26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 23:05

 

Cela fait presque 7 ans que ce magma mortel a été créé par l’imbécilité des hommes. 7 ans que l’on en parle sans jamais vraiment le voir. Et voilà que Tepco, en janvier 2018, nous dévoile, pour la première fois et de manière très discrète, des images très parlantes du corium du réacteur 2 de Fukushima Daiichi.

Illustration ci-dessus : capture d'écran faite à partir d'une vidéo Tepco

 

Article traduit en anglais

 

Dans un premier temps, tous les médias ont repris les photos fournies par Tepco, où l’on voit par exemple un morceau de poignée d’assemblage de combustible. On en déduisait que le reste avait fondu mais on ne pouvait rien affirmer de plus.

Dans un second temps, 3 jours plus tard, Tepco a ajouté une vidéo de 3min34 qui montre une sélection de séquences filmées à l’intérieur de l’enceinte de confinement. Dans cette vidéo, on voit très précisément des coulures de corium qui se sont solidifiées sur des structures métalliques sous la cuve du réacteur.

La caméra qui a filmé cette matière hyper-radioactive a été conçue pour supporter 1000 Sieverts. Mais cet appareil ne peut cacher les rayonnements ionisants qui forment de nombreux points clairs aléatoires sur le film.

Les hommes qui ont manipulé la sonde à l’extérieur de l’enceinte de confinement ont certainement été irradiés car le débit de dose est toujours très fort dans le réacteur. Mais Tepco n’a pas encore communiqué ces informations.

Pour résumer en image ce qui s’est passé en mars 2011, le corium du réacteur 2 a traversé la cuve du réacteur, puis a fait un gros trou de 1 m de large dans la plateforme située juste en dessous de la cuve :

Source Tepco

Source Tepco

Ensuite, il a poursuivi sa route en rencontrant des obstacles, formant des stalactites dans divers endroits :

Captures d'écran de la vidéo Tepco
Captures d'écran de la vidéo Tepco
Captures d'écran de la vidéo Tepco
Captures d'écran de la vidéo Tepco
Captures d'écran de la vidéo Tepco

Captures d'écran de la vidéo Tepco

Enfin, il s’est répandu dans le fond de l’enceinte de confinement en entamant le béton. Et là, on perd sa trace car les investigations n’ont pas pu aller plus loin. A-t-il été loin dans le radier ? A-t-il rejoint la piscine torique par les tuyaux raccordant l’enceinte et la piscine ? N’oublions pas qu’une explosion a été entendue par les techniciens le 15 mars 2011 à 6h10 provenant du réacteur 2. Explosion de vapeur ? N’oublions pas que l’eau qui est injectée en continu pour refroidir ce corium ne remplit pas l’enceinte car celle-ci n’est plus intègre. L’eau se souille en permanence au contact du corium, avant de rejoindre les tréfonds de la centrale et la nappe phréatique. N’oublions pas que cette nappe phréatique mouvante se jette dans le Pacifique, malgré le mur de glace dont l’étanchéité n’est pas parfaite.

 

On observera que Tepco n’a pas encore osé fournir de photo du trou dans la cuve. C’est comme l’explosion du réacteur 4, il y a des choses qu’il ne vaut mieux pas divulguer car elles ternissent l’image du nucléaire civil. De la même manière, les responsables de la communication ont préféré diffuser des images incertaines le 19 janvier plutôt que ces images très parlantes que j’ai extraites de la vidéo.

La fameuse vidéo, la voici.

Certes, la robotique en milieu radioactif a fait de réels progrès, mais cela nous cache la réalité : on n’a pas encore inventé les machines qui pourront démanteler la centrale. Et les quarante ans promis pour terminer ce démantèlement seront certainement insuffisants. N’oublions pas qu’il y a en tout 3 coriums à récupérer et 3 piscines pleines de combustible à vider. Pendant que la technique nous « amuse », Tepco espère rejeter 1 million de tonnes d’eau radioactive dans le Pacifique qu’il a amassées sur le site, comme si cet océan n’avait déjà pas assez souffert. Cela permet d’oublier également les milliers de personnes atteintes par des troubles de la thyroïde ou autres pathologies diverses dues à la radioactivité et les dizaines de milliers de personnes déplacées qu’on essaie de faire revenir dans des territoires contaminés.

Attendons-nous désormais à de la grande communication de la part de Tepco : les sportifs de 2020 (JO Tokyo) doivent être ébahis par l'hyper-technicité nippone pour oublier les dangers de base de la radioactivité ambiante.

Pierre Fetet

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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 18:24

Une nouvelle investigation a été réalisée dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 de Fukuishima Daiichi, selon un rapport rendu public par Tepco le 19 janvier 2018. Toutefois, Tepco n’indique pas la date de l’opération. Les images et les mesures ont été prises à l'aide d'une sonde de 13 mètres munie d'une caméra et d'un dosimètre. Tepco ne diffusera les mesures de radioactivité qu’ultérieurement.

Photo : un élément d'assemblage a été trouvé

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Mise à jour importante du 25/01/2018 :

Tepco a mis en ligne après coup une vidéo de 3 min 34 de l'investigation.

Cette vidéo est plus instructive que les dernières photos diffusées. J'en ai tiré des captures d'écran où l'on voit très bien le corium qui a coulé comme de la lave sur les structures, laissant des stalactites en se solidifiant. Voir cet article spécifique :

http://www.fukushima-blog.com/2018/01/le-corium-du-reacteur-2-de-fukushima-daiichi-est-bien-visible.html

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Selon ce document, Tepco donne deux informations principales :

- Le fond entier de la base du socle du réacteur est recouvert de dépôts de types sableux et argileux.

- Certains composants d’assemblage de combustible sont tombés à la base du socle du réacteur, ils sont considérés comme des débris de combustible.

 

Comme à son habitude, Tepco n’utilise pas le mot « corium ». Il ne parle pas plus de l’environnement radioactif du lieu qui est létal (une mesure de l’année dernière à cet endroit était de 530 Sieverts) mais promet d’y revenir bientôt. Je mettrai cette page à jour quand l’information tombera.

 

Le dépôt de types sableux et argileux est ce qui se trouve au fond de l’enceinte et qui avait déjà été repéré l’année dernière autour du socle. Cette vase empêche d’avoir une vision claire du fond de l’enceinte car au moindre mouvement de la caméra, l’eau est troublée.

 

Pour la première fois, Tepco divulgue un schéma montrant l’intérieur du socle du réacteur (« pedestal » en anglais). On y voit :

- une plateforme supérieure, que l’on connaissait déjà, qui permet d’accéder aux barres de contrôle situées juste sous la cuve du réacteur. Celle-ci, selon le rapport de février 2017, est percée d’un trou de 1 mètre de diamètre. C’est la masse du corium venant de la cuve lors du meltdown qui a fait ce trou.

- une plateforme intermédiaire dont Tepco affirme qu’elle n’a pas été percée à la verticale du trou supérieur (mais le schéma ne la montre pas en entier)

- une plateforme inférieure annulaire bordant le mur du socle, dont Tepco affirme également qu’elle ne comporte pas de trou sous la zone prospectée. Mais, même remarque, le schéma n’en montre que la moitié.

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Le morceau d’assemblage qui émerge très nettement d'un tas de divers matériaux est une plaque de fixation supérieure d’assemblage (« upper tie plate »). Celle-ci est surmontée d’une barre (« bail handle »), sorte de poignée permettant de déplacer l’assemblage à l’aide d’un bras articulé. Cette photo permet de déduire qu’au moins un assemblage entier a traversé la cuve, ce qui implique que la cuve a un trou d'au moins la largeur d'un assemblage (environ 50 cm). La sonde a certainement pris des photos de ce trou mais Tepco ne les diffusent pas.

 

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Type d’élément d’assemblage que l’on a retrouvé sur la plateforme inférieure du socle du réacteur n°2.

Type d’élément d’assemblage que l’on a retrouvé sur la plateforme inférieure du socle du réacteur n°2.

Cet élément est la partie haute que l’on voit par exemple dans ces assemblages de la piscine du réacteur n°4.

Cet élément est la partie haute que l’on voit par exemple dans ces assemblages de la piscine du réacteur n°4.

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La sonde de Toshiba, lors de sa présentation à Yokohama, le 22 décembre 2017. Le bras télescopique porte une caméra panoramique.

(source phys.org)

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
(source : https://www.toshiba-energy.com/)
(source : https://www.toshiba-energy.com/)
(source : https://www.toshiba-energy.com/)

(source : https://www.toshiba-energy.com/)

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Voici les photos de l'intérieur de l’enceinte de confinement du BR2 diffusées par Tepco le 19 janvier 2018 :

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Voici quelques pages extraites du rapport à la même date, ce qui permet de localiser les vues :

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Rapport complet de Tepco du 19 janvier 2018

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A propos du combustible nucléaire des réacteurs à eau

Un document du CEA publié le 8/12/2012, en particulier le chapitre « Combustible des réacteurs à eau bouillante » p. 87-89

 

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Mise à jour du 5/02/2018

Tepco a dévoilé ses mesures de radioactivité lors de cette inspection :

Dans l'enceinte de confinement : 8 Sieverts/h au maximum, létal en une heure, mesuré près du corium.
A l'extérieur (on suppose autour de la base supportant la cuve), au niveau des fondations : 42 Sieverts/h

"TEPCO a déclaré avoir un doute sur la mesure car on n'avait pas ôté un couvercle sur l'instrument de mesure, en ajoutant ignorer pourquoi les niveaux de radiation étaient plus faibles près du corium que près des fondations".

Ce qui est étrange également, c'est que Tepco mesurait 530 Sv/h il y a un an au même endroit... Les mesures ne semblent pas pouvoir être fiable dans ce milieu extrêmement radioactif.

 

En savoir plus : copie de l'article de NHK World du 1er février 2018

High radiation detected at Fukushima plant

High radiation detected at Fukushima plant
Japan
The operator of the crippled Fukushima Daiichi nuclear power plant has released the results of its latest probe of the site.

A remote-controlled inspection of the Unit 2 reactor containment vessel last month detected a maximum of 8 sieverts per hour of radiation.

Experts say exposure to such radiation for about an hour would be fatal.

Officials from Tokyo Electric Power Company, or TEPCO, released the results on Thursday.

They said the radiation reading was taken near what appeared to be fuel debris, the term used to describe a mixture of molten fuel and broken interior parts.

The finding shows that nearly 7 years after the meltdowns, radiation levels remain so high that they present a major challenge to decommissioning work.

During the probe, 42 sieverts per hour of radiation was also detected outside the foundations of the reactor.

But officials said they have doubts about the accuracy of the reading because a cover had not been removed from the measuring instrument at the time.

They added that they don't know why radiation levels were lower near the suspected fuel debris than around the foundations.

They gave a number of possible reasons, such as that cooling water may have washed radioactive materials off the debris.

TEPCO's Chief Decommissioning Officer, Naohiro Masuda, says the company will develop debris-removal technology based on the outcome of the investigation.

 

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Article mis à jour le 05/02/2018

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 00:26

Par Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

Publication originale sur le site Géoconflence le 18/10/2017

 

L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima 1 le 11 mars 2011 a provoqué une grave contamination radioactive contraignant des dizaines de milliers de personnes à la fuite de leur domicile. Parce qu’il prouve l’impossibilité de la gestion d’un accident nucléaire, le refuge n’est souhaité ni par les autorités nationales ayant opté pour une poursuite du nucléaire, ni par les autorités internationales. Si dans un premier temps, les autorités ont simulé l’aide au refuge, cette aide a été interrompue en avril 2017 simultanément à la réouverture à l’habitat d’une partie de l’ancienne zone d’évacuation afin de contraindre les migrants au retour à la vie dans les territoires contaminés.

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Sommaire :

 

- Un matin comme un autre

- Les effets de la résilience

- Ce nouveau séisme ravive les colères

- En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place

- Dans les faits, où en est-on ?

- Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

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Nous n’en finissons plus de compter les années de ce que l’on a trop vite appelé l’ « après » Fukushima, alors même que la situation n’a jamais cessé de se détériorer. Passer à l’après, nous le souhaitons tous, mais il semble que cette heure ne soit pas encore venue. Les problèmes insolubles sont encore bien trop nombreux sur le site de la centrale pour que l’on puisse évoquer un « après » qui suggère une situation résolue permettant un nouveau départ. Si les informations sur le sujet se font rares, ou tentent à répondre à une volonté auto-apaisante sous l’approbation financée des autorités internationales en charge de la question en propageant la formule magique du « tout va bien », dans les faits, il n’en n’est rien. Loin d’être « under control », la gestion de cette catastrophe qui s’est traduite par la destruction paysagère de 40 % du département, suit son cours, faisant preuve chaque jour de l’incapacité humaine à contenir le désastre nucléaire. Après tant d’années, les corium [1] des réacteurs 1, 2, et 3 n’ont toujours pas pu être repérés. La seule information dont nous disposons est qu’ils ne se trouvent plus dans les cuves : plus de 800 tonnes de matériaux hautement radioactifs se seraient échappées de leur habitacle pour pénétrer les nappes phréatiques. On ne peut même les localiser avec précision en raison d’un taux de radioactivité trop élevé empêchant l’être humain comme le robot de s’approcher du site. Les coriums doivent être refroidis en permanence, durant toutes ces années, par plus de 300 tonnes d’eau [2] qui viennent quotidiennement se salir au contact de la matière radioactive. Cette eau hautement contaminée est à son tour stockée dans des citernes autour des réacteurs : près d’un million de mètres cubes sont aujourd’hui entreposés. Régulièrement, les autorités japonaises annoncent avoir dû vider une partie des eaux dans la mer face à l’incapacité de stocker la totalité du liquide. Aucune solution n’a pour le moment été trouvée à ce tonneau des Danaïdes, soumis à la gestion humaine et ses erreurs. Ainsi, en décembre 2016 l’injection d’eau de refroidissement dans le réacteur 3 a été suspendue par mégarde…

Figure 1. Carte de la répartition de la contamination en Bq/m² (Source : ministère de l’Éducation et de la recherche japonais, septembre 2011. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 1. Carte de la répartition de la contamination en Bq/m² (Source : ministère de l’Éducation et de la recherche japonais, septembre 2011. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Ce n’est donc pas sans surprise que nous observons l’ardeur des organisations internationales, ainsi que du gouvernement japonais à vouloir à tout prix faire rentrer dans leur campagne en déshérence les populations qui se sont réfugiées à la suite de l’accident nucléaire du 11 mars 2011, engendrant des vagues de migrations importantes vers le sud du pays, et plus généralement vers les zones urbanisées. Plus de six années après l’explosion de la centrale, présents plus que jamais sur ce territoire rural, les membres des institutions engagées dans le monde nucléaire[3], se lancent dans « l’humanitaire » à la défense des paysans en péril, nous vantant les bienfaits de la résilience (Asanuma-Brice, 2015), les nuisances du refuge, les méfaits sanitaires du stress face au désastre, tout en affichant une attitude agnostique face aux résultats épidémiologiques qui voient pourtant croître à plus de 184 le nombre d’enfants de moins de 18 ans ayant dû être opérés d’un cancer de la thyroïde sur un échantillon limité de 270 500 personnes[4]. Ce point, devenu tabou dans les cercles politiques et scientifiques institutionnels, est pourtant fondamental, car c’est de son évaluation que sont déterminées les politiques de protection à mettre en œuvre, ou non, en cas d’accident. Si l’explosion d’une centrale nucléaire et la dispersion des isotopes qu’elle contient n’est pas dangereuse pour la santé humaine et pour la vie dans son ensemble, alors pourquoi partir en cas d’explosion, pourquoi évacuer les populations dont on broie la vie communautaire, mais aussi à quoi bon dépenser tant d’argent à décontaminer, pourquoi avoir créer des centres de recherches spécifiques sur la radio-protection puisqu’il serait inutile de s’en protéger, et finalement pourquoi se servir de ces mêmes isotopes inoffensifs pour réaliser l’arme de destruction ultime que l’on brandit à la face du monde à chaque tension diplomatique ? Bref, nous devons rétablir de la cohérence dans nos discours et nos analyses. Si les habitants de Fukushima se sont réfugiés, ou ont été évacués (même si l’évacuation organisée par l’administration a été bien tardive) c’est qu’il y a un danger, réel, dont nous avons tous connaissance : scientifiques, militaires et citoyens, bien que cette dernière catégorie comprenne les deux précédentes.

Notre position résolument critique en tant qu’urbaniste est de proposer dans ce texte un bilan de la situation migratoire et des mesures élaborées pour la maîtrise des mouvements de population, notamment via les politiques de logements, mais également via les tentatives de relance de l’économie locale à Fukushima six années après la catastrophe. Nos analyses présentent les résultats de travaux menés sur les effets psychologiques des politiques contraignant les habitants au retour sur les territoires de l’ancienne zone d’évacuation alors que la situation est toujours instable, et nous nous interrogeons sur les motivations à l’origine de la volonté politique du retour à l’habitat dans les zones encore contaminées.

 

Voici six années que nous nous rendons chaque mois sur les lieux de la catastrophe afin de suivre au plus près les politiques de protection ou de gestion mises en œuvre par les divers organismes administratifs, mais également par les populations elles-mêmes. Ce suivi s’est traduit par des enquêtes régulières, sous forme d’interviews, dans les diverses cités de logements provisoires, auprès des associations en charge de l’accompagnement au refuge ou du suivi sanitaire, auprès des habitants, réfugiés ou non, comme des administrateurs nationaux et internationaux. Cela nous a également amené à participer à divers ateliers et symposia organisés par ces différents acteurs. Ceux-ci ont pris part aux conférences internationales que nous avons dirigées chaque année, embrassant les thèmes les plus divers relatifs à cette catastrophe.

 

Dans un premier temps, il nous faut néanmoins resituer ces analyses dans le contexte qui est le leur, soit un terrain, celui du Japon, dont l’environnement sismique reste agité et ne cessera de l’être en raison de la localisation du pays, archipel volcanique situé à la jonction entre la plaque eurasienne, la sous-plaque dite de « l’Amour » à l’ouest, celle d’Okinawa et celle du Yangze (nord/sud), la plaque Philippine au sud, la plaque Pacifique à l’est, et la plaque d’Okhotsk au nord. Une telle localisation nous amène à penser que la témérité humaine ne saurait avoir raison des séismes, qui se jouent de l’arrogance politique. 

 

 

Un matin comme un autre

 

22 novembre 2016, 6 h du matin, département de Kanagawa au sud de Tôkyô. Les murs tremblent et le plancher tangue, lentement, durant d’interminables secondes. Le commentateur chargé d’informer sur la situation dans l’unique programme qui remplacera tous les autres quelques heures durant, répète en boucle : « un tsunami arrive, fuyez vite ! Surtout fuyez ! Rappelez-vous le séisme de mars 2011 ! N’allez pas voir l’état des marées, fuyez tout de suite vers les montagnes, collines ou autre endroit suffisamment haut pour vous mettre à l’abri, fuyez ! ».

 

Gorges serrées, pendus aux téléviseurs qui diffusent en boucle des images de bords de mer sur lesquelles sont affichées en lettres capitales rouges « Tsunami ! Fuyez tout de suite! », nous prenons connaissance de la situation : un tremblement de terre de magnitude 7,3 a eu lieu à 75 km des côtes de Fukushima, enregistrant des secousses de niveau 5. Les mouvements verticaux des plaques tectoniques entrainent un risque de tsunami imminent. À 8 heures, des tsunamis de diverses hauteurs ont déjà atteint les côtes du Tohoku à Chiba, allant jusqu’à 1,4 m mesuré dans le port de Sendai, et 1 m dans chacune des deux centrales nucléaires de Fukushima. Car c’est bien là que tous les regards se fixent. Non sans raison. Environ une heure après le séisme, le système de refroidissement du bâtiment 3 de la centrale Fukushima dai 2 tombe en panne suite aux fortes secousses, selon les déclarations des autorités. Les soufflent se coupent...

 

Une heure et demie plus tard, le système est réenclenché au grand soulagement de tous.

 

 

Les effets de la résilience

 

[5] Si, durant toute la matinée du 22 novembre, les speakers et les affichages télévisuels ne cessent d’ordonner aux habitants de se réfugier, les journalistes postés sur les endroits prévus à cet effet ne sont, à notre grand étonnement, entourés que de quelques personnes. « Tous les traumatismes sont remontés avec ce tremblement de terre. La plupart des gens n’ont pas pu bouger de chez eux, comme tétanisés, envahis par le désespoir de toutes ces années où la mise en pratique du refuge est restée impossible pour la plupart d’entre nous. Les personnes âgées dans les logements provisoires ont éteint leur poste de télévision et fait comme si de rien n’était. » (Mari Suzuki, habitante d’Iwaki, département de Fukushima). La résilience prônée par les autorités nationales et internationales qui ont participé à la gestion des conséquences de l’accident nucléaire de 2011, s’est imposée, en dépit de la volonté des victimes. La population des zones polluées par la radioactivité dont les terres n’ont pas été retenues dans la zone d’évacuation, sont pour la plupart d’entre elles dans un état de dépression avancée, après cinq années de combat pour une reconnaissance de leur droit au refuge restées sans réponse. En outre, le gouvernement a annoncé la réouverture à l’habitat d’une partie de la zone d’évacuation pourtant encore instable autour de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi à partir de mars 2017, engendrant, de fait, l’arrêt du versement des dédommagements mensuels utilisés par certains pour se reloger ailleurs et la fermeture des logements provisoires. Cette contrainte au retour est moralement insupportable pour les personnes qui ont reconstruit leur vie dans des communes d’accueil à l’environnement plus stable. 

 

 

Ce nouveau séisme ravive les colères

 

Hiroki Suzuki, journaliste d’une quarantaine d’années, s’est rendu aux portes de la zone d’évacuation quelques heures après le séisme. Il brandit son dosimètre qui affiche 7,09 microsievert/heure [6], alors que la moyenne naturelle dans la région était de 0,04 microsievert/heure avant l’accident. « Regardez, on nous ment. Encore, toujours... » s’exclame-t-il sans pouvoir dissimuler une rage teintée de désespoir. C’est pourtant en franchissant cette frontière de la zone d’évacuation que deux jours plutôt, le professeur Hayano de l’université de Tôkyô organisait un voyage d’inspection des travaux de la centrale et de la zone d’évacuation accompagné de treize lycéens et lycéennes, revêtus de leur simple uniforme scolaire, sans aucune protection particulière. Le séisme est survenu alors que ce voyage d'étude venait de générer une vague de mécontentements des habitants sur les réseaux sociaux. Participant à plusieurs projets publics de revitalisation de la région, dont le projet ETHOS mené avec la collaboration de l’IRSN, projet aujourd’hui à terme qui visait à enseigner aux habitants à vivre dans un environnement contaminé en vue d’une rationalisation économique de la gestion des conséquences d’un accident nucléaire, adepte de la résilience, le professeur Hayano, faisant fi des centaines de recherches épidémiologiques sur la question, estime que la peur de la radioactivité n’est pas justifiée. Ce voyage initiatique avait donc pour but de montrer aux élèves qu’ils n’étaient pas foudroyés par la radioactivité alors même qu’ils se rendraient dans les zones où l’irradiation était la plus élevée, et que la peur devait laisser place à la raison gestionnaire. Cette attitude, jugée irresponsable par de nombreux collègues du physicien, occulte les connaissances les plus fondamentales en matière de radio-protection selon lesquelles la radioactivité agit sur le corps humain, non pas de façon soudaine, mais selon un processus qui s’étend sur plusieurs années.

 

Cet épisode aura marqué les esprits, car ni la situation sismique, ni le niveau de radioactivité ambiant, ni l’état de fonctionnement des centrales nucléaires (le tremblement de terre du 22 novembre l’a encore prouvé via une nouvelle panne du système de refroidissement) ne devraient permettre une telle quiétude politique. Par effet de corrélation, depuis le tremblement de terre de Nouvelle Zélande de magnitude 7,8 du 13 novembre 2016, on s’attendait à un nouveau séisme au Japon. Non par la loi des séries, mais selon l’enchaînement tectonique  observé en 2011, lorsque le tremblement de terre japonais avait été précédé de celui de Christchurch en Nouvelle-Zélande, de magnitude 6,3. Ce phénomène fut vérifié lors du tremblement de terre de Kumamoto au Sud du Japon, sur l’île de Kyûshû, le20 avril 2016, lui aussi annoncé par un séisme à Christchurch le 14 février, de magnitude 5,8. Cette combinaison de secousses est le résultat des pressions opérées par la plaque du Pacifique commune aux deux archipels.

 

Ainsi, si l’alerte au tsunami a été suspendue sur la totalité de la zone quelques heures après le séisme, la densité des répliques laisse planer une inquiétude pesante. En un peu plus d’une journée non moins de 90 répliques ont été enregistrées. Le séisme du 22 novembre 2016, suivi par une forte réplique le 24 novembre de magnitude 6,1 a été accompagné d’un nouveau séisme en Nouvelle-Zélande de magnitude 6,3 ce qui, selon le responsable de la planification de l’information sur les séismes, M. Kouji Nakamura, laisserait présager un nouveau séisme de classe 7 au Japon dans les mois suivants.

 

 

En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place

 

Les prédictions de M. Nakamura ne se firent pas attendre. Le 26 février 2017, à 16 h 49, un nouveau séisme de force 5 fait vibrer le sol de Fukushima sans que cela ne perturbe la décision de retour programmée dès 2013, date à laquelle le gouvernement japonais établit un budget considérable, ventilé dans la totalité des ministères et destiné à développer la communication autour du risque afin d’influencer les populations au retour. En avril 2017, le gouvernement japonais rouvre à l’habitat une partie de la zone d’évacuation autour de la centrale nucléaire Daiichi, entrainant simultanément la levée des aides au logement de la population réfugiée. D’autres mesures incitatives comme l’exonération d’impôts pour ceux qui prévoient de construire des habitations neuves dans la zone sont également instaurées [7]. Suivant imperturbablement la planification élaborée plusieurs années en amont, qui par essence est déconnectée de la situation présente, et à l’étonnement des institutions internationales chargées de la gestion de la question nucléaire, pourtant engagées dans la mise en place d’un système de gestion permettant l’existence du nucléaire, le gouvernement japonais contraint la population au retour à vivre sur des zones encore parfois hautement contaminées, par l’abolition progressive de la zone d’évacuation (figure 2).

 

Figure 2. Zones interdites et zone de retour dans le département de Fukushima (Source des cartes : METI. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 2. Zones interdites et zone de retour dans le département de Fukushima (Source des cartes : METI. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 3. Réouverture du village d’Iitate. Les autorités accueillent les habitants sous un compteur affichant 0, 21 microsievert/h, avec l'interjection utilisée lorsqu’un membre de la famille rentre chez soi : « Bon retour ! » (Source de l'Image : Kyodo News)

Figure 3. Réouverture du village d’Iitate. Les autorités accueillent les habitants sous un compteur affichant 0, 21 microsievert/h, avec l'interjection utilisée lorsqu’un membre de la famille rentre chez soi : « Bon retour ! » (Source de l'Image : Kyodo News)

Dans les faits, les investissements publics pour la reconstruction ont été souvent pharaoniques pour l’édification de bâtiments surdimensionnés destinés à une population absente. Ainsi, la seule commune d’Iitate recevra un budget de 1,7 milliard d’euros pour la reconstruction des divers équipements publics. Entre 10 et 20 % seulement de la population est rentrée dans la plupart des communes, malgré les contraintes auxquelles elle doit faire face.

 

Un habitant du village d’Iitate déclarait le 19 février 2017, lors d’une conférence organisée à Fukushima par des chercheurs et les anciens habitants du village : « On nous dit qu’il n’y a pas de problème. Qu’il suffit de ne pas aller sur les “hot spots”. On ne peut ni aller en montagne, ni s'approcher des rivières, ne pas aller à droite ni à gauche... Comment voulez-vous qu’on vive ici ?!”. Un ancien membre du conseil communal, témoigne : Nous avons déménagé il y a six ans maintenant. Pourquoi devrions-nous rentrer dans un village désert où l’environnement ne nous permet pas de vivre librement et en sécurité ? » [8].

 

 

Dans les faits, où en est-on ?

 

La plupart des personnes ne s’étant pas enregistrées dans la base de données comptabilisant les réfugiés, il est difficile d’établir une cartographie exacte de la situation. Néanmoins, la carte au moment des faits permet d’établir des tendances (Asanuma-Brice, 2014). Elle faisait état de 160 000 personnes réfugiées au moment où leur nombre était le plus élevé, en mai 2012. Les habitants s’étaient principalement réfugiés dans la campagne des départements environnants (Yamagata, Niigata), ainsi que dans la capitale, Tôkyô [9].

 

 

Figure 5. Nombre de réfugiés dans le département de Fukushima et en dehors (Source : d'après les données officielles, relayées par le journal Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Figure 5. Nombre de réfugiés dans le département de Fukushima et en dehors (Source : d'après les données officielles, relayées par le journal Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Six ans après, les autorités estiment ce chiffre à 80 000 personnes réfugiées dont 40 000 hors du département, et 40 000 personnes déplacées à l’intérieur du département. La répartition a néanmoins quelque peu évolué car la majorité des personnes réfugiées hors du département serait désormais exclusivement localisée à Tôkyô et ces personnes seraient, pour 80 % d’entre elles, relogées dans des appartements en locatif du secteur public ou privé [10]. Ce chiffre ne comprend pas toutes les personnes pour lesquelles le statut de réfugié s’est modifié en celui de migrant, soit tous ceux, qui après six années passées hors de leur village, ont reconstruit leur vie ailleurs pour faire enregistrer administrativement leur déménagement dans une autre commune.

 

Cela nous amène à nous interroger sur la pertinence du terme de « refuge », car la plupart des personnes évacuées « volontairement » ou non, ont reconstruit leur vie, à défaut de pouvoir reconstruire leur environnement, ailleurs. Six années. Cela correspond à un cycle scolaire complet, et c’est la raison pour laquelle la plupart des familles avec enfants n’envisage plus de retourner vivre dans la zone. Ils ont… déménagé. La situation est plus lourde pour les personnes âgées.

Une partie d’entre elles ont été relogées dans les 15 561 logements provisoires construits à l’intérieur du département. Ainsi les plus de 65 ans représentaient plus de 40 % des personnes relogées dans ces cités dites « temporaires ». Pour la plupart, ces personnes ont dû accepter de déménager dans des logements publics collectifs construits à cet effet et ne sont, de fait, plus comprises dans les chiffres désignant les personnes réfugiées. Alors qu’en juillet 2012, 33 016 habitants vivaient dans ces logements provisoires, ce chiffre chute à 12 381 en février 2017, pour atteindre les taux les plus bas après avril 2017. Au 31 janvier 2017, 3 028 logements locatifs publics des 4 890 prévus initialement ont été construits dans 15 communes du département (figure 6.) 

Figure 6. Carte des logements construits pour les réfugiés dans le département de Fukushima (Source des données : Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Figure 6. Carte des logements construits pour les réfugiés dans le département de Fukushima (Source des données : Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Une autre partie de personnes âgées vit, depuis les faits, dans le parc locatif privé. La location d’un appartement en ville était souvent vue comme provisoire, en attendant les résultats de la gigantesque politique de décontamination publique. On a laissé ces personnes dans l’espoir durant six années, et alors que le gouvernement arrête de leur fournir les aides au logement prétendant un retour possible, quelques voyages de reconnaissance sur les lieux suffisent à éveiller leur conscience. Les paysages ont été détruits par la décontamination, les sols raclés, les arbres arrachés, des sacs de terre contaminée s’étendent à perte de vue dans les champs. La maison s’est détériorée. Les entreprises de réhabilitation de l’habitat ne sont plus là, ni aucun voisin d’ailleurs. Leurs enfants, petits-enfants, ont recommencé une nouvelle vie ailleurs et ne souhaitent pas rentrer dans un environnement qui enregistre toujours des taux élevés de contamination. Il leur est néanmoins impossible d’entretenir ces grands bâtiments de ferme seuls ; vides, lourdes, sont ces pierres, comme leurs esprits noyés dans un ultime espoir à jamais inassouvi. Ceux qui tentent le retour tombent dans une spirale dépressive qui les conduit au suicide pour une majorité d’entre eux. Un documentaire réalisé par la NHK le 9 janvier 2017 tente de tirer la sonnette d’alarme, en vain. Intitulé « Et pourtant, j’ai essayé de vivre »[11], il témoigne de la fin de vie de ces personnes, pour la plupart âgées, victimes d’un isolement qui leur sera souvent fatal. Le professeur Tsuchiuji[12], de l’université de Waseda, psychologue et directeur du laboratoire sur les situations traumatiques engendrées par les désastres avait publié les résultats d’une étude prouvant que la contrainte au retour sur ces territoires encore instables engendrerait une vague de suicides conséquente, restée sans conséquence sur la machine décisionnelle planificatrice qui avait été mise en place quatre années auparavant. Ces sacrifices humains sont acceptés par tous dans le silence d’un monde qui continue à se nucléariser.

 

 

Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

 

Cela nous renvoie à une réflexion plus vaste développée par Max Weber, il y a un siècle, qui lui-même utilisait les écrits de Léon Tolstoï au sujet du sens de la mort dans nos sociétés civilisées. Selon lui, la mort, pour l’homme civilisé (Kulturmensch) ne peut avoir de sens en ce que la vie de chaque individu est constitutive d’un processus infini dont il est en quête : le progrès. Personne ne pourra donc jamais atteindre un but, une apogée, puisque le progrès est un processus infini. En cela le laps de temps fini de la vie ne constitue qu’une partie de son élan. Weber enchaîne cette réflexion avec une autre qu’il me semble fondamentale de remettre dans l’agora des sciences (humaines ou non) : « Le « progrès », comme tel, a-t-il un sens discernable dépassant la technique, de telle sorte que se mettre à son service constituerait une vocation ayant un sens ? » (Weber, 1969). Cette question formulée il y a un siècle est restée en l’état, sans réponse, nos sociétés continuant à multiplier les sacrifices humains sur l’autel de l’innovation pour un but dont l’existence n’est pas à échelle humaine.

 

Cécile ASANUMA-BRICE
chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

 


[1] Corium : Terme technique pour désigner le cœur des réacteurs nucléaires.
[2] Données Tepco, 27 janvier 2017.
[3] L’AIEA : Agence nationale de l’Energie Atomique, le CEPN : Centre d'étude sur l'Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, ou encore l’IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.
[4] Selon les résultats de la commission sanitaire rendus officiels le 20 février 2017.
[5] Sur la résilience, se référer à notre article : C. Asanuma-Brice (23 novembre 2015) « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême », Revue Raison Publique.
[6] Le microsievert/heure est l’unité généralement utilisée afin de mesurer l’impact des rayonnements radioactifs sur l’homme.
[7] Journal Minpo, 18 janvier 2017
[8] Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017
[9] Concernant les politiques de logements mises en place après la catastrophe cf notre article : C. Asanuma-Brice (2011), « Logement social nippon, quand la notion de « public » retrouve raison », Revue Urbanisme, Nov. 2011.

[10] Enquête du 13 mars 2017, Préfecture de Fukushima
[11]
NHK, 2017
[12] Takuya Tsujiuchi Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction, « Mentak health Impact of the Fukushima Nuclear Disaster: Post-Traumatic stress and Psycho – socio – economic Factors », Fukushima Global communication Programme, working paper series, number 8, December 2015.

 

 

 

Bibliographie

Articles et publications scientifiques

 

 

Presse et publications grand-public de l'auteure

 

Source :

Cécile Asanuma-Brice, « Les migrants du nucléaire », Géoconfluences, octobre 2017.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/japon/un-autre-regard/migrants-du-nucleaire

 

Conférence en ligne :

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    19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 12:06

    Texte de HORI Yasuo du 1er septembre 2017 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

    Texte original en espéranto

    Mur de glace, eau contaminée, corium et décharge

    Le mur de terre gelée est terminé.

     

     Constamment, venant de la montagne voisine,  beaucoup d'eau s'écoule dans le terrain des quatre réacteurs et elle se charge de radioactivité. TEPCO doit pomper et mettre cette eau dans de grandes cuves. Auparavant, sur le terrain de la centrale nucléaire de Fukushima, c'était plein de verdure, mais on y trouve maintenant un millier de grandes cuves à eau. Résoudre ce problème est la chose la plus importante pour TEPCO.

     

       Pour cette raison, TEPCO a commencé à construire un mur de terre gelée de 1,5 kilomètre de long autour des 4 bâtiments des réacteurs. On a enfoncé 1568 tuyaux dans le sol, jusqu'à 30 mètres de profondeur, et à travers ces tubes, on fait circuler un liquide de refroidissement à -30 degrés, de sorte que le sol autour des tubes gèle et forme un mur. Jusqu'en mars 2016, TEPCO a construit 99% du mur et, le 22 août 2017, l'Autorité de sûreté nucléaire lui a permis de fermer la partie restante de 7 mètres de long.

     

      Cependant, l'efficacité de ce mur pour diminuer l'eau polluée est bien incertaine. En outre, TEPCO a besoin de 1500 millions de yens [11 millions d’euros] par an pour maintenir le mur en bon état et, de surcroît, les travailleurs devront être fortement exposés à la radioactivité. Beaucoup de gens craignent que TEPCO ne doive dépenser presque perpétuellement une telle somme sans beaucoup d'efficacité et ils lui recommandent d'explorer d'autres méthodes pour l'eau contaminée.

    Le terrain est rempli de grandes cuves déjà depuis 2013. Je suppose que maintenant la forêt que l'on voit au-dessus a disparu.

    Le terrain est rempli de grandes cuves déjà depuis 2013. Je suppose que maintenant la forêt que l'on voit au-dessus a disparu.

    Comment traiter l'eau conservée


     L'eau contaminée conservée en cuves est aussi un problème. TEPCO nettoie l'eau polluée avec la machine appelée ALPS mais, même ensuite, il reste dans cette eau une sorte de déchet radioactif, le tritium. On dit que ce n'est pas dangereux pour la nature et qu'on peut le rejeter à la mer, mais les pêcheurs de Fukushima sont fortement opposés à ce rejet de tritium, car la mauvaise renommée de Fukushima serait à nouveau remise dans l'actualité.

     

    Même si les pêcheurs approuvaient le rejet, pour cela TEPCO devrait d'abord diluer l'eau. Mais cela signifie que cela fera encore plus d'eau. Pour rejeter cette eau diluée, il faudra de nombreuses années.

     

     

    Si l'on ne peut pas résoudre ce problème d'eau, les grandes cuves seront constamment en augmentation. L'eau contaminée est le problème majeur et le plus important, mais on n'a aucune méthode efficace pour le résoudre.

     

    Eléments fondus

     

        Dans les trois réacteurs détruits, il reste des éléments fondus, mais il est difficile de savoir dans quel état ils sont, car ils sont trop radioactifs et personne ne peut s'approcher des réacteurs. Le 27 juillet, TEPCO a expliqué que des éléments fondus avaient été trouvés au fond du réacteur n°3.

     

       Un robot résistant à l'eau a été utilisé, car ce réacteur est rempli d'eau. Dans les photos qui ont été prises, on voit une masse comme un rocher, des choses qui ressemblent à des pierres et du sable, une grille tombée et des tubes tombés aussi déjà rouillés. Tout cela est fait d'éléments fondus, de matériaux de construction, etc.

    On suppose que 360 tonnes d'éléments fondus sont dans le réacteur n°3. TEPCO prévoit d'extraire les produits de fusion de l'un de ces trois réacteurs en 2021.

     

    Un dépôt final de déchets nucléaires sera choisi
     

        Le 28 juillet 2017, le gouvernement a publié la carte pour le  stockage final des déchets nucléaires. Jusqu'à présent, il attendait des candidatures volontaires venant des villes, mais une telle option n'a pas fonctionné, c'est pourquoi il a changé sa politique et a fait lui-même une carte des emplacements appropriés et inappropriés pour le dépôt. (Voir la carte plus bas)

     

      Selon l'explication, sont non-compatibles les endroits où :
     1. il y a des volcans actifs dans un rayon de 150 kilomètres,
      2. il y a des failles à proximité,
      3. il y a une érosion ou une élévation de terrain,
      4. la température de la terre est élevée,
      5. l'eau souterraine est très acide,
      6. la terre est molle,
      7. on trouve des traces de coulées de lave apparues il y a plus de 10 000 ans,
      8. il y a des mines de charbon, des champs de pétrole ou de gaz.

     

      Les 7 premiers endroits non compatibles sont coloriés en orange et le dernier endroit est en gris. Ces sites sont situés principalement le long de l'archipel japonais et en suivant les zones volcaniques.

     

    Sont appropriés les endroits où les conditions  mentionnées ci-dessus n'existent pas (couleur vert pâle), et parmi ces emplacements "appropriés", ceux situés le long de la côte sont les plus appropriés pour le transport maritime des déchets nucléaires (couleur verte). Ces endroits compatibles couvrent 60% du pays. Le gouvernement est prêt à donner 2 milliards de yens [15 millions d’euros] aux villes qui acceptent les études sur papier et même 7 milliards de yens [52,5 millions d’euros] aux villes qui accepteront "davantage de recherches".

     

    Mur de glace, eau contaminée, corium et décharge

    Il est prévu de rejeter les déchets nucléaires de la façon suivante :
    1. Les déchets nucléaires sont mélangés avec du verre et forment un bloc (500 kg, 1,3 m de haut et 40 cm de diamètre).
    2. Le bloc est placé dans une caisse en métal recouverte d'argile sur 70 cm d'épaisseur, et on le met dans le sol à plus de 300 mètres de profondeur.

     

    Selon les explications du gouvernement, ce dépôt souterrain aura une surface de 6 à 10 km2 et il y aura plus de 40 000  blocs de ce genre (mélanges de déchets nucléaires et de verre). Le coût total de la construction sera de 3 000 milliards de yens [22,5 milliards d’euros].

     

     Il est prévu que 20 ans seront nécessaires pour choisir l'endroit et 10 ans pour le construire. En attendant, il y aura certainement un fort mouvement d'opposition et des problèmes imprévisibles. C'est pourquoi plus de 30 ans seront nécessaires, et au minimum 50 ans. En outre, personne ne garantit que d'autres accidents majeurs dans les centrales n'auront pas lieu, ni d'autres cataclysmes,  ni des guerres. Les centrales nucléaires présentent un grand danger pour le Japon, mais des politiciens détestables continuent de croire et d'insister auprès des populations  que les centrales nucléaires sont sûres et que leur électricité est bon marché.

     

    Vraiment des imbéciles!

    ___________________________________________________________________________

     

    Le 22 juillet dernier, Hori Yasuo avait également rapporté un article sur le 50ème anniversaire du premier essai atomique en Polynésie française. Vous trouverez le texte original et la traduction française ci-dessous.

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    12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 22:18
    Sites nucléaires de l'oural

    Alors qu’en France, on persiste joyeusement à tout miser sur le nucléaire – enterrement par le gouvernement de l’objectif de 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, mise en service de l’EPR en 2018 en fermant les yeux sur sa cuve défectueuse, mise en service d’un nouveau réacteur de recherche en 2019, poursuite de la création de la poubelle nucléaire à Bure – un accident nucléaire a failli passer inaperçu en Europe. Il s’est produit, selon l’IRSN, entre l’Oural et la Volga, c’est-à-dire très vraisemblablement en Russie.

    Illustration ci-dessus : sites nucléaires russes du sud de l'Oural.

    Dans cet article, j’ai choisi le térabecquerel comme unité de mesure des pollutions radioactives. 1 térabecquerel correspond à 1012 becquerels, soit 1000 milliards de becquerels.

     

    [ Mises à jour en bas de page ]

     

    Le sud de l’Oural, c’est un peu comme notre vallée du Rhône, il y a comme une concentration de sites nucléaires. En Russie, la plupart de ces installations sont situées dans des villes fermées dont les créations, qui remontent au temps de l’Union Soviétique, étaient liées à la fabrication d’armes atomiques. Donc pas étonnant, vu leur âge, que ça pète ou que ça fuie de temps en temps. On comprend aussi pourquoi la Russie actuelle ne peut pas reconnaître un accident nucléaire sur un site secret défense. Tchernobyl, ce n’était pas pareil, c’était une centrale nucléaire de production d’électricité et tout le monde avait été copieusement arrosé au césium-strontium-plutonium-etc., alors au bout de quelques jours, ce n’était pas possible de nier que c’était grave. En revanche, les accidents nucléaires sur des sites secrets, ça doit rester confidentiel. Par exemple, dans le passé, on a appris officiellement mais très tardivement – 33 ans plus tard ! – qu’un très grave accident nucléaire s’était produit en septembre 1957 (tiens tiens, il y a juste 60 ans, radieux anniversaire !) sur le site de Mayak. C’est encore très radioactif là-bas, c’était un accident de niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7. C’était à Kychtym, dans l'oblast de Tcheliabinsk.

    Justement, cet oblast et son voisin Sverdlovsk sont des bons candidats pour avoir été à nouveau victimes d’un accident nucléaire au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la carte que vient de diffuser l’IRSN et qui pointe la région sud de l’Oural comme la très probable origine de la contamination radioactive au ruthénium-106 que vient de subir l’Europe, dont la France. 

    Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

    Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

    Un secteur fortement nucléarisé

    Pas très loin de ce point rouge de la carte de l’IRSN qui représente une probabilité de 60 à 80 %, il n’y a pas moins de 5 sites nucléaires sensibles :

    - la ville fermée de Novoouralsk, où se trouve une usine d'enrichissement d'uranium,

    - la ville fermée d’Oziorsk, où se trouve une usine importante pour le traitement des déchets nucléaires civils et militaires (production de plutonium), près de laquelle se trouve le site de Mayak,

    - la ville fermée de Lesnoï, spécialisée dans la fabrication des armes nucléaires : enrichissement de l’uranium et assemblage d’ogives,

    - la ville fermée de Triokhgorny, spécialisée pour la fabrication de bombes atomiques (assemblage d’ogives),

    - la ville fermée de Snejinsk, second site dédié au programme nucléaire russe, spécialisé dans la conception et le développement d'armements.

    J’ai réalisé une carte reprenant les données de l’IRSN et positionnant les 5 sites nucléaires russes afin de mettre en évidence leur proximité du point le plus probable où aurait eu lieu l’accident. Le point rouge foncé, c’est la probabilité entre 60 et 80 %, la couleur moyenne, c’est la probabilité entre 30 et 60 %, et enfin la couleur la plus claire correspond à la probabilité entre 5 et 30 %.

    Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

    Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

    Est-ce l’un de ces sites qui a eu un problème ? C’est possible, mais on ne le saura sans doute jamais. Ou alors dans 30 ans quand quelqu’un parlera, ou plus tôt si un plus gros accident se produit avant.

     

    Des pollutions radioactives à répétition en Europe

    Je me souviens, en 2012, de l’iode 131 avait été détecté en Europe sans que personne ne puisse (ou ne veuille) dire d’où le problème venait. On se demandait si ça pouvait venir de Fukushima. Il est certain que l’IRSN avait les mêmes moyens qu’aujourd’hui pour faire des simulations de provenance. Mais cet institut, qui est entre autres sous la tutelle du ministère des armées, ne dit pas tout ce qu’il sait. Cependant cette fois-ci, la pollution est tellement gigantesque – entre 100 et 300 térabécquerels de ruthénium-106 – qu’il a fait un effort de communication (Serait-ce parce que le Bureau allemand de sûreté nucléaire était sur le point de l’annoncer ?).

    Et qui se souvient de la pollution radioactive au césium 137 qui a eu lieu en mai-juin 1998 ? Personne à vrai dire, car l’info a été occultée par la coupe du monde de foot. Suite à une erreur, un haut-fourneau d’Algesiras avait fait fondre une capsule de césium 137 d’origine médicale, ce qui eut pour effet de libérer dans l’atmosphère européen 2 à 3 térabecquerels de césium radioactif. Sport et nucléaire ne font pas bon ménage. Je ne peux m’empêcher de penser aux prochains JO qui se dérouleront à Tokyo et à Fukushima

    Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

    Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

    Je me souviens aussi du réacteur de production d’iode médical en Hongrie (institut de production de radioisotopes de Budapest (Izotop Intezet)) qui avait inondé l’Europe en 2011 de 0,6 térabecquerels d’iode 131.

    Et puis plus récemment, ce réacteur de Halden en Norvège qui a rejeté impunément 8 térabecquerels de gaz rares radioactifs en octobre 2016 sans que personne, excepté la Criirad, ne s’inquiète de quoi que ce soit.

    Et rappelez-vous encore, au début de cette année 2017, personne n’a su dire d’où provenait cet iode radioactif détecté dans de nombreux pays d’Europe.

    L’homme, par les essais nucléaires passés, avait déjà rendu notre atmosphère comme « une chambre à gaz atomique ». Les nouvelles des accidents nucléaires sont donc toujours de mauvaises nouvelles, car les gaz et les nanoparticules radioactives sont produits souvent pour des dizaines d’années ou des siècles. A l’échelle d’une génération, chaque pollution nouvelle s’ajoute donc aux précédentes. On ne peut pas supprimer la radioactivité, à chaque fois qu’on la déplace, elle se remobilise dans le vent, la pluie, la poussière… et les organismes vivants.

     

    Accident russe ?

    Tout le monde s’accorde à dire que la pollution au ruthénium ne vient pas d’un accident de centrale nucléaire, mais plutôt d’un site de retraitement. En 2016, l’ACRO avait aussi relevé une pollution au ruthénium à côté du site de retraitement de la Hague. Il n’y a donc pas qu’en Russie que des problèmes surviennent.

    Le ruthénium-106, produit de fission, a une période de plus d’un an, donc la pollution sera active durant une dizaine d’années. Pauvres riverains russes, pauvres Européens. La Criirad fait bien de dénoncer l’absence de prise de mesure pour les populations concernées. Mais la Russie dément. On se demande à quoi sert l’AIEA, soi-disant « gendarme du nucléaire », incapable de dénoncer publiquement le coupable de ce nouveau crime atomique…

     

    Pierre Fetet

     

    ____________________________

     

    Sources :

    - Détection de ruthénium-106 en France et en Europe : résultat des investigations de l’IRSN (9/11/17)

    - Contamination par le ruthénium 106 : les rejets radioactifs sont considérables et proviendraient de Russie ou de pays proches (10/11/17)

    - Wikipédia, et autres sources dans le texte.

     

    Non source :

    - Site de l'AIEA : aucune information sur la pollution au ruthénium à ce jour

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 19/11/17


    - Nouveau communiqué de la Criirad (17/11/17)

    POLLUTION AU RUTHENIUM 106

    La CRIIRAD met en cause l’AIEA et l’OMS et dénonce l’inertie de l’Europe.

     

    - Article de Nuclear News (17/11/17)

    Europe: carelessness, cowardice or concealment of radiation accidents?

     

    - Article de NPR (17/11/17)

    Clues In That Mysterious Radioactive Cloud Point Toward Russia

     

    - Article de Safecast (16/11/17, mise à jour 17/11/17)

    About that radioactive plume of Ru-106

     

    - Rapports de l'AIEA

    IAEA: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

    IAEA: Technical Attachment: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 20/11/17

     

    Analyse de la situation par Alain Dubois

    - Ces impalpables nuages radioactifs (20/11/17)

     

    Poursuite de l’action exemplaire de la Criirad

    - Pollution au ruthénium : la CRIIRAD interpelle l’AIEA et l’OMS (20/11/17)

     

    L’omerta commence à se fissurer. Difficile de cacher un accident de niveau 5 sur l’échelle Ines !

    - La Russie reconnaît avoir enregistré une pollution radioactive sur son territoire (20/11/17)

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 22/11/17

     

    - Certains médias s’emballent. Ils confondent parfois une agence météo avec le Kremlin. "La Russie reconnait..." et "La Russie dément..." se côtoient dans les moteurs de recherche.

     

     

    Le Parisien sort une carte osée qui semble affirmer, "selon l'IRSN", que le site de Mayak est l'origine de la pollution au ruthénium 106. Pourquoi pas, mais dans le même temps, la Russie dément toute pollution. Quelle source officielle croire ? la Russie ou l'IRSN ?

     

    Nouvel accident nucléaire en Europe ?

    - La Criirad rappelle que rien n'est sûr, que la pollution relevée par l'agence météo russe est bien moindre que celle modélisée par l'IRSN. Et que si l'on considère que la Russie n'est pas responsable ou que la pollution est minime, alors la modélisation de l'IRSN est fausse.

    Ruthénium 106 : le mystère reste entier ! (22/11/17)

     

    - Le réseau sortir du nucléaire, en se basant sur le témoignage de la réfugiée politique Nadezda Kutepova, penche aussi pour une pollution venant du site de Mayak et édite une autre carte tirée de Daily Mail dans un dossier consacré à cette pollution :

    Nuage de Ruthénium-106 : que s'est-il réellement passé ? :

     

    Nouvel accident nucléaire en Europe ?

    Je vous conseille la lecture du communiqué de Nadezda Kutepova, c'est très instructif sur la manière dont peut se produire une pollution de ruthénium et sur ce qui se passe en Russie.

     

    On ne peut s'empêcher de penser aussi à l'arrivée massive de combustible nucléaire usé à Mayak en août 2017 : 20 000 assemblages de sous-marins nucléaires russes à traiter en provenance de la baie d'Andreeva, dont parlait cet article de Nuclear News :

    Mayak receives nuclear sub fuel from Andreeva Bay (17/08/17)

     

    Pour l'ACRO, qui déplore également le silence de l'AIEA, " un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret ".

    Fort rejet radioactif enfin reconnu en Russie, avec données sur place

     

    Selon The Telegraph News, "Evgueni Savchenko, le ministre de la Sécurité publique de la région de Tcheliabinsk, (...) a affirmé qu'il était suspect que la fuite ait été signalée en France, "où il y a une installation de traitement des déchets nucléaires qui est en concurrence avec notre Mayak"."

     

    Une chose est sûre ce soir : tout n'est encore qu'hypothèses et confusion ! Il faudrait une enquête internationale indépendante pour connaître la vérité sur ce qu'il s'est réellement passé.

    ___________________

     

    Mise à jour du 23/11/17

     

    - Article de Azby Brown sur le blog de Safecast (22/11/17)

    Ruthenium coverup continues

     

    - Actu-environnement (23/11/2017)

    Pollution au ruthénium 106 : la Russie ne joue pas franc-jeu

     

    - Communiqué de la députée Michèle Rivasi (23/11/17)

    Ruthénium 106 : il est nécessaire d'agir rapidement !

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 24/11/17

     

    - D’après le moteur de recherche google, la RTS a publié un article le 24/11/17 intitulé « Transparence réclamée dans l'affaire de la pollution au ruthénium-106 ». Mais cet article a été retiré de la Toile.

     

    - Selon le journal de Montréal (24/11/17), une commission scientifique russe va enquêter sur l’origine de la pollution radioactive détectée fin septembre dans le sud de l’Oural.

    Russie : des scientifiques vont enquêter sur la pollution au ruthénium-106

     

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    Mise à jour du 25/11/17

     

    - Interview de Jean-Marc Péres, directeur général adjoint de l'IRSN, dans l'émission "La question du jour" de Guillaume Erner sur France Culture (23/11/17)

     

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 26/11/17

     

    - Article fouillé de Blandine Le Cain sur la catastrophe de Mayak en 1957

    Pollution au ruthénium 106 : l'accident nucléaire de Maïak resurgit soixante ans après

     

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    Mise à jour du 29/11/17

     

    - Nadezhda Kutepova alerte depuis 15 ans sur les dangers du site de Maïak. Un article et une émission de France TV info (29/11/17). Malgré la pollution au ruthénium 106, l'AIEA ne compte pas faire d'inspection à Maïak !

    Fuite de ruthénium : une militante russe réfugiée en France s'attaque au tabou du nucléaire en Russie

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    Mise à jour du 6/12/17

     

    - Article de synthèse de Tatyana Ivanova,  journaliste biélorusse résidant aux États-Unis, dans le site Lobe Log (5/12/17) : la source de la pollution se précise, bien que la Russie nie toute implication : la source de la diffusion du Ru-106 pourrait être l'installation numéro 235, qui vitrifie les déchets hautement radioactifs à Mayak. Le même accident, selon l'AIEA , s'est produit en 2001 dans l'usine de retraitement de combustible nucléaire à La Hague. "Un nouveau four de vitrification - le SverdNIIkhimmash EP-500/5 - a été mis en service à l'usine numéro 235 de Mayak à la fin du mois de décembre 2016."

    Nuclear Russia Scares the World (Again)

     

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    Mise à jour du 18/12/17

     

    - L'Acronique de Fukushima fait le point le 14 décembre : " Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article. "

    Lire la suite en cliquant ici

    ___________________

     

    Mise à jour du 19/12/17

     

    - La Criirad a réalisé un dossier conséquent de 34 pages (à télécharger ci-dessous) concernant cette affaire qui malheureusement est restée sans dénouement. Le laboratoire indépendant alerte : tous les voyants sont au rouge, il faut que les instances internationales réagissent.

     

    Dossier : Ruthénium 106, Trait d'Union n°76, décembre 2017 (Criirad)

    Nouvel accident nucléaire en Europe ?

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    Mise à jour du 15/02/18

     

    Chaque pays enquêtant sur la fuite radioactive en Russie pense qu'elle vient de Mayak - sauf la Russie...

    L'ONG norvégienne Bellona fait le point dans cet article où l'on apprend que la fuite a pu se produire lors de la fabrication d'une capsule de cérium 144.

    http://bellona.org/news/nuclear-issues/2018-02-western-scientist-show-evidence-of-a-radiation-leak-at-mayak-russia-disagrees

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    Mise à jour du 10/03/18

     

    Article en allemand du Dr Alex Rosen, de l'IPPNW

    Woher stammte die radioaktive Wolke über Europa?
    (D'où vient le nuage radioactif ?)

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    Mise à jour du 30/03/18

     

    Un nouveau communiqué de la Criirad du 27/03/18 qui remet en cause les rapports officiels :

    RUTHENIUM 106 : UN INCROYABLE FIASCO

    Des experts internationaux qui se discréditent,
    un taux sidérant d’anomalies dans le rapport de l’IRSN,
    il y a de plus en plus de zones d’ombre dans le dossier du ruthénium 106.

     

    ___________________

     

    Mise à jour du 25/08/18

     

    Selon l'AIPRI, " l’unique certitude absolue est que cette grave effluence qui a libéré de 6 à 18 millions de Sievert « respirables » et assassins n’est pas le fait d’un brutal épisode de fission fraiche, ou d’une excursion de carburant atomique.  Si cela avait été le cas la détection du Ru106 aurait été accompagnée par la détection de centaines d’autres radioéléments et la radioactivité par m3 aurait obligatoirement partout été jusqu’à des centaines de fois plus élevée pour être en proportion du Ru106 relevé."

    Lire l'article du 16 juin 2018 en entier : Ruthénium 106

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    30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:41

    Source : PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA) 2017 114: 11092-11096.

    Titre original de l’étude : Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan

    Auteurs : Virginie Sanial, Ken O. Buesseler, Matthew A. Charette et Seiya Nagao

    Lien source : http://www.pnas.org/content/114/42/11092.full#sec-1

    Traduction partielle et commentaires : Evelyne Genoulaz

     

    Points forts

     

                « Cinq ans après l’accident à la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi, des niveaux d’activité en radio-césium (Cs 137) les plus hauts jamais relevés ont été observés au loin du site de la centrale nucléaire, dans des nappes d’eau saumâtre situées au-dessous de plages sablonneuses.

                Notre hypothèse est que le radio-césium s’est déposé sur les surfaces minérales en front de mer, dans les jours puis les semaines après l’accident, par un échange d’eau de mer dû aux vagues et aux marées. Après le décroissement de la concentration en radio-césium dans l’eau de mer, ce dernier est retourné dans l’océan par le biais des rejets d’eau souterraine sous-marine, à un taux équivalent aux rejets directs de la centrale nucléaire et à celui du ruissellement des eaux.

                Il conviendrait de prendre en compte ce vecteur nouveau et inattendu, concernant le rejet de radionucléides dans l’océan, quand il s’agit d’aménager les zones côtières où sont situées des centrales nucléaires. »

     

     

    Résumé

               

                « On dénombre 440 réacteurs opérationnels dans le monde, dont la moitié environ sont situés au bord d’une côte. C’est le cas de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP), qui a subi une multiple fusion de ses réacteurs en mars 2011, à l’origine d’un rejet de radioactivité dans le milieu marin.

                Tandis que les phénomènes de dépôt à la surface de l’océan par voie atmosphérique ou par le biais des rivières sont habituellement bien connus après un accident nucléaire, aucune étude ne s’est jamais focalisée sur des voies souterraines.

     

                Tout le temps qu’a duré notre étude [2013 - 2016], nous avons observé des niveaux en Césium 137 les plus élevés qui soient – jusqu’à 23 000 Bq/m3 à l’extérieur du site de la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi – non pas dans l’océan, ni dans les rivières, ni non plus dans les nappes phréatiques d’eau potable, mais dans les eaux souterraines au-dessous de plages de sable, à plusieurs dizaines de kilomètres de la centrale.

                Dans ce cas précis, nous pouvons attester à l’évidence d’une source en Cs 137 issu de Fukushima, insoupçonnée jusqu’alors, et qui se déverse en continu le long de la côte océanique.

                Nous postulons que ces sables de plages ont été contaminés en 2011 par du Cs hautement radioactif contenu dans de l’eau de mer, au gré des échanges provoqués par le phénomène des vagues et des marées.

                Nous avons mesuré la quantité de la désorption en Cs qui s’en est suivie, de même que l’écoulement fluide provenant des sables de plage, en utilisant comme marqueur les occurrences naturelles d’isotopes de radium.

     

                Nous estimons que cette source de Césium dans l’océan (0,6 TBq/an) est d’une magnitude équivalente aux rejets persistants de Cs en provenance de Daiichi de 2013 à 2016, comme aux dépôts de Cs 137 de Fukushima qui ont été dissous dans les rivières.

                Bien que cette source, qui continue de se déverser, ne présente pas actuellement de risque sanitaire pour la population du japon, le rejet de Cs sous cette modalité et à une telle échelle doit être pris en compte, quand il s’agit d’installer une centrale nucléaire et, à l’avenir, dans les simulations de scénarios d’accidents. » 

     

                [En ce qui concerne l’accident nucléaire de Fukushima]

                « Plus de 80% des retombées atmosphériques se sont déposées dans l’océan, et pour la plupart dans l’environnement marin à proximité du rivage. En outre, de l’eau de refroidissement contaminée a été déversée directement dans l’océan, ce qui fait de la catastrophe de FDNPP le plus important déversement accidentel de radionucléides dans l’océan. Le Césium-137 est un produit de fission abondant à l’ère de l’énergie nucléaire et ce depuis les essais nucléaires, dont la présence dans l’environnement à partir du moment où il y est rejeté, persiste pendant des décennies en raison d’une longue demi-vie   (30,2 années). La majeure partie des rejets de Cs 137 issu de Fukushima ont eu lieu au cours du premier mois de l’accident. Les sources connues des rejets qui perdurent englobent les rivières et le flux des eaux souterraines dans les sous-sols de FDNPP, mais, à titre de comparaison, ils sont plus de mille fois inférieurs aux rejets de 2011, bien qu’ils durent depuis bientôt six ans.

                Le déversement d’eaux souterraines sous-marines a été reconnu comme un important vecteur de transport de matières, depuis les terres jusque dans l’océan, mais on n’avait jamais évalué ce process de transmission continue de radionucléides à l’environnement côtier, au-delà des abords de FDNPP.

     

                Nous exposons ici l’activité du Cs 137 mesurée dans les eaux souterraines recueillies au-dessous de plages jusqu’à une distance de 100 km de FDNPP.

                Huit plages ont été examinées de 2013 à 2015, en particulier une étude aux prélèvements plus intensifs a été conduite sur la plage de Yotsukura, à 35 km au sud de FDNPP. On a fait des prélèvements supplémentaires dans une nappe phréatique d’eau douce et d’eau de rivière à proximité de ces plages sablonneuses.

     

    Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP).  A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016.  B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

    Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP). A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016. B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

    Résultats et discussion

     

                « L’activité du Cs 137 dissous (< 0,45 µm) dans l’eau souterraine des plages s’étend sur trois ordres de grandeur, avec une valeur maximale de 23 000 à plus ou moins 460 Bq/m3 (Fig. 1B et graphique S1). A titre de mise en perspective, trois des prélèvements effectués dans les eaux souterraines de la plage de Yotsukura dépassaient la limite de l’eau de boisson au Japon à 10 000 Bq/m3, quoique personne ne soit jamais exposé à ces eaux ni n’en boive, et ceci dit en précisant que le risque sanitaire pour la population n’est pas, ici, notre préoccupation première. 

                L’activité du Cs 137 est en général plus élevée dans les eaux souterraines des plages que dans l’eau de mer, des rivières ou encore des sources, tout comme dans l’eau souterraine des puits utilisés pour l’irrigation.

                L’activité du Cs 137 dans l’eau de mer a décru rapidement après l’accident, et concernant la période de notre étude, l’activité médiane dans les 100 km de la ligne de côte (le port de la centrale mis à part) est de 14 Bq/m3 (Fig. S1).

                Dans l’eau douce, l’activité du Cs 137 dissous reste _en-dessous de la limite de détection_ de 5,8 à plus ou moins 0,2 Bq/m3 (Graphique S1).

                Donc, l’activité du Cs 137 dans l’eau souterraine des plages ne peut pas s’expliquer par le mélange classique, bien connu, entre des sources d’eau douce et d’eau salée. C’est pourquoi son origine doit être recherchée dans des sables de plage enrichis en Cs 137. »

     

    Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

    Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

    Résumé de la légende figurant dans l’étude en américain :

     

    Activité médiane de 2013 à 2015 = 14 Bq/m3 / base de données de la JAEA emdb.jaea.go.jp/emdb/en/

    Remarque : Les auteurs notent que « la JAEA n’a pas publié de données pour l’année 2016, cependant selon la NRA, l’activité du Cs 137 est demeurée constante de 2013 à 2016 dans  les eaux de surface au large du rivage » ; de même, pas de données pour les eaux du port ; or « TEPCO a rapporté une activité sensiblement identique dans le port de 2013 à 2016 ». C’est dans ces conditions que les auteurs font « l’hypothèse que les activités médianes sont valides pour la période 2013-2016 ».

     

     

    Je résume l’information essentielle du graphique S2 :

    A la plage de Yotsukura Beach, à 35 km au sud de FDNPP, 4 sortes de prélèvements furent réalisés le 26/11/2016 :

    depuis la surface jusqu’à 40 cm de profondeur, l’activité du Cs 137 est relativement constante (17 à 4 Bq/kg)

    au-dessous de 40 cm, l’activité augmente suivant la profondeur (valeurs maximales 700 à 60 Bq/kg) cf. Fig. S2

    « C’est un ordre de grandeur supérieur au maximum relevé dans l’inventaire des sédiments marins au large de la centrale ; un facteur de 4 par rapport aux prélèvements dans les sols de la zone d’accès restreint, et dépassant les relevés des sols de la région de Yotsukura. Par conséquent, cet enrichissement du Cs 137 en profondeur n’a pas été causé par les retombées atmosphériques de Fukushima, car si ç’avait été le cas, le Cs 137 aurait été bloqué dans les couches supérieures du sable, comme il a été démontré pour les terres (cf. note 10).

     

    Par conséquent, nous devons envisager une autre explication à l’intense activité du Cs 137 dans le sable de plage et la nappe phréatique […]

     

                L’augmentation du rayonnement du Cs 137 dans la zone de surf à marée descendante, est la preuve évidente que du Cs 137 en provenance de la nappe phréatique se déverse en mer sous l’effet de la force d’attraction de la marée. »

     

    Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

    Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

    « Comme il est expliqué dans le texte, les deux sources de contamination de l’océan connues et toujours en cours sont la centrale Daiichi, par l’écoulement en provenance de son port (0,6 TBq/an) et les eaux de ruissellement des rivières (0,2 à 1,2 TBq/an). Nous indiquons dans cette étude une source de contamination de l’océan en Césium 137 dissous, jusqu’alors insoupçonnée : le rejet par les eaux souterraines sous-marines (SGD), le long de la côte du Japon,   de 0,2 à 1,1 TBq/an (moyenne 0,6 TBq/an).

            Les principales forces tirant cette eau sous-marine depuis les plages sont :

                les vagues (W), la charge hydraulique (H), la force marémotrice (T) et la convection (C).

                [de gauche à droite : eau douce, eau saumâtre, eau salée]

     

         Le courant côtier, en se dirigeant vers le Sud (représenté par la flèche en bleu clair), a pu charrier du Cs 137 extrêmement radioactif, dont une partie fut absorbée par les sables des plages puis rejetée plus tard, de la façon dont l’indique cette étude. »

     

     

     

    Je résume maintenant la suite de l’étude, pour une lecture plus fluide.

     

    Graphique S3.

    Graphique S3.

     

                Le graphique S3. illustre l’activité de la marée et les rayonnements en Cs 137, Ra 223 et Ra 224 dans les échantillonnages prélevés sur la zone de surf à la plage de Yotsukura (en novembre 2016)

                C’était par une faible marée et des rayonnements plutôt bas ont été mesurés lors de la marée montante, « preuve que c’est l’eau souterraine qui alimente en Cs et en Ra la zone de surf, et qui démontre le rôle joué par la force d’attraction de la marée, dans le rejet à l’océan de Cs en provenance de la nappe aquifère. »

                Cette dernière hypothèse, expérimentée, est décrite ensuite… En voilà la conclusion :

                « Nous avons mis en évidence que les sables de plage sont capables de stocker une grande quantité de Cs 137 en profondeur, qui peut au fil du temps être relâché par l’intrusion de l’eau dans les plages, puis rejeté dans l’environnement sur la côte via les procédés d’échanges eau souterraine / eau de surface. »

     

    Graphique S4.

    Graphique S4.

                 Le graphique S4. présente ensuite les expérimentations sur l’adsorption / désorption c’est-à-dire que le sable absorbe les radionucléides, puis les réexpulse au fil du temps. Noter que les échantillonnages ont été prélevés à moins de deux mètres de profondeur.

     

    Graphique S6.

    Graphique S6.

     

     

                Le commentaire de la figure S6. indique qu’« au-delà du site de la centrale de Fukushima Daiichi, la source d’eau sous la plage domine le flux de Cs 137 rejeté sur la côte océanique via la décharge des eaux souterraines sous-marines.(..) l’autre source de Cs 137 issu de la catastrophe de Fukushima, provient des rivières. Il a été montré que les typhons et les fortes précipitations augmentent le flux d’écoulement des rivières (..) Enfin, étant donné que 90% environ du Cs est irréversiblement accroché aux sédiments en suspension sur les rives, on en déduit que le rejet de Cs 137 par la voie des eaux souterraines sous les plages sablonneuses est similaire en magnitude aux deux autres sources majeures, celle qui provient de la centrale et celle en dissolution dans les rivières. De la même façon qu’on s’attend (selon une projection) à une décroissance du Cs 137 charrié depuis les terres, tout comme dans le port de la centrale, on s’attend à ce que la concentration en Cs 137 dans les sables finisse par diminuer avec le temps en raison de la désorption, et ce faisant, à ce que la source provenant du sable finisse par se tarir. »

     

     

     

    Conclusion

     

    « Cette étude démontre qu’en parallèle à la nappe aquifère proche de FDNPP, des rayonnements en Cs 137 les plus hauts qu’on ait enregistrés à ce jour dans le milieu aqueux au Japon sont associés aux eaux saumâtres situées au-dessous de plages.

                Cette découverte induit que les sables des plages servent de réservoir au Cs 137, qui se trouve ensuite relâché dans l’océan par un rejet d’eau sous-marine souterraine.

                En utilisant les isotopes de Radium, nous avons été en mesure de donner une estimation de la magnitude de ce flux et nous avons établi qu’elle est similaire à celle des autres sources actuelles, y compris les rejets en provenance du port de la centrale.

                Cette origine inattendue et persistante du Cs 137 nécessite une investigation approfondie, en particulier des prélèvements plus systématiques dans l’espace et le temps, étant donné la variabilité que nous avons pu observer concernant le Cs 137 dans les eaux souterraines ou dans les sables.

                 Les implications de notre étude vont bien au-delà de l’événement de Fukushima, elles concernent tous les sites de centrales en bord de côte, et cette découverte devra être prise en considération quand il s’agira d’évaluer le devenir des radionucléides dans l’océan faisant suite à des rejets intentionnels (par exemple Sellafield) ou à des rejets accidentels. »

     

     

     

    Citations de l’étude, parue dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) :

    V. Sanial et al. Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan. Proceedings of the National Academy of Sciences. Published online October 2, 2017. doi: 10.1073/pnas.1708659114.

     

    Virginie Saniala,1, Ken O. Buesselera,1, Matthew A. Charettea, and Seiya Nagaob

    Author Affiliations

    Publié par David M. Karl, Université de Hawaï, Honolulu, HI, et approuvé le 28 août 2017 (soumis le 24 mai 2017)

     

     

    ———————————

     

    En guise d’avertissement… (E.G.)

     

    Plusieurs plages à Iwaki ont été rouvertes au public. La première, celle de Nakoso à 65 km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi puis la plage de Yotsukura, dont il est question dans cette étude le 15 juillet 2013.

    Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

    Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

     

    La plage de Usuiso à Iwaki l’été dernier, avec de beaux articles de propagande dans les journaux.

    Jusqu’à présent, seuls les rejets de l’eau contaminée en provenance de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi pouvaient être incriminés pour le risque sanitaire. Or, cette nouvelle étude indique que la fréquentation des plages peut être dangereuse, par exemple « à marée descendante » en raison de la désorption du Césium 137 dans l’eau de mer…

    Il y a 80 kms de plages sur la côte de Fukushima…

    Par ailleurs, une étude en France publiée en 1997 (Ed. La Découverte) s’est interrogée sur les causes de leucémies significativement nombreuses aux abords de la Hague (Jean-François VIEL, La santé publique atomisée : radioactivité et leucémies, les leçons de La Hague) et c’est là aussi la fréquentation de la plage qui s’est avérée particulièrement dangereuse.

    Une source inattendue de radiocésium issu de Fukushima sur la côte océane du Japon

    Par la suite, des prélèvements ont été faits en mer, par Greenpeace, par la CRIIRAD, au niveau de la conduite qui décharge directement en mer des effluents radioactifs en provenance des installations.

    Ici comme à Dounreay en Ecosse, les rejets dans la mer ne sont pas plus incriminés que les rejets dans l’atmosphère. A Sellafield aussi, les leucémies sont demeurées « un mystère »…

     

    Or, Jean-François Viel a établi un risque significatif, relativement au développement de leucémies chez les enfants, associé à «la fréquentation récréative des plages», dès cette étude de 1997.

     

    _________________

     

    Il est donc évident qu’ici ou là, la fréquentation des plages présente un risque sanitaire  non négligeable pour les populations.

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    25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 18:27

    En introduction au nouveau texte de Hori Yasuo sur le pacte d'abolition des armes nucléaires, je voudrais rendre hommage à Paul Signoret dont j’ai appris avec tristesse la disparition cet été, à l’âge de 95 ans. Sensible à la catastrophe nucléaire de Fukushima, il traduisait en français les textes de Yasuo depuis 2012, puis en collaboration avec Ginette Martin.  Pour Yasuo, Paul était son père spirituel en espéranto, langue qu’il avait pratiqué activement toute sa vie. Je salue ici le travail d’un homme généreux, humble et rigoureux, qui a facilité une communication directe et de qualité entre le Japon et la francophonie.  PF 

    (photo ci-dessus : Hori Yasuo et Paul Signoret en 2015)

     __________________________

     

    L’Humanité ne peut vivre avec le nucléaire

     

    Texte de HORI Yasuo du 15 août 2017 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

     

     

    Cet été est le premier été mémorable après l'adoption du pacte d'abolition des armes nucléaires par 122 pays le 7 juillet 2017 aux Nations Unies. Le nom officiel de ce pacte est  "Pacte pour l'interdiction de l'exploitation, des essais, de la production, du stockage, du transfert, de l'utilisation et de la menace par l'utilisation des armes nucléaires, et pour leur élimination". Lorsque 50 pays le signeront,  il entrera en vigueur 90 jours plus tard. 

    Le texte original en espéranto

    L’Humanité ne peut vivre avec le nucléaire

    La carte ci-dessus indique quels pays ont approuvé le pacte.
    Malheureusement, le Japon ne l'a pas approuvé, ainsi que des pays possédant des armes nucléaires, ni des pays sous le parapluie nucléaire américain.

     

    Chaque année, le 6 août à Hiroshima et le 9 août à Nagasaki, se déroule la Cérémonie pour la Paix. Lors de la cérémonie à Nagasaki, le maire Taue Tomihisa a parlé de la grande importante de ce pacte :

    « Jamais plus d'hibakushas (irradiés par les bombes atomiques)! Cette phrase, selon leur désir fervent, signifie que plus personne ne doit souffrir des armes nucléaires. Ce désir fait bouger de nombreux pays dans le monde et a donné naissance à ce pacte. Le pacte sur l'abolition des armes nucléaires a été adopté par 122 pays, plus de 60% des pays membres des Nations Unies. C'est le fruit d'un effort de plusieurs années des hibakushas. J'aimerais appeler ce pacte, le "Pacte d'Hiroshima et Nagasaki". Et je remercie les pays, les Nations Unies et les ONG qui soutiennent courageusement ce pacte avec une forte volonté d'éliminer les atrocités inhumaines.

     

    Mais ce n'est pas la fin de notre mouvement. Maintenant, il y a 15 000 armes nucléaires dans le monde. La situation politique internationale en ce qui concerne les armes nucléaires est de plus en plus menaçante et  maintenant se répand la crainte que, dans un proche avenir, des armes nucléaires ne soient utilisées. En outre, les pays qui possèdent des armes nucléaires s'opposent au pacte, de sorte que notre chemin vers un monde sans nucléaire est obscur. Le moyen de faire vivre le pacte nouveau-né est important pour l'humanité."

     

    Et ensuite le maire de la ville a fortement critiqué le gouvernement japonais :

     

    Nous voulons dire ceci au  gouvernement japonais. Il n'a même pas assisté à la réunion pour le pacte, bien qu'il prétende qu'il jouera le rôle principal d'intermédiaire entre les pays dotés d'armes nucléaires et les pays qui n'en ont pas, afin de créer un monde sans nucléaire. Nous, les villes qui avons reçu des bombes atomiques, nous ne pouvons absolument pas comprendre son attitude. Le gouvernement du Japon, en tant que seul pays ayant reçu des bombes atomiques, doit approuver rapidement le pacte, en modifiant sa politique et ceci indépendamment du parapluie nucléaire américain. La communauté internationale attend cela.

     

    Le devoir du Japon est de promouvoir dans le monde l'idée pacifique de la Constitution japonaise, qui a déclaré que le Japon ne doit plus faire la guerre,  doit observer les trois principes* concernant les armes nucléaires, et maintenant étudier la possibilité d'établir une « zone sans nucléaire dans le nord-est de l'Asie » comme l'une des mesures concrètes pour un monde non nucléaire.

    * Le Japon ne doit ni posséder, ni produire, ni introduire des armes nucléaires.

    Au cours de cette même cérémonie, en tant que représentant des hibakushas, Mr Fukahori Joshitosi  a déclaré: 

    "A ce moment-là, j'étais en fonction dans un bureau à 3,6 km de l'épicentre. A 11h et 2 minutes, un éclair blanc a jailli et un bruit d'explosion s'est fait entendre, et tout de suite je me suis caché sous la table. Dans la soirée, nous avons été autorisés à rentrer chez nous et j'ai atteint le pied du Mont Konpira, et j'ai rencontré des personnes qui descendaient de la ville de Nagasaki. Elles m'ont recommandé de ne pas aller plus loin, parce que toute la ville était en feu. Je me suis arrêté et, le lendemain matin, je me suis dirigé vers la gare de Nagasaki, en longeant la voie ferrée. La gare et ma chère ville avaient complètement disparu, comme si j'étais dans un autre monde. Je suis arrivé à ma maison, mais elle était détruite. Ma sœur aînée était morte à l'intérieur, on aurait dit qu'elle avait essayé de serrer la poutre avec son bras droit. Si j'étais revenu à la maison la veille, j'aurais pu l'aider. Je le regrette beaucoup à présent.

     

    Cette bombe atomique a subitement détruit 74 000 personnes et blessé 75 000 autres. Ceux qui s'étaient à peine enfui du lieu bombardé ont souffert de maladies inconnues et sont bientôt morts.

     

    Je crois que l'humanité ne peut pas vivre avec le nucléaire. En mars 2011, l'accident nucléaire s'est produit dans la centrale nucléaire n ° 1 de Fukushima et, par conséquent, tous les réacteurs nucléaires ont été arrêtés. Nous étions tous terrifiés par tout ce qui était nucléaire, mais même dans cette situation, le gouvernement a remis en route de plus en plus de réacteurs. Dans le Japon qui est un pays sismique, toutes les règles précises et strictes concernant les centrales nucléaires sont insuffisantes face aux tremblements de terre. Je pense que le Japon devrait dépendre davantage des énergies naturelles.

     

    Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a évolué grâce à sa constitution pacifique et, de cette façon, le Japon est fiable et hautement estimé par les pays d'Asie et du monde. Ne perdons pas cet héritage. N'oublions pas notre devoir en tant que seul pays bombardé.

     

    En 1979, nous, les 6 survivants de Nagasaki, avons commencé à rassembler des photos de notre ville bombardée et nous avons recueilli et examiné 4 000 photos. Nous croyons à la force de ces photos qui présentent au monde la réalité de la ville bombardée et, grâce à ces photos, nous travaillerons pour un monde pacifique et pour l'abolition des armes nucléaires."

    Après la cérémonie, les représentants des six organisations d'irradiés atomiques ont rencontré le Premier ministre Shinzō Abe. En tant que représentant de ceux-ci, M. Kawano du Centre du Mouvement pour la Paix a déclaré au Premier ministre :  

    "Nous sommes très heureux que le pacte d'abolition des armes nucléaires ait été adopté. M. Abe, dans quel pays êtes-vous en fonction comme premier ministre ? Allez-vous nous rejeter ? Ou est-ce nous qui allons vous rejeter ? C'est en ce moment que notre pays doit mettre l'accent sur l'abolition des armes nucléaires. "

    Le Premier ministre Abe a répondu, sans faire allusion au pacte : "Afin de créer un monde véritablement sans nucléaire, il est important que les pays dotés d'armes nucléaires et ceux qui n'en ont pas travaillent ensemble".

    Après la réunion, M. Kawano a déclaré: "Je lui ai demandé dans quel pays il était en fonction, mais il n'a pas répondu. Il n'a même pas fait allusion au pacte. C'est incroyable."

     

    Le Premier ministre Abe insiste sur le fait qu'il jouera le rôle d'intermédiaire des deux côtés, mais c'est impossible pour lui. Le 6 août, au large de l'Australie, un avion Osprey s'est crashé et 3 soldats sont morts. Cet Osprey appartient à la base américaine d'Okinawa, et le gouvernement japonais a demandé un arrêt des exercices d'Osprey au Japon jusqu'à ce que le crash soit expliqué, mais les États-Unis ont ignoré cette demande, et le 8 août on a recommencé les exercices à Okinawa, et ensuite le gouvernement a approuvé cela, prétextant que les États-Unis avaient garanti la sécurité. Ainsi, en de telles circonstances, le Japon se contente de faire une demande, puis aussitôt il approuve l'action des États-Unis en fonction des informations fournies par les États-Unis. Le Japon n'a jamais critiqué les États-Unis, ni ne leur a fait aucune recommandation. Nous ne croyons absolument pas qu'un tel gouvernement puisse persuader les États-Unis d'abolir les armes nucléaires. Avec ce Premier ministre, le Japon sera perpétuellement un vassal  et un serviteur des États-Unis.

     

    Lorsque les hibakushas ont commencé à agir pour faire adopter le pacte, il semblait à tous que ce n'était pas réalisable, mais après 72 ans, leur rêve a été réalisé. Comparé à cet effort, faire partir le Premier ministre Abe est très facile. Dans peu de temps nous connaîtrons ce jour-là.

     

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    11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 23:27

    Ces dernières semaines, Tepco a concentré ses efforts sur le réacteur 3. Il a donné les résultats des images obtenues avec les muons, publié les photos et vidéos des investigations à l’intérieur de l’enceinte de confinement, et commencé à construire une couverture au bâtiment.

    Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

    Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

    Prospections dans l’enceinte de confinement

     

    Après les prospections des bâtiments et des enceintes de confinement du réacteur 1 et du réacteur 2, Tepco a continué ses investigations dans le réacteur 3 du 19 au 22 juillet. Un petit robot submersible relié par un fil a été envoyé sous la cuve du réacteur. A l’intérieur, on ne reconnaît pas grand-chose, il semble qu’il y ait eu plus de dégâts que dans les autres réacteurs. On distingue une grille métallique tombée au fond de l’enceinte de confinement, mêlée à ce qui pourrait être du corium et des sédiments. Cette grille était située à l’origine sur la plateforme sous la cuve.

    Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

    Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

    Les images rapportées par la caméra montrent des structures recouvertes d’éclaboussures de corium. Tepco suppose que le corium s’est infiltré par les trous situés en bas de cuve qui permettent d’actionner les barres de contrôle. Le béton est très altéré par endroit, se détachant en écailles.

    Pour voir les trois vidéos de Tepco, c’est ici

    Pour une analyse des structures, se reporter au site de SimplyInfo ou de l’Acronique de Fukushima

    Sources Tepco (photos, vidéos et rapports) :

    - inspection du 19 juillet

    - inspection du 21 juillet

    - inspection du 22 juillet

     

    Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

    Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

    Scan du réacteur

    Comme pour les deux autres réacteurs, Tepco a produit une image du réacteur grâce à la technique des muons cosmiques. Le rapport date du 27 juillet, la mesure avait commencé en mai.

    Tepco conclut qu’il n’y a pas de grande quantité de corium dans la cuve. La plus grande partie du corium pourrait se trouver au fond de l’enceinte de confinement.

    Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

    Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

    Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

    Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

    Construction d’un nouveau toit

     

    Depuis début août, une structure métallique est en train d’être assemblée au-dessus du réacteur 3. Elle est destinée à plusieurs choses : protéger le bâtiment réacteur qui n’a plus de toit depuis 2011, supporter un nouveau pont roulant qui permettra de vider la piscine de son combustible (97 tonnes en théorie) et contenir la pollution atmosphérique.

    Pour l’instant, un huitième du toit a été installé. Une fois terminé, celui-ci aura une soixantaine de mètres de long.

    Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

    Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

    Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

    Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

    Lors des travaux, Tepco envoie des ouvriers sur le bâtiment réacteur, alors que celui-ci est extrêmement radioactif.

    Tepco prévoit de commencer à vider la piscine d’ici un an.

    La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

    La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

     

     

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    A propos du réacteur 3, sur ce blog :

    Analyse de l’explosion du 14 mars 2011

     

     

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    Mise à jour : nouvelle analyse de Tepco en décembre 2017 rapportée par Nancy Foust

    Découverte inattendue à l'intérieur de l'unité 3 de Fukushima – décembre 2017

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    23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 18:12

    De novembre 2016 à février 2017, Tepco a mené diverses inspections robotisées dans le bâtiment réacteur 1 de Fukushima Daiichi visant à examiner l’enceinte de confinement et à contrôler l’état de la piscine de combustible où 67 tonnes de combustible nucléaire y sont encore coincées (292 assemblages de combustible usé et 100 assemblages de combustible neuf).  Les médias français n’ont pas relevé cette information qui aurait pourtant fait la une de l’actualité en 2011. La raison en est peut-être que le document est resté à un niveau plutôt confidentiel : Tepco n’a fait aucune publicité de son rapport daté du 30 mars 2017 et s’est bien abstenu de le diffuser en anglais. Une autre raison, plus évidente en France, est qu’il n’est pas politiquement correct de montrer des images d’un couvercle en béton effondré dans un puits de cuve de réacteur atomique alors que le lobby nucléaire hexagonal n’a qu’un seul souhait : démarrer l’EPR de Flamanville malgré ses défauts de conception.

    Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

    Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

    Suite à l’explosion du 12 mars 2011, le toit en béton et en acier du bâtiment réacteur 1 est tombé sur le niveau technique. Les inspections ont permis de découvrir que les éléments en béton du couvercle du puits de cuve du réacteur ont été soulevés, montrant des déplacements plus importants qu'on ne l'avait jusqu'alors supposé. En France, les autorités nucléaires avaient tout simplement écarté cette hypothèse pour le réacteur 1 pour rassurer l’opinion. Il avait été rabâché que seul le niveau 5 avait subi une explosion d’hydrogène. Or concrètement, pour que des dalles de plusieurs tonnes se soulèvent, il a fallu qu’une explosion se produise au moins dans le puits de cuve, voire plus bas dans l’enceinte de confinement.

    Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

    Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

    Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

    Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

    La visualisation en 3D réalisée par Tepco montre la configuration des équipements endommagés. Le pont roulant et la machine de chargement du combustible sont tous deux situés au-dessus de la piscine de combustible, ce qui rendra problématique leur démantèlement futur. Il faudra trouver des astuces pour que des débris ne tombent pas plus bas dans la piscine afin de ne pas endommager le combustible. On remarque que le pont roulant a sa poutre nord très endommagée, ce qui suppose qu’elle a dû être soulevée par le souffle de l’explosion puis pliée sous son propre poids en retombant.

    Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

    Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

    Le puits de cuve est habituellement recouvert de trois couches de béton, comme le montre le schéma ci-dessus. Chaque couche est composée de trois éléments formant un disque une fois assemblés. Ces éléments ont plusieurs fonctions : ils font écran à la radioactivité du réacteur, ils servent de plancher à la surface technique quand le réacteur est en marche et ils servent également à limiter la casse en cas de pépin au réacteur. Cette dernière fonction fait qu’en France, on les appelle « dalles anti-missile », non pas pour se protéger d’un missile provenant de l’extérieur, mais de la possibilité de la remontée subite des tiges de commande des barres de contrôle (qui sont dans la partie supérieure de la cuve dans les réacteurs français). A Fukushima Daiichi, cette remontée des barres est impossible car elles sont situées en fond de cuve.

     

    Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

    Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

    Ce couvercle à trois couches n’est pas scellé hermétiquement. Tout tient en place uniquement avec le poids. Les conséquences de l’explosion ont fait que la dalle intermédiaire a été délogée en partie vers le haut et en partie vers le bas. La dalle inférieure est tombée dans le puits de cuve directement sur le couvercle de l’enceinte de confinement. Quant à la dalle supérieure, elle dépasse le niveau technique de son épaisseur alors qu’elle devrait être au même niveau que le plancher.

    Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

    Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

    Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

    Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

    Des mesures de dose ont été effectuées autour du couvercle du puits de cuve : le débit augmente à mesure qu'on va vers le centre ; il s’agit probablement de la radioactivité provenant de la cuve du réacteur, bien qu’une rupture d’étanchéité du joint du couvercle aurait dû montrer de plus fortes doses sur les bords du puits de cuve. Le couvercle a-t-il été percé en son centre ? Ou bien existe-t-il une soupape de sécurité à son sommet, comme pour le couvercle de la cuve ?

    Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

    Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

    Le débit maximal mesuré du côté de la piscine de matériel était de 512,7 mSv/h. Mais au centre des dalles, la radioactivité est de 2 230 mSv/h. Pour comparaison, Tepco avait mesuré en 2013 la radioactivité au centre des dalles du puits de cuve du réacteur 3 : elle était de 2 170 mSv/h. Cette comparaison de mesures montre que la fuite du BR1 semble similaire à celle du BR3.

    Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

    Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

    Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

    Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

    Il y a un phénomène bien connu, déjà décrit par Arnie Gundersen : quand une enceinte de confinement est en proie à une pression ou une chaleur élevée, elle peut temporairement relâcher de la vapeur et des gaz. Mais on ne sait pas clairement si c'est ce qui s'est passé au BR1. Seul le démantèlement du puits de cuve permettra d’en savoir plus.

    D’autres investigations, menées cette fois à l’intérieur de l’enceinte de confinement en mars 2017, on permis de conclure à la présence de corium en poudre au fond de la cuve. Plus de six ans après la catastrophe, les informations nous arrivent ainsi au compte-goutte… Des informations concernant l’explosion du BR1 commencent à sortir, en particulier un dossier, paru en février 2017, essayant de présenter les discussions concernant les évènements qui ont pu se produire dans le réacteur. Le document doit être passionnant mais il est disponible uniquement en japonais.

     

    Pierre Fetet


     

    Fukushima : du nouveau au réacteur 1

    [Je cherche un ou plusieurs traducteurs natifs pour traduire tranquillement tout ou partie du dossier japonais sur l'explosion du réacteur n°1. Me contacter par le formulaire de contact.]

    _______________________

     

    En savoir plus :

     

    Rapport Tepco

    Consulter le rapport

     

    Article de Simply Info

    Fukushima Unit 1 Refueling Floor Inspection Results

    (merci à Evelyne Genoulaz pour ses traductions)

    ______________________

    Dernière mise à jour : 02/09/17

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    7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 23:38

    Fonzy nous envoie son septième témoignage. Plus de 6 ans après la catastrophe nucléaire, on ne parle plus guère de Fukushima au Japon. L’accident est voulu par le pays comme un évènement du passé dont les conséquences seraient négligeables. Pourtant, il est encore bien présent pour les personnes évacuées à qui l’on supprime les indemnités et pour les enfants qui subissent les effets de la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. Les derniers chiffres officiels annoncent 152 personnes atteintes d’un cancer de la thyroïde, ce qui est bien plus que le nombre attendu dans la population en temps normal. Loin des problèmes locaux de Fukushima, Fonzy nous parle de son ressenti et remarque certains changements dans son environnement.

    Fleur de bambou à Yokohama en juin 2017 (photo publiée dans le quotidien Asahi)

    Fleur de bambou à Yokohama en juin 2017 (photo publiée dans le quotidien Asahi)

    Coucou c’est Fonzy qui habite toujours à 280 km de la centrale Fukushima Daiichi. Ici, tout va bien, enfin tout paraît normal comme avant. Moi je m’attendais, peut-être comme la plupart d’entre vous, plutôt à de grands changements au niveau de la population à cause de la radioactivité : beaucoup de personnes souffrant de cancers, de morts brutales par crise cardiaque ou de la leucémie. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas, au moins ici dans mon entourage.

     

    Toutefois tout n’est pas pareil. Je dirais qu’il y a de petites choses, très subtiles, pas dramatiques, mais nouvelles que l’on rencontre de plus en plus souvent. Par exemple, la grippe n’est plus quelque chose que l’on attrape seulement en hiver. Même maintenant, au début d’été, ce n’est pas rare de rencontrer quelqu’un, un adulte, qui vous dit qu’il était souffrant plusieurs jours à cause de la grippe. Je connais aussi des étudiants qui étaient absents à cause de la pneumonie, ou de la méningite, ou une maladie dont j’ignore le nom. Ce n’est pas fréquent, mais cela arrive au moins une ou deux fois par an. Avant 2011 c’était beaucoup plus rare.

     

    Il y a aussi plus de personnes qui s’énervent plus facilement, y compris moi d’ailleurs. Quand il y a quelqu’un qui me bouscule dans le train et qui ne s’excuse pas, je sens la colère qui monte facilement malgré moi. J’entends aussi depuis un ou deux ans des retards du train à cause des querelles entre voyageurs, ce qui était quasiment nul avant. Récemment je me suis fait engueuler dans le train alors que je bavardais avec un étudiant. Nous n’avions pas parlé fort, mais le monsieur qui dormait pas loin nous a dit « Taisez-vous, surtout, toi, le gars, tu comprends ! » C’était un monsieur d’une soixante d’années avec une veste et une cravate, qui avait l’air correct. Effectivement la vie urbaine, surtout dans les transports en commun à Tokyo, est hyper stressante, mais avant nous étions plus polis et plus courtois. J’ajoute aussi que nous avons toujours des personnes qui ont des malaises dans le train et qui perturbent les transports. Cela est maintenant devenu un incident quotidien.

    Photo prise par Kasai (@makotokasai) le 18 mai 2017 à Ibaraki

    Photo prise par Kasai (@makotokasai) le 18 mai 2017 à Ibaraki

    Le changement ne se trouve pas seulement chez les humains. On constate des arbres qui meurent petit à petit surtout au bord de la route. C’est Kasai (@makotokasai) qui remarque et tweete régulièrement que meurent dans la région de Kanto de nombreux arbres. C’est effrayant de voir ses photos qui montrent que toutes sortes d’arbres, ginkgos, cerisiers, camphriers, azalées… sont en train de mourir car ils perdent leurs branches et leurs feuilles. On parle également depuis deux ou trois ans de la fleur des bambous qui ne fleurissent qu’une fois tous les cent ou deux cents ans. C’est un phénomène très très rare, et on dit que la floraison est le signe que donnent certaines espèces de bambou avant qu’ils ne meurent. Pourtant cette année on voit un peu partout des fleurs de bambou ; Tokyo, Yokohama, Karuizawa, Shizuoka, Hyogo (plus de 600 km de Fukushima Daiichi), Yamagata (en juin 2014), Kyoto (en avril 2015)…. On n’en connaît pas la cause, mais nos ancêtres disaient que c’est un mauvais signe. Nous espérons qu’il n’arrivera pas de nouveaux grands tremblements de terre.  Eh oui, ici les séismes nous font plus peur que la radioactivité… 

     

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