19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:45
Miko Tsukamoto témoigne de la tragédie de Fukushima

Miko Tsukamoto vivait dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale de Fukushima Daiichi, avec son mari et ses deux enfants. Après avoir longtemps hésité, elle a décidé de déménager avec sa famille à KitaKyusyu, dans la préfecture de Fukuoka. Elle est depuis très engagée dans une association qui tente d'enseigner aux résidents les notions élémentaires pour se protéger de la radioactivité.

Dans une vidéo mise en ligne à la fin du mois d'octobre, elle dénonce les informations erronées diffusées par les autorités et par les médias. Elle témoigne surtout de son ignorance passée et de la nécessité de s'informer et d'agir pour protéger ses enfants.

Des informations officielles erronées

 

Depuis le début de la catastrophe qui a affecté la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les autorités japonaises n'ont eu de cesse de minimiser les répercussions pour les populations, en faisant croire que la vie en territoire contaminée était possible. Les réfugiés qui ont du fuir la zone d'exclusion sont d'ailleurs maintenus dans l'illusion d'un retour prochain, empêchant la plupart d'entre eux de reconstruire une vie ou du moins un foyer digne de ce nom. Pour ceux qui vivent dans les zones les plus contaminées, aucune compensation financière n'est prévue et le Fukushima Collective Evacuation Trial n'a toujours pas réussi à obtenir justice devant les tribunaux japonais.

Relevé de radioactivité dans un parc de Fukushima : la mesure officielle indique 0,186 μSv/h alors que le Radex enregistre 0,49 μSv/h.

 

Dans ce contexte, il est toujours extrêmement difficile pour ceux qui souhaitent se protéger d'obtenir des informations fiables. Les mesures de radioactivité officielles sont régulièrement suspectées d'être minimisées pour rassurer artificiellement la population.

 

La semaine dernière encore, une jeune maman postait un article sur le site Internet de l'association World Network For Saving Children From Radiation pour dénoncer les écarts entre les mesures de radioactivité officielles et ses propres mesures dans les parcs de la ville de Fukushima.

La connaissance comme seul moyen de protéger ses enfants

 

Face à ce constat, de nombreux citoyens japonais se sont organisés pour procéder à leurs propres mesures de radioactivité, comme par exemple pour analyser la nourriture au sein de laboratoires citoyens. D'autres se regroupent en associations pour apprendre et aider leurs concitoyens à trouver les informations nécessaires pour se protéger efficacement. Face à la perte de légitimité d'une grande partie des autorités politiques, mais aussi médicales (rappelons que le Professeur Shunichi Yamashita, président de l'Association Japonaise de la Thyroïde et Conseiller de la préfecture de Fukushima pour les risques radioactifs, considère que les gens qui sourient sont moins affectés par les radiations), les citoyens japonais n'ont d'autres ressources que d'apprendre par eux-mêmes.

 

L'artiste japonais 281_Anti nuke dénonce aussi le mensonge officiel qui entoure la tragédie de Fukushima.

C'est toute la force du témoignage de Miko Tsukamoto, qui vient rappeler la difficulté pour les personnes qui vivent au Japon de trouver des informations fiables. Elle témoigne aussi et surtout de la difficulté de résister à la pression sociale pour faire entendre une voie différente et affirmer ses propres positions face au discours ambiant. Dans l'introduction de son témoignage, Miko Tsukamoto précise qu'elle n'a pas pu tout dire, car la vérité est tellement dure que certains refuseraient de la croire. C'est ce qu'elle nomme "la tragédie de Fukushima" : la réalité est tellement insupportable qu'il n'est pas possible de la dire entièrement...

Vidéo du témoignage de Miko Tsukamoto

 

La vidéo est en japonais, sous-titrée en anglais. La traduction française se trouve sous la vidéo.


Le témoignage de Mme Tsukamoto est accompagné d'un texte introductif :

"J'essaie de me limiter à décrire ce que j'ai vu ou vécu personnellement, ou à ce dont j'ai parlé avec une autre personne. Donc c'est assez limité.


Honnêtement, je pourrais parler indéfiniment des problèmes de santé qui ont nécessité un traitement médical. Par exemple, je pourrais parler du cousin d'une connaissance qui a eu un bébé plusieurs mois après le séisme - ce bébé est né avec un trou dans le cœur. Ou d'une connaissance, de ma sœur et de son mari, et d'un autre parent qui ont tous eu un cancer et ont dû subir une intervention chirurgicale. Et il y a eu près de 20 «Nii-bon» l'année dernière [service célébrant les morts de l'année précédente].


Il y aurait de nombreux cas similaires à partager, mais je les omets à dessein - sinon les gens me traiteront comme si j'étais "mentalement affectée" par les radiations. Je ne peux pas en parler, même si je le voulais. C'est la tragédie de Fukushima."

Miko Tsukamoto
Réseau pour la protection des enfants du Kitakyu

Témoignage de Miko Tsukamoto, évacuée de la ville d'Iwaki

"J'ai évacué volontairement de ma ville natale d'Iwaki pour la ville de Kitakyushu en janvier dernier, à cause de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima du 11 mars. Aujourd'hui, je voudrais parler de ce que j'ai vu, vécu et ressenti pendant les 9 mois avant mon déménagement à Kitakyushu, ainsi que de ma situation actuelle.


Je vivais dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Je donnais des leçons de piano et mon mari travaillait comme employé municipal. Avec nos 2 enfants et mes étudiants, nous vivions heureux. Après le 11 mars, notre vie a complètement changé .


La partie nord d'Iwaki était dans la zone des 30 kilomètres, mais le maire a créé l'expression de "rumeur nocive", et la zone d'exclusion a été étendue à notre secteur. Le niveau de rayonnement, qui était de 0,05 microsieverts par heure avant l'accident, est passé à 23 microsieverts. C'est 460 fois [le niveau normal].


Le Professeur Shunichi Yamashita de l'Université de Nagasaki a lancé une campagne de masse indiquant qu'un niveau de 100 millisieverts [par an] était sûr, et cela a été largement accepté par la télévision, les journaux, la radio, les écoles et les conférences. À l'époque, les écoles ont jugé que les activités de plein air étaient sûres, même si le niveau de radioactivité était de 0,5 microsieverts, 10 fois la valeur normale.


Comme 100 millisieverts étaient considérés comme "sûrs", les repas des écoles ont d'abord été préparés à partir de produits locaux (1 mois après l'accident). Nous avons travaillé dur pour recueillir des signatures pour annuler immédiatement la règle de la "production locale pour une consommation locale". Il a fallu attendre le deuxième semestre universitaire cependant pour que la commission scolaire reconnaisse la liberté de refuser les repas scolaires. En d'autres termes, ceux qui ont fait confiance au "principe de sécurité" ont continué à laisser leurs enfants manger les repas scolaires. Il était inutile d'essayer de discuter avec l'école ou les enseignants.


Le niveau de radioactivité extérieur n'est pas cohérent. A dix centimètres de distance, il peut varier de 2-3 microsieverts à 5 microsieverts, ce qui représente 46 fois à 100 fois le niveau de tous les jours. Ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'est le fait que les employés municipaux et les enseignants n'ont rien fait pour protéger les enfants contre l'exposition à la radioactivité.


Maintenant, parlons du moment où la centrale nucléaire a explosé. Notre maison n'a subi que des dommages minimes du tremblement de terre du 11 mars. Mais nous n'avions plus d'eau courante dans Iwaki pendant 20 jours. Mes enfants et moi avons fait la queue pendant deux heures le lendemain pour obtenir notre approvisionnement d'eau au camion de distribution.


La première explosion a eu lieu le 12 mars. Les données que nous avons vues plus tard indiquaient 23 microsieverts, 460 fois le niveau normal. Il n'y a eu aucune annonce publique locale pour nous prévenir de rester à l'intérieur, et nous sommes restés dehors pendant 2 heures entières, ignorant l'explosion.


On nous a dit que le Japon était sûr, mais les tests sanguins ont montré que mes deux enfants et moi avons des problèmes de thyroïde, et mon fils a une pustule de 5 millimètres. De nouvelles études disent maintenant que le cancer de la thyroïde est une maladie liée au mode de vie. Si nous développons un cancer, je suspecte que l'on va nous dire que c'est à cause d'une négligence et que le gouvernement refusera d'admettre tout lien avec l'exposition à la radioactivité.


Je voulais que mes enfants aient une anthropogammamétrie [analyse de la radioactivité du corps permettant de déduire la contamination interne, aussi appelée whole body counter] immédiatement après l'explosion. Mais je n'ai pas pu trouver une seule installation qui nous admette. Certaines personnes sont allées aussi loin que Tokyo pour se faire examiner, mais n'ont pas pu obtenir leurs propres données. J'ai appelé plusieurs endroits pour vérifier, mais aucun d'eux ne fournissait les données. J'ai donc fait une enquête au sujet des tests sanguins pour vérifier l'état de la thyroïde, et j'ai été choquée d'entendre qu'il n'y aurait pas d'examens de la thyroïde en masse à Iwaki. J'ai demandé à la préfecture de Fukushima comment je pourrais obtenir des preuves sur l'endroit où nous avons été exposés aux rayonnements, et on m'a dit que "il n'y a aucun moyen".


Mon mari est employé municipal. Il a dit que s'il y avait quelque chose à savoir, il aurait un accès immédiat à ces informations. Mais personne ne nous a informé de l'explosion et mes deux enfants et moi avons été exposés à la radioactivité alors que nous étions à l'extérieur. Mon mari a traité un flot d'appels téléphoniques, même s'il n'a nulle connaissance de la radioactivité, et il a pratiquement mémorisé le contenu des documents distribués par le gouvernement.


Cinq mois après l'accident, le niveau de radioactivité annoncé par la municipalité d'Iwaki était de 0,12μSv par heure. Mais quand j'ai emprunté un compteur Geiger de l'hôtel de ville, je me suis rendu compte que c'était en fait entre 0,24 et 22,14μSv par heure. Des bénévoles ont inspecté les arbres taillés et le sol, et le niveau de radioactivité était de 20 000 Bq / kg. Après avoir vu ces chiffres de radioactivité, mon mari et moi avons tous deux convenu que le gouvernement n'allait pas pour nous protéger.


Par exemple, l'eau du robinet est "ND" [non détectable] selon le site officiel de la ville d'Iwaki. J'ai donc demandé des données sur les radionucléides tels que le strontium et le plutonium, mais on m'a refusé l'accès à ces informations détaillées sur le motif que cela pourrait "perturber les résidents". Au lieu de cela, ils nous ont donné un document expliquant que l'iode et le césium n'étaient "pas dangereux". Cela m'a rendu furieuse parce qu'ils profitaient de notre manque de connaissance.


Ma décision d'évacuer a moins à voir avec la peur des radiations qu'avec l'attitude du gouvernement et des écoles, les mesures de radioactivité que nous avons vu de nos propres yeux, et les problèmes de santé dont ma famille a commencé à souffrir : diarrhée tous les jours, saignements de nez, aphtes, excroissances anormales à l'intérieur du nez... Ce sont les symptômes que ma famille et mes amis ont commencé à ressentir après l'explosion de la centrale nucléaire. J'ai réalisé beaucoup plus tard qu'il y a des problèmes de santé autres que le cancer qui peuvent être causés par la radioactivité.


Ce que l’État annonce est différent de la réalité. L’État espère évidemment que les gens n'accepteront aucune violation de la loi, tandis que les employés publics ne font que suivre les ordres d'en haut. Le système d'information publique vise à nous tromper avec des informations déformées - rien n'est divulgué et rien n'est mis sous forme écrite, le tout pour gagner du temps.


Les écoles ne protègent pas leurs élèves, nos enfants. Ils sont impitoyables envers les parents et les tuteurs qui sont préoccupés par cette radioactivité. Si je fais un panier repas pour protéger mes enfants de l'exposition à la radioactivité, ils sont victimes d'intimidation par d'autres camarades de classe. Même lorsqu'il y a eu violence physique, l'école n'a rien fait pour réprimander les intimidateurs et leurs parents, mais a préféré m'appeler pour m'"apprendre" à ne pas réagir de façon excessive à la radioactivité.


J'ai décidé d'évacuer quand ma fille a développé une phobie scolaire. J'ai essayé de chercher des solutions pour continuer à vivre à Iwaki et j'ai envoyé de nombreuses lettres de demande au gouvernement, mais je n'ai obtenu que des réponses évasives. J'ai essayé de convaincre mes parents âgés d'évacuer, mais ils ne voulaient pas quitter leur ville natale. Mon mari pensait que c'était suffisamment sûr. Ma belle-mère refusait que nous évacuions et disait que je "dépassais les bornes". Je me suis battue contre le gouvernement, j'étais en détresse, et quand mes parents m'ont dit de considérer le bien-être des enfants d'abord, j'ai choisi d'évacuer à Kitakyushu, en laissant mon mari et mes parents âgés à Fukushima.


Comme je vous l'ai dit, ce que disent les médias et les faits sont 2 choses tout à fait différentes. L'autre jour, un rapport intermédiaire sur l'élimination des déchets industriels a été rendu public. Il déclare qu'une entreprise de Fukushima a accepté la boue et la poussière contaminée de Fukushima, Ibaraki, Yamagata et même Kanagawa. Cette société a commencé à fonctionner avant que la ville de Kitakyushu accepte de recevoir des débris, et continue de le faire maintenant. Il y a un tollé concernant l'acceptation des débris, et pourtant les substances radioactives sont incinérées sans rechigner, même s'il n'y a pas de filtre à particules fines installé.


Les médias sont préoccupés par les polluants atmosphériques PM2,5 [particules fines de moins de 2,5 micromètres de diamètre] en provenance de Chine, mais est-ce vraiment vrai ? Les usines de traitement des déchets industriels et les usines de ciment de Kitakyushu recyclent la cendre de charbon de Fukushima. Selon un document officiel de Kitakyushu, la pollution en PM2,5 a été multipliée par plus de 230 fois en avril de l'année dernière, et le niveau a souvent dépassé 100 fois durant les autres mois. Il ne fait aucun doute que la pollution provient du Kyushu ; en d'autres termes, c'est "domestique".


Ce qui est arrivé aux habitants de Fukushima va bientôt affecter tous les Japonais. Je pense que ça va commencer à cause de l'air que nous respirons et de la nourriture que nous mangeons. L'autre jour, il y avait un article dans un magazine d'information local "Donna Mamma" avec les déclarations faites par des professeurs et conférenciers d'université ainsi que par des agents administratifs qui soutiennent que le niveau de radioactivité n'est pas une menace. L'affirmation selon laquelle le niveau de radioactivité n'est pas dangereux est complètement répandue au Japon.


Alors que certains disent que la radioactivité s'est "dispersée" et que nous sommes maintenant en sécurité, les gens sont en fait en train de mourir à Fukushima. Le lendemain de la mort de mon cousin, le mari de mon amie est décédé. Je ne dis pas que tout est causé par les radiations... Mais il y a l'exemple de Tchernobyl...


L’État refuse de l'admettre. Mais nous avons le "droit de choisir" - à partir de ce que nous entendons et voyons, et en examinant les deux arguments selon lesquels la radioactivité est dangereuse ou pas.


Je n'étais pas au courant des dangers des centrales nucléaires, et c'est la raison pour laquelle je me trouve dans la situation actuelle. J'étais ignorante du fait que la radioctivité ne disparaît pas simplement et je tentais de décontaminer l'avant de ma maison - tout en inhalant de l'air contaminé.


Il y a des gens qui vivent à Fukushima, en ce moment. Ils disent tous :
"Nous sommes des cobayes après tout, et si nous essayons d'évacuer nous ne serons pas en mesure de gagner notre vie car il n'y a pas de compensation du gouvernement."
"Je ne veux pas perdre mon style de vie."
"Si l’État dit que c'est sans danger, alors c'est sûr."
" Beaucoup de gens sont en train de mourir , hein ?"
" Il n'y a rien que nous puissions faire, c'est inutile, alors pourquoi s'embêter ?"
"Je ferais mieux de me concentrer sur des choses positives."
Et ils continuent leur décontamination, mais les eaux usées contaminées se transforment en boue et en cendres d'incinération, qui à leur tour produisent des déchets hautement radioactifs. Les gens refusent de faire face au fait qu'ils finiront par revenir les hanter
.


La décontamination est inutile. Je l'ai essayée moi-même et je le sais. Le niveau diminue de 0,5 à 0,2, puis revient à 0,5 deux semaines plus tard. C'est la réalité. Où vont ces énormes quantités de sols pollués après la décontamination ? Si l’État voulait gérer de façon responsable les déchets, ils les auraient fait prendre en main par des entreprises d'élimination des déchets industriels ... mais là encore, ils seront recyclés en ciment, en poteries et en boues, et finiront par nous revenir.


C'est important pour nous de nous reposer et de récupérer, mais cela n'aidera personne de manière fondamentale. Je crois que la seule façon de nous en sortir est de mesurer les niveaux de radioactivité et de divulguer les faits, ce qui garantit une compensation suffisante, et ensuite permettre aux résidents de Fukushima de prendre leurs propres décisions.


Ne dispersez pas la radioactivité, mais contenez-là à l'intérieur de Fukushima. Le tombeau de mes ancêtres est à 2 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. S'il vous plaît, laissez les déchets radioactifs là-bas. Il y a beaucoup de résidents de Fukushima qui pensent ainsi, bien qu'ils y aient des tombes d'ancêtres, des maisons ou de grandes propriétés terriennes. Mais ils sont ignorés.


En mars de cette année, je suis allé au village de Samekawa dans la préfecture de Fukushima pour arrêter la construction d'une installation expérimentale d'incinération de paille de riz, dans laquelle on a mesuré un niveau de radiation de 8 000 bq[/kq]. Une conférence de presse était prévue et tout ce que nous avions à faire était de soumettre certains papiers, mais au dernier moment, un individu qui était ostensiblement contre la construction est intervenu et nous a empêché de continuer. Un opposant s'est avéré être un partisan. C'est la réalité que j'ai vécue.


Même pendant la campagne contre l'acceptation de débris contaminés à Kitakyushu, il était convenable de s'inscrire à la manifestation, mais pas de soutenir la conclusion de l'accord sur la prévention de la pollution.


J'avais entendu dire que notre dernier espoir était une réclamation de la coopérative de pêche de Kitakyushu, mais quand nous avons demandé à voir le document officiel, j'ai découvert que la coopérative n'avait pas présenté de réclamation. Ou plutôt, la «réclamation » n'a pas été faite en termes clairs. Les manifestants se réunissaient dans le village de tente après que l'incinération des débris contaminés ait commencé, et pendant ce temps, je me rendais auprès d'un certain nombre d'associations de pêche pour leur demander de déposer une "réclamation", mais seulement 2 ont accepté de me rencontrer, et aucune d'entre elles n'a fait de réclamation.


Si seulement une seule association avait déposé une réclamation, ou si seulement 2 résidents vivant à proximité de l'incinérateur avait fait une demande d'accord sur la prévention de la pollution... Il y avait tellement de pression pour empêcher les gens de prendre de telles mesures, et moi, évacuée de Fukushima, je me sentais en situation d'échec. Après avoir vu la réalité de cette prétendue campagne de "protestation", j'ai perdu tout espoir que Fukushima ne soit jamais "sauvée".


Tout comme le mensonge éhonté qu'un filtre à particules fines peut éliminer pratiquement 100% du césium, je pense que [le gouvernement] va installer un filtre HEPA et déclarer que Fukushima est sûr, puis construire des usines d'incinération à 8 000 bq[/kg - taux de radioactivité dans les cendres d'incinération] à travers le Japon et des centrales biomasses utilisant le bois de Fukushima.


L’État a beaucoup d'argent pour empêcher les gens de poser des questions en manipulant les médias, créer une certaine «humeur» dans le pays en publiant de fausses informations, et soutenir des campagnes pour convaincre ceux qui ne sont d'accord, et "encore une fois, nous nous retrouvons sans le savoir par n'être qu'une partie du troupeau".


Ce que je crois être un véritable lien ne peut être fait en suivant aveuglément les paroles de ceux qui sont "au sommet". Au contraire, il s'agit de nous apprendre les uns aux autres ce que nous ne savons pas, en partageant l'information et en continuant d'apprendre, puis en passant cette connaissance à ceux qui nous entourent. Avec plus de courage, nous pouvons informer les associations de pêcheurs et les personnes résidant à proximité des installations d'élimination des déchets, des incinérateurs de déchets industriels et des cimenteries - établissements que l’État va tenter d'influencer et de contrôler.


De la même façon que la ville de Kitakyushu a organisé des "rencontres explicatives pour une personne" pour le président de l'association des résidents quand ils ont décidé d'accepter les débris, nous avons besoin de "sessions d'étude pour une personne" pour les résidents locaux, car c'est la seule façon de protéger nos enfants.


J'ai été trompée par les médias et cela a permis que mes enfants soient exposés aux radiations. Parce que j'étais ignorante et que je n'avais que des connaissances superficielles, je ne pouvais pas protéger mes enfants, malgré que nous ayons évacué. La seule chose que je peux faire, c'est dire aux autres ce que j'ai vécu. J'espère que cela vous aidera à faire les bons choix. Si cela est possible, apprenez et partagez avec les autres.


Ne vous trompez pas sur les faits. Les faits deviendront évidents si vous avez le courage et prenez l'initiative de penser et d'agir par vous-même.


Notre dernier espoir se trouve dans la municipalité locale. Nous devons commencer par "l'éducation de résidents", puis la formation des enseignants et des employés municipaux par des résidents informés. C'est le seul choix que nous ayons. J'ai appris de première main qu'il n'y a aucun moyen de protéger mes enfants tant que je n'agis pas, quel que soit le fardeau que cela puisse représenter.


Peu importe ce que cela me coûte de prendre soin de mes enfants, j'espère continuer à faire du mieux possible."

 

Ce texte a été traduit depuis sa version rédigée en anglais. Il s'agit donc de la traduction d'une traduction, ce qui peut entraîner de légers écarts avec l'original.

 

Vous pouvez retrouver la version écrite en japonais ici et la version écrite en anglais ici.

 

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Publié par Cécile Monnier - dans Au Japon
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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 23:05

Ludovic Klein, auteur d'un article sur le redémarrage controversé de la centrale d'Ôi, nous propose à présent une nouvelle de fiction inspirée de la catastrophe de Fukushima. En évoquant un événement peu connu de la Seconde Guerre Mondiale au Japon, il dresse, à travers souffrance animale et abandon, un pont saisissant entre le passé et le présent (nucléaire) de l'Archipel.

(Ce récit a connu en juin 2013 une première publication dans l'anthologie de nouvelles Sales Bêtes, aux Editions des Artistes Fous  . Trois autres nouvelles seront prochainement publiées sur le blog de Fukushima.) 

 

______________

 

 

Les Maîtres ne vinrent plus

 

Ludovic Klein

 

Illustration de Maniak (http://maniak.sa.free.fr)

Illustration de Maniak (http://maniak.sa.free.fr)

Le 16 août 1943, en pleine intensification de la Guerre, la Préfecture de Tokyo ordonne de mettre à mort, en toute urgence, et par tous les moyens possibles, certains animaux du zoo de Ueno, à Tokyo.

Raison officielle du projet d’abattage : la protection des habitants de Tokyo. À savoir, prévenir la panique des civils, si d’aventure une bombe de l’Armée américaine venait à détruire les cages du zoo et à libérer les animaux les plus dangereux (éléphants, lions, tigres, panthères, léopards...). Ceux-ci, affamés et furieux, pourraient errer dans la ville et attaquer les citoyens. Risque impossible à courir. D’où cette décision impérative des autorités : « mettre fin en douceur » à la vie des bêtes.

Raison cachée : des frais d’entretien animalier (nourriture, soins) trop élevés. De plus, à cette époque, les bombardements massifs sur Tokyo n’ont en réalité pas encore commencé. Si les Japonais sont soûlés de récits guerriers victorieux contre ces « démons d’anglo-américains », la vérité est que la défaite est plus précise jour après jour. La possibilité de raids aériens alliés, chargés de bombes incendiaires, est de plus en plus certaine. Par voie de conséquence, sacrifier les animaux permet de créer un « choc psychologique » qui suggère aux civils l’éventualité d’un bombardement futur. L’Armée peut ainsi, de cette manière contournée, appeler la population à la défense, sans se départir de l’habituelle rhétorique triomphaliste et martiale.

 

Recensement des bêtes :

9 ours (ours du Japon, ours polaires, ours malais)

3 lions

1 tigre

7 panthères, guépards et léopards

2 serpents (1 python et 1 crotale)

2 bisons d’Amérique

3 éléphants (John, Tonky et Hanako)

 

Méthode de mise à mort :

La strychnine est fournie par les services de l’école vétérinaire de l’Armée. Mêlée à la nourriture, elle atteint son but, la mort de l’animal, dans la plupart des cas (ours, lions, léopards). Cependant, certains pensionnaires du zoo refusent de manger les rations empoisonnées.

Des mesures directes d’exécution ont donc été mises en place. On ne se résout pas à utiliser les armes à feu, de peur de « heurter les sentiments des résidents proches du zoo ».

Le python est décapité au scalpel.

Le crotale a la tête percée d’un câble, puis est traîné par le cou avec un fil de fer chauffé à blanc. Comme cela ne suffit pas, seize heures plus tard on le garrotte solidement avec un filin. Asphyxie.

Les deux bisons sont entravés dans des filets, puis achevés à coups de marteau et de pioche dans la boîte crânienne.

Les gardiens jettent des filins autour de la gorge d’un ours japonais (affaibli par trois jours de jeûne). Ils se mettent en groupe de cinq et tirent de toutes leurs forces jusqu’à suffocation de l’animal. L’opération est répétée sur un des ours polaires, avec un câble métallique.

Un piège étrangleur à lacet a été mis dans la cage de la panthère noire. La mort par asphyxie survient au bout de 4 minutes et 30 secondes. Même protocole pour le guépard.

Différents essais ont lieu afin d’abattre les éléphants. Ils refusent les pommes de terre empoisonnées à la strychnine. Une injection létale hypodermique est envisagée, mais la peau dure des pachydermes décourage les tentatives. Les jeux de cordes, qui se sont révélés si efficaces pour les autres mises à mort, ne résistent pas à la force des éléphants.

Cependant, ils doivent mourir. Quelles que soient les réticences ou les difficultés. C’est une question de force majeure. Une nécessité de la guerre.

Alors, même si cela doit prendre des semaines, on décide de laisser les trois éléphants mourir de faim. Du jour au lendemain, les repas sont suspendus. John, Tonky et Hanako croupissent dans leurs cages, leurs stéréotypies se font plus lentes, ils finissent par se figer ; ils vacillent, et s’effondrent. Au final, leur agonie aura pris un mois.

Et puis un jour, les Maîtres ne vinrent plus...


 

***


 

Et puis un jour, les Maîtres ne vinrent plus.

Nous attendons. Patiemment. D’habitude, il y avait une interruption dans l’espace de temps entre les visites. Visite égale nourriture. Mais à présent, rien. Personne. Nous attendons. Et nous commençons à avoir faim. Dans cette vie morne et éteinte, l’absence d’un événement est déjà un événement.

À la place, la sirène : meuglement sonore dans l’air, déchirure, agitation palpable, là-bas, au-delà du champ de vision. Mais ici, rien ne change.

La nuit est tombée. Une nuit froide et glacée. Bruine. Dans l’obscurité, notre faim grandit. C’est comme un acide qui nous ronge le ventre : comme si quelque chose mord à l’intérieur. Ça grignote. Nous crions, solitaires, dans le noir. Nous nous serrons les unes contre les autres, sans comprendre. Offrant la compassion de nos peaux frottées. Les yeux humides remplis d’ombre.


 

Puis vient le matin. Une petite aube blême, interminable. La lumière n’en finit plus de s’autoinfuser. La clarté se fait enfin, mais nous ne la remarquons plus.

Ce jour-ci encore, les Maîtres ne vinrent plus. La caresse du gant sur le museau. Les bauges remplies, les bouches qui mastiquent à grand bruit. Le contact rude des pompes métalliques qui viennent empoigner les pis, les tirent, soulagent la pression des mamelles en faisant gicler le lait. Le souffle de l’Autre, à la fois grand sur ses deux pattes, et minuscule face à notre corpulence de vaches. Aucune de ces sensations familières, pas toujours agréables. Plus rien ni personne. Incompréhension.

Alors, on attend. La faim est partout : dans la glu de la terre humide. Dans chaque goulée d’air. Dans le froid et la neige qui tourbillonne. On dirait un grand vol de papillons de toutes les couleurs qui s’échappent d’une grande plaine verte, verte à s’en faire péter les dents à force de brouter. La langue à présent a pris le goût métallique de la faim. Pâte molle, serpent de chair sec, elle tape contre le palais. L’obscurité revient.

Le lendemain, pas de Maîtres.

Titubantes, nous ne pouvions plus bouger : nous étions entièrement dépendantes des Maîtres pour la nourriture, alors que nous ne demandions presque rien pour vivre, juste de sortir de cette prison, juste mettre les pieds sur de la terre vivante... Si seulement ce loquet pouvait bien pivoter : nous serions libres. Et cette liberté que nous n’avions jamais poursuivie devenait la clé de la survie, car la liberté, c’était la nourriture, la bouillie tombée divinement sur les intestins, et mâchée encore et encore, elle revient, on n’en finit jamais de la digérer avec délices. Nous avons les pieds dans notre merde, nous la léchons avec application pour y trouver le souvenir nostalgique de l’herbe.

Le lendemain, pas de Maîtres.

Nous nous agaçons mutuellement, l’œil rendu fou par le manque. Ça grimpe, ça ne s’arrête plus : nous sommes terrassées par la faiblesse, le temps devient un ennemi, un ennemi implacable. Là où nous explorions doucement les domaines de la satisfaction (le grand pré, l’herbe toujours abondante, le manger, le manger), nous avons à présent perdu la seule chose qui nous faisait exister. Nous sommes devenues tronquées, diminuées. Certaines tapent du museau contre la palissade, espérant la briser. D’autres se sont abîmées dans la contemplation interne de pâturages infinis et abondants, obsédées par l’image vivante de l’herbe, du foin frais, elles claquent des mâchoires. Bruit sec, bientôt imité. Et ce bruit nous rappelle la béance, la nourriture lointaine. Toutes nous sommes touchées, liées solidement, garrottées entre nous par notre famine insupportable.

Les hallucinations reviennent. Du foin, la chaleur qui coule dans le gosier. Absence. Froid.

Et par trouées, la colère, terrible, insondable : nous meuglons encore et encore, tentant d’extirper la bestiole qui nous dévore les tripes, de casser la mélodie fade de la faim. Les jambes sont de plus en plus faibles ; la respiration, entrecoupée.

Nous avions l’impression de nous enfoncer dans le sol. Nous tombions ; naufrage lent, vol plané interminable sur place. D’aucunes se tapaient la tête par terre. Nos meuglements redoublaient d’intensité, nous nous remplissions de nos cris solitaires, désespérés, furieux. À manger. À manger. À manger. Rampant le long d’un couloir sans fin de temps, glacées, agitées, suppliantes, nous tanguions contre la nuit. Certaines étaient déjà mortes. Nous n’avions jamais autant aimé et détesté les Maîtres, ils nous avaient abandonnées, qu’avions-nous fait, le monde est un grand cri noir, les mamelles sont des clous remplis de lait caillé, la peau se rapproche dangereusement des os, organes tourmentés, impossibilité de se tenir debout, des aiguilles dans l’estomac, la queue comme dernière corde de survie. Tout autour : des bruits de chute.


 

... Je suis restée la dernière debout.

Je passe ma dernière nuit. Je suis épuisée, la tête lourde comme les pierres, la pensée déjà revenue à l’immobilité, les sensations englouties dans l’empire énorme de la faim. Je n’ai déjà presque plus de voix. Ce n’est plus des appels à l’aide, c’est déjà une élégie, un service mortuaire ; et en même temps, mes hurlements sont la dernière preuve que je vis encore, qu’il y a encore une épine de vie, une petite étincelle qui continue de lutter, par-delà le froid intense, les frissons, les montées de bile, les yeux vitreux rendus au néant. Ma voix est le dernier crampon qui me rattache au monde : si je me tais, je meurs. Alors je meugle, de plus en plus faiblement.

Puis ma voix mourante s’éteint tout à fait. Elle avait été en fin de compte anéantie par la mastication lente et interne des milliers de dents dans ma gorge. L’équilibre me quitte. Je bascule lourdement sur le côté. Le nez dans la boue, je sens que la galaxie est un champ d’herbe, verte, fraîche, couverte de rosée, une couleur éclatante, lumière céleste qui me fait courir la peau de spasmes. Et sous mon regard extasié, je vois très nettement une masse immense élevée dans l’air pulvérulent : un Himalaya de charognes, entassement monstrueux de centaines de milliards de semblables, gros ou petit, éléphants ou musaraignes : animaux amaigris, le poil détruit, la peau malade, les yeux chassieux, harcelés par les mouches, aveugles, frappés, torturés, façonnés, à jamais crevés par la main même de l’Autre. Partout, dans cette Arche inversée, on trouve les mêmes traces, les mêmes stigmates : l’incompréhension, le regard qui se dérobe, le sang qui coule, la panique et la mort, les cris, les machines. La frénésie puis le renoncement, la vie qui fuit de partout, des pores, des yeux, de la gueule, de l’anus, du cou, ventres ouverts par les infinités des lames. Face à cette montagne de chair fermentée, lourde et odorante, je ferme mon regard et mon esprit.

Et je meurs enfin.

 

***


 

Et après.

Sous le vent qui recourbe les graminées redevenues sauvages, le ciel gris commence silencieusement à pisser. Une vaporisation plutôt qu’une pluie, à vrai dire.

Mme Morita regarde la bouverie de la ferme Tanaka. Les bêtes sont toutes mortes. Toutes. Il y a ici plusieurs dizaines de vaches. Dinosaures échoués, la gueule dans la boue, la langue jadis tirée fondue dans la terre. Elles pourrissent. C’est ce qu’est devenu Iidate-mura : une ruine, un cimetière, où la vie se retire. C’est comme cela ici, et c’est pareil ailleurs.

Un chien maladif passe honteusement sous la bruine. Abrité dans l’auvent du hangar, Mme Morita l’appelle gentiment, en patois du nord, celui-là même qui n’est plus parlé par les jeunes.

(Et maintenant, il n’y a même plus de jeunes... Une débandade généralisée devant la menace. Dans un petit nombre de villages de la région, il reste juste encore une confrérie de vieux et vieilles revenus ici pour mourir. Sur le terrain même de leurs familles. Les dernières sentinelles, le visage ravagé et le dos cassé. Un sourire de torturé au coin des lèvres, pourtant. Mme Morita est de ceux-là).

Elle pose l’écuelle par terre, en continuant d’appeler le chien. L’animal, les yeux agrandis et les pattes emmêlées, se précipite. Il mange goulûment, avec bruit. Elle passe la main dans la fourrure sale et constellée de croûtes.

Celui-là a de la chance. Il est encore vivant. On a retrouvé des dizaines de chiens crevés de faim et d’angoisse dans les maisons abandonnées : incapables de sortir. Un chien s’est presque sectionné la carotide à force de tirer sur son collier pour se libérer. Il avait la gorge à vif, charnue comme des génitoires de femme. Il avait fini par mourir, évidemment. Obscène dans sa pose mortuaire. Il y a les carcasses de chats aussi. Les griffes en sang à force de gratter la porte pour sortir. Et les milliers de bœufs, les milliers de porcs, les centaines de milliers de poussins devenus une mélasse jaunâtre dans les hangars d’élevage. Tous morts de faim et de soif, s’étant débattus jusqu’à l’extrême de leurs forces.

Tout cela, Mme Morita l’a vu. De même qu’elle a entendu les messages officiels :

C’est un cas de force majeure. Il n’y a pas d’autre choix que d’enfermer les animaux, pour les empêcher de disséminer la contamination partout. Il est strictement interdit de les toucher, ni d’ouvrir la porte de leur enclos. Pour limiter la contamination, pour la sécurité de la population, il est nécessaire de laisser les bêtes enfermées mourir en douceur. Pour préserver notre futur à tous.

Elle était venue trop tard. Évacuée à toute force lors de la catastrophe, elle n’avait décidé de se rapatrier dans sa vieille maison que des semaines après. Tous les élevages étaient à ce moment devenus des dépotoirs de charognes. Si elle était venue plus tôt... Juste un loquet à pousser, et les vies auraient été sauvées. La culpabilité lui essorait le cœur.

Alors à présent, elle préfère arpenter la Zone pour nourrir les animaux survivants. C’était toujours mieux que de se décomposer, enfermé, dans des préfabriqués mal isolés, où certains évacués, des personnes âgées comme elle, sans famille, sans maison, sans aucune perspective que le décès, attendent patiemment que le temps passe en rêvant infiniment de réunions de famille, pleines de miel et de petits-enfants, avec la léchure du vent, la caresse de l’extérieur.

Derrière, Mme Morita entend des pas. C’est le journaliste de la NHK, qui a tenu aujourd’hui à venir avec elle. En bottes blanches, sans masque, la casquette sur le crâne. Il regarde son instrument de mesure. Puis il dit à la caméra : « ici, les niveaux sont comparativement bas ».

Mme Morita a le regard qui flotte. Elle aperçoit là-bas, sur le parking abandonné, un troupeau de moutons qui circule sur l’asphalte. Elle les connaît bien. Les ovins ont été rendus à la liberté, et donc à la vie, par un éleveur plus miséricordieux que les autres, à l’heure de l’évacuation. En deux ans, aucun agneau n’a pu naître : les fausses couches monstrueuses se sont multipliées. Seule a vu le jour une petite bête chétive, incapable de tenir sur ses pattes, la fourrure comme brûlée au napalm, le museau déformé. Elle n’a pas vécu. Mme Morita l’a enterrée dans le jardin de sa maison (au niveau comparativement bas aussi). Ce jour-là, sans qu’elle sache pourquoi, elle avait longuement sangloté sur la tombe improvisée. Allons, ce n’est qu’un mouton...

La vieille dame met sa main osseuse et tordue sur le dos du chien qui finit de lécher l’écuelle. Elle le caresse gentiment. L’animal est troublé : sur sa fourrure passe le souvenir d’un temps ancien, enfoui, où l’Homme était présent, où l’animal connaissait et appréciait sa présence. Où le regard de son maître sur lui le faisait exister, vibrer au monde. Il remue la queue. Il sourit presque. Accroupie, Mme Morita lui souffle à l’oreille :

« Vis, toi. Vis. »

Les yeux de la vieille dame s’humectent. Ils sont chauds et mobiles dans le visage plissé, semblable à celui d’une tortue.


 

On entend au loin, sous la pluie, la sirène de la centrale. La terre se met à trembler un peu.


La Guerre a recommencé. Si elle a jamais cessé.

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Publié par Ludovic Klein - dans Fictions sur Fukushima
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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:50

« Le dernier homme de Fukushima », comme l’a dénommé Antonio Pagnotta, viendra en France en mars 2014, et plus particulièrement à Fessenheim lors des manifestations qui se tiendront sur le Rhin pour le troisième anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima.

 

Ardent défenseur de la vie, Naoto Matsumura a choisi de rester en territoire contaminé pour ne pas abandonner les animaux laissés à eux-mêmes après l’évacuation de leurs maîtres. Aujourd’hui, il souhaite témoigner de l’horreur nucléaire directement aux Français et aux Européens, afin qu’ils saisissent réellement ce que veulent dire des mots comme « territoire contaminé », « exode », « abandon », « séparation », « désert », « désolation », « maladie », « mort », mais aussi « combat », « solidarité », « espoir ».

 

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Si vous aussi, vous pensez que ce témoignage est important à faire passer dans le pays le plus nucléarisé du monde par habitant, alors je vous encourage à soutenir ce projet. Il ne se réalisera que si les organisateurs réussissent à collecter la somme de 5000 euros.

 

 

Participez à cet évènement européen en faisant un don !

 

 

Un site entièrement dédié au voyage de Naoto Matsumura en Europe a été créé. Voici ses principales entrées, n’hésitez pas à les consulter :

 

   - Qui organise ?

 

   - Pourquoi soutenir le voyage de Naoto Matsumura en France ?

 

   - Quel sera le périple de Naoto ?

 

   - Quelles sont les missions de Naoto ?

 

   - Pourquoi une collecte ?

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 17:05

Cet article est une tribune de Thierry Ribault, économiste au CNRS, avec la collaboration de Cécile Asanuma Brice, chercheur associée à la Maison franco-japonaise de Tokyo, paru sur le site de Rue89 le 7 novembre 2013.

_________________

 

 

Les administrateurs du désastre de Fukushima – Etat, réseaux interlopes, scientifiques, experts, contre-experts, mouvements citoyens et organisations non gouvernementales – sont devenus les cogestionnaires de dégâts en chaîne, chacun œuvrant au nom d’un intérêt supérieur hautement revendiqué : protéger.

 

Que s’agissait-il de protéger cependant lorsque, en mai 2013, les décideurs ont achevé la réouverture des zones interdites ? Que protège-t-on en incitant les populations à revenir vivre sur des terres contaminées où le seuil d’inacceptabilité, fixé à 20 milliesieverts par an, est quatre fois supérieur à celui fixé à Tchernobyl – sans compter les « points-chauds » à plus de 50 millisieverts – et vingt fois plus élevé que le seuil internationalement recommandé ?

 

Que protège-t-on en appelant à retrouver une « vie normale » à proximité d’un complexe nucléaire hautement dangereux : inondations, fuites d’eau contaminée, démarrage imminent d’opérations d’extraction des 400 tonnes de combustibles de la piscine du réacteur n°4, dont les produits de fission représentent 14 000 fois ceux de la bombe de Hiroshima ?

 

Quelle est donc la nature de cette « protection » ici mise en œuvre par l’ensemble de la société ?

 

Quelles relations incestueuses la lient pour longtemps à la soumission ?

 

 

Associations de victimes déboutées

 

Soulignant les nuisances et les limites des sociétés industrielles à l’aube du XXIe siècle, ce désastre a démontré, si besoin était encore, à quel point l’Etat, qui ne peut plus gérer les accidents de son développement, délègue à d’autres le soin de le faire. A l’intérieur de ce cadre établi et à leur corps défendant, de multiples « mouvements citoyens » ont dû faire le constat de leur impuissance.

 

Les « All Stars Demo », avec à leur tête le haut du panier de la contestation anti-nucléaire nobélisée, usent plus les semelles de la piétaille manifestante que les nerfs du gouvernement. Les associations de victimes, qui mènent Tepco et l’Etat devant les tribunaux, viennent d’être déboutées. Les agriculteurs avouent ne pas consommer les aliments irradiés qu’ils mettent cependant sur le marché.

 

Quant aux populations restées sur place, tétanisées par la propagande qui les condamne, incapables de décider de sauver leur vie, elles attendent une mort déclarée statistiquement probable, mais non certaine, et se font les cobayes d’une « science » eugéniste et radio-négationniste, puisque niant les effets de la radioactivité, pourtant, préalablement et scientifiquement, établies.

 

 

Les populations fuient hors de la réalité

 

Les populations, ainsi sommées de considérer la contamination radioactive telle une « mauvaise rumeur », tombent dans l’apathie, le découragement et fuient hors de la réalité. Pendant ce temps-là, ladite rumeur embauche 20.000 personnes pour la seule décontamination extérieure à la centrale, et, contrairement à ce qu’annoncent les pouvoirs publics, serait, dans ce même but, dans l’obligation de dépenser 210 milliards d’euros.

 

Pendant ce temps-là, le 7 septembre 2013, à Buenos Aires, lors de son discours devant le Comité olympique international, le Premier ministre Shinzo Abe « donne la garantie absolue que les questions sanitaires ne constituent pas un problème jusqu’à présent, et qu’elles n’en constitueront pas plus à l’avenir. »

 

Représenter la réalité tel un enfer n’est pas suspect ; exhorter systématiquement à la fuir l’est. Voilà pourtant le premier fondement de la protection à l’œuvre, à Fukushima, aujourd’hui.

 

 

Une science d’ascenseur

 

Le second fondement a consisté en la mise en place insidieuse d’une science d’ascenseur qui s’est construite précisément par renvois entre ses protagonistes avec, pour principale visée, l’accès optimisé à de non moins ascendantes carrières. C’est à la science ce que la « musak » est à la musique : un ersatz apparemment insignifiant, aux finalités répressives.

 

Ainsi Shinobu Goto, spécialiste des sciences de l’environnement à l’université de Fukushima, dénonce-t-il la partition entre d’un côté, des citoyens, qui ne seraient qu’irrationnels et émotifs, et de l’autre, des experts scientifiques dont le jugement serait le plus pertinent dans une situation comme celle de Fukushima.

 

De fait, on a vu, à travers l’exemple du désormais trop fameux professeur Shunichi Yamashita, médecin promptement nommé dès avril 2011 à la tête de l’enquête sanitaire menée par l’université de médecine de Fukushima et défenseur zélé de l’innocuité des radiations en deçà de 100 millisieverts par an, combien certains experts scientifiques savent établir des zones d’ignorance là où des certitudes avaient enfin fini par apparaître.

 

 

Des scientifiques transformés en experts

 

Les dix-neuf cas de cancer de la thyroïde jusqu’à présent officiellement détectés et opérés, parmi les enfants de Fukushima et les 25 autres cas en attente d’une intervention chirurgicale, sont ainsi considérés, par ces fossoyeurs de vérité, comme s’étant trop rapidement déclarés pour que l’on puisse considérer qu’ils aient un lien quelconque avec l’accident nucléaire.

 

Pour le radiobiologiste Keith Baverstock, ancien responsable du programme de protection contre les radiations au bureau européen de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), une telle imposture renvoie précisément à la transformation de nombre de scientifiques en « experts » qui, sous couvert de s’inscrire dans le consensus établi par leur « communauté », évitent de véritables confrontations scientifiques avec leurs « pairs ».

 

Obligeant chacun à ralentir le pas pour paître en toute quiétude dans les prairies des dangers avérés, et gommant les désagréables rumeurs que font circuler quelques émotifs inquiets, parce que mal informés, on a laissé épandre une science de l’oubli dont l’objectif, tel un pesticide sélectif destiné à anéantir le souvenir, est de produire les conditions psychologiques censées améliorer le bien-être et la protection de tous, menant ainsi à un niveau jamais égalé la soumission volontaire.

 

 

Les chœurs de l’internationale nucléariste

 

A qui, à quoi s’agit-il exactement de se soumettre ?

 

Visant à réduire à néant une loi humaine qui veut que, paradoxalement, les contextes d’insécurité seuls permettent aux populations de penser, de décider et d’agir avec une relative liberté d’esprit, les autorités japonaises, encouragées en cela par les chœurs de l’internationale nucléariste, ont établi en pierre de touche la sécurité, quitte à lui faire prendre, dans le contexte de mise en auto-expérimentation qui caractérise désormais la situation à Fukushima, des allures d’inhumanité.

 

Juan Carlos Lentijo, directeur à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) de la division Cycle du combustible et technologie des déchets – donc manifestement rompu aux questions de l’humain et de sa destinée dans la société nucléaire – rendait récemment les conclusions de sa mission, « encourageant les institutions japonaises à accroître leurs efforts de communication relative à l’acceptabilité d’une dose allant de 1 à 20 millisieverts par an, dose qui est en conformité avec les normes internationales ».

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Trois jours plus tard, Olivier Isnard, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), entonnait la même berceuse :

« Dans cette étape intermédiaire, et selon les recommandations internationales en vigueur, on peut revivre dans la zone contaminée à condition que le niveau d’exposition externe et de contamination interne combinés n’excède par 20 millisieverts par an. »

 

Le perroquet équilibriste de l’IRSN, toutefois, nous alerte :

« Près des maisons, les niveaux sont peut-être par endroits redevenus tolérables, mais inutile de songer à aller dans les bois cueillir des champignons alentour et les manger, car ce sont des éponges à radioactivité. »

 

Autant dire – quand on sait que la périphérie de la zone de décontamination (cette dernière n’étant jamais définitive) n’excède pas les 20 mètres pour les habitations situées en bordure de forêt – que cette survie en zone contaminée, qui nous est, dans un premier temps, présentée comme « transitoirement » vivable, est dans les faits, à court comme à long terme, invivable, bien que recommandée par ceux qui prennent soin de laisser aux autres le risque de l’expérimenter.

 

(…)

 

Lire la suite de l’article

 

 

____________________________

 

En savoir plus

 

Deux journées de rencontres ont eu lieu les 15 et 16 octobre 2013 à la Maison Franco Japonaise de Tôkyô :

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission scientifique

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39863390

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39866159

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission citoyenne

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39890131

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39892824

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 29 octobre 2013.

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Le 29 octobre 2013

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Ginette Martin.

 

Les 26 et 27 octobre a eu lieu le 54ème Congrès de Tōhoku dans la ville de Yamagata. Tōhoku est la partie septentrionale du Japon, où se trouvent les préfectures sinistrées de Iwate, Miyagi et Fukushima. Pour me rendre dans cette ville, je dois traverser la ville de Fukushima, donc, profitant de cette occasion, j'ai visité la ville côtière de Minami-Sōma les 28 et 29 octobre.

 

J'ai déjà visité deux fois cette ville. Au cours du congrès, un participant m'a demandé pourquoi je visitais si souvent les mêmes villes. Je lui ai répondu que je voulais voir ne serait-ce qu'un petit début de rétablissement des habitants et des villes, mais en réalité, ces villes m'appellent. Chacune d’elles a été marquée par les sinistres d’une manière particulière, ce que je veux voir de mes propres yeux, et dont je veux rendre compte. Je sens que j'ai le devoir de le faire et, si ce n'est exagéré de ma part de dire cela, comme un témoin de l'histoire.

 

La ville de Minami-Sōma se trouve dans le rayon de 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire n°1 de la préfecture de Fukushima. La moitié de la ville est dans la zone de 20 kilomètres, et personne ne peut y loger. Tous les habitants sont exposés aux radiations et certains endurent encore les suites du tsunami. La totalité des agriculteurs pâtit du fait que les produits agricoles de la région ont maintenant mauvaise réputation. Dans cette ville, les habitants souffrent deux fois, trois fois, quatre fois plus que ceux des autres préfectures. J'ai voulu voir cette réalité et en témoigner.

 

Le 28 octobre, à 6h 35, je suis allé en bus depuis la gare de Fukushima jusqu'à la ville de Minami-Sōma. Auparavant, nous pouvions utiliser un train qui longeait la côte à partir de Tokyo, mais maintenant cette ligne a été fermée à cause de l'accident nucléaire, de sorte que le bus est le seul moyen de transport public de la ville.

 

Il y a seulement quatre bus par jour, donc j'ai pris le plus matinal. Le bus a traversé le village de Iitate, qui est très contaminé par les substances nucléaires apportées par le vent et venues de la centrale nucléaire n°1. A présent, dans cette ville, il n'y a plus aucun habitant, donc toutes les maisons sont fermées, et les champs, qui devraient avoir leur parure de plants de riz dorés, sont couverts de mauvaises herbes. Ce paysage me cause un grand désespoir, car le riz est en soi une partie intégrante de la vie japonaise. 

Le bus, sans faire aucune halte dans ce village, roulait à une vitesse folle, et il est arrivé à la ville de Minami-Sōma à 8h 20. Pour ce voyage, j'avais emporté un vélo pliant, afin de pouvoir moi-même visiter librement la ville. J'avais prévu de visiter certains endroits, mais, manquant d’informations, j'ai commencé par la mairie.

 

Le cimetière

 

Je suis parti à 9 h 30. Je roulais à vélo le long de la côte, ravagée par l'énorme tsunami, qui avait détruit de nombreuses maisons, et noyé beaucoup d'habitants. J'ai visité le cimetière dans le quartier de Shimoshibusa. J’en avais vu beaucoup dans les villes sinistrées, mais   celui-ci est le plus horriblement endommagé. D'après la photo affichée à côté, il était auparavant entouré d'arbres et vert comme un jardin, mais à présent il ressemble à un désert. Beaucoup de pierres tombales ont disparu, si bien que, sur de nombreuses tombes, les cavités dans lesquelles on met les cendres étaient à nu. A certains endroits, il y avait un panneau avec l'inscription « Rendu », ce qui signifie sans doute que le propriétaire de la tombe a renoncé à restaurer la tombe familiale et a rendu sa concession de sépulture.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

La petite ville de Odaka

 

J'ai visité la petite ville de Odaka, un district de la ville de Minami-Sōma. Dans les rues, je n'ai presque jamais vu d’habitants. Depuis avril dernier, on a le droit de la visiter pendant la journée, mais on ne peut pas y passer la nuit, parce qu'elle se trouve dans le rayon de 20 kilomètres et qu'elle est contaminée par la radioactivité. Cependant, certains habitants sont bien décidés à la restaurer, alors, les 26 et 27 octobre, ils ont organisé une "Fête pour la restauration de la ville de Odaka". À en croire la personne qui était de garde dans le hall municipal en service, de nombreux anciens habitants étaient venus à la fête. Juste à côté, dans le petit parking, on voyait des bancs en bois, sur lesquels les élèves avaient écrit, par exemple:

- Chaque jour je dois avancer, étape par étape.   

- Nous devons surmonter l'accident nucléaire.   

- Passons joyeusement nos journées avec le sourire.   

- Vivons avec des objectifs.

Pour prendre part à cette fête, ils étaient venus des villes voisines ou de plus loin, ou même d'autres préfectures. Ils se souviennent encore de la ville de Odaka qui était leur foyer, mais combien de temps garderont-ils ce sentiment, s’ils doivent résider ailleurs plus longtemps qu’ils n’ont vécu à Odaka?

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

J'ai visité l'école élémentaire de Odaka. J'ai regardé dans la salle des  "première année". Il y avait 20 tables, et sur six d’entre elles étaient restés des sacs contenant instruments de musique, peintures, crayons de couleur, stylos, etc., bref tout ce qui appartenait aux élèves réfugiés. En août dernier, quand on a pu pénétrer à nouveau dans la ville, les enseignants aussi sont revenus et ont remis en ordre les salles de classe. Puis les élèves sont venus pour recevoir les objets qu'ils avaient laissés, mais certains ont déménagé au loin. Ces six tables avec le sac signifient que les élèves qui  y étaient assis ne sont, jusqu’à présent, pas revenus.

 

 Sur le tableau noir figurait un message de l'institutrice :   

« Bon retour!   

Et bon voyage jusqu’à vos nouveaux lieux de vie !

Où que vous soyez,   

Je vous souhaite beaucoup de bonheurs et de joies ! »

Beaucoup d'élèves n'auront pas l'occasion de revoir leurs camarades au cours de leur vie. Comment vivent-ils à présent dans des lieux et parmi des gens qui leur sont étrangers ? Sur le stade, s’amassaient des montagnes de sacs contenant des gravats en provenance des maisons détruites. Solitaires et rouillés, les portiques de gymnastique se dressaient dans le stade. Des vases à fleurs avec des plantes fanées étaient tombés au sol. Tout était calme et on n'entendait nulle part des voix joyeuses d’élèves. Voilà ce qu'est une école affectée par la radioactivité.

 

Cénotaphes

 

En bord de mer, dans la ville de Odaka, il reste encore des maisons en ruine, parce que, pendant l’année qui a suivi la catastrophe, les occupants n’ont pas pu y retourner, ou bien parce que tous les membres de la famille  étaient morts. J'ai vu à plusieurs reprises ces maisons misérables, mais je ne me suis toujours pas habitué à ce spectacle et j’en suis toujours choqué. A l'intérieur sont disséminés divers objets, et en les voyant je pouvais imaginer quel avait été le genre de vie des habitants. Je me suis souvent demandé comment ils allaient à présent, mais jamais aucune réponse ne m'est venue.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

À divers endroits déjà, on a érigé des cénotaphes. Pendant mon circuit à vélo, j’en ai découvert quatre.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°1 comporte cinq esquisses de corps pourvus d’une tête, qui font penser aux traditionnelles poupées en bois kokeshi, mais sans les noms des morts. Certainement ces cinq éléments représentent les membres d’une même famille, peut-être décédés.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°2 porte les noms de sept personnes âgées.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Sur le cénotaphe n°3 sont inscrits 47 noms de victimes et 7 noms de personnes mortes pendant l'exode.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

A côté du cénotaphe n°2,  il y en a un autre, oblong, avec 271 noms. Il ne s’agit pas de morts.  Une inscription indique : « Les habitants du district d'Obama ont dû quitter la ville en raison des dommages causés par le tsunami, de l'accident nucléaire et de l'exode qui a suivi. Afin de rappeler le nom de tous ceux qui ont vécu dans le quartier avant la catastrophe, nous avons construit ce cénotaphe. » Selon le journal, seulement 30% des anciens habitants de ce quartier veulent revenir. Beaucoup sont morts, beaucoup ne reviendront pas, de sorte que le village va presque disparaître. Voilà la réalité d'un village sinistré.

 

Il était temps pour moi de reprendre le bus à la station de Minami-Sōma. Pour terminer, j'ai rendu visite à la pâtisserie de Shoogetu-doo, que je connaissais déjà, et j'y ai acheté dix gâteaux pour encourager le pâtissier, et pour les savourer, une fois rentré à la maison, tout en évoquant le souvenir de la ville.

 

HORI Yasuo

traduit par Ginette MARTIN

Révision du texte par Paul Signoret

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 11:08
Europe : radioactifs aujourd’hui ET radioactifs demain

En 2011, Toshiso Kosako, conseiller du Premier ministre en affaires nucléaires, avait démissionné suite à la décision du gouvernement japonais de relever les taux d’exposition limite à 20 mSv/an. En Europe, qui pleurera et qui démissionnera dans les jours qui viennent ?

.

(source illustration)

La catastrophe de Fukushima n’aura rien changé dans les esprits des décideurs. Au contraire, sous la pression du très puissant lobby nucléaire, elle aura engendré le renforcement des thèses négationnistes concernant les effets des faibles de doses des rayons ionisants.

 

Radioactifs aujourd’hui

Actuellement, l’Europe autorise la commercialisation des produits contaminés au césium jusqu’à 600 Bq/kg (contre actuellement 100 Bq/kg au Japon)

 

Radioactifs demain

Le 24 octobre 2013, l’Europe à son tour admet une exposition accidentelle entre 20 et 100 mSv/an et elle autorise la population à vivre en territoire contaminé jusqu’à 20 mSv/an.

 

L’AIEA toute puissante avait préparé le terrain deux jours plus tôt en autorisant officiellement la vie en zone contaminé à 20 mSv/an au Japon.

 

 

Sources : Radioprotection : Le lobby du nucléaire prépare l’acceptabilité d’un Fukushima européen avec la complaisance du Parlement européen (Michèle Rivasi)

Notes de Georges Magnier : Vivre après Fukushima

 

 

 

En savoir plus :

 

Textes adoptés à Strasbourg le 24 octobre 2013

 

Les normes relatives à la contamination radioactive des denrées alimentaires en Europe et au Japon : un nombre calculé de morts par irradiation

 

Fukushima : le scandale étouffé du contrôle européen des aliments

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 16:09
Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Hisako Sakiyama est directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon. Elle s’exprime ici avec l’expérience de la grande enquête qu’elle a menée en 2011 avec ses collègues au sein de la Commission d'Enquête Indépendante sur l'Accident Nucléaire de Fukushima (NAIIC). Le danger des faibles doses, prouvé depuis longtemps, est régulièrement remis en cause par le village nucléaire, c’est pourquoi cette intervention de qualité se doit d’être largement diffusée, la désinformation battant son comble en ce domaine.

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[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

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Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon : ce qui est devenu plus clair avec l’enquête de la Diète sur Fukushima
 


par Hisako Sakiyama

directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques

 

 

Bonjour.

 

Je voudrais d'abord remercier le Dr Caldicott pour m'avoir invitée à cet important Symposium. Je suis honorée d'avoir l'opportunité de parler de l'évaluation du risque des faibles doses de radiations au Japon.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Qu'est-ce qui est devenu clair avec l'enquête de la Diète sur Fukushima ?

La vie de tous les jours au Japon ne pourra jamais retourner à ce qu'elle était avant l'accident de Fukushima. Avec plus de 900 Pétabecquerels [=9x10¹⁷ Bq] de matières radioactives libérées, environ 10% du Japon a été contaminé et plus de 150.000 personnes ont été évacuées des régions contaminées. Nous devons nous soucier de la contamination des légumes, du poisson et même de l'eau de boisson.

 

 

 

Toute personne vivant à l'intérieur de la zone bleu-ciel de cette diapo va recevoir plus de 1 millisievert par an, ce qui est la dose limite de la CIPR [Commission Internationale de Protection Radiologique] pour le grand public. A l'intérieur de la zone rouge, le plus faible niveau de contamination est plus de deux fois plus élevé que celui de la zone d'exclusion de Tchernobyl.

 

 

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Une des raisons pour lesquelles le rapport  d'enquête du Parlement National a conclu que l'accident n'est pas terminé, est que 676 tonnes de combustible usé subsistent dans les enceintes des réacteurs et les piscines de refroidissement des unités 1 à 4. Ces enceintes sont toutes endommagées et continuent de relâcher des substances radioactives dans l'environnement. Notre souci le plus pressant est la piscine de refroidissement de l'unité 4, endommagée par une explosion d'hydrogène. Elle contient plus de 200 tonnes de combustible usé. Si cette piscine s'écroulait suite à une réplique sismique, le résultat serait catastrophique pour le Japon et le monde.

 

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Sur cette diapo, les cercles rouges indiquent les tremblements de terre de magnitude supérieure à 7. Les cercles noirs indiquent les centrales nucléaires. Comme vous pouvez le voir, le Japon est une terre de séismes avec 54 réacteurs nucléaires et plus de 20.000 tonnes de combustible usagé. Jusqu'au désastre de Fukushima, la majorité du peuple japonais ne reconnaissait pas les dangers de cette situation. Une des raisons de cela est que le gouvernement et les compagnies d'électricité, non seulement à travers l'utilisation des mass médias,   mais aussi par le système éducatif scolaire, avaient créé un mythe du nucléaire sûr.

 

Ensuite, le Ministère de l'Education,  de la Culture, des Sports, de la Science et Technologie (MEXT) ainsi que les compagnies d'énergie électrique, y ont joué un rôle majeur. Ils se sont rendu compte que si les gens avaient peur même d'une faible quantité de radiations cela serait difficile pour eux de promouvoir une politique d' expansion de l'énergie nucléaire.

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Avant l'accident de Fukushima, ils ont distribué des  livres de textes dans les lycées professant que les centrales nucléaires étaient sûres. Ils déclaraient que comme les centrales électriques étaient construites sur un socle rocheux dur, elles pourraient résister aux tremblements de terre. Ils déclaraient aussi que les centrales étaient conçues pour supporter les tsunami, et cetera. Après l'accident cependant ils durent admettre que les centrales n'étaient pas sûres, et ils ont repris les livres de textes.

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Neuf mois après l'accident, le MEXT a distribué une nouvelle série de livres de textes sur le thème de la radioactivité, pour les écoliers du primaire ainsi que ceux des écoles secondaires premier et deuxième cycle. Ils prétendent aussi que le but des articles de ces livres est de fournir aux étudiants une connaissance basique de la radioactivité, ils ne mentionnent le tremblement de terre et la libération de matériaux radioactifs que dans l'introduction.

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Ils ne fournissent aucune information sur les taux de radioactivité relâchée, ni de cartes des régions contaminées. Dans le guide pour les professeurs ils ont recommandé que les enseignants fassent comprendre aux élèves qu'il n'existe aucune preuve évidente que des niveaux de radioactivité inférieurs à 100 millisieverts entraînent des maladies.

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Il a déjà été établi que des cassures complètes de la double hélice de l'ADN induisent des cancers.

Des cassures complexes double brin de l'ADN se traduisent des réparations sujettes à erreurs, qui causent des mutations et une instabilité génomique, qui provoquent une accumulation de mutations et, en dernier lieu, un cancer. Même un seul rayon de radioactivité peut provoquer une cassure double brin et est donc théoriquement capable de provoquer un cancer.

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Ceci est dû au fait que l'énergie de la radioactivité est bien plus forte que celle d'une liaison chimique de l'ADN. Par exemple l'énergie d'un rayon X lors d'une radiographie est 15 000 à 20 000 fois plus grande que celle des liaisons chimiques, donc la radioactivité peut aisément provoquer des cassures complexes double brin et entraîner mutations et instabilité génomique.

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Expérimentalement, on a montré que des niveaux aussi bas que 1,3 milligray peuvent produire des cassures double brin. Et le nombre de cassures augmente linéairement avec la dose. Nous avons ainsi une preuve expérimentale que même une petite quantité de radioactivité a le pouvoir d'induire un cancer.

 

Quelles sont alors les doses les plus basses, pour lesquelles de bonne preuves épidémiologiques montrent une augmentation du risque cancérigène ?

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Une des études expérimentales les plus fiables est celle de la durée de vie des survivants de la bombe atomique. Dans cette étude, la dose moyenne de radiations [reçues] est de 200 millisieverts, avec plus de 50% [des gens] ayant reçu une dose inférieure à 50 millisieverts.

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Comme vous pouvez le voir sur cette diapo, il n'y a aucun seuil en dessous duquel aucun risque n'a été trouvé. Un  modèle linéaire sans seuil fournit la meilleure adéquation avec les  données actuelles sur les cancers.

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À côté des données des survivants de la bombe atomique, il y a beaucoup d'études montrant les risques des faibles doses de la radioactivité. Il y a des études sur des travailleurs exposés aux radiations des installations nucléaires, sur les gens vivant près de la rivière Techa en Russie et les enfants qui ont développé une leucémie à proximité des centrales nucléaires et autres zones à haut niveau de fond. Dans toutes ces études, le risque par dose de radioactivité est plus élevé que pour les survivants de la bombe  atomique.

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La radioactivité induit aussi des maladies non cancéreuses. La relation dose-résultat  entre maladie non cancereuse et radiations a été signalée pour des survivants de la bombe atomique. Le Dr Yablokov et ses collègues nous ont fourni la preuve indéniable démontrant la relation entre les maladies non cancéreuses et la radioactivité. Je suis sûre que Dr Yablokov parlera de cette question.

Sur la base d'études expérimentales et épidémiologiques, le concept qu'il n'y a pas de dose sûre de radiations a été accepté. La dose limite du gouvernement de 20 millisieverts pour les résidents de Fukushima sacrifie la santé de la population, particulièrement la santé des enfants. Pourquoi le gouvernement japonais et les spécialistes des radiations disent-ils que les risques des faibles doses de radioactivité sont inconnus ou qu'elles ne présentent aucun danger ?

 

Les investigations de la Diète ont découvert une raison de la sous-estimation des effets des faibles doses de radiations. Une analyse des rapports de TEPCO et de la FEPC (Fédération des Compagnies d'énergie Electrique) révèle que le risque le plus élevé pour TEPCO était la fermeture à long terme des réacteurs nucléaires. TEPCO s'est aussi rendu compte que les catastrophes  naturelles entraîneraient des règlementations plus strictes qui mènerait finalement à la fermetures des centrales pour longtemps. Ils ont pris le chemin le plus facile pour éviter ce risque. Ils ont fait pression sur le Comité de Sécurité Nucléaire (NSC), l'Agence de Sécurité Nucléaire et Industrielle (NISA) et MEXT pour assouplir les normes réglementaires. Et leurs efforts ont abouti, car les autorités de réglementation sont devenues captives de TEPCO et de la FEPC.

 

La FEPC a aussi fait pression avec succès sur les spécialistes de la radioactivité, y compris les membres de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) et du NSC pour qu'il assouplissent les normes de radioprotection. Dans un de leurs documents, ils ont noté que toutes les exigences de leurs  pressions ont été répercutées dans des recommandations de la CIPR de 2007. Un des moyens pour la FEPC de parvenir à cela a été de couvrir les frais de déplacement des membres de la CIPR assistant aux conférences internationales. Malgré ce fait, les membres japonais de la CIPR soutiennent que la CIPR est neutre et ne  représente pas  les intérêts des industries électriques.

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La FEPC essaye de contrôler les recherches sur la radioactivité pour son seul bénéfice. Par exemple, l'ex vice-président de TEPCO, M. Muto, a dit "... Nous devrions surveiller la direction des recherches de sorte qu'elles n'aillent pas dans une mauvaise direction ou ne soient pas menées par de mauvais chercheurs "

 

Si la FEPC a seulement voulu que des recherches soient menées, c'est que cela assouplirait les normes de protection.

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Il est prouvé que les faibles doses d'irradiation comportent des risques. La raison pour laquelle ce risque est supposé être inconnu est que le gouvernement et les compagnies électriques veulent maintenir leur politique électronucléaire.

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J'aimerais ensuite  parler de pourquoi la plupart des résidents n'ont pas pris d'iode stable.

 

Il y a deux moyens pour les maires locaux de recevoir un avis sur le moment où ils devraient recommander aux résidents de prendre l'iode stable :

1) directement de NSC;

2) du gouvernement de la  préfecture de Fukushima.

 

Après l'accident, le NSC a envoyé un fax au centre local d'intervention d'urgence nucléaire, recommandant que les habitants prennent de l'iode. Pour une raison quelconque, le fax n'est pas parvenu aux maires. Il a disparu et à ce jour, personne ne sait où il a fini. Le NSC a aussi envoyé un fax au gouvernement de Fukushima. Cependant, personne n'a eu connaissance de ce fax jusqu'au 18 mars, ce qui était trop tard car tous les résidents avaient déjà évacué.  Bien que le gouvernement de Fukushima n'ait reçu aucun avis du NSC, il aurait dû, indépendemment, informer les résidents de prendre de l'iode. Il ne l'a pas fait, car il attendait un avis du NSC.

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Il y a eu quelques maires qui ont  décidé par eux-mêmes d'aviser les gens d'avoir à prendre l'iode. Malheureusement la plupart des maires ont hésité et ne l'ont pas fait. En tout, seulement 10 000 résidents ont finalement pris de l'iode.

 

Les raisons pour lesquelles les maires ont hésité à donner la consigne de prendre de l'iode étaient :

  1. Les maires avaient peur des effets secondaires de l'iode car le NSC avait souligné ces effets secondaires.
  2. La directive du NSC recommandait que l'iode stable soit prise en présence d'un expert médical. Dans la plupart des cas il n'y avait aucun expert médical à proximité.
  3. Ils n'ont pas compris pourquoi l'iode devait être prise, ni n'ont été informés du moment approprié pour cette prise.
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Ensuite, problèmes avec le réseau médical d'urgence radiologique.

La médecine radiologique est le traitement médical fourni en cas d'exposition à la radioactivité. Au Japon, le réseau médical d'urgence radiologique a trois niveaux. L'hôpital primaire fournit le traitement médical initial pour toutes les victimes. Quand l'hôpital primaire ne peut pas traiter un patient en raison d'un niveau d'exposition trop élevé, le patient est transporté vers un centre d'urgence secondaire.

 

Si l'hôpital secondaire ne peut pas prendre en charge la victime, quelle qu'en soit la raison, elle est transférée vers un hôpital tertiaire. Le Japon n'a que deux hôpitaux tertiaires, un pour l'Est du Japon, et un pour l'Ouest.

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Malheureusement, le réseau a été configuré sans considérer la possibilité de diffusion de matières radioactives à grande échelle. À cause de cela, beaucoup d'hôpitaux ont été placés près des centrales électriques. Au moment de l'accident, il y avait six centres médicaux d'urgence radiologique dans la région de Fukushima, dont trois situés dans un rayon de dix kilomètres de la centrale. Les trois hôpitaux sont ainsi devenu inutilisables, tandis que le personnel et les patients devaient évacuer. Il y avait quatre autres hôpitaux ordinaires dans la zone des vingt kilomètres. Leurs personnels et leurs patients ont aussi dû évacuer. Durant cette évacuation, 60 patients sont décédés.

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L'équipe d'enquêteurs de la Diète a examiné l'emplacement des centres de secours d'urgence. Plus de 50% des 59 hôpitaux primaires à travers le pays sont situés dans un rayon de 20 kilomètres autour d'une centrale nucléaire. Cela signifie qu'ils sont en zone d'évacuation, et deviendront inutilisables en cas d'accident grave.

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Nous avons également découvert que le nombre maximum de patients qui pouvaient être hospitalisés dans chacun des centres primaires et secondaires est seulement d'un ou deux.

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Qu'en est-il des deux hôpitaux d'urgence tertiaires ? Ils ne peuvent prendre en charge plus de dix patients en état  critique.


Le réseau médical d'urgence radiologique n'a pas fonctionné pendant le désastre. Malheureusement, la situation ne s'est pas améliorée depuis l'accident.  Considérant la situation médicale au Japon, il sera difficile d'améliorer la situation en peu de temps. Par conséquent le Japon n'est pas prêt à exploiter des réacteurs nucléaires.

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Finalement je vais maintenant parler de la gestion de l'enquête de santé de Fukushima.

Peu de temps après la catastrophe, la Préfecture de Fukushima a lancé une enquête de surveillance de la santé à Fukushima pour examiner les effets sur la santé à long terme des faibles doses de radioactivité. Elle est composée de deux parties : une enquête de base et une enquête détaillée. L'enquête détaillée implique l'examen par ultra-sons des enfants de Fukushima jusqu'à ceux âgés de dix-huit ans.

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Quelques données préliminaires des examens de la thyroïde par ultra-sons ont été rendues publiques. En 2011, environ 38 000 enfants ont été examinés, et 95 000 ont été examinés en 2012. En 2011, l'enquête a trouvé 186 enfants avec des nodules de plus de 5 mm ou des kystes de plus de 20 mm.

Parmi ces 186 enfants, 3 ont été diagnostiqués avec un cancer de la thyroïde, et 7 sont susceptibles d'en être aussi affectés. Pour 2012, les résultats des examens détaillés doivent encore être publiés, mais un cas de cancer de la thyroïde a été diagnostiqué.

Une enquête sur 4 500 enfants d'un groupe contrôle en dehors de Fukushima est maintenant en cours. Bien que l'incidence du cancer de la thyroïde semble commencer à augmenter chez les enfants de Fukushima, nous devons attendre les résultats détaillés de l'étude de contrôle.

 

En conclusion, je voudrais dire que je pense que le débat sans fin sur le risque des faibles doses de radioactivité n'est pas une question scientifique, mais un problème politique, économique et social. J'espère que les scientifiques exposeront la vérité scientifique, non pas pour le gouvernement ou les compagnies électriques, mais pour la population. Quatre réacteurs nucléaires ont été endommagés, et personne ne sait comment ou quand ils seront isolés de l'environnement.

 

Comme le Japon est situé sur la ceinture sismique [ceinture de feu du Pacifique], nous sommes dans une course contre la montre pour rendre les centrales nucléaires plus sûres. Le gouvernement japonais et les compagnies électriques doivent avoir pour priorité de faire de leur mieux pour  empêcher tout nouveau dommage et stopper les fuites de substances radioactives en cours. C'est de leur responsabilité, car ce sont eux qui ont promu la politique d'énergie nucléaire du Japon.

 

Il est aussi de la responsabilité de chaque personne au Japon de s'assurer que toutes les centrales nucléaires  en cours de fonctionnement soient fermées. Nous devons aussi nous assurer que plus aucune centrale ne soit redémarrée. J'aimerais vous demander de travailler ensemble avec nous dans ce but.

 

Merci de votre attention.

D'après la transcription en anglais par Afaz.de /  http://afaz.at/index_symp.html

et la traduction de Taka Honda /  http://www.save-children-from-radiation.org/  pour quelques éléments.

Traduction Française : Marie-Elise Hanne

Relecture : Kna et Janick Magne

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 22:47

C’est l’avant-dernier numéro de la série « Voir Fukushima ».

Le dernier en fait car le numéro 60 sera consacré uniquement à la présentation d’index chronologique et thématique de cette série documentaire basée sur l’image.

 

Enfants inconscients des dangers de la radioactivité

Des enfants jouent à côté de déchets radioactifs à Fukushima.

source : Evacuate Fukushima

Voir Fukushima (59)
Cette photo a été prise à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi une semaine après que TEPCO ait avoué que la centrale continue de déverser l’eau hautement radioactive dans l'Océan Pacifique depuis mars 2011 (source : Le papillon et l'empereur)

Cette photo a été prise à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi une semaine après que TEPCO ait avoué que la centrale continue de déverser l’eau hautement radioactive dans l'Océan Pacifique depuis mars 2011 (source : Le papillon et l'empereur)

Le risque de cancer des enfants de Fukushima est très sous-estimé

Dans cette vidéo, Arnie Gundersen examine la décision du gouvernement japonais de permettre aux populations de vivre dans des zones contaminées jusqu’à 20 milliSieverts par an, en reprenant une vidéo d’un autre commentateur américain, Ian Goddard.

La vidéo est en anglais, sous-titrée en français par Kna

Pour ceux qui préfère un texte illustré, cliquer sur ce lien pour lire la traduction française de Marie-Elise Hanne

 

Traitement de la crise de Fukushima selon l’Asahi

Voir Fukushima (59)

Voir l’image en meilleure définition

http://ajw.asahi.com/appendix/pdf_data/Fukushima_water_crisis.pdf

 

Carte des environs de la centrale

La JAEA (L'Agence japonaise de l'énergie atomique) a mesuré les niveaux de radioactivité à 3 km de l'usine sinistrée entre août et octobre 2012, et détecté des lectures de plus de 19 microsieverts par heure au sud et à l'ouest de la centrale nucléaire.

(source)

Voir Fukushima (59)

Une visite pédagogique avec Arnie Gundersen

L’ingénieur en chef de Fairewinds, nous propose une visite du site nucléaire de Fukushima Daiichi en vidéo, combinant images satellite, animations 3D et photographies.

Drainage

Lors des typhons, Tepco draine l’eau qui tombe sur le site. Mais bon, difficile de retenir de l’eau avec du sable et des bâches en plastique.

(source)

Voir Fukushima (59)

Encore des fuites

Une dalle de fondation de citernes qui penche… et la fuite est assurée.

(source The Asahi Shimbun)

(source The Asahi Shimbun)

Autre problème : quand c’est plein, ça déborde.

(source Tepco)

(source Tepco)

Système D

Tepco a imaginé un système pour récupérer l’eau de pluie qui tombe sur les citernes afin qu’elle ne se mélange pas à l’eau radioactive issue de fuites piégée dans des bassins à leur base.

(source Tepco)

(source Tepco)

Glissement de terrain

Il pleut tellement durant la saison des typhons que cela provoque des glissements de terrain. En voilà un beau qui a barré un moment la rampe d’accès au site. Rien à voir avec un « effondrement de la centrale » comme certains ont pu le croire.

 

(source Tepco)
(source Tepco)

(source Tepco)

Le mur du Pacifique

Ce mur en acier-béton, qui devait arrêter les fuites dans le Pacifique, était sensé être fini cette année. Mais Tepco a pris du retard. Trop cher, et peut-être inutile au fond ?

Voir Fukushima (59)

Le système ALPS

Un système qui est sensé « traiter » l’eau radioactive, mais malheureusement pas totalement.

(source The Asahi Shimbun)

(source The Asahi Shimbun)

Vue générale de la centrale fin août 2013

source

Voir Fukushima (59)

Photos de l’unité 3

Voir Fukushima (59)
Voir Fukushima (59)

Nouveau pont roulant pour l’unité 4

Ce matériel va bientôt servir pour réaliser le transfert tant attendu et tant craint du combustible de la piscine 4.

Voir Fukushima (59)

Vidéo de démonstration pour le transfert du combustible de la piscine 4

(en anglais, source Tepco)

Cliquer sur ce lien pour voir la vidéo.

Voir Fukushima (59)

Etude sur le plutonium

Pour changer du césium, voici une étude sur le plutonium de Fukushima faite à partir d’échantillons dans un rayon de 16 km autour de la centrale.

Lien vers l’étude (en anglais) : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3798882/

Localisation des échantillons

Localisation des échantillons

Tableau 1 : infos sur les prélèvements

Tableau 1 : infos sur les prélèvements

Tableau 2 : mesures et ratios

Tableau 2 : mesures et ratios

Rejets

Selon Mathias Braun (Areva), il existe un tuyau reliant l’enceinte de confinement à l’étage de service dans les réacteurs GE Mark 1. C’est ce qui aurait permis de provoquer les explosions des bâtiments 1 et 3. Qu’en est-il de ces tuyaux aujourd’hui ? Communication directe de l’enceinte avec l’extérieur ? Ca expliquerait peut-être les 10 millions de Bq de césiums 134/137 relâchés chaque heure dans l’atmosphère à Fukushima Daiichi ?

(source AREVA: « L’incident de Fukushima Daiichi », 7 avril 2011)

(source AREVA: « L’incident de Fukushima Daiichi », 7 avril 2011)

Hot spot à Koryama

22.97 microSv/h à Koriyama city, Sakabuta Park en septembre 2013

48 documentaires de Ian sur Fukushima

Documentaires tournés au Japon avec sous-titrages français pour certains.

Lien vers ces documentaires.

Voir Fukushima (59)

Informations sur Fukushima

Compilation d’informations sur Fukushima diffusées sur la NHK (source MissingSky101)

Le ventre de Tokyo

Un reportage de Reinhild Dettmerr-Finke (Arte)

Un état des lieux de cette mégapole de 36 millions d'habitants, dix-sept mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Des poissons au césium à la pollution tous azimuts, le bilan dressé par les habitants de Tokyo (poissonniers, éboueurs, employés du service des eaux) est accablant.

Les explications de la NAIIC en dessins

Flash

La webcam TBS a produit un flash le 31 août 2013 (vidéo à 1:28). Apparemment une sursaute de tension au niveau de la caméra. Ce phénomène avait déjà eu lieu en décembre 2011. Le flash provenait également de la droite de l’image avec la même orientation.

Flash d’août 2013

Flash d’août 2013

Flash de décembre 2011

Flash de décembre 2011

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 23:44
Un maire japonais accueille des enfants de Fukushima dans sa ville

Par YURI KAGEYAMA, Associated Press

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Cet article est paru sous le titre original “Japan mayor offers Fukushima kids home in his town

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Traduction : Phil Ansois

Edition en français avec l’autorisation de l’auteur

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Photo © The Associated Press

Docteur Akira Sugenoya, maire de Matsumoto

Après la catastrophe de Tchernobyl de 1986, il y a déjà une génération, le docteur Akira Sugenoya a pratiqué des opérations chirurgicales sur plus d’une centaine d’enfants, pour leur sauver la vie. Il est maintenant maire d’une ville du centre du Japon, et il voudrait éviter que sa propre histoire ne se répète.


A partir d’avril, les parents qui vivent dans l’ombre du désastre nucléaire de Fukushima pourront envoyer leurs enfants à environ 300 kilomètres (200 miles) de Fukushima, dans sa ville de Matsumoto. La ville paiera 14 millions de Yens (soit 143000 $, ou 104000 €) [cours du 27/10/2013] pour une maison équipée de six chambres à coucher et le personnel ; les parents ne paieront pas les cours, mais seulement les dépenses utilitaires et les repas.


Dans une récente interview à l’« Associated Press » faite dans l’hôtel de ville de Matsumoto, le Dr Sugenoya déclare : « Si mes craintes ne se révèlent pas fondées, ce serait la meilleure des nouvelles », « mais si elles se réalisent, alors il y aura peu de temps disponible avant qu’il ne soit trop tard ».


Le Dr Sugenoya a critiqué la réaction du gouvernement à la triple fusion des cœurs de la centrale nucléaire de Fukushima, qui a explosé à la suite du Tsunami en mars 2011, et qui continue toujours aujourd’hui de déverser de la radioactivité dans l’air et dans l’eau. Le démantèlement prendra des décennies, et les experts ne parviennent pas à se mettre d’accord pour définir dans quelle mesure ce désastre affecte la santé des habitants.


Le cancer de la thyroïde est la seule maladie confirmée par l’AIEA due aux faibles doses de radioactivité, suite à la catastrophe de Tchernobyl, une maladie qui est rarement fatale quand elle est traitée par la chirurgie adéquate. En 1991, après avoir entendu parler des milliers de cas de cancers de la thyroïde en Biélorussie, le Dr Sugenoya, un spécialiste de la thyroïde, est parti travailler comme volontaire en Biélorussie, près de la centrale nucléaire Ukrainienne.


Cinq ans plus tard, il a quitté son travail dans un hôpital Japonais prestigieux et est retourné là-bas pour une nouvelle période de cinq ans et demi. Il a mis sur pied une récolte de fonds pour les victimes de Tchernobyl et il invite régulièrement des médecins de Biélorussie à venir participer à des formations au Japon.


La comparaison entre les fuites radioactives près de Fukushima Daïchi et celles de Tchernobyl n’est pas très facile. La mesure de l’exposition au niveau individuel implique des calculs complexes pour tenir compte des quantités de nourriture et d’eau ingérés quotidiennement, qui peuvent varier considérablement.


Le gouvernement Japonais a détecté 44 cas de cancer de la thyroïde (confirmés ou suspectés) parmi 217 000 jeunes d’âge égal ou inférieur à 18 ans, ceci dans la préfecture de Fukushima. Le cancer de la thyroïde est généralement rare chez les enfants, il est estimé à un par million. Le lien avec la radioactivité n’est pas encore concluant, et des tests plus étendus sur les enfants de Fukushima pourraient nous donner des nombres plus élevés*.

Les enfants sont plus sensibles que les adultes aux maladies causées par les radiations parce que leur corps est en cours de développement, mais leur corps peut aussi réagir et guérir [plus facilement] des dégâts créés par la radioactivité. Le Dr Sugenoya précise que dans les zones de la Biélorussie qui sont proches de Tchernobyl, les enfants sont périodiquement déplacés en dehors des zones irradiées.


Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, comprend à peu près 240 000 habitants. Il y a de la place dans les écoles à cause du déclin de la population, un déclin courant dans les zones rurales. Le plan du Dr Sugenoya, appelé le « Projet Matsumoto », sera ouvert aux étudiants de Fukushima pour les enfants de la 3ème année du primaire jusqu’à la fin du collège [donc de 8 à 14 ans].


Les personnes responsables de Matsumoto ont organisé des réunions à Fukushima pour expliquer le projet, et quelques parents ont exprimé leur intérêt, mais on ne sait pas combien d’entre eux voudront bien envoyer leurs enfants étudier au loin.


Parmi les habitants de Fukushima, ceux qui sont le plus inquiets à propos de la radioactivité sont déjà partis. Quelques 150 000 personnes ont quitté les zones de Fukushima les plus ravagées à la suite du Tsunami; un tiers d’entre elles sont parties dans d’autres préfectures.


A peu près 200 d’entre elles sont à Matsumoto, dont Horishi Ueki, sa femme et leurs enfants, âgés de 4 et 6 ans.


Ueki dit que ses enfants lui ont demandé : « Maintenant je peux toucher les fleurs ? ».
A Fukushima, ils devaient porter des masques, et ils ont commencé à prendre peur. Ils étaient très souvent grondés : « Ne touchez pas les poussières », « Ne touchez pas ceci », « Ne touchez pas cela ».


Certains de ceux qui restent dans les zones qui entourent les centrales nucléaires dévastées sont déchirés par la décision de partir ou rester.
 

Yuri Hasegawa, une mère de famille de 45 ans de Fukushima, est tellement tracassée qu’elle a acheté un compteur Geiger et un stock de masques. Dans sa cuisine, elle ne prépare que de la nourriture dont la radioactivité a été vérifiée.


Elle a envoyé ses deux enfants, de 9 et 13 ans, à des camps d’hivers et d’été dans l’île d’Hokkaido à l’extrême nord, à l’île d’Okinawa qui est à l’extrême sud, et à la cité d’Hiroshima qui se trouve au sud-ouest. Elle pense prendre part au « Projet Mastumoto ». Elle fait face à l’opposition de son mari et d’autres parents, qui se moquent de ses soucis et qui les trouvent extrêmes.


Elle dit que dans son jardin et dans d’autres zones, « le compteur Geiger commence à faire bip, bip, bip ». « Les bips arrivent si vite. Vous savez la radioactivité passe à travers nos corps. C’est parce que c’est invisible. Si nous pouvions le voir, nous ne voudrions pas habiter ici. »


Le gouvernement japonais prétend que l’on peut vivre en sécurité dans les zones qui n’ont pas été forcées à être évacuées, mais il a aussi admis des erreurs dans la réaction aux dangers de la radioactivité.


Peu de temps après le Tsunami, le gouvernement aurait pu distribuer les pilules d’iodure de potassium pour bloquer l’accumulation d’iode radioactif dans la glande thyroïde des enfants. Les pilules étaient disponibles, mais le gouvernement n’est pas arrivé à les distribuer à temps; il a reconnu qu’il n’était pas préparé à ça.

Le gouvernement a aussi reconnu qu’il n’a pas utilisé de manière efficace les données qui prévoyaient avec précision les directions prises par les nuages radioactifs. Bien que la zone autour du site nucléaire ait été évacuée, le gouvernement n’a pas averti les gens qui habitaient en dehors de cette zone, et qui, suivant les prévisions, étaient dans les trajectoires des retombées.

Le Dr Sugenoya, un homme de corpulence moyenne doté d’un gentil sourire, nous dit que son intention est d’offrir de l’aide aux familles concernées pour qu’elles puissent vivre pleinement en toute sécurité.

« La radioactivité ne fait pas mal. Elle ne nous irrite même pas la peau. »
« C’est terrible ce qui se passe, et les gens n’en prennent pas du tout conscience. »

 

 

 

_____________________

 

* [NDT c'est assez contradictoire de dire que le lien n'est pas concluant, vu que les chiffres donnés ici montrent une proportion de cancers de la thyroïde plus de cent fois plus élevée que la normale]

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:26

Un séisme de magnitude 7,1 a eu lieu le samedi 26 octobre 2013 à 2h10 (heure du Japon) à plusieurs centaines de kilomètres au large des côtes du Japon. Suite à l’annonce d’un tsunami, Tepco a décidé d’ordonner l’évacuation d'une partie de la centrale de Fukushima Daiichi. Une vague de 30 à 40 cm a été observée sur les côtes et rien n’est à signaler d’anormal sur le site nucléaire. L’alerte au tsunami est maintenant levée.

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Une réplique de magnitude 5,1 a eu lieu à 6h28 (heure du Japon)

 

Derniers tremblements de terre au Japon :

http://www.jma.go.jp/en/quake/

 

Pour voir la centrale en direct :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/f1-np/camera/index-e.html

 

Page d’annonce au tsunami de l’agence météorologique du Japon

http://www.jma.go.jp/en/tsunami/

 

Evacuation partielle de la centrale de Fukushima

En savoir plus :

http://www.afp.com/fr/node/1136539

 

____________

Mise à jour 15 h (26/10/13)

 

Selon le site Ex-SKF, Tepco a ordonné l'évacuation uniquement pour les travailleurs situés dans les zones basses proches du front de mer. (http://ex-skf.blogspot.fr/2013/10/magnitude-68-earthquake-off-fukushima.html)

J'ai donc ajouté le mot "partiellement" au titre de ce billet. Merci à Kna de nous avoir donné cette précision importante.

PF

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