9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 08:26

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(partie précédente)

 

 

2.7.2. La toiture

 

Le toit du BR3 est horizontal. Il est maintenu par une charpente de poutres métalliques que l'on  voit très clairement sur cette photo datant d'avant 2011.

 

Fig. 29 : Charpente du BR3 avant mars 2011

Fig. 29 : Charpente du BR3 avant mars 2011

La structure charpentée, très solide, est restée solidaire dans son ensemble durant les explosions. Ses 5 grandes doubles poutres maîtresses reposaient sur les 10 piliers centraux des faces est et ouest. 

 

Fig. 30 : Visualisation des 5 poutres principales

Fig. 30 : Visualisation des 5 poutres principales

Les piliers ouest ayant disparu durant les explosions, la charpente s'est affaissée de ce côté et n'est restée maintenue du côté est que sur le pilier central.

 

Fig. 31 : Etat des 5 poutres après les explosions

Fig. 31 : Etat des 5 poutres après les explosions

Deux secteurs de cette charpente ont été fortement dégradés par les explosions. La double poutre maîtresse située à l’extrémité sud (poutre 5) s’est détachée de l’ensemble de la charpente et a été en grande partie ensevelie par les décombres du toit. Celle de l'extrémité nord (poutre 1) a été fortement détériorée, il en reste une grande partie visible du côté nord-est mais très déformée.

 

Fig. 32 : Repérage de la poutre 1 située sur le côté nord (en jaune)

Fig. 32 : Repérage de la poutre 1 située sur le côté nord (en jaune)

2.7.3. Les zones d'explosions

 

L'étude de la toiture a permis de localiser deux zones très dégradées, l'une au sud, l'autre au nord.

 

Fig. 33 : Localisation des deux zones d’explosion

Fig. 33 : Localisation des deux zones d’explosion

2.7.3.1. La zone sud

 

Cette zone correspond à l’emplacement de la piscine de combustible. L'explosion qui a eu lieu à cet endroit a pulvérisé entièrement la toiture et sa charpente, ainsi que l'intégralité du mur sud aux niveaux CRF et 5F. Les poutrelles métalliques issues de la toiture semblent avoir été déformées par une intense chaleur et jonchent la surface technique parmi les gravats. La double poutre maîtresse située à l’extrémité sud (poutre 5) s’est désolidarisée du reste de la charpente et est tombée sur la surface technique le long de ce qui était le mur sud. A l’emplacement de la piscine de combustible, une zone d’environ 20 m² semble vide de débris, du moins c’est ce qu’on observe à la surface de l’eau. 

 

Fig. 34 : Une zone vide de débris est visible dans la piscine de combustible (rectangle bleu)

Fig. 34 : Une zone vide de débris est visible dans la piscine de combustible (rectangle bleu)

Avec le plan de la piscine de combustible fournie par Tepco, on peut localiser l’endroit correspondant à cette zone vide faisant penser à un « trou ». Il y avait bien du combustible à cet endroit mais Tepco n’a jamais fourni aucune photo de ce secteur de la piscine où l’on apercevrait des assemblages.

 

Fig. 35 : Secteur de la piscine de combustible correspondant à la zone vide de débris

Fig. 35 : Secteur de la piscine de combustible correspondant à la zone vide de débris

2.7.3.2. La zone nord

 

C'est la zone du BR3 la plus endommagée. Les inquiétudes s'étant focalisées sur la piscine de combustible au sud, ce secteur est presque passé inaperçu. Pourtant c'est de ce côté nord, associé à une partie du côté ouest, que le niveau 4F a été éventré. La torsion de la poutre maîtresse nord (poutre 1) indique que le souffle de l'explosion avait pour origine le côté de l'angle nord-ouest.

 

L’explosion qui a eu lieu de ce côté provenait d’un niveau inférieur à celui de la surface technique (5F). On trouve au niveau 4F les condenseurs de secours, c’est-à-dire le système qui permet de refroidir le cœur automatiquement en cas de panne des pompes. Il est constitué de deux grosses cuves remplies d’eau. En cas d’urgence, la vapeur provenant du réacteur est acheminée directement par des tuyauteries robustes dans les condenseurs où, comme leur nom l’indique, la vapeur d’eau se condense, refroidit, puis revient au cœur à l’état liquide par simple gravité pour continuer le cycle du refroidissement du combustible.

 

Fig. 36 : Détail des tuyauteries entre la cuve du réacteur, les condenseurs et l’extérieur

Fig. 36 : Détail des tuyauteries entre la cuve du réacteur, les condenseurs et l’extérieur

Selon les plans du bâtiment réacteur, les condenseurs se trouvent proches du puits de cuve. L’explosion qui s’est produite au niveau 4F est peut-être liée à un disfonctionnement des condenseurs.

 

Fig. 37 : Localisation des condenseurs dans le BR3

Fig. 37 : Localisation des condenseurs dans le BR3

2.7.4. Les panaches

 

Après les explosions et dans les jours suivants, des panaches de différentes couleurs ont été visibles s’échappant du BR3.

 

2.7.4.1. Juste après l’explosion

 

Un panache de couleur blanche, provenait du centre du bâtiment, donc de l'enceinte de confinement. Il indiquait qu'il y avait des fuites de gaz importantes au niveau du puits de cuve sur plusieurs points comme on peut le constater sur cette photo satellite qui a été prise seulement 3 minutes après l’explosion.

 

Fig. 38 : Plusieurs panaches blancs sortent du puits de cuve juste après l’explosion  (Détail photo Digital Globe)

Fig. 38 : Plusieurs panaches blancs sortent du puits de cuve juste après l’explosion (Détail photo Digital Globe)

Le 27 mars, il a été remarqué que le principal dégagement gazeux provenait de l'angle sud-ouest de la piscine d'équipement (3) qui communique avec le puits de cuve.

 

(3) La piscine d’équipement se trouve au point 2 du plan d’Oyster Creek présenté au chapitre 1. Cette piscine n’est pas orientée de la même manière à Fukushima, cf. paragraphe 2.7.6.2.


 

Fig. 39 : Fuite de gaz à l’angle sud-ouest de la piscine d’équipement (capture vidéo 27 mars 2011)

Fig. 39 : Fuite de gaz à l’angle sud-ouest de la piscine d’équipement (capture vidéo 27 mars 2011)

On a observé également un panache blanc au-dessus de la piscine de combustible. Voici une capture d’une vidéo non datée (fin mars ou avril 2011) que nous avons colorisée.

 

Fig. 40 : Mise en évidence de panaches d’origines différentes

Fig. 40 : Mise en évidence de panaches d’origines différentes

2.7.4.2. Panaches noirs

 

Le 21 mars, puis le 23, une fumée noire s’échappait du BR3, entrainant l’évacuation d’une partie du personnel. Des photos de Tepco conservent le souvenir de ces évènements.

 

Fig. 41 : Fumée noire provenant du BR3 le 21 mars 2011

Fig. 41 : Fumée noire provenant du BR3 le 21 mars 2011

Cette photo du 21 mars montre un panache gris-noir provenant de la partie nord du bâtiment. Il ne s’agit pas d’un effet de contraste avec le ciel clair car l’évaporation de l’eau de la piscine du réacteur 4 en arrière-plan donne bien un panache de couleur blanche.

Un communiqué de Tepco précisait ce jour-là que de la fumée grise puis noire s’échappait « du toit du réacteur », plus exactement, selon la photo, de l’emplacement de la piscine d’équipement qui, rappelons-le, était vide. On observe également sur cette photo qu’il n’y a pas de panache blanc sortant du BR3.

 

Deux jours plus tard, on observe ce 23 mars un mélange de deux panaches noir et blanc. Il est possible que le panache blanc soit celui du BR4. A propos de la fumée noire, un porte-parole de Tepco affirmait qu’ils ne savaient pas si elle provenait du bâtiment des turbines ou de l’enceinte de confinement. Manifestement, elle ne provenait pas du bâtiment des turbines.

 

Fig. 42 : Instantané de la caméra de surveillance de Tepco le 23 mars 2011 à 17 h

Fig. 42 : Instantané de la caméra de surveillance de Tepco le 23 mars 2011 à 17 h

On peut observer également ce qui ressemble à un panache gris-noir s’échappant de la piscine de combustible sur une photo aérienne prise le 30 mars 2011. Cependant, il est fort probable qu’il ne s’agisse que du reflet du panache blanc sur la surface de l’eau de la piscine ou d’un effet de contraste d’un léger panache blanc à la surface sombre de l’eau de la piscine de combustible.

 

Fig. 43 : Probable reflet sur la surface de la piscine de combustible le 30 mars 2011

Fig. 43 : Probable reflet sur la surface de la piscine de combustible le 30 mars 2011

2.7.4.3. Jet de vapeur

 

Une vidéo aérienne publiée à l’origine par NHK, puis reprise par des médias étrangers comme CNN ou TV9, montre un jet de vapeur formant un champignon au-dessus du BR3. Ce fait a été considéré par plusieurs observateurs comme l’explosion du BR4. Or la vidéo de cet évènement n’a jamais été diffusée.

 

Fig. 44 : Jet de vapeur au-dessus du BR3

Fig. 44 : Jet de vapeur au-dessus du BR3

En situant exactement les réacteurs à leur place respective, on peut s’apercevoir que cette vapeur sort bien du BR3.

 

Fig. 45 : Localisation des réacteurs 2, 3 et 4

Fig. 45 : Localisation des réacteurs 2, 3 et 4

Fig. 46 : Localisation du jet de vapeur sur le BR3

Fig. 46 : Localisation du jet de vapeur sur le BR3

La vidéo, sauvegardée sur différents comptes Youtube, ne mentionne pas la date mais comme le BR4 est encore intact, elle a certainement été tournée le 14 mars après-midi, quelques heures après l’explosion du BR3.

 

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 16:00

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(partie précédente)

 

 

 

2.4. La direction du nuage

Le nuage qui est monté en altitude a pris la direction de l’est, se dirigeant donc vers l’océan Pacifique. Cependant, une dizaine d’heures plus tard, le vent a changé de direction et a porté le nuage jusqu’à Tokyo.

 

Fig. 12 : Changement de la direction du nuage de l’explosion du BR3

Fig. 12 : Changement de la direction du nuage de l’explosion du BR3

2.5. Les projections

La première explosion détruit une partie du toit et des murs du bâtiment mais la vidéo ne permet pas d’en visualiser des fragments, contrairement à la seconde explosion qui projette de très gros objets à près de 200 mètres d’altitude dont le plus gros a une longueur de plus de 13 mètres.

Fig. 13 : Des objets retombent après l’explosion (T + 11 s)

Fig. 13 : Des objets retombent après l’explosion (T + 11 s)

La plupart de ces objets, probablement des blocs de béton ou des éléments métalliques issus des installations, retombent à la verticale de l'axe de visée de la cheminée d’évent, précisément dans l’axe de la deuxième explosion.

 

Certains objets lourds, en retombant, ont traversé des toitures des bâtiments annexes du réacteur.

 

Fig. 14 : Les trous dans la toiture du bâtiment des turbines du BR3

Fig. 14 : Les trous dans la toiture du bâtiment des turbines du BR3

Au nord, gît au milieu des gravats un objet circulaire de grandes dimensions (8 m de diamètre environ), une sorte de palonnier qui pourrait servir à soulever le couvercle de la cuve lors de la maintenance du réacteur ou une machine à visser-dévisser les boulons du couvercle de l’enceinte de confinement (« bolt driver »). Habituellement entreposé au niveau de la surface technique, il semble avoir été emporté par le souffle de l'explosion et être retombé à cet endroit.

 

Fig. 15 : Objet retombé sur les ruines du BR3 dans le secteur nord

Fig. 15 : Objet retombé sur les ruines du BR3 dans le secteur nord

Fig. 16 : C’est sans doute ce type de matériel qui est retombé sur le BR3 (photo d’avant mars 2011)

Fig. 16 : C’est sans doute ce type de matériel qui est retombé sur le BR3 (photo d’avant mars 2011)

Un autre objet est retombé sur le bâtiment des turbines du BR4 en perçant aussi le toit.

 

Fig. 17 : Objet visible à la 14ème seconde retombant près du BR4

Fig. 17 : Objet visible à la 14ème seconde retombant près du BR4

Enfin certains gravats issus de l’explosion sont extrêmement radioactifs. Par exemple, le 23 avril 2011, un ouvrier a trouvé un débris de béton ayant un débit de dose de 900 millisieverts par heure près du BR3 (2). Par ailleurs, le New York Times rapporte que des fragments de barres de combustible ont été trouvés près du BR2 et qu’ils ont été recouverts à l’aide de bulldozers.

 

(2) Cette dose est extrêmement élevée : en une heure, elle correspond à plus de 900 fois la dose admissible annuelle et en 24 heures, le total est de plus de 20 Sieverts, soit une dose mortelle.

 

2.6. Localisation des explosions

En utilisant l’image donnée par la caméra avant l’explosion du BR3 et les rapports de distance entre les différents éléments visibles (cheminées, bords de bâtiments), nous avons déterminé l’azimut de visée de l’objectif : 33°E. Cela nous permet de l’appliquer aux plans de la centrale et des réacteurs fournis par Tepco.

 

Fig. 18 : Détermination de l’angle de visée de la caméra

Fig. 18 : Détermination de l’angle de visée de la caméra

Ainsi, en tenant compte de l’orientation du bâtiment, on sait que la première explosion se situe exactement dans l’angle sud-est du bâtiment. C’est là que le toit commence à se soulever et que la flamme est visible. L’installation la plus proche de cet angle est la piscine de combustible.

 

Fig. 19 : Situation de la flamme de la première explosion

Fig. 19 : Situation de la flamme de la première explosion

Le nuage 3 de la seconde explosion se situe précisément dans l’axe de visée de la cheminée d’évent centrale.

 

Fig. 20 : Nuage 3 axé sur la cheminée d’évent

Fig. 20 : Nuage 3 axé sur la cheminée d’évent

L’axe de visée de la cheminée d’évent passe par l'angle sud-ouest du BR3 ; il ne passe donc pas par le centre du réacteur.

 

Fig. 21 : Différents axes et zones impactées rapportés au plan du BR3

Fig. 21 : Différents axes et zones impactées rapportés au plan du BR3

2.7. Observation du bâtiment après les explosions

 

2.7.1. Les murs

Les premières photos et vidéos du BR3 après les explosions montrent un bâtiment ravagé. Il y a eu tant de dégâts que beaucoup d’observateurs ont cru dans les premiers jours que le réacteur-même avait explosé.

 

Observons les dégâts côté par côté.

 


2.7.1.1. Face est

Fig. 22 : Face est du BR3

Fig. 22 : Face est du BR3

C'est la façade est qui a le mieux résisté aux explosions. Elle a gardé sa hauteur en conservant les piliers et les poutres, sans panneau, des deux niveaux supérieurs (CRF et 5F), ainsi que la moitié sud de la poutre horizontale supérieure.

 

2.7.1.2. Face sud

 

Fig. 23 : Face sud du BR3

Fig. 23 : Face sud du BR3

La façade sud a aussi relativement bien résisté aux explosions, excepté les deux niveaux supérieurs dont les piliers et les panneaux ont totalement disparu (CRF et 5F).

 

2.7.1.3. Face ouest

 

Fig. 24 : Face ouest du BR3

Fig. 24 : Face ouest du BR3

La façade ouest a perdu ses deux niveaux supérieurs (CRF et 5F) et la quasi-totalité des panneaux du niveau suivant (4F), situé sous le niveau technique. Les piliers manquants sont visibles à la base de la façade, à l’envers.

 

Fig. 25 : Piliers de la façade ouest à la base du mur

Fig. 25 : Piliers de la façade ouest à la base du mur

2.7.1.4. Face nord

La façade nord a énormément souffert des explosions et il est difficile de la discerner sous les ruines. Elle a perdu la quasi-totalité des 3 niveaux supérieurs CRF, 5F et 4F. Pour le niveau 4F, seul deux panneaux sur cinq restent en place à l'est.

 

Fig. 26 : Face nord du BR3

Fig. 26 : Face nord du BR3

Les piliers de la façade nord ont été projetés sur un bâtiment annexe.

 

Fig. 27 : Piliers de la façade nord sur un bâtiment annexe

Fig. 27 : Piliers de la façade nord sur un bâtiment annexe

2.7.1.5. Élévations

L'observation de ces documents nous a permis de dresser les élévations schématisées des 4 façades.

 

Fig. 28 : Elévations des façades du BR3

Fig. 28 : Elévations des façades du BR3

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 16:21

Le 14 mars 2011, à 11 h 01 exactement, une explosion d’une rare intensité s’est produite dans le bâtiment du réacteur n° 3 (BR3) de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Selon la seule vidéo connue, l’explosion s’est manifestée en deux temps : une première explosion est visible sur le côté sud engendrant une flamme gigantesque et, moins d’une demi-seconde plus tard, une deuxième explosion se produit de manière verticale, générant un nuage aux couleurs sombres sur plusieurs centaines de mètres de hauteur.

Les images du bâtiment réacteur diffusées après cet événement montrent que le bâtiment a énormément souffert : s'il reste 3 niveaux de poutres de béton armé côté est, les 3 autres côtés ont disparu pour cette même hauteur correspondant aux niveaux 4F, 5F et CRF du bâtiment, soit une hauteur de 23 mètres de murs détruits sur un total de 46 m.

Jusqu’à présent, l’opérateur Tepco et tous les organismes officiels ont affirmé qu’il s’agissait d’une simple explosion d’hydrogène. Pourtant, d’autres hypothèses existent et c’est l’objet de cet article de les exposer et de les analyser. Après avoir présenté succinctement le réacteur, nous observerons objectivement ce qui s’est passé, puis nous présenterons les différentes hypothèses qui tentent d’expliquer ces évènements. Enfin, nous confronterons ces propositions avec les faits relevés et nous exposerons notre point de vue argumenté.

Remarque importante au sujet du contenu de cet article :

Cet article utilise les données disponibles, à savoir les documents, vidéos et photos fournis par les médias et l’opérateur de la centrale Tepco. Ce dernier ne donne bien évidemment pas toutes les informations qu’il possède. Il partage les informations sur la centrale de manière parcimonieuse et souvent celles-ci sont décalées dans le temps. C’est l’observation de l’ensemble des données collectées depuis quatre ans qui permet aujourd’hui d’aborder l’analyse des explosions du bâtiment réacteur 3 de manière plus complète et avec plus de recul. Cet article se veut une ébauche de compréhension de l’explosion du bâtiment réacteur n° 3 de Fukushima, en fonction des connaissances actuelles. Sa présente publication sur le blog de Fukushima n’est donc pas un texte totalement abouti. Il fera l’objet de corrections et d’amendements en fonction des réactions et des informations qu’apporteront les lecteurs et des éventuelles nouveautés que diffusera Tepco dans l’avenir. Le fil des commentaires est ouvert à tous ceux qui veulent faire avancer ce dossier qui, il faut le reconnaître, est devenu tabou avec les années. Merci par avance aux contributeurs. A la suite de cela, une nouvelle version sera proposée.

 

Etant donné le nombre important de documents de ce dossier, celui-ci sera édité en sept parties.

 

Un grand merci à Phil Ansois pour la relecture finale du dossier.

 

PF

-oOo-

 

 

Sommaire

 

1. Présentation du réacteur n° 3

 

2. Les faits

 

2.1. La première explosion

2.2. La seconde explosion

2.3. Les nuages de la première seconde

2.4. Direction du nuage

2.5. Les projections

2.6. Localisation des explosions

2.7. Observation du bâtiment après les explosions

2.7.1. Les murs

2.7.1.1. Face est

2.7.1.2. Face sud

2.7.1.3. Face ouest

2.7.1.4. Face nord

2.7.1.5. Élévations

2.7.2. La toiture

2.7.3. Les zones d'explosions

2.7.3.1. La zone sud

2.7.3.2. La zone nord

2.7.4. Les panaches

2.7.4.1. Juste après l’explosion

2.7.4.2. Panaches noirs

2.7.5. Les photos infrarouges

2.7.6. Les piscines

2.7.6.1. La piscine de combustible

2.7.6.2. La piscine d'équipement

2.7.7. La surface technique

2.7.7.1. Les dalles antimissiles

2.7.7.2. Les déformations du niveau technique

2.7.7.3. Le pont roulant

2.7.8. La porte de l’enceinte de confinement

2.8. La radioactivité mesurée au BR3

2.9. La poussière noire

2.10. Le son des explosions

 

3. Les hypothèses

 

3.1. L’hypothèse de l’explosion d’hydrogène

3.1.1. Le sas d'accès matériel (« equipment hatch »)

3.1.2. L’enceinte de confinement (« dry well »)

3.1.3. La cuve du réacteur (« RPV »)

3.1.4. La piscine d’équipement (« DSP »)

3.1.5. La piscine de combustible (« SFP »)

3.2. L’hypothèse d'un accident de criticité instantanée de la piscine de combustible

3.3. L’hypothèse de l’explosion de zirconium

3.4. L’hypothèse de l’explosion de vapeur

 

4. Critique des hypothèses par rapport aux faits constatés

 

4.1. Hypothèse d’une explosion d’hydrogène

4.1.1. Eléments favorables

4.1.2. Eléments défavorables

4.2. Hypothèse d’une explosion de vapeur

4.2.1. Eléments favorables

4.2.2. Eléments défavorables

4.3. Hypothèse d’une explosion de zirconium

4.3.1. Eléments favorables

4.3.2. Eléments défavorables

4.4. Hypothèse d’un accident de criticité instantanée dans la piscine de combustible

4.4.1. Eléments favorables

4.4.2. Eléments défavorables

4.4.3. Elément indifférent

 

5. Conclusions prenant en compte les faits et les critiques

 

5.1. Il s’est produit plusieurs explosions

5.1.1. Une explosion s’est produite dans la piscine de combustible

5.1.2. Une explosion s’est produite à l’intérieur de l’enceinte de confinement

5.1.3. Une explosion s’est produite au niveau 4F

5.2. Proposition de déroulement des explosions

 

 

********

 

 

L’explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi

 

Pierre Fetet

 

(1ère partie)

 

 

 

1. Présentation du réacteur n° 3

 

Le réacteur n°3 est un réacteur à eau bouillante de type Mark I (General Electric). Construit par Toshiba à partir de 1970, il a été raccordé au réseau en 1974 et mis en service en mars 1976. Dans le contexte de la catastrophe de Fukushima, sa particularité est qu’il est le seul des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi à avoir été chargé avec du MOX, combustible français composé d’oxydes d’uranium et de plutonium.

 

Voici un document technique qui détaille ce type de bâtiment réacteur en deux coupes annotées et cotées.

Fig. 1 : Coupes d’un bâtiment réacteur à eau bouillante de type Mark 1

Fig. 1 : Coupes d’un bâtiment réacteur à eau bouillante de type Mark 1

A quelques détails près, il est du même type que le réacteur d’Oyster Creek aux Etats-Unis dont voici un écorché légendé.

Fig. 2 : Réacteur d’Oyster Creek (USA)

Fig. 2 : Réacteur d’Oyster Creek (USA)

Le BR3 se compose de plusieurs niveaux de construction qui ont été décrits avec précision par Luca da Osaka sur le site italien Giappo Pazzie. Chaque niveau a un nom composé de lettres et de chiffres : B1F pour le sous-sol, 1F pour le rez-de-chaussée, 2F pour le 1er étage, 3F pour le 2ème étage, 4F pour le 3ème étage qui est celui qui abrite le condenseur et 5F pour le 4ème étage qui est le niveau de service opérationnel où sont accessibles le puits de cuve et les piscines. Le niveau CRF n’est pas un étage, c’est le niveau du grand pont roulant qui fait la largeur du bâtiment ; celui-ci sert à la manutention des conteneurs de combustible et du matériel lourd. Nous utiliserons ces dénominations le cas échéant pour plus de clarté.

 

Fig. 3 : Vues latérale et frontale et plan du BR3

Fig. 3 : Vues latérale et frontale et plan du BR3

Fig.4 : Vue oblique du BR3 en transparence

Fig.4 : Vue oblique du BR3 en transparence

2. Les faits

 

 

2.1. La première explosion

On peut visualiser cette explosion grâce à la vidéo qui a été diffusée sur les chaînes de télévision puis sur la toile. En voici une copie, composée de la vidéo originale puis d’un zoom sur le BR3.

 

On peut aussi avoir une vision précise de l’explosion grâce au site danois Gyldeng risgaard qui découpe la première seconde en 25 images. Nous disposons donc d'une image chaque 0,0334 seconde, selon la fluidité de la vidéo donnée par l’auteur (29,970 trames par seconde).

Le premier événement visible est l’explosion du côté sud du bâtiment réacteur. La première image (T) montre le début de la désintégration du toit du bâtiment réacteur avec un nuage sombre se formant avec une plus grande épaisseur sur le côté sud.

Fig. 5 : Premiers instants de l’explosion

Fig. 5 : Premiers instants de l’explosion

L’image suivante montre une flamme de couleur blanche à jaunâtre se développant sur au moins 13 m en 3,34 centièmes de seconde, c'est-à-dire avec une onde de choc se déplaçant à une vitesse initiale minimale de 389 m/s (la flamme pouvant être oblique, la vitesse est probablement supérieure). Il s’agit donc là d’une détonation, la vitesse de l’onde de choc étant supersonique (1).

 

(1) La vitesse du son est de 331 m/s à 0 °C, au niveau de la mer. La formule est v = 331 + 0,6 x θ, θ  étant la température en degrés Celsius et v la vitesse du son. Par exemple, pour calculer la distance du point d’impact de la foudre lors d’un orage, il faut compter 3 secondes pour un kilomètre. La déflagration correspond à une vitesse d’expansion plus petite que la vitesse du son, une détonation à une vitesse d’expansion plus grande que la vitesse du son, et donc à la création d’une onde de choc supersonique.

 

Les images suivantes montrent le changement de couleur de la combustion, avec une flamme qui devient jaune-orange et se développe sur une longueur de plus de 20 m.

 

Fig. 6 : Variation de couleur de la flamme

Fig. 6 : Variation de couleur de la flamme

Dans le même temps, on remarque un nuage noir qui se forme du côté nord-ouest, d’abord au toit puis aux murs. On voit également du côté sud, sous et à côté de la flamme, la destruction des niveaux 5F et CRF.

 

Les bords de cette flamme délimitent un secteur très précis situé à l’angle sud-est du bâtiment, ce que nous analyserons plus bas.

 

Au bout de 2 dixièmes de seconde, la flamme commence à se retirer, comme aspirée vers le bâtiment d’où elle sort, alors qu’est en train de se produire le début de la deuxième explosion.

Fig. 7 : Retrait de la flamme

Fig. 7 : Retrait de la flamme

Il est à noter qu’en même temps, on aperçoit des lueurs au niveau de la cheminée d'évent. Elles pourraient n’être en fait que les reflets de la flamme sur les poutres métalliques blanches de la structure.

 

Dans le prolongement de la flamme au sud-est du bâtiment, 30 dixièmes de secondes après sa disparition, se produit un nuage persistant de couleur gris-blanc de grandes dimensions et qui reste bien visible les secondes suivantes.

 

Fig. 8 : La flamme produit un nuage gris-blanc

Fig. 8 : La flamme produit un nuage gris-blanc

2.2. La seconde explosion

Cette explosion commence à être visible à partir de 3 dixièmes de seconde sous la forme d’un nuage gris distinct des premiers panaches, au moment où la flamme du côté sud est en train de reculer. Son origine en elle-même n’est pas visible car située dans le bâtiment déjà caché par la fumée de la première explosion. C’est donc indirectement, avec le nuage spectaculaire qu’elle provoque, qu’on peut l’observer.

Ce nuage peut être visualisé seconde par seconde grâce au site déjà cité Gyldengrisgaard qui présente les 17 premières secondes.  La formation globale du nouveau panache qui ressemble à une sphère à la première seconde est visuellement axée sur la cheminée d’évent. Contrairement aux autres panaches inférieurs, celui-ci monte très vite en hauteur, avec une vitesse de progression estimée à 70 m/s dans les premiers instants.

 

Fig. 9 : Evolution du nuage de la seconde explosion

Fig. 9 : Evolution du nuage de la seconde explosion

2.3. Les nuages de la première seconde

La première explosion provoque deux épais nuages qui enveloppent complètement le bâtiment. Le nuage inférieur (nuage 1) a une couleur claire et se développe de manière horizontale. Il est formé par la poussière de béton des murs qui sont volatilisés ou qui s’effondrent. Le nuage supérieur (nuage 2) a une couleur très sombre tirant vers le noir. Il se forme à la hauteur du toit et dépasse d’une dizaine de mètres le bâtiment.

La deuxième explosion produit un troisième panache (nuage 3) de couleur brune. Celui-ci semble former, au bout d’une seconde, une boule d’une soixantaine de mètres de diamètre qui monte rapidement en grossissant vers le ciel laissant une traînée verticale large d’une quarantaine de mètres sur son passage. Tout en montant, le nuage se déplace vers l’est, poussé par le vent qui, d'après la progression  du nuage, a une vitesse d'environ 20 km/h. Au bout de 15 secondes après la première explosion, il atteint une hauteur de plus de 300 m.

Nous avons déjà évoqué le quatrième nuage qui est le résidu de combustion de la flamme de la première explosion, au sud-est du bâtiment.

 

Fig. 10 : Les quatre nuages

Fig. 10 : Les quatre nuages

On pourrait s’en tenir là. Toutefois, la décomposition de la première seconde donne plus d’informations encore sur l’enchainement des évènements : le nuage 3 se forme en deux temps. La formation de ce nuage débute à partir de 0,33 s uniquement du côté sud (nuage 3a), visuellement entre la flamme et la cheminée d’évent. Puis à 0,43 s se forme le nuage 3b. Ce dernier paraît plus sombre que le nuage 3a mais avec la lumière du soleil venant du sud, on ne peut rien déduire de cette différence de couleur, le nuage 3b étant à l’ombre du nuage 3a.

 

Fig. 11 : Formation du nuage 3 en deux temps

Fig. 11 : Formation du nuage 3 en deux temps

Le nuage 3a, qui se situe au sud – au-dessus de la piscine de combustible – a de l’avance sur le nuage 3b qui se situe au nord. Le nuage 3b rattrape la hauteur du nuage 3a en un quart de seconde : à 0,76 s, les deux nuages 3a et 3b ne forment plus qu’une seule et même masse. L’observation de ce phasage laisse penser qu’il y a eu une succession d’explosions quasi simultanées.

 

 

(lien vers la 2ème partie)

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 08:37
Echapper aux « chaudrons de l'enfer »

INTERVIEW / Yauemon Sato :
Fukushima doit reconquérir ses ressources énergétiques pour échapper aux « chaudrons de
l’enfer ».

Le 1er mai 2015 / Auteur : Toshihide Ueda, rédacteur principal, article paru dans « THE ASAHI SHIMBUN » / Lien Source : http://ajw.asahi.com/article/views/opinion/AJ201505010047

Traduction Javale Gola

KITAKATA, Préfecture de Fukushima—Yauemon Sato, Dirigeant à la neuvième génération d’une brasserie de saké exploitée dans la ville depuis 1790, compare les réacteurs dévastés de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima à des « chaudrons de l’enfer ».

Dans une interview récente pour le journal Asahi Shimbun, Sato dit que la catastrophe nucléaire « se répète chaque jour », en référence au gigantesque stock d’eau radioactive qui continue de croître—et souvent fuit —plus de quatre ans après la fusion des coeurs.

 

Il a fondé en 2013 la Compagnie d’énergie Aizu Denryoku*, ce fut sa réponse à la problématique de la voie qu’on devrait emprunter pour «la renaissance de Fukushima» suite à la catastrophe nucléaire.

Chef d’entreprise, Sato était bien déterminé à ne pas se contenter d’« un énième mouvement social ».

 

Il dirige aujourd’hui plus de vingt centrales solaires.

 

Sato entend également parier sur de micro-centrales hydroélectriques et sur la biomasse issue du bois, pour permettre à son affaire d’exploiter les abondantes ressources en eau et celles des forêts de la région de Aizu* dans l’ouest de la préfecture de Fukushima, où est située la ville de Kitakata.

Sato nous fait cette observation : « la région de Aizu dispose de ressources énergétiques propres à lui assurer l’auto-suffisance. Les eaux du lac Inawashiroko et de la rivière Tadamigawa étaient à l’origine notre propriété. Le moment est probablement venu qu’elles nous soient restituées. »

[*NDLT : Noter que la ville de Aizu est la capitale historique du département de Fukushima]                                                        

 

Nous vous proposons quelques extraits de l’interview :

 

***

QUESTION : Qu’est-ce qui motive votre investissement, en particulier en faveur d’énergies renouvelables ?

 

SATO : Vous connaissez le chaudron de l’enfer ? celui qui fait le mal ira en enfer bouillir dans ce chaudron. Eh bien nous avons quatre semblables chaudrons dans la préfecture de Fukushima, à la centrale nucléaire N°1 de Fukushima dont l’opérateur est la Cie d’Energie Electrique de Tokyo.[TEPCO]

 

Q.: Vous voulez parler des réacteurs N°1 à N°4 détruits par des accidents, n’est-ce pas ?

 

SATO : Tout-à-fait. Il est grand temps que la catastrophe prenne fin. Or, elle se reproduit chaque jour. Plus de 300 tonnes d’eau, contaminée par des substances radioactives à des niveaux intenses, sont produites chaque jour à la centrale, d’accord ? Nous, sommes une entreprise familiale de brasseurs de saké, au chiffre d’affaires annuel d’environ 350 millions de yens (2,9 millions de dollars). Et nous brassons environ 300 kilo-litres de saké, soient quelque 300 tonnes, chaque année. Eh bien ils produisent plus d’eau radioactive chaque jour, que nous de saké en une année.

 

Q. : L’ensemble du village de Iitate, dans la préfecture de Fukushima, est à ce jour toujours évacué en raison de la catastrophe nucléaire. Or, vous aviez apporté à Iitate votre soutien bien avant la catastrophe nucléaire déclenchée par le Grand Séisme et le tsunami dans l’Est du Japon. Pouvez-vous nous donner des précisions sur votre travail ?

 

SATO : Tout est parti d’une demande de la chambre de commerce et d’industrie du village, me proposant de brasser mon saké avec du riz cultivé à Iitate. J’ai accepté de devenir « un ambassadeur Madei » pour soutenir ce village, et puis une cérémonie d’investiture a eu lieu en janvier 2011. Deux mois plus tard se produisait la catastrophe nucléaire.

Iitate n’a rien rien à voir avec le nucléaire, alors je me suis dit qu’il fallait « que je vienne en aide à cette ville, d’une façon ou d’une autre ».

 

Q. : Ce terme de « Madei » signifie à peu près « solidaire » en dialecte local, et c’est une notion-vedette de l’entreprise pour le développement de la communauté de Iitate, n’est-ce pas ?

 

SATO : Certainement. Le maire de Iitate, Norio Kanno, a dit lors de la cérémonie d’investiture que le développement communautaire d’un « village solidaire » était quasiment parachevé. Mais tous ces efforts ont été ruinés par la catastrophe nucléaire.

Permettez-moi d’introduire une question : pourquoi la préfecture de Fukushima a-t-elle accueilli pas moins de 10 réacteurs nucléaires ? eh bien, elle l’a fait pour alimenter Tokyo en électricité. Mais les résidents de la préfecture de Fukushima n’ont pas fait suffisamment entendre leur voix, face au gouvernement central et à TEPCO.

Voilà quelques-unes des idées que j’ai partagées avec Yumiko Endo, l’ex-responsable du bureau préfectoral de l’Education pour la préfecture de Fukushima, ou encore avec Norio Akasaka, professeur d’ethnologie à l’université de Gakushuin et promoteur des «études du Tohoku».
Après, la première de nos actions fut la mise en oeuvre du « Fukushima Kaigi », un forum-citoyen qui s’est tenu à l’été 2011, pour débattre des modalités d’une « renaissance de Fukushima ».

 

Q. : C’est lors de ce forum que vous avez eu l’opportunité de faire la connaissance de Jun Yamada, un conseiller principal à Qualcomm Japan, la branche japonaise du fameux fabricant américain de circuits intégrés, n’est-ce pas ?

 

SATO : Oui. Yamada et moi nous sommes entretenus de ce qu’il faudrait faire à compter de là, et on s’est rendus à l’évidence : nous sommes des chefs d’entreprise inscrits dans leur époque. Nous contenter de maudire le gouvernement central et TEPCO ne mènerait pas bien loin. Un énième mouvement social ne nous satisferait pas. Alors finalement on est tombés d’accord : pourquoi ne créerions-nous pas une compagnie ?

 

Q. : Et la compagnie que vous avez créée, c’est Aizu Denryoku, c’est bien ça ?

 

SATO : bien sûr. Imaginez un peu, de quoi a-t-on fondamentalement besoin pour vivre ? Vous ne pouvez survivre que si l’eau, la nourriture et l’énergie sont à votre disposition.

Or, les 17 municipalités de la préfecture de Fukushima dans la région de Aizu, totalisent une population d’environ 280 000 résidents. Et cette région a suffisamment de riz et de ressources énergétiques pour être auto-suffisante. Les seules centrales hydroélectriques de la région de Aizu ont assez de potentiel énergétique pour couvrir les besoins de tous les ménages dans la préfecture de Fukushima.

 

Q. : Mais ces centrales-là, elles appartiennent à TEPCO, la Cie de l’Energie Electrique du Tohoku ainsi qu’à la Compagnie de Développement de l’Energie Electrique. La majeure partie de l’énergie produite est distribuée dans la région du Grand Tokyo. Que pensez-vous de cet arrangement ?

 

SATO : Nous n’avons pas les droits d’utiliser l’eau pour produire de l’énergie. Cependant, les eaux du lac Inawashiroko et de la rivière Tadamigawa étaient à l’origine notre propriété. Le moment est sans doute venu qu’elles nous soient restituées.

De même les centrales nucléaires sont situées sur le territoire de la préfecture de Fukushima. Pourquoi nous prive-t-on, là encore, de nos ressources ? Allons réclamer ce qu’on nous a pris. —Je ne dis rien d’autre.

 

Q. : La Compagnie Electrique du Tohoku a fixé une limite à la quantité d’électricité qu’elle achèterait aux sources d’énergies renouvelables. Quelle est votre approche concernant cette tâche ardue de vous confronter aux groupes d’intérêts ?

 

SATO : Mon père a débuté en court-circuitant les grossistes et les détaillants pour vendre notre saké directement aux touristes venant à Kitakata. Ce qui a déclenché un scandale inouï auprès des associations de grossistes et de détaillants. Mais à partir du moment où les consommateurs sont devenus friands de nos produits, ils ont passé des commandes aux détaillants et au final, ces mêmes détaillants ont été bien obligés de distribuer nos produits. La clientèle ne vous fera jamais défaut à condition que vous fassiez des produits de première qualité.

 

Q. : Vous rassemblez autour de vous un cercle grandissant de personnes acquises à votre point de vue. Iitate Denryoku, la compagnie de centrales solaires, a été créée à Iitate en septembre 2014, et vous en êtes le vice-président. Comment évolue-t-elle ?

 

SATO : A Tatami dans la préfecture de Fukushima, un nouveau groupe de personnes se mobilisent aujourd’hui pour créer une compagnie d’énergie : « Tatami Denryoku ». Quatre des 17 municipalités de la région de Aizu — Inawashiro, Bandai, Nishi-Aizu et Kita-Shiobara— ont décidé en mars d’investir dans Aizu Denryoku.

Notre objectif c’est de créer ce qu’on pourrait appeler «une compagnie publique de stockage». Nous avons encore quelques obstacles à dépasser, par exemple la question des droits d’exploitation de l’eau. Néanmoins notre projet est de multiplier dans les prochaines années des micro-centrales hydrauliques qui puissent utiliser l’eau des rivières ou d’autres sources connues, ainsi que la biomasse en misant sur le bois des forêts ou d’autres ressources.

On a commencé par l’énergie solaire, pour simplement renforcer l’assise de notre société.

 

Q. : Vous lancez à l’intention de l’ensemble des autorités municipales de la région de Aizu, un appel à l’injection de capital dans votre société. Quel rôle comptez-vous qu'elles jouent ?

 

SATO : Le développement de la communauté est d’abord le fait des gens du cru provenant du secteur privé, et de fait l’on n’escompte pas qu’il soit porté par les autorités dirigeantes. Le rôle des organes municipaux est d’appuyer l’action du secteur privé. C’est ainsi que la ville de Kitakata  a connu l’essor de sa réputation de « ville des entrepôts », ou « ville des ramen » puis a été confortée dans cette voie.

 

***

Né en 1951, Yauemon Sato est diplômé du Département Brasserie et Fermentation du Junior College de la Faculté d’Agriculture de Tokyo. En 1973 il est entré en apprentissage dans la brasserie familiale, la brasserie de sake « Yamatogawa Shuzoten ».
Il est inspiré par l’action de son père Yauemon Sato VIII dont il cite l’investissement dans la promotion de KItakata comme «la ville des entrepôts» et son engagement dans la conservation du patrimoine architectural au sein de l’Association Japonaise pour la Conservation et la Régénération de Machi-nami.

Sato, qui a repris en 2006 le flambeau de la Direction de l’entreprise familiale au rang de la neuvième génération, est également Directeur Général de la Coopérative Japonaise de Jizake, qui supervise les brasseries artisanales de saké, ainsi que Secrétaire en Chef d’une association nationale de fournisseurs locaux en énergie, dans laquelle les fondateurs ont inclus des services d’électricité desservant des zones localisées.

Le nom de l’entreprise Aizu Denryoku est emprunté à une compagnie qui exista avant la Seconde Guerre Mondiale. Un choix porteur de l’espoir de revivifier la tradition d’une telle compagnie qui puisse approvisionner en électricité les communautés locales.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 06:00

Quatre articles ont été publiés récemment sur Fukushima. Ils montrent que rien n’est réglé, que les mêmes questions se posent depuis 4 ans. Partir est une solution pour ceux qui s’en donnent les moyens. Rester est-il pour autant un acte qui fait le jeu du gouvernement qui souhaite le retour des populations en zone contaminée ? Dans une situation qui reste inextricable, il y a plusieurs « solutions », chaque individu fait son choix ou son non choix.

  • À Fukushima, la population est dans une situation inextricable
  • Partir de Tokyo
  • Quatre ans après, Fukushima
  • Fukushima : cogérer l’agonie

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« À Fukushima, la population est dans une situation inextricable »

par Louise Lis (site Le journal du CNRS)

Logements provisoires pour personnes déplacées dans la municipalité de Minamisoma, dans la région de Fukushima - T. MUNITA/The New York Times-REDUX-REA

Logements provisoires pour personnes déplacées dans la municipalité de Minamisoma, dans la région de Fukushima - T. MUNITA/The New York Times-REDUX-REA

Quatre ans après l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima, le sort des populations concernées est loin d’être réglé. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrypte la politique qui vise à inciter ces personnes à réintégrer les zones encore contaminées.

Résidente au Japon depuis près de quinze ans, Cécile Asanuma-Brice travaille au bureau du CNRS à Tokyo et est chercheuse associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo et au Laboratoire international associé « Protection humaine et réponse au désastre » (HPDR) créé par le CNRS et d’autres institutions françaises et japonaises, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Le 11 mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami avait provoqué l’explosion, le lendemain, d’une centrale nucléaire dans cette région.
  
             

Combien de personnes restent déplacées ? Dans quelles conditions vivent-elles ?
Cécile Asanuma-Brice : Le gouvernement japonais fait état de 118 812 personnes déplacées1, dont 73 077 à l’intérieur du département de Fukushima et 45 735 à l’extérieur, ce qui représente une baisse puisque les mêmes statistiques officielles affichaient 160 000 personnes déplacées en 2011, quelques mois après la catastrophe. En réalité, le nombre de personnes déplacées est bien plus élevé que cela. Car le système d’enregistrement mis en place par l’Administration est extrêmement contraignant et une partie non négligeable des habitants n’a pas voulu s’y plier. J’ai personnellement interviewé plusieurs familles regroupées au sein d’associations qui ont refusé cet enregistrement, car cela aboutissait à leur faire perdre des droits, notamment quant à la gratuité de leur suivi médical.

Dans un premier temps, le gouvernement japonais a ouvert à la gratuité le parc des logements publics vacants sur l’ensemble du territoire aux personnes qui souhaitaient s’installer ailleurs. Cette mesure était positive, même si elle ne s’est pas accompagnée de politiques d’aide à l’emploi qui auraient permis une intégration durable des nouveaux migrants dans les territoires d’accueil. En outre, cette directive a pris fin en décembre 2012. Simultanément, des logements provisoires ont été construits mais en partie sur des zones contaminées selon la carte de répartition de la contamination produite par le ministère de la Recherche du gouvernement japonais.

Dans la loi, la vie dans ces logements est limitée à deux ans en raison de l’inconfort des lieux. Mais le provisoire est en train de durer. Les réfugiés qui vivent sur ces terrains vacants aux marges des villes ont à leur charge la consommation d’électricité, de gaz et d’eau, et sont également contraints d’acheter les aliments qu’ils produisaient autrefois, la plupart d’entre eux étant fermiers. Le revenu de compensation de 100 000 yens (environ 750 euros, NDLR) par mois qui leur est versé par Tepco, l’entreprise de gestion de la centrale, est insuffisant pour couvrir ces frais. Enfin, des logiques de discrimination commencent à apparaître, pointant les réfugiés comme des « assistés », ce qui est extrêmement mal considéré dans un pays qui place très haut la valeur du travail.

Le 9 novembre 2013, M. Ônuma et son épouse sont venus déposer les os de leur défunt au temple de Futaba, leur ville d’origine aujourd’hui inhabitable à cause de la radioactivité. Sur le portique derrière eux, on peut lire : «Le nucléaire, l’énergie pour un futur radieux.» - © M. Ônuma

Le 9 novembre 2013, M. Ônuma et son épouse sont venus déposer les os de leur défunt au temple de Futaba, leur ville d’origine aujourd’hui inhabitable à cause de la radioactivité. Sur le portique derrière eux, on peut lire : «Le nucléaire, l’énergie pour un futur radieux.» - © M. Ônuma

Les populations expriment-elles le souhait de rentrer chez elles ? Quel est l’état d’esprit dominant ?
C. A.-B. : Beaucoup de familles sont installées loin de leur village d’origine tandis que les pères continuent de travailler dans le département où elles vivaient. Une majorité d’entre elles sont propriétaires de leur maison ou appartement ; elles ont emprunté pour cela et il leur est par conséquent très difficile de tout abandonner sans l’application d’un droit au refuge, soit l’assurance d’une compensation financière et d’une aide à la recherche d’emploi dans la région d’accueil. Cela serait envisageable si l’on considère les sommes faramineuses consacrées à la décontamination inefficace des territoires. Ces habitants sont mis dans une situation inextricable et cela se traduit par un taux de divorce élevé, de même que celui des suicides et des dépressions nerveuses…

Néanmoins, le gouvernement entretient soigneusement l’idée d’un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l’habitation. Ainsi, la zone de réglementation spéciale qui recouvrait les neuf collectivités locales autour de la centrale a été totalement supprimée, ce qui recouvre une population de 76 420 personnes. Un peu moins de deux tiers d’entre elles – 51 360 personnes exactement – se trouvent dans la zone de « préparation à l’annulation de la directive d’évacuation » – dont le taux de contamination est en deça de 20 millisieverts (mSv) –, ce qui signifie qu’elles peuvent se déplacer librement dans cette zone durant la journée afin d’entretenir leur habitat ou d’y travailler. L’annulation de la directive a été effective en partie en 2014. Dans la zone de restriction de résidence, qui concerne 25 % des habitants (19 230 personnes), il est permis d’entrer et de sortir librement pendant la journée mais pas de travailler.

 

(…)

Lire la suite ici : https://lejournal.cnrs.fr/articles/a-fukushima-la-population-est-dans-une-situation-inextricable

 

_____________

 

Partir de Tokyo

Témoignage de Yabu sur le site lundimatin

Où Yabu nous raconte sa fuite de la capitale le lendemain de l’accident nucléaire, et des rencontres improbables qui s’en sont suivies.

 

L’après-midi du jour du séisme...

L’après-midi du jour de séisme, les transports publics ne marchaient plus à Tokyo, nous n’avions plus aucun moyen de rentrer à la maison, en tout cas pour tous ceux qui vivaient en banlieue. Des dizaines de milliers de gens marchaient jusqu’à leur maison, c’était une scène spectaculaire. Un ami m’avait prêté un vélo pour aller de Shinjuku à Kita-ku, il y a un peu moins de 10km, je suis donc rentré à la maison de cette manière. Heureusement, tout allait bien chez moi. J’ai allumé la télé, je crois me souvenir vers 18h ou 19h et j’ai vu un flash d’info qui parlait de la centrale de Fukushima Daiichi, ils disaient que le système de refroidissement était tombé en panne. Et comme j’avais déjà des connaissances sur le nucléaire avant l’accident, j’ai donc tout de suite compris l’ampleur de la situation, j’ai réalisé intuitivement que Tokyo ne serait pas à l’abri.

J’ai surtout pensé alors à comment protéger ma fille contre la radiation, je suis donc allé à la pharmacie, j’ai demandé des pastilles d’iode, mais il n’y en avait pas. Les pastilles d’iode ne sont pas des produits commercialisés qui circulent normalement, de ce fait, faute de mieux, j’ai acheté de la teinture de l’iode. J’en ai dilué et ma fille et moi en avons bu.

Points de vue sur Fukushima

Nous sommes partis avec ma fille

Le lendemain, la situation ne s’était pas vraiment arrangée, mais les transports publics reprenaient peu à peu. Je suis donc allé à la Gare de Tokyo pour voir si je pouvais prendre un Shinkansen (TGV japonais) pour Nagoya où vit ma mère, comme il circulait normalement, je suis parti avec ma fille. On a dû arrivés chez ma mère vers midi ou 15h, je regardais la télé pour suivre les infos, et c’est à ce moment là que j’ai appris que la centrale de Fukushima Daiichi avait explosé. Je me suis dit qu’il serait difficile de rentrer à Tokyo, c’est vrai qu’il y a tout de même 250 km qui séparent la ville de la centrale, mais il faut savoir que la plaine de Kanto, c’est tout plat, rien ne peut faire écran au panache radioactif, je me suis dit alors qu’il était fort possible que la contamination arrive jusqu’à Tokyo.

Je continuais à regarder la télé à Nagoya. Petit à petit, mes proches sont venus me rejoindre chez ma mère pour se réfugier temporairement. On regardait la télé tous ensemble, je crois me souvenir c’était environ le 20 mars. L’iode radioactif a à ce moment là été détecté dans l’eau du robinet de Tokyo, laquelle vient pour moitié du fleuve Tone-gawa, l’amont du fleuve Tone-gawa se trouvant dans le département de Tochigi, qui est un département voisin de Fukushima. Là-bas, c’était contaminé. Un peu plus tard, dans l’Est de Tokyo, notamment dans le quartier Tokatsu, un niveau de radiation élevé a été constaté dans l’air. Le panache radioactif était parvenu jusque là. Fin mars, nous avons déménagé précipitamment de Tokyo à Nagoya, en avril, ma fille a commencé à aller à sa nouvelle école [1] .

On s’est dit qu’il faudrait aller prendre des mesures par nous-mêmes
Au début, c’était très difficile d’avoir une idée de la contamination exacte à Tokyo, le problème étant qu’il n’y a qu’un point de surveillance, placé très haut, pour l’ensemble de la ville de Tokyo. C’est un équipement qui date de l’époque des essais nucléaires atmosphériques, il n’est donc pas adapté à un environnement humain. C’est pour cette raison que l’on s’est dit qu’il faudrait aller prendre des mesures par nous-mêmes. Je suis donc retourné à Tokyo pour cela, à la fin du mois de mai, après mon emménagement à Nagoya. Il me fallait d’abord des compteurs-Geiger mais ils étaient difficiles à trouver, j’ai donc demandé à mes amis japonais vivant en France qui m’ont fait savoir que la CRIIRAD viendrait bientôt faire une conférence à Tokyo, il était également prévu qu’elle se rende à Fukushima. Les gens de la CRIIRAD [2] nous ont proposé de nous donner deux compteurs-Geiger si nous les aidions à organiser la conférence à Tokyo.

J’ai fait appel aux amis de Tokyo pour organiser la conférence, nous l’avons intitulée : « Mesure citoyenne de la radiation pour les amateurs, pour n’importe qui ». Les chercheurs de la CRIIRAD ont expliqué comment utiliser un dosimètre, son principe, etc. Mais nous avons été victimes de notre succès, plus de 200 personnes sont venues, beaucoup de jeunes pères et mères comme moi-même, et ce bien qu’elle ait été organisée en urgence. La salle était trop petite pour accueillir tous ceux qui voulaient entrer.

 (…)

Lire la suite ici : https://lundi.am/Partir-de-Tokyo

 

______________

 

Quatre ans après, Fukushima

par Kolin Kobayashi

 

Quatre ans ont passé, nous sommes toujours dans l’état d’urgence. Cet état d'urgence ne sera levé qu'à condition que le niveau radioactif passe en dessous de 1mSV/an et qu’il n’y ait plus de zone sous contrôle.

Dans la loi japonaise, si le taux radioactif dépasse 40 000 bq/m2, la zone est mise sous contrôle administratif. Deux tiers du département de Fukushima et quelques autres zones chaudes sont dans ce cas de figure. Ces espaces sont en principe inhabitables, parcourus par des experts qui ont le droit d’entrer et sortir, l’eau est impropre à la consommation, alors qu’il y a environ 2 millions d’habitants qui y vivent encore aujourd’hui. Ces zones doivent donc être classées officiellement comme zones sous contrôle administratif, c'est ce que déclare avec insistance le Prof. Koïdé Hiroaki. (Par parenthèse, à Tchernobyl, il y a 15 millions d'habitants qui vivent aujourd'hui dans les régions qui devraient être considérées comme des zones sous contrôle administratif selon les normes internationales. Les conséquences de Tchernobyl n'est donc pas finies aujourd'hui encore après 29 ans).

 

Sur tous les fronts, la bataille fait rage

D'abord, la question du redémarrage :

On sait que le gouvernement Abé voudrait faire redémarrer malgré d'autres risques de séisme possibles. Le ministère de l'économie et de l'industrie essaie de corrompre les communes où se situent les centrales en proposant une subvention trois fois plus importante que celle de l'an dernier, soit 2,3 milliards de yen (=775 190 euros), afin qu'elles acceptent rapidement le redémarrage. Les centrales de Sendai, de Takahama, et de Ohi ont déposé une demande de redémarrage et l'Autorité de régulation nucléaire a l'intention de leur donner son feu vert. N'oublions pas que le président de l'Autorité est un scientifique, venu du lobby nucléaire dont la nomination a été très contestée. Tout de même, il y a une question administrative à surmonter. A la question d'un député d'opposition sur l'obtention de l'accord des communes situées dans un rayon de 30 km autour des centrales, le ministère de l'écologie a répondu que cet accord était indispensable, pour des raisons de mise en place des dispositifs d'évacuation des populations en cas d'accident. Quant à la centrale de Sendai, le gouverneur de Kagoshima et le conseil général ont donné leur aval, mais il y a un certain nombre de communes qui restent en désaccord justement sur la question de l'évacuation.

 

Retour de la population et travaux de décontamination

La politique gouvernementale du régime Abé sur les réfugiés consiste à ouvrir des zones de préparation au retour pour 32 000 personnes, comme Minami-Soma, Naraha, ou une partie de Tomioka et de Kawachi, Katsurao et Kawamata. La normalisation de ces zones et la sortie de l'état d'urgence sont nécessaires pour pouvoir commencer à préparer les Jeux olympiques de Tokyo de 2020. D'après les sondages, il n'y a qu'entre 12 et 17% de cette population qui accepterait de revenir dans les zones préparées, principalement des personnes de plus de 50 ans.

Mais les travaux de décontamination ne décontaminent pas et transfèrent la radioactivité ailleurs. Le gouvernement annonce quand même qu'ils ont avancé que 14 % sur l'ensemble des zones à décontaminer.

 

Gestion de l'eau contaminée

Cela a commencé depuis le tout début de l’accident en 2011. La fuite d'eau devient un défi quotidien impossible de 6 000 travailleurs nucléaires sur place. Mais cette affaire est finalement ingérable, c'est comme le mythe de Sisyphe. Concernant la dernière fuite ( février 2015), le niveau radioactif est 70 fois plus élevé que le taux normaux, TEPCO a caché l'information depuis mai dernier et l'Autorité de régulation nucléaire la laisse faire sans aucun contrôle.

En 2013, d’après TEPCO, l'eau contaminée évacuée contenait 14 milliards de Bq/par jour du Strontium90, 25 milliards de Bq/jour de Césium137, et 25 milliards de Bq/jour Tritium.

En 2014, 5 milliards de Bq/j de Tr90, 2 milliards de Bq/j de Césium137, et 15 milliards de Bq/j de Tritium.

En 2015, le Tr90 en est à 7230 Bq/litre.

L'AIEA préconise de verser l'eau contaminée dans la mer après l'avoir filtrée par un système de décontamination globale, mais qui ne filtre pas le Tritium puisqu'il fond dans l'eau. La Fédération nationale des syndicats de pêcheurs japonais s'oppose farouchement contre une telle décision.

 

Situation sanitaire

Au Japon, nous sommes toujours sous l'état d'urgence décrété le 11 mars 2011. Pour que la déclaration soit levée, il faut que le niveau radioactif redevienne normal, c'est-à-dire 1 mSV/an et que des zones sous contrôle soient supprimées, sauf les zones de non-retour. C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais se précipite de faire revenir la population locale dans son habitat d'origine. Mais on n'est encore très loin de la normalisation.

Quand on aborde la question de la santé après l'accident de Fukushima-Daiichi, on a l'impression d'être dans un brouillard épais. Pourquoi cette invisibilité profonde ? Il y a deux raisons principales. Premièrement, les effets des radiations sur le corps humain ne sont pas toujours évidents, il y a les effets dits stochastiques et les déterministes. Les premiers se verront dans dix à vingt ans, voire plus de trente ans, les seconds sont les réactions immédiates, dont on n’a pas besoin de parler puisqu’ils sont déjà reconnus (brûlures, détérioration de peau, saignements, cheveux tombés, cancers,  décès...). Mais pour les effets stochastiques, avec le temps, ils pourraient être attribués à d’autres causes, car le savoir scientifique d'aujourd'hui refuse de reconnaître l'impact de la radioactivité dans certaines maladies somatiques. Pourtant, depuis Tchernobyl, la science a connu un certain progrès, notamment dans le domaine de la biologie moléculaire pour déterminer les réactions des radionucléides dans les tissus. Deuxièmement, il y a une volonté de minimisations, de falsification, et de désinformation de la part des autorités nationales et internationales, de TEPCO, et des experts de radioprotection des organisations internationales, et Yves va aborder précisément cette question. Ces procédures ne sont pas nouvelles à Fukushima, mais on les observe depuis l'accident de Tchernobyl. C’est souvent le même discours, le même dogme mensonger propagé par les mêmes acteurs. Chaque fois qu'on parle de la gestion de la santé lié aux accidents nucléaires, on doit dénoncer ce système de censure instauré par la mafia atomique qui comprend non seulement les autorités locales et nationales mais aussi les organisations internationales telles que l'AIEA, l'UNSCEAR et la CIPR.

(…)

Lire la suite : http://echoechanges-echoechanges.blogspot.fr/2015/03/quatre-ans-apres-fukushima.html

 

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Fukushima : cogérer l’agonie

par Nadine et Thierry Ribault

Cet article a été publié sur le site de Paul Jorion

 

En ce 11 mars 2015, quatre ans après l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima, on peut, bien entendu, établir un bilan officiel : 87 enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, 23 autres suspectés de l’être, 120.000 « réfugiés », 50.000 liquidateurs mobilisés au seuil sacrificiel dûment relevé, des piscines remplies de combustibles prêtes à nous exploser au nez, des rejets massifs et réguliers d’eau contaminée dans l’océan, pas moins de 30 millions de m3 de déchets radioactifs à stocker pour l’éternité.

Ce bilan existe. Nous vous y renvoyons.

 

L’État fait des habitants de Fukushima des cogestionnaires du désastre

Une fois ce « bilan » dressé, une fois les victimes et les inquiétudes considérées avec respect, il s’agit de tirer les conclusions qui s’imposent. L’une d’entre elles est la suivante : au fur et à mesure que se mettait en place l’aide fournie par des groupes citoyens, des ONG, des structures plus ou moins indépendantes, l’État faisait des habitants de Fukushima, indéniablement et sous couvert de « participation citoyenne », des cogestionnaires du désastre. On pourra nous opposer que cet élan civique a relevé de la spontanéité, voire de l’amour du prochain, que l’État n’a donné aucun ordre allant dans ce sens, que chacun était, et reste, libre de « s’engager » dans de tels mouvements, certes ! Cependant, beaucoup des hommes et des femmes qui l’ont fait, même si c’est inconsciemment, ont fait le jeu de l’État.

Voilà ce que nous avons constaté.

La plupart de ses groupes citoyens, ces ONG, ces structures plus ou moins indépendantes ont appelé les habitants à s’équiper de dosimètres, les ont aidé à s’en procurer ou à s’en fabriquer sur le mode do-it-yourself, les ont assistés dans la tâche pharaonique d’une impossible décontamination, ont réuni des fonds aux sommes parfois colossales pour acheter des équipements permettant d’effectuer des anthropogammamétries, y ont fait asseoir leurs congénères pour leur asséner des chiffres dont ils ne savaient que faire, ont élaboré des cartes des retombées radioactives au mètre près, ont ouvert des dispensaires dédiés à l’évaluation des doses reçues et au suivi sanitaire des populations. Ces « initiatives citoyennes » ont visé à rendre compte d’une réalité dont les protagonistes estimaient qu’elle était niée par les autorités. Ce faisant, plutôt que de les mener à « sauver leur vie », autrement dit prendre leurs jambes à leur cou (comme l’ont fait certaines structures, dans le Yamanashi par exemple, aidant les gens à refaire leur vie ailleurs), la plupart d’entre elles ont aidé les gens à rester sur place, ce qui a fait le jeu d’un État qui n’avait d’autre objectif, dès le début des évènements, que de maintenir les populations en place. Ce faisant, plutôt que de remettre en question la thanato-politique de folles sociétés humaines bâties sur le danger et le gouvernement par la mort, ces structures ont appris aux gens à vivre avec, attendu que les dosimètres créeraient le miracle.

De Tchernobyl à Fukushima, la cogestion a fait faire un bond qualitatif à l’administration du désastre : travaillant à la grande inversion du désastre en remède, elle a porté à un degré de perfection jamais atteint jusqu’à présent la responsabilisation de chacun dans sa propre destruction et la nationalisation du peuple qui la fonde.

 

Groupes indépendants… intégrés

Prenons deux exemples qui montrent comment, un jour ou l’autre, ces structures plus ou moins indépendantes l’ont été de moins en moins et se sont, avec plus ou moins d’état d’âme, ralliées aux structures étatiques.

Premier exemple : Ethos, programme développé en Biélorussie dans les années 1990 pour « améliorer les conditions de vie dans les zones contaminées », soutenu par la commission européenne, dont le leader était notamment directeur du CEPN, Centre d’études sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire, association financée par EDF, le CEA, la Cogema et l’IRSN. Un clone de ce programme, Ethos in Fukushima, est né au Japon six mois après le 11 mars 2011, à l’initiative d’une ONG locale visant à soutenir le moral des troupes contaminées à travers des réunions d’information où sont prônées l’entraide entre les habitants et des mesures illusoires de protection contre la radioactivité. Le mot d’ordre de l’ONG, dont la foi, logiquement, renverse les montagnes, est : « Malgré tout, vivre ici, c’est merveilleux, et nous pouvons transmettre un avenir meilleur ». L’élève ayant rapidement dépassé le maître, cette initiative a fait l’objet d’une prise en main de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR), qui a mené à la mise en place de « Dialogues ». Ces séminaires participatifs ont alors rassemblé des élus, des experts scientifiques et des groupes de citoyens soucieux de « revitaliser » les zones contaminées qui en avaient bien besoin, afin d’inculquer une « culture pratique radiologique » et d’aider chacun à « optimiser les doses ».

(…)

Lire la suite : http://www.pauljorion.com/blog/2015/03/13/fukushima-cogerer-lagonie-par-nadine-et-thierry-ribault/#more-73924

 

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:34
Fukushima : des défis insurmontables

Fukushima : des défis insurmontables

 

Par David BOILLEY (ACRO.eu.org)

 

 

(Article original publié le 5 mars 2015)

 

Cela fait quatre ans que la catastrophe nucléaire japonaise a commencé. Après l’urgence et les mesures d’ajustement et de restructuration, aussi bien la compagnie TEPCo, qui exploitait la centrale, que les autorités se sont installées dans un chantier à long terme. Les défis sont immenses, tant au niveau de la centrale qui reste menaçante que dans les territoires contaminés où la population s’interroge sur son avenir, mais le pays y fait face avec les anciens réflexes de dissimulation et d’autoritarisme qui ne font qu’aggraver la situation.

 

L’été 2013 avait été marqué par une suite de scandales sur les fuites d’eau contaminée qui ont secoué le Japon, avec un fort retentissement médiatique international. Le Premier ministre japonais, Shinzô Abé, a pris le dossier en main et a déclaré devant le Comité olympique, où il défendait la candidature de Tôkyô, que la situation était « sous contrôle » et que la pollution radioactive était bloquée dans le port devant la centrale. Plus tard, devant le parlement, il précisera que « les effets de la radioactivité » sont bloqués dans le port, sans préciser ce qu’il entendait par « effets ». Plus de 18 mois plus tard, force est de constater que la situation n’est pas sous contrôle et l’eau contaminée reste le principal cauchemar de TEPCo.

 

 

La bataille de l’eau contaminée

 

Avant la catastrophe nucléaire, TEPCo pompait, chaque jour, environ 1 000 m3 d’eau souterraine pour rabattre la nappe phréatique et éviter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs nucléaires. Ce pompage s’est arrêté avec la catastrophe et environ 400 m3 d’eau souterraine y pénètrent chaque jour et se mélangent à l’eau de refroidissement fortement contaminée. Cette eau est stockée et TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours. Il y a plus d’un millier de cuves sur le site de la centrale.

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

Inversement, de l’eau contaminée passe des sous-sols vers la nappe phréatique avant de rejoindre l’océan. Les fuites en mer, estimées à la louche à 300 m3 par jour, continuent. TEPCo s’est engagée dans une bataille pour « contrôler » la situation où elle enregistre peu de victoires.

 

Première idée, reprendre les pompages, mais l’eau près des réacteurs est fortement contaminée. Alors la compagnie a décidé de pomper plus en amont où la contamination est moindre. Mais, il lui a fallu un an pour convaincre les pêcheurs qui ont fini par accepter, en mars 2014, que cette eau soit rejetée dans l’océan. Il aura fallu du temps à la compagnie pour accepter un contrôle de l’eau par un laboratoire tiers.

 

En régime de croisière, ce sont entre 300 et 350 m3 qui sont ainsi rejetés quotidiennement en mer. La contamination en tritium (hydrogène radioactif) ne doit pas dépasser 1 500 Bq/L et celle en bêta total (hors tritium) 5 Bq/L. TEPCo avait annoncé une diminution attendue des infiltrations de 100 m3 par jour mais les effets ont mis du temps à se manifester. Ce n’est qu’à l’automne 2014 que la compagnie a pu observer une baisse de 50 à 80 m3 par jour en données corrigées des variations saisonnières. L’eau contaminée continue donc à s’accumuler jour après jour.

 

En parallèle, sur injonction des autorités, la compagnie a commencé à installer un système destiné à geler le sol tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges. C’est le gouvernement qui paye. En amont, les travaux progressent vite, mais, en aval, il y a de nombreuses galeries souterraines qui vont vers la mer. TEPCo a essayé, pendant des mois, d’en geler une à titre expérimental, mais cela n’a pas pris. Elle a eu beau rajouter de la glace, puis de la glace carbonique, rien n’y a fait, l’eau circulait toujours. Elle a ensuite tenté de cimenter la partie qui ne gelait pas, sans plus de succès. Elle a enfin décidé de remplir les galeries de ciment, mais il y a de nombreux câbles et tuyaux et il est peu probable que ce soit complètement étanche.

 

Le stockage de l’eau contaminée n’est pas durable. Une première station de traitement, Sarry, retire le césium, mais cela ne suffit pas. Une nouvelle station, ALPS, doit retirer 62 radioéléments, mais elle cumule les déboires. Les performances n’étaient pas toujours au niveau attendu et elle génère d’énormes quantités de déchets. TEPCo s’était engagée, en septembre 2013, après les scandales de l’été et les déclarations du premier ministre, à traiter tout son stock avant mars 2015. Il est rapidement apparu que ce ne serait pas possible. Elle a donc ajouté de nouvelles unités qui ne retirent que le strontium, très radiotoxique, en plus du césium. Mais, finalement, même en prenant en compte cette décontamination partielle, elle ne pourra pas tenir ses engagements. TEPCo affirme maintenant pouvoir y arriver en mai de cette année pour le strontium et en mai 2016 pour les autres radioéléments.

 

Même partiellement décontaminée, cette eau s’accumule dans des cuves. En cas de fuite importante, l’impact serait moindre, mais cela ne résout pas le problème du stockage à long terme. En effet, le stock total de tritium contenu dans les cuves, les combustibles, les sous-sols, et qui n’est pas retiré par les différentes stations de traitement, correspond à environ 150 ans de rejets en mer à la limite maximale autorisée. Pour déverser cette eau dans l’océan – le rêve de TEPCo et des autorités – il faudrait changer les autorisations de rejet, ce qui semble politiquement impossible.

 

La dernière carte de TEPCo consiste finalement à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Mais elle est très contaminée. La compagnie veut donc la traiter et la rejeter directement en mer. Elle tente d’obtenir l’accord des pêcheurs, en vain pour le moment.

 

A l’automne dernier, une majorité des 6 000 personnes qui travaillaient chaque jour sur le site de la centrale accidentée était engagée dans la bataille de l’eau contaminée. Ce chiffre est passé à 7 000 par jour et cela ne suffit toujours pas car la culture de la compagnie n’a guère changé. La pénurie de main d’œuvre qualifiée et la sous-traitance en cascade aggravent la situation. Depuis le début de la catastrophe, 40 000 personnes ont travaillé sur le site de la centrale accidentée.

 

TEPCo avait découvert, en janvier 2014, que la contamination de l’eau de pluie évacuée vers la mer était particulièrement élevée dans un drain. Elle a prévenu l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, qui lui a demandé de trouver la cause. La compagnie a d’abord suspecté la contamination des sols : elle les a donc couverts, a nettoyé les drains, et multiplié les contrôles, mais la contamination de l’eau n’a pas baissé. TEPCo n’a rien dit à personne. Elle n’a pas signalé non plus que la contamination augmentait avec la pluie. Ce n’est qu’en février 2015, suite une autre fuite qui a déclenché une alarme, qu’elle a averti la NRA.

 

Suite aux fuites qui ont fait scandale par le passé, TEPCo contrôle l’eau de pluie récoltée autour des cuves et a mis des alarmes sur les drains qui s’écoulent vers le port, mais n’a pris aucune mesure particulière pour le drain où l’eau était particulièrement contaminée, qui lui, se jette directement dans l’océan, sans passer par le port où la compagnie a installé des barrières pour limiter les transferts.

 

Comment TEPCo peut prétendre être très précautionneuse en surveillant l’eau pompée avant rejet dans l’océan et d’un autre côté être si négligente pour cette eau de pluie ? La compagnie a encore des progrès à faire en terme de culture de sûreté. Les pêcheurs sont furieux et se sentent trahis. Comme d’habitude, la compagnie s’est excusée pour l’inquiétude créée, alors que ce n’est pas le seul scandale dû à la négligence.

 

 

La menace des piscines de combustible

 

Les piscines de combustible usé ont inquiété au début de la catastrophe nucléaire car elles ne sont pas protégées par l’enceinte de confinement. Si une secousse sismique ou une explosion provoquait une fissure et qu’il n’était plus possible de refroidir le combustible, il aurait fondu et dégagé une énorme quantité de radioéléments. La première semaine, le premier ministre avait sur son bureau le scénario du pire qui consistait en la fusion des combustibles de la piscine n°4, la plus chargée. Une estimation rapide avait montré qu’il aurait alors fallu évacuer jusqu’à environ 250 km de la centrale et donc probablement une partie de l’agglomération de Tôkyô. Le renforcement de la structure de soutènement de la piscine n°4 avait été une priorité dans les premiers mois.

 

TEPCo a fini de vider cette piscine le 20 décembre dernier. C’est une belle prouesse. Les combustibles usés sont dans la piscine commune de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui est au niveau du sol. Les combustibles neufs sont dans la piscine du réacteur n°6.

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Pour cela, la compagnie a dû démanteler toute la partie haute du bâtiment réacteur et reconstruire une structure neuve par dessus le tout. Le réacteur n°4, dont le cœur était entièrement déchargé en mars 2011, ne constitue donc plus une menace et son démantèlement se fera plus tard. Réduire la menace des autres réacteurs est la priorité.

 

La compagnie va s’attaquer aux trois autres réacteurs accidentés, en commençant pas le réacteur n°3 qui est très endommagé et dont la piscine contient du combustible MOx, très chargé en plutonium. Contrairement au réacteur n°4, il y a eu fusion des cœurs dans les réacteurs 1 à 3 et le débit de dose ne permet pas aux êtres humains d’y travailler.

 

TEPCo a commencé à démanteler le réacteur n°3 à l’aide de grues télécommandées. Cela n’a pas été sans incidents, mais elle a fini pour la partie haute. Le débit de dose y est si élevé qu’il faut trouver un moyen de l’atténuer suffisamment avant de construire une nouvelle structure tout autour. Ce n’est pas gagné pour le moment.

 

Contrairement au réacteur n°4, le démantèlement du n°3 a conduit à des rejets conséquents de poussières radioactives qui ont été détectées à grande distance. En août 2013, ces dégagements ont même conduit au déclenchement d’alarmes de surveillance et à la contamination de travailleurs qui attendaient le bus. Il faudra à TEPCo du temps pour soupçonner les poussières comme étant la cause des problèmes. L’incident semblait clos. Mais, en juillet 2014, le ministère de l’agriculture révèle que du riz récolté à Minami-Sôma à l’automne 2013 était contaminé au-delà de la limite de mise sur le marché, alors que ce n’était pas le cas l’année précédente. Le ministère soupçonne les retombées de poussières émises lors du démantèlement du réacteur n°3 durant l’été 2013. Les rizières affectées sont au-delà de la zone d’évacuation de 20 km.

 

 

Des rejets dissimulés

 

Le maire et les habitants de Minami-Sôma sont furieux, car ni TEPCo, ni le gouvernement, ne leur ont signalé les retombées radioactives sur la commune. On apprendra plus tard que ce sont des chercheurs de l’université de Kyôto qui ont alerté les autorités : ils contrôlaient la contamination des aérosols à Fukushima et ont détecté plusieurs pics de pollution radioactive. Le ministère a fait le lien avec le riz contaminé et a abordé ce problème avec TEPCo en mars 2014 sans prévenir la commune.

 

TEPCo a fini par reconnaître que le 19 août 2013, les travaux de démantèlement sur le réacteur n°3 ont entraîné un rejet aérien de 4 térabecquerels (4 000 milliards de becquerels), ce qui est 10 000 fois plus que les rejets habituels. Rien sur les autres pics. Ce chiffre sera revu à la baisse des mois plus tard. Et il faudra attendre le 31 décembre 2014 pour découvrir le pot aux roses : contrairement au réacteur n°4, TEPCo a négligé d’asperger une résine pour fixer les poussières avant de démanteler. Et quand cette résine, généralement utilisée pour fixer les poussières d’amiante, était aspergée, la dilution du produit était trop forte. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Suite aux problèmes, TEPCo a repris les procédures normales à partir d’octobre 2013, sans rien dire à personne. Pas vu pas pris. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an ! La compagnie n’a pas été punie, mais s’est excusée pour l’inquiétude provoquée.

 

Cette affaire a entraîné un « glissement du calendrier » des travaux sur le réacteur n°1. Il est donc difficile de savoir quand les autres piscines seront vidées. Au-delà des piscines, il y a le combustible fondu qui a percé la cuve des réacteurs et qu’il faut continuellement refroidir en l’arrosant. TEPCo ne sait pas où il est exactement. La réduction de la menace que représentent les réacteurs accidentés va prendre des décennies. Après, la compagnie pourra envisager le démantèlement. Se pose aussi le problème des déchets radioactifs pour lesquels le Japon n’a aucune solution à proposer.

 

En attendant, l’environnement plus ou moins proche de la centrale nucléaire peut à nouveau être fortement contaminé suite à un accident. Que se passera-t-il en cas de forte secousse ou de nouveau tsunami ? Même sans accident, il est fort probable qu’il y ait encore des rejets intempestifs qui viennent s’ajouter aux rejets de routine. Chikurin, le laboratoire citoyen monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, a mis au point une méthode de prélèvement des poussières facile à mettre en œuvre à l’aide d’un simple linge suspendu. Elle a été comparée à des méthodes plus lourdes, avec préleveur automatique et filtre, et donne des résultats comparables.

 

Ces rejets inquiètent les habitants qui ne sont pas prêts à rentrer, même si, officiellement, ce ne sont plus ces retombées radioactives qui auraient contaminé le riz de Minami-Sôma. Mais les autorités n’ont aucune autre explication.

 

 

Le retour des populations

 

Il y a encore officiellement presque 120 000 personnes évacuées à cause de la pollution radioactive. L’indemnisation coûte cher aux autorités qui avancent l’argent à TEPCo. Elles rêvent donc d’une catastrophe réversible avec un retour des populations. L’ordre d’évacuer a été levé dans deux districts et l’indemnisation se tarira un an plus tard.

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Le gouvernement a divisé la zone évacuée en trois sous-zones en fonction du débit de dose. Il prévoit un retour rapide dans celle où l’exposition est inférieure à 20 millisieverts par an. Cela correspond à la limite fixée pour l’évacuation en 2011. A l’époque, le Japon s’était vanté d’avoir choisi la valeur la plus basse des recommandations internationales. Mais la phase d’urgence est terminée depuis longtemps. Il est alors recommandé de fixer des niveaux de référence dans la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv/an.

 

Le Japon est en train de comprendre que la transition entre la situation d’urgence et la gestion à long terme des territoires contaminés est complexe. Comment passer d’un intervalle d’exposition maximale autorisée situé entre 20 et 100 mSv à la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv ? Les radioéléments comme le césium décroissent lentement. Le débit de dose moyen n’a diminué que de 40% en moyenne la première année au Japon et les travaux de décontamination se sont révélés très décevants.

 

Le Japon a bien adopté un retour à une limite de 1 mSv/an, mais sans donner de calendrier. La politique actuelle de retour des populations dans les zones évacuées est toujours basée sur une limite annuelle de 20 mSv/an choisie au moment de l’évacuation. Cette limite n’avait pas été acceptée par beaucoup au moment de l’urgence et elle n’est toujours pas acceptée pour le retour. Ainsi, de nombreuses personnes ne souhaitent pas rentrer, surtout quand il y a de petits enfants. Mais si le Japon adoptait une limite de retour plus basse, les populations non évacuées ne comprendraient pas et se sentiraient abandonnées.

 

Ces doses annuelles sont estimées en supposant que les personnes passent en moyenne 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%. Ainsi, 1 mSv par an correspond à 0,23 microsievert par heure quand on ajoute le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert par heure. Cela peut être mesuré directement avec un radiamètre. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure par la même méthode. C’est cette valeur qui a été utilisée pour l’évacuation. Et c’est encore elle qui est retenue pour le retour.

 

Face à cette situation complexe, les autorités pensent avoir trouvé la parade : distribuer à chacun des « glass-badges », c’est à dire des dosimètres individuels, pour apprendre à vivre en territoire contaminé et limiter l’exposition en faisant attention. Il est alors possible d’avoir une dose reçue moins élevée que celle estimée précédemment. La ville de Daté s’est fixé une limite à 5 mSv mesurés par ces « glass-badges » et le maire met en avant le succès de l’opération.

 

Tous les élus ne sont pas convaincus et le conseil municipal a organisé, en janvier 2015, un séminaire avec un représentant de l’association Fukurô-no-kaï et le fabriquant du dosimètre, Chiyoda Technology. Lors de la réunion, le représentant associatif a souligné les limites de la méthode : il importe de protéger chacun. On ne peut pas se contenter de moyenne, comme le font les autorités. Par ailleurs, ces dosimètres sous-estiment la dose quand on vit dans un environnement entièrement contaminé. Lors de la réunion, le directeur de Chiyoda Technology a reconnu les faits et s’est excusé de ne pas l’avoir signalé. Suite à la parution d’un compte-rendu dans la presse, le site Internet de la compagnie reconnaît que les dosimètres sous-estiment la dose reçue de 30 à 40%. L’IRSN, qui commercialise ces dosimètres en France et accompagne le maire de Daté dans le cadre d’Ethos in Fukushima, n’aurait pas jugé utile d’apporter cette information ?

 

Pas étonnant que les habitants hésitent à rentrer. Est-ce cela l’avenir que l’on veut proposer à ces enfants ? Tout contrôler, ne pas s’aventurer au-delà des zones non décontaminées… Selon l’Agence de la reconstruction, qui a sondé les habitants des territoires évacués de la province de Fukushima entre août et octobre 2014, seulement 19,4% des habitants de Namié originaires d’une zone où l’ordre d’évacuer va être levé, car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv par an, veulent rentrer. C’est 14,7% dans la même zone à Tomioka. Il s’agit souvent des personnes les plus âgées.

Carte des 3 zones (source METI)

Carte des 3 zones (source METI)

Pour les zones de « non-résidence », où l’exposition externe avant les travaux de décontamination est comprise entre 20 et 50 mSv par an, ces pourcentages descendent à 16,6% pour Namié et 11,1% pour Tomioka. Enfin, pour les zones classées en « retour difficile » car l’exposition externe avant décontamination y est supérieure à 50 mSv par an, 17,5% des personnes concernées à Namié espèrent pouvoir rentrer un jour. C’est 11,8% pour Tomioka.

 

Il faut donc s’adapter. Avant la catastrophe, il y avait 5 lycées dans les 8 communes évacuées du district de Futaba avec 1 500 élèves. Les cours continuent dans les villes refuge, mais il n’y avait plus que 337 élèves inscrits en mai 2014, juste après la rentrée scolaire. Un nouveau lycée va ouvrir à Hirono à la rentrée prochaine, en avril 2015, à la place des 5 lycées abandonnés qui fermeront officiellement en avril 2017. Il y aura un pensionnat car les enfants vivent loin du futur lycée.

 

Deux cliniques qui étaient en zone évacuée, dans le district d’Odaka à Minami-Sôma et à Namié, vont licencier le personnel car les indemnisations de TEPCo s’arrêtent. Seuls les directeurs restent en poste pour trouver une façon de rouvrir. 45 personnes dans chaque clinique vont perdre leur emploi. Deux autres cliniques ont déjà fermé définitivement après la catastrophe nucléaire. Minami-Sôma espère lever l’ordre d’évacuer en avril 2016 et Namié en 2017. S’il n’y a plus de services de soins, le retour sera plus difficile.

 

Les autorités se doivent de laisser le choix aux populations quant à leur retour, sans discrimination, et les aider à refaire leur vie, quel que soit le lieu de résidence choisi. Au-delà du rétablissement de conditions de vie digne, se pose, à plus long terme, le problème du devenir des territoires et des immenses volumes de déchets radioactifs.

 

 

Les déchets radioactifs

 

Que ce soit en territoires évacués ou en zone contaminée, les déchets radioactifs issus des travaux de décontamination s’accumulent. A Fukushima, il devrait y en avoir 30 millions de mètres cube. Les autorités veulent les entreposer sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi dans les communes d’Ôkuma et Futaba. Pour vaincre la réticence des habitants, les autorités se sont engagées, par la loi, à reprendre ces déchets au bout de 30 ans pour les stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. Qui peut croire qu’il sera possible de trouver un site et de transporter à nouveau 30 millions de mètres cube ? Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte aussi en millions. Si les autorités locales ont donné leur accord, les propriétaires des terrains refusent de vendre ou même de louer. Le processus est bloqué. Un sondage effectué en avril 2014 a montré que 82,7% des habitants de Fukushima ne croient pas à cette fable des 30 ans. Le gouvernement n’a donné aucune piste sur la façon dont il compte s’y prendre.

 

Dans les autres provinces aussi la situation est bloquée. Le gouvernement a trouvé des sites de stockage définitif cette fois-ci mais les riverains et les maires des communes proches s’y opposent. Ils ont barré l’accès aux ingénieurs venus étudier les terrains.

 

Même en temps normal, il est difficile de trouver un site d’accueil pour les déchets radioactifs. Après un accident de grande ampleur, c’est encore plus difficile car les populations ont moins confiance dans les autorités et le volume de déchets est beaucoup plus grand. Le gouvernement maintient sa politique traditionnelle qui consiste à « décider, annoncer et défendre ». Le précédent ministre de l’environnement avait expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. Les faits lui donnent tord. L’accord des élus locaux ne suffit pas.

 

En attendant, les déchets s’accumulent partout. Il y a plus de 54 000 sites d’entreposage temporaire. A Iitaté, par exemple, ils couvrent un tiers des 800 hectares de surfaces agricoles. Souvent, le bail pour l’utilisation du terrain arrive à échéance sans qu’il y ait de solution en vue. Dans les zones non évacuées, les maires et les populations ne veulent pas garder les déchets et souhaitent leur départ au plus vite. Des enfants ont été vus jouer sur ces montagnes de sacs radioactifs. Parfois, l’emballage ne tient pas.

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

 

La catastrophe au quotidien

 

Au-delà de ces défis insurmontables, tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt complet depuis septembre 2013. Seuls quatre réacteurs ont vu leur dossier de sûreté validé et il n’y aura probablement pas de redémarrage avant l’été. D’un autre côté, 5 réacteurs anciens devraient être officiellement arrêtés définitivement. Ce n’est qu’un début. Dans ce contexte, le gouvernement peine à définir sa politique énergétique, même s’il s’est engagé à rendre sa copie avant la conférence sur le climat de Paris.

 

Mais ce sont surtout les populations qui souffrent. Il y a encore 120 000 évacués de la catastrophe nucléaire qui ne savent de quoi leur avenir sera fait. Beaucoup vivent encore dans des préfabriqués peu confortables. Les familles sont parfois éclatées. Que faire quand les indemnisations s’arrêteront ? Dans les territoires contaminés, les enfants ne jouent plus dehors.

 

Et il y a les cancers de la thyroïde qui sont source d’inquiétude. L’université médicale de Fukushima, mandatée par les autorités, a ausculté une première fois la thyroïde de 368 000 enfants. Parmi eux, 86 enfants avaient un cancer confirmé et 23 autres suspecté. Des examens complémentaires sont en cours. Il y a un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention chirurgicale. Le taux d’occurrence observé est beaucoup plus élevé à Fukushima qu’ailleurs au Japon ou dans d’autres pays. En effet, cela fait environ 30 cas sur 100 000 enfants, contre 1,7 cas sur 100 000 enfants à Miyagi.

 

Les autorités médicales affirment cependant que ce n’est pas lié à la catastrophe nucléaire, mais au dépistage systématique. Si c’est le cas et que les cancers ne se seraient pas déclarés avant des années, fallait-il effectuer les interventions chirurgicales ? Les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre longtemps en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils ont une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Des experts critiques réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des données patients et les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.

 

Les autorités régionales de Fukushima ont entamé la deuxième vague de dépistage du cancer de la thyroïde chez les 385 000 enfants de la province. 8 enfants sur 75 000 chez qui l’on n’avait pas détecté de cancer lors de la première échographie sont suspectés d’avoir un cancer après un deuxième examen. Parmi eux, il y a un cas confirmé. Les 7 autres vont subir d’autres examens médicaux. Ils avaient entre 6 et 17 ans au moment des rejets radioactifs massifs. Les tumeurs font entre 6 et 17,3 mm. Ces enfants étaient classés dans les catégories A lors du premier dépistage, signifiant « pas de problème ».

 

Par ailleurs, sur les 75 000 enfants ayant subi une deuxième échographie de la thyroïde, 611 sont classés B et vont subir des examens complémentaires. Parmi eux, 441, ou 72,2%, avaient été classés A lors de la première campagne. Le nombre de cas de cancer pourrait malheureusement augmenter encore… L’inquiétude des populations est donc sans fin.

 

 

La catastrophe ne fait que commencer

 

Force est de constater que la catastrophe ne fait que commencer. Les défis auxquels fait face le pays sont immenses. Même en temps normal, il n’est pas simple de démanteler une installation nucléaire ni de trouver une solution pour les déchets. Les fuites d’eau contaminée sont difficiles à colmater dans un environnement si hostile. Les problèmes sont exacerbés après une catastrophe et des populations souffrent. Mais ni TEPCo ni le gouvernement n’ont changé. Les excuses répétées n’y changent rien. Selon un sondage récent, 71% des habitants de Fukushima ne sont pas satisfaits par la gestion de la crise par le gouvernement et TEPCo.

 

La compagnie fait preuve de négligences si elle n’est pas contrôlée strictement. Les quelques exemples présentés ici affectaient l’extérieur du site et sont donc connus. Il y a beaucoup d’autres problèmes qui restent internes. Des ouvriers ont, par exemple, actionné le mauvais interrupteur et mis en marche une pompe de secours qui a déversé de l’eau contaminée dans un sous-sol. Il leur a fallu plus d’un mois pour se rendre compte de la bourde. Deux ouvriers sont décédés en janvier et la compagnie a dû revoir toute la sécurité des travailleurs. Dans de telles conditions, comment peut-elle prétendre pouvoir exploiter du nucléaire à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa ?

 

Quant au gouvernement, il est toujours dans sa stratégie « décider, annoncer, défendre » qui laisse peu de place à la concertation alors qu’il lui faudrait être plus à l’écoute des populations et inventer de nouvelles formes de démocratie plus participatives. Car les initiatives citoyennes sont nombreuses et ne demandent qu’à être reconnues et encouragées. Dans les années à venir, de nouvelles difficultés vont surgir avec la fin de l’indemnisation des victimes sans que les problèmes soient réglés.

 

David BOILLEY

 

Toutes ces informations sont détaillées sur le site Fukushima.eu.org

 

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Photo d’entête : le bâtiment réacteur 3 en 2012

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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 12:27

S’adressant au ministre de l’Économie du Japon, Brian Victoria revient sur le procès intenté à Tepco par des « marines » américains, pour avoir été irradiés durant l’opération humanitaire menée au large de Fukushima après la catastrophe du 11 mars 2011.

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Des entreprises nucléaires accusées de négligence dans une cour américaine à propos des retombées de Fukushima

 

 

Titre original : “Question of negligence hangs over nuclear firms in U.S. case over Fukushima fallout

Traduction : Odile Girard (Fukushima is still news)

 

 

Au ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, M.Yoichi Miyazawa,

 

Monsieur le Ministre,

 

Comme vous le savez peut-être, un juge fédéral américain a décidé récemment qu’une action collective pouvait être engagée par quelque 200 marins américains contre Tokyo Electric Power Company et d’autres défendeurs à qui ils attribuent la responsabilité de maladies provoquées par l’exposition à la radioactivité suite à la fusion des réacteurs nucléaires de Fukushima n° 1.

 

Les marins allèguent qu’en toute connaissance de cause et par négligence, Tepco a donné au public, en particulier la marine américaine, des informations fausses et trompeuses sur la véritable situation de la centrale nucléaire de Fukushima n° 1. Ils allèguent en outre que Tepco savait que les marins de l’USS Ronald Reagan seraient exposés à des taux de radiation dangereux, parce que l’opérateur était au courant que trois des réacteurs nucléaires de la centrale avaient déjà fondu (1).

 

À cet égard, l’action en justice indique que le 14 décembre 2013, Naoto Kan, Premier ministre au moment de la catastrophe, a déclaré à un groupe de journalistes en parlant de la première fusion : «  Les gens pensent que ça s’est passé le 12 mars, mais la première fusion a eu lieu en fait cinq heures après le séisme. »

 

Les marins concernés participaient à l’Opération Tomodachi, une mission d’aide humanitaire engagée pour répondre aux demandes d’assistance du gouvernement japonais. En accord avec le Traité de sécurité États-Unis-Japon, ces marins ont littéralement risqué leur vie pour venir au secours et protéger la population japonaise.

 

Les marins ont neuf motifs de réclamation de dommages et intérêts ; ils accusent notamment Tepco de négligence et de manquement au devoir d’avertir des dangers et des défauts de conception dans la construction et l’installation des réacteurs. À ce jour, les marins souffrent de maladies - leucémie, ulcères, cancer du cerveau, tumeurs au cerveau, cancer des testicules, saignements utérins anormaux, maladies de la thyroïde, problèmes d’estomac – et toutes sortes d’autres affections inhabituelles chez des adultes aussi jeunes.

 

L’une des questions principales qui doivent être décidées par ce procès est de savoir qui paiera les traitements médicaux actuels et peut-être les traitements à vie des marins. Non seulement il va falloir faire face à des maladies spécifiques, mais il faudra aussi financer à l’avenir le suivi médical des marins eux-mêmes et de leurs enfants, pour surveiller notamment les risques de mutations génétiques radio-induites. En effet, certaines des particules radioactives inhalées par les membres de l’équipage ont des demi-vies longues, allant de six à 50, voire 100 ans.

 

Il n’y a aucun doute que le gouvernement japonais dispose d’une mine d’informations sur ce qui s’est réellement passé à Fukushima n° 1 et à quel moment. Il semblerait donc juridiquement et moralement souhaitable que le gouvernement partage ces informations sur Fukushima avec la Cour fédérale du district sud de Californie.

 

Ceci pourrait se faire par exemple par l’intermédiaire d’un mémoire d’amicus curiae, c’est-à-dire soumis par une personne non-partie à une procédure judiciaire mais qui est cependant en possession d’informations pertinentes pouvant éclairer la cour. Ma première question, Monsieur le Ministre, est la suivante : êtes-vous, vous-même et le Gouvernement japonais, d’accord pour soumettre ce genre de mémoire ?

 

Un point extrêmement important est que les constructeurs des réacteurs de Fukushima n° 1, General Electric, EBASCO, Toshiba and Hitachi, sont également les défendeurs. La raison est que les réacteurs des unités 1, 2 et 6 ont été fournis par General Electric, ceux des unités 3 et 5 par Toshiba et ceux de l’unité 4 par Hitachi. C’est toutefois General Electric qui a conçu les six réacteurs et les plans architecturaux ont été réalisés par EBASCO.

 

Notons en particulier que GE savait, il a déjà plusieurs décennies, que la conception de ses réacteurs de type Mark I installés à Fukushima était défectueuse. Il y a trente-cinq ans, Dale G. Bridenbaugh et deux de ses collègues de General Electric ont donné leur démission, après avoir acquis la conviction que la conception du Mark I était si défectueuse qu’elle pouvait provoquer un accident catastrophique. Ils ont témoigné publiquement devant le Congrès américain de l’incapacité du Mark I à faire face aux niveaux de pression énormes qui résulteraient d’une perte du système de refroidissement du réacteur.

 

Leurs inquiétudes ne se sont révélées que trop exactes à Fukushima n° 1, une catastrophe qui est loin d’être terminée, vu la contamination radioactive massive et incessante de l’océan.

 

Compte tenu de tous ces éléments, Monsieur le Ministre, je me permettrai de terminer ce message avec une dernière question : pourquoi le Gouvernement japonais n’a t-il pas, comme l’ont fait les marins américains, engagé des poursuites contre les entreprises susnommées pour établir leur responsabilité légale ? En d’autres termes, pourquoi la population japonaise devrait-elle payer les actes potentiellement négligents de certaines des plus grandes entreprises mondiales ?

 

BRIAN VICTORIA

Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch. Brian vit actuellement à Kyoto.

 

 

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Note du blog de Fukushima

 

(1) Effectivement, Tepco savait que les cœurs avaient fondu. L’opérateur a attendu le mois de mai 2011 pour divulguer l’information. Il porte donc la lourde responsabilité d’avoir caché une information cruciale. Mais que penser de la responsabilité de l’armée étatsunienne ? Comment imaginer que ce porte-avion militaire ne disposait pas d’appareils de mesure de la radioactivité ? Qui a donné l’ordre d’envoyer des soldats nettoyer le pont sans masque ni combinaison "adéquate" (en réalité, il n’existe pas d’équipement adéquat face aux rayons gamma qui traversent toute chose) ? Incompétence, ignorance ou ordre en connaissance de cause ?

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 17:19

Mari Takenouchi se bat pour l’évacuation des enfants et des femmes enceintes des territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Dans un billet du mois d’août 2014, elle rapporte une information qui a été peu diffusée, à savoir que pour deux enfants atteints du cancer de la thyroïde, des métastases s’étaient propagées aux poumons.

Elle revient également sur les attaques qu’elle continue de subir. Malgré la suspension des charges dont elle avait fait l’objet suite à la plainte d’une responsable d’Ethos à Fukushima, Ryoko Ando (alias Yoko Kamata), des trolls et des harceleurs diffusent des infos calomnieuses comme quoi elle serait paranoïaque et coupable de fraudes. Manifestement, son combat entre en conflit avec des intérêts politiques et économiques.

Parallèlement, Jan Hemmer, un de ses amis militant en Allemagne, a également reçu des messages hostiles après avoir soutenu Mari Takenouchi dans son blog .

A partir du 10 décembre 2014, la loi de protection des secrets d’Etat va être appliquée au Japon. Ce qui est arrivé à Mari Takenouchi préfigure ce qui peut se passer : un simple tweet pourra envoyer quelqu’un en prison. C’est pourquoi il est important de soutenir les journalistes et les blogueurs qui continuent à informer sur ce qui se passe dans les centrales nucléaires japonaises, sur la réalité de la contamination et sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire en cours.

 

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Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde


Mari Takenouchi

 

Source : http://savekidsjapan.blogspot.fr/2014/08/2-thyroid-cancer-fukushima-kids-had.html

Traduction : Cécile Monnier

 

Aujourd’hui [29 août 2014], j’ai appris une nouvelle très triste par l’Agence Kyodo News. Deux enfants de Fukushima atteints d’un cancer de la thyroïde avaient aussi des métastases dans leurs poumons.

 

Je réclame l’évacuation des enfants et des femmes enceintes depuis les tout premiers instants après l’accident de Fukushima.

 

Quelles que soient les précautions que l’on prend pour manger, personne ne peut s’arrêter de respirer. J’ai eu moi-même des toux persistantes après avoir été exposée à la radioactivité à Tokyo le 15 mars, et ce dont j’ai eu le plus peur, c’était d’avoir un cancer des poumons.

 

J’ai visité Fukushima une seule journée, à l’automne 2011. Ce jour-là, mon échine s’est glacée quand j’ai vu des affiches annonçant la tenue d’un marathon féminin à Fukushima.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

Après ça, j’ai appris que même des marathons pour enfants étaient organisés dans des zones avec des doses correspondant aux zones où l’on contrôle la radioactivité.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

NHK, une chaine japonaise de télévision publique, n’évoque jamais l’incidence du cancer de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima (alors qu’elle le fait sur NHK International, mais jamais dans les programmes domestiques), et à la place, elle continue de couvrir les événements sportifs en extérieur et la cueillette des fruits par les enfants à Fukushima.

 

NHK diffuse des programmes qui encouragent les habitants des zones contaminées à rentrer chez eux, et ils ne parlent jamais de ces questions graves.

 

Pendant ce temps, j’ai été accusée pénalement par un leader d’ETHOS, une ONG de Fukushima qui encourage les habitants à rester vivre chez eux, et j’ai été menacée par d’innombrables trolls sur Internet.

 

Je crois vraiment qu’un gouvernement ou un média qui ignore la santé/ la vie de ses propres enfants est fou.


http://takenouchimari.blogspot.jp/2014/08/pm-abe-tried-to-hid-donation-from-nhknhk.html

En outre, récemment, le Premier ministre Abe a été pénalement accusé d’avoir dissimulé le don fait par le producteur en chef de la NHK à son organisme de gestion de campagne, mais la NHK a ignoré ce scandale important.
 

Je veux que ces faits soient connus de tous les citoyens éveillés du monde.




 

De Kyodo News


Le 28 août, à la Société Japonaise de Traitement du Cancer, le professeur Shinichi Suzuki de l’Université de Médecine de Fukushima a présenté des exemples concrets d’enfants ayant ou étant soupçonnés d’avoir un cancer de la thyroïde, à partir des examens de la thyroïde réalisés dans le cadre du suivi de la population de la préfecture de Fukushima après l’accident de Fukushima Daiichi.

Après avoir expliqué son point de vue selon lequel l'influence de l'accident nucléaire serait faible, il a souligné, que "son traitement était conforme à la norme."
Les examens de la thyroïde ont été réalisés sur 370 000 enfants de moins de 18 ans vivant dans la préfecture de Fukushima au moment de l’accident. Les cas [note des traducteurs : de cancer] confirmés sont au nombre de 57 et les cas suspectés 46. Comparé à l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, le professeur Suzuki a déclaré : « Aussi bien les symptômes que la distribution des âges sont différents ».

Sur les 54 patients atteints d’un cancer de la thyroïde qui ont été opérés à l’Université de Médecine de Fukushima [note des traducteurs : 3 patients ont été opérés ailleurs], plus de 80% avaient une tumeur d’une largeur supérieure à 10mm, ou une métastase sur les ganglions lymphatiques ou d’autres organes, qui a nécessité une opération. Deux avaient des métastases dans les poumons.

Les 9 derniers patients avaient des tumeurs inférieures à 10 mm, sans métastase. Mais, selon le professeur Suzuki, « 7 d’entre eux avaient un cancer proche des voies respiratoires et l’intervention chirurgicale était une bonne décision ». L’opération des deux derniers aurait pu attendre un examen ultérieur, mais ils ont été opérés à leur demande et à celle de leurs familles.

90% des patients ont subi une ablation de seulement la moitié de la thyroïde.
Pour le cancer de la thyroïde à Fukushima, quelques experts ont demandé « N’y avait-il pas de cas où la chirurgie n’était pas nécessaire ? » et l’appel à la divulgation des données des patients prenait de l’ampleur.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:35
Le mythe de la sûreté nucléaire

Deux articles parus ces derniers jours permettent de comprendre comment le Japon manipule l’opinion pour faire revenir les habitants évacués dans les zones contaminées et relancer son programme nucléaire. Les autorités prétendent qu’en dessous de 100 mSv/an, il n’y aurait pas de danger sanitaire alors que des études scientifiques prouvent le contraire. Selon un membre de l’AIEA, « tout est une question de communication, et il s’agit d’abord de calmer les inquiétudes « irraisonnées » des populations dues, selon lui, au terme « contamination » qui (…) fait peser sur l’irradiation une image négative », rapporte Cécile Asanuma-Brice dans sa dernière tribune intitulée « La légende Fukushima ».

Kolin Kobayashi revient quant à lui sur le programme Ethos qui, expérimenté sur les populations vivant en territoire contaminé par Tchernobyl, est maintenant appliqué sous d’autres formes – publication 111 de la CIPR par exemple – et aboutit aux mêmes recommandations pour la population de Fukushima. Il permet de demander localement une participation active des habitants, ce qui les rend responsables de la catastrophe dont ils sont pourtant victimes. Il permet également d’imposer une norme annuelle entre 1 et 20 mSv/an pendant la « période de reconstruction » et de 20 à 100 mSv/an dans une période d’urgence.

Ce qui se passe pour les populations vivant en territoires contaminés autour de Tchernobyl et de Fukushima sera bien évidemment appliqué dans n’importe quel pays du monde où aura lieu la prochaine catastrophe nucléaire. En France, la norme actuelle est 1 mSv/an, mais s’il y a un accident, ce sera 20 mSv/an et si vous avez la malchance d’habiter trop près du désastre, vous aurez droit à 100 mSv/an.

On comprend que les autorités nucléaires s’adaptent à toutes les situations, le curseur se déplaçant selon les circonstances, et l’idée rabâchée de la sûreté devient un véritable mythe.

PF

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La légende Fukushima

 

Cécile Asanuma-Brice

 

(extrait)

« Trois ans et demi après l’accident de Fukushima, le nombre de décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire Tepco Daiichi de Fukushima ne cesse de s’accroître. Selon le journal Tokyo Shimbun, plus de 1 100 décès sont comptabilisés au 11 septembre. La population vieillissante, relogée dans des logements «provisoires», a été la première touchée. Le droit au refuge ne leur ayant pas été accordé, en dépit des recommandations faites par le rapporteur aux droits de l’homme de l’ONU, Anand Grover, suite à sa mission au Japon fin 2012, aucun accompagnement financier ne permet à ces habitants le relogement. Leurs conditions sanitaires se dégradent au fur et à mesure du temps qui passe, alors que d’autres décident de partir à leurs frais devant l’instabilité environnementale insupportable au quotidien. La chute dans une spirale de paupérisation touche une partie d’entre eux, livrée à la dépression et à l’alcoolisme. Les villes de Namie (333 décès), Tomioka (250 décès), Futaba (113 décès) et Okuma (106 décès), adjacentes à la centrale dont les fuites d’eau contaminée sont toujours hors de contrôle, comptent au total 802 décès, identifiés officiellement comme conséquents de l’explosion de la centrale (55 ont été enregistrés dans les six derniers mois). Le journal Fukushima Minpo tirait la sonnette d’alarme le 21 juin en rapportant les propos du ministère de l’Intérieur sur le nombre de suicides en recrudescence. La multiplication du nombre des cancers de la thyroïde doit également être prise en compte dans le bilan des conséquences sanitaires de l’explosion. Selon la commission d’enquête du département de Fukushima, 104 enfants de moins de 18 ans, parmi les 300 000 composants l’échantillon, ont été diagnostiqués comme atteints d’un cancer de la thyroïde. Les voix d’épidémiologues, à l’intérieur comme à l’extérieur du Japon, se lèvent pour contrer la position des experts de la commission départementale de Fukushima, selon laquelle ces cancers ne seraient pas conséquents de l’explosion. Ceux-ci « justifient » l’augmentation du nombre de cas par le perfectionnement des outils radiologiques actuels.

Dans la même logique d’une tentative de réconfort moral des habitants, et la double perspective de la réouverture de la zone d’évacuation afin d’y reloger la population au plus vite, et du redémarrage programmé de deux centrales en 2014, le ministère de l’Environnement soutient, dans un rapport du 17 août, qu’en-deçà de 100 msv/an, il n’y aurait aucune conséquence sur la santé. »

(…)

Lire en entier l’article de Cécile Asanuma-Brice

 

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Du projet Ethos au mythe d’une sûreté sereine,

ou "la gestion post-accidentelle" du lobby nucléaire

 

Kolin Kobayashi

 

(extrait)

« Le mythe d’une sûreté sereine à Fukushima

L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire du Japon a installé en septembre 2013 une équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour au sein de l’organisation. L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire, formée en majorité par les personnalités scientifique qui viennent du lobby nucléaire, fondée en sept 2012, est dans une contradiction absolue. Son premier article de la loi de fondation de la ladite autorité stipule à la fin de ces phrases : « l’Autorité a pour but de contribuer à assurer la vie, la santé, les biens du peuple, et la sécurité de l’environnement et de la nation. » En donnant son accord pour le redémarrage de la centrale Sendaï à Kagoshima, le Président de cette autorité, Shunichi TANAKA a confirmé clairement lors de sa dernière conférence de presse, que l’examen effectué ne garantit nullement la sécurité, mais se contente de vérifier si la demande de redémarrage est conforme selon ses réglementations. Avec en son sein, les nominations de membres pro-nucléaires il est clair qu’il y a un conflit d’intérêt fondamental et total. Assurer à la fois la sécurité de la population et défendre l’intérêt du lobby nucléaire est incompatible. Cette autorité pose un réel problème déontologique.

De surcroît, il faut préciser que l’équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour est composée toujours des même acteurs, notamment, Dr. NAGATAKI Shigenobu, le Prof. NIWA Otsura, et le Prof. BAN Nobuhiko.

Ces deux derniers membres japonais de la CIPR ont des liens très étroits avec Jacques Lochard, bien entendu. Le prof. Niwa prône officiellement la méthode Ethos pour convaincre la population qu’il n’y a pas de conséquence sanitaire. Leur méthode est d’appliquer la publication 111 de la CIPR, quintessence du projet Ethos-CORE. Les membres de la CIPR bénéficient bien entendu de subventions de la part de l’association des opérateurs électro-nucléaires par le biais de REA, Radiation Effects Association.

Toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement pour le retour en zone contaminée, sont en parfait accord avec l’esprit Ethos. Lochard a d’ailleurs déclaré à l’Asahi Shimbun qu’on n’avait pas besoin de refaire Ethos au Japon parce qu’il y était d’emblée déjà bien établi.

Ce 17 aout, le gouvernement japonais a lancé une campagne d’information dans les journaux nationaux et locaux de Fukushima, intitulée « Ayons une connaissance véritable sur la radiation ». Dans cette annonce gouvernementale, sont citées quelques lignes de la conférence de M. Rethy Keith Chhem de l’AIEA et du prof. NAKAGAWA Keiichi, radiologue de l’université de Tokyo. Ce dernier prétend qu’il n’y a pas de conséquence grave à une exposition de moins de 100 mSV /an. Le premier explique qu’il y a des radiations naturelles partout et qu’on utilise aussi des rayonnements ionisants pour la médecine, des arguments qui banalisent la radioactivité de Fukushima. »

(…)

Lire en entier l’article de Kolin Kobayashi

 

 

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Photo d’entête : Unité 4 de Fukushima Daiichi, détail (source Tepco)

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 21:54

Quand, en 2011, la marine américaine se retrouve piégée par le nuage radioactif au large de Fukushima… A qui la faute ? Et que cherche-t-on à protéger en niant l’importance de la pollution subie ? C’est le sujet du troisième article de Jean-Marc Royer, tiré de son ouvrage inédit, "Le nucléaire, érotisation suprême et planétaire de la mort ".

 

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Atoms for peace [1], à la sauce baroque, au bas mot

 

 

Jean-Marc Royer

 

 

Une des obsessions du village nucléaire international est de cacher la nature et le niveau des effluents radioactifs émis durant les premiers jours de la catastrophe de Fukushima après les explosions des réacteurs, car il y a là de gigantesques enjeux économiques, juridiques et politiques internationaux. Or il vient de se produire un petit évènement gênant pour tous ces thanatologues et thanatopracteurs du nucléaire, comme si la vérité que l’on voulait absolument enfouir dans de profonds souterrains comme un déchet, venait inopinément de surgir à un endroit inattendu. Voici.

 

Participant à l'opération Tomodachi – amitié – déclenchée le 11 mars 2011, le porte avions à propulsion nucléaire de 100 000 tonnes USS Ronald Reagan, sur lequel servaient 5 500 personnes [2] s’était dérouté afin de servir de plate-forme de ravitaillement et de zone de transit pour les victimes et arrivait le lendemain aux abords de Fukushima (environ 3 km). Malheureusement, le vent soufflant vers la mer ce jour là, le navire était pris dans une sorte de « nuage inattendu », les hommes sur le pont se retrouvant enveloppés par une moiteur qui leur laissait dans la bouche « comme une sorte de goût métallique », le même que certains riverains avaient pu sentir lors du dégazage de Three Mile Island : ces personnels allaient être parmi les premiers à être exposés au panache de rayonnements dus à l’explosion du bâtiment-réacteur n°1 à 15h36. Les niveaux d'exposition sur le navire et sur les chaussures des militaires s’avérèrent être étonnamment élevés. De plus, les marins, comme à leur habitude, avaient utilisé l'eau de mer dessalée grâce aux dispositifs internes, pour cuisiner, se doucher, ainsi que pour tous leurs autres besoins avant que cela ne leur soit interdit. Cette situation dura dix heures avant que le bateau ne soit repositionné à plus de 100 km et que des mesures supplémentaires soient prises. Selon le Huffington Post du 27 février 2014 « des retombées graves ont été également apparemment trouvées sur les hélicoptères qui revenaient des missions de secours. […] à 100 mètres devant, l'hélicoptère lisait 4 sieverts par heure.[3] » Pour mémoire, le 16 mars, la US Nuclear Regulatory Commission portait la zone d’exclusion à 80 km de Fukushima, le 17 le département d’Etat publiait un mémo recommandant l’évacuation du Japon à tous ses ressortissants, personnels de l’ambassade et de la défense compris, et le 21 mars la prise d’iodure de potassium était recommandée jusqu’à 320 km de Fukushima. Ensuite de quoi des considérations diplomatiques et la prise en compte des intérêts de l’industrie nucléaire ont rapidement atténué des recommandations trop visibles …

 

La marine a toujours argué depuis le début que le porte-avions n’était pas contaminé, mais ni le Japon, ni la Corée du Sud, ni même l'île de Guam ne l’ont autorisé à venir à quai après cette mission. Depuis, le navire, après quelques épisodes, est finalement allé en cale sèche 14 mois à Bremerton, dans l'état de Washington, près de Seattle, pour un soi-disant « grand entretien et une remise à niveau » puis en est reparti en mars 2013 vers San Diego ; mais selon son capitaine, il semble que sa fin approche. Dans le Pacifique, tôt ou tard, il pourrait se faire définitivement oublier dans un de ces nombreux cimetières marins où il sera mis en pièces à mains nues par les esclaves des temps modernes qui y laissent leur peau, puisque c'est là que de nombreux navires terminent leur course.

 

Mais les marins connaissent depuis leur retour des problèmes de santé rares et gravissimes pour des personnes aussi jeunes : leucémies, dégénérescence du nerf optique, cancer de la thyroïde, des appareils génitaux et du cerveau. En avril 2012, le lieutenant Steve Simmons, un sportif, était hospitalisé pour une inflammation des ganglions lymphatiques, mais bientôt ses jambes ne le porteraient plus : il se déplace maintenant en fauteuil roulant. A trente cinq ans, il a été mis à la « retraite pour raison médicale » en avril 2014. Mathew Bradley, lui, a contracté une maladie dégénérative de la colonne vertébrale. Une femme de la Navy affirmait quant à elle : « pendant l'opération Tomodachi, j'ai commencé à avoir des migraines, des cycles menstruels irréguliers. Après, j'ai dû avoir recours à des opérations du genou, du sein et de la jambe pour enlever des excroissances » et l’épouse d’un marin a rapporté « qu’à la suite de cette exposition, notre fils, qui est né le 14 novembre 2012, a été diagnostiqué à huit mois avec le cancer du cerveau et de la colonne vertébrale ». Etant donné le développement du droit aus Etats-Unis, il y subsiste encore des possibilités de recours, c’est ce qui a permis la class-action de quelques 81 marins du navire. Et grâce au Freedom of Information Act (FOIA), les plaignants – dont la majorité travaille toujours pour la Navy – ont eu accès aux transcriptions des conversations téléphoniques entre les fonctionnaires du gouvernement fédéral, les autorités nucléaires, les responsables de l'ambassade des États-Unis à Tokyo et le personnel militaire du Commandement Pacifique (PACOM) à ce moment-là. On y constate la véracité de leurs dires malgré la prudence de mise dans ce type d’échanges sensibles (The Asia-Pacific Journal, Vol. 12, Issue 7, No. 4, February 17, 2014). Mais selon l’avocat des plaignants, la Navy ne serait pas nécessairement en cause : le principal responsable serait Tepco qui n'aurait pas prévenu du fait que le cœur du réacteur n°1 avait fondu et que des éléments radioactifs avaient été projetés à l'extérieur de la centrale lors de l'explosion du bâtiment. Les enjeux dans cette affaire sont si importants que malgré le nombre de plaignants et la solidité de leurs dossiers médicaux, il existe un fort risque qu'elle soit classée sans suite. Ce fût d'ailleurs le cas une première fois en novembre 2013 pour « absence de preuves ».

 

Quels sont les enseignements provisoires de cette affaire ? Primo, il est dit dans ces transcriptions de conversations téléphoniques que « le niveau de radiations était tel qu’en 10 heures le seuil admis pour le public était atteint ». Traduction de cette novlangue : le seuil admis outre Atlantique étant de 15 mSv [4] annuels, cela signifie qu’en une heure l’irradiation était de 1,5 mSv, ce qui en France, aurait déjà constitué un dépassement du seuil annuel ! Je rappelle que selon le rapport de l’ECRR, si les marins étaient restés dans ces conditions deux semaines, ils avaient une chance sur deux de rester vivants après leur retour.[5]

 

Comme à Hiroshima, à Nagasaki, et comme dans tous les accidents majeurs qui ont eu lieu depuis 1945, l’enjeu capital de cette affaire réside dans la dissimulation des radiations émises dans les premiers jours, car c’est à ce moment-là qu’elles sont les plus importantes. Il en va de l’avenir de l’industrie et du village nucléaire international ainsi que de la pérennité des pouvoirs aux commandes des Etats nucléaires. Autrement dit, il faut absolument dissimuler au public la gravité des faits durant les premiers jours, sous prétexte d’éviter la panique, mais en réalité pour éviter tous les recours qui pourraient durer des décennies contre l’industrie, le village et les Etats nucléaires, quitte à en augmenter les dangers et le nombre de victimes futures. Ainsi, depuis 1945, l’histoire nous enseigne que pour les Etats et le village nucléaire international, « gérer une catastrophe », c’est avant tout en éviter les répercussions socio-politiques incontrôlées, la sécurité des populations passant au second plan étant donné qu’il sera toujours possible de contester tous les effets de cette catastrophe, à condition que la nature et la quantité des effluents émis durant les premiers jours soient drastiquement minimisées. Après tout, qu’y-a-t-il à craindre de pauvres gens qui tomberont malades dans quelques années ou dans trente ans, puisqu’il ne leur sera pas possible de prouver l’origine de leur cancer, et que les responsables de ce temps-là exerceront … d’autres responsabilités ou auront fait valoir leurs droits à la retraite chapeau avec parachutes dorés ?

 

Deuzio, on se souvient que Tepco avait « balladé » les journalistes du monde entier en cachant la fusion des cœurs des réacteurs durant dix semaines, le temps que l’actualité internationale de Fukushima refroidisse … Pendant tout ce temps, le village et les puissances nucléaires étaient évidemment au courant des fusions, mais l’omerta internationale a correctement fonctionné. Via leur système satellitaire et leurs capteurs au sol, les Etats-Unis (et vraisemblablement d’autres nations), sont capables de détecter les effluents d’une explosion atomique (par exemple en Corée du Nord) dans les minutes qui suivent celle-ci. A qui fera-t-on croire que les responsables de la marine de ce pays en charge du porte-avions Ronald Reagan n’étaient pas au courant de la fusion des cœurs des réacteurs à Fukushima ? Et quand bien même cela serait le cas, cela marquerait un grave dysfonctionnement des échanges entre les services de surveillance ad hoc et les forces armées de ce même pays, au détriment des personnels militaires et des réfugiés qu’ils étaient venus secourir.

 

Democraty now. http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

Democraty now. http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

Tertio, sur les photos de ce porte-avion (dont la marine nie encore l’irradiation), on peut voir une chose dont on est à chaque fois abasourdi, à savoir les moyens dérisoires utilisés contre la contamination radioactive : comme dans les années 1950, des files de marins bottés avaient été alignés et, armés de balais-brosse et de produit vaisselle, ils lessivent le pont du navire, comme à Fukushima on arrosait les bâtiments à la lance à incendie ou bien qu’on mettait ensemble des batteries de voitures pour désespérement palier au défaut de courant électrique dans les salles de contrôle-commande. Violent paradoxe que celui-là et qui se renouvèle à chaque fois : d’un côté ils nous vantent la modernité scientifique et la sécurité technique du nucléaire ad nauseam, de l’autre ils font appel à des ressources ridiculement inadaptées pour lutter contre ces catastrophes, signe de l’impuissance réelle de ces cow-boys face à ce qu’ils ont déclenché. Il faudrait demander à tous ceux qui soutiennent le nucléaire de s’engager publiquement, à l’avance et par écrit à servir dans un corps de volontaires pour aller sur les lieux de la prochaine catastrophe nucléaire puisqu’ils n’en excluent plus l’occurrence périodique !

 

Quarto, sur d’autres photos du pont de ce navire prises deux ans après, il est possible de voir les dizaines d’automobiles des marins qui n’ont pas été autorisés à les récupérer lorsqu’ils ont débarqué ! Sans doute serait-il fâcheux qu’ils irradient un peu trop leur famille, leurs voisins de garage ou bien que des oragnismes indépendants soient à même de confirmer la contamination épouvantable de véhicules bon pour le rebus comme des centaines de véhicules et d’hélicoptères avaient du être abandonnés dans des cimetières à ciel ouvert après Tchernobyl. Plus forte que Balladur ou Juppé, soyons sûrs que la marine US se chargera elle-même d’emmener les véhicules à la casse après avoir octroyé une prime royale à ses personnels afin qu’ils en achètent des neufs …

 

21 mars 2013, http://www.10news.com/news/uss-ronald-reagan-returns-to-san-diego-after-more-than-a-year-in-washington-state-032113

21 mars 2013, http://www.10news.com/news/uss-ronald-reagan-returns-to-san-diego-after-more-than-a-year-in-washington-state-032113

Au-delà de tous ces détails, ce qu’il faut réaliser, c’est que « la gestion des catastrophes nucléaires » consiste essentiellement à nier par tous les moyens l’importance de ses effluents dans les tous premiers jours [6], afin de préserver l’avenir du nucléaire, plutôt que de risquer une situation de révolte de type insurrectionnelle de la part d’une multitude de personnes qui n’auraient plus rien à perdre, pas même leurs vies, ni celle de leurs descendants. La militarisation de ces situations va dans le même sens évidemment. On comprendra dans ce cadre que l’ignorance des foules et leur encadrement soient essentiels. Ceci est tellement vital que le gouvernement japonais vient de prendre un « State Secrets Act » qui criminalise toutes les critiques et les lanceurs d’alerte : il s’agit-là encore une fois de la restriction démocratique des libertés démocratiques …

 

Jean-Marc Royer, mai 2014

 

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[1] Voir le second paragraphe.

 

[2] http://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/atom-heart-fucker-16-qu-est-il-150906

 - http://www.natureetsciences.com/2014_03_01_archive.html

http://thelead.blogs.cnn.com/2014/02/19/did-fukushima-disaster-make-u-s-sailors-and-marines-sick/

 - http://japanfocus.org/-Kyle-Cleveland/4075

http://ecowatch.com/2013/12/11/japans-new-fukushima-fascism/

 

[3] http://www.huffingtonpost.com/harvey-wasserman/documents-show-the-navy-k_b_4859290.html

 

[4] Les Etats-Unis en sont restés aux recommandations 26 de la CIPR de 1977, contrairement à d’autres pays qui ont adopté celles de 1990.

http://www.akademia.ch/~sebes/textes/1998/Belbeoch/1998RB_norme77.htm

 

[5] Il faut avoir atteint, selon la CIPR 5000 mSv, soit en l’occurrence 139 jours pour « avoir 50% de chances de mourir » rapidement, mais l’ECRR préconise de diviser par dix ces « recommandations », ce qui correspond 2 semaines.

 

[6] Cf. à ce sujet les révélations du Guardian.

 

 

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Mise à jour : 12 octobre 2014 (phrase "mais selon son capitaine, il semble que sa fin approche. Dans le Pacifique, tôt ou tard, il pourrait se faire définitivement oublier dans un de ces nombreux cimetières marins où il sera mis en pièces à mains nues par les esclaves des temps modernes qui y laissent leur peau, puisque c'est là que de nombreux navires terminent leur course.") 

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