu vraisemblable qu’il soit économiquement viable de les changer. 

Il y a aussi deux sortes de réacteurs au Japon, des réacteurs à eau sous pression (REP, ou PWR en anglais) et des réacteurs à eau bouillante (REB, BWR en anglais). Tous doivent désormais être équipés d’un filtre à particules radioactives pour limiter les rejets en cas d’accident, mais les REP bénéficient d’un délai de grâce de 5 ans, car leur enceinte de confinement est plus grande.

Au final, des dossiers de demande de redémarrage n’ont été déposés que pour 12 réacteurs durant l’été 2012, tous des REP, et le gouvernement vise 10% d’électricité d’origine nucléaire à moyen terme. Le dossier de la centrale de Tomari de Hokkaïdô Electric s’est déjà fait retoqué car il est incomplet. Les données sur le système refroidissement en cas d'accident concernaient un autre système que celui en place. Encore des ingénieurs qui connaissent bien leurs machines… Celui de Takahama aussi, car Kansaï Electric a sous-estimé la hauteur du tsunami qui pourrait la frapper. Elle est bonne pour rehausser la digue, ce qui prend du temps. Il n’y a plus que 7 dossiers en cours d’évaluation par la NRA, pour 50 réacteurs. Le gouvernement était encore bien optimiste avec ses 10%.

Inversement, d’un tiers à la moitié du parc ne redémarrera probablement jamais. 17 réacteurs ont plus de 30 ans. Il n’est pas sûr qu’il vaille le coût d’investir pour les remettre à niveau. D’autres sont sur des failles qui sont maintenant considérées comme actives après un réexamen. C’est le cas pour la centrale de Tsuruga (Fukui) et probablement pour celle de Higashidori (Aomori). Et puis, TEPCo ne pourra jamais redémarrer les réacteurs de Fukushima qui n’ont pas explosé, même si la compagnie y songe encore.

Le gouvernement a aussi demandé aux autorités locales de mettre en place un plan d’évacuation de toute la population sur un rayon de 30 km autour de chaque centrale. A Tôkaï (Ibaraki), c’est quasiment mission impossible car la population se compte par million. Pour les pouvoirs locaux, c’est non.

TEPCo veut redémarrer au plus vite deux réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, fortement secouée lors du séisme de 2007. Mais, avec la légèreté avec laquelle elle se préoccupe de l’eau contaminée à Fukushima, il lui est difficile de convaincre qu’elle a amélioré sa culture de sûreté. Le gouverneur de la province de Niigata est fermement opposé au redémarrage de ces réacteurs tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur l’accident nucléaire de Fukushima.

Plusieurs compagnies d’électricité sont donc dans une situation financière critique car elles ne pourront pas redémarrer de réacteur nucléaire avant longtemps, voire jamais.

En attendant, avec la libéralisation complète du marché de l’électricité à partir de 2016, la concurrence va être plus rude. De nombreux investissements se tournent vers les énergies renouvelables : en plus du solaire et du vent, l’exploitation de l’énorme potentiel géothermique du pays n’est plus tabou. Selon le ministère de l’industrie, une centaine de nouvelles compagnies se sont enregistrées pour vendre de l’électricité. 40% d’entre elles en produisent déjà. 

Comme pour le moment tout projet de construction de nouvelle centrale nucléaire est gelé au Japon, le nucléaire est, de facto, déclinant au Japon, quelle que soit la couleur des partis au pouvoir. Le précédent gouvernement voulait arrêter le nucléaire à terme, mais relancer les réacteurs jugés sûrs par la NRA en attendant. Le nouveau gouvernement veut relancer le nucléaire et redémarrer les réacteurs jugés sûrs par la NRA en attendant, ce qui revient exactement au même. 

Les deux s’accordent sur l’exportation de technologie nucléaire et le maintien des investissements dans le « retraitement » des combustibles usés et le surgénérateur Monju, même si l’usine n’a jamais fonctionné et que son lancement a connu 19 reports en plus de 5 ans. Le réacteur expérimental, quant à lui, n’a fonctionné que 240 jours depuis 1994 et ne pourra probablement jamais satisfaire les nouvelles normes de sûreté. Cette obstination n’est pas sans arrières pensées militaires et inquiète les Etats-Unis. 

Le Japon ne peut pas importer d’électricité. Une moitié du pays est à 50 Hz et l’autre à 60 Hz, ce qui réduit drastiquement les échanges entre les deux parties. Il s’en est cependant sorti, grâce notamment aux économies d’énergie. Les émissions de CO2 de TEPCo par kilowattheure produit a augmenté, mais la quantité totale rejetée en 2012 est égale à celle rejetée en 2010. Les économies d’énergie ont compensé l’arrêt complet du parc nucléaire de la compagnie. En revanche, elle n'a pas réussi à baisser ses émissions conformément au protocole de Kyôto.

Selon le ministère de l'industrie, 9 des 10 compagnies d'électricité, n'ont pas réussi à remplir leurs objectifs de réduction de 20% de leurs émissions de CO2 par rapport à 1990, conformément aux engagements pris en 2007. La seule compagnie qui s'en tire, est celle d'Okinawa, qui n'a pas de nucléaire ! Chubu Electric, qui dépend peu du nucléaire, a réduit ses émissions de 12,9%. Chukoku Electric, de 13,4%. D'autres ont augmenté leurs émissions. Globalement, les 9 compagnies qui ont du nucléaire n'ont réduit, en moyenne, leurs émissions que de 2,6%. Ces compagnies produisent environ un tiers des émissions de CO2 du pays, mais le Japon va néanmoins satisfaire au protocole de Kyôto grâce aux échanges de quotas d'émission. Les compagnies d'électricité, quant à elles, rechignent à utiliser cette possibilité car elles sont dans le rouge.

 

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 08:36

Brume sur la centrale dans la matinée du 5 août 2013

La première photo aérienne montre bien la concentration de brume sur la centrale, au niveau des turbines et du port. La seconde photo est de date inconnue mais probablement du 5 août également car la brume est aussi visible, sous un autre angle, et en arrière plan.

Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)

Heureusement que Moxnews a sauvegardé cette vidéo de NHK qui ne semble plus disponible par ailleurs. Aucun grand média étranger n’a repris cette info réelle qui a été transformée en un hoax disant que l’eau du port de Fukushima bouillait ! Technique de désinformation qui marche bien évidemment et qui permet ensuite de dénigrer les lanceurs d’alerte.

En fait, ce 5 août 2013, Tepco a annoncé que de la vapeur est sortie du réacteur n°3 de 7h30 à 12h05. Au mois de juillet 2013, Tepco avait pris soin de diffuser plusieurs vidéos de ce phénomène récurent. Mais pour le 5 août, Tepco a choisi de ne pas diffuser d’image.

Selon un blogueur japonais, la radioactivité a augmenté ce jour-là.

Et aujourd’hui 13 septembre 2013, surprise surprise : Tokyo ayant les JO en poche, Tepco peut à nouveau annoncer que de la vapeur radioactive sort du réacteur n°3.

Nettoyage du 1er niveau du réacteur 3

Un robot a nettoyé des gravas dans la zone sud-ouest du premier étage du réacteur 3. Ce chantier a été terminé le 23 août 2013.

En savoir plus

Voir Fukushima (58)

Images de la piscine 4

Le 26 août 2013, Tepco a publié la carte des décombres de la piscine 4 mais il semble extrêmement difficile de retirer les assemblages. Reposant sur eux, on a entre autres une plaque de pont de 10 m de long (200 kg), un morceau d’échelle de 2 m × 1 m (200 kg), un bout de plancher de l’étage de 1,5 m (10 kg) et d’innombrables gravas en béton.

(source Fukushima Diary, traduction Mimi Mato)

Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)

Piscine 4

Tepco commencera le transfert du combustible en novembre 2013.

SimplyInfo a fait un article détaillé sur les risques liés à ce chantier.

A lire ici (en anglais)

Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif
Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif

Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif

Projection de gunite sur le 4

Le 28 août 2013, Tepco a projeté du béton sur les murs du n°4 afin de ralentir la corrosion des structures.

 (source Fukushima Diary)

Avant (à gauche) et après (à droite)Avant (à gauche) et après (à droite)

Avant (à gauche) et après (à droite)

Fumée noire

Le 28 août 2013, de la fumée noire a été remarquée au même emplacement que d’habitude. Tepco ne communique jamais sur ces émanations.

(source nuckelchen)

Voir Fukushima (58)

Grue en panne

Une grue servant au réacteur 3 s’est affaissée jeudi 5 septembre 2013.

La vidéo de l’évènement qui était disponible en ligne ici a déjà été supprimée (effet JO ?)

Il reste quelques photos de Tepco pour le souvenir.

[Mise à jour du 15/09/13 : la vidéo a finalement été sauvegardée sur youtube]

 « La situation est sous contrôle à Fukushima. ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

(source Tepco)(source Tepco)
(source Tepco)(source Tepco)

(source Tepco)

Voir Fukushima (58)

Inspection des cuves

Beaucoup de flaques. Les cuves étaient prévues pour une durée de 5 ans... On fait quoi ?

« La situation est sous contrôle à Fukushima. » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

Contradiction de Tepco sur le débit de l’eau souterraine

Selon le Fukushima Diary, Tepco n’est pas en accord avec ses propres données. Les eaux souterraines auraient une vitesse de 10 cm/jour ou de 259 cm/jour selon deux sources du même opérateur. Vu la vidéo qui suit, on aurait tendance à penser que 259 cm/jour est la bonne vitesse.

(source Fukushima Diary)

Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters
Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters

Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters

Une arrivée de la nappe phréatique en vidéo

Tepco a diffusé une vidéo et un rapport sur un écoulement d’eau se situant dans le réacteur 2.

« La situation est sous contrôle à Fukushima.». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

N'oubliez pas de mettre le son !

Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)

Comprendre la situation à Fukushima en 2 minutes

On ne peut pas résumer la catastrophe de Fukushima en 2 minutes mais ça aide bien à comprendre la situation actuelle.

Diaporama du New York Times

« Inside Fukushima’s Evacuation Zone »

Accéder au diaporama

Plan topographique de la centrale

(source Tepco)

Voir Fukushima (58)

La contamination à la ville de Fukushima

près d’un incinérateur

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Aucun problème de santé n’a été enregistré jusqu’à présent et il n’y en aura pas à l’avenir ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires

Cancers de la thyroïde

18 enfants de Fukushima ont eu un cancer de la thyroïde avéré depuis mars 2011.

 

« Aucun problème de santé n’a été enregistré jusqu’à présent et il n’y en aura pas à l’avenir. Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. Pas vers le passé. » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

©Reuters

©Reuters

Tokyo contaminé

21 mai 2013

Je ne sais pas qui a réalisé cette carte qui indique des hot spots en Bq/m2. Donc je ne peux pas assurer qu’elle soit exacte. Peut-être quelqu’un comprenant le japonais pourra en dire plus en lisant ceci ?

Voir Fukushima (58)

En revanche, je me souviens bien d’Arnie Gundersen, expert nucléaire, qui avait démontré en 2012 que les échantillons du sol de Tokyo qu’il avait fait analyser étaient considérés comme des déchets nucléaires aux Etats-Unis. A ce propos, il refait une mise au point actualisée ici.

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Il n’y a aucun problème, cela n’a jamais causé, ni ne causera de dégâts à Tokyo ! ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

Futur stade olympique

Le 12 septembre 2013, en face de "Tokyo Big Sight" près d'Odaiba, futur stade olympique de Tokyo 2020, un radiamètre Horiba PA-1000 Radi indique une mesure de 1,4 microsieverts par heure.

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Il n’y a aucun problème, cela n’a jamais causé, ni ne causera de dégâts à Tokyo ! » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires

Tokyo choisi pour les JO de 2020

L’annonce du choix de Tokyo comme ville olympique en 2020 a suscité une avalanche de réactions imagées sur la toile et dans la presse. Mais le gouvernement japonais n’aime pas les images satiriques et le fait savoir, surtout quand elles dénoncent l’état de non-contrôle permanent de la centrale de Fukushima qui laisse s’échapper chaque jour 300 m3 d’eau fortement contaminée. Avec la collection d’images qui suivent, il va être servi et pourra à nouveau revoir sa communication. Merci à tous les dessinateurs, contributeurs, artistes de continuer à dénoncer à leur manière le crime Fukushima.

Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)
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Voir Fukushima (58)
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Voir Fukushima (58)
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 13:19

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 septembre 2013.

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Le 10 septembre 2013

 

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

 

HORI Yasuo

 

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Paul Signoret

 

 

 

Niveau 3

Le 20 août, TEPCO a publié une information faisant état de l’écoulement de 300 tonnes d’eau polluée ayant fui des réservoirs et contenant 24 000 milliards de becquerels de matières radioactives. Ayant pris connaissance de ce rapport, le 21 août, l’Autorité de Régulation Nucléaire a constaté que l’état actuel de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima s’inscrivait au niveau 3 de l’échelle internationale des accidents nucléaires en raison du flux énorme d’eau polluée et de l’impact sur le milieu.

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

Détérioration des réservoirs à eau polluée

 

400 tonnes d’eau souterraine affluent chaque jour dans le sol de la centrale nucléaire n°1 et se mêlent à l’eau polluée du site. La compagnie TEPCO est obligée de conserver cette eau, et dans ce but elle a construit, et continue à construire, à la fois des aires de stockage et des réservoirs.

 

Il y a quelques mois de cela, l’eau contenue dans des bacs bâtis sans trop de soin commença à suinter. TEPCO transporta cette eau dans des réservoirs. À présent, le site de la centrale est couvert de ces réservoirs.

 

Le 31 août, TEPCO a fait savoir qu’en quatre endroits de l’aire de stockage des réservoirs, une très forte radioactivité avait été enregistrée. Celle-ci excédait 1800 millisieverts, intensité capable de tuer quelqu’un au bout de quatre heures*. Les joints d’assemblage des plaques d’acier des cuves sont en caoutchouc. Dans la centrale nucléaire n°1, sur 930 réservoirs, 350 sont du même modèle que celui qui a fui. TEPCO ne nie pas la possibilité que l’eau des fuites ait pu atteindre la mer.

 

Le président de la compagnie qui a fourni ces réservoirs a confié au journal Maïnitshi : “ Nous avons dû les fabriquer très vite et au moindre coût. Au départ, ils n’avaient pas été conçus pour un usage prolongé. Leur durée de vie est de seulement cinq ans. Si on tient compte de leur structure, le fait qu’ils fuient n’est pas surprenant. Des ingénieurs de TEPCO déjà redoutaient la chose.”

 

Donc dorénavant, de plus en plus d’eau polluée va pouvoir s’échapper de réservoirs de plus en plus nombreux. TEPCO envisage d’en faire de plus résistants, mais pour cela il lui faut du temps et de l’argent. Que pourra-t-elle faire ?

 

 

Le gouvernement japonais a décidé de financer

 

Le 3 septembre, le gouvernement japonais a décidé de financer à hauteur de 4,7 milliards de yens (soit 470 millions d’euros) le problème des fuites d’eau polluée. Il estimait, jusqu’à présent, que TEPCO portait la responsabilité de l’accident et il intervenait donc peu ; cependant la situation devenait gravissime, et en outre il a craint que ce problème ne compromette les chances de Tokyo d’être choisie comme ville des Jeux Olympiques de 2020.

 

Avec cet argent, le gouvernement projette :

 

1. de construire des murs de terre gelée autour des réacteurs afin d’empêcher l’envahissement des eaux souterraines (3,2 milliards de yens)

 

2. de mettre sur pied une installation plus performante que ALPS, qui retraite les divers déchets nucléaires (1,5 milliards de yens)

 

3. de fabriquer des réservoirs à eau polluée plus sûrs (à la charge de TEPCO)

 

Il n’est cependant pas certain que ces murs de terre gelée soient efficaces. Jamais encore on n’a tenté d’en édifier à si grande échelle. De plus les travaux demanderont plus d’une année. En ce qui concerne ALPS, en supposant même qu’on puisse la faire, cette installation ne pourra pas  extraire le tritium. Le gouvernement a l’intention de rejeter l’eau contenant du tritium dans la mer, mais les pêcheurs et aussi la Chine et la Corée y sont fermement opposés. Le Japon devra conserver cette énorme quantité d’eau pour l’éternité.

 

Lors de la réunion du Comité Olympique International, le premier ministre Abe a clairement indiqué que le gouvernement japonais interviendrait et pèserait de tout son poids pour résoudre le problème, si bien que les membres du Comité ont voté pour Tokyo, croyant, de façon bien optimiste, qu’il serait capable de le faire. Mais dire et faire sont deux choses fort différentes. Ses discours, ou mieux ses fanfaronnades, ne pourront venir à bout de la difficulté.

 

 

La Corée a interdit l’importation de produits japonais

 

Le 6 septembre, la Corée a décidé d’interdire l’importation de produits de la pêche en provenance de huit districts situés au voisinage de Fukushima. En outre, elle renforce l’examen de la radioactivité des poissons et des viandes originaires d’autres districts.

 

Les gouvernants coréens affirment que leurs concitoyens sont inquiets de l’afflux quotidien de plusieurs centaines de tonnes d’eau polluée dans la mer, et ils ont exigé que le gouvernement japonais publie davantage d’informations vraies.

 

 

Ma vie

 

Je vis de façon très normale dans le district de Gunma, voisin de celui de Fukushima, mais ce problème d’eau polluée m’obsède constamment. Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur de ces réacteurs, et donc nul ne sait ce qu’il convient de faire. Pourrons-nous vraiment résoudre ce problème ? Dans sept ans, quand se dérouleront les Jeux Olympiques à Tokyo, le Japon ne sera-t-il pas submergé d’eau polluée ? Un accident nucléaire est terrifiant, et pourtant le gouvernement japonais vise à remettre en marche le plus possible de réacteurs.

 

 

 

 

 

____________________

* Précision du blog de Fukushima : cette mesure de 1800 mSv est réelle mais incomplète. Il s’agit en fait de 1800 mSv/h de rayonnement bêta en dose équivalente au niveau de la peau à une distance de 70 µm. Ce qui signifie que ce rayonnement, facilement arrêté, ne peut pas tuer quelqu’un en 4 heures, contrairement à ce qu’ont écrit quasiment tous les médias. Voir les mises au point d’Ultraman (original en anglais ici, traduction en français par Hélios là) et de Kna (en français).

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:58

Article original d’Akio Matsumura paru le 3 septembre 2013 sur le site Finding the missing link.

Le Japon à l’heure du choix. Le Premier Ministre Abe et l’Océan Pacifique

Le Japon à l’heure du choix. Le Premier Ministre Abe et l’Océan Pacifique

Japon, ravale ta fierté et demande de l’aide

 

Akio Matsumura

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English or German.

 

Le Japon est une nation insulaire reliée au reste du monde par les courants du Pacifique. Durant des milliers d’années, ces eaux ont mené les marins japonais vers les côtes lointaines. Et aujourd’hui, elles amènent la radioactivité vers nos côtes. La réticence du Japon à demander l’aide internationale pour gérer le nettoyage de Fukushima serait peut-être admissible si les risques ne concernaient que la population japonaise, mais en mettant le reste du monde en danger, l’incapacité du Japon à gérer la crise nucléaire est irresponsable. Les autres gouvernements ne doivent pas l’accepter, en particulier celui des États-Unis où l’alimentation risque d’être contaminée.

 

La contamination de l’eau provient du processus de refroidissement du combustible usé à la centrale. TEPCO stocke cette eau sur place dans un millier de citernes. Un tiers de ces réservoirs sont vulnérables aux fuites, parce que leurs parois en acier sont jointes par des boulons et non soudées entre elles. TEPCO va devoir continuer à en construire plusieurs centaines chaque année. Si le démantèlement doit durer une quarantaine d’années, où va-t-on mettre les nouveaux réservoirs ? TEPCO a déjà beaucoup de mal à gérer les problèmes de stockage de l’eau qui semblent se multiplier. Le président de l’Autorité de réglementation nucléaire (la NRA) a décrit au Japan Times la centrale comme une « maison hantée » où « les incidents se succèdent sans cesse ». Le Guardian rapporte que des taux de radiation extrêmement élevés ont été relevés près d’une citerne. TEPCO ne sait pas pourquoi les taux de radiation ont tellement augmenté.

 

Pendant tout l’été, après les révélations de TEPCO sur le fait que l’eau contaminée se déverse dans le Pacifique depuis l’accident, le Premier ministre Abe a  enjoint l’Autorité de réglementation nucléaire de s’impliquer davantage dans le démantèlement des réacteurs. Le président de la NRA, Shunichi Tanaka, a déclaré : « Nous ne pouvons pas arrêter complètement les fuites d’eau contaminée de manière immédiate. C’est la vérité. L’eau continue à fuir dans l’océan et nous devons mieux évaluer les conséquences environnementales. »

 

L’eau irradiée va continuer à se déverser dans l’océan. Et comme il n’y a plus de place disponible pour de nouveaux réservoirs, le Japon va devoir également se débarrasser de l’eau actuellement stockée.

 

On ne sait pas grand chose des effets que cette contamination pourra avoir sur l’océan. Il ne faut pas oublier que le Pacifique connecte une bonne partie du monde, qu’il borde les rivages des deux Amériques, les longues côtes et les îles de l’Asie, ainsi que les barrières de corail d’Australie. Il abrite un monde vivant complexe et riche.

 

Mais c’est notre usage des ressources marines qui nous interpelle particulièrement. Le saumon nage vers l’est en direction de l’Alaska, le thon vient des côtes japonaises. Pour l’instant, les pêcheries des environs de Fukushima ont été fermées. Ken Buesseler, responsable de l’équipe de chercheurs en radiochimie qui vient de terminer une mission au large de Fukushima, indique clairement que nous en savons encore assez  peu sur les conséquences de l’accident sur l’écosystème marin, mais l’augmentation incessante du flux d’eau contaminée dans l’océan est inquiétante.

 

Les Japonais ont, au fil de milliers d’années, tissé avec la mer des liens profonds et uniques. Mais au cours des deux dernières années, nous avons modifié à tout jamais cette relation dont nous avions hérité. Nous ne pouvons pas vraiment concevoir les conséquences sur ce monde que nous connaissons mal. En tant que locataires de la planète, les Japonais et les hommes en général n’ont absolument pas le droit de polluer comme nous l’avons fait.

 

Cette crise de l’eau contaminée n’est qu’un problème parmi tant d’autres qui peuvent encore se produire. Nombre de scientifiques ont formulé le scénario-catastrophe qui pourrait affecter Fukushima : Quatre réacteurs nucléaires ont été endommagés par le tsunami et le séisme de 2011. Trois d’entre eux n’ont pas pu être réparés du tout à cause des taux de radioactivité et le quatrième contient l’équivalent de dix fois la radioactivité émise par Tchernobyl. L’écroulement d’un des réacteurs engendrerait  une catastrophe mondiale. La fréquence des séismes dans la région et les dégâts structurels soufferts par les réacteurs augmentent la probabilité d’un tel événement.

 

Crise. Catastrophe. Les mots que j’ai choisis reflètent l’urgence de la situation.

 

Toutefois, il suffit de jeter un œil sur le programme du Premier ministre Abe pour constater qu’au Japon les affaires continuent comme si de rien n’était. Quoiqu’il ait été critiqué récemment pour sa manière de gérer la crise (certains ont protesté, estimant que Tokyo ne devrait pas maintenir sa candidature pour accueillir les Jeux olympiques de 2020), la position de force de M. Abe lui a permis de poursuivre sa politique sans changer de cap.

 

Le Premier ministre devrait plutôt mettre à profit une indépendance politique chèrement acquise pour faire face à la crise. Il a aujourd’hui l’opportunité de dépasser cet orgueil japonais débilitant en demandant le meilleur soutien technique et toute l’expertise dont disposent les autres pays. Il ne fait aucun doute que le monde viendrait sans tarder au secours du Japon. Demander cette assistance devrait donc être la toute première priorité du gouvernement de M. Abe. Ce serait d’ailleurs une bonne manœuvre politique. Comment en effet bâtir une économie japonaise forte quand l’une des principales exportations du pays est la radioactivité ?

 

En fait, j’ai du mal à imaginer que le plus grand souci du Premier ministre ne soit pas d’empêcher d’autres catastrophes : des réservoirs qui fuient, une rupture d’alimentation dans une des piscines de refroidissement, un autre mégaséisme. Je pense qu’il a pris la mesure de l’énormité du défi et du risque de catastrophe. Mais sans solution claire pour gérer les réacteurs endommagés et l’eau souterraine contaminées dans les dix années à venir, M. Abe tente de détourner l’attention publique en se concentrant sur les Jeux olympique de 2020. Avec une telle stratégie, il ne peut qu’espérer que la prochaine crise ne surviendra pas durant son mandat.

 

Le seuil que se fixent les gouvernements pour agir est ridiculement élevé. Surtout aux États-Unis. Les autorités arguent de l’incertitude des données scientifiques, disant qu’il nous faut davantage de preuves avérées. C’est faire preuve de négligence. Le gouvernement a une capacité unique d’accès aux ressources ; il peut intervenir de façon précoce et prendre des mesures de précaution dans l’intérêt public. L’Allemagne, la Russie, la France et l’Angleterre pourraient certainement aider, mais les États-Unis disposent de certains des meilleurs moyens technologiques et des meilleurs experts en matière de science, d’ingénierie et de santé. Le Japon doit leur demander assistance pour endiguer le flux d’eau  et stabiliser les quatre réacteurs endommagés. Les dirigeants américains et japonais doivent bien prendre conscience que l’irréversibilité d’une grosse catastrophe nous infligerait des taux d’irradiation et d’autres risques sanitaires pour au moins plusieurs centaines d’années.

 

Un homme politique peut éluder ses responsabilités du fait même que son mandat est limité dans le temps, mais nous, la population, ne pouvons éviter les risques sanitaires qui s’ensuivent. En tant que Japonais, nous ne voulons pas être reconnus comme ceux qui ont abîmé le Pacifique de façon irrémédiable. Et en tant qu’Américains, nous ne voulons pas subir les effets de cette crise. En tant qu’être humains, nous ne voulons pas voir l’Océan pacifique pollué. Mais si nous laissons le Premier ministre Abe préférer la richesse à la santé, nous joignons de façon indissoluble notre sort à celui que lui réserveront les livres d’Histoire.

 

Le Japon doit ravaler sa fierté nationale et demander aux pays étrangers de mettre à disposition leurs meilleurs cerveaux et leurs meilleures technologies pour sauver le Japon et le monde.

 

 

Akio Matsumura, le 3 septembre 2013

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 14:33
Fukushima : appel à l’aide à Luc Oursel (AREVA), Henri Proglio (EDF), Pierre-Franck Chevet (ASN), Bernard Bigot (CEA) et Jacques Repussard (IRSN)

Messieurs les promoteurs de l’énergie nucléaire,

 

Avez-vous entendu l’appel au secours international lancé par l’électricien Tepco et par le gouvernement japonais il y a quelques jours ? Cet appel s’adresse à vous, experts nucléaires, pour trouver une solution rapide à l’urgence actuelle.

 

Quelle est cette urgence, alors que l’arrêt à froid a été déclaré en décembre 2011 ?

 

Depuis deux ans et demi, nous sommes témoins impuissants de ce qui se passe à Fukushima. 3 cœurs fondus, 3 coriums perdus, 3 enceintes de confinement percées, 3 explosions atmosphériques, 3 piscines de combustible en position instable. A la limite, on aurait encore pu espérer qu’une fois le nuage passé, les coriums refroidis et les piscines vidées de tout combustible, tout était maîtrisé. Mais on est loin d’une stabilisation de la situation. On se retrouve plutôt proche d’un clash.

 

Peut-être étiez-vous en vacances et n’êtes vous pas au courant des évènements de cet été car je n’ai pas encore vu – excepté sur le site de l’IRSN qui affirme que la situation ne s’aggrave pas – la moindre réaction de votre part après la reconnaissance officielle d’un flux continu de plusieurs centaines de m3 d’eau hautement radioactive se déversant directement dans l’océan Pacifique !

 

La communauté internationale ne semble pas avoir pris la mesure du problème. Pourtant, un cap irréversible a été franchi : Fukushima, même si on s’en doutait fortement, est devenu officiellement une fabrique internationale de radionucléides dont personne ne maîtrise le mécanisme.

 

Personnellement, je ne suis pas expert nucléaire, alors que vous, si. C’est donc bien à vous que Tepco s'adresse. Il vous appartient donc de réagir rapidement puisqu’il s’agit d’une urgence nucléaire reconnue par la NRA, l’agence de régulation nucléaire japonaise.

 

Si on ne trouve pas de solution rapide, le combustible et les produits de fission contenus dans les trois coriums perdus – soit 250 tonnes – vont se déverser en continu durant des dizaines d’années dans l’océan Pacifique. Certes, ils se diluent, mais ils ne disparaissent jamais et entrent dans la chaîne alimentaire mondiale, avec les effets de concentration que vous connaissez.

 

Vous, promoteurs de l’énergie nucléaire, avez maintenant l’obligation morale de trouver une solution immédiate pour arrêter cette contamination constante. Il est urgent que vous répondiez maintenant au SOS de Tepco, car chaque particule radioactive lâchée dans l’environnement va parcourir la terre durant des centaines d’années, voire des milliers pour certaines, et affecter les êtres vivants.

 

Personne, depuis deux ans et demi, n’a encore trouvé de solution à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Si vous et l’armée d’experts français que vous dirigez – les meilleurs au monde selon vous puisqu’aucun accident nucléaire n’est encore arrivé dans l’Hexagone – n’avez de solution immédiate à fournir au Japon, alors prenez les mesures immédiates pour arrêter le nucléaire en France, car aucune de vos centrales nucléaire n’est plus sûre que celle de Fukushima.

 

Le plus gros problème est qu’il semble que vous n’ayez pas de solution. On ne vous entend pas. Votre silence cache votre désarroi. Vous vous cachez derrière vos hautes fonctions car vous n’avez pas de solution à apporter contre la pollution continue de la planète.

 

Soyez responsables, ayez du courage, reconnaissez que la bataille est perdue, afin de sauver ce qui est encore sauvable. Informez les hommes et les femmes politiques sur les conséquences du rayonnement alpha du plutonium dans nos cellules. Faites en sorte qu’ils prennent conscience de l’urgence présente afin qu’ils engagent immédiatement notre société dans une reconversion énergétique. Nous avons besoin de vos dizaines de milliers d’employés pour que le danger atomique reste confiné. Mais nous n’avons plus besoin de cette énergie nucléaire qui nous met en constant danger de maladie et de mort.

 

L’avenir de l’humanité est encore entre vos mains : s’il vous plait, trouvez une solution immédiate à l’urgence de Fukushima, ou arrêtez immédiatement le nucléaire.

 

Si cela est trop difficile pour vous, alors s’il vous plait, démissionnez de vos postes de responsabilité car, dans ce cas, vous n’êtes plus en mesure de protéger vos concitoyens.

 

 

 

Pierre Fetet

 

 

 

Edit du 7/09/13 :

Un lecteur m'a fait remarquer que le patron du CEA n'est pas Yves Bréchet, mais Bernard Bigot. J'ai donc changé le titre en conséquence. Yves Bréchet est Haut-commissaire à l'énergie atomique, c'est à dire conseiller du CEA, du gouvernement, etc...d'un point de vue scientifique. Mais comme il est expert en nucléaire, je pense que l'appel de Tepco s'adresse également à lui.

 

L’homme est sans défense face à la radioactivité. Aucun de ses sens n’est en mesure de la percevoir. Il ne ressent pas la radioactivité qu’il subit. La radioactivité n’éveille en nous aucune alerte. La radioactivité se joue de notre instinct de conservation. Bien qu’on en meure, aucune douleur d’aucune sorte ne nous avertit de l’agression ponctuelle soufferte, nous invite à nous éloigner des lieux.

Paolo Scampa, La chambre à gaz atomique. Traité de physique sur la contribution des essais nucléaires à la contamination finale de l’atmosphère, éditions V.F.F. Research Institute “ Mare Nostrum “ e.V. , Wildon, 2011, p. 48

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 16:34
Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

La deuxième intervention du Symposium de New York sur Fukushima est celle de Hiroaki Koide. Depuis plus de 40 ans, ce scientifique japonais n'a cessé de lancer des avertissements sur les dangers de l'énergie nucléaire. Deux ans et demi après le début de la catastrophe de Fukushima, l’électricien Tepco et l’état japonais sont totalement démunis devant l’eau radioactive se déversant en continu dans l’océan Pacifique et ce simple aveu d’impuissance face à l’horreur nucléaire donne ainsi raison à son combat.

.

[Cet article fait suite à Naoto Kan - Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima]

__________________

 

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Fukushima Daiichi :

un compte rendu chronologique de la catastrophe

 


par Hiroaki Koide

Master en génie nucléaire
Professeur adjoint à l'Institut de Recherche de l'Université de Kyoto
Expert en sécurité & gestion des déchets nucléaires

 

 

Bonjour à tous.

Merci de vous réunir aujourd'hui pour discuter de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. J'aimerais vous communiquer quelques-unes de mes réflexions sur cette catastrophe.

Au Japon, il y avait 54 réacteurs nucléaires à la date du 11 mars 2011. La première centrale électrique du Japon a été l'unité 1 de Tokai, qui a été fournie par le Royaume-Uni en 1966. D'autres centrales nucléaires ont été installées, à Tsuruga et Mihama en 1970. Puis la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été fournie par GE [General Electric] aux États-Unis. Elle avait été exploitée pendant près de 40 ans quand elle a été frappée par l'énorme séisme et le tsunami, le 11 mars 2011.

 

Fondamentalement, une centrale nucléaire est une installation dans laquelle l'énergie électrique est produite à partir de l'énergie libérée par la fission nucléaire de l'uranium. Lorsque l'uranium subit une fission, des produits de fission s'accumulent dans le cœur du réacteur nucléaire. Parce que ces produits de fission sont des matériaux radioactifs, ils ont la propriété fondamentale de produire de la chaleur par eux-mêmes.
 

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Après que la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ait été frappée par le tsunami et le tremblement de terre le 11 mars, elle a perdu sa capacité à produire de l'électricité et à recevoir de l'électricité de l'extérieur.

 

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Et les générateurs diesel d'urgence ont été emportés par le tsunami.

Travailleurs luttant avec des lampes-torches
Travailleurs luttant avec des lampes-torches

Travailleurs luttant avec des lampes-torches

La centrale a été forcée à être dans une situation où elle ne disposait plus d'électricité en interne.

 

Toutefois, les matières radioactives accumulées dans le cœur du réacteur ont continué à générer de la chaleur, et par conséquent, le cœur du réacteur allait fondre s'il n'était pas refroidi. C'est essentiellement le sort de toute centrale nucléaire.

Afin de refroidir le cœur d'un réacteur, il faut de l'eau de refroidissement. Afin de faire circuler l'eau de refroidissement, il faut une pompe. 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Afin de faire fonctionner une pompe, il doit y avoir de l'électricité.

 

Cependant, toutes les sources électriques avaient été perdues et les pompes ne fonctionnaient pas, et personne ne pouvait apporter de l'eau pour refroidir les cœurs des réacteurs.

 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Sur un total de 6 réacteurs nucléaires qui existaient au sein de la centrale de Fukushima, seules les unités 1, 2 et 3 étaient en service. Au moment où ces unités 1, 2 et 3 produisaient une chaleur féroce, elles ont été frappées par le séisme et le tsunami, et même si l'arrêt automatique de la réaction de fission nucléaire a fonctionné, le dégagement de chaleur par les matières radioactives elles-mêmes n'a pu être stoppé ; c’est ce que nous appelons "la chaleur résiduelle".


Tout cela a conduit à la fusion des cœurs des réacteurs dans les unités 1 à 3.

Maintenant, je voudrais que vous visualisiez le cœur d'un réacteur nucléaire qui est constitué d'une céramique - céramique et uranium frittés. C'est semblable aux tasses à thé et aux plats que vous utilisez tous à la maison.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Ils disent que c'est devenu trop chaud et que cela a fondu. Maintenant, les gens ordinaires ne peuvent pas faire fondre des tasses et des plats. C'est difficile à imaginer. La céramique à base d'uranium ne fond pas à moins que la température ne dépasse 2800 ° Celsius. Mais elle a fondu. Il y avait environ 100 tonnes  de céramique à l'uranium fritté  dans le cœur du réacteur nucléaire, et ça a fondu.

La partie contenant le cœur du réacteur est une cocotte-minute en acier que l'on appelle "cuve sous pression du réacteur".  L'acier fond à 1400 ° - 1500 ° Celsius. La céramique à l'uranium fritté qui avait dépassé 2800 ° Celsius est tombée sur le fond de cette cocotte-minute. Elle a rapidement traversé le fond de la cuve sous pression. Le cœur fondu du réacteur est ensuite tombé sur le sol de l'enceinte de confinement du réacteur, qui confine la radioactivité et est le dernier rempart de protection.

 

Cependant, la cuve du réacteur a continué à céder à différents endroits, l'un après l'autre. D'où la perte du rempart de protection qui assure le confinement des radiations. La radioactivité a commencé à être libérée dans l'environnement.

Au même moment, l'hydrogène qui a été généré lorsque le cœur du réacteur a fondu a provoqué une explosion, qui a soufflé le bâtiment lui-même.

 

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

Je pense que la matière radioactive césium 137 était la plus dangereuse de celles  dispersées par la bombe atomique d'Hiroshima. La quantité de césium 137, qui a été libérée dans l'atmosphère par les unités 1 à 3 était de 168 fois celle de la bombe atomique d'Hiroshima, selon le rapport du gouvernement Japonais à l'AIEA, une organisation internationale qui promeut l'énergie nucléaire.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Je pense pour ma part que c'est probablement une sous-estimation, et que deux ou trois fois ce montant, soit 400 à 500 fois la quantité de césium 137 de la bombe atomique d'Hiroshima a déjà été dispersée dans l'atmosphère.

 

Dans le même temps, les matières radioactives qui ont été dissoutes dans l'eau ont coulé dans le sol, puis sont arrivées dans l'océan. Je crois que presque la même quantité de matières radioactives rejetées dans l'air a probablement coulé dans l'océan.

Je pense que vous tous ici présents ce jour savez que le Japon appartient à la zone appelée zone tempérée de l'hémisphère Nord. Dans cette zone, les vents d'Ouest soufflent d'Ouest en Est. La centrale nucléaire de Fukushima est située sur la côte du Pacifique dans la région du Tohoku, et à l'Est, il n'y a que la mer.

Lorsque le vent souffle de l'Ouest, la quasi-totalité des matières radioactives rejetées par la centrale de Fukushima Daiichi partent vers l'Est, au-dessus de l'Océan Pacifique. Cependant, parce que c'est un vent, parfois il souffle à l'Est et par moments c'est un vent du Sud ou un vent du Nord. Pour cette raison, les régions du Tohoku et du Kanto au Japon ont été extrêmement contaminées par les radiations.

 

Les gens qui vivaient au sein d'une zone d'environ 1 000 kilomètres carrés (390 miles carrés) autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont été forcés d'évacuer par le gouvernement Japonais. Plus de 100 000 personnes ont perdu leurs villes natales, leurs maisons, leurs voisins, et vivent en exil. Et, si les lois du Japon avaient été strictement observées, les zones où le sol est contaminé à plus de 40 000 Bq par mètre carré seraient désignées comme étant des zones contrôlées. Cependant, les zones contaminées allaient jusqu'à 20 000 kilomètres carrés (7 700 miles carrés), ce qui signifie qu'une vaste zone dans les régions du Tohoku et du Kanto aurait dû être évacuée.

 

Face à une telle réalité, le gouvernement Japonais a décidé qu'il ne serait jamais en mesure d'aider les gens dans ces zones contaminées, et que les gens seraient abandonnés et laissés là. A ce jour, environ 10 millions de personnes ont été laissées dans des zones qui auraient dû être désignées comme zones contrôlées, et elles sont exposées quotidiennement à une radioactivité continuelle.

Ensuite, vous pourriez demander si la catastrophe de Fukushima a pris fin, mais ce n'est pas le cas.

Le 15 mars 2011, il y a eu une explosion dans le bâtiment du réacteur n° 4, qui était situé juste à côté des réacteurs n ° 1, 2 et 3 et était hors service au moment de la catastrophe du 11 mars. Parce que le réacteur n° 4 n'était pas en exploitation, toutes les barres de combustible qui avaient été dans le cœur du réacteur avaient été transférées dans la piscine à combustible usé dans le bâtiment réacteur.

 

Il y avait 548 assemblages de combustible dans le cœur, mais la piscine du combustible détient 1 331 assemblages de combustible, soit 2,5 fois le nombre d'assemblages de combustible qui auraient dû être dans le cœur du réacteur. À l'heure actuelle, ils sont au fond de la piscine à combustible usagé, qui est pleine de produits de fission.

 

Je pense que ce combustible au fond de la piscine de combustible usé contient en césium 137 l'équivalent de plus de 10 000 bombes atomiques d'Hiroshima. Le bâtiment du réacteur nucléaire, qui a été détruit par l'explosion, est toujours exposé à l'environnement, même aujourd'hui, et il y a des répliques presque tous les jours, dans les environs de la centrale nucléaire de Fukushima.

 

Si une autre réplique importante avait lieu, le bâtiment du réacteur subirait d'autres dommages, et si la piscine à combustible devait s'effondrer, il deviendrait impossible de refroidir le combustible usagé. Je crains que beaucoup plus de matières radioactives que relâchées jusqu'à présent ne seraient expulsées dans l'environnement.

 

TEPCO est bien sûr conscient du danger et a continué à travailler pour enlever le combustible de la piscine à combustible usé et le transférer à l'endroit le plus sûr dès que possible, mais TEPCO estime que cela prendra plusieurs mois, probablement jusqu'à la fin de cette année, avant de pouvoir enfin commencer à retirer le combustible usagé. J'espère qu'il n'y aura pas de tremblement de terre avant cela.

 

Même s'il n'y a pas de tremblement de terre et qu'ils peuvent commencer l'enlèvement, ce sera un travail difficile. Je ne suis pas sûr qu'ils puissent vraiment retirer les 1 331 assemblages de combustible irradié en toute sécurité. Je pense que de nombreux autres  travailleurs seront exposés à des radiations dans ce processus.

 

Le Japon a choisi l'option d'utiliser l'énergie nucléaire, mais cette option impose un terrible fardeau à la nation, jette les personnes vivant autour de la centrale nucléaire dans un profond désespoir, et oblige de nombreux travailleurs à s'engager dans une lutte désespérée pour mettre fin à la catastrophe.

 

Mais, malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière dans le temps. Je dois vivre dans un monde contaminé. J'espère pouvoir faire ce que je peux pour mettre un terme à la catastrophe dès que possible, et diminuer le nombre de personnes exposées aux radiations, en particulier les enfants, même en petits nombres.

 

Toutefois, le Japon a eu recours à la production d'énergie nucléaire pendant longtemps. Les gens dans les sphères politiques et économiques persistent à dire que le Japon ne survivrait pas si la production d'énergie nucléaire prenait fin. Cependant, même les données du gouvernement japonais lui-même montrent clairement qu'il n'y aurait pas de problème d'alimentation électrique si le Japon venait à abolir l'ensemble de ses centrales nucléaires.

 

J'espère abolir totalement toutes les centrales nucléaires au Japon dès que possible. Je pense que ceux dans les domaines politique et économique et ceux qui ont dirigé le Japon devraient faire un effort pour étudier la nature destructrice de l'énergie atomique, et guider la nation comme de bons dirigeants en faveur de l'abolition des centrales nucléaires.

 

Dans le même temps, vous tous réunis ici aujourd'hui depuis le monde entier devez relever vos propres défis dans vos pays respectifs. Nous avons besoin de vos efforts afin qu'une plus grande tragédie encore ne se produise pas.

 

Merci beaucoup.

Enregistré et édité par Intertelemedia, Inc

Traduction en anglais par Kazko Kawai en coopération avec Voices for Lively Spring

Sous-titré (en Anglais) par East River Films Inc

Traduction & transcription française par kna60 / kna-blog.blogspot.com

 

 

Article de Kna60 sur son blog

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:36

C’est très difficile de suivre tout ce qui se passe à la centrale de Fukushima Daiichi. A ma connaissance, un seul veilleur réalise ce travail de manière continue et quasi exhaustive, c’est Iori Mochizuki, qui présente quotidiennement le résultat de ses recherches sur son blog Fukushima Diary. C’est une source fondamentale pour l’ensemble des veilleurs de Fukushima car il va chercher les documents à la source japonaise Tepco et les analyse et diffuse en anglais. Merci à Iori pour ce travail immense de restitution qui nous permet de mieux suivre les évènements et à Mimi Mato pour les traductions en français !

 

Incendie à la centrale

Un feu involontaire de déchets a eu lieu près d’un incinérateur à la centrale de Fukushima Daiichi début juillet 2013.

 

Voir Fukushima (57)

Débit de l’eau de la nappe phréatique

Selon une image originale en japonais (Tepco), traduite en anglais (Tepco), voici une traduction française de ce schéma montrant que la nappe phréatique passant sous la centrale est de 1000 m3/jour. Le gouvernement prétend que seuls 300 m3 d’eau contaminée rejoint l’océan chaque jour.

 

Le jeu des différences : cherchez l’erreur !
Le jeu des différences : cherchez l’erreur !

Le jeu des différences : cherchez l’erreur !

Les fondations des citernes ne sont pas en béton armé

D’après les photos que Tepco a publiées, la base de béton semble fissurée par le tassement du terrain. Pas étonnant qu’il y ait des fuites… Chaque citerne contient 1 000 tonnes d’eaux extrêmement radioactives. Tepco a déjà constaté officiellement 300 m3 de fuite, mais cela pourrait être beaucoup plus, par un jeu subtil de vases communiquant.

En savoir plus sur les fuites

 

Des fissures…

Des fissures…

… du coup, ça fuit sous les cuves (source Tepco). Il y a 350 cuves de ce type sur le site.

… du coup, ça fuit sous les cuves (source Tepco). Il y a 350 cuves de ce type sur le site.

Inspection du réacteur 4

Tepco a à nouveau visité la piscine de désactivation n°4 contenant des centaines de tonnes de combustible usé à 30 m de hauteur.

 

Voir Fukushima (57)
…ainsi que la cuve du réacteur. On voit par exemple sur cette image le haut des barres de contrôle qui apparaissent en fond de cuve.

…ainsi que la cuve du réacteur. On voit par exemple sur cette image le haut des barres de contrôle qui apparaissent en fond de cuve.

Tepco propose une vidéo de cette inspection (cuve, enceinte, piscine).

Inspection au réacteur 2

Tepco a réalisé une nouvelle inspection de la base de confinement du réacteur 2 en diffusant une nouvelle vidéo

Simply Info en propose une galerie de photos ici , mais on n’a toujours pas compris ce qui s’est produit dans ce réacteur et pourquoi il pollue autant.

 

Voir Fukushima (57)

Corium et tore

Voici une photo de l’intérieur de la piscine torique (en forme d’anneau) d’un réacteur de type GE Mark I, à vide. C’est dans cette piscine torique qu’aurait eu lieu une explosion dans le réacteur n°2 le 15 mars 2011.

 

Voir Fukushima (57)

Le site http://www.houseoffoust.com/fukushima/corium/corium.html présente une hypothèse très vraisemblable de sortie du corium, par un tuyau reliant la base de l’enceinte de confinement à la piscine torique. Dans ce cas, le corium n’aurait plus que 2,70 m de béton à traverser au lieu de 10,30 m pour quitter définitivement tout contrôle humain et rejoindre le sous-sol géologique et la nappe phréatique.

 

Voir Fukushima (57)

Explosion du BR3

Après le nettoyage de la surface technique du bâtiment réacteur 3, le pont roulant qui s’est effondré en mars 2011 à l’emplacement même de la bouche du réacteur est visible. On remarque qu’une explosion a endommagé ce pont roulant près de l’endroit où l’on observe depuis juillet des dégagements de vapeur. Un trou dans la tôle montre qu’une explosion ou qu’un objet propulsé à cet endroit a replié la tôle vers l’extérieur. Ce qui signifie que la pression venait de dessous. La longueur du trou est estimée à 3,50 m. Qu’est-ce qui a pu traverser ainsi le pont roulant avec une telle violence ?

 

Par quoi a été provoqué ce trou ?

Par quoi a été provoqué ce trou ?

Voir Fukushima (57)

Un morceau du BR3 ?

Le 20 juin puis le 2 juillet 2013, des débris fortement radioactifs ont été découverts dans le lit asséché d’une rivière de Nahara. Bizarrement, c’est Tepco qui a récupéré ces débris pour analyse, alors qu’ils se trouvaient à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Leur débit de dose est de 3,4 millisieverts par heure. Ils pourraient provenir de l’explosion d’un bâtiment réacteur en mars 2011.

source

 

Voir Fukushima (57)
Voir Fukushima (57)

Photos aériennes

La centrale de Fukushima Daiichi au mois d’août 2013 (source : presse japonaise)

 

Vue de la mer : côté port. Sur cette image, on voit le mur d'acier en construction qui devait empêcher la contamination du Pacifique

Vue de la mer : côté port. Sur cette image, on voit le mur d'acier en construction qui devait empêcher la contamination du Pacifique

Vue de l'ouest

Vue de l'ouest

Congélateur géant

Tepco veut créer un mur de glace autour des quatre réacteurs pour stopper la contamination de la nappe phréatique et de l’océan. La réalisation d’une enceinte autour de la centrale a toujours été refusée par Tepco car trop chère. Aujourd’hui, au lieu de choisir une solution solide permanente, le gouvernement s’engage à financer ce congélateur géant de 1,6 km de long sur 20 à 40 m de profondeur. Ce genre d’ouvrage gigantesque n’a jamais été réalisé, sauf virtuellement dans une série de science fiction, Game Of Thrones. Il faudra une production faramineuse d’électricité pour geler le sol, et bien sûr, comme ce sera un superbe objet technologique, il tombera en panne. En attendant le clash, à qui profitera cette nouvelle mauvaise solution ?

 

Le mur prévu

Le mur prévu

Le mur de glace de la série Game Of Thrones

Le mur de glace de la série Game Of Thrones

Images d’artistes sur la contamination

par Carlos Ayesta et Guillaume Bression/Trois8

Voir toutes les œuvres à la source

Voir Fukushima (57)

David contre Goliath

Superbe et touchante photo de Naoto Matsumura, prise par le photoreporter Koji Harada.

En arrière-plan, la centrale maudite.

Voir Fukushima (57)

Carte de l’iode 131

Des chercheurs, dirigés par Yasuyuki Muramatsu, un professeur de chimie analytique à l'Université Gakushuin, et Hiroyuki Matsuzaki, un professeur en génie appliqué à l'Université de Tokyo, ont estimé la quantité d'iode-131 déposé dans le sol en fonction de la concentration dans le sol de l'iode-129, à 400 endroits à moins de 80 kilomètres de l'usine. Le groupe de recherche en a réalisé une carte dont les données datent du 14 juin 2011. Cette carte montre que les niveaux d’iode-131 étaient relativement élevés dans les zones au nord-ouest de la centrale, ainsi que sur des sites au sud de l'établissement.
source

 

Voir Fukushima (57)

Autres cartes

Des scientifiques chinois ont modélisé la diffusion du césium dans le Pacifique. Une reconcentration est possible à l’approche de l’Amérique en 4 ans.

 

Voir Fukushima (57)

Le même genre d’étude a été menée par une équipe de l’université de Hawai et tombe à peu près sur les mêmes conclusions : les côtes de l’Amérique du Nord finissent par se trouver plus polluée que celles du Japon.

(source)

 

Voir Fukushima (57)

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 23:28
Naoto Kan - Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima

A l’occasion du second anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, un symposium s’est tenu à l'Académie de Médecine de New-York les 11 et 12 mars 2013. Organisé par la Fondation Helen Caldicott et coparrainé par Physicians for Social Responsibility (Médecins pour une Responsabilité Sociale), ce symposium est intitulé « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Un groupe d'éminents scientifiques internationaux dans les domaines de la médecine et de la biologie, des ingénieurs nucléaires et des experts en politique ont ainsi présenté des exposés et discuté des conséquences bio-médicales et écologiques de la catastrophe de Fukushima.

Malgré la grande qualité des interventions, cet évènement international consacré à la catastrophe nucléaire la plus grave de l’Histoire est passé quasiment inaperçu dans les médias. Suite à ce constat, une vingtaine de citoyens européens se sont mobilisés pour réaliser des traductions françaises et allemandes afin de diffuser les communications sur la toile. Mais la tâche est colossale. Il n’y a pas moins de 23 conférences à transcrire et traduire. Au jour d’aujourd’hui, la moitié de la tâche est déjà accomplie et je voudrais remercier chaleureusement tous les transcripteurs, traducteurs et relecteurs qui réalisent ce travail bénévolement. Par ailleurs, le formidable travail réalisé par Kna60 permet de suivre ces conférences en vidéos sous-titrées en français sur son blog. Qu’il en soit également ici remercié.

 

Le blog de Fukushima se propose de diffuser les textes et les vidéos des conférences traduites. Commençons par la première intervention de la première journée, il s’agit de l’intervention de Naoto Kan, filmée du Japon car l’ex Premier Ministre n’avait pu se rendre aux Etats-Unis.

 

 

__________________

Symposium de New York, 11-12 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima

 

par Naoto Kan

Membre de la Chambre des Représentants

Ancien Premier Ministre du Japon

 

 

Bonjour à tous. Je suis Naoto Kan.

 

J'étais Premier Ministre du Japon lorsque la catastrophe nucléaire de Fukushima s'est produite en 2011.

 

J'étais invité au symposium organisé par la fondation Helen Caldicott, mais je n'ai pu m'y rendre en personne. À la place je vous envoie ce message vidéo pour vous dire ce qui s'est passé durant cette période.

 

La catastrophe nucléaire de Fukushima le 11 mars 2011 a résulté de deux causes majeures.

 

Inutile de le dire, la cause première a été la coupure totale de courant à Fukushima Daiichi, causée par l'énorme séisme et tsunami, les plus forts jamais survenus dans l'histoire du Japon. Toutefois, il y avait effectivement une autre cause majeure.

Une telle coupure totale de courant et un tsunami aussi puissant n'ont jamais été anticipés. Aucun préparatif à une telle situation n'a jamais été fait en termes d'installations physiques ou de structure de la communication au sein du gouvernement. C'était, en d'autres termes, une cause d'origine humaine.

 

Ce furent les deux causes qui ont conduit à ce désastre nucléaire majeur.

 

Au soir du 11 mars, environ 8 heures après le tremblement de terre, l'unité 1 a connu une fusion du coeur et un percement de la cuve. Le combustible nucléaire fondu s'est accumulé au fond de l'enceinte de confinement. Le jour suivant une explosion d'hydrogène s'est produite dans ce réacteur n°1. Les réacteurs n° 1, 2 et 3 ont connu une explosion d'hydrogène puis une fusion, et le réacteur n° 4 a aussi connu une explosion d'hydrogène.

 

Dans cette centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, il y avait 6 réacteurs nucléaires et 7 piscines à combustible usagé, contenant des barres de combustible usé. La centrale nucléaire de Fukushima Daini (n° 2) est située à ~ 12 kilomètres de Daiichi (n° 1). Daini (n° 2) a 4 réacteurs nucléaires et 4 piscines à combustible usagé.

 

Un certain temps après le séisme, ces réacteurs et piscines sont pratiquement devenus incontrôlables. Vers 3 h le 15 mars, TEPCO, via le Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, a demandé le retrait et l'évacuation de ses travailleurs.

 

Si les ouvriers de TEPCO avaient été retirés, il aurait été pratiquement impossible de garder le contrôle de ces réacteurs nucléaires. J'ai pleinement compris que ce serait une opération présentant de grands dangers. Mais j'ai demandé que les ouvriers de TEPCO restent pour faire face à la catastrophe nucléaire malgré que leurs vies puissent être mises en danger. TEPCO a accepté qu'il en soit ainsi.

 

Le 15 mars, la Force d'Auto-Défense a commencé à se préparer à larguer de l'eau dans les piscines depuis les airs. Ils l'ont fait pour la première fois le 17 mars.

Ce fut ma riposte d'alors à la catastrophe nucléaire.

 

Dans l'intervalle, j'ai personnellement examiné, ainsi que des experts, les scénarios du pire. Comme je viens de le dire, il y a un total de 10 réacteurs nucléaires et 11 piscines à combustible dans les centrales nucléaires de Fukushima Daiichi et Daini. Si tous devenaient hors contrôle, fondaient et libéraient des matières radioactives dans l'air et dans l'océan, quelles quantités de matières radioactives seraient libérées dans l'environnement ?

 

Jusqu'à ce moment, Tchernobyl a été la pire catastrophe nucléaire, mais Tchernobyl a résulté d'un accident dans un seul réacteur nucléaire. Si en comparaison, on avait perdu le contrôle de 10 réacteurs et piscines à combustible usagé, l'évacuation d'une zone extrêmement étendue aurait été nécessaire. C'est alors ce qui m'inquiétait le plus.

 

M. Kondo, qui était le président de la Commission à l'Énergie Atomique du Japon, m'a fait remarquer que dans un scénario du pire, les gens dans un rayon de 250 kilomètres pourraient devoir évacuer, et qu'ils ne seraient peut-être pas en mesure de rentrer chez eux pendant 10, 20 ou 30 ans.

 

La métropole de Tokyo est dans cette zone de 250 km. 50 millions de gens, presque la moitié de la population du Japon, vivent là. Si 50 millions de personnes doivent abandonner leurs maisons, quitter leur lieux de travail, ou leur école, ou si des patients hospitalisés doivent quitter leurs hôpitaux, il y aurait beaucoup plus de victimes pendant l'évacuation. Le Japon ne pourrait fonctionner pleinement en tant que nation pendant longtemps.

 

Le Japon était proche de ce scénario extrêmement grave.

 

Finalement nous avons pu minimiser la dispersion de la radioactivité en versant de l'eau dans les réacteurs avant que la situation ne devienne trop critique. Je crois qu'on l'a dû au fait que non seulement l'opération a été habilement gérée, mais que nous avons eu en fait une protection divine.

 

Durant ces opérations, nous avons découvert que dans la politique énergétique nucléaire du Japon jusqu'alors, il n'y avait pas de réglementation suffisante pour forcer les compagnies exploitantes à se préparer à un tsunami, y compris en installant un générateur de secours à une grande hauteur.

 

L'Agence de Sûreté Nucléaire et Industrielle, un organisme dépendant du Ministère de l'Économie, du Commerce & Industrie, était l'autorité qui devait jouer un rôle primordial dans la prise en charge d'un accident dans une centrale nucléaire. Toutefois, les cadres supérieurs de cette agence n'étaient pas des experts en énergie nucléaire. Ils étaient experts en législation ou politiques économiques. Ni eux, ni leurs équipes, n'ont jamais été préparés à un désastre nucléaire de cette ampleur.

 

Mon opinion est que ce manque de préparation en termes d'installations matérielles, le manque de politiques appropriées et de structure du gouvernement ont aggravé la catastrophe.

 

Après avoir vécu cette catastrophe nucléaire, j'ai pensé à la façon de gérer les centrales nucléaires dans le contexte des politiques énergétiques japonaises et mondiales.

Ma conclusion est que la meilleure sécurité dans le nucléaire, c'est de ne pas avoir de centrales nucléaires du tout. En effet, je suis convaincu que ne pas avoir de centrales nucléaires est la plus sûre des politiques nucléaires ou énergétiques.

 

Inutile de dire que si nous pensons au risque extraordinaire de perdre la moitié de notre pays et d'avoir 50% de la population qui doive évacuer, ce problème ne peut pas être résolu par la technologie.

 

En outre, plus fondamentalement, j'en suis venu à penser que l'humanité a commencé à manipuler l'atome, créant des bombes atomiques et des armes nucléaires, puis des centrales nucléaires. Il a été créé une technologie qui ne peut pas coexister facilement avec la vie humaine sur Terre.

 

Quand je considère la future politique énergétique, je me souviens que la race humaine ainsi que toutes les autres créatures sur Terre ont coexisté avec le soleil pendant environ 4,5 milliards d'années. Et le soleil a fourni pratiquement toute l'énergie sur Terre jusqu'à ce jour.

 

Je crois que la future politique énergétique Japonaise et mondiale doit se focaliser sur l'extension de l'utilisation de l'énergie renouvelable, et nous devrions finalement en obtenir toute l'énergie requise sans utiliser l'énergie nucléaire ou les combustibles fossiles.

 

Au Japon, un système de tarif de rachat a été introduit après la catastrophe nucléaire, et les énergies renouvelables, telles que le solaire et l'éolien ont commencé à gagner en popularité à un rythme explosif.

 

D'un autre côté, les problèmes des centrales nucléaires, ça n'est pas seulement un risque potentiel d'accidents. Elles génèrent du combustible usagé, c'est-à-dire des déchets nucléaires. Aucune solution satisfaisante quant à leur élimination sécurisée n'a été trouvée nulle part dans le monde.

 

En particulier, il y a plus de séismes au Japon que nulle part ailleurs dans le monde.

Il est pratiquement impossible de stocker ici et sans danger des déchets nucléaires à long terme. De plus, l'idée classique selon laquelle l'énergie nucléaire est la moins chère a été radicalement mise à mal.

 

Bien sûr, il y a de nouvelles sources d'énergie, y compris le gaz de schiste, et il est devenu évident pour tous que l'énergie nucléaire n'est jamais bon marché en termes de coûts de retraitement ou de gestion des déchets.

 

Je pense que les centrales nucléaires ne sont pas et ne seront jamais justifiables économiquement, et n'existeront pas dans le futur. De nombreux experts et politiciens au Japon pensent toujours que l'énergie nucléaire est bon marché. Mais je crois qu'il deviendra plus clair qu'un tel raisonnement est erroné.

 

En ce sens, je crois que l'énergie nucléaire n'a existé que comme source d'énergie de transition, temporaire, et que cette technologie n'existera pas et ne devra plus exister au siècle prochain.

 

Je voudrais que vous compreniez tout à fait que, si la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon a en effet résulté du séisme et du tsunami, des erreurs humaines où des personnes qui ont négligé de réaliser les préparatifs appropriés sont aussi entrées en jeu ; et je vous en serais reconnaissant si vous vouliez prendre cela en considération pour déterminer la future politique énergétique.

 

Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre à New York aujourd'hui, mais je vous ai offert mes expériences et réflexions par ce message vidéo.

 

Merci beaucoup à tous pour votre attention.

Enregistré & édité par Intertelemedia, Inc

Traduction anglaise par Kazko Kawai avec Voices for Lively Spring

Sous-titré en anglais par East River Films Inc

Traduction française par Kna60

Sous-titré en français par Kna60 / kna-blog.blogspot.com

 

Article de Kna60 sur son blog

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 23:57
HORI Yasuo, grand témoin de la catastrophe de Fukushima

Depuis le 11 mars 2011, l’écrivain espérantiste HORI Yasuo a témoigné jour après jour dans un journal dont il a tiré, en avril 2012, un recueil dénommé « Tertrema katastrofo de Japanio 2011 ». Depuis, il n’a pas cessé d’écrire et continue de témoigner en diffusant tous ses écrits en espéranto sur le site satesperanto. Au début, de nombreux espérantistes ont souhaité partager les témoignages de Yasuo en traduisant en français ses notices, ce qui lui a valu un certain succès ; mais aujourd’hui, seuls deux traducteurs infatigables continuent ce travail régulier car ils considèrent, à juste titre, que les informations données par Yasuo sont importantes et utiles pour comprendre ce qui se passe au Japon.

Yasuo, membre de l'UEA (Association mondiale d'espéranto), vit au Japon dans la préfecture de Gumna. Dans ses textes, il témoigne « des conditions de vie difficiles à la suite de la catastrophe qui a frappé ses compatriotes », décrit « l'entraide des habitants, leurs craintes face à la catastrophe nucléaire qui s'est ajoutée à celle du séisme », comment ils ont dû tout quitter « pour fuir cette région dont le taux d'irradiation devenait dangereux pour leur santé » et montre « les incohérences entre le discours du gouvernement et ce que les gens vivent sur place ». Il reprend parfois des articles de la presse japonaise qui lui semblent importants et commente des visites qu’il fait personnellement, toujours en rapport avec la catastrophe du 11 mars 2011.

 

Cette page reporte les deux derniers rapports de l’écrivain, traduits de l’espéranto en français par Ginette Martin et Paul Signoret. A la suite de cela, ceux qui veulent connaître mieux les écrits de Yasuo trouveront 5 fichiers à télécharger rassemblant les traductions françaises des textes de Yasuo du 16 avril 2012 jusqu’à aujourd’hui, ce qui représente environ 200 pages. Bonne lecture !

 

(autres sources : Ouest-France, Wikipédia, Centre culturel Angevin d’Espéranto)

 

_______________________________________

 

Le 9 août 2013

 

 Je suis parti pour l’Europe le 11 juillet et je suis revenu chez moi le 3 août. Pendant ce laps de temps d’un peu plus de trois semaines se sont produits divers événements ayant trait à la politique énergétique et à l’accident nucléaire.

 

 

Grande victoire pour le Parti Libéral Démocratique

 

Le 21 juillet a eu lieu l’élection générale pour la Chambre des Conseillers. La moitié des conseillers ont été réélus et le Parti Libéral Démocratique (PLD) a triomphé. Ce parti conservateur a presque toujours été au pouvoir au Japon depuis la deuxième guerre mondiale, sauf pendant une courte période, et c’est lui qui a introduit l’énergie atomique dans le pays. En 2009, il a été battu par le Parti Démocratique (PD) qui a formé un nouveau gouvernement. Mais le PD a trahi la confiance que le peuple avait mis en lui et par suite, l’an dernier, il a perdu les élections à la Chambre des députés si bien qu’il est à présent sur le point de disparaître.

Le PLD, qui ne se repend nullement d’avoir introduit l’énergie atomique et qui ne se sent pas coupable de l’accident nucléaire, veut remettre en route le maximum de réacteurs et envisage même, sans état d’âme, d’exporter à l’étranger des réacteurs japonais. Il dispose actuellement de 115 sièges sur un total de 242 membres et, grâce aux coalitions de partis, il pourra gouverner le pays à sa guise. Le résultat de ces élections est un coup terrible pour les opposants à l’énergie atomique.

 Plus de la moitié des gens dans le pays sont opposés à la reprise des réacteurs nucléaires et leurs voix sont allées au Parti Communiste Japonais (PCJ). Ce dernier a vu le nombre de ses sièges passer de six à onze. Comme il exige inébranlablement l’abandon de la politique énergétique nucléaire, il bénéficie du soutien de beaucoup de gens. Et, bien qu’il soit un petit parti, nous espérons qu’il s’opposera aux menées du PLD.  

 

 

Quatre compagnies d’électricité ont demandé la reprise de dix réacteurs

 

Le 8 juillet, lorsque le nouveau critère pour la reprise des réacteurs a été légalisé, quatre compagnies d’électricité ont déposé, auprès de l’Autorité de Régulation Nucléaire, des demandes pour la remise en route de dix réacteurs. Il s’agit de ceux de Tomari n° 1, 2 et 3 dans le district d’Hokkaido (l’île du nord), de Takamaha n° 3 et 4, de Ooi n° 3 et 4 (district de Kansaï, dans l’ouest du Japon), de Ikata n° 3 dans l’île de Shikoku, de Sendaï n°1 et 2, dans l’île de Kyushu. TEPCO, elle aussi, avait l’intention de demander la reprise de réacteurs dans le district de Niigata, mais le gouverneur s’y est fortement opposé si bien que la compagnie a dû renoncer.

Ces dix réacteurs ne répondent pas aux critères. Par exemple, ils ne sont pas encore équipés de ventilateurs avec filtres, mais l’Autorité leur a accordé, pour s’y conformer, un délai de cinq ans, afin qu’ils puissent présenter leur demande.

 

 

300 tonnes d’eau polluée rejetées quotidiennement à la mer

 

TEPCO avait publié une information selon laquelle mille tonnes d’eau  venue de la montagne s’écoulent chaque jour dans la mer et que 400 tonnes de cette eau, transitant par le sol du site de la centrale n° 1 de Fukushima, deviennent radioactives.

Mais l’état-major responsable de la situation de crise nucléaire a, de son côté, fait savoir que, d’après ses propres calculs, 300 des 600 tonnes restantes sont également polluées par les terrains environnant les réacteurs. On ne sait pas de façon claire quand ont commencé ces écoulements, il est donc possible que ce soit dès le moment où a eu lieu l’accident. Le site de la centrale n° 1 est rempli de barils de cette eau. TEPCO envisage d’entourer les installations de murs de terre gelée afin d’empêcher que l’eau n’y pénètre, mais l’efficacité de ces nouveaux murs n’est pas évidente et le problème est qu’il faudra un ou deux ans pour les construire et que l’on n’a jamais dans le passé fait l’expérience à grande échelle de tels murs. TEPCO ne peut en assurer elle-même le financement et le gouvernement a donc décidé  de le prendre à sa charge.

La nouvelle de ces écoulements d’eau polluée dans la mer a provoqué la colère des pêcheurs de Fukushima. Ils avaient essayé de recommencer à pêcher en juin mais ils ne le feront plus.

 

On envisage la construction de murs de terre gelée autour des installations nucléaires

On envisage la construction de murs de terre gelée autour des installations nucléaires

Témoignages d’habitants de Fukushima

 

Les souffrances continuent à Fukushima

 

Mme Sakamoto Joshié, 52 ans, employée dans une maison de retraite

 

« Du fait de l’accident nucléaire, je suis partie de ma ville de Tomioka et j’ai emménagé dans Aidu, ville située dans la montagne. Ma maison à Tomioka est devenue un nid de rats. Les champs sont envahis de mauvaises herbes. Ce lieu de résidence cher à mon cœur, où nous avions élevé nos enfants, est complètement transformé.

Mes parents avaient souffert à cause de la guerre. Pourquoi ont-ils dû, à plus de quatre-vingts ans, quitter leur foyer ? L’État avait provoqué la souffrance des gens par la guerre, puis il a introduit l’énergie atomique pour l’économie et ça a été la misère pour Fukushima..

Quand donc pourra-t-on résoudre le problème posé par l’accident, nul ne le sait. Les travailleurs de la centrale ne cessent de craindre l’exposition aux radiations. Les parents inquiets nourrissent leurs enfants dans des lieux insuffisamment dépollués. Si d’autres réacteurs redémarrent, ces mêmes choses pourront se reproduire partout dans le Japon. »

 

(paru le 15 juillet 2013, dans le journal Asahi)

 

 

Il faut que la responsabilté de l’État et des compagnies électriques soit ajoutée comme condition à la reprise

 

M. Takano Itsuo, 71 ans, sans emploi, habitant le district de Mijaghi

 

« Quatre compagnies d’électricité ont présenté une demande de remise en marche pour dix réacteurs. Le premier ministre Abe a dit que le gouvernement approuverait le redémarrage des réacteurs que l’Autorité de régulation Nucléaire aurait déclarés sûrs.

Qui donc a la responsabilité de l’accident nucléaire ? Les coupables en sont le Parti Libéral Démocratique, qui a introduit l’énergie atomique, et TEPCO, qui n’a pas mis en œuvre les moyens appropriés contre le tsunami. Aujourd’hui encore, 150 000 habitants de Fukushima ne peuvent rentrer chez eux. Leurs demeures sont devenues des nids pour les rats, les sangliers et les singes. Ils ne pourront jamais plus vivre ici comme avant.

Vous qui logez à proximité de réacteurs un peu partout dans le Japon, venez et voyez ce qu’est la réalité de Fukushima. Il faut que le premier ministre Abe ajoute la responsabilité de l’État et des compagnies d’électricité à la liste des conditions exigées pour la remise en marche des réacteurs. »

 

(paru le 17 juillet 2013, dans le journal Asahi)

 

[traduit de l'espéranto par Paul Signoret]

 

 

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Le 10 Août 2013


 

Quand je suis rentré d'Europe, j'ai trouvé une grande enveloppe dans mon stock de courrier. L'expéditeur était M. Kanno Norio. Je ne me souvenais pas de ce nom, mais après avoir ouvert l'enveloppe, j'ai découvert qu'il était le maire de Iitate. Quand a eu lieu l'accident nucléaire, le vent soufflait en direction du nord-ouest, et Iitate malheureusement se trouvait sur la trajectoire de ce vent. Des particules nucléaires ont couvert le village, si bien que tous les villageois ont dû se réfugier ailleurs.

Maintenant, l'administration municipale se trouve dans la ville de Fukushima, ainsi que l'adresse de l'expéditeur. En 2011, j'avais écrit un conte pour enfants "Iitate, mon rêve", que j'avais envoyé à la ville. Sa lettre était une réponse à la mienne. Dans l'enveloppe se trouvait un livre "Des particules nucléaires sont tombées sur un beau village", qu'il a écrit et que j’avais lu il y a déjà longtemps, les copies de ses salutations à diverses occasions et les brochures "Dix nouvelles des plus importantes à Iitate entre 2003 et 2013" et "Choses oubliées des Japonais".

 

Aujourd'hui, je vais traduire cette dernière brochure. "Choses oubliées" signifie ici les "expressions et phrases importantes" que les Japonais ont oubliées au cours de ces dernières années centrées sur la course à l'argent et l'égoïsme. Ce projet a été initié par des élèves de Iitate. Ils ont commencé à rassembler des expressions venues de tout le Japon, et au final le total dépassait 2600. Le Comité des élèves en a choisi 11, le Comité des adultes, 12, et on en a choisi 300 autres. Je vais traduire les 23 premières.


* Malheureusement, il n'y a aucune mention de l'âge ni de l'adresse des auteurs des citations.

HORI Yasuo, grand témoin de la catastrophe de Fukushima

Onze expressions que les élèves ont choisies.


1. On trouve toujours des sakuras sur la planète. (Itsumo tshikjuu ni sakura ari)

Mme Gotoo Yumi : Je veux que les gens qui souffrent de la catastrophe aient une vie heureuse. On trouve toujours des sakuras, donc ayez une vie remplie d'espoir et sans crainte.


 * Photo: dans la ville détruite, les sakuras ont commencé à fleurir, mars 2011.

 

2. "Bon retour chez vous"  et "Je suis rentré à la maison" (Okaéri et Tadaïma, des mots qu'on emploie lorsque les Japonais reviennent à la maison.

M. Ikegaya Reo: C'est très bien qu'on ait un endroit où revenir, c'est-à-dire non seulement un foyer, mais aussi des gens à qui nous pouvons dire ces mots.

 

3. Ensemble .... (tomoni)

        Mme Suzuki Seïna: «Ensemble, efforçons-nous d'aller vers notre but», «Marchons ensemble,", ces mots sont d'une grande banalité, mais je pense qu'ils sont très nécessaires dans le Japon d'aujourd'hui.

 

4. Le possible est sans limite. (Kanouseï wa mugenndaï)
        M. Yamasaki Soodaï: Même si l'on souffre d'une grande catastrophe, quand tous les gens ont une forte volonté de se relever, le possible devient illimité.

 

5. Un Japon fort et généreux. (Tsuyoku yasashii Nihon)

      Mme Oohara Natsuko: Après la catastrophe, des personnes dans tout le Japon ont agi sans cesse pour aider ceux qui souffraient. Grâce à la générosité des Japonais et grâce à la force des gens dans l'épreuve, le Japon se remet debout, c'est pourquoi j'ai choisi ces mots.

 

6. Nous pouvons changer notre avenir. (Ashita wa kaéraréru)

       Mme Ikébé Sayuri: Les lendemains ne se ressemblent pas toujours. Lorsque je change, le monde montre un autre visage. Lorsque je change, les gens autour de moi changent aussi, alors les lendemains changent.

 

7. La route se construit après notre passage. (Aruita atoga mitshi ni naru)

    M. Naganawa Yuudaï : Nous nous remettons constamment debout. Je veux dire que c'est le fait de notre action quotidienne et constante.

 

8. Marchons en regardant vers le haut. (Ué wo muite arukoo)
       M. Utshida Kenitshiroo: Je veux que les victimes ne s'affligent pas, mais marchent avec l'espérance.

 

9. En avant !! Un pas en avant. ( Maé é ! Ippo zennshin )
      Mme Hoshi Yukiko: Pour remettre le Japon debout, avançons sans crainte. Un avenir plein d'espoir nous attend certainement.

 

10. Suivez le nouvel avenir. (Atarashii miraï é tsuzuké)
      M. Takahashi Shuu : N'oublions pas ce sentiment de tristesse et, en nous basant sur lui, dirigeons-nous vers l'avenir.

 

11. En mémoire de ce jour. (Ano hi no kioku)

      Mme Nishikawa Aïri: Il semble que le souvenir de ce jour soit de plus en plus oublié parmi les gens épargnés. Pour qu’il reste présent  dans les mémoires, je veux envoyer ces mots aux générations futures.


    * Mme Nishikawa Aïri est à la tête du comité de l'école.

 

 

12 expressions que les adultes ont choisies


1. Merci du fond du coeur. (Arigatou gozaïmasu)

       Mme Itoo Akiko: Nous devons remercier le cœur de l'homme, beau et chaleureux, qui rend les bienfaits choses quotidiennes. Je ne veux pas oublier ce cœur.

 

2. Grâce à ... (Okage-sama désu)

       Russel Tshiharu: Nous pouvons vivre grâce à la bénédiction de la nature, à l'aide des autres et à notre aide mutuelle constante. N'oublions pas cela!

 

3. Le soleil a des yeux (Le soleil nous voit). (Otentou-sama ga mité gozaru)
     M. Onoda Osamu: La haute moralité des Japonais est née de cette philosophie.

 

4. Quand nous le faisons, nous pouvons le faire. (Naséba naru)
       Mme Hashimoto Yunko: Je crois que lorsque l'on a une forte volonté, on peut fabriquer un avenir plein d'espoir.

 

5. Nous devons nous aider les uns les autres dans les difficultés. (Otagaï-sama désu)
      Mme Tomoda Miyoko: Quand j'entends ces mots prononcés avec modestie, je me sens envahie de chaleur.

 

6. Le bonheur vient à la famille qui sait rire. (waraou kado niwa fuku kitaru)
       Mme Saïtoo Matsuyo: Quand je souris à d'autres, ils me sourient en retour.

 

7. Dieu sait, la terre sait et je sais. (Ten shiru, Tshi shiru, waré shiru)
       Mme Kominé Hisaé: Ne faites pas le mal. Quand j'ai fait du mal, je ne dois pas recommencer.

 

8. Partagez un peu. (Osuso waké)
       Mme Yoshinaga Eïko: (sans commentaire).
    * Lorsque nous recevions un cadeau, cuisions des aliments ou produisions des légumes, etc.,  nous avions l'habitude d'en donner un peu à nos voisins et amis. Après l'accident nucléaire, nous ne pouvions plus le  faire, car nous hésitons à donner quelque chose qui puisse contenir de la radioactivité. Mme Yoshinaga veut que les relations amicales reprennent vie dans notre société.

 

9. L'harmonie est la chose la plus désirable. (wa o motte tootoshi to nasu)
       M. Sékigutshi Seïkoo: Les Japonais estiment au plus haut point l'harmonie. Redonnons-lui sa valeur.
    * Ces mots sont tirés du premier chapitre de la Constitution en 17 chapitres, mise en vers, dit-on, par le  prince héritier Shootoku en 604.

 

10. Sachez être contents. (Taru o shiru)

       Mme Izumi Shizué : Le désir de l'homme est sans limite et nous voulons tous posséder davantage. Dans la société d'aujourd'hui, nous devons savoir être contents.

 

11. Madéi la vie et le cœur. (Madéi na kurashi to kokoro)
       Mme Akiko Kanémitsu: J'ai découvert le mot "madéi" il y a 10 ans. Depuis, ma vie a changé.


* Madéi est un mot local de Fukushima, qui signifiait à l'origine «des deux mains», donc «avec sincérité», «avec soin», «cordialement».

 

12. La connaissance du nouveau à partir de l'ancien. (Oncle Tshishin, 故知 )

      M. Sasaki Ikuo : Afin de bien transmettre le témoin à la prochaine génération,  ayons courage et espoir,  tirons les leçons du passé, et  marchons en avant vers l'avenir.


    * Paroles de Confucius.

 

 

Dans la brochure il y a plus de 300 expressions, mais outre celle-ci "On trouve toujours des sakuras sur la planète" et quelques autres, presque toutes sont de banales expressions de sagesse. Cependant, je crois que, après la catastrophe, ces mots apparemment anodins prennent une signification plus profonde dans le cœur de tous les Japonais.

 

Pour ma part, le mot "sakura" m'a beaucoup impressionné. Lorsque j'ai visité la ville de Ishinomaki dans le district de Miyaghi, trois mois après la catastrophe, dans le quartier complètement désert fonctionnait déjà par miracle un salon de coiffure appelé "Sakura". J’étais si ému que je n'ai pu m'empêcher de pleurer. À coup sûr, la beauté et la noblesse des sakuras s’ancrait déjà au plus profond du cœur des Japonais.

 

[traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN, avec le contrôle de Paul Signoret]

 

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Textes de HORI Yasuo

 

Pour l’an I de la catastrophe, se procurer « Tertrema katastrofo de Japanio 2011 » de Hori Jasuo (Lettre numéro 24 – avril 2012 - Espéranto France). On peut commander ce livre de 165 pages, édité par SAT-MAS, auprès du service de librairie d’Espéranto France. On peut aussi lire le contenu de ces comptes rendus sur le site de l’association SAT : http://www.satesperanto.org/-Marto-.html . Enfin, on peut trouver certains textes de cette première année traduits en français sur des sites espérantistes locaux :

www.esperanto-angers.fr, rubrique accueil / Japon

www.esperanto-provence.org, rubrique tsunami, regroupées par mois en texte déroulant

www.esperanto65.fr, dans la rubrique Fukushima

 

Pour les textes suivants (an II et III), la plupart sont en ligne dans les deux langues sur le site Espéranto-Indre, dans la rubrique « Nouvelles du monde ». J'ai rassemblé les traductions françaises de Paul Signoret en 5 fichiers d’environ 40 pages.

 

Fichiers à télécharger ci-dessous (format pdf)

Interview de HORI Yasuo du 8 janvier 2015 sur la NHK

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Publié par Pierre Fetet - dans Textes de HORI Yasuo
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