18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 14:29
Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

Texte de de HORI Yasuo du 8 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

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Illustration : centrales nucléaires en Asie orientale, y compris celles en construction

Texte original en espéranto

Aucun rapport n'arrive de Corée ni de Chine à propos des centrales nucléaires dans ces pays, aussi est-ce la première fois que je trouve dans un journal une carte indiquant l'emplacement des centrales nucléaires en Chine et en Corée. Selon cet article, il y a 20 centrales nucléaires en Corée et 31 en Chine.

Le Japon a commencé à mettre en œuvre un dispositif antiterroriste, mais celui-ci est tout à fait insuffisant. Il peut arriver que des terroristes commencent à travailler dans des centrales en présentant une fausse carte d'identité, or c'est difficile d'éviter cela, car l'Etat n'a pas le droit d'intervenir dans les entreprises privées en ce qui concerne l'embauche.

Maintenant la Corée du Nord expérimente souvent des fusées ou des missiles en direction des États-Unis. S'ils atteignent par erreur des réacteurs nucléaires japonais, il y aura à nouveau une catastrophe qui  détruira tout le Japon.

 

D'anciens réacteurs vont être remis en service

 

Selon le règlement, la durée d'un réacteur nucléaire est de 40 ans mais, à titre exceptionnel, on peut la prolonger une fois de 20 ans. Lorsque cette règle a été édictée, la prolongation devait être exceptionnelle, mais l'Autorité de réglementation du nucléaire a commencé avec trop légèreté à prolonger la vie de vieux réacteurs sous la pression du gouvernement et du monde industriel. Le 20 juin, elle a rallongé de vingt ans la possibilité de fonctionnement pour deux réacteurs de 40 ans et 41 ans, à Takahama, dans le département de Fukui. Les deux réacteurs vont commencer à fonctionner dès l'automne 2019.

Au Japon il y a 20 réacteurs de plus de 30 ans, parmi lesquels on a déjà décidé d'éliminer 6 petits réacteurs. Pour faire approuver l'extension de  durée de vie de ces  derniers, il faudrait dépenser beaucoup d'argent en réparations, et cela ne donnerait pas de profit aux entreprises. Cependant, pour les autres plus grands réacteurs, les compagnies électriques ont l'intention de demander une prolongation.

Le fait même d'éliminer un réacteur est difficile et coûteux. La compagnie d'électricité Kjūshū a décidé d'éliminer son réacteur de Genkai. Pour aller jusqu'au bout de ce travail, il faudra 28 ans et 36,4 milliards de yens (364 millions d'euros). L'endroit où jeter les gravats de béton et métal contaminés est un autre problème. Le Japon est un très petit pays avec un grand nombre d'habitants, on n'y trouve aucun endroit désert où conserver ces déchets.

 

Des réacteurs en fonctionnement ont été arrêtés


A Takahama fonctionnaient les réacteurs 3 et 4. Le 9 mars, le tribunal d'Ōtsu dans le département de Shiga a prononcé un verdict d'arrêt de ces réacteurs. La principale raison de cette décision a été que les explications fournies par la compagnie d'électricité Kansai sur la sécurité des réacteurs n'étaient pas suffisantes et que les nouvelles règles relatives au fonctionnement des réacteurs n'étaient pas acceptables, compte tenu du grave accident de Fukushima dont les causes ne sont pas encore clairement établies.  A la suite de ce verdict, les deux réacteurs en fonction ont été arrêtés le 10 mars. C'est une grande victoire pour le mouvement antinucléaire. 

 

Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

  A propos de ce verdict, M. Ido Kenichi, ancien juge et maintenant avocat pour les plaignants, a expliqué ceci : 

"Lorsque l'on démarre les réacteurs, on doit observer la norme internationale, à savoir une protection à 5 niveaux: 1. ne pas générer d'accidents 2. limiter le périmètre des accidents 3. ne pas aggraver les accidents

4. diminuer le plus possible la gravité de ces accidents 5. mettre en œuvre des plans d'évacuation appropriés pour protéger les habitants contre les substances radioactives.    

  Avant l'accident de Fukushima, les deux derniers niveaux n'existaient pas au Japon, car on croyait qu'ici il n'arriverait pas d'accidents graves. Après l'accident on a introduit les deux derniers niveaux, mais l'Autorité de Réglementation du Nucléaire approuve le démarrage d'un réacteur sans discuter sur ces deux points, parce qu'ils ne sont pas de  son ressort. Le verdict dit que cette attitude de l'Autorité n'est pas convenable et que d'autre part l'Etat lui-même doit être responsable du plan d'évacuation à la place des municipalités.

     Les entreprises d'électricité sont très soucieuses de réactiver les réacteurs uniquement pour leur propre bénéfice, et non pas pour le bien des populations. Les causes de l'accident de Fukushima ne sont toujours pas claires, plus de 100 000 personnes, toujours en refuge, vivent difficilement dans et à l'extérieur de Fukushima, et plus de 2000 personnes sont mortes de causes liées à l'accident. Pour le profit des sociétés privées, a-t-on le droit de jeter une multitude de gens en enfer, d'occasionner d'autres accidents graves, et de détruire le Japon? Nous devons lutter solidairement contre le gouvernement et le monde industriel, qui promeuvent une politique d'énergie nucléaire."

 

    Plus tard, la compagnie d'électricité a soumis l'affaire au même tribunal afin d'annuler la décision antérieure mais, le 17 juin, le même juge Yamamoto Yoshihiko a repoussé cette demande. Auparavant, presque tous les magistrats jugeaient des questions nucléaires conformément à la volonté du gouvernement, mais après l'accident de Fukushima ont commencé à apparaître des juges impartiaux qui se prononcent en faveur des populations.

   Malheureusement il y a encore des juges malhonnêtes dont le verdict tranche toujours en faveur du gouvernement et des compagnies d'électricité. Le 6 avril, la cour de Fukuoka a approuvé la remise en service des réacteurs 1 et 2 de Sendai dans le département de Kagoshima, en disant que les nouvelles règles pour les réacteurs et la décision de l'Autorité n'avaient rien de déraisonnable. Le verdict disait même que la demande de sécurité absolue ne représentait pas l'opinion générale.

   La plupart des Japonais ont peur d'un malheur supplémentaire et refusent le redémarrage des réacteurs. C'est l'opinion générale. Les juges ont trahi la population en prononçant ce verdict stupide pour complaire au gouvernement.

 

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 22:49
Carte des alentours des centrales nucléaires
Carte des alentours des centrales nucléaires

Texte de de HORI Yasuo du 3 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Suivi d’autres rapports récents du même auteur :

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

Texte original en espéranto

 

Le gouvernement oblige les réfugiés à revenir dans leur foyer

 

À la date du 8 février, parmi les habitants de Fukushima réfugiés hors de chez eux, 65 453 avaient trouvé refuge dans le département de Fukushima et 43 270 dans d'autres départements. Au cours des cinq dernières années, on a dénombré 2 016 décès consécutifs*, soit davantage que le nombre de victimes du tsunami: 1604. 

 

*décès consécutifs : décès dus à un défaut de prise en charge, à un manque de soins médicaux, à de mauvaises conditions de vie, au suicide par désespoir, etc. Dans Fukushima, de tels décès sont plus nombreux que dans les deux autres départements touchés par l'accident nucléaire, bien que le nombre de victimes directes y soit plus faible.

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Le gouvernement et le département de Fukushima ont nettoyé le sol. Grâce à cette dépollution et à la diminution naturelle des radiations, environ 90% des dosimètres installés indiquent une radioactivité inférieure à la norme maximale tolérée, soit 0,23 microsieverts. S'appuyant sur ce constat, le gouvernement fait revenir les anciens habitants dans leur foyer. En septembre dernier, il a déclaré que la ville de Nahara était redevenue "habitable", puis, en juin 2016, à son tour la ville de Kutsurao l'est redevenue. Et d'ici à la fin mars 2017, toutes les villes des "zones non habitables" redeviendront "habitables" et sur les 70 000 réfugiés, 46 000 pourront revenir loger dans leur ancien foyer. Au prétexte que ces villes sont ou seront "habitables", le gouvernement a l'intention de ne plus verser l'indemnité compensatrice aux réfugiés et le département de Fukushima cessera de fournir aux réfugiés "volontaires"* un logement gratuit.

 

* réfugiés “volontaires” : Les habitants des villes reconnues dangereuses par le gouvernement étaient obligés de fuir. Les réfugiés “volontaires” sont ceux qui, logeant hors de ces villes mais se  sentant en danger, sont partis de chez eux de leur plein gré.

 

Revenir ou pas? Dans les deux cas c'est l'enfer

 

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

La ville de Nahara a été déclarée "habitable" en septembre dernier, mais seulement 460 (soit 6%) des 8 000 habitants sont revenus chez eux. 70%  d'entre eux sont des personnes âgées de plus de soixante ans. Les jeunes couples avec enfants ne veulent pas revenir, redoutant l'influence néfaste de la radioactivité sur leurs enfants.  En outre, beaucoup ont déjà trouvé un nouvel emploi et leurs enfants, qui se sont habitués à leur nouvelle école, ne souhaitent pas en changer. La municipalité a pour objectif le retour, l'an prochain, de 50% des anciens habitants, en se fondant sur un sondage qui révèle que la moitié des personnes enquêtées désirent revenir.

 

L'un des habitants, revenu habiter chez lui, se plaint en ces termes: “Avant la catastrophe, je pouvais vivre avec ma petite pension de retraite, parce que je cultivais moi-même un champ et que je produisais du riz et des légumes, or maintenant, à cause de la radioactivité, je ne peux plus rien récolter et je dois tout acheter. Sans subvention, je ne peux plus vivre.” Dans ces villes, beaucoup de maisons sont déjà pourries et inhabitables. Les hôpitaux, les magasins font défaut et, ce qui est pire, les voisins aussi font défaut. Dans de telles conditions, nombreux sont ceux qui ne peuvent revenir. Et pour ceux qui le peuvent, la vie, ici, n'est pas du tout satisfaisante.

 

Habiter un logement provisoire dans un lieu étranger, c'est l'enfer. Un enseignant à la retraite, originaire de Namie, est mort en juillet 2014. Il avait emménagé à Tokyo et, tout de suite après, il est tombé malade. Il répétait sans arrêt: “Mon existence n'a plus de but. Vivre ne sert à rien.” Il est devenu fou et il est mort à soixante-dix ans. Les médecins disent que le manque d'exercice physique, la fréquence du stress, l'inquiétude, le désespoir, la perte de raison de vivre, tout cela détériore et le corps et le cœur.

 

La vie dans Fukushima est difficile. Le journal Asahi a mené une enquête auprès de 1 000 personnes et a reçu 619 réponses. Voici celles concernant l'emploi exercé comparées à celles d'avant la Catastrophe, pour Fukushima et deux autres départements sinistrés :

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Plus difficile et misérable est la vie de jeunes mères avec enfants, qui sont allées loger dans d'autres départements. Elles sont confrontées non seulement à des difficultés financières, mais encore à l'éclatement de la famille. Assez nombreuses sont celles qui ont divorcé, sont tombées malades, donc leurs enfants également en pâtissent. Mais je traiterai à part de ces sujets.

 

Cinq années déjà ont passé depuis la grande catastrophe japonaise, et entre-temps d'autres ont eu lieu, au Japon et ailleurs dans le monde, si bien que les gens ont de plus en plus tendance à l'oublier. Dans Fukushima, cet accident nucléaire n'est toujours pas résolu, et chaque jour, 500 nouvelles tonnes d'eau sont polluées. On n'a absolument pas réussi à récupérer les minuscules fragments de combustible nucléaire dispersé. Il reste un très grand nombre de réfugiés qui vivent dans l'inquiétude, mais le gouvernement n'en a cure. Il fait comme si le problème était résolu et que tout  allait pour le mieux, alors qu'il n'en est rien ! Que le Japon ne se fasse pas d'illusions !

 

______________________

 

Autres rapports récents de HORI Yasuo :

 

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

 

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 08:38

Youri Bandajesky (Photo USA Today)

Source : journal « Montgomery Advertiser » - USA TODAY Network (Montgomery, Alabama, Etats-Unis)

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Auteur : Kim Hjelmgaard

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Lien source : http://www.usatoday.com/story/news/world/2016/04/17/nuclear-exile-chernobyl-30th-anniversary/82896510/

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Youri Bandajevski a démontré l’impact dévastateur de Tchernobyl sur la santé des personnes, en particulier celle des enfants biélorusses. Aujourd’hui, il vit en exil alors que le gouvernement martèle " Tout va bien ! "

 

-oOo-

 

 

“Tchernobyl n’est pas derrière nous, la catastrophe vient à peine de commencer” - Youri Bandajevsky, scientifique en exil

 

Kim Hjelmgaard

 

 

Le scientifique en exil Youri Bandajevsky, 59 ans, fut le premier scientifique à implanter au Belarus un institut pour étudier les effets de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl sur la santé des populations, en particulier celle des enfants (*) ; il est situé près de Gomel, à 200 km environ de la frontière ukrainienne. Il fut interpellé au Belarus en 1999 et condamné à huit ans de détention pour avoir prétendument obtenu des pots de vin de la part de familles désireuses de faire entrer leurs enfants à l’Institut médical d’Etat de Gomel. Il a toujours nié ces accusations (1).

 

L’Académie Nationale des Sciences ainsi que Amnesty International ont communiqué qu’on l’a arrêté pour sa remise en question de la politique sanitaire publique du Belarus relativement à la gestion des conséquences de la catastrophe nucléaire. Il a été libéré en 2005, a obtenu la citoyenneté française grâce au soutien d’organisations de droits de l’homme en Union Européenne, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Il dirige aujourd’hui un centre médical de soins près de Kiev, qui se consacre aux examens et à la prise en charge sanitaire des victimes de Tchernobyl.

 

Bandajevsky n’est pas revenu au Belarus, de crainte que sa famille n’y soit victime de persécutions, voire arrêtée par les autorités.

 

Voilà quelques-unes de ses observations (extraits choisis, pour la clarté du propos) :

 

KIEV, Ukraine – « Quand on vous dit qu’on connaît aujourd’hui à peu près tout des effets de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine et au Belarus, permettez-moi de vous dire qu’on vous mène en bateau. Comment dire... c’est aujourd’hui seulement, soit 30 ans après le début de cette catastrophe, qu’on peut commencer à mesurer ses effets. Nous avons établi notamment que le Belarus a été touché bien plus qu’on ne l'a dit. Les retombées radioactives ont été bien plus importantes qu’on ne le prétend. La radioactivité déversée sur les populations a en vérité atteint un niveau de dose démentiel. Voilà ce que mon équipe de chercheurs et moi avions pu observer dès notre arrivée à Gomel en 1990, lorsque nous avons mis sur pied l’institut médical (qui est aujourd’hui devenu une université).

 

On a commencé par étudier les effets des fortes doses parce que Gomel était situé à l’épicentre du plus haut niveau de contamination. Par la suite, nous avons commencé à nous intéresser à l’accumulation des éléments radioactifs dans les organes internes au corps, relativement aux faibles doses, notamment chez les enfants. On a très vite vu qu’un ensemble complexe de pathologies avaient affecté le système endocrinien (c’est lui qui produit les hormones), le système cardiovasculaire ainsi que la totalité quasiment des organes internes. De telles recherches n’avaient jusqu’alors jamais été faites au Belarus, et personne à ce jour ne fait plus de recherches similaires.

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Enfants victimes de l’accident nucléaire (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

A mon arrivée en Ukraine en 2009, j’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune source d’information sérieuse et objective sur l’état de santé des enfants ni des gens des régions de Ivankiv et de Polesskiy (deux régions en bordure de Tchernobyl). La question ne présentait aucun intérêt.

A ce jour, nous avons examiné environ quatre mille enfants de la seconde génération ; la plupart d’entre eux sont victimes de graves atteintes au système cardiovasculaire. C’est ce que j’avais déjà commencé à observer au moment où j’ai dû quitter le Belarus. Je suis particulièrement préoccupé par les irrégularités que j’ai pu noter chez les adolescents, surtout les garçons de la classe d’âge 12 -17.

80% environ d’entre eux présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine (un acide aminé) reconnu comme un marqueur de maladie cardiaque. Nous avons observé des modifications très préoccupantes des taux hormonaux chez 45% des enfants examinés. Certains scientifiques à l’Ouest ne sont pas d’accord avec nos conclusions puisque on ne dispose pas d’un marqueur spécifique pouvant apporter la preuve qu’il s’agirait d’un effet de Tchernobyl. En fait, ces scientifiques viennent sur place pour de courtes missions et ils n’ont accès à aucune source.

 

Plusieurs millions d’Ukrainiens résident dans des terres contaminées par la radioactivité, ce pourquoi il est nécessaire d’examiner un très large contingent d’individus. Mais il n’existe aucun programme de la sorte aujourd’hui. Or, il est nécessaire de vivre parmi les populations pour prendre pleinement conscience de ce qui est en train de se produire ici, parce que le problème est de fait très complexe. J’ai par exemple tenté de conduire des personnalités sensibilisées jusqu’au cimetière de Ivankiv afin qu’elles mesurent du regard le nombre impressionnant de tombes beaucoup de personnes décédées à un très jeune âge. Il est évident que les statistiques officielles ne mesurent pas cette réalité.

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Pripyat en 2016 (Photo Kim Hjelmgaard – USA Today)

Je ne dispose d’aucune information objective sur l’état de santé des enfants au Belarus aujourd’hui. L’information est verrouillée. Le gouvernement répète “tout va bien”, “tout va bien”. Mais je reçois, moi, des appels téléphoniques de résidents à Gomel, qui m’informent qu’un grand nombre des enfants qu’on suivait, quand j’ai dû quitter le Belarus, sont morts aujourd’hui. Des enfants qui avaient alors 6, 12 ou 14 ans. J’ai un vif souvenir de mon intervention à la télévision du Belarus aux côtés du Président (Alexander Lukashenko). Je disais alors qu’on observait de très graves atteintes à la santé des enfants provoquées par la radioactivité, tandis que lui rétorquait “tout va bien”. Malheureusement je ne suis plus aujourd'hui en mesure de me pencher sur le problème parce que je ne peux pas me rendre sur place, ni travailler là-bas.

 

De mon point de vue, la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, elle commence à peine.

Je redoute surtout que la population du Belarus et de l’Ukraine victime de Tchernobyl ne finisse par s’éteindre d’ici une à deux générations. Cette perspective me semble tragiquement probable. Or, je refuse que les paysans de ma terre ne meurent. Il est certain qu’on a besoin aujourd’hui du soutien de la communauté internationale pour faire bien comprendre cet enjeu, tout comme on a dû le faire au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl.

 

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(1) NDT : un lien qui a l'intérêt de regrouper différentes sources et engagements à l'époque (suivant une présentation antechronologique) : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/cata_banda_web.html

 

 

-oOo-

 

 

Pour en savoir plus sur  Youri Bandajevski

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

Exposition artistique du 23 mars au 03 avril 2016 à Grenoble, dans le cadre de : « Tchernobyl 30 ans, Fukushima 5 ans » - photo Amis de la Terre.

(*) notre commentaire :

 

Youri Bandajevsky, anatomo-pathologiste, s'est rapproché du laboratoire Belrad à Kiev, pour étudier notamment ses données de relevés de la contamination interne dans la population du Belarus suite à Tchernobyl.

L'Institut Belrad est le premier "laboratoire biélorusse indépendant de protection radiologique". Il fut fondé en 1990 à Kiev par le physicien nucléaire Vassili Nesterenko, avec l'aide de Andrei Sakharov, Ales Adamovitch et Anatoli Karpov.

 

Pour votre information :

www.belrad-institute.org

Un article de Wladimir Tchertkoff, 2007, via "monde solidaire" www.monde-solidaire.org/spip/spip.php?article4043

 

L'association ETB "enfants de Tchernobyl Belarus" poursuit aujourd'hui inlassablement l'action de Belrad initiée par V. Nesterenko - aujourd'hui disparu - de protection des enfants vivant toujours en territoire contaminé au Bélarus et a toujours besoin de votre soutien.

http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=adhesion_don

 

 

Youri Bandajevski

 

Enfants de Tchernobyl, Enfants de Fukushima…

 

Un dossier préparé par Evelyne Genoulaz

 

 

I. Le Centre Ecologie et Santé de Kiev

 

Youri Bandajevsky dit en 2005 : « Tchernobyl a paralysé la volonté des gens. Le pouvoir a créé une représentation de la désolation telle qu’on puisse croire à la résolution du problème. Même aujourd’hui, Tchernobyl ne révolte pas les gens. Désormais, intimidés par le pouvoir en place, ils sont même d’accord pour mourir des maladies provoquées par la radioactivité. Et même si des appels se font entendre dans la société pour la protection des gens victimes des effets de la radioactivité, on les fait taire, pour ne pas mettre en péril les mensonges des Etats […] Le devoir du médecin et du professionnel de la santé consiste à défendre la vie et la santé de l’homme […] en étudiant l’influence des différents facteurs de l’environnement sur la population humaine, et en tirant les enseignements pour mieux la protéger et la soigner »(1)

 

Le projet de centre de recherche en partenariat avec la CRIIRAD au Belarus n’a pas pu voir le jour en raison de difficultés et de pressions mais, soutenu par l’Association Les Amis de Yuri Bandajevsky, Youri fonde fin 2009, au bord des zones contaminées ukrainiennes, le Centre de coordination et d’analyse Espace et Santé, un centre destiné à la radioprotection des habitants des zones contaminées qui deviendra le « Centre Ecologie et Santé de Kiev ».

Youri Bandajevsky en détaille les objectifs dans un entretien rapporté pour le 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl par le Syndicat d’aide aux liquidateurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl et aux victimes du nucléaire :

 

« L’objectif principal est la coordination des efforts pour aider les victimes de la radioactivité […]

L’ensemble des populations qui ingèrent des radionucléides avec les aliments peuvent être considérées comme victimes de la radiation […] Le Centre devrait devenir pour la communauté internationale une source d’information objective sur la situation écologique, démographique et sanitaire dans les régions contaminées. »

 

 

II. Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez !

 

En 2010, Corinne Lepage interviewée devant le Parlement européen informe qu’une « chape de plomb » continue de s’abattre sur Tchernobyl et ses victimes, sous la pression des nucléocrates.

 

Youri Bandajevsky oppose au bilan 2010 de l’UNSCEAR la lettre ouverte : « Bilan mensonger de la catastrophe de Tchernobyl : assez ! » dans laquelle il réaffirme le risque des faibles doses (2) :

« …Ce sont tous les habitants des zones contaminées du Belarus, de l’Ukraine et de Russie, dont l’organisme incorpore chaque jour depuis plusieurs décennies des éléments radioactifs, qui sont victimes potentielles de Tchernobyl. Des informations objectives et des mesures appropriées pour protéger la santé des populations exposées de façon chronique à la radioactivité sont nécessaires […]

Le Centre se donne aussi pour but de fédérer les efforts des médecins, économistes, industriels, politiques etc., pour engager un ensemble de mesures visant à assurer la sécurité pour la santé des populations vivant dans les secteurs contaminés par des éléments radioactifs.

Le projet, intitulé « Modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité», vise à coordonner les efforts de la communauté internationale dans la conception de mesures de sécurité sanitaire… Il est décrit sur : http://chernobyl-today.org/ »

 

 

III. De Tchernobyl à Fukushima

 

Le 11 mars 2011 commence la catastrophe nucléaire de Fukushima et recommence dès le 11 mars 2011, depuis le Japon, la pression du silence sur les conséquences sanitaires d’une catastrophe nucléaire majeure…

 

C’est ainsi que le Rapport 2013 de l’UNSCEAR, martèle derechef les mots d’ordre du lobby nucléocrate international ! en particulier dans son chapitre B. intitulé : les effets sur les enfants de l’exposition à la radioactivité, pp. 12-13 :

d - « les projections statistiques d’un risque à long terme sont à ce jour non significatives »

f - « le Comité recommande d’éviter les généralisations sur les risques liés aux effets d’une exposition à la radioactivité pendant l’enfance »

g - « les études menées sur les effets héréditaires potentiels, passées en revue par le Comité en 2001, permettent de conclure qu’on n’a pas pu établir scientifiquement d’effets héréditaires, etc. »

 

 

Youri Bandajevsky se rendra à Fukushima et continue plus que jamais ses recherches appliquées à la protection des populations d’Ukraine et du Bélarus !

Alors qu’à sa libération, il lui fut interdit de prendre part à quelque symposium international que ce soit jusqu’en 2011, il communiquera les conclusions de ses dernières recherches, gravement habité par son combat, lors d’un symposium sur les effets de la contamination interne, en présence de Wataru Iwata, la députée européenne Michèle Rivasi, en 2012. (3)

 

 

IV. Le SLIR ou les faibles doses

 

Non ! la population au Belarus ne croît pas mais décroît !

Les maladies mortelles sont multiples et diverses.

 

« Ainsi, en pénétrant dans l’organisme, un radio-isotope à durée de vie longue, le Césium 137, affecte nombre d’organes et de systèmes vitaux. Ce sont avant tout les cellules hautement différenciées qui sont touchées, l’atteinte étant proportionnelle au taux de radio-césium. La destruction des mécanismes énergétiques cellulaires est à la base du processus et aboutit à des destructions protéiques (…) Ces modifications pathologiques retrouvées dans l’organisme humain ou animal peuvent être réunies dans un même syndrome de l’incorporation chronique de radio-isotopes à demi-vie longue « syndrome of the long-living incorporated radio-isotopes (SLIR) ».

 

Le SLIR apparaît en cas d’incorporation de Cs 137, son intensité est fonction de la quantité incorporée et de la durée d’incorporation. Il a été observé sur de vastes espaces dans la région.

Il altère les systèmes cardio-vasculaires, nerveux, endocrinien, immunitaire, génital, digestif, rénal et hépatobiliaire. L’effet de la quantité de Cs-137 sur l’induction d’un SLIR peut varier selon l’âge, le sexe et l’état fonctionnel préalable de l’organisme. Les enfants ont des modifications pathologiques considérables au niveau des organes et systèmes, pour un taux d’incorporation supérieur à 50 Bq/kg. Simultanément, des perturbations métaboliques, essentiellement dans le myocarde, ont été enregistrées à une concentration de Cs-137 de 10 Bq/kg.

 

Conclusion :

1.         Vingt-cinq ans après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les habitants de la République du Belarus et Ukraine, qui ont vécu dans des territoires contaminés par les éléments radioactifs et qui ont consommé ces radionucléides  sur une longue période sont exposés à un risque accru de maladies cardio-vasculaires et de tumeurs malignes.

2.         L’augmentation constante de ces pathologies durant les 26 années après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl conduit à une situation proche de la catastrophe démographique où le taux de mortalité atteint le double du taux de natalité.

3.         La situation actuelle requiert des décisions immédiates au niveau national et international afin d’apporter au problème survenu sa solution _ la protection de l’état de santé des personnes habitant dans les territoires contaminés par l’accident de Tchernobyl_.

 

 

V. Présentation du projet international de « modèle intégré de système de vie dans un territoire contaminé par la radioactivité ».

 

Le district d’Ivankov très contaminé, situé près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, a été choisi comme territoire pilote. Les projets majeurs :

1 - Création d’une carte moderne et véridique de la contamination radioactive du territoire.

2 - Alimentation saine, mesure de la contamination radioactive de la population.

3 - Information sur les problèmes de santé (…) pour attirer l’attention internationale et l’assistance humanitaire, tout particulièrement dans le contexte actuel de désinformation. Information en direction de la population. ( 23’54)

4 - Projet de rénovation du Centre hospitalier régional d’Ivankov.

5 - Rénovation du centre de réadaptation des victimes de Tchernobyl à Kiev, développement de nouvelles méthodes de traitement et de prévention pour les maladies radio-induites.

6 - Développement de programmes de réadaptation pour les enfants ayant une affection cardiovasculaire.

7 - développement de programmes de protection sanitaire maternelle & infantile .

8 - développement et mise en œuvre de technologies pour la production d’aliments favorables à la santé.

 

VI. Dans le symposium qu’il a animé à Paris en 2015, Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération , Youri Bandajevsky a présenté les avancées de ce projet.

 

Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération

Conférence "Tchernobyl, perspectives pour la seconde génération"

Mercredi 22 avril 18h30 à l’Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan - 75002 Paris

Animée par Youri Bandajevski, scientifique de référence, emprisonné en Biélorussie pour ses recherches sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, et réfugié en France.

Avec : Michèle Rivasi, députée européenne, Corinne Lepage, avocate et auteure du livre L’État nucléaire.

Un nombre significatif des enfants examinés présentent des retards de croissance,  82 % d’entre eux des anomalies cardiaques et 5,6% des 3088 enfants examinés, des problèmes à la thyroïde.

 

En 2014 - 2015, des contrôles de routine ont révélé des dysfonctionnements de la fonction cardiaque chez la plupart des enfants des districts d’Ivankov et de Polésie dans la région de Kiev en Ukraine.

Il serait pertinent de porter une attention particulière à l’état de santé des garçons de la tranche d’âge 12-17 ans, car elle fait apparaître de nombreux cas de pression artérielle élevée, d’anomalies du rythme cardiaque (bradycardie) et de syndrome de repolarisation ventriculaire initiale.

 

Les pathologies diagnostiquées dès l’adolescence peuvent être à l’origine de maladies graves qui induiront des décès chez les adultes.(4)

 

 

VII. Printemps 2016 : Tchernobyl 30 ans & Fukushima 5 ans

 

Au cours du Symposium « Tcherno23 » à Paris, Youri Bandajevski  lance un appel à l’aide internationale pour les 2,5 millions d’habitants dont sept cent mille enfants, habitant les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, menacés de disparition. On observe, dit-il, des problèmes cardio-vasculaires, des AVC ou encore des crises cardiaques dans « la deuxième génération », en particulier chez les garçons de 12 à 17 ans, dont 90% d’entre eux présentent un taux d’homocystéine trop élevé, un effet de la contamination par la radioactivité. Or, ces anomalies auront des effets dramatiques chez les adultes. C’est à Gomel qu’a été découverte pour la première fois la cardiomyopathie chez des enfants.

 

Michel Fernex enchérit, il montre la pression du silence à Minsk, à travers une anecdote : suite à deux morts subites parmi des enfants, une cardiologue les examinera tous ; mais elle indique qu'elle ne pourra pas en tirer de conclusions parce qu'elle ignore si les familles sont, ou ne sont pas, des réfugiées de Tchernobyl !

Wladimir Tchertkoff rappelle le parcours de Bandajevsky, de Nesterenko et l’histoire du projet ETHOS et CORE, qui leur fait barrage. Aujourd’hui encore, le Bélarus interdit de soigner les enfants avec la pectine de pomme. Or, il est nécessaire et urgent de rétablir les centres de soin.

 

Wladimir Tchertkoff a donné en mars 2016 trois conférences au Japon (5). C’est devant le Sénat du Japon qu’il rappelle, je cite : le cri de Bandajevsky : “Nos enfants meurent!”, dans le film “Controverses nucléaires”…

Au Japon, l’ingénieur nucléaire Hiroaki Koide, une figure centrale du mouvement antinucléaire, considère que le Japon est majoritairement contaminé par le Césium 137, suite aux essais atmosphériques américains puis à la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011, qu’il n’y a pas de seuil de dose sans danger et qu’il faudrait idéalement déclarer la région de Fukushima inhabitable.

 

Mais c’est l’inverse qui semble s’accélérer en ce moment-même à l’approche des Jeux Olympiques en 2020 au Japon, avec le durcissement de la politique du retour des personnes évacuées en territoire contaminé, la levée des ordres d’évacuation, et la campagne de propagande de la Préfecture de Fukushima pour "la reconstruction", "la renaissance" ou encore " la revitalisation de Fukushima ", relayée aussi à l'International ...

 

Et pourtant, trente ans après Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima n'en est qu'à son début ...

 

Evelyne Genoulaz

 

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Notes

 

1) Citation de Yuri Bandajevsky, in Tchernobyl Forever : carnet de voyage en enfer de Alain-Gilles Bastide. Ed. Photomorphisme, octobre 2014.

 

2) Sa découverte principale, Bandajevsky la fait avec sa femme Galina, pédiatre et cardiologue, en  mettant en évidence une corrélation quantifiable entre le taux de radioactivité dont un enfant est porteur et la pathologie cardiaque qu’il développe. Cette radioactivité qu’il étudie n’est pas celle, reconnue, de l’iode 131 qui provoque troubles et cancers de la thyroïde, mais celle du Césium 137. Une radioactivité que les populations ingèrent à petites doses, au quotidien, dans les produits sauvages, mais aussi dans les produits cultivés. C’est l’influence sur l’organisme vivant, de ces faibles doses de radioactivité incorporées qui est une donnée scientifique nouvelle.

Dix ans après le 26 avril 1986, les autorités veulent réintroduire des populations dans les endroits encore contaminés. La théorie des effets dangereux, à court et à long terme, de faibles doses accumulées que soutient Bandajevsky vient à l’encontre de cette politique. Il devient gênant…

http://tchernobyl.verites.free.fr

 

3) Wataru Iwata, musicien de profession avant la date de 3.11 qui a bouleversé sa vie, est le co-fondateur avec l’appui de l’association française la CRIIRAD, du premier CRMS (Citizen's Radioactivity Monitoring Station ou Centre de Mesure de Radioactivité Citoyen) au Japon, sitôt après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi. Depuis, des labos de mesures citoyennes se sont multipliés dans la préfecture de Fukushima. Présentation : conférence de presse du 11/08/2011, vidéo youtube  https://www.youtube.com/watch?v=QXQ33ffA930.

 

4) Le site « Tchernobyl Solidarité internationale » chernobyl-today.org

présente l’étude de Yuri Bandajevski conduite jusqu’en 2014 - 2015 et publiée en 2015 :

« ASSESSMENT OF THE CARDIOVASCULAR SYSTEM IN CHILDREN FROM POLESIE AND IVANKOV DISTRICTS ».

 

5) Textes des conférences de W. Tchertkoff au Japon en mars 2016 sur le site de l’Association Enfants de Tchernobyl Belarus. http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=actualites

 

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Dernière mise à jour : 25/06/17

 

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 17:26
Localisation de l'atoll de Bikini
Localisation de l'atoll de Bikini

Texte de de HORI Yasuo du 31 mai 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN

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Sommaire

  • Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires
  • D'anciens marins japonais assignent l'État devant les tribunaux
  • 400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

Texte original en espéranto

 

 

Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires

 

Lors de la visite d'Obama à Hiroshima, notre premier ministre Abe a dit :  “Sa visite à Hiroshima donne une forte impulsion à la réalisation d'un monde sans armes nucléaires”, et pourtant le Japon, qui a souffert et souffre encore des suites de deux bombardements atomiques, n'a pas pris clairement position contre l'abolition des armes nucléaires.

 

L'assemblée générale des Nations Unies, une première fois en 1996 et ensuite pendant les vingt années suivantes jusqu'en 2015, a adopté à une grande majorité une résolution pour que commence une négociation internationale visant à l'abolition des armes nucléaires, or le gouvernement japonais, aux mains de partis conservateurs, s'est cantonné durant vingt ans dans l'abstention à l'imitation des États-Unis. Il est très honteux que le Japon se soit comporté ainsi, comme un vassal des Américains.

 

 

D'anciens marins assignent l'État devant les tribunaux

 

De mars à mai 1945, les États-Unis ont expérimenté des bombes à hydrogène aux environs des îles Marsahll et sur l'atoll de Bikini. Au cours de l'essai de la bombe à hydrogène "Bravo", le premier mars, une cendre blanche fortement radioactive est tombée sur les vingt-trois matelots du bateau de pêche, Le Cinquième Dragon Heureux. Jusqu'à leur retour au port de Jaizu, dans le département de Shizuoka, ils ont vécu sur le bateau recouvert de cette cendre, buvant et mangeant de l'eau et des poissons pollués. Tous ont été immédiatement transportés dans des hôpitaux et soignés, mais six mois plus tard le radiotélégraphiste  Kuboyama Aikichi est mort.

L'essai nucléaire de Bikini

L'essai nucléaire de Bikini

Les Japonais étaient terrorisés par les matières radioactives s'envolant de Bikini ; ils ne voulaient pas manger de poissons, ils portaient des masques et se couvraient le corps lorsqu'il pleuvait. De grandes protestations s'élevèrent dans tout le pays.

 Dans un premier temps, les États-Unis ont accusé les marins d'espionnage, mais ils n'ont pu longtemps imposer ce mensonge aux Japonais. En 1955 ils ont réussi à “résoudre” la question en donnant deux millions de dollars à titre de dédommagement au propriétaire du bateau de pêche, à ces marins-pêcheurs et à d'autres. Les États-Unis ont ainsi pu échapper à leur responsabilité dans l'accident et les souffrances des victimes. Le gouvernement japonais a très vite cessé toute recherche à ce sujet, peut-être sous la contrainte des États-Unis, et cet accident gravissime a bientôt été à demi oublié; seuls quelques activistes ont continué à organiser la manifestation “Le Jour de Bikini”, chaque premier mars, à Jaizu.

Le Cinquième Dragon Heureux

Le Cinquième Dragon Heureux

Ce bateau de pêche a été ensuite utilisé par l'Université de la Pêche de Tokyo comme bateau d'entraînement, puis il avait été finalement mis au rebut à Tokyo en 1967 (photo ci-contre), mais la même année on s'est aperçu qu'il était un témoin important de l'accident de Bikini, et il est à présent conservé dans le musée du Cinquième Dragon Heureux, dans l'île de Jume ("le Songe"), dans la baie de Tokyo (photo ci-dessous). Quoique le musée reçoive de nombreux visiteurs, peu d'entre eux savent que ce bateau n'est pas le seul à avoir été victime de la cendre blanche, mais que presque un millier d'autres l'ont été également et que beaucoup de leurs matelots sont morts jeunes. Jusqu'en 2014, le gouvernement a prétendu faussement qu'il ne disposait d'aucun rapport de recherche sur cette affaire, or ces rapports ont été trouvés aux États-Unis, si bien qu'il n'a pu continuer à mentir plus longtemps à ce sujet. Et en fin de compte les matelots victimes ont eu l'occasion de faire valoir leurs droits.

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le 9 mai 2016, quarante-cinq anciens matelots ont porté l'affaire devant un tribunal, dans le département de Kōchi. Le porte-parole des plaignants, M. Kuwano Hiroshi, âgé de quatre-vingt-trois ans, qui appartenait à l'équipage du thonier "Le deuxième Kōsei-maru" de Kōchi, a rappelé les événements : “Quand nous sommes revenus au port de Uraga, dans le département de Kanagawa, des employés ont commencé à mesurer  la radioactivité dans le bateau, et j'ai compris pour la première fois que les nuages gris entourant l'atoll de Bikini étaient de la "cendre de mort" provenant de l'essai de bombe à hydrogène. Le bateau et les poissons ont été examinés mais pas nos corps. Les vingt-six marins de notre équipage sont tous morts vers quarante ou cinquante ans, sauf trois. Je me battrai pour les collègues disparus et je poursuivrai le gouvernement, responsable d'avoir dissimulé les rapports et de ne s'être pas soucié de nous.”

 

Or à présent, les marins ne sont pas les seuls à souffrir du cancer : beaucoup de Japonais en sont atteints. Selon une statistique, chaque année 30% des décès sont dûs au cancer. Pourquoi donc tant de Japonais en meurent-ils ? Je soupçonne les substances radioactives, qui ont afflué au-dessus du Japon en provenance des sites d'essais de bombes à hydrogène, d'en être une des causes majeures. La radioactivité présente à cette époque dans les eaux de pluie était beaucoup plus forte que celle qu'a provoquée l'accident nucléaire de Fukushima.  J'ai la chance de ne pas avoir de cancer, mais autour de moi beaucoup de mes connaissances en sont - ou en ont été - atteints. Je suppose qu'en raison de la radioactivité venue des Marshall, de Bikini et de Fukushima, davantage encore de personnes en seront les victimes.

 

Les Japonais détiennent le record du monde des souffrances dues à la radioactivité, d'abord à Hiroshima, puis à Nagasaki, ensuite à Marshall/Bikini et enfin à Fukushima. Et en dépit de cela, le gouvernement va continuer à les exposer à ces  souffrances en remettant en marche les centrales nucléaires dans tout le Japon. Quelle stupidité chez les dirigeants politiques de notre pays !

 

 

400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

 

Au cours du grand tsunami de 2011, de nombreux soldats américains ont pris part à l'opération de sauvetage nommée “Opération de l'amitié”. Quatre cents d'entre eux, qui ont travaillé sur mer au voisinage de Fukushima, ont porté plainte contre TEPCO.

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Theodore Holkomb, machiniste sur le porte-avion nucléaire "Ronald Reagan", a travaillé au nettoyage d'hélicoptères ayant subi une pollution radioactive, et a été par la suite atteint d'un cancer dont il est mort en 2014 à l'âge de trente-cinq ans.

D'après le journal de bord et les témoignages de ses amis, il est possible qu'il ait été exposé à une forte irradiation provenant d'un nuage de fumée, ou bien d'eau dessalée, en se douchant ou en mangeant. Mais le Pentagone, dans un rapport publié en 2014, a nié l'impact de la  radioactivité sur lui, car son intensité avait été négligeable.

 

Beaucoup de plaignants malades ne reçoivent aucun secours pour se soigner. L'avocat Paul Barner dit : “Sachez qu'il y a,  aux  États-Unis, de nombreux "amis" abandonnés.” TEPCO répond : “Nous agirons convenablement selon la procédure ”. (Publié dans le journal Asahi, le 19 mai 2016)

 

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Sur le même sujet dans le blog de Fukushima

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:10

Auteur et prospectiviste, Yannick Monget s'est particulièrement investi ces dernières années sur la problématique du nucléaire. Fruit de ces recherches, il vient de publier aux Editions de La Martinière un nouveau roman, Résilience, qui est véritablement une « fiction scientifique engagée ». A travers deux histoires passionnantes qui finissent par se rejoindre, l’auteur dresse un état des lieux atomique sans concession de la planète Terre. Mu par une volonté intarissable, il milite pour une sortie du nucléaire en dénonçant les dangers réels que l’humanité a créés et qui menacent radicalement son avenir. Bien que ce thriller captivant fourmille d’informations sourcées, j’ai voulu en savoir plus en interrogeant son auteur sur les thèmes spécifiques à ce blog : Fukushima, la catastrophe nucléaire, ses conséquences.

PF

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Alors que vous étiez déjà conscient des risques que représente l’énergie nucléaire, comment avez-vous vécu la catastrophe de Fukushima ?

 

Très mal… Au-delà de mon activité d'auteur, je suis prospectiviste, et mon travail consistait entre autres ces dernières années à déceler et alerter sur les menaces majeures pouvant affecter notre société ainsi que les solutions pouvant être mises en place pour y faire face. Dans ce cadre, j'ai beaucoup travaillé sur les rapports du GIEC pour alerter sur les risques liés au réchauffement climatique, que je considère comme l'une des principales menaces pesant sur notre civilisation avec la pollution chimique de notre environnement. Dès 2007, lorsque j'ai vu que certaines personnes souhaitaient que les rapports mentionnent le nucléaire comme une solution possible à la lutte contre le réchauffement climatique, j'avais exprimé à Jean Jouzel, vice-président du GIEC, mon inquiétude, le nucléaire me paraissant devenir de plus en plus une menace, en tout cas sûrement pas une solution pour lutter contre les émissions de GES. En 2009, persuadé de la dangerosité croissante de cette industrie j'avais essayé d'alerter. Lorsque "Terres d'Avenir" est sorti fin 2009 aux éditions de la Martinière et que l'exposition internationale adaptée de l'ouvrage fut inaugurée au Parlement Européen à Bruxelles, j'avais volontairement voulu ajouter un espace dédié au nucléaire et pour ce faire j'avais été jusqu'à réaliser une peinture numérique simulant l'évacuation de Tokyo (ceux qui ont le livre peuvent vérifier, c'est page 56/57) à cause d'un accident nucléaire survenu à Tokaï ou Fukushima, en posant la question de ce qui arriverait si un accident survenait près d'une mégalopole comme Tokyo.

A l'époque, je me souviens m'être fait attaqué et accusé de catastrophisme. Pourquoi mettre en scène une catastrophe au Japon, le pays le plus sûr niveau technologique ? Pourquoi prendre volontairement une centrale comme Tokai Mura ou Fukushima, près d'une grande ville comme Tokyo, pour faire peur gratuitement ?

Puis, en 2011, l'inévitable arriva. Sur les 500 sites nucléaires de la planète c'était celui que j'avais mis en scène, au Japon, à proximité de la préfecture de Tokyo qui fut impacté. Une fois de plus, l'un des scenarios imaginé dans ce livre, qui regroupe des dizaines de peintures numériques et de textes faisant référence à des scénarios probables d'avenir, devenait réel…

Je crois que voir un accident arriver, en être persuadé, essayer d'alerter, ne pas être écouté, voire même critiqué… puis le voir devenir réalité… est l'un des pires sentiments que je connaisse. Je comprends décidément ce qu'a dû endurer Cassandre lorsqu'Apollon l'a maudit.  On se sent forcément impuissant, on voit l'accident arriver et on ne peut rien faire.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

A votre avis, pourquoi les auteurs de science-fiction décrivant la fin du monde n’ont jamais voulu aborder les véritables effets d’une catastrophe nucléaire mondiale ?

 

Quand j'ai écrit "Résilience", je me suis en effet rendu compte que la quasi-totalité des auteurs, qu'ils soient romanciers comme Barjavel, Pierre Boule, Michael Crichton… ou scénaristes ont effectivement fait l'impasse dans leurs scenarios sur la problématique nucléaire. La réponse est dramatiquement simple : tout simplement parce que le nucléaire rend impossible 99 % des scénarios de dystopie ou d'anticipation que le monde de la littérature ou du cinéma a imaginés.

"Résilience" est donc une critique également quelque part de cette omission. Pierre Dac disait que la prévision est difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir, et mon travail de prospectiviste m'a amené à montrer que tout n'est pas prévisible et que ponctuellement des découvertes, des changements modifient complètement la donne. Il en a été ainsi d'internet par exemple, certains récits et films de science fiction comme Soleil Vert ne l'avaient pas du tout anticipé et ont très mal vieilli. Il en va de même du nucléaire, auquel personne n'a vraiment pensé ou presque.

Le roman explique que quelle que soit la catastrophe à laquelle l'humanité sera confrontée, réchauffement climatique, pandémie mondiale, guerre, effondrement économique, même chute de météorite, bref, quel que soit le scenario imaginé par la science fiction, l'histoire se terminera obligatoirement (en l'état actuel de nos connaissances) par une catastrophe nucléaire qui rendra tout échappatoire impossible.

Ce qui est grave, c'est que nous avons ancré dans la tête des gens, que si la société venait à d'effondrer, on pourrait y survivre en reconstruisant sur les ruines un nouveau monde, comme en Europe après 1945. Mais le monde a changé, et les règles ont changé. Notre civilisation a développé des technologies bien trop dangereuses et ce qui était possible en 1945 ne le sera plus à l'avenir.

Après la destruction de toutes les installations nucléaires de la planète, peu de chance que vous puissiez continuer à vivre et rebâtir une civilisation dans un environnement aussi hostile.

En ce moment j'ai cru comprendre qu'une série de SF cartonnait : "les 100", où on renvoie sur Terre des ados un siècle après une catastrophe nucléaire majeure. C'est non seulement ridicule mais dangereux de faire croire que la vie serait possible 1 siècle plus tard, le public ne se rend pas du tout compte de la dangerosité du nucléaire et des échelles de temps liées à la pollution radioactive qui perdure des centaines de millénaires. 

 

Pourquoi avez-vous choisi le roman pour expliquer des choses aussi graves ?

 

Pour toucher un public large et non averti. Cela ne m'intéressait pas de faire un énième livre documentaire sur le nucléaire pour répéter des choses que je disais dans de précédents livres et qui, je le savais, toucheraient principalement des personnes sensibles à la cause environnementale.

Je cherchais un moyen de toucher ces autres personnes justement qui ne se soucient pas de cette problématique et qui n'imaginent aucunement cette réalité et cette menace.

Par définition, le roman s'adresse donc à tous les publics. Et il n'y a que comme ça que nous pourrons faire pencher la balance en faveur de l'abandon du nucléaire : en persuadant le grand public.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

En mars 2011, après que la piscine du réacteur 4 de Fukushima Daiichi ait subi un incendie, le scénario d’évacuation de Tokyo a été envisagé par le gouvernement. Vous qui aviez déjà réfléchi à cette option dès 2009, pensez-vous qu’une évacuation aurait été possible ?

 

Effectivement, le plan prévoyait l'évacuation de près de 50 millions de personnes sur les 3 préfectures de la zone impactée. Je pense qu'au Japon l'ordre aurait été donné effectivement, si je me fie aux déclarations du premier ministre… ceci étant, plusieurs amis m'ont expliqué la panique qui régnait notamment sur les routes. Ren Yabuki m'expliquait comment des personnes fuyant certaines zones se retrouvaient, à cause des vents, dans des zones où les retombées étaient encore plus importantes que là où ils se trouvaient initialement. Disons le franchement, et l'ancien premier ministre japonais en convient, cela aurait été une panique et un bazar inimaginable qui aurait fait lui-même de nombreuses victimes. Regardez la panique lors de l'évacuation de Fort Mc Murray au Canada, et il ne s'agissait que de quelques dizaines de milliers de personnes… Là, on parle de dizaines de millions de personnes… et regardez la problématique de relogement des personnes évacuées à Fukushima avec déjà un peu plus de 100 000 réfugiés. Pour vous donner une idée : la Syrie c'est 4 millions de réfugiés à l'extérieur du pays en 5 ans et l'Europe n'arrive pas à gérer ce flux, alors imaginez 50 millions de réfugiés et ce… du jour au lendemain, vous imaginez ?

 

En tant que prospectiviste, comment voyez-vous l’avenir du Japon qui persiste à se servir de l’énergie nucléaire malgré les risques constants de séismes, d’éruptions volcaniques et de tsunami ?

 

Je pense qu'il faudra encore un accident majeur pour impacter l'opinion, au moins un. Et il arrivera. L'Europe et l'Amérique du Nord ont eu de la chance, une incroyable chance même quand on pense à ce qui est arrivé à Blayais en 99 ou Saint-Laurent des eaux et certaines de nos autres centrales. Mais vous savez… la chance finit toujours par tourner.

Pour ce qui est du Japon, cela va mal se terminer. Le fait de réintroduire les populations sur les sites pollués est absolument irresponsable, mais en même temps, je comprends le désir de certains de revenir sur leur terre même si cela les condamne et qu'ils savent qu'ils risquent de développer des maladies. Je ferais peut-être de même si Cattenom venait à avoir un grave accident et que la Lorraine, Metz, Nancy, Luxembourg, etc. venaient à être abandonnés. Dans la Grèce antique, le pire des châtiments était le bannissement. Et je le comprends. Imaginez que du jour au lendemain on vous demande à vous et à la population de votre région de partir en abandonnant tout sur place… Dans "Résilience", là aussi, je voulais essayer de montrer cette fuite, cette évacuation de la France pour essayer de faire comprendre et ressentir au lecteur ce drame qu'ont vécu les japonais de Fukushima ou les Ukrainiens de Pripiat. Cela aurait dû servir de leçon, mais comme vous le dites, ça n'a pas fait bouger le gouvernement d'Abe qui dérive dangereusement d'après ce que j'observe. C'est tout simplement incompréhensible, un tel aveuglement et une telle irresponsabilité d'une poignée de décideurs qui jouent à la roulette russe avec la vie et l'avenir de dizaine ou centaines de millions de personnes. Et nos dirigeants ne valent pas mieux.

D'autant plus que les solutions existent, les technologies permettant de se passer du nucléaire comme des énergies fossiles existent. Le Japon est reconnu pour son innovation qui plus est. Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de solutions.

Encore une fois, j'insiste et je le répète : on peut s'en sortir, on peut sortir du nucléaire, et ceux qui disent le contraire au Japon ou en France, sont soit achetés par des lobbys, soit des ignares (et nous avons beaucoup d'ignares en France parmi nos politiques mais aussi la population (qui critique mais qui est à l'image des politiques qu'ils ont élus), il suffit d'aller lire les commentaires sur les réseaux sociaux et les forums parlant du sujet, la lobbytimisation des français est très inquiétante).

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Dans votre dernier roman, Résilience, vous évoquez une manière de se débarrasser des déchets nucléaires dans des fosses marines très profondes qui pourraient à long terme disparaître sous la croûte terrestre. Ce projet existe-t-il déjà et, selon vous, est-il réaliste ?

 

J'en ai parlé avec un ami vulcanologue, Jacques-Marie Bardintzeff avant de l'écrire. En fait, sur le papier, le scenario se tient, les difficultés sont la pression à une telle profondeur, mais en même temps, si on met en balance le problème de gestion des déchets et celui de la pression à grande profondeur… il est peut-être plus simple de résoudre ce problème de pression, aussi important soit-il. En tout cas on m'a expliqué qu'il n'y aura pas de soucis avec la température, car nous ne sommes pas dans une zone "chaude". C'est vraiment la profondeur qui pose souci. Il y aurait peut-être une autre solution : l'espace. Si je suis contre l'idée d'envoyer des déchets par le biais de fusées (ce serait bien trop dangereux en cas d'accident) reste que des projets d'ascenseurs spatiaux sont actuellement à l'étude. Là, on serait sur quelque chose de bien moins dangereux. Une fois dans l'espace il faudrait leur donner une impulsion pour qu'ils se dirigent vers le Soleil. C'est un calcul de trajectoire, et ça, on sait très bien faire. Je pense que ce projet d'ascenseur spatial est réalisable et se fera dans quelques décennies. Qui plus est, c'est un domaine où les japonais me semblent particulièrement à la pointe.

 

D’après vous, la France a-t-elle su tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima ?

 

Absolument pas. Et quand j'entends Nicolas Sarkozy, (et sa porte-parole Maud Fontenoy), Manuel Valls, Macron, et tant d'autres parler du nucléaire sans rien y connaître, je suis terrifié.

Notre société doit évoluer vers un système éthique : on ne peut plus vivre dans un monde donnant tant de pouvoir à des personnes à ce point irresponsables et ne maitrisant pas ces sujets. Ce n'est pas possible. Notre système doit évoluer, et ne plus confier ce type de décision à une unique personne. De même il faut écarter les lobbys des instances en charge de ces questions. Il faut vraiment bâtir à mon sens un système radicalement différent et replacer les notions d'éthique au centre du système de gouvernance.

Le directeur général d'EDF se vante d'avoir tiré ces leçons mais en réalité il n'a rien compris, il n'a tiré aucune leçon c'est même le contraire : il pense que le problème à Fukushima c'était le tsunami, l'inondation, le tremblement de terre, il pense qu'à Tchernobyl c'est l'erreur humaine. En fait c'est beaucoup plus profond que ça.

Ce que nous apprennent ces accidents, Fukushima, comme Tchernobyl et tous les autres (non connus du grand public et dont je parle aussi dans le roman) : c'est l'impossibilité de tout prévoir et d'imaginer l'imaginable.

Pour preuve, regardez ce qui s'est passé à Paluel : de l'aveu même d'EDF cet accident était impossible. Voilà le vrai problème, le problème de fond. L'impossibilité d'envisager l'inimaginable… puisqu'il n'a pas été imaginé.

"Résilience" joue sur cette question en mettant en scène un scenario auquel les autorités ne s'attendent pas et ne sont pas prêtes.

En fait, ce qui m'inquiète, ce qui me terrifie (et devrait également terrifier toute personne saine d'esprit ayant les pieds sur Terre) ce ne sont pas tous ces scenarios catastrophes qu'imaginent l'ASN, EDF, l'AIEA, nos services de renseignements, ce sont justement, au contraire… ceux qu'ils n'ont pas imaginé.

 

Quel autre type d’actions envisagez-vous pour alerter le public non averti sur la question nucléaire ?

 

Il y en a plusieurs. Pour ce qui est de "Résilience", le roman peut donner suite à des adaptations. Nous verrons. Se pose le problème du budget car "Résilience" demanderait des moyens colossaux, l'action est mondiale, met en scène tous les pays. Je sais que des producteurs se sont montrés intéressés mais rien n'est encore fait. En parallèle, d'autres projets sont également en cours avec Symbiom. J'espère les voir se mettre en place cette année. Je ne peux trop rien dire pour le moment, mais, oui, il faut des projets ambitieux pour faire face à une telle menace; qui touchent très largement le grand public et les fasse réagir.

Je suis en effet persuadé qu'un autre monde est possible. C'est pour cela que je monte mes différents projets avec Symbiom. Quant à "Résilience" c'est aussi pour cela qu'il est vecteur d'espoir. Je me suis refusé à écrire un roman totalement sombre, fermant toutes portes de sortie. Je m'étais juré de n'écrire ce livre que le jour où je trouverais un scenario traitant de l'aspect sombre du nucléaire tout en véhiculant un message d'espoir. J'ai mis deux ans avant que cette double architecture du roman, racontant deux histoires s'entremêlant ne se mette en place. Espoir, il faut garder espoir "Spes Manet", ceux qui ont lu le roman comprendront.

 

(Propos recueillis par Pierre FETET)

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation de l’auteur

Yannick Monget, auteur et prospectiviste, est le président fondateur du groupe Symbiom qui développe des projets de sensibilisation et de recherche en rapport avec l’environnement. Spécialisé dans les questions touchant à la crise bioclimatique contemporaine, il a écrit plusieurs ouvrages autour de l'avenir de notre planète : Demain, la terre (2006), Terres d'avenir : de l'urgence bioclimatique aux rêves de demain (2009), Gaïa (2012). Son dernier roman, Résilience, vient de paraître sur la thématique de la menace du nucléaire civil.

« Résilience », entretien avec Yannick Monget

Présentation du livre Résilience

100 jours avant l’effondrement. Incidents nucléaires à Paris et en Chine. Un virus informatique semble avoir pris le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

2 ans après l’effondrement. En Antarctique, des survivants s’organisent dans des bases de haute technologie abritant un écosystème reconstitué. La surface du globe est ravagée par la radioactivité et la résurgence du virus noir, qui a décimé la plus grande partie de l’humanité. Que feront-ils de cette dernière chance ?

Ultra-documenté, ce thriller aux accents de blockbuster américain enchaîne de façon implacable les chapitres avant et après la catastrophe. L’auteur parsème son livre de références à de véritables incidents, comme le virus Stuxnet, conçu en 2010 par les États-Unis pour prendre le contrôle des centrales iraniennes. Entre jeux de lobbies, dessous du nucléaire civil et pressions politiques, cette course contre la montre révèle comment l’irresponsabilité et l’aveuglement de certains menacent le destin de la planète tout entière.

(source : Editions de La Martinière)

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 10:38

Texte de de HORI Yasuo du 8 mai 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l'aide de Paul SIGNORET. Relecture Janick Magne.

Article original en espéranto

Aujourd'hui nous sommes le 8 mai. Plus de 3 semaines déjà se sont écoulées depuis le début des tremblements de terre de Kumamoto, or ils se poursuivent encore. Ci-dessous, voici leur nombre du 14 au 28 avril :

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

Lorsque le terrible tremblement de terre de 2011 a eu lieu, j'ai ressenti pour la première fois un séisme d'intensité 5 dans ma ville. Ce fut le plus fort séisme que j'aie éprouvé au cours des 70 dernières années. Si même les secousses de niveau 1 à 3 nous font peur, quelles inquiétudes doivent donc éprouver les habitants de Kumamoto !  

 

Voici les dommages jusqu'au 2 mai :

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

*  "Décès induits" fait allusion aux victimes décédées par manque de nourriture et de soins, ou en raison de la dégradation de leurs conditions de vie après les séismes. Beaucoup d'entre elles sont décédées des suites du "syndrome de la classe économique" (le nom vient du fait que ce syndrome atteint surtout les passagers de la classe économique sur les vols long courrier) car, contraintes de dormir dans leur voiture, elles ont été victimes d'embolies cardiaques ou cérébrales. 

 

 

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

Les dommages aux bâtiments


    J'ai été surpris en voyant à la télévision que de nombreux bâtiments en béton avaient été détruits. Beaucoup d'entre eux avaient été construits selon les anciennes normes parasismiques datant d'avant le tremblement de terre de Kōbe de janvier 1995. Les normes ont évolué après 1995, mais pour rénover et renforcer les bâtiments cela coûte cher, aussi reste-t-il encore de nombreux bâtiments insuffisamment consolidés. Cette fois-ci, ont eu lieu  deux puissants tremblements de terre successifs, auxquels ils n'ont pas pu résister.

 

 

Les dommages aux maisons


    Actuellement, on examine toutes les maisons afin de connaître leur degré de dangerosité. La préfecture de Kumamoto a fait savoir que  parmi les 35 000 maisons déjà examinées, 9 994 sont considérées comme «dangereuses» (il est dangereux d'y entrer), 11 437 comme "nécessitant des précautions" (il faut faire attention en y entrant) et 14 349 comme "sûres pour l'instant". Le nombre de maisons détruites est deux fois supérieur à celui observé lors du tremblement de terre de Chūetsu (Niigata) en 2004.

 

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

 

Une enquête auprès de 19.000 réfugiés, a révélé les motifs de départ suivants :
69,5%  Par crainte des tremblements de terre
39,7%  Conditions impropres à la survie
33,3%   Logement rendu inhabitable en raison du déplacement des meubles
14,0%  Maison détruite ou endommagée
Suite à cette étude, les autorités ont conclu que 2 490 familles auraient besoin d'une nouvelle maison.

 

Champs coupés par une faille

Champs coupés par une faille

Dommages à l'agriculture


 La préfecture de Kumamoto fait savoir que son agriculture souffrirait d' une perte de 76,7 milliards de yens (767 millions d'euros) en raison des dégâts occasionnés. Dans la ville de  Mashiki, où se trouvait l'épicentre du séisme, on trouve par endroits des routes et des champs endommagés. Les conduites et les réservoirs d'eau sont également endommagés. M. Nakagawa Aritomo, 69 ans, confie ceci: «  Les champs ne seront pas irrigués, donc je ne peux pas planter de riz. Je ne peux m'empêcher de pleurer en pensant que nous ne pourrons pas voir de belles rizières cette année". Sa maison a été détruite, et maintenant il vit avec sa fille dans la ville de Kumamoto.

 

Beaucoup d'animaux d'élevage sont morts :

 

Vaches à lait

150

Bovins à viande

600

Porcs

550

Chevaux à viande

10

Volailles

540 000

 

 

Le château de Kumamoto est très endommagé


    Le château de Kumamoto, site touristique célèbre,  est le symbole de la ville. Il a été construit en 1607, mais en 1877 le bâtiment principal et d'autres parties du château ont brûlé. En 1960, il a été reconstruit. Treize bâtiments sur l'ensemble du château ont été désignés comme "biens culturels importants", mais tous ont souffert. Le bâtiment principal s'est incliné, des tuiles sont tombées et les murs en pierre ont été partiellement détruits. Le responsable du château a déclaré : "Pour  réparer le tout, il faudra plus de 10 ans et quelques dizaines de milliards de yens (plusieurs centaines de millions d'euros).

Le bâtiment principal du château de Kumamoto

Le bâtiment principal du château de Kumamoto

À la télévision, j'ai vu un programme sur la réparation d'un mur de pierre dans un autre château. On avait photographié quatre faces de toutes les pierres tombées, et on les avait remises exactement au même endroit. Maintenant, dans la préfecture de Kumamoto, on a commencé à collecter de l'argent pour la restauration, mais ces dons personnels sont des gouttelettes dans un océan, et on a absolument besoin du soutien financier de l'Etat, mais pourra-t-il fournir les sommes nécessaires ?

 

 

Les centrales nucléaires sont-elles ou resteront-elles vraiment sûres ?


   A cause des tremblements de terre, le sous-sol  s'est modifié, si bien que beaucoup craignent une nouvelle éruption du mont Aso. Les vulcanologues déclarent ne pas avoir observé d'anomalies mais les tremblements de terre ont modifié les sources chaudes. Dans 9 hôtels de la ville d'Aso, l'eau de source chaude a cessé de couler. C'est une question importante pour eux, car les touristes japonais aiment beaucoup se baigner dans les eaux thermales.

 

À proximité des failles sismiques, se trouvent deux centrales nucléaires. L'une est celle de Sendai, dont les deux réacteurs sont les seuls à fonctionner actuellement dans l'ensemble du Japon. Au cours de la semaine qui a suivi le plus gros tremblement de terre, 5 000 demandes d'arrêt de ces réacteurs sont parvenues à la Compagnie d'électricité de Kyūshū mais son président  a déclaré: "L'énergie nucléaire est une énergie nécessaire. Nous avons constaté que les réacteurs sont sûrs et nous continuerons à les exploiter. "

 

Le directeur de l'Autorité japonaise de Régulation Nucléaire, M. Tanaka, a déclaré: "Près de la centrale nucléaire de Sendai, il n'y a pas de faille active. La centrale est assez solidement construite pour résister aux tremblements de terre, il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Si un accident survenait, les habitants pourraient se réfugier plus loin ou dans des bâtiments solides. Nous  n'envisageons aucunement que tous les bâtiments, dans un rayon de 5 à 30 kilomètres, soient détruits. "

 

     Cependant, de même que personne n'avait  prévu ces tremblements de terre, on ne peut pas prévoir si d'autres puissants séismes se produiront sous la centrale. En outre, si un accident important survenait dans la centrale nucléaire, les habitants ne  pourraient pas fuir en suivant les plans d'évacuation prévus, en raison de la destruction des maisons, routes, ponts, voies ferrées, en raison aussi des routes bloquées et de la pénurie de carburant. Cette série de séismes à Kumamoto en est le témoignage. Les compagnies d'électricité et le gouvernement n'ont tiré aucune leçon de la catastrophe de Fukushima, et pour eux les vies humaines ont moins de valeur que le profit.


 

Train rapide sorti de ses rails

Train rapide sorti de ses rails

  Début mai, il y a eu beaucoup de jours fériés, et nombreux sont les gens venus à Kumamoto pour aider les réfugiés. Mais je ne pouvais rien faire sinon contribuer en donnant de l'argent. Kumamoto est très loin de chez moi, j'ai dû me contenter de suivre les événements à la télévision avec inquiétude et compassion.

 

_________________________

(Mise à jour 17/05/16)

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 11:38
Pourquoi l’IRSN ment-il ?

Que se passe-t-il à l’IRSN, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ? Cette institution publique française de renommée internationale, connue pour réaliser des études de haut niveau, n’hésite pas à mentir pour on ne sait quelle raison obscure. Est-ce parce que la France est un pays nucléarisé qu'il lui est impossible d'être indépendant et de dire les choses simplement comme elles sont ?

Alors qu’on se rapproche d’un accident nucléaire sur le territoire français, accident qui semble inéluctable pour tous les hauts responsables de la sécurité nucléaire (Jacques Repussard, Pierre-Franck Chevet), l’IRSN ne peut s’empêcher de renouer avec des pratiques honteuses de son ancêtre le SCPRI, dirigé en 1986 par le professeur Pierre Pellerin qui affirmait que le nuage radioactif de Tchernobyl n’aurait aucune incidence sur le plan de la santé publique.

 

Les près de 1800 personnes qui travaillent à l’IRSN ne sont certes pas toutes responsables des dérives constatées, il s’agit plus probablement d’une orientation générale maîtrisée par quelques personnes au sommet de la structure décisionnelle pyramidale, et plus vraisemblablement de consignes complexes provenant des cinq ministères de tutelle dont l’institution dépend (environnement, recherche, industrie, défense et santé).

 

Les chargés de communication de l’IRSN ont-ils des consignes en ce qui concerne le plutonium, les explosions de centrales nucléaires ou les effets du corium ? En attendant de connaître les éventuels donneurs d’ordre, c’est ce que l’on peut supposer quand on lit ces dernières informations.

 

 

1) Le plutonium et le strontium ne seraient pas présents au Japon !

 

Dans un article anonyme publié dans la revue « Repères » de l’IRSN (n°29, avril 2016, p. 8), on trouve cette phrase incroyable : « De plus, la catastrophe en Ukraine a libéré du strontium et du plutonium – très toxique – qui ne sont pas présents au Japon. »

 

Extrait de la revue Repères, n°29, p. 8.

Extrait de la revue Repères, n°29, p. 8.

C’est complètement faux.

Du plutonium a été retrouvé non loin de la centrale de Fukushima dès 2011. Il a été identifié par le professeur Masayoshi Yamamoto, de l’université de Kanasawa. Du strontium également. Des cartes de localisation du plutonium issu de la catastrophe de Fukushima ont même été réalisées en 2012 par le METI (ministère de l'économie, du commerce extérieur et de l'industrie du Japon). Une équipe de recherche en a par ailleurs trouvé en Lituanie, c’est dire que le plutonium de Fukushima a bien voyagé autour du monde. Sauf semble-t-il pour l’IRSN qui, comme le SCPRI de 1986, nie la réalité. Alors que la toxicité du plutonium n’est plus à démontrer, l’IRSN s’implique dans un déni de son existence, comme d’autres scientifiques japonais s’impliquent dans le déni de sa dangerosité.  Il faut rappeler ici qu’à Fukushima, trois réacteurs ont perdu leur confinement, ce qui permet à tous les radionucléides, sans exception, de s’échapper en permanence dans l’environnement.

 

 

2) Une centrale nucléaire ne pourrait pas exploser !

 

Dans le site de l’IRSN, on trouve également cette étonnante réponse anonyme : non, une centrale nucléaire française ne peut pas exploser. Les centrales nucléaires étrangères, oui (Tchernobyl, Fukushima), mais pas les centrale nucléaires françaises !

 

Capture d’écran du site de l’IRSN

Capture d’écran du site de l’IRSN

Or c’est complètement faux.

Dans un rapport (*) conjoint de l’ISN et du CEA datant de 2006, toutes les possibilités d’un accident majeur sont explorées, dont les explosions de vapeur et les explosions d’hydrogène. L’IRSN développe donc deux discours, l’un pour les spécialistes qui explique que l’explosion est possible, l’autre pour le public qui explique qu’elle est impossible.

 

Extrait du rapport de l’IRSN et du CEA, p. 89

Extrait du rapport de l’IRSN et du CEA, p. 89

Si la volonté de l’IRSN est bien de rendre « résiduelle » la possibilité d’une explosion d’hydrogène, on se rend compte à la lecture de ce rapport que c’est juste une intention et non une certitude. Extrait p. 29 : « L’hydrogène produit est susceptible de s’échapper du circuit primaire (par une brèche) et de se mélanger à l’air dans l’enceinte, ce qui induit des risques d’explosion et une menace directe pour la tenue de l’enceinte ».

Pourquoi l’IRSN ment-il ?

 

Et p. 87, l’IRSN et le CEA d’avouer : « Il est difficile, en tout point et en tout instant, d’empêcher, malgré l’implantation de recombineurs, la formation d’un mélange combustible et susceptible de conduire à des phénomènes d’accélération locale de flamme ». Je traduis : « phénomènes d’accélération locale de flamme », ça veut dire « explosion d’hydrogène » dans le langage normal.

 

(*) R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : Bilan et perspectives, IRSN, CEA, 2006.

 

 

3) Un corium avoisinerait les 2000°C !

 

Dans un article du site Industries et technologies du 2 mai 2016, Thierry Charles affirme : « Dans le cas d’une fusion du cœur par exemple, le corium, dont la température avoisine les 2000°C, peut traverser la cuve (…) »

C’est faux ! Un corium peut avoir des températures allant jusqu’à 3500 K, soit 3226°C. (Cf. Christophe Journeau. L'étalement du Corium : Hydrodynamique, Rhéologie et Solidification d'un Bain d'Oxydes à Haute Température. Energie électrique. Université d'Orléans, 2006, p. 46)

Thierry Charles confond la difficulté d’obtenir des températures élevées lors des expérimentations avec la réalité d’un accident.

Cette même personne qui, il faut le préciser, est actuellement directeur général adjoint chargé de la sûreté nucléaire à l’IRSN, affirmait en avril 2011 que les habitants évacués de Fukushima allaient pouvoir revenir d’ici 3 mois alors qu’il savait très bien ce cela serait impossible, le césium ayant une demi-vie de 30 ans, c’est-à-dire qu’on en retrouverait encore durant les 300 prochaines années.

Baisser la température du corium de 1000 degrés revient à minimiser ses dangers, comme l’avait fait cinq ans plus tôt son collège Olivier Isnard qui considérait que la perte d’un corium n’était pas forcément un problème pour l’environnement.

 

L’IRSN ayant déjà eu d’autres antécédents de ce type dans les années passées, il était logique de lui consacrer une parodie. En effet, peu d'humoristes se sont penchés sur cette organisation qui pourtant mérite largement qu’on se moque de sa minimisation presque systématique face au réel danger nucléaire. D'où la réalisation d’un sketch le 23 avril 2016 à l’occasion de la conférence évènementielle Tcherno23.

 

Pierre Fetet

 

Sources qui ont servi à réaliser le sketch

Ce sketch a été élaboré à partir de documents et faits réels dont vous pourrez retrouver les sources ci-dessous.

 

Propos de Pierre Pellerin sur TF1 le 28 avril 1986 : « Il s'agit d'une radioactivité qui est mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique, [...] sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l’usine, et encore c’est surtout dans l’usine que je pense que les Russes ont admis qu’il y avait des personnes lésées »

https://youtu.be/3yIlSjmoMdE

 

Pierre Pellerin, communiqué de presse du SCPRI du 30 avril 1986 à minuit : « Situation dans l’ensemble stationnaire. On note cependant, sur certaines stations du sud-est une légère hausse de la radioactivité atmosphérique, non significative pour la santé publique »

http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/16/nuage-tchernobyl-lenquete-corse-completement-fumeuse-244265

 

Thierry Charles, IRSN, dans Le Monde du 11 avril 2011 : «  [La zone d’exclusion de Fukushima] a été élargie à 30 km. Cela correspond à la zone post-accidentelle, où l'on observe des dépôts de radioactivité au sol. Nous pensons que c'est une mesure raisonnable. L'iode 131 est un radioélément à vie assez courte, elle décroît d'un facteur 2 chaque semaine. Dans trois mois, son niveau sera complètement secondaire et les habitants pourront théoriquement revenir. »

http://www.lemonde.fr/japon/article/2011/04/11/fukushima-il-faudra-des-mois-avant-de-retablir-la-situation_1506093_1492975.html#xtor=AL-32280308

 

Le programme ETHOS vu par Michel Fernex

https://youtu.be/2_oKtjnh52c

 

Les faibles doses rendent malade.

http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Actes_forum_IW_november2014_French_01.pdf

http://www.fukushima-blog.com/tag/symposium%20de%20new%20york/

 

Information de l’IRSN : « Une centrale nucléaire peut-elle exploser ? Non. Les centrales nucléaires françaises sont conçues pour ne pas pouvoir exploser. »

http://www.irsn.fr/FR/connaissances/faq/Pages/Une_centrale_peut_elle_exploser.aspx

 

Dans le sketch, l’expression « excursion de puissance » est exagérée pour parler d’explosion. Selon l’ASN, une excursion de puissance est une « augmentation très rapide et momentanée de la puissance d'un réacteur au-delà de la puissance de fonctionnement ». A Tchernobyl, l’excursion de puissance a conduit à l’explosion du réacteur.

http://www.asn.fr/lexique/mot/%28lettre%29/95315/%28mot%29/Excursion%20de%20puissance

 

Rétention d’information : l’IRSN tarde à publier des informations importantes en français

http://www.fukushima-blog.com/article-430-milliards-d-euros-un-accident-nucleaire-majeur-mettrait-la-france-en-faillite-115319618.html

 

Rapport de l’IRSN : « Les rejets radiologiques massifs diffèrent profondément des rejets contrôlés »

http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/FR_Eurosafe-2012_Rejets-radioactifs-massifs-vs-rejets-controles_Cout_IRSN-Momal.pdf

 

Rapport de la Cour des Comptes du 31 janvier 2012 « Les coûts de la filière électronucléaire » page 425 : coût de 1000 milliards d’euros

https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire

 

Participation de 91,5 millions d’euros pour EDF en cas d’accident grave.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cenucleaire/13-14/c1314044.asp

 

L’IRSN est sous la tutelle du ministère de la défense.

http://www.irsn.fr/FR/IRSN/presentation/Pages/Presentation.aspx#.VxZ_u3pZ6T8

 

Jean-Marc Jancovici : « Un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ! »

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120220trib000684006/entretien.-nicolas-sarkozy-a-rate-la-marche-du-grenelle-de-l-environnement-.html

 

Eric Besson à propos de Fukushima le 12 mars 2011 : " A ce stade et selon les informations dont on dispose, [on est en présence] d'un accident grave mais pas une catastrophe nucléaire".

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/14/japon-comment-le-discours-du-gouvernement-francais-a-evolue_1493013_823448.html

 

Nicolas Sarkozy en mars 2012 : « L’accident de Fukushima n’est pas un accident nucléaire »

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article116

 

Shinzo Abe, le 7 septembre 2013, Buenos Aires : « Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. Pas vers le passé. »

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/jo-de-tokyo-2020-le-japon-souhaite-tourner-la-page-fukushima_1279553.html

 

Article de l’IRSN, revue Repères page 8 : « La catastrophe en Ukraine a libéré du strontium et du plutonium – très toxique – qui ne sont pas présents au Japon. »

http://www.irsn.fr/FR/IRSN/Publications/Magazine-Reperes/archives/Documents/IRSN_magazine-reperes29-201604.pdf

 

 

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Dessin d'entête : Julien Loïs

Dessin ci-dessous : Cardon

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 17:52
Le château de Kumamoto, où des tuiles sont tombées et des murs se sont écroulés
Le château de Kumamoto, où des tuiles sont tombées et des murs se sont écroulés

Texte de de HORI Yasuo du 29 avril 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Article original en espéranto

Le 14 avril s'est produit, dans le ken de Kumamoto de l'île méridionale de Kyushu, un grand tremblement de terre. Sa force était de magnitude 6,8 et le degré de tremblement de 7. Deux jours plus tard, le 16, au nord de l'épicentre du premier séisme, un deuxième a eu lieu; sa magnitude était de 7,3 et son degré également de 7. Jamais encore au Japon n'avaient eu lieu deux très forts séismes successifs dans une même région. De plus, c'est non seulement dans Kumamoto qu'on ressent les tremblements, mais également dans Ooita, situé plus à l'est. Il y a, aujourd'hui 29 avril, deux semaines déjà  que la terre a commencé à trembler, et cela ne cesse pas.

 

*Quand, en 2011, s'est produit le séisme qui a causé le grand raz-de-marée, j'ai senti dans ma ville un tremblement de degré 5. Et il était déjà intolérablement effrayant. Or dans Kumamoto il s'en est produit déjà une quarantaine plus forts que celui que j'avais  subi.

 

Comparez, dans le tableau ci-dessous, les nombres de secousses sismiques enregistrées à présent dans Kyushu avec ceux enregistrés pour le Japon tout entier en 2015 :

Tremblements de terre à Kumamoto

Vous pouvez comprendre, à quel point l'actuel ébranlement sismique est inhabituel.

Les Japonais sont de plus en plus soucieux d'éventuels grands tremblements de terre et renforcent les constructions, mais la survenue d'une succession de séismes d'intensité 7 n'avait pas été envisagée. Dans Kumamoto, beaucoup de maisons avaient résisté au premier fort séisme, mais ont été détruites par le deuxième. J'ai été étonné que soient ébranlés et mis hors d'usage des édifices publics tels que mairies, écoles, gymnases et des immeubles locatifs, qui avaient été pourtant solidement construits, selon les normes légales. De plus, il y a eu de grands glissements de terrain qui ont détruit voies de communication et ponts, perturbant ainsi la vie des gens.

Tremblements de terre à Kumamoto

Au Japon, on a dénombré deux mille failles actives et l'on suppose qu'elles sont en fait quatre fois plus nombreuses, mais cachées, ou bien  non détectées. Partout dans le pays se trouvent de ces failles dangereuses, dont on ne sait quand elles se réactiveront. Dans la partie inférieure de la carte de l'île de Kyushu, on observe beaucoup de petits traits rouges indiquant les failles repérées, et les séismes actuels se produisent selon des failles situées au  centre, dans une zone aux deux extrémités de laquelle est implantée une centrale nucléaire. C'est pourquoi beaucoup redoutent que ces deux centrales, Sendai et Ikata, soient en danger.

 

*En ce moment, à Sendai, deux réacteurs fonctionnent, mais à Ikata tous sont arrêtés.

Tremblements de terre à Kumamoto

Cependant l'Autorité de Régulation Nucléaire, qui est responsable de la sécurité dans les centrales, a dit que jusqu'à présent aucun problème ne s'est présenté dans l'une au l'autre des centrales en question, et qu'il n'apparaît donc pas nécessaire de les arrêter. Et c'est bien sûr avec joie que le gouvernement a suivi cette recommandation. Les centrales nucléaires offrent pourtant un danger tout particulier. Lorsqu'il s'y produit un accident grave, non seulement il est difficile de faire face à la situation, mais celle-ci risque d'empirer et de devenir non maîtrisable. C'est pourquoi, dans la presse, apparaissent seulement des opinions défavorables à l'Autorité, mais jamais de favorables.

 

Et à présent encore les séismes continuent. Beaucoup de gens ont perdu leur maison. Tous ont peur de dormir sous un toit. Nombreux sont ceux qui passent la nuit dans leur voiture, le corps recroquevillé, ce qui provoque le syndrome de la classe économique, qui a déjà causé la mort de plus d'une dizaine de personnes.

Tremblements de terre à Kumamoto

De nombreux locaux scolaires ont subi des dégâts et ne sont plus utilisables. Plus de cinq cents élèves sont déjà partis dans d'autres kens.  Kyushu est un endroit touristique très apprécié, et le mois de mai y est le plus beau des mois. Pourtant, la plupart des réservations ont déjà été annulées. La bonne nouvelle du jour est la réouverture de la voie du  rapide Shinkansen et de l'autoroute.

 

Depuis la Catastrophe Japonaise en 2011, il y a eu l'éruption du mont Ontake, en 2014, un glissement de terrain dans la ville d'Hiroshima la même année, une grande inondation dans Ibaraki en 2015, des typhons chaque année, qui ont causé de nombreuses morts et la perte de richesses. Vraiment le Japon est le pays des cataclysmes, aussi nous ne voulons plus avoir, de surcroît, un cataclysme nucléaire.

 

Sur la carte: ĉefaj aktivaj faùltoj = principales failles actives (celles-ci sont indiquées par des traits rouges)

Tremblements de terre à Kumamoto

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 07:31
Alone in Fukushima

La Maison de la Culture du Japon à Paris a invité récemment la cinéaste Mayu Nakamura à présenter Alone in Fukushima, documentaire consacré à Naoto Matsumura, bien connu des lecteurs de ce blog. Corrigeant certains clichés, la cinéaste présente son point de vue sur cet homme qui mène une vie hors du commun.

A cette occasion, Martin Debat a réalisé une interview de la réalisatrice Mayu Nakamura, paru dans le site East Asia le 16 avril 2016. En voici un extrait, avec l'aimable autorisation du rédacteur en chef du site.

_____________________

 

 

Entretien avec Nakamura Mayu pour son documentaire

Alone in Fukushima (MCJP)

 

 

(…)

 

À propos de votre documentaire Alone in Fukushima, souhaitiez-vous dès le départ faire un documentaire sur la catastrophe ? Comment avez-vous rencontré Naoto?

 

Comme je l’ai dit plus tôt, je travaillais pour NHK World, et je faisais des nouvelles sur la catastrophe du tsunami. Je n’avais rien réalisé sur celle de Fukushima, et il me tenait à cœur d’en parler. J’ai fait des recherches et j’ai découvert des reportages à propos de Naoto sur les médias étrangers comme CNN, BBC et peut-être même sur des chaînes d’info françaises. C’était deux ans après la catastrophe, en 2013, mais la plupart des gens au Japon ne connaissait pas son histoire.

 

La raison est que son travail ne fut pas relaté par les médias nippons, et je me demandais pour quelles raisons. Il est là depuis tout ce temps et personne ne semblait être au courant alors que les journalistes étrangers en parlaient. J’ai donc proposé à mes producteurs de faire un reportage à son sujet, et comme je l’ai expliqué, ils ont refusé en raison des risques sanitaires, et ne souhaitaient pas en être responsable. Je pense en revanche qu’ils ne voulaient pas montrer quelqu’un vivant dans cette zone dévastée. Il n’est pas censé vivre ici, mais il a reçu une permission exceptionnelle de la part du gouvernement parce qu’il prend soin des animaux. Je l’ai d’abord contacté, et je me suis rendue sur place par mes propres moyens. J’ai loué une voiture. À notre première rencontre, il était méfiant. Cela émane de ses précédentes expériences avec les journalistes japonais, travaillant pour de grands groupes médias, venus faire des reportages sur Fukushima. Ils ont recueilli son témoignage pour étayer leur article. Mais ces papiers n’étaient finalement pas publiés, en raison des pressions éditoriales venant du gouvernement. Je l’ai convaincu en argumentant sur mon expérience de documentariste, de mon travail sur la communauté nippo-brésilienne, et que je mènerai ce projet en toute indépendance. C’est ainsi qu’il m’a accordé sa confiance. Il s’avère que mon permis de conduire n’était pas valable au Japon, j’avais passé l’examen à New York quand je vivais aux États-Unis. Je n’avais pas validé mon équivalence. J’habite à Tokyo et j’utilise les transports en commun pour me déplacer en agglomération. Seulement, le permis est primordial pour se rendre à Fukushima, aucun autre moyen de locomotion ne conduit à cette destination (rires !). J’ai donc dû retourner à l’école de conduite pour obtenir mon permis. Il fut très reconnaissant de voir les efforts que j’ai fournis pour me rendre à sa rencontre.

 

Alone in Fukushima

Qu’est-ce qui vous a séduit dans son histoire ?

 

Je pense que Naoto est une personnalité intéressante. À l’époque, il y a eu de nombreux reportages sur la catastrophe, par forcément sur Fukushima, mais plutôt sur les personnes qui furent évacuées des zones irradiées et qui furent accueillies dans des refuges. Un choix dicté en raison des risques encourus sur place. En 2013, deux ans après les événements, il fallait à mon avis trouver une approche différente, ne pas rabâcher les mêmes sujets. C’est ce qui m’a conduit dans mon choix de réaliser un reportage à l’intérieur de la zone irradiée. Ce qui induit que je devais me préparer à être exposée aux radiations pendant un certain temps. Je voulais décrire cette zone radioactive au long des saisons. Il y a déjà eu des documentaires sur Naoto, mais les journalistes ne restaient que deux ou trois jours sur place. Je devais avoir une approche différente, et sur du long terme pour constater comment les animaux vivaient, et mouraient. Je voulais me concentrer sur lui et son action, et pas sur son entourage. Je ne souhaitais pas faire comme mes confrères à propos de leurs sujets sur les réfugiés de Fukushima et m’éparpiller en traitant de plusieurs personnages en même temps. C’est une personnalité suffisamment forte, il a une vie peu commune, et sa relation unique avec les animaux est passionnante. Je ne me suis rendue compte qu’une fois sur place qu’il y a des autruches dans cette zone, personne ne s’en serait douté. Elles sont les mascottes des réacteurs nucléaires (rires !). Il a une relation très particulière avec les animaux, il leur parle, il les comprend. Je ne savais pas avant de le connaître que les animaux étaient des êtres sensibles et qu’ils avaient par conséquent leur propre personnalité. Et la façon dont ils interagissent entre eux est très drôle.

 

La plupart des reportages sur Fukushima sont très sérieux. Je ne souhaitais pas faire un film pessimiste. Le sujet l’est pourtant, il n’y a pas d’espoir, mais Naoto est une personne positive. C’est quelqu’un de très jovial et son comportement avec les animaux est très amusant. Je voulais trouver un ton différent, rectifier certains a priori le concernant propagés par les médias étrangers. Cela est sûrement dû à des erreurs de traduction. Beaucoup de gens pensent qu’il est fermier de formation ou bien éleveur, ce n’est pas le cas. Il y a donc une erreur, une incompréhension. Au contraire, je pense que l’un des aspects intéressants de son parcours est qu’il vient des métiers du bâtiment, et qu’il fut engagé auparavant dans la construction des cheminées de la centrale. Ce projet professionnel fut bénéfique pour lui, et suite à la catastrophe, il décida de rester et de s’occuper des animaux d’élevage alors qu’il n’a pas la moindre expérience dans le domaine. Ces animaux sont très difficiles à entretenir, ils ont besoin de beaucoup de nourriture, notamment les animaux d’élevage qui ont un régime particulier. Et puis je tenais à rectifier cette image d’Épinal de Naoto véhiculée par les médias occidentaux. Cette représentation du grand sauveur des animaux qui est resté à Fukushima, un cliché colporté par les activistes des droits des animaux. C’est vrai dans une certaine mesure. Mais il n’est pas resté pour les animaux. Ce qui a motivé sa décision en premier lieu est qu’il vivait en compagnie de ses parents qui sont très âgés, qui ne voulaient pas être évacués. Il voulait les aider. Ses frères et sœurs ont réussi à les convaincre de partir. Il a décidé de rester sur place parce que c’est quelqu’un de solitaire, sa femme l’a quitté, et il n’a plus vu ses enfants depuis longtemps. Il ne souhaitait pas se mélanger à la foule de réfugiés dans les abris. Il a préféré rester. C’est par hasard qu’il a découvert l’existence de ces animaux laissés à l’abandon. C’est ce qui l’a motivé dans sa mission, et c’est ce qui lui permet en un sens de rester en vie. Cette décision était toute personnelle. Il est très différent des activistes pour les droits des animaux. Il les aime, et les traite comme des amis, des amis de la ville que l’on a oubliés sur le bord de la route, un peu comme lui, ils  ont besoin d’aide et de réconfort. Ils sont un peu sa nouvelle famille.

 

Alone in Fukushima

Était-ce difficile de tourner à Fukushima et dans les alentours ? Comment avez-vous obtenu les autorisations de tournage ? Quels furent les obstacles à la concrétisation d’un tel projet ?

 

Au printemps 2013, cette zone fut rouverte. Avant cela vous ne pouviez y accéder sans permission. Il fallait trouver différents itinéraires pour s’y rendre. Mais à partir de cette date, l’endroit où vit Naoto est devenu accessible. Vous pouvez vous y rendre librement de 9h à 15h dans la journée. Il y a cette annonce propagée par haut-parleurs qui rappellent aux visiteurs de quitter les lieux à l’heure indiquée. Mais si vous décidez de rester plus longtemps, personne ne viendra vous réprimander. Naoto a deux fermes, une dans la zone irradié, et l’autre dans la zone interdite. Au début je n’avais pas le droit de l’accompagner dans ce périmètre dangereux. Je lui ai d’abord demandé de m’obtenir un permis en tant qu’employée volontaire pour m’occuper des animaux. Si j’avais fait ma requête en tant que journaliste, je n’aurais jamais eu l’autorisation de m’y rendre. Cette zone interdite est fortement irradiée, bien plus que l’endroit où il vit. Il s’y rend toujours quoi qu’il arrive. Je n’ai pas porté de combinaison de protection. Au début je portais un masque, or il est compliqué d’interviewer quelqu’un qui n’en porte pas, même sous prétexte de se protéger. Tu ne peux pas instaurer ainsi une relation de confiance. Après ma première journée de visite, j’ai naturellement jeté le masque. Le taux de radiation où il vit est relativement bas. Le compteur Geiger enregistrait un taux allant de 2 à 3 micros Sievert/h ce qui équivaut à un ratio moyennement faible. Je suis allée plus tard faire des examens médicaux et on m’a diagnostiqué une exposition peu élevée, voire normale. Je ne ressens pas d’effets secondaires. Naoto s’est fait examiner, il est sur place depuis le début de la catastrophe, c’est un peu le champion de l’atome. Il est bien en forme pour l’instant, il n’est pas malade du tout. C’est une personne très forte, il a une santé et un mental en acier.

 

Alone in Fukushima

J’ai lu que vous avez fait appel à du financement participatif pour terminer votre film. Comment êtes-vous parvenue à financer votre film ? Quels furent les intervenants publics ou privés ?

 

Au début du tournage, je n’avais pas d’argent. Je l’ai fait avec les moyens du bord. Je n’avais pas d’assistants, pas d’équipe de tournage. J’ai payé la location d’une voiture et une chambre d’hôtel à proximité. En revanche quand j’ai voulu distribuer le film, j’avais besoin d’outils promotionnels, des affiches, des cartons publicitaires. L’an passé, j’ai lancé un financement participatif sur internet. J’ai pu réunir la somme de 20 000 dollars. C’est une belle somme et cela m’a permis de distribuer le film. Mais puisqu’il s’agit de financement participatif il faut donner quelque chose en retour comme des tickets pour aller voir le film, des DVD, suivant la somme donnée. Il ne s’agit pas de charité. Cela demande beaucoup de travail. Je suis très reconnaissante envers les donateurs.

 

Alone in Fukushima

Quelles furent vos exigences et votre approche initiale dans la réalisation de ce documentaire ? De combien de temps de tournage disposiez-vous et sur quelle durée ?

 

Je ne souhaitais pas faire appel à un narrateur, c’est devenu un peu la marque de fabrique des documentaires de télévision, et je voulais m’en éloigner. C’est plus un livre d’images, elles parlent d’elles-mêmes. J’ai utilisé le minimum d’informations supplémentaires comme les sous-titres. Je voulais que Naoto soit la voix de sa propre histoire. Il a en revanche un accent très prononcé. Il parle le dialecte de la région de Fukushima, et même pour les Japonais, il est très difficile à comprendre. Cela m’a pris un certain temps pour m’y habituer. À présent je n’ai plus de problème avec son accent. C’est pour cela que j’ai dû employer les sous-titres. Et c’est très utile quand on interroge les personnes âgées de cette région, elles sont incompréhensibles (rires !). Leur patois est confus.

 

Au début du documentaire, on a l’impression que M. Naoto est très seul, qu’il vit reclus. Au fur et mesure, on voit qu’il est entouré et soutenu. Est-ce un choix dans votre mise en scène ou une réalité ?

 

C’est intéressant que vous signaliez cela. Il s’avère que j’ai débuté les prises de vue peu de temps après notre rencontre. Je ne savais que peu de choses au sujet de Naoto à ce moment-là. J’ai fait sa connaissance sur le tournage du documentaire. Il s’avère que je voulais faire un reportage sur Fukushima au travers de la figure de Naoto et de ses relations avec son entourage. Deux mois après le début des prises, en octobre, j’ai découvert qu’il était marié et père d’un bébé. Je n’en savais rien. Je l’ai appris par l’intermédiaire d’un ami journaliste. Il apparemment rencontré sa femme après la catastrophe, elle était volontaire. Ils ont eu un enfant ensemble. Elle vit toujours à Tokyo avec son nourrisson. Il est en bonne santé. Je ne l’ai pas rencontrée mais je suppose qu’elle a été bien exposée aux radiations. Il ne me les a pas présentés, et ne voulait pas qu’ils soient filmés. Il tient à conserver leur anonymat pour que l’enfant plus tard n’ait pas à souffrir de discriminations. C’est l’enfant d’un père qui a été lourdement irradié. J’ai appris à le connaître tout au long du tournage, il n’était d’ailleurs plus tellement seul à la fin. C’est un peu la morale du film, il avait un bon contact avec les animaux et il a gagné une nouvelle femme, et un avenir. Cette catastrophe a été un bouleversement dans sa vie. Avant il vivait seul avec ses parents. Depuis cet épisode, il reçoit des visites de gens venant du monde entier pour le rencontrer. Il est bien plus occupé que moi. Il a beau vivre par ses propres moyens, il est toujours entouré, il a une nouvelle famille. Il a même un compte Facebook qui compte plus de 5000 amis. Il est devenu bien malgré lui une personne célèbre. C’est un héros par accident. Ce que l’on peut retenir est que ce désastre nucléaire a privé les habitants de leur terre natale, et qu’ils ne peuvent plus jamais revenir chez eux, c’est un fait. Dans l’exemple de Naoto ce n’est pas qu’une mauvaise chose. Elle a eu des répercussions positives inattendues. Bons nombres de personnes que j’ai rencontrées dans les parages ont perdu leurs familles, leur maison, mais ils ont trouvé quelque chose d’autre en retour. Il y a cette personne que j’ai croisée à Ishinomaki, ville qui été durement touchée par le tsunami. Il a perdu sa fille et un petit enfant. Il s’est tourné vers la photographie et a commencé à prendre des images des zones sinistrées. Des gens comme lui ont la force et la résilience de se renforcer dans l’adversité. Ils ont la faculté de s’adapter, ils deviennent des personnes différentes, et grandissent plus fort. Ces tragédies leur ouvrent d’autres voies, de nouveaux horizons. Et on retrouve ce phénomène partout dans le monde, c’est une leçon que l’on peut retenir sur ce qui peut survenir des suites d’un désastre.

 

Alone in Fukushima

M. Naoto est devenu un symbole de lutte contre l’énergie nucléaire à travers le monde. Comment voyez-vous la portée de son engagement ? Et comment son combat est-il perçu par les Japonais aujourd’hui ?

 

Bons nombres de journaux tokyoïtes qui l’ont couvert lors de son happening à la capitale l’ont qualifié de gauchiste, dans leurs colonnes. En revanche peu de télévision en ont parlé. Grâce à mon film, beaucoup de Japonais ont entendu parler de lui. Le film fut distribué dans une quinzaine de salles à travers le pays. Dès que nous avons l’occasion pour une avant-première comme à Tohoku dans le Nord-Est du Japon, il essaie de se joindre à moi. Je n’ai pas les moyens de le faire venir, mais il m’accompagne par ses propres moyens et nous voyageons ensemble. Il était avec moi à Iwaki dans la région de Fukushima, et la ville de Sendai par exemple. Il s’y rend en camion. Partout il y a des centrales nucléaires au Japon, nous faisons des rencontres avec le public. Pour la présentation à Hiroshima il a réussi à trouver des billets d’avion à des prix avantageux (rires !). Nous essayons d’en faire le plus possible, pour que les spectateurs puissent s’exprimer avec lui de ses sujets et de son expérience. Il n’a malheureusement pas pu venir présenter le documentaire à Paris avec moi, mais il s’est rendu ici il y a deux ans il me semble, il a été invité à une manifestation antinucléaire à Fessenheim. Ils en ont parlé partout dans les médias. Il est de tous les combats.

 

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Et pensez-vous qu’il aura une influence sur l’attitude du gouvernement de Abe Shinzô ?

 

C’est une question intéressante, il s’avère qu’en 2012, la femme du Premier ministre Abe Shinzô s’est rendue sur place par ses propres moyens avec le secrétaire pour rendre visite à Naoto. Je ne sais pas si vous avez remarqué, je n’ai pas suffisamment de place pour mettre les sous-titres à l’image, de nombreuses personnes ont écrit des autographes sur les murs de Naoto. La femme d’Abe a écrit Amour ! Chaque fois que je projette le film, les spectateurs s’interrogent pour savoir s’il s’agit bien de la femme du Premier ministre. C’est bien elle. Quand j’ai sorti le film je lui ai demandé d’écrire un commentaire sur l’affiche du film et elle a accepté. J’ignore en revanche si elle a montré le film à son mari, je l’espère en tout cas. Je ne me rends pas encore compte de l’impact qu’a le film, mais nous avons projeté le film à Fukui, une région qui ne dénombre pas moins de 14 réacteurs nucléaires. L’un d’entre eux vient de redémarrer en début d’année. Les habitants s’inquiètent des conséquences et ce qui va advenir. Bon nombre d’entre eux sont venus voir le film. Il y a deux jours, j’ai appris que la Cour suprême a statué qu’il était dangereux pour l’environnement de garder la centrale de Takahama en fonction et a ordonné l’arrêt du réacteur. Mais je crois que le gouvernement souhaite contourner cette mesure et le relancer.

 

C’est un peu le même cas à Kawashima, comme je l’avais signalé auparavant, ils ont une centrale à proximité d’un volcan qui se réveille régulièrement. Les habitants de la région sont de plus en plus inquiets. Les gens réagissent fortement à la vision de mon documentaire, cette menace nucléaire se concrétise, et ce problème devient le leur. Je pense que les gens se sentent plus concernés, mais je doute que le gouvernement écoute, et s’investisse dans ce sens. Malheureusement, beaucoup de médias japonais s’autocensurent, et ne veulent plus couvrir les nouvelles concernant Fukushima. Et en dehors de cette date anniversaire de la catastrophe, ils n’en parlent que très peu. J’ai plus l’impression que les médias se préoccupent des futurs Jeux Olympiques qui se tiendront à Tokyo. Le gouvernement veut donner l’image que le désastre est passé et que les risques concernant Fukushima sont sous contrôle, ce qui est faux ! Je veux continuer mon travail avec Naoto et les chaînes info de répondre : non ! Ils ne veulent pas que les Japonais ainsi que les pays étrangers, et surtout les touristes, se rendent compte des dangers actuels des suites de l’incident nucléaire. Ils veulent faire croire que tout est maîtrisé. Le journalisme est grippé en ce moment au Japon, il s’applique plus à promouvoir l’image du gouvernement. J’ai l’impression que les médias français semblent avoir plus de poids et d’indépendance, mais votre gouvernement n’a pas l’air très réceptif quant aux dangers de l’atome.

 

Alone in Fukushima

À la fin du film, on sent Naoto très en phase avec la nature, on a l’impression qu’il a renoué avec un sentiment perdu qui liait autrefois l’Homme et son environnement naturel. Faut-il de telles tragédies pour que l’homme ouvre enfin les yeux ? Est-ce un espoir selon vous ?

 

Il se sent plus concerné par la nature, il dialogue avec les animaux. Au début du film, on le voit s’adresser aux autruches, et à la fin il siffle les oiseaux. C’est un sage maintenant. Il peut vivre sans problème à l’écart de la civilisation. Il a survécu pendant des années sans électricité et eau courante. Il peut vivre n’importe où. Il dit : on ne peut pas contrôler la nature, pas plus que l’énergie nucléaire. Ce que j’ai retenu, après avoir passé 8 mois à Fukushima, est que j’ai toujours été citadine, même si je vivais en proche banlieue. Je n’ai jamais eu l’opportunité de côtoyer les animaux d’aussi près, je n’avais jamais vu de vaches mettre bas, et des chats se reproduire. J’ai pu en fin de compte observer la nature de près à Fukushima et l’étendue de son pouvoir. Je fus attristée de découvrir une si belle région agricole contaminée par les radiations. C’est une grande tragédie. Il ne s’agit pas d’une catastrophe qui concerne uniquement les humains, mais aussi les animaux et la nature. Ils n’ont pas à souffrir de nos erreurs. Le gouvernement a donné l’ordre de tuer tous les animaux d’élevage. Ils étaient d’innocentes victimes. J’ai contacté des éleveurs de la région, et bien qu’ils approuvent le fait que les animaux devaient être tués, ils se sentent coupables. C’est une chose de tuer les animaux pour nourrir les gens, en revanche abattre des troupeaux entiers pour des raisons sanitaires à cause des radiations, ce fut une décision éprouvante pour eux. Mais ils ne pouvaient les laisser vivants à l’abandon. C’est trop cher à entretenir, et tu ne peux pas vendre les bêtes, ni leur viande. L’impression que cela m’a donnée fut d’être submergée par une nature retournant à l’état sauvage, pas une âme qui vive à l’horizon. Elle reconquiert les territoires domestiqués par les humains. C’est un peu un royaume animal, avec de la verdure partout et la faune en liberté. Une sorte de paradis. On ne se rend pas compte du degré de contamination devant un tel spectacle. C’est un lieu très étrange. Les gens se plaignent des dommages encourus à cause de la prolifération des animaux vivants dans cette zone. On ne peut contrôler la nature, elle grandit. Je ne suis pas chrétienne, mais Naoto me fait penser à Noé et son arche qui sauve les animaux du déluge. Il vit dans un étrange paradis peuplé de beaux animaux victimes des radiations.

 

(…)

 

Lire la totalité de l’entretien sur le site East Asia

 

Alone in Fukushima

 

Bande annonce du film

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 20:04
Conférence événementielle Tchernobyl day and night

A l‘occasion du 30ème anniversaire de Tchernobyl et du 5ème anniversaire de Fukushima, une conférence événementielle rassemblant plus de 30 intervenants a eu lieu le samedi 23 avril 2016 de 9 h à minuit à la mairie du 2ème arrondissement à Paris. Elle a été conçue et organisée par Michel Guéritte, de l'association La Qualité de Vie.

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La table ronde sur Fukushima a eu lieu en présence de Géraud BOURNET, Roland DESBORDES, Kolin KOBAYASHI, Thierry RIBAULT, Cécile ASANUMA-BRICE, Haruko SAKAGUCHI et Michèle RIVASI.

Les différentes interventions de Denis BAUPIN, Corinne LEPAGE, Michèle RIVASI, Martine BILLARD, Etienne AMBROSELLI, Youri BANDAJEVSKY, Michel FERNEX, Andreas NIDECKER, Wladimir TCHERTKOFF, Roland DESBORDES, Jean-Claude AUTRET, Bernard LAPONCHE, Benjamin DESSUS, Jean-Claude ZERBIB, Yves LENOIR, Thierry RIBAULT, Kolin KOBAYASHI, Cécile ASANUMA-BRICE, Jade LINDGAARD, Jean-Marie MATAGNE, Abraham BEHAR, Géraud BOURNET, Jean-Jacques DELFOUR, Alain NICOLAS, Pierre FETET, Bertrand THUILLIER , Damien GIRARD, Guillaume BLAVETTE, Alain CORREA, Jean-Luc PASQUINET, Jean GANZHORN, Jean-Pierre REMMELE, Michel MARIE, Jean-Marc FLEURY, Jacques LERAY, Michel GUERITTE, Monseigneur Marc STENGER, Annie THEBAUD MONY, André PARIS, Denis FAUCONNIER, Dominique BOUTIN, Claude KAISER, Françoise BAUMAN, Françoise Boman, Stéphane LHOMME ont été enregistrées et sont diffusées sur youtube (cf. ci-dessous)

 

Programme : cliquer ici

 

Retransmission de la conférence en direct

Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
Conférence événementielle Tchernobyl day and night
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7 novembre 2017, Epinal, 20h00

Conférence "Fukushima 6 ans après" par Toshiya Morita

organisée par Vosges Alternatives au Nucléaire

 

8 novembre 2017, Colmar, 20h00

Conférence "Fukushima 6 ans après" par Toshiya Morita

organisée par Stop Fessenheim

 

13 novembre 2017, Liège, 20h00

Projection du film "La terre abandonnée" de Gilles Laurent (73 minutes, 2016)

Cinema "Le Sauvenière", Place Xavier Neujean à Liège

En savoir plus en cliquant ici

 

23 novembre 2017, Nismes, 20h00

Projection du film "La terre abandonnée" de Gilles Laurent (73 minutes, 2016)

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