18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 22:45
Le C.I.O. sera-t-il aussi courageux que le tribunal de Fukui ?

Akio Matsumura revient sur la décision du tribunal régional de Fukui qui s’est récemment prononcé contre le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Oi pour des raisons de sécurité et de risques sanitaires. Au même moment, John Coates, représentant le Comité International Olympique (CIO), qui supervise les Jeux Olympiques de 2020 prévus à Tokyo, répond à la lettre du docteur Helen Caldicott et assure que la sécurité des athlètes est une priorité pour le CIO.

Malheureusement, le CIO continue à s’appuyer uniquement sur des informations fournies par le gouvernement japonais. Or on sait quelle importance ces jeux revêtent pour le pays. Une étude indépendante des problèmes soulevés par Fukushima et les Jeux de Tokyo est indispensable. L’enjeu est trop important pour n’être que Japonais. Le CIO aura-t-il le courage de prendre le même tournant que le tribunal de Fukui ?

Odile Girard

 

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Priorité à la sécurité : un tribunal japonais prend une décision capitale. Les Jeux olympiques suivront-ils la même voie ?

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Landmark Court Ruling Puts Safety First in Japan, Olympics Should Do the Same » le 12 juin 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

Au Japon, un tribunal régional a décidé que Kansai Electric Power Company n’avait pas le droit de redémarrer les deux réacteurs de la centrale d’Oi, pour des raisons de faiblesses structurelles. Un article du Mainichi  rapporte cette déclaration du tribunal de Fukui :

Le droit personnel des individus à protéger leur vie et leurs moyens de subsistance est de la plus haute importance selon la Constitution. Le tribunal a donc conclu qu’il « serait tout à fait naturel de suspendre les centrales nucléaires si elles induisent des risques spécifiques de danger – même s’il est exagéré d’affirmer que l’existence de ces centrales n’est pas autorisée par la Constitution.

 

Jusqu’à cet arrêt de justice, les décisions du gouvernement fédéral et du système juridique du Japon étaient destinées à renforcer l’économie et minimiser l’importation. Le présent arrêt a mis l’accent sur le principe de précaution et donné priorité à la santé humaine et environnementale sur la balance des paiements.

 

Le Japan Times a également résumé la situation :

Le point crucial de l’arrêt du tribunal est l’affirmation qu’il est par nature impossible de déterminer sur des bases scientifiques qu’un séisme d’une amplitude supérieure à celle qui est prise en compte par le pire scénario de l’opérateur ne se produira pas. L’arrêt indique que depuis 2005, quatre réacteurs nucléaires japonais ont subi des secousses sismiques plus fortes que le niveau maximum prévu pour les centrales en question. C’est faire part d’un « optimisme injustifié », dans un pays où les séismes sont aussi courants, que de penser que des secousses de cette magnitude ne frapperont jamais la centrale d’Oi, a rappelé l’arrêt.

 

Nous allons devoir attendre pour voir si le Japon respecte la décision du tribunal de Fukui ou poursuit comme prévu sa procédure de redémarrage du nucléaire.

 

J’ai souvent entendu dire aux leaders d’opinion japonais que les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo étaient essentiels pour regonfler le moral du Japon et des Japonais. Comme le tribunal [de Fukui], j’estime qu’il est plus important de garantir la sécurité de nos athlètes mondiaux que d’offrir à Tokyo des opportunités économiques.

C’est une chance qu’il y ait parmi les observateurs des gens qui se préoccupent de protéger la santé des athlètes aux Jeux Olympiques de Tokyo en tenant compte du contexte environnemental et de la sécurité des populations. Dans un précédent article j’ai publié la lettre d’Helen Caldicott à Thomas Bach, président du Comité International Olympique, exhortant le CIO à mettre en place une équipe indépendante d’experts en biomédecine pour évaluer la situation.

Le 6 mai 2014, Helen Caldicott a reçu une réponse officielle de John Coates, vice-président du Comité International Olympique et président de la Commission de coordination des Jeux :

La santé et la sécurité des athlètes aux Jeux est une priorité absolue du Comité International Olympique (CIO) et vous pouvez êtres certains qu’en tant que président de la Commission de coordination du CIO – l’instance chargée de la supervision des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo pour le CIO – je ferai tout mon possible pour assurer que les athlètes puissent concourir dans un environnement sain et sans danger pendant les Jeux de Tokyo…

 

Les réponses des autorités japonaises montrent très clairement qu’elles mettent en place un bon nombre de mesures importantes pour protéger leurs concitoyens…”

Le rapport japonais fourni en pièce jointe commence par ces mots : « Toute une série de tests stricts sont actuellement menés par plusieurs ministères et agences gouvernementales concernés pour étudier les risques sanitaires associés aux radiations. »

Les rapports et les études de suivi ne s’appuient bien sûr sur aucune vérification indépendante. M. Coates et le reste du CIO sont entièrement dépendants des informations japonaises pour évaluer l’avancement des travaux de préparation japonais et les défis rencontrés en matière de décontamination depuis l’accident de Fukushima.

Dans le contexte de cet échange, j’aimerais présenter ici l’opinion du Dr. Scott Jones, ancien officier de marine à la retraite. Pilote chargé du largage de bombes nucléaires, il a servi durant les guerres de Corée et du Vietnam. Il a été également l’assistant du sénateur Clairborne Pell, ancien président du Comité des relations étrangères du Sénat, dont le vice-président Joseph Biden parlait en ces termes , le considérant comme « l’un des leaders de la lutte contre la prolifération des armes nucléaires ».

Voici ce qu’écrit Scott Jones :

Avec le temps, les conséquences terribles, mais prévisibles, du séisme et du tsunami sont devenues encore plus insupportables pour les citoyens japonais et maintenant pour le monde entier.

Quand des vies sont en jeu, la garantie la plus sérieuse pour un homme politique est de pouvoir affirmer que les décisions politiques impliquant la santé sont prises en respectant pleinement les meilleures connaissances scientifiques et médicales dont on dispose.

Ceci n’a clairement pas été le cas avec Fukushima, mais il existe une procédure qui permettrait de rectifier la situation. Il est plus que temps pour le gouvernement japonais, le Comité International Olympique, tous les gouvernements qui soutiennent le Japon et l’avenir du système olympique, de marquer un temps d’arrêt et de chercher à réaliser des évaluations indépendantes dans les domaines de l’ingénierie, de la médecine et de la science, afin de déterminer ce qui s’est passé, ce qui peut et doit être fait pour protéger la vie au Japon et dans le reste du monde.

Ceci permettrait d’apporter une réponse directe aux inquiétudes actuelles et futures concernant la santé des enfants japonais et des personnes âgées et ferait disparaître toute ambiguïté relative à la sécurité des athlètes olympiques et des visiteurs venus du monde entier assister aux Jeux olympiques prévus pour 2020.

 

Une étude indépendante serait en effet conforme à l’esprit des décisions du tribunal régional de Fukui. La sécurité des citoyens Japonais et des meilleurs athlètes mondiaux ne doit pas s’appuyer sur un bilan réalisé avec un « optimisme injustifié » ; le bilan nécessite prudence et minutie. M. Coates et le Comité International Olympique peuvent en être les garants en faisant dépendre la tenue des Jeux de Tokyo de l’acceptation d’une étude indépendante et internationale ; l’objectif est d’évaluer les problèmes scientifiques, techniques et médicaux posés par le site de la centrale de Fukushima et l’avancée des solutions mises en œuvre par le Japon. Tant qu’une telle étude n’est pas ordonnée, le CIO devrait réfléchir à deux fois avant d’affirmer avec certitude que nos athlètes bénéficieront d’un « environnement sain et sans danger pendant les Jeux de Tokyo ».

 

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Photo d’entête : source site Nakahara

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Article lié : Centrale nucléaire d'Ōi : soutenez les magistrats !

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La flamme olympique à Fukushima ?

On en parle (articles en français)

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 21:34
Opappi !

De temps à autre, les Japonais prennent résolument des initiatives pour aider les victimes de la catastrophe. Ils envoient un train à vapeur ou un bus londonien à impériale dans les territoires contaminés. Ou encore des robots mignons et pelucheux pour faire déstresser les vieillards relégués dans les gymnases. Parfois sont organisées des tournées de stars audiovisuelles gesticulantes... L’objectif ? Faire oublier un instant leurs soucis aux habitants désespérés, leur rendre ponctuellement le sourire. OPAPPI !, 4ème et dernière nouvelle de Ludovic Klein publiée sur ce blog, est une réponse à ce cirque écoeurant, où la compassion obligée cache le meurtre à petit feu.

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OPAPPI !

Aucun problème de santé n’a été enregistré jusqu’à présent
et il n’y en aura pas à l’avenir. Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir.
Pas vers le passé.

Shinzo Abe, premier ministre du Japon, 7 septembre 2013, Buenos Aires

 

 

Une nuit, Yumiko a fait un rêve.

 

 

Fukushima-ken, Namié-shi.9h45.

 

Yumiko est dans le gymnase. Coupe frangée, cheveux de jais, bouche encore enfantine. Tenue d’écolière. Le calendrier mural indique jeudi 25 juillet, le spectacle va commencer.

 

La petite fille habite à Namié. Elle suit ses cours au collège Minami-Horibata. Elle est en première année de collège, mais ils ne sontdéjàplus que 10 dans la classe. Les autres enfants ont fait leurs adieux. Ils sont partis très loin, de l’autre côté du Japon. Cela a rendu Yumiko très triste (scènes de larmes).

 

A présent, Yumiko est tout excitée. Elle oublie sa peur quotidienne, sa vie ennuyeuse et passée à l’éteignoir, les règles, les obligations, les interdictions. Le gymnase de l’école grouille de monde. Il y a tous les élèves et tous les parents (pour pouvoir remplir suffisamment la salle, ils ont été chercher des élèves d’autres écoles et les ont acheminés par bus – Sôma, Minami-Sôma, Iitate-mura, Ipponmatsu, Rikuzentakata...) Empêtrées dans leurs corps de peluche, des mascottes représentant les différentes villes gigotent sur place en faisant de grands gestes de la main : Kyuchan le cheval vert, de Soma ; Popomuru le gros navet rose, de Minami-Sôma ; Gyûdon-kun le bol de riz à la viande, de Iitate-mura ; Mattchan le lapin, de Ipponmatsu ; Mumu l’hippopotame violet, de Rikuzentakata.

 

Elle a pu apercevoir de loin Tamuro, le fameux presentateur télé ! Il a ses lunettes de soleil habituelles : sa marque de fabrique. A ses côtés, Moody Katsuyama ajuste son surdimensionnénoeud papillon rose et s’éclaircit la voix. Il se prépareà chanter des mélopées langoureuses de sa voix de crooner de karaoké. Mais Tamuro et Moody Katsuyama ne seront pas seuls : toutes les célébrités vont défiler, là, sur le podium. Des gens que Yumiko n’a vus qu’à la télé. Des gens qui ont fait rire des dizaines de millions de personnes.

 

Sekai no abe-atsu, avec sa moustache à l’ancienne et sa face congestionnée. Kojima Yoshio et ses roulements d’épaules. Tetsu and Tomo, leur duo à la guitare en survêtement bleu et rouge. Koriki le catcheur d’1 mètre 50, son slip noir, sa cape et son gros bide. Edo Harumi et ses « gueuuuu » lancés en bougeant les index. Ce serait un gag-marathon. Et pour le glamour, on a annoncé (sous réserves) la participation de quelques membres de AKB48.   

 

Au-dessus de l’estrade, une grande banderole déployée :

« Redonner le sourire aux enfants victimes de la catastrophe – Saisir à pleines mains l’avenir ».

 

C’est le slogan officiel de l’année. Tous les artistes s’apprêtent à se donner beaucoup de peine pour amuser les enfants - les réconforter, leur donner chaud au cœur, leur faire briller les yeux.La télé, dans un coin, filme.

 

Ça commence. Tamuro avec un grand sourire en croissant de lune, s’exclame : « Saa, mina-san... ohayô gozaimasu ! » Et ses deux acolytes féminins habillés de blanc s’écrient aussitôt, dans un écho suraigu: « Ohayô gozaimaaaasuu ! » S’ensuit un discours mélopieux sur le temps qu’il a fait ces derniers jours, sur la nécessité de réaliser ses rêves, d’être de bonne humeur en permanence, et de bien manger ses céréales. Moody Katsuyama, tout clignotant de strass, un énorme noeud papillon sous la gorge, a la main posée sur le coeur. Il est souriant, quoique larmoyant. D’ailleurs, tout le monde a les larmes aux yeux mais un grand sourire.

 

Mais place au rire ! Kojima Yoshio arrive en scène, déclenchant une clameur de joie. D’un geste net, il arrache tout ses vêtements d’un seul coup, dévoilant son slip vert pomme. Il se trémousse, plie les genoux, fait semblant de frapper du poing le sol, et braille « Sonna ni kankei nee ! Sonna ni kankei nee ! », son cri de guerre. Les enfants se roulent par terre de rire. Yumiko aussi. Puis Kojima Yoshio quasiment nu secoue les épaules en moulinets, tire la langue en se dandinant, puis, levant une jambe, il se frappe le front du gras de la paume en flûtant : « OPAPPI ! » (abréviation drôlatique de Ocean PAcific PEAce, nul ne sait pourquoi). L’hilarité fait vibrer la salle, emplit les recoins, les enfants gigotent comme une houle.

 

Puis l’amuseur se précipite sur le micro :

« Mesdames et messieurs, il y a eu un petit changement de programme. Au lieu du programme précédemment annoncé de danses et de sketches amusants, le spectacle va maintenant consister en un tabassage systématique des enfants désobéissants. »

 

L’atmosphère change du tout au tout, se leste de gravité. L’assemblée se fige, un peu choquée. Kojima Yoshio empoigne un enfant du premier rang, le traîne sur l’estrade, et lui frappe violemment le front en hurlant : « OPPAPI ! Comme ça, les petits amis : OPPAPI ! » Et il giffle encore l’enfant sur la tête. « Mettez-vous en file, les enfants ! Et qu’ça saute ! »

 

Tous les regards des adultes se tournent vers les méchants petits garcons et les méchantes petits filles (méchants : mais ils le sont tous, après tout : le compteur geiger le sait, il enregistre tout, ils savent qu’ils ont joué dehors, qu’ils ont touché quelque chose qu’il ne fallait pas, qu’ils n’ont pas voulu boire le lait des éleveurs locaux, qu’ils ont fait des caprices, ils ont été méchants, méchants, ils ont secoué leur cage, ils ont voulu respirer l’air extérieur, ramasser de la terre, ils ne se sont pas lavés, pas tenus droits, pas été gais, ils n’ont pas souri, or il faut sourire, souriez souriez, ou mourez, fermez vos gueules, devant, sales petites bêtes, droit, droit, ne sortez pas des clous, respirez comme on vous dit, fermez-vous, renfermez-vous, claquemurez-vous, mais souriez, ayez le sourire du Bouddha, même les pieds dans la merde il sourit encore gravement, tranquillement, le sourire du monde, obéissant, rangé, ayant exclu toute passion, marionnette de chair, yeux crevés, membres atrophiés, méchants, méchants).

 

Les élèves se mettent debout, sans rébellion.Ils se mettent tous en file. Certains commencent déjà à pleurer. Mais ils n’ont pas le choix. Ils ont été dressés à obéir, à ne jamais contester la parole de l’adulte. Même si cela implique sa propre destruction. Au fond, toutes les grandes personnes le désirent : frapper les enfants. Au bout de chaque file s’est placéun amuseur ou une mascotte, la main levée, prêt à frapper. Coup de sifflet de Tamuro, on commence : « 1, 2, 3 – pan –OPAPPI ! - suivant ». Kojima Yoshio est très rapide, on dirait qu’il marque du bétail de sa paume, OPAPPI ! Moody Katsuyama, les yeux embués, toujours souriant, distribue des claques en rythme. Kyuchanla mascotte fait sentir sur les corps le poing de l’adulte dans son gant de fourrure verte. Les parents se joignent bien volontiers à la bastonnade (tout le monde doit participer, allez allez, on s’amuse ! Plus d’hypocrisie, vous avez tous rêvé de faire ça, punir, punir, non vos enfants ne grandiront pas, nuisibles, nuisibles, souriez souriez). On ne vise plus le front, maintenant, on tape de toutes les phalanges, on a même le droit de donner des coups de pieds, c’est drôle ! Mais attention, une seule règle : il faut crier « OPAPPI ! » quand on frappe, c’est la loi. Au coup de sifflet, OPAPPI ! Les mêmes trois syllabes idiotes vagies par des centaines de papas et de mamans. Le gymnase bruisse des coups sur la chair des enfants, OPAPPI ! Les joues des écoliers tournent au rouge vif. Le sang gicle des narines. Les dents de lait sont brisées.

 

Une nouvelle banderole, déployée dans tout la largeur du gymnase, a remplacé l’ancienne.

 

« Redonner le sourire à la catastrophe – Saisir à pleines mains les enfants victimes de l’avenir ».

 

Et Kojima Yoshio hurle pour ne pas laisser l’élan retomber : Mauvais élèves, pourquoi ne respectez-vous pas les règles, vous n’aviezpas le droit de toucher, de désobéir aux parents, vous le savez, souillons, petits vicieux indisciplinés, bouts de cadavres ! Yumiko arrive en bout de file. Des sillons de larmes lui dégoulinent des yeux. Elle sanglote. Mais elle sait que c’est pour son bien. La silhouette imposante de Kojima Yoshio, quasiment nue, palpitante de sueur, se dresse comme un démon. Coup de sifflet. Le son ralentit, le monde a l’air de fondre, l’homme frappe de toute la force de son poing, qui vient labourer au ralenti le visage de Yumiko. L’arète nasale est écrasée et s’enfonce dans le crâne, les dents giclent comme des éclaboussures, le poing de l’amuseur, velu, calleux, a remplacé les traits du visage de la petite fille. Puis, lentement, méthodiquement, Kojima Yoshio tourne son poing, tordant la peau et les chairs dévastées. A travers le rideau de douche qui couvre ses yeux ensanglantés, Yumiko peut voir l’homme énorme, bouillant et rouge, hurler de toutes ses forces, crachant des postillons brûlants comme des gouttes de flamme :

 

OPAPPI !

 

La scène se brouille ensuite dans un déluge d’images de violence, d’images de sang, collantes, rouges, saturées. Le coeur exsude sa rage, jubilation amère, pensées dures comme des cailloux, méchantes, absolues, des envies de saccage, des lacérations roses.

 

Dans son âme de lièvre noir, la petite fille rêve de déchirer le monde avec les dents.

 

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Photo d'entête : Kojima Yoshio

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 19:00
Centrale nucléaire d'Ōi : soutenez les magistrats !

On se souvient du scandale du redémarrage de deux réacteurs d’Ōi en juillet 2012. Deux ans plus tard, les juges ont donné raison aux opposants.

C'est un jugement très important pour les antinucléaires japonais, non seulement pour l’ordre de ne pas redémarrer la centrale nucléaire d’Ōi, mais aussi pour le contenu général du jugement.

Merci de soutenir les magistrats qui ont eu le courage de s’opposer au « village nucléaire », en participant à cette action de soutien (transmise au blog de Fukushima par les militants japonais).


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Appel à soutien


Le 21 mai dernier le tribunal régional  de Fukui a délivré le jugement rejetant la demande de redémarrage des deux réacteurs de la centrale nucléaire d'Ōi (voir le lien ci-dessous pour le sommaire en anglais et la traduction en français de Ginette Martin (lien en bas de page)).

http://ajw.asahi.com/article/views/editorial/AJ201405220026

Nous les activistes japonais, souhaitons soutenir les magistrats qui ont écrit le jugement, car ils vont être la cible de pression de la part du gouvernement et du lobby nucléaire.


Il est important que la Cour perçoive le soutien populaire à l'égard de ce jugement.
Pour cela, nous vous serons reconnaissants d'envoyer une carte postale (pour que le contenu soit visible par tout le monde) aux noms de trois magistrats à l'adresse suivante :

M. H. HIGUCHI
M. A. ISHIDA
MME Y. MIYAKE

Fukusi Chiho Saibansho Minji Dainibu
1-1-1 Haruyama, Fukui
Fukui 910-8524
JAPON

Vous pouvez juste écrire :

 "Thank you for the judgement to stop
Ōi reactor restart"

par exemple.

Il est important de bien mentionner "Ōi"!

 

Merci par avance pour votre aide !

 

 

 

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Photo d’entête : les opposants au redémarrage d’Ôi (photo © Masaki Yamamoto,  The Asahi Shimbun)

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Centrale nucléaire d'Ōi : soutenez les magistrats !

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 18:01

Comme pour des millions de Japonais et de Japonaises, le 11 mars 2011 a fait basculer Fonzy dans un nouveau monde, celui de l’angoisse de la radioactivité dans les aliments. Son témoignage rappelle que la catastrophe de Fukushima ne s’est pas arrêtée à l’ « arrêt à froid » des réacteurs décrété en décembre 2011, mais que 3 ans plus tard, la contamination est rampante. Le nuage radioactif est passé sur Tokyo et plus rien ne sera comme avant.

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« Ma vie a complètement changé depuis le 11 mars 2011 »

 

J’habite dans une banlieue de Tokyo, à 280 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ma vie a complètement changé depuis le 11 mars 2011 bien que le séisme n’ait guère touché la ville où j’habite.

 

J’ai mesuré le taux de la radioactivité avec mon compteur Geiger (qui m’a coûté 35 euros et qui ne mesure que les rayons gamma) presque tous les jours pendant la première année. Maintenant je ne mesure presque plus, parce que premièrement le taux n’est jamais extrêmement haut ; il oscillait entre 0,05 et 0,09 micro Sv /h. Deuxièmement j’ai trouvé une personne qui habite dans mon quartier et qui mesure le taux avec un compteur Geiger plus performant (qui mesure aussi les rayons bêta). Il publie ses résultats tous les jours sur Twitter, et selon lui c’est normalement entre 0,08 et 0,12 micro Sv /h. Troisièmement, de toute façon, je continue à vivre ici malgré le résultat des mesures de la radioactivité.

Mon compteur Geiger

Mon compteur Geiger

Je ne mange que des plats cuisinés chez moi, avec des produits en provenance soit de l’ouest du Japon, soit de l’étranger. Il y a très peu d’aliments dont les taux de césium soient mesurés bien que l’Etat ait promis de le faire. Avant, c’était mon plaisir de sortir manger dans un restaurant, mais maintenant c’est fini. Je n’achète plus de pain ni de sandwich un peu partout comme avant ; je ne fais plus confiance aux ingrédients. Ça fait trois ans que je ne mange plus de sushi, ni de shiitake, ni de fruits de bois. Je ne bois même pas le fameux thé vert japonais, parce que les feuilles risquent d’être fortement contaminées. Il m’arrive de devoir manger dans un restaurant avec des collègues qui se fichent de la radioactivité. C’est un cauchemar ! Je fais semblant de manger tout en écartant les aliments susceptibles d’être contaminés. Si seulement les autorités mesuraient les niveaux de contamination dans tous les produits ...

 

Le riz ‘White rice’ que j’achète chez White Food (http://www.whitefood.co.jp/) qui contrôle ses produits avec un détecteur à semi-conducteur CANBERRA GC2520 (jusqu'à 0,5 Bq/kg)

Le riz ‘White rice’ que j’achète chez White Food (http://www.whitefood.co.jp/) qui contrôle ses produits avec un détecteur à semi-conducteur CANBERRA GC2520 (jusqu'à 0,5 Bq/kg)

Normalement je ne dis pas ouvertement aux autres que je fais très attention à la radioactivité. Hélas, il y a très peu de gens qui soient vigilants. En plus, ce genre de remarques risque souvent de gâcher l’ambiance. Pourtant je n’ai pas envie de me taire. En tant que hibakusha (irradiée ou contaminée) de Fukushima, c’est mon devoir de témoigner de ce que j’ai vécu et de ce que je vis actuellement, et je continuerai de parler.

 

(à suivre)

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 22:03

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 5 avril 2014,

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

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Ce qu'il en est des travailleurs dans la centrale nucléaire

 

Faire comme mon père est le but de ma vie

Kitahara Hakuya, élève de quinze ans, habitant la ville de Fukushima

 

Mon rêve est de travailler comme mon père. Il est employé dans la centrale n° 1 de Fukushima, qui a été fortement endommagée par le séisme et le tsunami de 2011. J’éprouve de l’estime pour mon père et je voudrais faire comme lui.

Il y a certes divers problèmes dans la centrale, mais à présent elle se trouve dans un état relativement stable. Je crois qu’elle est maintenue dans cet état grâce à de nombreux travailleurs dévoués, qui veulent sauver leur région et leur ville. Je désire payer ma dette envers eux en étant moi-même, plus tard, un bon travailleur.

Pour que tous puissent vivre tranquilles dans leur foyer comme auparavant, je veux poursuivre mon but.

(paru dans le journal Fukshima Minpoo, du 24 mars 2014)

 

Un travailleur malade reconnu comme “victime d’un accident du travail”

 

Un travailleur de soixante-deux ans, qui avait été employé pendant 27 ans dans les centrales nucléaires de Takahama, Ōi et Mihama de la Compagnie d’électricité de Kansaya, a été reconnu comme “victime d’un accident du travail”. Il dit : “J’ai travaillé plusieurs fois dans des endroits très radioactifs, dans lesquels on ne peut rester plus de quinze minutes. Je croyais que la compagnie, possédant des informations suffisantes sur les types de radiations ionisantes et sur les limites d’exposition, m’en protègerait efficacement, or cette croyance était infondée.

En juillet 2011 on a découvert chez lui une tumeur lymphatique maligne, il a été opéré aussitôt et par la suite on l’a soumis à un traitement anticancéreux.  Selon les indications portées dans son carnet d’exposition aux radiations, il a reçu, au cours des 27 dernières années, 168,41 millisieverts. Sa femme a demandé une aide du gouvernement, mais le Bureau du travail du département de Hyōgo la lui a refusée, en arguant que, pour être reconnu comme “accidenté du travail”, il faut avoir subi une exposition aux rayonnements ionisants supérieure à 200 millisieverts en cinq ans.

La norme de reconnaissance pour un malade leucémique exige qu’il (ou elle) ait travaillé plus d’un an et ait reçu une irradiation égale à 5 millisieverts multiplié par le nombre d’années de travail. Il n’existe pas de norme pour les malades atteints d’une tumeur lymphatique maligne, néanmoins le risque est supposé être égal au cinquième de celui de la leucémie.

 

En décembre 2012, cet homme, avec l’aide d’un conseil, a de nouveau sollicité le Bureau, et finalement a été reconnu comme malade victime de la radioactivité. Son avocat a déclaré : “Le gouvernement doit plus largement reconnaître la qualité de  “victimes d’accident du travail” aux employés des centrales nucléaires malades, car pour éviter d’être licenciés pour dépassement du seuil d’exposition aux radiations ionisantes, ceux-ci parfois ne déclarent pas avec exactitude leurs temps d’exposition et en outre les maladies dues à la radioactivité n’ont pas encore été clairement explorées.”

(paru dans le journal Akahata du 25 mars 2011)

Ce qu'il en est des travailleurs dans la centrale nucléaire

Mort d’un travailleur enseveli sous du sable

 

Le 28 mars, TEPCO a publié une information concernant la mort d’un travailleur de 55 ans, qui réparait la base d’une construction, dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima,  et qui a été enseveli dans un trou de deux mètres de profondeur sous une avalanche de sable et de blocs de béton. Il est la septième victime d’accident, depuis la catastrophe de 2011.

 (paru dans la journal Akahata du 29 mars 2011)

Selon TEPCO, à la fin du mois de mars, le nombre de travailleurs malades ou blessés pendant leur travail s’élevait à cent vingt. Ils accomplissent des tâches très dures. Équipés de masques et de vêtements protecteurs, ils construisent des réservoirs pour eau polluée. Chaque jour, ils sont quatre mille à travailler ainsi, y compris des débutants inexpérimentés, et souvent des problèmes surviennent. Auparavant, il y avait deux hôpitaux dans le voisinage de la centrale, mais après l’accident de 2011, ils ont été fermés. Il y a maintenant, dans la centrale même, une clinique où  médecins et infirmiers sont de service jour et nuit, mais dans laquelle on ne peut opérer, si bien que lorsque arrivent des cas graves, ils doivent être transportés jusqu’à un hôpital distant de soixante kilomètres. Et comme en outre le terrain de la centrale est très vaste, dans ce dernier accident, il a fallu vingt cinq minutes pour transporter la victime à la clinique. Pour supprimer entièrement les quatre réacteurs, quarante ans seront nécessaires. TEPCO doit donc mettre sur pied un bon dispositif pour prendre soin des travailleurs.

(paru dans le journal Fukushima-Minpō du 4 avril 2011)

 

Comment recrute-t-on des travailleurs ?

 

Sur Internet, je trouve de nombreuses compagnies qui recrutent de la main-d’œuvre pour les centrales nucléaires de Fukushima. Voici la traduction d’informations concernant deux d’entre elles.

 

Haut salaire pour travailleurs de la centrale nucléaire

Compagnie Aaty, dans la ville de Kōriyama, département de Fukushima

Nature du travail : travaux de terrassement et de construction

Salaire : 18000 yens (180 euros) pour un ouvrier

20 000 yens (200 euros) pour un contremaître

Logement : Nous le préparerons et nous en paierons le loyer

Nourriture : À votre charge

Chantiers : Il y a divers chantiers, dangereux ou non. Vous aurez le choix. N’hésitez pas à nous consulter.

Période de travail : Les travaux dans la centrale seront achevés en deux ou trois mois*, mais même après, nous vous donnerons du travail, quoique avec un salaire différent.

* Au sujet de cette période de travail "de deux ou trois mois", il faut noter que, selon la loi, un ouvrier peut être exposé, sur une année, à une irradiation de 50 millisieverts, mais beaucoup de compagnies ont leur propre seuil d’exposition, par exemple 20 millisieverts. Donc je suppose que certains travailleurs de cette compagnie, ayant reçu 20 millisieverts au cours des trois premiers mois et ne pouvant ensuite plus continuer à travailler dans une centrale, seront employés à la dépollution de lieux urbains ayant subi une contamination radioactive.

 

Nous embauchons deux cents travailleurs

 

Entreprise de construction Amdak, dans la ville de Iwaki, département de Fukushima

Salaire : 22 000 yens (220 euros)*, pour un chantier dans la centrale (déblaiement de détritus autour des réservoirs à eau)

15 500 yens (55 euros)*, pour un chantier de nettoyage de villes (autour d’habitations, dans des forêts, des champs et sur des bords de rivières)

Horaire de travail : 5 heures pour le travail en centrale, 7 heures dans les villes

Logement et nourriture : de 500 à 2 500 yens par jour pour un ouvrier en centrale et de 0 à 1 500 yens par jour pour un ouvrier en ville

Âge requis : de 30 à 60 ans pour un travail en centrale, de 20 à 60 ans pour un travail en ville.

Nombre d’ouvriers à recruter : 200

Autres conditions : Nous acceptons les gens sans expérience. Aucune compétence n’est requise.

Bienvenue : Nous estimons très importants un haut niveau de salaire et de bonnes conditions de travail. Que vous soyez sans expérience n’a aucune importance. Nous vous formerons avec soin à votre travail. Tous nos employés travaillent avec plaisir. Venez et soyez amis avec nous.

 * À ma connaissance, beaucoup de travailleurs ne reçoivent que 12 000 yens environ. Il semble bien que 18 000 et 22 000 yens soient des salaires plus élevés que ceux réellement versés. En outre, il faut déduire de ces sommes impôt et assurance santé, et pour les toucher il faut mettre sa santé en danger, ce qui fait que ces salaires ne sont pas hauts du tout.

 

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 11:12
Ce que dit Naoto Matsumura

Naoto Matsumura vit à Tomioka. Il est une des rares victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima à être restée vivre dans la zone interdite. En mars 2014, il est venu en France, en Allemagne et en Suisse pour témoigner de ce qui lui est arrivé, de ses choix et de son combat. Beaucoup de médias ont rapporté sa venue ; vous trouverez dans cette page une sélection de messages qu’il a portés de Paris à Genève, en passant par Bure, Fessenheim ou le Parlement européen.

Ce billet est illustré par des photos que j’ai prises lors de son périple en France, et se termine par une série de liens vers des articles disponibles sur internet ou téléchargeables, de vidéos, de blogs et d’albums photos.

Merci à tous ceux qui ont rendu possible cette aventure, à tous les organisateurs bénévoles et à tous les donateurs. Car l’objectif de ce voyage a été pleinement atteint. Naoto Matsumura a non seulement rencontré des centaines de lycéens avides de connaissances sur la catastrophe de Fukushima mais il a également livré son témoignage à des millions d’Européens à travers de nombreux médias : l’accident nucléaire est possible en Europe, et spécialement en France ; il est encore temps d’arrêter le nucléaire avant de devenir tous des victimes.

Pierre Fetet

Première interview de Naoto Matsumura en France à RTL le 5 mars 2014 avec Yves Calvi

Première interview de Naoto Matsumura en France à RTL le 5 mars 2014 avec Yves Calvi

A propos du prochain accident nucléaire

 

« Le prochain accident nucléaire, ce sera soit au Japon, soit en France. Je connaissais l'accident de Three Mile Island et de Tchernobyl mais je pensais que ça ne nous concernerait jamais, que la technique japonaise était suffisamment bonne... Je pense qu'EDF juge également que les centrales nucléaires françaises bénéficient d'une technique de meilleure qualité. Tepco, c'était pareil. Ils nous disaient qu'il n'y avait pas de danger, que c'était sûr... Il faut dire haut et fort qu'il faut arrêter le nucléaire, il faut se battre. » (AFP, 6 mars 2014)

 

« Si l'Europe ne décide pas très vite de sortir du nucléaire, elle connaîtra forcément une catastrophe aussi grave que Fukushima » (France Info, 16 mars 2014)

 

« Chez vous en Europe, les pays sont collés les uns aux autres, s’il y a un accident, ce sont plusieurs pays qui seront affectés. » (RTS, 18 mars 2014)

 

Conférence de presse de Naoto Matsumura, Michèle Rivasi et Sandrine Bélier le 11 mars 2014 au Parlement européen

Conférence de presse de Naoto Matsumura, Michèle Rivasi et Sandrine Bélier le 11 mars 2014 au Parlement européen

A propos du projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure

 

« L’Andra a des réponses toutes faites qui, selon moi, ne sont pas fiables. Personne ne peut dire qu’il n’y aura jamais d’accident. Avant, Tchernobyl, c’était loin pour moi et je ne croyais pas que cela pouvait m’arriver. Maintenant, je suis concerné. La France fait comme les autres pays. Elle choisit Bure car il n’y a pas beaucoup de population. Ils considèrent qu’il y aurait moins de dégâts en cas d’accident. Les habitants de Bure sont déjà des victimes du nucléaire. Partout, il faut sortir du nucléaire » (Est Républicain, 9 mars 2014)

 

Naoto Matsumura a visité le centre CIGEO à Bure le 7 mars 2014.

Naoto Matsumura a visité le centre CIGEO à Bure le 7 mars 2014.

A propos de l’efficacité de la décontamination des sols

 

« Ce que je souhaite dire en France et en Europe, c'est qu'avant une catastrophe, une centrale nucléaire c'est toujours nickel. Je pense que c'est ce que doit vous dire EDF. C'est que nous disaient en tout cas les dirigeants de Tepco : qu'on n'était pas à Tchernobyl dans l'ex-Union soviétique, qu'il fallait au contraire avoir confiance dans la technique japonaise. Et moi, comme la grande majorité des Japonais, je les croyais. Maintenant, trois ans après l'explosion, ils ne contrôlent plus rien. A tel point, que le gouvernement japonais a dû prendre le contrôle du chantier de décontamination. Depuis janvier, je les ai vus dans ma ville faire enlever la terre trois fois pour la décontaminer. Sans résultat : il y a toujours autant de radioactivité dans le sol... » (La Vie, 7 mars 2014)

 

Accueil chaleureux de Naoto Matsumura au lycée de Barr le 10 mars 2014 où celui-ci a reçu des guirlandes de grues en origami.

Accueil chaleureux de Naoto Matsumura au lycée de Barr le 10 mars 2014 où celui-ci a reçu des guirlandes de grues en origami.

« Finalement, d’après mes propres expériences vécues dans une zone interdite, j’estime que la décontamination du territoire est irréalisable et que le retour dans les zones contaminées est impossible. Car les zones contaminées ne sont plus habitables. Si jamais un  accident pareil arrivait en France, vous perdriez certainement une vaste étendue de votre territoire. » (Conférence au Parlement européen, 11 mars 2014)

 

Janick Magne, Naoto Matsumura, Ren Yabuki et Catherine Connan lors de la manifestation pour la fermeture de la centrale de Fessenheim le 9 mars 2014

Janick Magne, Naoto Matsumura, Ren Yabuki et Catherine Connan lors de la manifestation pour la fermeture de la centrale de Fessenheim le 9 mars 2014

A propos des mensonges de Tepco

 

« Avant le 11 mars 2011, les techniciens de Tepco nous disaient qu’il n’y avait pas de danger, que cela n’arriverait jamais. Des menteurs !

Quelques jours après le 11 mars 2011, un de mes voisins, un technicien Tepco m’a dit que tout était désormais sous contrôle, que tout serait revenu à la normale après quelques jours tout en évacuant sa famille au loin : Menteur!

Depuis le début de la catastrophe, Tepco nous répète que tout va bien. Menteurs !
Ils nous disent maintenant qu’il faudra 30 à 40 ans pour y remédier. Menteurs !
Ils nous ont menti avant, ils nous ont menti pendant, et ils nous mentent même encore
maintenant. » (Enjeux énergies, 8 mars 2014)

 

Naoto Matsumura est venu témoigner le 13 mars 2014 devant la centrale nucléaire de Fessenheim.

Naoto Matsumura est venu témoigner le 13 mars 2014 devant la centrale nucléaire de Fessenheim.

A propos de Fessenheim

 

« La centrale nucléaire de Fessenheim est une vieille centrale. Ce sont ces centrales qui présentent le plus de risques » (Arte Journal, 9 mars 2014)

 

« Si une catastrophe survient ici, il ne restera rien de vos vignes, de vos forêts et de vos champs de maïs. Il faut fermer toutes les centrales du monde. » (L’Alsace, 10 mars 2014)

 

Naoto Matsumura dans les Hautes-Vosges le 9 mars 2014

Naoto Matsumura dans les Hautes-Vosges le 9 mars 2014

A propos de sa ville natale, Tomioka

 

« Ce n’est pas possible d’expliquer la situation de ma ville avec des mots mais après l’explosion de la centrale et l’évacuation, ce qui m’a le plus choqué, c’est le silence. Avant, c’était une ville très animée, aujourd’hui elle est déserte et irradiée définitivement. » (I-Télé, 9 mars 2014)

 

« Je pense que la terre n’a plus de valeur, que personne ne va vouloir des terres de Tomioka. Je suis de la 5ème génération de riziculteurs, mes ancêtres avant moi ont protégé ces terres, mes parents m’ont appris à m’occuper de ces terres, et moi je voulais transmettre ces valeurs à la génération suivante... Il n’y a aucune chance que les générations futures reviennent s’installer à Fukushima. Il n’y a aucune chance pour ça, ça se terminera avec moi. » (RTS, 18 mars 2014)

 

Cinq membres de l’équipe lors de la commémoration organisée par Europe Ecologie les Verts au Parlement européen le 11 mars 2014

Cinq membres de l’équipe lors de la commémoration organisée par Europe Ecologie les Verts au Parlement européen le 11 mars 2014

A propos de son choix de rester en zone contaminée

 

« Au bout de 3 jours, je suis sorti de ma maison, ce qui m'a frappé c'est le silence. J'ai vu un pauvre chien attaché, il n'avait rien à manger ni à boire. Je l'ai donc nourri et un autre chien à côté a commencé à aboyer pour me réclamer aussi de le nourrir. Et c'est comme ça que je me suis aperçu qu'il y avait des milliers d'animaux abandonnés autour de Fukushima. » (France Info, 11 mars 2014)

 

« Au lendemain de l’accident, la seule chose à laquelle j’ai pensé a été de sauver des animaux. Maintenant, je ne peux plus arrêter » (Metronews, 10 mars 2014)

 

« La centrale nucléaire m’a tout pris, ma vie et mes biens. Rester ici, c’est ma façon de combattre pour ne pas oublier, ni ma colère, ni mon chagrin » (L’Alsace, 10 mars 2014)

 

« Une partie de la population ne comprend toujours pas pourquoi j’ai décidé de rester dans la zone rouge pour m’occuper des bêtes. Ces gens-là se demandent si la vie d’un humain n’est pas plus importante que la vie des bêtes. Mais aujourd’hui, je n’ai aucun regret. Si c’était à refaire, je prendrais la même décision. » (La Télé, 18 mars 2014)

 

José Bové a apporté son soutien à Naoto Matsumura le 11 mars 2014 au Parlement européen.

José Bové a apporté son soutien à Naoto Matsumura le 11 mars 2014 au Parlement européen.

A propos de sa santé

 

« J’ai renoncé à manger mes propres cultures, elles sont trop contaminées. Et moi aussi ! » (Ouest-France, 6 mars 2014)

 

« Pour l’instant je n’ai rien. Peut-être que dans trois ou cinq ans, je verrai les conséquences de la catastrophe sur ma santé » (Metronews, 10 mars 2014)

 

« Peut-être je serai atteint un jour ou l’autre d’une leucémie ou d’un cancer. » (RTL, 11 mars 2014)

 

Naoto Matsumura et Ren Yabuki lors de la manifestation pour la fermeture de la centrale de Fessenheim le 9 mars 2014

Naoto Matsumura et Ren Yabuki lors de la manifestation pour la fermeture de la centrale de Fessenheim le 9 mars 2014

A propos des liquidateurs de Fukushima

 

« Pour Tepco, les travailleurs à la centrale ne sont pas des humains » (JOL Presse, 10 mars 2014)

 

 

A propos du coût de l’électricité nucléaire

 

« Si vous pensez au coût de la décontamination, les coûts de stockage des combustibles usagés et les coûts des dégâts après accident, il est impossible de dire que les centrales nucléaires fabriquent de l’électricité pour bon marché. » (Conférence HEP Vaud, 19 mars 2015)

 

Le 12 mars 2014, Naoto Matsumura a reçu le soutien de Roland Ries, maire de Strasbourg.

Le 12 mars 2014, Naoto Matsumura a reçu le soutien de Roland Ries, maire de Strasbourg.

A propos de la gestion de la catastrophe de Fukushima

 

« Aujourd’hui,  il faut révéler ce qui se passe vraiment à Fukushima, dire aux chaînes de télévision qu’on ne peut plus gérer les problèmes à Fukushima Daiichi. Le gouvernement assure que la situation est maîtrisée, mais c’est loin d’être le cas… La réalité c’est que Tepco ne sait pas comment gérer, ni maîtriser l’accident de Fukushima »». (JOL Presse, 10 mars 2014)

 

« Personne ne peut maîtriser l’accident. Il n’y a aucune technique, aucun moyen d’arrêter cela. » (France Inter, 11 mars 2014)

 

Naoto Matsumura a été invité au Parlement européen le 11 mars 2014 par la députée Michèle Rivasi.

Naoto Matsumura a été invité au Parlement européen le 11 mars 2014 par la députée Michèle Rivasi.

A propos de l’idée qu’il se faisait du nucléaire

 

« Avant la catastrophe, je n’étais pas du tout un militant écologiste. Le nucléaire ne me faisait pas peur, j’avais totalement confiance. » (Ouest-France, 6 mars 2014)

 

« J’étais convaincu que les centrales nucléaires étaient sûres, qu’il n’y avait aucun danger. C’est comme cela que j’avais été formé. » (RTL, 11 mars 2014)

 

« Je n'étais pas anti-nucléaire avant, Tepco m'avait lavé le cerveau. » (France Info, 11 mars 2014)

 

Une plaque commémorative a été inaugurée à l’occasion du passage de Naoto Matsumura, le 13 mars 2014, au lycée de Guebwiller : « En souvenir de la visite du « dernier homme de Fukushima », Naoto Matsumura, venu en Alsace pour témoigner de la tragédie nucléaire de Fukushima ».

Une plaque commémorative a été inaugurée à l’occasion du passage de Naoto Matsumura, le 13 mars 2014, au lycée de Guebwiller : « En souvenir de la visite du « dernier homme de Fukushima », Naoto Matsumura, venu en Alsace pour témoigner de la tragédie nucléaire de Fukushima ».

A propos de l’attitude de l’OMS vis-à-vis des victimes du nucléaire

 

Naoto Matsumura n’a rien dit mais a porté cette pancarte : « Fukushima, another WHO cover up just like Chernobyl ». Le 19 mars 2014, il a participé silencieusement à la vigie d’Hippocrate devant l’OMS à Genève, comme le font chaque jour ouvrable tous les autres militants d’Independent WHO depuis le 26 avril 2007.

 

 

A propos des évacués

 

« Les personnes âgées sont déboussolées, stressées. Beaucoup en meurent. » (Ouest-France, 6 mars 2014)

 

Naoto Matsumura et Ren Yabuki participant à la vigie d’Hippocrate devant l’OMS à Genève le 19 mars 2014 (Photo : Pierre Ferrandon)

Naoto Matsumura et Ren Yabuki participant à la vigie d’Hippocrate devant l’OMS à Genève le 19 mars 2014 (Photo : Pierre Ferrandon)

Une semaine auparavant, le matin du 11 mars 2014, Naoto Matsumura avait fait une conférence au Parlement européen et délivrait également ces revendications :

 

Droits de l’homme

 

« Les victimes doivent être reconnues comme des réfugiés irradiés et soutenus comme tel. Des droits doivent leur être accordés : Droit de réclamer l’évacuation en fonction du niveau de radiation. Droit de protéger les enfants de Fukushima contre la radioactivité. Droit de se procurer des aliments propres non contaminés pour les enfants aussi bien que pour les adultes. »

 

Naoto Matsumura après son appel à fermer les centrales nucléaires du monde entier, le 9 mars 2014 lors de la manifestation à Fessenheim

Naoto Matsumura après son appel à fermer les centrales nucléaires du monde entier, le 9 mars 2014 lors de la manifestation à Fessenheim

Droits de l’animal

 

« Les animaux doivent être évacués et protégés en cas d’accident nucléaire. Les animaux abandonnés dans les zones contaminées ne doivent pas être tués. »

 

Le 6 mars 2014, Naoto Matsumura était l’invité de Mathieu Vidard pour l’enregistrement de l’émission « La tête au carré » à France Inter.

Le 6 mars 2014, Naoto Matsumura était l’invité de Mathieu Vidard pour l’enregistrement de l’émission « La tête au carré » à France Inter.

Liberté d’expression

 

« Avant Fukushima, c’était Tepco, grand sponsor des médias japonais, qui censurait  les opinions publiques. Maintenant c’est la nouvelle loi sur la protection des secrets qui fera taire les médias et les dénonciateurs. Il est plus facile de ne rien dire sur Fukushima Daiichi que de chercher à résoudre les vrais problèmes du nucléaire.

Avec cette nouvelle loi, nous n’aurons plus le droit d’accéder aux informations ni de critiquer l’Etat. Nous risquerons d’être considérés comme terroristes, quel que soit notre statut car c’est une loi qui stipule que celui qui avance sa propre opinion peut être considéré comme terroriste. »

 

L’équipe du périple au complet : Antonio, Ren, Naoto, Catherine, Pierre et Kazumi le 10 mars 2014 (Photo : André Hatz)

L’équipe du périple au complet : Antonio, Ren, Naoto, Catherine, Pierre et Kazumi le 10 mars 2014 (Photo : André Hatz)

 

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Crédits photos pour cet article : Pierre Fetet, sauf la 9ème, la 15ème et la 18ème.

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Pour en savoir plus : liens vers les articles, interviews, vidéos et albums consacrés au voyage de Naoto Matsumura en Europe

 

27/02/14

L’Abeille

« Naoto Matsumura fait étape à Bure le 7 mars prochain »

 

06/03/14

Ouest-France

« Le dernier homme à vivre encore près de Fukushima »

Le Parisien

« Nucléaire : l'ermite de Fukushima prédit un accident au Japon... ou en France »

L’Alsace

« L’ermite de Fukushima qui avertit les Français des risques nucléaires sera à Fessenheim ce dimanche »

AFP

« L'ermite de Fukushima avertit les Français des risques nucléaires »

Vosges-Matin

« Naoto Matsumura : « Le dernier homme de Fukushima » à Bure »

 

07/03/14

La Vie

« Le dernier homme de Fukushima est parmi nous »

Journal de la Haute-Marne

« A la rencontre du résistant de Fukushima »

 

08/03/14

Enjeux énergies

« La conférence de Naoto Matsumura à Paris le 6 mars 2014 »

 

9/03/14

Journal de la Haute-Marne

« S’il n’y a pas de danger, pourquoi ne pas faire CIGEO à Matignon ? »

L’Est Républicain

« Le dernier homme de Fukushima »

Actu 88

« Fukushima – Naota Matsumura lance une alerte rouge : « Arrêtez les centrales ! » 

I-Télé

« Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima »

SWR

Dreiland aktuell

Arte Journal

Fessenheim - 9 mars 2014

La Dépêche

« Des milliers de manifestants antinucléaires sur le Rhin et à Fessenheim »

Le Parisien

« Nucléaire : entre 3500 et 9000 opposants manifestent contre Fessenheim »

BlogdeFukushima

« L’appel de Naoto Matsumura - Fessenheim - 9 mars 2014 »

 

10/03/14

Dernières Nouvelles d’Alsace

« A Fessenheim, l’alerte Matsumura »

L’Alsace

« Naoto Matsumura, l'ermite de Fukushima, messager du danger »

Le Figaro

« Pour le dernier homme de Fukushima, le prochain accident nucléaire sera en France »

MétroNews

« Le combat de Naoto Matsumura, le "dernier homme de Fukushima" »

JOL presse

Fukushima: Naoto Matsumura, symbole de la lutte contre le nucléaire

 

11/03/14

Le Monde

« Transition énergétique : tout commence à Fessenheim ! »

RTL, Le choix de Yves Calvi

Naoto Matsumura : « Le danger nucléaire concerne aussi la France »

France Inter, La tête au carré

« La vie à Fukushima , 3 ans après la catastrophe »

RTBF1

Journal de 19h
France Info

« Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima »

Reporterre

« Le dernier homme de Fukushima à Paris »

Ma planète

« Naoto Matsumura, "le dernier homme de Fukushima", témoigne au Parlement européen »

Café Santé Nature

« Retour sur la visite de Naoto Matsumura »

RTBF, Soir Première Europe

« L'histoire incroyable de Naoto Matsumura »

Blog Rue89 de Michèle Rivasi

« Fukushima : habiter dans la zone ou devenir un paria »

Parlement européen

Conférence de presse

Euronews

« Le dernier homme de Fukushima met en garde les Européens »

Chaîne de Sandrine Bélier

« Visite de Naoto Matsumura en Alsace »

Ce que dit Naoto Matsumura

12/03/14

Conférence à Strasbourg

« Les leçons de Fukushima »

 

13/03/14

Alsace 20

« Ren et Naoto engagés dans la cause animale à Fukushima »

Dernières Nouvelles d'Alsace

« Naoto Matsumura ne rencontrera pas les salariés de Fessenheim »

L’Echo

« Il a choisi les radiations plutôt que la soumission »

Dernières Nouvelles d’Alsace

« Naoto Matsumura découvre le vin d’Alsace »

 

14/03/14

La semaine dessinée de La tête au carré

#25

FR3 Alsace

« Naoto Matsumura à Fessenheim pour la fin de son périple alsacien »

 

15/03/14

Regards croisés

« A la différence d’une guerre, une catastrophe nucléaire ne s’arrête jamais »

 

16/03/14

France Info

« Il y aura un Fukushima européen »

Weiler Zeitung

« Protest gegen Fessenheim »

 

17/03/14

Montagsaktion gegen Atom mit Naoto Matsumura

https://www.youtube.com/watch?v=AQEQ0RfUXR0

BZ Basel

Ein japanischer Mann trotzt den Strahlen von Fukushima

 

18/03/14

La Télé

« Un paysan japonais vivant à Fukushima témoigne à Lausanne »

RTS

« Le dernier homme de Fukushima »

Weiler Zeitung

« Mahnmal gegen den Wahnsinn »

 

19/03/14

Regards croisés

« Santé et nucléaire : un tandem sulfureux »

Independent WHO

« Une victime de Fukushima devant l’OMS »

2000watts

« Naoto Matsumura : Le Dernier Homme de Fukushima »

 

22/03/14

Le papillon et l’empereur

« Le printemps de Naoto en Alsace »

 

 

PHOTOS

 

4 au 9/03/14

Instantanés de voyage (partie 1)

Photos d'Antonio Pagnotta

 

7/03/14

Rencontre « De Bure à Fukushima » à Bonnet

Photos de Christophe Jobard

 

10/03/14

Naoto Matsumura à la rencontre de viticulteurs au caveau de Roland Gloeckler à Gertwiller

Photos d’André Hatz

 

10 au 14/03/14

Le voyage du dernier homme de Fukushima à Fessenheim (partie 2)

Photos d'Antonio Pagnotta

 

11/03/14

Au Parlement européen

Photos de greensefa

 

12/03/14

Table ronde « Les leçons de Fukushima » à Strasbourg

Photos de Christo Miche

 

15 au 19/03/14

Le voyage du dernier homme de Fukushima à Fessenheim (partie 3)

Photos d'Antonio Pagnotta

 

ENREGISTREMENTS

 

1) Conférence de presse du 11 mars 2014 au Parlement européen de Naoto Matsumura, Michèle Rivasi et Sandrine Bélier à télécharger :

 

English : Version française/anglaise (309 Mo)

Deutsch : Version française/allemande (309 Mo)

Version française sur Youtube (extrait)

 

2) Soirée « Les leçons de Fukushima » du 12 mars 2014 à Strasbourg organisée par le groupe local Greenpeace, avec les interventions de Catherine Connan, Naoto Matsumura, Pierre Fetet, Reiko Hasegawa, Michèle Rivasi, Claude Bourguignon, Bernard Laponche, Antonio Pagnotta, et.

 

Version sur Youtube

Version remasterisée à lire ou à télécharger (957 Mo)

 

3) Conférence du 19 mars 2014 à la HEP de Vaud avec Naoto Matsumura, Ren Yabuki et Antonio Pagnotta.

Version sur Viméo

 

 

 

______________________________

Dernière mise à jour : 3 août 2014

 

 


 

Première page du quotidien DNA du 10 mars 2014

Première page du quotidien DNA du 10 mars 2014

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 15:40
Les enfants de Tchernobyl ... forever

Comment aider les enfants exposés aux radiations dans les territoires radioactifs en Belarus suite à la catastrophe de Tchernobyl ? En participant au projet d’un collectif d’auteurs et d’une association humanitaire qui consiste à éditer un livre-DVD qui servira à financer une opération d’aide aux enfants contaminés.

28 ans déjà

Nous approchons de la date d'un funeste anniversaire, celle du 26 avril. Il y aura alors 28 ans le réacteur n° 4 de la centrale Lénine de Tchernobyl explosait. Un incendie suivit qu'il fallu dix jours pour éteindre. Durant tout ce temps des quantités phénoménales de produits radioactifs ont été dispersés aux quatre vents. La protection des populations ne fut pas assurée. C'est cette erreur, ou plutôt ce crime délibéré, que les régions touchées par Tchernobyl paient aujourd'hui encore.

Comme à Fukushima, le désastre sanitaire se poursuit ; la radioactivité ne fait pas relâche. Le Belarus est le pays le plus atteint. C'est aussi le plus pauvre. C'est donc celui où les enfants sont le plus victime de l'héritage radioactif déposé sur les sols mais aussi dans l'organisme de leurs parents et dans le leur. Ils sont plusieurs centaines de milliers.

 

Un projet pour Belrad

Le 19 mars dernier, la souscription "Tchernobyl forever" a été lancée sur le site de financement participatif  ULULE.

La raison d'être de cette opération de crowdfunding est là : rassembler des fonds pour améliorer le financement du seul institut de radio-protection indépendant du pays, BELRAD, qui ne reçoit aucun soutien du gouvernement biélorusse, ni des instances internationales ; mais aussi élargir le soutien à BELRAD grâce à la diffusion de l'information à l'occasion de la souscription et de l'opération humanitaire qui suivra.

 

Le point sur la collecte

La somme déjà réunie sur ULULE correspond aujourd’hui à 56 % de l'objectif. Tous ceux qui y ont contribué ont donné un élan décisif au mouvement. Pour assurer le plein succès de Tchernobyl forever, le blog de Fukushima s’associe aux porteurs du projet, Enfants de Tchernobyl Belarus et l'association Photographisme pour diffuser ce message.

Merci d’avance pour votre participation !

 

Les enfants de Tchernobyl ... forever

Les auteurs de Tchernobyl Forever

Des journalistes, photographes, cinéastes, écrivains, scientifiques, tous ayant l’expérience du terrain à Tchernobyl et dans les territoires contaminés, ont décidé de mettre leurs travaux en commun.

Tous font don de leurs droits d’auteur et de leur travail pour l’édition du livre-DVD qui raconte l’histoire de Tchernobyl et de ses conséquences, Tchernobyl forever.

 

Comment participer ?

En contribuant financièrement avec un don de 10, 100, 1000 euros ou plus selon vos possibilités. Il s’agit d’un don-souscription à Tchernobyl forever.

 

Cliquer ici pour participer

 

 

A quoi va servir le financement ?

Les fonds collectés permettront d’éditer 3000 livres-DVD et 2000 DVD de Tchernobyl forever (traduit en 7 langues : français / anglais / allemand / espagnol / italien / norvégien / japonais). Cet ouvrage collectif sera ensuite donné par l'association "Photographisme" (maître d'œuvre de l'ouvrage collectif ) à l'association "ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS" (ETB) qui s'occupe de l'organisation et de la gestion de l’opération humanitaire internationale " Tchernobyl forever ".

 

Pour plus d’informations sur ce projet

http://fr.ulule.com/tchernobyl-forever/

http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=tchernobylforever

 

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 22:15

Depuis bientôt 3 ans, Kna édite sans répit des vidéos toutes plus intéressantes les unes que les autres. Ses chaînes sur Youtube et Dailymotion, riches de près de 200 vidéos sous-titrées en français, sont des trésors documentaires sur Fukushima Daiichi et le nucléaire en général. A visionner sans modération pour comprendre la catastrophe nucléaire japonaise et le monde contaminé d’aujourd’hui. Ci-dessous, les 3 dernières parutions, dont le témoignage très poignant et très instructif de Chiho Kaneko.

Revenons-en à la Vie

Chiho Kaneko, membre de l’équipe Fairwinds Energy Education, nous livre son témoignage. La catastrophe de Fukushima Daiichi a permis d'entrevoir pourquoi ce n'est pas seulement une crise japonaise. C'est un désastre qui transcende la géographie et le temps.

Fukushima 3 ans après, rétrospective

Cette synthèse de MissingSky, qui publie quotidiennement des vidéos en anglais sur Fukushima, est principalement composée d'extraits d'infos TV par NHK et Russia Today. Elle retrace l'évolution de la catastrophe de Fukushima, 3 ans après.

Fukushima, la particule la plus chaude qu’on ait trouvée

Dans cette vidéo, l’ingénieur Marco Kaltofen parle de la particule la plus chaude qu'il ait jamais trouvée, découverte à près de 500 km du site de Fukushima Daiichi.

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 23:10
Mon expérience en centrale nucléaire

Traduit du japonais à l'espéranto par HORI Jasuo,

et de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

.

Le 2 septembre 2011, message de HORI Yasuo :

J'envoie ma traduction de "Mon expérience en centrale nucléaire".

M. HORIE Kunio voulait savoir ce qu'était le travail dans une centrale nucléaire, et ne pouvant pas le savoir, il décida de l'expérimenter lui-même en y travaillant. Il commença à travailler à la centrale de Mihama, dans la préfecture de Hukui, et ensuite à Fukushima. Je trouve que ce livre a une grande valeur, c'est pourquoi j'ai traduit la partie qui concerne Fukushima. Certainement dans toutes les centrales du monde, même à présent, les ouvriers travaillent ainsi.

Au sujet de mon travail dans la centrale nucléaire de Fukushima

 

Un recruteur

   Le 19 décembre 1979 (mercredi)

   Je suis parti pour Fukushima par le train express Hitachi No2, qui partait de la station Ueno à Tokyo à 10 heures du matin. J'étais avec M. Kamiyama, qui est mon "maître" à partir d'aujourd'hui. Il a 45 ou 46 ans. Il n'est pas bavard, mais parfois il plaisante à voix basse. Il est charmant quand il rit à travers ses petits yeux. Il me semble qu'il a bon coeur. On le nomme "recruteur professionnel", il recrute des ouvriers pour les centrales nucléaires.

    M. Sawada, qui devrait être dans ce train avec nous, n'a pas eu la permission de venir à la centrale de Fukushima. Il s'est trouvé incompatible lors de l'examen de santé.

    Après que nous avions fini le travail à la centrale nucléaire de Mihama dans la province de Fukui, nous avons rencontré M. Kamiyama dans un café de la ville de Tsuruga. Ce fut une rencontre de seulement 4-5 minutes. Sans s'informer de notre carrière, il nous a tout de suite proposé un salaire:

   "Qu'est-ce que vous en pensez ? Evidemment 3 repas, logement et billets de train, je m'en occuperai" Il a écrit un 7 avec le doigt sur la table. 7000 yens par jour. Un salaire très élevé, par rapport à Mihama. Là, on nous payait 5500 yens par jour, repas et logements inclus, et il ne me restait plus beaucoup. Nous étions très contents de cette proposition.

    "Voilà, c'est fait ! "

Voyant le sourire sur le visage de M. Sawada, il constata que l'arrangement était conclu.

   "On veut que vous veniez à Fukushima le plus tôt possible, donc nous allons  maintenant ensemble à l'hôpital pour votre examen de santé"

     Sans s'inquiéter de notre disponibilité, il se mit debout aussitôt. Je suis allé à l'hôpital de Hayashi. Dans la salle d'attente, il a sorti un billet de sa poche et il m'a dit "Voilà pour vous" et il m'a donné 20 000 yens. Jugeant qu'il était généreux, je l'ai remercié. Mais quand il a été parti, M. Sawada m'a dit" M. Horie, ne pensez pas que cet argent puisse être un cadeau, c'est un prêt. On reprendra certainement cette somme sur votre salaire". Et il parla de son expérience amère au sujet de l'argent. D'après lui, c'est l'habitude chez les recruteurs. "Cependant, nous pouvons peut-être faire confiance à M. Kamiyama" ajouta-t-il. Mais je regrettais d'avoir accepté cet argent. Je l'avais déjà pris, et ne pouvais pas le redonner. Je devais faire confiance à ce M. Kamiyama.

  L'examen de santé commença. Examen radio, capacité visuelle, poids, taille, sang et pression sanguine. M. Sawada avait une pression sanguine excessive: 220 . C'était trop.

  "Votre pression sanguine est trop élevée " a dit une infirmière.

   "Soyez gentille de me faire une faveur...."

Il la supplia en faisant une révérence. S'il n'était pas bon à cet examen, il ne pourrait pas aller à Fukushima. Sa volonté de gagner davantage chez un autre patron dépendait de cet examen.

  "Eh bien, quel nombre voulez-vous?" demanda tout simplement l'infirmière

   "Ah, je voudrais 170"

   "Eh bien,180 ; ça vous va?"

    Ayant entendu ces derniers mots, j'ai été content qu'il ait réussi son examen de santé, et en même temps j'ai été consterné que l'on pouvait si facilement falsifier les résultats. Le nombre de globules blancs viendrait plus tard.

   Malgré le rapport favorable que l'hôpital avait fait pour M. Sawada, il ne réussit pas   son examen de santé. M. Sawada avait un problème de globules blancs.  

    Une autre chose imprévue m'attendait. Depuis peu de temps, la Compagnie d'électricité TOKYO avait décidé de ne pas embaucher d'ouvriers sans "cahier de contrôle nucléaire". Je n'avais pas ce cahier. Pour cela, mon recruteur a fait le nécessaire. J'ai dû attendre, et au bout de 2 semaines, le 18 décembre, j'ai finalement pu aller à Fukushima.

  A 13h24, M. Kamiyama et moi avons atteint la ville de Namie. Il neigeait un peu. Nous avons pris un taxi. Nous avons parcouru la campagne toute plate. Ni dans le train, ni dans le taxi, mon "maître" ne m'a beaucoup parlé. Cela me convenait, car je ne voulais pas parler de ma carrière.

   Au bout de 20 minutes, nous avons traversé la ville de Futaba, puis nous sommes entrés à Ōkuma. Après avoir descendu une longue côte, nous nous sommes écartés de la route nationale et avons tourné à gauche. Un panneau est apparu "Centrale Nucléaire No 1 de Fukushima de la Compagnie d'Electricité Tokyo". Cinq minutes plus tard, nous étions en vue de la porte principale de la centrale, et devant elle nous avons tourné à gauche, et ensuite nous nous sommes arrêtés devant le bureau.

Sur une pancarte était écrit "Valvo Utchida". A partir d'aujourd'hui je vais travailler sous le nom de cette compagnie.

   Il y avait deux bâtiments préfabriqués : un pour le bureau et l'autre pour les ouvriers. J'ai rencontré le chef du bureau. "Merci de votre long voyage". Ce fut tout, et ensuite j'ai attendu et attendu dans le bureau.

    Là, dix hommes assis à une table écoutaient parler un jeune employé. Cela semblait un cours sur des affaires nucléaires. Il utilisait un tableau noir et lisait divers documents. Le contenu était sérieux. A la centrale nucléaire de Mihama, où je travaillais auparavant, l'instruction était très rudimentaire. On montrait un petit film et c'était tout. Ici on ne faisait pas d'explications à but de propagande sur la différence entre une bombe atomique et l'énergie atomique. Cependant ils utilisaient des abréviations de termes anglais comme FB, PD ,TLD ,RWP, etc...

   Le texte comportait 41 pages en format A5 et contenait ceci " Manuel de sécurité pour les compagnies sous contrat" "Procédure pour entrer et sortir des installations radioactives" "Manuel pour les travailleurs" "Connaissance de base sur la radioactivité" etc... écrits en petites letttres.

   Le texte était très bon, mais les personnes présentes n'étaient pas sérieuses ; certains écoutaient vaguement, d'autres dormaient. Ces comportements étaient tout à fait normaux, car les gens ne peuvent pas apprendre ces choses difficiles pendant  un temps si court.

 

   Vers 4 h du soir, les ouvriers sont revenus du travail, et les salles étaient pleines de bruit. Au contraire de Mihama, les vieux ouvriers étaient peu nombreux. Ici les plus âgés avaient 45 ans. Beaucoup étaient des jeunes d'environ 18 ans avec des cheveux frisés. Ils ont inscrit quelque chose sur un papier. On y voyait des nombres comme 30 ou 50. J'ai été surpris. Quand je travaillais à Mihama, le plus grand nombre était 10 milirems. Ces nombres étaient plusieurs fois plus grands. J'ai commencé à être inquiet.

   A 5 h, tous se sont préparés pour rentrer à la maison. Alors est venu un responsable qui travaillait au bureau et il m'a dit : "Je vais rentrer à la maison, votre logement a déjà été déjà réservé par l'employé". Et il a disparu.

   Un employé d'âge moyen m'a accompagné en voiture jusqu'à mon logement, qui se trouvait à côté de la gare de Namie, d'où j'étais descendu le matin.

 

   Après le souper, je me suis promené dans la ville. Une très petite ville. Au bout de dix minutes de promenade, le quartier commercial s'arrêtait et c'était la campagne obscure. Il était 7 heures, mais déjà de nombreux magasins étaitent fermés. Peu de gens se trouvaient dans les rues. Ceux que je rencontrais étaient en vêtements de travail, sur lesquels on lisait "Compagnie X" et "Compagnie d'électricité X". Tous étaient des ouvriers de la centrale.

 Chez le marchand de poissons pendaient des saumons séchés. On s'approchait du Nouvel An.

 

Bombe atomique

Le 20 décembre (mercredi)

 

A 7 heures du matin, l'employé de bureau qui m'avait accompagné la veille est venu à mon logement. Il faisait très froid. On ne pouvait pas ouvrir les fenêtres de l'automobile à cause du gel.

  "Votre travail commence à 8 heures, c'est pourquoi nous pourrons partir plus tard, la

 route est trop encombrée avec les voitures des compagnies sous contrat". En effet la route nationale No 6 en direction de la centrale était déjà pleine d'une file de voitures.

   A 8 heures, dans la cour du bureau, des ouvriers faisaient de la gymnastique et ensuite avait lieu une réunion de 5 minutes, dans laquelle les responsables de la sécurité et le chef du bureau faisaient part de leurs observations. 60 ouvriers et employés écoutaient. Il faisait très froid, avec des courants d'air. Tous grelottaient. Quand la réunion fut finie, tous se hâtèrent dans leur salle et se chauffèrent autour du fourneau.  

     A huit heures sont venus 5-6 employés de bureau dans la salle des ouvriers et ils ont appelés des noms. Les appelés sont montés dans un bus .

    On n'a pas appelé mon nom. Aucune consigne ne m'a été donnée. Dix hommes se sont assis autour du fourneau et ont commencé à bavarder. Tout le monde avait déjà été renseigné sur ses tâches la veille. Peut-être n'aurions-nous pas de travail aujourd'hui.

   Ces travailleurs étaient jeunes, environ vingt ans. D'après leur dialecte, ils n'étaient pas du pays. Leur langage était si différent que je ne comprenais presque rien. Ils ne me parlèrent pas, c'est pourquoi j'écoutai en silence leur "langage à eux"

   Vers 11 heures, des hommes revenaient déjà du travail. Certains parlaient le dialecte de la province d'Hiroshima, d'autres celui d'Osaka. Il semble que dans cette compagnie viennent des hommes de diverses préfectures du Japon.

   L'après midi, il s'est mis à neiger un peu. Les ouvriers en attente se firent plus nombreux. Ils se disaient entre eux: " L'alarme a sauté". A cause du travail du matin, ils avaient été soumis à trop de radioactivité, plus que la limite journalière, c'est pourquoi ils ne pouvaient plus continuer.

   Voilà les quantités limites qu'un ouvrier peut subir :

   par jour: moins de  100 milirems

   par semaine: moins de 300 milirems

   par trimestre: moins de 3000 milirems

      Peut-être ces travailleurs qui attendaient l'après-midi avaient-ils été déjà soumis à 100 milirems de radioactivité. Cette quantité est équivalente à celle de la radio-activité  naturelle qu'un homme ordinaire reçoit en un an.

   A trois heures, un jeune employé est venu vers moi et m'a donné un questionnaire

 "Bilan d'exposition à la radioactivité". Il y avait nom, adresse, domicile, et ensuite 4 questions successives : "Avez-vous déjà travaillé dans une centrale nucléaire?"

Lesquelles? Combien de temps?" et à la fin venait une question choquante "Avez-vous déjà été exposé à une bombe atomique?"

   Les centrales nucléaires sont faites pour ne pas exploser, c'est pourquoi celles-ci et les bombes atomiques sont différentes... Les compagnies d'électricité et le gouvernement essaient de les dissocier, expliquant la différence entre les deux, mais, quoique toutes les deux soient différentes dans leur structure, elles sont pareilles en ce qui concerne l'émission de radioactivité, c'est à dire un effet lourd sur le corps humain. Le questionnaire montrait cette vérité.

   Aujourd'hui je n'ai fait que répondre par écrit à cette enquête. Pendant toute la journée, je me suis assis, dormant à moitié. Le soir je suis revenu à mon logement par un petit bus. A partir de demain je le prendrai.

 

   Après le souper, je suis allé au café. Des ouvriers d'âge moyen assis à côté de ma table lisaient un journal avec un visage préoccupé.

"Ah, c'était vrai, de la radioactivité s'est échappée"

"Dans le réacteur Numéro 1"

"Chaque fois que l'on contrôle le réacteur, on trouve des pannes"

   On avait certainement trouvé une panne dans une centrale. Après leur départ, j'ai lu le journal en question. Je me suis aperçu que ce réacteur était justement celui sur lequel j'allais travailler le lendemain.

" Une cassure dans les barres de combustibles" "Trouvée lors du contrôle du réacteur No 1"

 

   Le journal "Fukushima Miyuu" rapportait ceci:

"On a commencé à contrôler le réacteur No1 à partir du 1er septembre et on a changé 163 paquets de barres de combustible parmi les 400. On a trouvé des cassures dans certaines barres qui allaient être remplacées. En contrôlant la radio-activité, on soupçonne que 22 paquets sur ces 163 ont laissé échappé de la radioactivité. Et avec un contrôle plus précis, on a trouvé que 6 parmi ces 22 ont une cassure.

   J'ai lu cet article et j'ai dit: "Encore!" Oui, d'avril à septembre 1978, on a trouvé les pannes suivantes (rien que dans le rapport du gouvernement) :

  1- Rupture d'épingle dans le réacteur No3 de Mihama.

  2- Mouvement anormal de de la pompe dans le réacteur No1 de la centrale  de Takahama.

  3- Panne de 2 valves du refroidisseur dans le réacteur No 1 de Ikata.

Tant de pannes dans la réalisation prouvent le danger des centrales nucléaires.

 

Le 21 décembre (jeudi)

Beau temps. Aujourd'hui encore, je me suis occupé du fourneau. Il ne s'est trouvé personne avec qui parler. Nulle part des journaux ou des revues. Une journée très ennuyeuse.

 

Centre pour la santé et la sécurité

Le 22 décembre (vendredi)

 

   Il fait beau, cependant le matin il faisait vraiment très froid. Pendant que j'attendais le bus, mes genoux tremblaient de froid.

   Je supposais qu'aujourd'hui encore mon travail serait d'attendre, mais après la réunion du matin, on m'a dit que j'allais avoir un "examen complet de tout le  corps"

Douze hommes sont montés dans un bus, moi y compris, il y avait ces jeunes qui avaient reçu l'information sur le nucléaire il y a deux jours, et d'autres travailleurs qui devaient se soumettre à l'examen régulier de radioactivité chaque trois mois.

  Pour la première fois, je suis entré sur le territoire de la centrale. Au contraire de Mihama, nous sommes entrés et assis dans le bus sans montrer notre identité. Le chauffeur a fait seulement un salut au gardien. Quoiqu'on nous ait souvent mentionné le danger d'une attaque terroriste dans les centrales, nous avons passé la porte tout à fait librement.   

   Le terrain était immense. D'après l'information, il est de 320 hectares, six fois plus grand que celui de Mihama. On aurait pu construire 320 terrains de baseball comme celui de Korakuen à Tokyo. Il est à cheval sur deux villes, Ōkuma et Futaba.

   Nous avons franchi la porte. Le long du chemin se trouvent les bureaux de Toshiba, Kashima, Hitachi et d'autres, et même une fabrique de béton.. cela ressemble à un grand combinat.

   Nous avons tourné à droite au croisement qui était pourvu d'une signalisation, et nous avons monté une côte. On voyait l'Océan pacifique. On pouvait voir deux cheminées à notre droite et une à gauche. Autour de celles-ci se trouvait une construction carrée en béton. C'était peut-être le couvercle du réacteur. En descendant nous avons vu le bâtiment principal de Toshiba.

   Après l'avoir dépassé, nous avons continué, tourné à gauche et nous sommes arrêtés.  

    "Centre pour la santé et la sécurité"

     A la porte se trouvait une queue de quelques mètres. J'étais à la fin. Il a fallu attendre 20 minutes pour passer à l'accueil, mais la file s'allongeait de plus en plus.

    A 9 heures, la réception a commencé. Après avoir mis des pantoufles, je suis entré dans la salle d'accueil. Nos groupes avaient à peine été admis que d'autres devaient attendre jusqu' à midi.

    On y trouvait 4 appareils de mesure pour tout le corps, mais deux d'entre eux comportaient un papier avec l'inscription"en panne"et les deux autres fonctionnaient correctement. 

    Nous avons attendu 3 heures pour un examen de 2 minutes, car entre-temps étaient venues des personnes importantes de la Compagnie d'électricité Tokyo, trois ouvriers devaient être réexaminés après la douche (et ils rouspétaient, que la douche donnait seulement de l'eau froide par ce temps froid) et l'appareil de mesure avait un problème. J'étais le dernier de notre groupe.

   A l'entrée de la salle de mesures,  j'ai pianoté les  chiffres 150 872, c'était mon numéro pour Fukushima. Dans cette salle, on m'a donné cette consigne : Enlevez votre vêtement de dessus et mettez le blanc. A Mihama sous le vêtement blanc, nous portions seulement un caleçon.

    Les mesures étaient finies. Je suis revenu dans la salle d'accueil, où il n'y avait personne de mon groupe. Peut-être étaient-ils déjà partis dans le bus, ai-je pensé. A ce moment on a entendu une annonce. "M. Horie, venez à la réception"   

  "C'est possible que le chiffre de ma radioactivité soit trop élevé" ai-je pensé avec crainte.

   Un employé de bureau de 34-35 ans m'attendait avec une mine sévère.

-    Vous êtes bien M. Horie?

-    Oui

  • Dans quelle centrale avez-vous travaillé jusqu'à présent?
  • Dans la région de Kantō...
  • Votre indice est trop élevé
  • Elevé? Combien?  J'ai pris conscience que je balbutiais
  • 6400
  • C'est beaucoup?
  • Oui, beaucoup. Beaucoup trop.
  • "Quel est le nombre normal?
  • 700 ou 800.

   Nous avons poussé ensemble un gémissement. Mon indice était 10 fois plus élévé que la normale. Je réfléchissais. Pourquoi un nombre si élevé était-il apparu? J'ai essayé de me souvenir. Lorsque j'avais arrêté de travailler à Mihama, j'avais été examiné. C'était le 2 décembre, 3 semaines auparavant. Si un nombre aussi anormal était apparu à ce moment-là, on me l'aurait fait remarquer, mais on ne m'a rien dit. Pourquoi ce nombre si élevé était-il apparu? Il restait une seule possibilité.

   "Est-ce que l'appareil de mesure n'aurait pas fonctionné de travers?"

   "Ne dites pas une telle sottise. Tous ont été examiné avec cet appareil, et personne n'a reçu un indice élevé. Quel travail faisiez-vous à Mihama?"

   Il parlait brutalement, peut-être offensé par mon allusion à une panne de l'appareil.

Je lui ai raconté ce qui concernait mon travail et à combien de radioactivité j'avais été exposé..

Après avoir écouté mes explications, il est resté silencieux un moment.   

  "Si vous avez vraiment travaillé de cette manière, vous n'avez pas reçu une telle radioactivité"

"Oui"

"J'ai compris. Je vais vous refaire les mesures. Enlevez tous vos vêtements sauf le caleçon.

   Je me suis couché sur le lit. Si le même nombre apparaissait... cela signifiait que d'une façon ou d'une autre j'avais une quantité anormale de radioactivité dans le corps. Est-ce qu'il existe un remède pour soigner cela? Je ne pourrai pas travailler à Fukushima. Dans mon coeur apparurent de la crainte et de l'inquiétude. Je ne voulais même plus savoir le résultat.

   Et deux minutes passèrent. Une sonnerie retentit, et le lit se déplaça. Je me dirigeai en hâte au bureau à côté de salle de réception.  

 - Quel a été le résultat?

- Attendez un peu. Cela va bientôt apparaître.

Devant nos yeux une imprimante se mit en marche et tapa quelque chose.

- Quel est le résultat?

- Hmm, bizarre.

- C'est combien?

- 800. Normal.

Ayant entendu cela, je me suis senti fatigué, mais joyeux. Je me suis étiré et j'ai pu rire de bon coeur.

   L'employé ne comprenait pas le résultat, et il me dit qu'il voulait recommencer la mesure, non pas de mon corps, mais de mes affaires, par exemple les vêtements, la montre, les lunettes et tout le reste. J'ai mis ces objets sur le lit, et il a fait les mesures de contrôle. Le nombre était peut-être 2000. Je ne me souviens pas du nombre, car je n'ai pas entendu avec précision. Si mon corps n'était pas radioactif, le reste n'avait pas d'importance.    

   Alors est venu un membre du groupe, qui s'est occupé de moi. L'employé a renoncé à faire d'autres explorations à propos de cet indice élevé, et il est retourné dans la salle.

   La radioactivité dans mon corps et dans mes affaires était d'environ 3000, moins de la moitié du nombre 6400. Est-ce que, par hasard, il y avait eu une panne dans la machine ? Mais pendant tout ce temps j'avais bien assez ressenti la terreur de la radioactivité.

    J'ai pris tard le repas de midi. A 1 heure et demie, je suis retourné au "Centre pour la santé et la sécurité " avec d'autres membres du groupe. On m'a photographié et ce fut la fin de mon travail. Ensuite je me suis encore une fois occupé du fourneau.

  

Dans le domaine des employés de bureau de TEPCO

Le 23 décembre (samedi)

 

   Il faisait beau. Après la réunion, M. Hamaoka (34-35 ans), contrôleur de la radioactivité de la compagnie "Utchida Valvo" m'a fourni une "pièce d'identité de

 travailleur chez Utchida Valvo", une "Carte pour pénétrer dans la centrale", un "dosimètre film-badge"(ce dosimètre est un film qui noircit plus ou moins selon les radiations reçues, on l'appelle aussi dosifilm) et des vêtements de travail. A partir d'aujourd'hui j'irai à la centrale pour travailler. 

   "La carte d'identité de travailleur" est une carte plastifiée de 6 cm de long et 8 cm de large. Dessus, à gauche, il y a ma photo que l'on a faite hier, à droite il y a  mon nom, mon numéro (150 872), le nom de la compagnie Utchida Valvo, et en bas il y a 6 petits trous  comme dans une carte pour ordinateur.

    La "carte pour pénétrer dans la centrale" a 20 cm de long et 15 cm de large.

Sous le nom de la centrale est écrit " Permis de pénétrer dans la centrale et prêt d'un appareil d'alarme". Il semble que ce soit une carte pour noter le nombre que donne l'appareil de poche servant à mesurer la radioactivité, car sur les deux côtés sont imprimés "la date", "le nombre que donne l'appareil de mesure de radioactivité entre le contrôle A et le controle B", "le total de radioactivité", etc..;

   Et en dehors du cadre, il y a cette note:

1- quand le nombre de A et B dépasse 100 roentgens, l'annoncer au responsable.

2- le compteur prêté devra être absolument redonné.

     Sur ma carte à la date du 19 décembre il est écrit "a fini le cours d'instruction sur la radioactivité". Ce jour-là je venais pour la première fois au bureau. Certes ce cours avait eu lieu, mais j'étais à côté en train de lire un journal. On ne m'a jamais donné la consigne d'aller à ce cours. Quand j'ai commencé à le regarder, il était déjà presque fini.

   Le dosimètre film-badge est le même qu'à Mihama. Il était dans le paquet avec le compteur TLD.

Les préparatifs pour entrer à la centrale consistent à porter au cou deux sortes de  cartes et le dosifilm.

    A 8h et demie, accompagné de M. Tashiro qui a 44-45 ans, je suis monté dans le bus vers mon lieu de travail.

  " Aujourd'hui votre travail est de nettoyer le réacteur No 1, cependant aujourd'hui c'est votre premier jour, donc vous travaillerez à votre guise à titre d'entrainement"

Dans le bus, M. Tashiro m'a dit spontanément: "Je suis venu de Hiroshima avec quelques amis, et lundi prochain je rentre à la maison après ma période de 6 mois, et l'année prochaine je travaillerai encore ici". Il a un visage hardi et il est costaud. Il semble qu'il soit vétéran dans ce travail, mais contrairement à ce que je supposais, il a bon coeur et il est bavard.     

    Nous avons passé le bureau central de TEPCO et avons tourné à droite, et au bout de 100 m, nous nous sommes arrêtés.

   A la suite de M. Tashiro, je suis entré dans l'enceinte du réacteur complètement recouverte de béton.

   "Cette entrée est pour les réacteurs 1 et 2 " a dit M. Tashiro.

Le réacteur No 1 a été examiné le 1er septembre, et le No 2 le 1er décembre .

   

   A l'entrée, il y avait un jeune gardien avec un casque blanc, sur lequel était écrit: "Compagnie de sécurité de Tōhoku" et sur le mur se trouvait une affiche avec une jeune fille à moitié nue pour la "Journée de l'énergie atomique"

   A côté de cette affiche était le vestiaire. Après avoir pris une caisse plastique à l'entrée, j'ai enlevé mes souliers et mes vêtements et je les ai donnés au responsable installé à une table. Il y avait quelques-uns de ces responsables, et tous étaient âgés, ils portaient une veste de travail avec le nom de leur compagnie: "Responsable des bâtiments"     

   Au-dessus du caleçon, j'ai mis une chemise à manches longues et un pantalon long.

 Sur la poitrine et le ventre, il y avait un insigne jaune avec des lettres rouges "Ne pas emporter à l'extérieur".

   "Personne ne voudrait voler ces vêtements, même si on nous en donnait l'ordre" a ricané M. Tashiro.

    Ensuite j'ai enfilé des chaussettes jaunes en nylon, un vêtement blanc avec l'inscription "vêtement pour traverser", comme celui que portent les médecins, un casque, et pour finir des bottes de caoutchouc jaunes, dont certaines parties étaient couvertes de fer.  

     "Maintenant nous sommes fin prêts. Ensuite nous devons recevoir un compteur de poche au contrôle. Nous allons ici et là, donc ne vous perdez pas"

    En suivant M. Tashiro je suis entré dans la salle voisine. Au milieu se trouvaient 4 tables et voici le processus:

  1 - recevoir l'appareil d'alarme et le mettre dans le sac en plastique

  2 - prendre un ATLD (qui mesure la radioactivité) dans la caisse en carton sur la table

  3 - le mettre avec la carte d'identité dans le "lecteur ATLD"

  4 - recevoir un compteur de poche de radioactivité, inscrire son numéro et le nombre lu sur le permis d'entrer.

  5 - mettre "la carte de travailleur" et le "permis d'entrer" dans l'armoire disposée selon le nom de la compagnie. 

   "Maintenant la première étape est finie. Quand vous aurez fait ceci plusieurs fois, vous vous habituerez au processus ", a dit M. Tashiro pour me consoler. Depuis le début jusqu'à ce moment-là, il s'était écoulé une heure. Il y avait certes beaucoup d'ouvriers qui attendaient leur tour pour le lecteur ATLD, mais c'était beaucoup trop long.

    Nous avons visité les toilettes à côté, et nous sommes entrés par la porte en bois. Maintenant nous étions dans le district "sous contrôle". Nous avons traversé un couloir de 3 m de large. Les deux murs étaient en béton. Il faisait  sombre.

"Maintenant nous allons mettre le vêtement C", a dit M. Tashiro.

 

Extrait du livre de M. HORIE Kunio

"Mon expérience en centrale nucléaire"

 

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Illustration d'entête : Mizuki Shigeru

 

 

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 19:51
Quand la science n’est pas la bienvenue

Dans son article « Quand la science n’est pas la bienvenue », Akio Matsumura nous invite à lire, entre autres, l’appel du Rapporteur Spécial de l’ONU, Anand Grover, qui vient encore de rappeler qu’une véritable évaluation des effets du désastre de Fukushima se fait toujours attendre.

Il publie également la lettre d’Helen Caldicott au président du Comité International Olympique, l’exhortant à utiliser l’influence de son organisme pour « mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante »qui tenterait de déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux radiations, et ce « avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés. » Il faut bien sûr imaginer une équipe indépendante de l’industrie nucléaire et des organismes de réglementation.

Odile Girard

 

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Quand la science n’est pas la bienvenue

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Unwelcome Science: Japan Ignores UN Rapporteur’s Call for Better Fukushima Health Measures » le 27 mars 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

Pourquoi n’avons-nous pas d’analyses d’urine ? Pourquoi n’avons-nous pas d’analyses de sang ? Deux précautions valent mieux qu’une.

 

Anand Grover, le Rapporteur spécial des Nations Unies qui s’est rendu à Fukushima en 2012, a rappelé à Tokyo ce mois-ci qu’une recherche adaptée sur Fukushima et son impact sur la santé continue à faire défaut.

 

Peu de temps après l’accident de Fukushima il y a trois ans, des médecins ont cherché dans toute la préfecture de Fukushima des kystes, des nodules et autres tumeurs qui n’y seraient pas habituellement et pourraient indiquer un cancer de la thyroïde, l’un des effets possibles des radiations. Le nombre de tumeurs découvertes par les médecins est alarmant mais aussi surprenant : normalement les cancers de la thyroïde ne devraient apparaître que cinq ans après l’exposition aux radiations.

 

Mais alors, que doivent faire les médecins et les responsables sanitaires japonais de cette information ?

 

Information et précaution, apparemment, ne sont pas les bienvenues au Japon. Le pays a l’intention de redémarrer ses réacteurs nucléaires et de laisser les réfugiés de Fukushima revenir dans les zones qui ont été évacuées. Toute étude indiquant que l’exposition aux radiations peut avoir des effets délétères ne peut qu’entraver ce mouvement vers le progrès économique.

 

Le Japon a donc pris des mesures subtiles pour freiner les preuves qui pourraient laisser penser que ces décisions n’ont pas vraiment à cœur les intérêts de ses citoyens. Le Japon peut entraver les études scientifiques permettant d’obtenir de nouvelles informations et de nouvelles preuves de deux façons : en mettant fin aux financements et en imposant une culture du secret faisant en sorte que les chercheurs hésitent à parler à la presse. Un article de David McNeill du 16 mars dans le New York Times expose bien cette manière de faire. Timothy Mosseau, chercheur à l’Université de Caroline du Nord, a trouvé la situation « difficile » lors des trois voyages qu’il a faits à Fukushima. Il a ainsi expliqué au Times :

Il est assez clair qu’on a une sorte d’autocensure ou que les professeurs ont été prévenus par leurs supérieurs d’être très, très prudents. » La « censure la plus insidieuse », a-t-il ajouté, « est le manque de financement au niveau national pour mener ce genre d’études. Ils dépensent des milliers de milliards de yen pour déplacer la saleté et presque rien pour l’évaluation environnementale.

 

Ken Buessler, un autre scientifique américain qui est allé plusieurs fois étudier la pollution marine au large du Japon, a parlé également avec le Times:

Les chercheurs ont reçu l’ordre de ne pas parler à la presse, ou bien ils ne se sentent pas à l’aise pour parler à la presse sans permission, » a dit M.Buesseler. Vétéran de trois missions de recherche au Japon suite au séisme, il veut que les autorités consacrent davantage d’argent à essayer de déterminer les conséquences des émissions de césium et de strontium en provenance de Fukushima sur la chaîne alimentaire. « Pourquoi le gouvernement japonais ne finance t-il pas cette recherche puisque c’est lui qui a le plus à y gagner ?

 

Si les chercheurs sont paralysés et étouffés au Japon même, une autre possibilité serait qu’un autre pays ou un organisme ayant suffisamment d’influence ou de pouvoir sur le gouvernement japonais réclame une évaluation efficace et indépendante des risques sanitaires de Fukushima pour le pays.

 

Tokyo va accueillir les Jeux Olympiques d’été de 2020. L’un des principaux soucis du Comité International Olympique (CIO) – la commission qui organise et supervise les Jeux – pour donner la préférence à Tokyo, était de savoir d’où en étaient Fukushima et tous ses problèmes incessants. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe est intervenu personnellement et a assuré le président du CIO de l’époque, Jacques Rogge, que Fukushima était « en de bonnes mains ».

 

Comme l’a clairement indiqué le comité de rédaction du New York Times le 21 mars, l’état actuel du nettoyage est « lamentable » et de toute évidence pas en de bonnes mains. Les scientifiques, au Japon comme ailleurs, nous le disent, les expériences en cours ne sont pas suffisamment nombreuses pour nous donner une image précise de la situation environnementale, scientifique ou sanitaire au Japon, et encore moins des garanties de sécurité.

 

Au début de l’année, le docteur Helen Caldicott, a envoyé à Thomas Bach, l’actuel président du CIO (bio), une lettre soulignant huit sujets d’inquiétude concernant la santé des athlètes olympiques qui seront envoyés à Tokyo en 2020. Sa conclusion est la suivante:

C’est donc pour ces raisons que je recommande fortement que vous exhortiez le Comité International Olympique à mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante ; ceux-ci n’auraient aucun lien financier ou autre avec l’industrie nucléaire ou les organismes de réglementation et mèneraient une enquête diligente partout où cela est nécessaire pour déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux isotopes radiogéniques, avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés. Il est en outre impératif que l’équipe d’évaluation comprenne et fasse des rapports sur le périlleux état actuel des réacteurs et des bâtiments environnants, les problèmes de fuites d’eaux souterraines et les multiples cuves de stockage remplies de millions de gallons d’eau contaminée installées en surface sur le site.

 

Le texte intégral de la lettre est imprimé ci-dessous et disponible en PDF.  Comme je l’ai déjà écrit, la meilleure façon de s’assurer que Fukushima ne soit pas une menace pour la sécurité des Jeux olympiques sera d’ajouter aux « bonnes mains » du Japon et du CIO celles d’experts scientifiques et d’ingénieurs internationaux. C’est cette concertation éclairée qui pourra évaluer la situation et confirmer que tout ce qui peut-être fait pour atténuer la menace de Fukushima a été identifié et que les mesures adéquates ont été prises en temps utile. Ce sera la médaille d’or la plus respectée de ces Jeux.

 

Voici la lettre du docteur Caldicott :

23 janvier 2014

Cher Monsieur,

Permettez-moi de vous écrire en tant que médecin et pédiatre connaissant bien les effets médicaux des radiations atomiques et des polluants radioactifs qui ont été relâchés dans l’environnement par les réacteurs nucléaires de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi. (Mon CV se trouve à l’adresse suivante : helencaldicott.com)

Je suis profondément inquiète de la santé et du bien-être des athlètes qui se seront entraînés de façon intensive depuis si longtemps pour avoir le droit de participer aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo.

TEPCO a identifié plus de 60 variétés de polluants radioactifs produits par l’homme dans les échantillons d’eau contaminés qui sont collectés quotidiennement. Beaucoup de ces polluants, notamment les variétés radioactives du césium (Cs-137), du strontium (SR-90, et de l’iode (I-129), n’existaient pas dans notre environnement naturel avant l’invention de la fission nucléaire. Le niveau naturel de pollution de ces substances radioactives est donc nul. Mais une fois émises dans l’environnement, elles resteront potentiellement dangereuses pendant des siècles.

Ci-dessous la liste de mes inquiétudes :

1. Certaines parties de Tokyo sont contaminées par la radioactivité provenant des retombées de l’accident de Fukushima Daiichi d’il y a presque trois ans. Des échantillons récoltés au hasard dans les appartements, dans la mousse des toits et le sol des rues, ont été testés pour divers éléments radioactifs et se sont avérés hautement radioactifs. Les références peuvent être fournies sur demande.

2. Cela signifie que les athlètes seront obligés d’inhaler ou d’ingérer de la poussière radioactive qui émet des rayons alpha, bêta et/ou gamma (comme les rayons-X)émanant de la contamination du sol et des rues.

3. Une grande partie de la nourriture vendue à Tokyo est contaminée par des polluants radioactifs, car, à l’instigation du gouvernement japonais, elle provient de la préfecture de Fukushima. (On ne peut pas goûter ni sentir les éléments radioactifs dans ce qu’on mange et la surveillance de chaque denrée à consommer n’est pas envisageable.

4. Une bonne partie des poissons pêchés sur la côte est du Japon sont chargés d’éléments radioactifs. De fait, certains sont assez lourdement contaminés. Le problème est permanent, car pendant près de trois ans, entre 300 et 400 tonnes d’eau radioactive se sont écoulées chaque jour de dessous les réacteurs endommagés dans l’océan pacifique.

5. Si les athlètes mangent des aliments contaminés par la radioactivité et boivent du thé ou d’autres boissons contaminées, certains d’entre eux ont toutes les chances de développer quelques années plus tard un cancer ou une leucémie. La période d’incubation de ces maladies varie entre cinq et quatre-vingts ans, selon les radionucléides en jeu et selon l’organe affecté.

6. Le gouvernement japonais incinère des déchets radioactifs et une partie des cendres ainsi obtenues sont jetées dans la Baie de Tokyo, là où les athlètes sont censés y faire de l’aviron et s’entraîner.

7. Une autre grand sujet d’inquiétude est le fait que d’ici 2020, il pourrait se produire de nouvelles émissions de polluants radioactifs dans les réacteurs de Fukushima Daiichi. Les bâtiments des unités 3 et 4 sont sévèrement endommagés depuis le séisme initial et les explosions qui ont suivi. Ils pourraient fort bien s’effondrer s’ils devaient subir un autre séisme d’une force supérieure à 7 sur l’échelle de Richter. Si cela devait arriver, des quantités de césium allant jusqu’à dix fois celles de Tchernobyl pourraient être relâchées dans les airs. Un tel événement pourrait grandement exacerber la contamination existante de Tokyo et constituer un grave danger pour les athlètes.

8. Le site de Fukushima Daiichi contient plus de 1000 cuves en métal qui ont été construites à la hâte et contiennent des millions de gallons d’eau extrêmement radioactive. De plus, 400 tonnes sont pompées chaque jour dans les réacteurs endommagés. Certaines de ces cuves ont été montées par des ouvriers inexpérimentés et tiennent à grand renfort de boulons rouillés, de joints en caoutchouc, de tuyaux en plastique et de ruban adhésif. En cas de nouveau séisme, une partie de ces cuves se rompraient, rejetant des volumes supplémentaires d’eau fortement contaminée dans le Pacifique juste au nord de Tokyo.

C’est donc pour ces raisons que je recommande fortement que vous exhortiez le Comité International Olympique à mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante ; ceux-ci n’auraient aucun lien financier ou autre avec l’industrie nucléaire ou les organismes de réglementation et mèneraient une enquête diligente partout où cela est nécessaire pour déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux isotopes radiogéniques, avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés.

Il est en outre impératif que l’équipe d’évaluation comprenne et fasse des rapports sur le périlleux état actuel des réacteurs et des bâtiments environnants, les problèmes de fuites d’eaux souterraines et les multiples cuves de stockage remplies de millions de gallons d’eau contaminée installées en surface sur le site.

Avec l’assurance de ma considération

Helen Caldicott MBBS, FRACP

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