10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 18:11

À la veille du 5ème anniversaire de Fukushima, Akio Masumura, ancien diplomate Japonais et auteur du blog Finding the Missing Link, revient sur les débuts de la catastrophe et nous fait partager les leçons qu’il en a tirées.

Fukushima, nous dit-il en conclusion, « nous a offert l’opportunité de mener un vaste débat sur les défis auxquels sous sommes confrontés, au carrefour de multiples besoins humains : énergie décarbonée, sûreté, santé environnementale, sécurité des populations et préservation pour les générations futures. Ce sont là des questions qui définiront notre société humaine pour les siècles à venir. Nous ne devons donc pas rater l’opportunité d’en discuter en mettant sur la table tous les éléments dont on dispose. »

OG

Photo prise le 17 février 2015 : femme habitant un ensemble de logements provisoire couvert de neige à Aizuwakama, dans la préfecture de Fukushima. Ce complexe abrite des réfugiés nucléaires d’Okuma, une ville située à l’intérieur de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO (Tokyo Electric Power Co.) REUTERS/Toru Hanai

Photo prise le 17 février 2015 : femme habitant un ensemble de logements provisoire couvert de neige à Aizuwakama, dans la préfecture de Fukushima. Ce complexe abrite des réfugiés nucléaires d’Okuma, une ville située à l’intérieur de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO (Tokyo Electric Power Co.) REUTERS/Toru Hanai

Les leçons de Fukushima : de nouvelles inquiétudes pour l’avenir

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Our Lessons from Fukushima: New Concerns for the Future » le 6 mars 2016 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

De multiples aspects de la crise continuent à affecter la santé de la population et la sécurité environnementale.

 

Au total, 178 000 réfugiés (dont 99 750 à Fukushima) ne savent toujours pas quand ils pourront rentrer chez eux. Chaque jour, 400 tonnes d’eau contaminée s’écoulent dans l’océan. Des pluies torrentielles balaient les matériaux radioactifs encore présents sur le site pour les déverser dans la mer. 814 782 tonnes d’eau contaminées sont stockées dans plus d’un millier de citernes et chaque mois, de nouvelles citernes sont mises en place. Les 7 000 travailleurs de la centrale accomplissent chaque jour des taches dangereuses. Ces ouvriers qui prennent leur travail à cœur ont résolu jusqu’ici bon nombre de problèmes, mais certains problèmes continuent à mettre en difficulté les responsables et les équipes de nettoyage. Nul ne peut s’approcher des réacteurs 1, 2 et 3 en raison de l’intensité des radiations et il n’y a pas de solution scientifique à attendre pendant au moins 40 ans. Malheureusement, on ne peut pas exclure de nouvelles perturbations à venir : la probabilité d’un nouveau séisme important n’est pas nulle.

 

Depuis l’accident de Fukushima, nous avons eu la chance de recevoir rapidement des opinions et des recommandations de divers horizons. Physiciens nucléaires, médecins, militaires, sismologues, biologistes, océanographes, vulcanologues, journalistes, chefs spirituels, parlementaires, étudiants, organisations de citoyens et leaders d’opinion ont tous exprimé leur point de vue. La perspective horizontale qui a ainsi émergé a permis d’appréhender la situation d’une toute autre manière que si l’on s’en était tenu à une seule discipline, quel que soit le degré d’expertise du spécialiste. Les Japonais ont tiré profit de tous ces messages qui ont réussi à percer à travers la confusion régnant à l’époque dans les médias.

 

À l’occasion du 5è anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima, j’aimerais rappeler les premiers stades de l’événement et partager avec vous ma propre vision des choses et les recommandations tirées des leçons de ce douloureux événement.

 

Dans les deux premières semaines, les experts comme le public cherchaient des solutions techniques.

 

Est-ce que les cœurs avaient fondu ? Jusqu’à quelle distance fallait-il évacuer la population ? Comment maintenir les systèmes de refroidissement quand tant d’éléments ne fonctionnaient plus ? Les systèmes de ventilation marchaient-ils ? La situation était-elle pire qu’à Tchernobyl ? Les hélicoptères des Forces d’auto-défense pouvaient-elles arroser les piscines de combustible irradié des réacteurs 3 et 4 ?

 

Il est peut-être impossible de décrire précisément la panique qui s’est saisie alors des dirigeants et du public japonais. Les agences gouvernementales et l’opérateur chargé de la centrale, la Tokyo Electric Power Company, n’étaient pas préparés à une catastrophe nucléaire de cette ampleur. Le public les a accusés tous deux et eux se sont renvoyé la balle pour expliquer le manque de communication et les retards.

 

Confusion et panique n’étaient d’ailleurs pas limitées au Japon, mais ont aussi affecté le gouvernement américain. L’écart dans la manière dont les deux gouvernements ont évalué les dégâts des six réacteurs a été considérable, particulièrement en ce qui concerne le réacteur 4, qui se trouvait dans une situation unique, étant justement en arrêt pour maintenance. La confusion des messages sur la sûreté et les dégâts a encore accru la panique : le gouvernement japonais décidait que 20 km (12,5 miles) était la limite d’évacuation adéquate, tandis que le gouvernement américain fixait une limite de 80 km (50 miles) pour ses ressortissants. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et d’autres pays quant à eux recommandaient à leurs ressortissants de quitter Tokyo, qui se trouve à 200 km (125 miles) de la centrale.

 

Depuis le début, certains experts savaient que la crise dépassait largement les capacités techniques du moment mais que pour pouvoir avancer, il allait falloir plus d’information.

 

Très tôt au milieu de toute cette confusion, mon ami Hans-Peter Durr, depuis décédé, ancien directeur du département d’Astrophysique à l’Institut Max Planck en Allemagne, m’a appelé pour me suggérer d’informer le Premier ministre japonais que l’accident de Fukushima était bien pire que le gouvernement japonais ne l’avait laissé entendre. Quoique le Japon n’ait pas encore à l’époque admis la fusion des cœurs, Hans-Peter savait que Fukushima nous avait amenés à la limite de nos savoirs scientifiques. Il était d’avis que le Japon devait inviter une équipe d’évaluation indépendante formée des meilleurs physiciens nucléaires et ingénieurs structurels pour développer une solution. J’ai fait passer son message urgent au cabinet du Premier ministre et aux chefs de partis.

 

Quelle était l’ampleur du problème ? Un an après la crise et l’on n’avait toujours pas vraiment idée de l’importance de la situation. Une façon de commencer à réaliser ce qui se passait réellement était de savoir combien il y avait de barres de combustible irradié sur le site. TEPCO n’avait pas communiqué cette information et j’ai donc dû demander à l’Ambassadeur Mitsuhei Murata de se renseigner discrètement auprès de sources internes. Il nous a fait savoir que le total des assemblages de combustible irradié sur le site de Fukushima Daiichi se montait à 11 421, sans compter celles qui étaient contenues dans les cuves. J’ai ensuite demandé à Robert Alvarez, qui a été haut conseiller à la sécurité nationale et l’environnement au ministère de l’Énergie américain, d’expliquer l’impact potentiel de ces 11 421 assemblages.

 

Le 3 avril 2012, Bob a interprété ce chiffre pour nous. Les résultats étaient ahurissants : il y avait 85 fois plus de césium 137 entreposé à Fukushima que la quantité émise par l’accident de Tchernobyl.

 

Même si ce césium ne risquait pas nécessairement d’« exploser » comme une bombe atomique, une telle quantité de radioactivité avait un potentiel de destruction énorme. Les gens ont été choqués d’apprendre cela. L’article a rapidement été lu par plus d’un million de lecteurs et s’est propagé de manière virale sur la Toile. Il ne fait aucun doute que sans les avertissements des scientifiques internationaux sur le désastre potentiel représenté par le réacteur 4, le gouvernement japonais n’aurait pas fait une priorité de l’enlèvement des 1 535 barres [du réacteur 4], l’équivalent de 14 000 fois la radioactivité de la bombe d’Hiroshima.

 

Sans l’avis d’experts issus de domaines différents, des informations importantes seraient restées entre les mains du gouvernement et de l’opérateur nucléaire, plutôt que d’être communiquées au public.

 

Mais même compte tenu de ces informations, des pans entiers de la crise et de ses causes restent dans le noir si l’on s’en tient aux questions techniques. M. Kiyoshi Kurokawa, président de la commission d’enquête indépendante du Parlement japonais sur l’accident de Fukushima, présente une vision différente, mais très claire.

 

Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 sont des catastrophes naturelles dont l‘ampleur a choqué le monde entier. Quoiqu‘il ait été déclenché par ces cataclysmes, l‘accident de Fukushima Daiichi qui s‘en est suivi ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Ce fut un désastre d’origine spécifiquement humaine ‒ qui aurait pu et aurait dû être prévu et empêché. De plus, ses effets auraient pu être atténués par une réponse plus efficace.

 

Comment un tel accident a-t-il pu se produire au Japon, une nation qui a une telle préoccupation de sa réputation d’excellence en ingénierie et en technologie? Cette Commission est d’avis que le peuple japonais ‒ et la communauté mondiale ‒ méritent une réponse complète, honnête et transparente à cette question. Ce qu‘il faut admettre, aussi douloureux soit-il, c‘est que nous avons à faire à un désastre « made in Japan ».

 

Les raisons fondamentales sont à chercher dans le souci des convenances qui fait partie intégrante de la culture japonaise : notre obéissance automatique, notre réticence à remettre en cause l‘autorité, notre attachement au « respect du programme », notre dépendance au groupe et notre insularité.

 

Personnellement, ce que je retiens de Fukushima, c’est que nous vivons entourés de nouvelles menaces et que ces menaces sont présentes depuis des dizaines d’années.

 

J’ai appris qu’un accident frappant une centrale nucléaire peut avoir des conséquences inimaginables sur la vie humaine durant des siècles. L’accident a causé des préjudices indicibles à ceux dont la vie a été bouleversée par la centrale. Si la situation s’était encore aggravée, quel aurait été l’impact de 24 000 années de dommage environnemental sur les générations futures ?

 

La situation aurait pu être acceptable si le public avait été conscient de ces risques et les avait acceptés quand la centrale a été construite. Malheureusement ce n’a pas été le cas au Japon. Même les responsables n’ont pas admis ces risques, que ce soit au moment de la construction ou au moment de l’accident. Et ils ne les admettent toujours pas, même maintenant.

 

Ce n’est que le mois dernier que TEPCO a admis, cinq ans plus tard, avoir mis deux mois à utiliser le terme de « fusion » sur le site de la centrale. Arnie Gundersen de Fairewinds et Mycle Schneider, auteur du Rapport sur l’état de l’industrie nucléaire, ont indiqué qu’à partir du moment où avaient eu lieu des rejets considérables de gaz de fission, il était évident que les cœurs étaient en train de fondre. Mais le déni de TEPCO a influencé la manière dont l’entreprise a géré la panique. Comme l’avait suggéré Helen Caldicott, il était évident que le gouvernement japonais aurait dû évacuer les femmes et les enfants plus tôt et les envoyer beaucoup plus loin. Helen a écrit pour notre blog cet article : Le sacrifice nucléaire de nos enfants : 14 recommandations pour aider le Japon contaminé par la radiation. En ignorant les avertissements de nombreux experts, TEPCO et les autorités gouvernementales ont refusé d’entendre l’appel à réagir.

 

Après cinq ans de réflexion, Fukushima m’a fait entrevoir de nouvelles inquiétudes à propos des centrales nucléaires.

 

L’accident de Fukushima m’a fait faire une découverte importante, à savoir que nous n’avions pas réalisé que les radiations causées par les bombes atomiques et celles de l’accident nucléaire sont très similaires en termes de risque pour la vie humaine. Nous avons longtemps admis les dangers d’attaques à l’arme nucléaire perpétrées par des États et aujourd’hui nous comprenons la menace que représentent pour les centrales nucléaires le danger de l’erreur humaine et les catastrophes naturelles, comme les séismes, les tsunamis et les volcans. Et si les centrales nucléaires devenaient une cible ? Je crains surtout la possibilité d’attaques terroristes contre des centrales nucléaires dans les pays instables, en particulier le Pakistan.

 

Le Premier ministre Nawaz Sharif et le Président Xi Jinping se serrent la main : la Chine accepte de construire de nouvelles centrales nucléaires au Pakistan.

Le Premier ministre Nawaz Sharif et le Président Xi Jinping se serrent la main : la Chine accepte de construire de nouvelles centrales nucléaires au Pakistan.

Il devient de plus en plus probable qu’un groupe terroriste décide de s’en prendre à une, voire plusieurs centrales nucléaires dans le monde. Ces centrales et nombre d’autres installations du même genre restent exposées à de multiples menaces et les gouvernements ont encore beaucoup de mal à partager les résultats de leur renseignement. Les États-Unis ne pourraient pas avertir le Japon, pourtant un proche allié, de certaines menaces, même s’ils le voulaient ! D’autres formes de menace nucléaire, par exemple un engin de la taille d’une petite valise qui exploserait à Times Square, continuent à donner des cauchemars aux experts et au Président. Étant donné le degré de probabilité de ces risques dans les années à venir, que nous vivions en démocratie ou sous un régime autoritaire, il est très surprenant de voir que le public n’a aucune information sur la question. Comme nous l’avons vu à Fukushima, une grande détresse provient de la réalisation soudaine qu’on nous a demandé de vivre avec des risques qu’on nous a cachés jusqu’au moment où il était trop tard.

 

Les experts feront comme il se doit une grande partie du travail pour ce qui est de définir, étudier et recommander des solutions pour répondre à ces risques. Cette responsabilité augmente au fur et à mesure que de nouvelles centrales nucléaires sont construites et prévues, en particulier en Chine, en Inde, dans les Émirats arabes unis, au Vietnam et en Indonésie. Mais des échanges ouverts avec le public sont très utiles pour prévenir les attaques et les accidents et réagir de façon appropriée après coup. Les médias sociaux peuvent fournir un lien entre la société et les experts en divers domaines en cas d’accident ou d’attaque nucléaires. De fait, cela pourrait être un outil très intéressant pour compléter les efforts de ces autres organisations qui œuvrent à empêcher les catastrophes nucléaires. N’importe quelle autorité a du mal à accepter de perdre le contrôle de l’information, mais Fukushima et d’autres crises comme celle du virus Ebola ont bien montré les limites des canaux de communication venue d’en haut.

 

Les hommes politiques doivent faire face à bien des défis et intérêts contradictoires dans la mission qu’ils ont reçue de faire avancer la société. L’énergie nucléaire peut ainsi sembler une solution adaptée aux défis du changement climatique. Mais aucune évaluation ne peut être considérée comme correcte ou honnête si les risques de la solution envisagée ne sont pas présentés ouvertement à toutes les parties prenantes, y compris au public. Fukushima nous a offert l’opportunité de mener un vaste débat sur les défis auxquels sous sommes confrontés, au carrefour de multiples besoins humains : énergie décarbonée, sûreté, santé environnementale, sécurité des populations et préservation pour les générations futures. Ce sont là des questions qui définiront notre société humaine pour les siècles à venir. Nous ne devons donc pas rater l’opportunité d’en discuter en mettant sur la table tous les éléments dont on dispose.

 

Le mot de la fin : Sir Brian Flowers, éminent physicien nucléaire britannique, a fait remarquer que si des centrales nucléaires avaient été construites et déployées en Europe avant la Seconde guerre mondiale, de vastes zones d’Europe seraient inhabitables de nos jours car ces centrales auraient été la cible des méthodes de guerre et de sabotage classiques.

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Publié par Odile Girard - dans Au Japon
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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 17:19
Vue satellite de la centrale de Fukushima Daini
Vue satellite de la centrale de Fukushima Daini

Jusqu’où ira le Japon ? Pour les JO de 2020, Tokyo aura besoin de plus d’électricité, et pour cela, il envisage de remettre en route une centrale nucléaire, soit celle de Nigata, soit celle de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cela provoque une grande inquiétude dans cette préfecture où les habitants sont encore traumatisés et contaminés. « Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue », écrit notre rapporteur HORI Yasuo.

PF

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Texte original en espéranto

Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

et Ginette MARTIN

 

 

Le 10 février 2016

 

Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima

Le 10 février a eu lieu dans Iwaki, ville du département de Fukushima, une "Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima". Il y a, dans Fukushima, deux centrales nucléaires. Dans la première se trouvaient - se trouvent encore - six réacteurs nucléaires, dont quatre ont été endommagés par le tsunami et dont les deux autres ont été épargnés de justesse. TEPCO a déjà décidé de les mettre tous les six au rebut, mais pour finaliser cette opération quarante années ou davantage seront nécessaires, et jusqu'à la fin ils seront dangereux, donc je ne peux utiliser les mots "se trouvaient" et "ont été abandonnés", mais je dois continuer à écrire " se trouvent" et "seront abandonnés". Dans la deuxième centrale, il y a quatre réacteurs, dont à la fois la préfecture, toutes les villes et tous les villages de Fukushima exigent l'abandon, or TEPCO et le gouvernement n'ont répondu à cette exigence que de façon nébuleuse. Au cours de cette réunion, M. Koizumi Junichirō, ancien premier ministre, et d'autres personnes avec lui ont réclamé un changement de la politique énergétique du Japon.

Ma femme et moi, accompagnés de monsieur et madame Tanji, des réfugiés qui habitaient Iwaki, avons assisté à la réunion. Mille-cinq-cent personnes y étaient venues des diverses villes du département. La plupart étaient âgées. Le 10 février étant jour ouvré, les gens pourvus d'un emploi ne pouvaient y prendre part, de ce fait les participants étaient trop vieux.

Le Japon laisse entendre qu’il pourrait redémarrer la centrale de Fukushima II

Conférence de Koizumi Junichirō

Koizumi est né le 8 janvier 1941. Il a été premier ministre entre avril 2001 et septembre 2006. Il a donc occupé le poste pendant plus de cinq ans, durée très longue en comparaison de celles d'autres premiers ministres. Il était très populaire. Durant son ministère, il a envoyé des soldats du Corps de Défense japonais prendre part à la guerre en Irak, conformément aux exigences des États-Unis, et il était partisan de la politique énergétique nucléaire.

Cependant, après l'accident nucléaire de 2011, il a changé d'attitude face à cette politique et il a commencé à agir contre elle. Lors de l'élection du président du département de Tokyo, en février 2014, il a soutenu la candidature de l'ex-premier ministre Hosokawa. Ensemble, ils ont combattu une politique énergétique basée sur l'atome, car Tokyo était le principal consommateur du courant produit à Fukushima. Malheureusement ils ont perdu, mais Koizumi continue à se battre, en donnant des conférences en divers endroits du Japon. Voici un résumé de son exposé :

 

"On me fait souvent la critique d'être à présent opposé à une politique énergétique nucléaire, à laquelle j'étais favorable quand j'étais premier ministre. C'est qu'alors, je me fiais aux assertions des scientifiques en charge du nucléaire, mais quand l'accident s'est produit, je me suis mis à étudier la chose par moi-même et j'ai constaté que j'avais été trompé par ces gens-là. Le sage chinois Confucius a dit : "N'hésitez pas à corriger votre erreur." Suivant son conseil, j'ai donc commencé à me mobiliser contre l'énergie atomique.

 

 

1.  Mensonges au sujet d'une énergie atomique "bon marché, sûre et pure"

 

Vraiment bon marché ? Aujourd'hui encore le gouvernement dit que l'électricité d'origine nucléaire est la moins chère, mais c'est faux. Le gouvernement verse des sommes considérables aux communes dans lesquelles sont installées des centrales nucléaires et, lorsqu'arrive un accident, il doit payer de lourdes indemnités. Construire des centrales nucléaires coûte cher, aussi les banques ne prêtent-elles pas  aux compagnies d'électricité sans une garantie du gouvernement. En avril  prendra fin leur monopole de production et de vente du courant, et des compagnies concurrentes arriveront alors sur ce marché. Craignant de le perdre, les compagnies demandent que l'État les subventionne. Les centrales nucléaires sont des gouffres financiers.

 

Vraiment sûre ? Quand des accidents ont eu lieu à Three Mile Island et à Tchernobyl, les spécialistes japonais et les compagnies d'électricité ont assuré que jamais il n'y en aurait d'aussi graves dans nos centrales, car celles-ci sont très sévèrement contrôlées, or j'ai appris que de très nombreux accidents s'y étaient produits. Le haut responsable de l'Autorité de Régulation Nucléaire déclare à présent : "Je n'ai jamais dit que les réacteurs approuvés sont sûrs", mais le premier ministre Abe répète, de façon infondée, que ces réacteurs ont été approuvés selon les normes les plus rigoureuses du monde.

 

Vraiment pure ? Les réacteurs japonais sont situés en bord de mer afin qu'on puisse en utiliser l'eau pour les refroidir. Cette eau contient divers êtres vivants qui à la longue pourraient boucher les canalisations. Pour nettoyer celles-ci, on emploie un produit chloré. Ce produit et la chaleur tuent la mer. Les réacteurs nucléaires polluent beaucoup le milieu.

 

 

2. Nulle part, au Japon, n'existe un dépotoir pour déchets nucléaires

 

J'ai visité Onkalo, le dépôt définitif pour déchets nucléaires de Finlande. On a construit en cet endroit un lieu de stockage de deux kilomètres carrés, sur une couche rocheuse stable, à quatre-cent mètres de profondeur. La Finlande a quatre réacteurs, mais on ne peut y stocker les déchets que de deux réacteurs seulement, et pour les deux autres on n'a pas de lieu de stockage. Le Japon est un pays volcanique, c'est pourquoi il ne s'y trouve aucun endroit aussi stable qu'en Finlande, de plus notre pays est si densément logé qu'il est impossible d'y avoir un lieu convenant au stockage.

 

3. Le Japon peut progresser sans énergie atomique

 

L'Allemagne a déclaré qu'elle devait se débarrasser de ses centrales nucléaires, mais elle n'en est pas encore débarrassée; le Japon, au contraire, n'a rien déclaré de pareil mais il a été, de fait, complètement débarrassé d'elles pendant deux ans, et presque complètement durant trois ans, avec d'abord un, puis à présent trois réacteurs en marche. Il est clair que le Japon peut progresser sans centrales nucléaires. S'il utilise désormais davantage d'énergie renouvelable, notre économie progressera. Le Japon a toujours surmonté les difficultés au cours de son histoire. Par exemple, nous avons été vaincus lors de la dernière guerre et nous avons perdu tous les territoires hors de l'archipel, et pourtant le pays progresse. Les Japonais sont capables de transformer leurs infortunes en bonnes fortunes. Supprimer les centrales nucléaires est un grand rêve, mais ce rêve n'est nullement irréalisable. Attelons-nous ensemble à la tâche !"

 

(fin du résumé)

 

Corriger ses erreurs est une bonne chose, mais pourquoi donc Koizumi n'a-t-il prêté l'oreille qu'à de mauvais conseillers ? Depuis longtemps déjà des savants honnêtes s'opposaient à l'énergie atomique et mettaient en garde contre la dangerosité des réacteurs nucléaires. Il s'est réveillé et, désormais, il agit. C'est tout à fait louable, mais je regrette qu'il ait dormi lorsqu'il était premier ministre. Il s'est démis, depuis, de ses mandats, même de celui de parlementaire. Résultat : aux yeux du mauvais premier ministre Abe, il est devenu quantité négligeable.

 

Je me suis aperçu qu'il était du même âge que moi : il est né en janvier 1942 et moi, en décembre 1941. Il s'implique vigoureusement dans l'action, donc il faut que moi aussi j'agisse vigoureusement pour sauver le Japon.

Le Japon laisse entendre qu’il pourrait redémarrer la centrale de Fukushima II

Discours du maire de Minami-Sōma, M. Sakurai Katsunobu

"La ville de Minami-Sōma compte aujourd'hui encore vingt-sept-mille réfugiés. De toutes les villes victimes du tsunami, elle est celle dont le nombre de réfugiés est le plus important. Sur ces 27 000, 9300 sont déjà sont partis loger dans d'autres villes et ne sont donc plus au nombre de nos concitoyens; mille habitent hors de la ville et les huit-mille autres habitent bien dans la ville, mais pas dans leur maison.

La ville a subi l'assaut du tsunami et 2 500 personnes ont disparu*, que nous avons dû rechercher, et ensuite s'est produit l'accident nucléaire. Cependant, ni la préfecture ni le gouvernement n'ont donné d'informations sur la situation. Ils ont considéré nos vies comme négligeables. Ils nous ont abandonnés. Nous étions tous furieux.

 

* Sur ces 2500, 997 ont été retrouvées mortes.

 

Plus tard, le 15 mars, j'ai entendu à la télévision que le réacteur n° 3 était en danger. Je savais qu'il fonctionnait au combustible mox. Si un grave accident se produisait, il s'en écoulerait du plutonium, le plus dangereux des produits radioactifs, et j'ai donc pris seul la décision d'évacuer 14 000 citadins vers la préfecture de Nīgata. Son président m'avait promis qu'il les accueillerait, car dans le Nīgata aussi se trouve une centrale de TEPCO, et il nous plaignait donc, pensant que le sort qui aujourd'hui était le mien, serait le sien demain peut-être.

 

Avant l'accident, le gouvernement avait donné consigne aux villes dans lesquelles se trouvent des centrales nucléaires de ne pas faire de plan d'évacuation des habitants dans un rayon de dix kilomètres, car cela les inquièterait. Le pouvoir croyait et faisait croire aux gens, qu'au Japon jamais il n'y aurait d'accident sérieux.

 

À cause de l'accident, le territoire de notre ville est divisé en trois catégories en fonction de la distance à la centrale nucléaire endommagée n° 1 de Fukushima, à savoir : une zone comprise dans un rayon de vingt kilomètres, une zone entre vingt et trente kilomètres et une zone au-delà de trente. Dans ce cadre, certains habitants devaient partir tout de suite, d'autres devaient attendre et d'autres encore n'avaient pas à partir, et selon ces catégories TEPCO payait - ou paie encore - une indemnité. Ce système a été la cause de grandes difficultés pour les habitants, engendrant la discorde entre eux, car la chute de matières radioactives ne se faisait pas forcément en fonction des distances. Il est arrivé que des points situés dans la zone d'au-delà de trente kilomètres étaient si pollués que les gens devaient fuir, mais TEPCO ne leur a versé aucune indemnité.

Le 11 août 2015 le réacteur nucléaire de la centrale de Sendai, dans l'île méridionale de Kyushu a été réactivé. Le premier ministre Abe a bien dit : "Tant que Fukushima ne sera pas tiré d'affaire, le Japon ne sera pas tiré d'affaire.", mais s'il le croit vraiment, pourquoi a-t-il approuvé la remise en marche de ce réacteur? La préfecture de Fukushima et ses 59 villes et villages exigent l'abandon des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2. Or le gouvernement ne leur a jamais répondu clairement. La compagnie TEPCO dit que, le pouvoir ne se prononçant pas nettement, elle ne peut pas, elle, prendre de décision. Je les soupçonne, l'une et l'autre, de vouloir remettre en route ces quatre réacteurs.

 

TEPCO n'a pas le droit, ni le pouvoir de faire refonctionner ces réacteurs. Dix jours après la survenue de l'accident, l'un de ses responsables nous a rendu visite. Pourquoi ne sont-ils pas venus tout de suite dans notre ville? Quand nous sommes allés voir le président de la compagnie, à Tokyo, pour lui poser des questions, il nous a salués dans le couloir mais ne nous a pas fait entrer dans son bureau. Pourquoi ne nous a-t-il pas demandé pardon en personne pour l'accident ? TEPCO a dit qu'aucune des victimes n'a trouvé la mort. Cette compagnie n'a ni compétence, ni honnêteté, ni capacité, en tant que future productrice d'électricité par réacteurs nucléaires.

 

La ville de Minami-Sōma s'est déclarée, en mars 2015, ville sans centrale nucléaire, plaçant son espoir dans un monde fondé sur une énergie renouvelable. Ensemble, faisons naître un tel monde !"

 

(Fin du disours)

 

J'ai été très ému par le discours du maire. À plusieurs reprises déjà, j'avais visité cette ville. Elle souffre vraiment des suites du séisme, du tsunami, de l'accident nucléaire et du discrédit qui s'attache au nom de Fukushima. En voyant l'état misérable de la ville et de ses habitants, ma fureur à l'égard de l'accident nucléaire et de la politique énergétique du gouvernement actuel s'est accrue jusqu'à l'exaspération.  C'est pourquoi j'ai écouté son discours avec une telle émotion.

 

Au sujet de la centrale n°2, l'intervenant suivant a dit : "Le gouvernement redoute que l'électricité ne manque lors des Jeux Olympiques de 2020. C'est pourquoi il veut disposer du courant de la centrale nucléaire n°2 de Fukushima."

 

Auparavant, 32% de l'électricité qu'utilisait Tokyo provenait du département de Fukushima et 20%, du département de Nīgata. C'est dans ce dernier que se trouve la centrale nucléaire Kashiwazaki-Kariwa de TEPCO, qui a sept réacteurs et dont la capacité totale de production était de 8,21 millions de kilowatts. C'était alors la quantité la plus grande du monde, mais en juillet 2007 il y eut dans la mer de Nīgata un grand  séisme et la centrale fut sinistrée et s'arrêta. Le président du département, Izumida, n'a pas confiance dans TEPCO à cause de fréquents agissements déloyaux de la compagnie, si bien qu'il n'autorise pas le redémarrage, exigeant qu'auparavant elle  recherche les causes de l'accident de Fukushima. Il est sûr que les dirigeants font pression sur le gouverneur de la préfecture, mais jusqu'à présent ils n'ont pas réussi à le convaincre. Il se peut qu'en 2020 également il leur soit difficile d'obtenir du courant de Nīgata.

Ils veulent donc garder Fukushima comme solution de rechange. Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue.

 

En fin de réunion, nous avons adopté une résolution dans laquelle étaient mentionnés les points suivants :

 

1.  D'après le recensement, le nombre d'habitants dans les villes proches de la centrale nucléaire n°1 mentionnées ci-dessous est :

Namie: 0                 Ōkuma: 0             Fukata: 0

Tomioka: 0              Ītate: 41                Katsurao: 18

Dans l'histoire moderne du Japon, jamais une telle situation ne s'était présentée, même lors de la deuxième guerre mondiale, au cours de laquelle périrent 62 000 habitants de Fukushima.

 

2. Cinq lycées de la région côtière seront temporairement fermés (pendant de nombreuses années, peut-être).

 

La résolution s'achevait sur ces mots :

Nous tous, ayant été évacués ou non, réfugiés ou non, étant revenus ou non, tâchons de nous comprendre les uns les autres, main dans la main, et renforçons-nous dans notre volonté de ne plus voir jamais se produire d'accidents nucléaires.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Au Japon
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 13:12
Nettoyer Fukushima pour les JO de Tokyo

Tokyo va accueillir les JO en 2020. Mais voilà, il y a eu Fukushima en 2011. Gros problème, est-ce que le public international et les sportifs vont accepter de se déplacer dans un pays radioactif ? Que faire pour nettoyer efficacement quand tous les systèmes de décontamination possibles ne marchent pas ? Il y en a bien qui proposaient d’effacer Fukushima mais l’expérience montre que malgré beaucoup d’efforts, par exemple pour freiner l’utilisation des radiamètres, il y a toujours des petits malins pour poster des vidéos de compteurs Geiger crépitants dans les parcs publics ! Il n’y a qu’une solution en fait : le déni officiel avec martellement massif que tout va bien. Le gouvernement japonais, main dans la main avec le village nucléaire et les médias adoubés, propose un retour à la normale obligatoire.

Tout le monde doit rentrer

 

Le gouvernement a décidé de supprimer les aides au logement des familles évacuées. En 2018, hop, tout le monde doit rentrer à la maison. Est-ce que c’est moins radioactif qu'en 2011 ? Certes, ça l’est un peu moins grâce à la décroissance radioactive, à la karchérisation et au raclage des sols, mais ces saletés de microparticules radioactives reviennent sans cesse avec le vent et la pluie. Qu’à cela ne tienne, il suffit de décréter qu’en dessous de 20 mSv/an il n’y a pas de problème sanitaire et c’est bon. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas revenir. Tant pis pour ceux qui seront obligés de revenir, enfants ou pas ; s’ils tombent malades bien après les JO, on pourra toujours trouver une solution pour expliquer l’augmentation des maladies (le stress, la radiophobie, le réchauffement climatique, les pesticides, etc.).

Les familles sont abandonnées à leur sort dans la préfecture de Fukushima

Les familles sont abandonnées à leur sort dans la préfecture de Fukushima

Arrêter l’information

 

On va aider la population à ne plus stresser en arrêtant progressivement de l’informer. Dans un premier temps, on avait posé des milliers de bornes de mesure de la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. On avait fait beaucoup d’efforts pour baisser l’affichage des mesures publiques en faussant l’étalonnage et en prenant soin de bien nettoyer chaque jour l’appareil. Mais il y a des petits malins (est-ce les mêmes ?) qui s’amusent à comparer les chiffres avec ceux de leur propre appareillage ! Non, tout ça, c’est fini. A partir d’avril 2017, on démontera 2500 bornes de surveillance (sur 3600, soit 70% des bornes), même celles des écoles. Trop c’est trop, il faut lutter contre la radiophobie ! Ah si seulement on pouvait interdire les radiamètres !

Constat d’une borne truquée dans la ville de Fukushima

Constat d’une borne truquée dans la ville de Fukushima

Accepter d’être une victime

 

Les gens réfléchissent trop. Le mieux est qu’ils acceptent une fois pour toute d’être des victimes et ils vivront mieux. Quelle joie de reconstruire Fukushima si on oublie les radionucléides ! Si vous n’en êtes pas convaincus, le programme Ethos est fait pour vous. Inventé pour les populations vivant en territoire contaminé près de Tchernobyl, il a été repris pour Fukushima. Quoi de mieux qu’une population résiliente qui apprend à éviter les hot spots et accepte de faire attention à tout ce qu’il mange et tout ce qu’il touche (du moins au début, après on s’habitue et on oublie le danger). L’ASN, partie prenante du projet Ethos pour les territoires contaminés biélorusses vous raconte tout ici. Mais je vous conseille aussitôt de lire l’avis du journaliste Kolin Kobayashi ou d’écouter le docteur Michel Fernex, ils vont vous expliquer ça autrement.

Le Dr Michel Fernex explique le programme Ethos

 

Normaliser les activités dangereuses

 

Après avoir décrété l’ « arrêt à froid » en décembre 2011, Tepco décrète l’arrêt de la prise en compte du risque radioactif en 2016.  Le niveau de radioactivité au sol étant aujourd’hui inférieur à 5 μSv/h sur 90% du site nucléaire, le règlement va changer de façon à ce que les ouvriers n’aient plus forcément à mettre d’habits de protection ni de gants. Pourquoi ce principe de non précaution ? Tout simplement pour donner l’illusion que le problème se limite aux réacteurs. D’ailleurs, le mur de glace souterrain qui entourera les 4 réacteurs en détresse va, dit-on, isoler définitivement les coriums de l’environnement. Les ouvriers ne seront plus ennuyés par tous ces vêtements de protection « inutiles » qu’il est ensuite difficile d’éliminer sans créer de nouveaux déchets radioactifs. Et surtout, les sportifs et leurs supporters seront rassurés !

Stade de foot occupé par le dortoir des ouvriers au J-village (photo Ikuro Aiba)

Stade de foot occupé par le dortoir des ouvriers au J-village (photo Ikuro Aiba)

Trouver une solution pour les déchets

 

Avec le nucléaire, le problème des déchets radioactifs se pose en permanence, qu’il y ait une catastrophe ou pas. Que faire des près de 10 millions de sacs de produits contaminés répartis sur plus de 100 000 sites ? Le gouvernement a beau promettre aux propriétaires de terrain que ces sacs seront enlevés dans 30 ans, personne n’y croit. En attendant, les sacs s’entassent. Les plus anciens commencent à s’abîmer, certains sont emportés par des inondations… On ne sait plus où les mettre ! On ne peut pas empêcher la végétation de s’y installer, on ne peut pas empêcher les enfants de jouer avec, on ne peut pas arrêter la détérioration du plastique… Pour que ces déchets ne fassent pas d’ombre aux JO, le gouvernement devra imposer un site de stockage avant 2020. Est-ce grave pour la démocratie ?

Champ de sacs de déchets radioactifs à Iitate

Champ de sacs de déchets radioactifs à Iitate

On y croit !

 

Le nucléaire, c’est une religion. Il faut y croire pour que ça marche, il faut détourner les yeux des 116 cancers de la thyroïde, débrancher les radiamètres, et surtout… se donner les moyens. Les autorités feront tout pour cacher la vérité sur les risques afin que les JO se passent bien et que le Japon retrouve sa splendeur d’antan. En 2020 tout aura été nettoyé, le Japon sera redevenu clean, les coriums seront prisonniers d’un mur de glace, les déchets auront été stockés dans un centre technique, couverts d’une bâche immaculée, les évacués n’existeront plus puisqu’ils n’auront plus d’indemnités, le réacteur n°3 aura reçu sa superstructure flamboyante, les 8000 ouvriers de la centrale seront souriants et les enfants, « sous le ciel bleu de Fukushima, joueront au ballon en regardant vers l’avenir » (Shinzo Abe)

Microparticule contenant du césium 137 trouvée dans l’air de Tsukuba (Nord-Est de Tokyo)

Microparticule contenant du césium 137 trouvée dans l’air de Tsukuba (Nord-Est de Tokyo)

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 11:13
Un nouveau produit dérivé de la fusion des cœurs a été découvert au loin de la centrale de Fukushima Daiichi

Article original publié le 4 février 2016 sous le titre: « New Meltdown Byproduct Found Far From Fukushima Daiichi » sur le site SimplyInfo avec l’autorisation de l’auteur

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Photo des substances de sable noir trouvées à Namie, documents de recherche de Marco Kaltofen (crédit photo Marco Kaltofen)

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Des chercheurs ont trouvé une substance d’un nouveau type, en relation étroite avec les fusions des cœurs à la centrale de Fukushima Daiichi. Au cours des dernières années, nous avons régulièrement communiqué sur une « substance noire » qu’on retrouvait sur l’île principale du Japon. Il s’agit d’un sable noir extrêmement radioactif, une matière qui s’est concentrée dans les caniveaux ou sur les routes, et qu’on a pu retrouver jusqu’à Tokyo. Des analyses ont établi une relation entre cette substance et les fusions des cœurs à l’intérieur des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi. La nouvelle découverte en question est également en étroite relation avec les réacteurs dévastés.

Des chercheurs au Japon ont en effet découvert de nouvelles substances qu’ils décrivent comme de minuscules particules de verre sphériques extrêmement radioactives. Ces particules de verre présentent une structure assez différente de celle de la « substance noire » mais comme elle, elles sont liées aux fusions dans les réacteurs. Une de ces particules de verre, étiquetée NWC-1, avait été recueillie à Nihonmatsu en 2011 au moment de la catastrophe. Nihonmatsu se trouve à environ 40/45 km plein ouest par rapport à la centrale de Fukushima Daiichi. Le site de cette ville est au sud de la ville de Fukushima et au nord de Koriyama. Son territoire est bien au-delà de la zone d’évacuation et actuellement habité sans restriction d’aucune sorte.

 

Du Césium présentant de hauts niveaux de radioactivité se trouve inclus dans ces particules de verre. Les chercheurs ont établi que le débit de dose le plus élevé se trouve au cœur de la particule, ce qui indique que le Césium fut incorporé pendant la phase de fusion des cœurs. On observe également une inclusion de matières, ou du béton provenant de l’enceinte de confinement, ou encore de l’eau de mer qui fut injectée. Ces observations permettent de conclure que cette substance s’est formée ou bien après que le combustible fondu eut transpercé l’enceinte du réacteur et entamé sa progression dans le plancher en béton de l’enceinte de confinement, ou alors après l’injection l’eau de mer. Ces injections sont en effet intervenues tardivement dans la phase de fusion, de plus on a découvert dernièrement que toute cette eau ou la majeure partie fut déversée dans une mauvaise direction et non pas sur les enceintes des réacteurs. Ces billes de verre se seraient formées entre le moment de la détérioration de l’enceinte d’un premier réacteur et le début de l’injection d’eau ou peu après. Cette découverte pourra aider à identifier lequel des réacteurs a produit ces sphères et comment.

Photo de la sphère de verre de Nihonmatsu, de « Yamaguchi et al. study ». Traduction de légende : Image de la microparticule contenant du Césium, déposée sur un textile non tissé, re-cueillie à Nihonmatsu, [Préfecture de] Fukushima, en 2011 (NWC -1). Image prise avec Hitachi S-4500 SEM à 2.0 kV

Photo de la sphère de verre de Nihonmatsu, de « Yamaguchi et al. study ». Traduction de légende : Image de la microparticule contenant du Césium, déposée sur un textile non tissé, re-cueillie à Nihonmatsu, [Préfecture de] Fukushima, en 2011 (NWC -1). Image prise avec Hitachi S-4500 SEM à 2.0 kV

Section transversale de la sphère de verre de Nihonmatsu NWC-1, crédit photo Yamagu-chi et al.

Section transversale de la sphère de verre de Nihonmatsu NWC-1, crédit photo Yamagu-chi et al.

Il est inattendu d’avoir trouvé une particule à Nihonmatsu. Une seconde bille de verre a été découverte à Fukushima sur une feuille de cèdre, mais l’endroit précis n’est pas mentionné. Nihonmatsu est au plein ouest de la centrale et non pas dans la zone documentée comme survolée par le nuage radioactif, qui s’est dirigé au nord-ouest et au sud du site sinistré. Cela indiquerait que des substances provenant des réacteurs eux-mêmes furent projetées bien plus loin qu’on ne l’avait d’abord supposé. Ces particules de verre sont suffisamment petites pour être susceptibles d’être inhalées. A ce jour les chercheurs ignorent encore sur quelle distance ces matières se sont dispersées. Mais c’est la démonstration que des substances provenant de l’intérieur des réacteurs se sont bien échappées des bâtiments et ont été dispersées sur une longue distance. Etant donné leur haut niveau de radioactivité interne, elles pourraient représenter un risque sanitaire significatif.

Des matières radioactives se sont répandues sur des zones étendues, non seulement dans les régions présentant de hauts débits de dose situées au nord-ouest de la centrale de Fukushima.

Des matières radioactives se sont répandues sur des zones étendues, non seulement dans les régions présentant de hauts débits de dose situées au nord-ouest de la centrale de Fukushima.

Nous publions deux tableaux comparatifs, succincts, des substances dérivées des deux réacteurs dévastés :

https://docs.google.com/spreadsheets/d/1RAbsClYl3KIZkHeI1don3Zfe_AYBKF_vW3C7tWlIpXw/edit#gid=0

Merci de se reporter aux études pour une information plus détaillée.

 

_____________________________

 

Pour en savoir plus :

 

Etudes scientifiques sur les particules sphériques vitrifiées :

- Emission of spherical cesium-bearing particles from an early stage of the Fukushima nuclear accident (Kouji Adachi et alii, publié en ligne le 30 août 2013 sur le site Nature.com)

- Internal structure of cesium-bearing radioactive microparticles released from Fukushima nuclear power plant (Noriko Yamaguchi et alii, publié en ligne le 3 février 2016 sur le site Nature.com)

 

Etude scientifique sur la poussière noire :

- Radiological analysis of Namie street dust (Marco Kaltofen, publié le 31 mai 2013)

 

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:52
Rapport de HORI Yasuo du 10 janvier 2016

Texte de de HORI Yasuo du 10 janvier 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

  • Fête de la maturité à Fukushima
  • Fête dans la ville de Naraha
  • Paroles de deux jeunes femmes
  • La population des villes sinistrées a diminué
  • Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000
  • Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

Article original en espéranto

Fête de la maturité à Fukushima

 

Les 10 et 11 janvier, dans de nombreuses villes, est organisée une Fête de la majorité, à laquelle sont invités les jeunes garçons et les jeunes filles qui ont atteint ou atteindront leurs vingt ans entre avril 2015 et mars 2016.

 

Fête dans la ville de Naraha

 

Dans Naraha, ville de la préfecture de Fukushima, sur les 88 jeunes gens invités, 73 sont venus fêter leur majorité.  C'était la première fois, depuis la Catastrophe, que cette fête avait lieu dans leur propre ville. Depuis la survenue de l'accident nucléaire, en mars 2011, jusqu'en septembre dernier les habitants de Naraha n'ont pas eu le droit de loger dans leur ville en raison de l'intensité radioactive qui y régnait. À présent, ils ont de nouveau ce droit, mais seuls 421 sur les 7 363 habitants sont revenus y loger (dernières données :978). En de nombreux endroits la ville est polluée, c'est pourquoi les jeunes couples avec enfants ne veulent pas y revenir. De plus, beaucoup ont recommencé une nouvelle vie ailleurs, et leurs enfants, habitués à leur nouvelle école, ne veulent pas en changer. Il est donc certain que la plupart des jeunes gens participant à la fête venaient d'ailleurs.

 

Les villes dans lesquelles il est interdit d'habiter ont fait leur fête dans d'autres villes : Ōkuma l'a organisée à Uwaki, le village de Ītate dans la ville de Fukushima, Namie dans Nihonmatsu et Tomioka dans Kōriyama.

 

Paroles de deux jeunes femmes

 

Mme Miyake Shiori, de Naraha : "J'habitais un logement de l'Association Japonaise de Foot-ball, dans Naraha, et je m'entraînais pour devenir joueuse. Lorsque s'est produite la Catastrophe, nous venions tout juste d'avoir la cérémonie de fin d'année scolaire du collège. J'avais l'intention de jouer avec mes amis pendant l'après-midi mais, du fait de la Catastrophe, je n'ai pas pu revenir chez moi et j'ai passé la nuit dans une auto. Le lendemain a eu lieu l'accident nucléaire. Nous avons quitté notre maison et nous nous sommes réfugiés dans l'île d'Hokkaido. Si l'accident ne s'était pas produit, j'aurais pu demeurer à Naraha. À présent je joue dans le club de foot de la ville de Kōbe. Mon rêve est d'intégrer l'équipe nationale."

 

Melle Tanaka Ayumi, de Namie : "J'étais très inquiète quand j'ai été séparée de mes amis à cause de l'accident nucléaire, mais grâce au soutien de nombreuses personnes j'ai pu entrer dans un lycée et ensuite dans une université. Comme réfugiée, j'ai pris conscience de la valeur de l'alimentation et j'ai commencé à me féliciter d'avoir à manger. Je veux devenir enseignante d'art ménager dans un collège. Et j'ai bien l'intention de revenir un jour chez moi afin de contribuer à la renaissance de ma ville."

 

La population des villes sinistrées a diminué

 

   Le 28 décembre 2015, les préfectures de Iwate, Miyagi et Fukushima ont publié une statistique portant sur le nombre d'habitants des villes situées le long du rivage de l'Océan Pacifique, à la date du 4 octobre. La diminution du nombre d'habitants y a été la suivante :

 

Pour la préfecture de Iwate : moins 3,6%

    - ville d'Ōtsuchi: moins 23,5%

    - ville de Rikuzen-Takata : moins 15,2%

    - ville de Yamada: moins 15,0%

Pour la préfecture de Miyagi : moins 0,6%

    - ville d'Onagawa: moins 37,0%

    - ville de Minami-Sanriku: moins 29,0%

    - ville d'Yamamoto: moins 26,3%

 

Les responsables départementaux redoutent que, lors de la statistique de 2020, le nombre d'habitants n'ait diminué de façon drastique, en raison du départ de nombreux ouvriers occupés actuellement à la reconstruction de ces trois préfectures.

 

La population de la préfectrure de Fukushima également diminue :

Pour toute la préfecture : moins 5,7%

Dans les villes habitables, la population a ainsi diminué :

    - ville de Naraha:  moins 87,3%

    - ville de Kawauchi: moins 28,3%

    - ville de Hirono: moins 20,2%

 

Les habitants ne peuvent revenir dans ces villes à cause du manque de conditions de vie convenables et de la peur des radiations.

Dans les villes inhabitables en raison de la radioactivité, le nombre d'habitants est :

    - Ōkuma: 0

    - Futaba: 0

    - Tomioka: 0

    - Namie: 0

    - Katsurao: 18

    - Ītate: 41

 

Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000

 

Le 28 décembre, la préfecture de Fukushima a publié une information selon laquelle le nombre de décès imputables à la Catastrophe (en fait, essentiellement à l'accident nucléaire) a été supérieur à 2000. Cette préfecture compte encore 101 000 personnes réfugiées, vivant soit à l'intérieur soit hors de son territoire. Ces gens souffrent à cause des conditions de vie difficiles et de la désespérance, qui accélèrent leur mort.   Selon une statistique du gouvernement, ces décès se montent à 455 dans  celle d’Iwate et à 918 dans celle de Miyagi, donc la préfecture de Fukushima est en tête. Au total 3835 personnes sont mortes à cause de la Catastrophe, dont 2007 sont décédées par la suite, au cours de leur fuite et de leur vie ultérieure.

 

Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

 

L'an dernier déjà, les réacteurs n° 1 et 2 de la centrale nucléaire de Sendai, située dans la partie méridionale de l'île de Kyushu, ont été remis en route. Le 29 janvier 2016, la Compagnie d'électricité du Kansai a remis en marche le réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Takahama, dans la préfecture de Fukui. Ce réacteur fonctionne au combustible MOX, il est donc plus dangereux. La Compagnie d'électricité Shikoku envisage la remise en marche du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire Ikata en avril.

 

À compter d'avril, le monopole de vente d'électricité de neuf compagnies prendra fin, et par suite arriveront sur ce marché de nouvelles compagnies à bas coût, c'est pourquoi les compagnies veulent avoir la possibilité de produire du courant, apparemment moins cher, avec les réacteurs nucléaires.

 

La Compagnie d'électricité Chūbu veut, elle aussi, faire fonctionner un réacteur à Hamaoka, dans la préfecture de Shizuoka. Cette centrale se trouve dans la ville de Omaezaki, en un point où la plaque des Philippines et celle d'Amérique du Nord entrent en collision. Tout de suite après le séisme de 2011, le premier ministre d'alors y fit arrêter le fonctionnement du réacteur, car celui-ci était situé en un lieu trop dangereux, mais le gouvernement actuel en a approuvé la remise en marche, à condition que la compagnie construise une digue assez grande pour résister aux futurs grands tsunamis.

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

 

Le 26 décembre, cette digue a été achevée. Elle a une hauteur de 22 mètres et une longueur de 2,2 km. L'ensemble des travaux préparatoires à la mise en route du réacteur n° 4  sera terminé en septembre 2016 et en septembre 2017 le réacteur n° 3 sera prêt à son tour.

 

Voyez la photo ci-dessus : même si la digue résiste aux tsunamis, le fonctionnement des réacteurs pourra être entravé par les séismes énormes qui auront précédé ces énormes raz-de-marée. Les réacteurs nucléaires sont composés de beaucoup de très longs tubes. Si ces derniers sont endommagés, une grande catastrophe s'ensuivra. La centrale nucléaire de Hamaoka est peut-être la plus dangereuse de toutes les centrales du monde entier. Pourquoi le gouvernement va-t-il approuver sa remise en fonction ? Il continue à croire à la sécurité de l’énergie nucléaire, tout comme avant la catastrophe de Fukushima. A ses yeux, l’économie importe d’avantage que la vie des gens. Et pourtant, quand survient un cataclysme, tout est perdu : et l’économie, et la vie.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 19:22

Par Fonzy (6ème témoignage)

 

 J’ai longtemps hésité à parler de l’anecdote qui suit, car je ne veux pas vous parler des fausses nouvelles ni des canulars que l’on raconte souvent rien que pour effrayer les gens. Aussi me manque-t-il des statistiques ou des données précises. Toutefois, je me dis maintenant qu’il est grand temps d’en parler, surtout de faire connaître à ceux qui habitent loin et qui ne savent pas ce qui se passe ici quotidiennement. Bref, c’est l’augmentation du nombre de ce que l’on appelle les « malades urgents » dans les transports en commun.

 

Qu’est-ce qu’un malade urgent ? C’est une personne qui a eu un malaise assez grave ou qui s’évanouit dans le train. En effet, les transports en commun sont très souvent perturbés à Tokyo à cause des « secours à un malade urgent » depuis au moins un ou deux ans. Les trains japonais ont longtemps eu la réputation d’être ponctuels. Hélas, c’était le Japon d’antan. Maintenant, il y a tous les jours des trains qui sont en retard à cause des arrêts imprévus pour soigner des malades. Je cite les tweets de Charley @charleycharley7 qui compte le nombre de personnes qui tweetent « malade urgent » dans les régions de Kanto, Chubu et Tohoku.

 

Le nombre total de tweets « malade urgent »   |   moyenne journalière

2015

mi-février                            209                             13,9

mars                                    497                             16,0

avril                                     671                             22,3

mai                                      668                             21,5

juin                                      725                             24,1

juillet                                   724                             23,3

août                                     664                             21,4

septembre                            730                             24,3

octobre                                855                             27,5

novembre                            843                             28,1

décembre                            921                             29,7

2016

janvier                                872                             28,1

 

  Ce ne sont pas des données officielles. Enfin, ce ne sont que des tweets. Tout le monde ne tweete pas dès qu’il trouve un malade urgent dans le train. Aussi est-il possible que le même malade ait été tweeté par plusieurs personnes. Malgré tout, c’est grave à mon avis. Or il y en a qui pensent que huit cents ne constituent pas un chiffre significatif, vu la population totale des régions. Je dis toutefois que c’est significatif, car je n’avais jamais entendu parler de « malade urgent » dans ma vie. Ça fait une trentaine d’années que je me déplace en train à Tokyo, mais c’est seulement depuis l’année dernière ou l’année d’avant que j’entends dans le train assez souvent une annonce comme ‘Nous sommes désolés que notre train soit en retard à cause d’un malade urgent’. J’ajoute aussi qu’il y a de nombreuses personnes qui partagent mon avis.

Annonce dans un métro à Tokyo

Annonce dans un métro à Tokyo

J’ai vu récemment un monsieur d’une soixantaine d’années qui était allongé sur le quai. Il n’était pas évanoui, mais demandait secours à un employé de la gare, la main sur la poitrine. C’était la gare de Shin-Osaka, à environ 800 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Oui, il y en a aussi dans l’Ouest du Japon. Selon Charley @charleycharley7, le 1er février 2016, il y a eu vingt-cinq tweets du malade urgent dans l’Est, contre seulement huit dans l’Ouest. C’est très peu, mais ça existe. Sinon, on voit aussi de temps en temps ceux qui dorment comme une marmotte sur un banc, un quai ou un trottoir. J’entends la sirène de l’ambulance tous les jours, même toutes les trois ou quatre heures. Nous avons déjà eu depuis le début de l’année quatre ou cinq chauffeurs de bus qui ont perdu conscience (l’un a provoqué un accident grave qui a fait 15 morts). Ce n’est pas normal, mais maintenant l’anormal devient presque normal chez nous, bien qu’aucune preuve ne relie cette situation à l’irradiation...

 

Fonzy

 

 

 

 

 

__________________________________________

Mise à jour 16/02/16

 

Ajout d'une capture d'écran de tweet

Traduction : " Autour de moi il y a de plus en plus de gens qui meurent ou qui sont mal en point . Mais il semble que dans le train aussi maintenant il y a beaucoup de "malades urgents" voici le graphique du nombre de personnes ayant eu des malaises dans les transports en 2015."

Ici, ça ne va plus

Remarque

 

A la lecture de ce nouveau témoignage de Fonzy, je me suis rappelé que j’avais écrit sur le sujet de la santé dans un billet fin 2011, « Les effets de la catastrophe de Fukushima sur la santé ». A cette époque, j’avais été surpris par des données statistiques concernant l’évolution de trois maladies infectieuses, la pneumonie (Mycoplasma Pneumonia), la conjonctivite aiguë hémorragique et les maladies mains-pieds-bouche.

J’ai donc regardé à nouveau ces graphiques fournis par le Centre de surveillance des maladies infectieuses (Infectious Desease Suveillance Center (IDSC), dépendant de l’Institut national des maladies infectieuses (National Institute of Infectious Diseases (NIID)), basé à Tokyo. Le site existe toujours, je vais donc à nouveau diffuser ces graphiques, actualisés en 2012, pour que vous constatiez que, sur les trois maladies infectieuses qui avaient augmenté en 2011, deux restaient préoccupantes car en augmentation en 2012. Une autre pneumonie, la Chlamydia Pneumonia, était également en hausse en 2012.

Conjonctivites aiguës hémorragiques en rouge : retour à la normale en 2012

Conjonctivites aiguës hémorragiques en rouge : retour à la normale en 2012

Maladies main-pied-bouche en 2012 en rouge : valeur supérieure à l’avant 2011

Maladies main-pied-bouche en 2012 en rouge : valeur supérieure à l’avant 2011

Pneumonies (Chlamydia Pneumonia) : augmentation en 2012

Pneumonies (Chlamydia Pneumonia) : augmentation en 2012

Pneumonies (Mycoplasma Pneumonia) : forte augmentation en 2012

Pneumonies (Mycoplasma Pneumonia) : forte augmentation en 2012

Enfin, j’ai remarqué une autre maladie infectieuse qui n’avait pas progressé dans le bon sens en 2012, c’est l’infection par le virus respiratoire syncytial (RSV).

 

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2012

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2012

Les données pour 2013, 2014 et 2015 sont également disponibles sur une autre page du site, plus difficile à trouver, et cette fois uniquement en japonais. Sur les maladies infectieuses dont l’évolution était inquiétante en 2011 ou en 2012, seules restent aujourd’hui préoccupantes les maladies main-pied-bouche avec des taux aussi élevés en 2013 et 2015 qu’en 2011 et les infections dues au virus respiratoire syncytial.

 

Maladies main-pied-bouche : nouvelle augmentation importante en 2015

Maladies main-pied-bouche : nouvelle augmentation importante en 2015

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2014 et 2015

Infections par le virus respiratoire syncytial : augmentation en 2014 et 2015

Avec le retour à la moyenne normale des conjonctivites aiguës hémorragiques et des pneumonies, on aurait aimé constater une amélioration générale mais deux autres maladies infectieuses ont maintenant une évolution inquiétante, dépassant les taux des 10 dernières années : la pharyngite streptococcique et le mégalérythème épidémique.

Infections par la pharyngite streptococcique

Infections par la pharyngite streptococcique

Infections par le mégalérythème épidémique

Infections par le mégalérythème épidémique

Y a-t-il un lien entre la contamination effective, même à faible dose, et l'affaiblissement du système immunitaire des Japonais, en particulier des enfants ? Ces seuls graphiques ne peuvent pas le prouver. Toutefois, ils ne reflètent pas une meilleure santé de la population depuis 2011. C'est d'ailleurs ce qui a conduit un médecin de Tokyo à déménager et inciter ses patients à vivre à l’ouest du Japon.

 

De plus, dans la préfecture de Fukushima, on a détecté une augmentation de quelque 30 fois du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Cette augmentation n’est pas normale, comme l’a confirmé un épidémiologiste japonais, le professeur Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama.

 

Pierre Fetet

 

NB (Mise à jour 16/02/16)

Suite à la remarque d’un lecteur, j’ajoute ici des précisions sur la lecture des graphiques, d’après des informations trouvées dans le site du NIID et traduites par Fonzy :

« Premièrement,  l’axe vertical indique le nombre de malades aux « points précis » sauf celui  des infections par le virus respiratoire syncytial qui indique le nombre total des patients rapportés.

Deuxièmement, les « points précis » sont des cliniques ou des hôpitaux qui se trouvent un peu partout au Japon. Ils disent que ce sont 3000 pédiatres, 5000 généralistes, 600 cliniques ophtamologiques, 500 cliniques. Par contre, ils ne disent pas où ces cliniques se trouvent ni combien de cliniques se trouvent à Tokyo par exemple.

Troisièmement, les chiffres tels que 0.25 indiquent «la fraction du nombre de malades rapportés (numérateur) / le nombre de toutes les cliniques (dénominateur) ».

L’idée de diffuser des graphiques épidémiologiques sans diffuser l’endroit où vivent les malades est étrange. L’information devient opaque tout à coup ! Le Japon aime diluer à la fois l’information et la radioactivité… Le citoyen y est toujours perdant.

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 00:21
Fission à Fukushima ?

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Les 26 et 27 octobre 2015, la CTBTO (Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization, OTICE en français, Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires) a observé un pic de Xénon 133 – gaz radioactif – à la station de Takasaki (préfecture de Gunma). A cette date, les vents poussaient doucement les masses d’air provenant du sud, c’est-à-dire de la région de Tokyo. Comment cela est-ce possible alors que tous les réacteurs de l’île d’Honshū sont à l’arrêt ?

 

Il faut observer les vents de la veille pour comprendre. Le 25 octobre, des vents de 30 à 40 km/h ont soufflé sur la région de Fukushima du nord au sud en poussant des masses d’air au large de la péninsule de Bōsō, au sud-est de Tokyo ; puis les vents ont tourné vers l’ouest et ont rabattu les nuages dans la direction de la capitale nippone et enfin vers le nord et la préfecture de Gunma. Il semble donc que ces pics de pollution au Xénon 133 soit imputables à la centrale de Fukushima Daiichi.

 

Les vents du 25 octobre 2015

Les vents du 25 octobre 2015

Depuis 1996, date à laquelle le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires a été lancé, 282 stations de surveillance de la radioactivité et des évènements sismiques ont été certifiés, dont près d’une trentaine qui analysent la présence de Xénon 133. Ce gaz radioactif étant plus lourd que l’air, il a tendance à rester dans les niveaux atmosphériques de surface. Et comme c’est un gaz rare qu’on ne trouve pas à l’état naturel, il a été choisi, entre autres, afin de tracer les éventuels essais nucléaires atmosphériques. Ce gaz est en effet un produit de fission, signant une réaction en chaîne récente puisque sa période radioactive n’est que de 5,2 jours.

 

 

Trop de Xénon 133 à Takasaki

 

Comme il n’y a pas eu d’essai nucléaire atmosphérique en 2015, la présence de ce gaz dans des proportions anormales (dans le graphique « abnormal threshold ») résulte donc d’une réaction en chaîne « non ordinaire ». Pourquoi la CTBTO a-t-elle diffusé ce graphique de Takasaki pour les années 2014 et 2015 dans un rapport concernant la Corée du Nord ? Pour montrer que l’essai atomique  effectué début janvier 2016 n’a pas été détecté au Japon. Ça aurait été plus logique qu’ils diffusent un graphique d’une station qui l’aurait détecté, mais bon… En voulant rester discret sur les taux de Xénon détectés pour l’essai nord-coréen, ils ont dévoilé ce qui se passait au Japon. Ce qu’ils ont regretté quelques jours plus tard : le rapport où était publié ce graphique était disponible en ligne début janvier 2016 sur le site de la CTBTO.

On pouvait le télécharger avec ce lien :

https://www.ctbto.org/fileadmin/user_upload/public_information/2016/Briefing_PrepCom_7_Jan_2016.pdf. Or ce rapport a disparu depuis et l’image avec. Mais comme je l’ai téléchargé à temps, vous pourrez tout de même en prendre connaissance en cliquant ici. Serait-il possible qu’une personne très attentionnée, ayant appris que cette image révélait des choses fâcheuses, ait décidé de supprimer l’accès au rapport pour ne pas créer d’ennui au Japon qui prévoit d’organiser les Jeux Olympiques à Tokyo en 2020 ? Ou bien est-ce que c’est parce que ce graphique ne colle pas avec leur modélisation de l’évènement publiée ensuite ?

 

Le rapport de la CTBTO du 7 janvier n’est resté en ligne que quelques jours

Le rapport de la CTBTO du 7 janvier n’est resté en ligne que quelques jours

Au sujet de ce graphique censuré, il faut savoir que les scientifiques qui analysent ce genre de relevé admettent que le « bruit de fond » de Xénon 133 (les pastilles jaunes et vertes sur le graphique) est « normal ». En fait, il ne l’est pas du tout car ce gaz rare n’existe quasiment pas à l’état naturel. Ils le considèrent comme « normal » car ils considèrent « normale » l’utilisation de l’énergie nucléaire qui produit ce gaz. Une carte tirée d’un article du CEA de 2012 montre que les pays qui utilisent l’énergie nucléaire, et les pays limitrophes, baignent dans le Xénon 133 à des taux certes faibles mais continus.

 

Carte du bruit de fond artificiel du Xénon 133 dans le monde

Carte du bruit de fond artificiel du Xénon 133 dans le monde

Revenons au graphique diffusé malgré tout. A Takasaki, les pics de Xénon 133 précédents celui de fin octobre ont eu lieu au mois de juillet 2015 où des vents du nord-est ont poussé la pollution jusque Takasaki. Il se trouve qu’une réaction en chaîne, appelée aussi accident de criticité quand celle-ci n’est pas gérée dans un réacteur en bon état de marche, produit un autre élément de fission, l’Iode 131, connu pour sa forte toxicité car il se fixe dans la glande thyroïde. Or, cet élément, qui a une période de 8 jours, est retrouvé régulièrement dans des boues de station d’épuration. On peut donc en déduire la même chose qu’avec le Xénon 133 : il y a eu une réaction en chaîne de produits fissiles il y a peu de temps.

 

 

Iode 131 et Xénon 133

 

Si l’on observe les relevés d’Iode 131 effectués en 2015 pour les boues de la station d’épuration de Koriyama (préfecture de Fukushima), on constate une nette corrélation avec les pics de Xénon 133 de Takasaki : exceptés les mois de janvier et d’août 2015, les 9 autres mois documentés ont des correspondances, avec en particulier l’absence de détection de produits de fission en mars et en septembre-octobre pour les deux sites. Ce parallélisme de pollution ou de non pollution par des produits de fission paraît signer les mêmes évènements de criticité, très probablement à l’ex-centrale nucléaire de Fukushima Daiichi puisque mis à part le réacteur de Sendai situé à 1000 km de là, le Japon n’a plus de réacteur en marche.

 

Corrélations entre la présence de Xénon 133 à Takasaki et d’Iode 131 à Koriyama en 2015
Corrélations entre la présence de Xénon 133 à Takasaki et d’Iode 131 à Koriyama en 2015

Corrélations entre la présence de Xénon 133 à Takasaki et d’Iode 131 à Koriyama en 2015

Durant la majeure partie de l’année 2015, il est donc observé une corrélation entre le Xénon 133 mesuré à Takasaki et l’Iode 131 mesurée à Koriyama. Les périodes où il n’y a pas de correspondance coïncident la plupart du temps à une détection d’Iode 131, ce qui peut s’expliquer par la plus grande proximité de Koriyama de Fukushima Daiichi (70 km, contre 220 pour Takasaki) et par la période radioactive plus longue de l’Iode 131 par rapport au Xénon 133 (respectivement 8 contre 5,2 jours). Les mesures effectuées rapportent des taux très faibles de ces éléments radioactifs, mais suffisants – puisque la CTCTO le remarque – pour signaler un problème (on mesure là des millibecquerels/m3 !).

 

Dans l’usine qui ne produit plus d’électricité depuis 5 ans, se nichent 3 coriums qui, semble-t-il, n’arrêtent pas de se réveiller. Ces trois magmas composés principalement de matière fissile, l’Uranium 235, aidés par l’eau de refroidissement qui joue aussi le rôle de modérateur, peuvent s’activer comme bon leur semble au hasard de la géométrie souterraine qu’ils ont forgée en 2011 en fondant et en s’enfonçant dans le sol de la centrale. Ils semblent avoir des phases de criticité qui se font et se défont par apparition intermittente des facteurs favorables à une réaction en chaîne. Tout ceci se passe à l’abri du regard des hommes. Il y a beau y avoir 7000 travailleurs sur le site de Fukushima Daiichi, aucun ne maîtrise le phénomène. En revanche, tous peuvent le subir, car c’est sur le site même que les concentrations radioactives sont les plus fortes avant de se répandre dans l’atmosphère. Ces émanations gazeuses invisibles peuvent apparaître n’importe quand, sans prévenir, en tout lieu proche des trois ex-réacteurs qui ont perdu leurs cœurs.

 

Parallèlement à ce Xénon, les mesures réalisées dans une station d’épuration de la préfecture de Gunma montrent aussi la présence d’Iode 131 dans les boues. Cela a été constaté par exemple pour des échantillons pris du 27 au 29 juillet 2015. De l'Iode 131 avait également été relevé dans 2 échantillons de mai et de juin 2015. Il ne s’agit pas de coïncidences mais de pollutions atmosphériques constatées dans divers endroits à des périodes identiques aux dépassements de Xénon à Takasaki.

 

Pour les incrédules, il suffit de regarder le pic de Xénon 133 que l’on voit avec des pastilles bleues dans le graphique de la CTBO. On ne sait pas pourquoi les triangles rouges ne sont pas utilisés mais peu importe, ces valeurs dépassent la ligne de « normalité ». Ce pic a eu lieu entre le 12 octobre et le 12 novembre 2014. Or, à cette même période, selon un document mis en ligne par la préfecture de Fukushima, la radioactivité de l’Iode 131 est montée en flèche dans une station d’épuration de Fukushima.

 

Mise en parallèle d’un pic d’Iode 131 suivi d’un pic de Xénon 133 en 2014

Mise en parallèle d’un pic d’Iode 131 suivi d’un pic de Xénon 133 en 2014

De l’Iode 131 également à Tokyo

 

Les vents tournent et emmènent le panache radioactif de Fukushima dans une grande partie du Japon. On en retrouve aussi à Tokyo dans deux stations d’épuration où des échantillons ont été collectés entre le 2 et le 15 décembre 2015.

Mais il n’y a pas que les gaz qui se déplacent avec le vent. En décembre 2015, on a retrouvé à Iwaki 5600 Bq/kg puis 7993 Bq/kg de Cs 134/137 – encore des produits de fission – dans la poussière d’un aspirateur. La poussière transporte aussi la radioactivité. On a beau nettoyer, elle revient toujours. Il faut dire qu’une microparticule contenant par exemple du Césium ne pèse pas bien lourd. Celle visible sur l’illustration ci-dessous grâce à un microscope électronique ne pèse que 18 milliardièmes de milligrammes (pour une densité supposée de 2 g/cm3, source) ! Elle a pourtant une activité de 6,58 Bq en Césiums 134 et 137.

 

Particule sphérique de 2,6 µm contenant du césium dans un prélèvement atmosphérique des 14-15 mars 2011 effectué à Tsukuba.

Particule sphérique de 2,6 µm contenant du césium dans un prélèvement atmosphérique des 14-15 mars 2011 effectué à Tsukuba.

On en retrouve aussi dans les aspirateurs de Tokyo, bien que cette ville soit plus éloignée de la centrale : 81,4 Bq/kg de Cs 137 pour une mesure effectuée en août 2015.

L’année 2015 n’a donc pas été meilleure qu’une autre. L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, avec ses probables phénomènes persistants de reprise de criticité et la dissémination des poussières radioactives, reste ingérable.

 

 

Des années de criticité cachée

 

Depuis qu’on observe la centrale maudite, on suppose cette criticité grâce à différents indices.

En novembre 2011, il y avait déjà une production de Xénon, et en 2012, des évènements étaient manifestes car il se produisait énormément de chaleur, et donc de vapeur d’eau. J’avais fait à l’époque une collection de vidéos de ces débordements de vapeur sortant des différents réacteurs alors que les autorités avaient décrété « l’arrêt à froid ». Malheureusement, toutes les sources internet, je dirais aujourd’hui toutes les preuves, ont été supprimées du web afin probablement de cacher ce phénomène récurrent. Pourtant, même Tepco avouait à l’époque que du Xénon radioactif était détecté dans l’usine.

En 2013, Tepco a continué à donner des infos sur la détection de Xénons 133 et 135, mais cette fois en affirmant qu’ils résultaient de désintégrations spontanées. Cela n’a jamais pu être vérifié car l’opérateur n’a pas cru bon donner les valeurs des mesures. La même année, de la vapeur a également été visible sortant du réacteur 3, mais Tepco a prétendu que c’était à cause d’infiltrations d’eau de pluie. Une autre photo aérienne d’août 2013 a montré la centrale dans une sorte de brouillard localisé sur la centrale.

 

Brouillard localisé sur la centrale de Fukushima Daiichi en août 2013 (source NHK)

Brouillard localisé sur la centrale de Fukushima Daiichi en août 2013 (source NHK)

En 2014, c’était plus de 1000 Bq/kg d’Iode 131 qu’on découvrait dans des boues d’égouts du nord de la préfecture de Fukushima.

 

Bien sûr, tous ces évènements sont isolés et ne représentent pas des preuves directes de criticité à la centrale de Fukushima Daiichi. Mais si ce n’est pas ça, alors c’est quoi ? Le Xénon 133 et l’Iode 131 sont des produits de fission et tous les réacteurs du centre et du nord du Japon sont à l’arrêt. Alors, où se trouvent les réactions en chaîne détectées régulièrement si elles ne sont pas dans les entrailles du monstre aux trois cœurs ?

 

Pierre Fetet

 

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Sources :

 

- le rapport caché de la CTBTO :

https://drive.google.com/file/d/0ByTR8qUWVWcrVkx5ZUtWTGI4Vnc/view?usp=sharing

 

- Fukushima Diary :

http://fukushima-diary.com/2015/07/significant-level-of-i-131-detected-from-dry-sludge-of-fukushima-sewage-plant-after-rain-in-may/

http://fukushima-diary.com/2016/01/i-131-still-detected-from-two-sewage-plants-in-tokyo-this-december/#fr

http://fukushima-diary.com/2016/01/8000-bqkg-of-cs-134137-from-vacuum-dust-collected-in-the-last-week-of-2015/#fr

http://fukushima-diary.com/2015/08/over-80-bqkg-of-cesium-137-detected-from-vacuum-cleaner-dust-used-since-this-spring-in-tokyo/

http://fukushima-diary.com/2014/07/1000-bqkg-131-measured-sewage-sludge-northern-part-fukushima-prefecture/

http://fukushima-diary.com/2014/11/131-density-spiked-sewage-plant-fukushima/

 

 

- rapport de la préfecture de Fukushima :

http://www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/145719.pdf

 

- étude sur les particules sphériques :

Emission of spherical cesium-bearing particles from an early stage of the Fukushima nuclear accident

 

- météo des vents :

https://www.windyty.com/?temp,51.032,-5.814,2

 

Non-sources :

- La CTBTO ne fournit que très occasionnellement des données, à l’occasion d’erreurs de communication ou de publications scientifiques. Pour avoir les mesures, il faut être autorisé. Pourquoi garder ces informations secrètes ? Sans doute parce que le nucléaire n’aime pas la démocratie et qu’il reste manifestement une affaire militaire. Pourtant, c’est d’abord une affaire de santé car c’est l’air que nous respirons. La Criirad a lancé une pétition pour que ces données soient rendues publiques. Vous pouvez accéder à la pétition en cliquant ici.

 

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 13:30

Rapports de HORI Yasuo traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l'aide de Paul SIGNORET

Les 14 et 15 octobre 2015

 

Petit voyage à la ville de Minami-Sōma


    Accompagné d'un jeune népalais, Pradip, j'ai visité la ville de Minami-Sōma du département de Fukushima. Cette ville se compose de 3 districts. Le district le plus méridional, Odaka, est situé dans un rayon de 20 kilomètres de la centrale nucléaire n°1 endommagée de Fukushima, c'est la raison pour laquelle les habitants n'ont pas le droit d'y vivre. Dans le quartier central de Haramachi, autrefois déserté en raison de l'accident, à présent les gens vivent de façon apparemment normale. Dans mon cœur, il reste toujours une image de l'école élémentaire d'Odaka, dont les élèves ont tous émigré en divers endroits éloignés et ne sont jamais revenus, après avoir laissé leurs affaires dans les salles de classe. Je voulais que Pradip voie et sente lui aussi cette tragédie.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Ce cimetière à présent détruit

 

    Le 14 octobre à 8 heures, nous sommes arrivés à la gare de la ville de Minami-Sōma par le bus de la ville de Fukushima. À côté de la gare, nous avons emprunté des vélos gratuitement. Actuellement au Japon, dans toutes les gares principales, on met à disposition des vélos gratuitement ou presque. Ici, ce service fonctionnait déjà avant 9 heures. Les vélos n'étaient pas en bon état, donc c'est avec un peu de mécontentement que nous sommes partis vers le bord de mer de la ville.

 

    Mon plan était de faire du vélo le long de la côte du quartier d'Odaka, mais cela était tout à fait impossible, parce qu'ici on construit un grand barrage anti-tsunami, de sorte que la route était bloquée. Selon moi, il est plus important de construire rapidement des logements décents pour les sinistrés qu'un barrage pour protéger un désert inhabité, mais pour le gouvernement il importe davantage de faire profiter  les grandes entreprises.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Dans la photo ci-dessus, vous pouvez voir des sacs noirs à gauche sous la digue en construction. J'ai oublié de mesurer leur radioactivité, donc je ne veux pas m'avancer, mais je soupçonne qu'ils contiennent de la terre radioactive, parce qu'ils sont très semblables à ceux que l'on peut trouver partout à Fukushima et qui eux en contiennent.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Nous ne pouvions pas aller plus loin, alors nous sommes allés dans une autre direction, et avons trouvé une nouvelle statue de Bouddha au loin. Je me suis souvenu que là, auparavant, il y avait un cimetière détruit (photo).

 

J'avais déjà vu un grand nombre de cimetières dans les villes détruites, mais celui-ci était le plus misérable et le plus attristant, il avait perdu presque toutes ses pierres tombales. Avant l'attaque du tsunami, il était entouré de verdure comme un parc, mais après, il était au centre d'un désert. S'y dressaient des statues de Bouddha sans tête et sans bras, mais à présent, à ma grande joie, il était reconstruit, quoique peu de tombes aient été restaurées.

 

Selon la pancarte dans le cimetière, grâce à une loi nouvelle destinée à venir en aide aux villes sinistrées, les propriétaires de ce cimetière ont reçu 112 millions de yens de subvention (1,12 millions d'euros) de la ville de Minami-Sōma  (provenant peut-être du budget de l'Etat). Cependant, il est sûr que les propriétaires de tombes devront rembourser la totalité ou une partie de la dette. Est-ce que tous voudront retrouver leur tombe ici, après la perte de leur maison? Certes, il y a des familles qui ne veulent ou ne peuvent plus avoir de tombes ici. Apparemment, le cimetière magnifiquement réarrangé est un espoir pour eux, mais en réalité il est difficile de le maintenir.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Là trois hommes étaient au travail. Je leur ai demandé où ils avaient mis ou jeté les vieilles pierres tombales. Ils ont répondu qu'ils les avaient mises en pièces et enterrées sous le cimetière récemment refait.

 

   La pâtisserie Watanabe dans le quartier  d'Odaka


    Bientôt nous sommes arrivés au quartier d'Odaka. La gare a été recouverte de bâches et sur la voie quelques personnes travaillaient, donc d'ici peu de temps le service ferroviaire fonctionnera à nouveau.

   En face de la gare il y a un magasin qui s'appelle Engawa. Il y a quelques semaines, j'ai vu à la télévision qu'il était ouvert et qu'un pâtissier, M. Watanabe, avait commencé à y vendre des gâteaux. Quand j'ai vu ces nouvelles, j'ai pleuré d'émotion.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Ce M. Watanabe avait, et a de nouveau, sa fabrique de gâteaux dans ce quartier. Lorsque je l'ai visité en juin 2012, devant elle se trouvait un tableau noir sur lequel il avait écrit à la craie: «Je reviendrai très certainement à Odaka", et en 2013 sa phrase avait disparu. J'avais regardé ce tableau avec un sentiment de tristesse, aussi, lorsque j'ai vu à la télévision qu'il avait ouvert une nouvelle fabrique de gâteaux dans le quartier de Hamarachi et qu'il vendait des gâteaux également dans ce magasin, ce fut une énorme joie pour moi. Maintenant, au lieu du tableau noir, pend à la base du toit une grande toile avec le slogan: "La confiserie Watanabe va sûrement revivre avec les habitants d'Odaka".

Je suis entré dans le magasin et j'ai acheté 10 gâteaux. Je comptais visiter sa nouvelle fabrique, mais le vendeur m'a dit que le lendemain elle serait fermée, donc j'ai renoncé à la visiter.

 

L'école primaire d'Odaka


    Mon autre objectif était l'école élémentaire d'Odaka.
La catastrophe a eu lieu le vendredi 11 mars. Tous les élèves sont rentrés chez eux à la hâte, laissant leurs affaires dans la salle de classe. Lors de l'été 2012, on a permis aux habitants de pénétrer dans le quartier. Les instituteurs sont revenus et ont mis en ordre les salles de classe. Ils ont rassemblé les affaires des élèves et les ont mises sur leurs tables respectives. Plus tard certains élèves sont revenus et ont emporté leurs propres affaires, mais lorsque je suis venu moi-même ici en août 2013, dans toutes les salles on voyait 6 ou 7 tables où il restait des affaires. Ces élèves ne sont jamais revenus ici. Sur les tableaux noirs on lisait les paroles encourageantes et touchantes des instituteurs. À côté  se trouvaient quelques mots des élèves, par exemple: «Je veux revoir mes amis", "Je vis maintenant dans la ville de Sagae dans le département de Miyagi".

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

J'ai regardé dans les salles de classe du premier étage. Ce sont des salles pour les élèves de CP ou CE1. Comme auparavant, il restait des affaires sur les tables. Ils ne sont jamais revenus à leur école. Les garçons et filles qui étaient en CP en 2011 sont maintenant en CM1, et les enfants du cours supérieur sont maintenant au collège. Quel genre de vie ont-ils? Se sont-ils bien adaptés à leur  nouvelle vie? Ne souffrent-ils pas d'un problème de santé mentale? La première fois que j'ai vu les tables  avec les affaires, j'ai pleuré, et j'ai détesté le gouvernement et les compagnies d'électricité qui ont introduit l'énergie nucléaire au Japon et infligent une souffrance à des élèves innocents sans aucunement faire leur autocritique.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

 Les écoles élémentaires de Fukushima sont très belles. L'école élémentaire d'Odaka est également magnifique avec de beaux bas-reliefs. Mais elle se dresse solitaire sans les voix enjouées des élèves. Dans le jardin d'une maison voisine, de beaux kakis sont en fruits. Tout est beau, mais tout est triste sous le ciel d'automne.

 

    Le Cimetière-Parc de Minami-Sōma


    Dans la matinée du 15, nous sommes allés au Cimetière-Parc sur une colline de Minami-Sōma. Ici se dresse une statue de kamikaze, parce que dans cette ville, pendant la guerre, il y avait un aérodrome pour les kamikazes. Quand je suis arrivé ici en 2013, la force de la radioactivité était  de 0,451 microsievert/h (selon la loi, il faut nettoyer les sites dont la radioactivité dépasse 0,23 microsievert/h). Cette fois j'ai mesuré, et le chiffre était 0,412 µSv/h.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Quand nous sommes revenus, nous avons trouvé de nombreux sacs noirs sur la colline. Je me suis approché et j'ai vu que sur chaque sac étaient inscrites la nature du contenu et son intensité radioactive. Sur la photo de droite, sur trois sacs au centre, on lit

"0,29 microsievert", "0,29" et "0,32" et "le mot "terre" (土)".

 

Sur un sac était collée une étiquette, sur laquelle on lisait quatre avertissements pour l'utilisation. L'un d'eux disait: "Nous ne devons pas laisser le sac au soleil, mais à l'intérieur d'une pièce" et "La limite d'utilisation est de trois ans". Partout dans Fukushima on conserve les sacs en plein air. En été, la température en surface va devenir élevée, peut-être plus de 60, plus de 70 degrés. Déjà de nombreux sacs ont quatre ans d'âge. Est-ce qu'ils ne sont pas endommagés? La terre et l'herbe polluées ne sortent-elles pas déjà et ne s'envolent-elles pas? Les travailleurs ne souffrent-ils pas à cause de la radioactivité?

 

       Comment gère-t-on la conservation de ces sacs sur la durée?

 

 Le 15, nous sommes retournés à la ville de Fukushima et avons visité l'entrepôt sur la colline de Shinobu, à 15 minutes à pied de la gare de Fukushima. Tout autour il y a beaucoup de maisons et même le bureau des affaires juridiques.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

On conserve des sacs sur quatre étages sous une énorme bâche verte. Combien de sacs sont-ils stockés et jusqu'à quand ? Le gouvernement prévoit maintenant de construire un dépôt temporaire dans les villes voisines de la centrale n°1 de Fukushima, mais il est difficile d'obtenir des terrains pour cela, car les gens ne veulent pas vendre leurs terres et champs hérités de leurs ancêtres. Le gouvernement promet d'emporter hors du département, au bout de trente ans, les déchets pollués collectés, mais personne ne croit à cette promesse insensée, car aucune ville hors de Fukushima ne les acceptera.

 

Ensuite, Pradip et moi avons marché autour de la colline. Dans les ruelles, les enfants jouaient avec leurs mères. J'ai regardé en cachette mon radiamètre dans ma poche, et j'ai trouvé 0,30 microsievert/h de radioactivité. Cet endroit a déjà été nettoyé, mais il est toujours fortement radioactif. Puis j'ai fait une mesure au petit ruisseau, où auparavant le chiffre était de 12 microsieverts/h. Voir la photo ci-dessous.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Sur l'écran s'affiche non pas 0,100 mais 10,0 µSv/h.  J'ai mesuré dans de nombreux endroits, mais nulle part il n'y avait une aussi forte radioactivité. Tout à côté, le chiffre tombait à 1 microsievert/h. Pourquoi à cet endroit seulement est-ce si radioactif, me suis-je étonné.

Vraiment l'accident nucléaire nous a posé des  problèmes insolubles. Certes Pradip se sentait heureux parce qu'il vit dans un pays sans énergie nucléaire, le Népal.

 

     Suite de l'épisode


    Une semaine après mon petit voyage, le 21 octobre, je suis allé à la maison de retraite de ma ville, et j'y ai joué un concert avec des instruments intéressants de diverses parties du monde. Un coup de téléphone de ma femme m'est arrivé et elle me disait ceci: «Bientôt, va venir à la maison de retraite une dame qui s'appelle Watanabe, de Fukushima, et elle veut te rencontrer." Je ne savais pas qui elle est. Bientôt elle est venue et m'a salué: «Je suis la femme du pâtissier Watanabe. Je suis venue vous remercier". Après avoir vu cette émission de télévision sur le pâtissier Watanabe, j'avais envoyé mon livre de photos "Souvenirs de la catastrophe japonaise" avec une lettre pour lui, car sur le livre on voit apparaître sa pâtisserie. Sa femme avait été très émue par le livre et ma lettre, et elle avait décidé de venir me voir à l'occasion d'une visite à son fils qui travaille dans ma ville comme  apprenti pâtissier.

   Le pâtissier Watanabe a travaillé pendant un an à Tokyo après la catastrophe, mais il s'est énervé des difficultés de la vie et a ressenti un fort désir de rouvrir sa fabrique de gâteaux à Minami-Sōma. Le couple est revenu en décembre dernier et a réussi à rouvrir celle-ci dans le quartier de Haramachi.

      Son fils a dû arrêter ses études à l'université et il apprend maintenant le métier de pâtissier, et le hasard a fait que ce soit dans ma ville de Maebashi. Il y a deux jours, il est tombé malade, sa mère est donc venue auprès de lui et a profité de l'occasion pour me rendre visite. Sa fille, lorsque l'accident nucléaire est arrivé, fréquentait l'école secondaire supérieure d'Ōkuma, où se trouve la centrale nucléaire n°1. Avec sa famille, elle a fui dans une autre ville et elle y a fréquenté une école dans laquelle elle a eu du mal à s'intégrer. Ses affaires sont restées dans son ancienne école, comme celles des élèves de l'école élémentaire d'Odaka.  

    Quand les gens n'y habitent pas, une maison se dégrade facilement. Dans la fabrique de gâteaux Watanabe à Odaka, les planchers s'étaient effondrés. Tout devient vieux. En outre les rats s'y emploient. Mme Wanatabe a dit que sans réparations à grande échelle, le bâtiment ne sera pas utilisable.

    À la télévision son mari est apparu deux fois, mais l'émission n'a couvert que la région de Kantō, de sorte qu'elle n'a pas vu ces programmes. Mais quelques personnes de Kantō sont venues acheter des gâteaux dans sa pâtisserie.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Lorsqu'elle a reçu mon livre et ma lettre écrite au pinceau et à l'encre de Chine, elle a été très émue et réconfortée en voyant que des gens soutenaient son entreprise.

Sa visite a été une grande joie pour moi. Envoyer mon livre et écrire une lettre est une aide minuscule, mais cette aide est nécessaire. Entre la fabrique de gâteaux et moi est né un nouveau lien humain, à savoir l'amitié,  de laquelle doit naître du bien dans notre société.

 

 

___________________

 

 

Le 3 décembre 2015

 

 Visite du site de maisons provisoires à Motomiya


    Les 2 et 3 décembre 2015 a eu lieu la fête de Zamenhof organisée par la société d'Espéranto du département de Fukushima. Je suis quasiment un membre de cette société, vivant dans le département voisin, le Gunma. Le 2 décembre, nous avons passé la nuit aux Thermes de la source chaude de Dake, et le 3, j'ai fait un peu de tourisme dans la ville de Nihonmatsu, et  l'après-midi, je suis allé à Motomiya, une ville voisine.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

 

     Dans le cadre de mon action d'aide aux victimes de la Catastrophe, j'ai rencontré des gens que je n'aurais jamais rencontrés si la catastrophe n'avait pas eu lieu. Par l'intermédiaire d'une enseignante, dans le département de Fukushima j'ai rencontré Mme Tachibana, réfugiée en provenance de la ville de Namie proche de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, et qui vit maintenant dans la ville de Motomiya.

Il y a deux ans, elle a publié une brochure sur sa vie. Je l'ai eue par hasard et ensuite j'en ai acheté vingt copies pour les vendre à mes connaissances dans ma ville. Elle y décrit ainsi sa carrière:
   Je suis née en 1939, en Mandchourie, dans la Chine nord-orientale,  colonisée alors par le Japon. Je suis revenue au Japon en 1946.

Ensuite, pendant 37 ans, j'ai travaillé dans la ville de Namie comme professeur d'anglais. J'ai agi pour la paix et la démocratie en tant que syndicaliste.
   En 2000, mon travail  a pris fin.

   Le 11 mars 2011 a eu lieu la catastrophe. J'ai souffert à cause de l'accident nucléaire et j'ai déménagé pour la ville  de Motomiya.

 

Après l'accident nucléaire, elle a vécu sa vie de réfugiée ainsi:

 

Dates

Lieux de refuge

Le 11 mars 2011

Centre de repos dans la ville de Namie.

Du 12 au 14 mars

Lieu de rassemblement du quartier de Tsushima à Namie.

Le 15 mars

Gymnase de la ville de  Nihonmatsu.

Du 16 au 18 mars

Chez un de ses amis.

Du 19 mars au 5 avril

Chez sa soeur dans le département de Kanagawa.

Du 6 au 30 avril

Chez son frère dans le département de Kanagawa.

Du 1er mai au 6 mai

Hôtel dans la ville de Kōriyama.

Du 7 mai au 6 octobre

Villa d'une amie à Motomiya

Du 27 octobre 2011 au 25 juin 2012

Maison provisoire à Motomiya.

Du 25 juin 2012 jusqu'à maintenant

Autre maison provisoire plus grande dans le même quartier.

 

 

 Une vie de réfugiée très dure ! Tous les réfugiés disent qu'ils ont déménagé au moins 5 ou 6 fois d'un endroit à l'autre. Mme Tachibana nomme sa vie nomade actuelle comme étant la deuxième que le pouvoir lui a imposée. La première fois, elle a vécu une expérience semblable en Mandchourie après la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les  Japonais immigrés ont été abandonnés face aux attaques des soldats soviétiques.

Après l'accident nucléaire, la ville de Namie est devenue inhabitable, alors l'administration municipale a été transférée à Nihonmatsu et tous les habitants sont à présent dispersés dans 31 sites provisoires (voir ci-dessous) dans 11 villes du département de Fukushima. Bien sûr, en outre il y a des citadins qui ont trouvé refuge dans d'autres départements, et même à l'étranger.

 

 

Kōri                        1 site

Nihonmatsu          11 sites

Fukushima              8 sites

Motomiya             7 sites

Sōma                    1 site

Kawamata            2 sites

Minami-Sōoma     1 site

 

En tout                  31 sites

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

    Le site de logements provisoires, dans le quartier de Takagi de la ville de Motomiya est l'un de ces trente-et-un sites. Dans ce lotissement, on peut trouver 3 types de logements : des F1 (une chambre et une cuisine, salle de bains et toilettes, pour une personne seule), des F2 (deux chambres, etc., pour 2 personnes ) et des F3 (3 chambres, etc., pour plus de 2 personnes). Initialement vivaient là 62 familles, mais maintenant il en reste 35. Mme Tachibana réside maintenant dans une maison F3, elle a déménagé de la maison F2 lorsque des maisons F 3 ont été libérées.
( à gauche: plan du site provisoire de Takagi)

 

     Visite au domicile provisoire de madame Tochibana


    Le 3 décembre à 1 heure, madame Tochibana est venue à ma rencontre à la gare de Motomiya. Sa voiture m'a emmené à la région montagneuse, où se trouvent les installations sportives de la ville. On a construit l'ensemble des logements dans son parc. Là, des rangées de maisons sont alignées. Elle a arrêté la voiture à l'endroit prévu pour la rencontre (espéranto), et sa maison était toute proche. Je voulais en voir l'intérieur, mais elle ne m'a pas invité à y entrer. La photo du bas montre une entrée de sa maison.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

   A côté de la salle de rencontre, stationnaient des chasse-neige. J'ai été surpris de ce qu'a dit Mme Tachibana à propos des chutes de neige ici: "En janvier il a beaucoup neigé et la couche a atteint un mètre de hauteur." Dans la ville de Namie, il ne neige presque jamais, si bien que les réfugiés ont certainement été consternés par autant de neige.

        J'avais par avance annoncé ma visite et la présentation de mon concert d'instruments du monde,  si bien que lorsque je suis arrivé à l'endroit de la rencontre, trois hommes et quatre femmes s'étaient déjà rassemblés. J'ai été étonné de voir qu'ils étaient d'âge moyen. Sont-ils sans emploi ou bien travaillent-ils de nuit ? Pendant 90 minutes, je leur ai montré mes talents et je les ai divertis, mais ils ne se sont jamais déridés, probablement en raison d'insatisfaction et de préoccupations au sujet de leurs conditions de vie.

 

       Grande colère de son ancien élève


       J'avais décidé de partir à 3h20, dans la voiture d'un ancien élève de Mme Tachibana. En attendant, j'avais un peu de temps libre, alors je me suis promené sur le terrain et lui ai demandé quelle était la mesure de la radioactivité à cet endroit, et il a montré les chiffres sur le panneau d'affichage, à côté de la salle de réunion. Les chiffres étaient d'environ 0,18 microsievert/h, donc moins que la norme maximale permise de 0,23 µSv/h. Il a dit: "On a nettoyé le terrain du lotissement, si bien que les chiffres ne sont pas très élevés, mais ... viens chez moi." Il m'a conduit à sa maison. Derrière elle, se trouvait une petite prairie entourée d'une clôture. "On n'a pas  nettoyé ce lieu, alors le chiffre est élevé". J'ai tendu mon bras avec le dosimètre au-dessus de la prairie, et le chiffre est immédiatement monté à 0,24 µSv/h.

     Il m'a ensuite conduit à un autre endroit, en dehors de la clôture, où les habitants peuvent se promener librement. J'y ai mesuré la radioactivité, et le chiffre a atteint aussitôt 0,80 µSv/h. Il m'a dit en colère : "Nous nous sommes réfugiés ici en quittant ma ville de Namie, parce que Namie était polluée par la radioactivité. Pourquoi devons-nous habiter à nouveau dans un endroit contaminé? Dans la ville de Namie, on trouve maintenant des quartiers moins contaminés qu'ici". Il a demandé à la ville de Motomiya que l'on nettoie les alentours du lotissement provisoire, mais la ville a répondu que la terre appartenait à l'Etat, si bien qu'elle ne pouvait rien faire. Il a ensuite demandé à la ville de transférer sa demande à l'Etat, mais la réponse n'est pas venue.

Le champ est dépollué, mais au-delà du champ c'est pollué.

Le champ est dépollué, mais au-delà du champ c'est pollué.

      Dans la voiture qui me conduisait à la gare, sa colère ne s'est pas calmée. "Auparavant j'avais ma petite entreprise de réparation automobile, mais ici je ne peux pas travailler. Ma vie dépend des indemnités de TEPCO, mais dans deux ans, elles ne me seront plus payées. Je devrai partir de la maison provisoire pour aller ailleurs, parce que le droit au logement va expirer dans 2-3 ans. Le gouvernement et TEPCO attendent certainement notre mort. Si nous venons à mourir, ils n'auront plus besoin de nous payer les indemnités. Ils ne se soucient pas de nos plaintes ni de nos critiques. Les gens d'ici ne nous aiment pas car ils croient, à tort, que nous recevons de grosses indemnités. Je voudrais leur dire que je leur donnerais volontiers cet argent et la maison provisoire, s'ils me donnent leur maison en échange."

 

 Ce  site de logements provisoires isolé est situé dans la montagne, comme si on l'avait mis au ban de la société. Les habitants ne peuvent pas jouir des droits garantis par la Constitution japonaise. Mme Tachibana dit ceci : "Le gouvernement et TEPCO utilisent habilement l'argent pour créer la discrimination et l'hostilité entre les réfugiés et le reste de la population. Si nous nous battons entre nous, eux peuvent être tranquilles, car plus personne ne les critiquera. Il y a des gens rusés, et dans le gouvernement, et chez TEPCO ". Il est compréhensible que Mme Tachibana et son ancien élève soient en colère contre eux. Mme Tachibana se bat contre eux, mais cet ancien élève est pessimiste quant aux résultats de son combat. Il dit: "Elle se bat en cour de justice, mais cela ne les touche pas du tout. Dans quelques années, son combat prendra fin dans l'incertitude et sans résultat".

 

Auparavant Mme Tachibana m'avait dit: "Je ne partirai pas de la maison provisoire et je verrai ce qui arrivera à la fin." Il m'a semblé qu'elle n'avait pas encore perdu sa combativité, mais elle a déjà 76 ans. La bataille en cour de justice durera longtemps. L'accident nucléaire est vraiment cruel. Tous les habitants le long de la côte de Fukushima souffrent de la catastrophe. Malgré cela, le gouvernement va approuver la remise en fonctionnement des réacteurs nucléaires au Japon, ce qui pourra engendrer de nouvelles victimes. Le Premier ministre Abe et son parti manquent vraiment d'humanité et d'amour pour les gens du peuple. La colère de Mme Tachibana c'est "le pot de terre contre le pot de fer", à  savoir les plaintes des faibles contre les puissants, mais nous, gens de bonne foi, qui avons la responsabilité des générations suivantes, nous ne pouvons pas abandonner le combat. Nous devons porter haut notre slogan "Nous n'autorisons pas la politique d'Abe."

 

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 10:26

Texte de de HORI Yasuo des 6 et 7 octobre 2015 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Gare de Tatsuta

Gare de Tatsuta

Visite de la région côtière de Fukushima

 

Les 6 et 7 octobre, je me suis rendu dans la région côtière de Fukushima avec une vingtaine d'ex-enseignants, membres de la Société des enseignants retraités du département de Gunma. Tous étaient de loyaux syndicalistes, qui s'étaient battus et se battent pour la paix et les droits de l'homme, et nous avons donc voyagé ensemble très amicalement. Notre but était de soutenir les gens de Fukushima, victimes d'une quadruple infortune : le séisme, le tsunami, l'accident nucléaire et le discrédit que la pollution a jeté sur le nom de leur région.

 

La gare de Tatsuta

 

Nous sommes partis à huit heures de la ville de Maebashi, dans le département de Gunma et nous avons d'abord atteint la gare de Tatsuta, dans la ville de Naraha. Elle est pour l'heure la gare la plus au nord sur la ligne Jōban, qui relierait Tokyo à Sendai, si le séisme et le tsunami ne s'étaient pas produits. Plus au nord, il y a encore des rails mais aucun train n'y circule.

Visite de la région côtière de Fukushima

Un employé était de service à l'intérieur de la gare devant laquelle stationnait un taxi, mais aucun magasin n'était ouvert. À l'intérieur, un radiamètre indiquait 0,161 microsievert/h et à l'extérieur, un autre indiquait 0,209. Selon la loi, les lieux pollués à plus de 0,23 microsievert/h doivent être dépollués. Peut-être y avait-il alentour des endroits plus pollués.

 

Cette gare est située dans la ville de Nahara, dans laquelle les habitants peuvent maintenant revenir loger, car on a en achevé la dépollution depuis déjà le 5  septembre 2015, mais seulement 450 des 8 000 habitants sont revenus. Quatre ans déjà se sont écoulés depuis l'accident et beaucoup de gens se sont installés ailleurs. Des parents refusent que leurs enfants vivent dans un lieu radioactif. Des enfants qui, du fait de leur situation de réfugiés ont dû changer maintes fois d'école, ne veulent plus que cela se reproduise.

 

 Dans les pages du site internet de la ville, le maire a écrit ceci :

Un mois déjà s'est écoulé depuis que nous avons le droit de loger à nouveau dans notre ville, et c'est pour moi comme si une horloge arrêtée se remettait en marche. Cent cinquante familles déjà sont revenues. Çà et là s'ouvrent des chantiers de réparation de maisons. Pour des raisons de sécurité nous avons installé des caméras de surveillance dans les principales artères de la ville afin que les habitants puissent vivre tranquilles.

Dans toutes les villes sinistrées du département de Fukushima, de nombreux voleurs sont apparus. De plus, beaucoup d'hommes venus de l'extérieur y travaillent à présent, si bien que les gens, les femmes en particulier, ont peur de revenir y loger. Devant la gare est affichée une belle image de l'avenir de la cité, mais quand donc se réalisera-t-il ?

 

La gare de Tomioka

 

C'est une gare relativement grande, où arrivaient des trains rapides, or à présent il n'y a plus que des quais, car tout le reste a été détruit par le tsunami.

 

        Rien n'a changé dans le paysage qu'on voit devant la gare. Dans une maison se trouve une camionnette, que la vague du tsunami a transportée là, et le long des rues s'alignent les ruines de boutiques et d'habitations détruites. En raison de la forte radioactivité, on n'a pu les démolir. Ou bien peut-être certains ont-ils encore la volonté de revenir ici réparer leur maison ?

 

Visite de la région côtière de Fukushima

Entre la mer et les quais s'élève à présent un grand bâtiment blanc entouré de sacs de plastique noir contenant de la terre polluée. Dans cet entrepôt, on en réduit le stock par combustion ou par dessication. Le résidu sera conservé dans le dépôt.

Visite de la région côtière de Fukushima

Du rivage nous pouvons apercevoir la centrale nucléaire n°2 de Fukushima. Elle contient quatre réacteurs. Quand s'est produit le tsunami, ces réacteurs étaient, eux aussi, en situation critique, car ils avaient perdu deux de leur trois sources de courant électrique et cette unique source restée en fonction a sauvé le Japon. Si les trois sources avaient fait défaut, le Japon n'existerait plus.

Visite de la région côtière de Fukushima

Dans la centrale nucléaire n°1 se trouvent quatre réacteurs détruits et deux restés intacts, dont la compagnie TEPCO a décidé qu'ils seraient tous mis au rebut, mais elle ne promet pas le rejet des quatre réacteurs de la centrale n°2, quoique le département de Fukushima et la totalité de ses villes et villages le réclament avec force.  Il est certain que la compagnie - et le gouvernement - ont l'intention de réutiliser ces réacteurs. Ils attendent que les gens aient oublié l'accident.

 

Je  dois avouer que c'est la première fois que je voyais une centrale nucléaire au Japon. En France, j'ai vu plusieurs fois des réacteurs, car beaucoup se trouvent le long de rivières, mais chez nous toutes les centrales nucléaires sont installées au bord de la mer, car on se sert de l'eau comme refroidisseur. Cette implantation est très périlleuse pour la défense du pays. Si des ennemis veulent détruire des réacteurs, rien de plus facile. S'ils nous menacent en attaquant nos réacteurs nucléaires, nous n'aurons aucune autre possibilité que de capituler. Le Japon ne peut faire la guerre. De toutes façons, de par notre constitution nous devons éviter la guerre.

 

La ville de Namie


    Dans la ville de Namie, nous avons d'abord visité l'école élémentaire de Ukedo. Ukedo était un magnifique village de pêcheurs avec 1800 habitants, mais en raison du tsunami tout a été perdu. Cent cinquante personnes ont péri, mais heureusement, aucun élève n'est mort, car tous ont pu se réfugier sur la colline distante de 2 km.

 

 

Visite de la région côtière de Fukushima

A l'école il reste les bâtiments. La photo ci-dessus est celle de la salle de gym. Sur le podium est accrochée l'affiche "Félicitations ! Cérémonie de fin d'année ". Peut-être la cérémonie en question a-t-elle eu lieu le 11 mars 2011, ou bien devait-elle avoir lieu le 12 ?

 

Ensuite, nous avons visité la gare de Namie. Ici aussi, rien n'a changé. En face de la gare se tenaient deux petits autobus à l'usage des habitants.

Visite de la région côtière de Fukushima

Dans le kiosque de presse, il restait des liasses de journaux publiés les 11 et 12 mars 2011 qui n'avaient jamais été distribués aux abonnés. Les commerces adjacents ne tenaient plus droit en raison de la catastrophe. Magasins et maisons se dressaient comme des fantômes, mais on ne voyait d'hommes nulle part.

 

Le radiamètre affichait 0,585 microsievert/h et sur un sac plastique contenant de la terre polluée le chiffre était de 0,61. Radioactivité deux fois, trois fois plus forte que la norme. Les gens ne peuvent vivre dans un tel endroit. Comme est grande la colère des anciens habitants !

 

Habitants abandonnés de Namie


    Les habitants de Namie ont été pour ainsi dire abandonnés par le gouvernement pendant la catastrophe. Lorsque la situation de la centrale nucléaire de Fukushima n°1 est devenue dangereuse, ils ont fui vers les hauteurs du district de Tsushima dans la même ville, et ils y sont restés 3 jours, pensant que là ils étaient en sécurité. Cependant, il s'est avéré par la suite que ce district était le plus fortement radioactif de cette région. Le gouvernement connaissait ce fait grâce aux informations fournies par Speedi, un système qui peut prévoir la propagation de la radioactivité, mais il a caché la chose aux villes concernées, prétextant  que cela éviterait une panique chez les habitants. Le maire était en colère à cause de cela, et ensuite, lorsqu'il a donné des conférences dans divers endroits, il n'a pas manqué d'ajouter que les responsables de TEPCO et le gouvernement devraient aller en prison.

 

   Pour les habitants de Tsushima, c'était le deuxième abandon de la part du gouvernement. Avant la Seconde Guerre mondiale, ils avaient émigré en Mandchourie au nord-est de la Chine, à l'instigation du gouvernement, mais, à la fin de la guerre, ils ont été laissés face aux soldats des troupes russes, sans aucune aide du gouvernement ni de l'armée. Beaucoup sont morts pendant l'exode, et 380 familles survivantes issues du département de Fukushima ont emménagé dans ce district de Tsushima. Après un long labeur dans les collines sauvages, ils ont réussi à vivre en paix, mais  une nouvelle tragédie les a frappés et cette fois, non seulement le gouvernement ne les a pas aidés, mais il les a sciemment exposés à la radioactivité.

 

   Toutefois, certains habitants de Namie ont été trois fois abandonnés par le gouvernement. Quelques-uns des exilés de Mandchourie avaient émigré dans le domaine sauvage de Sanrizuka dans le département de Chiba. Lorsque leur vie a commencé à se stabiliser dans les années 60, le gouvernement a décidé d'utiliser le district pour le nouvel aéroport international de Narita. Les habitants s'y sont fortement opposés, mais en vain. Ils ont tous été expulsés de leur foyer bien-aimé. Une de ces familles rejetées est celle de M. Joshizawa, qui s'occupe maintenant de vaches radioactives dans la ville de Namie malgré l'ordre du gouvernement qui est de tuer ces vaches.

 

Autoroute et radioactivité


    Nous avons roulé le long de l'autoroute Jōban-dō qui, entre les villes de Naraha et Namie, est incluse dans le district inhabitable, ce qui signifie qu'il est fortement radioactif. Toutefois, le gouvernement l'a réouverte, car la Jōban-dō est importante pour l'économie et la reconstruction de Fukushima. Dans une aire de stationnement on trouvait les explications suivantes:

 

  - L'exposition présumée aux radiations pour les conducteurs est de 0,37 microsievert pendant un passage. C'est un cent-soixantième des rayons X reçus pendant un examen de santé.
 -  La radioactivité déposée sur un camion et sa charge lors de la traversée de ce district était si faible que nous n'avons pu la mesurer.

 

   S'il arrive un accident et qu'on doit rester longtemps dans ce district, que va-t-il arriver? Certes, ceux qui auront un  accident sont coupables. Ils doivent répondre d'eux-mêmes. Mais qu'en est-il de la police et des infirmiers d'ambulance? Ils doivent travailler puisqu'ils sont payés pour cela. Les travailleurs de la centrale peuvent être soumis à 50 microsieverts par an. 0,37 signifie que si une personne stationne là pendant une heure, elle est exposée à cette même quantité de radioactivité, donc cela n'est pas grave pour sa santé.

 

  Nous transportons la terre polluée au dépôt. Cela est essentiel pour la reconstruction de Fukushima.
   1. Nous transportons la terre polluée dans des sacs en plastique, et nous couvrons le tout avec une toile.
   2. Nous informons les chauffeurs et les ouvriers de l'importance de ce travail et du moyen de traiter la terre polluée.
   3. Nous nettoierons les camions après avoir quitté le dépôt.
   4.
Dans les parkings, nous garons les camions dans un espace isolé.   

1-Parfaitement couvert !       4 -Le parking est isolé !

1-Parfaitement couvert ! 4 -Le parking est isolé !

À la fin du voyage, nous nous sommes rendus au temple bouddhiste de Shiramizu-Amida-dō et nous avons prié pour les victimes de la catastrophe et pour le rétablissement rapide des malades.

L'article original en espéranto

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 22:10

Ce nouvel article de Cécile Asanuma-Brice, publié pour la revue philosophique Raison publique est évidemment d’actualité avec les discussions de la COP 21 qui se tient à Paris jusqu’au 11 décembre.

"Théorie de l'évolution", Cécile Brice, 2015

"Théorie de l'évolution", Cécile Brice, 2015

De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême

Le cas de la gestion des conséquences de l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima

 

Cécile Asanuma-Brice

 

 

L’explosion de la centrale nucléaire de Tepco Dai ichi à Fukushima en mars 2011 a été l’occasion de mettre en avant de l’actualité scientifique quelques concepts longtemps négligés, dont celui de résilience. Si l’utilisation psychanalytique de cette notion, qu’il s’agisse de la résilience neuronale, affective, psychologique ou sociale, s’attache à la faculté d’un individu à surmonter un trop grand isolement momentané ou un traumatisme quelqu’en soit la nature, recouvrant par là-même une intention positive de reconstruction du moi en dépit des aléas qu’il aurait subi, elle est l’objet d’un abus épistémologique dans l’utilisation qu’en ont fait les autres domaines de la recherche. En 2013, suite à la publication du Livre blanc du ministère de l’enseignement et de la recherche japonais « Toward a robust and resilient society », les budgets de recherche se sont de nouveau orientés vers l’étude et la mise en œuvre politique de ce concept dans les domaines les plus variés.

 

Anglicisme provenant du terme resiliency, cette notion, dans le domaine des sciences est d’abord utilisée en physique des matériaux pour décrire l’élasticité d’un corps qui aurait la capacité de retrouver sa forme initiale après avoir accusé un choc. Emmy Wermer [1] [2] a introduit cette notion en psychologie, via l’identification de facteurs qui auraient aidé certains enfants à surmonter leurs traumatismes. Boris Cyrulnick a répandu ce concept en France. Les cindyniques, sciences qui traitent des catastrophes, utilisent aujourd’hui cette notion afin de déterminer des modèles qui permettraient à nos villes de résister aux périls. Reconnaissant sa vulnérabilité face aux aléas, la ville serait dans la nécessité d’adopter un caractère résilient afin de pouvoir di-gérer les multiples risques naturels ou humains [3], considérant la ville comme une entité autonome alors qu’elle n’est qu’objet produit de l’humain.

 

Dans le cas présent, soit la gestion des conséquences humaines et environnementales de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, tous les outils sont mobilisés et c’est un doux mélange des approches développées concernant la résilience psychologique, écologique, urbaine [4] et tant d’autres encore, qui sont bravées afin de suggérer l’abandon de la fuite à ceux qui obéiraient encore à leur instinct primaire d’angoisse face aux dangers.

 

La notion originelle est ainsi appauvrie de son sens premier, pour ne devenir qu’un symbole auquel l’on attribue des qualités qui ne lui appartiennent pas. Autrement dit, et cela relève de la mise en place de la pensée fasciste qui tend à se répandre comme une flambée de poudre aujourd’hui dans de nombreux pays, les chercheurs se soumettent trop fréquemment à un slogan, à une doxa, s’empêchant eux-mêmes de raisonner pour se livrer à ce que Boris Cyrulnick appelle « la pensée paresseuse » [5].

 

COMMENT ASSIGNER A DEMEURE VIA LA RESILIENCE ? EN COMMUNIQUANT SUR LE RISQUE

 

La communication sur le risque remplit un rôle important dans l’instauration, à des fins politiques, de la résilience. Car c’est bien le potentiel politique de la catastrophe qui est en jeu dans un contexte où, malgré une opposition citoyenne massive, le marché du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, est imposé aux populations. Comme le note Ulrich BECK dans La société du risque [6] :

Les risques générés au stade le plus avancé du développement des forces productives (….radioactivité) (…) provoquent systématiquement des dommages, souvent irréversibles, restent la plupart du temps invisibles, requièrent des interprétations causales, se situent donc seulement et exclusivement dans le domaine de la connaissance (scientifique ou plutôt anti-scientifique) qu’on a d’eux, peuvent être transformés, réduits ou augmentés, dramatisés ou banalisés par la connaissance, et se prêtent donc tout particulièrement aux processus de définition sociale. [7]

Selon Beck, la société du risque est celle de la catastrophe, soit une société où l’état d’exception menace de devenir un état normal. Ce processus est particulièrement flagrant dans la gestion de la catastrophe de Fukushima.

 

L’explosion de la centrale de Tepco à Fukushima a engendré une contamination irrégulière au sein et au-delà du département de Fukushima. Le taux de radioactivité dans l’air, comme au sol, excède par endroit 10 à 20 fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an. Face à une telle situation, dès avril 2011, les autorités ont relevé les normes de protection à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, afin de limiter la surface de la zone d’évacuation. Il est aujourd’hui question de la relever à 100 mSv/an. Cette remise en cause de la norme de sécurité a été observée dans divers domaines. Le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a également varié dans le secteur de l’alimentation, passant tour à tour d’une limite de 100Bq/kg à 500Bq/Kg, pour redescendre à 300 Bq/Kg.

 

Les discours justifiant la variabilité des normes de sécurité et leur acceptabilité dépendent de la position de ceux qui les expriment, de ceux qui s’expriment « en tant que ». Ainsi, la présentation des discours met à jour une manipulation de tout ordre. Kyô Kageura, dans son ouvrage intitulé Les conditions de la confiance, les paroles de l’accident nucléaire [8], nous donne à ce titre un exemple intéressant. Après l’explosion de la centrale de Fukushima, un chercheur d’un centre de recherche atomique s’exprime ainsi : « il semblerait qu’un grand nombre de concitoyens soit inquiet de la situation et croit que l’accident serait du niveau de celui de Tchernobyl (… ) ». Or, de fait, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique a déclaré l’accident niveau 7, donc du même niveau que celui de Tchernobyl. Ce chercheur continue ainsi :

 

« Nous qui sommes payés pour faire des recherches par les impôts des citoyens », soulignant ainsi la responsabilité qui lui incombe, « devons mettre nos savoirs à leur service afin de les rassurer ». Kyô Kageura s’interroge alors sur le rôle de la science dans de telles circonstances. Quand bien même ceux-ci sont payés par les impôts des concitoyens, leur rôle est-il de rassurer à tort ces mêmes concitoyens ?

 

Ainsi, le scientifique, le politique et le citoyen se trouvent dans une nécessité de communication à flux tendus, s’appuyant sur de nombreuses expertises qui nourrissent la controverse au sein de laquelle on distingue grossièrement les « partisans de la sécurité » (anzenha) et les autres.

 

Contrairement à leur appellation, les partisans dits « de la sécurité » ne sont pas les partisans du risque zéro, mais ceux qui prônent l’institution de normes de sécurité en fonction desquelles la protection de la population est organisée. Aujourd’hui, le débat porte essentiellement sur les risques liés à l’exposition à de faibles doses de radiation, car aucun résultat épidémiologique ne permet la fixation d’un seuil fiable en deçà duquel le risque sanitaire serait réduit à néant. La difficulté en la matière réside notamment dans la multiplicité des facteurs à prendre en compte pour le calcul de la contamination interne et externe du corps humain, permettant de déterminer le risque encouru. Néanmoins, normes et seuils sont fixés et permettent la mise en œuvre d’une politique qui tend à assigner la population à demeure, voire à l’inciter au retour à la vie dans des zones pourtant contaminées aux vues des normes internationales. Ainsi, l’individu se voit contraint d’assumer financièrement (l’Etat ne lui délivre pas de subvention pour élaborer sa protection) et physiquement (l’individu est amené à prendre la responsabilité du refuge ou de la gestion du quotidien dans un environnement sali) la responsabilité de sa protection sanitaire même s’il n’a aucune prise, aucun rôle dans le processus décisionnel qui a engendré la situation de risque dont il devient captif.

 

Afin de remédier à cela, au moins en apparence, et de continuer à faire passer le message auprès des premiers concernés tout en regagnant la confiance des citoyens en leur laissant croire que leurs recommandations sont prises en compte, une véritable stratégie de communication est adoptée, soutenue par un budget spécifique pour l’année 2014 de plus de deux millions d’euros [9].

 

Cette politique d’empowerment vise à « éduquer » aux risques sanitaires pour mieux rassurer, notamment via l’organisation d’ateliers sur la radioactivité et le cancer destinés aux élèves des classes primaires du département de Fukushima [10], par la distribution de manuels apprenant à gérer la vie dans un environnement contaminé [11] [12], ou encore par l’organisation d’évènements culturels destinés aux enfants sur l’ensemble du territoire, ventant l’efficacité de la décontamination (qui n’a toujours pas été prouvée) par la vente des produits « frais » en provenance de la zone contaminée.

 

LA RESILIENCE, UNE ARME CONTRE LA SOCIETE DU RISQUE ?

 

Avant toute chose, nous souhaiterions revenir sur l’importance qu’accorde U. Beck à différencier la société du risque de celle de la menace. Ainsi, il distingue la prise de conscience de l’existence des risques dans l’ordre culturel et politique, de leur diffusion réelle. Il met en garde contre la disparition des évidences du tangible dans la société du risque. Par exemple, cela correspond dans le cas du désastre nucléaire japonais, à l’accroissement du nombre d’enfants atteints d’un cancer de la thyroïde qui devient un phénomène rendu invisible par la mise en doute des données épidémiologiques. Il s’agit de rendre invisible le véritable danger par le déplacement de l’attention sur un autre danger. Dans le cas de la gestion d’un accident nucléaire, ce processus est mis en place par un discours spécifique, qui consiste à dire aux habitants des zones contaminées qu’ils prennent un plus grand risque à se protéger au quotidien (en mettant des masques, en réduisant leur activité et celles de leurs enfants à l’extérieur, etc.), les contraintes engendrées par cette gestion journalière étant génératrices de stress à l’origine de dépressions nerveuses… [13].

 

Ulrich Beck, quant à lui, évoque principalement la menace sociale, brandie afin de permettre la continuité d’actions productrices de risques réels. À titre d’illustration, la menace de la perte d’emploi est sans cesse mise en avant afin de permettre la continuation de productions industrielles extrêmement polluantes. Il dénonce, par là-même, la contradiction que représente la production d’emplois stables pour la lutte contre les risques écologiques. Autre exemple, la menace de la radiophobie, terme créé après Tchernobyl en 1986, soit une psychopathologie relevant « d’une peur irraisonnée du nucléaire qui (non seulement) conduirait à une opposition antinucléaire pathologique » [14], mais également à des dépressions chroniques qui seraient le risque sanitaire le plus imminent, si l’on en croit le discours des administrateurs tant nationaux (commission d’enquête sanitaire) qu’internationaux (AIEA, OMS, CIPR) du désastre nucléaire de 2011. Il est à noter que les acteurs impliqués dans la gestion de la crise nucléaire de Tchernobyl sont les mêmes que ceux du désastre nucléaire japonais.

 

Cela explique certainement la redondance des discours.

 

Selon les propos que nous avons recueillis en novembre 2013 auprès de Jacques Lochard, directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), membre permanent du CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique), et instigateur du programme ETHOS, certains membres japonais de la commission d’enquête sanitaire pour la gestion du pos-Fukushima, se sont rendus à Tchernobyl dans le cadre du programme ETHOS (qui débute en 1994). C’est le cas du Dr YAMASHITA Shunichi, sinistrement célèbre pour avoir été l’un des premiers à prôner le relèvement de la norme de sécurité à 100 msv/an, ou encore le Professeur NIWA Otsura, par ailleurs membre permanent du CIPR. Le programme Ethos, fondé sur le calcul du coût-bénéfice en matière de radioprotection (cela signifie, et ça n’est pas sans poser problème, que l’on attribue une valeur économique à la vie humaine), vise à apprendre aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé, évaluant la migration comme trop coûteuse. Afin de mettre en œuvre la résilience, ce programme, qui place l’économie au-dessus de l’homme comme l’on poserait la charrue avant les bœufs, a également pour but de relancer l’économie des régions touchées en incitant à la consommation des produits, notamment alimentaires, en provenance des zones contaminées. Ces sollicitations se matérialisent de façon pragmatique par des méthodes particulièrement astreignantes pour les habitants. Des accords sont passés avec des chaînes de supermarché [15] présentes sur l’ensemble du territoire qui orientent leurs marchandises vers la vente d’articles provenant presqu’exclusivement des territoires touchés [16]. Instauré pour la gestion de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, Ethos est également présent à Fukushima.

 

Le problème d’une telle société est donc qu’elle nie ce dont elle produit l’existence, en l’occurrence le risque nucléaire ou tout autre pollution industrielle.

 

Pourtant, les démarches résilientes, comme celles appliquées par le programme ETHOS, se disent participer de l’empowerment de la population, estimant le bien-être comme une notion commensurable dont ces experts détiendraient le secret. D’où provient cette notion d’empowerment ? Par qui est-elle produite et à qui est-elle destinée ?

 

(…)

Lire la suite de l’article

 

______________________________

 

Notes

[1] Marco Stathopoulos, « Qu’est-ce que la résilience urbaine ? », dans Urbanisme n°381, nov.-déc. 2011.

[2] Emmy E. Werner et Ruth S. Smith, Vulnerable but Invincible : A Longitudinal Study of Resilient Children and Youth, Broché, 1989.

[3] G. Djament-Tran, M. Reghezza-Zitt, Résiliences urbaines Les villes face aux catastrophes, ed. Le Manuscrit, 2012.

[4] Nous avons préalablement évoqué les biais de la résilience urbaine dans : Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality : The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. 2014.

[5] Boris Cyrulnick, Les âmes blessées, Paris, Odile Jacob, 2014.

[6] Ulrich BECK, La société du risque, Paris, Flammarion, 2003.

[7] Ibid., p. 41.

[8] 影浦峡, 信頼の条件 : 原発事故をめぐることば, 岩波書店, 2013.

[9] 平成26年度 原子力関係経費既算要求額、第34回原子力委員会資料第6号。

[10] The 52nd Annual Meeting of Japan Society of clinical Ontology : Kids cancer seminar - Because you live in Fukushima there is a necessity of education on cancer !

[11] NHK, 10 juin 2014, un manuel apprenant à « vivre avec la radioactivité »“放射能と暮らす”ガイド est désormais distribué dans les collectivités.

[12] Cette partie de notre recherche a été développée dans le cadre du PEPS Mission interdisciplinarité du CNRS Expertise, controverse et communication entre Science et société, au sein duquel nous avons dirigé une étude sur Les controverses scientifiques face à la responsabilité civique.

[13] Voir Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality, Japan Focus, nov. 2014 « Le Pr Hirofumi MASHIKO, neuropsychiatre au département de médecine de l’université de Fukushima, explique ainsi que le port du masque, les restrictions diverses liées à l’utilisation des cours d’écoles, des piscines, à la consommation de la nourriture, etc. seraient autant de mesures stressantes à l’origine de désordres psychiques. »

[14] Annie Thébaud – Monny, La science asservie, Paris, La Découverte, 2014.

[15] Dans le cas du Japon, M. Yasuhide CHIKAZAWA, vice président de la chaîne de supermarché Aeon et ancien directeur de DAIEI, soit les deux plus importantes chaînes de supermarchés japonaises, a participé au 3e « dialogue » Ethos qui s’est déroulé les 7 et 8 juillet 2013 dans la ville de Date.

[16] http://www.icrp.org/docs/dialogue-3E.pdf

[17] Martha Nussbaum, Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Paris, Climats, 2012.

[18] Sen Amartya K., “Equality of what ? », in Choice, welfare, and Measurement, Oxford, Basil Blackwell, 1979.

[19] B. SIMON, The Empowerment Tradition in American Social Work, a history, New York, Columbia University Press, 1994.

[20] Barbara SALOMON, Black Empowerment : social work in oppressed community, Columbia University Press, 1976.

[21] P. Freire, Pédagogie des opprimés – conscientisation et révolution, Paris, François Maspero, 1974.

[22] Estelle Ferrarese, Vivre à la merci, Le care et les trois figures de la vulnérabilité dans les théories politiques contemporaines, Multitudes, 2009.

[23] A.-E. CALVES, « Empowerment » : généalogie d’un concept clé du discours contemporain sur le développement, Revue Tiers Monde, Armand Colin, 2009.

[24] K. F. WONG, « Empowerment as a Panacea for Poverty. Pld wine in new Bottles ? Reflections on the Wolrd’s Bank’s Conception of Power, Progress in Development Studies, n°3, 2003.], et dans celui de la résilience, d’admettre la vulnérabilité des êtres et de leur environnement, anéantissant de fait le discours du risque zéro. La vulnérabilité est une notion qui a connu un développement important ces dernières années, dans le champ de la réflexion en sciences humaines et sociales. « Elle a d’abord été employée dans une perspective normative : il y aurait une catégorie de « vulnérables » – des humains à qui nous devrions une attention spécifique et que nous négligeons habituellement : handicapés, grand âge…. Mais elle a désormais acquis un sens descriptif, celui d’une condition humaine à « reconnaître » : nous sommes tous vulnérables[[ S. LAUGIER, Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement, Petite bibliothèque Payot, 2012.

[25] Ibid.

[26] Carole Biezener et Marie-Hélène Bacqué, L’Empowerment, une pratique émancipatrice, La Découverte, 2013.

[27] Joan TRONTO, « Particularisme et responsabilité relationnelle en morale : une autre approche de l’éthique globale » (p. 103), dans Contre l’indifférence des privilégiés, à quoi sert le care ?, Carol Gilligan, Arlie Hochschild et Joan Tronto, Payot, 2013.

[28] Ibid., p. 23

[29] Gérôme TRUC, Assumer l’humanité. Hannah Arendt : la responsabilité face à la pluralité, Editions de l’université de Bruxelles, 2010.

[30] Ibid

[31] David Bodinier, de l’Alliance citoyenne à Grenoble, cité dans Sylvia Zappi, « L’empowerment, nouvel horizon de la politique de la ville », Le Monde, 07/02/2013.

[32] 烏賀陽弘道,Business Media 誠] , ”かつて封鎖ラインで線量計をかざすと、毎時0.2~0.3マイクロシーベルトだったのを覚えている。それでも中に入ると逮捕された。今は平均毎時3.8 マイクロシーベルト、最大値は毎時17.3マイクロシーベルトを自由に通れる。このへんの政府の規制の無意味さは、あまりにバカバカしい矛盾の積み重ね で、もう笑う気すら起きない。” 22.01.2015

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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