24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 21:04

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 13 septembre 2013.

Réfugiés à OKAYAMA

Le 13 septembre 2013

Réfugiés à OKAYAMA

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

 

Après l'accident nucléaire de Fukushima, des habitants de Fukushima, mais aussi des personnes de départements voisins, ont trouvé refuge dans d'autres départements. Le nombre de réfugiés en provenance du département de Fukushima est de 149 949 pour une population totale de 2,1 millions à l'origine (voir la carte ci-dessous). Parmi ceux-ci  95 853 vivent dans d'autres villes du département de Fukushima et 53 960 dans d'autres départements.
Il y a peu de temps un ami d'OKAYAMA, département à l'ouest du Japon, m'a envoyé une brochure sur la vie de ces réfugiés. Je vais la traduire.

 

De quels départements viennent-ils?
1106 personnes se sont réfugiées dans le département d'OKAYAMA après l'accident nucléaire. La plupart sont originaires des départements suivants:
Fukushima: 364
Tokyo: 201
Chiba: 139
Kanagawa: 108
Ibaraki: 102
      Au moment de l'accident nucléaire et après, le vent a suivi plusieurs directions, et il a soufflé aussi vers Tokyo. Les 4 départements cités (dont Tokyo) et mis à part Fukushima, sont situés le long de ces flux de vent, et ont donc été des lieux de radioactivité intense. Beaucoup de mères ont fui vers l'ouest dans la terreur. Mais pour se déplacer et avoir une nouvelle vie ailleurs, il faut pouvoir en prendre la décision et bénéficier d'un ensemble de conditions. Comment les réfugiés dans le département d'OKAYAMA ont-ils pris cette décision et comment vivent-ils maintenant ?

 

Je suis heureuse dans le département d'OKAYAMA
Mme Hashimoto Yôko, est arrivée d'Ibaraki dans la ville d'OKAYAMA(dans le département du même nom) avec un enfant. Son mari et un autre enfant sont restés à Ibaraki.
  "Lorsque l'accident nucléaire  a eu lieu à Fukushima, de nombreuses particules radioactives ont été dispersées. J'ai vu l'accident à la télé, et me suis immédiatement souvenue que de nombreuses personnes souffrent encore de Tchernobyl. J'ai entendu dire qu'il y a des endroits très pollués, même à 600 kilomètres de Tchernobyl. J'ai été terrifiée, mais décider de fuir était difficile. J'avais beaucoup de choses précieuses et des personnes auxquelles je tenais à Ibaraki, mais j'ai choisi la santé et la vie de mes enfants comme bien le plus précieux. Maintenant je me sens heureuse, car ici je peux respirer profondément et sécher mon linge dehors. Je souhaite très fort qu’OKAYAMA ne soit pas contaminé."

 

OKAYAMA est un endroit très agréable.
     Mme Kurokawa Suzuko, arrivée avec sa fille de la ville de Nagareyama, Chiba, dans la ville de Sôja, OKAYAMA. Son mari est resté à Tokyo.
    "Depuis mai 2011, j'ai emménagé dans la ville de Sôja avec ma fille. À l'époque, le district nord-ouest de Chiba avait été contaminé suite  à  l'accident nucléaire, et j'ai décidé de fuir pour protéger ma fille de la radioactivité. Mon mari vit toujours à Tokyo.
    "La ville de Sôja m'était complètement étrangère jusque-là, mais il y a des personnes généreuses qui nous soutiennent, et puis nous avons réussi à louer une maison. Beaucoup de gens qui vivent à Tokyo restent complètement étrangers les uns pour les autres, mais ici les gens sont agréablement amicaux avec nous. Je ne vois pas comment sera ma vie dans l'avenir, mais lorsque je me sens triste et solitaire, le bel environnement naturel du département d'OKAYAMA me console."

 

Notre vie commence à se stabiliser.
     Mme E.F., son mari et deux enfants, sont arrivés de Fukushima dans la ville de Takahashi, OKAYAMA
  " Le lendemain du tremblement de terre, les réacteurs nucléaires ont explosé. Ma maison était à 60 km de la centrale, mais ce soir-là ma fille de deux ans a eu une forte fièvre, et le lendemain moi aussi, et j'ai commencé à éprouver une grande inquiétude à cause de l'accident nucléaire.
   "Je pensais: " Je dois protéger mes enfants ! Je dois me réfugier avec mes enfants dans un endroit sûr ! Cinq jours après l'accident j'ai quitté Fukushima. Toute seule, je conduisais ma voiture, les mains tremblantes. J'ai traversé la montagne enneigée jusqu'au département de  Yamagata, et ensuite je suis allée à Miyagi, où sont mes parents.
    Mon mari, forestier, était resté dans le département de Fukushima, mais l'accident a eu des répercussions sur son travail. Nous avons cherché un emploi sur internet et avons décidé de déménager à OKAYAMA, où les forêts sont abondantes. OKAYAMA est un lieu qui nous est totalement étranger, mais maintenant, au cœur d'une belle nature et entourés de gens sympathiques, nous commençons à avoir une vie stable ici."

 

La maladie de mon enfant m'a causé un choc.
      Mme T.K., avec son mari et deux enfants, est arrivée d'Ibaraki dans la ville d'Akaiwa, OKAYAMA
   " Quand j'ai entendu dire que les réacteurs nucléaires avaient atteint le seuil critique, j'ai tout de suite emballé l'essentiel dans la voiture et je suis allée dans le département de Gunma, où vivent mes parents. Le réacteur n° 1 a explosé. Ce jour-là, ma fille beaucoup saigné du nez. Et le lendemain  ma nièce, mon frère et ma mère aussi ont saigné du nez. La distance entre Fukushima et Gunma est de 200 km, donc je n'avais pas prévu qu'une telle chose se produirait. Ensuite le gouvernement a interdit de commercialiser des légumes de Gunma. Quand nous sommes rentrés à Ibaraki, je savais que l'air, la mer et l'eau étaient contaminés.
    "Je veux donner une nourriture saine à mes enfants! Je veux qu'ils puissent jouer à l'extérieur à volonté ! En pensant à tout cela, j'ai décidé de déménager.
    "Il y avait plusieurs options. J'ai choisi l’OKAYAMA, parce que c'est très loin du département de Fukushima, mais il se trouve sur la même île, Honshu, et cette région souffre rarement de catastrophes naturelles. Maintenant, mes enfants jouent librement, et nous vivons en paix."

 

Nous vivons ici au sein de réseaux amicaux.
Mme Tayasu Eri, son mari et ses deux enfants, sont venus de Urayasu, Tshiba, à la  la ville de Tsuyama, OKAYAMA.
   "En raison de l'accident nucléaire,  mon ancienne ville d'Urayasu dans le Chiba est devenue trop polluée. On a trouvé un bosquet d'arbustes dans un parc contaminé à 30 000 becquerels par kilogramme, mais la ville et le gouvernement étaient trop centrés sur l'économie. Je savais que nous seuls, les parents, pouvions protéger nos enfants. Pendant un an, nous avons réfléchi à notre avenir, et enfin avons cessé de travailler là-bas et décidé de déménager à OKAYAMA. L'année dernière, nous avons voyagé dans l'OKAYAMA pendant 10 jours pour trouver un endroit approprié, et quand nous avons vu les belles rivières de la ville de Tsuyama, j'ai choisi cette ville. Maintenant, je travaille au bureau municipal. Nos enfants de 2 ans et 5 ans jouent joyeusement dans l'air frais. Nous sommes très heureux d'avoir déménagé ici."

 

Je suis venue ici juste avant mon accouchement.
   Mme Watanabe et sa fille, sont arrivées de la ville d'Iwaki, département de Fukushima, dans la ville de Tamano, OKAYAMA.

   "Mon mari va venir ici en août.
   " En mars 2011, j'étais dans mon neuvième mois de grossesse. Il y eu l'accident nucléaire. Je me suis réfugiée dans la maison d'une personne de ma famille loin de la centrale dans le département de Fukushima. Là, je suis allée à  l'hôpital voisin, mais il a brusquement fermé. J'ai été choquée et je me sentais inquiète. Je devais trouver un hôpital où je pourrais mettre mon bébé au monde, et j'ai téléphoné à ma belle-sœur dans l'OKAYAMA. Le lendemain, je partais en train et en avion. Je n'avais rien, même pas de sous-vêtements.
    Dix jours après avoir trouvé un logement, j'ai donné naissance à mon bébé. Beaucoup de gens m'ont donné des vêtements et des objets de première nécessité pour mon bébé et moi. Un article à mon sujet est paru  dans un journal, et beaucoup de gens m'ont envoyé des lettres, des vêtements et des livres.  Deux années ont passé déjà, mais certains me rendent encore visite."

 

Je remercie OKAYAMA
    Mme J. avec deux enfants, est arrivée du département de Miyagi dans la ville d’OKAYAMA
   "En mars 2011, les tremblements de terre se succédaient sans arrêt tous les jours. Mes enfants étaient si terrifiés qu'ils se blottissaient constamment contre moi. Nous ne nous endormions pas facilement. Devant l’éventualité de forts tremblements de terre et la maladie de mes enfants à cause de la radioactivité, j'ai décidé de faire tout ce que je pouvais, et j'ai déménagé à OKAYAMA.
   " Ma maison dans le Miyagi a été partiellement détruite. Habituellement, dans ces conditions les gens n'ont pas droit à un logement gratuit, mais la ville d’OKAYAMA, contrairement à d'autres villes, m'a charitablement attribué une maison. Je suis très reconnaissante à la ville d'OKAYAMA."

 

Pourquoi OKAYAMA?
    OKAYAMA a accueilli 992 réfugiés, derrière Osaka (1132) et Okinawa (1002). Elle occupe la troisième place parmi les 23 départements de l'ouest du Japon. Le professeur Gotô Noriaki en analyse les raisons:
  1. Divers organismes pour aider les sinistrés ont été très tôt mis sur pied.
  2. Différents rapports ont été largement diffusés par Internet.
  3.  Des coordinateurs actifs mettent en relation ces organisations entre elles.
  4. Des relations amicales existent entre ces organisations et entre les anciens et nouveaux habitants.
  5. Le département d'OKAYAMA est compact avec des villes relativement grandes, des zones rurales et des montagnes.
  6. Le département d'OKAYAMA  est situé dans endroit commode,  avec des liaisons ferroviaires rapides et un réseau de lignes aériennes toutes directions.
7. Le climat y est doux avec une  production agricole abondante et des produits de la mer.

 

Cependant, beaucoup ne sont pas heureux.
      Ci-dessus ne s’exprimaient que des gens heureux, mais en réalité nombreux sont ceux qui souffrent. Le 26 août, le journal Fukushima-Minpô a publié au sujet des souffrances des réfugiés les rubriques suivantes: "Graves sont les blessures du cœur - sentiment d'isolement, subsistance difficile et maladie."

En voici le contenu:
"Le département de Fukushima a ouvert, en avril 2012, un «  Centre de soutien psychologique aux réfugiés ». Beaucoup de demandes y affluent. Plus de la moitié d'entre elles ont trait à l'insomnie et à l'inquiétude. Certains réfugiés souffrent de mélancolie ou d'alcoolisme. Plus se prolonge le séjour dans un lieu-refuge du département d’origine ou dans d'autres départements, et plus les problèmes de subsistance se multiplient. Selon une enquête menée en 2012 auprès de 66.014 personnes réfugiées dans 13 villes du département de Fukushima, 4 677 d’entre elles (7%) ont besoin d'aide pour raison de stress psychologique. Le département envisage de mettre en place des centres similaires dans les départements de Yamagata, Niigata et Tokyo, où vivent au total 20 000 réfugiés ".

 

Décès liés à la catastrophe
   Par suite du tsunami, 1 599 personnes ont péri dans le département de Fukushima, et plus tard, à cause du raz de marée et de l'accident nucléaire réunis, de très nombreux habitants se sont réfugiées dans des lieux qui leur étaient étrangers. En raison de mauvaises conditions dans les refuges, séjours prolongés dans ces derniers, maladies et suicides, déjà 1539 d’entre elles sont mortes de désespoir. Et comme 109 autres décès pourront être reconnus comme tels aussi, il est clair que le nombre de «décès liés à la catastrophe" va dépasser celui des décès directement dus au tsunami.
    Les raisons de ces décès sont "la fatigue liée à la vie en refuge» (33,7%), "la fatigue pendant l'évacuation" (29,5%), « le manque de soins médicaux dû au dysfonctionnement des hôpitaux » (14,5%) et« les suicides » (9 personnes, 1,2%).
    Le nombre de décès liés à la catastrophe dans les deux départements limitrophes est de 423 (Iwate) et 869 (Miyagi), donc le nombre de morts dans le département de Fukushima est nettement plus élevé. En raison de l'accident nucléaire, les réfugiés restés à l'intérieur du département de Fukushima sont deux fois plus nombreux, et ils n'ont aucun espoir pour l'avenir.

 

L'accident nucléaire a détruit la vie jusqu'alors paisible de beaucoup de gens, mais ni le gouvernement ni le monde industriel ne se sentent coupables, au contraire  ils veulent poursuivre la même dangereuse politique énergétique, dépendante de l'énergie atomique. Ils sont vraiment fous!
J'espère vraiment que ces réfugiés vivront tranquillement une nouvelle vie dans l’OKAYAMA et d'autres départements.

 

 

HORI Yasuo, traduit par Ginette MARTIN

(avec l'aide de Paul Signoret)

(avec l'aide de Janick Magne)

 

 

Mise à jour : 2/10/13

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Publié par Pierre Fetet - dans Textes de HORI Yasuo
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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 21:05

«Dans les années 1970, on estimait le risque d’accident à une fois tous les cent mille ans. Pourtant à vingt-cinq ans d’intervalle, nous avons eu Tchernobyl puis Fukushima. En fait, la probabilité de tels accidents est complètement imprévisible, estime Ivo Rens, dépositaire de l’Appel. Sur les 400 réacteurs nucléaires actifs dans le monde, une majorité date des années 1970. Une catastrophe pourrait surgir n’importe où, n’importe quand.» (source)

 

Il y a trente-cinq ans, le premier « Appel de Genève » avait été lancé contre la centrale de Creys-Malville. Aujourd’hui, un nouveau groupe de physiciens, d’ingénieurs, de professeurs d’université et de responsables politiques interpelle les autorités suisses pour qu'elles décident de sortir sans délai du nucléaire. C’est la catastrophe de Fukushima qui a été le déclencheur de cette nouvelle initiative qui remet la question du risque technologique majeur sur le tapis. L’appel va bientôt être disponible en allemand, italien et anglais car le texte, de visée internationale, concerne tous les états nucléarisés. A ce titre, l’Appel de Genève II est ouvert à la signature de personnes de toutes nationalités. Un site dédié lui est désormais consacré.

L’Appel de Genève II

APPEL DE GENÈVE II

 

Appel aux autorités politiques

 

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont eu lieu à 25 ans d’intervalle.

 

Pourtant, on nous avait assuré que de tels accidents étaient quasiment impossibles ! Nos responsables politiques l’ont cru, et nous aussi. En réalité, la probabilité d’un tel accident est impossible à calculer. Mais elle fut estimée à une fois en cent mille ans. La triste vérité est que ce fut deux fois en vingt-cinq ans. Aujourd’hui, un peu moins de 400 réacteurs nucléaires sont en état de fonctionner dans le monde. La prochaine catastrophe se produira n’importe où, n’importe quand. Et l’état actuel de ces centrales vieillissantes ne peut qu’augmenter la probabilité d’une nouvelle catastrophe.

 

L’inventaire radioactif généré par ces installations est terrifiant : il peut exterminer chaque habitant de notre planète, et cela plusieurs dizaines de milliers de fois ! Il suffit qu’une infime fraction de cet inventaire s’échappe dans la nature pour provoquer une catastrophe. N’oublions jamais que tout ce qui peut arriver, finit par arriver … Tchernobyl et Fukushima en sont la double preuve.

 

Le seul et unique moyen d’éliminer ce risque est d’arrêter ces centrales, d’y entreposer les déchets qu’elles ont produits, d’extraire le combustible irradié et le conditionner dans un milieu approprié et dans des containers adéquats, puis de transformer le site en mausolée. Ces mausolées seront autant de témoignages évoquant, pour les générations futures, les conséquences des risques technologiques non maîtrisables.

 

Au lieu de tenter de nous faire oublier les catastrophes déjà subies, les Etats, les institutions internationales et les pouvoirs économiques devraient décider l’abandon du nucléaire pour aborder la transition vers le tout renouvelable, parfaitement en mesure d’assurer la relève, à condition que l’on cesse d’entraver son développement.

 

On ne peut pas prendre encore le risque d’un accident nucléaire meurtrier qui rendra inhabitable d’immenses territoires pendant des siècles, sous prétexte d’un besoin douteux en électricité. N’oublions pas que l’on a décidé de construire des centrales nucléaires pour ensuite se demander comment vendre le courant ainsi produit. Ce qui a conduit les compagnies d’électricité à promouvoir diverses aberrations énergétiques telles que le chauffage électrique, le développement inconsidéré de l’éclairage public, notamment.

 

Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable; son abandon est donc inéluctable.

 

Tout retard ne fait qu’augmenter le risque d’une prochaine catastrophe. Après Fukushima, le Japon a bien arrêté la quasi totalité de ses réacteurs : c’est donc possible !

 

C’est la seule attitude responsable. C’est notre seul moyen de limiter les problèmes insolubles que nous léguerons aux générations futures.

 

Genève, le 24 mai 2013

 

 

>>>>>Soutenir l’Appel de Genève 2<<<<<

 

 

Liste des signataires initiaux de l’Appel de Genève 2

• Pierre Lehmann, Physicien nucléaire
• Paul Bonny, Citoyen de Genève
• Ivo Rens, Prof. honoraire de l’Université de Genève
• Yves Lenoir, Ingénieur ­­
• Rémy Pagani, Maire de Genève
• Michèle Rivasi, Fondatrice de la CRIIRAD, Députée européenne
• Wladimir Tchertkoff, Vice-Prés. Enfants de Tchernobyl-Bélarus
• Alexey V.Yablokov, Prof., Académie des sciences de Russie
• Anne-Cécile Reimann, Prés. ContrAtom, Genève
• Luc Recordon, Député au Parlement suisse
• Wataru Iwata, Citoyen japonais
• Michel Fernex, Prof. émérite, Faculté de Médecine, Bâle (Suisse)
• Roger Nordmann, Député au Parlement suisse
• Liliane Maury Pasquier, Députée au Parlement suisse
• Bruno Barillot, Lauréat du Nuclear Free Future Award 2010, Polynésie française
• Philippe Lebreton, Prof. honoraire, Université Lyon 1
• Victor Ruffy, anc. Président du Conseil national (Suisse)
• Jean-Robert Yersin, Député vaudois (Suisse)
• Robert J. Parsons, Journaliste
• Isabelle Chevalley, Députée au Parlement suisse
• Luc Breton, anc. Expert en radioprotection, Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer, Epalinges
• Yves Renaud, Diplômé du CNAM de Paris
• Jürg Buri, Directeur Fondation Suisse de l’Energie, Zurich
• Frédéric Radeff, Citoyen de Genève
• François Lefort, Prof. HES, Député au Grand Conseil (GE)
• Walter Wildi, Prof. géologie, Université de Genève
• Joel Jakubec, Pasteur de l’Eglise protestante de Genève
• Danielle Martinet, Citoyenne de Genève
• Cyril Mizrahi, ancien Constituant (GE)
• Manuel Tornare, Député au Parlemement suisse, ancien Maire de Genève
• Salima Moyard, Députée au Grand Conseil (GE)
• Guillaume Mathelier, Maire d’Ambilly
• Edouard Dommen, Ethicien
• Micheline Calmy-Rey, anc. Présidente de la Confédération suisse
• Renaud Gautier, Député au Grand Conseil de Genève
• Pierre Mercier, Prof. honoraire de l’Université de Lausanne

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Que faire ?
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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 13:58

Cet article est paru le 11 septembre 2013 sous le titre original «  Fukushima Unit 4 Fuel Removal Risks ». Sa traduction est publiée avec l’autorisation du site SimplyInfo.

Traduction : Phil Ansois,  17 septembre 2013

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Les risques de la récupération du combustible

de l’unité 4 à Fukushima

 

TEPCO planifie la récupération du combustible usé de l’unité 4 cet automne. Cet effort est seulement survenu après la protestation publique, toujours en cours, à propos des dangers que pose la piscine endommagée. L’effort a été accéléré et la construction destinée à enlever le combustible a été installée ce printemps et cet été. Ce sera la première des quelques opérations à très haut risque sur le site de la centrale, et ce sont des travaux très peu compris par le public.

Mode opératoire

La procédure de récupération du combustible de l’unité 4 sera faite sous la nouvelle structure de récupération du combustible, installée au-dessus des restes du bâtiment du réacteur. TEPCO prétend que le bâtiment est quelque peu hermétique et contient son propre système CVAC (Chauffage, Ventilation et Air Conditionné), avec filtration des gaz et poussières. Ceci limitera tout déversement dans l’environnement tant qu’il fonctionne correctement. Même si cette construction procure une certaine protection à la fois en ce qui concerne la piscine de combustible et l’environnement extérieur, il ne sera pas assez robuste pour contenir n’importe quel incident sérieux.

Schéma de la superstructure de récupération du combustible

Schéma de la superstructure de récupération du combustible

La construction comporte deux nouvelles grues installées dans la superstructure métallique. La première, située au dessus, est une grue similaire à celle qui est utilisée pour déplacer du matériel lourd dans l’étage de changement du combustible d’un bâtiment de réacteur classique [NDT : une sorte de pont roulant]. Le bâtiment comporte aussi une nouvelle grue pour manipuler le combustible. C’est le système qui sera utilisé pour déplacer les assemblages de combustible. TEPCO prétend que cet outil est informatisé comme l’est une grue normale de manipulation du combustible et qu’elle peut être contrôlée à distance.


 

Levage de la grue supérieure pour l’unité 4

Levage de la grue supérieure pour l’unité 4

TEPCO envisage de déplacer certains équipements hors de la piscine et d’enlever autant de débris que possible avant de commencer à récupérer le combustible. Ce combustible sera alors inspecté visuellement avant de tenter de le récupérer.

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Une fois que les assemblages de combustible seront récupérés, ils seront transférés dans une sorte de container de transfert [image ci-dessous]. Ce container sera soulevé hors de la piscine par la grue supérieure, mis en sécurité et envoyé dans la piscine commune pour un stockage et une inspection ultérieure.

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Stabilité du bâtiment

La stabilité du bâtiment du réacteur de l’unité 4 est un souci majeur. Une grande partie des étages supérieurs ont été jugés en mauvais état dès 2011. Le bâtiment lui-même fait face au risque d’une défaillance catastrophique. TEPCO a insisté qu’un tel événement n’aurait pas d’impact sur la structure de la piscine de combustible usé. Une défaillance majeure pourrait aisément endommager encore plus la piscine de combustible usé ou les structures nécessaires pour maintenir la piscine et le réacteur bien remplis d’eau. TEPCO a déclaré que le bâtiment pouvait résister à un séisme important pourvu qu’il soit secoué dans la direction verticale. Suite à d’autres questions, ils ont admis que ceci n’inclut pas les ondes sismiques qui secouent horizontalement, y compris pour la piscine de combustible usé.

 

Stabilité de la piscine de combustible usé

La piscine de combustible usé a été endommagée durant le séisme initial et l’explosion. En 2011 a été réalisé un ajout de béton et de supports le long du bord de la piscine, là où elle rencontre l’enceinte de confinement. La piscine comprend actuellement un système de refroidissement et de recirculation [de l’eau]. Celui-ci a été en proie à des problèmes et des coupures électriques qui ont provoqué un échauffement de la piscine. Celle-ci est actuellement maintenue en dessous du point d’ébullition. TEPCO a installé une couverture flottante sur la piscine de combustible usé, quand ils ont entrepris de démolir les restes du 5ème étage. Cette couverture sera enlevée avant de pouvoir commencer le travail de récupération du combustible. L’inspection complète de la piscine n’a pas pu être faite depuis que la couverture a été installée. TEPCO a produit quelques rapports additionnels au sujet des débris dans la piscine dans les derniers mois. Un examen détaillé du revêtement de la piscine de combustible usé n'a pas été fait à ce jour.

L’état du revêtement est critique pour l’étanchéité de la piscine. A ce jour, nous ne connaissons pas l’état de la porte [destinée au passage du combustible] qui sépare la piscine de combustible usé de la zone contenant le réacteur [voir figure 2]. TEPCO a mentionné des fuites d’eau à travers cette porte durant les premières semaines du désastre. Nous supposons que les joints gonflables de la porte ne fonctionnent plus du à une panne de courant ou l’endommagement du système qui les maintient gonflés. L’état chimique actuel de l’eau dans la piscine de combustible usé n’a pas été documenté par TEPCO. En 2010, ils ont retiré autant de sel que possible de l’eau pour diminuer la corrosion. Le haut taux de sel (le taux de chlorure [de sodium] était dans les 0,1 %) dans la piscine durant une longue période a vraisemblablement corrodé les assemblages et les composants qui sont dans la piscine.

 

Stabilité du combustible

TEPCO a tout d’abord enlevé deux assemblages de combustible neuf de la piscine de combustible de l’unité 4 pour inspection. [NDT Il y avait 1331 assemblages usés et 204 assemblages neufs dans cette piscine]. Ils ont déclaré qu’ils étaient légèrement corrodés mais par ailleurs globalement en bon état. Ils ont trouvé de petits morceaux de débris de béton logés dans les assemblages de combustible. Plus récemment TEPCO a tenté certains tests destructifs sur des assemblages de combustible neufs. Ils ont laissé tomber un poids de 100 kg sur un assemblage de combustible pour tenter de simuler la chute de débris. Ceci a détruit la poignée de levage et plié les barres de combustible comme on peut le voir sur l’image ci-dessous. Il a été établi que des parties d’assemblage de combustible se corrodent lorsqu’elles sont laissées dans des conditions similaires à cette piscine de combustible usé, dans des conditions similaires où se pose le même problème de haute température et de haute salinité. Pour traiter le problème des poignées de levage, TEPCO a construit un système de d’accrochage fabriqué sur mesure qui, espèrent-ils, leur permettra de retirer les assemblages de combustible qui ont des poignées de levage endommagées.


 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Système d’accrochage et de levage des assemblages de combustible endommagés de TEPCO, qui n’a pas précisé si ce système de levage a été testé : 

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Lors de l’inspection en cours de la piscine de combustible usé de l’unité 4, on a remarqué que certains ensembles de rangement de combustible étaient désalignés. Les rangements [racks] qui contiennent les plaques de bore, destinées à empêcher la criticité [NDT en absorbant les neutrons, le bore empêche le démarrage de la réaction de fission nucléaire], pourraient avoir été endommagées ou été partiellement ou complètement désalignées par le choc durant la catastrophe. On trouve aussi dans les notes d’inspection de TEPCO que des petits morceaux de débris de béton ont pu tomber dans les rangements [racks] et les assemblages de combustible. Ceci peut compliquer la récupération du combustible si des morceaux de béton se coincent entre les assemblages et les racks [NDT sorte de caissons] servant à  ranger ces assemblages.

 

Les risques de la récupération du combustible de l’unité 4 à Fukushima

Les problèmes additionnels dus à la chaleur, le sel, l’hydrogène et les dégâts de l’explosion peuvent tous avoir joué un rôle dans les dégâts ultérieurs de ce combustible. On ne sait pas si certains combustibles stockés étaient déjà endommagés avant le désastre. L’état des barres de combustible qui avaient déjà des fissures dans leur revêtement ou un autre dégât similaire, pourrait avoir empiré pendant les 2,5 années de mauvais traitement.
[NDT Si l’on retire les barres de combustible avant que tout l’uranium soit « brûlé », c’est aussi parce qu’après un certain temps les gaines qui confinent les pastilles d’oxyde d’uranium ou de MOX risquent de se fragiliser à cause de la chaleur et des radiations. Les piscines sont des stockages temporaires, les gaines de combustibles ne sont pas prévues pour y rester à long terme]

 

Risques de dégâts matériels

Tous ces dégâts potentiels augmenteront le risque que quelque chose tourne mal durant la récupération du combustible. Le plus grand souci serait la rupture complète d’un assemblage de combustible durant la récupération, ce qui disperserait les pastilles de combustible dans la piscine. Ceci créerait soit une situation critique [au sens ou la réaction nucléaire de fission se mettrait en marche], ou au minimum une libération de radiations. Les assemblages de combustible pliés ou les débris coincés dans les racks pourraient empêcher la récupération d’un assemblage de combustibles. Il est exclus de laisser un assemblage dans la piscine. Ceci pourrait poser un défi considérable.

Risques humains

L’erreur humaine pose un risque considérable d’accidents impliquant le transfert de combustibles. Les problèmes de mise en œuvre des étapes du projet tels que des procédures inadéquates pour réaliser les tâches, des procédures inapplicables ou l’ignorance des procédures peuvent créer une situation où quelque chose tourne de travers. Dans les recherches que nous avons passées en revue, une formation ou une expérience inadéquate est considérée comme un facteur de risque. Le fait que TEPCO se repose sur une main d’œuvre aux contrats précaires [NDT et aussi aux multiples niveaux de sous-traitance] et fréquemment non formée pourrait créer un problème dans cette situation. Les travailleurs qui ont une longue expérience sur le site et en particulier de la manipulation du combustible seraient ceux qui conviennent le mieux pour faire ce travail. Malheureusement, beaucoup de ces travailleurs ont atteint leur dose maximale de radiations et ne peuvent plus travailler sur le site. Les problèmes de communication peuvent augmenter les risques de sécurité. Le travail à distance, effectué en portant des tenues complètes de protection contre les radiations, et où la communication repose sur les casques et micros intégrés aux équipements est aussi cité comme une source de problèmes potentiels. Le travail à distance n’est jamais à 100% évident. Dans le travail fait jusqu’à présent sur l’unité 3, ils ont fréquemment utilisé des observateurs humains pour aider les télétravailleurs. Travailler avec l’attirail complet de protection contre les radiations et le masque sur le visage peut limiter la vision et l’audition. Les inspections visuelles peuvent devenir un défi. Les caméras et même la distorsion dans l’eau peuvent nous empêcher d’obtenir une vue du combustible dans la piscine précise et conforme à la réalité.

 

Les défis d’ordre général que présente ce travail peuvent poser divers risques menaçant la sécurité du processus. Les procédures monotones peuvent conduire à des défaillances. La pression exercée lorsque le travail doit être fait de manière précipitée – comme c’est le cas du calendrier très serré prévu pour récupérer le combustible de l’unité 4 – peut créer des situations où des accidents peuvent arriver. Des horaires très longs ou inhabituels peuvent créer des problèmes avec la force de travail, et cela peut tout simplement être un ou des travailleurs malades. Dans le cas du travail à Fukushima Daiichi, la chaleur et le froid on joué un rôle considérable dans la capacité des travailleurs à fonctionner normalement. Sans aucune sorte de contrôle climatique dans le bâtiment de récupération du combustible, ils devront travailler dans une chaleur suffocante ou un froid glacial suivant la période de l’année. La question du travail de groupe peut poser problème si les travailleurs refusent de mettre en question les idées des autres travailleurs, permettant ainsi de persévérer dans l’erreur. Une coordination d’équipe inadéquate, ou le fait que le groupe dépende de manière excessive d’un ou de quelques travailleurs peut aussi créer des risques. Cette situation peut arriver si vous avez un travailleur expérimenté qui guide une équipe de travailleurs inexpérimentés. Une équipe adéquatement formée, fonctionnant bien, est essentielle pour assurer que ces opérations s’effectuent sans erreur.

 

Risques liés aux grues et aux transferts

Les « défaillances de grues » et la « chute de containers » sont considérées comme des accidents à haut risque dans une centrale nucléaire en temps normal. Le défi extraordinaire du scenario prévu à l’unité 4 exacerbe ces risques. Les accidents de chute lors de l’utilisation des grues sont le plus souvent causés par des défaillances du système d’accrochage et de levage. Ceci implique le contrôle manuel de la grue pour accrocher l’objet soulevé. Le non-respect de la procédure ou un défaut de maintenance sont considérés comme un risque d’accident du type « défaillance de grue ». Le plus haut risque serait une chute du container depuis la grue avant que ce container ne soit complètement sécurisé et scellé. Ceci pourrait conduire à exposer des assemblages de combustible sans bouclier de protection et poser un danger mortel d’exposition aux radiations à tout travailleur se trouvant à proximité. Les assemblages de combustible non protégés par l’eau ou tombant hors du container peuvent déclencher cette situation. Un container qui tombe de la grue peut aussi endommager le niveau sur lequel il tombe. Ceci peut rendre inutilisable l’équipement nécessaire pour résoudre le problème. Dans le cas de l’unité 4 cela pourrait faire des dégâts considérables à la piscine de combustible usé ou à l’étage de réception du nouveau combustible autour de la piscine. Les deux zones sont déjà dégradées par des dégâts précédents.

 

Conclusion

TEPCO n’a documenté aucun passage en revue des risques de ce travail. Il n’a montré aucune évaluation des risques pour identifier et évaluer les risques potentiels. Une évaluation qui devrait aussi inclure toutes les procédures de « retour en arrière » au cas où quel que chose se passerait  mal. C’est un travail à très haut risque qui inclut le risque potentiel de blesser les travailleurs, de rendre l’accès au site impossible ou de disperser encore plus de radiations dans l’environnement global. Il doit y clairement avoir un effort d’anticiper les risques et de les exposer de manière transparente au public international.
 

________________


Liens (en anglais)

TEPCO Handout
https://www.dropbox.com/s/4z8tev1wnzy1q2o/U4_fuelremovalprep_handouts_130830_05-j.pdf

NRC research on human error during fuel removal
http://pbadupws.nrc.gov/docs/ML1106/ML110610673.pdf

METI roadmap of decommissioning work
http://www.meti.go.jp/english/press/2013/pdf/0627_01.pdf

Potential risks from dropping fuel assemblies
http://www.osti.gov/bridge/servlets/purl/5807117/5807117.pdf

CNIC review of TEPCO’s defueling effort at unit 4
http://www.cnic.jp/english/newsletter/nit154/nit154articles/03_nf.html

TEPCO information on transfer casks
http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/images/handouts_121114_01-e.pdf

TEPCO information on casks & shipping
http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2013/images/handouts_130228_05-e.pdf

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 10:22

L’article « Le nucléaire déclinant au pays du soleil levant » a été publié le 12 septembre 2013 sur le site de l’ACRO. Son auteur, le physicien David Boilley, est président de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest et conseiller scientifique du laboratoire citoyen japonais Chikurinsha. Depuis 2011, il tient une chronologie très précise de la catastrophe de Fukushima sur cette page dédiée. Il sera présent le 18 septembre au colloque « Figurer la catastrophe, réfléchir le nucléaire : ce que les films sur Fukushima apprennent aux sciences humaines et sociales » qui aura lieu à Lyon du 17 au 19 septembre 2013.

Centrale nucléaire d’Ohi © Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

Centrale nucléaire d’Ohi © Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

Le nucléaire déclinant au pays du soleil levant

 

David Boilley
 

Le 15 septembre 2013, à peine plus de deux ans et demi après le déclenchement de la catastrophe de Fukushima, le Japon va se retrouver à nouveau sans aucun réacteur nucléaire en fonctionnement. La dernière fois, c’était le 5 mai 2012. Personne ne peut dire jusqu’à quand cette situation va perdurer. Un dossier de demande de redémarrage a été déposé pour 12 réacteurs et 5 ont déjà été rejetés. Il ne reste que 7 réacteurs en course… sur 50. Cela ne fait pas beaucoup. Comment en est-on arrivé là ?

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires de production qui fournissaient environ 30% de l’électricité du pays. 10% venaient des énergies renouvelables, essentiellement de l’hydraulique, et le reste des énergies fossiles.

Le séisme du 11 mars 2011, a entraîné l’arrêt de 14 réacteurs, dont 4 ont été complètement détruits. Le Japon ne compte plus que 50 réacteurs officiellement. En mai 2011, le premier ministre de l’époque a demandé la fermeture de la centrale de Hamaoka, proche d’une faille sismique. En cas d’accident, ce sont les principales voies de communication entre l’Est et l’Ouest du pays qui auraient été coupées. Puis, les autres réacteurs ont été arrêtés normalement, les uns après les autres, après 13 mois d’exploitation. 

Sans énergie nucléaire au printemps 2012, la question était à l’époque de savoir si le pays pourrait passer l’été, quand la demande est la plus forte à cause de la climatisation. Le gouvernement a pensé qu’avec des stress-tests demandés aux exploitants, il n’y aurait pas de problème pour redémarrer les réacteurs. Ce n’était qu’une affaire de quelques mois. Mais c’était sans compter sur la population et les plus grandes manifestations qu’a connues le pays depuis les années 70. 

Le gouvernement est passé en force et a autorisé, en juillet 2012, le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôï, dans le Kansaï, région où le nucléaire compte pour 40% de l’électricité consommée. Il n’a pas pu en redémarrer plus, au grand dam des exploitants. Et il s’est finalement avéré que le Japon aurait pu se passer de ces deux réacteurs sans coupure. Ce sont eux qui sont à nouveau arrêtés en septembre 2013, après 13 mois de fonctionnement. 

Entre-temps, le gouvernement a mis en place une nouvelle autorité de sûreté nucléaire, indépendante, qui est entrée en fonction en septembre 2012. Cette Agence de Régulation Nucléaire (NRA en anglais) se distingue de son prédécesseur, la NISA, complètement inféodée au ministère de l’industrie et à l’industrie nucléaire et qui a été discréditée par la catastrophe de Fukushima.

Cette nouvelle agence s’est rapidement attelée à la tâche de rédiger un nouveau référentiel de sûreté, qui a finalement été adopté le 8 juillet 2013. Elle prétend qu’il s’agit des règles les plus strictes au monde… qui ne sont respectées par aucun réacteur japonais !

Il y a dix compagnies d’électricité au Japon, qui se sont partagées le territoire avec un monopole dans leur zone. Neuf d’entre elles exploitent, ou plutôt exploitaient, des centrales nucléaires. Elles sont toutes dans le rouge, sauf deux. Les deux compagnies qui s’en sortent sont celles qui n’ont pas ou peu de nucléaire. Les autres doivent payer le maintien de leur parc nucléaire, les emprunts et la production d’électricité de substitution. Elles payent donc une partie de la production presque deux fois et ne la vendent qu’une fois.

Elles sont donc pressées de relancer leurs réacteurs, les bénéfices primant sur la sûreté. Mais ce n’est pas si facile. Contrairement à l’Europe où, tous les dix ans, les exploitants du nucléaire doivent investir dans leurs centrales pour les mettre en conformité avec les dernières exigences, au Japon, tout comme aux Etats-Unis, les normes de sûreté qui s’appliquaient sont celles en cours au moment de la mise en service et cela, pour toute la durée de vie de la centrale.

Pour les réacteurs les plus vieux, le fossé est si grand qu’il ne sera pas possible de les remettre aux nouvelles normes. Il y a, par exemple, 13 réacteurs avec des câbles électriques inflammables. C’était toléré avant Fukushima, c’est interdit maintenant. Et comme il y a des milliers de kilomètres de câbles dans un réacteur, il est peu vraisemblable qu’il soit économiquement viable de les changer. 

Il y a aussi deux sortes de réacteurs au Japon, des réacteurs à eau sous pression (REP, ou PWR en anglais) et des réacteurs à eau bouillante (REB, BWR en anglais). Tous doivent désormais être équipés d’un filtre à particules radioactives pour limiter les rejets en cas d’accident, mais les REP bénéficient d’un délai de grâce de 5 ans, car leur enceinte de confinement est plus grande.

Au final, des dossiers de demande de redémarrage n’ont été déposés que pour 12 réacteurs durant l’été 2012, tous des REP, et le gouvernement vise 10% d’électricité d’origine nucléaire à moyen terme. Le dossier de la centrale de Tomari de Hokkaïdô Electric s’est déjà fait retoqué car il est incomplet. Les données sur le système refroidissement en cas d'accident concernaient un autre système que celui en place. Encore des ingénieurs qui connaissent bien leurs machines… Celui de Takahama aussi, car Kansaï Electric a sous-estimé la hauteur du tsunami qui pourrait la frapper. Elle est bonne pour rehausser la digue, ce qui prend du temps. Il n’y a plus que 7 dossiers en cours d’évaluation par la NRA, pour 50 réacteurs. Le gouvernement était encore bien optimiste avec ses 10%.

Inversement, d’un tiers à la moitié du parc ne redémarrera probablement jamais. 17 réacteurs ont plus de 30 ans. Il n’est pas sûr qu’il vaille le coût d’investir pour les remettre à niveau. D’autres sont sur des failles qui sont maintenant considérées comme actives après un réexamen. C’est le cas pour la centrale de Tsuruga (Fukui) et probablement pour celle de Higashidori (Aomori). Et puis, TEPCo ne pourra jamais redémarrer les réacteurs de Fukushima qui n’ont pas explosé, même si la compagnie y songe encore.

Le gouvernement a aussi demandé aux autorités locales de mettre en place un plan d’évacuation de toute la population sur un rayon de 30 km autour de chaque centrale. A Tôkaï (Ibaraki), c’est quasiment mission impossible car la population se compte par million. Pour les pouvoirs locaux, c’est non.

TEPCo veut redémarrer au plus vite deux réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, fortement secouée lors du séisme de 2007. Mais, avec la légèreté avec laquelle elle se préoccupe de l’eau contaminée à Fukushima, il lui est difficile de convaincre qu’elle a amélioré sa culture de sûreté. Le gouverneur de la province de Niigata est fermement opposé au redémarrage de ces réacteurs tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur l’accident nucléaire de Fukushima.

Plusieurs compagnies d’électricité sont donc dans une situation financière critique car elles ne pourront pas redémarrer de réacteur nucléaire avant longtemps, voire jamais.

En attendant, avec la libéralisation complète du marché de l’électricité à partir de 2016, la concurrence va être plus rude. De nombreux investissements se tournent vers les énergies renouvelables : en plus du solaire et du vent, l’exploitation de l’énorme potentiel géothermique du pays n’est plus tabou. Selon le ministère de l’industrie, une centaine de nouvelles compagnies se sont enregistrées pour vendre de l’électricité. 40% d’entre elles en produisent déjà. 

Comme pour le moment tout projet de construction de nouvelle centrale nucléaire est gelé au Japon, le nucléaire est, de facto, déclinant au Japon, quelle que soit la couleur des partis au pouvoir. Le précédent gouvernement voulait arrêter le nucléaire à terme, mais relancer les réacteurs jugés sûrs par la NRA en attendant. Le nouveau gouvernement veut relancer le nucléaire et redémarrer les réacteurs jugés sûrs par la NRA en attendant, ce qui revient exactement au même. 

Les deux s’accordent sur l’exportation de technologie nucléaire et le maintien des investissements dans le « retraitement » des combustibles usés et le surgénérateur Monju, même si l’usine n’a jamais fonctionné et que son lancement a connu 19 reports en plus de 5 ans. Le réacteur expérimental, quant à lui, n’a fonctionné que 240 jours depuis 1994 et ne pourra probablement jamais satisfaire les nouvelles normes de sûreté. Cette obstination n’est pas sans arrières pensées militaires et inquiète les Etats-Unis. 

Le Japon ne peut pas importer d’électricité. Une moitié du pays est à 50 Hz et l’autre à 60 Hz, ce qui réduit drastiquement les échanges entre les deux parties. Il s’en est cependant sorti, grâce notamment aux économies d’énergie. Les émissions de CO2 de TEPCo par kilowattheure produit a augmenté, mais la quantité totale rejetée en 2012 est égale à celle rejetée en 2010. Les économies d’énergie ont compensé l’arrêt complet du parc nucléaire de la compagnie. En revanche, elle n'a pas réussi à baisser ses émissions conformément au protocole de Kyôto.

Selon le ministère de l'industrie, 9 des 10 compagnies d'électricité, n'ont pas réussi à remplir leurs objectifs de réduction de 20% de leurs émissions de CO2 par rapport à 1990, conformément aux engagements pris en 2007. La seule compagnie qui s'en tire, est celle d'Okinawa, qui n'a pas de nucléaire ! Chubu Electric, qui dépend peu du nucléaire, a réduit ses émissions de 12,9%. Chukoku Electric, de 13,4%. D'autres ont augmenté leurs émissions. Globalement, les 9 compagnies qui ont du nucléaire n'ont réduit, en moyenne, leurs émissions que de 2,6%. Ces compagnies produisent environ un tiers des émissions de CO2 du pays, mais le Japon va néanmoins satisfaire au protocole de Kyôto grâce aux échanges de quotas d'émission. Les compagnies d'électricité, quant à elles, rechignent à utiliser cette possibilité car elles sont dans le rouge.

 

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 08:36

Brume sur la centrale dans la matinée du 5 août 2013

La première photo aérienne montre bien la concentration de brume sur la centrale, au niveau des turbines et du port. La seconde photo est de date inconnue mais probablement du 5 août également car la brume est aussi visible, sous un autre angle, et en arrière plan.

Voir Fukushima (58)
Voir Fukushima (58)

Heureusement que Moxnews a sauvegardé cette vidéo de NHK qui ne semble plus disponible par ailleurs. Aucun grand média étranger n’a repris cette info réelle qui a été transformée en un hoax disant que l’eau du port de Fukushima bouillait ! Technique de désinformation qui marche bien évidemment et qui permet ensuite de dénigrer les lanceurs d’alerte.

En fait, ce 5 août 2013, Tepco a annoncé que de la vapeur est sortie du réacteur n°3 de 7h30 à 12h05. Au mois de juillet 2013, Tepco avait pris soin de diffuser plusieurs vidéos de ce phénomène récurent. Mais pour le 5 août, Tepco a choisi de ne pas diffuser d’image.

Selon un blogueur japonais, la radioactivité a augmenté ce jour-là.

Et aujourd’hui 13 septembre 2013, surprise surprise : Tokyo ayant les JO en poche, Tepco peut à nouveau annoncer que de la vapeur radioactive sort du réacteur n°3.

Nettoyage du 1er niveau du réacteur 3

Un robot a nettoyé des gravas dans la zone sud-ouest du premier étage du réacteur 3. Ce chantier a été terminé le 23 août 2013.

En savoir plus

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Images de la piscine 4

Le 26 août 2013, Tepco a publié la carte des décombres de la piscine 4 mais il semble extrêmement difficile de retirer les assemblages. Reposant sur eux, on a entre autres une plaque de pont de 10 m de long (200 kg), un morceau d’échelle de 2 m × 1 m (200 kg), un bout de plancher de l’étage de 1,5 m (10 kg) et d’innombrables gravas en béton.

(source Fukushima Diary, traduction Mimi Mato)

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Piscine 4

Tepco commencera le transfert du combustible en novembre 2013.

SimplyInfo a fait un article détaillé sur les risques liés à ce chantier.

A lire ici (en anglais)

Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif
Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif

Vue récente de l’unité 4 et schéma explicatif

Projection de gunite sur le 4

Le 28 août 2013, Tepco a projeté du béton sur les murs du n°4 afin de ralentir la corrosion des structures.

 (source Fukushima Diary)

Avant (à gauche) et après (à droite)Avant (à gauche) et après (à droite)

Avant (à gauche) et après (à droite)

Fumée noire

Le 28 août 2013, de la fumée noire a été remarquée au même emplacement que d’habitude. Tepco ne communique jamais sur ces émanations.

(source nuckelchen)

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Grue en panne

Une grue servant au réacteur 3 s’est affaissée jeudi 5 septembre 2013.

La vidéo de l’évènement qui était disponible en ligne ici a déjà été supprimée (effet JO ?)

Il reste quelques photos de Tepco pour le souvenir.

[Mise à jour du 15/09/13 : la vidéo a finalement été sauvegardée sur youtube]

 « La situation est sous contrôle à Fukushima. ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

(source Tepco)(source Tepco)
(source Tepco)(source Tepco)

(source Tepco)

Voir Fukushima (58)

Inspection des cuves

Beaucoup de flaques. Les cuves étaient prévues pour une durée de 5 ans... On fait quoi ?

« La situation est sous contrôle à Fukushima. » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

Contradiction de Tepco sur le débit de l’eau souterraine

Selon le Fukushima Diary, Tepco n’est pas en accord avec ses propres données. Les eaux souterraines auraient une vitesse de 10 cm/jour ou de 259 cm/jour selon deux sources du même opérateur. Vu la vidéo qui suit, on aurait tendance à penser que 259 cm/jour est la bonne vitesse.

(source Fukushima Diary)

Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters
Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters

Remontée de l’eau de la nappe phréatique par un trou de forage à l’unité 2 (source Tepco) et le schéma de la situation vu par Reuters

Une arrivée de la nappe phréatique en vidéo

Tepco a diffusé une vidéo et un rapport sur un écoulement d’eau se situant dans le réacteur 2.

« La situation est sous contrôle à Fukushima.». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

N'oubliez pas de mettre le son !

Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)Voir Fukushima (58)

Comprendre la situation à Fukushima en 2 minutes

On ne peut pas résumer la catastrophe de Fukushima en 2 minutes mais ça aide bien à comprendre la situation actuelle.

Diaporama du New York Times

« Inside Fukushima’s Evacuation Zone »

Accéder au diaporama

Plan topographique de la centrale

(source Tepco)

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La contamination à la ville de Fukushima

près d’un incinérateur

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Aucun problème de santé n’a été enregistré jusqu’à présent et il n’y en aura pas à l’avenir ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires

Cancers de la thyroïde

18 enfants de Fukushima ont eu un cancer de la thyroïde avéré depuis mars 2011.

 

« Aucun problème de santé n’a été enregistré jusqu’à présent et il n’y en aura pas à l’avenir. Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. Pas vers le passé. » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

©Reuters

©Reuters

Tokyo contaminé

21 mai 2013

Je ne sais pas qui a réalisé cette carte qui indique des hot spots en Bq/m2. Donc je ne peux pas assurer qu’elle soit exacte. Peut-être quelqu’un comprenant le japonais pourra en dire plus en lisant ceci ?

Voir Fukushima (58)

En revanche, je me souviens bien d’Arnie Gundersen, expert nucléaire, qui avait démontré en 2012 que les échantillons du sol de Tokyo qu’il avait fait analyser étaient considérés comme des déchets nucléaires aux Etats-Unis. A ce propos, il refait une mise au point actualisée ici.

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Il n’y a aucun problème, cela n’a jamais causé, ni ne causera de dégâts à Tokyo ! ». Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires.

Futur stade olympique

Le 12 septembre 2013, en face de "Tokyo Big Sight" près d'Odaiba, futur stade olympique de Tokyo 2020, un radiamètre Horiba PA-1000 Radi indique une mesure de 1,4 microsieverts par heure.

« La situation est sous contrôle à Fukushima. Il n’y a aucun problème, cela n’a jamais causé, ni ne causera de dégâts à Tokyo ! » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires

Tokyo choisi pour les JO de 2020

L’annonce du choix de Tokyo comme ville olympique en 2020 a suscité une avalanche de réactions imagées sur la toile et dans la presse. Mais le gouvernement japonais n’aime pas les images satiriques et le fait savoir, surtout quand elles dénoncent l’état de non-contrôle permanent de la centrale de Fukushima qui laisse s’échapper chaque jour 300 m3 d’eau fortement contaminée. Avec la collection d’images qui suivent, il va être servi et pourra à nouveau revoir sa communication. Merci à tous les dessinateurs, contributeurs, artistes de continuer à dénoncer à leur manière le crime Fukushima.

Voir Fukushima (58)
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 13:19

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 septembre 2013.

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Le 10 septembre 2013

 

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

 

HORI Yasuo

 

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Paul Signoret

 

 

 

Niveau 3

Le 20 août, TEPCO a publié une information faisant état de l’écoulement de 300 tonnes d’eau polluée ayant fui des réservoirs et contenant 24 000 milliards de becquerels de matières radioactives. Ayant pris connaissance de ce rapport, le 21 août, l’Autorité de Régulation Nucléaire a constaté que l’état actuel de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima s’inscrivait au niveau 3 de l’échelle internationale des accidents nucléaires en raison du flux énorme d’eau polluée et de l’impact sur le milieu.

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

Détérioration des réservoirs à eau polluée

 

400 tonnes d’eau souterraine affluent chaque jour dans le sol de la centrale nucléaire n°1 et se mêlent à l’eau polluée du site. La compagnie TEPCO est obligée de conserver cette eau, et dans ce but elle a construit, et continue à construire, à la fois des aires de stockage et des réservoirs.

 

Il y a quelques mois de cela, l’eau contenue dans des bacs bâtis sans trop de soin commença à suinter. TEPCO transporta cette eau dans des réservoirs. À présent, le site de la centrale est couvert de ces réservoirs.

 

Le 31 août, TEPCO a fait savoir qu’en quatre endroits de l’aire de stockage des réservoirs, une très forte radioactivité avait été enregistrée. Celle-ci excédait 1800 millisieverts, intensité capable de tuer quelqu’un au bout de quatre heures*. Les joints d’assemblage des plaques d’acier des cuves sont en caoutchouc. Dans la centrale nucléaire n°1, sur 930 réservoirs, 350 sont du même modèle que celui qui a fui. TEPCO ne nie pas la possibilité que l’eau des fuites ait pu atteindre la mer.

 

Le président de la compagnie qui a fourni ces réservoirs a confié au journal Maïnitshi : “ Nous avons dû les fabriquer très vite et au moindre coût. Au départ, ils n’avaient pas été conçus pour un usage prolongé. Leur durée de vie est de seulement cinq ans. Si on tient compte de leur structure, le fait qu’ils fuient n’est pas surprenant. Des ingénieurs de TEPCO déjà redoutaient la chose.”

 

Donc dorénavant, de plus en plus d’eau polluée va pouvoir s’échapper de réservoirs de plus en plus nombreux. TEPCO envisage d’en faire de plus résistants, mais pour cela il lui faut du temps et de l’argent. Que pourra-t-elle faire ?

 

 

Le gouvernement japonais a décidé de financer

 

Le 3 septembre, le gouvernement japonais a décidé de financer à hauteur de 4,7 milliards de yens (soit 470 millions d’euros) le problème des fuites d’eau polluée. Il estimait, jusqu’à présent, que TEPCO portait la responsabilité de l’accident et il intervenait donc peu ; cependant la situation devenait gravissime, et en outre il a craint que ce problème ne compromette les chances de Tokyo d’être choisie comme ville des Jeux Olympiques de 2020.

 

Avec cet argent, le gouvernement projette :

 

1. de construire des murs de terre gelée autour des réacteurs afin d’empêcher l’envahissement des eaux souterraines (3,2 milliards de yens)

 

2. de mettre sur pied une installation plus performante que ALPS, qui retraite les divers déchets nucléaires (1,5 milliards de yens)

 

3. de fabriquer des réservoirs à eau polluée plus sûrs (à la charge de TEPCO)

 

Il n’est cependant pas certain que ces murs de terre gelée soient efficaces. Jamais encore on n’a tenté d’en édifier à si grande échelle. De plus les travaux demanderont plus d’une année. En ce qui concerne ALPS, en supposant même qu’on puisse la faire, cette installation ne pourra pas  extraire le tritium. Le gouvernement a l’intention de rejeter l’eau contenant du tritium dans la mer, mais les pêcheurs et aussi la Chine et la Corée y sont fermement opposés. Le Japon devra conserver cette énorme quantité d’eau pour l’éternité.

 

Lors de la réunion du Comité Olympique International, le premier ministre Abe a clairement indiqué que le gouvernement japonais interviendrait et pèserait de tout son poids pour résoudre le problème, si bien que les membres du Comité ont voté pour Tokyo, croyant, de façon bien optimiste, qu’il serait capable de le faire. Mais dire et faire sont deux choses fort différentes. Ses discours, ou mieux ses fanfaronnades, ne pourront venir à bout de la difficulté.

 

 

La Corée a interdit l’importation de produits japonais

 

Le 6 septembre, la Corée a décidé d’interdire l’importation de produits de la pêche en provenance de huit districts situés au voisinage de Fukushima. En outre, elle renforce l’examen de la radioactivité des poissons et des viandes originaires d’autres districts.

 

Les gouvernants coréens affirment que leurs concitoyens sont inquiets de l’afflux quotidien de plusieurs centaines de tonnes d’eau polluée dans la mer, et ils ont exigé que le gouvernement japonais publie davantage d’informations vraies.

 

 

Ma vie

 

Je vis de façon très normale dans le district de Gunma, voisin de celui de Fukushima, mais ce problème d’eau polluée m’obsède constamment. Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur de ces réacteurs, et donc nul ne sait ce qu’il convient de faire. Pourrons-nous vraiment résoudre ce problème ? Dans sept ans, quand se dérouleront les Jeux Olympiques à Tokyo, le Japon ne sera-t-il pas submergé d’eau polluée ? Un accident nucléaire est terrifiant, et pourtant le gouvernement japonais vise à remettre en marche le plus possible de réacteurs.

 

 

 

 

 

____________________

* Précision du blog de Fukushima : cette mesure de 1800 mSv est réelle mais incomplète. Il s’agit en fait de 1800 mSv/h de rayonnement bêta en dose équivalente au niveau de la peau à une distance de 70 µm. Ce qui signifie que ce rayonnement, facilement arrêté, ne peut pas tuer quelqu’un en 4 heures, contrairement à ce qu’ont écrit quasiment tous les médias. Voir les mises au point d’Ultraman (original en anglais ici, traduction en français par Hélios là) et de Kna (en français).

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:58

Article original d’Akio Matsumura paru le 3 septembre 2013 sur le site Finding the missing link.

Le Japon à l’heure du choix. Le Premier Ministre Abe et l’Océan Pacifique

Le Japon à l’heure du choix. Le Premier Ministre Abe et l’Océan Pacifique

Japon, ravale ta fierté et demande de l’aide

 

Akio Matsumura

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

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Le Japon est une nation insulaire reliée au reste du monde par les courants du Pacifique. Durant des milliers d’années, ces eaux ont mené les marins japonais vers les côtes lointaines. Et aujourd’hui, elles amènent la radioactivité vers nos côtes. La réticence du Japon à demander l’aide internationale pour gérer le nettoyage de Fukushima serait peut-être admissible si les risques ne concernaient que la population japonaise, mais en mettant le reste du monde en danger, l’incapacité du Japon à gérer la crise nucléaire est irresponsable. Les autres gouvernements ne doivent pas l’accepter, en particulier celui des États-Unis où l’alimentation risque d’être contaminée.

 

La contamination de l’eau provient du processus de refroidissement du combustible usé à la centrale. TEPCO stocke cette eau sur place dans un millier de citernes. Un tiers de ces réservoirs sont vulnérables aux fuites, parce que leurs parois en acier sont jointes par des boulons et non soudées entre elles. TEPCO va devoir continuer à en construire plusieurs centaines chaque année. Si le démantèlement doit durer une quarantaine d’années, où va-t-on mettre les nouveaux réservoirs ? TEPCO a déjà beaucoup de mal à gérer les problèmes de stockage de l’eau qui semblent se multiplier. Le président de l’Autorité de réglementation nucléaire (la NRA) a décrit au Japan Times la centrale comme une « maison hantée » où « les incidents se succèdent sans cesse ». Le Guardian rapporte que des taux de radiation extrêmement élevés ont été relevés près d’une citerne. TEPCO ne sait pas pourquoi les taux de radiation ont tellement augmenté.

 

Pendant tout l’été, après les révélations de TEPCO sur le fait que l’eau contaminée se déverse dans le Pacifique depuis l’accident, le Premier ministre Abe a  enjoint l’Autorité de réglementation nucléaire de s’impliquer davantage dans le démantèlement des réacteurs. Le président de la NRA, Shunichi Tanaka, a déclaré : « Nous ne pouvons pas arrêter complètement les fuites d’eau contaminée de manière immédiate. C’est la vérité. L’eau continue à fuir dans l’océan et nous devons mieux évaluer les conséquences environnementales. »

 

L’eau irradiée va continuer à se déverser dans l’océan. Et comme il n’y a plus de place disponible pour de nouveaux réservoirs, le Japon va devoir également se débarrasser de l’eau actuellement stockée.

 

On ne sait pas grand chose des effets que cette contamination pourra avoir sur l’océan. Il ne faut pas oublier que le Pacifique connecte une bonne partie du monde, qu’il borde les rivages des deux Amériques, les longues côtes et les îles de l’Asie, ainsi que les barrières de corail d’Australie. Il abrite un monde vivant complexe et riche.

 

Mais c’est notre usage des ressources marines qui nous interpelle particulièrement. Le saumon nage vers l’est en direction de l’Alaska, le thon vient des côtes japonaises. Pour l’instant, les pêcheries des environs de Fukushima ont été fermées. Ken Buesseler, responsable de l’équipe de chercheurs en radiochimie qui vient de terminer une mission au large de Fukushima, indique clairement que nous en savons encore assez  peu sur les conséquences de l’accident sur l’écosystème marin, mais l’augmentation incessante du flux d’eau contaminée dans l’océan est inquiétante.

 

Les Japonais ont, au fil de milliers d’années, tissé avec la mer des liens profonds et uniques. Mais au cours des deux dernières années, nous avons modifié à tout jamais cette relation dont nous avions hérité. Nous ne pouvons pas vraiment concevoir les conséquences sur ce monde que nous connaissons mal. En tant que locataires de la planète, les Japonais et les hommes en général n’ont absolument pas le droit de polluer comme nous l’avons fait.

 

Cette crise de l’eau contaminée n’est qu’un problème parmi tant d’autres qui peuvent encore se produire. Nombre de scientifiques ont formulé le scénario-catastrophe qui pourrait affecter Fukushima : Quatre réacteurs nucléaires ont été endommagés par le tsunami et le séisme de 2011. Trois d’entre eux n’ont pas pu être réparés du tout à cause des taux de radioactivité et le quatrième contient l’équivalent de dix fois la radioactivité émise par Tchernobyl. L’écroulement d’un des réacteurs engendrerait  une catastrophe mondiale. La fréquence des séismes dans la région et les dégâts structurels soufferts par les réacteurs augmentent la probabilité d’un tel événement.

 

Crise. Catastrophe. Les mots que j’ai choisis reflètent l’urgence de la situation.

 

Toutefois, il suffit de jeter un œil sur le programme du Premier ministre Abe pour constater qu’au Japon les affaires continuent comme si de rien n’était. Quoiqu’il ait été critiqué récemment pour sa manière de gérer la crise (certains ont protesté, estimant que Tokyo ne devrait pas maintenir sa candidature pour accueillir les Jeux olympiques de 2020), la position de force de M. Abe lui a permis de poursuivre sa politique sans changer de cap.

 

Le Premier ministre devrait plutôt mettre à profit une indépendance politique chèrement acquise pour faire face à la crise. Il a aujourd’hui l’opportunité de dépasser cet orgueil japonais débilitant en demandant le meilleur soutien technique et toute l’expertise dont disposent les autres pays. Il ne fait aucun doute que le monde viendrait sans tarder au secours du Japon. Demander cette assistance devrait donc être la toute première priorité du gouvernement de M. Abe. Ce serait d’ailleurs une bonne manœuvre politique. Comment en effet bâtir une économie japonaise forte quand l’une des principales exportations du pays est la radioactivité ?

 

En fait, j’ai du mal à imaginer que le plus grand souci du Premier ministre ne soit pas d’empêcher d’autres catastrophes : des réservoirs qui fuient, une rupture d’alimentation dans une des piscines de refroidissement, un autre mégaséisme. Je pense qu’il a pris la mesure de l’énormité du défi et du risque de catastrophe. Mais sans solution claire pour gérer les réacteurs endommagés et l’eau souterraine contaminées dans les dix années à venir, M. Abe tente de détourner l’attention publique en se concentrant sur les Jeux olympique de 2020. Avec une telle stratégie, il ne peut qu’espérer que la prochaine crise ne surviendra pas durant son mandat.

 

Le seuil que se fixent les gouvernements pour agir est ridiculement élevé. Surtout aux États-Unis. Les autorités arguent de l’incertitude des données scientifiques, disant qu’il nous faut davantage de preuves avérées. C’est faire preuve de négligence. Le gouvernement a une capacité unique d’accès aux ressources ; il peut intervenir de façon précoce et prendre des mesures de précaution dans l’intérêt public. L’Allemagne, la Russie, la France et l’Angleterre pourraient certainement aider, mais les États-Unis disposent de certains des meilleurs moyens technologiques et des meilleurs experts en matière de science, d’ingénierie et de santé. Le Japon doit leur demander assistance pour endiguer le flux d’eau  et stabiliser les quatre réacteurs endommagés. Les dirigeants américains et japonais doivent bien prendre conscience que l’irréversibilité d’une grosse catastrophe nous infligerait des taux d’irradiation et d’autres risques sanitaires pour au moins plusieurs centaines d’années.

 

Un homme politique peut éluder ses responsabilités du fait même que son mandat est limité dans le temps, mais nous, la population, ne pouvons éviter les risques sanitaires qui s’ensuivent. En tant que Japonais, nous ne voulons pas être reconnus comme ceux qui ont abîmé le Pacifique de façon irrémédiable. Et en tant qu’Américains, nous ne voulons pas subir les effets de cette crise. En tant qu’être humains, nous ne voulons pas voir l’Océan pacifique pollué. Mais si nous laissons le Premier ministre Abe préférer la richesse à la santé, nous joignons de façon indissoluble notre sort à celui que lui réserveront les livres d’Histoire.

 

Le Japon doit ravaler sa fierté nationale et demander aux pays étrangers de mettre à disposition leurs meilleurs cerveaux et leurs meilleures technologies pour sauver le Japon et le monde.

 

 

Akio Matsumura, le 3 septembre 2013

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 14:33
Fukushima : appel à l’aide à Luc Oursel (AREVA), Henri Proglio (EDF), Pierre-Franck Chevet (ASN), Bernard Bigot (CEA) et Jacques Repussard (IRSN)

Messieurs les promoteurs de l’énergie nucléaire,

 

Avez-vous entendu l’appel au secours international lancé par l’électricien Tepco et par le gouvernement japonais il y a quelques jours ? Cet appel s’adresse à vous, experts nucléaires, pour trouver une solution rapide à l’urgence actuelle.

 

Quelle est cette urgence, alors que l’arrêt à froid a été déclaré en décembre 2011 ?

 

Depuis deux ans et demi, nous sommes témoins impuissants de ce qui se passe à Fukushima. 3 cœurs fondus, 3 coriums perdus, 3 enceintes de confinement percées, 3 explosions atmosphériques, 3 piscines de combustible en position instable. A la limite, on aurait encore pu espérer qu’une fois le nuage passé, les coriums refroidis et les piscines vidées de tout combustible, tout était maîtrisé. Mais on est loin d’une stabilisation de la situation. On se retrouve plutôt proche d’un clash.

 

Peut-être étiez-vous en vacances et n’êtes vous pas au courant des évènements de cet été car je n’ai pas encore vu – excepté sur le site de l’IRSN qui affirme que la situation ne s’aggrave pas – la moindre réaction de votre part après la reconnaissance officielle d’un flux continu de plusieurs centaines de m3 d’eau hautement radioactive se déversant directement dans l’océan Pacifique !

 

La communauté internationale ne semble pas avoir pris la mesure du problème. Pourtant, un cap irréversible a été franchi : Fukushima, même si on s’en doutait fortement, est devenu officiellement une fabrique internationale de radionucléides dont personne ne maîtrise le mécanisme.

 

Personnellement, je ne suis pas expert nucléaire, alors que vous, si. C’est donc bien à vous que Tepco s'adresse. Il vous appartient donc de réagir rapidement puisqu’il s’agit d’une urgence nucléaire reconnue par la NRA, l’agence de régulation nucléaire japonaise.

 

Si on ne trouve pas de solution rapide, le combustible et les produits de fission contenus dans les trois coriums perdus – soit 250 tonnes – vont se déverser en continu durant des dizaines d’années dans l’océan Pacifique. Certes, ils se diluent, mais ils ne disparaissent jamais et entrent dans la chaîne alimentaire mondiale, avec les effets de concentration que vous connaissez.

 

Vous, promoteurs de l’énergie nucléaire, avez maintenant l’obligation morale de trouver une solution immédiate pour arrêter cette contamination constante. Il est urgent que vous répondiez maintenant au SOS de Tepco, car chaque particule radioactive lâchée dans l’environnement va parcourir la terre durant des centaines d’années, voire des milliers pour certaines, et affecter les êtres vivants.

 

Personne, depuis deux ans et demi, n’a encore trouvé de solution à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Si vous et l’armée d’experts français que vous dirigez – les meilleurs au monde selon vous puisqu’aucun accident nucléaire n’est encore arrivé dans l’Hexagone – n’avez de solution immédiate à fournir au Japon, alors prenez les mesures immédiates pour arrêter le nucléaire en France, car aucune de vos centrales nucléaire n’est plus sûre que celle de Fukushima.

 

Le plus gros problème est qu’il semble que vous n’ayez pas de solution. On ne vous entend pas. Votre silence cache votre désarroi. Vous vous cachez derrière vos hautes fonctions car vous n’avez pas de solution à apporter contre la pollution continue de la planète.

 

Soyez responsables, ayez du courage, reconnaissez que la bataille est perdue, afin de sauver ce qui est encore sauvable. Informez les hommes et les femmes politiques sur les conséquences du rayonnement alpha du plutonium dans nos cellules. Faites en sorte qu’ils prennent conscience de l’urgence présente afin qu’ils engagent immédiatement notre société dans une reconversion énergétique. Nous avons besoin de vos dizaines de milliers d’employés pour que le danger atomique reste confiné. Mais nous n’avons plus besoin de cette énergie nucléaire qui nous met en constant danger de maladie et de mort.

 

L’avenir de l’humanité est encore entre vos mains : s’il vous plait, trouvez une solution immédiate à l’urgence de Fukushima, ou arrêtez immédiatement le nucléaire.

 

Si cela est trop difficile pour vous, alors s’il vous plait, démissionnez de vos postes de responsabilité car, dans ce cas, vous n’êtes plus en mesure de protéger vos concitoyens.

 

 

 

Pierre Fetet

 

 

 

Edit du 7/09/13 :

Un lecteur m'a fait remarquer que le patron du CEA n'est pas Yves Bréchet, mais Bernard Bigot. J'ai donc changé le titre en conséquence. Yves Bréchet est Haut-commissaire à l'énergie atomique, c'est à dire conseiller du CEA, du gouvernement, etc...d'un point de vue scientifique. Mais comme il est expert en nucléaire, je pense que l'appel de Tepco s'adresse également à lui.

 

L’homme est sans défense face à la radioactivité. Aucun de ses sens n’est en mesure de la percevoir. Il ne ressent pas la radioactivité qu’il subit. La radioactivité n’éveille en nous aucune alerte. La radioactivité se joue de notre instinct de conservation. Bien qu’on en meure, aucune douleur d’aucune sorte ne nous avertit de l’agression ponctuelle soufferte, nous invite à nous éloigner des lieux.

Paolo Scampa, La chambre à gaz atomique. Traité de physique sur la contribution des essais nucléaires à la contamination finale de l’atmosphère, éditions V.F.F. Research Institute “ Mare Nostrum “ e.V. , Wildon, 2011, p. 48

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 16:34
Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

La deuxième intervention du Symposium de New York sur Fukushima est celle de Hiroaki Koide. Depuis plus de 40 ans, ce scientifique japonais n'a cessé de lancer des avertissements sur les dangers de l'énergie nucléaire. Deux ans et demi après le début de la catastrophe de Fukushima, l’électricien Tepco et l’état japonais sont totalement démunis devant l’eau radioactive se déversant en continu dans l’océan Pacifique et ce simple aveu d’impuissance face à l’horreur nucléaire donne ainsi raison à son combat.

.

[Cet article fait suite à Naoto Kan - Mon expérience de Premier Ministre durant l'accident nucléaire de Fukushima]

__________________

 

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Fukushima Daiichi :

un compte rendu chronologique de la catastrophe

 


par Hiroaki Koide

Master en génie nucléaire
Professeur adjoint à l'Institut de Recherche de l'Université de Kyoto
Expert en sécurité & gestion des déchets nucléaires

 

 

Bonjour à tous.

Merci de vous réunir aujourd'hui pour discuter de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. J'aimerais vous communiquer quelques-unes de mes réflexions sur cette catastrophe.

Au Japon, il y avait 54 réacteurs nucléaires à la date du 11 mars 2011. La première centrale électrique du Japon a été l'unité 1 de Tokai, qui a été fournie par le Royaume-Uni en 1966. D'autres centrales nucléaires ont été installées, à Tsuruga et Mihama en 1970. Puis la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été fournie par GE [General Electric] aux États-Unis. Elle avait été exploitée pendant près de 40 ans quand elle a été frappée par l'énorme séisme et le tsunami, le 11 mars 2011.

 

Fondamentalement, une centrale nucléaire est une installation dans laquelle l'énergie électrique est produite à partir de l'énergie libérée par la fission nucléaire de l'uranium. Lorsque l'uranium subit une fission, des produits de fission s'accumulent dans le cœur du réacteur nucléaire. Parce que ces produits de fission sont des matériaux radioactifs, ils ont la propriété fondamentale de produire de la chaleur par eux-mêmes.
 

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Après que la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ait été frappée par le tsunami et le tremblement de terre le 11 mars, elle a perdu sa capacité à produire de l'électricité et à recevoir de l'électricité de l'extérieur.

 

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Bâtiment n°4 en cours de démolition

Et les générateurs diesel d'urgence ont été emportés par le tsunami.

Travailleurs luttant avec des lampes-torches
Travailleurs luttant avec des lampes-torches

Travailleurs luttant avec des lampes-torches

La centrale a été forcée à être dans une situation où elle ne disposait plus d'électricité en interne.

 

Toutefois, les matières radioactives accumulées dans le cœur du réacteur ont continué à générer de la chaleur, et par conséquent, le cœur du réacteur allait fondre s'il n'était pas refroidi. C'est essentiellement le sort de toute centrale nucléaire.

Afin de refroidir le cœur d'un réacteur, il faut de l'eau de refroidissement. Afin de faire circuler l'eau de refroidissement, il faut une pompe. 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Afin de faire fonctionner une pompe, il doit y avoir de l'électricité.

 

Cependant, toutes les sources électriques avaient été perdues et les pompes ne fonctionnaient pas, et personne ne pouvait apporter de l'eau pour refroidir les cœurs des réacteurs.

 

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Unité 4 de Fukushima Daiichi

Sur un total de 6 réacteurs nucléaires qui existaient au sein de la centrale de Fukushima, seules les unités 1, 2 et 3 étaient en service. Au moment où ces unités 1, 2 et 3 produisaient une chaleur féroce, elles ont été frappées par le séisme et le tsunami, et même si l'arrêt automatique de la réaction de fission nucléaire a fonctionné, le dégagement de chaleur par les matières radioactives elles-mêmes n'a pu être stoppé ; c’est ce que nous appelons "la chaleur résiduelle".


Tout cela a conduit à la fusion des cœurs des réacteurs dans les unités 1 à 3.

Maintenant, je voudrais que vous visualisiez le cœur d'un réacteur nucléaire qui est constitué d'une céramique - céramique et uranium frittés. C'est semblable aux tasses à thé et aux plats que vous utilisez tous à la maison.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Ils disent que c'est devenu trop chaud et que cela a fondu. Maintenant, les gens ordinaires ne peuvent pas faire fondre des tasses et des plats. C'est difficile à imaginer. La céramique à base d'uranium ne fond pas à moins que la température ne dépasse 2800 ° Celsius. Mais elle a fondu. Il y avait environ 100 tonnes  de céramique à l'uranium fritté  dans le cœur du réacteur nucléaire, et ça a fondu.

La partie contenant le cœur du réacteur est une cocotte-minute en acier que l'on appelle "cuve sous pression du réacteur".  L'acier fond à 1400 ° - 1500 ° Celsius. La céramique à l'uranium fritté qui avait dépassé 2800 ° Celsius est tombée sur le fond de cette cocotte-minute. Elle a rapidement traversé le fond de la cuve sous pression. Le cœur fondu du réacteur est ensuite tombé sur le sol de l'enceinte de confinement du réacteur, qui confine la radioactivité et est le dernier rempart de protection.

 

Cependant, la cuve du réacteur a continué à céder à différents endroits, l'un après l'autre. D'où la perte du rempart de protection qui assure le confinement des radiations. La radioactivité a commencé à être libérée dans l'environnement.

Au même moment, l'hydrogène qui a été généré lorsque le cœur du réacteur a fondu a provoqué une explosion, qui a soufflé le bâtiment lui-même.

 

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

14 mars 2011 : explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

A gauche, unité 4, à droite, unité 3

Je pense que la matière radioactive césium 137 était la plus dangereuse de celles  dispersées par la bombe atomique d'Hiroshima. La quantité de césium 137, qui a été libérée dans l'atmosphère par les unités 1 à 3 était de 168 fois celle de la bombe atomique d'Hiroshima, selon le rapport du gouvernement Japonais à l'AIEA, une organisation internationale qui promeut l'énergie nucléaire.

 

Hiroaki Koide - Fukushima Daiichi : un compte rendu chronologique de la catastrophe

Je pense pour ma part que c'est probablement une sous-estimation, et que deux ou trois fois ce montant, soit 400 à 500 fois la quantité de césium 137 de la bombe atomique d'Hiroshima a déjà été dispersée dans l'atmosphère.

 

Dans le même temps, les matières radioactives qui ont été dissoutes dans l'eau ont coulé dans le sol, puis sont arrivées dans l'océan. Je crois que presque la même quantité de matières radioactives rejetées dans l'air a probablement coulé dans l'océan.

Je pense que vous tous ici présents ce jour savez que le Japon appartient à la zone appelée zone tempérée de l'hémisphère Nord. Dans cette zone, les vents d'Ouest soufflent d'Ouest en Est. La centrale nucléaire de Fukushima est située sur la côte du Pacifique dans la région du Tohoku, et à l'Est, il n'y a que la mer.

Lorsque le vent souffle de l'Ouest, la quasi-totalité des matières radioactives rejetées par la centrale de Fukushima Daiichi partent vers l'Est, au-dessus de l'Océan Pacifique. Cependant, parce que c'est un vent, parfois il souffle à l'Est et par moments c'est un vent du Sud ou un vent du Nord. Pour cette raison, les régions du Tohoku et du Kanto au Japon ont été extrêmement contaminées par les radiations.

 

Les gens qui vivaient au sein d'une zone d'environ 1 000 kilomètres carrés (390 miles carrés) autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont été forcés d'évacuer par le gouvernement Japonais. Plus de 100 000 personnes ont perdu leurs villes natales, leurs maisons, leurs voisins, et vivent en exil. Et, si les lois du Japon avaient été strictement observées, les zones où le sol est contaminé à plus de 40 000 Bq par mètre carré seraient désignées comme étant des zones contrôlées. Cependant, les zones contaminées allaient jusqu'à 20 000 kilomètres carrés (7 700 miles carrés), ce qui signifie qu'une vaste zone dans les régions du Tohoku et du Kanto aurait dû être évacuée.

 

Face à une telle réalité, le gouvernement Japonais a décidé qu'il ne serait jamais en mesure d'aider les gens dans ces zones contaminées, et que les gens seraient abandonnés et laissés là. A ce jour, environ 10 millions de personnes ont été laissées dans des zones qui auraient dû être désignées comme zones contrôlées, et elles sont exposées quotidiennement à une radioactivité continuelle.

Ensuite, vous pourriez demander si la catastrophe de Fukushima a pris fin, mais ce n'est pas le cas.

Le 15 mars 2011, il y a eu une explosion dans le bâtiment du réacteur n° 4, qui était situé juste à côté des réacteurs n ° 1, 2 et 3 et était hors service au moment de la catastrophe du 11 mars. Parce que le réacteur n° 4 n'était pas en exploitation, toutes les barres de combustible qui avaient été dans le cœur du réacteur avaient été transférées dans la piscine à combustible usé dans le bâtiment réacteur.

 

Il y avait 548 assemblages de combustible dans le cœur, mais la piscine du combustible détient 1 331 assemblages de combustible, soit 2,5 fois le nombre d'assemblages de combustible qui auraient dû être dans le cœur du réacteur. À l'heure actuelle, ils sont au fond de la piscine à combustible usagé, qui est pleine de produits de fission.

 

Je pense que ce combustible au fond de la piscine de combustible usé contient en césium 137 l'équivalent de plus de 10 000 bombes atomiques d'Hiroshima. Le bâtiment du réacteur nucléaire, qui a été détruit par l'explosion, est toujours exposé à l'environnement, même aujourd'hui, et il y a des répliques presque tous les jours, dans les environs de la centrale nucléaire de Fukushima.

 

Si une autre réplique importante avait lieu, le bâtiment du réacteur subirait d'autres dommages, et si la piscine à combustible devait s'effondrer, il deviendrait impossible de refroidir le combustible usagé. Je crains que beaucoup plus de matières radioactives que relâchées jusqu'à présent ne seraient expulsées dans l'environnement.

 

TEPCO est bien sûr conscient du danger et a continué à travailler pour enlever le combustible de la piscine à combustible usé et le transférer à l'endroit le plus sûr dès que possible, mais TEPCO estime que cela prendra plusieurs mois, probablement jusqu'à la fin de cette année, avant de pouvoir enfin commencer à retirer le combustible usagé. J'espère qu'il n'y aura pas de tremblement de terre avant cela.

 

Même s'il n'y a pas de tremblement de terre et qu'ils peuvent commencer l'enlèvement, ce sera un travail difficile. Je ne suis pas sûr qu'ils puissent vraiment retirer les 1 331 assemblages de combustible irradié en toute sécurité. Je pense que de nombreux autres  travailleurs seront exposés à des radiations dans ce processus.

 

Le Japon a choisi l'option d'utiliser l'énergie nucléaire, mais cette option impose un terrible fardeau à la nation, jette les personnes vivant autour de la centrale nucléaire dans un profond désespoir, et oblige de nombreux travailleurs à s'engager dans une lutte désespérée pour mettre fin à la catastrophe.

 

Mais, malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière dans le temps. Je dois vivre dans un monde contaminé. J'espère pouvoir faire ce que je peux pour mettre un terme à la catastrophe dès que possible, et diminuer le nombre de personnes exposées aux radiations, en particulier les enfants, même en petits nombres.

 

Toutefois, le Japon a eu recours à la production d'énergie nucléaire pendant longtemps. Les gens dans les sphères politiques et économiques persistent à dire que le Japon ne survivrait pas si la production d'énergie nucléaire prenait fin. Cependant, même les données du gouvernement japonais lui-même montrent clairement qu'il n'y aurait pas de problème d'alimentation électrique si le Japon venait à abolir l'ensemble de ses centrales nucléaires.

 

J'espère abolir totalement toutes les centrales nucléaires au Japon dès que possible. Je pense que ceux dans les domaines politique et économique et ceux qui ont dirigé le Japon devraient faire un effort pour étudier la nature destructrice de l'énergie atomique, et guider la nation comme de bons dirigeants en faveur de l'abolition des centrales nucléaires.

 

Dans le même temps, vous tous réunis ici aujourd'hui depuis le monde entier devez relever vos propres défis dans vos pays respectifs. Nous avons besoin de vos efforts afin qu'une plus grande tragédie encore ne se produise pas.

 

Merci beaucoup.

Enregistré et édité par Intertelemedia, Inc

Traduction en anglais par Kazko Kawai en coopération avec Voices for Lively Spring

Sous-titré (en Anglais) par East River Films Inc

Traduction & transcription française par kna60 / kna-blog.blogspot.com

 

 

Article de Kna60 sur son blog

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:36

C’est très difficile de suivre tout ce qui se passe à la centrale de Fukushima Daiichi. A ma connaissance, un seul veilleur réalise ce travail de manière continue et quasi exhaustive, c’est Iori Mochizuki, qui présente quotidiennement le résultat de ses recherches sur son blog Fukushima Diary. C’est une source fondamentale pour l’ensemble des veilleurs de Fukushima car il va chercher les documents à la source japonaise Tepco et les analyse et diffuse en anglais. Merci à Iori pour ce travail immense de restitution qui nous permet de mieux suivre les évènements et à Mimi Mato pour les traductions en français !

 

Incendie à la centrale

Un feu involontaire de déchets a eu lieu près d’un incinérateur à la centrale de Fukushima Daiichi début juillet 2013.

 

Voir Fukushima (57)

Débit de l’eau de la nappe phréatique

Selon une image originale en japonais (Tepco), traduite en anglais (Tepco), voici une traduction française de ce schéma montrant que la nappe phréatique passant sous la centrale est de 1000 m3/jour. Le gouvernement prétend que seuls 300 m3 d’eau contaminée rejoint l’océan chaque jour.

 

Le jeu des différences : cherchez l’erreur !
Le jeu des différences : cherchez l’erreur !

Le jeu des différences : cherchez l’erreur !

Les fondations des citernes ne sont pas en béton armé

D’après les photos que Tepco a publiées, la base de béton semble fissurée par le tassement du terrain. Pas étonnant qu’il y ait des fuites… Chaque citerne contient 1 000 tonnes d’eaux extrêmement radioactives. Tepco a déjà constaté officiellement 300 m3 de fuite, mais cela pourrait être beaucoup plus, par un jeu subtil de vases communiquant.

En savoir plus sur les fuites

 

Des fissures…

Des fissures…

… du coup, ça fuit sous les cuves (source Tepco). Il y a 350 cuves de ce type sur le site.

… du coup, ça fuit sous les cuves (source Tepco). Il y a 350 cuves de ce type sur le site.

Inspection du réacteur 4

Tepco a à nouveau visité la piscine de désactivation n°4 contenant des centaines de tonnes de combustible usé à 30 m de hauteur.

 

Voir Fukushima (57)
…ainsi que la cuve du réacteur. On voit par exemple sur cette image le haut des barres de contrôle qui apparaissent en fond de cuve.

…ainsi que la cuve du réacteur. On voit par exemple sur cette image le haut des barres de contrôle qui apparaissent en fond de cuve.

Tepco propose une vidéo de cette inspection (cuve, enceinte, piscine).

Inspection au réacteur 2

Tepco a réalisé une nouvelle inspection de la base de confinement du réacteur 2 en diffusant une nouvelle vidéo

Simply Info en propose une galerie de photos ici , mais on n’a toujours pas compris ce qui s’est produit dans ce réacteur et pourquoi il pollue autant.

 

Voir Fukushima (57)

Corium et tore

Voici une photo de l’intérieur de la piscine torique (en forme d’anneau) d’un réacteur de type GE Mark I, à vide. C’est dans cette piscine torique qu’aurait eu lieu une explosion dans le réacteur n°2 le 15 mars 2011.

 

Voir Fukushima (57)

Le site http://www.houseoffoust.com/fukushima/corium/corium.html présente une hypothèse très vraisemblable de sortie du corium, par un tuyau reliant la base de l’enceinte de confinement à la piscine torique. Dans ce cas, le corium n’aurait plus que 2,70 m de béton à traverser au lieu de 10,30 m pour quitter définitivement tout contrôle humain et rejoindre le sous-sol géologique et la nappe phréatique.

 

Voir Fukushima (57)

Explosion du BR3

Après le nettoyage de la surface technique du bâtiment réacteur 3, le pont roulant qui s’est effondré en mars 2011 à l’emplacement même de la bouche du réacteur est visible. On remarque qu’une explosion a endommagé ce pont roulant près de l’endroit où l’on observe depuis juillet des dégagements de vapeur. Un trou dans la tôle montre qu’une explosion ou qu’un objet propulsé à cet endroit a replié la tôle vers l’extérieur. Ce qui signifie que la pression venait de dessous. La longueur du trou est estimée à 3,50 m. Qu’est-ce qui a pu traverser ainsi le pont roulant avec une telle violence ?

 

Par quoi a été provoqué ce trou ?

Par quoi a été provoqué ce trou ?

Voir Fukushima (57)

Un morceau du BR3 ?

Le 20 juin puis le 2 juillet 2013, des débris fortement radioactifs ont été découverts dans le lit asséché d’une rivière de Nahara. Bizarrement, c’est Tepco qui a récupéré ces débris pour analyse, alors qu’ils se trouvaient à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Leur débit de dose est de 3,4 millisieverts par heure. Ils pourraient provenir de l’explosion d’un bâtiment réacteur en mars 2011.

source

 

Voir Fukushima (57)
Voir Fukushima (57)

Photos aériennes

La centrale de Fukushima Daiichi au mois d’août 2013 (source : presse japonaise)

 

Vue de la mer : côté port. Sur cette image, on voit le mur d'acier en construction qui devait empêcher la contamination du Pacifique

Vue de la mer : côté port. Sur cette image, on voit le mur d'acier en construction qui devait empêcher la contamination du Pacifique

Vue de l'ouest

Vue de l'ouest

Congélateur géant

Tepco veut créer un mur de glace autour des quatre réacteurs pour stopper la contamination de la nappe phréatique et de l’océan. La réalisation d’une enceinte autour de la centrale a toujours été refusée par Tepco car trop chère. Aujourd’hui, au lieu de choisir une solution solide permanente, le gouvernement s’engage à financer ce congélateur géant de 1,6 km de long sur 20 à 40 m de profondeur. Ce genre d’ouvrage gigantesque n’a jamais été réalisé, sauf virtuellement dans une série de science fiction, Game Of Thrones. Il faudra une production faramineuse d’électricité pour geler le sol, et bien sûr, comme ce sera un superbe objet technologique, il tombera en panne. En attendant le clash, à qui profitera cette nouvelle mauvaise solution ?

 

Le mur prévu

Le mur prévu

Le mur de glace de la série Game Of Thrones

Le mur de glace de la série Game Of Thrones

Images d’artistes sur la contamination

par Carlos Ayesta et Guillaume Bression/Trois8

Voir toutes les œuvres à la source

Voir Fukushima (57)

David contre Goliath

Superbe et touchante photo de Naoto Matsumura, prise par le photoreporter Koji Harada.

En arrière-plan, la centrale maudite.

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Carte de l’iode 131

Des chercheurs, dirigés par Yasuyuki Muramatsu, un professeur de chimie analytique à l'Université Gakushuin, et Hiroyuki Matsuzaki, un professeur en génie appliqué à l'Université de Tokyo, ont estimé la quantité d'iode-131 déposé dans le sol en fonction de la concentration dans le sol de l'iode-129, à 400 endroits à moins de 80 kilomètres de l'usine. Le groupe de recherche en a réalisé une carte dont les données datent du 14 juin 2011. Cette carte montre que les niveaux d’iode-131 étaient relativement élevés dans les zones au nord-ouest de la centrale, ainsi que sur des sites au sud de l'établissement.
source

 

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Autres cartes

Des scientifiques chinois ont modélisé la diffusion du césium dans le Pacifique. Une reconcentration est possible à l’approche de l’Amérique en 4 ans.

 

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Le même genre d’étude a été menée par une équipe de l’université de Hawai et tombe à peu près sur les mêmes conclusions : les côtes de l’Amérique du Nord finissent par se trouver plus polluée que celles du Japon.

(source)

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Voir Fukushima
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