1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 22:16

Deux études scientifiques conduites "sur le terrain" au Japon, pourraient-elles (indirectement) plaider contre le retour forcé en zone contaminée ?

Le Mainichi les présente brièvement mais assez précisément.

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Deux macaques japonais dans la ville de Fukushima, préfecture de Fukushima (photo : Fumiharu Konno, de l'équipe de recherche de Shinichi Hayama)

Les macaques de Fukushima

1) 18 macaques sauvages ont été capturés qui vivaient à moins de 40 km de la centrale Daiichi, dans une zone située dans le Nord-Est de la Préfecture de Fukushima et incluant les villes de Minamisoma et Namie.
Une équipe dirigée par Manabu FUKUMOTO (professeur émérite du département de Pathologie de l'Université du Tohoku) a constaté des anomalies dans leur formule sanguine, en particulier dans les cellules de la moelle osseuse qui produisent les plaquettes, par comparaison avec d'autres singes vivant dans d'autres zones. [NDR : c'est donc une étude "cas-témoins"].
Les chercheurs ont en outre constaté une forte diminution de certains composés sanguins chez les individus "exposés quotidiennement à une irradiation interne" [les faibles doses]. Leur hypothèse, c'est que les singes ont dû ingérer "des substances contaminées au radiocésium provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, par exemple l'écorce d'arbres".
L'équipe du prof. Fukumoto a produit une estimation de la dose de rayonnement en Césium présente dans les muscles des primates ; Fukumoto exprime auprès du journal :
" Il faut mener des recherches à long terme pour voir si ces anomalies auront un effet sur la santé des singes".

 

2) Au même moment, l'équipe de l'expert en zoologie de la faune Shinichi HAYAMA, Professeur à l'Université des Sciences de la Vie et des Sciences vétérinaires du Japon, a étudié les fœtus de singes en gestation.
Chaque année, de 2008 à 2016, le gouvernement municipal de Fukushima capturait des singes afin de contrôler l'évolution de la population...L'équipe de Hayama a examiné 62 fœtus capturés au moment de la crise 3.11. Leurs conclusions : par comparaison avec ceux d'avant le 11 mars 2011, ces fœtus présentent une tête plus petite et un développement de l'ensemble de leur corps, retardé. En notant que le régime alimentaire des mères n'a pas changé (avant/après 3.11) les chercheurs concluent que "l'exposition des mères singes au rayonnement a pu avoir eu un effet sur leur fœtus".
Hayama note cependant que "les singes de Fukushima ont sans doute été exposés à de fortes doses de radioactivité à un niveau sans équivalent rapporté aux humains, étant donné que les singes ont consommé des aliments contaminés et vivent près du sol, où les doses de radioactivité étaient élevées"...

 

3) Les macaques au Japon ne sont pas étudiés, à l'inverse d'autres animaux ou plantes, dans l'enquête en cours du Ministère de l'Environnement, pour l'observation des effets de la radioactivité suite à la catastrophe nucléaire ; or, 5 associations universitaires viennent de demander qu'ils soient inclus dans cette enquête, au nombre desquelles la Primate Society of Japan, (PSJ) dont le président, Masayuki Nakamichi, affirme auprès du Mainichi :

"Il est absolument crucial, et pour le reste du monde aussi, de mener des recherches sur les effets à long terme de l'exposition à la radioactivité des macaques japonais".

 

D’après THE MAINICHI, 25/11/2018 - Effects of suspected radiation exposure seen in Fukushima wild monkeys: researchers

 

 

_______________________________

En savoir plus…

 

Etudes sur les singes

Haematological analysis of Japanese macaques (Macaca fuscata) in the area affected by the Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant accident

Small head size and delayed body weight growth in wild Japanese monkey fetuses after the Fukushima Daiichi nuclear disaster

 

Article du blog de Fukushima

Fukushima : conséquences de la radioactivité sur la faune

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 21:25
(Image satellite mars 2011)

Si vous voulez aller vers des choses positives, je vous y encourage. Cultivez vos passions, mangez sainement, évitez les personnes toxiques, soyez optimistes, profitez des petits bonheurs de chaque jour, faites-vous plaisir. Mais si vous n’êtes pas en forme en ce moment, ne lisez pas cet article, ne fréquentez pas ce blog, car il donne la vérité toute crue sur Fukushima et le nucléaire en général, des choses dont on entend peu parler malgré leur gravité. En créant ce blog il y a sept ans, je ne visais pas autre chose que de présenter des infos qui ont du mal à circuler. Car elles dérangent, elles ne vont pas dans le sens que l’on aimerait, elles font mal, elles interrogent, elles remettent en question des connaissances que l’on croyait acquises. Car le nucléaire, qui a été présenté à l’origine comme la solution à tous les problèmes de la terre, est un enfer. Un enfer pour les populations civiles qui ont subi le feu nucléaire en 1945, un enfer pour les gens contaminés dans et autour des mines d’uranium, un enfer pour les populations malades sur d’immenses territoires suite aux essais atmosphériques et aux catastrophes nucléaires, sans que l’OMS ne s’en occupe, un enfer pour les gens qui ont des cancers à cause du fait qu'ils vivent près d’une centrale nucléaire prétendument propre, un enfer pour les milliers de travailleurs de Tepco qui « gèrent » au mieux les ruines de la centrale de Fukushima Daiichi, un enfer pour les réfugiés nucléaires que le gouvernement japonais incite à revenir vivre dans des territoires contaminés.

Voilà sept ans que la catastrophe de Fukushima a eu lieu, sept ans de malheurs que les auteurs de ce blog vous ont contés. Et pourtant, la catastrophe ne fait que commencer. Car la pollution nucléaire se compte en centaines, en milliers, en millions d’années selon les radionucléides. Il faudra faire avec désormais. C’est pourquoi, si l’on veut penser un tant soit peu aux générations futures, il est important de sortir du nucléaire pour arrêter de produire des déchets dont on ne sait que faire et surtout, avant qu’une nouvelle catastrophe, possiblement fatale pour l’avenir de l’humanité, ne se produise.

Pierre Fetet

Le nombre de cancers de la thyroïde augmente sans cesse

 

La seule enquête épidémiologique existante au Japon en rapport avec la catastrophe nucléaire de Fukushima concerne un diagnostic réalisé pour environ 380 000 jeunes, mineurs au moment de la catastrophe. Avant 2011, l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100 000 enfants ; un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année devait donc advenir dans la préfecture de Fukushima. Or, à ce jour, 160 cas de cancer thyroïdien sont confirmés et 35 enfants sont en attente d’une opération. Malgré ce résultat significatif, l’Université de Médecine de Fukushima affirme que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a pas eu d’influence sur l’augmentation des cancers de la thyroïde des enfants. Cherchez l’erreur.

Répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde

Répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde

Pour en savoir plus, je vous encourage à lire l’étude réalisée par le Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW-Allemagne (International Physicians for the Prevention of Nuclear War) et publiée le 7 mars 2018

Lien vers la traduction française de l’étude détaillée,

éditée dans le site de Georges Magnier, Vivre après Fukushima

 

La pollution due aux rejets de mars 2011 s’est répandue sur des centaines de km²

 

On retrouve autour de la centrale et jusqu’à des centaines de kilomètres de la centrale du combustible usé prisonnier de billes de verre microscopiques. Les plus petites de ces particules, insolubles, sont très légères et peuvent voyager avec le vent. On peut donc les inhaler. Une fois logées dans des poumons, elles sont piégées à vie et peuvent alors provoquer des cancers.

On ne connaît pas bien le processus de création de ces microbilles qui ont été rejetées dans l’atmosphère en mars 2011, mais elles existent et posent un véritable problème sanitaire. Mais les autorités ne tiennent pas compte de cette pollution. L’incitation au retour des populations dans les territoires contaminés n’est basée que sur la dose ambiante et jamais sur la pollution effective du sol ou les matières en suspension dans l’atmosphère. D'où l'intérêt des mesures des taux de radioactivité par les citoyens eux-mêmes.

Sept ans de malheur nucléaire à Fukushima

Pour en apprendre davantage sur les billes de verre au césium, il faut lire l’article de Cécile Brice publié dans son blog Japosphère le 7 mars 2018 :

Billes de césium à Fukushima, incertitude scientifique contre certitude politique

 

Nous avions déjà évoqué cette information en février 2016 avec cet article :

Un nouveau produit dérivé de la fusion des cœurs a été découvert au loin de la centrale de Fukushima Daiichi

A propos de la pollution et des doses mesurées différemment par les autorités et la population, je vous invite à vous reporter au site Nos Voisins Lointains 3.11 qui suit de près ce dossier et publie les cartes citoyennes :

Le public devrait-il être autorisé à voir la carte de la radio-contamination ?

Dernière carte de la pollution radioactive effeectuée par des citoyens pour Tomioka

Dernière carte de la pollution radioactive effeectuée par des citoyens pour Tomioka

Le retour douloureux de la population en terre radioactive

 

Le retour de la population en terres contaminées se fait dans la douleur. Douleur de familles séparées, douleur du danger de contamination, douleur de ne jamais pouvoir retrouver le cadre d’avant la catastrophe, douleur d’un avenir incertain. Deux camps s’affrontent, les optimistes qui veulent le retour de toute la population en niant les risques pour la santé, et puis les lucides qui savent que la décontamination n’est pas possible (retour des radio-éléments par la poussière venant des forêts) et ne souhaitent pas prendre de risque, en particulier pour les enfants.

 

Je vous propose de regarder ce petit film (4 min 41) diffusé par Greenpeace le 9 mars 2018. C’est le témoignage poignant de Mme Kanno, une ancienne habitante de Tsushima, dans la région de Namie.

Lisez également cet autre témoignage du 11 mars 2018 de Ruiko MUTO, appartenant au groupe « Femmes de Fukushima contre le nucléaire », déléguée de la partie plaignante au procès pénal intenté contre les dirigeants de TEPCO. (traduction française: yosomono-net France)

 

 

Lien vers le message de Ruiko Muto : Message à toutes les personnes dans le monde qui continuent de se préoccuper de Fukushima

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi n’est pas sous contrôle

 

On parle tellement peu de la centrale de Fukushima Daiichi que l’on finit par croire, avec le temps, que les Japonais ont réglé tous les problèmes. D’autant plus que les jeux olympiques se tiendront à Tokyo en 2020, avec certaines épreuves prévues à 19 km de la centrale de Fukushima Daiichi.

8000 ouvriers travaillent sur site pour s’occuper de la maintenance des installations de refroidissement des piscines et des réacteurs, pour le stockage de l’eau contaminée et son traitement, pour réaliser les opérations de prospection à l’intérieur des réacteurs afin d’assurer le démantèlement futur des installations. Par exemple, une couverture vient d’être terminée pour le réacteur n°3, l’objectif étant de vider le combustible de la piscine dans les deux prochaines années.

 

La nouvelle couverture du réacteur 3 en forme de cylindre vient d'être terminée (photo Tepco)

La nouvelle couverture du réacteur 3 en forme de cylindre vient d'être terminée (photo Tepco)

On a également construit un mur de glace souterrain de 1,5 km qui entoure les quatre réacteurs accidentés. Mais l’Autorité de Régulation Nucléaire japonaise doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qui, de surcroit, coûte très cher : 265 millions d’euros pour la construction de l’installation et une facture de 8 millions d’euros par an pour l’électricité consommée pour maintenir le mur gelé… De l’eau contaminée continue donc de couler sous la centrale pour rejoindre la nappe phréatique qui rejoint l’océan Pacifique.  

Prière à la centrale de Fukushima Daiichi le 11 mars 2018 (photo Tepco)

Prière à la centrale de Fukushima Daiichi le 11 mars 2018 (photo Tepco)

Aujourd’hui, le problème de l’eau contaminée n’est donc pas réglé. Plus d’un million de tonnes d’eau radioactive est stockée sur site. La seule solution envisagée par le gouvernement est de la rejeter en mer après traitement, bien qu’on ne réussisse pas à la décontaminer entièrement (seule une soixantaine de radionucléides sont traités sur une centaine).

Dire que la centrale est sous contrôle est donc évidemment exagéré. On ne sait pas quoi faire de l’eau contaminée et on n’a pas encore inventé les techniques pour démanteler les réacteurs en milieu létal. On a bien trouvé où étaient passés les coriums de certains réacteurs, mais on ne sait pas encore avec certitude où ils se sont arrêtés.

 

Pour l’état de la centrale de Fukushima Daiichi, je vous conseille la lecture d’un article très détaillé sur le site L’ACROnique de Fukushima le 8 mars 2018 :

Chiffres clés pour le septième anniversaire

 

Et également, si vous lisez l’anglais, le rapport annuel sur Fukushima, daté du 11 mars 2018, de SimplyInfo.org, site qui suit la catastrophe nucléaire depuis sept ans :

Lire le rapport annuel sur Fukushima

 

 

Une communication incomplète en France

 

J’ai regardé le reportage présenté par Elise Lucet dans Envoyé Spécial le 8 mars 2018, « Fukushima, retour à la vie ». J’ai cru presque me trouver devant un reportage payé par le gouvernement japonais ! En effet, les réalisateurs Pierre Monégier, David da Meda et Emmanuel Lejeune ont fait le choix de présenter le retour de la population dans des territoires contaminés comme une chose envisageable. Mis à part quelques mentions courtes du danger de la radioactivité, le reportage montre 5 exemples de personnes retournant au pays, dont une qui hésite encore mais vient de faire reconstruire sa maison.

 

Elise Lucet présente le reportage : « A Naraha, une des villes évacuées en urgence, on entend à nouveau les rires des enfants dans les écoles, les paysans ont repris leur travail, l’espoir revient doucement à une dizaine de kilomètres de la centrale ». Et la phrase célèbre du pronucléaire Shinzo Abé, devant le comité olympique le 7 septembre 2013 à Buenos Aires pour obtenir les JO, me revient en écho : « Aujourd'hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l'avenir. »

 

Dans le reportage, pas de témoignage de personnes qui choisissent de ne pas revenir alors qu’ils sont majoritaires… Certes, cela peut être un choix d’attaque du sujet, mais alors il aurait fallu rééquilibrer le propos en apportant des informations. J’ai une impression très mitigée, moi qui suis au courant du danger des faibles doses. Mais pour le commun des auditeurs, quelle impression aura-t-il au final ? Voir un agriculteur qui n’a plus peur de la pluie contaminée, voir une collégienne très contente de retourner dans son collège, voir trois femmes très contentes de créer des poupées pour repeupler le village, voir un pêcheur heureux de pêcher des poissons contaminés en dessous de la norme de 25 Bq/kg, voir un musicien chanter une très jolie chanson sur sa terre natale, voir une école maternelle avec des petits dans un environnement éducatif flambant neuf : toutes les images sont là pour redonner espoir à n’importe qui, même à Elise Lucet, alors que ces gens vivent en territoire contaminé, à quelques kilomètres d’une centrale qui a explosé 4 fois en mars 2011.

 

On espère pour ces enfants que la terre n'est pas contaminée (capture d'écran reportage d'Envoyé spécial)

On espère pour ces enfants que la terre n'est pas contaminée (capture d'écran reportage d'Envoyé spécial)

L'eau de la commune de Naraha est-elle potable quand on sait que les boues du fond du réservoir d’alimentation font plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg ? Une question sur la potabilité de l'eau aurait été intéressante. Engager des enfants dans la replantation d’arbres, « pour semer les graines du futur », en leur faisant creuser des trous dans la terre, sans masque, ce n’est pas correct de la part des adultes qui organisent cet évènement. La voix off précise : « La radioactivité est encore 20 fois supérieure au taux recommandé ailleurs dans le monde » mais en même temps, on voit l’image d’un poste de surveillance de la radioactivité montrant 0,105 µSv/h, ce qui indique une radioactivité normale ! Manifestement, les journalistes ne se sont pas formés aux mesures de la radioactivité. Du coup l’info est contradictoire. Ils ne savent pas que ces postes de surveillance cachent des défauts : nettoyés soigneusement chaque jour, la radioactivité y est moindre qu’ailleurs. Et souvent ils sont souvent truqués pour montrer une radioactivité moindre.

A propos de la collégienne Yuka : « Ici au moins, personne ne la traite de pestiférée. » Ça voudrait dire qu’il vaut mieux être contaminé que réfugié ?

La voix off prétend aussi : « Les rivières se lavent peu à peu des contaminations » : c’est faux, il aurait fallu présenter les études de cumul de radioactivité dans les sédiments. Ils auraient appris qu’il existe un point chaud dans la baie de Tokyo par exemple.

Toujours la voix off : « Les forêts n’ont toujours pas été décontaminées », comme si cela était possible ! Puis le prêtre Ousami balaie sans masque la poussière de son temple contaminé. Pas de commentaire sur la possibilité qu’il inhale du combustible.

 

La voix off continue : « Les derniers nés représentent les écoliers qui manquent toujours à l’appel dans les classes de Naraha… L’avenir de Naraha dépend de ceux qui ne sont pas encore revenus… Naraha, leur Furusato à eux, s’est donné trois ans pour se débarrasser des fantômes du passé, les remplacer par de nouveaux écoliers, des fermiers, des pêcheurs, de quoi s’assurer peut-être un avenir, après le plus grave accident nucléaire de l’histoire.

Telle est la conclusion de ce reportage qui me laisse extrêmement perplexe et insatisfait. Est-ce conscient ou inconscient, ces journalistes ont réussi à faire passer le message criminel du programme Ethos à Fukushima : les populations peuvent revenir dans les territoires contaminés, regardez, c’est possible ! N’est-ce pas formidable cet espoir de renaissance ?

 

Photo de la classe maternelle. Les poupées représentent les absents. (capture d'écran reportage Envoyé spécial)

Photo de la classe maternelle. Les poupées représentent les absents. (capture d'écran reportage Envoyé spécial)

Pour conclure, un dernier lien pour contrebalancer ce reportage éthosien, c’est une contribution d’Hisako Sakiyama, directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon qui faisait le point en 2013 sur les dangers des faibles doses

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

 

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 23:23
Toru Takeda (photo Michael Holtz / CSM)

La levée des ordres d’évacuation dans les zones contaminées par la radioactivité suite à la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi, qui a commencé le 31 mars dernier, est l’une des décisions gouvernementales qui ont marqué l’année fiscale 2017 au Japon, et mobilisé les protestations des victimes, car à bientôt un an, il faut noter que cette “politique du retour” a concerné des zones se rapprochant de plus en plus de la centrale, présentant un niveau de dose de radioactivité allant jusqu’à 50 mSv/an ! en outre, le débit de dose jusqu’à 20 mSv/an a été déclaré “sans risque sanitaire”! Rappelons que c’est le maximum autorisé en France pour les travailleurs du nucléaire.

A l’approche de la date des Olympiades, les autorités veulent maintenant supprimer les aides au logement pour certains évacués, qui n’auront d’autre alternative que de rentrer vivre en zone contaminée...

Mais la résistance s’organise, comme à Yonezawa.

Evelyne Genoulaz

 

-oOo-

 

Source : article de Michael Holtz, avec la collaboration de Takehito Kambayashi. Japan wants Fukushima evacuees to go home. They're not so sure. Paru le 21 février 2018 in “Christian Science Monitor” - YONEZAWA, JAPAN.

Traduction : Evelyne Genoulaz

 

-oOo-

160 000 résidents environ ont quitté leur foyer en 2011, après qu’un séisme puis un tsunami causèrent la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. Aujourd’hui, le gouvernement prétend que beaucoup d’entre eux ne risquent rien à retourner vivre chez eux. Mais il va devoir regagner la confiance des résidents.

 

Toru Takeda n’a qu’un mot à la bouche pour évoquer les avantages comme les inconvénients de la vie à Yonezawa : la neige. Cette ville, située en montagne à 150 miles au nord de Tokyo, se retrouve tous les hivers engloutie sous plusieurs mètres de neige. Il y neige tant, que plusieurs rues sont équipées de systèmes qui projettent sous le sol de l’eau chaude afin de les maintenir praticables.

 

Monsieur Takeda a fini par s’habituer à ces monceaux de neige et aux embarras qui vont avec. Les retards des trains. Le ralentissement du trafic routier. Le pelletage. Il ne neige pas autant dans la ville de Fukushima, d’où il vient, qui se trouve à une heure de route de là par beau temps.

 

Mais la neige présente des avantages certains quand elle fond. « Ici la terre est riche parce que la neige fond petit-à-petit » m’a dit un jour Takeda au cours d’un dîner au centre-ville de Yonezawa. Il est persuadé que ce dégel perlé inscrit les fruits et les légumes qu’on cultive dans la région au nombre des plus savoureux du Japon. Puis il boit une gorgée de café et ajoute d’un ton solennel : « dans le département de Fukushima, l’eau comme la terre demeurent toujours contaminées ».

 

Voilà bientôt sept ans, « le séisme et tsunami dans la région du Tohoku » ont frappé la côte nord-est du Japon, et provoqué des fusions à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’est la pire catastrophe nucléaire qu’on ait connue depuis Tchernobyl. Le démantèlement devrait coûter 200 millions d’euros et prendra plus de 40 ans. Malgré tout, un certain nombre des quelque 160 000 évacués de la région ont entamé leur retour.

 

D’après le gouvernement japonais, il n’y a plus de danger, mais Takeda n’en est pas convaincu. Sa confiance dans les autorités a été ébranlée par la réponse hasardeuse qui a été donnée aux suites des fusions. Il accueille désormais avec circonspection les informations émanant des agences de régulation ou des compagnies d’exploitation, sans parler de tout ce qu’on entend de l’état prétendument « sain » des aliments ou, bien évidemment, à propos des centrales nucléaires. Savoir si le gouvernement sera capable de restaurer la confiance de Takeda_ et avec lui, celle de milliers d’autres_ c’est l’enjeu préalable à la revitalisation des bourgs et des villes du département de Fukushima.

 

« Nous ne croyons plus ce que nous dit le gouvernement » affirme Takeda, en parlant pour lui mais aussi au nom de sa femme, de sa fille et d’une vingtaine d’autres évacués dont il sait qu’ils ont refusé de quitter la ville de Yonezawa. « Je ferai tout ce qu’il sera possible de faire et tout mon possible pour y rester » déclare-t-il. Y compris aller devant les tribunaux.

 

Un homme investi d’une mission

 

Tout a commencé en mars dernier, lorsque le gouvernement de la Préfecture de Fukushima a mis fin aux aides inconditionnelles au relogement dont bénéficiaient pas moins de 27 000 personnes qui avaient quitté des zones non désignées comme zones d’évacuation forcée _ au nombre desquelles il y avait Takeda et beaucoup d’autres réfugiés à Yonezawa. Placés devant cette alternative : ou bien le retour dans un lieu dont ils craignaient qu’il fût toujours dangereux d’y vivre ; ou alors, le paiement du loyer, alors que beaucoup d’entre eux n‘en avaient pas les moyens, ils n’ont choisi ni l’un ni l’autre. Ils sont restés dans leur appartement tout en refusant d’en payer le loyer. L’agence du logement public a toléré cette situation quelque temps. Puis en septembre, elle a engagé une poursuite d’expulsion à l’encontre de ceux qu’on appelle les évacués volontaires (1), qui ont aussitôt réagi en levant pour réponse, un bataillon d’avocats.

 

« Les auteurs de la catastrophe, ce sont le gouvernement japonais et TEPCO, observe Takeda, en faisant référence à la Compagnie d’Electricité de Tokyo, l’opérateur de la centrale de Fukushima Daiichi. Ils doivent avoir l’obligation de payer ».

 

Takeda, un retraité de 77 ans, était professeur d’anglais dans un lycée et dès son arrivée à Yonezawa en avril 2011, il est devenu de facto le représentant de la communauté des évacués dans cette ville. Il organise des rencontres à caractère social et rencontre régulièrement les autorités municipales. Sa femme et lui ont même monté un centre d’apprentissage pour les enfants des évacués, dans leur modeste trois-pièces. Il a fermé au bout de deux ans et désormais Takeda consacre tout son temps libre à la bataille judiciaire. Il se démène pour lever les fonds nécessaires à la mobilisation de divers avocats.

 

« Le gouvernement m’a dans le nez, dit-il. Si ce n’était pas pour me suivre, les évacués seraient déjà retournés au pays ».

 

Tandis que la procédure suit son cours à Yonezawa, d’autres victimes ont déjà obtenu gain de cause. C’est ainsi qu’en octobre, une cour de district de Fukushima a condamné le gouvernement japonais et TEPCO à dédommager d’un montant global de 4,4 millions de dollars, un groupe d’environ 2 900 personnes. C’est la troisième fois qu’une cour condamne la Compagnie pour avoir négligé de prendre les mesures utiles à la prévention des fusions.

 

« Ce qui alimente la défiance »

 

La ville de Yonezawa, située à 60 miles au nord-ouest de la centrale de Fukushima Daiichi, accueillit jusqu’à près de 3 900 évacués du département de Fukushima. Il n’y demeure aujourd’hui qu’à peine 500 d’entre eux, selon les registres officiels. D’aucuns sont retournés chez eux suite à des difficultés d’ordre pécuniaire, d’autres parce qu’ils pensent qu’on ne court plus aucun risque, mais beaucoup d’entre eux ont renoncé au retour. Dans une enquête conduite en avril dernier par la préfecture de Fukushima, 80% des évacués volontaires qui vivent dans d’autres départements du Japon ont indiqué qu’ils n’avaient pas l’intention de retourner chez eux.

 

Le gouvernement a fait une grosse campagne pour dissiper les dernières réticences. Mais de l’avis de Shaun Bernie, un senior spécialisé en nucléaire chez Greenpeace, les autorités ont minimisé le potentiel risque sanitaire en raison de la pression qui s’exerçait sur elles, pour présenter la situation sous un jour favorable. A la veille en effet des Olympiades 2020, le Premier Ministre Shinzo Abe tient à tenir sa promesse que la restauration de Fukushima est « sous contrôle ». (2)

 

« Il n’est pas politiquement recevable pour le gouvernement d’avoir des zones qui demeurent inhabitables, commente Monsieur Burnie. Cela crée l’impression qu’une catastrophe nucléaire est susceptible de détruire des communautés entières pour longtemps”.(3)

Etant donné l’empressement du gouvernement à revitaliser Fukushima, il prend le risque d’amplifier encore la défiance de ses concitoyens, et de fragiliser le respect de l’autorité qui est, comme on sait, une particularité profondément ancrée dans la société japonaise. Une enquête de Pew a montré en 2017 que si 57% des Japonais ont toute confiance dans leur gouvernement pour travailler au mieux des intérêts de la nation, 6% tout au plus d’entre eux prêtent attention aux propositions des chefs de file des partis politiques.

 

[…]

 

Pour l’heure, le gouvernement semble déterminé à supprimer bientôt les aides au logement pour les évacués. Il prévoit de les retirer à 5 000 foyers d’ici mars 2019. Des groupes de défense sont en train de faire pression pour qu’il fasse marche arrière. Dans une motion écrite qu’ils ont portée devant le Conseil des Droits de l’Homme auprès des Nations Unies le 2 février, Greenpeace et Human Rights Now – une organisation tokyoïte non gouvernementale – ont appelé le gouvernement à « procurer à tous les évacués de Fukushima les aides au logement qui leur sont nécessaires, y compris à ceux qui ont évacué depuis d’autres zones que celles désignées par le gouvernement, aussi longtemps que de besoin, afin de leur permettre de choisir en toute liberté l’endroit où ils souhaitent résider, sans devoir céder à la pression et retourner vivre malgré eux dans des zones qui mettent en danger leur santé ou leur vie ».

 

Si le gouvernement du Japon en venait à suivre cette recommandation, l’affaire portée devant les tribunaux à Yonezawa resterait sans suite. Takeda dit que ce serait une belle fin mais pour l’heure et sans attendre de savoir si le gouvernement révisera son plan, il s’affaire à préparer sa prochaine audience à la cour le 20 mars prochain.

 

« Je n’ai plus beaucoup de temps devant moi » dit Takeda. « Je ne peux pas retourner chez moi ».

 

 

 

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Notes de la traductrice

 

(1) - Eux se disent “auto-évacués” car ils ont évacué par mesure de précaution , alors que leur lieu de résidence était hors des zones désignées par les autorités comme “d’évacuation forcée”.

 

(2) A Buenos Aires en septembre 2013, Shinzo Abe a porté, devant le CIO, la candidature du Japon pour l’organisation des Jeux Olympiques à l’été 2020, en prononçant : “je vous fais le serment que la situation est sous contrôle. Il n’y a pas eu d’effet [de la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi] à Tokyo et il n’y en aura pas”.

Or, rien n’était alors “sous contrôle” à la centrale et le Premier Ministre lui-même reconnaîtra plus tard qu’il avait menti pour obtenir les Jeux...Aujourd’hui, 7 ans après le 11 mars 2011, rien n’est davantage “sous contrôle”.

 

(3) Force est de constater que ce n’est pas qu’“une impression” mais la stricte réalité.

 

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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 18:24

Une nouvelle investigation a été réalisée dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 de Fukuishima Daiichi, selon un rapport rendu public par Tepco le 19 janvier 2018. Toutefois, Tepco n’indique pas la date de l’opération. Les images et les mesures ont été prises à l'aide d'une sonde de 13 mètres munie d'une caméra et d'un dosimètre. Tepco ne diffusera les mesures de radioactivité qu’ultérieurement.

Photo : un élément d'assemblage a été trouvé

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Mise à jour importante du 25/01/2018 :

Tepco a mis en ligne après coup une vidéo de 3 min 34 de l'investigation.

Cette vidéo est plus instructive que les dernières photos diffusées. J'en ai tiré des captures d'écran où l'on voit très bien le corium qui a coulé comme de la lave sur les structures, laissant des stalactites en se solidifiant. Voir cet article spécifique :

http://www.fukushima-blog.com/2018/01/le-corium-du-reacteur-2-de-fukushima-daiichi-est-bien-visible.html

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Selon ce document, Tepco donne deux informations principales :

- Le fond entier de la base du socle du réacteur est recouvert de dépôts de types sableux et argileux.

- Certains composants d’assemblage de combustible sont tombés à la base du socle du réacteur, ils sont considérés comme des débris de combustible.

 

Comme à son habitude, Tepco n’utilise pas le mot « corium ». Il ne parle pas plus de l’environnement radioactif du lieu qui est létal (une mesure de l’année dernière à cet endroit était de 530 Sieverts) mais promet d’y revenir bientôt. Je mettrai cette page à jour quand l’information tombera.

 

Le dépôt de types sableux et argileux est ce qui se trouve au fond de l’enceinte et qui avait déjà été repéré l’année dernière autour du socle. Cette vase empêche d’avoir une vision claire du fond de l’enceinte car au moindre mouvement de la caméra, l’eau est troublée.

 

Pour la première fois, Tepco divulgue un schéma montrant l’intérieur du socle du réacteur (« pedestal » en anglais). On y voit :

- une plateforme supérieure, que l’on connaissait déjà, qui permet d’accéder aux barres de contrôle situées juste sous la cuve du réacteur. Celle-ci, selon le rapport de février 2017, est percée d’un trou de 1 mètre de diamètre. C’est la masse du corium venant de la cuve lors du meltdown qui a fait ce trou.

- une plateforme intermédiaire dont Tepco affirme qu’elle n’a pas été percée à la verticale du trou supérieur (mais le schéma ne la montre pas en entier)

- une plateforme inférieure annulaire bordant le mur du socle, dont Tepco affirme également qu’elle ne comporte pas de trou sous la zone prospectée. Mais, même remarque, le schéma n’en montre que la moitié.

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Le morceau d’assemblage qui émerge très nettement d'un tas de divers matériaux est une plaque de fixation supérieure d’assemblage (« upper tie plate »). Celle-ci est surmontée d’une barre (« bail handle »), sorte de poignée permettant de déplacer l’assemblage à l’aide d’un bras articulé. Cette photo permet de déduire qu’au moins un assemblage entier a traversé la cuve, ce qui implique que la cuve a un trou d'au moins la largeur d'un assemblage (environ 50 cm). La sonde a certainement pris des photos de ce trou mais Tepco ne les diffusent pas.

 

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Type d’élément d’assemblage que l’on a retrouvé sur la plateforme inférieure du socle du réacteur n°2.

Type d’élément d’assemblage que l’on a retrouvé sur la plateforme inférieure du socle du réacteur n°2.

Cet élément est la partie haute que l’on voit par exemple dans ces assemblages de la piscine du réacteur n°4.

Cet élément est la partie haute que l’on voit par exemple dans ces assemblages de la piscine du réacteur n°4.

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La sonde de Toshiba, lors de sa présentation à Yokohama, le 22 décembre 2017. Le bras télescopique porte une caméra panoramique.

(source phys.org)

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
(source : https://www.toshiba-energy.com/)
(source : https://www.toshiba-energy.com/)
(source : https://www.toshiba-energy.com/)

(source : https://www.toshiba-energy.com/)

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Voici les photos de l'intérieur de l’enceinte de confinement du BR2 diffusées par Tepco le 19 janvier 2018 :

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Voici quelques pages extraites du rapport à la même date, ce qui permet de localiser les vues :

Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation
Réacteur 2 de Fukushima Daiichi : nouvelle investigation

Rapport complet de Tepco du 19 janvier 2018

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A propos du combustible nucléaire des réacteurs à eau

Un document du CEA publié le 8/12/2012, en particulier le chapitre « Combustible des réacteurs à eau bouillante » p. 87-89

 

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Mise à jour du 5/02/2018

Tepco a dévoilé ses mesures de radioactivité lors de cette inspection :

Dans l'enceinte de confinement : 8 Sieverts/h au maximum, létal en une heure, mesuré près du corium.
A l'extérieur (on suppose autour de la base supportant la cuve), au niveau des fondations : 42 Sieverts/h

"TEPCO a déclaré avoir un doute sur la mesure car on n'avait pas ôté un couvercle sur l'instrument de mesure, en ajoutant ignorer pourquoi les niveaux de radiation étaient plus faibles près du corium que près des fondations".

Ce qui est étrange également, c'est que Tepco mesurait 530 Sv/h il y a un an au même endroit... Les mesures ne semblent pas pouvoir être fiable dans ce milieu extrêmement radioactif.

 

En savoir plus : copie de l'article de NHK World du 1er février 2018

High radiation detected at Fukushima plant

High radiation detected at Fukushima plant
Japan
The operator of the crippled Fukushima Daiichi nuclear power plant has released the results of its latest probe of the site.

A remote-controlled inspection of the Unit 2 reactor containment vessel last month detected a maximum of 8 sieverts per hour of radiation.

Experts say exposure to such radiation for about an hour would be fatal.

Officials from Tokyo Electric Power Company, or TEPCO, released the results on Thursday.

They said the radiation reading was taken near what appeared to be fuel debris, the term used to describe a mixture of molten fuel and broken interior parts.

The finding shows that nearly 7 years after the meltdowns, radiation levels remain so high that they present a major challenge to decommissioning work.

During the probe, 42 sieverts per hour of radiation was also detected outside the foundations of the reactor.

But officials said they have doubts about the accuracy of the reading because a cover had not been removed from the measuring instrument at the time.

They added that they don't know why radiation levels were lower near the suspected fuel debris than around the foundations.

They gave a number of possible reasons, such as that cooling water may have washed radioactive materials off the debris.

TEPCO's Chief Decommissioning Officer, Naohiro Masuda, says the company will develop debris-removal technology based on the outcome of the investigation.

 

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Article mis à jour le 05/02/2018

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 00:26

Par Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

Publication originale sur le site Géoconflence le 18/10/2017

 

L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima 1 le 11 mars 2011 a provoqué une grave contamination radioactive contraignant des dizaines de milliers de personnes à la fuite de leur domicile. Parce qu’il prouve l’impossibilité de la gestion d’un accident nucléaire, le refuge n’est souhaité ni par les autorités nationales ayant opté pour une poursuite du nucléaire, ni par les autorités internationales. Si dans un premier temps, les autorités ont simulé l’aide au refuge, cette aide a été interrompue en avril 2017 simultanément à la réouverture à l’habitat d’une partie de l’ancienne zone d’évacuation afin de contraindre les migrants au retour à la vie dans les territoires contaminés.

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Sommaire :

 

- Un matin comme un autre

- Les effets de la résilience

- Ce nouveau séisme ravive les colères

- En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place

- Dans les faits, où en est-on ?

- Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

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Nous n’en finissons plus de compter les années de ce que l’on a trop vite appelé l’ « après » Fukushima, alors même que la situation n’a jamais cessé de se détériorer. Passer à l’après, nous le souhaitons tous, mais il semble que cette heure ne soit pas encore venue. Les problèmes insolubles sont encore bien trop nombreux sur le site de la centrale pour que l’on puisse évoquer un « après » qui suggère une situation résolue permettant un nouveau départ. Si les informations sur le sujet se font rares, ou tentent à répondre à une volonté auto-apaisante sous l’approbation financée des autorités internationales en charge de la question en propageant la formule magique du « tout va bien », dans les faits, il n’en n’est rien. Loin d’être « under control », la gestion de cette catastrophe qui s’est traduite par la destruction paysagère de 40 % du département, suit son cours, faisant preuve chaque jour de l’incapacité humaine à contenir le désastre nucléaire. Après tant d’années, les corium [1] des réacteurs 1, 2, et 3 n’ont toujours pas pu être repérés. La seule information dont nous disposons est qu’ils ne se trouvent plus dans les cuves : plus de 800 tonnes de matériaux hautement radioactifs se seraient échappées de leur habitacle pour pénétrer les nappes phréatiques. On ne peut même les localiser avec précision en raison d’un taux de radioactivité trop élevé empêchant l’être humain comme le robot de s’approcher du site. Les coriums doivent être refroidis en permanence, durant toutes ces années, par plus de 300 tonnes d’eau [2] qui viennent quotidiennement se salir au contact de la matière radioactive. Cette eau hautement contaminée est à son tour stockée dans des citernes autour des réacteurs : près d’un million de mètres cubes sont aujourd’hui entreposés. Régulièrement, les autorités japonaises annoncent avoir dû vider une partie des eaux dans la mer face à l’incapacité de stocker la totalité du liquide. Aucune solution n’a pour le moment été trouvée à ce tonneau des Danaïdes, soumis à la gestion humaine et ses erreurs. Ainsi, en décembre 2016 l’injection d’eau de refroidissement dans le réacteur 3 a été suspendue par mégarde…

Figure 1. Carte de la répartition de la contamination en Bq/m² (Source : ministère de l’Éducation et de la recherche japonais, septembre 2011. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 1. Carte de la répartition de la contamination en Bq/m² (Source : ministère de l’Éducation et de la recherche japonais, septembre 2011. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Ce n’est donc pas sans surprise que nous observons l’ardeur des organisations internationales, ainsi que du gouvernement japonais à vouloir à tout prix faire rentrer dans leur campagne en déshérence les populations qui se sont réfugiées à la suite de l’accident nucléaire du 11 mars 2011, engendrant des vagues de migrations importantes vers le sud du pays, et plus généralement vers les zones urbanisées. Plus de six années après l’explosion de la centrale, présents plus que jamais sur ce territoire rural, les membres des institutions engagées dans le monde nucléaire[3], se lancent dans « l’humanitaire » à la défense des paysans en péril, nous vantant les bienfaits de la résilience (Asanuma-Brice, 2015), les nuisances du refuge, les méfaits sanitaires du stress face au désastre, tout en affichant une attitude agnostique face aux résultats épidémiologiques qui voient pourtant croître à plus de 184 le nombre d’enfants de moins de 18 ans ayant dû être opérés d’un cancer de la thyroïde sur un échantillon limité de 270 500 personnes[4]. Ce point, devenu tabou dans les cercles politiques et scientifiques institutionnels, est pourtant fondamental, car c’est de son évaluation que sont déterminées les politiques de protection à mettre en œuvre, ou non, en cas d’accident. Si l’explosion d’une centrale nucléaire et la dispersion des isotopes qu’elle contient n’est pas dangereuse pour la santé humaine et pour la vie dans son ensemble, alors pourquoi partir en cas d’explosion, pourquoi évacuer les populations dont on broie la vie communautaire, mais aussi à quoi bon dépenser tant d’argent à décontaminer, pourquoi avoir créer des centres de recherches spécifiques sur la radio-protection puisqu’il serait inutile de s’en protéger, et finalement pourquoi se servir de ces mêmes isotopes inoffensifs pour réaliser l’arme de destruction ultime que l’on brandit à la face du monde à chaque tension diplomatique ? Bref, nous devons rétablir de la cohérence dans nos discours et nos analyses. Si les habitants de Fukushima se sont réfugiés, ou ont été évacués (même si l’évacuation organisée par l’administration a été bien tardive) c’est qu’il y a un danger, réel, dont nous avons tous connaissance : scientifiques, militaires et citoyens, bien que cette dernière catégorie comprenne les deux précédentes.

Notre position résolument critique en tant qu’urbaniste est de proposer dans ce texte un bilan de la situation migratoire et des mesures élaborées pour la maîtrise des mouvements de population, notamment via les politiques de logements, mais également via les tentatives de relance de l’économie locale à Fukushima six années après la catastrophe. Nos analyses présentent les résultats de travaux menés sur les effets psychologiques des politiques contraignant les habitants au retour sur les territoires de l’ancienne zone d’évacuation alors que la situation est toujours instable, et nous nous interrogeons sur les motivations à l’origine de la volonté politique du retour à l’habitat dans les zones encore contaminées.

 

Voici six années que nous nous rendons chaque mois sur les lieux de la catastrophe afin de suivre au plus près les politiques de protection ou de gestion mises en œuvre par les divers organismes administratifs, mais également par les populations elles-mêmes. Ce suivi s’est traduit par des enquêtes régulières, sous forme d’interviews, dans les diverses cités de logements provisoires, auprès des associations en charge de l’accompagnement au refuge ou du suivi sanitaire, auprès des habitants, réfugiés ou non, comme des administrateurs nationaux et internationaux. Cela nous a également amené à participer à divers ateliers et symposia organisés par ces différents acteurs. Ceux-ci ont pris part aux conférences internationales que nous avons dirigées chaque année, embrassant les thèmes les plus divers relatifs à cette catastrophe.

 

Dans un premier temps, il nous faut néanmoins resituer ces analyses dans le contexte qui est le leur, soit un terrain, celui du Japon, dont l’environnement sismique reste agité et ne cessera de l’être en raison de la localisation du pays, archipel volcanique situé à la jonction entre la plaque eurasienne, la sous-plaque dite de « l’Amour » à l’ouest, celle d’Okinawa et celle du Yangze (nord/sud), la plaque Philippine au sud, la plaque Pacifique à l’est, et la plaque d’Okhotsk au nord. Une telle localisation nous amène à penser que la témérité humaine ne saurait avoir raison des séismes, qui se jouent de l’arrogance politique. 

 

 

Un matin comme un autre

 

22 novembre 2016, 6 h du matin, département de Kanagawa au sud de Tôkyô. Les murs tremblent et le plancher tangue, lentement, durant d’interminables secondes. Le commentateur chargé d’informer sur la situation dans l’unique programme qui remplacera tous les autres quelques heures durant, répète en boucle : « un tsunami arrive, fuyez vite ! Surtout fuyez ! Rappelez-vous le séisme de mars 2011 ! N’allez pas voir l’état des marées, fuyez tout de suite vers les montagnes, collines ou autre endroit suffisamment haut pour vous mettre à l’abri, fuyez ! ».

 

Gorges serrées, pendus aux téléviseurs qui diffusent en boucle des images de bords de mer sur lesquelles sont affichées en lettres capitales rouges « Tsunami ! Fuyez tout de suite! », nous prenons connaissance de la situation : un tremblement de terre de magnitude 7,3 a eu lieu à 75 km des côtes de Fukushima, enregistrant des secousses de niveau 5. Les mouvements verticaux des plaques tectoniques entrainent un risque de tsunami imminent. À 8 heures, des tsunamis de diverses hauteurs ont déjà atteint les côtes du Tohoku à Chiba, allant jusqu’à 1,4 m mesuré dans le port de Sendai, et 1 m dans chacune des deux centrales nucléaires de Fukushima. Car c’est bien là que tous les regards se fixent. Non sans raison. Environ une heure après le séisme, le système de refroidissement du bâtiment 3 de la centrale Fukushima dai 2 tombe en panne suite aux fortes secousses, selon les déclarations des autorités. Les soufflent se coupent...

 

Une heure et demie plus tard, le système est réenclenché au grand soulagement de tous.

 

 

Les effets de la résilience

 

[5] Si, durant toute la matinée du 22 novembre, les speakers et les affichages télévisuels ne cessent d’ordonner aux habitants de se réfugier, les journalistes postés sur les endroits prévus à cet effet ne sont, à notre grand étonnement, entourés que de quelques personnes. « Tous les traumatismes sont remontés avec ce tremblement de terre. La plupart des gens n’ont pas pu bouger de chez eux, comme tétanisés, envahis par le désespoir de toutes ces années où la mise en pratique du refuge est restée impossible pour la plupart d’entre nous. Les personnes âgées dans les logements provisoires ont éteint leur poste de télévision et fait comme si de rien n’était. » (Mari Suzuki, habitante d’Iwaki, département de Fukushima). La résilience prônée par les autorités nationales et internationales qui ont participé à la gestion des conséquences de l’accident nucléaire de 2011, s’est imposée, en dépit de la volonté des victimes. La population des zones polluées par la radioactivité dont les terres n’ont pas été retenues dans la zone d’évacuation, sont pour la plupart d’entre elles dans un état de dépression avancée, après cinq années de combat pour une reconnaissance de leur droit au refuge restées sans réponse. En outre, le gouvernement a annoncé la réouverture à l’habitat d’une partie de la zone d’évacuation pourtant encore instable autour de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi à partir de mars 2017, engendrant, de fait, l’arrêt du versement des dédommagements mensuels utilisés par certains pour se reloger ailleurs et la fermeture des logements provisoires. Cette contrainte au retour est moralement insupportable pour les personnes qui ont reconstruit leur vie dans des communes d’accueil à l’environnement plus stable. 

 

 

Ce nouveau séisme ravive les colères

 

Hiroki Suzuki, journaliste d’une quarantaine d’années, s’est rendu aux portes de la zone d’évacuation quelques heures après le séisme. Il brandit son dosimètre qui affiche 7,09 microsievert/heure [6], alors que la moyenne naturelle dans la région était de 0,04 microsievert/heure avant l’accident. « Regardez, on nous ment. Encore, toujours... » s’exclame-t-il sans pouvoir dissimuler une rage teintée de désespoir. C’est pourtant en franchissant cette frontière de la zone d’évacuation que deux jours plutôt, le professeur Hayano de l’université de Tôkyô organisait un voyage d’inspection des travaux de la centrale et de la zone d’évacuation accompagné de treize lycéens et lycéennes, revêtus de leur simple uniforme scolaire, sans aucune protection particulière. Le séisme est survenu alors que ce voyage d'étude venait de générer une vague de mécontentements des habitants sur les réseaux sociaux. Participant à plusieurs projets publics de revitalisation de la région, dont le projet ETHOS mené avec la collaboration de l’IRSN, projet aujourd’hui à terme qui visait à enseigner aux habitants à vivre dans un environnement contaminé en vue d’une rationalisation économique de la gestion des conséquences d’un accident nucléaire, adepte de la résilience, le professeur Hayano, faisant fi des centaines de recherches épidémiologiques sur la question, estime que la peur de la radioactivité n’est pas justifiée. Ce voyage initiatique avait donc pour but de montrer aux élèves qu’ils n’étaient pas foudroyés par la radioactivité alors même qu’ils se rendraient dans les zones où l’irradiation était la plus élevée, et que la peur devait laisser place à la raison gestionnaire. Cette attitude, jugée irresponsable par de nombreux collègues du physicien, occulte les connaissances les plus fondamentales en matière de radio-protection selon lesquelles la radioactivité agit sur le corps humain, non pas de façon soudaine, mais selon un processus qui s’étend sur plusieurs années.

 

Cet épisode aura marqué les esprits, car ni la situation sismique, ni le niveau de radioactivité ambiant, ni l’état de fonctionnement des centrales nucléaires (le tremblement de terre du 22 novembre l’a encore prouvé via une nouvelle panne du système de refroidissement) ne devraient permettre une telle quiétude politique. Par effet de corrélation, depuis le tremblement de terre de Nouvelle Zélande de magnitude 7,8 du 13 novembre 2016, on s’attendait à un nouveau séisme au Japon. Non par la loi des séries, mais selon l’enchaînement tectonique  observé en 2011, lorsque le tremblement de terre japonais avait été précédé de celui de Christchurch en Nouvelle-Zélande, de magnitude 6,3. Ce phénomène fut vérifié lors du tremblement de terre de Kumamoto au Sud du Japon, sur l’île de Kyûshû, le20 avril 2016, lui aussi annoncé par un séisme à Christchurch le 14 février, de magnitude 5,8. Cette combinaison de secousses est le résultat des pressions opérées par la plaque du Pacifique commune aux deux archipels.

 

Ainsi, si l’alerte au tsunami a été suspendue sur la totalité de la zone quelques heures après le séisme, la densité des répliques laisse planer une inquiétude pesante. En un peu plus d’une journée non moins de 90 répliques ont été enregistrées. Le séisme du 22 novembre 2016, suivi par une forte réplique le 24 novembre de magnitude 6,1 a été accompagné d’un nouveau séisme en Nouvelle-Zélande de magnitude 6,3 ce qui, selon le responsable de la planification de l’information sur les séismes, M. Kouji Nakamura, laisserait présager un nouveau séisme de classe 7 au Japon dans les mois suivants.

 

 

En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place

 

Les prédictions de M. Nakamura ne se firent pas attendre. Le 26 février 2017, à 16 h 49, un nouveau séisme de force 5 fait vibrer le sol de Fukushima sans que cela ne perturbe la décision de retour programmée dès 2013, date à laquelle le gouvernement japonais établit un budget considérable, ventilé dans la totalité des ministères et destiné à développer la communication autour du risque afin d’influencer les populations au retour. En avril 2017, le gouvernement japonais rouvre à l’habitat une partie de la zone d’évacuation autour de la centrale nucléaire Daiichi, entrainant simultanément la levée des aides au logement de la population réfugiée. D’autres mesures incitatives comme l’exonération d’impôts pour ceux qui prévoient de construire des habitations neuves dans la zone sont également instaurées [7]. Suivant imperturbablement la planification élaborée plusieurs années en amont, qui par essence est déconnectée de la situation présente, et à l’étonnement des institutions internationales chargées de la gestion de la question nucléaire, pourtant engagées dans la mise en place d’un système de gestion permettant l’existence du nucléaire, le gouvernement japonais contraint la population au retour à vivre sur des zones encore parfois hautement contaminées, par l’abolition progressive de la zone d’évacuation (figure 2).

 

Figure 2. Zones interdites et zone de retour dans le département de Fukushima (Source des cartes : METI. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 2. Zones interdites et zone de retour dans le département de Fukushima (Source des cartes : METI. Traduction et adaptation : Cécile Asanuma-Brice, Géoconfluences, 2017.)

Figure 3. Réouverture du village d’Iitate. Les autorités accueillent les habitants sous un compteur affichant 0, 21 microsievert/h, avec l'interjection utilisée lorsqu’un membre de la famille rentre chez soi : « Bon retour ! » (Source de l'Image : Kyodo News)

Figure 3. Réouverture du village d’Iitate. Les autorités accueillent les habitants sous un compteur affichant 0, 21 microsievert/h, avec l'interjection utilisée lorsqu’un membre de la famille rentre chez soi : « Bon retour ! » (Source de l'Image : Kyodo News)

Dans les faits, les investissements publics pour la reconstruction ont été souvent pharaoniques pour l’édification de bâtiments surdimensionnés destinés à une population absente. Ainsi, la seule commune d’Iitate recevra un budget de 1,7 milliard d’euros pour la reconstruction des divers équipements publics. Entre 10 et 20 % seulement de la population est rentrée dans la plupart des communes, malgré les contraintes auxquelles elle doit faire face.

 

Un habitant du village d’Iitate déclarait le 19 février 2017, lors d’une conférence organisée à Fukushima par des chercheurs et les anciens habitants du village : « On nous dit qu’il n’y a pas de problème. Qu’il suffit de ne pas aller sur les “hot spots”. On ne peut ni aller en montagne, ni s'approcher des rivières, ne pas aller à droite ni à gauche... Comment voulez-vous qu’on vive ici ?!”. Un ancien membre du conseil communal, témoigne : Nous avons déménagé il y a six ans maintenant. Pourquoi devrions-nous rentrer dans un village désert où l’environnement ne nous permet pas de vivre librement et en sécurité ? » [8].

 

 

Dans les faits, où en est-on ?

 

La plupart des personnes ne s’étant pas enregistrées dans la base de données comptabilisant les réfugiés, il est difficile d’établir une cartographie exacte de la situation. Néanmoins, la carte au moment des faits permet d’établir des tendances (Asanuma-Brice, 2014). Elle faisait état de 160 000 personnes réfugiées au moment où leur nombre était le plus élevé, en mai 2012. Les habitants s’étaient principalement réfugiés dans la campagne des départements environnants (Yamagata, Niigata), ainsi que dans la capitale, Tôkyô [9].

 

 

Figure 5. Nombre de réfugiés dans le département de Fukushima et en dehors (Source : d'après les données officielles, relayées par le journal Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Figure 5. Nombre de réfugiés dans le département de Fukushima et en dehors (Source : d'après les données officielles, relayées par le journal Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Six ans après, les autorités estiment ce chiffre à 80 000 personnes réfugiées dont 40 000 hors du département, et 40 000 personnes déplacées à l’intérieur du département. La répartition a néanmoins quelque peu évolué car la majorité des personnes réfugiées hors du département serait désormais exclusivement localisée à Tôkyô et ces personnes seraient, pour 80 % d’entre elles, relogées dans des appartements en locatif du secteur public ou privé [10]. Ce chiffre ne comprend pas toutes les personnes pour lesquelles le statut de réfugié s’est modifié en celui de migrant, soit tous ceux, qui après six années passées hors de leur village, ont reconstruit leur vie ailleurs pour faire enregistrer administrativement leur déménagement dans une autre commune.

 

Cela nous amène à nous interroger sur la pertinence du terme de « refuge », car la plupart des personnes évacuées « volontairement » ou non, ont reconstruit leur vie, à défaut de pouvoir reconstruire leur environnement, ailleurs. Six années. Cela correspond à un cycle scolaire complet, et c’est la raison pour laquelle la plupart des familles avec enfants n’envisage plus de retourner vivre dans la zone. Ils ont… déménagé. La situation est plus lourde pour les personnes âgées.

Une partie d’entre elles ont été relogées dans les 15 561 logements provisoires construits à l’intérieur du département. Ainsi les plus de 65 ans représentaient plus de 40 % des personnes relogées dans ces cités dites « temporaires ». Pour la plupart, ces personnes ont dû accepter de déménager dans des logements publics collectifs construits à cet effet et ne sont, de fait, plus comprises dans les chiffres désignant les personnes réfugiées. Alors qu’en juillet 2012, 33 016 habitants vivaient dans ces logements provisoires, ce chiffre chute à 12 381 en février 2017, pour atteindre les taux les plus bas après avril 2017. Au 31 janvier 2017, 3 028 logements locatifs publics des 4 890 prévus initialement ont été construits dans 15 communes du département (figure 6.) 

Figure 6. Carte des logements construits pour les réfugiés dans le département de Fukushima (Source des données : Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Figure 6. Carte des logements construits pour les réfugiés dans le département de Fukushima (Source des données : Fukushima Minpo, 3 mars 2017. Traduction-adaptation : Cécile Asanuma-Brice et Géoconfluences, 2017.)

Une autre partie de personnes âgées vit, depuis les faits, dans le parc locatif privé. La location d’un appartement en ville était souvent vue comme provisoire, en attendant les résultats de la gigantesque politique de décontamination publique. On a laissé ces personnes dans l’espoir durant six années, et alors que le gouvernement arrête de leur fournir les aides au logement prétendant un retour possible, quelques voyages de reconnaissance sur les lieux suffisent à éveiller leur conscience. Les paysages ont été détruits par la décontamination, les sols raclés, les arbres arrachés, des sacs de terre contaminée s’étendent à perte de vue dans les champs. La maison s’est détériorée. Les entreprises de réhabilitation de l’habitat ne sont plus là, ni aucun voisin d’ailleurs. Leurs enfants, petits-enfants, ont recommencé une nouvelle vie ailleurs et ne souhaitent pas rentrer dans un environnement qui enregistre toujours des taux élevés de contamination. Il leur est néanmoins impossible d’entretenir ces grands bâtiments de ferme seuls ; vides, lourdes, sont ces pierres, comme leurs esprits noyés dans un ultime espoir à jamais inassouvi. Ceux qui tentent le retour tombent dans une spirale dépressive qui les conduit au suicide pour une majorité d’entre eux. Un documentaire réalisé par la NHK le 9 janvier 2017 tente de tirer la sonnette d’alarme, en vain. Intitulé « Et pourtant, j’ai essayé de vivre »[11], il témoigne de la fin de vie de ces personnes, pour la plupart âgées, victimes d’un isolement qui leur sera souvent fatal. Le professeur Tsuchiuji[12], de l’université de Waseda, psychologue et directeur du laboratoire sur les situations traumatiques engendrées par les désastres avait publié les résultats d’une étude prouvant que la contrainte au retour sur ces territoires encore instables engendrerait une vague de suicides conséquente, restée sans conséquence sur la machine décisionnelle planificatrice qui avait été mise en place quatre années auparavant. Ces sacrifices humains sont acceptés par tous dans le silence d’un monde qui continue à se nucléariser.

 

 

Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

 

Cela nous renvoie à une réflexion plus vaste développée par Max Weber, il y a un siècle, qui lui-même utilisait les écrits de Léon Tolstoï au sujet du sens de la mort dans nos sociétés civilisées. Selon lui, la mort, pour l’homme civilisé (Kulturmensch) ne peut avoir de sens en ce que la vie de chaque individu est constitutive d’un processus infini dont il est en quête : le progrès. Personne ne pourra donc jamais atteindre un but, une apogée, puisque le progrès est un processus infini. En cela le laps de temps fini de la vie ne constitue qu’une partie de son élan. Weber enchaîne cette réflexion avec une autre qu’il me semble fondamentale de remettre dans l’agora des sciences (humaines ou non) : « Le « progrès », comme tel, a-t-il un sens discernable dépassant la technique, de telle sorte que se mettre à son service constituerait une vocation ayant un sens ? » (Weber, 1969). Cette question formulée il y a un siècle est restée en l’état, sans réponse, nos sociétés continuant à multiplier les sacrifices humains sur l’autel de l’innovation pour un but dont l’existence n’est pas à échelle humaine.

 

Cécile ASANUMA-BRICE
chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

 


[1] Corium : Terme technique pour désigner le cœur des réacteurs nucléaires.
[2] Données Tepco, 27 janvier 2017.
[3] L’AIEA : Agence nationale de l’Energie Atomique, le CEPN : Centre d'étude sur l'Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, ou encore l’IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.
[4] Selon les résultats de la commission sanitaire rendus officiels le 20 février 2017.
[5] Sur la résilience, se référer à notre article : C. Asanuma-Brice (23 novembre 2015) « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême », Revue Raison Publique.
[6] Le microsievert/heure est l’unité généralement utilisée afin de mesurer l’impact des rayonnements radioactifs sur l’homme.
[7] Journal Minpo, 18 janvier 2017
[8] Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017
[9] Concernant les politiques de logements mises en place après la catastrophe cf notre article : C. Asanuma-Brice (2011), « Logement social nippon, quand la notion de « public » retrouve raison », Revue Urbanisme, Nov. 2011.

[10] Enquête du 13 mars 2017, Préfecture de Fukushima
[11]
NHK, 2017
[12] Takuya Tsujiuchi Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction, « Mentak health Impact of the Fukushima Nuclear Disaster: Post-Traumatic stress and Psycho – socio – economic Factors », Fukushima Global communication Programme, working paper series, number 8, December 2015.

 

 

 

Bibliographie

Articles et publications scientifiques

 

 

Presse et publications grand-public de l'auteure

 

Source :

Cécile Asanuma-Brice, « Les migrants du nucléaire », Géoconfluences, octobre 2017.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/japon/un-autre-regard/migrants-du-nucleaire

 

Conférence en ligne :

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    30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:41

    Source : PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA) 2017 114: 11092-11096.

    Titre original de l’étude : Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan

    Auteurs : Virginie Sanial, Ken O. Buesseler, Matthew A. Charette et Seiya Nagao

    Lien source : http://www.pnas.org/content/114/42/11092.full#sec-1

    Traduction partielle et commentaires : Evelyne Genoulaz

     

    Points forts

     

                « Cinq ans après l’accident à la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi, des niveaux d’activité en radio-césium (Cs 137) les plus hauts jamais relevés ont été observés au loin du site de la centrale nucléaire, dans des nappes d’eau saumâtre situées au-dessous de plages sablonneuses.

                Notre hypothèse est que le radio-césium s’est déposé sur les surfaces minérales en front de mer, dans les jours puis les semaines après l’accident, par un échange d’eau de mer dû aux vagues et aux marées. Après le décroissement de la concentration en radio-césium dans l’eau de mer, ce dernier est retourné dans l’océan par le biais des rejets d’eau souterraine sous-marine, à un taux équivalent aux rejets directs de la centrale nucléaire et à celui du ruissellement des eaux.

                Il conviendrait de prendre en compte ce vecteur nouveau et inattendu, concernant le rejet de radionucléides dans l’océan, quand il s’agit d’aménager les zones côtières où sont situées des centrales nucléaires. »

     

     

    Résumé

               

                « On dénombre 440 réacteurs opérationnels dans le monde, dont la moitié environ sont situés au bord d’une côte. C’est le cas de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP), qui a subi une multiple fusion de ses réacteurs en mars 2011, à l’origine d’un rejet de radioactivité dans le milieu marin.

                Tandis que les phénomènes de dépôt à la surface de l’océan par voie atmosphérique ou par le biais des rivières sont habituellement bien connus après un accident nucléaire, aucune étude ne s’est jamais focalisée sur des voies souterraines.

     

                Tout le temps qu’a duré notre étude [2013 - 2016], nous avons observé des niveaux en Césium 137 les plus élevés qui soient – jusqu’à 23 000 Bq/m3 à l’extérieur du site de la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi – non pas dans l’océan, ni dans les rivières, ni non plus dans les nappes phréatiques d’eau potable, mais dans les eaux souterraines au-dessous de plages de sable, à plusieurs dizaines de kilomètres de la centrale.

                Dans ce cas précis, nous pouvons attester à l’évidence d’une source en Cs 137 issu de Fukushima, insoupçonnée jusqu’alors, et qui se déverse en continu le long de la côte océanique.

                Nous postulons que ces sables de plages ont été contaminés en 2011 par du Cs hautement radioactif contenu dans de l’eau de mer, au gré des échanges provoqués par le phénomène des vagues et des marées.

                Nous avons mesuré la quantité de la désorption en Cs qui s’en est suivie, de même que l’écoulement fluide provenant des sables de plage, en utilisant comme marqueur les occurrences naturelles d’isotopes de radium.

     

                Nous estimons que cette source de Césium dans l’océan (0,6 TBq/an) est d’une magnitude équivalente aux rejets persistants de Cs en provenance de Daiichi de 2013 à 2016, comme aux dépôts de Cs 137 de Fukushima qui ont été dissous dans les rivières.

                Bien que cette source, qui continue de se déverser, ne présente pas actuellement de risque sanitaire pour la population du japon, le rejet de Cs sous cette modalité et à une telle échelle doit être pris en compte, quand il s’agit d’installer une centrale nucléaire et, à l’avenir, dans les simulations de scénarios d’accidents. » 

     

                [En ce qui concerne l’accident nucléaire de Fukushima]

                « Plus de 80% des retombées atmosphériques se sont déposées dans l’océan, et pour la plupart dans l’environnement marin à proximité du rivage. En outre, de l’eau de refroidissement contaminée a été déversée directement dans l’océan, ce qui fait de la catastrophe de FDNPP le plus important déversement accidentel de radionucléides dans l’océan. Le Césium-137 est un produit de fission abondant à l’ère de l’énergie nucléaire et ce depuis les essais nucléaires, dont la présence dans l’environnement à partir du moment où il y est rejeté, persiste pendant des décennies en raison d’une longue demi-vie   (30,2 années). La majeure partie des rejets de Cs 137 issu de Fukushima ont eu lieu au cours du premier mois de l’accident. Les sources connues des rejets qui perdurent englobent les rivières et le flux des eaux souterraines dans les sous-sols de FDNPP, mais, à titre de comparaison, ils sont plus de mille fois inférieurs aux rejets de 2011, bien qu’ils durent depuis bientôt six ans.

                Le déversement d’eaux souterraines sous-marines a été reconnu comme un important vecteur de transport de matières, depuis les terres jusque dans l’océan, mais on n’avait jamais évalué ce process de transmission continue de radionucléides à l’environnement côtier, au-delà des abords de FDNPP.

     

                Nous exposons ici l’activité du Cs 137 mesurée dans les eaux souterraines recueillies au-dessous de plages jusqu’à une distance de 100 km de FDNPP.

                Huit plages ont été examinées de 2013 à 2015, en particulier une étude aux prélèvements plus intensifs a été conduite sur la plage de Yotsukura, à 35 km au sud de FDNPP. On a fait des prélèvements supplémentaires dans une nappe phréatique d’eau douce et d’eau de rivière à proximité de ces plages sablonneuses.

     

    Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP).  A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016.  B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

    Fig.1. Localisation des échantillonnages de Cs 137 et les différentes activités, aux environs de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP). A - Echantillonnages au voisinage de la centrale. Les données relevées dans la mer (carrés bleu ciel) proviennent de la base de données de la JAEA. L’eau sous les plages (GW), ou au niveau des zones de surf, ainsi que les échantillonnages d’eau douce ont été collectés entre 2013 et 2016. B - Niveau d’activité du Césium 137 dans les eaux saumâtres sous les plages, dans l’eau de source (des puits d’irrigation ou des rivières) ainsi que dans l’eau de mer provenant des plages des zones de surf, versus la salinité. Les barres d’erreur sont plus petites que les symboles. Les lignes indiquent la limite en Cs 137 pour l’eau de boisson au Japon (DW), l’activité médiane du Cs 137 dans l’eau de mer après l’accident à FDNPP (à l’exclusion du port de FDNPP), (SW post-2011) et l’activité du Cs 137 avant l’accident (SW Pre-2011).

    Résultats et discussion

     

                « L’activité du Cs 137 dissous (< 0,45 µm) dans l’eau souterraine des plages s’étend sur trois ordres de grandeur, avec une valeur maximale de 23 000 à plus ou moins 460 Bq/m3 (Fig. 1B et graphique S1). A titre de mise en perspective, trois des prélèvements effectués dans les eaux souterraines de la plage de Yotsukura dépassaient la limite de l’eau de boisson au Japon à 10 000 Bq/m3, quoique personne ne soit jamais exposé à ces eaux ni n’en boive, et ceci dit en précisant que le risque sanitaire pour la population n’est pas, ici, notre préoccupation première. 

                L’activité du Cs 137 est en général plus élevée dans les eaux souterraines des plages que dans l’eau de mer, des rivières ou encore des sources, tout comme dans l’eau souterraine des puits utilisés pour l’irrigation.

                L’activité du Cs 137 dans l’eau de mer a décru rapidement après l’accident, et concernant la période de notre étude, l’activité médiane dans les 100 km de la ligne de côte (le port de la centrale mis à part) est de 14 Bq/m3 (Fig. S1).

                Dans l’eau douce, l’activité du Cs 137 dissous reste _en-dessous de la limite de détection_ de 5,8 à plus ou moins 0,2 Bq/m3 (Graphique S1).

                Donc, l’activité du Cs 137 dans l’eau souterraine des plages ne peut pas s’expliquer par le mélange classique, bien connu, entre des sources d’eau douce et d’eau salée. C’est pourquoi son origine doit être recherchée dans des sables de plage enrichis en Cs 137. »

     

    Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

    Graphique S1. Les différents niveaux de rayonnement du Cs 137 dans l’eau de mer en 2013-2016, mesurés sur une distance jusqu’à 100 km de Daiichi et à l’exclusion de son port.

    Résumé de la légende figurant dans l’étude en américain :

     

    Activité médiane de 2013 à 2015 = 14 Bq/m3 / base de données de la JAEA emdb.jaea.go.jp/emdb/en/

    Remarque : Les auteurs notent que « la JAEA n’a pas publié de données pour l’année 2016, cependant selon la NRA, l’activité du Cs 137 est demeurée constante de 2013 à 2016 dans  les eaux de surface au large du rivage » ; de même, pas de données pour les eaux du port ; or « TEPCO a rapporté une activité sensiblement identique dans le port de 2013 à 2016 ». C’est dans ces conditions que les auteurs font « l’hypothèse que les activités médianes sont valides pour la période 2013-2016 ».

     

     

    Je résume l’information essentielle du graphique S2 :

    A la plage de Yotsukura Beach, à 35 km au sud de FDNPP, 4 sortes de prélèvements furent réalisés le 26/11/2016 :

    depuis la surface jusqu’à 40 cm de profondeur, l’activité du Cs 137 est relativement constante (17 à 4 Bq/kg)

    au-dessous de 40 cm, l’activité augmente suivant la profondeur (valeurs maximales 700 à 60 Bq/kg) cf. Fig. S2

    « C’est un ordre de grandeur supérieur au maximum relevé dans l’inventaire des sédiments marins au large de la centrale ; un facteur de 4 par rapport aux prélèvements dans les sols de la zone d’accès restreint, et dépassant les relevés des sols de la région de Yotsukura. Par conséquent, cet enrichissement du Cs 137 en profondeur n’a pas été causé par les retombées atmosphériques de Fukushima, car si ç’avait été le cas, le Cs 137 aurait été bloqué dans les couches supérieures du sable, comme il a été démontré pour les terres (cf. note 10).

     

    Par conséquent, nous devons envisager une autre explication à l’intense activité du Cs 137 dans le sable de plage et la nappe phréatique […]

     

                L’augmentation du rayonnement du Cs 137 dans la zone de surf à marée descendante, est la preuve évidente que du Cs 137 en provenance de la nappe phréatique se déverse en mer sous l’effet de la force d’attraction de la marée. »

     

    Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

    Fig.2. Les sources du radiocésium issu de Fukushima, le long de la côte océanique du Japon en 2013-2016.

    « Comme il est expliqué dans le texte, les deux sources de contamination de l’océan connues et toujours en cours sont la centrale Daiichi, par l’écoulement en provenance de son port (0,6 TBq/an) et les eaux de ruissellement des rivières (0,2 à 1,2 TBq/an). Nous indiquons dans cette étude une source de contamination de l’océan en Césium 137 dissous, jusqu’alors insoupçonnée : le rejet par les eaux souterraines sous-marines (SGD), le long de la côte du Japon,   de 0,2 à 1,1 TBq/an (moyenne 0,6 TBq/an).

            Les principales forces tirant cette eau sous-marine depuis les plages sont :

                les vagues (W), la charge hydraulique (H), la force marémotrice (T) et la convection (C).

                [de gauche à droite : eau douce, eau saumâtre, eau salée]

     

         Le courant côtier, en se dirigeant vers le Sud (représenté par la flèche en bleu clair), a pu charrier du Cs 137 extrêmement radioactif, dont une partie fut absorbée par les sables des plages puis rejetée plus tard, de la façon dont l’indique cette étude. »

     

     

     

    Je résume maintenant la suite de l’étude, pour une lecture plus fluide.

     

    Graphique S3.

    Graphique S3.

     

                Le graphique S3. illustre l’activité de la marée et les rayonnements en Cs 137, Ra 223 et Ra 224 dans les échantillonnages prélevés sur la zone de surf à la plage de Yotsukura (en novembre 2016)

                C’était par une faible marée et des rayonnements plutôt bas ont été mesurés lors de la marée montante, « preuve que c’est l’eau souterraine qui alimente en Cs et en Ra la zone de surf, et qui démontre le rôle joué par la force d’attraction de la marée, dans le rejet à l’océan de Cs en provenance de la nappe aquifère. »

                Cette dernière hypothèse, expérimentée, est décrite ensuite… En voilà la conclusion :

                « Nous avons mis en évidence que les sables de plage sont capables de stocker une grande quantité de Cs 137 en profondeur, qui peut au fil du temps être relâché par l’intrusion de l’eau dans les plages, puis rejeté dans l’environnement sur la côte via les procédés d’échanges eau souterraine / eau de surface. »

     

    Graphique S4.

    Graphique S4.

                 Le graphique S4. présente ensuite les expérimentations sur l’adsorption / désorption c’est-à-dire que le sable absorbe les radionucléides, puis les réexpulse au fil du temps. Noter que les échantillonnages ont été prélevés à moins de deux mètres de profondeur.

     

    Graphique S6.

    Graphique S6.

     

     

                Le commentaire de la figure S6. indique qu’« au-delà du site de la centrale de Fukushima Daiichi, la source d’eau sous la plage domine le flux de Cs 137 rejeté sur la côte océanique via la décharge des eaux souterraines sous-marines.(..) l’autre source de Cs 137 issu de la catastrophe de Fukushima, provient des rivières. Il a été montré que les typhons et les fortes précipitations augmentent le flux d’écoulement des rivières (..) Enfin, étant donné que 90% environ du Cs est irréversiblement accroché aux sédiments en suspension sur les rives, on en déduit que le rejet de Cs 137 par la voie des eaux souterraines sous les plages sablonneuses est similaire en magnitude aux deux autres sources majeures, celle qui provient de la centrale et celle en dissolution dans les rivières. De la même façon qu’on s’attend (selon une projection) à une décroissance du Cs 137 charrié depuis les terres, tout comme dans le port de la centrale, on s’attend à ce que la concentration en Cs 137 dans les sables finisse par diminuer avec le temps en raison de la désorption, et ce faisant, à ce que la source provenant du sable finisse par se tarir. »

     

     

     

    Conclusion

     

    « Cette étude démontre qu’en parallèle à la nappe aquifère proche de FDNPP, des rayonnements en Cs 137 les plus hauts qu’on ait enregistrés à ce jour dans le milieu aqueux au Japon sont associés aux eaux saumâtres situées au-dessous de plages.

                Cette découverte induit que les sables des plages servent de réservoir au Cs 137, qui se trouve ensuite relâché dans l’océan par un rejet d’eau sous-marine souterraine.

                En utilisant les isotopes de Radium, nous avons été en mesure de donner une estimation de la magnitude de ce flux et nous avons établi qu’elle est similaire à celle des autres sources actuelles, y compris les rejets en provenance du port de la centrale.

                Cette origine inattendue et persistante du Cs 137 nécessite une investigation approfondie, en particulier des prélèvements plus systématiques dans l’espace et le temps, étant donné la variabilité que nous avons pu observer concernant le Cs 137 dans les eaux souterraines ou dans les sables.

                 Les implications de notre étude vont bien au-delà de l’événement de Fukushima, elles concernent tous les sites de centrales en bord de côte, et cette découverte devra être prise en considération quand il s’agira d’évaluer le devenir des radionucléides dans l’océan faisant suite à des rejets intentionnels (par exemple Sellafield) ou à des rejets accidentels. »

     

     

     

    Citations de l’étude, parue dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) :

    V. Sanial et al. Unexpected source of Fukushima-derived radiocesium to the coastal ocean of Japan. Proceedings of the National Academy of Sciences. Published online October 2, 2017. doi: 10.1073/pnas.1708659114.

     

    Virginie Saniala,1, Ken O. Buesselera,1, Matthew A. Charettea, and Seiya Nagaob

    Author Affiliations

    Publié par David M. Karl, Université de Hawaï, Honolulu, HI, et approuvé le 28 août 2017 (soumis le 24 mai 2017)

     

     

    ———————————

     

    En guise d’avertissement… (E.G.)

     

    Plusieurs plages à Iwaki ont été rouvertes au public. La première, celle de Nakoso à 65 km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi puis la plage de Yotsukura, dont il est question dans cette étude le 15 juillet 2013.

    Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

    Youngsters were jumping for joy with the July 15 reopening of Yotsukura beach here, closed these past two-plus years due to the nuclear disaster triggered by the Great East Japan Earthquake and tsunami. (japanbullet.com)

     

    La plage de Usuiso à Iwaki l’été dernier, avec de beaux articles de propagande dans les journaux.

    Jusqu’à présent, seuls les rejets de l’eau contaminée en provenance de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi pouvaient être incriminés pour le risque sanitaire. Or, cette nouvelle étude indique que la fréquentation des plages peut être dangereuse, par exemple « à marée descendante » en raison de la désorption du Césium 137 dans l’eau de mer…

    Il y a 80 kms de plages sur la côte de Fukushima…

    Par ailleurs, une étude en France publiée en 1997 (Ed. La Découverte) s’est interrogée sur les causes de leucémies significativement nombreuses aux abords de la Hague (Jean-François VIEL, La santé publique atomisée : radioactivité et leucémies, les leçons de La Hague) et c’est là aussi la fréquentation de la plage qui s’est avérée particulièrement dangereuse.

    Une source inattendue de radiocésium issu de Fukushima sur la côte océane du Japon

    Par la suite, des prélèvements ont été faits en mer, par Greenpeace, par la CRIIRAD, au niveau de la conduite qui décharge directement en mer des effluents radioactifs en provenance des installations.

    Ici comme à Dounreay en Ecosse, les rejets dans la mer ne sont pas plus incriminés que les rejets dans l’atmosphère. A Sellafield aussi, les leucémies sont demeurées « un mystère »…

     

    Or, Jean-François Viel a établi un risque significatif, relativement au développement de leucémies chez les enfants, associé à «la fréquentation récréative des plages», dès cette étude de 1997.

     

    _________________

     

    Il est donc évident qu’ici ou là, la fréquentation des plages présente un risque sanitaire  non négligeable pour les populations.

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    11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 23:27

    Ces dernières semaines, Tepco a concentré ses efforts sur le réacteur 3. Il a donné les résultats des images obtenues avec les muons, publié les photos et vidéos des investigations à l’intérieur de l’enceinte de confinement, et commencé à construire une couverture au bâtiment.

    Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

    Emplacement des commandes des barres de contrôle (source : Tepco)

    Prospections dans l’enceinte de confinement

     

    Après les prospections des bâtiments et des enceintes de confinement du réacteur 1 et du réacteur 2, Tepco a continué ses investigations dans le réacteur 3 du 19 au 22 juillet. Un petit robot submersible relié par un fil a été envoyé sous la cuve du réacteur. A l’intérieur, on ne reconnaît pas grand-chose, il semble qu’il y ait eu plus de dégâts que dans les autres réacteurs. On distingue une grille métallique tombée au fond de l’enceinte de confinement, mêlée à ce qui pourrait être du corium et des sédiments. Cette grille était située à l’origine sur la plateforme sous la cuve.

    Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

    Grille tombée au fond de l’enceinte de confinement (source : Tepco)

    Les images rapportées par la caméra montrent des structures recouvertes d’éclaboussures de corium. Tepco suppose que le corium s’est infiltré par les trous situés en bas de cuve qui permettent d’actionner les barres de contrôle. Le béton est très altéré par endroit, se détachant en écailles.

    Pour voir les trois vidéos de Tepco, c’est ici

    Pour une analyse des structures, se reporter au site de SimplyInfo ou de l’Acronique de Fukushima

    Sources Tepco (photos, vidéos et rapports) :

    - inspection du 19 juillet

    - inspection du 21 juillet

    - inspection du 22 juillet

     

    Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

    Le combustible fondu serait passé par les trous réservés aux commandes des barres de contrôle.

    Scan du réacteur

    Comme pour les deux autres réacteurs, Tepco a produit une image du réacteur grâce à la technique des muons cosmiques. Le rapport date du 27 juillet, la mesure avait commencé en mai.

    Tepco conclut qu’il n’y a pas de grande quantité de corium dans la cuve. La plus grande partie du corium pourrait se trouver au fond de l’enceinte de confinement.

    Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

    Image obtenue avec les muons (source : Tepco)

    Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

    Comparaison des interprétations des radios aux muons pour les réacteurs 1, 2 et 3 (source : Tepco)

    Construction d’un nouveau toit

     

    Depuis début août, une structure métallique est en train d’être assemblée au-dessus du réacteur 3. Elle est destinée à plusieurs choses : protéger le bâtiment réacteur qui n’a plus de toit depuis 2011, supporter un nouveau pont roulant qui permettra de vider la piscine de son combustible (97 tonnes en théorie) et contenir la pollution atmosphérique.

    Pour l’instant, un huitième du toit a été installé. Une fois terminé, celui-ci aura une soixantaine de mètres de long.

    Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

    Couverture en cours d’installation (photo Tepco)

    Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

    Couverture assemblée sur un huitième du bâtiment (photo Tepco)

    Lors des travaux, Tepco envoie des ouvriers sur le bâtiment réacteur, alors que celui-ci est extrêmement radioactif.

    Tepco prévoit de commencer à vider la piscine d’ici un an.

    La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

    La structure telle qu’elle a été prévue (source : Tepco)

     

     

    _____________________________________

    A propos du réacteur 3, sur ce blog :

    Analyse de l’explosion du 14 mars 2011

     

     

    ___________________________________

    Mise à jour : nouvelle analyse de Tepco en décembre 2017 rapportée par Nancy Foust

    Découverte inattendue à l'intérieur de l'unité 3 de Fukushima – décembre 2017

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    23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 18:12

    De novembre 2016 à février 2017, Tepco a mené diverses inspections robotisées dans le bâtiment réacteur 1 de Fukushima Daiichi visant à examiner l’enceinte de confinement et à contrôler l’état de la piscine de combustible où 67 tonnes de combustible nucléaire y sont encore coincées (292 assemblages de combustible usé et 100 assemblages de combustible neuf).  Les médias français n’ont pas relevé cette information qui aurait pourtant fait la une de l’actualité en 2011. La raison en est peut-être que le document est resté à un niveau plutôt confidentiel : Tepco n’a fait aucune publicité de son rapport daté du 30 mars 2017 et s’est bien abstenu de le diffuser en anglais. Une autre raison, plus évidente en France, est qu’il n’est pas politiquement correct de montrer des images d’un couvercle en béton effondré dans un puits de cuve de réacteur atomique alors que le lobby nucléaire hexagonal n’a qu’un seul souhait : démarrer l’EPR de Flamanville malgré ses défauts de conception.

    Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

    Le niveau de service du bâtiment réacteur 1 en cours de dégagement (photo Tepco)

    Suite à l’explosion du 12 mars 2011, le toit en béton et en acier du bâtiment réacteur 1 est tombé sur le niveau technique. Les inspections ont permis de découvrir que les éléments en béton du couvercle du puits de cuve du réacteur ont été soulevés, montrant des déplacements plus importants qu'on ne l'avait jusqu'alors supposé. En France, les autorités nucléaires avaient tout simplement écarté cette hypothèse pour le réacteur 1 pour rassurer l’opinion. Il avait été rabâché que seul le niveau 5 avait subi une explosion d’hydrogène. Or concrètement, pour que des dalles de plusieurs tonnes se soulèvent, il a fallu qu’une explosion se produise au moins dans le puits de cuve, voire plus bas dans l’enceinte de confinement.

    Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

    Vue oblique du réacteur 1 (source Tepco légendée)

    Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

    Etat actuel des équipements de la surface technique du BR1 (schéma Tepco traduit)

    La visualisation en 3D réalisée par Tepco montre la configuration des équipements endommagés. Le pont roulant et la machine de chargement du combustible sont tous deux situés au-dessus de la piscine de combustible, ce qui rendra problématique leur démantèlement futur. Il faudra trouver des astuces pour que des débris ne tombent pas plus bas dans la piscine afin de ne pas endommager le combustible. On remarque que le pont roulant a sa poutre nord très endommagée, ce qui suppose qu’elle a dû être soulevée par le souffle de l’explosion puis pliée sous son propre poids en retombant.

    Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

    Les trois couches du couvercle du puits de cuve du BR1 (source Tepco légendée)

    Le puits de cuve est habituellement recouvert de trois couches de béton, comme le montre le schéma ci-dessus. Chaque couche est composée de trois éléments formant un disque une fois assemblés. Ces éléments ont plusieurs fonctions : ils font écran à la radioactivité du réacteur, ils servent de plancher à la surface technique quand le réacteur est en marche et ils servent également à limiter la casse en cas de pépin au réacteur. Cette dernière fonction fait qu’en France, on les appelle « dalles anti-missile », non pas pour se protéger d’un missile provenant de l’extérieur, mais de la possibilité de la remontée subite des tiges de commande des barres de contrôle (qui sont dans la partie supérieure de la cuve dans les réacteurs français). A Fukushima Daiichi, cette remontée des barres est impossible car elles sont situées en fond de cuve.

     

    Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

    Les trois couches des dalles recouvrant le puits de cuve du BR1 (schémas Tepco)

    Ce couvercle à trois couches n’est pas scellé hermétiquement. Tout tient en place uniquement avec le poids. Les conséquences de l’explosion ont fait que la dalle intermédiaire a été délogée en partie vers le haut et en partie vers le bas. La dalle inférieure est tombée dans le puits de cuve directement sur le couvercle de l’enceinte de confinement. Quant à la dalle supérieure, elle dépasse le niveau technique de son épaisseur alors qu’elle devrait être au même niveau que le plancher.

    Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

    Des dalles en béton sont retombées dans le puits de cuve (schémas Tepco)

    Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

    Photos des dalles du puits de cuve du BR1 (document Tepco traduit)

    Des mesures de dose ont été effectuées autour du couvercle du puits de cuve : le débit augmente à mesure qu'on va vers le centre ; il s’agit probablement de la radioactivité provenant de la cuve du réacteur, bien qu’une rupture d’étanchéité du joint du couvercle aurait dû montrer de plus fortes doses sur les bords du puits de cuve. Le couvercle a-t-il été percé en son centre ? Ou bien existe-t-il une soupape de sécurité à son sommet, comme pour le couvercle de la cuve ?

    Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

    Exemple de couvercle d’enceinte de confinement : celui du réacteur 4 (photo Tepco)

    Le débit maximal mesuré du côté de la piscine de matériel était de 512,7 mSv/h. Mais au centre des dalles, la radioactivité est de 2 230 mSv/h. Pour comparaison, Tepco avait mesuré en 2013 la radioactivité au centre des dalles du puits de cuve du réacteur 3 : elle était de 2 170 mSv/h. Cette comparaison de mesures montre que la fuite du BR1 semble similaire à celle du BR3.

    Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

    Mesures prises sur le côté nord du puits de cuve du BR1 (source Tepco)

    Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

    Mesures prises sous le niveau supérieur des dalles du puits de cuve (source Tepco)

    Il y a un phénomène bien connu, déjà décrit par Arnie Gundersen : quand une enceinte de confinement est en proie à une pression ou une chaleur élevée, elle peut temporairement relâcher de la vapeur et des gaz. Mais on ne sait pas clairement si c'est ce qui s'est passé au BR1. Seul le démantèlement du puits de cuve permettra d’en savoir plus.

    D’autres investigations, menées cette fois à l’intérieur de l’enceinte de confinement en mars 2017, on permis de conclure à la présence de corium en poudre au fond de la cuve. Plus de six ans après la catastrophe, les informations nous arrivent ainsi au compte-goutte… Des informations concernant l’explosion du BR1 commencent à sortir, en particulier un dossier, paru en février 2017, essayant de présenter les discussions concernant les évènements qui ont pu se produire dans le réacteur. Le document doit être passionnant mais il est disponible uniquement en japonais.

     

    Pierre Fetet


     

    Fukushima : du nouveau au réacteur 1

    [Je cherche un ou plusieurs traducteurs natifs pour traduire tranquillement tout ou partie du dossier japonais sur l'explosion du réacteur n°1. Me contacter par le formulaire de contact.]

    _______________________

     

    En savoir plus :

     

    Rapport Tepco

    Consulter le rapport

     

    Article de Simply Info

    Fukushima Unit 1 Refueling Floor Inspection Results

    (merci à Evelyne Genoulaz pour ses traductions)

    ______________________

    Dernière mise à jour : 02/09/17

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    25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 21:53

    Dans la préfecture de Fukushima, une terre où peu de gens retournent.

     

    Les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie du village d’Iitate, mais où sont donc les villageois ..?

     

    Un article de David McNeill et Chie Matsumoto – Iitate, Préfecture de Fukushima

     

    Article original publié le 13 mai 2017 sous le titre: «In Fukushima, a land where few return. The evacuation orders for most of the village of Iitate have been lifted. But where are the people? » sur le site Japan Times

     

    Traduction et mise en page : Evelyne Genoulaz

     

    Source : Japan Times. http://www.japantimes.co.jp/news/2017/05/13/national/social-issues/fukushima-land-return ou copie ici : http://www.fukushima-is-still-news.com/2017/05/fukushima-where-are-the-people.html

    Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

    Les amoncellements de sacs de déchets contaminés transforment jour après jour le paysage de Iitate dans la préfecture de Fukushima. (KYODO)

    Le jour où j’aurai achevé ma quête, je reviendrai chez moi un de ces jours, là où verdoient les montagnes, au cher pays de mon enfance, là où les eaux sont cristallines, ce cher pays de mon enfance.

    « Furusato », Tatsuyuki Takano

                Un cerisier fleurit au soleil printanier juste devant la maison de Masaaki Sakai, mais pas une âme n’est là pour en faire cas. La maison est abandonnée et ses ouvertures condamnées. Des herbes folles trouent le sol. Tout autour on peut apercevoir les traces du passage de sangliers sauvages, descendus des montagnes pour fourrager les champs et y creuser leurs bauges. Et sous peu la ferme bâtie il y a soixante années de cela, où Sakai a vécu en compagnie de sa mère et de sa grand-mère, sera démolie. « Ce qui ne me chagrine pas plus que ça, nous confie Sakai. Nous avons refait notre vie ailleurs. Je peux encore revenir voir – mais pas y vivre ».

     

              Quelques centaines de mètres plus loin la route est fermée et un dosimètre crépite furieusement sur le terrain empreint d’une quiétude bucolique. On y relève un débit de dose dépassant légèrement 1 microsievert par heure – une fraction du débit craché au moment où la famille de Sakai déserta les lieux en 2011.

    Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

    Un poste de mesure de la radioactivité installé dans le village de Iitate le 27 mars (2017) peu avant la levée des ordres d’évacuation dans la majeure partie du village. On peut lire : « Bon retour à la maison » (KYODO)

                    Sakai explique que la radioactivité décrit des hauts et des bas, selon le temps qu’il fait. On la trouve partout, dans les rigoles et les fissures de la chaussée et jusque dans les arbres. Depuis que l’homme a déserté ces lieux les singes, habitants des forêts, ont gagné en audace et se figent sur place, les yeux braqués sur telle étrange automobile en approche, au lieu de s’égailler dans toutes les directions comme ils le faisaient autrefois.

     

                Iitate, c’est un chapelet d’une vingtaine de hameaux minuscules disséminés sur plus de 230 kilomètres carrés, un territoire réduit à néant suite à un caprice de la météo, dans les jours qui suivirent la catastrophe nucléaire en mars 2011. Le vent s’était chargé en particules radioactives en provenance de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, à 45 km de là, que la pluie et la neige rabattirent au sol dans la nuit du 15 mars 2011.

                Au bout de plus d’un mois de tergiversations – au cours duquel les villageois ont baigné dans l’un des plus hauts niveaux de radioactivité jamais enregistré tout au long de cette catastrophe (le niveau de dose relevé près de la mairie dans la soirée du 15 mars a atteint la valeur ahurissante de 44,7 microsieverts par heure !(1)) – le gouvernement leur a donné l’ordre d’évacuer.

                Aujourd’hui, le gouvernement prétend qu’on ne court aucun risque à retourner à Iitate. Et c’est en liesse que fut réouvert le 31 mars dernier l’ensemble du village, exception faite de Nagadoro, dans le Sud de Iitate, toujours extrêmement contaminé.

     

                Cette réouverture correspond à un engagement pris par son Maire Norio Kanno ; celle d’Iitate fut de fait la première autorité dans la Préfecture de Fukushima, à annoncer dès 2012, par anticipation, une date de levée de l’ordre d’évacuation : son maire promit alors de « revitaliser le village avant cinq ans ». Ce village dispose désormais d’un terrain de sport neuf, d’une épicerie et d’un restaurant de nouilles Udon. Un dispensaire peut y recevoir des patients deux fois par semaine.

     

    Il ny manque rien, si ce n’est les gens.

     

                Tandis que nous patientons dans les locaux municipaux de Iitate en attendant d’être reçus par Kanno, nos yeux tombent sur un livre en exposition à la réception : « Les Plus Beaux Villages du Japon ». En douzième position, voilà une délicieuse mosaïque ondoyante de forêts, collines et prairies administrées par le maire depuis plus de deux décennies – 6 300 résidents, un village réputé pour ses cultures potagères en terrasse et ses rizières, soigneusement délimitées, pour ses cultivateurs biologiques industrieux, ses champignons sauvages et ses « bœufs wagyu » à robe noire dont le nom provient de la région.

     

                Mais le spectacle qui s’offre à nous au-dehors dément cette description idyllique. Les  prairies sont quasiment nues, on a rasé la végétation dans une entreprise prométhéenne de décontamination de la radioactivité qui s’est déposée voilà six années (3). Pas une vache, pas un fermier à l’horizon. Des tracteurs stationnent, silencieux, dans les champs. Les écoles du village sont désertes. Quant à la population, le seul endroit du village qui semble animé, c’est la maison de retraite située de l’autre côté de la rue, en face du bureau de Kanno.

    Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

    Une école abandonnée à Iitate, Préfecture de Fukushima, en avril. (David Mc Neill)

                « Notre village ne sera plus jamais celui d’avant la catastrophe mais il peut se développer d’une autre façon. La reconstruction est en marche » déclare le maire, non sans se demander si les rapatriés vont pouvoir rebâtir un village à leur goût. « Qui sait ? un jour peut-être, cela pourrait inciter les évacués au retour, voire attirer de nouveaux-venus. On ne change pas la vie en adoptant un point de vue pessimiste ». Il ajoute que « même en pensant à ceux qui sont partis définitivement, ce n’est pas pour autant que le pays de leur enfance doive – juste disparaître.

     

                « Cet attachement au furusato (le pays natal) est particulièrement prégnant au Japon » nous explique Tom Gill, un anthropologue britannique qui a beaucoup écrit sur Iitate. Ce sentiment de nostalgie « se retrouve dans d’innombrables ballades sentimentales, poursuit-il. Une chanson en particulier, tout simplement intitulée Furusato (cf. partition en bas de page), est chantée par tous les écoliers du Japon depuis 1914. » Selon Gill, cet appel a persisté en dépit – ou à cause – du fait que le déséquilibre entre les zones urbaines et les zones rurales est au Japon plus accentué que dans aucune autre nation moderne ; 10 % seulement de la population japonaise vit en zone rurale. Ce qui peut en partie expliquer cet acharnement démesuré à ramener à la vie les terres, dans l’Est de la Préfecture de Fukushima. Selon une étude, on a consacré plus de 2,34 billions de yens (20 milliards d’euros) à décontaminer un territoire dont la superficie équivaut à la moitié environ de Rhode Island.

     

                Les autorités n’ont jamais envisagé l’abandon des lieux. Mieux, la moindre suggestion dans ce sens a soulevé une controverse : lorsque le Ministre de l’industrie Yoshio Hachiro qualifia en septembre 2011 les communautés abandonnées de « villes de mort », ses paroles soulevèrent un concert de protestations qui le contraignirent à la démission en moins d’une semaine.

     

                A l’opposé, la région fut divisée en trois zones dont les dénominations affichent de subtils euphémismes, pour suggérer précisément l’inverse : les communautés au niveau de radioactivité annuel allant jusqu’à 20 millisieverts (la dose maximale pour les travailleurs du nucléaire) sont dites « en préparation de levée de l’ordre d’évacuation », les districts de 20 à 50 milliSieverts par an, des « zones où résider n’est pas autorisé » et les endroits le plus fortement contaminés, à partir de 50 millisieverts année et au-delà, telle Nagadoro, sont zones « où les résidents ne pourront pas retourner avant longtemps ».

     

                En septembre 2015 Naraha, située à 15 km au sud de la centrale nucléaire N°1 de Fukushima, devint la première ville dans la préfecture à lever en totalité l’ordre d’évacuation imposé après la triple fusion. Naraha dispose d’une rue commerçante aménagée sur fonds publics, une fabrique de batteries au lithium flambant neuve, un jardin d’enfants ainsi qu’une école secondaire.

     

                On a envoyé dans chaque maison une équipe d’ouvriers pour la décontamination – dans certains cas à plusieurs reprises. Des 7 400 résidants d’avant la catastrophe, 1 500 environ sont revenus, pour la plupart des personnes âgées, selon les chiffres du gouvernement local, qui ont vraisemblablement été gonflés.

     

                A Iitate, le coût de la décontamination s’élève à plus de 1 million 600 mille euros (200 millions de yens) par foyer. Ces travaux et l’effet du temps ont rapidement fait baisser la radioactivité au-dessous de 20 millisieverts-année en beaucoup d’endroits.

     

                Cependant, nous apprend Kanno, les travaux de décontamination ne vont pas au-delà d’une distance à 20 mètres des maisons et les trois-quarts du village consistent en massifs forestiers. Par temps venteux, les particules radioactives se redéposent dans les champs et sur les maisons. « Tant d’argent pour quoi ? » s’interroge Nobuyoshi Itoh, un fermier critique à l’égard du maire. « Vous emmèneriez des enfants ici en les laissant  gambader à travers champs ou dans la forêt ? »

    Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

    Nobuyoshi Itoh dans une forêt près de sa propriété à Iitate, Préfecture de Fukushima (David Mcneill)

                Après que tous eurent évacué, Itoh, lui, a fait le choix de rester vivre dans l’un des endroits le plus hautement toxique du village et nous confie qu’il n’a remarqué semble-t-il aucun affect sur sa santé, mais qu’il a constaté un affaiblissement de son système immunitaire.

     

                L’une des particularités qui rendaient la vie si agréable à Iitate avant la crise nucléaire, quand il y songe, tient dans un système de troc bien à elle. « Les gens pour la plupart d’entre eux n’ont jamais acheté un seul légume, ils en cultivaient, dit-il. J’apportais mes patates et on me donnait des oeufs. C’est fini, tout ça ».

     

                Une petite centaine de personnes tout au plus sont de retour – mais il s’agit invariablement de gens assez âgés ou de retraités. « Ils ne pourront pas, à eux seuls, faire renaître le village » rétorque Itoh. « Et qui pourra les accompagner en voiture dans les alentours ou encore prendre soin d’eux s’ils tombent malades ? »

     

                Quand on eut pris la mesure de l’immensité de la catastrophe qui venait de s’abattre sur Iitate, les gens du cru ont fini par se quereller les uns les autres. Certains vivotaient à grand-peine et voulurent partir, quoiqu’il fût toujours difficile de parler ouvertement de cette intention d’abandonner la terre natale. Beaucoup se sont solidarisés à travers les procès qu’on intenta au gouvernement.

     

                Bien avant la catastrophe, déjà, le village avait perdu un tiers de ses résidants depuis 1970 car les populations de jeunes s’étaient déplacées dans les villes, ce miroir de la désertification des zones rurales qu’on peut observer dans l’ensemble du pays. Quelques-uns parlèrent de déplacer plus loin le village tout entier, mais Kanno n’a jamais voulu en entendre parler.

    Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David 					McNeill)

    Masaaki Sakai devant sa maison à Iitate, Préfecture de Fukushima. (David McNeill)

                Le régime d’indemnisation a pu être un facteur déterminant dans le choix. En sus d’une indemnité mensuelle de 802 euros (cent mille yens) en dédommagement du « stress mental » ou de la mise à mal de leur vie précédente, les propriétaires d’une maison ou d’une ferme ont bénéficié d’un bonus : une indemnité forfaitaire de 48 mille euros environ  (6 millions de yens) par personne pour cinq ans – et le double pour les résidents de Nagadoro . Un chercheur a évalué à 401 mille euros environ (cinquante millions de yens) l’indemnité moyenne par famille, un montant qui a pu sembler suffisant pour tourner la page d’une résidence à Iitate qui devenait insatisfaisante et problématique, et préférer faire l’acquisition d’une maison à quelques kilomètres de là, pas trop loin, de façon à pouvoir revenir travailler ou encore profiter de la douceur des étés.

     

                Ils sont beaucoup à avoir déjà choisi cette option. Sans disposer de chiffres officiels, on dit ici que la moitié sans doute des villageois seraient partis définitivement. Des enquêtes avancent un chiffre de 30 % de candidats au retour, et moins encore dans le cas de Nagadoro.

     

     

                A en croire Yoshitomo Shihigara, qui gouverne le hameau de Nagadoro, de nombreuses familles ont pris leur décision voilà un bon bout de temps. Il ajoute qu’on ne devrait pas imposer à ses petits-enfants de vivre dans un tel endroit : « Notre devoir, c’est de les protéger ». Il habite dans la ville de Fukushima mais revient à Iitate tous les dix jours environ pour inspecter la maison et désherber son terrain. Et même avec cette débauche d’argent, Shihigara doute que cela suffise pour pousser au retour ses amis ou ses connaissances. Agé lui-même de soixante-dix ans, il n’est pour autant pas certain de vouloir revenir. « Parfois, j’en ai assez de toute cette histoire, car c’est impossible d’en parler avec quiconque à Fukushima, même pas avec ma famille, parce qu’on finit souvent par se quereller. Les gens essaient de deviner si les autres reçoivent des avantages, quels avantages ou le montant de leur indemnité. C’est très stressant de discuter avec les gens à Iitate. Je commence à m’en vouloir parce que je finis par mal me comporter à leur égard en raison de ma frustration. »

     

                Kanno a remporté six élections depuis 1996 et il a supervisé chaque étape de la douloureuse réhabilitation de Iitate, pris en porte-à-faux entre la colère et le désespoir de ses électeurs et la réponse officielle apportée sur la catastrophe, de la part du Gouvernement et de TEPCO, l’exploitant de la centrale nucléaire dévastée.            

    Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

    Des membres des Forces terrestres d’autodéfense japonaises (GSDF) décontaminent le sol à Iitate, Préfecture de Fukushima, en décembre 2011. (Kyodo)

                Il a demandé des moyens supplémentaires pour mener à terme les travaux de décontamination (le gouvernement prétend que tout est achevé (2)) et pour remettre en état les routes et les infrastructures. Selon lui, les rapatriés ont besoin d’être soutenus financièrement. Il pense néanmoins qu’il est temps de mettre fin à l’indemnité mensuelle car il estime qu’elle entretient la dépendance. « Si les gens continuent à dire que la vie est dure, ils seront incapables de réagir. Mais ils ont besoin d’une aide pour leur subsistance. »

     

                Une nouvelle mesure a été instaurée, c’est un capital de départ à destination de  personnes volontaires pour revenir et ouvrir un commerce ou se lancer dans l’agriculture. « Il ne s’agit pas de faire croire que nous cherchions à influencer le choix des gens ou les forcions au retour » explique le maire, en invoquant la notion de « kokoro ni fumikomu » qui signifie littéralement : « entrer dans les cœurs ».

     

                En vérité dans un an, les milliers de personnes ayant évacué le village de Iitate n’auront pas le choix :

     

    elles devront choisir le retour, à savoir renoncer aux aides allouées depuis six ans pour vivre ailleurs, car l’évacuation des zones jusqu’à 20 milliSieverts/an sera alors caractérisée de « volontaire », au regard du régime officiel d’indemnisation. Un dilemme résumé le mois dernier par une petite phrase abrupte et inouïe, dans la bouche du Ministre en charge de la reconstruction du Tohoku, Masahiro Imamura, limogé depuis. Pressé de s’expliquer sur la question par un journaliste indépendant, Imamura a rétorqué dans un mouvement d’humeur que le choix du retour – ou non – relevait de la responsabilité des évacués eux-mêmes, « de leur responsabilité à titre personnel, de leur propre choix ». Ce commentaire a touché un point névralgique.

                D’aucuns disent que le gouvernement s’efforce de contraindre les gens au retour, en usant d’une sorte de chantage économique ou pire – kimin seisaku – en les abandonnant à leur sort.

                « La réinstallation » soulève en Itoh de la colère. Selon lui, les politiciens poursuivent l’objectif d’effacer la catastrophe au plus vite. Il rétorque que « c’est inhumain de pousser les gens à revenir dans un tel environnement. Tout comme les effets de la radioactivité sur le corps, les effets psychologiques sont, de même, invisibles :

     

    un grand nombre de personnes souffrent en silence ».

     

                Itoh est convaincu que le gouvernement cherche à montrer qu’on peut venir à bout des problèmes liés à l’énergie nucléaire, dans l’objectif de redémarrer les réacteurs nucléaires, aujourd’hui à l’arrêt dans tout le pays. Il n’y en a que 4 en production tandis que le sort réservé aux 42 autres est suspendu aux conclusions d’un imbroglio politico-juridique. Mais l’opinion publique, elle, demeure opposée à leur redémarrage (4).

     

     

                A IItate, au début, les gens ont cru voir renaître une formidable espérance mais au fil du temps, ils ont fini par ne plus faire confiance au gouvernement du village, déclare Kenichi Hasegawa, un fermier qui a écrit un livre en 2012 intitulé : « Genpatsu ni Furusato o Ubawarete » (Les Vies Volées de Fukushima). Dès les premiers jours, accuse-t-il, le maire a tout tenté pour cacher les niveaux de radioactivité choquants qu’on pouvait relever juste devant son bureau. Puis les gens ont fini par ne plus s’y intéresser. Quand le maire convoque ses administrés, bien peu se rendent aux réunions. « Peu importe, ils font quand même des réunions ! juste pour dire qu’ils en ont fait ».

     

                Mais Kanno ne veut pas s’avouer vaincu. Une boutique de souvenirs doit ouvrir en août et cela va faire venir des touristes, dit-il. On voit des villageois paver les accès menant à leur maison, grâce à la manne du budget ouvert pour la reconstruction. Quant aux effets de la radioactivité, il dit qu’« on a tous une opinion différente sur la question ». La levée de l’évacuation, ce n’est qu’un début.

     

                Itoh quant à lui, déclare qu’il lui est arrivé autrefois de faire confiance aux autorités publiques mais que ça, c’était dans une autre vie. Et il conclut :

     

    « En s’évertuant à vouloir sauver le village, le maire en vérité le mène à sa perte ».

     

    Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

    Dans un champ du village de Iitate, des sacs remplis de déchets contaminés, en mars 2016. (KYODO)

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    Notes de la traductrice

     

    1 - 44,7 microsievert/h = 391 millisieverts/an !

     

    2 - Selon le Ministère de l'Environnement, la décontamination serait achevée depuis fin janvier 2017 dans neuf des onze municipalités de la préfecture de Fukushima (sauf à Minami-Soma et Namie), qu’on désigne dorénavant du nom de "special decontamination areas" (zones de décontamination spéciale). Ne sont pas concernées par cette dénomination les zones « où les résidents ne pourront pas revenir avant longtemps » (source : JAIF, 15 mars 2017)

     

    3 - A l’irradiation initiale « voilà six années » suite aux fusions, qui a contaminé la région (dépôts en taches de léopard sur faune, flore, sédiments des lacs et des rivières, habitations et leurs habitants…), il convient d’ajouter les rejets, suite aux fuites ou aux travaux à la centrale, par exemple. Noter que les zones forestières ou montagneuses sont « indécontaminables » et que la radioactivité présente à jamais, s’accumule ici, là se déplace au gré des intempéries …

     

    4 - Ont redémarré : Ikata 3 (août 2016) + Sendai 1 & 2 + Takahama 4 (mai 2017) - Takahama 3 vient d’être rechargé…

     

     

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    En savoir plus sur Iitate

     

    Fukushima : 6 ans après, pas de retour à la normale (Greenpeace)

     

    Partition et paroles du chant Furusato

     

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    Mise à jour : 27/05/17

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    15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 13:47

    Fukushima : une catastrophe sans fin

     

    Cécile Asanuma-Brice

     

    Voici maintenant plus d’un siècle que nos pays modernisés se sont tournés vers la planification afin de penser un meilleur équilibre économique et démographique de leur territoire. Si tel fut le discours mis en avant pour en vanter les mérites, le résultat n’en reste pas moins décevant, si ce n’est nul. Le rééquilibrage régional n’a que relativement fonctionné, bien qu’artificiellement réactivé par quelques espoirs toujours déçus, et les campagnes ont continué à se vider de leurs activités humaines au profit des villes dont l’étalement s’épanche telle une tâche d’huile alimentée par les fuites du moteur de la société de consommation. Il en est de même au Japon, où les campagnes meurent lentement, où les villages abandonnés laissent leurs belles demeures de bois pourrir au gré des vents, au fil du temps. Fukushima n’avait pas échappé à ce rouleau compresseur d’un système économique sans indulgence, devenu l’ultime but de la production humaine alors qu’il aurait dû en être son serein soutien.

     

    ISOTOPES. Ça n’est donc pas sans surprise que nous observons l’ardeur des organisations internationales, ainsi que celle du gouvernement japonais à vouloir à tout prix faire rentrer dans leur campagne en désuétude les populations réfugiées suite à l’accident nucléaire du 11 mars 2011. Plus de 6 années après l’explosion de la centrale, présents plus que jamais sur ce territoire rural perdu au milieu de nulle part, les membres de l’AIEA, du CEPN, de l’IRSN et autres UNSCEAR (1), se lancent dans "l’humanitaire" à la défense des paysans en péril, nous ventant les bienfaits de la résilience (2), les nuisances du refuge, les méfaits sanitaires du stress face au désastre, tout en affichant une attitude agnostique envers les résultats épidémiologiques qui voient pourtant croître à plus de 184 le nombre d’enfants de moins de 18 ans ayant dû être opérés d’un cancer de la thyroïde sur un échantillon limité de 270 500 personnes (3). Ce point, qu’il est devenu tabou d’évoquer dans les cercles scientifiques, est néanmoins fondamental, en ce qu’il est celui qui déterminera la nécessité des politiques de protection à mettre en œuvre, ou non, en cas d’accident. Si l’explosion d’une centrale nucléaire et la dispersion des isotopes qu’elle contient à travers monts et vallées n’est pas dangereuse pour la santé humaine et pour la vie dans son ensemble, alors pourquoi partir en cas d’explosion, pourquoi évacuer les populations dont on broie la vie communautaire, mais aussi à quoi bon dépenser tant d’argent à décontaminer, pourquoi avoir créer des centres de recherches spécifiques sur la radioprotection puisqu’il serait inutile de s’en protéger, et finalement pourquoi se servir de ces mêmes isotopes inoffensifs pour réaliser l’arme de destruction ultime que l’on brandit à la face du monde à chaque tension diplomatique ? Bref, nous devons rétablir de la cohérence dans nos discours et nos analyses. Si les habitants de Fukushima se sont réfugiés, ou ont été évacués (même si l’évacuation organisée par l’administration a été bien tardive) c’est qu’il y a un danger, réel, dont nous avons tous connaissance : scientifiques, militaires et citoyens (cette dernière catégorie comprenant les deux précédentes).

     

    Ce danger serait néanmoins variable, bien que jamais nul, en fonction de la dose reçue. En outre, alors que les populations de toutes parts réclament une plus grande sécurité vis-à-vis du nucléaire, les seuils des doses dites admissibles par les autorités gestionnaires sont relevés, en toute discrétion, à chaque accident.

    La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

    La réouverture progressive de la zone d’évacuation © Préfecture de Fukushima

    « Ai-je droit de mettre en jeu l’intégralité des intérêts des autres ? » (4)

     

    Afin de permettre une marge d’acceptabilité toujours plus grande du risque, les institutions en charge de la gestion du nucléaire et de sa production ont élaboré un système de seuils dits "acceptables" pour l’être humain. Le tout est de réussir à appréhender, ainsi qu’à quantifier ce qui est de l’ordre de l’acceptable prenant en considération les aspects économiques, sociaux et sanitaires générés par une catastrophe nucléaire. On aurait pu croire que l’aspect sanitaire eut été déterminant, et que l’être humain accorderait plus d’attention, plus d’intérêt, à ce qui pourrait mettre sa santé en péril, mais à notre grande surprise, il n’en est rien. Ainsi, bien que les dernières études épidémiologiques telles Inworks (réalisée sur une cohorte de plus de 308 000 travailleurs de centrale nucléaire), ou encore le modèle LNT (Linear No-Threshold model, 2007, Université d’Ottawa) nous prouvent l’augmentation du risque de développement de maladies proportionnellement au niveau d’exposition aux irradiations, balayant de fait la pertinence d’une limite sécuritaire, des seuils sont encore fixés afin de permettre l’existence de l’exploitation de centrales nucléaires et de leurs désagréments: fuites et autres accidents potentiels augmentant le niveau de radioactivité environnant. C’est ainsi que l’on a vu le seuil de protection internationalement fixé à 1 mSv (pour la population hors travailleurs des centrales), passé, sans bruit, à 20 mSv dans les directives de l’union européenne en 2014, 3 ans après Fukushima. Il est par ailleurs indiqué dans ce même texte qu’un taux annuel allant jusqu’à 100 mSv est envisageable dans des conditions d’urgence (5), justifiant un niveau de 20 mSv/an en temps normal, en pleine contradiction avec les études menées sur la question.

     

    Ce point est fondamental, en ce qu’il permet, entre autre, l’autorisation internationale de la réouverture d’une partie de la zone d’évacuation autour de la centrale de Fukushima à la fin du mois de mars 2017. Le but de cette démarche est d’élaborer un système de cogestion citoyenne des conséquences d’un accident afin de prouver que l’on est capable de surmonter une catastrophe nucléaire en sachant gérer la radioactivité présente, mais également de diminuer les coûts auparavant pris en charge par les entreprises gestionnaires des centrales. Pour autant, l’imposition d’une planification politique au retour à vivre dans les zones contaminées de Fukushima n’a pas le succès escompté et les désastres s’enchaînent tour à tour.

    Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

    Mesure de la radioactivité d’un pin. Age : 100 ans, Hauteur : 15 m, prélevé en janvier 2016 à Iitate (Fukushima). Mesures effectuées par l’université d’Hiroshima. La mesure montre la concentration des isotopes dans le cœur des végétaux. © Documents ITO Nobu (centre de recherche sur la radioactivité à Iitate (IISORA).

    Les désastres annoncés se succèdent sans fin à Fukushima

     

    Ce fut d’abord une politique de décontamination toute aussi drastique, coûteuse, qu’inefficace, qui a conduit à l’entrepôt de milliers de sacs contenant des tonnes de terre contaminée répartis sur plus de 115 000 sites dans la préfecture, principalement en bord de mer. Cette politique ayant rempli son seul rôle de regain de confiance citoyenne en démontrant que le gouvernement se préoccupait de la situation, et devenue ingérable par le volume occupé, s’est conclue par la décision de réutiliser les débris en deçà de 8 000 Bq/kg pour la construction des routes et autres travaux relatifs aux ponts et chaussées dans l’ensemble du pays. Cette stratégie s’est accompagnée d’une campagne de communication sur l’acceptation du risque pour inciter au retour en vue d’une "stabilisation" avant l’accueil des jeux Olympiques de 2020, avec notamment la construction d’un centre dans lequel on apprend aux habitants les différents modes de décontamination possibles via des maquettes ludiques, ou encore des visites organisées dans la centrale nucléaire endommagée pour les lycéens, sans protection mais armés de dosimètres.

    Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

    Documentaire NHK « Je veux voir de mes propres yeux – Visite de la centrale par des lycéens de la région », 23 novembre 2016.

    La réouverture d’une partie de la zone d’évacuation conséquente entraîne automatiquement la fin des indemnités de logement accordées jusqu’alors aux réfugiés, ainsi que l’expulsion des habitants des cités de logements provisoires qui seront fermées. Des appartements dans des immeubles collectifs publics, dont ils devront assumer le loyer, leur ont parfois été proposés. La plupart des personnes âgées concernées, propriétaires de biens devenus inhabitables six ans après la catastrophe, sont pour la plupart dans l’incapacité de pouvoir assumer un loyer ainsi que la charge économique de la consommation de biens alimentaires qu’ils produisaient autrefois.

     

    En outre, des psychologues, spécialisés dans les traumatismes psychologiques engendrés par des situations de désastres, dont le Professeur Tsujiuchi de l’université de Waseda, avait estimé, après une étude dont les résultats furent publiés début 2016, qu’un retour contraint sur une zone encore instable, dans laquelle les personnes réfugiées ont subi leur traumatisme, et alors que celles-ci sont atteintes, pour la plupart d’entre elles, de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder), serait un nouveau drame, entraînant une vague de suicide notable.

     

    La concrétisation de ces prévisions ne se fit pas attendre. Les communes rouvertes successivement à l’habitat accueillent quelques-uns des habitants qui ont opté pour le retour. La contamination très élevée, bien qu’irrégulière, a découragé la plupart des familles avec enfants au retour, celles-ci ayant recommencé leur vie ailleurs. Les habitants, en très faible nombre, souvent âgés, se trouvent dans une situation d’isolement qui devient vite insupportable, entraînant un état dépressif lourd, voir leur suicide (cf. reportage de la NHK en janvier 2017). Ces personnes sont confrontées à une différence trop grande entre l’espoir du retour longtemps maintenu par les discours sécurisants des autorités ou les politiques de décontamination, et la réalité du retour qui est toute autre (taux de radioactivité encore trop élevé, paysage dévasté par la décontamination et les sacs de terre, plus aucun habitant ni de communauté existante).

     

    Iitate, des investissements pharaoniques pour une ville fantôme

     

    Iitate est l’une des communes destinée à être rouverte à l’habitat le mois prochain. Malgré un investissement colossal de plus d’1 milliard 700 millions euros pour la reconstruction des divers équipements publics, la commune n’accueillera pas le nombre de résidents escompté. Un habitant du village d’Iitate déclarait le 19 février 2017, lors d’une conférence organisée à Fukushima par des chercheurs et les anciens habitants du village : « On nous dit qu’il n’y a pas de problème. Qu’il suffit de ne pas aller sur les “hot spots”. On ne peut ni aller en montagne, ni s'approcher des rivières, ne pas aller à droite ni à gauche... Comment voulez- vous que l'on vive ici ?!”. Un ancien membre du conseil communal, témoigne : « Nous avons déménagé il y a six ans maintenant. Pourquoi devrions-nous rentrer dans un village désert où l’environnement ne nous permet pas de vivre librement et en sécurité ? » (6).

    Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

    Conférence sur le retour des habitants d’Iitate (Fukushima) 19.02.2017 © Cécile Brice

    Ces derniers mois ont vu un regain des séismes dans la région de Fukushima, au moment où la pénétration d’un robot scorpion dans l’enceinte a permis de confirmer la fonte du corium du réacteur visité qui s’est enfoncé dans les sous-sols. Cette instabilité ne fait que renforcer la population dans son jugement de ne pas céder à la politique du retour. Même si les habitants "captifs" ont développé des bases de données cartographiées de la radioactivité afin de mettre en place leur protection, les fantasmes des institutions internationales, qui rêvaient de cogestion des conséquences de l’accident nucléaire par les habitants auront montré leurs limites. On ne peut demander aux victimes d’un système imposé d’assumer la charge des accidents engendrés par ce système.

     

    (Article édité le 14 mars dans Sciences et avenir)

     

    _____________________________

     

    (1) AIEA : Agence Internationale de l’énergie atomique, CEPN : Centre d’étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, UNSCEAR : United Nation Scientific Comittee on the Effects of Atomic Radiation.

    (2) Cf. Cécile Asanuma-Brice, « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême », Raison Publique, nov. 2015

    (3) Selon les résultats de la commission sanitaire rendus officiels en février 2017.

    (4) Hans Jonas, « Le principe de responsabilité » Champs essais, Flammarion, 2013, p.81.

    (5) "Sans préjudice des niveaux de référence fixés pour les doses équivalentes, les niveaux de référence exprimés en dose efficace sont fixés dans l'intervalle de 1 à 20 mSv par an pour les situations d'exposition existantes et de 20 à 100 mSv (aiguë ou annuelle) pour les situations d'exposition d'urgence". II (Actes non législatifs). DIRECTIVE 2013/59/EURATOM du conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base.

    (6) Site de la commune

    _____________________________

     

    En savoir plus sur les faibles doses
     
    Conférence de presse du 15 mars 2017 au Foreign Correspondents Club of Japan avec Dr Cécile Asanuma-Brice, Pr. Keith Baverstock (université de Finlande) et Dr Shimizu Nanako de l'université d'Utsunomiya concernant la question des faibles doses et la réouverture de la zone d'évacuation autour de la centrale nucléaire de Fukushima.
    Deux textes de recommandations sur ce même thème, signés par 14 scientifiques du monde entier, viennent d'être publiés dans la revue scientifique Kagaku (Science), également envoyés au gouvernement japonais ainsi qu' au préfet de Fukushima.

    Plus d'infos sur la VIDEO (durée 1h, en anglais)

     

    Cécile Asanuma-Brice informe qu’elle s’exprime sous sa casquette de Présidente de l’Association du CSRP ; elle annonce que les travaux du 6ème symposium (Nihonmatsu, du 7 au 10 octobre 2016) [qui réunissait, entre autres, des scientifiques indépendants mais aussi des « autorités » de Fukushima] ont débouché sur 2 « déclarations » :

    1. la « conclusion » du symposium, qu’elle lit aux journalistes [ici le texte en anglais, 6 pages]
    2. « the Nihonmatsu Déclaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation » qui sera prochainement traduite en anglais

    Ces déclarations ont de plus été publiées (en japonais) dans le N° de mars de la revue « Kagaku » (qui signifie « science » ajoute-t-elle).

     

    Cécile Asanuma-Brice, au début de la video : « aujourd’hui la mémoire collective du Japon s’estompe or, on doit trouver des solutions pour les milliers de sinistrés… En 2016 le symposium a duré 4 jours, des scientifiques, épidémiologiques, biologistes ont débattu du sujet des « zones évacuées » sur la réponse qu’il convenait d’apporter à la question : est-il acceptable de réouvrir les zones évacuées ? D’un point de vue scientifique, la réponse est clairement NON ! Ils ont donc rédigé 2 textes de recommandations qui ont été publiés dans la revue [montrée à l’écran à 6.52’] Kagaku de mars 2017.

     

    Fourteen independent experts from inside and outside of Japan participated at the 6th Citizen-Scientist International Symposium on Radiation Protection, held from October 7 to October 10, 2016, in Nihonmatsu, Fukushima prefecture, in order to present their latest research. Over three days, they exchanged opinions on the themes of “Epidemiology of low-dose radiation” and “Discourses, laws and ethics after the nuclear power plant accident.” They compiled their propositions in two recommendations text they signed, based on discussions they had during the symposium, but also on findings and numerous study reports published after Chernobyl and Fukushima.

     

    (1) The first recommendation agreement, “Conclusion” of the 6th CSRP, take a critical look at risk communication currently conducted by the Japanese authorities, and listed up 6 recommendations deemed indispensable from the victims’ viewpoint.

    (2) The second recommendation agreement, entitled “The Nihonmatsu Declaration on the Risks of Exposure to Low Doses of Ionizing Radiation,” uses the “linear non-threshold (LNT) model” based on the latest scientific findings demonstrating scientific impertinence and lack of political wisdom of the present return policy for the evacuees to areas below 20 millisievert per year.

     

    The Japanese version of these two recommendation reports were published in the March 2016 issue of Science Magazine “Kagaku (Science),” and the electronic English version will be published on its special website soon).

    CSRP will transmit these recommendations agreement to Minister of the Environment, Director General of Reconstruction Agency, Chairman of Nuclear Regulation Authority and the Governor of Fukushima Prefecture, and hold press conferences for Japanese journalists and foreign correspondents in Japan.

     

    Tout est regroupé sous l’onglet « overview » : présentation, programme détaillé des 4 jours, intervenants (leur biographie s’obtient en cliquant sur leur portrait).

     

    (infos Evelyne Genoulaz)

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