18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:53

Tepco diffuse un document en japonais et une vidéo qui indique une fuite importante dans le bâtiment réacteur n°3. Cette fuite a été constatée le 18 janvier 2014 à 14h40 par un employé qui surveillait les images prises par une caméra montée sur un robot utilisé à enlever les débris.

Situation de la fuite

Situation de la fuite

Le plan indique que l’écoulement a lieu au niveau du rez-de-chaussée (niveau 1F). L’eau, qui s’étale sur 30 cm de largeur, rejoint un entonnoir de vidange.

 

Tepco précise dans son communiqué à la presse japonaise qu’il n'y a pas de changement significatif observé dans les postes de contrôle et dans les paramètres de l'installation (quantité d'eau injectée dans les réacteurs, températures au fond des cuves de réacteur, températures à l'intérieur des enceintes de confinement, etc.). Mais pour l’instant, ils ne connaissent pas l’origine de cette fuite.

Le débit de dose de l'air ambiant à proximité de la fuite est d'environ 30 millisieverts/heure, ce qui ne permet pas à un homme de s’approcher. Toute investigation se fait à distance dans le bâtiment réacteur n°3 qui, suite à son explosion le 14 mars 2011, est extrêmement radioactif.

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Selon Masaishi Shiozaki, il y a de grandes chances que cette eau soit hautement radioactive, car elle est en lien avec un équipement ("main steam isolation valve room") relié au réacteur.

 

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Mise à jour du 20 janvier 2014

 

L’eau de cette fuite est hautement radioactive :

 

Radioactivité Bêta : 2.4×10^4 Bq/cm3 = 24 millions de Becquerels/litre
Césium 134 :7.0×10^2 Bq/cm3 = 700 000 Becquerels/litre

Césium 137 :1.7×10^3 Bq/cm3 = 1,7 millions de Becquerels/litre

Cobalt 60 :2.5×10^1 Bq/cm3 = 25 000 Becquerels/litre

 

Source : site de TEPCO (version : Japonais), 19 janvier 2014.

http ://www.tepco.co.jp/cc/press/2014/1233699_5851.html

 

Communiqué de l’ACRO à ce sujet :

« Retour sur la fuite découverte dans le réacteur n°3 : TEPCo n'en connaissait pas l'origine, mais a émis une hypothèse rassurante liée à de l'eau de pluie. Elle n'a pas mentionné d'hypothèse inquiétante... Elle donne maintenant des informations (en japonais uniquement) sur cette eau :
- la température est de 20°C alors que l'eau injectée est à 7°C (à 17h) ;
- il y a 1,7 MBq/l en césium 137 (1,7 million de becquerels par litre), 700 000 Bq/l en césium 134, 25 000 Bq/l en Cobalt 60 et 24 MBq/l en bêta total. (Les données de TEPCo sont en Bq/cm3 pour faire moins peur). C'est donc beaucoup plus contaminé que l'eau injectée dont la composition est ici en anglais.
TEPCo en conclut pudiquement que "ce n'est pas l'eau qui pénètre dans le réacteur". Certes, mais elle n'en dit pas plus sur la provenance. Toujours pas d'hypothèse alarmante, alors que la veille, elle n'avait pas hésité à suggérer qu'il pouvait s'agir d'eau de pluie... Quand les médias l'interrogent, le porte-parole de la compagnie ne peut nier que cette eau doit sortir de l'enceinte de confinement.
Cette eau a donc fort probablement pénétré dans la cuve où elle a été en contact avec le combustible. La fuite existe-t-elle depuis le début ? Est-elle partiellement responsable de la fusion ? Si oui, est-elle due au séisme ou au tsunami ? Ces questions sont cruciales pour la sûreté des autres réacteurs. Rien à ce propos, même en japonais.
Et comme les débits de dose sont très élevés sur place, aucun être humain ne peut aller inspecter. La réponse à ces questions va tarder. »

(source : http://www.acro.eu.org/chronoFukushima.html)

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 19:32

En 2003, un envoyé spécial d’El Mundo, David Jimenez, constatait que les SDF étaient recrutés pour nettoyer les centrales nucléaires au Japon. Dix ans plus tard, la technique est la même pour les sales boulots de la centrale de Fukushima.

En savoir plus :

 

L’article de France 24

Des SDF japonais embauchés pour nettoyer Fukushima

 

L’article de David Jimenez (El Mundo)

Les mendiants, esclaves du nucléaire au Japon (lien ci-dessous)

 

 

Article connexe

Les disparus de Fukushima

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 00:01
La répression du « secret » dans l’après-Fukushima au Japon

La loi du secret, adoptée dernièrement par le Parlement japonais, donne au gouvernement carte blanche pour désigner des secrets d’Etat et restreindre l’information sur tout sujet à sa convenance. Les blogueurs et les journalistes indépendants diffusant des informations sur Fukushima vont-ils subir des pressions dans un avenir proche ?

Saul Takahashi, avocat japonais spécialisé dans les droits de l’homme, expose dans cet article ses inquiétudes face à la montée en puissance de pratiques qui rappellent des années sombres.

source image : Semmick Photo / Shutterstock.com

 

 

La répression du « secret » dans l’après-Fukushima au Japon

 

Saul Takahashi

 

Le 10 décembre 2013

Titre original : « Japan's post-Fukushima 'secrecy' clampdown »

Source : The Ecologist

Traduction : Javale Gola

Source : Groupe Facebook Fukushima Information

 

La possibilité de désigner toutes sortes d’informations « au secret » est quasi infinie.

 

La nouvelle loi japonaise du secret est un nouveau signe de la montée du militarisme dans le pays, car elle élargit le pouvoir du gouvernement en lui donnant la capacité de qualifier des secrets d’Etat, tandis que la belligérance est en progression dans la région. Faut-il encore et toujours le répéter, le peuple du Japon est bien obligé de constater une fois de plus combien le gouvernement peut être dissimulateur et arbitraire suite à la catastrophe de Fukushima. En raison des lenteurs du gouvernement et de sa répugnance à divulguer les informations, les gens sont restés exposés à de fortes doses de radioactivité durant plus d’un mois après la fusion, avec des conséquences sur la santé potentiellement graves.  Il est clair à présent que l’aile du gouvernement la plus à droite qu’on ait vue depuis des décennies, a fait passer en force au Parlement un projet de loi pour classifier « des secrets spéciaux », qui donne essentiellement carte blanche à l’exécutif pour censurer les informations à très grande échelle, ce qu’on n’avait plus revu depuis l’époque militariste qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale et qui s’était prolongée tout au long de cette période.

 

Cette loi, connue sous l’appellation de Loi des Secrets Désignés, est passée en force à la Chambre basse suffisamment puissante le 26 novembre, puis elle a été votée à la Chambre haute le 6 décembre dans la même précipitation. Elle donne à l’exécutif le pouvoir sans restriction de désigner une large gamme d’informations comme des secrets de la Nation. Il n’y a pas de contre-pouvoir efficace d’aucun organisme indépendant, ni vraiment le moyen de s’assurer que l’exécutif n’exerce aucun abus de pouvoir. C’est une indication des plus sommaires sur les renseignements désignés secrets, qui sera divulguée au public. Ce projet de loi violerait le droit du droit des populations d’avoir accès à l’information, punirait sévèrement les lanceurs d’alerte, porterait atteinte à la liberté de la presse et aurait des effets dissuasifs à l’égard des organisations de la société civile et des actions des citoyens engagés.

 

Le gouvernement a répété de façon litanique : la loi est nécessaire, parce que le Japon est « un paradis pour les espions » en raison de l’absence d’une infrastructure légale pour l’espionnage et les secrets d’état. On voudrait faire croire à la population que le gouvernement n’a pas le pouvoir de préserver la confidentialité des renseignements et que Tokyo serait rempli d’agents de l’étranger qui s’empareraient en toute licence de secrets sensibles. Rien n’est moins vrai – le gouvernement désigne déjà une vaste gamme d’informations comme confidentielles – 410 000 pièces d’informations ont été désignées comme telles depuis qu’une politique gouvernementale de balayage a été mise en œuvre à cet effet en 2009. En outre, en réponse à une question posée au Parlement, le Premier Ministre Abe a reconnu que le gouvernement a été informé de 5 cas de « fuites d’informations importantes de la part de fonctionnaires » au cours des 15 dernières années. 5 cas en 15 ans peuvent difficilement constituer « un paradis ».

 

La vérité, et le gouvernement lui-même l’a reconnu, c’est que cette loi est intrinsèquement liée à une autre loi adoptée par le Parlement en novembre, établissant un Conseil National de la Sécurité qui ressemble beaucoup à l’organisme américain du même nom. En fait, la loi des secrets stipule précisément le partage de secrets désignés avec des gouvernements étrangers, apparemment plus dignes de confiance que le peuple-même du Japon.

 

 

Une infraction constitutionnelle.

 

Quatre catégories d’informations répertoriées dans le projet de loi pourraient potentiellement être concernées par le secret : la défense, la diplomatie, « les activités désignées comme dangereuses » et la prévention du terrorisme, mais elles sont dénommées par une formulation extrêmement large. C’est ainsi que toute information liée à la défense pourrait qualifier aussi bien « toute information importante relative à la sécurité » dans le domaine des relations internationales, que toute information relative à la lutte officielle contre le terrorisme, ou encore toute information relative « aux activités potentiellement nuisibles à la sécurité nationale ». La possibilité de verser des informations spécifiques au « secret » est en définitive sans limitation aucune. Bien que l’amendement au projet stipule une durée de principe de 60 ans (ce qui est en soi déjà extrêmement long) il y a par ailleurs des catégories d’informations qu’on peut désigner au secret sans durée limite – ce qui revient au même.

 

Le rôle du Parlement est extrêmement limité,  à tel point qu’il sera probablement vide de sens.

 

Le projet stipule que dans l’application de la loi, le gouvernement devrait « entièrement tenir compte » des rapports de presse « qui ont pour but de garantir le droit des gens à l’information ».  Ces dispositions sont à tout le moins « vagues » et semblent laisser au gouvernement une marge de manœuvre pour apprécier quel rapport « a pour but de garantir » ce droit. Mais les sanctions pour la révélation de secrets sont sévères – jusqu’à dix ans d’emprisonnement pour les fonctionnaires ou les sous-traitants livrant des secrets. Les personnes obtenant illégalement communication de secrets sont également sujettes à des peines de plus de dix ans d’emprisonnement, et celles qui « inciteraient » à leur révélation sont passibles de peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. On serait aussi passible d’emprisonnement pour avoir révélé des secrets par négligence, de même qu’en cas d’«incitation » ou de conspiration dans l’intention d’en révéler.

 

Il est important de souligner que la liberté d’information est non seulement un élément capital de la liberté d’expression, mais aussi un droit de l’homme fondamental inscrit dans la Constitution japonaise. L’Article 21  stipule que « la liberté[…] de parole, celle de la presse ainsi que toutes les autres formes d’expression sont garanties », et cet article, en conformité avec les développements du droit international, a été interprété par les tribunaux japonais de façon à inclure le droit d’accès à l’information. Ce même article rappelle également que le gouvernement est tenu de « s’abstenir de violer les droits fondamentaux de l’homme au-delà du raisonnable» dans l’application de la loi, ce qui, dans le nouveau contexte, pose la question de savoir ce que recouvre « au-delà du raisonnable ». Pire encore, l’Article 21 établit que les comptes-rendus des medias ne doivent pas faire l’objet de sanctions « dans la mesure où leurs communications auraient pour seule fin l’intérêt public et ne s’appuieraient pas sur des méthodes illégales ou à l’évidence déloyales ». Or, il n’existe aucune définition de « l’intérêt public » dans ce contexte, pas la moindre indication de la façon dont le gouvernement pourrait en attester. Le gouvernement a de même stipulé que les quelques blogueurs ou autres activistes des réseaux sociaux ne tombent pas sous la définition des « media » entendue dans cet article, en indiquant de ce fait que les susdits pathétiques garde-fous ne devront pas leur être appliqués.

 

Comme on l’imagine sans peine, ce projet de loi a déclenché un intense tollé dans la sphère publique avec l’expression de protestations quasi-quotidiennes et a essuyé la critique des Organisations de défense des droits de l’homme, au nombre desquelles l’Association du Barreau Japonais, de la part aussi d’éminents députés honoraires du Parti Conservateur, des Sociétés Savantes, des Sociétés de la Presse ainsi que des Conseils préfectoraux et des Conseils municipaux. Fait tout à fait inhabituel pour un pays qui d’ordinaire échappe à l’analyse internationale, le projet fut également l’objet de vives critiques de la part des défenseurs des droits de l’homme aux Nations-Unies. Au Conseil des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, le Rapporteur Spécial  sur la Liberté d’Expression et le Rapporteur Spécial sur le Droit à la Santé ont publié une déclaration conjointe critiquant les dispositions trop larges du projet de loi et le manque de protection des informateurs. Le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme a partagé cette préoccupation.

 

Les réponses du gouvernement à ces problèmes ont brillé par leur caractère évasif, flou, et la mentalité condescendante du « taisez-vous et faites-nous confiance » _ en vérité, le fait que le gouvernement n’ait ouvert le projet de loi que deux semaines aux commentaires publics, au lieu d’un mois plein comme c’est l’usage, témoigne du mépris dans lequel il tient les points de vue en désaccord avec les siens. Une ONG a déposé la requête des minutes des comptes-rendus des réunions du groupe d’experts gouvernementaux qui avaient débattu des dispositions du projet _ lesquelles minutes remontent à l’année 2008. En insulte à la notion de responsabilité gouvernementale, les documents remis à l’ONG étaient presque complètement expurgés, c’est-à-dire censurés.

 

 

Un nouvel effet paralysant.

 

Pour faire une réponse éloquente à la question des suites qui seraient données à « un reportage à l’évidence déraisonnable», la Ministre Masako Mori, la membre du Cabinet missionnée par le Premier Ministre Abe pour porter le projet au Parlement, sans autre raison qu’une femme face aux caméras permet de donner du projet une image lénifiante, a cité pour illustration la tristement célèbre affaire Nishiyama en 1972.

 

Takichi Nishiyama, un ancien journaliste du grand journal japonais Mainichi Shimbun, fut arrêté pour avoir obtenu des informations de la part d’un secrétaire au Ministère des Affaires Etrangères Japonais (avec qui, l’apprit-on par la suite, il avait eu une liaison) à propos d’un accord secret entre les Etats-Unis et le Japon, relatif au retour d’Okinawa sous la souveraineté japonaise. Bien que l’accord publié par les deux gouvernements eût stipulé que certaines dépenses pour un  montant total de 4 millions de dollars US seraient payées par les Etats-Unis, ce fut un pur mensonge,  un accord secret précisa de fait que les coûts seraient payés par les Japonais. Pour les efforts qu’il a déployés à exposer au gouvernement la déception de son peuple, Nishiyama fut déclaré en 1978 coupable d’incitation à la révélation de renseignements confidentiels de la part d’un fonctionnaire. 30 ans plus tard, des documents déclassifiés du gouvernement américain confirmèrent les allégations de Nishiyama – or, son nom est dorénavant cité par le gouvernement comme un bon exemple de « mauvais » journalisme.

 

Fait révélateur, Mori a déclaré que les questions faisant l’objet d’un vif débat public, tel l’accord économique pour le Partenariat Transpacifique (TPP) actuellement en cours de négociation à huis clos entre les Etats-Unis et d’autres pays, pourraient être désignées au secret. Et les garanties présentées par le gouvernement n’ont pas suffi à apaiser les inquiétudes, du fait qu’avec dans le projet de loi des dispositions aussi larges, des informations importantes concernant la sécurité nucléaire pourraient aussi bien être désignées au secret.

 

Le plus important sans doute dans tout cela, c’est l’effet d’intimidation qu’aurait cette loi sur des personnes qui auraient accès à quelque sorte d’information que ce soit, ou qui en publieraient. En raison d’une formulation opaque de la loi, les gens ne peuvent pas être en mesure de savoir si une information à laquelle ils accèdent ou qu’ils rendraient publique est susceptible d’être de fait un secret désigné. L’Association du Barreau Japonais fait observer qu’aux termes des dispositions du projet de loi, il est tout-à-fait plausible d’être accusé et poursuivi en justice sans que ni la personne ni son avocat ne soient informés des renseignements précis qu’elle serait accusée d’avoir révélés. Il n’est dès lors pas surprenant que les déclarations du gouvernement, assurant que ne seraient pas punis des individus tombant sur des secrets ou en révélant par accident, ne soient pas convaincantes -  et tout indique que même dans l’hypothèse où elles ne seraient pas punies, ces personnes feraient l’objet d’une enquête.

 

Tôt dans la matinée du 5 décembre, en réponse à la pression, le gouvernement a fait cette annonce qu’il allait créer deux  organismes « indépendants » pour veiller à la mise en œuvre de la loi en garantissant qu’il n’y ait aucun abus. Mais l’un seulement de ces deux organes est véritablement indépendant – c’est un groupe d’experts juridiques qui aura une mission de conseil auprès du Premier Ministre, étant chargé d’élaborer des lignes directrices pour la désignation des secrets, et qui sera destinataire d’un rapport annuel sur la mise en application de cette loi. Il semble par ailleurs que le Premier Ministre ne fournirait à ce groupe d’experts qu’un vague aperçu du nombre d’informations désignées comme secrètes, par catégories. Au-delà de ce point, les choses ne sont pas claires en ce qui concerne le fonctionnement de cet organisme, on ignore aussi l’étendue réelle de ses compétences. Ce serait un jeu d’enfant pour le gouvernement de désigner un panel composé de ses copains, qui avaliseraient sans discussion telle ou telle proposition.

 

Prétendre que le second organisme serait « indépendant » est une offense à l’intelligence. Ce « Comité de Surveillance pour la Conservation des Renseignements » sera en charge de veiller à l’application de la loi en s’assurant qu’il n’y ait pas d’abus, et c’est sans conteste le plus puissant des deux organismes. Quoi qu’il en soit, il sera composé de secrétaires-adjoints (haut-fonctionnaires du plus haut rang) issus des Ministères des Affaires Etrangères et de la Défense – à savoir les Ministères qui désigneront sans aucun doute le plus grand nombre de secrets. Sans surprise, personne au Japon n’attend de la part de cet organisme aucun contrôle sérieux.

 

De nombreux opposants au projet de loi ont souligné qu’il y a dans les termes de cette loi des libellés strictement similaires à ceux qui remontent aux années sombres, en particulier dans l’infâme Loi pour la Défense de la Sécurité Publique de 1941, à laquelle le gouvernement eut recours pour jeter en prison les opposants à l’effort de guerre. L’expérience issue de ces années-là fait craindre aux Japonais que  les secrets gouvernementaux ne conduisent à des secrets plus nombreux encore de la part du gouvernement, et puis à la guerre.

 

Pour reprendre un adage employé souvent par la génération issue des années Trente pour décrire la nature insidieuse du militarisme : comme il se rapproche…le bruit des bottes !…

 

_______________________________

 

Saul Takahashi est un avocat japonais spécialisé dans les droits de l’homme et un activiste qui a débuté sa carrière auprès d’Amnesty International à Tokyo. Il a obtenu sa maîtrise en droit à l’Université d’ Essex, et travaille actuellement dans la Palestine occupée. Takahashi est l’éditeur [auteur ?] de « Human Rights, Human Security and State Security: the Intersection », un ouvrage qui sera publié par Praeger Security International en 2014.

 

Cet article a été publié à l’origine par Open Democracy sous le titre Japan’s designated secrets bill – the sound of the jackboots [Le projet de loi au Japon sur les secrets désignés – le bruit des bottes], sous licence d’Attribution Non Commerciale 3.0

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 11:08
Aux travailleurs de Fukushima

Le blog de Fukushima participe et s’associe à la démarche de Kna pour envoyer et diffuser un message de remerciement et de soutien aux travailleurs de Fukushima. La photo qui illustre ce message montre deux ouvriers qui avaient été envoyés sur le réacteur 4 après son explosion et qui travaillaient au niveau de la vanne entre la piscine de désactivation et le drywell. Que sont devenus ces héros anonymes ? Depuis, la vidéo dont est extrait ce cliché a disparu d’internet. En revanche, une avalanche de très beaux clichés et vidéos de matériel flambant neuf a lieu depuis que Tepco a commencé le retrait de combustible de cette même piscine. Ca s’appelle de la com. Je veux rappeler qu’il n’y a pas que des vidéos qui disparaissent, il y a aussi des travailleurs, je les ai appelés les disparus de Fukushima. Deux ans après, on n’a jamais eu de nouvelles d’eux. Je voudrais encore une fois leur rendre hommage.

PF

_______________

 

 

Aux travailleurs de Fukushima.
Ceux des premiers instants, les plus terribles de la catastrophe nucléaire.
Ceux qui chaque jour continuent de se battre contre la situation qui s'aggrave.
Ceux qui devront les remplacer, pendant de nombreuses années.
A leur famille et à leurs proches.

 

Voici un message de reconnaissance et de sympathie qui vient de France.

 

Si vous ne pouvez pas compter sur vos employeurs et dirigeants pour vous traiter correctement, vous n'êtes pas pour autant seuls, déconsidérés, face aux problèmes difficilement surmontables que vous devez affronter.

 

Même si c'est une faible consolation, à des milliers de kilomètres, des inconnus, des gens ordinaires comme vous, sont avec vous en pensée et vous remercient du fond du cœur pour votre courage et votre volonté.

 

Vous êtes des gens importants, qui méritez le respect, de par les responsabilités qui reposent sur vos épaules, et en raison de ce que vous accomplissez sans vraiment recevoir en retour reconnaissance ni gratifications.

 

On ne peut pas en vouloir à l'ouvrier qui a débranché le mauvais tuyau, appuyé sur le mauvais bouton ou fait déborder un réservoir, à cause d'un manque de formation, d'instructions précises, ou de moyens de contrôle.

 

On ne peut pas en vouloir au travailleur qui perd le moral, car il est aux prises avec des conditions de travail difficiles et périlleuses.

 

Des gens comme nous, qui sont de votre côté, qui comptent sur vous, qui vous offrent leur confiance et leur soutien moral, qui ne vous oublient pas, il y en a des milliers, et même sûrement des millions à travers le monde.

 

Nous ne vous connaissons pas, mais nous sommes des êtres humains comme vous, des citoyens de la Terre. Nous connaissons la difficulté de votre situation, et si nous ne pouvons pas faire grand-chose pour vous, nous tenons à vous dire merci pour ce que vous faites, merci pour les risques que vous prenez pour nous tous. Nous sommes avec vous.

 

Merci aux "Fukushima 50" et à toutes les personnes courageuses, qui depuis le premier jour de la catastrophe n'ont pas hésité à mettre leur vie en danger pour éviter qu'une situation encore plus grave ne se produise.

 

Merci à toutes les personnes dont on ne parlera jamais, qui chaque jour à leur niveau, participent à la tâche colossale de juguler le péril radioactif à la centrale nucléaire de Fukushima.

 

Notre soutien moral et nos pensées vont vers vous et vos familles, et vers les proches des victimes qui ont laissé leur santé ou leur vie dans ce combat.

 

Merci de diffuser ce message à travers le monde !

 

Japonais

福島原発で働く皆さんへ

http://goo.gl/re5822

Allemand

An die Arbeiter im Atomkraftwerk Fukushima

http://goo.gl/0LtHXo

Anglais

To the workers of Fukushima

http://goo.gl/zCEpg0

Espagnol

A los trabajadores de Fukushima

http://goo.gl/nNukUA

Espéranto

Al la laboristoj de Fukushima

http://goo.gl/JBp9MF

Français

Aux travailleurs de Fukushima

http://goo.gl/br0Mi2

Italien

Ai lavoratori di Fukushima

http://goo.gl/7XOmX8

Néerlandais

Aan de werknemers van Fukushima

http://goo.gl/rOMnfB

Portugais

Aos trabalhadores de Fukushima

http://goo.gl/B1E3i1

Russe

Работникам на Фукусиме

http://goo.gl/s3wGze

Je serais très heureux que d'autres personnes ou d'autres groupes reprennent cette idée, et expriment aussi leur soutien à ceux qui luttent sur le champ de bataille de Fukushima, pour nous tous.

Diffusez ce message sur votre site ou blog, contactez-nous pour le traduire dans d'autres langues et pour figurer dans la liste des participants.
Rédigez votre propre message de réconfort si vous préférez, et diffusez-le également.

Vous pouvez également écrire un courrier traditionnel, voici l'adresse postale de la "base-arrière" des travailleurs au J-Village. Elle comporte en japonais la mention " A l'attention des travailleurs de Fukushima". Le plus simple sera probablement de l'imprimer directement ou de la coller sur l'enveloppe.
Pensez que la majorité des destinataires ne lisent que le japonais. Mais il y a des dessins, des symboles, qui n'ont pas besoin de mots pour êtres compris.

〒979-0513福島県双葉郡楢葉町大字山田岡字美シ森8番Jヴィレッジ内
福島復興公社
福島第一原発の作業員の皆様へ

Fukushima Revitalization Headquarters at J-Village
8, Utsukushi-mori, Yamada-oka aza
Naraha-machi oaza, Futaba-gun
979-0513, Fukushima
Japan

Le tarif d'affranchissement est de 0,95€ pour une lettre de 20 g et 1,75€ pour 50 g. Il existe aussi des enveloppes pré-affranchies pour l'Asie, un peu plus chères mais bénéficiant semble-t-il d'un meilleur traitement. Renseignez-vous auprès de votre bureau de poste.

Si nous sommes assez à relayer et démultiplier ce mouvement de soutien fraternel, si assez de médias s'en font l'écho, alors peut-être que cela incitera le Japon à faire un geste en faveur de ces hommes courageux.

Kna Blog

 

En France quand il y aura un accident nucléaire, ce sera le même traitement pour les salariés du nucléaire. La plupart sont déjà considérés comme de la chair à neutron. Voir le dossier sur le scandale de la sous-traitance dans les centrales nucléaires.

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:45
Miko Tsukamoto témoigne de la tragédie de Fukushima

Miko Tsukamoto vivait dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale de Fukushima Daiichi, avec son mari et ses deux enfants. Après avoir longtemps hésité, elle a décidé de déménager avec sa famille à KitaKyusyu, dans la préfecture de Fukuoka. Elle est depuis très engagée dans une association qui tente d'enseigner aux résidents les notions élémentaires pour se protéger de la radioactivité.

Dans une vidéo mise en ligne à la fin du mois d'octobre, elle dénonce les informations erronées diffusées par les autorités et par les médias. Elle témoigne surtout de son ignorance passée et de la nécessité de s'informer et d'agir pour protéger ses enfants.

Des informations officielles erronées

 

Depuis le début de la catastrophe qui a affecté la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les autorités japonaises n'ont eu de cesse de minimiser les répercussions pour les populations, en faisant croire que la vie en territoire contaminée était possible. Les réfugiés qui ont du fuir la zone d'exclusion sont d'ailleurs maintenus dans l'illusion d'un retour prochain, empêchant la plupart d'entre eux de reconstruire une vie ou du moins un foyer digne de ce nom. Pour ceux qui vivent dans les zones les plus contaminées, aucune compensation financière n'est prévue et le Fukushima Collective Evacuation Trial n'a toujours pas réussi à obtenir justice devant les tribunaux japonais.

Relevé de radioactivité dans un parc de Fukushima : la mesure officielle indique 0,186 μSv/h alors que le Radex enregistre 0,49 μSv/h.

 

Dans ce contexte, il est toujours extrêmement difficile pour ceux qui souhaitent se protéger d'obtenir des informations fiables. Les mesures de radioactivité officielles sont régulièrement suspectées d'être minimisées pour rassurer artificiellement la population.

 

La semaine dernière encore, une jeune maman postait un article sur le site Internet de l'association World Network For Saving Children From Radiation pour dénoncer les écarts entre les mesures de radioactivité officielles et ses propres mesures dans les parcs de la ville de Fukushima.

La connaissance comme seul moyen de protéger ses enfants

 

Face à ce constat, de nombreux citoyens japonais se sont organisés pour procéder à leurs propres mesures de radioactivité, comme par exemple pour analyser la nourriture au sein de laboratoires citoyens. D'autres se regroupent en associations pour apprendre et aider leurs concitoyens à trouver les informations nécessaires pour se protéger efficacement. Face à la perte de légitimité d'une grande partie des autorités politiques, mais aussi médicales (rappelons que le Professeur Shunichi Yamashita, président de l'Association Japonaise de la Thyroïde et Conseiller de la préfecture de Fukushima pour les risques radioactifs, considère que les gens qui sourient sont moins affectés par les radiations), les citoyens japonais n'ont d'autres ressources que d'apprendre par eux-mêmes.

 

L'artiste japonais 281_Anti nuke dénonce aussi le mensonge officiel qui entoure la tragédie de Fukushima.

C'est toute la force du témoignage de Miko Tsukamoto, qui vient rappeler la difficulté pour les personnes qui vivent au Japon de trouver des informations fiables. Elle témoigne aussi et surtout de la difficulté de résister à la pression sociale pour faire entendre une voie différente et affirmer ses propres positions face au discours ambiant. Dans l'introduction de son témoignage, Miko Tsukamoto précise qu'elle n'a pas pu tout dire, car la vérité est tellement dure que certains refuseraient de la croire. C'est ce qu'elle nomme "la tragédie de Fukushima" : la réalité est tellement insupportable qu'il n'est pas possible de la dire entièrement...

Vidéo du témoignage de Miko Tsukamoto

 

La vidéo est en japonais, sous-titrée en anglais. La traduction française se trouve sous la vidéo.


Le témoignage de Mme Tsukamoto est accompagné d'un texte introductif :

"J'essaie de me limiter à décrire ce que j'ai vu ou vécu personnellement, ou à ce dont j'ai parlé avec une autre personne. Donc c'est assez limité.


Honnêtement, je pourrais parler indéfiniment des problèmes de santé qui ont nécessité un traitement médical. Par exemple, je pourrais parler du cousin d'une connaissance qui a eu un bébé plusieurs mois après le séisme - ce bébé est né avec un trou dans le cœur. Ou d'une connaissance, de ma sœur et de son mari, et d'un autre parent qui ont tous eu un cancer et ont dû subir une intervention chirurgicale. Et il y a eu près de 20 «Nii-bon» l'année dernière [service célébrant les morts de l'année précédente].


Il y aurait de nombreux cas similaires à partager, mais je les omets à dessein - sinon les gens me traiteront comme si j'étais "mentalement affectée" par les radiations. Je ne peux pas en parler, même si je le voulais. C'est la tragédie de Fukushima."

Miko Tsukamoto
Réseau pour la protection des enfants du Kitakyu

Témoignage de Miko Tsukamoto, évacuée de la ville d'Iwaki

"J'ai évacué volontairement de ma ville natale d'Iwaki pour la ville de Kitakyushu en janvier dernier, à cause de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima du 11 mars. Aujourd'hui, je voudrais parler de ce que j'ai vu, vécu et ressenti pendant les 9 mois avant mon déménagement à Kitakyushu, ainsi que de ma situation actuelle.


Je vivais dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Je donnais des leçons de piano et mon mari travaillait comme employé municipal. Avec nos 2 enfants et mes étudiants, nous vivions heureux. Après le 11 mars, notre vie a complètement changé .


La partie nord d'Iwaki était dans la zone des 30 kilomètres, mais le maire a créé l'expression de "rumeur nocive", et la zone d'exclusion a été étendue à notre secteur. Le niveau de rayonnement, qui était de 0,05 microsieverts par heure avant l'accident, est passé à 23 microsieverts. C'est 460 fois [le niveau normal].


Le Professeur Shunichi Yamashita de l'Université de Nagasaki a lancé une campagne de masse indiquant qu'un niveau de 100 millisieverts [par an] était sûr, et cela a été largement accepté par la télévision, les journaux, la radio, les écoles et les conférences. À l'époque, les écoles ont jugé que les activités de plein air étaient sûres, même si le niveau de radioactivité était de 0,5 microsieverts, 10 fois la valeur normale.


Comme 100 millisieverts étaient considérés comme "sûrs", les repas des écoles ont d'abord été préparés à partir de produits locaux (1 mois après l'accident). Nous avons travaillé dur pour recueillir des signatures pour annuler immédiatement la règle de la "production locale pour une consommation locale". Il a fallu attendre le deuxième semestre universitaire cependant pour que la commission scolaire reconnaisse la liberté de refuser les repas scolaires. En d'autres termes, ceux qui ont fait confiance au "principe de sécurité" ont continué à laisser leurs enfants manger les repas scolaires. Il était inutile d'essayer de discuter avec l'école ou les enseignants.


Le niveau de radioactivité extérieur n'est pas cohérent. A dix centimètres de distance, il peut varier de 2-3 microsieverts à 5 microsieverts, ce qui représente 46 fois à 100 fois le niveau de tous les jours. Ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'est le fait que les employés municipaux et les enseignants n'ont rien fait pour protéger les enfants contre l'exposition à la radioactivité.


Maintenant, parlons du moment où la centrale nucléaire a explosé. Notre maison n'a subi que des dommages minimes du tremblement de terre du 11 mars. Mais nous n'avions plus d'eau courante dans Iwaki pendant 20 jours. Mes enfants et moi avons fait la queue pendant deux heures le lendemain pour obtenir notre approvisionnement d'eau au camion de distribution.


La première explosion a eu lieu le 12 mars. Les données que nous avons vues plus tard indiquaient 23 microsieverts, 460 fois le niveau normal. Il n'y a eu aucune annonce publique locale pour nous prévenir de rester à l'intérieur, et nous sommes restés dehors pendant 2 heures entières, ignorant l'explosion.


On nous a dit que le Japon était sûr, mais les tests sanguins ont montré que mes deux enfants et moi avons des problèmes de thyroïde, et mon fils a une pustule de 5 millimètres. De nouvelles études disent maintenant que le cancer de la thyroïde est une maladie liée au mode de vie. Si nous développons un cancer, je suspecte que l'on va nous dire que c'est à cause d'une négligence et que le gouvernement refusera d'admettre tout lien avec l'exposition à la radioactivité.


Je voulais que mes enfants aient une anthropogammamétrie [analyse de la radioactivité du corps permettant de déduire la contamination interne, aussi appelée whole body counter] immédiatement après l'explosion. Mais je n'ai pas pu trouver une seule installation qui nous admette. Certaines personnes sont allées aussi loin que Tokyo pour se faire examiner, mais n'ont pas pu obtenir leurs propres données. J'ai appelé plusieurs endroits pour vérifier, mais aucun d'eux ne fournissait les données. J'ai donc fait une enquête au sujet des tests sanguins pour vérifier l'état de la thyroïde, et j'ai été choquée d'entendre qu'il n'y aurait pas d'examens de la thyroïde en masse à Iwaki. J'ai demandé à la préfecture de Fukushima comment je pourrais obtenir des preuves sur l'endroit où nous avons été exposés aux rayonnements, et on m'a dit que "il n'y a aucun moyen".


Mon mari est employé municipal. Il a dit que s'il y avait quelque chose à savoir, il aurait un accès immédiat à ces informations. Mais personne ne nous a informé de l'explosion et mes deux enfants et moi avons été exposés à la radioactivité alors que nous étions à l'extérieur. Mon mari a traité un flot d'appels téléphoniques, même s'il n'a nulle connaissance de la radioactivité, et il a pratiquement mémorisé le contenu des documents distribués par le gouvernement.


Cinq mois après l'accident, le niveau de radioactivité annoncé par la municipalité d'Iwaki était de 0,12μSv par heure. Mais quand j'ai emprunté un compteur Geiger de l'hôtel de ville, je me suis rendu compte que c'était en fait entre 0,24 et 22,14μSv par heure. Des bénévoles ont inspecté les arbres taillés et le sol, et le niveau de radioactivité était de 20 000 Bq / kg. Après avoir vu ces chiffres de radioactivité, mon mari et moi avons tous deux convenu que le gouvernement n'allait pas pour nous protéger.


Par exemple, l'eau du robinet est "ND" [non détectable] selon le site officiel de la ville d'Iwaki. J'ai donc demandé des données sur les radionucléides tels que le strontium et le plutonium, mais on m'a refusé l'accès à ces informations détaillées sur le motif que cela pourrait "perturber les résidents". Au lieu de cela, ils nous ont donné un document expliquant que l'iode et le césium n'étaient "pas dangereux". Cela m'a rendu furieuse parce qu'ils profitaient de notre manque de connaissance.


Ma décision d'évacuer a moins à voir avec la peur des radiations qu'avec l'attitude du gouvernement et des écoles, les mesures de radioactivité que nous avons vu de nos propres yeux, et les problèmes de santé dont ma famille a commencé à souffrir : diarrhée tous les jours, saignements de nez, aphtes, excroissances anormales à l'intérieur du nez... Ce sont les symptômes que ma famille et mes amis ont commencé à ressentir après l'explosion de la centrale nucléaire. J'ai réalisé beaucoup plus tard qu'il y a des problèmes de santé autres que le cancer qui peuvent être causés par la radioactivité.


Ce que l’État annonce est différent de la réalité. L’État espère évidemment que les gens n'accepteront aucune violation de la loi, tandis que les employés publics ne font que suivre les ordres d'en haut. Le système d'information publique vise à nous tromper avec des informations déformées - rien n'est divulgué et rien n'est mis sous forme écrite, le tout pour gagner du temps.


Les écoles ne protègent pas leurs élèves, nos enfants. Ils sont impitoyables envers les parents et les tuteurs qui sont préoccupés par cette radioactivité. Si je fais un panier repas pour protéger mes enfants de l'exposition à la radioactivité, ils sont victimes d'intimidation par d'autres camarades de classe. Même lorsqu'il y a eu violence physique, l'école n'a rien fait pour réprimander les intimidateurs et leurs parents, mais a préféré m'appeler pour m'"apprendre" à ne pas réagir de façon excessive à la radioactivité.


J'ai décidé d'évacuer quand ma fille a développé une phobie scolaire. J'ai essayé de chercher des solutions pour continuer à vivre à Iwaki et j'ai envoyé de nombreuses lettres de demande au gouvernement, mais je n'ai obtenu que des réponses évasives. J'ai essayé de convaincre mes parents âgés d'évacuer, mais ils ne voulaient pas quitter leur ville natale. Mon mari pensait que c'était suffisamment sûr. Ma belle-mère refusait que nous évacuions et disait que je "dépassais les bornes". Je me suis battue contre le gouvernement, j'étais en détresse, et quand mes parents m'ont dit de considérer le bien-être des enfants d'abord, j'ai choisi d'évacuer à Kitakyushu, en laissant mon mari et mes parents âgés à Fukushima.


Comme je vous l'ai dit, ce que disent les médias et les faits sont 2 choses tout à fait différentes. L'autre jour, un rapport intermédiaire sur l'élimination des déchets industriels a été rendu public. Il déclare qu'une entreprise de Fukushima a accepté la boue et la poussière contaminée de Fukushima, Ibaraki, Yamagata et même Kanagawa. Cette société a commencé à fonctionner avant que la ville de Kitakyushu accepte de recevoir des débris, et continue de le faire maintenant. Il y a un tollé concernant l'acceptation des débris, et pourtant les substances radioactives sont incinérées sans rechigner, même s'il n'y a pas de filtre à particules fines installé.


Les médias sont préoccupés par les polluants atmosphériques PM2,5 [particules fines de moins de 2,5 micromètres de diamètre] en provenance de Chine, mais est-ce vraiment vrai ? Les usines de traitement des déchets industriels et les usines de ciment de Kitakyushu recyclent la cendre de charbon de Fukushima. Selon un document officiel de Kitakyushu, la pollution en PM2,5 a été multipliée par plus de 230 fois en avril de l'année dernière, et le niveau a souvent dépassé 100 fois durant les autres mois. Il ne fait aucun doute que la pollution provient du Kyushu ; en d'autres termes, c'est "domestique".


Ce qui est arrivé aux habitants de Fukushima va bientôt affecter tous les Japonais. Je pense que ça va commencer à cause de l'air que nous respirons et de la nourriture que nous mangeons. L'autre jour, il y avait un article dans un magazine d'information local "Donna Mamma" avec les déclarations faites par des professeurs et conférenciers d'université ainsi que par des agents administratifs qui soutiennent que le niveau de radioactivité n'est pas une menace. L'affirmation selon laquelle le niveau de radioactivité n'est pas dangereux est complètement répandue au Japon.


Alors que certains disent que la radioactivité s'est "dispersée" et que nous sommes maintenant en sécurité, les gens sont en fait en train de mourir à Fukushima. Le lendemain de la mort de mon cousin, le mari de mon amie est décédé. Je ne dis pas que tout est causé par les radiations... Mais il y a l'exemple de Tchernobyl...


L’État refuse de l'admettre. Mais nous avons le "droit de choisir" - à partir de ce que nous entendons et voyons, et en examinant les deux arguments selon lesquels la radioactivité est dangereuse ou pas.


Je n'étais pas au courant des dangers des centrales nucléaires, et c'est la raison pour laquelle je me trouve dans la situation actuelle. J'étais ignorante du fait que la radioctivité ne disparaît pas simplement et je tentais de décontaminer l'avant de ma maison - tout en inhalant de l'air contaminé.


Il y a des gens qui vivent à Fukushima, en ce moment. Ils disent tous :
"Nous sommes des cobayes après tout, et si nous essayons d'évacuer nous ne serons pas en mesure de gagner notre vie car il n'y a pas de compensation du gouvernement."
"Je ne veux pas perdre mon style de vie."
"Si l’État dit que c'est sans danger, alors c'est sûr."
" Beaucoup de gens sont en train de mourir , hein ?"
" Il n'y a rien que nous puissions faire, c'est inutile, alors pourquoi s'embêter ?"
"Je ferais mieux de me concentrer sur des choses positives."
Et ils continuent leur décontamination, mais les eaux usées contaminées se transforment en boue et en cendres d'incinération, qui à leur tour produisent des déchets hautement radioactifs. Les gens refusent de faire face au fait qu'ils finiront par revenir les hanter
.


La décontamination est inutile. Je l'ai essayée moi-même et je le sais. Le niveau diminue de 0,5 à 0,2, puis revient à 0,5 deux semaines plus tard. C'est la réalité. Où vont ces énormes quantités de sols pollués après la décontamination ? Si l’État voulait gérer de façon responsable les déchets, ils les auraient fait prendre en main par des entreprises d'élimination des déchets industriels ... mais là encore, ils seront recyclés en ciment, en poteries et en boues, et finiront par nous revenir.


C'est important pour nous de nous reposer et de récupérer, mais cela n'aidera personne de manière fondamentale. Je crois que la seule façon de nous en sortir est de mesurer les niveaux de radioactivité et de divulguer les faits, ce qui garantit une compensation suffisante, et ensuite permettre aux résidents de Fukushima de prendre leurs propres décisions.


Ne dispersez pas la radioactivité, mais contenez-là à l'intérieur de Fukushima. Le tombeau de mes ancêtres est à 2 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. S'il vous plaît, laissez les déchets radioactifs là-bas. Il y a beaucoup de résidents de Fukushima qui pensent ainsi, bien qu'ils y aient des tombes d'ancêtres, des maisons ou de grandes propriétés terriennes. Mais ils sont ignorés.


En mars de cette année, je suis allé au village de Samekawa dans la préfecture de Fukushima pour arrêter la construction d'une installation expérimentale d'incinération de paille de riz, dans laquelle on a mesuré un niveau de radiation de 8 000 bq[/kq]. Une conférence de presse était prévue et tout ce que nous avions à faire était de soumettre certains papiers, mais au dernier moment, un individu qui était ostensiblement contre la construction est intervenu et nous a empêché de continuer. Un opposant s'est avéré être un partisan. C'est la réalité que j'ai vécue.


Même pendant la campagne contre l'acceptation de débris contaminés à Kitakyushu, il était convenable de s'inscrire à la manifestation, mais pas de soutenir la conclusion de l'accord sur la prévention de la pollution.


J'avais entendu dire que notre dernier espoir était une réclamation de la coopérative de pêche de Kitakyushu, mais quand nous avons demandé à voir le document officiel, j'ai découvert que la coopérative n'avait pas présenté de réclamation. Ou plutôt, la «réclamation » n'a pas été faite en termes clairs. Les manifestants se réunissaient dans le village de tente après que l'incinération des débris contaminés ait commencé, et pendant ce temps, je me rendais auprès d'un certain nombre d'associations de pêche pour leur demander de déposer une "réclamation", mais seulement 2 ont accepté de me rencontrer, et aucune d'entre elles n'a fait de réclamation.


Si seulement une seule association avait déposé une réclamation, ou si seulement 2 résidents vivant à proximité de l'incinérateur avait fait une demande d'accord sur la prévention de la pollution... Il y avait tellement de pression pour empêcher les gens de prendre de telles mesures, et moi, évacuée de Fukushima, je me sentais en situation d'échec. Après avoir vu la réalité de cette prétendue campagne de "protestation", j'ai perdu tout espoir que Fukushima ne soit jamais "sauvée".


Tout comme le mensonge éhonté qu'un filtre à particules fines peut éliminer pratiquement 100% du césium, je pense que [le gouvernement] va installer un filtre HEPA et déclarer que Fukushima est sûr, puis construire des usines d'incinération à 8 000 bq[/kg - taux de radioactivité dans les cendres d'incinération] à travers le Japon et des centrales biomasses utilisant le bois de Fukushima.


L’État a beaucoup d'argent pour empêcher les gens de poser des questions en manipulant les médias, créer une certaine «humeur» dans le pays en publiant de fausses informations, et soutenir des campagnes pour convaincre ceux qui ne sont d'accord, et "encore une fois, nous nous retrouvons sans le savoir par n'être qu'une partie du troupeau".


Ce que je crois être un véritable lien ne peut être fait en suivant aveuglément les paroles de ceux qui sont "au sommet". Au contraire, il s'agit de nous apprendre les uns aux autres ce que nous ne savons pas, en partageant l'information et en continuant d'apprendre, puis en passant cette connaissance à ceux qui nous entourent. Avec plus de courage, nous pouvons informer les associations de pêcheurs et les personnes résidant à proximité des installations d'élimination des déchets, des incinérateurs de déchets industriels et des cimenteries - établissements que l’État va tenter d'influencer et de contrôler.


De la même façon que la ville de Kitakyushu a organisé des "rencontres explicatives pour une personne" pour le président de l'association des résidents quand ils ont décidé d'accepter les débris, nous avons besoin de "sessions d'étude pour une personne" pour les résidents locaux, car c'est la seule façon de protéger nos enfants.


J'ai été trompée par les médias et cela a permis que mes enfants soient exposés aux radiations. Parce que j'étais ignorante et que je n'avais que des connaissances superficielles, je ne pouvais pas protéger mes enfants, malgré que nous ayons évacué. La seule chose que je peux faire, c'est dire aux autres ce que j'ai vécu. J'espère que cela vous aidera à faire les bons choix. Si cela est possible, apprenez et partagez avec les autres.


Ne vous trompez pas sur les faits. Les faits deviendront évidents si vous avez le courage et prenez l'initiative de penser et d'agir par vous-même.


Notre dernier espoir se trouve dans la municipalité locale. Nous devons commencer par "l'éducation de résidents", puis la formation des enseignants et des employés municipaux par des résidents informés. C'est le seul choix que nous ayons. J'ai appris de première main qu'il n'y a aucun moyen de protéger mes enfants tant que je n'agis pas, quel que soit le fardeau que cela puisse représenter.


Peu importe ce que cela me coûte de prendre soin de mes enfants, j'espère continuer à faire du mieux possible."

 

Ce texte a été traduit depuis sa version rédigée en anglais. Il s'agit donc de la traduction d'une traduction, ce qui peut entraîner de légers écarts avec l'original.

 

Vous pouvez retrouver la version écrite en japonais ici et la version écrite en anglais ici.

 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 17:05

Cet article est une tribune de Thierry Ribault, économiste au CNRS, avec la collaboration de Cécile Asanuma Brice, chercheur associée à la Maison franco-japonaise de Tokyo, paru sur le site de Rue89 le 7 novembre 2013.

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Les administrateurs du désastre de Fukushima – Etat, réseaux interlopes, scientifiques, experts, contre-experts, mouvements citoyens et organisations non gouvernementales – sont devenus les cogestionnaires de dégâts en chaîne, chacun œuvrant au nom d’un intérêt supérieur hautement revendiqué : protéger.

 

Que s’agissait-il de protéger cependant lorsque, en mai 2013, les décideurs ont achevé la réouverture des zones interdites ? Que protège-t-on en incitant les populations à revenir vivre sur des terres contaminées où le seuil d’inacceptabilité, fixé à 20 milliesieverts par an, est quatre fois supérieur à celui fixé à Tchernobyl – sans compter les « points-chauds » à plus de 50 millisieverts – et vingt fois plus élevé que le seuil internationalement recommandé ?

 

Que protège-t-on en appelant à retrouver une « vie normale » à proximité d’un complexe nucléaire hautement dangereux : inondations, fuites d’eau contaminée, démarrage imminent d’opérations d’extraction des 400 tonnes de combustibles de la piscine du réacteur n°4, dont les produits de fission représentent 14 000 fois ceux de la bombe de Hiroshima ?

 

Quelle est donc la nature de cette « protection » ici mise en œuvre par l’ensemble de la société ?

 

Quelles relations incestueuses la lient pour longtemps à la soumission ?

 

 

Associations de victimes déboutées

 

Soulignant les nuisances et les limites des sociétés industrielles à l’aube du XXIe siècle, ce désastre a démontré, si besoin était encore, à quel point l’Etat, qui ne peut plus gérer les accidents de son développement, délègue à d’autres le soin de le faire. A l’intérieur de ce cadre établi et à leur corps défendant, de multiples « mouvements citoyens » ont dû faire le constat de leur impuissance.

 

Les « All Stars Demo », avec à leur tête le haut du panier de la contestation anti-nucléaire nobélisée, usent plus les semelles de la piétaille manifestante que les nerfs du gouvernement. Les associations de victimes, qui mènent Tepco et l’Etat devant les tribunaux, viennent d’être déboutées. Les agriculteurs avouent ne pas consommer les aliments irradiés qu’ils mettent cependant sur le marché.

 

Quant aux populations restées sur place, tétanisées par la propagande qui les condamne, incapables de décider de sauver leur vie, elles attendent une mort déclarée statistiquement probable, mais non certaine, et se font les cobayes d’une « science » eugéniste et radio-négationniste, puisque niant les effets de la radioactivité, pourtant, préalablement et scientifiquement, établies.

 

 

Les populations fuient hors de la réalité

 

Les populations, ainsi sommées de considérer la contamination radioactive telle une « mauvaise rumeur », tombent dans l’apathie, le découragement et fuient hors de la réalité. Pendant ce temps-là, ladite rumeur embauche 20.000 personnes pour la seule décontamination extérieure à la centrale, et, contrairement à ce qu’annoncent les pouvoirs publics, serait, dans ce même but, dans l’obligation de dépenser 210 milliards d’euros.

 

Pendant ce temps-là, le 7 septembre 2013, à Buenos Aires, lors de son discours devant le Comité olympique international, le Premier ministre Shinzo Abe « donne la garantie absolue que les questions sanitaires ne constituent pas un problème jusqu’à présent, et qu’elles n’en constitueront pas plus à l’avenir. »

 

Représenter la réalité tel un enfer n’est pas suspect ; exhorter systématiquement à la fuir l’est. Voilà pourtant le premier fondement de la protection à l’œuvre, à Fukushima, aujourd’hui.

 

 

Une science d’ascenseur

 

Le second fondement a consisté en la mise en place insidieuse d’une science d’ascenseur qui s’est construite précisément par renvois entre ses protagonistes avec, pour principale visée, l’accès optimisé à de non moins ascendantes carrières. C’est à la science ce que la « musak » est à la musique : un ersatz apparemment insignifiant, aux finalités répressives.

 

Ainsi Shinobu Goto, spécialiste des sciences de l’environnement à l’université de Fukushima, dénonce-t-il la partition entre d’un côté, des citoyens, qui ne seraient qu’irrationnels et émotifs, et de l’autre, des experts scientifiques dont le jugement serait le plus pertinent dans une situation comme celle de Fukushima.

 

De fait, on a vu, à travers l’exemple du désormais trop fameux professeur Shunichi Yamashita, médecin promptement nommé dès avril 2011 à la tête de l’enquête sanitaire menée par l’université de médecine de Fukushima et défenseur zélé de l’innocuité des radiations en deçà de 100 millisieverts par an, combien certains experts scientifiques savent établir des zones d’ignorance là où des certitudes avaient enfin fini par apparaître.

 

 

Des scientifiques transformés en experts

 

Les dix-neuf cas de cancer de la thyroïde jusqu’à présent officiellement détectés et opérés, parmi les enfants de Fukushima et les 25 autres cas en attente d’une intervention chirurgicale, sont ainsi considérés, par ces fossoyeurs de vérité, comme s’étant trop rapidement déclarés pour que l’on puisse considérer qu’ils aient un lien quelconque avec l’accident nucléaire.

 

Pour le radiobiologiste Keith Baverstock, ancien responsable du programme de protection contre les radiations au bureau européen de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), une telle imposture renvoie précisément à la transformation de nombre de scientifiques en « experts » qui, sous couvert de s’inscrire dans le consensus établi par leur « communauté », évitent de véritables confrontations scientifiques avec leurs « pairs ».

 

Obligeant chacun à ralentir le pas pour paître en toute quiétude dans les prairies des dangers avérés, et gommant les désagréables rumeurs que font circuler quelques émotifs inquiets, parce que mal informés, on a laissé épandre une science de l’oubli dont l’objectif, tel un pesticide sélectif destiné à anéantir le souvenir, est de produire les conditions psychologiques censées améliorer le bien-être et la protection de tous, menant ainsi à un niveau jamais égalé la soumission volontaire.

 

 

Les chœurs de l’internationale nucléariste

 

A qui, à quoi s’agit-il exactement de se soumettre ?

 

Visant à réduire à néant une loi humaine qui veut que, paradoxalement, les contextes d’insécurité seuls permettent aux populations de penser, de décider et d’agir avec une relative liberté d’esprit, les autorités japonaises, encouragées en cela par les chœurs de l’internationale nucléariste, ont établi en pierre de touche la sécurité, quitte à lui faire prendre, dans le contexte de mise en auto-expérimentation qui caractérise désormais la situation à Fukushima, des allures d’inhumanité.

 

Juan Carlos Lentijo, directeur à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) de la division Cycle du combustible et technologie des déchets – donc manifestement rompu aux questions de l’humain et de sa destinée dans la société nucléaire – rendait récemment les conclusions de sa mission, « encourageant les institutions japonaises à accroître leurs efforts de communication relative à l’acceptabilité d’une dose allant de 1 à 20 millisieverts par an, dose qui est en conformité avec les normes internationales ».

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Trois jours plus tard, Olivier Isnard, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), entonnait la même berceuse :

« Dans cette étape intermédiaire, et selon les recommandations internationales en vigueur, on peut revivre dans la zone contaminée à condition que le niveau d’exposition externe et de contamination interne combinés n’excède par 20 millisieverts par an. »

 

Le perroquet équilibriste de l’IRSN, toutefois, nous alerte :

« Près des maisons, les niveaux sont peut-être par endroits redevenus tolérables, mais inutile de songer à aller dans les bois cueillir des champignons alentour et les manger, car ce sont des éponges à radioactivité. »

 

Autant dire – quand on sait que la périphérie de la zone de décontamination (cette dernière n’étant jamais définitive) n’excède pas les 20 mètres pour les habitations situées en bordure de forêt – que cette survie en zone contaminée, qui nous est, dans un premier temps, présentée comme « transitoirement » vivable, est dans les faits, à court comme à long terme, invivable, bien que recommandée par ceux qui prennent soin de laisser aux autres le risque de l’expérimenter.

 

(…)

 

Lire la suite de l’article

 

 

____________________________

 

En savoir plus

 

Deux journées de rencontres ont eu lieu les 15 et 16 octobre 2013 à la Maison Franco Japonaise de Tôkyô :

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission scientifique

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39863390

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39866159

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission citoyenne

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39890131

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39892824

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 23:44
Un maire japonais accueille des enfants de Fukushima dans sa ville

Par YURI KAGEYAMA, Associated Press

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Cet article est paru sous le titre original “Japan mayor offers Fukushima kids home in his town

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Traduction : Phil Ansois

Edition en français avec l’autorisation de l’auteur

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Photo © The Associated Press

Docteur Akira Sugenoya, maire de Matsumoto

Après la catastrophe de Tchernobyl de 1986, il y a déjà une génération, le docteur Akira Sugenoya a pratiqué des opérations chirurgicales sur plus d’une centaine d’enfants, pour leur sauver la vie. Il est maintenant maire d’une ville du centre du Japon, et il voudrait éviter que sa propre histoire ne se répète.


A partir d’avril, les parents qui vivent dans l’ombre du désastre nucléaire de Fukushima pourront envoyer leurs enfants à environ 300 kilomètres (200 miles) de Fukushima, dans sa ville de Matsumoto. La ville paiera 14 millions de Yens (soit 143000 $, ou 104000 €) [cours du 27/10/2013] pour une maison équipée de six chambres à coucher et le personnel ; les parents ne paieront pas les cours, mais seulement les dépenses utilitaires et les repas.


Dans une récente interview à l’« Associated Press » faite dans l’hôtel de ville de Matsumoto, le Dr Sugenoya déclare : « Si mes craintes ne se révèlent pas fondées, ce serait la meilleure des nouvelles », « mais si elles se réalisent, alors il y aura peu de temps disponible avant qu’il ne soit trop tard ».


Le Dr Sugenoya a critiqué la réaction du gouvernement à la triple fusion des cœurs de la centrale nucléaire de Fukushima, qui a explosé à la suite du Tsunami en mars 2011, et qui continue toujours aujourd’hui de déverser de la radioactivité dans l’air et dans l’eau. Le démantèlement prendra des décennies, et les experts ne parviennent pas à se mettre d’accord pour définir dans quelle mesure ce désastre affecte la santé des habitants.


Le cancer de la thyroïde est la seule maladie confirmée par l’AIEA due aux faibles doses de radioactivité, suite à la catastrophe de Tchernobyl, une maladie qui est rarement fatale quand elle est traitée par la chirurgie adéquate. En 1991, après avoir entendu parler des milliers de cas de cancers de la thyroïde en Biélorussie, le Dr Sugenoya, un spécialiste de la thyroïde, est parti travailler comme volontaire en Biélorussie, près de la centrale nucléaire Ukrainienne.


Cinq ans plus tard, il a quitté son travail dans un hôpital Japonais prestigieux et est retourné là-bas pour une nouvelle période de cinq ans et demi. Il a mis sur pied une récolte de fonds pour les victimes de Tchernobyl et il invite régulièrement des médecins de Biélorussie à venir participer à des formations au Japon.


La comparaison entre les fuites radioactives près de Fukushima Daïchi et celles de Tchernobyl n’est pas très facile. La mesure de l’exposition au niveau individuel implique des calculs complexes pour tenir compte des quantités de nourriture et d’eau ingérés quotidiennement, qui peuvent varier considérablement.


Le gouvernement Japonais a détecté 44 cas de cancer de la thyroïde (confirmés ou suspectés) parmi 217 000 jeunes d’âge égal ou inférieur à 18 ans, ceci dans la préfecture de Fukushima. Le cancer de la thyroïde est généralement rare chez les enfants, il est estimé à un par million. Le lien avec la radioactivité n’est pas encore concluant, et des tests plus étendus sur les enfants de Fukushima pourraient nous donner des nombres plus élevés*.

Les enfants sont plus sensibles que les adultes aux maladies causées par les radiations parce que leur corps est en cours de développement, mais leur corps peut aussi réagir et guérir [plus facilement] des dégâts créés par la radioactivité. Le Dr Sugenoya précise que dans les zones de la Biélorussie qui sont proches de Tchernobyl, les enfants sont périodiquement déplacés en dehors des zones irradiées.


Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, comprend à peu près 240 000 habitants. Il y a de la place dans les écoles à cause du déclin de la population, un déclin courant dans les zones rurales. Le plan du Dr Sugenoya, appelé le « Projet Matsumoto », sera ouvert aux étudiants de Fukushima pour les enfants de la 3ème année du primaire jusqu’à la fin du collège [donc de 8 à 14 ans].


Les personnes responsables de Matsumoto ont organisé des réunions à Fukushima pour expliquer le projet, et quelques parents ont exprimé leur intérêt, mais on ne sait pas combien d’entre eux voudront bien envoyer leurs enfants étudier au loin.


Parmi les habitants de Fukushima, ceux qui sont le plus inquiets à propos de la radioactivité sont déjà partis. Quelques 150 000 personnes ont quitté les zones de Fukushima les plus ravagées à la suite du Tsunami; un tiers d’entre elles sont parties dans d’autres préfectures.


A peu près 200 d’entre elles sont à Matsumoto, dont Horishi Ueki, sa femme et leurs enfants, âgés de 4 et 6 ans.


Ueki dit que ses enfants lui ont demandé : « Maintenant je peux toucher les fleurs ? ».
A Fukushima, ils devaient porter des masques, et ils ont commencé à prendre peur. Ils étaient très souvent grondés : « Ne touchez pas les poussières », « Ne touchez pas ceci », « Ne touchez pas cela ».


Certains de ceux qui restent dans les zones qui entourent les centrales nucléaires dévastées sont déchirés par la décision de partir ou rester.
 

Yuri Hasegawa, une mère de famille de 45 ans de Fukushima, est tellement tracassée qu’elle a acheté un compteur Geiger et un stock de masques. Dans sa cuisine, elle ne prépare que de la nourriture dont la radioactivité a été vérifiée.


Elle a envoyé ses deux enfants, de 9 et 13 ans, à des camps d’hivers et d’été dans l’île d’Hokkaido à l’extrême nord, à l’île d’Okinawa qui est à l’extrême sud, et à la cité d’Hiroshima qui se trouve au sud-ouest. Elle pense prendre part au « Projet Mastumoto ». Elle fait face à l’opposition de son mari et d’autres parents, qui se moquent de ses soucis et qui les trouvent extrêmes.


Elle dit que dans son jardin et dans d’autres zones, « le compteur Geiger commence à faire bip, bip, bip ». « Les bips arrivent si vite. Vous savez la radioactivité passe à travers nos corps. C’est parce que c’est invisible. Si nous pouvions le voir, nous ne voudrions pas habiter ici. »


Le gouvernement japonais prétend que l’on peut vivre en sécurité dans les zones qui n’ont pas été forcées à être évacuées, mais il a aussi admis des erreurs dans la réaction aux dangers de la radioactivité.


Peu de temps après le Tsunami, le gouvernement aurait pu distribuer les pilules d’iodure de potassium pour bloquer l’accumulation d’iode radioactif dans la glande thyroïde des enfants. Les pilules étaient disponibles, mais le gouvernement n’est pas arrivé à les distribuer à temps; il a reconnu qu’il n’était pas préparé à ça.

Le gouvernement a aussi reconnu qu’il n’a pas utilisé de manière efficace les données qui prévoyaient avec précision les directions prises par les nuages radioactifs. Bien que la zone autour du site nucléaire ait été évacuée, le gouvernement n’a pas averti les gens qui habitaient en dehors de cette zone, et qui, suivant les prévisions, étaient dans les trajectoires des retombées.

Le Dr Sugenoya, un homme de corpulence moyenne doté d’un gentil sourire, nous dit que son intention est d’offrir de l’aide aux familles concernées pour qu’elles puissent vivre pleinement en toute sécurité.

« La radioactivité ne fait pas mal. Elle ne nous irrite même pas la peau. »
« C’est terrible ce qui se passe, et les gens n’en prennent pas du tout conscience. »

 

 

 

_____________________

 

* [NDT c'est assez contradictoire de dire que le lien n'est pas concluant, vu que les chiffres donnés ici montrent une proportion de cancers de la thyroïde plus de cent fois plus élevée que la normale]

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:26

Un séisme de magnitude 7,1 a eu lieu le samedi 26 octobre 2013 à 2h10 (heure du Japon) à plusieurs centaines de kilomètres au large des côtes du Japon. Suite à l’annonce d’un tsunami, Tepco a décidé d’ordonner l’évacuation d'une partie de la centrale de Fukushima Daiichi. Une vague de 30 à 40 cm a été observée sur les côtes et rien n’est à signaler d’anormal sur le site nucléaire. L’alerte au tsunami est maintenant levée.

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Une réplique de magnitude 5,1 a eu lieu à 6h28 (heure du Japon)

 

Derniers tremblements de terre au Japon :

http://www.jma.go.jp/en/quake/

 

Pour voir la centrale en direct :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/f1-np/camera/index-e.html

 

Page d’annonce au tsunami de l’agence météorologique du Japon

http://www.jma.go.jp/en/tsunami/

 

Evacuation partielle de la centrale de Fukushima

En savoir plus :

http://www.afp.com/fr/node/1136539

 

____________

Mise à jour 15 h (26/10/13)

 

Selon le site Ex-SKF, Tepco a ordonné l'évacuation uniquement pour les travailleurs situés dans les zones basses proches du front de mer. (http://ex-skf.blogspot.fr/2013/10/magnitude-68-earthquake-off-fukushima.html)

J'ai donc ajouté le mot "partiellement" au titre de ce billet. Merci à Kna de nous avoir donné cette précision importante.

PF

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 10:44
Fukushima : l’AIEA autorise la vie en zone contaminée

Avertissement : attention aux lecteurs sensibles, la lecture de cet article peut provoquer des nausées.

.

(Illustration : Juan Carlos Lentijo, chef de la mission AIEA chargée d'enquêter sur la décontamination à Fukushima et sur les mesures de protection des habitants de la région. Source : Reuters)

Selon le communiqué de presse de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) du 21 octobre 2013, les Japonais peuvent se faire contaminer en toute tranquillité à 20 mSv/an.

 

Et pour qu’il n’y ait pas de contestation, elle implique directement les organisations qui auraient pu prétendre le contraire : la CIPR (Commission internationale de la protection radiologique), l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements ionisants et l'OMS (Organisation mondiale de la Santé).

 

Bien sûr, on n’attendra pas de réactions outrées de ces organisations qui sont soumises au bon vouloir de l’industrie nucléaire.

 

Les 16 personnes faisant partie de cette mission AIEA à Fukushima ont eu cette conclusion géniale : recommander aux habitants de porter des dosimètres pour qu’ils gèrent eux-mêmes leur empoisonnement.

 

La catastrophe de Fukushima aura donc eu comme effet :

 

1. l’autorisation de l’industrie nucléaire à rejeter en continu 300 m3 d’eau hautement radioactive par jour dans l’océan Pacifique pour une durée illimitée,

 

2. l’autorisation pour la population de se faire irradier à 20 mSv/an, c’est-à-dire de vivre normalement avec sa famille, ses enfants, dans un endroit aussi risqué qu’une « zone contrôlée » d’une centrale nucléaire.

 

Pour mémoire, les territoires contaminés de Tchernobyl ont été évacués à partir de 5 mSv/an. Et dans les territoires contaminés où on a laissé vivre la population, trois quart des enfants ne sont plus en bonne santé.

 

Ecœurant…

 

Pierre Fetet

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 00:29

Paroles de Takashi Hirose, journaliste et ancien ingénieur, dans le film documentaire AU-DELA DU NUAGE °Yonaoshi 3.11 霧の向こう de Keïko Courdy (2013).

Takashi Hirose : « J’appelle ce pays une nation criminelle »

« Les gens ont reçu un choc avec l’accident.

Puis petit à petit, tout le monde a commencé à avoir peur.

Mais c’était une bonne chose, une bonne peur.

Ils ont compris que l’on ne pouvait plus faire confiance.

Malheureusement, l’homme est entouré chaque jour de milliers d’informations.

Cela lui fait oublier les plus terribles évènements.

On vit cette situation aujourd’hui.

 

En ce moment-même, sous Fukushima, de la matière radioactive est en train de s’échapper.

Elle va dans les sous-sols, dans la mer, puis elle ressort sans l’atmosphère.

Ce genre de chose n’apparaît pas dans les nouvelles.

Alors tout le monde l’oublie.

Si cela apparaissait tous les jours aux informations, les Japonais ne pourraient pas l’ignorer.

Mais on passe toute sorte d’autres choses.

Je pense que la plus grande faute revient aux médias.

Ils ont construit cette situation.

Rien n’a changé depuis l’accident.

Les accidents se produisent parce que les médias ne prennent pas le problème au sérieux.

Et même après l’accident, s’ils en parlaient un peu au début, maintenant ils n’en parlent qu’au compte-goutte.

 

Le problème de la contamination, c’est que l’on ne peut que la mesurer, dans les choses, dans la terre, dans le sol.

Beaucoup de monde aujourd’hui possède un compteur Geiger, mais cela ne mesure que ce qui circule dans l’air, cela ne mesure que les rayons gamma.

En fait, lorsqu’on recherche la composition de la radioactivité sortie des réacteurs et sa dispersion, on ne trouve pas tout.

L’intérieur des réacteurs faisait presque 5000 degrés.

C’était une température plus que monumentale.

Et l’uranium et le plutonium sont sortis sous forme de gaz.

Je peux trouver cela d’après mes calculs, mais cela ne ressort pas dans les compteurs Geiger, tout comme les rayons alpha ou bêta.

 

Personne ne mesure non plus le strontium.

Le strontium est le plus effrayant.

Il se fixe dans les os et provoque des leucémies.

C’est particulièrement dangereux pour les enfants en pleine croissance qui sont exposés aujourd’hui.

Pour les enfants qui habitent dans des lieux contaminés comme Fukushima, il faut organiser immédiatement une évacuation.

Mais quand on n’a pas d’argent, on ne peut pas fuir.

Même si les gens de Fukushima voulaient fuir, ils ne le pourraient pas pour des raisons économiques.

 

Maintenant nous devons agir pour que la société Tepco qui a provoqué l’accident donne des indemnités, de l’argent, pour que les gens puissent partir s’ils le veulent.

Le pays doit d’abord faire évacuer les enfants en groupe de la préfecture de Fukushima, plutôt que de les laisser fuir chacun de leur côté.

Les enfants veulent pouvoir rester avec leurs amis d’école.

On doit faire cela en groupe.

C’est possible.

Avant que le Japon ne perde la guerre, on avait organisé des évacuations de groupe.

On faisait fuir les enfants des zones dangereuses en les amenant dans les montagnes.

C’est quelque chose qui devrait être fait maintenant.

 

Mais le pays ne fait absolument rien.

Pour cette raison, j’appelle ce pays une nation criminelle.

Si on ne fait rien, il va arriver des choses terribles aux enfants.

Je suis inquiet. »


Takashi Hirose

(sous-titres en français à activer)

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