30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 08:32

5 années se sont passées depuis le tremblement de terre de 2011, le tsunami, l’explosion de la centrale nucléaire. Le lieu du drame véhicule désormais la catastrophe en son nom : Fukushima. Où en est-on ?

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(Article publié le 12 mars 2016 sur le blog de Paul Jorion et le 22 sur le site Sciences et Avenir)

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Fukushima : temps de la fin contre fin des temps (1)

 

Cécile Asanuma Brice

 

 

 

Tous les efforts sont faits. Tous les efforts sont faits pour nettoyer terres et esprits avant l’accueil des jeux olympiques de Tokyo en 2020, permettant de donner l’élan nécessaire à l’oubli. Le vent de fête olympique qui s’accompagne à l’accoutumé d’un nettoyage social et d’une montée nationaliste acceptés de tous, portera un troisième fleuron : l’amnésie nécessaire à la poursuite du nucléaire. Malgré la mascarade qui se met en place, via la décision du gouvernement japonais de rouvrir la totalité de la zone d’évacuation autour de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi à l’habitat dès mars 2017, dans les faits, rien n’est réglé. "Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé" écrivait William Faulkner. On ne peut trouver plus justes mots pour décrire la situation actuelle.

 

Au monde de Sisyphe l’éternel rangement répond de l’absurde

 

Plus de 9 millions de sacs poubelles contenant chacun 1 mètre cube de déchets contaminés sont répartis sur 114 700 sites au sein de la préfecture de Fukushima fin septembre 2015 (2). Ces sacs plastiques enferment un temps, terre et déchets radioactifs. La terre ayant laissé ses graines germées au grès des saisons, les pousses difformes les ont éventrés pour laisser se diffuser à nouveau les débris contaminés, au gré des vents. 

27 novembre 2015, village de Tomioka : un des 114 700 entrepôts de sacs de terre contaminée. (Photo : MORITA Takefumi, publiée par le journal Mainichi)

27 novembre 2015, village de Tomioka : un des 114 700 entrepôts de sacs de terre contaminée. (Photo : MORITA Takefumi, publiée par le journal Mainichi)

Fukushima : temps de la fin contre fin des temps

Un coût néanmoins exorbitant pour une politique chimérique qui voit son budget plafonné à 91 milliards de yens pour 2016, soit 727 millions d’euros. Au total, depuis 2011, les dépenses pour la décontamination s’élèvent à 1 milliard 500 millions d’euros (3). Cette politique de décontamination qui berne les esprits en leur inculquant que tous les efforts sont faits pour protéger la vie, n’a qu’un seul objectif : rassurer pour mieux contraindre au retour.

 

Mises en scène et risques de la communication dans la société du spectacle

 

Ce choix politique se met en place via une stratégie de communication sur le risque toujours plus perverse, assurant par exemple que le risque sismique, ou celui d’une éruption volcanique serait plus prégnant que le risque nucléaire (dixit Dr Kumagai Tomohiro, neurologue, Université médicale de Fukushima) (4), que l’obésité et la tension sanguine conséquentes du manque de sport (les personnes vivant dans les logements provisoires sur les zones contaminées limitant leurs sorties) seraient plus néfastes que l’irradiation (Dr Tsubokura Masaharu, hôpital général de Minamisôma, Université de Tokyo), ou encore enseignant aux élèves de primaires du département de Fukushima les méthodes pour filtrer le césium se trouvant dans la terre (workshops organisés par le Pr. Mizoguchi Masaru, Université de Tokyo). Il en est d’autres, tel le Pr. Hayano Ryugo (Université de Tokyo, fervent acteur du programme Ethos Fukushima) (5), qui habilement font signer un rapport sur la radioactivité et ses bienfaits sur la santé par des lycéens du département de Fukushima entre autre, mais également des lycéens français, américains et biélorusses, avec qui la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) et le programme Ethos organisent des séminaires, leur permettant de publier leurs œuvres dans un journal scientifique international et les mettant en scène lors d’une conférence de presse au Foreign Correspondent’s Club of Japan en décembre 2015. Car les soldats de la politique en faveur de la continuité du nucléaire ont bien compris le message concernant les générations futures et n’ont de cesse de les préparer à toujours mieux accepter leur avenir irradié à défaut d’être radieux.

 

"Mon mari ne parle plus d’avenir" (6)

 

Néanmoins, les habitants ne sont pas dupes, et malgré l’appel du gouvernement au retour à vivre dans les zones contaminées et sa décision de rouvrir la totalité de la zone d’évacuation en mars 2017, les voix s’élèvent. Non moins de 12 539 personnes ont ouvert un procès pour demander des dommages et intérêts, estimés au total à 895 millions d’euros (113 milliards de yens) (7). Cela reste limité si l’on considère les 99 991 réfugiés officiels de l’accident nucléaire (8) dont environ 50 000 à l’intérieur du département de Fukushima. Parmi eux, 18 322 résident encore dans les logements provisoires, 30 000 habitent des logements du parc privé dont le loyer est pris en charge par l’Etat et 654 personnes vivent dans des logements publics (9). Tous verront leurs aides au logement prendre fin en mars 2017.

 

Source : Document de la préfecture de Fukushima

Source : Document de la préfecture de Fukushima

En outre, seuls 10 à 20% de la population du village d’Iitate, classé en zone prioritaire pour la reconstruction de la communauté (10), prévoient de revenir en cas d’amélioration de l’environnement. Ce taux est également celui exprimé pour la totalité des communes interrogées. Lors d’un symposium qui s’est tenu à Fukushima le 27 février 2016 sur la question de la possibilité ou non de revenir vivre dans le village, le professeur Imanaka Tetsuji, Professeur en physique nucléaire à l’Institut de recherche sur les réacteurs nucléaires de l’Université de Kyoto, estimait que malgré une baisse naturelle du taux de contamination environnemental, celui-ci est encore par endroit 10 à 20 fois supérieur au taux d’avant l’accident. Selon lui, la politique du refuge reste d’actualité, d’autant qu’il est totalement impossible d’enlever la contamination des montagnes environnantes. Par ailleurs, M. Masuda Naohiro (directeur en chef de la Commission de la centrale nucléaire de Fukushima) a confirmé le 2 mars 2016, que les trois cœurs des réacteurs 1, 2, et 3 avaient bien fondu et percé les cuves des réacteurs, mais qu’on ne savait pas où ils se trouvaient. Difficile de continuer à rassurer les foules dans un tel contexte (11).

 

Lors d’un symposium qui s’est tenu à Fukushima le 27 février 2016 sur la question de la possibilité ou non de revenir vivre dans le village d’Iitate (préf. de Fukushima), le professeur IMANAKA Tetsuji, Professeur en physique du nucléaire à l’Institut de recherche sur les réacteurs nucléaires de l’université de Kyôto, estimait que malgré une baisse naturelle du taux de contamination environnemental, celui-ci dépasse encore par endroit 10 à 20 fois le taux d’avant l’accident. (Photo : ©CécileAsanuma-Brice)

Lors d’un symposium qui s’est tenu à Fukushima le 27 février 2016 sur la question de la possibilité ou non de revenir vivre dans le village d’Iitate (préf. de Fukushima), le professeur IMANAKA Tetsuji, Professeur en physique du nucléaire à l’Institut de recherche sur les réacteurs nucléaires de l’université de Kyôto, estimait que malgré une baisse naturelle du taux de contamination environnemental, celui-ci dépasse encore par endroit 10 à 20 fois le taux d’avant l’accident. (Photo : ©CécileAsanuma-Brice)

Le corps, lui, ne ment pas

 

L’information concernant la multiplication du nombre d’enfants atteints de cancer de la thyroïde est diffusée au rythme des annonces de la commission sanitaire chargée d’effectuer les tests dans l’indifférence internationale la plus complète. Nous en sommes, en février 2016, à 167 enfants de moins de 18 ans atteints d’un cancer de la thyroïde ou suspectés de l’être sur un échantillonnage de 370 000 individus pour un taux naturel de 1 pour 1 million.

 

Décembre 2015, ville de Kôriyama, préf. de Fukushima. Tests de la thyroïde effectués par des médecins volontaires, dans le cadre de workshops organisés par des citoyens de Fukushima, en réaction aux tests peu crédibles de la commission sanitaire officielle. (Photo : ©CécileAsanuma-Brice)

Décembre 2015, ville de Kôriyama, préf. de Fukushima. Tests de la thyroïde effectués par des médecins volontaires, dans le cadre de workshops organisés par des citoyens de Fukushima, en réaction aux tests peu crédibles de la commission sanitaire officielle. (Photo : ©CécileAsanuma-Brice)

Les spécialistes de la commission, dans la contradiction la plus complète, affirment qu’ils ne savent pas, tout en rapportant que l’on ne peut attribuer ces cancers aux radiations. L’argument avancé est le sur-diagnostic, soit le fait qu’un dépistage systématique engendrerait la prise de connaissance du nombre de cancer qui n’aurait pas été connu auparavant. Si ce raisonnement est tenable dans le cas d’un dépistage sur l’ensemble du territoire, il ne peut cependant l’être à partir du moment où l’on ne considère que la population à risque, ce qui est le cas ici, l’enquête sanitaire ne concernant que les habitants de Fukushima. Une étude sérieuse imposerait de généraliser les tests nationalement et sur l’ensemble des classes d’âge, afin de pouvoir effectuer des comparaisons par zone géographique.

A l’inverse, la commission s’oriente vers une réduction des contrôles estimés trop coûteux. Le professeur Tsuda, épidémiologiste à l’université d’Okayama estime pour sa part qu’il est grand temps de s’alarmer. Lui et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Ils ont mené une étude comparative, publiée dans la revue internationale Epidemiology, prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge et par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région. "Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancers de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde."

 

Du Japon à la France, il n’y a qu’un pas : quand le taux tue

 

La situation japonaise a pour but de prouver au monde que l’on sait gérer une catastrophe nucléaire alors qu’on ne le sait pas. Pour ce faire, les institutions internationales jouent de tour de prestidigitation via le relèvement des taux de sécurité dits "acceptables", afin de permettre la réouverture de la zone d’évacuation, au pied d’une centrale dont la déliquescence se poursuit au fil du temps. Ainsi, le Journal Officiel de l’Union européenne (on notera ici que cela ne concerne pas uniquement le Japon), du 17 janvier 2014 préparait le terrain en annonçant : "Sans préjudice des niveaux de référence fixés pour les doses équivalentes, les niveaux de référence exprimés en dose efficace sont fixés dans l'intervalle de 1 à 20 mSv par an pour les situations d'exposition existantes et de 20 à 100 mSv (aiguë ou annuelle) pour les situations d'exposition d'urgence" (page L13/39 (Annexe I, article 1). Prenant le pas de la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) qui fait référence en la matière, le ministère de l’Environnement japonais soutient, dans un rapport d’ août 2014, qu’en-deçà de 100 mSv/an, il n’y aurait aucune conséquence sur la santé au grand dam des épidémiologistes, spécialistes de ces questions. A ce rythme, lors d’un prochain accident, on peut prévoir qu’il y aura une diminution considérable de la surface de la zone d’évacuation alors qu’il faudrait l’élargir. Cela permettra de faire chuter encore un peu plus le calcul du coût du risque de l’industrie nucléaire. C’est d’ailleurs ce que prévoit le plan CODIRPA (comité directeur pour la gestion de la phase post – accidentelle) élaboré pour la France par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) en 2005 dont l’objectif est clair, puisqu’il s’agit de gérer "la réhabilitation des conditions de vie dans les zones contaminées". Pourtant, cette même Agence tire aujourd’hui la sonnette d’alarme. L’allongement de la durée de vie d’un parc nucléaire français déjà vétuste laisse le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, extrêmement prudent. Il a déclaré récemment, qu’il faut "imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe"… (12)

 

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[1] Expression empruntée à Günther Anders, La menace nucléaire, Considérations radicales sur l’âge atomique, ouvrage paru en 2005, texte rédigé en 1959.

[2] Mainichi, 10 décembre 2015 : http://mainichi.jp/english/articles/20151210/p2a/00m/0na/020000c

[3] Mainichi, 23 février 2016 : http://www.asahi.com/articles/ASJ2Q4HNSJ2QUGTB00F.html

[4] Déclaration du Dr KUMAGAI Tomohiro lors d’un séminaire de l’ICRP sur l’éthique organisé à Fukushima en juin 2015.

[5] A ce sujet voir notre article dans le journal du CNRS de mars 2015, A Fukushima, la population est dans une situation inextricable, qui décrit également les manipulations psychologiques faites aux enfants des familles réfugiés pour créer le désir de retour : https://lejournal.cnrs.fr/articles/a-fukushima-la-population-est-dans-une-situation-inextricable

[6] ancienne habitante d’Iitate, 42 ans (entretien à Fukushima, février 2016)

[7] Asahi Shinbun, 6 mars 2016

[8] journal Mainichi, 8 janvier 2016.

[9] Source : Préfecture de Fukushima

[10] Source : Document de la préfecture de Fukushima

[11] The Associated Press, 2 mars 2016, « Melted nuclear fuel from Fukushima disaster is missing, company says » http://globalnews.ca/news/2552628/melted-nuclear-fuel-from-fukushima-disaster-is-missing-company-says/

[12] Interview dans Libération du 3 mars 2016 : http://www.liberation.fr/futurs/2016/03/03/il-faut-imaginer-qu-un-accident-de-type-fukushima-puisse-survenir-en-europe_1437315

 

Cécile Asanuma-Brice vit au Japon depuis 2001. Directement confrontée à l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011, elle a orienté la totalité de ses recherches sur les questions relatives à la gestion de la protection de la population dans le cadre des catastrophes nucléaires. Se rendant chaque mois à Fukushima, elle a pu observer la mise en place de politiques de gestion du désastre qui l’ont amené à réaliser la nécessité d’éveiller les esprits sur ce qui se passe au Japon maintenant, et qui pourrait bien être à l’image de la France de demain.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 08:32
Ces mères qui ont monté un labo de mesure de la radioactivité

Article original publié le 13 mars 2016 sous le titre: « The mothers who set up a radiation lab » sur le site BBC News.

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Auteure : Alessia Cerantola, de BBC World Service

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Lien source

  Il y a cinq ans un séisme a déclenché un tsunami au large du Japon et des fusions en série à la centrale nucléaire de Fukushima. Le domicile de Kaori Suzuki se trouve à proximité, elle est déterminée à y rester mais, inquiète pour la santé de ses enfants, elle a monté avec d’autres mères un laboratoire afin de faire des mesures du rayonnement.

 

  Ici, une femme en blouse blanche dépose un peu de substance organique jaune sur une lame tandis que derrière elle du liquide gris bouillonne dans des flacons. Là, une autre femme, à la grossesse visiblement avancée, commente des données qui s’affichent sur un écran d’ordinateur. Un messager apporte un petit colis qu’on ouvre pour cataloguer son contenu.

Image Emanuele Satolli

Image Emanuele Satolli

Mais il ne s’agit pas d’un laboratoire ordinaire. Aucune de ces femmes n’exerce de profession scientifique. L’une a été esthéticienne, une autre coiffeuse, une autre encore travaillait dans un  bureau. Elles se sont réunies pour créer une association à but non lucratif – Tarachine – afin de mesurer les radiations dans la ville d’Iwaki, située sur la côte à 50 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima.

 

  Kaori Suzuki, la directrice du labo, m’indique une liste de mesures. « Ca, c’est le taux en Strontium 90 dans des Niboshi, de petites sardines séchées, qui proviennent de la Préfecture de Chiba, me dit-elle.

  Et ça, c’est quel produit ? » lui demandé-je en pointant du doigt un chiffre élevé.

« Des champignons, ils présentent de hauts niveaux. Le gouvernement a interdit la consommation des champignons sauvages, mais beaucoup de gens s’en moquent, ils les cueillent et les mangent » répond-elle.

 

  Le laboratoire mesure principalement les isotopes des Césium 134 et Césium 137, et collecte des données sur le rayonnement gamma. On n’a ajouté à la liste le Strontium 90 et le Tritium qu’en avril l’année dernière. « Comme ils émettent des rayons bêta, auparavant nous n’étions pas en mesure de les détecter. Il fallait pour cela disposer d’appareils spécifiques et on n’en avait pas les moyens » m’explique Suzuki. Or, grâce à une généreuse donation, elles disposent désormais de l’équipement adéquat.

 

  Tarachine publie ses mesures en ligne une fois par mois, dans le but de recommander à la population d’éviter de consommer les produits alimentaires pour lesquels les relevés indiquent des chiffres élevés [de contamination], de même que les sols sur lesquels on les a cultivés.

Image Tarachine

Image Tarachine

  Il y a cinq ans à peine, Suzuki ne connaissait rien aux radiations. Elle partageait son temps entre l’éducation de ses deux enfants et l’enseignement du yoga. Mais le séisme du 11 mars 2011 a bouleversé son existence..

 

  « Jamais auparavant je n’avais connu un tremblement de terre aussi puissant, celui-là m’a vraiment effrayée. Dès la première secousse, j’ai eu l’intuition qu’il pouvait avoir touché la centrale nucléaire, confie-t-elle. Alors mon premier geste a été de faire le plein d’essence. Je m’en souviens comme si c’était hier ».

 

  Les autorités ont fait évacuer la zone autour de la centrale _ les résidents à 20 kilomètres à la ronde ont dû partir, tandis que les résidents jusqu’à 30 kilomètres ont reçu un ordre de confinement. Mais bien qu’elle vécût au-delà de la zone d’exclusion, Suzuki a fui en voiture avec sa famille, en direction du sud. Les routes étaient terriblement embouteillées et les stations-service n’avaient plus d’essence.

 

  « Nous ne sommes pas revenus avant la mi-avril, et même alors, on s’est demandé si c’était prudent de rester » observe Suzuki. « Mais mon époux fait vivre ici 70 employés, si bien qu’on a pensé qu’il était difficile de nous en aller ».

Image Emanuele Satolli

Image Emanuele Satolli

Bien que le débit de dose fût officiellement très bas dans la ville d’Iwaki, on n’y parlait plus que de « l’ennemi invisible ». Du jour au lendemain, ce n’étaient plus les enfants, la nourriture ou la dernière mode qui alimentaient les conversations entre amis, mais un seul et même sujet : les radiations.

  « les gens avaient peur, vous comprenez c’est invisible, ça n’a pas d’odeur, on n’en a aucune  perception, donc c’est quelque chose qui fait peur » commente Suzuki.

 

  Le plus préoccupant, c’était de savoir quels aliments étaient sains.

 

  « C’était une question de vie ou de mort » observe Suzuki.

 

  Fukushima est une région agricole où beaucoup de gens cultivent leurs propres légumes. « Chez nous, les gens adorent consommer les produits du jardin et nous avons une forte tradition communautaire, les gens s’offrent leurs productions, entre amis, entre voisins, m’explique Suzuki ; d’où notre extrême anxiété. La situation peut devenir problématique, par exemple quand les grands-parents cultivent des produits alimentaires, mais que les jeunes mères répugnent à les donner à consommer à leurs enfants ».

 

  Suzuki a créé le groupe « Iwaki Action Mama » [l’Action des Mamans d’Iwaki] avec d’autres mères du secteur. Au début, elles ont organisé des actions de protestation contre l’énergie nucléaire, puis elles ont changé de tactique : elles allaient apprendre à mesurer elles-mêmes les niveaux de rayonnement.

Ces mères qui ont monté un labo de mesure de la radioactivité

Elles ont épargné ou collecté 540 euros pour acquérir en ligne leur premier compteur Geiger, mais quand elles l’ont reçu, le mode d’emploi était rédigé en anglais. Aucune d’elles ne comprenait l’anglais mais elles ont persévéré, tant et si bien qu’aidées par des experts et des professeurs d’université, elles ont pu organiser des ateliers de prise en main. Très vite, elles apprirent tout sur les Becquerels, l’unité de mesure de l’irradiation, et sur les Sieverts, qui mesurent le débit de dose radioactive. Pour comparer leurs relevés, elles prirent l’habitude de se retrouver au restaurant ou au café.

 

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Becquerels et Sieverts

 

  En novembre 2011, ces dames ont décidé de passer à la vitesse supérieure, elles ont monté un laboratoire. Après avoir collecté des fonds, elles se sont débrouillées pour acquérir leur premier instrument susceptible de mesurer la contamination des aliments, qui a coûté 3 millions de yens (23 774 euros).

 

  Elles ont donné à leur laboratoire le nom de Tarachine, d’après un personnage féminin du répertoire théâtral japonais au caractère bien trempé, qui parle comme un guerrier samouraï. « Nous avions l’impression de nous trouver en première ligne sur un champ de bataille, raconte Suzuki.

  Or, quand on est en guerre, on fait ce qui doit être fait ; eh bien, nous étions intimement convaincues que nous devions faire des mesures.»

 

Image Emanuele Satolli

Image Emanuele Satolli

Tarachine compte aujourd’hui 12 employées qui ont du travail par-dessus la tête. La population vient pour faire tester les aliments, la terre, l’herbe ou encore les feuilles de l’arrière-cour. Les résultats sont publiés, pour être connus de tous. A ses débuts, le labo était capable de publier des résultats en 3 à 4 jours, mais le service est devenu si populaire que le labo ne peut plus suivre. « Nous avons désormais tellement de requêtes qu’il faut parfois attendre jusqu’à trois mois pour connaître certains résultats » dit le professeur Hikaru Amano, directeur technique du laboratoire.

 

  Amano confesse son étonnement qu’un groupe d’amateures soit parvenues à exercer cette activité avec autant de rigueur et souligne que ce travail est fondamental.

 

  Il ajoute que la population a fini par ne plus faire confiance aux données de contamination radioactive communiquées par le gouvernement et par TEPCO, la Compagnie d’Energie Electrique de Tokyo, qui dirige la centrale nucléaire.

 

  Pas moins d’une centaine de « laboratoires citoyens » comme celui-ci ont désormais vu le jour, mais Tarachine sort du lot, parce qu’il contrôle non seulement le rayonnement gamma mais aussi le rayonnement bêta, alors que la plupart d’entre eux ne peuvent mesurer que le rayonnement gamma, et parce qu’il peut tester tout ce qu’on veut, des carottes du jardin au sac de poussières de votre aspirateur.

 

  Certes, le gouvernement fait des relevés périodiques, à des endroits précis dans la Préfecture de Fukushima. Les récoltes de même que les produits destinés aux marchés sont également contrôlés, la totalité par exemple de la production de riz de Fukushima doit satisfaire aux contrôles de rayonnement avant l’exportation.

 

  Mais « si vous souhaitez connaître le débit de dose en Strontium ou en Tritium dans votre jardin, le gouvernement ne fera pas cette mesure, observe Suzuki. Et si vous voulez vous-même faire mesurer, il vous en coûtera 200 000 à 250 000 yens (environ 1600 euros) or, les gens ne peuvent généralement pas débourser une telle somme. C’est pourquoi nous devons poursuivre notre activité afin de permettre à un maximum de gens de faire mesurer tout ce qu’ils veulent ». Tarachine ne facture qu’un défraiement modeste : moins de 2000 yens (16 euros).

Image Emanuele Satolli - Capture d’image : Mère de deux enfants, Kaori Suzuki passe désormais la majeure partie de son temps au laboratoire

Image Emanuele Satolli - Capture d’image : Mère de deux enfants, Kaori Suzuki passe désormais la majeure partie de son temps au laboratoire

Tarachine fournit également du matériel et forme à sa prise en main, si l’on veut faire ses propres mesures. « Il y a des mères qui mesurent des échantillons du sol dans les écoles. C’est fantastique, elles ont acquis une vraie compétence » dit Suzuki.

 

  Par ailleurs, le groupe surveille la santé des enfants. Il gère une clinique où des médecins provenant de tout le Japon viennent régulièrement dispenser des examens gratuits de dépistage du cancer de la thyroïde pour les enfants de la région. Depuis le début du dépistage six mois après les fusions, 166 enfants dans la Préfecture de Fukushima ont été diagnostiqués – ou suspectés – atteints d’un cancer de la thyroïde. C’est un taux beaucoup plus élevé que dans le reste du Japon, même si selon certains experts cela s’expliquerait par un sur-diagnostic.

 

  Enfin, pour les parents qui voudraient sortir un peu leurs enfants de l’environnement quotidien, Tarachine organise même des séjours dans le sud du pays, pendant l’été.

 

  Depuis 2011, la vie de Suzuki a dramatiquement changé. « J’étais une mère ordinaire coulant une vie heureuse. Mais désormais je passe la majeure partie de mon temps dans ces locaux, du matin jusqu’au bout de la nuit ». Elle ajoute : « Je vous avoue que je rêverais parfois de faire un break, mais notre travail ici tellement indispensable. Nous fournissons un service vital.

 

  Je crois que quiconque veut garder l’esprit tranquille après une catastrophe telle que celle de Fukushima, ne peut pas faire autre chose que ce que nous faisons. »

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:18
Le 21 décembre à Futuba, Yuji Onuma assiste au démontage du panneau portant le slogan qu’il a inventé :   « L’énergie nucléaire : l’énergie pour un avenir radieux » (source KYODO)

Le 21 décembre à Futuba, Yuji Onuma assiste au démontage du panneau portant le slogan qu’il a inventé : « L’énergie nucléaire : l’énergie pour un avenir radieux » (source KYODO)

Article original publié le 29 février 2016 sous le titre: « Removal of pro-nuclear signs in Fukushima town irks slogan maker » sur le site Japan Today

 

Traduction : Evelyne Genoulaz

 

Source : Japantoday, 29 FEV. 2016. http://www.japantoday.com/category/national/view/removal-of-pro-nuclear-signs-in-fukushima-town-irks-slogan-maker . Ce lien a été supprimé depuis.

 

 

 

Koga au Japon - Quelques mois à peine avant le cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire au complexe de Fukushima Daiichi, une ville hébergeant la centrale sinistrée a entrepris de retirer deux enseignes qui affichaient non sans ironie le culte aveugle du Japon pour l’énergie nucléaire.

C’est un slogan qu’arborait le centre-ville à Futaba depuis 1988 :

 

« L’énergie nucléaire : l’énergie qui prépare un avenir radieux ».

 

Mais aujourd’hui la ville est morte, tous ses résidents ont été évacués faute à la contamination radioactive suite à la fusion de trois réacteurs.

Alors la ville a décidé d’enlever ces enseignes, au motif de leur décrépitude, disant qu’elles tombent en lambeaux. Mais Yuji Onuma, l’homme de 39 ans à l’origine du slogan icônique et lui-même un évacué, objecte que la ville choisirait de dissimuler un pan peu glorieux de son histoire.

« Il aurait fallu maintenir ces enseignes en place, pour rappeler aux gens, aux jeunes en particulier, ce à quoi la ville a dû faire face… Si on les ôte juste parce que cela ne colle pas avec la réalité, on court le risque de répéter les mêmes erreurs », s’est exprimé Onuma à Koga dans la préfecture d’Ibaraki, quand il s’en est allé en mai 2014.

 

Onuma a inventé ce slogan en 1987, c’était un travail d’écolier en dernière année de l’école élémentaire. A sa grande surprise, son propre slogan a été primé et se retrouva mentionné sur l’une des deux bannières pro-nucléaires qui pavoisèrent la ville.

Selon la ville, le contexte était alors à l’encouragement de soutiens locaux en faveur de l’énergie nucléaire. A cette époque, Futaba co-hébergeait déjà certains des six réacteurs de la centrale nucléaire et la ville faisait savoir qu’elle pouvait en accueillir d’autres encore, alléchée par la perspective de grosses subventions.

 

Onuma n’était encore qu’un enfant et pourtant il n’ignorait rien du risque d’accident nucléaire. Chernobyl en 1986 avait récemment ravivé la peur de la radioactivité.

Mais d’un autre côté, ses proches travaillaient à la centrale de Fukushima Daiichi et les cafés locaux ainsi que les commerces étaient florissants en raison de l’afflux des employés de TEPCO ou d’autres qui travaillaient dans le secteur du nucléaire. « On ne tenait pas de propos critiques sur le nucléaire quand ses proches travaillaient dans ce secteur. La ville était un microcosme d’environ 8 000 habitants », observe Onuma.

 

Un jour Onuma a quitté Futaba, puis il y est revenu en 2005 à l’âge de 29 ans. Il travaillait dans une société immobilière, a construit deux appartements – dont un juste à côté de la bannière qui affichait son slogan – qu’il a loués le plus souvent à des employés de TEPCO pour se faire un revenu complémentaire.

Il n’était pas peu fier de la bannière longue de seize mètres. Il se souvient qu’il avait raconté son histoire à son épouse, Sérina, 40 ans, et à ses beaux-parents lorsqu’ils avaient visité la ville à l’occasion de la cérémonie des fiançailles en 2010.

« Je leur ai présenté cette bannière, pour leur expliquer combien la ville et le nucléaire étaient liés, et que j’avais une certaine aisance avec ma location, grâce à TEPCO ».

 

Mais sa vie se trouva ruinée par l’une des pires catastrophes nucléaires au monde, déclenchée par les gigantesques séisme et tsunami du 11 mars 2011. Sa femme enceinte alors de sept mois et lui ont abandonné leur maison située à quatre kilomètres de la centrale.

Même au plus fort de la catastrophe, Onuma s’est remémoré l’enseigne parce que la télévision et tous les médias l’ont présentée comme le symbole de la ville. Il s’en est trouvé gêné.

« Cet accident a complètement changé ma façon de voir les choses » nous confie Onuma en ajoutant qu’il pense en définitive que l’énergie nucléaire a généré un avenir « maudit » plutôt que « radieux ».

Il a éprouvé du ressentiment contre cette énergie atomique en laquelle il avait eu confiance et, pour commencer à ne plus lui porter aucun crédit, il installa un générateur d’énergie solaire chez lui à Ibaraki puis il emprunta, acquit un terrain bon marché et y installa plus de 1 000 panneaux solaires.

 

Onuma est également devenu de facto le gardien des bannières promouvant l’énergie nucléaire à Futaba, depuis qu’il a réalisé en mars de l’année dernière que la ville était sur le point de les abandonner, faisant voter une provision de 4,1 millions de yens (36 000 $) au budget 2015 pour leur enlèvement.

Onuma a recueilli 6 502 signatures d’une pétition en faveur de la conservation dans la ville de cet héritage négatif ; le maire de Futaba, Shiro Ozawa, a maintenu la décision de décrocher les bannières mais il a promis de les « conserver avec soin » et de « les exposer » de nouveau le jour où la ville sortira de la crise.

Un officiel a évoqué un futur parc, mémorial de la catastrophe, mais rien de précis à ce jour.

 

En voyant en décembre qu’on ôtait son slogan de la bannière, Onuma s’est attristé de la rapidité de la mise à exécution, au regard d’une longue histoire. « Je suis déçu car le scénario n’est plus celui que j’ai connu, maintenant que ma ville tente de renaître ».

Tandis qu’on décontamine certaines parties de la ville, Onuma assure que peu font un projet de retour.

« Les bâtiments n’ont pas l’air d’avoir beaucoup changé, mais je me demande si les gens vont pouvoir revenir vivre ici sans appréhension, même après la décontamination » observe ce père de deux garçons de quatre et deux ans.

Bien que la quasi-totalité de la municipalité soit en zone de retour différé à long terme, Onuma ne perd pas espoir pour l’avenir, et il espère montrer un jour Futaba à ses enfants.

« J’aimerais partager avec mes enfants mon attachement pour ma ville natale » dit-il. « Je peux difficilement oublier mes racines…et puis je veux leur raconter ce qu’il s’est passé et pourquoi ils n’ont pas pu naître ni grandir dans cette ville pourtant si chère au cœur de la famille Onuma ».

 

Yuji Onuma et sa femme Serina étaient retournés le 9 novembre 2013 à Futaba. Ils avaient enfilé des vêtements de deuil au dessus de leurs combinaisons de protection pour aller enterrer les cendres de leur tante. (source : Vivre après Fukushima)

Yuji Onuma et sa femme Serina étaient retournés le 9 novembre 2013 à Futaba. Ils avaient enfilé des vêtements de deuil au dessus de leurs combinaisons de protection pour aller enterrer les cendres de leur tante. (source : Vivre après Fukushima)

Janick Magne, le 12 juillet 2014

Janick Magne, le 12 juillet 2014

Le photographe polonais Arkadiusz Podniesinski en 2015

Le photographe polonais Arkadiusz Podniesinski en 2015

Yuji Onuma en 2015

Yuji Onuma en 2015

La suppression des bannières pronucléaires dans une ville de la Préfecture de Fukushima hérisse le poil de l’inventeur du slogan
(Source AFP/JIJI)

(Source AFP/JIJI)

La suppression des bannières pronucléaires dans une ville de la Préfecture de Fukushima hérisse le poil de l’inventeur du slogan
La suppression des bannières pronucléaires dans une ville de la Préfecture de Fukushima hérisse le poil de l’inventeur du slogan
Démontage de la bannière en décembre 2015 (source Asahi Shimbun)

Démontage de la bannière en décembre 2015 (source Asahi Shimbun)

Aujourd'hui, la bannière n'est plus visible et l'entrée de la ville est interdite (source NEWSCOM/SIPA)

Aujourd'hui, la bannière n'est plus visible et l'entrée de la ville est interdite (source NEWSCOM/SIPA)

Vidéo du démontage sur le site de l'Asahi Shimbun

http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201512210058

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 11:00

Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon ou l'opposition au nucléaire, le journaliste Mathieu Gaulène vient de publier un livre intitulé « Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? » aux éditions Piquier. L’auteur dresse un bilan très documenté sur le nucléaire en Asie, 5 ans après la catastrophe. L’occasion pour le blog de Fukushima de lui poser quelques questions.

En 2011, le Japon (54 réacteurs) devançait la Corée du Sud (21), l’Inde (20) et la Chine (13). Mais la Chine construit actuellement 21 réacteurs, pour une puissance de plus de 27000 MWe (source terraeco.net)

En 2011, le Japon (54 réacteurs) devançait la Corée du Sud (21), l’Inde (20) et la Chine (13). Mais la Chine construit actuellement 21 réacteurs, pour une puissance de plus de 27000 MWe (source terraeco.net)

Où étiez-vous en mars 2011 et qu’avez-vous ressenti lors du début de la catastrophe nucléaire ?

 

En mars 2011, j’étais encore à Paris et je me préparais à aller vivre au Japon. Cet évènement m’a beaucoup choqué et dès les premières heures j’ai pensé au risque d’un accident nucléaire. J’avais en fait réalisé un mémoire sur le mouvement antinucléaire japonais en 2009, et durant mes recherches à Tokyo et Rokkasho-mura, où une usine de retraitement a été construite par la France, j’avais pu constater l’incurie de l’industrie nucléaire nippone, son arrogance alors même que de nombreux signaux d’alertes étaient déjà au rouge.

En septembre 2009, j’ai d’ailleurs proposé à quelques journaux français un article sur les risques d’une catastrophe nucléaire au Japon suite à un séisme. On le refusa poliment. Le 11 mars 2011, je proposais ce même article remanié avec l’actualité, et il fut publié le soir même par l’Express.fr (on peut le trouver encore en ligne). C’est une anecdote intéressante qui en dit long sur la manière dont est traitée l’information en France, notamment l’information sur le nucléaire.

 

En France, dans les journaux mainstream, il est rare de lire des textes aussi libres et décapants que dans votre livre. Est-ce votre position de journaliste indépendant qui vous permet de vous exprimer plus librement ?

 

Il est vrai que l’on ressent parfois comme une chape de plomb sur la question du nucléaire en France, et comme nous l’avons vu récemment, c’est désormais par la presse allemande que l’on apprend qu’il y a eu un accident grave en 2014 à Fessenheim ! Cependant, je pense qu’il s’agit surtout d’une manière de traiter l’information, de passer de plus en plus vite d’un sujet à un autre, sans prendre le temps de bien détailler tous les enjeux.

En ce qui concerne le fait d’être indépendant ou freelance comme c’est le cas aujourd’hui pour de nombreux journalistes à l’étranger, ce n’est pas vraiment un choix et reste une position très précaire. Ceci étant dit, il est vrai qu’être indépendant permet de travailler sur certains sujets de manière plus approfondie. Avec ce livre, j’ai essayé avec la plus extrême rigueur de répondre à une question que beaucoup se sont posés : qu’allait faire le Japon après ce désastre nucléaire et comment en était-il arrivé là ? Comment allaient réagir les autres pays d’Asie, où l’accident de Fukushima a eu un écho, voire parfois un impact très fort ? J’ai voulu y apporter une réponse, cinq ans après.

 

Cinq ans après l’évènement, l’explosion du réacteur 4 de Fukushima Daiichi reste un mystère. Le directeur de la centrale, Masao Yoshida, le disait lui-même : « [On] n’explique pas l’énorme trou qui a été percé au niveau 3. (…) Ce sont des phénomènes que l’on ne peut pas expliquer du point de vue de la physique ». Vous avez étudié les théories du complot qui circulent sur internet à propos de l’utilisation du réacteur 4. Est-ce qu’on en sait plus à Tokyo sur cette explosion aujourd’hui ou bien en reste-t-on à la version officielle ?

 

Oui, je crois qu’il faut en premier lieu écarter toute théorie du complot qui n’apporte que confusion au débat. Je reviens brièvement sur cette question dans le livre et continue à penser qu’il faut abandonner cette théorie fumeuse et incohérente selon laquelle le réacteur 4 servait à construire une bombe.

L’explosion du bâtiment du réacteur reste sujette à discussion à Tokyo. Rappelons que le réacteur 4, à la différence des autres, n’était pas chargé de combustibles et que l’accumulation d’hydrogène ayant conduit  à l’explosion est en effet un mystère. Certains ont formulé l’hypothèse au début d’une surchauffe des combustibles usés dans la piscine du réacteur, mais l’examen après coup de ces barres qui ont été depuis retirées infirme cette hypothèse. L’ex-directeur de la centrale de Fukushima-1, aujourd’hui décédé d’un cancer, avait formulé l’hypothèse que l’explosion était due à de l’hydrogène venant du réacteur 3 sinistré, et s’infiltrant par des tuyauteries dans le bâtiment du réacteur 4. C’est l’hypothèse la plus probable retenue aujourd’hui.

Il y a cependant une autre information intéressante à lire dans ce témoignage de l’ex-directeur de la centrale, traduit aujourd’hui en français aux éditions de la Presse des Mines. On y apprend que la cuve du réacteur 1 a subi une baisse de pression inexpliquée avant même l’arrivée du tsunami, et le directeur « n’exclut pas » qu’elle puisse avoir été causée par une rupture des tuyauteries. En noyant les générateurs de secours, le tsunami n’aurait donc fait qu’aggraver un accident déjà en cours.

 

On entend souvent dire que plus personne ne parle de Fukushima Daiichi à Tokyo. Est-ce vrai ?

 

Non, ce n’est pas tout à fait exact. On en parle relativement peu comparé à la gravité de l’accident, mais surtout, on en parle à voix basse. Ce n’est pas qu’une image, de nombreux Japonais baissent d’un ton lorsqu’on évoque l’accident ou la radioactivité. L’accident est devenu assez rapidement un sujet un peu tabou, qui dérange et divise. Le patriotisme est assez fort au Japon, et de nombreux citoyens vivent l’accident de Fukushima comme une défaite, comme si le Japon avait perdu la face vis-à-vis du reste du monde.

Les Japonais sont connus pour leur courage, leur capacité de rebondir après une catastrophe, un caractère forgé au gré des séismes, tsunami et typhon. Mais un accident nucléaire n’est pas une catastrophe naturelle. On ne peut pas faire table rase et repartir comme si rien ne s’était produit. Les conséquences se mesurent en centaines, voire milliers d’années pour le plutonium. Cette capacité des Japonais à rebondir constitue ici, je crois, un réel handicap.

 

On ne peut cependant se cantonner à une explication culturaliste. Lorsqu’on vit ici, il est éprouvant psychologiquement de s’inquiéter de la radioactivité au quotidien et assez naturellement, beaucoup de personnes à Tokyo et surtout à Fukushima n’y pensent plus, voire nie le risque. Comme pour s’auto-convaincre que tout va bien. Il me semble que c’est un réflexe naturel d’adaptation, et que la réaction après un accident nucléaire de cette ampleur, en France par exemple, serait la même sur le long terme.

 

HORI Yasuo rapporte que les habitants de Fukushima craignent que Fukushima Daini puisse être réutilisée en 2020 pour les besoins énergétiques des jeux olympiques de Tokyo. Avez-vous confirmation de cette possibilité ?

 

Etant donné la posture pro-nucléaire du gouvernement Abe, prêt à redémarrer un maximum de réacteurs pour retourner à 20-22% de nucléaire dans le mix énergétique d’ici à 2030, on peut s’attendre à tout. Mais je suis tout de même un peu dubitatif. Les exploitants de centrales de l’ouest du pays ont déjà beaucoup de mal à faire accepter le redémarrage des réacteurs. Mercredi dernier, un tribunal de la préfecture de Shiga a même fait ordonner l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de Takahama qui venaient à peine d’être redémarrés.

Il me semble donc que ce n’est pas pour demain que Tepco sera capable de redémarrer ses centrales, a fortiori à Fukushima Daini qui est très proche de la centrale accidentée. Tout au plus, la compagnie d’électricité de Tokyo va sans doute essayer de relancer la puissante centrale de Kashiwazaki-Kariwa, mais pour l’heure, l’autorité de régulation japonaise, la NRA, n’a pas donné son accord pour son redémarrage. Par ailleurs, la préfecture de Fukushima a annoncé son intention d’utiliser de l’électricité ne venant que des énergies renouvelables d’ici à 2040. Je ne peux donc confirmer cette information, mais je comprends l’inquiétude des habitants de Fukushima : après tout, certains réacteurs de la centrale accidentée de Tchernobyl ont continué à fonctionner jusqu’en 2000…

 

Ne pensez-vous pas que le « village nucléaire » japonais fait partie en fait d’un village nucléaire mondial ?

 

C’est une très bonne question. On a tendance à critiquer aisément le « village nucléaire » japonais en France, sans trop se poser de questions sur la manière dont fonctionnent les autres pays, à commencer par le nôtre. Cela va peut-être changer aujourd’hui avec la chute d’Areva – 8 milliards d’euros de pertes en cinq ans ! – dont on ne peut encore mesurer toute l’ampleur, le désastre industriel de l’EPR se profilant à l’horizon. Si les journaux français se montrent circonspects, nos amis anglais, eux, ne mâchent pas leurs mots, le Guardian qualifiant l’EPR de « farce » qui pourrait « couler EDF ».

En tout cas, de la même manière qu’il y a un « village nucléaire » nippon, il y a un « village nucléaire » français, formé du CEA, du constructeur Areva, de l’exploitant de centrales EDF, de la CGT et des écoles qui forment les élites de ces structures quasi-étatiques, l’école des Mines, Polytechnique ou l’ENA. C’est donc comme au Japon, un petit monde qui se connait et échange, passe d’un organisme à un autre, et forme l’un des réseaux les plus influents de la cinquième république. La seule différence notable est le fait que l’ASN en France semble être un peu plus indépendante qu’au Japon, comme on l’a vu récemment avec son directeur peu enclin à autoriser la prolongation de la durée de vie des centrales.

Au niveau mondial, ces « nucléocrates » se rencontrent et forment effectivement ce que l’on pourrait appeler un « village du nucléaire mondial », coordonné par l’AIEA. De nombreux groupes de travail de l’AIEA ont pour vocation d’améliorer la public acceptance. Par exemple, les Japonais et Français se sont souvent rencontrés dans les années 1970 lors de réunions N20 (nuclear twenty) : dix délégués français, dix délégués japonais qui discutaient de problèmes liés à l’implantation de centrales nucléaires et à la réaction du public et échangeaient leurs outils de communication, leurs éléments de langage pour « faire accepter » l’atome.

La France n’est pas à la peine quand il s’agit d’aider. En Corée du sud par exemple, six mois seulement après l’accident de Fukushima, une grande campagne de promotion fut lancée pour vanter les mérites du nucléaire, avec l’appui de l’AIEA et du Forum atomique industriel français (FAIF). En Inde, une journaliste a vu sa série de conférences sur le nucléaire dans les médias français, indiens et japonais pour les Alliances françaises annulée à la dernière minute sous la pression, semble-t-il, de l’ambassade de France à New Delhi.

Il faut dire qu’Areva est présente un peu partout en Asie, du Japon à l’Inde en passant par la Chine et la Mongolie, où elle s’est taillé la part du lion dans plusieurs gisements d’uranium. Jusqu’à Fukushima, l’ex-« fleuron de l’industrie française » faisait près de 20% de son chiffre d’affaires en Asie. Avec l’arrêt du parc nucléaire japonais, et du fructueux marché du MOX, la compagnie a perdu une source de revenus importantes. C’est sans doute cela qui poussa l’ambassadeur de France en personne à se rendre au cabinet du Premier ministre japonais Noda Yoshihiko en septembre 2012, lorsque celui-ci eut l’outrecuidance d’envisager une sortie du nucléaire…

 

En tant que journaliste travaillant au Japon, avez-vous déjà subi des pressions ? Et suite à la promulgation de loi sur les secrets d’état en décembre 2013, avez-vous remarqué un changement de ton dans le traitement de l’information dans ce pays ?

 

Pas directement, du moins pas en tant que journaliste. Mais comme je le raconte à la fin de mon livre, j’ai passé une série d’entretiens pour travailler au service de presse de l’ambassade, et lors d’un entretien final, le ministre conseiller me demanda du tac au tac, sans rapport avec le sujet en cours, si j’étais « pro ou antinucléaire ». Cela paraissait à ses yeux une condition sine qua non pour entrer au service de presse de l’ambassade de France à Tokyo. J’esquivais en lui demandant le pourquoi de cette question. Sa réponse eut le mérite de la franchise : « Je vous pose cette question, car ici nous défendons les intérêts de la France. Et les intérêts de la France au Japon, c’est le nucléaire. »

Au Japon, la loi sur les secrets d’état, qui englobe le nucléaire, menace de peines lourdes les journalistes qui les divulgueraient. De nombreux journaux opposés à cette loi, comme l’Asahi Shimbun, ont promis dans des éditoriaux de poursuivre leur travail journalistique et de ne pas céder à la peur. Mais on peut légitimement s’inquiéter des conséquences à long terme de cette loi sur la presse au Japon qui ne brille pas par sa très grande liberté. Certains journaux comme le Tokyo Shimbun ou le Mainichi continuent inlassablement, malgré tout, d’informer de manière très détaillée et avec beaucoup de rigueur sur l’accident de Fukushima et ses suites. Sur internet, dans les réseaux sociaux, ou sur des blogs similaires au vôtre, des Japonais poursuivent également cette tâche très importante d’informer sur l’accident nucléaire en cours.

Que ce soit au Japon ou en France, la critique du nucléaire n’est donc pas aisée. Mais au vu des récents évènements, elle peut se libérer. Alors qu’il y a quelques années, critiquer Areva mettait dans une position périlleuse, aujourd’hui on aurait presque l’impression de tirer sur l’ambulance ! Je pense qu’il s’agit d’un moment important en France, comme au Japon pour mettre cartes sur table et débattre réellement de cette question.

 

(Propos recueillis par Pierre FETET)

 

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« Le nucléaire en Asie », entretien avec Mathieu Gaulène

Présentation de l’auteur

Mathieu Gaulène est journaliste indépendant, diplômé de l’IEP d'Aix et de Sciences-Po Paris (master Asie). Spécialiste du Japon, où il réside depuis cinq ans, il a notamment écrit sur des thèmes allant de la politique japonaise, à la culture populaire et aux nouvelles technologies. Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon et l'opposition au nucléaire, son ouvrage "Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ?" vient de paraître aux éditions Philippe Picquier.

« Le nucléaire en Asie », entretien avec Mathieu Gaulène

Présentation du livre « Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? »

Cet ouvrage fournit le panorama le plus complet existant à ce jour sur le nucléaire en Asie : non seulement les programmes civils (Chine, Japon, Inde, Vietnam, Thaïlande, et même Bangladesh et Myanmar), mais aussi l’inquiétante prolifération de l’arme nucléaire, possédée par des pays qu’opposent des rivalités profondes (Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord). Il fait également le point sur l’essor des mouvements antinucléaires et des énergies renouvelables, relancés par la catastrophe de Fukushima. Un chapitre spécial est consacré à l’accident nucléaire du 11 mars 2011, riche en révélations sur le véritable bilan humain et le rôle du crime organisé dans la « liquidation » de la centrale sinistrée. Les choses vont très vite dans le nucléaire. Pyongyang prétend désormais avoir la bombe H. Au Japon, nouveaux redémarrages de réacteurs et nouveaux déboires du surrégénérateur et de l’usine de retraitement d’uranium. Autant de raisons de suivre cette actualité à la lumière de l’analyse approfondie et accessible qu’est Le Nucléaire en Asie.

 

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D'autres livres sur Fukushima :

Le Blog de Fukushima recense tous les livres parus depuis 2011

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 18:11

À la veille du 5ème anniversaire de Fukushima, Akio Masumura, ancien diplomate Japonais et auteur du blog Finding the Missing Link, revient sur les débuts de la catastrophe et nous fait partager les leçons qu’il en a tirées.

Fukushima, nous dit-il en conclusion, « nous a offert l’opportunité de mener un vaste débat sur les défis auxquels sous sommes confrontés, au carrefour de multiples besoins humains : énergie décarbonée, sûreté, santé environnementale, sécurité des populations et préservation pour les générations futures. Ce sont là des questions qui définiront notre société humaine pour les siècles à venir. Nous ne devons donc pas rater l’opportunité d’en discuter en mettant sur la table tous les éléments dont on dispose. »

OG

Photo prise le 17 février 2015 : femme habitant un ensemble de logements provisoire couvert de neige à Aizuwakama, dans la préfecture de Fukushima. Ce complexe abrite des réfugiés nucléaires d’Okuma, une ville située à l’intérieur de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO (Tokyo Electric Power Co.) REUTERS/Toru Hanai

Photo prise le 17 février 2015 : femme habitant un ensemble de logements provisoire couvert de neige à Aizuwakama, dans la préfecture de Fukushima. Ce complexe abrite des réfugiés nucléaires d’Okuma, une ville située à l’intérieur de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO (Tokyo Electric Power Co.) REUTERS/Toru Hanai

Les leçons de Fukushima : de nouvelles inquiétudes pour l’avenir

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Our Lessons from Fukushima: New Concerns for the Future » le 6 mars 2016 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

De multiples aspects de la crise continuent à affecter la santé de la population et la sécurité environnementale.

 

Au total, 178 000 réfugiés (dont 99 750 à Fukushima) ne savent toujours pas quand ils pourront rentrer chez eux. Chaque jour, 400 tonnes d’eau contaminée s’écoulent dans l’océan. Des pluies torrentielles balaient les matériaux radioactifs encore présents sur le site pour les déverser dans la mer. 814 782 tonnes d’eau contaminées sont stockées dans plus d’un millier de citernes et chaque mois, de nouvelles citernes sont mises en place. Les 7 000 travailleurs de la centrale accomplissent chaque jour des taches dangereuses. Ces ouvriers qui prennent leur travail à cœur ont résolu jusqu’ici bon nombre de problèmes, mais certains problèmes continuent à mettre en difficulté les responsables et les équipes de nettoyage. Nul ne peut s’approcher des réacteurs 1, 2 et 3 en raison de l’intensité des radiations et il n’y a pas de solution scientifique à attendre pendant au moins 40 ans. Malheureusement, on ne peut pas exclure de nouvelles perturbations à venir : la probabilité d’un nouveau séisme important n’est pas nulle.

 

Depuis l’accident de Fukushima, nous avons eu la chance de recevoir rapidement des opinions et des recommandations de divers horizons. Physiciens nucléaires, médecins, militaires, sismologues, biologistes, océanographes, vulcanologues, journalistes, chefs spirituels, parlementaires, étudiants, organisations de citoyens et leaders d’opinion ont tous exprimé leur point de vue. La perspective horizontale qui a ainsi émergé a permis d’appréhender la situation d’une toute autre manière que si l’on s’en était tenu à une seule discipline, quel que soit le degré d’expertise du spécialiste. Les Japonais ont tiré profit de tous ces messages qui ont réussi à percer à travers la confusion régnant à l’époque dans les médias.

 

À l’occasion du 5è anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima, j’aimerais rappeler les premiers stades de l’événement et partager avec vous ma propre vision des choses et les recommandations tirées des leçons de ce douloureux événement.

 

Dans les deux premières semaines, les experts comme le public cherchaient des solutions techniques.

 

Est-ce que les cœurs avaient fondu ? Jusqu’à quelle distance fallait-il évacuer la population ? Comment maintenir les systèmes de refroidissement quand tant d’éléments ne fonctionnaient plus ? Les systèmes de ventilation marchaient-ils ? La situation était-elle pire qu’à Tchernobyl ? Les hélicoptères des Forces d’auto-défense pouvaient-elles arroser les piscines de combustible irradié des réacteurs 3 et 4 ?

 

Il est peut-être impossible de décrire précisément la panique qui s’est saisie alors des dirigeants et du public japonais. Les agences gouvernementales et l’opérateur chargé de la centrale, la Tokyo Electric Power Company, n’étaient pas préparés à une catastrophe nucléaire de cette ampleur. Le public les a accusés tous deux et eux se sont renvoyé la balle pour expliquer le manque de communication et les retards.

 

Confusion et panique n’étaient d’ailleurs pas limitées au Japon, mais ont aussi affecté le gouvernement américain. L’écart dans la manière dont les deux gouvernements ont évalué les dégâts des six réacteurs a été considérable, particulièrement en ce qui concerne le réacteur 4, qui se trouvait dans une situation unique, étant justement en arrêt pour maintenance. La confusion des messages sur la sûreté et les dégâts a encore accru la panique : le gouvernement japonais décidait que 20 km (12,5 miles) était la limite d’évacuation adéquate, tandis que le gouvernement américain fixait une limite de 80 km (50 miles) pour ses ressortissants. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et d’autres pays quant à eux recommandaient à leurs ressortissants de quitter Tokyo, qui se trouve à 200 km (125 miles) de la centrale.

 

Depuis le début, certains experts savaient que la crise dépassait largement les capacités techniques du moment mais que pour pouvoir avancer, il allait falloir plus d’information.

 

Très tôt au milieu de toute cette confusion, mon ami Hans-Peter Durr, depuis décédé, ancien directeur du département d’Astrophysique à l’Institut Max Planck en Allemagne, m’a appelé pour me suggérer d’informer le Premier ministre japonais que l’accident de Fukushima était bien pire que le gouvernement japonais ne l’avait laissé entendre. Quoique le Japon n’ait pas encore à l’époque admis la fusion des cœurs, Hans-Peter savait que Fukushima nous avait amenés à la limite de nos savoirs scientifiques. Il était d’avis que le Japon devait inviter une équipe d’évaluation indépendante formée des meilleurs physiciens nucléaires et ingénieurs structurels pour développer une solution. J’ai fait passer son message urgent au cabinet du Premier ministre et aux chefs de partis.

 

Quelle était l’ampleur du problème ? Un an après la crise et l’on n’avait toujours pas vraiment idée de l’importance de la situation. Une façon de commencer à réaliser ce qui se passait réellement était de savoir combien il y avait de barres de combustible irradié sur le site. TEPCO n’avait pas communiqué cette information et j’ai donc dû demander à l’Ambassadeur Mitsuhei Murata de se renseigner discrètement auprès de sources internes. Il nous a fait savoir que le total des assemblages de combustible irradié sur le site de Fukushima Daiichi se montait à 11 421, sans compter celles qui étaient contenues dans les cuves. J’ai ensuite demandé à Robert Alvarez, qui a été haut conseiller à la sécurité nationale et l’environnement au ministère de l’Énergie américain, d’expliquer l’impact potentiel de ces 11 421 assemblages.

 

Le 3 avril 2012, Bob a interprété ce chiffre pour nous. Les résultats étaient ahurissants : il y avait 85 fois plus de césium 137 entreposé à Fukushima que la quantité émise par l’accident de Tchernobyl.

 

Même si ce césium ne risquait pas nécessairement d’« exploser » comme une bombe atomique, une telle quantité de radioactivité avait un potentiel de destruction énorme. Les gens ont été choqués d’apprendre cela. L’article a rapidement été lu par plus d’un million de lecteurs et s’est propagé de manière virale sur la Toile. Il ne fait aucun doute que sans les avertissements des scientifiques internationaux sur le désastre potentiel représenté par le réacteur 4, le gouvernement japonais n’aurait pas fait une priorité de l’enlèvement des 1 535 barres [du réacteur 4], l’équivalent de 14 000 fois la radioactivité de la bombe d’Hiroshima.

 

Sans l’avis d’experts issus de domaines différents, des informations importantes seraient restées entre les mains du gouvernement et de l’opérateur nucléaire, plutôt que d’être communiquées au public.

 

Mais même compte tenu de ces informations, des pans entiers de la crise et de ses causes restent dans le noir si l’on s’en tient aux questions techniques. M. Kiyoshi Kurokawa, président de la commission d’enquête indépendante du Parlement japonais sur l’accident de Fukushima, présente une vision différente, mais très claire.

 

Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 sont des catastrophes naturelles dont l‘ampleur a choqué le monde entier. Quoiqu‘il ait été déclenché par ces cataclysmes, l‘accident de Fukushima Daiichi qui s‘en est suivi ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Ce fut un désastre d’origine spécifiquement humaine ‒ qui aurait pu et aurait dû être prévu et empêché. De plus, ses effets auraient pu être atténués par une réponse plus efficace.

 

Comment un tel accident a-t-il pu se produire au Japon, une nation qui a une telle préoccupation de sa réputation d’excellence en ingénierie et en technologie? Cette Commission est d’avis que le peuple japonais ‒ et la communauté mondiale ‒ méritent une réponse complète, honnête et transparente à cette question. Ce qu‘il faut admettre, aussi douloureux soit-il, c‘est que nous avons à faire à un désastre « made in Japan ».

 

Les raisons fondamentales sont à chercher dans le souci des convenances qui fait partie intégrante de la culture japonaise : notre obéissance automatique, notre réticence à remettre en cause l‘autorité, notre attachement au « respect du programme », notre dépendance au groupe et notre insularité.

 

Personnellement, ce que je retiens de Fukushima, c’est que nous vivons entourés de nouvelles menaces et que ces menaces sont présentes depuis des dizaines d’années.

 

J’ai appris qu’un accident frappant une centrale nucléaire peut avoir des conséquences inimaginables sur la vie humaine durant des siècles. L’accident a causé des préjudices indicibles à ceux dont la vie a été bouleversée par la centrale. Si la situation s’était encore aggravée, quel aurait été l’impact de 24 000 années de dommage environnemental sur les générations futures ?

 

La situation aurait pu être acceptable si le public avait été conscient de ces risques et les avait acceptés quand la centrale a été construite. Malheureusement ce n’a pas été le cas au Japon. Même les responsables n’ont pas admis ces risques, que ce soit au moment de la construction ou au moment de l’accident. Et ils ne les admettent toujours pas, même maintenant.

 

Ce n’est que le mois dernier que TEPCO a admis, cinq ans plus tard, avoir mis deux mois à utiliser le terme de « fusion » sur le site de la centrale. Arnie Gundersen de Fairewinds et Mycle Schneider, auteur du Rapport sur l’état de l’industrie nucléaire, ont indiqué qu’à partir du moment où avaient eu lieu des rejets considérables de gaz de fission, il était évident que les cœurs étaient en train de fondre. Mais le déni de TEPCO a influencé la manière dont l’entreprise a géré la panique. Comme l’avait suggéré Helen Caldicott, il était évident que le gouvernement japonais aurait dû évacuer les femmes et les enfants plus tôt et les envoyer beaucoup plus loin. Helen a écrit pour notre blog cet article : Le sacrifice nucléaire de nos enfants : 14 recommandations pour aider le Japon contaminé par la radiation. En ignorant les avertissements de nombreux experts, TEPCO et les autorités gouvernementales ont refusé d’entendre l’appel à réagir.

 

Après cinq ans de réflexion, Fukushima m’a fait entrevoir de nouvelles inquiétudes à propos des centrales nucléaires.

 

L’accident de Fukushima m’a fait faire une découverte importante, à savoir que nous n’avions pas réalisé que les radiations causées par les bombes atomiques et celles de l’accident nucléaire sont très similaires en termes de risque pour la vie humaine. Nous avons longtemps admis les dangers d’attaques à l’arme nucléaire perpétrées par des États et aujourd’hui nous comprenons la menace que représentent pour les centrales nucléaires le danger de l’erreur humaine et les catastrophes naturelles, comme les séismes, les tsunamis et les volcans. Et si les centrales nucléaires devenaient une cible ? Je crains surtout la possibilité d’attaques terroristes contre des centrales nucléaires dans les pays instables, en particulier le Pakistan.

 

Le Premier ministre Nawaz Sharif et le Président Xi Jinping se serrent la main : la Chine accepte de construire de nouvelles centrales nucléaires au Pakistan.

Le Premier ministre Nawaz Sharif et le Président Xi Jinping se serrent la main : la Chine accepte de construire de nouvelles centrales nucléaires au Pakistan.

Il devient de plus en plus probable qu’un groupe terroriste décide de s’en prendre à une, voire plusieurs centrales nucléaires dans le monde. Ces centrales et nombre d’autres installations du même genre restent exposées à de multiples menaces et les gouvernements ont encore beaucoup de mal à partager les résultats de leur renseignement. Les États-Unis ne pourraient pas avertir le Japon, pourtant un proche allié, de certaines menaces, même s’ils le voulaient ! D’autres formes de menace nucléaire, par exemple un engin de la taille d’une petite valise qui exploserait à Times Square, continuent à donner des cauchemars aux experts et au Président. Étant donné le degré de probabilité de ces risques dans les années à venir, que nous vivions en démocratie ou sous un régime autoritaire, il est très surprenant de voir que le public n’a aucune information sur la question. Comme nous l’avons vu à Fukushima, une grande détresse provient de la réalisation soudaine qu’on nous a demandé de vivre avec des risques qu’on nous a cachés jusqu’au moment où il était trop tard.

 

Les experts feront comme il se doit une grande partie du travail pour ce qui est de définir, étudier et recommander des solutions pour répondre à ces risques. Cette responsabilité augmente au fur et à mesure que de nouvelles centrales nucléaires sont construites et prévues, en particulier en Chine, en Inde, dans les Émirats arabes unis, au Vietnam et en Indonésie. Mais des échanges ouverts avec le public sont très utiles pour prévenir les attaques et les accidents et réagir de façon appropriée après coup. Les médias sociaux peuvent fournir un lien entre la société et les experts en divers domaines en cas d’accident ou d’attaque nucléaires. De fait, cela pourrait être un outil très intéressant pour compléter les efforts de ces autres organisations qui œuvrent à empêcher les catastrophes nucléaires. N’importe quelle autorité a du mal à accepter de perdre le contrôle de l’information, mais Fukushima et d’autres crises comme celle du virus Ebola ont bien montré les limites des canaux de communication venue d’en haut.

 

Les hommes politiques doivent faire face à bien des défis et intérêts contradictoires dans la mission qu’ils ont reçue de faire avancer la société. L’énergie nucléaire peut ainsi sembler une solution adaptée aux défis du changement climatique. Mais aucune évaluation ne peut être considérée comme correcte ou honnête si les risques de la solution envisagée ne sont pas présentés ouvertement à toutes les parties prenantes, y compris au public. Fukushima nous a offert l’opportunité de mener un vaste débat sur les défis auxquels sous sommes confrontés, au carrefour de multiples besoins humains : énergie décarbonée, sûreté, santé environnementale, sécurité des populations et préservation pour les générations futures. Ce sont là des questions qui définiront notre société humaine pour les siècles à venir. Nous ne devons donc pas rater l’opportunité d’en discuter en mettant sur la table tous les éléments dont on dispose.

 

Le mot de la fin : Sir Brian Flowers, éminent physicien nucléaire britannique, a fait remarquer que si des centrales nucléaires avaient été construites et déployées en Europe avant la Seconde guerre mondiale, de vastes zones d’Europe seraient inhabitables de nos jours car ces centrales auraient été la cible des méthodes de guerre et de sabotage classiques.

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Publié par Odile Girard - dans Au Japon
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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 17:19
Vue satellite de la centrale de Fukushima Daini
Vue satellite de la centrale de Fukushima Daini

Jusqu’où ira le Japon ? Pour les JO de 2020, Tokyo aura besoin de plus d’électricité, et pour cela, il envisage de remettre en route une centrale nucléaire, soit celle de Nigata, soit celle de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cela provoque une grande inquiétude dans cette préfecture où les habitants sont encore traumatisés et contaminés. « Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue », écrit notre rapporteur HORI Yasuo.

PF

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Texte original en espéranto

Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

et Ginette MARTIN

 

 

Le 10 février 2016

 

Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima

Le 10 février a eu lieu dans Iwaki, ville du département de Fukushima, une "Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima". Il y a, dans Fukushima, deux centrales nucléaires. Dans la première se trouvaient - se trouvent encore - six réacteurs nucléaires, dont quatre ont été endommagés par le tsunami et dont les deux autres ont été épargnés de justesse. TEPCO a déjà décidé de les mettre tous les six au rebut, mais pour finaliser cette opération quarante années ou davantage seront nécessaires, et jusqu'à la fin ils seront dangereux, donc je ne peux utiliser les mots "se trouvaient" et "ont été abandonnés", mais je dois continuer à écrire " se trouvent" et "seront abandonnés". Dans la deuxième centrale, il y a quatre réacteurs, dont à la fois la préfecture, toutes les villes et tous les villages de Fukushima exigent l'abandon, or TEPCO et le gouvernement n'ont répondu à cette exigence que de façon nébuleuse. Au cours de cette réunion, M. Koizumi Junichirō, ancien premier ministre, et d'autres personnes avec lui ont réclamé un changement de la politique énergétique du Japon.

Ma femme et moi, accompagnés de monsieur et madame Tanji, des réfugiés qui habitaient Iwaki, avons assisté à la réunion. Mille-cinq-cent personnes y étaient venues des diverses villes du département. La plupart étaient âgées. Le 10 février étant jour ouvré, les gens pourvus d'un emploi ne pouvaient y prendre part, de ce fait les participants étaient trop vieux.

Le Japon laisse entendre qu’il pourrait redémarrer la centrale de Fukushima II

Conférence de Koizumi Junichirō

Koizumi est né le 8 janvier 1941. Il a été premier ministre entre avril 2001 et septembre 2006. Il a donc occupé le poste pendant plus de cinq ans, durée très longue en comparaison de celles d'autres premiers ministres. Il était très populaire. Durant son ministère, il a envoyé des soldats du Corps de Défense japonais prendre part à la guerre en Irak, conformément aux exigences des États-Unis, et il était partisan de la politique énergétique nucléaire.

Cependant, après l'accident nucléaire de 2011, il a changé d'attitude face à cette politique et il a commencé à agir contre elle. Lors de l'élection du président du département de Tokyo, en février 2014, il a soutenu la candidature de l'ex-premier ministre Hosokawa. Ensemble, ils ont combattu une politique énergétique basée sur l'atome, car Tokyo était le principal consommateur du courant produit à Fukushima. Malheureusement ils ont perdu, mais Koizumi continue à se battre, en donnant des conférences en divers endroits du Japon. Voici un résumé de son exposé :

 

"On me fait souvent la critique d'être à présent opposé à une politique énergétique nucléaire, à laquelle j'étais favorable quand j'étais premier ministre. C'est qu'alors, je me fiais aux assertions des scientifiques en charge du nucléaire, mais quand l'accident s'est produit, je me suis mis à étudier la chose par moi-même et j'ai constaté que j'avais été trompé par ces gens-là. Le sage chinois Confucius a dit : "N'hésitez pas à corriger votre erreur." Suivant son conseil, j'ai donc commencé à me mobiliser contre l'énergie atomique.

 

 

1.  Mensonges au sujet d'une énergie atomique "bon marché, sûre et pure"

 

Vraiment bon marché ? Aujourd'hui encore le gouvernement dit que l'électricité d'origine nucléaire est la moins chère, mais c'est faux. Le gouvernement verse des sommes considérables aux communes dans lesquelles sont installées des centrales nucléaires et, lorsqu'arrive un accident, il doit payer de lourdes indemnités. Construire des centrales nucléaires coûte cher, aussi les banques ne prêtent-elles pas  aux compagnies d'électricité sans une garantie du gouvernement. En avril  prendra fin leur monopole de production et de vente du courant, et des compagnies concurrentes arriveront alors sur ce marché. Craignant de le perdre, les compagnies demandent que l'État les subventionne. Les centrales nucléaires sont des gouffres financiers.

 

Vraiment sûre ? Quand des accidents ont eu lieu à Three Mile Island et à Tchernobyl, les spécialistes japonais et les compagnies d'électricité ont assuré que jamais il n'y en aurait d'aussi graves dans nos centrales, car celles-ci sont très sévèrement contrôlées, or j'ai appris que de très nombreux accidents s'y étaient produits. Le haut responsable de l'Autorité de Régulation Nucléaire déclare à présent : "Je n'ai jamais dit que les réacteurs approuvés sont sûrs", mais le premier ministre Abe répète, de façon infondée, que ces réacteurs ont été approuvés selon les normes les plus rigoureuses du monde.

 

Vraiment pure ? Les réacteurs japonais sont situés en bord de mer afin qu'on puisse en utiliser l'eau pour les refroidir. Cette eau contient divers êtres vivants qui à la longue pourraient boucher les canalisations. Pour nettoyer celles-ci, on emploie un produit chloré. Ce produit et la chaleur tuent la mer. Les réacteurs nucléaires polluent beaucoup le milieu.

 

 

2. Nulle part, au Japon, n'existe un dépotoir pour déchets nucléaires

 

J'ai visité Onkalo, le dépôt définitif pour déchets nucléaires de Finlande. On a construit en cet endroit un lieu de stockage de deux kilomètres carrés, sur une couche rocheuse stable, à quatre-cent mètres de profondeur. La Finlande a quatre réacteurs, mais on ne peut y stocker les déchets que de deux réacteurs seulement, et pour les deux autres on n'a pas de lieu de stockage. Le Japon est un pays volcanique, c'est pourquoi il ne s'y trouve aucun endroit aussi stable qu'en Finlande, de plus notre pays est si densément logé qu'il est impossible d'y avoir un lieu convenant au stockage.

 

3. Le Japon peut progresser sans énergie atomique

 

L'Allemagne a déclaré qu'elle devait se débarrasser de ses centrales nucléaires, mais elle n'en est pas encore débarrassée; le Japon, au contraire, n'a rien déclaré de pareil mais il a été, de fait, complètement débarrassé d'elles pendant deux ans, et presque complètement durant trois ans, avec d'abord un, puis à présent trois réacteurs en marche. Il est clair que le Japon peut progresser sans centrales nucléaires. S'il utilise désormais davantage d'énergie renouvelable, notre économie progressera. Le Japon a toujours surmonté les difficultés au cours de son histoire. Par exemple, nous avons été vaincus lors de la dernière guerre et nous avons perdu tous les territoires hors de l'archipel, et pourtant le pays progresse. Les Japonais sont capables de transformer leurs infortunes en bonnes fortunes. Supprimer les centrales nucléaires est un grand rêve, mais ce rêve n'est nullement irréalisable. Attelons-nous ensemble à la tâche !"

 

(fin du résumé)

 

Corriger ses erreurs est une bonne chose, mais pourquoi donc Koizumi n'a-t-il prêté l'oreille qu'à de mauvais conseillers ? Depuis longtemps déjà des savants honnêtes s'opposaient à l'énergie atomique et mettaient en garde contre la dangerosité des réacteurs nucléaires. Il s'est réveillé et, désormais, il agit. C'est tout à fait louable, mais je regrette qu'il ait dormi lorsqu'il était premier ministre. Il s'est démis, depuis, de ses mandats, même de celui de parlementaire. Résultat : aux yeux du mauvais premier ministre Abe, il est devenu quantité négligeable.

 

Je me suis aperçu qu'il était du même âge que moi : il est né en janvier 1942 et moi, en décembre 1941. Il s'implique vigoureusement dans l'action, donc il faut que moi aussi j'agisse vigoureusement pour sauver le Japon.

Le Japon laisse entendre qu’il pourrait redémarrer la centrale de Fukushima II

Discours du maire de Minami-Sōma, M. Sakurai Katsunobu

"La ville de Minami-Sōma compte aujourd'hui encore vingt-sept-mille réfugiés. De toutes les villes victimes du tsunami, elle est celle dont le nombre de réfugiés est le plus important. Sur ces 27 000, 9300 sont déjà sont partis loger dans d'autres villes et ne sont donc plus au nombre de nos concitoyens; mille habitent hors de la ville et les huit-mille autres habitent bien dans la ville, mais pas dans leur maison.

La ville a subi l'assaut du tsunami et 2 500 personnes ont disparu*, que nous avons dû rechercher, et ensuite s'est produit l'accident nucléaire. Cependant, ni la préfecture ni le gouvernement n'ont donné d'informations sur la situation. Ils ont considéré nos vies comme négligeables. Ils nous ont abandonnés. Nous étions tous furieux.

 

* Sur ces 2500, 997 ont été retrouvées mortes.

 

Plus tard, le 15 mars, j'ai entendu à la télévision que le réacteur n° 3 était en danger. Je savais qu'il fonctionnait au combustible mox. Si un grave accident se produisait, il s'en écoulerait du plutonium, le plus dangereux des produits radioactifs, et j'ai donc pris seul la décision d'évacuer 14 000 citadins vers la préfecture de Nīgata. Son président m'avait promis qu'il les accueillerait, car dans le Nīgata aussi se trouve une centrale de TEPCO, et il nous plaignait donc, pensant que le sort qui aujourd'hui était le mien, serait le sien demain peut-être.

 

Avant l'accident, le gouvernement avait donné consigne aux villes dans lesquelles se trouvent des centrales nucléaires de ne pas faire de plan d'évacuation des habitants dans un rayon de dix kilomètres, car cela les inquièterait. Le pouvoir croyait et faisait croire aux gens, qu'au Japon jamais il n'y aurait d'accident sérieux.

 

À cause de l'accident, le territoire de notre ville est divisé en trois catégories en fonction de la distance à la centrale nucléaire endommagée n° 1 de Fukushima, à savoir : une zone comprise dans un rayon de vingt kilomètres, une zone entre vingt et trente kilomètres et une zone au-delà de trente. Dans ce cadre, certains habitants devaient partir tout de suite, d'autres devaient attendre et d'autres encore n'avaient pas à partir, et selon ces catégories TEPCO payait - ou paie encore - une indemnité. Ce système a été la cause de grandes difficultés pour les habitants, engendrant la discorde entre eux, car la chute de matières radioactives ne se faisait pas forcément en fonction des distances. Il est arrivé que des points situés dans la zone d'au-delà de trente kilomètres étaient si pollués que les gens devaient fuir, mais TEPCO ne leur a versé aucune indemnité.

Le 11 août 2015 le réacteur nucléaire de la centrale de Sendai, dans l'île méridionale de Kyushu a été réactivé. Le premier ministre Abe a bien dit : "Tant que Fukushima ne sera pas tiré d'affaire, le Japon ne sera pas tiré d'affaire.", mais s'il le croit vraiment, pourquoi a-t-il approuvé la remise en marche de ce réacteur? La préfecture de Fukushima et ses 59 villes et villages exigent l'abandon des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2. Or le gouvernement ne leur a jamais répondu clairement. La compagnie TEPCO dit que, le pouvoir ne se prononçant pas nettement, elle ne peut pas, elle, prendre de décision. Je les soupçonne, l'une et l'autre, de vouloir remettre en route ces quatre réacteurs.

 

TEPCO n'a pas le droit, ni le pouvoir de faire refonctionner ces réacteurs. Dix jours après la survenue de l'accident, l'un de ses responsables nous a rendu visite. Pourquoi ne sont-ils pas venus tout de suite dans notre ville? Quand nous sommes allés voir le président de la compagnie, à Tokyo, pour lui poser des questions, il nous a salués dans le couloir mais ne nous a pas fait entrer dans son bureau. Pourquoi ne nous a-t-il pas demandé pardon en personne pour l'accident ? TEPCO a dit qu'aucune des victimes n'a trouvé la mort. Cette compagnie n'a ni compétence, ni honnêteté, ni capacité, en tant que future productrice d'électricité par réacteurs nucléaires.

 

La ville de Minami-Sōma s'est déclarée, en mars 2015, ville sans centrale nucléaire, plaçant son espoir dans un monde fondé sur une énergie renouvelable. Ensemble, faisons naître un tel monde !"

 

(Fin du disours)

 

J'ai été très ému par le discours du maire. À plusieurs reprises déjà, j'avais visité cette ville. Elle souffre vraiment des suites du séisme, du tsunami, de l'accident nucléaire et du discrédit qui s'attache au nom de Fukushima. En voyant l'état misérable de la ville et de ses habitants, ma fureur à l'égard de l'accident nucléaire et de la politique énergétique du gouvernement actuel s'est accrue jusqu'à l'exaspération.  C'est pourquoi j'ai écouté son discours avec une telle émotion.

 

Au sujet de la centrale n°2, l'intervenant suivant a dit : "Le gouvernement redoute que l'électricité ne manque lors des Jeux Olympiques de 2020. C'est pourquoi il veut disposer du courant de la centrale nucléaire n°2 de Fukushima."

 

Auparavant, 32% de l'électricité qu'utilisait Tokyo provenait du département de Fukushima et 20%, du département de Nīgata. C'est dans ce dernier que se trouve la centrale nucléaire Kashiwazaki-Kariwa de TEPCO, qui a sept réacteurs et dont la capacité totale de production était de 8,21 millions de kilowatts. C'était alors la quantité la plus grande du monde, mais en juillet 2007 il y eut dans la mer de Nīgata un grand  séisme et la centrale fut sinistrée et s'arrêta. Le président du département, Izumida, n'a pas confiance dans TEPCO à cause de fréquents agissements déloyaux de la compagnie, si bien qu'il n'autorise pas le redémarrage, exigeant qu'auparavant elle  recherche les causes de l'accident de Fukushima. Il est sûr que les dirigeants font pression sur le gouverneur de la préfecture, mais jusqu'à présent ils n'ont pas réussi à le convaincre. Il se peut qu'en 2020 également il leur soit difficile d'obtenir du courant de Nīgata.

Ils veulent donc garder Fukushima comme solution de rechange. Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue.

 

En fin de réunion, nous avons adopté une résolution dans laquelle étaient mentionnés les points suivants :

 

1.  D'après le recensement, le nombre d'habitants dans les villes proches de la centrale nucléaire n°1 mentionnées ci-dessous est :

Namie: 0                 Ōkuma: 0             Fukata: 0

Tomioka: 0              Ītate: 41                Katsurao: 18

Dans l'histoire moderne du Japon, jamais une telle situation ne s'était présentée, même lors de la deuxième guerre mondiale, au cours de laquelle périrent 62 000 habitants de Fukushima.

 

2. Cinq lycées de la région côtière seront temporairement fermés (pendant de nombreuses années, peut-être).

 

La résolution s'achevait sur ces mots :

Nous tous, ayant été évacués ou non, réfugiés ou non, étant revenus ou non, tâchons de nous comprendre les uns les autres, main dans la main, et renforçons-nous dans notre volonté de ne plus voir jamais se produire d'accidents nucléaires.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Au Japon
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 13:12
Nettoyer Fukushima pour les JO de Tokyo

Tokyo va accueillir les JO en 2020. Mais voilà, il y a eu Fukushima en 2011. Gros problème, est-ce que le public international et les sportifs vont accepter de se déplacer dans un pays radioactif ? Que faire pour nettoyer efficacement quand tous les systèmes de décontamination possibles ne marchent pas ? Il y en a bien qui proposaient d’effacer Fukushima mais l’expérience montre que malgré beaucoup d’efforts, par exemple pour freiner l’utilisation des radiamètres, il y a toujours des petits malins pour poster des vidéos de compteurs Geiger crépitants dans les parcs publics ! Il n’y a qu’une solution en fait : le déni officiel avec martellement massif que tout va bien. Le gouvernement japonais, main dans la main avec le village nucléaire et les médias adoubés, propose un retour à la normale obligatoire.

Tout le monde doit rentrer

 

Le gouvernement a décidé de supprimer les aides au logement des familles évacuées. En 2018, hop, tout le monde doit rentrer à la maison. Est-ce que c’est moins radioactif qu'en 2011 ? Certes, ça l’est un peu moins grâce à la décroissance radioactive, à la karchérisation et au raclage des sols, mais ces saletés de microparticules radioactives reviennent sans cesse avec le vent et la pluie. Qu’à cela ne tienne, il suffit de décréter qu’en dessous de 20 mSv/an il n’y a pas de problème sanitaire et c’est bon. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas revenir. Tant pis pour ceux qui seront obligés de revenir, enfants ou pas ; s’ils tombent malades bien après les JO, on pourra toujours trouver une solution pour expliquer l’augmentation des maladies (le stress, la radiophobie, le réchauffement climatique, les pesticides, etc.).

Les familles sont abandonnées à leur sort dans la préfecture de Fukushima

Les familles sont abandonnées à leur sort dans la préfecture de Fukushima

Arrêter l’information

 

On va aider la population à ne plus stresser en arrêtant progressivement de l’informer. Dans un premier temps, on avait posé des milliers de bornes de mesure de la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. On avait fait beaucoup d’efforts pour baisser l’affichage des mesures publiques en faussant l’étalonnage et en prenant soin de bien nettoyer chaque jour l’appareil. Mais il y a des petits malins (est-ce les mêmes ?) qui s’amusent à comparer les chiffres avec ceux de leur propre appareillage ! Non, tout ça, c’est fini. A partir d’avril 2017, on démontera 2500 bornes de surveillance (sur 3600, soit 70% des bornes), même celles des écoles. Trop c’est trop, il faut lutter contre la radiophobie ! Ah si seulement on pouvait interdire les radiamètres !

Constat d’une borne truquée dans la ville de Fukushima

Constat d’une borne truquée dans la ville de Fukushima

Accepter d’être une victime

 

Les gens réfléchissent trop. Le mieux est qu’ils acceptent une fois pour toute d’être des victimes et ils vivront mieux. Quelle joie de reconstruire Fukushima si on oublie les radionucléides ! Si vous n’en êtes pas convaincus, le programme Ethos est fait pour vous. Inventé pour les populations vivant en territoire contaminé près de Tchernobyl, il a été repris pour Fukushima. Quoi de mieux qu’une population résiliente qui apprend à éviter les hot spots et accepte de faire attention à tout ce qu’il mange et tout ce qu’il touche (du moins au début, après on s’habitue et on oublie le danger). L’ASN, partie prenante du projet Ethos pour les territoires contaminés biélorusses vous raconte tout ici. Mais je vous conseille aussitôt de lire l’avis du journaliste Kolin Kobayashi ou d’écouter le docteur Michel Fernex, ils vont vous expliquer ça autrement.

Le Dr Michel Fernex explique le programme Ethos

 

Normaliser les activités dangereuses

 

Après avoir décrété l’ « arrêt à froid » en décembre 2011, Tepco décrète l’arrêt de la prise en compte du risque radioactif en 2016.  Le niveau de radioactivité au sol étant aujourd’hui inférieur à 5 μSv/h sur 90% du site nucléaire, le règlement va changer de façon à ce que les ouvriers n’aient plus forcément à mettre d’habits de protection ni de gants. Pourquoi ce principe de non précaution ? Tout simplement pour donner l’illusion que le problème se limite aux réacteurs. D’ailleurs, le mur de glace souterrain qui entourera les 4 réacteurs en détresse va, dit-on, isoler définitivement les coriums de l’environnement. Les ouvriers ne seront plus ennuyés par tous ces vêtements de protection « inutiles » qu’il est ensuite difficile d’éliminer sans créer de nouveaux déchets radioactifs. Et surtout, les sportifs et leurs supporters seront rassurés !

Stade de foot occupé par le dortoir des ouvriers au J-village (photo Ikuro Aiba)

Stade de foot occupé par le dortoir des ouvriers au J-village (photo Ikuro Aiba)

Trouver une solution pour les déchets

 

Avec le nucléaire, le problème des déchets radioactifs se pose en permanence, qu’il y ait une catastrophe ou pas. Que faire des près de 10 millions de sacs de produits contaminés répartis sur plus de 100 000 sites ? Le gouvernement a beau promettre aux propriétaires de terrain que ces sacs seront enlevés dans 30 ans, personne n’y croit. En attendant, les sacs s’entassent. Les plus anciens commencent à s’abîmer, certains sont emportés par des inondations… On ne sait plus où les mettre ! On ne peut pas empêcher la végétation de s’y installer, on ne peut pas empêcher les enfants de jouer avec, on ne peut pas arrêter la détérioration du plastique… Pour que ces déchets ne fassent pas d’ombre aux JO, le gouvernement devra imposer un site de stockage avant 2020. Est-ce grave pour la démocratie ?

Champ de sacs de déchets radioactifs à Iitate

Champ de sacs de déchets radioactifs à Iitate

On y croit !

 

Le nucléaire, c’est une religion. Il faut y croire pour que ça marche, il faut détourner les yeux des 116 cancers de la thyroïde, débrancher les radiamètres, et surtout… se donner les moyens. Les autorités feront tout pour cacher la vérité sur les risques afin que les JO se passent bien et que le Japon retrouve sa splendeur d’antan. En 2020 tout aura été nettoyé, le Japon sera redevenu clean, les coriums seront prisonniers d’un mur de glace, les déchets auront été stockés dans un centre technique, couverts d’une bâche immaculée, les évacués n’existeront plus puisqu’ils n’auront plus d’indemnités, le réacteur n°3 aura reçu sa superstructure flamboyante, les 8000 ouvriers de la centrale seront souriants et les enfants, « sous le ciel bleu de Fukushima, joueront au ballon en regardant vers l’avenir » (Shinzo Abe)

Microparticule contenant du césium 137 trouvée dans l’air de Tsukuba (Nord-Est de Tokyo)

Microparticule contenant du césium 137 trouvée dans l’air de Tsukuba (Nord-Est de Tokyo)

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 11:13
Un nouveau produit dérivé de la fusion des cœurs a été découvert au loin de la centrale de Fukushima Daiichi

Article original publié le 4 février 2016 sous le titre: « New Meltdown Byproduct Found Far From Fukushima Daiichi » sur le site SimplyInfo avec l’autorisation de l’auteur

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Photo des substances de sable noir trouvées à Namie, documents de recherche de Marco Kaltofen (crédit photo Marco Kaltofen)

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Des chercheurs ont trouvé une substance d’un nouveau type, en relation étroite avec les fusions des cœurs à la centrale de Fukushima Daiichi. Au cours des dernières années, nous avons régulièrement communiqué sur une « substance noire » qu’on retrouvait sur l’île principale du Japon. Il s’agit d’un sable noir extrêmement radioactif, une matière qui s’est concentrée dans les caniveaux ou sur les routes, et qu’on a pu retrouver jusqu’à Tokyo. Des analyses ont établi une relation entre cette substance et les fusions des cœurs à l’intérieur des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi. La nouvelle découverte en question est également en étroite relation avec les réacteurs dévastés.

Des chercheurs au Japon ont en effet découvert de nouvelles substances qu’ils décrivent comme de minuscules particules de verre sphériques extrêmement radioactives. Ces particules de verre présentent une structure assez différente de celle de la « substance noire » mais comme elle, elles sont liées aux fusions dans les réacteurs. Une de ces particules de verre, étiquetée NWC-1, avait été recueillie à Nihonmatsu en 2011 au moment de la catastrophe. Nihonmatsu se trouve à environ 40/45 km plein ouest par rapport à la centrale de Fukushima Daiichi. Le site de cette ville est au sud de la ville de Fukushima et au nord de Koriyama. Son territoire est bien au-delà de la zone d’évacuation et actuellement habité sans restriction d’aucune sorte.

 

Du Césium présentant de hauts niveaux de radioactivité se trouve inclus dans ces particules de verre. Les chercheurs ont établi que le débit de dose le plus élevé se trouve au cœur de la particule, ce qui indique que le Césium fut incorporé pendant la phase de fusion des cœurs. On observe également une inclusion de matières, ou du béton provenant de l’enceinte de confinement, ou encore de l’eau de mer qui fut injectée. Ces observations permettent de conclure que cette substance s’est formée ou bien après que le combustible fondu eut transpercé l’enceinte du réacteur et entamé sa progression dans le plancher en béton de l’enceinte de confinement, ou alors après l’injection l’eau de mer. Ces injections sont en effet intervenues tardivement dans la phase de fusion, de plus on a découvert dernièrement que toute cette eau ou la majeure partie fut déversée dans une mauvaise direction et non pas sur les enceintes des réacteurs. Ces billes de verre se seraient formées entre le moment de la détérioration de l’enceinte d’un premier réacteur et le début de l’injection d’eau ou peu après. Cette découverte pourra aider à identifier lequel des réacteurs a produit ces sphères et comment.

Photo de la sphère de verre de Nihonmatsu, de « Yamaguchi et al. study ». Traduction de légende : Image de la microparticule contenant du Césium, déposée sur un textile non tissé, re-cueillie à Nihonmatsu, [Préfecture de] Fukushima, en 2011 (NWC -1). Image prise avec Hitachi S-4500 SEM à 2.0 kV

Photo de la sphère de verre de Nihonmatsu, de « Yamaguchi et al. study ». Traduction de légende : Image de la microparticule contenant du Césium, déposée sur un textile non tissé, re-cueillie à Nihonmatsu, [Préfecture de] Fukushima, en 2011 (NWC -1). Image prise avec Hitachi S-4500 SEM à 2.0 kV

Section transversale de la sphère de verre de Nihonmatsu NWC-1, crédit photo Yamagu-chi et al.

Section transversale de la sphère de verre de Nihonmatsu NWC-1, crédit photo Yamagu-chi et al.

Il est inattendu d’avoir trouvé une particule à Nihonmatsu. Une seconde bille de verre a été découverte à Fukushima sur une feuille de cèdre, mais l’endroit précis n’est pas mentionné. Nihonmatsu est au plein ouest de la centrale et non pas dans la zone documentée comme survolée par le nuage radioactif, qui s’est dirigé au nord-ouest et au sud du site sinistré. Cela indiquerait que des substances provenant des réacteurs eux-mêmes furent projetées bien plus loin qu’on ne l’avait d’abord supposé. Ces particules de verre sont suffisamment petites pour être susceptibles d’être inhalées. A ce jour les chercheurs ignorent encore sur quelle distance ces matières se sont dispersées. Mais c’est la démonstration que des substances provenant de l’intérieur des réacteurs se sont bien échappées des bâtiments et ont été dispersées sur une longue distance. Etant donné leur haut niveau de radioactivité interne, elles pourraient représenter un risque sanitaire significatif.

Des matières radioactives se sont répandues sur des zones étendues, non seulement dans les régions présentant de hauts débits de dose situées au nord-ouest de la centrale de Fukushima.

Des matières radioactives se sont répandues sur des zones étendues, non seulement dans les régions présentant de hauts débits de dose situées au nord-ouest de la centrale de Fukushima.

Nous publions deux tableaux comparatifs, succincts, des substances dérivées des deux réacteurs dévastés :

https://docs.google.com/spreadsheets/d/1RAbsClYl3KIZkHeI1don3Zfe_AYBKF_vW3C7tWlIpXw/edit#gid=0

Merci de se reporter aux études pour une information plus détaillée.

 

_____________________________

 

Pour en savoir plus :

 

Etudes scientifiques sur les particules sphériques vitrifiées :

- Emission of spherical cesium-bearing particles from an early stage of the Fukushima nuclear accident (Kouji Adachi et alii, publié en ligne le 30 août 2013 sur le site Nature.com)

- Internal structure of cesium-bearing radioactive microparticles released from Fukushima nuclear power plant (Noriko Yamaguchi et alii, publié en ligne le 3 février 2016 sur le site Nature.com)

 

Etude scientifique sur la poussière noire :

- Radiological analysis of Namie street dust (Marco Kaltofen, publié le 31 mai 2013)

 

 

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Publié par Evelyne Genoulaz - dans Au Japon
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:52
Rapport de HORI Yasuo du 10 janvier 2016

Texte de de HORI Yasuo du 10 janvier 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

  • Fête de la maturité à Fukushima
  • Fête dans la ville de Naraha
  • Paroles de deux jeunes femmes
  • La population des villes sinistrées a diminué
  • Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000
  • Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

Article original en espéranto

Fête de la maturité à Fukushima

 

Les 10 et 11 janvier, dans de nombreuses villes, est organisée une Fête de la majorité, à laquelle sont invités les jeunes garçons et les jeunes filles qui ont atteint ou atteindront leurs vingt ans entre avril 2015 et mars 2016.

 

Fête dans la ville de Naraha

 

Dans Naraha, ville de la préfecture de Fukushima, sur les 88 jeunes gens invités, 73 sont venus fêter leur majorité.  C'était la première fois, depuis la Catastrophe, que cette fête avait lieu dans leur propre ville. Depuis la survenue de l'accident nucléaire, en mars 2011, jusqu'en septembre dernier les habitants de Naraha n'ont pas eu le droit de loger dans leur ville en raison de l'intensité radioactive qui y régnait. À présent, ils ont de nouveau ce droit, mais seuls 421 sur les 7 363 habitants sont revenus y loger (dernières données :978). En de nombreux endroits la ville est polluée, c'est pourquoi les jeunes couples avec enfants ne veulent pas y revenir. De plus, beaucoup ont recommencé une nouvelle vie ailleurs, et leurs enfants, habitués à leur nouvelle école, ne veulent pas en changer. Il est donc certain que la plupart des jeunes gens participant à la fête venaient d'ailleurs.

 

Les villes dans lesquelles il est interdit d'habiter ont fait leur fête dans d'autres villes : Ōkuma l'a organisée à Uwaki, le village de Ītate dans la ville de Fukushima, Namie dans Nihonmatsu et Tomioka dans Kōriyama.

 

Paroles de deux jeunes femmes

 

Mme Miyake Shiori, de Naraha : "J'habitais un logement de l'Association Japonaise de Foot-ball, dans Naraha, et je m'entraînais pour devenir joueuse. Lorsque s'est produite la Catastrophe, nous venions tout juste d'avoir la cérémonie de fin d'année scolaire du collège. J'avais l'intention de jouer avec mes amis pendant l'après-midi mais, du fait de la Catastrophe, je n'ai pas pu revenir chez moi et j'ai passé la nuit dans une auto. Le lendemain a eu lieu l'accident nucléaire. Nous avons quitté notre maison et nous nous sommes réfugiés dans l'île d'Hokkaido. Si l'accident ne s'était pas produit, j'aurais pu demeurer à Naraha. À présent je joue dans le club de foot de la ville de Kōbe. Mon rêve est d'intégrer l'équipe nationale."

 

Melle Tanaka Ayumi, de Namie : "J'étais très inquiète quand j'ai été séparée de mes amis à cause de l'accident nucléaire, mais grâce au soutien de nombreuses personnes j'ai pu entrer dans un lycée et ensuite dans une université. Comme réfugiée, j'ai pris conscience de la valeur de l'alimentation et j'ai commencé à me féliciter d'avoir à manger. Je veux devenir enseignante d'art ménager dans un collège. Et j'ai bien l'intention de revenir un jour chez moi afin de contribuer à la renaissance de ma ville."

 

La population des villes sinistrées a diminué

 

   Le 28 décembre 2015, les préfectures de Iwate, Miyagi et Fukushima ont publié une statistique portant sur le nombre d'habitants des villes situées le long du rivage de l'Océan Pacifique, à la date du 4 octobre. La diminution du nombre d'habitants y a été la suivante :

 

Pour la préfecture de Iwate : moins 3,6%

    - ville d'Ōtsuchi: moins 23,5%

    - ville de Rikuzen-Takata : moins 15,2%

    - ville de Yamada: moins 15,0%

Pour la préfecture de Miyagi : moins 0,6%

    - ville d'Onagawa: moins 37,0%

    - ville de Minami-Sanriku: moins 29,0%

    - ville d'Yamamoto: moins 26,3%

 

Les responsables départementaux redoutent que, lors de la statistique de 2020, le nombre d'habitants n'ait diminué de façon drastique, en raison du départ de nombreux ouvriers occupés actuellement à la reconstruction de ces trois préfectures.

 

La population de la préfectrure de Fukushima également diminue :

Pour toute la préfecture : moins 5,7%

Dans les villes habitables, la population a ainsi diminué :

    - ville de Naraha:  moins 87,3%

    - ville de Kawauchi: moins 28,3%

    - ville de Hirono: moins 20,2%

 

Les habitants ne peuvent revenir dans ces villes à cause du manque de conditions de vie convenables et de la peur des radiations.

Dans les villes inhabitables en raison de la radioactivité, le nombre d'habitants est :

    - Ōkuma: 0

    - Futaba: 0

    - Tomioka: 0

    - Namie: 0

    - Katsurao: 18

    - Ītate: 41

 

Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000

 

Le 28 décembre, la préfecture de Fukushima a publié une information selon laquelle le nombre de décès imputables à la Catastrophe (en fait, essentiellement à l'accident nucléaire) a été supérieur à 2000. Cette préfecture compte encore 101 000 personnes réfugiées, vivant soit à l'intérieur soit hors de son territoire. Ces gens souffrent à cause des conditions de vie difficiles et de la désespérance, qui accélèrent leur mort.   Selon une statistique du gouvernement, ces décès se montent à 455 dans  celle d’Iwate et à 918 dans celle de Miyagi, donc la préfecture de Fukushima est en tête. Au total 3835 personnes sont mortes à cause de la Catastrophe, dont 2007 sont décédées par la suite, au cours de leur fuite et de leur vie ultérieure.

 

Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

 

L'an dernier déjà, les réacteurs n° 1 et 2 de la centrale nucléaire de Sendai, située dans la partie méridionale de l'île de Kyushu, ont été remis en route. Le 29 janvier 2016, la Compagnie d'électricité du Kansai a remis en marche le réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Takahama, dans la préfecture de Fukui. Ce réacteur fonctionne au combustible MOX, il est donc plus dangereux. La Compagnie d'électricité Shikoku envisage la remise en marche du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire Ikata en avril.

 

À compter d'avril, le monopole de vente d'électricité de neuf compagnies prendra fin, et par suite arriveront sur ce marché de nouvelles compagnies à bas coût, c'est pourquoi les compagnies veulent avoir la possibilité de produire du courant, apparemment moins cher, avec les réacteurs nucléaires.

 

La Compagnie d'électricité Chūbu veut, elle aussi, faire fonctionner un réacteur à Hamaoka, dans la préfecture de Shizuoka. Cette centrale se trouve dans la ville de Omaezaki, en un point où la plaque des Philippines et celle d'Amérique du Nord entrent en collision. Tout de suite après le séisme de 2011, le premier ministre d'alors y fit arrêter le fonctionnement du réacteur, car celui-ci était situé en un lieu trop dangereux, mais le gouvernement actuel en a approuvé la remise en marche, à condition que la compagnie construise une digue assez grande pour résister aux futurs grands tsunamis.

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

 

Le 26 décembre, cette digue a été achevée. Elle a une hauteur de 22 mètres et une longueur de 2,2 km. L'ensemble des travaux préparatoires à la mise en route du réacteur n° 4  sera terminé en septembre 2016 et en septembre 2017 le réacteur n° 3 sera prêt à son tour.

 

Voyez la photo ci-dessus : même si la digue résiste aux tsunamis, le fonctionnement des réacteurs pourra être entravé par les séismes énormes qui auront précédé ces énormes raz-de-marée. Les réacteurs nucléaires sont composés de beaucoup de très longs tubes. Si ces derniers sont endommagés, une grande catastrophe s'ensuivra. La centrale nucléaire de Hamaoka est peut-être la plus dangereuse de toutes les centrales du monde entier. Pourquoi le gouvernement va-t-il approuver sa remise en fonction ? Il continue à croire à la sécurité de l’énergie nucléaire, tout comme avant la catastrophe de Fukushima. A ses yeux, l’économie importe d’avantage que la vie des gens. Et pourtant, quand survient un cataclysme, tout est perdu : et l’économie, et la vie.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 19:22

Par Fonzy (6ème témoignage)

 

 J’ai longtemps hésité à parler de l’anecdote qui suit, car je ne veux pas vous parler des fausses nouvelles ni des canulars que l’on raconte souvent rien que pour effrayer les gens. Aussi me manque-t-il des statistiques ou des données précises. Toutefois, je me dis maintenant qu’il est grand temps d’en parler, surtout de faire connaître à ceux qui habitent loin et qui ne savent pas ce qui se passe ici quotidiennement. Bref, c’est l’augmentation du nombre de ce que l’on appelle les « malades urgents » dans les transports en commun.

 

Qu’est-ce qu’un malade urgent ? C’est une personne qui a eu un malaise assez grave ou qui s’évanouit dans le train. En effet, les transports en commun sont très souvent perturbés à Tokyo à cause des « secours à un malade urgent » depuis au moins un ou deux ans. Les trains japonais ont longtemps eu la réputation d’être ponctuels. Hélas, c’était le Japon d’antan. Maintenant, il y a tous les jours des trains qui sont en retard à cause des arrêts imprévus pour soigner des malades. Je cite les tweets de Charley @charleycharley7 qui compte le nombre de personnes qui tweetent « malade urgent » dans les régions de Kanto, Chubu et Tohoku.

 

Le nombre total de tweets « malade urgent »   |   moyenne journalière

2015

mi-février                            209                             13,9

mars                                    497                             16,0

avril                                     671                             22,3

mai                                      668                             21,5

juin                                      725                             24,1

juillet                                   724                             23,3

août                                     664                             21,4

septembre                            730                             24,3

octobre                                855                             27,5

novembre                            843                             28,1

décembre                            921                             29,7

2016

janvier                                872                             28,1

 

  Ce ne sont pas des données officielles. Enfin, ce ne sont que des tweets. Tout le monde ne tweete pas dès qu’il trouve un malade urgent dans le train. Aussi est-il possible que le même malade ait été tweeté par plusieurs personnes. Malgré tout, c’est grave à mon avis. Or il y en a qui pensent que huit cents ne constituent pas un chiffre significatif, vu la population totale des régions. Je dis toutefois que c’est significatif, car je n’avais jamais entendu parler de « malade urgent » dans ma vie. Ça fait une trentaine d’années que je me déplace en train à Tokyo, mais c’est seulement depuis l’année dernière ou l’année d’avant que j’entends dans le train assez souvent une annonce comme ‘Nous sommes désolés que notre train soit en retard à cause d’un malade urgent’. J’ajoute aussi qu’il y a de nombreuses personnes qui partagent mon avis.

Annonce dans un métro à Tokyo

Annonce dans un métro à Tokyo

J’ai vu récemment un monsieur d’une soixantaine d’années qui était allongé sur le quai. Il n’était pas évanoui, mais demandait secours à un employé de la gare, la main sur la poitrine. C’était la gare de Shin-Osaka, à environ 800 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Oui, il y en a aussi dans l’Ouest du Japon. Selon Charley @charleycharley7, le 1er février 2016, il y a eu vingt-cinq tweets du malade urgent dans l’Est, contre seulement huit dans l’Ouest. C’est très peu, mais ça existe. Sinon, on voit aussi de temps en temps ceux qui dorment comme une marmotte sur un banc, un quai ou un trottoir. J’entends la sirène de l’ambulance tous les jours, même toutes les trois ou quatre heures. Nous avons déjà eu depuis le début de l’année quatre ou cinq chauffeurs de bus qui ont perdu conscience (l’un a provoqué un accident grave qui a fait 15 morts). Ce n’est pas normal, mais maintenant l’anormal devient presque normal chez nous, bien qu’aucune preuve ne relie cette situation à l’irradiation...

 

Fonzy

 

 

 

 

 

__________________________________________

Mise à jour 16/02/16

 

Ajout d'une capture d'écran de tweet

Traduction : " Autour de moi il y a de plus en plus de gens qui meurent ou qui sont mal en point . Mais il semble que dans le train aussi maintenant il y a beaucoup de "malades urgents" voici le graphique du nombre de personnes ayant eu des malaises dans les transports en 2015."

Ici, ça ne va plus

Remarque

 

A la lecture de ce nouveau témoignage de Fonzy, je me suis rappelé que j’avais écrit sur le sujet de la santé dans un billet fin 2011, « Les effets de la catastrophe de Fukushima sur la santé ». A cette époque, j’avais été surpris par des données statistiques concernant l’évolution de trois maladies infectieuses, la pneumonie (Mycoplasma Pneumonia), la conjonctivite aiguë hémorragique et les maladies mains-pieds-bouche.

J’ai donc regardé à nouveau ces graphiques fournis par le Centre de surveillance des maladies infectieuses (Infectious Desease Suveillance Center (IDSC), dépendant de l’Institut national des maladies infectieuses (National Institute of Infectious Diseases (NIID)), basé à Tokyo. Le site existe toujours, je vais donc à nouveau diffuser ces graphiques, actualisés en 2012, pour que vous constatiez que, sur les trois maladies infectieuses qui avaient augmenté en 2011, deux restaient préoccupantes car en augmentation en 2012. Une autre pneumonie, la Chlamydia Pneumonia, était également en hausse en 2012.

Conjonctivites aiguës hémorragiques en rouge : retour à la normale en 2012

Conjonctivites aiguës hémorragiques en rouge : retour à la normale en 2012

Maladies main-pied-bouche en 2012 en rouge : valeur supérieure à l’avant 2011

Maladies main-pied-bouche en 2012 en rouge : valeur supérieure à l’avant 2011

Pneumonies (Chlamydia Pneumonia) : augmentation en 2012

Pneumonies (Chlamydia Pneumonia) : augmentation en 2012

Pneumonies (Mycoplasma Pneumonia) : forte augmentation en 2012

Pneumonies (Mycoplasma Pneumonia) : forte augmentation en 2012

Enfin, j’ai remarqué une autre maladie infectieuse qui n’avait pas progressé dans le bon sens en 2012, c’est l’infection par le virus respiratoire syncytial (RSV).

 

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2012

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2012

Les données pour 2013, 2014 et 2015 sont également disponibles sur une autre page du site, plus difficile à trouver, et cette fois uniquement en japonais. Sur les maladies infectieuses dont l’évolution était inquiétante en 2011 ou en 2012, seules restent aujourd’hui préoccupantes les maladies main-pied-bouche avec des taux aussi élevés en 2013 et 2015 qu’en 2011 et les infections dues au virus respiratoire syncytial.

 

Maladies main-pied-bouche : nouvelle augmentation importante en 2015

Maladies main-pied-bouche : nouvelle augmentation importante en 2015

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2014 et 2015

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2014 et 2015

Avec le retour à la moyenne normale des conjonctivites aiguës hémorragiques et des pneumonies, on aurait aimé constater une amélioration générale mais deux autres maladies infectieuses ont maintenant une évolution inquiétante, dépassant les taux des 10 dernières années : la pharyngite streptococcique et le mégalérythème épidémique.

Infections par la pharyngite streptococcique

Infections par la pharyngite streptococcique

Infections par le mégalérythème épidémique

Infections par le mégalérythème épidémique

Y a-t-il un lien entre la contamination effective, même à faible dose, et l'affaiblissement du système immunitaire des Japonais, en particulier des enfants ? Ces seuls graphiques ne peuvent pas le prouver. Toutefois, ils ne reflètent pas une meilleure santé de la population depuis 2011. C'est d'ailleurs ce qui a conduit un médecin de Tokyo à déménager et inciter ses patients à vivre à l’ouest du Japon.

 

De plus, dans la préfecture de Fukushima, on a détecté une augmentation de quelque 30 fois du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Cette augmentation n’est pas normale, comme l’a confirmé un épidémiologiste japonais, le professeur Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama.

 

Pierre Fetet

 

NB (Mise à jour 16/02/16)

Suite à la remarque d’un lecteur, j’ajoute ici des précisions sur la lecture des graphiques, d’après des informations trouvées dans le site du NIID et traduites par Fonzy :

« Premièrement,  l’axe vertical indique le nombre de malades aux « points précis » sauf celui  des infections par le virus respiratoire syncytial qui indique le nombre total des patients rapportés.

Deuxièmement, les « points précis » sont des cliniques ou des hôpitaux qui se trouvent un peu partout au Japon. Ils disent que ce sont 3000 pédiatres, 5000 généralistes, 600 cliniques ophtamologiques, 500 cliniques. Par contre, ils ne disent pas où ces cliniques se trouvent ni combien de cliniques se trouvent à Tokyo par exemple.

Troisièmement, les chiffres tels que 0.25 indiquent «la fraction du nombre de malades rapportés (numérateur) / le nombre de toutes les cliniques (dénominateur) ».

L’idée de diffuser des graphiques épidémiologiques sans diffuser l’endroit où vivent les malades est étrange. L’information devient opaque tout à coup ! Le Japon aime diluer à la fois l’information et la radioactivité… Le citoyen y est toujours perdant.

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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Jeudi 7 septembre 2017, 17h06
Dominique Balaÿ, demain 7 septembre sur la radio suisse RTS - Espace 2
Le titre de l'émission est MAGNETIQUE, c'est une quotidienne autour de la musique animée par Anne GILLOT.
Elle l'interrogera sur l'histoire et les motivations du projet "Et pendant ce temps là à Fukushima" qu'il mène depuis 2011 en invitant des artistes à produire une œuvre ou à simplement à s'exprimer sur la catastrophe de Fukushima.
 
Mardi 12 septembre à 20h
Projection/débat du film "Fukushima : Les voix silencieuses" à Grenoble.
Les 2 réalisateurs, Chiho Sato et Luca Rue, seront présents au débat.
Lieu: Antigone, 22 rue des violettes 38100 Grenoble
Entrée gratuite sans réservation
 

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