7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 06:30

 

Kolin Kobayashi, journaliste japonais et administrateur de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, fait une longue mais nécessaire mise au point sur le programme Ethos développé à Fukushima. Grâce à lui, vous saurez tout sur la manière de procéder, à Tchernobyl comme à Fukushima, pour rendre les populations responsables de leur contamination. Le lobby nucléaire international est scruté à la loupe dans toutes ses structures et ses acteurs dont l’auteur dénonce l’inhumanité, la malice et les mensonges. Ces organismes ne seraient pas là pour protéger votre santé mais pour vous berner ; ils préparent juste la gestion du prochain accident nucléaire, dont nous serons peut-être victimes, afin que tout soit économiquement supportable et surtout que l'activité atomique continue à générer des profits.

PF

 

Écolière portant un dosimètre dans la préfecture de Fukushima (Photo : Alain de Halleux)

Écolière portant un dosimètre dans la préfecture de Fukushima (Photo : Alain de Halleux)

Fukushima, 15 ans après.

 

Stratégie de déni du lobby nucléaire international à partir du projet Ethos

 

Kolin Kobayashi

 

 

Quinze ans après, quelle conclusion ?

 

Quinze ans après l'accident nucléaire de Fukushima, alors que l'état d'urgence est toujours en vigueur, la situation semble s'être stabilisée. Seuls les problèmes de l'eau contaminée, du démantèlement des réacteurs et des déchets nucléaires subsistent. La plupart des gens semblent avoir oublié l'accident et repris le cours normal de leur vie.

Le lobby nucléaire français, favorable au développement des centrales nucléaires, a mené pendant quinze ans une puissante stratégie de communication visant à minimiser, voire à nier, les effets de la radioactivité issue de l'accident nucléaire, en coordination avec des organisations internationales.

 

Aujourd'hui, le lobby nucléaire international présente comme une évidence et une conclusion pour l'opinion publique internationale les éléments suivants :

À Fukushima, « il n'y a eu aucun décès dû à la radioactivité (TEPCO, gouvernement japonais) et il est peu probable que des effets sur la santé (par exemple, le cancer) directement liés à l'exposition aux rayonnements apparaissent à l'avenir ». « Aucun effet néfaste sur la santé pouvant être directement attribué à l'exposition aux rayonnements due à l'accident n'a été signalé » (rapport 2020 de l'UNSCEAR (1)). « Des cas de cancer de la thyroïde ont été détectés, mais ils sont surdiagnostiqués et il est peu probable qu'ils soient liés à l'accident de Fukushima » (Commission d'enquête sur la santé de la préfecture). De plus, « il n'existe aucune preuve certaine d'une augmentation des anomalies congénitales, des morts-nés ou des naissances prématurées liées à l'exposition aux rayonnements parmi la population générale » (rapport de 2020 de l'UNSCEAR). « En 2012, la concentration en césium 137 dans les eaux côtières au large de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi n'avait pratiquement pas dépassé les niveaux d'avant l'accident, et il est peu probable qu'il y ait eu des effets localisés sur les populations d'animaux sauvages » (rapport 2020 de l'UNSCEAR).

 

« Vivre à Fukushima après la catastrophe nucléaire, c'est quand même vivre merveilleusement bien et pouvoir offrir un avenir meilleur » (Ethos in Fukushima).

Ces propos font écho aux mots qui ornent la couverture du livre de photos d'Ethos sur la Biélorussie : « Vivre à Tchernobyl, c'est réapprendre à vivre, apprendre à vivre autrement, et accepter la présence de la radioactivité comme un nouvel élément de la vie quotidienne. »

Lors de la conférence internationale de l'AIEA en 1989, après l'accident de Tchernobyl, on disait à peu près la même chose.

 

En d'autres termes, les partisans d'Ethos estiment que si l'on suit les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) (2), le niveau de radioactivité est compatible avec la vie humaine. Par conséquent, alors que le changement climatique constitue un problème urgent, le nucléaire est une énergie propre qui doit continuer à être promue à l'échelle mondiale et il n'y a aucune raison d'y renoncer.

Cette conclusion prime sur tout le reste. Tous les raisonnements, manipulations d'informations et minimisations visant à aboutir à cette conclusion sont donc justifiés. Cette stratégie a été soutenue en coulisses par la CIPR, l'UNSCEAR, le lobby nucléaire français (CEA, EDF, AREVA, CEPN et IRSN). 

 

 

Point de départ : la genèse du projet ETHOS et les raisons pour lesquelles il a été lancé à Fukushima.

 

Ethos en Biélorussie

 

Il faut d'abord résumer le projet ETHOS : il s'agit d'un projet mené en Biélorussie de 1996 à 2001, soit dix ans après l'accident de Tchernobyl. Il a été initié par Jacques Lochard, une figure clé du lobby nucléaire français. Je cite le début du texte sur ETHOS publié sur le site web du CEPN : « Il a été conçu après l'accident de Tchernobyl afin d'améliorer la vie quotidienne des habitants des villages touchés par une forte contamination radioactive à long terme. » (Fin de citation). En d'autres termes, ce projet s'adresse aux habitants qui, dix ans après l'accident, sont encore contraints de vivre dans des zones contaminées ou qui hésitent encore à partir. Une équipe interdisciplinaire d'experts, composée uniquement de chercheurs universitaires, d'agronomes, de spécialistes de la sécurité, de la communication, de la gestion des risques et de la radioprotection, mais sans aucun médecin, a été constituée pour se rendre dans les villages contaminés et organiser des réunions de dialogue avec les habitants. À l'époque, alors que 80 % des enfants biélorusses souffraient de maladies, il n'existait aucun système de soins médicaux ni de consultation médicale.

 

Cette équipe ne dispense pas de soins médicaux. Elle prodigue des conseils tels que « il vaut mieux ne pas emprunter cette route car elle est contaminée », « les cendres de bois contaminées concentrent la radioactivité, il faut les jeter à des endroits précis » ou encore « il serait préférable de cultiver les légumes et les pommes de terre de cette manière ». Si l'on considère ces aspects isolément, on pourrait les interpréter comme une aide humanitaire louable. Cependant, ils collectent des données de mesure un peu partout. Mais pas de soins médicaux. Cela rappelle à l’ABCC de Hiroshima (3).

 

Le projet Ethos a ensuite été rebaptisé « CORE Project » puis « SAGE Project » et a continué d'exister sous une forme prolongée jusqu’en mai 2005. Il a impliqué de nombreux chercheurs universitaires, experts, agronomes, spécialistes de la gestion des risques, ONG et associations locales, et a été adopté par la Commission européenne comme modèle public de gestion des risques radiologiques à moyen et long terme dans les zones contaminées. Il s'agit là d'un immense succès stratégique pour le lobby nucléaire européen. Jacques Lochard avait sans doute dès le départ l'intention de reproduire à Fukushima le succès obtenu en Biélorussie. Si cela réussissait au Japon, l'accident de Fukushima pourrait être considéré comme un accident mineur parmi tant d'autres et être passé sous silence. Il s'est rendu au Japon non pas dix ans après l'accident, mais huit mois après, pour promouvoir le projet Ethos.

 

Je vais citer quelques exemples typiques de l’esprit Ethos.

Au printemps 1996, lors de la première réunion avec les habitants organisée dans le village d'Olmany, une participante a posé la question suivante : « Chers experts européens, pourrons-nous continuer à vivre ici ? »

Les experts européens ont répondu : « Nous ne sommes pas venus ici pour répondre à cette question. Cependant, nous voulons aider les personnes qui souhaitent vivre ici, travailler avec elles et les aider à améliorer leurs conditions de vie » (site web du CEPN).

En d'autres termes, ils n'ont jamais répondu à la question essentielle, mais ont donné une réponse trompeuse, « conforme aux principes éthiques » (site du CEPN), qui semblait convaincante, en partant du principe inévitable que les habitants continueraient à vivre ici. Leur attitude montre clairement qu'ils imposent aux habitants la théorie de la tolérance à l'exposition aux radiations.

Les experts en radioactivité savent pertinemment que vivre pendant des années dans une zone contaminée exposée aux radiations comporte des risques pour la santé, mais ils ne le disent ni ne le communiquent jamais aux habitants, se basant sur le principe du rapport risques/bénéfices.

 

 

Son initiateur

Jacques Lochard (source : Arrêt sur Image)

 

Jacques Lochard, l’acteur principal du projet Ethos, est un fervent défenseur du nucléaire et une figure clé du lobby nucléaire français. Après avoir obtenu son diplôme d'économie à l'université de Paris, il a travaillé pour le Commissariat à l'énergie atomique et s'est rendu à Tchernobyl. Il a ensuite travaillé pour le CEPN, dont il est devenu directeur, poste qui lui a permis d'exercer son influence. C'est lui qui s'est engagé dans le projet Ethos et sa suite sur le long terme. Il a ensuite noué des relations avec la CIPR (l'organisme international privé qui définit les normes internationales en matière de rayonnement), est devenu membre de la quatrième commission (chargée d'examiner l'application des recommandations de la CIPR et de coordonner les relations internationales), puis président, puis enfin vice-président du comité principal. En d'autres termes, il a joué un rôle de coordination à la fois au sein du lobby nucléaire français et la CIPR, en collaboration avec le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR).

 

En 2011, il était directeur du CEPN, une association qui compte seulement quatre membres, mais qui dispose d'un budget colossal. Il a depuis quitté ses fonctions. En novembre 2011, lors d'une réunion du groupe de travail du cabinet du Premier ministre japonais Naoto Kan sur l'exposition à de faibles doses (dont la plupart des experts sont favorables au nucléaire), il a recommandé la mise en place du programme Ethos. Avant 2011, M. Lochard s'était déjà rendu à l'université d'Hiroshima pour présenter Ethos et souligner son importance. Au cours des quinze dernières années, il a animé vingt séminaires de dialogue organisés par la CIPR à Fukushima, a été nommé professeur invité à l'université d'Hiroshima et à l'université de Nagasaki, deux villes emblématiques au niveau international, et a conclu des accords officiels de coopération en matière de recherche entre le CEPN et ces universités.

Participants à une cérémonie de signature de convention en 2017. De gauche à droite : Takata, président exécutif et vice-président ; Kamiya, vice-président ; Ochi, président ; Dr Schneider (directeur du CEPN) ; Dr Lochard (vice-président de la Commission internationale de protection radiologique) (source : Hiroshima University)

Participants à une cérémonie de signature de convention en 2017. De gauche à droite : Takata, président exécutif et vice-président ; Kamiya, vice-président ; Ochi, président ; Dr Schneider (directeur du CEPN) ; Dr Lochard (vice-président de la Commission internationale de protection radiologique) (source : Hiroshima University)

Grâce à ces accords, les organisations favorables au nucléaire ont réussi à renforcer leur position au sein des organisations internationales. Cette réussite est également due à la présence de puissants alliés au sein du lobby nucléaire japonais : Shun’ichi Yamashita (4) à Nagasaki et Kenji Kamiya (5) à Hiroshima. Lorsque l'université de Nagasaki l'a nommé professeur spécial, son profil sur le site de l'université indiquait qu'il était titulaire d'un doctorat en économie, alors qu'il ne possède pas ce diplôme. Le document de présentation du programme de formation des leaders Phoenix de l'université d'Hiroshima mentionne également le Dr. Lochard. Cette double erreur dans le CV est-elle due à une simple méprise ou s'agit-il d'une falsification ?

 

À l'occasion des 30 ans de Tchernobyl, Jacques Lochard a conçu avec le documentariste Olivier Julien un reportage intitulé « Tchernobyl, Fukushima… Vivre avec », dans l'esprit parfaitement éthosien de la stratégie de déni, qui a été diffusé le 26 avril 2016 sur ARTE !  Étonnant !

L'ONG « Enfants de Tchernobyl Belarus » a produit à son tour un autre documentaire, « Tchernobyl, le monde d’après » (https://www.youtube.com/watch?v=IZPGTrBswsg), en réponse au film d'Olivier Julien. En comparant ces deux films, on voit comment des informations sont manipulées au profit du lobby nucléaire.

 

 

Vasily Nesterenko et son institut Belrad

Vassili Nesterenko (source : collection de Enfants de Tchernobyl Belarus)

 

Le professeur Vasily Nesterenko, l'un des meilleurs physiciens nucléaires de l'ex-URSS, travaillait au développement de petits réacteurs nucléaires. Mais lorsque l'accident de Tchernobyl s'est produit, il a pris conscience de l'énorme quantité de radioactivité libérée et de son danger. Il a alors abandonné le développement des réacteurs nucléaires pour se consacrer à sauver la vie des enfants, en particulier. Ses valeurs ont alors subi un revirement copernicien. Sa seule préoccupation était la santé et la vie des enfants. Il a démissionné de ses fonctions publiques et a fondé l'Institut Belrad en 1989. Il a installé plus de 300 stations de mesure dans les zones contaminées, a enseigné aux habitants locaux comment effectuer les mesures et a mesuré lui-même l'irradiation interne des enfants à l'aide d'un appareil de mesure corporelle qu'il avait inventé. Il a ensuite administré un traitement à base de pectine pour éliminer le césium, en fonction du niveau d’irradiation.

 

Membres fondateurs de Enfants de Tchernobyl Belarus : de gauche à droite, Solange Fernex, Dr. Michel Fernex, Galina Bandazhevskaya (épouse de Y. Bandazevski), Wladimir Tchertkoff, Vassili Nesterenko et sa femme Ilsa Nesterenko (source : collection de Enfants de Tchernobyl Belarus)

Membres fondateurs de Enfants de Tchernobyl Belarus : de gauche à droite, Solange Fernex, Dr. Michel Fernex, Galina Bandazhevskaya (épouse de Y. Bandazevski), Wladimir Tchertkoff, Vassili Nesterenko et sa femme Ilsa Nesterenko (source : collection de Enfants de Tchernobyl Belarus)

En 1996, lors de la visite de l'équipe SAGE, il a coopéré activement dans l'espoir d'obtenir un financement pour le traitement à la pectine. Cependant, l'équipe SAGE a refusé la pectine et s'est contentée de collecter des données de mesure avant de repartir. Dans le rapport du projet Ethos à SAGE, son nom a été habilement utilisé, mais toutes les parties importantes du document qu'il avait rédigé pour formuler des recommandations ont été supprimées (Wladimir Tchertkoff, Les crimes de Tchernobyl, vol. 1 et 2, Actes Sud). En d'autres termes, Nesterenko a été utilisé, puis trahi. Nesterenko a non seulement organisé des réunions pour transmettre ses connaissances sur la radioactivité, mais il a également proposé un traitement concret : administrer de la pectine pendant un mois afin de réduire l'irradiation interne des enfants. Il s'est également intéressé à leur mode de vie et à leur alimentation, leur recommandant notamment de ne pas consommer de lait contaminé ni de champignons sauvages qui concentrent la radioactivité. Tout cela dans le but de rétablir et de préserver la santé des enfants. Cependant, après le retour de l'équipe ETHOS, la plupart des antennes régionales de l'Institut de radioprotection Belrad ont dû fermer leurs portes faute de soutien, et le traitement à la pectine a été menacé de disparaître en raison de difficultés financières. Depuis, l'Institut Belrad survit tant bien que mal grâce au soutien financier d'associations citoyennes européennes.

 

Mais qu'est-ce donc que cette culture de la radioprotection tant vantée par les partisans du nucléaire au sein de l'Ethos ? La question fondamentale se pose à nouveau : la radioprotection est-elle vraiment utile en cas d'accident grave ? Si l'on pousse cette réflexion jusqu'au bout, on en arrive à la conclusion qu'en cas d'accident grave, il ne restera plus assez de temps pour se préoccuper de la radioprotection. Pour éviter l'exposition aux rayonnements, il n'y a d'autre choix que d'abandonner sa maison et ses biens pour fuir à toute vitesse. Sinon, on est condamné à rester exposé.

 

La radioprotection n'est en réalité qu'une technique de protection utilisée par les techniciens et les experts de la radiothérapie et de la recherche sur la radioactivité pour prévenir les effets néfastes de l'exposition aux rayonnements sur la santé. Elle ne doit pas être appliquée de manière urgente et a posteriori à la population générale après un accident grave. En réalité, bien que la majeure partie de la région de Fukushima soit exposée à des niveaux équivalents à ceux des zones de contrôle radiologique, les règles applicables à ce type de zones n'ont jamais été mises en œuvre et plus de deux millions d'habitants, dont des femmes et des enfants, y vivent toujours. La norme de radioprotection recommandée par la CIPR est de 1 mSv par an. Ce niveau est considéré comme « acceptable ». Cette norme ne garantit toutefois pas la sécurité. Elle repose en effet sur l'estimation que 5 personnes sur 100 000 mourront d'un cancer. Mais peut-on réellement accepter que 500 personnes meurent d'un cancer si une grande ville de 10 millions d'habitants est contaminée ?

 

Sous prétexte que l'état d'urgence est toujours en vigueur, tout est géré de manière abusive et les enfants ainsi que les femmes sont contraints de s'exposer à une irradiation de 20 mSv/an. Autrement dit, ils doivent accepter cette norme parce qu'ils vivent toujours dans une zone contaminée et exposée aux radiations. En fin de compte, les habitants contraints de rester sur place ne voient même pas leurs droits fondamentaux respectés et la plupart d'entre eux vivent dans des zones soumises à un contrôle radiologique. Les principes fondamentaux de la radioprotection ne sont absolument pas appliqués. C'est un point important que M. Hiroaki Koide souligne depuis le début de l'accident. Rester dans une zone contaminée où il ne devrait pas être possible de vivre revient à accepter le danger et à supporter la contamination radioactive. Par conséquent, les conseils donnés par le professeur Nesterenko aux habitants restés sur place constituent une mesure exceptionnelle qui ne doit pas être standardisée ni généralisée.

 

Le lobby nucléaire français et international, qui prône le projet Ethos, examine les solutions les moins coûteuses sur le plan économique, en fonction du rapport risques/bénéfices, ce qui correspond à son véritable objectif d'optimisation. En d'autres termes, il privilégie les bénéfices aux risques.

 

 

Le projet Ethos, débarqué à Fukushima, rebaptisé « séminaire de dialogue »

 

Il existe une double vie au sein de la CIPR, profitant de la réputation de cette institution pour préparer le déploiement du projet Ethos au Japon.

C'est là qu'est apparue Yoko Kamata, alias Ryoko Ando, une habitante d'Iwaki qui se présente comme la patronne d'une jardinerie et qui a créé une organisation privée appelée Ethos in Fukushima.

Jacques Lochard et Yoko Kamata, alias Ryoko Ando (Extrait de « Realizing Fukushima's Ethos (PDF) » (source : synodos.jp)

 

Elle a commencé à faire l'éloge de la recommandation 111 de la CIPR, rédigée sous la direction de Jacques Lochard, et fondée sur la théorie de la tolérance à l'irradiation. Selon le site Internet d'Ethos in Fukushima, elle aurait participé sous son vrai nom au deuxième séminaire de dialogue à Date, après avoir été invitée par Jacques Lochard.

 

Dans son entourage, on trouve Mizuno Yoshiyuki, physicien nucléaire à l'université féminine de Kyoto, qui a tweeté qu'il était impossible que Fukushima subisse une fusion nucléaire, ainsi que des personnages énigmatiques qui semblent être des experts favorables au nucléaire sur Twitter. En consultant le site Internet « Fukushima in Ethos » qu'elle a créé, on constate qu'elle avait déjà pris contact avec Jacques Lochard en décembre 2011.Elle se rapproche de plus en plus de Lochard et se lie d'amitié avec la CIPR ainsi qu'avec le lobby nucléaire français. Elle est aujourd'hui l'ambassadrice du mouvement Ethos à Fukushima, soutenu par ce même lobby. Le lobby nucléaire international tire les ficelles en coulisses et l'utilise au maximum : en se basant sur la théorie du coût/bénéfice, il persuade les habitants avec des arguments pseudo-scientifiques, les amadouant avec des discours humanitaires, leur faisant oublier de s'interroger sur les causes de l'accident et les amenant à accepter sans le savoir leur exposition aux radiations. Il leur donne également l'illusion que les pouvoirs publics et le secteur privé s'unissent pour participer avec enthousiasme à la gestion des radiations après l'accident.

 

Le site web « KOTOBA Fukushima Dialogue » (6), créé par l'IRSN français, est entièrement basé sur le concept d'ethos développé par Lochard. Ryoko Ando y est également présentée comme une héroïne.

Extrait du magazine Repères n°22 bis, 2014 (source : IRSN)

Extrait du magazine Repères n°22 bis, 2014 (source : IRSN)

Les séminaires-dialogues, au nombre de douze entre novembre 2011 et septembre 2015, puis de huit depuis 2018, sont parrainés par la Fondation du Japon. Cette fondation est l'ancienne Fondation Sasakawa, créée par Ryoichi Sasakawa, chef de l'extrême droite japonaise et criminel de guerre de classe A. Lors du projet Tchernobyl organisé par l'AIEA en 1990-1991 sous la direction d'Itsuzo Shigematsu, la fondation a conclu à l'absence d'impact des radiations, ce qui lui a valu les foudres des citoyens biélorusses et ukrainiens. Parallèlement, Shigenobu Nagataki et Shun’ichi Yamashita ont participé au projet de coopération médicale de la Fondation Sasakawa à Tchernobyl. Shun’ichi Yamashita et ses collègues ont examiné 160 000 enfants en collaboration avec des scientifiques soviétiques, puis ont publié leurs résultats en 2001. Ils y reconnaissent que les enfants vivant dans les environs de Tchernobyl présentent un taux significativement plus élevé de cancer de la thyroïde. Malgré cela, Shun’ichi Yamashita, qui a de nouveau participé au Forum de Tchernobyl entre 2003 et 2005 grâce au financement de la Fondation Sasakawa pour la coopération sanitaire, a publié en 2011 dans le numéro 53 de la revue de l'Association japonaise pour l'énergie atomique une synthèse dans laquelle il cite ce rapport. Il y reconnaît l'existence de cancers de la thyroïde à Tchernobyl, mais conclut que les doses inférieures à 100 mSv ne posent pas de problème et que le principal problème est l'impact psychologique plutôt que radiologique.

 

Les séminaires de dialogue sont organisés par la CIPR et financés par le ministère japonais de l'Environnement. Ce ministère subventionne la CIPR depuis avant l'accident de Fukushima. Au départ, la plupart de ces séminaires se déroulaient à Fukushima, puis à Date. Date, qui souhaite devenir une ville modèle en matière de décontamination radioactive, coopère avec l'AIEA et entretient des relations amicales avec le groupe d'experts organisant les séminaires « Dialogue » et « Ethos » au Japon. Cette collaboration a donné lieu à l'affaire de falsification des articles de Miyazaki et Hayano (7). Deux personnalités franco-japonaises clés, Jacques Lochard et NIWA Ohtsura(8), supervisent les séminaires (9).

 

Parmi les participants figuraient des universitaires japonais de renom et Ryoko Ando a commencé à participer à partir de la deuxième édition. Elle a rendu compte des séminaires sur son site « Fukushima Ethos », au nom de la branche japonaise de la CIPR. Les huit dernières éditions du séminaire Dialogue ont été subventionnées par la Fondation Nippon. Après avoir organisé vingt séminaires, Jacques Lochard a annoncé qu'il passerait le relais à Ryoko Ando.

 

En réalité, même après vingt séminaires, ceux-ci n'ont pas eu un grand retentissement sur le terrain. Ils ont plutôt servi à établir des résultats concrets pour les organismes de promotion du nucléaire qui les ont organisés, comme le CEPN, l'IRSN et la NEA, afin de créer un fait accompli et de faciliter la coordination et la recherche d'un consensus au sein de la nébuleuse du lobby nucléaire international.

 

 

Les relations étroites entre le groupe Ethos et le lobby nucléaire international

 

Créé par le lobby nucléaire français, il a réussi à établir un réseau avec des experts pro-nucléaires de Biélorussie, d'Ukraine, de Norvège, etc. grâce à son travail en Biélorussie. Il a également établi un réseau à l'échelle européenne et mène divers projets de recherche.

 

Il entretient également des liens étroits avec la CIPR. Jacques Lochard a d'abord été membre, puis président de la quatrième commission de la CIPR, avant de devenir vice-président de la commission principale. Thierry Schneider, le bras droit de Lochard, joue également un rôle important. Il a également réussi à obtenir un poste au sein de la CIPR. Aujourd'hui, Lochard a quitté la plupart de ses fonctions en raison de son âge avancé, mais il est devenu professeur spécialement nommé à l'Institut de recherche sur les effets des bombes atomiques de l'université de Nagasaki. Grâce à leur vaste réseau international, Lochard et Schneider mettent leur talent au service de la création de réseaux au sein du lobby nucléaire international. Au sein du CEPN, il convient de rester vigilant, car M. Schneider a repris les projets de M. Lochard après son départ.

 

Ce dernier a joué un rôle central dans la création de la plateforme européenne NERIS (10), qui mène de nombreux projets. NERIS est un forum européen dédié à la recherche sur les mesures à prendre et les interventions à préparer en cas d'accident grave en Europe. Sa mission est d'établir un forum pour le dialogue et le développement de méthodologies entre toutes les organisations et associations européennes participant à la prise de décision en matière de mesures de protection dans le cadre des urgences nucléaires et radiologiques, ainsi que de la reconstruction en Europe. Parmi les nombreux projets, certains ont des titres fantaisistes, comme SHAMISEN (un instrument traditionnel japonais). Celui-ci a été lancé en décembre 2015 dans le but de formuler une série de recommandations pour assurer la surveillance sanitaire après un accident nucléaire et communiquer avec les personnes touchées, en s'appuyant sur les expériences de Tchernobyl et de Fukushima. La communication stratégique est donc au cœur de la préparation. Cette préparation s'effectue en prévision d'un accident grave à l'échelle européenne. L'objectif est de tirer parti de l'expérience acquise lors des dialogues.

 

 

Problèmes organisationnels du lobby nucléaire international/français

 

Le lobby nucléaire est très étendu (se reporter à la carte ci-dessous) et il n'est pas possible de le présenter dans son ensemble ici. Nous évoquerons ici quelques-unes de ces organisations qui suscitent des interrogations.

Carte relationnelle Tchernobyl-Fukushima (Kolin Kobayashi, 2015)

Carte relationnelle Tchernobyl-Fukushima (Kolin Kobayashi, 2015)

L’IRSN

 

L'IRSN a participé depuis le début aux séminaires de dialogue de Fukushima. Cet organisme public français a eu  pour mission première la recherche en matière de radioprotection et de sûreté nucléaire.

 

Il s'agissait d'une grande organisation qui comptait plus de 1 700 employés. Une organisation de cette taille comporte naturellement des positions et des opinions diverses. Cependant, bien que le magazine de l'IRSN, Repère, soit un lieu d'expression des activités et des opinions officielles de l'organisme, on peut lire dans le numéro 29 d'avril 2016, à la page 8, un petit article qui dit : « ... De plus, alors que la catastrophe ukrainienne a entraîné des rejets de strontium et de plutonium, il n'y en a pas eu au Japon. » De plus, Jean-René Jourdan, pharmacologue à l'IRSN et participant au documentaire télévisé  « Retour à Fukushima », affirme qu'« il n'existe aucune preuve scientifique que des doses inférieures à 100 mSv puissent entraîner des maladies graves telles que le cancer ». Cette affirmation reflète sans doute l'opinion générale des scientifiques proches du lobby nucléaire.

 

L'IRSN, dont l'activité a reposé essentiellement sur la radioprotection dans le cadre de la promotion du nucléaire, et qui ne s’est pas prononcé sur la sécurité médicale, était une organisation qui n'hésitait pas à dissimuler ou à minimiser les faits par le biais de mensonges et de formulations étranges.

 

C'est également l'IRSN qui a lancé le site Internet « KOTOBA Dialogue à Fukushima » (aujourd'hui supprimé), très bien conçu, et qui a diffusé les discours d'Ethos en japonais et en français. Ces organismes publics français ne sont donc pas impartiaux. Leur position sur le nucléaire varie en fonction des circonstances. Leur principe d'impartialité absolue et de respect de la vérité scientifique dépend de la situation et ne transcende pas la position politique du pays. La CIPR, l'UNSCEAR et l'AIEA sont exactement les mêmes à cet égard. Toutes ces institutions sont soumises à l'impératif suprême de promouvoir le nucléaire et ne peuvent, en toute indépendance, affirmer que ce niveau de rayonnement est dangereux ou qu'il faut abandonner le nucléaire parce qu'il est dangereux. Il ne faut pas croire naïvement que parce qu'il s'agit d'institutions internationales et publiques, elles agissent dans l'intérêt de la vie et de la santé humaines. Les Japonais, sensibles à l'autorité, ont tendance à idéaliser ces institutions.

 

L'IRSN, qui a fonctionné entièrement dans l'esprit de l'ethos, a licencié en juin 2020 Christine Fassert, sociologue et chercheuse. La raison invoquée pour son licenciement est son attitude professionnelle, à savoir son refus d'obéir aux ordres de ses supérieurs et son attitude rebelle. En réalité, c'est parce qu'elle a catégoriquement refusé de supprimer la phrase « Après l'accident, les experts du nucléaire ont perdu la confiance du peuple japonais » (source).

 

Choqués par son licenciement, des chercheurs et des universitaires japonais et français ont pris position dans la presse pour défendre la diversité académique et la liberté de recherche (source).

 

Cette affaire prouve que le lobby nucléaire cherche à contrôler les discours et les opinions des jeunes chercheurs, des doctorants et des salariés de l'IRSN, et témoigne de son refus de reconnaître la liberté de recherche.

Aujourd’hui, cet organisme a été fusionné avec l’Agence de sécurité nucléaire et devenu ASNR.

 

 

L’OMS

 

Par exemple, l'OMS n'a pas envoyé de mission sur place pendant cinq ans lors de l'accident de Tchernobyl. Elle ne peut pas non plus rédiger de recommandations ou de rapports qui contrediraient les décisions de l'AIEA. L'organisation est en effet liée par le mémorandum WHA 12-40, signé en 1959 par l'AIEA et l'OMS. Sans l'accord de l'AIEA, l'OMS ne peut ni mener ses propres enquêtes, ni publier ses propres rapports sur le nucléaire.

Le REMPAN (Radiation Emergency Medical Preparedness and Assistance Network)(11), une équipe d'experts pouvant intervenir immédiatement en cas d'accident nucléaire, a été créée en 1987, soit l'année suivant l'accident de Tchernobyl. Cette équipe est prête à intervenir à tout moment et est composée de représentants de différents pays. Ses membres, qui sont parfois les mêmes que ceux de la CIPR sont tous pro-nucléaires et croient qu'il n'y a pas de maladie grave en dessous de 100 mSv/an.

 

 

La CIPR

 

L’ICRP (International Commission on Radiological Protection) est un groupe international d'experts en radioprotection dont l'acronyme français est CIPR « Commission internationale de protection radiologique ». Créée en 1928 sous le nom de « Commission internationale de protection contre les rayons X et le radium », elle a pris son nom actuel en 1950. Cette organisation est enregistrée au Royaume-Uni en tant qu'organisme caritatif. À l'origine, son objectif était de protéger la santé des radiologues, mais il ne fait aucun doute qu'elle a apporté une contribution mondiale en établissant les bases de la radioprotection médicale. L'OMS devrait disposer d'une organisation similaire au sein de ses propres structures, mais pour diverses raisons, elle n'y parvient pas et a donc confié cette tâche à la CIPR. Cependant, au fil des revirements historiques, la CIPR s'est orientée vers la question suivante : « Comment introduire de manière globale un système de doses admissibles fondé sur la théorie de la tolérance au risque ? ». En collaborant avec l'UNSCEAR, elle s'est alignée sur l'intention des États-Unis de vendre des réacteurs nucléaires dans le monde entier et de généraliser la théorie de la tolérance au risque à l'aide d'une pseudo-science. Actuellement, plusieurs de ses membres sont également membres de l'AIEA et de l'UNSCEAR, ce qui témoigne des liens étroits qui unissent cette commission aux agences des Nations unies.

Les recommandations publiées par ce comité suscitent de nombreuses interrogations. Le gouvernement japonais s'appuie notamment sur ces recommandations pour prendre ses décisions.

Des scientifiques et des experts indépendants japonais ont très récemment créé le Comité japonais d'évaluation des risques liés aux rayonnements (JCRR). Celui-ci prévoit de mener ses propres évaluations des risques, fondées sur la science et les droits humains, et de s'appuyer sur les connaissances du Comité européen pour la recherche sur les effets des rayonnements ionisants (ECRR).

 

 

La relance de l'ONG « Fukushima Dialogue »

 

Jacques Lochard semblait vouloir mettre un terme à plus de 20 séminaires de dialogue(12). Ces activités n'étant pas très connues localement, et Jacques Lochard arrivant à la fin de sa carrière, il devait se retirer de ses fonctions au sein du CEPN et de la CIPR, ce qui devait signifier la fin de ces séminaires. En février 2018, une réunion stratégique a toutefois été organisée à Fukushima, réunissant une trentaine de personnes impliquées dans l'organisation de ces séminaires : des représentants d'« Ethos in Fukushima », des acteurs locaux, des experts internationaux (CIPR, NEA, Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE, IRSN, Agence norvégienne de protection radiologique, NRPA, CEPN) et du ministère japonais de l'Environnement. Les participants ont exprimé leur volonté de poursuivre le dialogue tant que la zone d'accès restreint existerait. C'est normal, car après tout, ce réseau souhaite faire croire que les radiations n'ont aucun effet.

Ryugo Hayano, qui s'était le plus investi dans ces séminaires, a vu ses articles publiés en 2016-2017 faire l'objet de vives critiques. Cette polémique s'est poursuivie jusqu'en 2021, comme on s'en souvient. Il ne faut pas oublier que c'est le réseau international Ethos qui est à l'origine de cette affaire.

 

Extrait du magazine Repères, n° 22, 2014 (source : IRSN)

Extrait du magazine Repères, n° 22, 2014 (source : IRSN)

Le redémarrage de l'ONG « Fukushima Dialogue » vise peut-être à restaurer la confiance perdue envers Hayano et ses collègues. De plus, plusieurs procès sont toujours en cours et la colère des évacués pourrait exploser à tout moment. Il s'agit donc probablement de convaincre le public que les nombreux habitants qui vivent actuellement dans les zones contaminées ont choisi de s'y installer de leur plein gré. En d'autres termes, il s'agit de poursuivre la propagande en faveur de la tolérance.

 

Le réseau Ethos du lobby nucléaire français est en lien direct avec l'article de Hayano et Miyazaki.

 

En 2008, le lobby nucléaire français s'est réuni, avec Thierry Schneider du CEPN comme coordinateur, afin de rassembler des lycéens du monde entier et de lancer un programme d'échanges internationaux sur la radioprotection. Ce dernier avait auparavant donné des conférences sur la radioactivité dans les lycées sous la forme de cours itinérants.

 

Une fois le projet Ethos terminé, le lobby nucléaire français a commencé à élaborer diverses stratégies de communication en prévision d'un accident grave en France ou en Europe. En cas d'accident grave, les responsables de chaque domaine se réunissaient pour élaborer des mesures d'urgence lors de réunions appelées CODIRPA (13) ou PAREX (14), en se basant sur l'expérience de Tchernobyl. Les trois principaux acteurs du projet Ethos étaient Jacques Lochard, Gilles Hériard-Dubreuil, responsable administratif du projet, et le professeur Henry Ollagnon de l'École nationale supérieure d'agronomie de Paris.

 

Parallèlement, le projet a lancé un programme d'échanges internationaux pour les lycéens, convaincu de l'importance de diffuser les connaissances sur le nucléaire et la radioactivité auprès de la jeune génération. L'organisation et le soutien de ces rencontres sont principalement assurés par le secteur nucléaire. Six organismes y participent : le CEA (Commissariat à l'énergie atomique), l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), le CEPN (Centre d'expertise en protection nucléaire), l'INSTN (Institut national des sciences et techniques nucléaires, géré par le CEA) et la SFRP (Société française de radioprotection).

 

Initialement, les participants étaient des lycéens des pays voisins de Tchernobyl et de France, en raison de l'accident de Tchernobyl. Mais à partir de la conférence de Genève en 2014, Ryugo Hayano a commencé à y emmener des lycéens de Fukushima. Depuis, il y a emmené des lycéens de Fukushima à chaque fois, pour un total de cinq participations jusqu'en 2019. À Genève, il a demandé au CERN, l'organisation européenne pour la recherche nucléaire où il était chercheur, de fournir le lieu de la conférence. Selon son fichier PowerPoint, il a présenté l'accident de Fukushima lors de cette conférence et a conclu en présentant les avis de l'OMS, de l'AIEA et de l'UNSCEAR, qui estiment qu'il est difficile d'envisager des effets à long terme sur la santé. En d'autres termes, il cherche à minimiser les effets de l'accident et des radiations, comme il l'a fait dans son article avec Miyazaki. La plupart des personnes impliquées dans le projet Ethos ont d'ailleurs adopté une position similaire à la sienne et ont minimisé les effets de la radioactivité. Après la conférence de Genève en 2015, la conférence s'est tenue à l'installation nucléaire de Cadarache qui mène également des recherches et fabrique des armes nucléaires militaires.

 

Concernant les articles de Miyazaki et Hayano, Shinichi Kurokawa, professeur émérite à l'Organisation de recherche sur les accélérateurs à haute énergie, a constitué une équipe de cinq scientifiques. En collaboration avec Mme Akemi Shima, habitante de la ville de Date, ces chercheurs ont examiné ces articles et ont sévèrement critiqué leurs irrégularités, leurs lacunes, leurs erreurs, leurs falsifications et leurs fabrications. Le doctorat de Makoto Miyazaki, de l'université médicale de Fukushima, a été retiré. Lors du webinaire organisé le 13 avril 2021 par l'Association japonaise des journalistes scientifiques et techniques, M. Hayano a présenté ses conclusions et a participé à un débat avec M. Kurokawa dont l'issue était évidente. M. Hayano n'a pas pu se défendre.

 

Nous nous contenterons ici de rapporter comment les recherches de Miyazaki et Hayano ont débuté et quels événements les ont précédées.

 

Le programme international d'échange entre lycéens sur la radioprotection, mentionné précédemment, est l'un des éléments qui ont conduit à la publication de cet article. M. Miyazaki a lui-même déclaré que l'idée de l'article était née lors d'un séminaire de l'IRSN à Paris, et qu'elle lui avait été suggérée par le maire Shoji Nishida. Il ne fait aucun doute que cette idée trouve son origine dans le fait que Ryugo Hayano a participé à cinq reprises au programme international d'échange entre lycéens sur la radioprotection avec des lycéens de Fukushima.

 

C'est Hériard-Dubreuil, coordinateur d’Ethos, qui a invité Takahiro Hanzawa, conseiller du maire de Daté, à assister au colloque du Parlement européen à Strasbourg.

Lors du symposium de NTW (Nuclear Transparency Watch, ONG européenne) au parlement européen. De droite à gauche, Takahiro Hanzawa, Michèle Rivasi, eurodéputée, et un peu plus loin, David Boilley de l’ACRO (source : site NTW)

Lors du symposium de NTW (Nuclear Transparency Watch, ONG européenne) au parlement européen. De droite à gauche, Takahiro Hanzawa, Michèle Rivasi, eurodéputée, et un peu plus loin, David Boilley de l’ACRO (source : site NTW)

Il a présenté ces mesures comme l'une des meilleures méthodes de protection contre les radiations. Au conseil municipal de Date, certains ont soupçonné que l'article de Miyazaki et Hayano servait à justifier la non-décontamination de la zone C de Date. Quoi qu'il en soit, l'IRSN se vante sur son site web KOTOBA d'avoir réussi à éviter le déplacement de la plupart des habitants de Date. Après avoir quitté la ville de Date, Hanzawa a rejoint l'ONG « Fukushima Dialogue », présidée par Ryoko Ando (photo), en tant que directeur, ce qui n'est pas surprenant au vu des événements passés.

 

Hayano, qui a assidûment participé aux séminaires de Dialogue, est un ancien professeur de l'université de Tokyo, physicien, mais pas médecin. C'est lui qui, lorsque la thèse de Miyazaki Hayano a commencé à faire débat, a publié un article intitulé La volonté de savoir, toujours d'actualité sur le site Web Synodos. Il y affirme notamment que « d'un point de vue scientifique, on peut désormais affirmer qu'il n'y a aucun danger à vivre à Fukushima », que « le nombre de décès liés à la radioactivité est nul » et que « l'exposition interne peut désormais être considérée comme négligeable ». Cependant, il n'apporte aucun argument concret, aucune donnée ni aucune documentation scientifique pour étayer ces affirmations.

 

Enfin, notons que Jacques Lochard a fait venir, en 2025, au Pavillon des sciences de Montbéliard dont il est le directeur, une partie de la collection du musée consacrée à l'accident de Fukushima, Denshou-kan(14) créée sous la direction de partisans du nucléaire et selon une interprétation influencée par le lobby nucléaire. Notons au passage que le directeur de ce musée est Noboru Takamura, considéré comme un disciple de Shun’ichi Yamashita.

 

Jacques Lochard au Pavillon des Sciences de Montbéliard accueille en 2025 une délégation japonaise (source : fipo.or.jp)

Jacques Lochard au Pavillon des Sciences de Montbéliard accueille en 2025 une délégation japonaise (source : fipo.or.jp)

L’exposition de Montbéliard en 2025 (source : fipo.or.jp)

L’exposition de Montbéliard en 2025 (source : fipo.or.jp)

En décembre dernier, Ryoko Ando est venue visiter le CLI (Commission locale d’information) (15) en France et a écrit dans un article publié dans le quotidien Asahi Shimbun que les organisations favorisant le partage d'informations entre les secteurs public et privé étaient porteuses d'espoir pour l'avenir. On peut dire qu'elle joue parfaitement son rôle d'ambassadrice du lobby nucléaire français. À l'origine, le CLI a été créé pour servir d'outil de bloquer des opposants, et aussi il fonctionne aujourd'hui comme une organisation qui reflète fortement les intentions des partisans du nucléaire.

 

Le système nébuleux du lobby nucléaire international est donc bel et bien en marche. Il a fonctionné aussi bien à Tchernobyl qu'à Fukushima, permettant au lobby nucléaire international d'imposer sa volonté selon laquelle « les effets de la radioactivité ne sont pas graves », même en cas d'accident grave. C'est ce que montrent clairement les différents aspects évoqués ci-dessus, 15 ans après Fukushima.

 

——————————————

(1). Le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, UNSCEAR) est un organisme international né en 1955 à la suite de la résolution 913 (X) de l'Assemblée générale des Nations unies

 

(2). La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant la mesure de l'exposition aux rayonnements ionisants et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales enradioprotection reposent sur ces recommandations.

 

(3). La Commission des victimes de la bombe atomique (ABCC) fut créée après lattaque des États-Unis contre Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. LABCC commença initialement sous le nom de Commission mixte. LABCC cherchait à obtenir des informations techniques de première main et à rédiger un rapport pour faire connaître les possibilités dune étude à long terme des victimes de la bombe atomique. Mais en réalité, elle cherchait à comprendre la puissance des bombes et très peu intéressé sur les effets radioactifs de long terme. Elle reçoit des irradiés (Hibakusha) et récolte des données médicales, mais jamais des soins adéquats.

 

(4). Il est enseignant à l'université de Nagasaki, puis devient vice-président de l'université préfectorale de médecine de Fukushima, et conseiller chargé de la gestion du risque sanitaire lié à la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. Dans le passé, il est allé étudier à Tchernobyl dans le cadre de Programme Tchernobyl. Il a dit « Plus vous sourirez, moins la radiation vous atteindra [...]. Si vous ne souriez pas, les rayons auront un effet sur vous. Cela a été prouvé par expérimentation animale ». Il est aussi un membre de REMPAN.

 

(5). Médecin spécialiste en radiologie. Directeur de l'Institut de recherche médicale sur les effets des radiations atomiques de l'université d'Hiroshima. À la suite de l’accident de Fukushima Daiichi, il a été nommé, le 19 mars 2011, conseiller en gestion sanitaire liée à la radiation dans la Préfecture de Fukushima, à la demande du gouverneur de la préfecture, Yuhei SATO, aux côtés de Shun’ichi Yamashita et Noboru Takamura, tous deux de l'université de Nagasaki. Avec pour objectif principal « d'apaiser les craintes liées aux radiations en dialoguant régulièrement avec les citoyens », il a, avec Yamashita et d'autres, continué à afficher un optimisme certain même pendant la période de retombées radioactives, lorsque de grandes quantités d'isotopes radioactifs se sont répandues et sont retombées sur la préfecture de Fukushima. Il est considéré avec Shunichi Yamashita, un des spécialistes officiels pro-nucléaires

 

(6). Transféré aujourd’hui sur la page de FaceBook de l’ASNR : https://www.facebook.com/watch/?v=996532120396475. Voir aussi : https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/crise/creation-dialogues-fukushima

 

(7). Il s'agit d'une série de problèmes liés à des articles publiés par MIYAZAKI Makoto, alors étudiant à la Fukushima Médical University, et HAYANO Ryugo, alors professeur à l’Université de Tokyo. Miyazaki et Hayano ont compilé dans trois articles, dont certains non publiés, les données fournies à l'université médicale préfectorale concernant les mesures des doses d'irradiation quotidiennes des habitants de la Ville de Daté, dans la préfecture de Fukushima, et leur relation avec les valeurs de dose spatiale. Ils ont publié ces articles dans une revue scientifique britannique consacrée à la radioprotection et ont effectué des prévisions sur les doses d’irradiation à vie. Cependant, divers problèmes et erreurs ont ensuite été signalés, ce qui a conduit au retrait des articles.

 

(8). Ohtsura NIWA, un des principaux acteurs de Ethos au Japon est l’ex-professeur de l’université de Kyoto, radio-biologiste. Membre de la CIPR et aussi l’ex-président de Radiation Effects Research Foundation de Hiroshima qui est successeur de ABCC. https://www.rerf.or.jp/en/about/

 

(9). https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0146645316680582  A la fin de ce journal de la CIPR, on voit bien les trois acteurs du lobby entre les Japonais, Ryoko Ando, Ryugo Hayano et derrière, Ohtsura NIWA.

 

(10). https://eu-neris.net

 

(11). https://www.who.int/groups/rempan

 

(12). https://fukushima-dialogue.jp/wp-content/themes/fukushima-dialogue/assets/images/about/ICRP_Dialogue_Suetsugi.pdf

 

(13). CODIRPA : Comité directeur pour la gestion post-accidentelle d'un accident nucléaire

A la demande du Premier ministre, lASN coordonne depuis 2005 des travaux de réflexion sur les mesures à prendre pour gérer un territoire contaminé par un accident nucléaire de grande ampleur. Ces travaux sont menés au sein du comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle dun accident nucléaire (le CODIRPA). Il sagit dun comité pluraliste réunissant les services de lEtat, les instituts dexpertise, les exploitants dinstallations nucléaires, lANCCLI et les CLI, le monde associatif et des représentants de la société civile. https://nuclear-safety.asn.fr/autres-activites/post-accident/le-codirpa

 

(14). PAREX : en 2005, l'ASN a lancé une étude sur le retour d'expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl. Cette étude a été confiée à la société Mutadis Consultants, dont Gilles Hériard Dubreuil, coordinateur du projet Ethos, est le responsable. Outre l'étude du retour d'expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl, les objectifs de cette démarche étaient les suivants :- évaluer la pertinence de ce retour d'expérience dans le contexte social, économique et politique de la France et de l'Union européenne ;- en dégager des enseignements dans la perspective d'un dispositif préventif de gestion post-accidentelle au plan français. La démarche PAREX repose sur une réflexion participative et pluraliste associant des représentants d'organismes publics concernés, de la société civile (associations, membres de commissions locales, représentants d'administrations territoriales, élus territoriaux). https://accidentologienuclairecivil.blogspot.com/p/retour-dexperience-rexparex.html

(15). Une commission locale d'information (CLI) ou comité local d'information et de suivi (CLIS) est une structure d'information et de concertation obligatoirement[1] mise en place par certaines installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) .Les 53 CLI françaises — dont 38 autour des sites nucléaires — rassemblent 3 000 membres, élus, syndicalistes, représentants d'associations et experts ou personnes qualifiées.

 

_____________________

 

En savoir plus...

 

sur l’association Enfants de Tchernobyl Belarus

https://enfants-tchernobyl-belarus.org

 

sur Ethos à Fukushima avec l’article de Pierre Péguin (2016)

Vivre dans le jardin nucléaire avec Ethos, un crime contre l'humanité

 

à propos des lycéens... (2019)

Des lycéens français visitent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

 

à propos de Youri Bandajevsky (2016)

Youri Bandajevsky, scientifique en exil : « la catastrophe vient à peine de commencer »

 

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 11:49

Je relaie une annonce de Dominique Balaÿ, animateur de la radio en ligne webSYNradio, qui fait un travail de mémoire sonore remarquable sur Fukushima. À l’occasion du 15ème anniversaire de la catastrophe, des diffusions radiophoniques sont programmées du 9 au 22 mars 2026 tous les soirs à 20h avec une diffusion simultanée sur Radio Bloc Oral (Montréal).

PF

 

-oOo-


Fukushima, 15 ans

Dominique Balaÿ


À l'occasion des quinze ans de la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2026 rappelle une tragédie dont les séquelles persistent, malgré les efforts pour en gommer la mémoire. L'événement est figé dans son mouvement même, comme dans une sorte de résine translucide.
Les autorités japonaises, après avoir été déchargées de toute responsabilité judiciaire en 2022, promeuvent une « reconstruction » de façade, incitant les habitants à revenir dans des zones contaminées où l'agriculture et la pêche, autrefois prospères, ne peuvent plus reprendre. On a beau le savoir, rien ou si peu se passe, ne serait-ce que pour alerter sur les risques de cette politique, qui sont encore aggravés par l'accession au pouvoir d'un gouvernement ultra nationaliste : relance du nucléaire, prolongeant la durée de vie des réacteurs et en construisant de nouveaux, malgré l'absence de plans d'urgence crédibles.
Même des décisions plus controversées, comme le rejet des eaux radioactives en mer, passent presque inaperçues, faute de réactions internationales fortes.

 

Depuis 2011, des projets comme le festival Fukushima!, porté par Otomo Yoshihide, ou le projet sonore collaboratif Fukushima Open Sounds, qui en découle directement, mobilisent des artistes du monde entier pour percer les couches de résine successives où se retrouve englué le sens même de l'événement, et maintenir une conscience de la catastrophe.
À travers performances, festivals et collaborations, ces initiatives artistiques révèlent ce que les discours officiels occultent : une crise qui va s'étirer sur des décennies, touchant les générations actuelles et futures.


En écoute sur webSYNradio, une sélection des contributions du projet Fukushima Open Sounds.
Ryoko Sekiguchi, Cristian Vogel, Frédéric Mathevet, Masateru Kawakami, Emmanuelle Gibello, François Berchenko, Elisabeth Valetti, Michel Titin-Schnaider, Dan Charles Dahan, Aurélie Lierman, Carl Stone, Dragos Tara, Fred Sonix, Christine Webster, Roxanne Turcotte, Yan Breuleux, Gaël Segalen, Heike Fiedler, Emmanuel Mieville & Patrice Cazelles, Cal Lyall, Lionel Marchetti, Eric Cordier, Julia Drouhin, Joachim Montessuis, Ayako Sato, Tomoko Momiyama, David Christoffel, Bérangère Maximin, Furukawa Hideo, Julien Blaine, Richard Pinhas, Kenji Kojima, Yoko Higashi, Rodolphe Alexis, Yasuaki Shimizu, Salvatore Puglia & Philippe Poirier, Aurélien Chouzenoux, Maïa Barouh, Sébastien Job, Monsieur Viande, Céline Perier, Ludovic Bernhardt & Bruno Lecat, Janusz Brudniewicz…



Pour embarquer la playlist sur votre stream ou votre player :

Stream Synradio
https://sounds.synradio.fr:8000/synradio.mp3

Podcast M3U
https://sounds.synradio.fr/sons/artistes/fukushima15/playlist_fukushima15_web.m3u

Podcast item XML 
https://sounds.synradio.fr/sons/artistes/podcast_websynradio.xml

 

"Meanwhile, in Fukushima …" est un projet entrepris en avril 2011 par Dominique Balaÿ,  et diffusé dans plus de 25 pays à travers différents programmes artistiques et radiophoniques.
Avec cette diffusion, il s'agit bien sur de rester fidèle au sens singulier indiqué par Otomo Yosihide, Michiro Endo et Ryoichi Wago dans leur manifeste : ni dénonciation militante ni simple reporting des faits, plutôt la démonstration d'un désir et une tentative de maintenir une « connexion » avec ces lieux et ces populations toujours sous le régime d'une catastrophe en cours.
« Nous avons besoin de la musique, de la poésie et de l'art qui pourraient nous montrer un point de vue possible ainsi qu'une façon dont on aborde la réalité

 

Précédemment

Tous les podcasts sont à retrouver sur le site du projet, nouvellement enrichi https://fukushima-open-sounds.net/

2011
– The stone / Festival Fukushima! (5h de programme, webstreaming et diffusion publique simultanée à Fukushima lors du festival Fukushima!, New York, 15 aout 2011)
– France Culture (atelier du son, Thomas Baumgartner, 16 dec 2011)

 

2012
– Paul Jorion, Billet Invité « Le 2eme Festival de Fukushima », 15 août 2012
– webSYNradio / revue droits de cités / Festival Fukushima! (6h de programme, webstreaming et diffusion publique simultanée à Fukushima lors du festival Fukushima!, 18 août 2012)
– Radio Campus Bruxelles (multi diffusions depuis mai 2012, émission sur la création radiophonique de Carine Demange)
– La chevauchée post-traumatique, docu-fiction radiophonique (30 mn) de David Christoffel et Olivier Quernez pour la série Les Discrets, diffusée sur plusieurs dizaines de radios en France et en Belgique (août 2012)
– Radio sonic (radio éphémère du festival Sonic, Bruxelles, 29, 30, 31 août 2012)
– Université des Arts de Tokyo (workshop organisé par Carl Stone et Tomoko Momiyama, septembre à novembre 2012).
– Mobile Radio (13h de programme, radio éphémère de la biennale de Sao Paulo, Brésil, 19 oct 2012)

 

2013
– Murray Schafer Hall, Fonoteca Nacional de Mexico City (diffusion publique de « I saw time, under a cherry tree », par Tomoko Momiyama, 9 mars 2013)
– Maison Laurentine et Université des Sciences Sociales de Fukushima (« Une fenêtre sur Fukushima », 5h de programme, webstreaming et diffusion publique simultanée, 11 mars 2013)
– France Culture (atelier du son, 2ème partie, Thomas Baumgartner, 5 avril 2013)
– France Musique ( Electrain de Nuit, Christian Zanesi et David Jisse, 19 mai 2013)
– France Musique, (Electrain de Nuit,Christian Zanesi et David Jisse, 16 juin 2013)
– Musée Spiral / Wacoal Art Center de Tokyo (diffusion de « Threnody » version longue par Carl Stone, festival Ouunpo, 25 juin 2013)
– webSYNradio / droits de cités / Festival Fukushima! (12h de programme, webstreaming et diffusion publique simultanée à Fukushima lors du festival Fukushima!, 15 août 2013)
– Radio Télévision Suisse (Musique d'avenir, « I saw time, under a cherry tree », Tomoko Momiyama, 8 septembre 2013)
– revue l'Autre Musique (parution en épisodes de la BD Once upon a time Fukushima, Frédéric Mathevet, oct-nov 2013)
– Radio Télévision Suisse (Musique d'avenir, Hommage à Fukushima, Tomoko Momiyama, rediffusion, 8 décembre 2013)

 

2014
– Radio Campus Bruxelles (Interview Dominique Balaÿ par Carine Demange, 3 mars 2014)
– Bande son du spectacle « Mox 1380 » par Alain Lafuente, Cité Danse, Grenoble (sample de contributions issues du projet, 25 avril 2014)
– RTBF (Par Ouï-Dire, extrait de « I saw time, under a cherry tree », Tomoko Momiyama, 21 mai 2014)
– L'Autre Musique n°3 (CNRS, Frédéric Mathevet et Celio Paillard, Contribution au dossier Engagement, Résistance, Usage social, mai 2014)
– Festival Monophonic, carte blanche (Bruxelles, présentation et écoute publique, 24 mai 2014)
– Maison de la Culture du Japon/Inalco, (Colloque international, Tomoko Momiyama, « Composer avec Fukushima »14 juin 2014)
– HÖRLURS festival Line up, diffusion de « Sauf La Lune » de Dan Charles Dahan (Stockholm, 05 juillet)
– Maison Laurentine (webstreaming et diffusion publique avec LostDog NomoreFukushima, dans le cadre de l'exposition "L'oubli, la trace", été 2014 )
– Phaune Radio (spéciale –>12 juillet puis diffusion au long cours à partir du 13 juillet 2014, sur une proposition de Floriane Pochon)
– Radio Panik (Bruxelles, 30 juillet 2014, 17h à 18h, émission de Suzy Vincens)
– Festival Fukushima! (webstreaming et diffusion publique, Fukushima city, 15 août 2014)
– Concertzender (Pays-Bas, émission Electronic Frequencies, 20 août 2014, sur une proposition de Aurélie Lierman)
– Festival Landen (Pays bas, 12 octobre 2014, diffusion de «  »The Girl, the Turtle, and the Earthquake », première contribution de la série proposée par Aurélie Lierman)
– Radia network (20-27 octobre 2014, une émission réalisée par Suzy Vincens, diffusion dans les 25 radios/15 pays/10 langues du réseau international)
– Radio campus Bruxelles (27 oct 2014, diffusion des nouvelles contributions dans l'émission de Carine Demange)
– Soundproof (diffusion + podcast d'un 50′ sur la radio nationale Australienne ABC, 16 novembre 2014, sur une proposition de Julie Shapiro)
– Nutshuis, La Haye (Pays bas, Ogen/blik #2, 28 nov 2014, « The Girl, the Turtle, and the Earthquake », version électronique performée par Aurélie Lierman)
– Territorio y radialidad, Bogota (CKWEB, Colombie, 6 dec 2014, diffusion d'un enregistrement de Dominique Balaÿ « Odaka-temple » sur une proposition de Rubén Marino Tolosa)
– Concertzender (Pays-Bas, émission Electronic Frequencies, 17 decembre 2014, redif 29 dec, sur une proposition de Aurélie Lierman)

 

2015
– r22 Tout-monde / antenne L'Autre Musique, diffusion de Once upon a time Fukushima, partition suspendue pour aérophone, F.Mathevet et JP.Velu (fev 2015)
– Emission spéciale sur webSYNradio (12 mars 2015)
– Festival Ringono (Confluences, Paris, 14 et 15 mars 2015)
– Studio 1, La Haye (Pays Bas, live Aurélie Lierman/Maya Felixbrodt, The Girl, the Turtle and the earthquake, 15 avril 2015)
– Festival La Semaine Surréaliste, édition spéciale Japon, Bordeaux (deux séances d'écoute en public, 5 au 13 mai 2015)
– Festival Santarcangelo, Santarcangelo di Romagna (Italie, diffusion The Girl, the Turtle and the earthquake, Aurélie Lierman, 18 juillet 2015)
– Festival Fukushima! 2015 (8h de streaming, diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio, 15 août 2015)
– Radio Télévision Suisse (émission Magma, Espace2, « Quand le son devient militant », par Anne Gillot, 22 sept 2015)
– Festival ÜLE HELI, Tallinn (Estonie, Aurélie Lierman, performance, « The Girl, the Turtle and the earthquake », 22 oct 2015)
– Revue l'Autre Musique, Khiasma, Paris (performance et diffusion publique à l'occasion du N°3 « Engagement, Résistance, Usage social », 30 novembre 2015)
– Supplément 2015 de la revue Triages, ed Tarabuste, ("Que peut le poème ? lutte et exemplarité", texte de Françoise Clédat, décembre 2015)

 

2016
– Radio Canut, Lyon (diffusion d'une sélection de contributions, émission Sons Batards, 9 mars 2016)
– webSYNradio (émission spéciale, 7h de streaming, 7 Avril 2016)
– Galerie 18bis, Paris (programme de performances et d'écoute publique, avec Amandine Casadamont, JULIEN D'ABRIGEON & Patrice Cazelles, Dan Charles Dahan, Frédéric Mathevet & Jean Philippe Velu & Alexis Morel, 7 Avril 2016)
– Brut de Beton : Appel du 26 avril (7h de streaming, émission spéciale webSYNradio, 26 avril 2016)
– Radio Nova, Dublin (Irlande, diff radio Aurélie Lierman, The Girl, the Turtle and the earthquake, 29 mai 2016)
– Korzo theater, La Haye (Pays-Bas, live Maya Felixbrodt, The Girl, the Turtle and the earthquake, 13 juin 2016)
– Festival Fukushima! (webstreaming et diffusion publique, 15 août 2016)
– Radiophrenia Glasgow ( Ecosse, diffusion d'un programme d'1h30, 4 sept 2016)

 

2017
– Shtriker Center (Tel Aviv), avec Aurélie Lierman et Maya Felixbrodt (15 février 2017)
– Galerie Planète rouge, Once upon a time Fukushima, Balade de l'Invisible, performance F.Mathevet & JP.Velu (Paris, 11-16 mars 2017)
– r22 Tout-monde / antenne L'Autre Musique, diffusion du live enregistré la galerie Planète Rouge, Once upon a time Fukushima, Balade de l'invisible, F.Mathevet et JP.Velu (avril 2017)
– Le temps des cerises (Issy les Moulineaux), Performance butô sur la pièce de Michel Titin-Schnaider « Allégorie Japonaise », 13 mai 2017
– France Musique, Le cri du patchwork, entretien Stéphane Garin, extrait de « Threnody for Fukushima », Carl Stone, 16 mai 2017
– Centrifugeuse, festival nuit#couchée (Pau), séance écoute en public organisée par Stéphane Garin, 19 mai 2017
– Festival Klang, Opéra de Montpellier, diffusion de la pièce de Roxanne Turcotte « Zone d'exclusion », 2 juin 2017
– Nouvelle Laurentine – L'Expédition (Centre d'art Châteauvillain), exposition Ordinaire du désastre / permanence de la joie, du 2 juillet au 15 août 2017
– Faculty of Admistration and Social Sciences (Fukushima city) – Nouvelle Laurentine, diffusion publique et simultanée en France et au Japon, 29 juillet 2017
– Festival Fukushima!, programme spécial et streaming sur webSYNradio, 15 août 2017
– RTS-Espace 2 (Radio nationale Suisse), invité de l'émission Magnétique animée par Anne Gillot, « les musiciens et les causes » (avec Aurélie Lierman, Emmanuelle Gibello et Roxanne Turcotte) , 7 septembre 2017

 

2018
– webSYNradio, « Fukushima, 7 ans », multi diffusion radiophonique en France et au Japon, (1 – 30 mars 2018)
– Galerie Planète Rouge, Paris, « Matières noires, partitions étendues », live « Once upon a time, Fukushima », Frédéric Mathevet (17 mars 2018)
– De Player, Rotterdam « The Girl, the Turtle, and the Earthquake », Aurélie Lierman, Maya Felixbrodt (live, 22 juin 2018)
– Rencontres Crane Lab, « Zone d'exclusion », Roxanne Turcotte, Millery, France (diffusion acousmatique, 7 juillet 2018)
– Festival Fukushima! (streaming, 12 août 2018)
– Élaboration de Persistence Mix, avec Frédéric Mathevet (performance live & radio, septembre 2018)

 

2019
– Création d'une frise chronologique, d'après le projet Fukushima Soundscapes de Koji Nagahata (mars 2019)
– Émission spéciale sur webSYNradio (14-27 mars 2019)
– Festival Fukushima! (webstreaming et diffusion publique, 4 août 2019)

 

2020
– Oude Kerk, Amsterdam (Pays Bas, live Aurélie Lierman/Maya Felixbrodt, The Girl, the Turtle and the earthquake, 28 février 2020)
– Émission spéciale sur webSYNradio, Fukushima +9 ( 5-18 mars 2020)
– Resonance Extra (Londres) + Radio Grenouille (Marseille) + Radio Panik (Bruxelles) + La TribuFM – (Buenos Aires)… « Kotori no Mori » de Koji Naghata & Dominique Balaÿ pour « Each morning of the World » – projet de Stéphane Marin (15 mars 2020)

 

2021
– Émission spéciale sur webSYNradio, Fukushima +10 ( 11-24 mars 2021)
– Festival Fukushima! 2021 (streaming, diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio, 16-17 oct 2021)

 

2022
– Émission spéciale sur webSYNradio, Fukushima +11 ( 10- 23 mars 2022)
– Festival Fukushima! 2022 (streaming, diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio, 13 août 2022)

 

2023
– Émission spéciale sur webSYNradio, Fukushima +12 ( 9- 22 mars 2023)
– Festival Fukushima! 2023 (streaming, diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio, 12 août 2023)

 

2024
– Émission spéciale sur webSYNradio, Fukushima +13 ( 9- 22 mars 2024)
– Festival Fukushima! 2024 (streaming, diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio, 11 août 2024)

 

2025
– RTS (Radio nationale Suisse), diffusion dans l'émission Musique d'avenir animée par Anne Gillot, (avec Ludovic Bernhardt/Ilhan Blanco, Joachim Montessuis, Bérangere Maximin/Colin Johnco, Tomoko Momiyama, Carl Stone, Roxanne Turcotte), 26 jan 2025.
– Licence Libre, Appel à contribution pour une lecture issue des Editions de Fukushima (avec Kader Roubahie, Pascal Deleuze, Pierre Fetet, Odile Girard, Yveline Girard, Mado, Nell Lopes, Emma Morin, Edouard Balaÿ, Christine Gandois/Bruno Bernard, Eric Mattson, Nicole Gingras, Mathieu P. Lapierre, Emmanuelle Rouillon)
– Émission spéciale sur webSYNradio + Radio Bloc Oral + ∏Node, Fukushima +14 ( 9- 22 mars 2025)
– Festival Fukushima! 2025 (streaming+ diffusion d'un programme spécial sur webSYNradio et Radio Bloc Oral, 10 août 2025)

 

website + podcasts : https://fukushima-open-sounds.net/
Facebook : https://www.facebook.com/FukushimaOpenSounds

All details :

in English : https://fukushima-open-sounds.net/english/
in Japanese : https://fukushima-open-sounds.net/japanese/

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22 septembre 2025 1 22 /09 /septembre /2025 08:00
Ouvriers travaillant sans protection avec de la terre radioactive (source : capture d’écran vidéo NHK)

Ouvriers travaillant sans protection avec de la terre radioactive (source : capture d’écran vidéo NHK)

La doctrine du lobby nucléaire est de tout minimiser et d’effacer les traces du crime. Après avoir décidé de disséminer la radioactivité des eaux contaminées de Fukushima Daiichi en la déversant diluée dans le Pacifique, le gouvernement japonais vient de décider de disséminer les sols radioactifs récupérés après l’accident atomique à travers le pays, en commençant par Tokyo. C’est Fonzy (1) qui nous donne cette information qui n’a pas encore été diffusée en France, tant les mauvaises nouvelles pleuvent de toutes parts sur la planète...

 

 

-oOo-

 

 

Bonjour, ça fait longtemps ! Je vais bien. J’habite toujours à 250 km de la centrale de Fukushima Daiichi, accidentée en mars 2011, et qui est complètement tombée dans l’oubli en 2025. En effet, peu de personnes en parlent. Il est difficile de savoir ce qui se passe à l’intérieur de la centrale, comment vivent les habitants tout autour, ou encore quel est le niveau de contamination radioactive dans le voisinage.

 

Il y a quelques jours, j’ai appris, complètement par hasard, une nouvelle qui m’a vraiment choquée : de la terre radioactive (4000 Bq/kg) stockée autour de la centrale a été transférée à Kasumigaseki, le cœur administratif de Tokyo, pour… y planter des fleurs !

 

Je vous joins la traduction d’un article publié sur le site de la NHK et traduit par DeepL, ainsi qu’un petit résumé que j’ai rédigé en me référant à une note très instructive et très intéressante publiée par Atsuko Masano, journaliste scientifique, qui analyse minutieusement le contexte dans lequel a éclaté ce scandale.

 

Fonzy 

 

-oOo-

 

Article sur le site de la NHK

 

La terre décontaminée (4000 Bq/kg) de Fukushima est réutilisée dans les ministères centraux de Kasumigaseki, au centre de Tokyo. La terre est transportée dans les parterres de fleurs.

(source : https://www3.nhk.or.jp/.../20250914/k10014922581000.html)

 

Les travaux de recyclage de la terre retirée lors de la décontamination après l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont commencé dans les ministères centraux de Kasumigaseki, à Tokyo. Le 14, cette terre a été transportée dans les parterres de fleurs du ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie.

 

Après l'accident nucléaire, les grandes quantités de terre retirées lors de la décontamination dans la préfecture de Fukushima ont été stockées dans des installations de stockage intermédiaire dans la préfecture. La loi stipule qu'elles doivent être définitivement éliminées en dehors de la préfecture de Fukushima d'ici 2045.

 

Afin de réduire la quantité à éliminer définitivement, le gouvernement a décidé de réutiliser la terre à faible concentration en substances radioactives pour le remblayage de chantiers publics dans tout le pays. En juillet dernier, cette opération a été menée dans l'enceinte de la résidence du Premier ministre.

 

Dans la foulée, neuf bâtiments abritant des ministères centraux à Kasumigaseki ont également décidé de réutiliser cette terre. Les travaux ont commencé le 13 dans les bâtiments abritant le ministère de l'Environnement, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, le ministère de l'Économie, de la Commerce et de l'Industrie, ainsi que l'Agence pour la reconstruction.

 

Dans le bâtiment abritant le ministère de l'Économie, de l’Industrie et du Commerce, des travaux ont été effectués le 14 pour recouvrir d'une couche de 55 cm de terre provenant de Fukushima le parterre de fleurs situé devant le parking.

 

Une couche de 20 cm de terre normale sera ensuite ajoutée par-dessus afin d'empêcher la dispersion.

 

Le ministère de l'Environnement a fixé une norme selon laquelle la terre utilisée pour le recyclage doit avoir une concentration en césium radioactif inférieure à 8 000 becquerels par kilo. La terre utilisée cette fois-ci contient environ 4 000 becquerels par kilo.

 

Le ministère de l'Environnement mesure régulièrement les niveaux de radiation et publie ces informations sur son site web afin de favoriser la compréhension du public. »

 

(Traduit avec DeepL.com, version gratuite)

 

 

 

-oOo-

 

 

Note d’Atsuko Masano

 

(source : https://note.com/masanoatsuko/n/n8be053b7c4f3?sub_rt=share_pb)

 

Question 1

 

Combien de temps a duré l’examen entre la demande d’autorisation d’utiliser des sols dépollués à 4 000 Bq/kg dans un parterre de fleurs d’un ministère central et l’octroi du feu vert ?

 

Réponse : La demande a été faite le vendredi 5 septembre 2025, et le feu vert a été donné le vendredi 12 septembre.

 

À noter que le rapport final de la réunion d’experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui avait donné son aval à l’utilisation de sols contaminés en dessous de 8 000 Bq/kg, recommandait au ministère de l’Environnement de séparer la « fonction de régulation » de la « fonction de mise en œuvre ». Or, le « Responsable de la planification de l’examen réglementaire pour la réutilisation dans la reconstruction et l’élimination finale » est affecté au même service que la mise en œuvre, à savoir le Groupe des projets de restauration environnementale du Bureau de la restauration environnementale et du recyclage des ressources du ministère de l’Environnement.

 


 

Question 2

 

Sur les photos de presse montrant des ouvriers travaillant dans le parterre sans masque (ce qui aurait servi à éviter l’inhalation de sols contaminés et donc l’exposition interne), qui a donné cette instruction : le ministère de l’Environnement, l’entreprise titulaire du marché ou un sous-traitant ?

 

Réponse : « Dans les lignes directrices de mars concernant la réutilisation pour la reconstruction, il est indiqué que cela peut se faire sans nécessiter de mesures de protection particulières. Nous avons agi en conséquence. Le ministère de l’Environnement a donné instruction à l’entreprise de procéder en tenue de travail ordinaire. »
Autrement dit, il s’agissait bien d’une directive du ministère de l’Environnement.

 

Ouvriers travaillant sans protection avec de la terre radioactive (source : capture d’écran vidéo NHK)

Ouvriers travaillant sans protection avec de la terre radioactive (source : capture d’écran vidéo NHK)

Contexte

  • En juillet 2015, un Comité d’examen de la stratégie de développement technologique pour la réduction du volume et la réutilisation des sols dépollués destinés à l’entreposage intermédiaire a été mis en place.
  • En 2016, ce comité a conclu qu’il serait « peu réaliste » de garantir des sites finaux de stockage en dehors de la préfecture, et a donc décidé que les sols seraient « réutilisés uniquement pour les travaux publics ».
  • La modification du décret ministériel basée sur la loi spéciale stipule que « les sols contaminés à moins de 8 000 Bq/kg doivent être utilisés sous une gestion appropriée ».
  • Les usages possibles ont été limités, de manière stricte, à trois catégories : « remblai », « remblayage » et « matériau de remplissage ».

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 22:09

La piscine de combustible usé de l'unité 5 stockait encore 1542 assemblages de combustibles (1 374 assemblages de combustibles usés et 168 assemblages de combustibles neufs) le mois dernier.

 

Dans un rapport daté du 23 juillet 2025, Tepco a annoncé avoir commencé le transfert de ces assemblages vers la piscine commune.

 

Avant le début de ce transfert, il restait encore sur le site de Fukushima Daiichi 2977 assemblages (environ 500 tonnes) dans les piscines des réacteurs 1, 2, 5 et 6. On a appris par ailleurs que des préparatifs étaient en cours pour vider aussi la piscine de l’unité 1. Le transfert devrait démarrer en 2026.

 

En théorie, selon la feuille de route de Tepco, tous les assemblages devraient avoir été retirés des piscines des réacteurs en 2031. La piscine commune (2) en revanche restera bien pleine...

 

(Photo ci-dessus : retrait d'un assemblage de combustible de l'unité 5 - Source : Tepco)

 

État du combustible stocké dans les unités 1 à 6 de Fukushima Daiichi au 23 juillet (source : Tepco). Tepco ne précise pas combien il y a de combustible usé dans la piscine commune (2). Il y en avait 1000 tonnes en 2011.

État du combustible stocké dans les unités 1 à 6 de Fukushima Daiichi au 23 juillet (source : Tepco). Tepco ne précise pas combien il y a de combustible usé dans la piscine commune (2). Il y en avait 1000 tonnes en 2011.

Il faut garder à l’esprit que ces piscines restent très dangereuses car, comme les piscines de la Hague (10 000 tonnes de combustible) ou de la plupart des autres centrales en activité dans le monde, elles n’ont pas d’enceinte de confinement ! En cas d’absence de refroidissement de ces piscines, l’accident nucléaire majeur est toujours possible. Un simple feu de piscine (1) produirait le même désastre que la catastrophe de Tchernobyl, c’est-à-dire la libération dans l’atmosphère au niveau mondial de radionucléides extrêmement toxiques.

 

Pierre Fetet

 

 

  1. Pour en savoir plus sur les dangers d’un feu de piscine, reportez-vous à l’article de Robert Alvarez, « Piscines de combustible nucléaire usé et déchets radioactifs » (pages 272-292 du livre Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima, Actes du symposium de New York des 11 et 12 mars 2013, Éditions de Fukushima, 2021)

 

  1. Voir cet article : La piscine commune de combustible usé de Fukushima Daiichi

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13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 15:36
Échantillon prélevé en avril

La JAEA (Agence japonaise de l'énergie atomique) et Tepco ont produit, le 29 mai dernier, un rapport préliminaire sur des échantillons de corium prélevés dans le réacteur 2 de Fukushima Daiichi.

Lors d'une première opération qui a eu lieu en novembre, un échantillon pesant un peu moins de 0,7 gramme avait été prélevé au fond de la cuve de confinement du réacteur n° 2. Au cours du deuxième essai de récupération le 23 avril dernier, un prélèvement de corium a été extrait du réacteur 2 puis confié le 25 avril à l'Institut d'ingénierie nucléaire JAEA d’Oarai (préfecture d'Ibaraki), dédié à la surveillance des combustibles. L'analyse non destructive a commencé le 28 avril.

Sans surprise, aucun élément constitutif de ces échantillons n’existe naturellement, il s’agit bien d’un cocktail de substances radioactives provenant de la fonte des barres de combustible, autrement dit, du corium.

 

Résultats de la mesure par spectrométrie de rayons γ du deuxième échantillon de débris de combustible (document JAEA/Tepco)

Résultats de la mesure par spectrométrie de rayons γ du deuxième échantillon de débris de combustible (document JAEA/Tepco)

La mesure réalisée par spectrométrie de rayons γ révèle plusieurs éléments radioactifs : américium 241, europium 154, antimoine 125, césium 137, cobalt 60.

- L’américium Am 241 est un métal lourd radioactif de la famille des actinides ayant une demi-vie de 432 années. Produit par la réaction de capture de neutrons de l'U-238 dans le combustible nucléaire, il émet majoritairement des rayonnements alpha. Après dissémination dans l’environnement, l’américium peut être incorporé dans tous les constituants de la chaine alimentaire et présenter diverses formes chimiques plus ou moins solubles. L’américium se dépose principalement dans le squelette, le foie et les organes reproducteurs.

- L’europium Eu 154, important émetteur de rayon gamma, est un radioisotope se désintégrant principalement par radiation β en gadolinium 154. Il a une demi-vie de 8,6 années.

- L’antimoine radioactif Sb 125 est un métalloïde toxique et cancérigène d’une demi-vie de 2,73 ans. Cet élément est un puissant vomitif et/ou irritant pour les muqueuses et la peau, voire l'estomac et l'intestin. Il est toxique pour le spermatozoïde, génotoxique et reprotoxique.

- Le Césium Cs 137 est un radionucléide très connu, massivement rejeté lors de la catastrophe survenue en 2011. Émetteur gamma et béta, il possède une demi-vie de 30,2 ans. Des études chez l'homme ont montré que le Césium 137 se répartit uniformément dans la masse musculaire, dont le cœur, ce qui engendre entre autres des pathologies cardiaques. Il induit aussi une atteinte du système immunitaire, des malformations congénitales et des troubles neurologiques.

- Le cobalt Co 60 est un radionucléide d’une demi-vie de 5,27 ans, émetteur de rayons gamma, qui donne du nickel 60 par désintégration β. Le site de rétention préférentiel du cobalt assimilé est le foie, mais les reins et les os sont également affectés.

 

Informations sur le 2ème prélèvement

L'échantillon, hétérogène, est de couleur bronze brunâtre, plus clair que le premier échantillon, avec des zones noires et des trous trouvés à la surface. Le plus grand fragment de l’échantillon mesurait environ 5 mm x environ 4 mm, avait une masse de 0,187 g et un débit de dose d’environ 0,3 mSv/h à une distance de 1 à 2 cm de l'échantillon, soit 1,6 mSv/h pour 1 g.

 

Dans ce rapport, on apprend qu’un premier échantillon avait déjà été analysé.

Premier échantillon de débris de combustible du réacteur 2 (photo JAEA/Tepco)

Premier échantillon de débris de combustible du réacteur 2 (photo JAEA/Tepco)

Voici ces caractéristiques pour comparaison : hétérogène, cet échantillon est globalement brun rougeâtre avec des taches noires et brillantes à la surface. Sa taille est d'environ 9 mm × environ 7 mm, sa masse supérieure à 0,693 g et son débit de dose d’environ 8 mSv/h à une distance de 1 à 2 cm de l'échantillon, soit 11,54 mSv/h pour 1 g, ce qui représente une dose plus de 7 fois supérieure au 2ème échantillon.

 

Tepco prévoit de réaliser un troisième prélèvement cette année.

Il reste encore 880 tonnes de corium à sortir des réacteurs 1, 2 et 3.

 

Pierre Fetet

 

Résultat de mesure de spectrométrie de rayons gamma de référence : comparaison du premier et du deuxième échantillon

Résultat de mesure de spectrométrie de rayons gamma de référence : comparaison du premier et du deuxième échantillon

Coupe schématique du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (source : JAEA/Tepco + annotations)

Coupe schématique du réacteur 2 de Fukushima Daiichi (source : JAEA/Tepco + annotations)

Coupe schématique du process de récupération robotisée d’un échantillon dans la cuve de confinement (document Tepco, traduction automatique)

Coupe schématique du process de récupération robotisée d’un échantillon dans la cuve de confinement (document Tepco, traduction automatique)

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7 octobre 2024 1 07 /10 /octobre /2024 16:36

État des tuyaux de la salle d'échangeur de chaleur (photographié avec un drone le 1er octobre 2024)

 

 

Ça aurait fait les gros titres en 2011. Aujourd’hui, cette information passe inaperçue. La catastrophe de Fukushima n’est pourtant pas terminée.

Le 3 octobre 2024, Tepco a diffusé un rapport confirmant que de l'eau fuyait du système de refroidissement primaire de la piscine de désactivation de l’unité 2. Cette piscine est remplie de combustibles usés : 587 assemblages, correspondant à une centaine de tonnes de combustible, auxquelles il faut ajouter 5 tonnes de combustible neuf. Cette fuite, supposée depuis plusieurs mois, avait pour conséquence de faire baisser le niveau d’eau de la piscine. Celle-ci étant difficilement accessible car trop radioactive, Tepco envisage toutefois une réparation du système de refroidissement en construisant un moyen de refroidissement de substitution. Selon l’enquête menée par un drone, la fuite proviendrait d’un endroit proche de la salle des pompes et de l'échangeur de chaleur du système de refroidissement et de filtrage de la piscine de combustible au troisième étage du bâtiment du réacteur. Pour l’heure, la fuite est stoppée.

État des tuyaux de la salle d'échangeur de chaleur (photographié par un ouvrier le 2 octobre 2024)

État des tuyaux de la salle d'échangeur de chaleur (photographié par un ouvrier le 2 octobre 2024)

Le vieillissement de l’ancienne centrale nucléaire est préoccupant : corrosion des tuyaux, corrosion du béton. On n’en parle pas en Europe mais un nouvel accident est toujours possible. La piscine est perchée à 30 mètres de hauteur et a subi le tremblement de terre de 2011 et les secousses des 4 explosions des unités 1 à 4 il y a maintenant 13 ans. La réparation est totalement nécessaire pour conserver le niveau d’eau indispensable au refroidissement des barres de combustible pour éviter un feu de piscine (1). Pour mesurer ce danger toujours présent, il faut se rappeler que les Etats-Unis, en 2011, avaient demandé à leurs ressortissants de s’éloigner d’au moins 80 km de la centrale de Fukushima Daiichi suite à la baisse inquiétante du niveau d’eau de la piscine de l’unité 4. En 2017, le coût d’un incendie de piscine de désactivation aux Etats-Unis était évalué à 2000 milliards de dollars, sans compter la pollution atmosphérique mondiale et le coût humain irréparable que cet accident provoquerait.

Pierre Fetet

 

  1. En savoir plus sur les dangers d’un feu de piscine avec l’article de Robert Alvarez, « Piscines de combustible nucléaire usé et déchets radioactifs » (pages 272-292 du livre Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima, Actes du symposium de New York des 11 et 12 mars 2013, Éditions de Fukushima, 2021)
Schéma de l’enquête réalisée : on constate que l’opérateur est mentionné à l’extérieur du bâtiment réacteur. Or la photo du tuyau prise par un ouvrier le 2 octobre prouve qu’on l’a envoyé sur place. Tepco ne dit pas quelle dose de radioactivité il a reçue (source : Tepco ; traduction automatique : onlinedoctranslator)

Schéma de l’enquête réalisée : on constate que l’opérateur est mentionné à l’extérieur du bâtiment réacteur. Or la photo du tuyau prise par un ouvrier le 2 octobre prouve qu’on l’a envoyé sur place. Tepco ne dit pas quelle dose de radioactivité il a reçue (source : Tepco ; traduction automatique : onlinedoctranslator)

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25 avril 2024 4 25 /04 /avril /2024 10:22

Treize ans après le début de la catastrophe nucléaire, Tepco n’a pas encore retiré un seul gramme des 880 tonnes de corium gisant au fond des réacteurs. C’est dire si la tâche est difficile, voire insurmontable dans les délais fixés à 40 ans.

Lors de la dernière investigation, Tepco a découvert un trou mais il n’en fait pas mention dans son rapport. Essayons d’y voir plus clair avec cette nouvelle visite à l'intérieur du BR1.

La dernière investigation en date est celle réalisée du 28 février au 14 mars 2024 dans l’enceinte de confinement du réacteur n° 1. Tepco a diffusé des photos prises par le robot introduit dans l’enceinte. Les voici, avec des explications en partie tirées du rapport correspondant édité le 18 mars 2024. Mais avant de commencer la visite, je dois vous expliquer ce que signifie CRD. C’est un acronyme pour « Control Rod Drive », littéralement « commande de barre de contrôle ». Il faut se souvenir que dans ce type de réacteur (Mark 1), les barres de contrôle, qui permettent de contrôler la réaction en chaîne, sont en dessous de la cuve avec un mécanisme hydraulique pour pouvoir les monter ou les descendre. Sont donc en jeu dans les CRD des barres de contrôle, des boîtiers ou logements pour les guider et les protéger quand elles ne sont pas dans la cuve et des moteurs complexes pour les mouvoir.

Tepco a également diffusé deux vidéos de cette investigation (filmée par 4 mini-drones) que vous trouverez en fin d’article.

Une image explicative (ci-dessous) a été ajoutée au dossier publié le 18 mars. Elle est tirée d’un rapport d’investigation intitulé « État d'enquête interne de l’enceinte de confinement primaire de l'unité 1 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi » publié le 4 avril 2023 mais introuvable pour l’heure sur le site de Tepco. Je vous mets cette illustration en début d’article pour savoir où on se trouve et de quoi on parle, ainsi qu’une vue aérienne de la centrale prise début mars.

 

 

Extrait du rapport Tepco (traduit en français)

Extrait du rapport Tepco (traduit en français)

L’ex-centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi le 8 mars 2024 (source : capture d’écran vidéo ANN-News)

L’ex-centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi le 8 mars 2024 (source : capture d’écran vidéo ANN-News)

1. L’ouverture dans le socle du réacteur 1

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette ouverture rectangulaire de largeur d’homme est destinée, en fonctionnement normal, à pénétrer sous la cuve, là où sont les barres de contrôle, afin de pouvoir les remplacer en cas d’avarie. La photo est prise depuis l’extérieur du socle en béton qui soutient la cuve. Tous ces petits points blancs que l’on voit voler partout dans cet espace, ce ne sont pas des confettis mais l’effet de la forte radioactivité sur les capteurs photographiques du robot. Tepco précise que « les murs de l’ouverture ne sont pas gravement endommagés ». Alors oui, à ce niveau ça va. C’est quelques mètres plus bas que ça craint puisque le corium a mangé le béton en laissant les fers à nus, j’en avais parlé l’année dernière ici. À ce propos, Tepco a depuis affirmé que la stabilité de l’ensemble n’était pas en danger. C’est loin d’être l’avis de tous les experts.

 

2. Vue sur le robot-serpent

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette photo prise par un drone montre l’avant du robot à l’approche de l'ouverture utilisée pour remplacer les CRD.

Coupe de l’enceinte de confinement du BR1 et situation des prises de vue.

Coupe de l’enceinte de confinement du BR1 et situation des prises de vue.

3. Boîtier de CRD

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette photo, prise depuis l'intérieur du socle, est censée montrer le boîtier d’un CRD tombé près de l'ouverture mais on n’y voit pas grand-chose. Des adhérences en forme de stalactites et de « touffes » sont visibles en haut. Peut-être des restes du corium qui est passé par là.

 

4. Pièces d’équipement de CRD

Source : Tepco

Source : Tepco

C’est un zoom de la zone centrale de la photo 3. Le boîtier du CRD est tombé avec plusieurs pièces d'équipement liées au CRD.

 

5. Bas d’un boîtier de CRD

Source : Tepco

Source : Tepco

C’est un zoom de la zone centrale de la photo 4. Selon Tepco, il semble que le bas d’un boîtier de CRD soit tombé sur les rails de remplacement du CRD.

 

6. Amas de matière fondue

Source : Tepco

Source : Tepco

Photo avec flou artistique dû probablement à la forte radioactivité. Il s’agit d’amas de matière de couleur or dans la partie supérieure des boîtiers de CRD, probablement du corium.

 

7. Stalactites

Source : Tepco

Source : Tepco

Des stalactites attachées aux amas sont visibles. Ce sont probablement des coulures de corium.

 

8. Amas de matière fondue

Source : Tepco

Source : Tepco

Selon Tepco, il s'agit d'objets en forme de touffes qui se trouvent plus à l'intérieur du socle que le boîtier du CRD tombé à proximité de l'ouverture. Ceux-ci sont suspendus à l'équipement lié aux CRD. Tepco suppose que ces objets ont migré vers le bas depuis le haut. Avec une densité comprise entre 6 et 9, le corium est un bon candidat pour l’identification de cette matière qui, en refroidissant, a pu créer des formes bizarres.  

 

9. Mur du socle

Source : Tepco

Source : Tepco

Ceci est une photo du mur du socle prise à l'intérieur du socle. Tepco remarque qu’aucun dommage significatif n’est observé et que le béton est toujours présent.

 

10. Câbles

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette photo montre un autre endroit du mur à l'intérieur du socle. À gauche, on observe un boîtier-relais de câbles et, fixés au mur, des câbles déformés.

 

11. Vue de l’intérieur du socle

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette photo de l'intérieur du socle montre, selon Tepco, une « ouverture TIP existante » et des objets supposés être des équipements liés au « TIP » pendant vers le bas. Tepco n’explique pas ce qu’est un TIP, mais il est possible, selon la documentation mise en ligne par la NRC, qu’il s’agisse d’un ensemble de détecteurs de neutrons destinés à « obtenir une répartition axiale et radiale du flux de neutrons au sein du cœur du réacteur » (TIP = Traversing Incore Probe System). À confirmer.

 

12. Boîtier CRD à l’envers

Source : Tepco

Source : Tepco

Cette photo montre un boîtier CRD qui est à l’envers par rapport à sa position d'origine. En incrustation, on voit une photo d’un boîtier en position normale. Il faut reconnaître que tout est sens dessus dessous à l’intérieur du socle.

 

Tepco conclut son rapport d’investigation en disant que « des objets sont probablement tombés du haut de la cuve sous pression, mais il n'est pas possible de déterminer s'il s'agit de débris de combustible ou d'équipement brûlé pour le moment ». Vu les amas de matière fondue et les stalactites, il s’agit très probablement de corium, avec une proportion variable de combustible nucléaire et d’équipements à l’intérieur plus ou moins fondus.

 

Par ailleurs, la vidéo du 28 février, l’air de rien, montre une image que Tepco ne mentionne pas dans son rapport : un gros trou dans le caillebotis métallique. Est-il possible que ce trou ait été formé par une coulée de corium (dont on aperçoit quelques éclaboussures sur le bord) ? Il rappelle celui découvert en février 2017 sous la cuve du réacteur n° 2 (lien), même si celui-ci semble plus petit. C’était prévisible que Tepco ne parle pas de cette découverte. Il semble en effet y avoir deux enquêtes, une interne où on ne communique pas les informations essentielles et une publique où on fait de la communication qui n’abîme pas l’image du nucléaire et/ou de Tepco. On attendrait un rapport plus sérieux, avec l’analyse de la formation de ce trou, sa localisation et les débits de doses enregistrés. L’enceinte avait déjà été visitée en 2015 par un robot qui donnait des débits de dose allant jusqu’à 9 Sv/h (lien vidéo) dès que le robot s’approchait d’un résidu fondu.

 

Le trou du réacteur n° 1 (capture d’écran, vidéo Tepco du 28/02/24, à 6:46).

Le trou du réacteur n° 1 (capture d’écran, vidéo Tepco du 28/02/24, à 6:46).

Or, selon le cheminement du drone, ce trou est situé à l’extérieur du socle, ce qui voudrait dire que du corium a pu s’échapper de la cuve de manière latérale et non pas verticale comme attendu. Il existe de nombreux trous dans la partie verticale de la cuve pour faire passer des tuyaux. Rien que sur la photo de l’enceinte de confinement ci-dessous qui date de la construction du réacteur 1, on peut compter une bonne dizaine de tuyaux qui sont autant de brèches potentielles (Le confinement est bien relatif !).

Les tuyaux sortant de l’enceinte de confinement du réacteur 1 (capture d’écran vidéo borrrden)

Les tuyaux sortant de l’enceinte de confinement du réacteur 1 (capture d’écran vidéo borrrden)

Est-ce que ceux qui sont situés en bas de cuve pourraient avoir laissé passer du corium ? C’est possible. Si l’on regarde la coupe d’une cuve de réacteur de ce type, on observe que deux tuyaux partent bien de la partie inférieure de la cuve. Il s’agit de deux tuyaux de recirculation de l’eau du circuit primaire (entrée et sortie) reliés à des pompes de jet. Dans la vie réelle, quand on veut vider une casserole, on la retourne. Dans le monde atomique, la cuve est fixe donc pour renouveler ou faire circuler l’eau du circuit primaire, il faut des tuyaux et des pompes.

Ecorché d'une cuve de réacteur BWR GE

Ecorché d'une cuve de réacteur BWR GE

Il se trouve que ces tuyaux se situent juste au-dessous du plateau qui porte les assemblages de combustible. Puisque fonte du cœur il y a eu, est-il possible qu’une partie du corium ait emprunté ces tuyaux pour faire une petite sortie en dehors du socle ? Les tuyaux, n’appréciant guère la chaleur intense du corium (de 2 à 3000 °), ont-ils pu céder et le laisser s’échapper, ce qui expliquerait ce trou inédit ? Le drone n’ayant passé que 3 secondes à considérer ce trou, il est évident que l’opérateur le connaissait déjà. Une autre hypothèse serait que le trou coïncide avec le passage vertical d'un tuyau de ce diamètre qui aurait disparu dans la catastrophe. Encore un truc bizarre dont Tepco parlera peut-être un jour.

 

Pierre Fetet

 

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Vidéos

Vidéo de la première investigation avec les drones 1 et 2 publiée par Tepco le 28 février 2024.

Vidéo de la seconde investigation avec les drones 3 et 4 publiée par Tepco le 14 mars 2024.

Parallèlement aux investigations de Tepco, la NRA (Nuclear Regulation Authority) poursuit ses recherches pour comprendre tous les évènements qui ont eu lieu en 2011 dans les réacteurs et surveiller les opérations de démantèlement. Ainsi, le 22 décembre 2023, des agents de cette institution sont allés inspecter l'intérieur du bâtiment du réacteur de l'unité 1 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La radioactivité ambiante était environ de 300 µSv/h, soit 1500 à 2000 fois plus élevée que la normale avec des pointes à 1 mSv quand ça sonne. On est étonné de voir les risques radiologiques que prennent ces personnes pour enquêter.

Enquête à l'intérieur du bâtiment réacteur de l'unité 1 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO (film du 22 décembre 2023, NRA)

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Sources :

Rapport de Tepco*

Photos et vidéos de Tepco

Chaîne Youtube NRA

Chaîne Youtube ANN-News-CH

 

*Avec le concours d’Evelyne Genoulaz pour la source et l’aide à la traduction.

 

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11 mars 2024 1 11 /03 /mars /2024 10:55

Depuis le début de l’accident, Mako et Ken Oshidori font partie des rares journalistes indépendants qui, sans répit, ont minutieusement enquêté sur tous les aspects de l'accident nucléaire de Fukushima Daiichi. Revenir sur ce qui a été prévu, réalisé et mis de côté depuis le début de la catastrophe est essentiel. L’analyse du processus de la prise de décision est nécessaire, la synthèse historique indispensable. Tepco et le gouvernement ont menti sur le manque de terrain pour pouvoir continuer à stocker l’eau contaminée. La décision de rejeter l’eau dans l’océan a été prise unilatéralement par le gouvernement japonais sans tenir compte de l’avis des commissions qui ont discuté durant des années sur le sujet et en bafouant les promesses faites aux pêcheurs… Voici des extraits de l’article écrit par Mako Oshidori paru dans Kodomotachi no Kenkô to Mirai wo mamoru jôhô Magazine, magazine d’information pour protéger la santé et l’avenir des enfants, n° 29, octobre 2023. C’est en fait une partie de la republication de la traduction de l’excellent blog d’information Nos Voisins Lointains 3.11 qui l’avait partagé en octobre dernier. Avec l’aimable autorisation de Kurumi Sugita.

PF

 

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Déverser l’eau contaminée de la centrale de Fukushima dans l’océan, ça n’a pas de sens !

par Mako  Oshidori

 

Contextualisation préalable : comment la couverture par les médias et l’intérêt du grand public ont changé entre 2011 et 2023

Lorsque je couvrais les activités du « Groupe de travail sur l’eau tritiée », qui a débuté en 2013, je me disais que ça ne serait pas possible de diluer de l’eau contaminée et la déverser dans la mer. C’était deux ans après le début de l’accident nucléaire, lorsque des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée Nationale pour manifester contre l’énergie nucléaire. Toutes les centrales nucléaires du Japon étaient à l’arrêt. De nombreux journalistes couvraient l’accident nucléaire et plusieurs dizaines d’entre eux se pressaient chaque jour aux conférences de presse de TEPCO, Tokyo Electric Power Company – Société de l’électricité de Tokyo – l’exploitant de la centrale de Fukushima Daiichi.

La fréquentation des journalistes aux conférence de presse de Tepco a chuté considérablement.

La fréquentation des journalistes aux conférence de presse de Tepco a chuté considérablement.

En 2023, le nombre de journalistes couvrant la conférence de presse de TEPCO a été radicalement réduit, souvent à seulement deux journalistes, Oshidori Mako et Ken. Les centrales nucléaires redémarraient de plus en plus et la date limite de fin d’exploitation obligatoire des centrales a été supprimée. Je n’arrive pas à croire à quel point les choses ont changé en l’espace de dix ans.

Les acteurs

  • Le gouvernement central
  • METI (ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie) / Agence des ressources naturelles et de l’énergie (Agence de l’énergie ci-après)
  • La Commission de réglementation de l’énergie nucléaire (La Commission de réglementation ci-après)
  • TEPCO
  • Le Groupe de travail sur l’eau tritiée (dénommé « le Groupe de travail » dans l’article)
  • Le Sous-comité sur la gestion de l’eau traitée par le système ALPS (Advanced Liquid Processing System – Système de filtration par absorption) (dénommé « le Sous-comité ALPS » dans l’article) et ses commissaires 
  • Populations locales

Chronologie : ce qui était prévu, ce qui a été réalisé, ce qui n’a pas été réalisé

Le gouvernement a décidé de créer le Groupe de travail et le Sous-comité ALPS.
Les deux ont été créés pour discuter du problème de « l’eau traitée » par ALPS qui continuait à s’accumuler dans les réservoirs. Le Groupe du travail devait examiner les options « techniques » pour le devenir de l’eau contaminée et le Sous-comité ALPS devait discuter de « l’impact social » de chaque option. L’Agence de l’énergie assure les secrétariats de deux groupes. Tous les deux devaient discuter « sans hiérarchiser » les options, c’est-à-dire sans privilégier une solution ou une autre. Sur la base des rapports des deux groupes, un nouveau Comité devait être mis en place pour décider des choix à faire, comme l’a expliqué le secrétariat de l’Agence de l’énergie en 2016, lorsque le Groupe de travail a rendu son rapport.

Dans les faits : 

  • En décembre 2013 : Le Groupe de travail a été mis en place
  • En juin 2016 : Il a publié son rapport, et il a été dissous
  • En novembre 2016 : Le Sous-comité ALPS a commencé ses réunions
  • En janvier 2020 : Il a rendu son rapport et il a été dissous au mois de février
  • Entre août et novembre 2019, les discussions des 13ème, 14ème et 15ème sessions du Sous-comité ALPS n’ont rien donné. Sans attendre l’aboutissement des discussions, un projet de rapport a soudainement été rendu lors de la 16ème session (décembre 2019), et la 17ème session de janvier 2020 est devenue la session finale. Le rapport était censé rendre deux argumentations opposées en juxtaposition, car la discussion n’était pas concluante, mais comme il a été préparé par le secrétariat de l’Agence de l’énergie, il était en faveur du déversement à la mer. La consultation prévue du nouveau Comité qui devait trancher sur le choix à faire n’a jamais eu lieu, ce nouveau Comité n’ayant pas été créé.
  • En avril 2021, sur la base du rapport tronqué du Sous-comité ALPS, une décision gouvernementale a été prise lors d’une réunion des ministres concernés, afin de procéder au déversement en mer dans deux ans. 
  • En août 2023, le déversement a commencé. 
17ème session du Sous-comité ALPS, le 31 janvier 2020

17ème session du Sous-comité ALPS, le 31 janvier 2020

Au cours des discussions et débats du Sous-comité ALPS (de novembre 2016 à février 2020), de nombreux membres étaient opposés au rejet.

Certaines des questions qui sont aujourd’hui soulevées par des opposants au rejet en mer de « l’eau traitée par l’ALPS » avaient déjà été bien débattues par des membres du Sous-comité. De nombreux membres étaient inébranlables et opposés aux rejets dans la mer. 

L’avis de Mako Oshidori : Nous aurions dû suivre le débat de plus près et prendre des actions au stade du Sous-comité ALPS. Dès le début, l’État avait opté pour le rejet à la mer. Ces discussions sur des années ne servaient que pour se créer une apparence démocratique. Je suis convaincue que nous aurions dû surveiller et agir à ce moment-là. Je regrette encore notre manque de forces. D’autant que nous aurions pu faire état du comportement étrange du Président de la Commission de règlementation.

En effet, au mois d’avril 2016, Shun’ichi Tanaka, le Président de la Commission, avait convoqué le Président de TEPCO, Hirose, et son directeur général, Anegawa.

Réunion extraordinaire de la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire, le 27 avril 2016.

Réunion extraordinaire de la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire, le 27 avril 2016.

Le Président de la commission a demandé « Que voulez-vous faire vraiment en tant que TEPCO » ? Comme TEPCO était responsable de la catastrophe, le Président de la Commission a laissé entendre que TEPCO devait se prononcer sur le rejet dans la mer. Il a même dit : « La Commission est chargée de réglementer la sécurité des sites, donc si les réservoirs disparaissent du site, ce serait souhaitable pour la Commission parce que cela réduirait le risque ». TEPCO s’est contenté de dire : « La décision appartient au gouvernement central … nous ne pouvons pas faire une telle déclaration … ». Le comportement du Président de la Commission a outrepassé la mission de cette instance qui était de se limiter au problème de la sécurité du site et de la population, et il laissait entendre qu’il préférait polluer l’océan pour faciliter son travail de réglementation sur le site de Fukushima Daiichi. 

Par ailleurs, il faut noter que les voix des populations locales se sont faites entendre en 2018 lors des Auditions publiques du Sous-comité ALPS. Il faut dire que le Sous-comité ALPS devait commencer deux mois après la fin du Groupe de travail, mais cela a été retardé de cinq mois. En effet, un certain nombre de personnes ont refusé de faire partie du Sous-comité ALPS, en disant qu’elles ne pouvaient pas être membres d’un tel comité qui aurait déjà opté pour la conclusion du rejet des eaux en mer. 

Progressivement, après un certain nombre d’incidents, les membres du Sous-comité ALPS sont arrivés à réaliser qu’il ne suffisait pas d’utiliser seulement les documents préparés par l’Agence de l’énergie. Ainsi, ils ont souhaité entendre directement les voix des populations locales, et des auditions publiques ont été organisées en 2018 à trois endroits (les villes de Tomioka et de Koriyama dans le département de Fukushima, et Tokyo).


Or, les commissaires ont appris, lors des auditions publiques, que les communautés locales étaient opposées à plus de 90 % aux rejets des eaux dans la mer, et que les justifications de leurs arguments étaient les mêmes que les leurs. 


Pourquoi s’empresser de déverser les eaux dans l’océan maintenant ? TEPCO nous a répondu qu’il n’y avait plus d’espace disponible pour les réservoirs sur le site de la centrale, alors qu’il y en avait encore. Pourtant, la demi-vie du tritium étant de 12 ans, on pouvait encore stocker les eaux dans les réservoirs pendant encore quelques décennies, et le tritium se serait désintégré naturellement.  

 

Auditions publiques à Tomioka, le 30 août 2018

Auditions publiques à Tomioka, le 30 août 2018

La discussion entre les commissaires favorables au rejet et les commissaires qui le critiquaient demeurait stérile sans aboutir à une conclusion. Sur les douze commissaires, au moins quatre ont toujours été actifs dans la prise de parole et ont toujours été en désaccord avec la politique de l’Agence de l’énergie. 

 

Problèmes et questions soulevés aux sessions du Sous-comité ALPS

  • Lors de la 13ème réunion, le commissaire Takami Morita a émis une question : « Il y a un terrain inoccupé sur le site de Fukushima Daiichi qui équivaut au terrain actuel dédié aux réservoirs. Si nous plaçons les nouveaux réservoirs à ce lieu, nous pourrons gagner encore 30 ans. Est-ce correct ? » À cette occasion, la commissaire Kikuko Tatsumi a déclaré : « Je n’ai appris l’existence du terrain vacant qu’en visitant le site. Dans les documents distribués jusqu’à présent, il n’y a qu’une carte de la zone de stockage des réservoirs, laquelle ne nous permet pas d’avoir une vue d’ensemble de Fukushima Daiichi. Je pense qu’ils veulent délibérément nous empêcher de voir qu’il y a beaucoup d’espace ». TEPCO et l’État ont expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un terrain inoccupé mais d’un emplacement pour un autre entrepôt de terres.

Les commissaires ont essayé d’obtenir une réponse valable qui justifie pourquoi les eaux devaient être rejetées dans l’environnement maintenant, et pourquoi elles ne pouvaient pas être stockées dans des réservoirs. L’État n’a pas répondu. 

  • Objectif de démantèlement dans 30 ans ?

Le thème de la 15ème session était le démantèlement. Il a été expliqué que l’objectif du calendrier était d’achever le démantèlement dans 30 ans, date à laquelle les réservoirs présents sur le site devraient être supprimés. 

À une demande du commissaire Morita, la Commission de réglementation et l’Agence de l’énergie ont répondu que le démantèlement serait achevé lorsque le site ne serait plus contaminé et deviendrait une friche industrielle, avec levée des contrôles de la radioactivité. 

Or, plusieurs membres du Sous-comité, dont Sekiya, ont émis des doutes : « Est-il possible que dans 30 ans, l’enlèvement de tout le corium soit terminé et que toute contamination du site ait disparue ? Si c’est à cause de cet objectif que le nombre de réservoirs doit être réduit à zéro dans 30 ans, et que c’est pour cela qu’il faut décharger les eaux dans l’environnement, l’hypothèse du calendrier semble sans fondement dans la mesure où le corium sera toujours là dans 30 ans ». L’Agence de l’énergie et TEPCO ne cessaient de scander : « Le démantèlement dans 30 ans est l’objectif ! » et ils ont mis fin à la discussion en disant : « Ce Sous-comité doit discuter de l’eau traitée par ALPS, ce n’est pas un lieu pour discuter du démantèlement ».

 

Mise en dangers, perspectives et solutions

  • La recherche sur la séparation du tritium des eaux traitées par ALPS

Comme les déversements projetés de Fukushima Daiichi ont une teneur en tritium inférieure à celle de centrales nucléaires en exploitation, les pronucléaires ont conclu que l’environnement est préservé. C’est oublier que les eaux contaminées de Fukushima Daiichi ne contiennent pas que du tritium, mais 62 autres radionucléides (1) dont les effets ne sont pas contrôlés. 

[…]

De plus, en 2016 le Groupe de travail n’a trouvé « aucune technologie efficace » pour séparer le tritium de l’eau traitée par ALPS. Le METI à l’époque était dans l’attente de réponses aux appels d’offres qu’il avait lancés au sujet de la recherche d’une technologie pour la séparation du tritium. A partir de 2021, TEPCO a pris le relais du METI. Actuellement en 2023, les candidatures continuent d’affluer du monde entier et le sixième appel d’offre est en cours. (…) Depuis que TEPCO, une entreprise privée, a remplacé l’Agence de l’énergie du METI pour suivre le dossier, plus rien n’est transparent. En conclusion, si une technologie efficace de séparation du tritium voit le jour, on ne pourra pas l’appliquer aux eaux qui ont été déjà déversées. 

  • Le tritium japonais est l’arbre qui cache la forêt
    Comme en plus du tritium, 62 autres radionucléides dans les eaux stockées dans les réservoirs font l’objet de filtration par le système ALPS, faire porter le débat uniquement sur le tritium uniquement me semble être une stratégie de diversion irresponsable. La demi-vie du carbone 14, le nucléide le plus important après le tritium, est de 5730 ans, tandis que celle de l’iode 129 est de 15,7 millions d’années. Que se passera-t-il au bout de 100 ou 200 ans si nous continuons à rejeter dans l’environnement de l’iode 129, dont la demi-vie est de 15,7 millions d’années ? Aucune estimation de ce type n’a été faite et il n’existe aucune réglementation. J’ai posé la question directement à TEPCO, qui m’a répondu : « Il n’y a pas de réglementation selon le droit national ».
    Lors du déversement du 24 août 2023, ont été libérés dans l’environnement océaniques environ 1,1 trillion de Bq de tritium, 15,58 millions de Bq d’iode-129 et 109 millions de Bq de carbone-14. Le tritium diminuera de moitié tous les 12 ans, mais l’iode-129 et le carbone-14 resteront presque éternellement.
Déverser l’eau contaminée de la centrale de Fukushima dans l’océan, ça n’a pas de sens !

De plus la contamination par le césium 137 est toujours en cours. En effet, des poissons pêchés au large du département de Fukushima et dont la concentration dépasse 100 Bq/kg ont été découverts ces dernières années. En juin dernier, un sébaste dont la concentration atteignait 18 000 Bq /kg a été retrouvé dans le port de Fukushima Daiichi. Les eaux souterraines dans la zone de la digue entre les bâtiments du réacteur et la mer sont encore à leurs niveaux les plus élevés de césium 137 et de strontium 90 en de nombreux endroits en cette année 2023. Cela signifie que des voies de fuite d’eaux souterraines contaminées dans la mer doivent exister. Le problème actuel de la contamination des poissons par le césium devrait être résolu avant de rejeter de « l’eau traitée » dans la mer ! 


  • Promesses faites à la Fédération départementale de la pêche.
    Lorsque les eaux souterraines contaminées du site, y compris les eaux de dérivation et de sous-drainage, étaient traitées et rejetées en mer, la fédération départementale de la pêche a donné son accord à contrecœur, mais il ne s’agissait pas des eaux traitées par ALPS. Un document au nom du président de TEPCO a été publié stipulant que « l’eau traitée par ALPS ne sera pas rejetée sans l’accord de toutes les parties concernées ». Promesse non-tenue, car TEPCO a accepté la décision du gouvernement.

  • Manipulation médiatique

Un collectif pour l’étude de la manipulation de l’opinion publique par Dentsu [ La plus grande entreprise de publicité au Japon : https://www.dentsu.co.jp/en/ NDT ] en relation avec l’accident de la centrale nucléaire de TEPCO Fukushima Daiichi analyse les documents issus des demandes de communication d’informations en rapport avec les activités de Dentsu. Quels budgets, quels partenaires ? Autant d’argent qu’aux lendemains de l’accident a été dépensé pour « l’eau traitée » par ALPS et son déversement dans l’océan ! Nous savions déjà que depuis les lendemains de l’accident, Dentsu avait comme objectif de « dissiper les inquiétudes ». On peut en conclure que Dentsu, qui a un pouvoir d’influence au niveau médiatique, est en fait au service du gouvernement. 

  • Mettre fin à la production d’eau contaminée, attendre les résultats des recherches sur la séparation du tritium, contrôler tous les radionucléides et pas seulement le tritium !

Les eaux souterraines s’écoulent quotidiennement dans les sous-sols des bâtiments des réacteurs. Elles sont la source des eaux hautement contaminées qui sont générées chaque jour. Tout d’abord, il faudrait arrêter l’écoulement des eaux souterraines dans les bâtiments en construisant un mur de séparation, par exemple, pour les canaliser. Si on n’arrive pas à le faire et si l’on déverse « l’eau traitée » par ALPS dans l’océan, on continuera à la rejeter dans l’océan indéfiniment. Enfin il est urgent d’accélérer les consultations pour trouver un moyen de séparer le tritium de l’eau et que des contrôles soient mis en place pour mesurer la radioactivité de tous les radioéléments. On peut douter de la prise en compte de ces perspectives. Quant à la question de savoir à quelle date l’eau contaminée sera égale à zéro, TEPCO reste muet. Apparemment, il n’y a aucun moyen de le savoir.


Toutes les images ont été préparées et fournies par Ken Oshidori sauf si un autre crédit figure sur la photo.


 

(1) Parmi les radionucléides censés être présents dans les eaux, 29 font l’objet de mesure avec le consentement de la Commission de règlementation. En outre, TEPCO effectue les mesures de 39 autres nucléides à sa propre initiative. Les résultats de mesure de ces 68 nucléides, de tritium et d’autres substances chimiques sont publiés dans leur site web. À regarder ici le résultat des mesures du 21 septembre 2023. Sur les radionucléides restants, voir aussi cet article : « Des fuites plus conséquentes et de l’eau contaminée en pagaille », dans https://www.fukushima-blog.com/2021/03/fukushima-daiichi-l-actualite-du-11-mars-2021.html

 

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Lire l’article source de Nos Voisins Lointains 3.11 :

https://nosvoisinslointains311.home.blog/2023/10/16/deverser-leau-contaminee-de-la-centrale-de-fukushima-dans-locean-ca-na-pas-de-sens/

 

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13 septembre 2023 3 13 /09 /septembre /2023 06:00

[Texte extrait de la newsletter de l’Observatoire du nucléaire - www.observatoire-du-nucleaire.org - Actualité du nucléaire en France et dans le monde - Été 2023 (juin, juillet, août)]

 

Le Japon autorise le rejet des eaux de Fukushima, malgré les oppositions multiples

Le Monde, 22 août 2023 : https://urlz.fr/ni40

 

Dilution dans le Pacifique de l’eau souillée de Fukushima, une solution insoluble

Libération, 22 août 2023 : https://urlz.fr/ni54

 

Avant le rejet de l’eau de Fukushima, l’angoisse des pêcheurs locaux

Le Devoir, 22 août 2023 : https://urlz.fr/ni5i

Immersion de fûts nucléaires au XXème siècle

Immersion de fûts nucléaires au XXème siècle

Une fois de plus, l'industrie nucléaire démontre qu'elle est une activité de lâches qui se permettent de condamner l'avenir de nos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, etc.

Après avoir rejeté des centaines de milliers de fûts dans les océans (cf. illustration) dans les années 60, 70 et 80, elle projette d'enfouir sous terre des quantités astronomiques de déchets et, désormais à Fukushima, de rejeter dans l'océan Pacifique des millions de litres d'eau contaminée par le refroidissement des réacteurs en fusion depuis le 11 mars 2011.

En effet, le premier ministre japonais Kishida a validé mardi 22 août ce déversement indécent, cynique, méprisant (pour la nature et les êtres vivants) et irresponsable qui doit durer pas moins de TRENTE ANS !

L'industrie nucléaire est incapable de s'occuper de ses excréments, mais elle veut quand même perpétuer son activité criminelle, par exemple avec les projets de nouveaux réacteurs en France.

Les adeptes de la religion nucléaire prétendent qu'il n'y a « aucun risque » (bien sûr), ils ne se rendent même pas compte à quel point leurs actes sont injustifiables. Il faut aussi rappeler les rejets continuels des centrales et autres installations (en particulier l'usine de La Hague en France) en fonctionnement « normal » ...

(...)

______________________________

Lire la suite de l’excellente lettre de Stéphane Lhomme

- Eau contaminée de la centrale nucléaire de Fukushima :
c’est parti pour trente ans de rejets dans le Pacifique !

- Relance du nucléaire… et des antinucléaires ?
- De nouveaux réacteurs annoncés en France...
- ...mais EDF est incapable de les construire !
- Inouï : l’EPR2 gardera diverses tares de l’EPR !
- Chine, Angleterre : les EPR, toujours plus défaillants…
- UE : chantage désespéré de Macron pour sauver l’atome
- Non, l’hydrogène ne va pas sauver le nucléaire
- Qui croit encore aux Petits réacteurs modulables (SMR) ?
- Nucléaire : un festival délirant d’effets d’annonces !
- Le flop du prétendu "retour en grâce" du nucléaire
- Le tsunami des renouvelables submerge l’atome
- Faillite du nucléaire français : la faute « aux autres » !
- Uranium : du Niger à l’Asie, la dépendance énergétique
- Humour : « planning respecté » pour Brennilis !
- Combattre les incendies… avec de l’eau radioactive !
- Nucléaire : Macron bloque les sanctions contre la Russie
- Du déjà vu : le gouvernement sabote les économies d’énergie

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Autres articles sur le même sujet

 

Début du rejet en mer de l’eau contaminée traitée à la centrale de Fukushima daï-ichi (ACRO)

À Fukushima, le rejet des eaux de la centrale est vécu comme une trahison (Médiapart)

Prise de position de la National Association of Marine Laboratories (english)

Prise de position de la National Association of Marine Laboratories : traduction française ci-dessous par Evelyne Genoulaz + revue de presse

Revue de presse sur l'opposition au rejet des eaux contaminées (Javale Gola, Groupe Facebook Fukushima Informations))

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26 mars 2023 7 26 /03 /mars /2023 10:08

Décidemment, la catastrophe de Fukushima n’en finit pas. Après les explosions des unités 1, 2, 3 et 4 en 2011, la pollution majeure générée au Japon et dans le Pacifique, le déplacement de 160 000 habitants, la menace d’effondrement de la piscine du réacteur 4 de 2011 à 2014, la détection de centaines de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima, la menace d’effondrement de la piscine du réacteur 3 jusqu’en 2021, c’est au tour du réacteur 1 de faire parler de lui en constituant une nouvelle menace majeure : la cuve pourrait s’effondrer à cause d’un tremblement de terre en remettant en cause le démantèlement et surtout en risquant de provoquer une nouvelle pollution atmosphérique. Petit historique et état actuel.

 

-oOo-

 

Construite à partir de 1967, l ’unité 1 de Fukushima Daiichi a été la première installation du site à être mise en service en 1971 (modèle : Mark 1, General Electric).

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

En 2011, alors que le réacteur vient d’être vérifié et validé pour 10 ans supplémentaires, le grand séisme vient tout chambouler. 24 h exactement après le tsunami, le bâtiment réacteur n° 1 explose.

 

Toute la partie supérieure du bâtiment réacteur s’est volatilisée, faisant de gros dégâts à la surface technique (niveau 5) et ne laissant en place que les poutres métalliques des murs. Ce qui a fait croire que seul le haut du bâtiment avait été affecté par l’explosion d’hydrogène.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Très rapidement, Tepco décide de couvrir le bâtiment réacteur avec une bâche étanche afin que la forte radioactivité qui s’en échappe soit contenue et ne pollue pas plus le site alentour.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

La question à l’époque était : si ce n’était qu’une explosion d’hydrogène, pourquoi diable une pollution radioactive majeure ?

Revenons au bâtiment : cette vue aérienne prise juste après l’explosion montre que le toit s’est effondré sur la surface technique :

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

En 2017, soit 6 ans après l’explosion, les débris n’étaient pas encore totalement dégagés mais on commençait à y voir plus clair et des investigations ont pu être menées.

Photo Tepco 2017

Photo Tepco 2017

Les photos diffusées par Tepco cette année-là ont permis de se rendre compte de l’étendue des dégâts dans l’étage inférieur à la surface technique, le niveau 4.

Plafond du niveau 4 éventré

Plafond du niveau 4 éventré

Condenseurs dont l’isolation est décollée

Condenseurs dont l’isolation est décollée

On s’est rendu compte que l’explosion avait été assez puissante pour soulever de grosses dalles de béton, comme ça a été le cas pour le couvercle du sas d'accès matériel (1,5 t) :

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Observons maintenant tout ce qui concerne la partie autour du réacteur. Grâce à une représentation schématique fournie par Tepco, on voit bien comment sont disposées les différentes parties du bâtiment : l’enceinte de confinement, en forme d’ampoule, surmontée du puits de cuve et de dalles anti-missiles sensées non pas protéger le réacteur en cas de guerre mais d’éviter à des barres de contrôle ou de combustible de remonter violemment au niveau de la surface technique en cas de perte de contrôle du réacteur. A droite du puits de cuve, nous voyons la piscine d’équipement qui sert à entreposer du matériel radioactif lors de l’entretien et des changements des barres de combustible, tandis qu’à sa gauche, on voit la piscine de combustible usé, appelée aussi piscine de désactivation. On ne voit pas l’intérieur de l’enceinte de confinement où se trouve la cuve du réacteur, là où on entretient la réaction en chaîne pour produire de la chaleur.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Un autre schéma de Tepco montre plus précisément la dalle anti-missile qui se compose en fait de 3 couches.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Chaque couche est composée de 3 éléments jointifs. La dalle anti-missile est donc composée de 9 éléments formant pour chaque niveau 3 cylindres superposés. J’ai calculé le volume de cet ensemble (environ 220 m3) et l’ai multiplié par la densité du béton armé (autour de 2,3 t/m3), ce qui donne une masse totale d’environ 500 t.

Dalles jointes en feuillure

Dalles jointes en feuillure

L’état de la surface technique découvert par Tepco montre que l’explosion a tout détruit : le pont roulant s’est plié et effondré en partie ; la machine de chargement de combustible est aussi déformée. Mais le plus surprenant est que la dalle anti-missile est sortie de son emplacement. Ce qui signifie très explicitement qu’une explosion a eu lieu dans le puits de cuve et non pas seulement dans le hall du niveau technique.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Les schémas suivants montrent que c’est le grand bazar dans le puits de cuve, les éléments du niveau inférieur s’étant effondrés sur le couvercle jaune de l’enceinte de confinement.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer
La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Lors de ces investigations, Tepco a réalisé des mesures de doses aux abords des dalles et à différents endroits accessibles sous le premier niveau de dalles. On voit par exemple qu’un point en bordure du puits est mesuré à plus de 0,5 Sv/h.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Sous la dalle supérieure, la mesure est de 2,2 Sv/h. Pour un liquidateur qui resterait à cet endroit une heure, cette dose provoquerait un syndrome hématopoïétique (les populations de lymphocytes et globules blancs diminuent considérablement). D’où l’impossibilité de démanteler le réacteur pour l’instant.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Regardons maintenant sous ces dalles. Des caméras y ont été dirigées en passant par les interstices entre les éléments. Mais tout d’abord, voici un écorché du réacteur montrant où se situent la cuve et le couvercle (jaune) qui ferme l’enceinte de confinement, juste en dessous des dalles anti-missiles.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Voici une photo reconstituée du couvercle de cuve. Celui-ci ne semble pas avoir bougé.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Le couvercle de la cuve est bien resté en place, la preuve en est cette photo du couvercle boulonné :

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Le problème, c’est que durant la fusion du combustible, la chaleur était telle que l’acier des boulons s’est dilaté, que le joint entre le puits de cuve et son couvercle n’a plus rempli son rôle et que l’hydrogène produit à l’intérieur de la cuve et les gaz et particules radioactives ont pu fuir vers le puits de cuve. Les deux photos suivantes montrent le couvercle, dont la peinture jaune d’origine a perdu son éclat suite à la trop grande chaleur, et son joint dilaté.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Dans l’écorché suivant, nous voyons comment est disposé la cuve dans l’enceinte : elle repose sur un socle cylindrique en béton, formant une cavité en son centre. Ce socle a une hauteur de 7 m, un diamètre intérieur de 5 m et un diamètre extérieur de 7,40 m. Il pèse 480 t.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Et c’est là que les choses se gâtent.

Après la formation du corium, ce dernier a percé le fond de cuve et est tombé dans le fond de l’enceinte de confinement, à la base du socle. Si le corium a le pouvoir de fondre l’acier, il peut également manger le béton. C’est ce qu’il se produisit et qui a été révélé en 2022. Non seulement il a creusé son nid dans la dalle de base de l’enceinte, mais il aurait aussi rogné le béton du socle sur une hauteur, selon le schéma ci-dessous, de 2 m et une épaisseur d’environ 0,60 m, laissant l’armature en acier à nu.

(source dessin : Morishige)

(source dessin : Morishige)

Sur la photo suivante prise à l’aide d’un robot, on voit l’armature en acier du socle et des stalactites de corium dans la partie supérieure.

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Mais où est parti le corium ? La photo suivante nous donne un élément de réponse : elle montre une coulée de corium empruntant le tuyau de raccordement de l’enceinte à la piscine torique qui se trouve à la base du réacteur.  

La cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi menace de s’effondrer

Ces découvertes sont très inquiétantes. La cuve pesant 1000 t et le socle pesant 480 t, c’est près de 1500 t que doit supporter la base du socle qui ne tient plus qu’avec de la ferraille corrodée. Au premier tremblement de terre un peu violent (avec de fortes accélérations au sol), c’est l’ensemble de la cuve qui risque de s’effondrer au fond de l’enceinte de confinement, rendant le démantèlement impossible. 

 

C’est un nouveau défi que doivent relever les ingénieurs de Tepco et de l’IRID (International Research Institute for Nuclear Decommissioning)* : comment consolider un socle dans un milieu hyper-radioactif, inondé et quasi inaccessible ?

 

Et une autre question découle de cette découverte : quel est l’état des deux autres réacteurs (n° 2 et 3) qui ont subi également une fusion du cœur et un écoulement de corium dans leur enceinte de confinement ?

 

Le béton, même armé, n’est pas éternel. Il est reconnu que les constructions en béton armé commencent leur fin de vie au bout de 50 ans à cause de la carbonatation : le CO2 se dissout dans le ciment qui se fragilise, ce qui permet la corrosion des aciers. On estime ainsi que la durée de vie normale des immeubles construits en béton est de soixante-dix à cent ans. Par exemple, la Chapelle de Rondchamp de Le Corbusier, construite en 1954, est rénovée en 2022-2024. Ainsi, le réacteur 1, construit en 1967-1971, aurait pu durer jusqu’en 2040 s’il n’y avait pas eu la fusion du cœur, l’explosion et le séisme. À cause de la catastrophe, il a vieilli d’un coup et on découvre, 12 ans après, qu’il est toujours une menace permanente.

 

On découvre également que l’industrie nucléaire cache l’essentiel, en particulier en France : le message est depuis 12 ans que, le corium étant refroidi, tout est sous contrôle. Et comme vous venez de l’apprendre, il n’en est rien.

 

Pierre Fetet

 

 

Plus de photos sur l'état du socle de cuve :

http://www.fukushima-blog.com/2022/02/le-corium-du-reacteur-1-visible.html (14-02-2022)

 

________________________________

* Les 19 membres de l’IRID :

Agences nationales de recherche et développement

Japan Atomic Energy Agency

National Institute of Advanced Industrial Science and Technology

 

Fabricants de centrales nucléaires

Toshiba Energy Systems & Solutions Corporation

Hitachi-GE Nuclear Energy, Ltd.

Mitsubishi Heavy Industries, Ltd.

ATOX Co., Ltd.

Tousou Mirai Technology Co., Ltd.

 

Compagnies d’électricité

Hokkaido Electric Power Co., Inc.

Tohoku Electric Power Co., Inc.

Tokyo Electric Power Company Holdings, Inc.

Chubu Electric Power Co., Inc.

Hokuriku Electric Power Company

The Kansai Electric Power Comapany, Inc.

The Chugoku Electric Power Co., Inc.

Shikoku Electric Power Company, Inc.

Kyushu Electric Power Company, Inc.

The Japan Atomic Power Company

Electric Power Development Co., Ltd.

Japan Nuclear Fuel Limited

__________________________________

Sources des illustrations : Tepco et IRID

 

__________________________________

Rapport Tepco du 29 mars 2023

Rapport Tepco du 29 mars 2023

__________________________________

Edit du 25/09/2023 :

Selon Tepco, au pire, tout ira bien !

Voir la vidéo de Tepco ici : https://www.tepco.co.jp/library/movie/detail-j.html?catid=61709&video_uuid=15084&fbclid=IwAR3k4p8fX1sMY3vgGt5r3A5UaWiFAw1CpNXjrEpGAeG6ZJz9TxHu7Vjf3wY

 

___________________________

Màj : 04/04/2023 : ajout de la source du schéma (Morishige) ; édit du 25/09/2023

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« Fukushima - Rejets dans le Pacifique : clarification et mise en perspective »

Une analyse critique des données concernant les rejets des eaux radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi initiés en août 2023, dossier réalisé par la CRIIRAD qui tente de répondre à ces questions : Quels sont les principaux défis auquel est confronté l’exploitant de la centrale ? Quels sont les éléments radioactifs rejetés dans le Pacifique ? Les produits issus de la pêche sont-ils contaminés ? Est-il légitime de banaliser le rejet d’éléments radioactifs, notamment du tritium, dans le milieu aquatique ? Qu’en est-t-il en France ?

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