Fukushima, 15 ans après. Stratégie de déni du lobby nucléaire international à partir du projet Ethos
Kolin Kobayashi, journaliste japonais et administrateur de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, fait une longue mais nécessaire mise au point sur le programme Ethos développé à Fukushima. Grâce à lui, vous saurez tout sur la manière de procéder, à Tchernobyl comme à Fukushima, pour rendre les populations responsables de leur contamination. Le lobby nucléaire international est scruté à la loupe dans toutes ses structures et ses acteurs dont l’auteur dénonce l’inhumanité, la malice et les mensonges. Ces organismes ne seraient pas là pour protéger votre santé mais pour vous berner ; ils préparent juste la gestion du prochain accident nucléaire, dont nous serons peut-être victimes, afin que tout soit économiquement supportable et surtout que l'activité atomique continue à générer des profits.
PF
Fukushima, 15 ans après.
Stratégie de déni du lobby nucléaire international à partir du projet Ethos
Kolin Kobayashi
Quinze ans après, quelle conclusion ?
Quinze ans après l'accident nucléaire de Fukushima, alors que l'état d'urgence est toujours en vigueur, la situation semble s'être stabilisée. Seuls les problèmes de l'eau contaminée, du démantèlement des réacteurs et des déchets nucléaires subsistent. La plupart des gens semblent avoir oublié l'accident et repris le cours normal de leur vie.
Le lobby nucléaire français, favorable au développement des centrales nucléaires, a mené pendant quinze ans une puissante stratégie de communication visant à minimiser, voire à nier, les effets de la radioactivité issue de l'accident nucléaire, en coordination avec des organisations internationales.
Aujourd'hui, le lobby nucléaire international présente comme une évidence et une conclusion pour l'opinion publique internationale les éléments suivants :
À Fukushima, « il n'y a eu aucun décès dû à la radioactivité (TEPCO, gouvernement japonais) et il est peu probable que des effets sur la santé (par exemple, le cancer) directement liés à l'exposition aux rayonnements apparaissent à l'avenir ». « Aucun effet néfaste sur la santé pouvant être directement attribué à l'exposition aux rayonnements due à l'accident n'a été signalé » (rapport 2020 de l'UNSCEAR (1)). « Des cas de cancer de la thyroïde ont été détectés, mais ils sont surdiagnostiqués et il est peu probable qu'ils soient liés à l'accident de Fukushima » (Commission d'enquête sur la santé de la préfecture). De plus, « il n'existe aucune preuve certaine d'une augmentation des anomalies congénitales, des morts-nés ou des naissances prématurées liées à l'exposition aux rayonnements parmi la population générale » (rapport de 2020 de l'UNSCEAR). « En 2012, la concentration en césium 137 dans les eaux côtières au large de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi n'avait pratiquement pas dépassé les niveaux d'avant l'accident, et il est peu probable qu'il y ait eu des effets localisés sur les populations d'animaux sauvages » (rapport 2020 de l'UNSCEAR).
« Vivre à Fukushima après la catastrophe nucléaire, c'est quand même vivre merveilleusement bien et pouvoir offrir un avenir meilleur » (Ethos in Fukushima).
Ces propos font écho aux mots qui ornent la couverture du livre de photos d'Ethos sur la Biélorussie : « Vivre à Tchernobyl, c'est réapprendre à vivre, apprendre à vivre autrement, et accepter la présence de la radioactivité comme un nouvel élément de la vie quotidienne. »
Lors de la conférence internationale de l'AIEA en 1989, après l'accident de Tchernobyl, on disait à peu près la même chose.
En d'autres termes, les partisans d'Ethos estiment que si l'on suit les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) (2), le niveau de radioactivité est compatible avec la vie humaine. Par conséquent, alors que le changement climatique constitue un problème urgent, le nucléaire est une énergie propre qui doit continuer à être promue à l'échelle mondiale et il n'y a aucune raison d'y renoncer.
Cette conclusion prime sur tout le reste. Tous les raisonnements, manipulations d'informations et minimisations visant à aboutir à cette conclusion sont donc justifiés. Cette stratégie a été soutenue en coulisses par la CIPR, l'UNSCEAR, le lobby nucléaire français (CEA, EDF, AREVA, CEPN et IRSN).
Point de départ : la genèse du projet ETHOS et les raisons pour lesquelles il a été lancé à Fukushima.
Ethos en Biélorussie
Il faut d'abord résumer le projet ETHOS : il s'agit d'un projet mené en Biélorussie de 1996 à 2001, soit dix ans après l'accident de Tchernobyl. Il a été initié par Jacques Lochard, une figure clé du lobby nucléaire français. Je cite le début du texte sur ETHOS publié sur le site web du CEPN : « Il a été conçu après l'accident de Tchernobyl afin d'améliorer la vie quotidienne des habitants des villages touchés par une forte contamination radioactive à long terme. » (Fin de citation). En d'autres termes, ce projet s'adresse aux habitants qui, dix ans après l'accident, sont encore contraints de vivre dans des zones contaminées ou qui hésitent encore à partir. Une équipe interdisciplinaire d'experts, composée uniquement de chercheurs universitaires, d'agronomes, de spécialistes de la sécurité, de la communication, de la gestion des risques et de la radioprotection, mais sans aucun médecin, a été constituée pour se rendre dans les villages contaminés et organiser des réunions de dialogue avec les habitants. À l'époque, alors que 80 % des enfants biélorusses souffraient de maladies, il n'existait aucun système de soins médicaux ni de consultation médicale.
Cette équipe ne dispense pas de soins médicaux. Elle prodigue des conseils tels que « il vaut mieux ne pas emprunter cette route car elle est contaminée », « les cendres de bois contaminées concentrent la radioactivité, il faut les jeter à des endroits précis » ou encore « il serait préférable de cultiver les légumes et les pommes de terre de cette manière ». Si l'on considère ces aspects isolément, on pourrait les interpréter comme une aide humanitaire louable. Cependant, ils collectent des données de mesure un peu partout. Mais pas de soins médicaux. Cela rappelle à l’ABCC de Hiroshima (3).
Le projet Ethos a ensuite été rebaptisé « CORE Project » puis « SAGE Project » et a continué d'exister sous une forme prolongée jusqu’en mai 2005. Il a impliqué de nombreux chercheurs universitaires, experts, agronomes, spécialistes de la gestion des risques, ONG et associations locales, et a été adopté par la Commission européenne comme modèle public de gestion des risques radiologiques à moyen et long terme dans les zones contaminées. Il s'agit là d'un immense succès stratégique pour le lobby nucléaire européen. Jacques Lochard avait sans doute dès le départ l'intention de reproduire à Fukushima le succès obtenu en Biélorussie. Si cela réussissait au Japon, l'accident de Fukushima pourrait être considéré comme un accident mineur parmi tant d'autres et être passé sous silence. Il s'est rendu au Japon non pas dix ans après l'accident, mais huit mois après, pour promouvoir le projet Ethos.
Je vais citer quelques exemples typiques de l’esprit Ethos.
Au printemps 1996, lors de la première réunion avec les habitants organisée dans le village d'Olmany, une participante a posé la question suivante : « Chers experts européens, pourrons-nous continuer à vivre ici ? »
Les experts européens ont répondu : « Nous ne sommes pas venus ici pour répondre à cette question. Cependant, nous voulons aider les personnes qui souhaitent vivre ici, travailler avec elles et les aider à améliorer leurs conditions de vie » (site web du CEPN).
En d'autres termes, ils n'ont jamais répondu à la question essentielle, mais ont donné une réponse trompeuse, « conforme aux principes éthiques » (site du CEPN), qui semblait convaincante, en partant du principe inévitable que les habitants continueraient à vivre ici. Leur attitude montre clairement qu'ils imposent aux habitants la théorie de la tolérance à l'exposition aux radiations.
Les experts en radioactivité savent pertinemment que vivre pendant des années dans une zone contaminée exposée aux radiations comporte des risques pour la santé, mais ils ne le disent ni ne le communiquent jamais aux habitants, se basant sur le principe du rapport risques/bénéfices.
Son initiateur
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_ea9ceb_1-lochard-arte-photo1.png)
Jacques Lochard (source : Arrêt sur Image)
Jacques Lochard, l’acteur principal du projet Ethos, est un fervent défenseur du nucléaire et une figure clé du lobby nucléaire français. Après avoir obtenu son diplôme d'économie à l'université de Paris, il a travaillé pour le Commissariat à l'énergie atomique et s'est rendu à Tchernobyl. Il a ensuite travaillé pour le CEPN, dont il est devenu directeur, poste qui lui a permis d'exercer son influence. C'est lui qui s'est engagé dans le projet Ethos et sa suite sur le long terme. Il a ensuite noué des relations avec la CIPR (l'organisme international privé qui définit les normes internationales en matière de rayonnement), est devenu membre de la quatrième commission (chargée d'examiner l'application des recommandations de la CIPR et de coordonner les relations internationales), puis président, puis enfin vice-président du comité principal. En d'autres termes, il a joué un rôle de coordination à la fois au sein du lobby nucléaire français et la CIPR, en collaboration avec le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR).
En 2011, il était directeur du CEPN, une association qui compte seulement quatre membres, mais qui dispose d'un budget colossal. Il a depuis quitté ses fonctions. En novembre 2011, lors d'une réunion du groupe de travail du cabinet du Premier ministre japonais Naoto Kan sur l'exposition à de faibles doses (dont la plupart des experts sont favorables au nucléaire), il a recommandé la mise en place du programme Ethos. Avant 2011, M. Lochard s'était déjà rendu à l'université d'Hiroshima pour présenter Ethos et souligner son importance. Au cours des quinze dernières années, il a animé vingt séminaires de dialogue organisés par la CIPR à Fukushima, a été nommé professeur invité à l'université d'Hiroshima et à l'université de Nagasaki, deux villes emblématiques au niveau international, et a conclu des accords officiels de coopération en matière de recherche entre le CEPN et ces universités.
Participants à une cérémonie de signature de convention en 2017. De gauche à droite : Takata, président exécutif et vice-président ; Kamiya, vice-président ; Ochi, président ; Dr Schneider (directeur du CEPN) ; Dr Lochard (vice-président de la Commission internationale de protection radiologique) (source : Hiroshima University)
Grâce à ces accords, les organisations favorables au nucléaire ont réussi à renforcer leur position au sein des organisations internationales. Cette réussite est également due à la présence de puissants alliés au sein du lobby nucléaire japonais : Shun’ichi Yamashita (4) à Nagasaki et Kenji Kamiya (5) à Hiroshima. Lorsque l'université de Nagasaki l'a nommé professeur spécial, son profil sur le site de l'université indiquait qu'il était titulaire d'un doctorat en économie, alors qu'il ne possède pas ce diplôme. Le document de présentation du programme de formation des leaders Phoenix de l'université d'Hiroshima mentionne également le Dr. Lochard. Cette double erreur dans le CV est-elle due à une simple méprise ou s'agit-il d'une falsification ?
À l'occasion des 30 ans de Tchernobyl, Jacques Lochard a conçu avec le documentariste Olivier Julien un reportage intitulé « Tchernobyl, Fukushima… Vivre avec », dans l'esprit parfaitement éthosien de la stratégie de déni, qui a été diffusé le 26 avril 2016 sur ARTE ! Étonnant !
L'ONG « Enfants de Tchernobyl Belarus » a produit à son tour un autre documentaire, « Tchernobyl, le monde d’après » (https://www.youtube.com/watch?v=IZPGTrBswsg), en réponse au film d'Olivier Julien. En comparant ces deux films, on voit comment des informations sont manipulées au profit du lobby nucléaire.
Vasily Nesterenko et son institut Belrad
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_2002aa_3-vassily-photo3.jpg)
Vassili Nesterenko (source : collection de Enfants de Tchernobyl Belarus)
Le professeur Vasily Nesterenko, l'un des meilleurs physiciens nucléaires de l'ex-URSS, travaillait au développement de petits réacteurs nucléaires. Mais lorsque l'accident de Tchernobyl s'est produit, il a pris conscience de l'énorme quantité de radioactivité libérée et de son danger. Il a alors abandonné le développement des réacteurs nucléaires pour se consacrer à sauver la vie des enfants, en particulier. Ses valeurs ont alors subi un revirement copernicien. Sa seule préoccupation était la santé et la vie des enfants. Il a démissionné de ses fonctions publiques et a fondé l'Institut Belrad en 1989. Il a installé plus de 300 stations de mesure dans les zones contaminées, a enseigné aux habitants locaux comment effectuer les mesures et a mesuré lui-même l'irradiation interne des enfants à l'aide d'un appareil de mesure corporelle qu'il avait inventé. Il a ensuite administré un traitement à base de pectine pour éliminer le césium, en fonction du niveau d’irradiation.
Membres fondateurs de Enfants de Tchernobyl Belarus : de gauche à droite, Solange Fernex, Dr. Michel Fernex, Galina Bandazhevskaya (épouse de Y. Bandazevski), Wladimir Tchertkoff, Vassili Nesterenko et sa femme Ilsa Nesterenko (source : collection de Enfants de Tchernobyl Belarus)
En 1996, lors de la visite de l'équipe SAGE, il a coopéré activement dans l'espoir d'obtenir un financement pour le traitement à la pectine. Cependant, l'équipe SAGE a refusé la pectine et s'est contentée de collecter des données de mesure avant de repartir. Dans le rapport du projet Ethos à SAGE, son nom a été habilement utilisé, mais toutes les parties importantes du document qu'il avait rédigé pour formuler des recommandations ont été supprimées (Wladimir Tchertkoff, Les crimes de Tchernobyl, vol. 1 et 2, Actes Sud). En d'autres termes, Nesterenko a été utilisé, puis trahi. Nesterenko a non seulement organisé des réunions pour transmettre ses connaissances sur la radioactivité, mais il a également proposé un traitement concret : administrer de la pectine pendant un mois afin de réduire l'irradiation interne des enfants. Il s'est également intéressé à leur mode de vie et à leur alimentation, leur recommandant notamment de ne pas consommer de lait contaminé ni de champignons sauvages qui concentrent la radioactivité. Tout cela dans le but de rétablir et de préserver la santé des enfants. Cependant, après le retour de l'équipe ETHOS, la plupart des antennes régionales de l'Institut de radioprotection Belrad ont dû fermer leurs portes faute de soutien, et le traitement à la pectine a été menacé de disparaître en raison de difficultés financières. Depuis, l'Institut Belrad survit tant bien que mal grâce au soutien financier d'associations citoyennes européennes.
Mais qu'est-ce donc que cette culture de la radioprotection tant vantée par les partisans du nucléaire au sein de l'Ethos ? La question fondamentale se pose à nouveau : la radioprotection est-elle vraiment utile en cas d'accident grave ? Si l'on pousse cette réflexion jusqu'au bout, on en arrive à la conclusion qu'en cas d'accident grave, il ne restera plus assez de temps pour se préoccuper de la radioprotection. Pour éviter l'exposition aux rayonnements, il n'y a d'autre choix que d'abandonner sa maison et ses biens pour fuir à toute vitesse. Sinon, on est condamné à rester exposé.
La radioprotection n'est en réalité qu'une technique de protection utilisée par les techniciens et les experts de la radiothérapie et de la recherche sur la radioactivité pour prévenir les effets néfastes de l'exposition aux rayonnements sur la santé. Elle ne doit pas être appliquée de manière urgente et a posteriori à la population générale après un accident grave. En réalité, bien que la majeure partie de la région de Fukushima soit exposée à des niveaux équivalents à ceux des zones de contrôle radiologique, les règles applicables à ce type de zones n'ont jamais été mises en œuvre et plus de deux millions d'habitants, dont des femmes et des enfants, y vivent toujours. La norme de radioprotection recommandée par la CIPR est de 1 mSv par an. Ce niveau est considéré comme « acceptable ». Cette norme ne garantit toutefois pas la sécurité. Elle repose en effet sur l'estimation que 5 personnes sur 100 000 mourront d'un cancer. Mais peut-on réellement accepter que 500 personnes meurent d'un cancer si une grande ville de 10 millions d'habitants est contaminée ?
Sous prétexte que l'état d'urgence est toujours en vigueur, tout est géré de manière abusive et les enfants ainsi que les femmes sont contraints de s'exposer à une irradiation de 20 mSv/an. Autrement dit, ils doivent accepter cette norme parce qu'ils vivent toujours dans une zone contaminée et exposée aux radiations. En fin de compte, les habitants contraints de rester sur place ne voient même pas leurs droits fondamentaux respectés et la plupart d'entre eux vivent dans des zones soumises à un contrôle radiologique. Les principes fondamentaux de la radioprotection ne sont absolument pas appliqués. C'est un point important que M. Hiroaki Koide souligne depuis le début de l'accident. Rester dans une zone contaminée où il ne devrait pas être possible de vivre revient à accepter le danger et à supporter la contamination radioactive. Par conséquent, les conseils donnés par le professeur Nesterenko aux habitants restés sur place constituent une mesure exceptionnelle qui ne doit pas être standardisée ni généralisée.
Le lobby nucléaire français et international, qui prône le projet Ethos, examine les solutions les moins coûteuses sur le plan économique, en fonction du rapport risques/bénéfices, ce qui correspond à son véritable objectif d'optimisation. En d'autres termes, il privilégie les bénéfices aux risques.
Le projet Ethos, débarqué à Fukushima, rebaptisé « séminaire de dialogue »
Il existe une double vie au sein de la CIPR, profitant de la réputation de cette institution pour préparer le déploiement du projet Ethos au Japon.
C'est là qu'est apparue Yoko Kamata, alias Ryoko Ando, une habitante d'Iwaki qui se présente comme la patronne d'une jardinerie et qui a créé une organisation privée appelée Ethos in Fukushima.
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_dc5cad_5-andoryoko-lochard-photo5.jpg)
Jacques Lochard et Yoko Kamata, alias Ryoko Ando (Extrait de « Realizing Fukushima's Ethos (PDF) » (source : synodos.jp)
Elle a commencé à faire l'éloge de la recommandation 111 de la CIPR, rédigée sous la direction de Jacques Lochard, et fondée sur la théorie de la tolérance à l'irradiation. Selon le site Internet d'Ethos in Fukushima, elle aurait participé sous son vrai nom au deuxième séminaire de dialogue à Date, après avoir été invitée par Jacques Lochard.
Dans son entourage, on trouve Mizuno Yoshiyuki, physicien nucléaire à l'université féminine de Kyoto, qui a tweeté qu'il était impossible que Fukushima subisse une fusion nucléaire, ainsi que des personnages énigmatiques qui semblent être des experts favorables au nucléaire sur Twitter. En consultant le site Internet « Fukushima in Ethos » qu'elle a créé, on constate qu'elle avait déjà pris contact avec Jacques Lochard en décembre 2011.Elle se rapproche de plus en plus de Lochard et se lie d'amitié avec la CIPR ainsi qu'avec le lobby nucléaire français. Elle est aujourd'hui l'ambassadrice du mouvement Ethos à Fukushima, soutenu par ce même lobby. Le lobby nucléaire international tire les ficelles en coulisses et l'utilise au maximum : en se basant sur la théorie du coût/bénéfice, il persuade les habitants avec des arguments pseudo-scientifiques, les amadouant avec des discours humanitaires, leur faisant oublier de s'interroger sur les causes de l'accident et les amenant à accepter sans le savoir leur exposition aux radiations. Il leur donne également l'illusion que les pouvoirs publics et le secteur privé s'unissent pour participer avec enthousiasme à la gestion des radiations après l'accident.
Le site web « KOTOBA Fukushima Dialogue » (6), créé par l'IRSN français, est entièrement basé sur le concept d'ethos développé par Lochard. Ryoko Ando y est également présentée comme une héroïne.
Les séminaires-dialogues, au nombre de douze entre novembre 2011 et septembre 2015, puis de huit depuis 2018, sont parrainés par la Fondation du Japon. Cette fondation est l'ancienne Fondation Sasakawa, créée par Ryoichi Sasakawa, chef de l'extrême droite japonaise et criminel de guerre de classe A. Lors du projet Tchernobyl organisé par l'AIEA en 1990-1991 sous la direction d'Itsuzo Shigematsu, la fondation a conclu à l'absence d'impact des radiations, ce qui lui a valu les foudres des citoyens biélorusses et ukrainiens. Parallèlement, Shigenobu Nagataki et Shun’ichi Yamashita ont participé au projet de coopération médicale de la Fondation Sasakawa à Tchernobyl. Shun’ichi Yamashita et ses collègues ont examiné 160 000 enfants en collaboration avec des scientifiques soviétiques, puis ont publié leurs résultats en 2001. Ils y reconnaissent que les enfants vivant dans les environs de Tchernobyl présentent un taux significativement plus élevé de cancer de la thyroïde. Malgré cela, Shun’ichi Yamashita, qui a de nouveau participé au Forum de Tchernobyl entre 2003 et 2005 grâce au financement de la Fondation Sasakawa pour la coopération sanitaire, a publié en 2011 dans le numéro 53 de la revue de l'Association japonaise pour l'énergie atomique une synthèse dans laquelle il cite ce rapport. Il y reconnaît l'existence de cancers de la thyroïde à Tchernobyl, mais conclut que les doses inférieures à 100 mSv ne posent pas de problème et que le principal problème est l'impact psychologique plutôt que radiologique.
Les séminaires de dialogue sont organisés par la CIPR et financés par le ministère japonais de l'Environnement. Ce ministère subventionne la CIPR depuis avant l'accident de Fukushima. Au départ, la plupart de ces séminaires se déroulaient à Fukushima, puis à Date. Date, qui souhaite devenir une ville modèle en matière de décontamination radioactive, coopère avec l'AIEA et entretient des relations amicales avec le groupe d'experts organisant les séminaires « Dialogue » et « Ethos » au Japon. Cette collaboration a donné lieu à l'affaire de falsification des articles de Miyazaki et Hayano (7). Deux personnalités franco-japonaises clés, Jacques Lochard et NIWA Ohtsura(8), supervisent les séminaires (9).
Parmi les participants figuraient des universitaires japonais de renom et Ryoko Ando a commencé à participer à partir de la deuxième édition. Elle a rendu compte des séminaires sur son site « Fukushima Ethos », au nom de la branche japonaise de la CIPR. Les huit dernières éditions du séminaire Dialogue ont été subventionnées par la Fondation Nippon. Après avoir organisé vingt séminaires, Jacques Lochard a annoncé qu'il passerait le relais à Ryoko Ando.
En réalité, même après vingt séminaires, ceux-ci n'ont pas eu un grand retentissement sur le terrain. Ils ont plutôt servi à établir des résultats concrets pour les organismes de promotion du nucléaire qui les ont organisés, comme le CEPN, l'IRSN et la NEA, afin de créer un fait accompli et de faciliter la coordination et la recherche d'un consensus au sein de la nébuleuse du lobby nucléaire international.
Les relations étroites entre le groupe Ethos et le lobby nucléaire international
Créé par le lobby nucléaire français, il a réussi à établir un réseau avec des experts pro-nucléaires de Biélorussie, d'Ukraine, de Norvège, etc. grâce à son travail en Biélorussie. Il a également établi un réseau à l'échelle européenne et mène divers projets de recherche.
Il entretient également des liens étroits avec la CIPR. Jacques Lochard a d'abord été membre, puis président de la quatrième commission de la CIPR, avant de devenir vice-président de la commission principale. Thierry Schneider, le bras droit de Lochard, joue également un rôle important. Il a également réussi à obtenir un poste au sein de la CIPR. Aujourd'hui, Lochard a quitté la plupart de ses fonctions en raison de son âge avancé, mais il est devenu professeur spécialement nommé à l'Institut de recherche sur les effets des bombes atomiques de l'université de Nagasaki. Grâce à leur vaste réseau international, Lochard et Schneider mettent leur talent au service de la création de réseaux au sein du lobby nucléaire international. Au sein du CEPN, il convient de rester vigilant, car M. Schneider a repris les projets de M. Lochard après son départ.
Ce dernier a joué un rôle central dans la création de la plateforme européenne NERIS (10), qui mène de nombreux projets. NERIS est un forum européen dédié à la recherche sur les mesures à prendre et les interventions à préparer en cas d'accident grave en Europe. Sa mission est d'établir un forum pour le dialogue et le développement de méthodologies entre toutes les organisations et associations européennes participant à la prise de décision en matière de mesures de protection dans le cadre des urgences nucléaires et radiologiques, ainsi que de la reconstruction en Europe. Parmi les nombreux projets, certains ont des titres fantaisistes, comme SHAMISEN (un instrument traditionnel japonais). Celui-ci a été lancé en décembre 2015 dans le but de formuler une série de recommandations pour assurer la surveillance sanitaire après un accident nucléaire et communiquer avec les personnes touchées, en s'appuyant sur les expériences de Tchernobyl et de Fukushima. La communication stratégique est donc au cœur de la préparation. Cette préparation s'effectue en prévision d'un accident grave à l'échelle européenne. L'objectif est de tirer parti de l'expérience acquise lors des dialogues.
Problèmes organisationnels du lobby nucléaire international/français
Le lobby nucléaire est très étendu (se reporter à la carte ci-dessous) et il n'est pas possible de le présenter dans son ensemble ici. Nous évoquerons ici quelques-unes de ces organisations qui suscitent des interrogations.
L’IRSN
L'IRSN a participé depuis le début aux séminaires de dialogue de Fukushima. Cet organisme public français a eu pour mission première la recherche en matière de radioprotection et de sûreté nucléaire.
Il s'agissait d'une grande organisation qui comptait plus de 1 700 employés. Une organisation de cette taille comporte naturellement des positions et des opinions diverses. Cependant, bien que le magazine de l'IRSN, Repère, soit un lieu d'expression des activités et des opinions officielles de l'organisme, on peut lire dans le numéro 29 d'avril 2016, à la page 8, un petit article qui dit : « ... De plus, alors que la catastrophe ukrainienne a entraîné des rejets de strontium et de plutonium, il n'y en a pas eu au Japon. » De plus, Jean-René Jourdan, pharmacologue à l'IRSN et participant au documentaire télévisé « Retour à Fukushima », affirme qu'« il n'existe aucune preuve scientifique que des doses inférieures à 100 mSv puissent entraîner des maladies graves telles que le cancer ». Cette affirmation reflète sans doute l'opinion générale des scientifiques proches du lobby nucléaire.
L'IRSN, dont l'activité a reposé essentiellement sur la radioprotection dans le cadre de la promotion du nucléaire, et qui ne s’est pas prononcé sur la sécurité médicale, était une organisation qui n'hésitait pas à dissimuler ou à minimiser les faits par le biais de mensonges et de formulations étranges.
C'est également l'IRSN qui a lancé le site Internet « KOTOBA Dialogue à Fukushima » (aujourd'hui supprimé), très bien conçu, et qui a diffusé les discours d'Ethos en japonais et en français. Ces organismes publics français ne sont donc pas impartiaux. Leur position sur le nucléaire varie en fonction des circonstances. Leur principe d'impartialité absolue et de respect de la vérité scientifique dépend de la situation et ne transcende pas la position politique du pays. La CIPR, l'UNSCEAR et l'AIEA sont exactement les mêmes à cet égard. Toutes ces institutions sont soumises à l'impératif suprême de promouvoir le nucléaire et ne peuvent, en toute indépendance, affirmer que ce niveau de rayonnement est dangereux ou qu'il faut abandonner le nucléaire parce qu'il est dangereux. Il ne faut pas croire naïvement que parce qu'il s'agit d'institutions internationales et publiques, elles agissent dans l'intérêt de la vie et de la santé humaines. Les Japonais, sensibles à l'autorité, ont tendance à idéaliser ces institutions.
L'IRSN, qui a fonctionné entièrement dans l'esprit de l'ethos, a licencié en juin 2020 Christine Fassert, sociologue et chercheuse. La raison invoquée pour son licenciement est son attitude professionnelle, à savoir son refus d'obéir aux ordres de ses supérieurs et son attitude rebelle. En réalité, c'est parce qu'elle a catégoriquement refusé de supprimer la phrase « Après l'accident, les experts du nucléaire ont perdu la confiance du peuple japonais » (source).
Choqués par son licenciement, des chercheurs et des universitaires japonais et français ont pris position dans la presse pour défendre la diversité académique et la liberté de recherche (source).
Cette affaire prouve que le lobby nucléaire cherche à contrôler les discours et les opinions des jeunes chercheurs, des doctorants et des salariés de l'IRSN, et témoigne de son refus de reconnaître la liberté de recherche.
Aujourd’hui, cet organisme a été fusionné avec l’Agence de sécurité nucléaire et devenu ASNR.
L’OMS
Par exemple, l'OMS n'a pas envoyé de mission sur place pendant cinq ans lors de l'accident de Tchernobyl. Elle ne peut pas non plus rédiger de recommandations ou de rapports qui contrediraient les décisions de l'AIEA. L'organisation est en effet liée par le mémorandum WHA 12-40, signé en 1959 par l'AIEA et l'OMS. Sans l'accord de l'AIEA, l'OMS ne peut ni mener ses propres enquêtes, ni publier ses propres rapports sur le nucléaire.
Le REMPAN (Radiation Emergency Medical Preparedness and Assistance Network)(11), une équipe d'experts pouvant intervenir immédiatement en cas d'accident nucléaire, a été créée en 1987, soit l'année suivant l'accident de Tchernobyl. Cette équipe est prête à intervenir à tout moment et est composée de représentants de différents pays. Ses membres, qui sont parfois les mêmes que ceux de la CIPR sont tous pro-nucléaires et croient qu'il n'y a pas de maladie grave en dessous de 100 mSv/an.
La CIPR
L’ICRP (International Commission on Radiological Protection) est un groupe international d'experts en radioprotection dont l'acronyme français est CIPR « Commission internationale de protection radiologique ». Créée en 1928 sous le nom de « Commission internationale de protection contre les rayons X et le radium », elle a pris son nom actuel en 1950. Cette organisation est enregistrée au Royaume-Uni en tant qu'organisme caritatif. À l'origine, son objectif était de protéger la santé des radiologues, mais il ne fait aucun doute qu'elle a apporté une contribution mondiale en établissant les bases de la radioprotection médicale. L'OMS devrait disposer d'une organisation similaire au sein de ses propres structures, mais pour diverses raisons, elle n'y parvient pas et a donc confié cette tâche à la CIPR. Cependant, au fil des revirements historiques, la CIPR s'est orientée vers la question suivante : « Comment introduire de manière globale un système de doses admissibles fondé sur la théorie de la tolérance au risque ? ». En collaborant avec l'UNSCEAR, elle s'est alignée sur l'intention des États-Unis de vendre des réacteurs nucléaires dans le monde entier et de généraliser la théorie de la tolérance au risque à l'aide d'une pseudo-science. Actuellement, plusieurs de ses membres sont également membres de l'AIEA et de l'UNSCEAR, ce qui témoigne des liens étroits qui unissent cette commission aux agences des Nations unies.
Les recommandations publiées par ce comité suscitent de nombreuses interrogations. Le gouvernement japonais s'appuie notamment sur ces recommandations pour prendre ses décisions.
Des scientifiques et des experts indépendants japonais ont très récemment créé le Comité japonais d'évaluation des risques liés aux rayonnements (JCRR). Celui-ci prévoit de mener ses propres évaluations des risques, fondées sur la science et les droits humains, et de s'appuyer sur les connaissances du Comité européen pour la recherche sur les effets des rayonnements ionisants (ECRR).
La relance de l'ONG « Fukushima Dialogue »
Jacques Lochard semblait vouloir mettre un terme à plus de 20 séminaires de dialogue(12). Ces activités n'étant pas très connues localement, et Jacques Lochard arrivant à la fin de sa carrière, il devait se retirer de ses fonctions au sein du CEPN et de la CIPR, ce qui devait signifier la fin de ces séminaires. En février 2018, une réunion stratégique a toutefois été organisée à Fukushima, réunissant une trentaine de personnes impliquées dans l'organisation de ces séminaires : des représentants d'« Ethos in Fukushima », des acteurs locaux, des experts internationaux (CIPR, NEA, Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE, IRSN, Agence norvégienne de protection radiologique, NRPA, CEPN) et du ministère japonais de l'Environnement. Les participants ont exprimé leur volonté de poursuivre le dialogue tant que la zone d'accès restreint existerait. C'est normal, car après tout, ce réseau souhaite faire croire que les radiations n'ont aucun effet.
Ryugo Hayano, qui s'était le plus investi dans ces séminaires, a vu ses articles publiés en 2016-2017 faire l'objet de vives critiques. Cette polémique s'est poursuivie jusqu'en 2021, comme on s'en souvient. Il ne faut pas oublier que c'est le réseau international Ethos qui est à l'origine de cette affaire.
Le redémarrage de l'ONG « Fukushima Dialogue » vise peut-être à restaurer la confiance perdue envers Hayano et ses collègues. De plus, plusieurs procès sont toujours en cours et la colère des évacués pourrait exploser à tout moment. Il s'agit donc probablement de convaincre le public que les nombreux habitants qui vivent actuellement dans les zones contaminées ont choisi de s'y installer de leur plein gré. En d'autres termes, il s'agit de poursuivre la propagande en faveur de la tolérance.
Le réseau Ethos du lobby nucléaire français est en lien direct avec l'article de Hayano et Miyazaki.
En 2008, le lobby nucléaire français s'est réuni, avec Thierry Schneider du CEPN comme coordinateur, afin de rassembler des lycéens du monde entier et de lancer un programme d'échanges internationaux sur la radioprotection. Ce dernier avait auparavant donné des conférences sur la radioactivité dans les lycées sous la forme de cours itinérants.
Une fois le projet Ethos terminé, le lobby nucléaire français a commencé à élaborer diverses stratégies de communication en prévision d'un accident grave en France ou en Europe. En cas d'accident grave, les responsables de chaque domaine se réunissaient pour élaborer des mesures d'urgence lors de réunions appelées CODIRPA (13) ou PAREX (14), en se basant sur l'expérience de Tchernobyl. Les trois principaux acteurs du projet Ethos étaient Jacques Lochard, Gilles Hériard-Dubreuil, responsable administratif du projet, et le professeur Henry Ollagnon de l'École nationale supérieure d'agronomie de Paris.
Parallèlement, le projet a lancé un programme d'échanges internationaux pour les lycéens, convaincu de l'importance de diffuser les connaissances sur le nucléaire et la radioactivité auprès de la jeune génération. L'organisation et le soutien de ces rencontres sont principalement assurés par le secteur nucléaire. Six organismes y participent : le CEA (Commissariat à l'énergie atomique), l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), le CEPN (Centre d'expertise en protection nucléaire), l'INSTN (Institut national des sciences et techniques nucléaires, géré par le CEA) et la SFRP (Société française de radioprotection).
Initialement, les participants étaient des lycéens des pays voisins de Tchernobyl et de France, en raison de l'accident de Tchernobyl. Mais à partir de la conférence de Genève en 2014, Ryugo Hayano a commencé à y emmener des lycéens de Fukushima. Depuis, il y a emmené des lycéens de Fukushima à chaque fois, pour un total de cinq participations jusqu'en 2019. À Genève, il a demandé au CERN, l'organisation européenne pour la recherche nucléaire où il était chercheur, de fournir le lieu de la conférence. Selon son fichier PowerPoint, il a présenté l'accident de Fukushima lors de cette conférence et a conclu en présentant les avis de l'OMS, de l'AIEA et de l'UNSCEAR, qui estiment qu'il est difficile d'envisager des effets à long terme sur la santé. En d'autres termes, il cherche à minimiser les effets de l'accident et des radiations, comme il l'a fait dans son article avec Miyazaki. La plupart des personnes impliquées dans le projet Ethos ont d'ailleurs adopté une position similaire à la sienne et ont minimisé les effets de la radioactivité. Après la conférence de Genève en 2015, la conférence s'est tenue à l'installation nucléaire de Cadarache qui mène également des recherches et fabrique des armes nucléaires militaires.
Concernant les articles de Miyazaki et Hayano, Shinichi Kurokawa, professeur émérite à l'Organisation de recherche sur les accélérateurs à haute énergie, a constitué une équipe de cinq scientifiques. En collaboration avec Mme Akemi Shima, habitante de la ville de Date, ces chercheurs ont examiné ces articles et ont sévèrement critiqué leurs irrégularités, leurs lacunes, leurs erreurs, leurs falsifications et leurs fabrications. Le doctorat de Makoto Miyazaki, de l'université médicale de Fukushima, a été retiré. Lors du webinaire organisé le 13 avril 2021 par l'Association japonaise des journalistes scientifiques et techniques, M. Hayano a présenté ses conclusions et a participé à un débat avec M. Kurokawa dont l'issue était évidente. M. Hayano n'a pas pu se défendre.
Nous nous contenterons ici de rapporter comment les recherches de Miyazaki et Hayano ont débuté et quels événements les ont précédées.
Le programme international d'échange entre lycéens sur la radioprotection, mentionné précédemment, est l'un des éléments qui ont conduit à la publication de cet article. M. Miyazaki a lui-même déclaré que l'idée de l'article était née lors d'un séminaire de l'IRSN à Paris, et qu'elle lui avait été suggérée par le maire Shoji Nishida. Il ne fait aucun doute que cette idée trouve son origine dans le fait que Ryugo Hayano a participé à cinq reprises au programme international d'échange entre lycéens sur la radioprotection avec des lycéens de Fukushima.
C'est Hériard-Dubreuil, coordinateur d’Ethos, qui a invité Takahiro Hanzawa, conseiller du maire de Daté, à assister au colloque du Parlement européen à Strasbourg.
Lors du symposium de NTW (Nuclear Transparency Watch, ONG européenne) au parlement européen. De droite à gauche, Takahiro Hanzawa, Michèle Rivasi, eurodéputée, et un peu plus loin, David Boilley de l’ACRO (source : site NTW)
Il a présenté ces mesures comme l'une des meilleures méthodes de protection contre les radiations. Au conseil municipal de Date, certains ont soupçonné que l'article de Miyazaki et Hayano servait à justifier la non-décontamination de la zone C de Date. Quoi qu'il en soit, l'IRSN se vante sur son site web KOTOBA d'avoir réussi à éviter le déplacement de la plupart des habitants de Date. Après avoir quitté la ville de Date, Hanzawa a rejoint l'ONG « Fukushima Dialogue », présidée par Ryoko Ando (photo), en tant que directeur, ce qui n'est pas surprenant au vu des événements passés.
Hayano, qui a assidûment participé aux séminaires de Dialogue, est un ancien professeur de l'université de Tokyo, physicien, mais pas médecin. C'est lui qui, lorsque la thèse de Miyazaki Hayano a commencé à faire débat, a publié un article intitulé La volonté de savoir, toujours d'actualité sur le site Web Synodos. Il y affirme notamment que « d'un point de vue scientifique, on peut désormais affirmer qu'il n'y a aucun danger à vivre à Fukushima », que « le nombre de décès liés à la radioactivité est nul » et que « l'exposition interne peut désormais être considérée comme négligeable ». Cependant, il n'apporte aucun argument concret, aucune donnée ni aucune documentation scientifique pour étayer ces affirmations.
Enfin, notons que Jacques Lochard a fait venir, en 2025, au Pavillon des sciences de Montbéliard dont il est le directeur, une partie de la collection du musée consacrée à l'accident de Fukushima, Denshou-kan(14) créée sous la direction de partisans du nucléaire et selon une interprétation influencée par le lobby nucléaire. Notons au passage que le directeur de ce musée est Noboru Takamura, considéré comme un disciple de Shun’ichi Yamashita.
Jacques Lochard au Pavillon des Sciences de Montbéliard accueille en 2025 une délégation japonaise (source : fipo.or.jp)
En décembre dernier, Ryoko Ando est venue visiter le CLI (Commission locale d’information) (15) en France et a écrit dans un article publié dans le quotidien Asahi Shimbun que les organisations favorisant le partage d'informations entre les secteurs public et privé étaient porteuses d'espoir pour l'avenir. On peut dire qu'elle joue parfaitement son rôle d'ambassadrice du lobby nucléaire français. À l'origine, le CLI a été créé pour servir d'outil de bloquer des opposants, et aussi il fonctionne aujourd'hui comme une organisation qui reflète fortement les intentions des partisans du nucléaire.
Le système nébuleux du lobby nucléaire international est donc bel et bien en marche. Il a fonctionné aussi bien à Tchernobyl qu'à Fukushima, permettant au lobby nucléaire international d'imposer sa volonté selon laquelle « les effets de la radioactivité ne sont pas graves », même en cas d'accident grave. C'est ce que montrent clairement les différents aspects évoqués ci-dessus, 15 ans après Fukushima.
——————————————
(1). Le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, UNSCEAR) est un organisme international né en 1955 à la suite de la résolution 913 (X) de l'Assemblée générale des Nations unies
(2). La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant la mesure de l'exposition aux rayonnements ionisants et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales enradioprotection reposent sur ces recommandations.
(3). La Commission des victimes de la bombe atomique (ABCC) fut créée après l’attaque des États-Unis contre Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. L’ABCC commença initialement sous le nom de Commission mixte. L’ABCC cherchait à obtenir des informations techniques de première main et à rédiger un rapport pour faire connaître les possibilités d’une étude à long terme des victimes de la bombe atomique. Mais en réalité, elle cherchait à comprendre la puissance des bombes et très peu intéressé sur les effets radioactifs de long terme. Elle reçoit des irradiés (Hibakusha) et récolte des données médicales, mais jamais des soins adéquats.
(4). Il est enseignant à l'université de Nagasaki, puis devient vice-président de l'université préfectorale de médecine de Fukushima, et conseiller chargé de la gestion du risque sanitaire lié à la radioactivité dans la préfecture de Fukushima. Dans le passé, il est allé étudier à Tchernobyl dans le cadre de Programme Tchernobyl. Il a dit « Plus vous sourirez, moins la radiation vous atteindra [...]. Si vous ne souriez pas, les rayons auront un effet sur vous. Cela a été prouvé par expérimentation animale ». Il est aussi un membre de REMPAN.
(5). Médecin spécialiste en radiologie. Directeur de l'Institut de recherche médicale sur les effets des radiations atomiques de l'université d'Hiroshima. À la suite de l’accident de Fukushima Daiichi, il a été nommé, le 19 mars 2011, conseiller en gestion sanitaire liée à la radiation dans la Préfecture de Fukushima, à la demande du gouverneur de la préfecture, Yuhei SATO, aux côtés de Shun’ichi Yamashita et Noboru Takamura, tous deux de l'université de Nagasaki. Avec pour objectif principal « d'apaiser les craintes liées aux radiations en dialoguant régulièrement avec les citoyens », il a, avec Yamashita et d'autres, continué à afficher un optimisme certain même pendant la période de retombées radioactives, lorsque de grandes quantités d'isotopes radioactifs se sont répandues et sont retombées sur la préfecture de Fukushima. Il est considéré avec Shun’ichi Yamashita, un des spécialistes officiels pro-nucléaires
(6). Transféré aujourd’hui sur la page de FaceBook de l’ASNR : https://www.facebook.com/watch/?v=996532120396475. Voir aussi : https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/crise/creation-dialogues-fukushima
(7). Il s'agit d'une série de problèmes liés à des articles publiés par MIYAZAKI Makoto, alors étudiant à la Fukushima Médical University, et HAYANO Ryugo, alors professeur à l’Université de Tokyo. Miyazaki et Hayano ont compilé dans trois articles, dont certains non publiés, les données fournies à l'université médicale préfectorale concernant les mesures des doses d'irradiation quotidiennes des habitants de la Ville de Daté, dans la préfecture de Fukushima, et leur relation avec les valeurs de dose spatiale. Ils ont publié ces articles dans une revue scientifique britannique consacrée à la radioprotection et ont effectué des prévisions sur les doses d’irradiation à vie. Cependant, divers problèmes et erreurs ont ensuite été signalés, ce qui a conduit au retrait des articles.
(8). Ohtsura NIWA, un des principaux acteurs de Ethos au Japon est l’ex-professeur de l’université de Kyoto, radio-biologiste. Membre de la CIPR et aussi l’ex-président de Radiation Effects Research Foundation de Hiroshima qui est successeur de ABCC. https://www.rerf.or.jp/en/about/
(9). https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0146645316680582 A la fin de ce journal de la CIPR, on voit bien les trois acteurs du lobby entre les Japonais, Ryoko Ando, Ryugo Hayano et derrière, Ohtsura NIWA.
(10). https://eu-neris.net
(11). https://www.who.int/groups/rempan
(13). CODIRPA : Comité directeur pour la gestion post-accidentelle d'un accident nucléaire
A la demande du Premier ministre, l’ASN coordonne depuis 2005 des travaux de réflexion sur les mesures à prendre pour gérer un territoire contaminé par un accident nucléaire de grande ampleur. Ces travaux sont menés au sein du comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire (le CODIRPA). Il s’agit d’un comité pluraliste réunissant les services de l’Etat, les instituts d’expertise, les exploitants d’installations nucléaires, l’ANCCLI et les CLI, le monde associatif et des représentants de la société civile. https://nuclear-safety.asn.fr/autres-activites/post-accident/le-codirpa
(14). PAREX : en 2005, l'ASN a lancé une étude sur le retour d'expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl. Cette étude a été confiée à la société Mutadis Consultants, dont Gilles Hériard Dubreuil, coordinateur du projet Ethos, est le responsable. Outre l'étude du retour d'expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl, les objectifs de cette démarche étaient les suivants :- évaluer la pertinence de ce retour d'expérience dans le contexte social, économique et politique de la France et de l'Union européenne ;- en dégager des enseignements dans la perspective d'un dispositif préventif de gestion post-accidentelle au plan français. La démarche PAREX repose sur une réflexion participative et pluraliste associant des représentants d'organismes publics concernés, de la société civile (associations, membres de commissions locales, représentants d'administrations territoriales, élus territoriaux). https://accidentologienuclairecivil.blogspot.com/p/retour-dexperience-rexparex.html
(15). Une commission locale d'information (CLI) ou comité local d'information et de suivi (CLIS) est une structure d'information et de concertation obligatoirement[1] mise en place par certaines installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) .Les 53 CLI françaises — dont 38 autour des sites nucléaires — rassemblent 3 000 membres, élus, syndicalistes, représentants d'associations et experts ou personnes qualifiées.
_____________________
En savoir plus...
sur l’association Enfants de Tchernobyl Belarus
https://enfants-tchernobyl-belarus.org
sur Ethos à Fukushima avec l’article de Pierre Péguin (2016)
Vivre dans le jardin nucléaire avec Ethos, un crime contre l'humanité
à propos des lycéens... (2019)
Des lycéens français visitent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
à propos de Youri Bandajevsky (2016)
Youri Bandajevsky, scientifique en exil : « la catastrophe vient à peine de commencer »
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_92dfd7_2-ouiimg-8133-photo2.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_c5ca67_4-solange-michel-wladimir-vassily-ilsa.png)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_5d9d79_6-irsn-magazine-reperes-n22bis-2014-ph.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_80ff2b_carte-relationnelle-plan1.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_5ee960_7-irsn-magazine-reperes-n22-2014-photo.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_2f7eb7_8-pic-event-fukushima-photo8.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_6a76be_9-a-aya-a-a-ae-3a-a-a-pmaaza-a-asa-aea.jpg)
/image%2F0547739%2F20260306%2Fob_e5a4a1_10-img-1135photo-10.jpeg)
/image%2F0547739%2F20260304%2Fob_20120b_synradio.jpg)
/image%2F0547739%2F20250922%2Fob_7941b1_capture-d-ecran-2025-09-22-005655.jpg)
/image%2F0547739%2F20250922%2Fob_b4c98e_capture-d-ecran-2025-09-22-005351.jpg)
/image%2F0547739%2F20250806%2Fob_398093_250723-01.jpg)
/image%2F0547739%2F20250807%2Fob_d283fa_bilan-aout-2025.jpg)
/image%2F0547739%2F20250613%2Fob_697238_2.jpg)
/image%2F0547739%2F20250613%2Fob_845d8d_3.png)
/image%2F0547739%2F20250613%2Fob_955326_5.png)
/image%2F0547739%2F20250613%2Fob_3cf678_4.png)
/image%2F0547739%2F20250613%2Fob_f940c8_6.jpg)
/image%2F0547739%2F20241007%2Fob_37ef5f_1.jpg)
/image%2F0547739%2F20241007%2Fob_307b12_2.jpg)
/image%2F0547739%2F20241007%2Fob_a7fe76_3.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_b7e0c3_trou2-copie.png)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_3101bf_explications.png)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_d25e9d_centrale-ann.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_4b824e_240318-01.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_7c6888_240318-02.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_b875b5_coupe.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_98d2c0_240318-03.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_d5f629_240318-04.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_80b37f_240318-05.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_adbe42_240318-06.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_edd1ca_240318-07-stalactites.png)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_09baef_240318-08.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_797f73_240318-09.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_70ed22_240318-10.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_fa1e67_240318-11.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_400ca0_240318-12-2.jpg)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_90c14b_trou2.png)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_d5af53_construction.png)
/image%2F0547739%2F20240425%2Fob_4026c6_reacteur-bwr-ge.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_2a1843_1.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_5d88ce_2.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_340baa_3.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_17c751_4.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_c02509_5.jpg)
/image%2F0547739%2F20240311%2Fob_f287ab_6.jpg)
/image%2F0547739%2F20230912%2Fob_6be2bf_screenshot-2023-09-12-at-23-43-01-actu.png)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_1c2457_1.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_19a1c2_2.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_021060_3.png)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_04e5b0_4.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_1acaf0_5.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_b62a7c_9.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_afa05c_10.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_2ee991_11.png)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_74c8bc_12.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_5ec7c5_13.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_9f66ea_15.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_b231b9_16.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_227cc2_17.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_781bb5_18.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_718035_19.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_5e39ee_20.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_9d754f_21.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_e65bef_22.png)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_22da4c_23.jpg)
/image%2F0547739%2F20230326%2Fob_5da6a8_24.png)
/image%2F0547739%2F20210219%2Fob_199e1f_bd-galic.jpeg)
/image%2F0547739%2F20240429%2Fob_790ad1_screenshot-2024-04-29-at-10-26-05-etud.png)








