19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 12:06

Texte de HORI Yasuo du 1er septembre 2017 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

Texte original en espéranto

Mur de glace, eau contaminée, corium et décharge

Le mur de terre gelée est terminé.

 

 Constamment, venant de la montagne voisine,  beaucoup d'eau s'écoule dans le terrain des quatre réacteurs et elle se charge de radioactivité. TEPCO doit pomper et mettre cette eau dans de grandes cuves. Auparavant, sur le terrain de la centrale nucléaire de Fukushima, c'était plein de verdure, mais on y trouve maintenant un millier de grandes cuves à eau. Résoudre ce problème est la chose la plus importante pour TEPCO.

 

   Pour cette raison, TEPCO a commencé à construire un mur de terre gelée de 1,5 kilomètre de long autour des 4 bâtiments des réacteurs. On a enfoncé 1568 tuyaux dans le sol, jusqu'à 30 mètres de profondeur, et à travers ces tubes, on fait circuler un liquide de refroidissement à -30 degrés, de sorte que le sol autour des tubes gèle et forme un mur. Jusqu'en mars 2016, TEPCO a construit 99% du mur et, le 22 août 2017, l'Autorité de sûreté nucléaire lui a permis de fermer la partie restante de 7 mètres de long.

 

  Cependant, l'efficacité de ce mur pour diminuer l'eau polluée est bien incertaine. En outre, TEPCO a besoin de 1500 millions de yens [11 millions d’euros] par an pour maintenir le mur en bon état et, de surcroît, les travailleurs devront être fortement exposés à la radioactivité. Beaucoup de gens craignent que TEPCO ne doive dépenser presque perpétuellement une telle somme sans beaucoup d'efficacité et ils lui recommandent d'explorer d'autres méthodes pour l'eau contaminée.

Le terrain est rempli de grandes cuves déjà depuis 2013. Je suppose que maintenant la forêt que l'on voit au-dessus a disparu.

Le terrain est rempli de grandes cuves déjà depuis 2013. Je suppose que maintenant la forêt que l'on voit au-dessus a disparu.

Comment traiter l'eau conservée


 L'eau contaminée conservée en cuves est aussi un problème. TEPCO nettoie l'eau polluée avec la machine appelée ALPS mais, même ensuite, il reste dans cette eau une sorte de déchet radioactif, le tritium. On dit que ce n'est pas dangereux pour la nature et qu'on peut le rejeter à la mer, mais les pêcheurs de Fukushima sont fortement opposés à ce rejet de tritium, car la mauvaise renommée de Fukushima serait à nouveau remise dans l'actualité.

 

Même si les pêcheurs approuvaient le rejet, pour cela TEPCO devrait d'abord diluer l'eau. Mais cela signifie que cela fera encore plus d'eau. Pour rejeter cette eau diluée, il faudra de nombreuses années.

 

 

Si l'on ne peut pas résoudre ce problème d'eau, les grandes cuves seront constamment en augmentation. L'eau contaminée est le problème majeur et le plus important, mais on n'a aucune méthode efficace pour le résoudre.

 

Eléments fondus

 

    Dans les trois réacteurs détruits, il reste des éléments fondus, mais il est difficile de savoir dans quel état ils sont, car ils sont trop radioactifs et personne ne peut s'approcher des réacteurs. Le 27 juillet, TEPCO a expliqué que des éléments fondus avaient été trouvés au fond du réacteur n°3.

 

   Un robot résistant à l'eau a été utilisé, car ce réacteur est rempli d'eau. Dans les photos qui ont été prises, on voit une masse comme un rocher, des choses qui ressemblent à des pierres et du sable, une grille tombée et des tubes tombés aussi déjà rouillés. Tout cela est fait d'éléments fondus, de matériaux de construction, etc.

On suppose que 360 tonnes d'éléments fondus sont dans le réacteur n°3. TEPCO prévoit d'extraire les produits de fusion de l'un de ces trois réacteurs en 2021.

 

Un dépôt final de déchets nucléaires sera choisi
 

    Le 28 juillet 2017, le gouvernement a publié la carte pour le  stockage final des déchets nucléaires. Jusqu'à présent, il attendait des candidatures volontaires venant des villes, mais une telle option n'a pas fonctionné, c'est pourquoi il a changé sa politique et a fait lui-même une carte des emplacements appropriés et inappropriés pour le dépôt. (Voir la carte plus bas)

 

  Selon l'explication, sont non-compatibles les endroits où :
 1. il y a des volcans actifs dans un rayon de 150 kilomètres,
  2. il y a des failles à proximité,
  3. il y a une érosion ou une élévation de terrain,
  4. la température de la terre est élevée,
  5. l'eau souterraine est très acide,
  6. la terre est molle,
  7. on trouve des traces de coulées de lave apparues il y a plus de 10 000 ans,
  8. il y a des mines de charbon, des champs de pétrole ou de gaz.

 

  Les 7 premiers endroits non compatibles sont coloriés en orange et le dernier endroit est en gris. Ces sites sont situés principalement le long de l'archipel japonais et en suivant les zones volcaniques.

 

Sont appropriés les endroits où les conditions  mentionnées ci-dessus n'existent pas (couleur vert pâle), et parmi ces emplacements "appropriés", ceux situés le long de la côte sont les plus appropriés pour le transport maritime des déchets nucléaires (couleur verte). Ces endroits compatibles couvrent 60% du pays. Le gouvernement est prêt à donner 2 milliards de yens [15 millions d’euros] aux villes qui acceptent les études sur papier et même 7 milliards de yens [52,5 millions d’euros] aux villes qui accepteront "davantage de recherches".

 

Mur de glace, eau contaminée, corium et décharge

Il est prévu de rejeter les déchets nucléaires de la façon suivante :
1. Les déchets nucléaires sont mélangés avec du verre et forment un bloc (500 kg, 1,3 m de haut et 40 cm de diamètre).
2. Le bloc est placé dans une caisse en métal recouverte d'argile sur 70 cm d'épaisseur, et on le met dans le sol à plus de 300 mètres de profondeur.

 

Selon les explications du gouvernement, ce dépôt souterrain aura une surface de 6 à 10 km2 et il y aura plus de 40 000  blocs de ce genre (mélanges de déchets nucléaires et de verre). Le coût total de la construction sera de 3 000 milliards de yens [22,5 milliards d’euros].

 

 Il est prévu que 20 ans seront nécessaires pour choisir l'endroit et 10 ans pour le construire. En attendant, il y aura certainement un fort mouvement d'opposition et des problèmes imprévisibles. C'est pourquoi plus de 30 ans seront nécessaires, et au minimum 50 ans. En outre, personne ne garantit que d'autres accidents majeurs dans les centrales n'auront pas lieu, ni d'autres cataclysmes,  ni des guerres. Les centrales nucléaires présentent un grand danger pour le Japon, mais des politiciens détestables continuent de croire et d'insister auprès des populations  que les centrales nucléaires sont sûres et que leur électricité est bon marché.

 

Vraiment des imbéciles!

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Le 22 juillet dernier, Hori Yasuo avait également rapporté un article sur le 50ème anniversaire du premier essai atomique en Polynésie française. Vous trouverez le texte original et la traduction française ci-dessous.

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 22:18
Sites nucléaires de l'oural

Alors qu’en France, on persiste joyeusement à tout miser sur le nucléaire – enterrement par le gouvernement de l’objectif de 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, mise en service de l’EPR en 2018 en fermant les yeux sur sa cuve défectueuse, mise en service d’un nouveau réacteur de recherche en 2019, poursuite de la création de la poubelle nucléaire à Bure – un accident nucléaire a failli passer inaperçu en Europe. Il s’est produit, selon l’IRSN, entre l’Oural et la Volga, c’est-à-dire très vraisemblablement en Russie.

Illustration ci-dessus : sites nucléaires russes du sud de l'Oural.

Dans cet article, j’ai choisi le térabecquerel comme unité de mesure des pollutions radioactives. 1 térabecquerel correspond à 1012 becquerels, soit 1000 milliards de becquerels.

 

[ Mises à jour en bas de page ]

 

Le sud de l’Oural, c’est un peu comme notre vallée du Rhône, il y a comme une concentration de sites nucléaires. En Russie, la plupart de ces installations sont situées dans des villes fermées dont les créations, qui remontent au temps de l’Union Soviétique, étaient liées à la fabrication d’armes atomiques. Donc pas étonnant, vu leur âge, que ça pète ou que ça fuie de temps en temps. On comprend aussi pourquoi la Russie actuelle ne peut pas reconnaître un accident nucléaire sur un site secret défense. Tchernobyl, ce n’était pas pareil, c’était une centrale nucléaire de production d’électricité et tout le monde avait été copieusement arrosé au césium-strontium-plutonium-etc., alors au bout de quelques jours, ce n’était pas possible de nier que c’était grave. En revanche, les accidents nucléaires sur des sites secrets, ça doit rester confidentiel. Par exemple, dans le passé, on a appris officiellement mais très tardivement – 33 ans plus tard ! – qu’un très grave accident nucléaire s’était produit en septembre 1957 (tiens tiens, il y a juste 60 ans, radieux anniversaire !) sur le site de Mayak. C’est encore très radioactif là-bas, c’était un accident de niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7. C’était à Kychtym, dans l'oblast de Tcheliabinsk.

Justement, cet oblast et son voisin Sverdlovsk sont des bons candidats pour avoir été à nouveau victimes d’un accident nucléaire au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la carte que vient de diffuser l’IRSN et qui pointe la région sud de l’Oural comme la très probable origine de la contamination radioactive au ruthénium-106 que vient de subir l’Europe, dont la France. 

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet (source : IRSN)

Un secteur fortement nucléarisé

Pas très loin de ce point rouge de la carte de l’IRSN qui représente une probabilité de 60 à 80 %, il n’y a pas moins de 5 sites nucléaires sensibles :

- la ville fermée de Novoouralsk, où se trouve une usine d'enrichissement d'uranium,

- la ville fermée d’Oziorsk, où se trouve une usine importante pour le traitement des déchets nucléaires civils et militaires (production de plutonium), près de laquelle se trouve le site de Mayak,

- la ville fermée de Lesnoï, spécialisée dans la fabrication des armes nucléaires : enrichissement de l’uranium et assemblage d’ogives,

- la ville fermée de Triokhgorny, spécialisée pour la fabrication de bombes atomiques (assemblage d’ogives),

- la ville fermée de Snejinsk, second site dédié au programme nucléaire russe, spécialisé dans la conception et le développement d'armements.

J’ai réalisé une carte reprenant les données de l’IRSN et positionnant les 5 sites nucléaires russes afin de mettre en évidence leur proximité du point le plus probable où aurait eu lieu l’accident. Le point rouge foncé, c’est la probabilité entre 60 et 80 %, la couleur moyenne, c’est la probabilité entre 30 et 60 %, et enfin la couleur la plus claire correspond à la probabilité entre 5 et 30 %.

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Est-ce l’un de ces sites qui a eu un problème ? C’est possible, mais on ne le saura sans doute jamais. Ou alors dans 30 ans quand quelqu’un parlera, ou plus tôt si un plus gros accident se produit avant.

 

Des pollutions radioactives à répétition en Europe

Je me souviens, en 2012, de l’iode 131 avait été détecté en Europe sans que personne ne puisse (ou ne veuille) dire d’où le problème venait. On se demandait si ça pouvait venir de Fukushima. Il est certain que l’IRSN avait les mêmes moyens qu’aujourd’hui pour faire des simulations de provenance. Mais cet institut, qui est entre autres sous la tutelle du ministère des armées, ne dit pas tout ce qu’il sait. Cependant cette fois-ci, la pollution est tellement gigantesque – entre 100 et 300 térabécquerels de ruthénium-106 – qu’il a fait un effort de communication (Serait-ce parce que le Bureau allemand de sûreté nucléaire était sur le point de l’annoncer ?).

Et qui se souvient de la pollution radioactive au césium 137 qui a eu lieu en mai-juin 1998 ? Personne à vrai dire, car l’info a été occultée par la coupe du monde de foot. Suite à une erreur, un haut-fourneau d’Algesiras avait fait fondre une capsule de césium 137 d’origine médicale, ce qui eut pour effet de libérer dans l’atmosphère européen 2 à 3 térabecquerels de césium radioactif. Sport et nucléaire ne font pas bon ménage. Je ne peux m’empêcher de penser aux prochains JO qui se dérouleront à Tokyo et à Fukushima

Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

Nuage de césium 137 traversant l’Europe en 1998 (source : « Validation of the POLYPHEMUS platform on the ETEX, Chernobyl and Algeciras cases », Denis Quélo, Monika Krysta, Marc Bocquet, Olivier Isnard, Yannick Minier, Bruno Sportissea, in Atmospheric Environment, 41, ScienceDirect, 2007, p. 5310)

Je me souviens aussi du réacteur de production d’iode médical en Hongrie (institut de production de radioisotopes de Budapest (Izotop Intezet)) qui avait inondé l’Europe en 2011 de 0,6 térabecquerels d’iode 131.

Et puis plus récemment, ce réacteur de Halden en Norvège qui a rejeté impunément 8 térabecquerels de gaz rares radioactifs en octobre 2016 sans que personne, excepté la Criirad, ne s’inquiète de quoi que ce soit.

Et rappelez-vous encore, au début de cette année 2017, personne n’a su dire d’où provenait cet iode radioactif détecté dans de nombreux pays d’Europe.

L’homme, par les essais nucléaires passés, avait déjà rendu notre atmosphère comme « une chambre à gaz atomique ». Les nouvelles des accidents nucléaires sont donc toujours de mauvaises nouvelles, car les gaz et les nanoparticules radioactives sont produits souvent pour des dizaines d’années ou des siècles. A l’échelle d’une génération, chaque pollution nouvelle s’ajoute donc aux précédentes. On ne peut pas supprimer la radioactivité, à chaque fois qu’on la déplace, elle se remobilise dans le vent, la pluie, la poussière… et les organismes vivants.

 

Accident russe ?

Tout le monde s’accorde à dire que la pollution au ruthénium ne vient pas d’un accident de centrale nucléaire, mais plutôt d’un site de retraitement. En 2016, l’ACRO avait aussi relevé une pollution au ruthénium à côté du site de retraitement de la Hague. Il n’y a donc pas qu’en Russie que des problèmes surviennent.

Le ruthénium-106, produit de fission, a une période de plus d’un an, donc la pollution sera active durant une dizaine d’années. Pauvres riverains russes, pauvres Européens. La Criirad fait bien de dénoncer l’absence de prise de mesure pour les populations concernées. Mais la Russie dément. On se demande à quoi sert l’AIEA, soi-disant « gendarme du nucléaire », incapable de dénoncer publiquement le coupable de ce nouveau crime atomique…

 

Pierre Fetet

 

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Sources :

- Détection de ruthénium-106 en France et en Europe : résultat des investigations de l’IRSN (9/11/17)

- Contamination par le ruthénium 106 : les rejets radioactifs sont considérables et proviendraient de Russie ou de pays proches (10/11/17)

- Wikipédia, et autres sources dans le texte.

 

Non source :

- Site de l'AIEA : aucune information sur la pollution au ruthénium à ce jour

 

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Mise à jour du 19/11/17


- Nouveau communiqué de la Criirad (17/11/17)

POLLUTION AU RUTHENIUM 106

La CRIIRAD met en cause l’AIEA et l’OMS et dénonce l’inertie de l’Europe.

 

- Article de Nuclear News (17/11/17)

Europe: carelessness, cowardice or concealment of radiation accidents?

 

- Article de NPR (17/11/17)

Clues In That Mysterious Radioactive Cloud Point Toward Russia

 

- Article de Safecast (16/11/17, mise à jour 17/11/17)

About that radioactive plume of Ru-106

 

- Rapports de l'AIEA

IAEA: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

IAEA: Technical Attachment: Status of Measurements of Ru-106 in Europe

 

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Mise à jour du 20/11/17

 

Analyse de la situation par Alain Dubois

- Ces impalpables nuages radioactifs (20/11/17)

 

Poursuite de l’action exemplaire de la Criirad

- Pollution au ruthénium : la CRIIRAD interpelle l’AIEA et l’OMS (20/11/17)

 

L’omerta commence à se fissurer. Difficile de cacher un accident de niveau 5 sur l’échelle Ines !

- La Russie reconnaît avoir enregistré une pollution radioactive sur son territoire (20/11/17)

 

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Mise à jour du 22/11/17

 

- Certains médias s’emballent. Ils confondent parfois une agence météo avec le Kremlin. "La Russie reconnait..." et "La Russie dément..." se côtoient dans les moteurs de recherche.

 

 

Le Parisien sort une carte osée qui semble affirmer, "selon l'IRSN", que le site de Mayak est l'origine de la pollution au ruthénium 106. Pourquoi pas, mais dans le même temps, la Russie dément toute pollution. Quelle source officielle croire ? la Russie ou l'IRSN ?

 

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

- La Criirad rappelle que rien n'est sûr, que la pollution relevée par l'agence météo russe est bien moindre que celle modélisée par l'IRSN. Et que si l'on considère que la Russie n'est pas responsable ou que la pollution est minime, alors la modélisation de l'IRSN est fausse.

Ruthénium 106 : le mystère reste entier ! (22/11/17)

 

- Le réseau sortir du nucléaire, en se basant sur le témoignage de la réfugiée politique Nadezda Kutepova, penche aussi pour une pollution venant du site de Mayak et édite une autre carte tirée de Daily Mail dans un dossier consacré à cette pollution :

Nuage de Ruthénium-106 : que s'est-il réellement passé ? :

 

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

Je vous conseille la lecture du communiqué de Nadezda Kutepova, c'est très instructif sur la manière dont peut se produire une pollution de ruthénium et sur ce qui se passe en Russie.

 

On ne peut s'empêcher de penser aussi à l'arrivée massive de combustible nucléaire usé à Mayak en août 2017 : 20 000 assemblages de sous-marins nucléaires russes à traiter en provenance de la baie d'Andreeva, dont parlait cet article de Nuclear News :

Mayak receives nuclear sub fuel from Andreeva Bay (17/08/17)

 

Pour l'ACRO, qui déplore également le silence de l'AIEA, " un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret ".

Fort rejet radioactif enfin reconnu en Russie, avec données sur place

 

Selon The Telegraph News, "Evgueni Savchenko, le ministre de la Sécurité publique de la région de Tcheliabinsk, (...) a affirmé qu'il était suspect que la fuite ait été signalée en France, "où il y a une installation de traitement des déchets nucléaires qui est en concurrence avec notre Mayak"."

 

Une chose est sûre ce soir : tout n'est encore qu'hypothèses et confusion ! Il faudrait une enquête internationale indépendante pour connaître la vérité sur ce qu'il s'est réellement passé.

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Mise à jour du 23/11/17

 

- Article de Azby Brown sur le blog de Safecast (22/11/17)

Ruthenium coverup continues

 

- Actu-environnement (23/11/2017)

Pollution au ruthénium 106 : la Russie ne joue pas franc-jeu

 

- Communiqué de la députée Michèle Rivasi (23/11/17)

Ruthénium 106 : il est nécessaire d'agir rapidement !

 

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Mise à jour du 24/11/17

 

- D’après le moteur de recherche google, la RTS a publié un article le 24/11/17 intitulé « Transparence réclamée dans l'affaire de la pollution au ruthénium-106 ». Mais cet article a été retiré de la Toile.

 

- Selon le journal de Montréal (24/11/17), une commission scientifique russe va enquêter sur l’origine de la pollution radioactive détectée fin septembre dans le sud de l’Oural.

Russie : des scientifiques vont enquêter sur la pollution au ruthénium-106

 

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Mise à jour du 25/11/17

 

- Interview de Jean-Marc Péres, directeur général adjoint de l'IRSN, dans l'émission "La question du jour" de Guillaume Erner sur France Culture (23/11/17)

 

 

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Mise à jour du 26/11/17

 

- Article fouillé de Blandine Le Cain sur la catastrophe de Mayak en 1957

Pollution au ruthénium 106 : l'accident nucléaire de Maïak resurgit soixante ans après

 

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Mise à jour du 29/11/17

 

- Nadezhda Kutepova alerte depuis 15 ans sur les dangers du site de Maïak. Un article et une émission de France TV info (29/11/17). Malgré la pollution au ruthénium 106, l'AIEA ne compte pas faire d'inspection à Maïak !

Fuite de ruthénium : une militante russe réfugiée en France s'attaque au tabou du nucléaire en Russie

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Mise à jour du 6/12/17

 

- Article de synthèse de Tatyana Ivanova,  journaliste biélorusse résidant aux États-Unis, dans le site Lobe Log (5/12/17) : la source de la pollution se précise, bien que la Russie nie toute implication : la source de la diffusion du Ru-106 pourrait être l'installation numéro 235, qui vitrifie les déchets hautement radioactifs à Mayak. Le même accident, selon l'AIEA , s'est produit en 2001 dans l'usine de retraitement de combustible nucléaire à La Hague. "Un nouveau four de vitrification - le SverdNIIkhimmash EP-500/5 - a été mis en service à l'usine numéro 235 de Mayak à la fin du mois de décembre 2016."

Nuclear Russia Scares the World (Again)

 

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Mise à jour du 18/12/17

 

- L'Acronique de Fukushima fait le point le 14 décembre : " Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article. "

Lire la suite en cliquant ici

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Mise à jour du 19/12/17

 

- La Criirad a réalisé un dossier conséquent de 34 pages (à télécharger ci-dessous) concernant cette affaire qui malheureusement est restée sans dénouement. Le laboratoire indépendant alerte : tous les voyants sont au rouge, il faut que les instances internationales réagissent.

 

Dossier : Ruthénium 106, Trait d'Union n°76, décembre 2017 (Criirad)

Nouvel accident nucléaire en Europe ?

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Mise à jour du 15/02/18

 

Chaque pays enquêtant sur la fuite radioactive en Russie pense qu'elle vient de Mayak - sauf la Russie...

L'ONG norvégienne Bellona fait le point dans cet article où l'on apprend que la fuite a pu se produire lors de la fabrication d'une capsule de cérium 144.

http://bellona.org/news/nuclear-issues/2018-02-western-scientist-show-evidence-of-a-radiation-leak-at-mayak-russia-disagrees

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Mise à jour du 10/03/18

 

Article en allemand du Dr Alex Rosen, de l'IPPNW

Woher stammte die radioaktive Wolke über Europa?
(D'où vient le nuage radioactif ?)

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Mise à jour du 30/03/18

 

Un nouveau communiqué de la Criirad du 27/03/18 qui remet en cause les rapports officiels :

RUTHENIUM 106 : UN INCROYABLE FIASCO

Des experts internationaux qui se discréditent,
un taux sidérant d’anomalies dans le rapport de l’IRSN,
il y a de plus en plus de zones d’ombre dans le dossier du ruthénium 106.

 

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Mise à jour du 25/08/18

 

Selon l'AIPRI, " l’unique certitude absolue est que cette grave effluence qui a libéré de 6 à 18 millions de Sievert « respirables » et assassins n’est pas le fait d’un brutal épisode de fission fraiche, ou d’une excursion de carburant atomique.  Si cela avait été le cas la détection du Ru106 aurait été accompagnée par la détection de centaines d’autres radioéléments et la radioactivité par m3 aurait obligatoirement partout été jusqu’à des centaines de fois plus élevée pour être en proportion du Ru106 relevé."

Lire l'article du 16 juin 2018 en entier : Ruthénium 106

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:41

Source : PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA) 2017 114: 11092-11096.

Titre original de l’étude : Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan

Auteurs : Virginie Sanial, Ken O. Buesseler, Matthew A. Charette et Seiya Nagao

Lien source : http://www.pnas.org/content/114/42/11092.full#sec-1

Traduction partielle et commentaires : Evelyne Genoulaz

 

Points forts

 

            « Cinq ans après l’accident à la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi, des niveaux d’activité en radio-césium (Cs 137) les plus hauts jamais relevés ont été observés au loin du site de la centrale nucléaire, dans des nappes d’eau saumâtre situées au-dessous de plages sablonneuses.

            Notre hypothèse est que le radio-césium s’est déposé sur les surfaces minérales en front de mer, dans les jours puis les semaines après l’accident, par un échange d’eau de mer dû aux vagues et aux marées. Après le décroissement de la concentration en radio-césium dans l’eau de mer, ce dernier est retourné dans l’océan par le biais des rejets d’eau souterraine sous-marine, à un taux équivalent aux rejets directs de la centrale nucléaire et à celui du ruissellement des eaux.

            Il conviendrait de prendre en compte ce vecteur nouveau et inattendu, concernant le rejet de radionucléides dans l’océan, quand il s’agit d’aménager les zones côtières où sont situées des centrales nucléaires. »

 

 

Résumé

           

            « On dénombre 440 réacteurs opérationnels dans le monde, dont la moitié environ sont situés au bord d’une côte. C’est le cas de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP), qui a subi une multiple fusion de ses réacteurs en mars 2011, à l’origine d’un rejet de radioactivité dans le milieu marin.

            Tandis que les phénomènes de dépôt à la surface de l’océan par voie atmosphérique ou par le biais des rivières sont habituellement bien connus après un accident nucléaire, aucune étude ne s’est jamais focalisée sur des voies souterraines.

 

            Tout le temps qu’a duré notre étude [2013 - 2016], nous avons observé des niveaux en Césium 137 les plus élevés qui soient – jusqu’à 23 000 Bq/m3 à l’extérieur du site de la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi – non pas dans l’océan, ni dans les rivières, ni non plus dans les nappes phréatiques d’eau potable, mais dans les eaux souterraines au-dessous de plages de sable, à plusieurs dizaines de kilomètres de la centrale.

            Dans ce cas précis, nous pouvons attester à l’évidence d’une source en Cs 137 issu de Fukushima, insoupçonnée jusqu’alors, et qui se déverse en continu le long de la côte océanique.

            Nous postulons que ces sables de plages ont été contaminés en 2011 par du Cs hautement radioactif contenu dans de l’eau de mer, au gré des échanges provoqués par le phénomène des vagues et des marées.

            Nous avons mesuré la quantité de la désorption en Cs qui s’en est suivie, de même que l’écoulement fluide provenant des sables de plage, en utilisant comme marqueur les occurrences naturelles d’isotopes de radium.

 

            Nous estimons que cette source de Césium dans l’océan (0,6 TBq/an) est d’une magnitude équivalente aux rejets persistants de Cs en provenance de Daiichi de 2013 à 2016, comme aux dépôts de Cs 137 de Fukushima qui ont été dissous dans les rivières.

            Bien que cette source, qui continue de se déverser, ne présente pas actuellement de risque sanitaire pour la population du japon, le rejet de Cs sous cette modalité et à une telle échelle doit être pris en compte, quand il s’agit d’installer une centrale nucléaire et, à l’avenir, dans les simulations de scénarios d’accidents. » 

 

            [En ce qui concerne l’accident nucléaire de Fukushima]

            « Plus de 80% des retombées atmosphériques se sont déposées dans l’océan, et pour la plupart dans l’environnement marin à proximité du rivage. En outre, de l’eau de refroidissement contaminée a été déversée directement dans l’océan, ce qui fait de la catastrophe de FDNPP le plus important déversement accidentel de radionucléides dans l’océan. Le Césium-137 est un produit de fission abondant à l’ère de l’énergie nucléaire et ce depuis les essais nucléaires, dont la présence dans l’environnement à partir du moment où il y est rejeté, persiste pendant des décennies en raison d’une longue demi-vie   (30,2 années). La majeure partie des rejets de Cs 137 issu de Fukushima ont eu lieu au cours du premier mois de l’accident. Les sources connues des rejets qui perdurent englobent les rivières et le flux des eaux souterraines dans les sous-sols de FDNPP, mais, à titre de comparaison, ils sont plus de mille fois inférieurs aux rejets de 2011, bien qu’ils durent depuis bientôt six ans.

            Le déversement d’eaux souterraines sous-marines a été reconnu comme un important vecteur de transport de matières, depuis les terres jusque dans l’océan, mais on n’avait jamais évalué ce process de transmission continue de radionucléides à l’environnement côtier, au-delà des abords de FDNPP.

 

            Nous exposons ici l’activité du Cs 137 mesurée dans les eaux souterraines recueillies au-dessous de plages jusqu’à une distance de 100 km de FDNPP.

            Huit plages ont été examinées de 2013 à 2015, en particulier une étude aux prélèvements plus intensifs a été conduite sur la plage de Yotsukura, à 35 km au sud de FDNPP. On a fait des prélèvements supplémentaires dans une nappe phréatique d’eau douce et d’eau de rivière à proximité de ces plages sablonneuses.

 

Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP).  A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016.  B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP). A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016. B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

Résultats et discussion

 

            « L’activité du Cs 137 dissous (< 0,45 µm) dans l’eau souterraine des plages s’étend sur trois ordres de grandeur, avec une valeur maximale de 23 000 à plus ou moins 460 Bq/m3 (Fig. 1B et graphique S1). A titre de mise en perspective, trois des prélèvements effectués dans les eaux souterraines de la plage de Yotsukura dépassaient la limite de l’eau de boisson au Japon à 10 000 Bq/m3, quoique personne ne soit jamais exposé à ces eaux ni n’en boive, et ceci dit en précisant que le risque sanitaire pour la population n’est pas, ici, notre préoccupation première. 

            L’activité du Cs 137 est en général plus élevée dans les eaux souterraines des plages que dans l’eau de mer, des rivières ou encore des sources, tout comme dans l’eau souterraine des puits utilisés pour l’irrigation.

            L’activité du Cs 137 dans l’eau de mer a décru rapidement après l’accident, et concernant la période de notre étude, l’activité médiane dans les 100 km de la ligne de côte (le port de la centrale mis à part) est de 14 Bq/m3 (Fig. S1).

            Dans l’eau douce, l’activité du Cs 137 dissous reste _en-dessous de la limite de détection_ de 5,8 à plus ou moins 0,2 Bq/m3 (Graphique S1).

            Donc, l’activité du Cs 137 dans l’eau souterraine des plages ne peut pas s’expliquer par le mélange classique, bien connu, entre des sources d’eau douce et d’eau salée. C’est pourquoi son origine doit être recherchée dans des sables de plage enrichis en Cs 137. »

 

Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

Résumé de la légende figurant dans l’étude en américain :

 

Activité médiane de 2013 à 2015 = 14 Bq/m3 / base de données de la JAEA emdb.jaea.go.jp/emdb/en/

Remarque : Les auteurs notent que « la JAEA n’a pas publié de données pour l’année 2016, cependant selon la NRA, l’activité du Cs 137 est demeurée constante de 2013 à 2016 dans  les eaux de surface au large du rivage » ; de même, pas de données pour les eaux du port ; or « TEPCO a rapporté une activité sensiblement identique dans le port de 2013 à 2016 ». C’est dans ces conditions que les auteurs font « l’hypothèse que les activités médianes sont valides pour la période 2013-2016 ».

 

 

Je résume l’information essentielle du graphique S2 :

A la plage de Yotsukura Beach, à 35 km au sud de FDNPP, 4 sortes de prélèvements furent réalisés le 26/11/2016 :

depuis la surface jusqu’à 40 cm de profondeur, l’activité du Cs 137 est relativement constante (17 à 4 Bq/kg)

au-dessous de 40 cm, l’activité augmente suivant la profondeur (valeurs maximales 700 à 60 Bq/kg) cf. Fig. S2

« C’est un ordre de grandeur supérieur au maximum relevé dans l’inventaire des sédiments marins au large de la centrale ; un facteur de 4 par rapport aux prélèvements dans les sols de la zone d’accès restreint, et dépassant les relevés des sols de la région de Yotsukura. Par conséquent, cet enrichissement du Cs 137 en profondeur n’a pas été causé par les retombées atmosphériques de Fukushima, car si ç’avait été le cas, le Cs 137 aurait été bloqué dans les couches supérieures du sable, comme il a été démontré pour les terres (cf. note 10).

 

Par conséquent, nous devons envisager une autre explication à l’intense activité du Cs 137 dans le sable de plage et la nappe phréatique […]

 

            L’augmentation du rayonnement du Cs 137 dans la zone de surf à marée descendante, est la preuve évidente que du Cs 137 en provenance de la nappe phréatique se déverse en mer sous l’effet de la force d’attraction de la marée. »

 

Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

« Comme il est expliqué dans le texte, les deux sources de contamination de l’océan connues et toujours en cours sont la centrale Daiichi, par l’écoulement en provenance de son port (0,6 TBq/an) et les eaux de ruissellement des rivières (0,2 à 1,2 TBq/an). Nous indiquons dans cette étude une source de contamination de l’océan en Césium 137 dissous, jusqu’alors insoupçonnée : le rejet par les eaux souterraines sous-marines (SGD), le long de la côte du Japon,   de 0,2 à 1,1 TBq/an (moyenne 0,6 TBq/an).

        Les principales forces tirant cette eau sous-marine depuis les plages sont :

            les vagues (W), la charge hydraulique (H), la force marémotrice (T) et la convection (C).

            [de gauche à droite : eau douce, eau saumâtre, eau salée]

 

     Le courant côtier, en se dirigeant vers le Sud (représenté par la flèche en bleu clair), a pu charrier du Cs 137 extrêmement radioactif, dont une partie fut absorbée par les sables des plages puis rejetée plus tard, de la façon dont l’indique cette étude. »

 

 

 

Je résume maintenant la suite de l’étude, pour une lecture plus fluide.

 

Graphique S3.

Graphique S3.

 

            Le graphique S3. illustre l’activité de la marée et les rayonnements en Cs 137, Ra 223 et Ra 224 dans les échantillonnages prélevés sur la zone de surf à la plage de Yotsukura (en novembre 2016)

            C’était par une faible marée et des rayonnements plutôt bas ont été mesurés lors de la marée montante, « preuve que c’est l’eau souterraine qui alimente en Cs et en Ra la zone de surf, et qui démontre le rôle joué par la force d’attraction de la marée, dans le rejet à l’océan de Cs en provenance de la nappe aquifère. »

            Cette dernière hypothèse, expérimentée, est décrite ensuite… En voilà la conclusion :

            « Nous avons mis en évidence que les sables de plage sont capables de stocker une grande quantité de Cs 137 en profondeur, qui peut au fil du temps être relâché par l’intrusion de l’eau dans les plages, puis rejeté dans l’environnement sur la côte via les procédés d’échanges eau souterraine / eau de surface. »

 

Graphique S4.

Graphique S4.

             Le graphique S4. présente ensuite les expérimentations sur l’adsorption / désorption c’est-à-dire que le sable absorbe les radionucléides, puis les réexpulse au fil du temps. Noter que les échantillonnages ont été prélevés à moins de deux mètres de profondeur.

 

Graphique S6.

Graphique S6.

 

 

            Le commentaire de la figure S6. indique qu’« au-delà du site de la centrale de Fukushima Daiichi, la source d’eau sous la plage domine le flux de Cs 137 rejeté sur la côte océanique via la décharge des eaux souterraines sous-marines.(..) l’autre source de Cs 137 issu de la catastrophe de Fukushima, provient des rivières. Il a été montré que les typhons et les fortes précipitations augmentent le flux d’écoulement des rivières (..) Enfin, étant donné que 90% environ du Cs est irréversiblement accroché aux sédiments en suspension sur les rives, on en déduit que le rejet de Cs 137 par la voie des eaux souterraines sous les plages sablonneuses est similaire en magnitude aux deux autres sources majeures, celle qui provient de la centrale et celle en dissolution dans les rivières. De la même façon qu’on s’attend (selon une projection) à une décroissance du Cs 137 charrié depuis les terres, tout comme dans le port de la centrale, on s’attend à ce que la concentration en Cs 137 dans les sables finisse par diminuer avec le temps en raison de la désorption, et ce faisant, à ce que la source provenant du sable finisse par se tarir. »

 

 

 

Conclusion

 

« Cette étude démontre qu’en parallèle à la nappe aquifère proche de FDNPP, des rayonnements en Cs 137 les plus hauts qu’on ait enregistrés à ce jour dans le milieu aqueux au Japon sont associés aux eaux saumâtres situées au-dessous de plages.

            Cette découverte induit que les sables des plages servent de réservoir au Cs 137, qui se trouve ensuite relâché dans l’océan par un rejet d’eau sous-marine souterraine.

            En utilisant les isotopes de Radium, nous avons été en mesure de donner une estimation de la magnitude de ce flux et nous avons établi qu’elle est similaire à celle des autres sources actuelles, y compris les rejets en provenance du port de la centrale.

            Cette origine inattendue et persistante du Cs 137 nécessite une investigation approfondie, en particulier des prélèvements plus systématiques dans l’espace et le temps, étant donné la variabilité que nous avons pu observer concernant le Cs 137 dans les eaux souterraines ou dans les sables.

             Les implications de notre étude vont bien au-delà de l’événement de Fukushima, elles concernent tous les sites de centrales en bord de côte, et cette découverte devra être prise en considération quand il s’agira d’évaluer le devenir des radionucléides dans l’océan faisant suite à des rejets intentionnels (par exemple Sellafield) ou à des rejets accidentels. »

 

 

 

Citations de l’étude, parue dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) :

V. Sanial et al. Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan. Proceedings of the National Academy of Sciences. Published online October 2, 2017. doi: 10.1073/pnas.1708659114.

 

Virginie Saniala,1, Ken O. Buesselera,1, Matthew A. Charettea, and Seiya Nagaob

Author Affiliations

Publié par David M. Karl, Université de Hawaï, Honolulu, HI, et approuvé le 28 août 2017 (soumis le 24 mai 2017)

 

 

———————————

 

En guise d’avertissement… (E.G.)

 

Plusieurs plages à Iwaki ont été rouvertes au public. La première, celle de Nakoso à 65 km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi puis la plage de Yotsukura, dont il est question dans cette étude le 15 juillet 2013.

Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

 

La plage de Usuiso à Iwaki l’été dernier, avec de beaux articles de propagande dans les journaux.

Jusqu’à présent, seuls les rejets de l’eau contaminée en provenance de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi pouvaient être incriminés pour le risque sanitaire. Or, cette nouvelle étude indique que la fréquentation des plages peut être dangereuse, par exemple « à marée descendante » en raison de la désorption du Césium 137 dans l’eau de mer…

Il y a 80 kms de plages sur la côte de Fukushima…

Par ailleurs, une étude en France publiée en 1997 (Ed. La Découverte) s’est interrogée sur les causes de leucémies significativement nombreuses aux abords de la Hague (Jean-François VIEL, La santé publique atomisée : radioactivité et leucémies, les leçons de La Hague) et c’est là aussi la fréquentation de la plage qui s’est avérée particulièrement dangereuse.

Une source inattendue de radiocésium issu de Fukushima sur la côte océane du Japon

Par la suite, des prélèvements ont été faits en mer, par Greenpeace, par la CRIIRAD, au niveau de la conduite qui décharge directement en mer des effluents radioactifs en provenance des installations.

Ici comme à Dounreay en Ecosse, les rejets dans la mer ne sont pas plus incriminés que les rejets dans l’atmosphère. A Sellafield aussi, les leucémies sont demeurées « un mystère »…

 

Or, Jean-François Viel a établi un risque significatif, relativement au développement de leucémies chez les enfants, associé à «la fréquentation récréative des plages», dès cette étude de 1997.

 

_________________

 

Il est donc évident qu’ici ou là, la fréquentation des plages présente un risque sanitaire  non négligeable pour les populations.

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 18:27

En introduction au nouveau texte de Hori Yasuo sur le pacte d'abolition des armes nucléaires, je voudrais rendre hommage à Paul Signoret dont j’ai appris avec tristesse la disparition cet été, à l’âge de 95 ans. Sensible à la catastrophe nucléaire de Fukushima, il traduisait en français les textes de Yasuo depuis 2012, puis en collaboration avec Ginette Martin.  Pour Yasuo, Paul était son père spirituel en espéranto, langue qu’il avait pratiqué activement toute sa vie. Je salue ici le travail d’un homme généreux, humble et rigoureux, qui a facilité une communication directe et de qualité entre le Japon et la francophonie.  PF 

(photo ci-dessus : Hori Yasuo et Paul Signoret en 2015)

 __________________________

 

L’Humanité ne peut vivre avec le nucléaire

 

Texte de HORI Yasuo du 15 août 2017 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

 

 

Cet été est le premier été mémorable après l'adoption du pacte d'abolition des armes nucléaires par 122 pays le 7 juillet 2017 aux Nations Unies. Le nom officiel de ce pacte est  "Pacte pour l'interdiction de l'exploitation, des essais, de la production, du stockage, du transfert, de l'utilisation et de la menace par l'utilisation des armes nucléaires, et pour leur élimination". Lorsque 50 pays le signeront,  il entrera en vigueur 90 jours plus tard. 

Le texte original en espéranto

L’Humanité ne peut vivre avec le nucléaire

La carte ci-dessus indique quels pays ont approuvé le pacte.
Malheureusement, le Japon ne l'a pas approuvé, ainsi que des pays possédant des armes nucléaires, ni des pays sous le parapluie nucléaire américain.

 

Chaque année, le 6 août à Hiroshima et le 9 août à Nagasaki, se déroule la Cérémonie pour la Paix. Lors de la cérémonie à Nagasaki, le maire Taue Tomihisa a parlé de la grande importante de ce pacte :

« Jamais plus d'hibakushas (irradiés par les bombes atomiques)! Cette phrase, selon leur désir fervent, signifie que plus personne ne doit souffrir des armes nucléaires. Ce désir fait bouger de nombreux pays dans le monde et a donné naissance à ce pacte. Le pacte sur l'abolition des armes nucléaires a été adopté par 122 pays, plus de 60% des pays membres des Nations Unies. C'est le fruit d'un effort de plusieurs années des hibakushas. J'aimerais appeler ce pacte, le "Pacte d'Hiroshima et Nagasaki". Et je remercie les pays, les Nations Unies et les ONG qui soutiennent courageusement ce pacte avec une forte volonté d'éliminer les atrocités inhumaines.

 

Mais ce n'est pas la fin de notre mouvement. Maintenant, il y a 15 000 armes nucléaires dans le monde. La situation politique internationale en ce qui concerne les armes nucléaires est de plus en plus menaçante et  maintenant se répand la crainte que, dans un proche avenir, des armes nucléaires ne soient utilisées. En outre, les pays qui possèdent des armes nucléaires s'opposent au pacte, de sorte que notre chemin vers un monde sans nucléaire est obscur. Le moyen de faire vivre le pacte nouveau-né est important pour l'humanité."

 

Et ensuite le maire de la ville a fortement critiqué le gouvernement japonais :

 

Nous voulons dire ceci au  gouvernement japonais. Il n'a même pas assisté à la réunion pour le pacte, bien qu'il prétende qu'il jouera le rôle principal d'intermédiaire entre les pays dotés d'armes nucléaires et les pays qui n'en ont pas, afin de créer un monde sans nucléaire. Nous, les villes qui avons reçu des bombes atomiques, nous ne pouvons absolument pas comprendre son attitude. Le gouvernement du Japon, en tant que seul pays ayant reçu des bombes atomiques, doit approuver rapidement le pacte, en modifiant sa politique et ceci indépendamment du parapluie nucléaire américain. La communauté internationale attend cela.

 

Le devoir du Japon est de promouvoir dans le monde l'idée pacifique de la Constitution japonaise, qui a déclaré que le Japon ne doit plus faire la guerre,  doit observer les trois principes* concernant les armes nucléaires, et maintenant étudier la possibilité d'établir une « zone sans nucléaire dans le nord-est de l'Asie » comme l'une des mesures concrètes pour un monde non nucléaire.

* Le Japon ne doit ni posséder, ni produire, ni introduire des armes nucléaires.

Au cours de cette même cérémonie, en tant que représentant des hibakushas, Mr Fukahori Joshitosi  a déclaré: 

"A ce moment-là, j'étais en fonction dans un bureau à 3,6 km de l'épicentre. A 11h et 2 minutes, un éclair blanc a jailli et un bruit d'explosion s'est fait entendre, et tout de suite je me suis caché sous la table. Dans la soirée, nous avons été autorisés à rentrer chez nous et j'ai atteint le pied du Mont Konpira, et j'ai rencontré des personnes qui descendaient de la ville de Nagasaki. Elles m'ont recommandé de ne pas aller plus loin, parce que toute la ville était en feu. Je me suis arrêté et, le lendemain matin, je me suis dirigé vers la gare de Nagasaki, en longeant la voie ferrée. La gare et ma chère ville avaient complètement disparu, comme si j'étais dans un autre monde. Je suis arrivé à ma maison, mais elle était détruite. Ma sœur aînée était morte à l'intérieur, on aurait dit qu'elle avait essayé de serrer la poutre avec son bras droit. Si j'étais revenu à la maison la veille, j'aurais pu l'aider. Je le regrette beaucoup à présent.

 

Cette bombe atomique a subitement détruit 74 000 personnes et blessé 75 000 autres. Ceux qui s'étaient à peine enfui du lieu bombardé ont souffert de maladies inconnues et sont bientôt morts.

 

Je crois que l'humanité ne peut pas vivre avec le nucléaire. En mars 2011, l'accident nucléaire s'est produit dans la centrale nucléaire n ° 1 de Fukushima et, par conséquent, tous les réacteurs nucléaires ont été arrêtés. Nous étions tous terrifiés par tout ce qui était nucléaire, mais même dans cette situation, le gouvernement a remis en route de plus en plus de réacteurs. Dans le Japon qui est un pays sismique, toutes les règles précises et strictes concernant les centrales nucléaires sont insuffisantes face aux tremblements de terre. Je pense que le Japon devrait dépendre davantage des énergies naturelles.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a évolué grâce à sa constitution pacifique et, de cette façon, le Japon est fiable et hautement estimé par les pays d'Asie et du monde. Ne perdons pas cet héritage. N'oublions pas notre devoir en tant que seul pays bombardé.

 

En 1979, nous, les 6 survivants de Nagasaki, avons commencé à rassembler des photos de notre ville bombardée et nous avons recueilli et examiné 4 000 photos. Nous croyons à la force de ces photos qui présentent au monde la réalité de la ville bombardée et, grâce à ces photos, nous travaillerons pour un monde pacifique et pour l'abolition des armes nucléaires."

Après la cérémonie, les représentants des six organisations d'irradiés atomiques ont rencontré le Premier ministre Shinzō Abe. En tant que représentant de ceux-ci, M. Kawano du Centre du Mouvement pour la Paix a déclaré au Premier ministre :  

"Nous sommes très heureux que le pacte d'abolition des armes nucléaires ait été adopté. M. Abe, dans quel pays êtes-vous en fonction comme premier ministre ? Allez-vous nous rejeter ? Ou est-ce nous qui allons vous rejeter ? C'est en ce moment que notre pays doit mettre l'accent sur l'abolition des armes nucléaires. "

Le Premier ministre Abe a répondu, sans faire allusion au pacte : "Afin de créer un monde véritablement sans nucléaire, il est important que les pays dotés d'armes nucléaires et ceux qui n'en ont pas travaillent ensemble".

Après la réunion, M. Kawano a déclaré: "Je lui ai demandé dans quel pays il était en fonction, mais il n'a pas répondu. Il n'a même pas fait allusion au pacte. C'est incroyable."

 

Le Premier ministre Abe insiste sur le fait qu'il jouera le rôle d'intermédiaire des deux côtés, mais c'est impossible pour lui. Le 6 août, au large de l'Australie, un avion Osprey s'est crashé et 3 soldats sont morts. Cet Osprey appartient à la base américaine d'Okinawa, et le gouvernement japonais a demandé un arrêt des exercices d'Osprey au Japon jusqu'à ce que le crash soit expliqué, mais les États-Unis ont ignoré cette demande, et le 8 août on a recommencé les exercices à Okinawa, et ensuite le gouvernement a approuvé cela, prétextant que les États-Unis avaient garanti la sécurité. Ainsi, en de telles circonstances, le Japon se contente de faire une demande, puis aussitôt il approuve l'action des États-Unis en fonction des informations fournies par les États-Unis. Le Japon n'a jamais critiqué les États-Unis, ni ne leur a fait aucune recommandation. Nous ne croyons absolument pas qu'un tel gouvernement puisse persuader les États-Unis d'abolir les armes nucléaires. Avec ce Premier ministre, le Japon sera perpétuellement un vassal  et un serviteur des États-Unis.

 

Lorsque les hibakushas ont commencé à agir pour faire adopter le pacte, il semblait à tous que ce n'était pas réalisable, mais après 72 ans, leur rêve a été réalisé. Comparé à cet effort, faire partir le Premier ministre Abe est très facile. Dans peu de temps nous connaîtrons ce jour-là.

 

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 23:27

Ces dernières semaines, Tepco a concentré ses efforts sur le réacteur 3. Il a donné les résultats des images obtenues avec les muons, publié les photos et vidéos des investigations à l’intérieur de l’enceinte de confinement, et commencé à construire une couverture au bâtiment.

Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

Prospections dans l’enceinte de confinement

 

Après les prospections des bâtiments et des enceintes de confinement du réacteur 1 et du réacteur 2, Tepco a continué ses investigations dans le réacteur 3 du 19 au 22 juillet. Un petit robot submersible relié par un fil a été envoyé sous la cuve du réacteur. A l’intérieur, on ne reconnaît pas grand-chose, il semble qu’il y ait eu plus de dégâts que dans les autres réacteurs. On distingue une grille métallique tombée au fond de l’enceinte de confinement, mêlée à ce qui pourrait être du corium et des sédiments. Cette grille était située à l’origine sur la plateforme sous la cuve.

Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

Les images rapportées par la caméra montrent des structures recouvertes d’éclaboussures de corium. Tepco suppose que le corium s’est infiltré par les trous situés en bas de cuve qui permettent d’actionner les barres de contrôle. Le béton est très altéré par endroit, se détachant en écailles.

Pour voir les trois vidéos de Tepco, c’est ici

Pour une analyse des structures, se reporter au site de SimplyInfo ou de l’Acronique de Fukushima

Sources Tepco (photos, vidéos et rapports) :

- inspection du 19 juillet

- inspection du 21 juillet

- inspection du 22 juillet

 

Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

Scan du réacteur

Comme pour les deux autres réacteurs, Tepco a produit une image du réacteur grâce à la technique des muons cosmiques. Le rapport date du 27 juillet, la mesure avait commencé en mai.

Tepco conclut qu’il n’y a pas de grande quantité de corium dans la cuve. La plus grande partie du corium pourrait se trouver au fond de l’enceinte de confinement.

Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

Construction d’un nouveau toit

 

Depuis début août, une structure métallique est en train d’être assemblée au-dessus du réacteur 3. Elle est destinée à plusieurs choses : protéger le bâtiment réacteur qui n’a plus de toit depuis 2011, supporter un nouveau pont roulant qui permettra de vider la piscine de son combustible (97 tonnes en théorie) et contenir la pollution atmosphérique.

Pour l’instant, un huitième du toit a été installé. Une fois terminé, celui-ci aura une soixantaine de mètres de long.

Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

Lors des travaux, Tepco envoie des ouvriers sur le bâtiment réacteur, alors que celui-ci est extrêmement radioactif.

Tepco prévoit de commencer à vider la piscine d’ici un an.

La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

 

 

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A propos du réacteur 3, sur ce blog :

Analyse de l’explosion du 14 mars 2011

 

 

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Mise à jour : nouvelle analyse de Tepco en décembre 2017 rapportée par Nancy Foust

Découverte inattendue à l'intérieur de l'unité 3 de Fukushima – décembre 2017

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 18:12

De novembre 2016 à février 2017, Tepco a mené diverses inspections robotisées dans le bâtiment réacteur 1 de Fukushima Daiichi visant à examiner l’enceinte de confinement et à contrôler l’état de la piscine de combustible où 67 tonnes de combustible nucléaire y sont encore coincées (292 assemblages de combustible usé et 100 assemblages de combustible neuf).  Les médias français n’ont pas relevé cette information qui aurait pourtant fait la une de l’actualité en 2011. La raison en est peut-être que le document est resté à un niveau plutôt confidentiel : Tepco n’a fait aucune publicité de son rapport daté du 30 mars 2017 et s’est bien abstenu de le diffuser en anglais. Une autre raison, plus évidente en France, est qu’il n’est pas politiquement correct de montrer des images d’un couvercle en béton effondré dans un puits de cuve de réacteur atomique alors que le lobby nucléaire hexagonal n’a qu’un seul souhait : démarrer l’EPR de Flamanville malgré ses défauts de conception.

Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

Suite à l’explosion du 12 mars 2011, le toit en béton et en acier du bâtiment réacteur 1 est tombé sur le niveau technique. Les inspections ont permis de découvrir que les éléments en béton du couvercle du puits de cuve du réacteur ont été soulevés, montrant des déplacements plus importants qu'on ne l'avait jusqu'alors supposé. En France, les autorités nucléaires avaient tout simplement écarté cette hypothèse pour le réacteur 1 pour rassurer l’opinion. Il avait été rabâché que seul le niveau 5 avait subi une explosion d’hydrogène. Or concrètement, pour que des dalles de plusieurs tonnes se soulèvent, il a fallu qu’une explosion se produise au moins dans le puits de cuve, voire plus bas dans l’enceinte de confinement.

Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

La visualisation en 3D réalisée par Tepco montre la configuration des équipements endommagés. Le pont roulant et la machine de chargement du combustible sont tous deux situés au-dessus de la piscine de combustible, ce qui rendra problématique leur démantèlement futur. Il faudra trouver des astuces pour que des débris ne tombent pas plus bas dans la piscine afin de ne pas endommager le combustible. On remarque que le pont roulant a sa poutre nord très endommagée, ce qui suppose qu’elle a dû être soulevée par le souffle de l’explosion puis pliée sous son propre poids en retombant.

Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

Le puits de cuve est habituellement recouvert de trois couches de béton, comme le montre le schéma ci-dessus. Chaque couche est composée de trois éléments formant un disque une fois assemblés. Ces éléments ont plusieurs fonctions : ils font écran à la radioactivité du réacteur, ils servent de plancher à la surface technique quand le réacteur est en marche et ils servent également à limiter la casse en cas de pépin au réacteur. Cette dernière fonction fait qu’en France, on les appelle « dalles anti-missile », non pas pour se protéger d’un missile provenant de l’extérieur, mais de la possibilité de la remontée subite des tiges de commande des barres de contrôle (qui sont dans la partie supérieure de la cuve dans les réacteurs français). A Fukushima Daiichi, cette remontée des barres est impossible car elles sont situées en fond de cuve.

 

Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

Ce couvercle à trois couches n’est pas scellé hermétiquement. Tout tient en place uniquement avec le poids. Les conséquences de l’explosion ont fait que la dalle intermédiaire a été délogée en partie vers le haut et en partie vers le bas. La dalle inférieure est tombée dans le puits de cuve directement sur le couvercle de l’enceinte de confinement. Quant à la dalle supérieure, elle dépasse le niveau technique de son épaisseur alors qu’elle devrait être au même niveau que le plancher.

Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

Des mesures de dose ont été effectuées autour du couvercle du puits de cuve : le débit augmente à mesure qu'on va vers le centre ; il s’agit probablement de la radioactivité provenant de la cuve du réacteur, bien qu’une rupture d’étanchéité du joint du couvercle aurait dû montrer de plus fortes doses sur les bords du puits de cuve. Le couvercle a-t-il été percé en son centre ? Ou bien existe-t-il une soupape de sécurité à son sommet, comme pour le couvercle de la cuve ?

Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

Le débit maximal mesuré du côté de la piscine de matériel était de 512,7 mSv/h. Mais au centre des dalles, la radioactivité est de 2 230 mSv/h. Pour comparaison, Tepco avait mesuré en 2013 la radioactivité au centre des dalles du puits de cuve du réacteur 3 : elle était de 2 170 mSv/h. Cette comparaison de mesures montre que la fuite du BR1 semble similaire à celle du BR3.

Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

Il y a un phénomène bien connu, déjà décrit par Arnie Gundersen : quand une enceinte de confinement est en proie à une pression ou une chaleur élevée, elle peut temporairement relâcher de la vapeur et des gaz. Mais on ne sait pas clairement si c'est ce qui s'est passé au BR1. Seul le démantèlement du puits de cuve permettra d’en savoir plus.

D’autres investigations, menées cette fois à l’intérieur de l’enceinte de confinement en mars 2017, on permis de conclure à la présence de corium en poudre au fond de la cuve. Plus de six ans après la catastrophe, les informations nous arrivent ainsi au compte-goutte… Des informations concernant l’explosion du BR1 commencent à sortir, en particulier un dossier, paru en février 2017, essayant de présenter les discussions concernant les évènements qui ont pu se produire dans le réacteur. Le document doit être passionnant mais il est disponible uniquement en japonais.

 

Pierre Fetet


 

Fukushima : du nouveau au réacteur 1

[Je cherche un ou plusieurs traducteurs natifs pour traduire tranquillement tout ou partie du dossier japonais sur l'explosion du réacteur n°1. Me contacter par le formulaire de contact.]

_______________________

 

En savoir plus :

 

Rapport Tepco

Consulter le rapport

 

Article de Simply Info

Fukushima Unit 1 Refueling Floor Inspection Results

(merci à Evelyne Genoulaz pour ses traductions)

______________________

Dernière mise à jour : 02/09/17

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 23:38

Fonzy nous envoie son septième témoignage. Plus de 6 ans après la catastrophe nucléaire, on ne parle plus guère de Fukushima au Japon. L’accident est voulu par le pays comme un évènement du passé dont les conséquences seraient négligeables. Pourtant, il est encore bien présent pour les personnes évacuées à qui l’on supprime les indemnités et pour les enfants qui subissent les effets de la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. Les derniers chiffres officiels annoncent 152 personnes atteintes d’un cancer de la thyroïde, ce qui est bien plus que le nombre attendu dans la population en temps normal. Loin des problèmes locaux de Fukushima, Fonzy nous parle de son ressenti et remarque certains changements dans son environnement.

Fleur de bambou à Yokohama en juin 2017 (photo publiée dans le quotidien Asahi)

Fleur de bambou à Yokohama en juin 2017 (photo publiée dans le quotidien Asahi)

Coucou c’est Fonzy qui habite toujours à 280 km de la centrale Fukushima Daiichi. Ici, tout va bien, enfin tout paraît normal comme avant. Moi je m’attendais, peut-être comme la plupart d’entre vous, plutôt à de grands changements au niveau de la population à cause de la radioactivité : beaucoup de personnes souffrant de cancers, de morts brutales par crise cardiaque ou de la leucémie. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas, au moins ici dans mon entourage.

 

Toutefois tout n’est pas pareil. Je dirais qu’il y a de petites choses, très subtiles, pas dramatiques, mais nouvelles que l’on rencontre de plus en plus souvent. Par exemple, la grippe n’est plus quelque chose que l’on attrape seulement en hiver. Même maintenant, au début d’été, ce n’est pas rare de rencontrer quelqu’un, un adulte, qui vous dit qu’il était souffrant plusieurs jours à cause de la grippe. Je connais aussi des étudiants qui étaient absents à cause de la pneumonie, ou de la méningite, ou une maladie dont j’ignore le nom. Ce n’est pas fréquent, mais cela arrive au moins une ou deux fois par an. Avant 2011 c’était beaucoup plus rare.

 

Il y a aussi plus de personnes qui s’énervent plus facilement, y compris moi d’ailleurs. Quand il y a quelqu’un qui me bouscule dans le train et qui ne s’excuse pas, je sens la colère qui monte facilement malgré moi. J’entends aussi depuis un ou deux ans des retards du train à cause des querelles entre voyageurs, ce qui était quasiment nul avant. Récemment je me suis fait engueuler dans le train alors que je bavardais avec un étudiant. Nous n’avions pas parlé fort, mais le monsieur qui dormait pas loin nous a dit « Taisez-vous, surtout, toi, le gars, tu comprends ! » C’était un monsieur d’une soixante d’années avec une veste et une cravate, qui avait l’air correct. Effectivement la vie urbaine, surtout dans les transports en commun à Tokyo, est hyper stressante, mais avant nous étions plus polis et plus courtois. J’ajoute aussi que nous avons toujours des personnes qui ont des malaises dans le train et qui perturbent les transports. Cela est maintenant devenu un incident quotidien.

Photo prise par Kasai (@makotokasai) le 18 mai 2017 à Ibaraki

Photo prise par Kasai (@makotokasai) le 18 mai 2017 à Ibaraki

Le changement ne se trouve pas seulement chez les humains. On constate des arbres qui meurent petit à petit surtout au bord de la route. C’est Kasai (@makotokasai) qui remarque et tweete régulièrement que meurent dans la région de Kanto de nombreux arbres. C’est effrayant de voir ses photos qui montrent que toutes sortes d’arbres, ginkgos, cerisiers, camphriers, azalées… sont en train de mourir car ils perdent leurs branches et leurs feuilles. On parle également depuis deux ou trois ans de la fleur des bambous qui ne fleurissent qu’une fois tous les cent ou deux cents ans. C’est un phénomène très très rare, et on dit que la floraison est le signe que donnent certaines espèces de bambou avant qu’ils ne meurent. Pourtant cette année on voit un peu partout des fleurs de bambou ; Tokyo, Yokohama, Karuizawa, Shizuoka, Hyogo (plus de 600 km de Fukushima Daiichi), Yamagata (en juin 2014), Kyoto (en avril 2015)…. On n’en connaît pas la cause, mais nos ancêtres disaient que c’est un mauvais signe. Nous espérons qu’il n’arrivera pas de nouveaux grands tremblements de terre.  Eh oui, ici les séismes nous font plus peur que la radioactivité… 

 

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 21:53

Dans la préfecture de Fukushima, une terre où peu de gens retournent.

 

Les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie du village d’Iitate, mais où sont donc les villageois ..?

 

Un article de David McNeill et Chie Matsumoto – Iitate, Préfecture de Fukushima

 

Article original publié le 13 mai 2017 sous le titre: «In Fukushima, a land where few return. The evacuation orders for most of the village of Iitate have been lifted. But where are the people? » sur le site Japan Times

 

Traduction et mise en page : Evelyne Genoulaz

 

Source : Japan Times. http://www.japantimes.co.jp/news/2017/05/13/national/social-issues/fukushima-land-return ou copie ici : http://www.fukushima-is-still-news.com/2017/05/fukushima-where-are-the-people.html

Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

Le jour où j’aurai achevé ma quête, je reviendrai chez moi un de ces jours, là où verdoient les montagnes, au cher pays de mon enfance, là où les eaux sont cristallines, ce cher pays de mon enfance.

« Furusato », Tatsuyuki Takano

            Un cerisier fleurit au soleil printanier juste devant la maison de Masaaki Sakai, mais pas une âme n’est là pour en faire cas. La maison est abandonnée et ses ouvertures condamnées. Des herbes folles trouent le sol. Tout autour on peut apercevoir les traces du passage de sangliers sauvages, descendus des montagnes pour fourrager les champs et y creuser leurs bauges. Et sous peu la ferme bâtie il y a soixante années de cela, où Sakai a vécu en compagnie de sa mère et de sa grand-mère, sera démolie. « Ce qui ne me chagrine pas plus que ça, nous confie Sakai. Nous avons refait notre vie ailleurs. Je peux encore revenir voir – mais pas y vivre ».

 

          Quelques centaines de mètres plus loin la route est fermée et un dosimètre crépite furieusement sur le terrain empreint d’une quiétude bucolique. On y relève un débit de dose dépassant légèrement 1 microsievert par heure – une fraction du débit craché au moment où la famille de Sakai déserta les lieux en 2011.

Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

                Sakai explique que la radioactivité décrit des hauts et des bas, selon le temps qu’il fait. On la trouve partout, dans les rigoles et les fissures de la chaussée et jusque dans les arbres. Depuis que l’homme a déserté ces lieux les singes, habitants des forêts, ont gagné en audace et se figent sur place, les yeux braqués sur telle étrange automobile en approche, au lieu de s’égailler dans toutes les directions comme ils le faisaient autrefois.

 

            Iitate, c’est un chapelet d’une vingtaine de hameaux minuscules disséminés sur plus de 230 kilomètres carrés, un territoire réduit à néant suite à un caprice de la météo, dans les jours qui suivirent la catastrophe nucléaire en mars 2011. Le vent s’était chargé en particules radioactives en provenance de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, à 45 km de là, que la pluie et la neige rabattirent au sol dans la nuit du 15 mars 2011.

            Au bout de plus d’un mois de tergiversations – au cours duquel les villageois ont baigné dans l’un des plus hauts niveaux de radioactivité jamais enregistré tout au long de cette catastrophe (le niveau de dose relevé près de la mairie dans la soirée du 15 mars a atteint la valeur ahurissante de 44,7 microsieverts par heure !(1)) – le gouvernement leur a donné l’ordre d’évacuer.

            Aujourd’hui, le gouvernement prétend qu’on ne court aucun risque à retourner à Iitate. Et c’est en liesse que fut réouvert le 31 mars dernier l’ensemble du village, exception faite de Nagadoro, dans le Sud de Iitate, toujours extrêmement contaminé.

 

            Cette réouverture correspond à un engagement pris par son Maire Norio Kanno ; celle d’Iitate fut de fait la première autorité dans la Préfecture de Fukushima, à annoncer dès 2012, par anticipation, une date de levée de l’ordre d’évacuation : son maire promit alors de « revitaliser le village avant cinq ans ». Ce village dispose désormais d’un terrain de sport neuf, d’une épicerie et d’un restaurant de nouilles Udon. Un dispensaire peut y recevoir des patients deux fois par semaine.

 

Il ny manque rien, si ce n’est les gens.

 

            Tandis que nous patientons dans les locaux municipaux de Iitate en attendant d’être reçus par Kanno, nos yeux tombent sur un livre en exposition à la réception : « Les Plus Beaux Villages du Japon ». En douzième position, voilà une délicieuse mosaïque ondoyante de forêts, collines et prairies administrées par le maire depuis plus de deux décennies – 6 300 résidents, un village réputé pour ses cultures potagères en terrasse et ses rizières, soigneusement délimitées, pour ses cultivateurs biologiques industrieux, ses champignons sauvages et ses « bœufs wagyu » à robe noire dont le nom provient de la région.

 

            Mais le spectacle qui s’offre à nous au-dehors dément cette description idyllique. Les  prairies sont quasiment nues, on a rasé la végétation dans une entreprise prométhéenne de décontamination de la radioactivité qui s’est déposée voilà six années (3). Pas une vache, pas un fermier à l’horizon. Des tracteurs stationnent, silencieux, dans les champs. Les écoles du village sont désertes. Quant à la population, le seul endroit du village qui semble animé, c’est la maison de retraite située de l’autre côté de la rue, en face du bureau de Kanno.

Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

            « Notre village ne sera plus jamais celui d’avant la catastrophe mais il peut se développer d’une autre façon. La reconstruction est en marche » déclare le maire, non sans se demander si les rapatriés vont pouvoir rebâtir un village à leur goût. « Qui sait ? un jour peut-être, cela pourrait inciter les évacués au retour, voire attirer de nouveaux-venus. On ne change pas la vie en adoptant un point de vue pessimiste ». Il ajoute que « même en pensant à ceux qui sont partis définitivement, ce n’est pas pour autant que le pays de leur enfance doive – juste disparaître.

 

            « Cet attachement au furusato (le pays natal) est particulièrement prégnant au Japon » nous explique Tom Gill, un anthropologue britannique qui a beaucoup écrit sur Iitate. Ce sentiment de nostalgie « se retrouve dans d’innombrables ballades sentimentales, poursuit-il. Une chanson en particulier, tout simplement intitulée Furusato (cf. partition en bas de page), est chantée par tous les écoliers du Japon depuis 1914. » Selon Gill, cet appel a persisté en dépit – ou à cause – du fait que le déséquilibre entre les zones urbaines et les zones rurales est au Japon plus accentué que dans aucune autre nation moderne ; 10 % seulement de la population japonaise vit en zone rurale. Ce qui peut en partie expliquer cet acharnement démesuré à ramener à la vie les terres, dans l’Est de la Préfecture de Fukushima. Selon une étude, on a consacré plus de 2,34 billions de yens (20 milliards d’euros) à décontaminer un territoire dont la superficie équivaut à la moitié environ de Rhode Island.

 

            Les autorités n’ont jamais envisagé l’abandon des lieux. Mieux, la moindre suggestion dans ce sens a soulevé une controverse : lorsque le Ministre de l’industrie Yoshio Hachiro qualifia en septembre 2011 les communautés abandonnées de « villes de mort », ses paroles soulevèrent un concert de protestations qui le contraignirent à la démission en moins d’une semaine.

 

            A l’opposé, la région fut divisée en trois zones dont les dénominations affichent de subtils euphémismes, pour suggérer précisément l’inverse : les communautés au niveau de radioactivité annuel allant jusqu’à 20 millisieverts (la dose maximale pour les travailleurs du nucléaire) sont dites « en préparation de levée de l’ordre d’évacuation », les districts de 20 à 50 milliSieverts par an, des « zones où résider n’est pas autorisé » et les endroits le plus fortement contaminés, à partir de 50 millisieverts année et au-delà, telle Nagadoro, sont zones « où les résidents ne pourront pas retourner avant longtemps ».

 

            En septembre 2015 Naraha, située à 15 km au sud de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, devint la première ville dans la préfecture à lever en totalité l’ordre d’évacuation imposé après la triple fusion. Naraha dispose d’une rue commerçante aménagée sur fonds publics, une fabrique de batteries au lithium flambant neuve, un jardin d’enfants ainsi qu’une école secondaire.

 

            On a envoyé dans chaque maison une équipe d’ouvriers pour la décontamination – dans certains cas à plusieurs reprises. Des 7 400 résidants d’avant la catastrophe, 1 500 environ sont revenus, pour la plupart des personnes âgées, selon les chiffres du gouvernement local, qui ont vraisemblablement été gonflés.

 

            A Iitate, le coût de la décontamination s’élève à plus de 1 million 600 mille euros (200 millions de yens) par foyer. Ces travaux et l’effet du temps ont rapidement fait baisser la radioactivité au-dessous de 20 millisieverts-année en beaucoup d’endroits.

 

            Cependant, nous apprend Kanno, les travaux de décontamination ne vont pas au-delà d’une distance à 20 mètres des maisons et les trois-quarts du village consistent en massifs forestiers. Par temps venteux, les particules radioactives se redéposent dans les champs et sur les maisons. « Tant d’argent pour quoi ? » s’interroge Nobuyoshi Itoh, un fermier critique à l’égard du maire. « Vous emmèneriez des enfants ici en les laissant  gambader à travers champs ou dans la forêt ? »

Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

            Après que tous eurent évacué, Itoh, lui, a fait le choix de rester vivre dans l’un des endroits le plus hautement toxique du village et nous confie qu’il n’a remarqué semble-t-il aucun affect sur sa santé, mais qu’il a constaté un affaiblissement de son système immunitaire.

 

            L’une des particularités qui rendaient la vie si agréable à Iitate avant la crise nucléaire, quand il y songe, tient dans un système de troc bien à elle. « Les gens pour la plupart d’entre eux n’ont jamais acheté un seul légume, ils en cultivaient, dit-il. J’apportais mes patates et on me donnait des oeufs. C’est fini, tout ça ».

 

            Une petite centaine de personnes tout au plus sont de retour – mais il s’agit invariablement de gens assez âgés ou de retraités. « Ils ne pourront pas, à eux seuls, faire renaître le village » rétorque Itoh. « Et qui pourra les accompagner en voiture dans les alentours ou encore prendre soin d’eux s’ils tombent malades ? »

 

            Quand on eut pris la mesure de l’immensité de la catastrophe qui venait de s’abattre sur Iitate, les gens du cru ont fini par se quereller les uns les autres. Certains vivotaient à grand-peine et voulurent partir, quoiqu’il fût toujours difficile de parler ouvertement de cette intention d’abandonner la terre natale. Beaucoup se sont solidarisés à travers les procès qu’on intenta au gouvernement.

 

            Bien avant la catastrophe, déjà, le village avait perdu un tiers de ses résidants depuis 1970 car les populations de jeunes s’étaient déplacées dans les villes, ce miroir de la désertification des zones rurales qu’on peut observer dans l’ensemble du pays. Quelques-uns parlèrent de déplacer plus loin le village tout entier, mais Kanno n’a jamais voulu en entendre parler.

Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David 					McNeill)

Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David McNeill)

            Le régime d’indemnisation a pu être un facteur déterminant dans le choix. En sus d’une indemnité mensuelle de 802 euros (cent mille yens) en dédommagement du « stress mental » ou de la mise à mal de leur vie précédente, les propriétaires d’une maison ou d’une ferme ont bénéficié d’un bonus : une indemnité forfaitaire de 48 mille euros environ  (6 millions de yens) par personne pour cinq ans – et le double pour les résidents de Nagadoro . Un chercheur a évalué à 401 mille euros environ (cinquante millions de yens) l’indemnité moyenne par famille, un montant qui a pu sembler suffisant pour tourner la page d’une résidence à Iitate qui devenait insatisfaisante et problématique, et préférer faire l’acquisition d’une maison à quelques kilomètres de là, pas trop loin, de façon à pouvoir revenir travailler ou encore profiter de la douceur des étés.

 

            Ils sont beaucoup à avoir déjà choisi cette option. Sans disposer de chiffres officiels, on dit ici que la moitié sans doute des villageois seraient partis définitivement. Des enquêtes avancent un chiffre de 30 % de candidats au retour, et moins encore dans le cas de Nagadoro.

 

 

            A en croire Yoshitomo Shihigara, qui gouverne le hameau de Nagadoro, de nombreuses familles ont pris leur décision voilà un bon bout de temps. Il ajoute qu’on ne devrait pas imposer à ses petits-enfants de vivre dans un tel endroit : « Notre devoir, c’est de les protéger ». Il habite dans la ville de Fukushima mais revient à Iitate tous les dix jours environ pour inspecter la maison et désherber son terrain. Et même avec cette débauche d’argent, Shihigara doute que cela suffise pour pousser au retour ses amis ou ses connaissances. Agé lui-même de soixante-dix ans, il n’est pour autant pas certain de vouloir revenir. « Parfois, j’en ai assez de toute cette histoire, car c’est impossible d’en parler avec quiconque à Fukushima, même pas avec ma famille, parce qu’on finit souvent par se quereller. Les gens essaient de deviner si les autres reçoivent des avantages, quels avantages ou le montant de leur indemnité. C’est très stressant de discuter avec les gens à Iitate. Je commence à m’en vouloir parce que je finis par mal me comporter à leur égard en raison de ma frustration. »

 

            Kanno a remporté six élections depuis 1996 et il a supervisé chaque étape de la douloureuse réhabilitation de Iitate, pris en porte-à-faux entre la colère et le désespoir de ses électeurs et la réponse officielle apportée sur la catastrophe, de la part du Gouvernement et de TEPCO, l’exploitant de la centrale nucléaire dévastée.            

Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

            Il a demandé des moyens supplémentaires pour mener à terme les travaux de décontamination (le gouvernement prétend que tout est achevé (2)) et pour remettre en état les routes et les infrastructures. Selon lui, les rapatriés ont besoin d’être soutenus financièrement. Il pense néanmoins qu’il est temps de mettre fin à l’indemnité mensuelle car il estime qu’elle entretient la dépendance. « Si les gens continuent à dire que la vie est dure, ils seront incapables de réagir. Mais ils ont besoin d’une aide pour leur subsistance. »

 

            Une nouvelle mesure a été instaurée, c’est un capital de départ à destination de  personnes volontaires pour revenir et ouvrir un commerce ou se lancer dans l’agriculture. « Il ne s’agit pas de faire croire que nous cherchions à influencer le choix des gens ou les forcions au retour » explique le maire, en invoquant la notion de « kokoro ni fumikomu » qui signifie littéralement : « entrer dans les cœurs ».

 

            En vérité dans un an, les milliers de personnes ayant évacué le village de Iitate n’auront pas le choix :

 

elles devront choisir le retour, à savoir renoncer aux aides allouées depuis six ans pour vivre ailleurs, car l’évacuation des zones jusqu’à 20 milliSieverts/an sera alors caractérisée de « volontaire », au regard du régime officiel d’indemnisation. Un dilemme résumé le mois dernier par une petite phrase abrupte et inouïe, dans la bouche du Ministre en charge de la reconstruction du Tohoku, Masahiro Imamura, limogé depuis. Pressé de s’expliquer sur la question par un journaliste indépendant, Imamura a rétorqué dans un mouvement d’humeur que le choix du retour – ou non – relevait de la responsabilité des évacués eux-mêmes, « de leur responsabilité à titre personnel, de leur propre choix ». Ce commentaire a touché un point névralgique.

            D’aucuns disent que le gouvernement s’efforce de contraindre les gens au retour, en usant d’une sorte de chantage économique ou pire – kimin seisaku – en les abandonnant à leur sort.

            « La réinstallation » soulève en Itoh de la colère. Selon lui, les politiciens poursuivent l’objectif d’effacer la catastrophe au plus vite. Il rétorque que « c’est inhumain de pousser les gens à revenir dans un tel environnement. Tout comme les effets de la radioactivité sur le corps, les effets psychologiques sont, de même, invisibles :

 

un grand nombre de personnes souffrent en silence ».

 

            Itoh est convaincu que le gouvernement cherche à montrer qu’on peut venir à bout des problèmes liés à l’énergie nucléaire, dans l’objectif de redémarrer les réacteurs nucléaires, aujourd’hui à l’arrêt dans tout le pays. Il n’y en a que 4 en production tandis que le sort réservé aux 42 autres est suspendu aux conclusions d’un imbroglio politico-juridique. Mais l’opinion publique, elle, demeure opposée à leur redémarrage (4).

 

 

            A IItate, au début, les gens ont cru voir renaître une formidable espérance mais au fil du temps, ils ont fini par ne plus faire confiance au gouvernement du village, déclare Kenichi Hasegawa, un fermier qui a écrit un livre en 2012 intitulé : « Genpatsu ni Furusato o Ubawarete » (Les Vies Volées de Fukushima). Dès les premiers jours, accuse-t-il, le maire a tout tenté pour cacher les niveaux de radioactivité choquants qu’on pouvait relever juste devant son bureau. Puis les gens ont fini par ne plus s’y intéresser. Quand le maire convoque ses administrés, bien peu se rendent aux réunions. « Peu importe, ils font quand même des réunions ! juste pour dire qu’ils en ont fait ».

 

            Mais Kanno ne veut pas s’avouer vaincu. Une boutique de souvenirs doit ouvrir en août et cela va faire venir des touristes, dit-il. On voit des villageois paver les accès menant à leur maison, grâce à la manne du budget ouvert pour la reconstruction. Quant aux effets de la radioactivité, il dit qu’« on a tous une opinion différente sur la question ». La levée de l’évacuation, ce n’est qu’un début.

 

            Itoh quant à lui, déclare qu’il lui est arrivé autrefois de faire confiance aux autorités publiques mais que ça, c’était dans une autre vie. Et il conclut :

 

« En s’évertuant à vouloir sauver le village, le maire en vérité le mène à sa perte ».

 

Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

_________________________

 

Notes de la traductrice

 

1 - 44,7 microsievert/h = 391 millisieverts/an !

 

2 - Selon le Ministère de l'Environnement, la décontamination serait achevée depuis fin janvier 2017 dans neuf des onze municipalités de la préfecture de Fukushima (sauf à Minami-Soma et Namie), qu’on désigne dorénavant du nom de "special decontamination areas" (zones de décontamination spéciale). Ne sont pas concernées par cette dénomination les zones « où les résidents ne pourront pas revenir avant longtemps » (source : JAIF, 15 mars 2017)

 

3 - A l’irradiation initiale « voilà six années » suite aux fusions, qui a contaminé la région (dépôts en taches de léopard sur faune, flore, sédiments des lacs et des rivières, habitations et leurs habitants…), il convient d’ajouter les rejets, suite aux fuites ou aux travaux à la centrale, par exemple. Noter que les zones forestières ou montagneuses sont « indécontaminables » et que la radioactivité présente à jamais, s’accumule ici, là se déplace au gré des intempéries …

 

4 - Ont redémarré : Ikata 3 (août 2016) + Sendai 1 & 2 + Takahama 4 (mai 2017) - Takahama 3 vient d’être rechargé…

 

 

_________________________

 

En savoir plus sur Iitate

 

Fukushima : 6 ans après, pas de retour à la normale (Greenpeace)

 

Partition et paroles du chant Furusato

 

________________

 

Mise à jour : 27/05/17

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 09:22

Pourquoi, 18 mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima, les Japonais ont-ils mis au pouvoir Shinzo Abe, pronucléaire notable ? Sans doute grâce au mensonge politique, mais aussi à cause de la complexité du monde. En France, c’est le même problème, les Français sont majoritairement pour la sortie du nucléaire mais ils vont élire un ou une pronucléaire. Avec une industrie atomique en faillite, une sécurité des installations au rabais et une probabilité d’accident nucléaire qui augmente, l’avenir paraît bien sombre. Au Japon, le mensonge organisé permet à présent au gouvernement de demander à la population évacuée en 2011 de revenir vivre dans des terres contaminées. Les articles du site Nos Voisins Lointains 3.11 rapportent le travail d’une association qui édite des cartes de mesures de la radioactivité. Le constat est alarmant. Ce ne sera pas différent pour les prochains pays qui auront à subir une catastrophe nucléaire.

PF

 

1. Namie: retour de la population dans la zone non-contrôlée de radioactivité

2. Dernière carte concernant la ville de Minamisoma

3. Discours de Taro Yamamoto : « Retournez, habitez, vivez, reconstruisez, c’est quoi cette histoire ! »

 

-oOo-

 

 

1. Namie: retour de la population dans la zone non-contrôlée de radioactivité

 

(A partir de l'article publié par Nos Voisins Lointains 3.11 le 23/4/2017)

 

Le 31 mars de cette année, les ordres d’évacuation des territoires les plus habités du bourg de Namie, du département de Fukushima, ont été levés.

 

Le groupe de mesure citoyen, « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi) » a publié les cartes de débit de dose de la radioactivité ambiante, et de la contamination du sol. Les résultats sont incroyables. La radio contamination des territoires de Namie est bien pire que celle habituellement relevée en « zone contrôlée de radioactivité ». En effet, une zone est classée comme « zone contrôlée de radioactivité » si le total de la dose effective due à la radiation externe et celle due aux substances radioactives dans l’air risque de dépasser 1,3 mSv par trimestre, ou si la densité de contamination de surface dépasse 40 000 Bq/m². Dans une « zone contrôlée de radioactivité », il est interdit de manger et de boire, et bien sûr d’y passer la nuit. Seuls les adultes y sont autorisés, et il ne leur est pas permis d’y demeurer plus de 10 heures. En quittant la zone, ils doivent se soumettre à un dépistage strict de radioactivité.

 

Les relevés effectués à Namie figurés dans les cartes vont bien au-delà de ces chiffres de référence utilisés pour définir les « zones contrôlées de radiation ». C'est pourtant sur un tel territoire que l'on fait revenir la population !

 

Voici la carte de la contamination du sol téléchargée sur leur page Facebook le 15 avril.

Elle a dû être légendée par 7 échelles car la contamination est si élevée que les échelles habituellement utilisées n'y suffisaient pas ! C'est une violation des droits de l'homme que d'autoriser les gens à vivre sur de tels sols !

Retour de la population dans la radioactivité

Voici la publication du groupe « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi » sur leur page facebook du 20 avril 2017.

« Nous avons téléchargé la carte des relevés de radioactivité, le résultat de la 38ème action de surveillance, en nous appuyant sur le GyoroGeiger, dosimètre fonctionnant avec Android. Les mesures ont été effectuées à 1 mètre du sol. Les points où le débit de dose est supérieur à 1 µSv/h, pour 56 relevés sur 100 effectués, sont indiqués en rouge. Mesure maximale à 3,71 µSv/h soit l'équivalent de 32 mSv/an. Est-il concevable de faire revenir les personnes évacuées, dans de pareils lieux ? »

Retour de la population dans la radioactivité

 

2. Dernière carte concernant la ville de Minamisoma

 

L'article entier concernant cette carte :

Les niveaux impressionnants de radio-contamination à Odaka, Minamisoma

 

Retour de la population dans la radioactivité

3. Discours de Taro Yamamoto

« Retournez, habitez, vivez, reconstruisez, c’est quoi cette histoire ! »

 

(Reprise de l’article de Nos Voisins Lointains du 12/12/16)

 

Taro YAMAMOTO, du parti libéral, est membre de la Chambre des conseillers. Il est un des rares membres parlementaires qui défendent les droits des victimes de l’accident de la centrale nucléaire de TEPCO Fukushima Daiichi.

 

L’association Nos Voisins Lointains 3-11 a traduit les questions de Taro YAMAMOTO à la Commission spéciale de reconstruction de la Chambre des députés au 18 novembre 2016*. Le contenu de ses questions révèle la situation inhumaine à laquelle sont confrontées les victimes dans le cadre de la politique de retour du gouvernement japonais.

  • Taro YAMAMOTO

Je vous remercie. Je suis Taro YAMAMOTO du parti libéral. Je voudrais poser des questions en tant que représentant d’un groupe parlementaire.

 

Décrété le 11 mars 2011, l’état d’urgence nucléaire n’est pas encore levé à ce jour, 5 ans et 8 mois depuis l’accident à la centrale nucléaire de TEPCO Fukushima Daiichi. Aujourd’hui, je vais aborder un sujet connu parfaitement par Mesdames et Messieurs les Députés ici présents.

 

Je vais commencer par le sujet de la zone contrôlée de radioactivité. Il s’agit de la zone délimitée fréquentée par des travailleurs possédant la connaissance professionnelle, exposés aux risques liés aux rayonnements ionisants, telle que une salle de radiographie, un laboratoire de recherche, une centrale nucléaire, etc.

 

Voici ma question. Il y a des règles qui s’appliquent aux zones contrôlées de radioactivité, n’est ce pas. Peut-on y manger et boire ?

 

  • Expert du gouvernement (Seiji TANAKA)

Voici la réponse. Suivant l’ordonnance sur la prévention des risques liés aux rayonnements ionisants**, il est interdit de manger et boire sur les lieux de travail où existe le risque d’assimiler des substances radioactives par voie orale.

 

  • Taro YAMAMOTO

Bien entendu, il est interdit d’y boire ou manger. Donc, il est évident que ce n’est pas possible d’y passer la nuit, n’est ce pas ? Même pour les adultes, il n’est pas permis d’y demeurer plus de 10 heures.

 

Vous connaissez bien l’existence de l’ordonnance. Il s’agit d’une règle à respecter afin de protéger les travailleurs exposés aux risques liés aux rayonnements ionisants dans des établissements tels que les hôpitaux, les laboratoires de recherche et les centrales nucléaires, n’est ce pas ?

 

On y trouve la définition de la zone contrôlée de radioactivité. Il s’agit de l’article N°3 de l’ordonnance dans le dossier N°1. On peut y lire que si la situation correspond soit à la définition décrite dans l’article 3/1 soit à celle précisée dans 3/2, la zone est considérée comme zone contrôlée, et qu’il faut y poster un panneau de signalisation. Je vais lire les parties 1 et 2 de cet article.

 

1 : la zone dans laquelle le total de la dose effective due à la radiation externe et celle due aux substances radioactives dans l’air risque de dépasser 1,3mSv par trimestre – sur une durée de trois mois ! On appelle la zone « la zone contrôlée de radioactivité » lorsque la dose atteint 1,3mSv sur une durée de trois mois.

 

Dans la partie 3/2, on se réfère à la densité à la surface dans le tableau attaché.

Voici le dossier N°2. Quelle sera-t-elle si on fait la conversion de la densité à la surface par m2 ?

 

  • Expert du gouvernement (Seiji TANAKA)

La conversion donne 40 000Bq/ m2.

 

  • Taro YAMAMOTO

Ainsi, avec 40 000Bq/ m2, la zone est classée comme « zone contrôlée de radioactivité ». Il faut donc bien surveiller non seulement la radioactivité dans l’air mais aussi la contamination de surface, c’est-à-dire la dose au sol des substances radioactives, autrement dit les autres éléments existant dans l’environnement, et gérer la zone délimitée afin de protéger les travailleurs des risques liés aux rayonnements, n’est ce pas ?

 

La zone contrôlée de radioactivité est définie à la fois par le débit de dose de la radioactivité ambiante et par la densité à surface des substances radioactives. Le point est que le risque dans une situation où les substances radioactives sont dispersées est tout à fait autre que celui dans la situation où les sources de rayonnement sont bien identifiées et gérées.

 

Or, actuellement l’ordre d’évacuation appliqué aux zones d’évacuation suite à l’accident de la centrale nucléaire est levé lorsque le débit de dose de radioactivité ambiante devient inférieur à 20mSv/an.

 

Voici ma question. Concernant la contamination, en dehors du débit de dose de radioactivité ambiante, y a-t-il des conditions à tenir compte pour lever l’ordre d’évacuation ? Veuillez répondre par un oui ou un non.

 

  • Expert du gouvernement (Takeo HOSHINO)

Voici la réponse.

Concernant les conditions nécessaires pour la levée de l’ordre d’évacuation, quant aux mesures de radioactivité, il n’y a que la certitude que le cumul annuel de débit de dose de radioactivité ambiante soit inférieur à 20mSv.

 

  • Taro YAMAMOTO

Vous n’avez pas compris. Je vous ai demandé de répondre par un oui ou un non. Y a-t-il d’autres conditions que le débit de dose de la radioactivité ambiante ? Pour lever l’ordre d’évacuation en dessous de 20mSv/an, quelles sont les conditions concernant la contamination?

 

Le fait est que concernant la contamination, il n’y a pas d’autres conditions que le débit de dose de la radioactivité dans l’air. C’est anormal. Vous, qui appartenez à cette Commission comprenez certainement à quelle mesure cette situation est anormale. Dans la définition de la zone contrôlée de radioactivité, en dehors de débit de dose de radioactivité dans l’air, on tien compte des substances dispersées puis déposées, c’est-à-dire de la contamination dans le sol etc., ce qui fait que le critère de 40 000Bq/m2 est établi pour la contamination à surface. Cependant, dans le cadre de la politique de retour pour faire revenir les populations aux territoires où le débit de dose cumulé annuel est inférieur à 20mSv/an, la condition de contamination de sol n’est pas considérée comme nécessaire. Cette dernière ne constitue pas un critère d’évaluation, le seul critère étant le débit de dose de la radioactivité ambiante. Les politiciens et les fonctionnaires qui considèrent cette situation régulière ne méritent pas de recevoir les salaires payés à partir des recettes des impôts. Notre travail est de protéger la vie et la propriété du peuple. Or, vous allégez les conditions. Vous créez à votre gré une règle moins rigoureuse que celle appliquée aux travailleurs possédant la connaissance professionnelle de la radioactivité. Que faites vous !

 

Suite à l’accident de Tchernobyl, des lois ont été établies en Russie, en Biélorussie et en Ukraine, et on y mesure à la fois le débit de dose de radioactivité dans l’air et la contamination du sol. Pourquoi ? Cela va sans dire. C’est parce que c’est difficile de saisir la quantité d’irradiation subie par la population seulement avec les mesures de la radioactivité ambiante. En Ukraine, avec 5mSv/an, mesure correspondant à celle de la zone contrôlée de radioactivité, la population est évacuée, et même avec 1mSv/an qui correspond à la limite du débit de dose moyen pour le public, les habitants ont le droit d’évacuer. Cette loi dite loi Tchernobyl est encore en vigueur.

 

En revanche, quelle est la situation au Japon ? Selon la décision du Cabinet du mois de juin 2015, l’ordre d’évacuation est levé si le débit de dose dans l’air est inférieur à 20mSv/an. Il n’y a pas de problème ! A titre d’exemple, si on demeure 24h dans une zone contrôlée de radiation, on est exposé à la dose de 5,2mSv/an. Or, le critère de la levée de l’ordre et du retour de la population est de 20mSv/an ou moins. Le zonage est déterminé par la dose 4 fois supérieure à celle de la zone contrôlée de radioactivité. Retournez, habitez, vivez, reconstruisez, c’est quoi cette histoire ! Je ne peux trouver d’autre expression que « complètement tordu». Peut on encore appeler ça l’État ? Je pense qu’il vaut mieux l’appeler la mafia. C’est tellement inhumain !

 

Le gouvernement semble avoir adopté les limites de dose de 20 à 100mSv suivant la recommandation de la CIPR*** sur les limites d’exposition aux rayonnements après un accident. Cependant, quand on pense aux effets sanitaires sur la population, le plus raisonnable serait d’adopter 1mSv, les mesures de dose les plus faibles pour les limites de radiation pour la santé publique, selon le consensus mondial. Le droit d’évacuer doit être accordé à la population jusqu’à ce que le débit de doses descende en dessous de 1mSv/an. Le droit de décider le moment de retour appartient aux victimes. Pourquoi aménagez vous le zonage à votre gré ? L’État doit faire le maximum d’efforts afin de diminuer la dose le plus près possible de 1mSv/an, dose maximale en situation normale. Puis l’État, l’administration devraient avertir les populations, et les laisser prendre leurs propres décisions. Cela serait la façon la plus juste. L’État devrait se comporter ainsi.

 

Qui est responsable de cet accident ? C’est la TEPCO. Qui l’a soutenue ? C’est l’État. On voit clairement qui sont les auteurs du crime. Et pourtant, on ne fait que soulager les charges des criminels. Si il est admis d’aménager le zonage et les droits associés comme cela convient aux criminels, ce monde est un enfer.

 

Dans la ville de Minamisoma située dans la région côtière de la préfecture de Fukushima, trois types de zone d’évacuation ont été établis après le séisme. Au mois de juillet 2016, l’ordre d’évacuation a été levé de la « zone de préparation de levée de l’ordre d’évacuation » et de celle « de restriction d’habitation ». Il n’y a qu’un seul foyer avec deux personnes qui reste dans la « zone où le retour est difficile ». Selon l’État, 90% des territoires de Minamisoma sont sans risque. Or, il existe un groupe qui s’appelle « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi) ****» composé principalement de résidents de Minamisoma. Depuis 2012, les membres prennent les mesures de la contamination du sol aux alentours des voisinages des membres et dans des zones d’habitation. Ils ont fourni les informations. Veuillez regarder le dossier N°3. Vous y voyez une carte colorée (NDT : voir la carte dans la page du lien en cliquant ici.)

 

Il s’agit de la carte de mesures de sols, collectés et mesurés, dans les territoires où les travaux de décontamination sont achevés. Les couleurs montrent les niveaux de contamination. L’endroit coloré en bleu indique le lieu où les mesures de contamination sont en dessous de 40 000Bq/m2, c’est-à-dire inférieures à celles de la zone contrôlée de radioactivité. Il n’y en a qu’un seul, à droite en bas. A part celui-là, à tous les autres lieux, les couleurs montrent des mesures supérieures à celle de la zone contrôlée de radioactivité. Il existe même un lieu coloré en gris où les mesures dépassent 1 000 000Bq/ m2. Il y a des gens qui y habitent !

 

Comparé aux débits extraordinaires observés tout de suite après l’accident, le débit de dose de radioactivité dans l’air a beaucoup baissé. Ce n’est pas le même ordre de grandeur. Toutefois, selon les habitants, même avec 0,1µSv/h de débit de dose de radioactivité ambiante, les mesures de sol peuvent se révéler équivalentes à celles de la zone contrôlée de radioactivité.

 

C’est insensé que seul le débit de dose de la radioactivité ambiante soit pris en compte comme condition pour lever l’ordre d’évacuation. C’est tellement irresponsable et négligeant. C’est exactement à l’opposé de protéger la vie et la propriété du peuple. Les gens ne vivent pas flottant en l’air à 1 mètre du sol*****. Ils s’assoient, s’allongent par terre, ils s’arrêtent pour bavarder, debout ou assis. Les enfants ne jouent pas que sur les voies asphaltées. Ils peuvent s’aventurer dans les buissons. Les enfants jouent librement. Il y en a qui mettent de boues dans la bouche. Rappelez vous comment vous étiez quand vous étiez petit. Les gouttières où la contamination est concentrée fournissent un des terrains de jeux favoris aux enfants.

 

M. Masuchika Kono qui fait partie du groupe du projet mentionné ci-dessus, qui était du département d’Ingénierie de l’université de Kyoto, spécialisé dans génie nucléaire, diplômé pour la manipulation du rayonnement, a collecté de la terre au bord de la route de Minamisoma Michi-no-eki (aire de services et de stationnement), et passé au tamis d’environ 100 micron. Les mesures ont montré le résultat de 11 410Bq/kg de Cs. Ces poussières se lèvent avec les vents et aux passages des véhicules. Dans la vie quotidienne, on aspire les poussières. Vous ne tenez pas compte de la radiation interne, n’est ce pas ? Vous calculez la quantité de la radiation interne en appliquant quelconque coefficient, mais ne tenez pas compte de la radiation interne dans la vie réelle.

 

Certaines personnes ont auto-évacué des régions situées en dehors des zones sous ordre d’évacuer, car elles considèrent que les politiques de l’État ne protègent pas les enfants, leurs vies. Auprès de ces personnes, dans le cadre de la loi sur le secours en cas de désastre et d'assistance aux sinistrés******, les logements – habitations « considérées comme logements temporaires******* » - ont été mis à la disposition. Cependant, au mois de mars l’année prochaine, la mise à disposition à titre gracieux sera suspendue. Vous leur dites « il n’y a plus de problème ; pourquoi continuez vous à rester évacués ? » C’est ainsi, n’est ce pas ? Ces déplacés en provenance des territoires situés en dehors des zones d’évacuation sous ordre d’évacuer, ont fuit parce que leur domicile ainsi que l’environnement de vie sont contaminés suite à l’accident nucléaire de TEPCO. Toutefois, comme leur domicile est situé à une certaine distance de la centrale nucléaire, il n’a pas été inclus dans les zones d’évacuation que l’État a établies unilatéralement. Par conséquent, ces déplacés ne bénéficient d’aucune aide publique sauf la mise à disposition de logements à titre gracieux. Et même cette aide va s’arrêter au mois de mars prochain. C’est invraisemblable d’arrêter l’aide. De plus, que signifie-t-il de l’arrêter au mois de mars ? C’est la saison où la mobilité est la plus élevée dans l’année. Vous les expulsez, les forcez à se reloger à la saison où les loyers et les frais deviennent les plus coûteux ! Vous n’avez aucune compassion. Vous êtes impitoyable !

 

 

Voici quelques témoignages.

 

« J’ai peur des enquêteurs de la préfecture métropolitaine de Tokyo faisant la visite de porte à porte. Je me cache sous la couverture de peur d’entendre la sonnerie à la porte. Quand j’ai ouvert la porte, l’enquêteur a coincé la porte avec son pied pour que je ne puisse pas la fermer. Avec une voix forte que touts les voisins pouvaient entendre, il m’a crié « vous savez très bien que vous ne pouvez habiter ici que jusqu’au mois de mars ». Je sais, mais je ne peux pas déménager. »

 

La personne suivante. « La préfecture métropolitaine de Tokyo exige le déménagement de manière acharnée et hautaine. Nous avons dû quitter notre domicile à cause de l’accident de la centrale nucléaire. Je ne comprends pas pourquoi ils nous chassent ainsi de nouveau. J’ai cédé à la pression, et je me suis inscrite à la demande de logement de la préfecture métropolitaine de Tokyo (NDT : payant), mais c’est contre mon gré. Psychologiquement, je n’arrive pas accepter le fait, et cela me cause de la peine. Ils me forcent à emménager dans un logement de préfecture où personne de mon pays ne vit. C’est comme abandonner les personnes âgées dans une montagne. »

 

Le témoignage suivant. Il s’agit d’un foyer composé de la mère et les enfants. Les autres membres de la famille sont restés à Fukushima. Ils mènent la vie à double foyer. « S’il n’y a pas de logement à titre gracieux, on a pas de ressource pour payer le loyer. Le seul rêve qui est resté à mon enfant est la leçon de piano. Ne lui enlevez pas ce rêve. »

 

La personne suivante. « La date limite n’est pas arrivée… » (NDT : YAMAMOTO ne peut plus contenir les larmes) Qui fait une chose pareille ? Je vous demande pardon. Qui ordonne une chose pareille ? On peut à la limite admettre que l’État sollicite les gouvernements locaux pour que ces derniers mènent les négociations polies auprès les déplacés. Non, ce n’est autre chose qu’expulsion. L’État n’a-t-il pas l’intention d’arrêter une pareille situation ? Je ne vous permets pas de dire que vous n’étiez pas au courant. Vous voyez le problème sous vos yeux, maintenant !

 

« Les appels téléphoniques insistants, les visites sans préavis, et ils me crient en me demandant quelle est mon intention. Ils envoient des dossiers, et laissent les avis de passage dans la boîte aux lettres. Je suis complètement épuisée, physiquement et psychologiquement. » C’est compréhensible. Ils continuent à vivre ainsi depuis les explosions de la centrale nucléaire, et 5 ans et 8 mois après, ils sont traqués dans une situation pareille. Jusqu’à quel point souhaitez vous déchirer le cœur des victimes ? Il suffit que l’État prenne la décision. Cette personne dit que la préfecture métropolitaine de Tokyo lui a demandé de quitter le logement, car la préfecture doit rendre le logement de fonctionnaires d’État au mois de mars. C’est monstrueux que l’État demande à la préfecture métropolitaine de Tokyo d’expulser les évacués et de lui rendre le logement en état propre. Les déplacés n’ont pas pu choisir le logement. Ce n’est pas leur faute.

C’étaient des témoignages de déplacés.

 

Selon ma recherche, à ce jour, il existe 9327 pièces vides parmi les logements de fonctionnaires d’État dans la région de Kanto incluant la préfecture métropolitaine de Tokyo et 6 autres préfectures. Si l’État prend la décision, il peut résoudre le problème, tout au moins partiellement. Pourquoi doit-on expulser les habitants ? Est-ce parce que, s’il y a des occupants, on ne peut pas vendre l’immeuble lors des bulles financières des Jeux Olympiques ? C’est trop cruel.

 

Le 4 avril l’année dernière, selon le journal Mainichi shinbun, l’État ne demande pas le remboursement auprès de TEPCO pour les loyers des logements « considérés comme logements temporaires ». Le Membre de la commission, Iwabuchi, a mentionné tout à l’heure en me répondant : le gouvernement obligera TEPCO à payer les frais des travaux de décontamination. Pourquoi vous ne demandez pas à TEPCO de payer les loyers ? Ces gens-là sont les victimes !

 

Enfin, je voudrais demander au M. le ministre. Je voudrais que vous répondiez à deux questions.

 

1ère : Vous avez dit que c’est ce que souhaite la préfecture de Fukushima. Cependant, vous êtes en situation de faire cette suggestion à la préfecture de Fukushima. Veuillez la consulter à nouveau. Cette situation est vraiment irrégulière.

 

2ème : Je vous prie d’écouter les voix des déplacés. Je pense que vous n’avez presque aucune occasion d’entendre les voix des auto-évacués en provenance des territoires situés en dehors des zones d’évacuation. Jusque là, vous étiez trop occupé. Peut-être les personnes autour de vous ont pris la connaissance de leurs témoignages. Veuillez les écouter vous-même. Aujourd’hui aussi, ils sont là. Il y a une pause après. Vous serait-il possible de leur accorder 5 minutes. Si vous nous accordez juste 5 minutes aujourd’hui pendant la pause, vous pourrez converser avec les auto-évacués.

 

Je vous prie de bien vouloir répondre à ces deux questions.

 

  • Secrétaire d’État (Masahiro IMAMURA)

Ainsi que je vous ai déjà répondu, je veux bien consulter la préfecture de Fukushima, et j’aimerais faire en sorte que les personnes concernées ne seront pas peinées. Je veillerais à son bon déroulement.

 

Vous avez dit que les personnes auto-évacuées sont là. Moi aussi j’ai une séance plénière après et je n’ai pas de temps, mais je les écouterai.

 

  • Président (Mitsuru SAKURAI)

M. Yamamoto, vous avez épuisé votre temps.

 

  • Taro YAMAMOTO

Je vous remercie.

Je vous prie de bien vouloir garder votre promesse tout à l’heure. Merci beaucoup.

 

_____

 

Nous remercions Hervé Courtois de Fukushima 311 Watchdogs pour sa relecture.

_____

 

* Source : Site web de Taro YAMAMOTO

** Ordinance on Prevention of Ionizing Radiation Hazards, Ministry of Labour Ordinance No. 41 of September 30, 1972, Latest Amendments: Ministry of Health, Labour and Welfare Ordinance No. 172 of July 16, 2001 (dernier amendement : le ministère de la Santé, du Travail et de la Protection sociale, N°172, du 16 juillet, 2001)

*** Commission internationale de protection radiologique

**** Fukuichi shûhen kankyôhôshasen monitoring project

***** Les mesures de la radioactivité ambiante sont prises à 1m du sol.

****** Saigai kyûjohô, Loi d'assistance en cas de désastre, lois N°118 du 18 octobre 1947

******* Minashi kasetsu jyûtaku. Logements de location gérés par des agences privées habités par les évacués dont le loyer est pris en charge par le gouvernement central ou les gouvernements locaux.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 14:52

La vigie de Genève a 10 ans. Depuis 2007, l’action d’IndependentWHO consiste, chaque jour ouvrable, à se tenir debout devant l’OMS pour dénoncer la non-assistance de l’institution onusienne aux populations touchées par des catastrophes nucléaires, de Tchernobyl à Fukushima, et la non reconnaissance des dangers des faibles doses. A l’occasion de ce dixième anniversaire de cette lutte citoyenne remarquable, l’association appelle à manifester devant l’OMS le 26 avril prochain.

 

 

 

Communiqué d’IndependentWHO :

 

Toutes et tous à Genève devant l'OMS, le 26 avril 2017, pour les 10 ans et l’arrêt de la Vigie d'IndependentWHO - Santé et Nucléaire


La Santé est le bien le plus précieux de l’humanité. Nous souhaitons le transmettre aux générations futures. Or les rayonnements ionisants provenant de l’industrie nucléaire civile et militaire continuent d’irradier et de contaminer les populations, surtout les enfants, sur plusieurs générations, engendrant en particulier des dommages génétiques irréversibles.

La « communauté internationale », avec le label de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ne veut pas reconnaître ou minimise ces conséquences sanitaires.
Depuis le 26 avril 2007, tous les jours de la semaine, par tous les temps, de 8 à 18 heures, les Vigies d’IndependentWHO - Santé et Nucléaire ont demandé à l’OMS de revenir sur ce mensonge criminel et de dire la vérité sur les effets sanitaires de ces rayonnements, notamment sur les victimes des retombées des essais nucléaires militaires et celles des catastrophes civiles de Tchernobyl et de Fukushima.

Après 10 ans de protestation silencieuse les Vigies d’IndependentWHO - Santé et Nucléaire constatent que le déni officiel reste entier, en dépit des témoignages des victimes et des publications scientifiques indépendantes qui le prouvent. Cependant, de plus en plus de citoyens et une partie du monde scientifique soupçonnent que toute la vérité n’a pas été dite.

Après Fukushima, réplique de Tchernobyl, il est maintenant reconnu officiellement, que d’autres catastrophes sont possibles. Il devient alors important pour les autorités de nous faire croire que l’on peut s’adapter à vivre en milieu contaminé.

Par conséquent, les Vigies d’IndependentWHO - Santé et Nucléaire, vu l’urgence, ont décidé de continuer leur combat sous d’autres formes, notamment en transmettant l'expérience et les acquis de ces 10 ans de lutte à celles et ceux qui considèrent que ce combat pour la vérité et la santé est indispensable. Pour marquer les 10 ans de la Vigie d’IndependentWHO-Santé et Nucléaire, des actions sont programmées le mercredi 26 avril 2017 à Genève, au carrefour des Morillons, face à l’OMS (terminus bus n°8).

12h à 15h30 : Grande Vigie

15h45 : Inauguration de la stèle érigée pour les victimes du nucléaire et discours de personalités : Rémy Pagani (Conseil administratif de la de ville de Genève), Jean Ziegler (sociologue et vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l'homme de l'ONU), Annie Thébaud-Mony (sociologue, directrice de recherches honoraire à l’INSERM, porte-parole de réseaux citoyens en lutte pour la santé au travail), Roland Desbordes (président de la Criirad), Anne-Cécile Reimann (Présidente de Contratom), Paul Roullaud (Initiateur de la vigie d'IndependentWHO)

17h : Remise à l'OMS du livre de Wladimir Tchertkoff : “The Crime of Chernobyl - the Nuclear Gulag" et messages à l’attention des directions actuelle et futures de l'Organisation Mondiale de la Santé

18h : A partir de la Place des Nations, participation à la manifestation organisée par Contratom, groupe antinucléaire genevois

Retenez cette date et rejoignez-nous.
Contact(a)independentwho.org
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Dans un article publié dans le quotidien genevois «Le Courrier», Alison Katz, membre d’IndenpendentWHO – Santé et Nucléaire, pointe l’invocation de la «radiophobie» pour expliquer les problèmes sanitaires des victimes d’accidents nucléaires, le recyclage douteux du «modèle Hiroshima» et le déni des effets de la radio-contamination à faible dose.

Lire l'article ici : http://independentwho.org/fr/2017/04/10/dogme-hiroshima/

 

 

Mise à jour 29/04/17

Retour sur la dernière vigie devant l'OMS

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Dossier documentaire 10 pages sur Fukushima (Pierre Fetet)

 

Dossier sur le rejet des eaux contaminées dans le Pacifique

« Fukushima - Rejets dans le Pacifique : clarification et mise en perspective »

Une analyse critique des données concernant les rejets des eaux radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi initiés en août 2023, dossier réalisé par la CRIIRAD qui tente de répondre à ces questions : Quels sont les principaux défis auquel est confronté l’exploitant de la centrale ? Quels sont les éléments radioactifs rejetés dans le Pacifique ? Les produits issus de la pêche sont-ils contaminés ? Est-il légitime de banaliser le rejet d’éléments radioactifs, notamment du tritium, dans le milieu aquatique ? Qu’en est-t-il en France ?

Consulter le dossier

 

 

Spectacle

Le spectacle d'Audrey Vernon "Fukushima, work in progress" est disponible en ligne à cette adresse :

https://www.imagotv.fr/spectacles/fukushima_work_in_progress

 

 


 

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