13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 10:26

Texte de de HORI Yasuo des 6 et 7 octobre 2015 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Gare de Tatsuta

Gare de Tatsuta

Visite de la région côtière de Fukushima

 

Les 6 et 7 octobre, je me suis rendu dans la région côtière de Fukushima avec une vingtaine d'ex-enseignants, membres de la Société des enseignants retraités du département de Gunma. Tous étaient de loyaux syndicalistes, qui s'étaient battus et se battent pour la paix et les droits de l'homme, et nous avons donc voyagé ensemble très amicalement. Notre but était de soutenir les gens de Fukushima, victimes d'une quadruple infortune : le séisme, le tsunami, l'accident nucléaire et le discrédit que la pollution a jeté sur le nom de leur région.

 

La gare de Tatsuta

 

Nous sommes partis à huit heures de la ville de Maebashi, dans le département de Gunma et nous avons d'abord atteint la gare de Tatsuta, dans la ville de Naraha. Elle est pour l'heure la gare la plus au nord sur la ligne Jōban, qui relierait Tokyo à Sendai, si le séisme et le tsunami ne s'étaient pas produits. Plus au nord, il y a encore des rails mais aucun train n'y circule.

Visite de la région côtière de Fukushima

Un employé était de service à l'intérieur de la gare devant laquelle stationnait un taxi, mais aucun magasin n'était ouvert. À l'intérieur, un radiamètre indiquait 0,161 microsievert/h et à l'extérieur, un autre indiquait 0,209. Selon la loi, les lieux pollués à plus de 0,23 microsievert/h doivent être dépollués. Peut-être y avait-il alentour des endroits plus pollués.

 

Cette gare est située dans la ville de Nahara, dans laquelle les habitants peuvent maintenant revenir loger, car on a en achevé la dépollution depuis déjà le 5  septembre 2015, mais seulement 450 des 8 000 habitants sont revenus. Quatre ans déjà se sont écoulés depuis l'accident et beaucoup de gens se sont installés ailleurs. Des parents refusent que leurs enfants vivent dans un lieu radioactif. Des enfants qui, du fait de leur situation de réfugiés ont dû changer maintes fois d'école, ne veulent plus que cela se reproduise.

 

 Dans les pages du site internet de la ville, le maire a écrit ceci :

Un mois déjà s'est écoulé depuis que nous avons le droit de loger à nouveau dans notre ville, et c'est pour moi comme si une horloge arrêtée se remettait en marche. Cent cinquante familles déjà sont revenues. Çà et là s'ouvrent des chantiers de réparation de maisons. Pour des raisons de sécurité nous avons installé des caméras de surveillance dans les principales artères de la ville afin que les habitants puissent vivre tranquilles.

Dans toutes les villes sinistrées du département de Fukushima, de nombreux voleurs sont apparus. De plus, beaucoup d'hommes venus de l'extérieur y travaillent à présent, si bien que les gens, les femmes en particulier, ont peur de revenir y loger. Devant la gare est affichée une belle image de l'avenir de la cité, mais quand donc se réalisera-t-il ?

 

La gare de Tomioka

 

C'est une gare relativement grande, où arrivaient des trains rapides, or à présent il n'y a plus que des quais, car tout le reste a été détruit par le tsunami.

 

        Rien n'a changé dans le paysage qu'on voit devant la gare. Dans une maison se trouve une camionnette, que la vague du tsunami a transportée là, et le long des rues s'alignent les ruines de boutiques et d'habitations détruites. En raison de la forte radioactivité, on n'a pu les démolir. Ou bien peut-être certains ont-ils encore la volonté de revenir ici réparer leur maison ?

 

Visite de la région côtière de Fukushima

Entre la mer et les quais s'élève à présent un grand bâtiment blanc entouré de sacs de plastique noir contenant de la terre polluée. Dans cet entrepôt, on en réduit le stock par combustion ou par dessication. Le résidu sera conservé dans le dépôt.

Visite de la région côtière de Fukushima

Du rivage nous pouvons apercevoir la centrale nucléaire n°2 de Fukushima. Elle contient quatre réacteurs. Quand s'est produit le tsunami, ces réacteurs étaient, eux aussi, en situation critique, car ils avaient perdu deux de leur trois sources de courant électrique et cette unique source restée en fonction a sauvé le Japon. Si les trois sources avaient fait défaut, le Japon n'existerait plus.

Visite de la région côtière de Fukushima

Dans la centrale nucléaire n°1 se trouvent quatre réacteurs détruits et deux restés intacts, dont la compagnie TEPCO a décidé qu'ils seraient tous mis au rebut, mais elle ne promet pas le rejet des quatre réacteurs de la centrale n°2, quoique le département de Fukushima et la totalité de ses villes et villages le réclament avec force.  Il est certain que la compagnie - et le gouvernement - ont l'intention de réutiliser ces réacteurs. Ils attendent que les gens aient oublié l'accident.

 

Je  dois avouer que c'est la première fois que je voyais une centrale nucléaire au Japon. En France, j'ai vu plusieurs fois des réacteurs, car beaucoup se trouvent le long de rivières, mais chez nous toutes les centrales nucléaires sont installées au bord de la mer, car on se sert de l'eau comme refroidisseur. Cette implantation est très périlleuse pour la défense du pays. Si des ennemis veulent détruire des réacteurs, rien de plus facile. S'ils nous menacent en attaquant nos réacteurs nucléaires, nous n'aurons aucune autre possibilité que de capituler. Le Japon ne peut faire la guerre. De toutes façons, de par notre constitution nous devons éviter la guerre.

 

La ville de Namie


    Dans la ville de Namie, nous avons d'abord visité l'école élémentaire de Ukedo. Ukedo était un magnifique village de pêcheurs avec 1800 habitants, mais en raison du tsunami tout a été perdu. Cent cinquante personnes ont péri, mais heureusement, aucun élève n'est mort, car tous ont pu se réfugier sur la colline distante de 2 km.

 

 

Visite de la région côtière de Fukushima

A l'école il reste les bâtiments. La photo ci-dessus est celle de la salle de gym. Sur le podium est accrochée l'affiche "Félicitations ! Cérémonie de fin d'année ". Peut-être la cérémonie en question a-t-elle eu lieu le 11 mars 2011, ou bien devait-elle avoir lieu le 12 ?

 

Ensuite, nous avons visité la gare de Namie. Ici aussi, rien n'a changé. En face de la gare se tenaient deux petits autobus à l'usage des habitants.

Visite de la région côtière de Fukushima

Dans le kiosque de presse, il restait des liasses de journaux publiés les 11 et 12 mars 2011 qui n'avaient jamais été distribués aux abonnés. Les commerces adjacents ne tenaient plus droit en raison de la catastrophe. Magasins et maisons se dressaient comme des fantômes, mais on ne voyait d'hommes nulle part.

 

Le radiamètre affichait 0,585 microsievert/h et sur un sac plastique contenant de la terre polluée le chiffre était de 0,61. Radioactivité deux fois, trois fois plus forte que la norme. Les gens ne peuvent vivre dans un tel endroit. Comme est grande la colère des anciens habitants !

 

Habitants abandonnés de Namie


    Les habitants de Namie ont été pour ainsi dire abandonnés par le gouvernement pendant la catastrophe. Lorsque la situation de la centrale nucléaire de Fukushima n°1 est devenue dangereuse, ils ont fui vers les hauteurs du district de Tsushima dans la même ville, et ils y sont restés 3 jours, pensant que là ils étaient en sécurité. Cependant, il s'est avéré par la suite que ce district était le plus fortement radioactif de cette région. Le gouvernement connaissait ce fait grâce aux informations fournies par Speedi, un système qui peut prévoir la propagation de la radioactivité, mais il a caché la chose aux villes concernées, prétextant  que cela éviterait une panique chez les habitants. Le maire était en colère à cause de cela, et ensuite, lorsqu'il a donné des conférences dans divers endroits, il n'a pas manqué d'ajouter que les responsables de TEPCO et le gouvernement devraient aller en prison.

 

   Pour les habitants de Tsushima, c'était le deuxième abandon de la part du gouvernement. Avant la Seconde Guerre mondiale, ils avaient émigré en Mandchourie au nord-est de la Chine, à l'instigation du gouvernement, mais, à la fin de la guerre, ils ont été laissés face aux soldats des troupes russes, sans aucune aide du gouvernement ni de l'armée. Beaucoup sont morts pendant l'exode, et 380 familles survivantes issues du département de Fukushima ont emménagé dans ce district de Tsushima. Après un long labeur dans les collines sauvages, ils ont réussi à vivre en paix, mais  une nouvelle tragédie les a frappés et cette fois, non seulement le gouvernement ne les a pas aidés, mais il les a sciemment exposés à la radioactivité.

 

   Toutefois, certains habitants de Namie ont été trois fois abandonnés par le gouvernement. Quelques-uns des exilés de Mandchourie avaient émigré dans le domaine sauvage de Sanrizuka dans le département de Chiba. Lorsque leur vie a commencé à se stabiliser dans les années 60, le gouvernement a décidé d'utiliser le district pour le nouvel aéroport international de Narita. Les habitants s'y sont fortement opposés, mais en vain. Ils ont tous été expulsés de leur foyer bien-aimé. Une de ces familles rejetées est celle de M. Joshizawa, qui s'occupe maintenant de vaches radioactives dans la ville de Namie malgré l'ordre du gouvernement qui est de tuer ces vaches.

 

Autoroute et radioactivité


    Nous avons roulé le long de l'autoroute Jōban-dō qui, entre les villes de Naraha et Namie, est incluse dans le district inhabitable, ce qui signifie qu'il est fortement radioactif. Toutefois, le gouvernement l'a réouverte, car la Jōban-dō est importante pour l'économie et la reconstruction de Fukushima. Dans une aire de stationnement on trouvait les explications suivantes:

 

  - L'exposition présumée aux radiations pour les conducteurs est de 0,37 microsievert pendant un passage. C'est un cent-soixantième des rayons X reçus pendant un examen de santé.
 -  La radioactivité déposée sur un camion et sa charge lors de la traversée de ce district était si faible que nous n'avons pu la mesurer.

 

   S'il arrive un accident et qu'on doit rester longtemps dans ce district, que va-t-il arriver? Certes, ceux qui auront un  accident sont coupables. Ils doivent répondre d'eux-mêmes. Mais qu'en est-il de la police et des infirmiers d'ambulance? Ils doivent travailler puisqu'ils sont payés pour cela. Les travailleurs de la centrale peuvent être soumis à 50 microsieverts par an. 0,37 signifie que si une personne stationne là pendant une heure, elle est exposée à cette même quantité de radioactivité, donc cela n'est pas grave pour sa santé.

 

  Nous transportons la terre polluée au dépôt. Cela est essentiel pour la reconstruction de Fukushima.
   1. Nous transportons la terre polluée dans des sacs en plastique, et nous couvrons le tout avec une toile.
   2. Nous informons les chauffeurs et les ouvriers de l'importance de ce travail et du moyen de traiter la terre polluée.
   3. Nous nettoierons les camions après avoir quitté le dépôt.
   4.
Dans les parkings, nous garons les camions dans un espace isolé.   

1-Parfaitement couvert !       4 -Le parking est isolé !

1-Parfaitement couvert ! 4 -Le parking est isolé !

À la fin du voyage, nous nous sommes rendus au temple bouddhiste de Shiramizu-Amida-dō et nous avons prié pour les victimes de la catastrophe et pour le rétablissement rapide des malades.

L'article original en espéranto

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:00
Manifestations au Japon

Texte de de HORI Yasuo

du 5 octobre 2015

traduit de l'espéranto

par Ginette MARTIN

avec l'aide de Paul SIGNORET

.

(source illustration : AFP PHOTO / KAZUHIRO NOGI)

Des manifestations se déroulent en divers endroits au Japon

Tanaka Shōzō
    Le 3 octobre, des membres de la Société Esperanto dont moi-même avons visité la ville de Tatebayashi dans mon département de Gunma. Là nous avons visité le petit musée fondé à la la mémoire de la lutte des agriculteurs.

Dans les années 1890, un problème de poison s'est avéré sérieux, il venait de la mine de cuivre du département de Tochigi, voisin de notre département. Une eau toxique sortant de la mine avait pénétré dans la rivière Watarase et avait pollué les champs, occasionnant un grand dommage pour les agriculteurs. Le gouvernement a négligé leurs plaintes, parce que, en ce temps-là, le cuivre jouait un grand rôle dans l'économie japonaise comme produit d'exportation majeur.

Manifestations au Japon

Le député Tanaka Shōzō a pris la tête des agriculteurs et s'est battu. Finalement, le gouvernement n'a pas pu négliger complètement ce mouvement et a «résolu» le problème en faisant un grand lac sur le site du village de Yanaka, pour que le poison ne coule plus vers la vallée et que les inondations ne puissent plus se produire, mais dans cette affaire, les habitants de Yanaka ont perdu leur domicile en 1909. Apparemment, le problème a été résolu, mais encore maintenant on gratte la terre toxique des champs et on plante des arbres dans les monts chauves autour des anciennes usines.

Manifestations au Japon
Manifestations au Japon

Le texte est le suivant:
Si l'on ne prévoit pas que l'Etat peut disparaître, c'est la fin de l'Etat.
Si l'on tue des citoyens, c'est la mise à mort de l'Etat.
Si l'on méprise les lois, c'est l'Etat qu'on méprise.

   A la lecture de ces phrases, j'ai été très ému, car les politiciens de ce temps-là ressemblent beaucoup à l'actuel Premier ministre Abe. Nous sommes dans la même situation que Tanaka et les agriculteurs.

Abe a approuvé avec beaucoup de légèreté la remise en fonctionnement des centrales nucléaires qui pourront causer la mort de l'Etat. Il a approuvé les lois permettant aux compagnies de faire travailler des travailleurs à très bas salaire selon leur bon plaisir. Il prévoit d'augmenter l'impôt sur la consommation et de détériorer la vie de la population. Il a ignoré la constitution japonaise et approuvé la "législation militaire", qui va mettre en péril la vie des Japonais. Depuis l'époque de Tanaka Shōzō, la politique japonaise continue de servir les capitalistes et opprime toujours la vie des populations.

     Abe maintenant dirige le Japon comme un dictateur et apparemment il est très fort, mais dans tout le pays les mécontentements et les colères explosent, ce qui donne lieu à des manifestations et luttes d'opposition.

 

Manifestations contre la nouvelle base militaire d'Okinawa
   L'île d'Okinawa est située dans la mer du sud, loin de l'île de Kyūshū.  Avant l'année 1609, lorsque le fief de Satsuma (l'actuel département de Kagoshima) s'est agrandi en envahissant l'île, celle-ci était le royaume indépendant de Ryūkyū.

 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement sacrifia Okinawa  afin de prolonger le régime impérial. Une cruelle bataille a eu lieu dans cette petite île entre les armées japonaises et américaines, impliquant les habitants. Le nombre de morts a été celui-ci:

 

Soldats japonais ne venant pas d'Okinawa     65 908

Habitants d'Okinawa                                      122 228

Soldats des Etats-Unis                                   14 006

Manifestations au Japon

Après la guerre, Okinawa a été occupée par les États-Unis jusqu'en 1972. Elle était elle-même une importante base militaire des États-Unis pour les guerres en Corée et au Vietnam. Plus tard, elle a été redonnée au Japon, mais elle continue d'abriter des bases militaires américaines. C'est une très petite île, occupant seulement 0,6% de la superficie totale du Japon, mais elle contient 73,8% des bases militaires américaines se trouvant sur le sol nippon. Les États-Unis sont comme un occupant d'Okinawa, il s'ensuit de terribles accidents et  crimes.

Manifestations au Japon

    Au milieu de la ville de Ginowan se trouve la base militaire de Futenma, qui est très dangereuse, car beaucoup de gens vivent alentour.  Le gouvernement qui va fermer cette base dangereuse, a commencé à en construire une nouvelle sur le rivage de Henoko et il affirme que remplacer celle de Futenma par celle d'Henoko est le seul moyen de protéger la vie des habitants. Toutefois, en fait, celle qui va être construite sera complètement nouvelle, équipée d'installations les plus modernes. Si elle est construite, Okinawa deviendra pour l'éternité une base militaire des États-Unis. 

    Les habitants d'Okinawa ne veulent plus être dans cette situation misérable. La plupart d'entre eux n'acceptent pas le plan du gouvernement. Au cours de la dernière élection générale, tous les candidats du Parti libéral-démocrate d'Okinawa, qui soutiennent le plan et Abe, ont été battus, et l'actuel préfet Onaga, qui s'oppose fortement au projet du gouvernement, a été élu. Il déclare qu'il fera tout pour le faire échouer. Le 21 septembre, lors de la réunion du Comité des droits de l'Homme des Nations Unies, il a dit : "Comment un pays qui ne peut pas garantir la liberté, l'égalité et la démocratie à son propre peuple, peut-il agir en concertation avec les pays démocratiques dans le monde?"

    Les habitants d'Okinawa le soutiennent, et beaucoup de gens dans d'autres départements soutiennent la lutte des Okinawaïens. Des manifestations ont lieu devant le Parlement à Tokyo et à Okinawa. Je suis sûr qu'Onaga et Okinawa vont gagner.

 

Manifestations contre la remise en route de la centrale nucléaire de Sendai
      Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Sendai dans l'île de Kyūshū au sud, déjà vieux de 32 ans et le plus dangereux selon un chercheur, a été remis en fonctionnement par la compagnie Kyūshū. Au Japon, depuis septembre 2013, aucun réacteur ne fonctionnait, puis, au bout de 2 ans et demi, les Japonais ont eu à nouveau de l'électricité produite par le nucléaire.

Après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, le nouveau comité qui s'appelle Autorité de Régulation Nucléaire a été fondé pour examiner plus sévèrement les réacteurs. Ce comité a constaté que le réacteur n°1 de Sendai répondait à la nouvelle norme, mais son président n'a jamais dit qu'il n'offrait aucun risque. Le Premier ministre Abe a  détourné de son sens le résultat de l'examen du comité et a déclaré: "Le comité a constaté que le réacteur de Sendai est sûr selon la norme la plus stricte dans le monde, de sorte que le gouvernement approuve sa remise en fonctionnement".

Cependant, la norme n'est pas la plus sévère, ni ce réacteur tout à fait sûr. Diverses personnes expliquent de différentes façons les dangers du réacteur. En voilà les deux principaux :

   1. Possibles  éruptions très importantes sur l'île de Kyūshū
    La plupart des sismologues et vulcanologues avertissent d'une possibilité d'énorme éruption aux alentours du réacteur, et tous disent qu'il est impossible d'en prévoir la survenue, mais la compagnie d'électricité répète que c'est possible et qu'au moment venu elle transportera les matériaux nucléaires quelque part.

 

    2. Les plans d'évacuation ne sont pas suffisants
    L'Autorité de Régulation Nucléaire n'examine pas les  plans d'évacuation. Les villes et villages en sont responsables. Autour de la centrale vivent beaucoup de gens, de sorte qu'il sera très difficile pour tous les habitants d'être évacués rapidement sans problèmes.
    Le gouvernement et les compagnies électriques, profitant de la remise en route du réacteur de Sendai, désirent accélérer celle d'autres réacteurs. Maintenant, plus de 60% de la population s'oppose à cette politique du gouvernement, alors des manifestations  ont lieu à divers endroits.

Manifestations au Japon

Eruption du mont Aso le 14 septembre 2015

Actuellement les volcans japonais sont très actifs. Dans l'île de  Kuchinoerabu-jima près de l'île de Kyūshū, en raison de l'éruption les habitants se sont réfugiés ailleurs. Dans Kyūshū, le mont Sakurajima entre en éruption presque tous les jours et, dernièrement, le mont Aso dans la même île a fait de même. Sur l'île principale de Honshū, nous entendons aussi parler de nouvelles éruptions. Maintenant les volcans japonais nous avertissent des dangers des centrales nucléaires, mais le gouvernement n'a pas d'oreilles pour entendre. Vraiment "si nous ne prévoyons pas l'éventualité d'une disparition de l'Etat, c'est la fin de l'Etat".

Manifestations au Japon

Les Jeux Olympiques en 2020 vont-ils être une réussite?
    Le Japon a réussi à obtenir que les Jeux Olympiques de 2020 aient lieu à Tokyo . L'argument décisif de la réussite a été un mensonge du Premier ministre Abe. A cette époque, de nombreux membres du comité olympique CIO craignaient que Tokyo ne soit toujours pas un lieu sûr en raison de l'accident nucléaire de Fukushima. Pour balayer cette crainte, Abe a menti en disant que l'accident nucléaire était sous contrôle. Pourtant, même maintenant sortent chaque jour des réacteurs de Fukushima des substances radioactives qui se mélangent à l'air et de l'eau contaminée qui se jette dans la mer. Nous ne savons toujours pas dans quel état est le combustible nucléaire dans les enceintes des réacteurs. Beaucoup d'habitants de Fukushima ont dû être évacués dans des endroits étrangers et ils sont sans espoir de revenir à leur domicile et à leur ancienne vie.

   Après le mensonge d'Abe, s'est posé le problème du stade olympique. Le comité avait choisi le projet d'une femme, l'architecte Zaha HADID (photo), mais par la suite, il s'est avéré que le coût serait de 250 milliards de yens (environ 2 milliards d'euros). Beaucoup de gens se sont mis en colère, parce que les stades des Jeux Olympiques précédents avaient coûté moins cher :

 

2008 Pékin                  52, 5 milliards de yens

2012 Londres               58,3 milliards de yens

2016 Rio                      44 milliards de yens

 

2020 Tokyo           250 milliards de yens

 

    La colère des gens était si grande, qu'Abe a eu peur qu'elle ne se retourne contre lui et qu'elle ne prenne ensuite pour cible la législation militaire proposée. Il a déclaré soudain qu'il allait reconsidérer le plan, et le gouvernement a décidé de construire le stade avec un coût de 155 milliards de yens. Récemment, il a promis au président du CIO que le nouveau stade serait prêt en janvier 2020, trois mois avant la date prévue sur le plan. Est-ce que les Japonais approuveront ce plan encore très onéreux? Est-ce que le stade sera construit dans les délais promis par Abe?

Manifestations au Japon

Ensuite est arrivé le problème de l'emblème. Pour les Jeux Olympiques, on a besoin d'un logo. Le comité a choisi un logo conçu par M. Sano Kenjirō (Photo), mais ensuite on a trouvé un dessin similaire sur Internet. Le problème englobait d'autres problèmes et finalement le comité a décidé qu'il allait choisir un nouveau logo.

 

Les Jeux Olympiques de Tokyo ont commencé avec le mensonge d'Abe. Rien de bon ni d'idéal ne peut naître d'un mensonge. Lorsque le Japon a réussi à obtenir l'organisation des Jeux, beaucoup ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme et ont applaudi Abe, mais un tel enthousiasme a aujourd'hui disparu. Au contraire, à cause de la construction à Tokyo, la main-d'oeuvre fait défaut et les matériaux renchérissent, donc la reconstruction des villes endommagées par la catastrophe de 2011 est maintenant difficile. Le thème principal des Jeux Olympiques de Tokyo était "Jeux Olympiques pour la reconstruction,", mais maintenant nous constatons que ce slogan est aussi un mensonge.

 

   Le Premier ministre Abe est assiégé de divers problèmes: introduction d'un impôt de 10% à la consommation, TPP (Traité du Trans-Pacifique) entre les pays sur le pourtour de l'océan Pacifique qui peut détruire l'agriculture japonaise, réductions des versements des assurances aux personnes âgées, etc. Réussira-t-il à résoudre ces problèmes? Je désire vraiment sa défaite.

 

Manifestations au Japon (2) en espéranto

Manifestations au Japon (1) en français

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 07:50
Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

Texte de de HORI Yasuo du 20 août 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l'aide de Paul SIGNORET

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Beaucoup de pays ont des centrales nucléaires. Qu'arrivera-t-il aux habitants lorsque surviendront des accidents nucléaires graves ? Vous pouvez clairement voir et comprendre ce qui va arriver aux habitants, c'est-à-dire à vous, si vous regardez les faits qui se déroulent à Fukushima. Le Japon est un pays moderne et apparemment démocratique, où les droits de l'homme sont apparemment protégés, et le gouvernement a un budget plus important que d'autres pays pour cette catastrophe. Que se passe-t-il dans ce "bon" pays ?

 

Des villes pourront disparaître


    Le gouvernement a publié une prévision de la future population des 12 villes de la région côtière de Fukushima, dont les habitants ont reçu l'ordre d’évacuer :

 

Pronostics :

 

Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

Dans ces villes vivaient 203 000 personnes avant l'accident nucléaire, et selon les estimations de 2008, la population passera à 135 000 en 2045, car la population du Japon en général diminue de plus en plus. Mais en raison de l'accident nucléaire, la population diminuera plus rapidement et sera de 102 000 avant 2045. À mon avis, cette prévision est trop optimiste. Parce que seules les personnes âgées reviendront dans leur ville, la population se réduira  plus rapidement, par conséquent ces villes vont bientôt disparaître.
Une enquête auprès des habitants des villes autour de la centrale nucléaire d'août à octobre 2014 montre que peu de gens veulent retourner dans leur ancienne ville :

 

Personnes désirant revenir  à leur maison :

 

Villes

Reviendront

Namie

16,6%

Futaba

12,3%

Ōkuma

13,3%

Tomioka

11,9%

 

 

Les villes vont devenir des sanctuaires pour les sangliers


    Au lieu de personnes commencent à s'installer des animaux sauvages, principalement des sangliers, dans ces villes.

 

Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

Auparavant, les chasseurs pouvaient vendre de la viande de sanglier, mais maintenant celle-ci a une contamination supérieure à la norme et se trouve non comestible, donc ils ne veulent plus chasser, et en outre on doit enterrer ou brûler les sangliers attrapés. Cela non plus n'est pas facile.

Les hybrides de sanglier (inoshishi) et de porc (buta) appelés "ino-buta" se multiplient. Ils ont plus souvent et davantage de bébés, de sorte que les problèmes augmentent.

 

 

Les départements voisins aussi souffrent


Les substances radioactives se sont disséminées à partir des réacteurs endommagés au-delà des limites du Fukushima et elles ont contaminé une vaste zone.

Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

Cinq départements autour de Fukushima : Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba, conservent les quantités suivantes de déchets pollués :

 

Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

A propos du département de Chiba, le ministère de l'Environnement a proposé que le lieu de stockage final soit sur le terrain de la centrale à vapeur de TEPCO, et celui-ci a accepté le plan, mais les habitants ont vivement protesté, et le plan stagne. Le ministère sournoisement a remplacé le nom "lieu de stockage" par celui d' "installation à gestion de longue durée" pour tromper les habitants, mais bien sûr, il n'a pas réussi à les convaincre.

En juillet 2015, 7128 personnes dans le département de Tochigi situé au sud de Fukushima ont exigé de TEPCO le paiement d'une indemnité. Bien qu'ils aient souffert de l'accident comme les habitants de Fukushima, TEPCO n'a rien fait pour eux, ni ne s'est excusé auprès d'eux.

 

 

Les victimes sont rejetées


    Maintenant, dans les villes de Namie, Futaba, Ōkuma, Tomioka et Naraha le long de la côte de Fukushima (voir le tableau de la page suivante) plus personne n'habite. Selon l'ordre du gouvernement, tous les habitants ont été évacués et depuis plus de 4 ans ils vivent dans des lieux étrangers,  sans recevoir une indemnisation suffisante.

 

En mars, le gouvernement a publié un nouveau plan pour l'annulation de cette obligation de rester en refuge. Selon ce plan, à l'exception des villes trop fortement polluées, les autres deviendront "habitables" à partir de mars 2017, c'est-à-dire celles qui sont en dessous de 20 millisieverts par an, donc TEPCO et le gouvernement vont cesser de verser des indemnités à partir de mars 2018 et ensuite plus du tout. Mais ce chiffre de 20 est trop élevé. Conformément à la loi et jusqu'avant l'accident, un lieu  contaminé à plus d'un millisievert par an était inhabitable. Pour économiser l'argent compensatoire, le gouvernement et TEPCO essaient de faire revenir les habitants, leur imposant cette norme illogique pour eux.

 

Que se passe-t-il après un accident nucléaire ?

Au début de septembre, le gouvernement déclarera l'annulation de cet ordre d'évacuation pour les habitants de Naraha. 7300 habitants, n'ayant pas encore les moyens suffisants pour subvenir à leurs besoins, perdront l'argent compensatoire. 90% d'entre eux ne veulent pas revenir par crainte d'une forte radioactivité et à cause de circonstances défavorables ; sans  hôpitaux ni magasins, sans voisins. Ils pourront aussi perdre leur habitation, car le gouvernement ne donnera plus de logement temporaire gratuit à partir de 2017. Ils doivent continuer d'errer, avec inquiétude et sans stabilité, quelque part dans la société japonaise.

 

 

Conclusion


      Un accident nucléaire diffère complètement des autres accidents. La radioactivité se diffuse largement et ne disparaît pas, alors le drame va se prolonger très longtemps. Même si les réacteurs nucléaires ne se trouvent pas dans les environs de votre maison, à tout moment vous pouvez en devenir les victimes.

Le gouvernement et les entreprises électriques agissent en capitalistes, à savoir uniquement pour le profit, alors ils veulent cesser le plus tôt possible de s'occuper des victimes. Malheureusement des hommes cupides soudoyés par les grandes entreprises gouvernent le pays, il faut donc que des hommes honnêtes mais sans pouvoir continuent de souffrir. La situation actuelle des victimes de l'accident nucléaire de Fukushima montre cela clairement.

 

 

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Rapport en espéranto

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 18:04

Textes de HORI Yasuo des 11 et 15 août 2015

traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

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Sommaire :

  • Le réacteur n°1 de Sendai a été remis en route
  • Finalement, l'ancien président de TEPCO et d'autres seront accusés
  • Le gouvernement va décider de ce que seront les sources d'électricité en 2030
  • Des nouvelles encourageantes pour les habitants de Fukushima
  • Le saké japonais “Aidu-Homare” a obtenu le premier prix lors du concours mondial du vin
  • Écoliers et écolières de Tōhoku ont escaladé le Fuji-Yama
  • Festival équestre de Sōma
  • Quatre jeunes filles ont fait leur début comme danseuses de hula-hula

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Rapport du 11 août

 

Le réacteur n°1 de Sendai a été remis en route

 

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Sendai, dans le sud de l'île de Kyushu, déjà âgé de 32 ans et le plus dangereux selon l'avis d'un inspecteur, a été remis en route par la compagnie d'électricité de Kyushu. Au Japon, aucun réacteur ne fonctionnait depuis septembre 2013, or, deux ans et demi plus tard, les Japonais ont eu à nouveau de l'électricité d'origine nucléaire.

Après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, le nouveau comité qu'on appelle l'Autorité de Régulation Nucléaire a été établi pour examiner plus rigoureusement les réacteurs, et il a déjà jugé conformes à la norme quatre réacteurs des centrales nucléaires de Sendai, Takahama et Ikata. Le chef de l'Autorité affirme que les réacteurs sont conformes à la norme, mais n'affirme à aucun moment qu'ils sont sûrs. Cependant, le Premier ministre Abe a déclaré qu'il remettra en service les réacteurs que l'Autorité estime "sûrs", interprétant à sa manière les paroles du président du Comité.

Plus de 60% des gens s'opposent à la remise en route de ces réacteurs. A propos de celui de Sendai on mentionne principalement 3 dangers :

1. Le réacteur n'est pas équipé d'un récupérateur de corium, qui permettrait de récupérer les combustibles en fusion en cas d'accident grave, et en outre les installations nécessaires ne sont pas encore construites.

2. Dans l'île de Kyushu il existe un danger d'énorme éruption. La compagnie affirme que, avant une possible éruption, elle s'arrangera pour retirer les barres de combustibles et les transportera quelque part, mais les vulcanologues disent qu'il est impossible de prévoir une éruption d'une telle ampleur.

3. Les plans d'évacuation ne sont pas encore suffisants. Après l'accident de Fukushima, le gouvernement a fait passer la zone d'évacuation d'un rayon de 3 à 8 km à un rayon de 30 km, mais beaucoup de gens vivent dans cette zone agrandie et il s'y trouve beaucoup d'hôpitaux et des résidences pour personnes âgées, etc., de sorte qu'on ne peut pas prévoir d'évacuer tous les personnes malades et âgées. Le gouvernement se contente d'inciter les communes autour des centrales à établir des plans d'évacuation, mais, même en l'absence de ces plans, les compagnies électriques ont le droit de réactiver les réacteurs. Pour le gouvernement et les entreprises électriques, la vie a moins de valeur que l'électricité nucléaire.

L'été est intolérablement chaud au Japon, donc nous faisons un grand usage de climatiseurs, mais l'électricité n'a jamais manqué, et jamais les gens n'ont subi d'inconvénients dans leur quotidien. Pourquoi le premier ministre et le monde industriel veulent-ils réactiver les réacteurs, qui pourront occasionner de grandes souffrances pour les populations? C'est quelque chose de tout à fait incompréhensible pour les gens ordinaires.

 

      * Le 21 Août, a eu lieu un dysfonctionnement dans un tuyau du condensateur du réacteur n°1 de Sendai.

      * Dans le même département, en ce qui concerne le mont Sakurajima qui est un volcan très actif, on prévoit une grande éruption, et dans trois petits villages on a évacué tous les habitants. Le 2 décembre 2011 à 18h51, c'était sa dix-millième éruption depuis 1955, date à laquelle on a commencé à les compter. Il me semble que la montagne est en colère à cause de la remise en marche du réacteur. (Photo: éruption en octobre 2009)

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Finalement, l'ancien président de TEPCO et d'autres seront accusés


    Le 31 juillet, la Cour de révision de Tokyo a publié la décision de mettre en accusation les trois anciens dirigeants de TEPCO, à savoir l'ancien président M. Katsumata Tsunehisa, les anciens vice-présidents M. Tekedjuro Ichirō et Mutō Sakae pour crimes d'homicide  pendant les travaux. Elle a allégué que ce grand tsunami de 2011 était prévisible et qu'ils auraient dû prendre des dispositions appropriées pour s'en protéger, et même arrêter le fonctionnement des réacteurs. 

   Jusqu'à présent, le parquet de Tokyo a décidé à deux reprises qu'en raison de l'insuffisance de preuves il ne devait pas les accuser. Les victimes de Fukushima se sont opposées à cette décision et ont demandé sa révision, et finalement la Cour de révision de Tokyo a décidé d'accuser ces trois responsables.

   TEPCO soutient que, puisque que l'accident nucléaire a été causé par un tsunami d'une imprévisible violence, la compagnie est innocente. Il est illogique qu'aucun responsable de TEPCO ne soit accusé, malgré le fait que beaucoup d'habitants de Fukushima souffrent encore, certains ont péri durant leur exode ou sont morts de désespoir. Donc, cette décision de la Cour de révision de Tokyo est très bienvenue pour les victimes de Fukushima.

   La présidente du groupe de plaignants dans l'affaire de  l'accident nucléaire de Fukushima, Mme Mutō Ruiko 61 ans, en montrant les affiches où figuraient ces mots « Justice pour les citoyens » et « TEPCO sera accusé », a déclaré aux journalistes: " Je crois que le tribunal va découvrir la vérité de l'accident et juger équitablement l'affaire ".

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Le gouvernement décide de ce que seront les sources d'électricité en 2030


    Bien que beaucoup de gens ne veuillent pas d'électricité de centrales nucléaires, le gouvernement ne tient pas compte de leur opinion et a décidé le plan suivant pour les sources d'électricité en 2030 :

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

   Afin de produire de 20 à 22% d'électricité à partir de centrales nucléaires, il sera nécessaire de faire fonctionner le plus possible de réacteurs, et même d'en construire de nouveaux. Le Premier ministre Abe avait promis qu'il diminuerait le nombre de réacteurs, mais il n'a pas tenu sa promesse.

 

 

Rapport du 15 août

 

Des nouvelles encourageantes pour les habitants de Fukushima

 

Des problèmes et des difficultés subsistent encore dans le département de Fukushima mais, malgré tout, les habitants s'efforcent de reconstruire leur existence. Je rapporterai aujourd'hui quatre nouvelles encourageantes les concernant.

 

Le saké japonais “Aidu-Homare” a obtenu le premier prix lors du concours mondial du vin

 

Le 16 juillet a eu lieu, à Londres, le plus grand concours vinicole, le “Challenge International du Vin” (International Wine Challenge, IWC), au cours duquel la marque “Aidu Homare” (Honneur de Aidu) a été sacrée, parmi 876 marques, championne dans le domaine du saké japonais. Le président de l'entreprise vinicole Homare a déclaré : “Quatre ans déjà se sont écoulés depuis l'accident nucléaire de Fukushima, et pourtant celui-ci continue d'influer de façon négative sur la vente de nos produits. Il nous faudra du temps pour gommer cette fâcheuse réputation. La seule chose que nous pouvons faire, c'est de fournir un effort constant pour produire un saké meilleur. J'espère que l'honneur qui, aujourd'hui, est rendu à notre saké, profitera à Fukushima.

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

 Cette entreprise vinicole est située dans la région montagneuse Aidu, dans le département de Fukushima, à quatre-vingts kilomètres de distance de la centrale nucléaire et elle n'a que peu souffert de l'accident, mais elle pâtit du discrédit lié au nom Fukushima.

 

Écoliers et écolières de Tōhoku ont escaladé le Fuji-Yama

 

Entre le 22 et 24 juillet, cent-un élèves de la région de Tōhoku (dont 94 de Fukushima), qui ont vécu le tsunami et l'accident nucléaire de 2011, ont grimpé sur le  Fuji-Yama, haut de 3776 mètres. L'initiative du projet avait été prise par Mme Tabei Junko, la première femme à avoir fait l'ascension du mont Everest.

 

Photo : Watanabe Yukio

Photo : Watanabe Yukio

 Ils ont commencé leur escalade le 23, par mauvais temps, jusqu'à la septième étape, mais ont dû renoncer à continuer jusqu'au sommet. Madame Tabei les a encouragés par ces mots : « Vous êtes maintenant dans la montagne la plus haute du Japon. Prenez-en conscience et profitez-en bien. Remerciez tous ceux qui vous aident. J'espère que tous les Japonais feront l'ascension du  Fuji-Yama au moins une fois dans leur vie et vous, aujourd'hui, vous en aurez fait le premier pas. »

Noto Taichi, un élève de seize ans, qui, réfugié, vit maintenant à Tokyo, a dit :     « Je suis fatigué, mais je suis content d'avoir pu grimper sur le mont avec les élèves de mon cher Fukushima. »

 

Festival équestre de Sōma

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Du 24 au 27 juillet, s'est déroulé le Festival équestre de Sōma, dans la ville de  Minami-Sōma du département de Fukushima. Quatre-cent-cinquante samouraïs (guerriers de l'époque féodale) ont paradé dans les rues, galopé sur le champ de courses et combattu pour s'emparer des étendards sacrés lancés dans le ciel.

 

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Comme la région de Sōma s'étend le long du rivage de l'Océan Pacifique, non loin de la centrale nucléaire de Fukushima, ses habitants ont souffert - et souffrent encore - deux fois plus que partout ailleurs, mais les samouraïs ne s'avouent jamais vaincus. Même au cours de l'été 2011, ils ont organisé le Festival équestre bien qu'à une échelle moins grande.

 

 Dans la parade, une fillette de neuf ans, Kimura Nanami a fait ses débuts. Son grand-père, mort à l'âge de soixante-neuf ans en décembre dernier, avait longtemps pris part aux festivals, et à son exemple ses fils et ses parents, eux aussi, y participaient - ou le font encore. Il espérait que sa petite-fille Nanami y prendrait place à son tour, en chevauchant une monture. Nanami s'était beaucoup entraînée et finalement, le 26 juillet, elle a pris le départ. Le matin, elle avait prié devant la photo de son grand père, puis avait rejoint la parade. Elle disait : « Mon grand-père m'a protégée. Je lui ai dit, en arrivant sur le champ de courses d'Hibarigaoka : "J'ai réussi !" »  (paru dans le journal Fukushima-Minpō du 28 juillet 2015)

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

Lorsque j'ai visité cette région, en août 2013, dans des maisons saccagées par le tsunami j'ai trouvé des cuirasses couvertes de boue. Elles sont très pesantes.  L'ambition de beaucoup d'hommes, dans cette région, est de prendre part au Festival et, si possible, après s'être emparé de l'étendard sacré, de monter en courant vers le sanctuaire proche.

 

 

Quatre jeunes filles ont fait leur début comme danseuses de hula-hula

Nouvelles de l’été 2015 à Fukushima

À Iwaki, ville du département de Fukushima, se trouve un hôtel avec théâtre et piscine, le “Spa-Rezort Hawaiians”. Quelques années auparavant, il y avait à sa place une mine de charbon, mais celle-ci, en raison d'une réorientation de la politique énergétique, périclita et finalement fut fermée. Pour survivre, la compagnie propriétaire eut l'idée d'utiliser l'eau chaude d'une source présente dans la mine et elle ouvrit un grand hôtel. Pour rendre ce dernier plus attractif, elle décida de s'adjoindre une troupe de danse havaïenne. Ce fut un grand succès. Mais l'accident nucléaire eut un impact négatif sur l'hôtel, car Iwati est proche de la centrale et les gens eurent peur d'y venir. Après la catastrophe l'hôtel dut fermer pendant un an, et pendant cette période les danseuses ont fait une tournée à travers cent-vingt-cinq villes, dans tout le Japon, pour présenter un spectacle de hula-hula. Elles s'attirèrent la sympathie de nombreuses personnes, et lorsque l'hôtel rouvrit ses portes, les réservations affluèrent.

Devenir danseuse de hula-hula dans la troupe de l'hôtel est l'ambition de maintes amatrices de danse. Le  28 juillet, quatre jeunes filles ont fait leur début dans une chorégraphie nommée “Gros Mahalo! Merci! Merci! Merci!”. L'une d'entre elles, mademoiselle Abe Mitsuna, originaire de Iwaki, a confié : « Pour contribuer au réveil de Fukushima, je me suis fait danseuse ici. » Elle y dansera avec ses trente-huit collègues ballerines.        (paru dans le journal Fukushima-Minjū, du 29 juillet 2015)

 

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Lien vers les deux rapports en espéranto :

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 18:33

Texte de HORI Yasuo rédigé le 25 juin 2015

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN

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  • Des réacteurs soumis à l'examen de l'Autorité Nucléaire de Régulation
  • Le tribunal de Fukui n'a pas approuvé la remise en marche de la centrale nucléaire de Takahama
  • Le tribunal de Kagoshima a approuvé la remise en route de la centrale nucléaire de Sendai
  • Cinq réacteurs vont être démantelés
  • L'électricité nucléaire est la moins chère !
  • Éruptions et séismes sont fréquents
  • 70% de  la population redoute la survenue de nouveaux accidents

 

 

-oOo-

 

La politique énergétique du gouvernement

et l'opposition des citoyens

 

Au cours des trois derniers mois, ont eu lieu divers événements ayant trait à la politique énergétique du gouvernement et à l'opposition des citoyens. Ce sera le thème de mon rapport d'aujourd'hui.

 

Des réacteurs soumis à l'examen de l'Autorité Nucléaire de Régulation.

La politique énergétique du gouvernement et l'opposition des citoyens

Le tribunal de Fukui n'a pas approuvé la remise en marche de la centrale nucléaire de Takahama

 

Le 14 avril, le tribunal de Fukui a interdit la remise en marche des réacteurs n° 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama, dans le département de Fukui. Le verdict a été prononcé dans le cadre du “Processus provisoire”, dont le prononcé est immédiat, alors qu'un jugement ordinaire nécessite de nombreuses années avant la conclusion finale. La compagnie d'électricité Kansai est mécontente et exige l'annulation de ce verdict, mais elle devra patienter plusieurs années avant la décision définitive, et en attendant elle n'aura pas le droit d'utiliser ces réacteurs.

 

Le verdict précise que la nouvelle norme de sécurité de la centrale nucléaire, que le gouvernement a inscrite dans la loi après l'accident nucléaire de mars 2011, est tout à fait insuffisante, et donc que le fait que ces réacteurs soient conformes à la norme ne garantit nullement leur sécurité.

 

Ce verdict a porté un coup sérieux à la compagnie et au gouvernement. Il est encourageant et m'a réjoui.

 

Le tribunal de Kagoshima a approuvé la remise en route de la centrale nucléaire de Sendai

 

Le 22 avril le tribunal de Kagoshima a approuvé la remise en route des réacteurs n° 1 et 2 de la centrale nucléaire de Sendai. Il a aussi approuvé la nouvelle norme et a conclu que les réacteurs qui seront en conformité avec elle présenteront un niveau de dangerosité négligeable.

 

Ainsi, même après l'accident nucléaire de Fukushima, il se trouve encore un tribunal qui suit aveuglément le gouvernement. C'est vraiment une chose incroyable.

 

Cinq réacteurs vont être démantelés

 

Le 17 mars, deux compagnies d'électricité ont pris la décision de démanteler trois de leurs réacteurs et le 18 mars, deux autres compagnies ont décidé d'en démanteler deux. Ces décisions sont motivées par le fait que ces réacteurs sont anciens (entre 39 et 44 ans) et que leur capacité de production est faible (entre 360  et  560 milliers de kilowatts). Pour les mettre en conformité avec les nouvelles normes, les compagnies dépenseraient beaucoup d'argent et n'en retireraient aucun profit.

 

Pour mener à bien ce démantèlement, trente ans au moins seront nécessaires. Il ne peut être encore décidé ni où ni comment pourront être entreposés ou conservés les combustibles nucléaires et les déchets radioactifs qui seront retirés des bâtiments des réacteurs avant que ceux-ci ne soit démolis.

 

Le 30 avril, la compagnie d'électricité Kansai a sollicité un allongement de la durée de fonctionnement de deux de ses réacteurs, les numéros 1 et 2 de Takahama qui auront bientôt quarante ans d'âge. D'après les normes en vigueur, on peut obtenir une seule fois, une prolongation de vingt ans. Pendant les dix prochaines années, dix autres réacteurs dépasseront leurs quarante années de fonctionnement.

 

J'espère que l'Autorité de régulation nucléaire, qui examinera les réacteurs, ne donnera pas son feu vert à leur prolongation. Y a-t-il, autour de nous, des machines de quarante ou de soixante ans d'âge? C'est une folie de la part des compagnies que de considérer ces vieux réacteurs comme étant encore utilisables en toute sécurité.

 

L'électricité nucléaire est la moins chère !

 

Le ministère de l'économie et de l'industrie a publié son plan concernant les pourcentages prévus des sources d'énergie du Japon en 2030.

 

 

Source

2010

2013

2030

Énergie renouvelable

10%

11%

20%

Pétrole

7%

15%

5%

Gaz naturel

29%

43%

25%

Charbon

25%

30%

30%

Énergie atomique

29%

1%

20%

  

 

Avant l'accident nucléaire de Fukushima, le Japon dépendait de l'énergie nucléaire à hauteur de presque 30%, mais à présent toutes les centrales nucléaires sont à l'arrêt. Le gouvernement et les compagnies d'électricité nous ont effrayés en disant que, sans l'énergie nucléaire, le Japon allait revenir à l'époque féodale, or au cours de ces quatre dernières années il n'y a eu aucun problème. Notre économie progresse et les gens profitent de la vie. Nous n'avons donc nul besoin de l'énergie atomique et pourtant, comme les centrales nucléaires apporteront de grands profits aux politiciens et aux capitalistes avides d'argent, ceux-ci ont bien l'intention, de toute façon, de les remettre en route, et c'est pourquoi le ministère considère le nucléaire comme l'une des quatre sources majeures d'énergie.

 

Pour étayer son plan, le ministère a publié ses chiffres concernant le coût du kilowatt/ heure d'énergie fournie par les diverses sources :

 

  Énergie atomique :         10,1 yens par kw/h

  Charbon :                        12,3            "

  Gaz naturel :                   13,4            "

  Pétrole :                           28,9/41,6    "

  Eau :                                11,0             "

  Géothermie :                   19,2             "

  Énergie éolienne :           13.9/21.9    "

  Énergie solaire :              12,7/15,5     "

   

C'est vrai, le coût de l'électricité nucléaire est le meilleur marché ! Mais on a fait les calculs de façon très roublarde, en excluant certaines dépenses nécessaires. De plus on a, de façon ridicule, divisé par deux la fréquence probable d'accident gravissime, sous le prétexte qu'après Fukushima, les centrales nucléaires japonaises sont devenues plus sûres.

 

Pour l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima, le gouvernement et TEPCO ont déjà dépensé et dépenseront encore d'énormes sommes se répartissant ainsi :

   Indemnités :   5 421 milliards de yens

                          (40 milliards d'euros)

   Dépollution :  2 500 milliards de yens

                         (18 milliards d'euros)

   Construction de lieux de stockage pour matières nucléaires :

                         1 100 milliards de yens

                         (8 milliards d'euros)

Démantèlement des réacteurs et contre-mesures pour l'eau polluée

                           2 000 milliards de yens

                         (15 milliards d'euros)

 

Il m'est intolérable de voir estimer les dommages subis par les habitants en sommes d'argent. À présent, dans le département de Fukushima, cent mille, deux cent mille hommes vivent dans la tristesse et le désespoir. Comment pourrait-on chiffrer les pertes de vie subies ? Si l'on pouvait prendre en compte leurs souffrances, le coût de l'électricité d'origine nucléaire deviendrait incalculable. Pour vraiment consoler ces victimes, les choses les plus importantes sont de démanteler tous les réacteurs et de faire du Japon un pays sans énergie atomique.

 

Éruptions et séismes sont fréquents

La politique énergétique du gouvernement et l'opposition des citoyens

Des sismologues affirment qu'après un grand séisme il y a souvent des éruptions. Ils ont raison. Au Japon, dans la période actuelle, des éruptions se sont produites, se produisent et se produiront. En septembre 2014, il y a eu celle du mont Ontake, au cours de laquelle plus de soixante personnes ont trouvé la mort, en novembre celle du mont Aso, en janvier celle du mont Sakurajima, en mai ce fut le tour du mont Hakone, à la fin mai celui du mont Kuchinoerabu et tous les habitants ont évacué leur île, et en juin celui du mont Asama.

 

Le 30 mai, a eu lieu un séisme terrifiant, au tremblement lent et qui a duré longtemps. Il a pris naissance à 682 kilomètres de profondeur, dans l'Océan Pacifique, ce qui est inhabituel. Les sismologues ne comprennent pas ce qui a bien pu le provoquer.

 

L'archipel japonais est situé sur quatre plaques de la lithosphère, il est donc un vrai nid de séismes et d'éruptions. En cet endroit dangereux sont installés plus de cinquante réacteurs nucléaires. L'Autorité Nucléaire de Régulation elle-même, quoique travaillant selon la politique énergétique du gouvernement, n'a pas approuvé la remise en route des réacteurs Shiga et Tsuruga, en raison de deux failles actives se trouvant à proximité ou au-dessous d'eux.

 

70% de  la population redoute la survenue de nouveaux accidents

 

La crainte de beaucoup de Japonais face à de nouveaux accidents s'exprime ainsi :

 

1) Pensez-vous qu'un accident de même échelle que celui de Fukushima se reproduira?

 

  Se reproduira certainement : 22%

  Se reproduira peut-être : 52%

  Ne se reproduira peut-être pas : 24%

  Ne se reproduira sûrement pas : 1%

 

2) Les plans d'évacuation sont-ils préparés de façon suffisante ?

 

  Tout à fait insuffisante : 37%

  Insuffisante : 50%

 

3) Êtes-vous pour ou contre la remise en marche des centrales nucléaires ?

 

  Tout à fait contre : 26%

  Contre : 45%

  Pour : 24%

  Je la juge bienvenue : 4%

 

 4) Sur la politique énergétique :

 

   Pour la reprise actuelle et la réduction progressive du nombre de réacteurs : 53%

   Pour le démantèlement immédiat de tous les réacteurs : 30%

   Pour la reprise et le maintien du niveau actuel : 12%

   

(Selon une enquête menée auprès de 1 200 personnes âgées de 15 à 79 ans, en deux cents points de l'ensemble du pays, enquête faite en avril par le professeur Hirose Hirodata de l'Université Féminine de Tokyo.)

 

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MàJ : 28/07/15

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 00:04

Texte de HORI Yasuo rédigé le 19 juin 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

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Sommaire

  • Plan remanié pour le démantèlement des réacteurs
  • Des robots ont exploré l'intérieur du réacteur n°1
  • Les muons travaillent pour explorer l'intérieur du réacteur
  • État conjecturé des combustibles nucléaires dans les réacteurs 1, 2,et 3
  • Problème des déchets contaminés
  • Problème de l'eau contaminée
  • Une énorme quantité de déchets contaminés
  • L'accident n'est pas du tout terminé

    

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés ?

    Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se trouvent 6 réacteurs, dont 4 (n°1 à 4) ont été endommagés par le tsunami. Au début, nous pensions que le réacteur n°4 connaissait la situation la plus grave, parce que des combustibles nucléaires étaient dans la piscine de son bâtiment dégradé. Si un autre tremblement de terre avait lieu et ébranlait davantage le bâtiment, l'eau fuirait et les combustibles seraient mis à nu. Cependant, on a réussi à retirer tous les combustibles et à les mettre dans un autre bassin, de sorte que la menace d'une crise majeure à présent n'existe plus pour le réacteur n°4.

 

 Plan remanié pour le démantèlement des réacteurs


    Le 12 juin 2015, le gouvernement et TEPCO ont publié un plan remanié pour le démantèlement des quatre réacteurs endommagés.
    Y figurent 3 étapes:
  1. Préparation* (enlever les débris autour des réacteurs et préparer les conditions pour l'enlèvement des combustibles nucléaires)
      * Ces préparatifs sont en cours.

  2. Retirer les combustibles nucléaires encore dans les bassins des bâtiments.

  3. Retirer* les combustibles nucléaires fondus du bâtiment.
      * Pour ce faire,  on est en train d'explorer l'intérieur des réacteurs à l'aide de robots et de muons (électrons lourds, avec 207 fois plus de masse qu'un électron normal).      
                   

 

Plan initial hachuré, plan remanié en gris foncé. On voit déjà que les travaux se prolongeront jusqu'à 2025 et au-delà.

Plan initial hachuré, plan remanié en gris foncé. On voit déjà que les travaux se prolongeront jusqu'à 2025 et au-delà.

Selon ce plan, dans trente, dans quarante ans on travaillera encore pour les réacteurs. Est-ce que les générations futures pourront faire face à un travail d'une telle importance, et en même temps si stupide ? Il est tout à fait certain, que je ne verrai pas la fin de la centrale.

 

Des robots ont exploré l'intérieur du réacteur n°1


           Le 13 avril, TEPCO a réussi à photographier l'intérieur du réacteur n°1 avec un robot. L'intensité de la radioactivité y était de 10,3 sieverts par heure. Les humains ne peuvent pas approcher de cet endroit en raison de la forte radioactivité.

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Il semble que les robots soient très utiles, mais un chercheur déclare ceci :

 

"Jusqu'à présent on n'avait pas utilisé de robots pouvant intervenir en cas d'accidents nucléaires, car on croyait qu'au Japon des accidents graves ne se produiraient pas. Cependant, même si on arrive un jour à avoir des robots efficaces, ils ne pourront effectuer que peu de travaux. Finalement, les humains doivent  tout faire de leurs propres mains ".

 

Dans le bâtiment du réacteur, la radioactivité est si forte que la durée de vie de ces robots est seulement de 10 heures. Les réacteurs n'étant pas tous dans le même état, on doit utiliser des robots de diverses formes et diverses sortes.

Un robot de 60 centimètres de longueur, 9,5 cm de hauteur, 7 cm de largeur et d'un poids de 10 kg , liniforme quand il rampe dans le tuyau d'accès, arrivé dans le bâtiment se dispose en forme de U pour travailler. Son prix n'apparaît pas dans Internet.

Un robot de 60 centimètres de longueur, 9,5 cm de hauteur, 7 cm de largeur et d'un poids de 10 kg , liniforme quand il rampe dans le tuyau d'accès, arrivé dans le bâtiment se dispose en forme de U pour travailler. Son prix n'apparaît pas dans Internet.

Les muons travaillent pour explorer l'intérieur du réacteur

 

Lorsque des muons traversent un  matériau dense comme l'uranium, ils sont absorbés ou bien changent leur trajet. L'université de Nagoya a publié les résultats d'un essai d'utilisation de muons pour voir l'intérieur des réacteurs à travers leur paroi. Selon les recherches, les combustibles nucléaires dans les trois réacteurs sont dans l'état suivant :

 

 

État conjecturé des combustibles nucléaires dans les réacteurs 1, 2,et 3

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Problème des déchets contaminés


       Trois bâtiments ont explosé, de sorte que sur le terrain de la centrale nucléaire n°1 des débris de ces bâtiments ont été projetés ici et là. On les collecte, on en fait des monticules que l'on couvre de terre, mais la quantité augmentera toujours plus, car on va commencer à démolir les bâtiments endommagés. Certains détritus sont fortement radioactifs, de sorte qu'on ne peut pas simplement les jeter, mais on doit en gérer attentivement le stockage.

Lieu d'entreposage des tours d'absorption

Lieu d'entreposage des tours d'absorption

Le nombre de tours d'absorption pour les substances radioactives est également en augmentation. On purifie l'eau contaminée par le procédé ALPS et grâce à d'autres machines, mais on ne peut pas anéantir les substances radioactives. Celles-ci sont regroupées dans les tours d'absorption. Le nombre de ces tours est maintenant de 1621 ( janvier 2015) et ne cesse de croître. Le plus gros problème est qu'on ne dispose pas du moyen ultime pour traiter ces déchets.

 

Problème de l'eau contaminée


        Chaque jour, arrivent 300 tonnes d'eaux souterraines sous les bâtiments endommagés et elles se chargent de radioactivité. Actuellement, on les pompe et on les met dans d'énormes cuves. Le nombre de ces cuves est de plus de 1000. Ceci est un très gros problème, donc TEPCO a commencé à construire un mur de terre gelée de 1500 mètres de long autour des bâtiments pour empêcher l'arrivée de l'eau, mais il est douteux que le plan réussise.

 

         Cette eau polluée, stockée, est purifiée par le procédé ALPS, mais on ne peut éliminer le tritium, donc on doit continuer à garder cette eau «purifiée». TEPCO et le gouvernement veulent la rejeter en mer, mais les pêcheurs du département n'ont pas confiance en TEPCO  et s'y opposent fortement.

Les déchets contaminés sont recouverts de plastique vert  pour être "en harmonie" avec la nature

Les déchets contaminés sont recouverts de plastique vert pour être "en harmonie" avec la nature

Une énorme quantité de déchets contaminés

 

Partout dans le département de Fukushima, on racle la terre contaminée et on la met dans des sacs. Cela constitue 22 millions de mètres cubes. Le gouvernement envisage de conserver ces déchets dans les villes d'Ōkuma  et de Futaba, où se trouve la centrale nucléaire n°1. Ces villes appartiennent à la zone déclarée "inhabitable pour une longue durée" en raison de la radioactivité. Elles ont accepté ce plan sous la condition que, au bout de 30 ans, le gouvernement transporterait les déchets contaminés hors du département de Fukushima. Les habitants des villes comprennent bien dans leur cerveau que l'on doit conserver ces déchets contaminés quelque part, mais dans leur cœur ils ne peuvent accepter la perte de leurs champs et de leurs maisons. En outre beaucoup ne croient pas que cette condition sera respectée et craignent que le dépôt reste à jamais dans leur ville.

En mars, on a commencé le transport de terre polluée dans ces deux villes sur le terrain préparé à cet effet. Selon le plan, le gouvernement va construire un "avant-dernier stockage" sur une zone de 16 kilomètres carrés contre la somme de 1100 milliards de yens (11 milliards d'euros), mais presque personne parmi les propiétaires de terrain n'accepte de vendre ses terres, car le prix proposé est trop faible.

Déjà depuis plus de 4 ans, ces terres et ces déchets sont stockés en plein air dans des sacs en plastique sur 720 lieux de stockage provisoire et 50.000 terrains privés. De nombreux sacs se sont rompus et cela inquiète les habitants.

 

Non seulement dans le département de Fukushima, mais également dans les départements environnants, se trouve une énorme quantité de terre contaminée :

 

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Les départements respectifs doivent éliminer ou conserver ces terres et détritus, mais nulle part on ne peut décider de l'endroit pour cela.
    * Je vis dans le Gunma (10), mais ces derniers temps je n'entends jamais dire comment on conserve ces déchets contaminés.

 

L'accident n'est pas du tout terminé


        Le premier ministre Abe a prétendu devant le monde entier que l'accident était   désormais sous contrôle, mais c'est un mensonge. Nous pouvons dire que presque aucun problème n'est résolu.

 

Dans le journal Akahata du 8 avril 2015, est paru un article disant que, dans de l'eau de mer collectée sur la côte de l'Océan Pacifique de l'Etat de Colombie-Britannique, au Canada, on a détecté des substances radioactives provenant de Fukushima.

 

Dans le journal Fukushima-Minyū du 25 avril, le professeur Aoyama Michio de l'université de Fukushima a publié qu'en raison de l'accident 3 500 000 milliards de becquerels de césium 137 s'étaient écoulés dans la mer, qu'entre 12 et 15 millions venus par les airs y étaient tombés, et que l'eau de mer contaminée se déplaçait vers l'est à la vitesse de 3 à 7 km par jour.

L'eau contaminée se déverse continuellement dans la mer depuis la survenue de l'accident qui, de fait, n'est pas terminé et continue de menacer le monde.

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Dernière MAJ : 20/07/15

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 23:48
Expérience vécue par deux femmes ayant fui à Hokkaido

Texte de HORI Yasuo rédigé le 18 juin 2015

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN

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"Il y a deux ans, j'ai fait une conférence dans Sapporo, le chef-lieu d'Hokkaido, l'île la plus septentrionale du Japon, et là j'ai rencontré une dame âgée. Elle m'envoie souvent diverses informations sur Hokkaido et entre autres, des rapports concernant la centrale nucléaire Tomari, située dans l'île. Contre cette centrale, se déroule un procès au cours duquel deux femmes ont exprimé leur expérience et leur opinion au sujet de l'accident nucléaire de Fukushima. J'ai trouvé la chose digne d'être traduite.

Témoignage de Mme Honda Junko

 

Je suis Honda Junko. J'ai fui la ville de Kagamīshi, située au centre du département de Fukuŝima, pour la ville de Sapporo, dans Hokkaido. Ce qui m'a déterminée à fuir, c'est la détérioration de la santé de ma fille.

Expérience vécue par deux femmes ayant fui à Hokkaido

En avril 2011, après l'accident nucléaire de Fukushima, celle-ci, âgée de douze ans, a recommencé à fréquenter l'école. Bientôt j'ai remarqué, sur son visage, l'apparition d'exanthèmes que je n'avais jamais vus auparavant. J'ai été surprise et nous avons consulté un médecin. Celui-ci a dit qu'il ne s'agissait pas d'impétigo. Plus tard j'ai su qu'après l'accident nucléaire de Tchernobyl, des gens à peau sensible avaient souffert du même mal.

 

J'ai téléphoné à l'école, en demandant qu'au repas de midi des produits provenant de Fukushima ne soient pas servis aux élèves, au déjeuner, et qu'on ne leur permette pas de jouer à l'extérieur. Mais la réponse fut, que ces repas et les activités des enfants à l'extérieur ne posaient aucun problème, car le gouvernement les avait reconnus sans danger.

 

Jugeant que, dans ces conditions, nous ne pouvions plus vivre là, j'ai décidé d'aller loger à Sapporo dans Hokkaido. Mon mari et ma fille sont partis en juin et moi en juillet, après que j'ai fermé mon institut de beauté. J'aimais ma ville, j'y avais travaillé assidûment pendant quinze ans, et voilà que je devais la quitter, ainsi que mon salon et mes collègues de travail, mes amis et mes parents. En rangeant nos affaires dans la maison et en regardant les photos de mes jeunes enfants, je fus prise d'une affreuse tristesse. Je ne cessais de me demander en pleurant, ce qui m'avait attiré ce malheur. J'ai longuement pensé à tout cela, mais finalement j'ai décidé de n'agir qu'en fonction de la santé de ma fille.

 

C'était la première fois que je venais à Hokkaido. La vie y est difficile. Mon mari a eu un nouvel emploi au bout de quelques mois, mais son salaire n'était que de cent mille yens (mille euros). J'ai ouvert un institut de beauté, mais chaque mois j'étais en déficit. Je devins si fatiguée, que mon corps souffrit de raideurs et ne pouvait bouger.  Je dormais toute la journée. Je perdis toute confiance en moi pendant cette période de ma vie.

 

Mon fils, qui loge dans une autre ville, a cessé de fréquenter son collège car nous ne pouvions plus payer les frais d'études. Ma fille devait passer un examen d'entrée pour une école moyenne dans une ville étrangère. Quelle détresse était la sienne ! Tous souffraient physiquement et moralement jusqu'à la limite du supportable, dans une ville qui leur était étrangère et des conditions de vie changées. Tous pleuraient en cachette, en évitant de montrer leurs larmes aux autres.

 

Comme nous sommes des réfugiés volontaires, TEPCO ne nous verse aucune indemnité. Nous vivions avec un petit salaire et l'argent de notre épargne. Nous avons vendu notre voiture, résilié l'assurance et, une année plus tard, nous avons cédé notre maison et l'institut de beauté dans le département de Fukushima.

 

Nos liens d'amitié avec nos relations et la bonne entente avec nos parents se sont rompus, car nous n'avions pas la même opinion ni la même attitude face à la radioactivité. Je ressentais une telle fureur, que j'ai appelé TEPCO et j'ai hurlé dans le téléphone, mais après j'ai eu honte de mon indécence.

 

Je pense que si je me tais, le gouvernement et TEPCO nous ignoreront et  déclineront toute responsabilité, aussi ai-je accepté toutes les interviews, à la télévision et dans les stations de radio, et je suis intervenue dans diverses réunions. J'ai également pris part au procès. En m'interrogeant sur les raisons que j'avais d'agir ainsi et sur ce qui motivait ma douleur et ma tristesse, je restais sans dormir de nombreuses nuits. Je souriais aux autres mais à l'intérieur de moi-même, je pleurais. Je sentais que j'allais me briser si je ne riais plus. Deux ans et demi ont passé, ma vie s'est un peu stabilisée et désormais je peux rire un peu, cependant il me sera impossible de vivre aussi heureuse que je l'étais dans le Fukushima.

 

Face à l'affection thyroïdienne, le gouvernement réagit très lentement, aussi ai-je fait examiner ma fille à mes frais. Sa glande a grossi plus que l'an dernier. Le médecin dit que cela n'a pas d'importance, mais je m'inquiète.

 

Nombreux sont ceux qui ont déjà oublié la catastrophe, pourtant je pense que de vraies souffrances vont apparaître à partir de maintenant. Parmi mes amis, quatre déjà ont divorcé en raison peut-être de divergence d'opinion sur la radioactivité. Quelles douleurs ont été les leurs ? Pourtant j'ai décidé de ne plus pleurer, car la colère affecte mes cellules, mais aussi les gens de ma famille et mes amis autour de moi. Je me suis réfugiée à Sapporo pour sauver ma fille et ce n'est pas en tombant malade que je  pourrai la sauver. Il vaut mieux vivre dans les rires que dans les pleurs. Je dois donc agir en riant, c'est la leçon que j'ai tirée de ma dure expérience. Cependant je ne peux pardonner au gouvernement ni à TEPCO qui  nous ont volé notre tranquillité, qui nous terrorisent par la radioactivité et qui font fi de nos souffrances. Si nous, les victimes, ne protestons pas contre eux, qui le fera ?

 

Témoignage de Mme Tsuzuki Hiroko

 

Le 21 juillet 2011, quatre mois après l'accident nucléaire, j'ai quitté ma maison avec mon mari et mes deux enfants. J'ai fait mes adieux à mes parents, mais je n'ai pu prononcer « Au revoir ! », car ma maison était ici, et je ne savais pas quand je pourrais y revenir. Mon cœur vacillait. Pour retenir mes larmes, j'ai levé les yeux : le ciel bleu était là, comme auparavant, mais je savais que tout déjà était changé à cause de l'accident nucléaire. Je ne peux plus vivre tranquille comme avant.

 

Mon mari et moi sommes nés et avons grandi tous deux à Tokyo. En 1995, mes parents, qui aiment la montagne, ont choisi de s'installer dans la ville de Shirakawa. Nous leur rendions souvent visite, nous aussi nous aimions beaucoup cette ville et nous y avons emménagé en 1997. Mes deux enfants sont nés dans le département de Fukushima, qui est donc leur foyer. Nous avions vécu quatorze ans dans la ville. Ce jour-là nous avons dû lui dire adieu, en laissant derrière nous nos parents et notre chère maison, ce qui nous causa une grande tristesse.

 

La ville de Shirakawa est distante de 80 kilomètres de la centrale n° 1 de Fukushima. Quand se produisit l'accident, on entendait dire seulement : “Ici ça n'a pas d'impact”, “Il n'y aura aucun problème”, “Soyez tranquilles”. Je ne pouvais approuver ces propos, car l'accident était sans précédent.

 

En avril a commencé la nouvelle année scolaire. J'ai suggéré à l'école, que l'on nettoie le gymnase et qu'en attendant on interdise aux élèves de l'utiliser, mais la réponse, toujours la même, a été : “Il est bon que les élèves fassent comme d'habitude” et cependant, de façon inconséquente, le port d'un masque, d'une chemise à manches longues et d'un pantalon leur a été prescrit. En voyant mes enfants partir chaque matin à leur cours, je me demandais pourquoi l'école tentait d'imposer aux élèves une “vie normale” dans une “situation anormale”.

Expérience vécue par deux femmes ayant fui à Hokkaido

 

En mai s'est déroulée la Journée sportive dans un gymnase toujours pas dépollué. J'ai demandé au directeur pourquoi l'école organisait néanmoins cette journée et il m'a répondu : “Si nous n'approuvions pas la norme de 20 millisieverts par an décrétée par le pouvoir* et s'il fallait que le gymnase ait une pollution inférieure à un millisievert par an comme avant l'accident, la Journée Sportive de demain ne pourrait  avoir lieu.” Après avoir entendu cette réponse, j'étais plus effondrée que furieuse. L'école attachait plus de prix aux règlements qu'à la vie des enfants. C'est alors que j'ai décidé de partir.

 

   *À cette époque, le ministère de l'éducation et de la science avait défini une norme de 20 millisieverts par an pour les écoles, bien que jusqu'alors – et même jusqu'à présent – la norme fût et soit encore d'un millisievert par an. L'un des membres du comité, mis en colère par cette décision, donna sa démission.

 

Cet accident nucléaire s'est vraiment produit. De ces réacteurs explosés s'est envolée une énorme quantité de matières radioactives qui se sont répandues non seulement dans le département de Fukushima, mais encore dans tout le territoire du Japon, polluant le sol et l'air. Inodores, invisibles, ces particules radioactives ont eu aussi une influence considérable sur le cœur des hommes. Les réfugiés ont été critiqués comme étant des traîtres, et les gens restés dans Fukushima le sont souvent comme étant peu soucieux de la santé de leurs enfants. Des amis, des membres d'une même famille sont entrés en désaccord et se sont séparés. Aussi bien les réfugiés que ceux qui sont restés sur place ont beaucoup perdu et souffrent toujours d'un manque dans leur cœur.

 

Aller de l'avant ne signifie pas simplement oublier le passé. Lorsque nous pouvons savoir ce qui a eu lieu, et que nous pouvons voir ce qui aura lieu, alors nous pouvons avancer. Je veux savoir la vérité.

 

Pourquoi nos droits humains sont-ils négligés ? Pourquoi n'apprécie-t-on pas notre volonté de protéger de faibles enfants ? Pourquoi aucun responsable du pouvoir ou de TEPCO n'est-il inculpé, quoique l'accident soit le fait d'hommes ? Nous-mêmes, gens ordinaires, ne sommes-nous pas coupables par ignorance et par manque d'intérêt ?

 

Je veux que, grâce à ce procès, nous puissions clarifier les responsabiltés dans l'accident, réacquérir nos droits humains et notre dignité pour vivre heureux et sainement.

 

Pour finir, écoutez ce que disait ma fille, alors âgée de quatorze ans : “Ce sera bien si un jour je peux rire, en ayant la preuve que notre départ n'était pas nécessaire, mais si un jour nous avions la preuve qu'il l'était, jamais plus je ne pourrais rire”. Imaginez ce qu'elle avait en tête en prononçant ces mots et ne l'oubliez jamais."

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:34
Visite de la région côtière de Fukushima

Texte de HORI Yasuo rédigé le 26 mai 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

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Sommaire

  • Région côtière du département de Fukushima
  • Nous avons roulé le long de la voie Jōban
  • Nous avons visité les réfugiés dans la ville de Minami-Sooma
  • Nous avons visité la ville de Namie
  • Qu'est-il arrivé?

Région côtière du département de Fukushima

 

Le 26 mai, l' "Association de la ville de Maebashi pour le démantèlement de toutes les centrales nucléaires du Japon" organisait une excursion en bus dans la région côtière du département de Fukushima, où sont les centrales nucléaires n°1 et n°2.  Quarante-deux personnes y  participaient, de sorte que le bus était presque plein.

 

Mon département de Gunma est voisin de celui de Fukushima, si bien que, lorsque l'accident nucléaire s'est produit, des nuages contenant des substances radioactives ont flotté jusqu'ici, de sorte la terre n'est pas très fortement contaminée, mais l'est tout de même. Dans le bus, deux personnes ont mentionné la souffrance due à l'accident nucléaire dans mon département :

A: Je suis  agriculteur. Parfois, mes légumes sont plus contaminés que la norme, alors je les jette.
B: Dans la petite ville de Komochi, où l'on produit du thé, depuis l'accident les feuilles de thé sont contaminées. Les agriculteurs ont perdu espoir, et certains ont déjà cessé de travailler. 

La département évite de  publier des rapports concernant la pollution due à l'accident, aussi les habitants, ignorant la gravité de la situation, vivent-ils heureux, mais en réalité leur santé décline même  un peu chaque jour.

 

Nous avons roulé le long de la voie Jōban


   Traversant le département de Tochigi, notre bus est entré dans le département de Fukushima. Entre les villes  de Tomioka et Namie, la route a été longtemps fermée en raison de l'accident nucléaire, mais le 1er mars elle était ouverte, cependant les villes traversées par la route appartiennent au district inhabitable fortement contaminé. Dans le parking de Junotake, le taux de pollution est indiqué en neuf points de cette partie de la chaussée :

Minami-Sōma – Namie  1,3,  0,4,  0,2(microsieverts)

Namie – Tomioka     3,0,  5,6,  1,0

Tomioka – Hirono   0,2,  0,7,  2,3

La norme maximale que le gouvernement a décidée est de 0,23 microsieverts, donc la radioactivité dans 6 des 9 sites a dépassé la norme.

 

   Le bus est entré dans la ville de Tomioka. Les chiffres ont encore augmenté, même dans le bus: 0,22, 0,34, 0,45, 0,52.
    Dans la ville de Futaba, les chiffres ont augmenté encore: 0,45, 0,60, 0,80, 1,15 (le plus élevé)

Pendant ce temps, des deux côtés de la route, défilaient des champs  couverts de mauvaises herbes, des maisons désertées, et d'énormes quantités de terre contaminée dans des sacs de plastique. La surface des terrains désertés est la moitié de celle de la métropole de Tokyo. Alors que de nombreuses générations n'ont cessé de cultiver les champs à la sueur de leur front et produit du riz et des légumes délicieux, et que, si l'accident nucléaire n'était pas arrivé, les champs donneraient, maintenant et à l'avenir, pour eux et pour nous, les fruits bénis de la terre, l'accident leur a fait perdre presque à jamais ces héritages.  

    Récemment, le ministère de l'économie et de l'industrie a commencé à nouveau à plaider pour le faible coût de l'électricité nucléaire. Comment ont-ils calculé le coût? Comment ont-ils calculé le coût de la terre inhabitable et des champs incultivables, les pertes de vie, culture, tranquillité, espoir et avenir? Ces pertes sont incalculables. Les bureaucrates et les politiciens qui plaident sans honte pour elle sont trop arrogants, ils n'ont pas de cœur.   

    Notre guide M. Itō nous a expliqué, en montrant du doigt les champs, que celui-ci était un beau champ, que cet autre aussi était  beau, mais sur ces domaines les saules ont déjà commencé à pousser. Ces gens arrogants ne peuvent pas ressentir la tristesse et le désespoir des agriculteurs. M. Itō a déclaré: "Le gouvernement actuel n'hésite pas à sacrifier Okinawa, l'obligeant à accepter une base militaire US sur son sol, pour remplir une promesse faite aux États-Unis, et il n'a aucune hésitation non plus à sacrifier le département de Fukushima pour continuer sa politique d'énergie nucléaire".

Tas de terre polluée couverts de bâches de plastique. Les champs blancs sont déjà dépollués.

Tas de terre polluée couverts de bâches de plastique. Les champs blancs sont déjà dépollués.

Nous avons visité les réfugiés dans la ville de Minami-Sooma

 

Nous attendaient six réfugiés (deux hommes et quatre femmes) dans la salle de rencontre des maisons provisoires dans le district de Ushikoshi.  Tous étaient des gens âgés. M. Satō, le responsable, a expliqué la situation:

Dans ce district il y a 379 maisons provisoires, dans lesquelles vivent 800 personnes. Je viens du village de Takanokura et habite dans la ville de Minami-Sōma. Au début, j'ai pris refuge dans la ville de Kitakata, mais je suis retourné à la maison en juin 2011, donc à ce moment-là, j'ai certainement été beaucoup exposé à la radioactivité. Je suis arrivé ici en avril 2012. Une personne isolée recevait une petite chambre, une famille avec deux personnes, deux chambres, et une famille plus nombreuse, trois chambres.

De chaque côté logent 10 familles.

De chaque côté logent 10 familles.

  Dans ma maison de Takanokura, l'intensité de la radioactivité est de 2,2 microsieverts, de sorte qu'il est trop dangereux d'y vivre, mais le gouvernement a décidé que mon district est un "lieu habitable" et il a cessé de nous donner les indemnités compensatoires, alors je subsiste avec ma pension et l'argent économisé. Dans mon district logeaient auparavant 85 familles, mais maintenant il n'y en a plus que trois."

 

 Un homme à côté de lui a déclaré :
   " Je suis un éleveur de bovins âgé de 35 ans. Quand je suis revenu à la maison après l'accident nucléaire, toutes les vaches étaient des squelettes. En quelque sorte, je vis ici, mais la chose la plus difficile est que je n'ai rien à faire. N'utilisant jamais mon cerveau, je ne fais que manger, dormir et regarder la télé sans but. Auparavant, je travaillais à temps partiel dans les centrales nucléaires. On nous a  fait croire que les centrales nucléaires étaient absolument sûres, mais je savais que rien d'absolu n'existe. 

J'ai visité personnellement un homme dans la maison voisine. Il a expliqué sa vie:
   " Quand j'étais jeune, je m'étais engagé dans dans l'armée japonaise, et je m'étais porté candidat kamikaze, mais avant que je ne vole, la guerre était terminée. Ensuite, je suis revenu ici et ai commencé l'élevage de bovins. Après l'accident nucléaire, je suis rentré à la maison et ai constaté que toutes les 30 vaches étaient devenues des squelettes. C'étaient peut-être les sangliers qui les avaient mangées."

 

 Il a frôlé la mort pendant la Seconde Guerre mondiale, et maintenant il souffre de la politique énergétique injuste. Il a des raisons suffisantes pour être en colère contre le gouvernement et TEPCO, mais il m'a semblé qu'il n'était pas mécontent de sa vie actuelle. Il a même dit : "La vie ici est agréable."

 Ces six hommes non plus n'exprimaient jamais de colère ni de haine envers le gouvernement et TEPCO. Il semblait qu'ils acceptaient leur vie actuelle comme   étant leur destin naturel mais quand je suis sorti de la réunion et que j'ai trouvé l'annonce suivante, j'ai eu honte de ma compréhension superficielle.

 

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Psychiatre Sōma Hiroshi
Ne soyez pas affligé !
Venez à moi, vous qui
avez une colère inexprimable,
un courroux contre TEPCO,
qui désespérez de votre avenir,
ne savez plus comment survivre,
  ne pouvez plus entrevoir votre avenir,
êtes rompus de chagrin.

 

 Déjà quatre années ont passé, mais rien n'a été résolu, au contraire tout s'est aggravé. Dans ce contexte, ils  agissent et parlent comme s'ils n'avaient pas de problèmes, mais au fond de leur cœur on trouve la tristesse et le désespoir. Ils sont si fragiles qu'ils n'ont d'autre choix que de rester assis, silencieux et désespérés . Le gouvernement et TEPCO, profitant de leur faiblesse, les négligent et ne veulent plus s'en soucier, prétextant l'intervalle de quatre ans et visant à économiser l'argent des indemnités.

 

Nous avons visité la ville de Namie


    La situation actuelle de la ville est la suivante :

1. Le nombre d'habitants avant l'accident était 21 000, mais maintenant il est de

    19 000.

2. 70% de la population s'est réfugiée dans le département  de Fukushima lui-même, et 30% dans d'autres départements. 3700 personnes vivent dans des maisons provisoires dans 30 endroits du département de Fukushima.

3. La ville organise des "communautés de citoyens déplacés" dans les villes de Minami-Sōma, Nihonatsu et Iwaki, construisant des "appartements de restauration". Elle a installé ici et là des "aides à la restauration" en 10 endroits  dans d'autres départements.

4. L'administration principale de la ville est maintenant dans la ville de Nihonmatsu, mais quarante personnes travaillent aussi dans le bureau de Namie.

Selon le plan municipal pour la restauration, la ville construira une base sur le site qui va bientôt devenir  "habitable", et élargira cet endroit, arrangeant diverses fonctions pour les habitants. Et il est prévu que, lorsque  la ville entière sera habitable en 2017, le nombre d'habitants sera de 5000 (2500 familles"), mais selon une enquête auprès des habitants  (en août 2014) :

Je désire revenir à la ville assez vite: 17,6%

Je n'ai pas encore décidé : 24,6 %

J'ai décidé de ne pas revenir : 48,4 %

Certes, ceux qui veulent revenir sont des personnes âgées,  donc la disparition de la ville est prévisible dans un court laps de temps.

Voici le paysage devant la gare de Namie : le dosimètre devant la gare montre 0,628. Sur mon dosimètre le chiffre était de 1,23 microsieverts. Dans ce lieu fortement radioactif personne ne peut résider.

Voici le paysage devant la gare de Namie : le dosimètre devant la gare montre 0,628. Sur mon dosimètre le chiffre était de 1,23 microsieverts. Dans ce lieu fortement radioactif personne ne peut résider.

Des liasses de journaux chez un marchand de journaux. En première page dansent les mots "Explosion des réacteurs," Les journaux sont venus, mais les habitants ont fui.

Des liasses de journaux chez un marchand de journaux. En première page dansent les mots "Explosion des réacteurs," Les journaux sont venus, mais les habitants ont fui.

Stationnement pour vélos. Sur le panneau est écrit "Aidez tous les enfants avec le même amour que les vôtres." Les vélos sont restés ici depuis ce jour-là.

Stationnement pour vélos. Sur le panneau est écrit "Aidez tous les enfants avec le même amour que les vôtres." Les vélos sont restés ici depuis ce jour-là.

Nous sommes allés au district d'Ukedo, qui a été détruit par le tsunami. Quand je suis arrivé ici il y a un an, sur les champs nageaient des bateaux, mais maintenant ils ont disparu.

L'école primaire d'Ukedo était dans le même état. Nous avons pu voir des salles détruites et un grand salon au plancher pourri. Sur la photo ci-dessous, le bâtiment de l'école était dans le brouillard. Des grenouilles de pierre nous regardaient on ne sait pourquoi.

Visite de la région côtière de Fukushima

En bus, nous avons traversé la ville de Futaba. Il y avait là un panneau célèbre sur lequel était écrit " L'énergie atomique est l'énergie pour un avenir lumineux." La ville veut l'enlever, en faisant valoir qu'il serait devenu vieux et dangereux, mais la raison est certainement tout autre. Peut-être le gouvernement et TEPCO obligent-ils la ville à l'enlever, parce que ce panneau montre clairement que l'énergie nucléaire est une énergie pour un avenir sombre.

Ce slogan, contribution de M.Ōnuma Yūji, 39 ans, résidant dans le département d'Ibaraki, à cette époque-là  étudiant dans la ville, a été installé en mars 1988. Celui-ci a visité la ville en mars et a proposé que le slogan soit conservé en tant que patrimoine négatif, car il montre clairement la bêtise humaine.

Ici mon dosimètre a indiqué 2,57 microsieverts dans le bus, alors bien sûr au dehors l'intensité était le double, pourtant dans cet endroit se trouvaient des gardiens dans les rues.

Ici mon dosimètre a indiqué 2,57 microsieverts dans le bus, alors bien sûr au dehors l'intensité était le double, pourtant dans cet endroit se trouvaient des gardiens dans les rues.

Pour finir, je vais traduire un poème de M. Itō, notre guide ce jour-là.

 

Qu'est-il arrivé ?

 

On trouve des maisons

et des champs,

on trouve de douces

montagnes et la mer.

 

Chaque jour se présentent

le matin et la nuit.

Il vente

et parfois il pleut.

 

Mais personne n'habite là,

on trouve des villages bien-aimés

où les hommes ont disparu,

ils ne peuvent y habiter.

 

Une telle chose s'est produite

Le long du Hamadōri, la côte de Fukushima

Comme le nom de cet endroit sonne joliment !  

L'Abumaka-kōchi

se trouve, lui aussi, entre les monts

 

les vents sentaient bon,

les pluies avaient de belles couleurs,

le soleil matinal avait de la force,

le soleil du soir avait de la tendresse.

 

Au début du 21ème siècle

dans cet endroit du Fukushima

 le parfum des vents a disparu.

Ont disparu les couleurs de la pluie, du soleil matinal et vespéral, ils ne restent que dans nos souvenirs

Hélas, qu'est-il arrivé?

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 22:37
Travailleurs à Fukushima Daiichi

Texte de HORI Yasuo rédigé le 23 février 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

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Sommaire

  • Les accidents se multiplient
  • Travaux difficiles dans les centrales nucléaires
  • Craintes à cause de maladies
  • Prolifération des déchets contaminés
  • Poème écrit par un ouvrier de Fukushima

____________________

 

Travailleurs de la Centrale Nucléaire N°1

 

Les accidents se multiplient

Travailleurs à Fukushima Daiichi

     Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, le 20 janvier, un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu'à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l'année dernière.

    Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, travaillent chaque jour 6000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur dit ceci : "Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l'accident, car leur norme d'exposition était dépassée. Maintenant, la politique de TEPCO est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents."

 

Travaux difficiles dans les centrales nucléaires


    Je traduis maintenant un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014:

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j'avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir", a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale nucléaire n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s'occupait d'enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l'eau contaminée, mais maintenant il transporte l'eau contaminée qui s'est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200 000 yens  (1500 euros) par mois.


 

Travailleurs à Fukushima Daiichi

La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu'il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu'il ne peut pas se déplacer facilement, c'est pourquoi un travail d'une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l'usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. Il achète et mange des aliments déjà prêts dans un magasin qui lui convient pour trois repas. Il se distrait parfois en jouant au pachinko (genre de machine à sous).

 

Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d'être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s'il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d'un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l'accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l'on puisse connaître ce fait ".

(fin de la traduction)

 

 

Craintes à cause de maladies


    TEPCO a enquêté chez 4587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 2014.
    2003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l'éventualité d'une maladie due à la radioactivité.
    Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu'ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

      Cependant il est étrange que l'Autorité de Régulation Nucléaire prévoie d'augmenter la norme maximale d'exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: "La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c'est. S'il arrive un accident de même niveau qu'à Fukushima, les travailleurs pourront s'occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts."

     Peut-être n'est-ce applicable qu'en cas d'accident grave, mais TEPCO et d'autres compagnies profiteront de ce changement pour faire travailler plus dur les ouvriers.

 

Prolifération des déchets contaminés


    Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n'a pas le droit de les transporter à l'extérieur, de sorte que tous les déchets s'accumulent sur le  site. TEPCO  prévoit que jusqu'à 2027 s'amasseront 560 000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200 000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l'espace de stockage.

   Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. TEPCO prévoit de les brûler et d'en réduire la quantité, mais n'y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand.

 

Poème écrit par un ouvrier de 53 ans employé à la centrale N°1 de Fukushima

 

Avec mes de gants de caoutchouc doubles
Mes doigts se meuvent difficilement.
Avec peine et patience
je tourne une vis.

 

Je travaille dans ce lieu

où je ne peux pas aller aux toilettes.

La couche pour personnes âgées

n'est pas agréable à mes fesses.

 

Les bassins d'eau polluée

se dressent comme de grands arbres.

parmi eux j'ai la sensation

de suffoquer.

 

Entre TEPCO et ma compagnie,

des sous-traitants bouffent mon salaire.

Puisse l'eau polluée diminuer

Autant que mon salaire

 

Texte original en espéranto

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 12:00
Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

Texte de HORI Yasuo rédigé le 31 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

.

Sommaire

- On a réussi à retirer les matériaux nucléaires du réacteur n° 4

- L'eau contaminée est en augmentation

- Le gouvernement a l'intention de remettre en route des réacteurs

- TEPCO attend la mort des victimes
- Santé des enfants et des adolesce
nts

Qu'est-il arrivé en ce qui concerne Fukushima et la politique nucléaire au cours de ces derniers mois?
 

    A l'occasion de la fin de l'année 2014, je vous fais un rapport sur ce qui est arrivé au cours de ces derniers mois concernant Fukushima et la politique nucléaire au Japon.

 

On a réussi à retirer les matériaux nucléaires du réacteur n° 4

    Lorsqu'ont eu lieu le séisme et le tsunami en 2011, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima n'était pas en fonctionnement. Jusque-là, on pensait qu'un réacteur à l'arrêt n'était pas dangereux, mais c'était un malentendu. Pendant que le réacteur est contrôlé, on en retire les combustibles usagés et on les met dans un bassin. Si de l'eau du bassin se perd, les barres de combustibles seront à nu et vont émettre une quantité considérable de radioactivité. Une telle situation de crise a failli arriver dans le réacteur n°4. Par un heureux hasard, l'eau du bassin voisin a envahi le bassin qui s'était vidé et cela a sauvé le Japon et le monde. Si l'eau s'était complètement échappée, le monde entier aurait été si contaminé que vous aussi, qui habitez à l'étranger, vous auriez dû vous enfuir quelque part (certainement nulle part). 

     Après la catastrophe, ces 1 535 combustibles nucléaires sont restés dans le bassin à l'intérieur du bâtiment sinistré. Si un autre grand séisme survenait, le bassin  pourrait se rompre, le plus important était de retirer rapidement ces combustibles hors du bassin et de les transporter en lieu sûr. Ce travail a commencé en novembre 2013, et le 20 décembre 2014 TEPCO réussi à retirer tous les combustibles nucléaires.

 

 L'eau contaminée est en augmentation
 

    Une grande quantité d'eau souterraine s'écoule dans les bâtiments  endommagés et se charge de radioactivité. TEPCO extrait 400 tonnes d'eau chaque jour et les conserve dans d'énormes cuves de métal sur le terrain de la centrale. La quantité stockée était de 351 800 tonnes début novembre. Pour la réduire, il y a deux moyens.

 

   La première méthode est de bloquer l'eau qui s'infiltre grâce à un mur gelé autour des bâtiments. Bien sûr, on essaie de construire ce mur, mais je n'ai toujours pas entendu dire qu'on soit parvenu à le construire.

   La deuxième méthode est de purifier cette eau polluée par des machines appelées ALPS. A présent, on a installé trois ALPS, cependant des problèmes surviennent souvent sur les machines et le nettoyage ne progresse pas dans la facilité. En outre, ces machines ne peuvent retirer le tritium. La compagnie TEPCO veut rejeter l'eau avec le tritium dans la mer, en faisant valoir que ce n'est pas une substance radioactive dangereuse, mais elle ne publie pas ce projet, craignant les critiques des pêcheurs, du public et du monde.

 

Le gouvernement a l'intention de remettre en route des réacteurs
 

    Le 15 septembre 2013, tous les réacteurs au Japon ont été arrêtés. Le gouvernement veut les remettre en route, arguant que l'énergie nucléaire est une source d'énergie basique stable, peu coûteuse et nécessaire, mais la plupart des gens s'opposent à cette politique, et pendant un an et trois mois les Japonais ont vécu avec de l'électricité non produite par les centrales nucléaires. Cependant, le gouvernement et le monde industriel persistent à vouloir la remise en route des réacteurs.

   Le 10 septembre 2014, l'Autorité de Régulation Nucléaire, qui examine les réacteurs, a publié que les deux réacteurs de Sendai dans le département de Kagoshima sur l'île méridionale de Kyūshū sont conformes aux règles de sécurité concernant les réacteurs, et la ville de Satsuma-Sendai, où se trouvent ces réacteurs, et le département de Kagoshima ont accepté la remise en route. Le gouverneur, M. Itō Yūichirō, dit que, pour garder le niveau de vie actuel de la population, l'énergie nucléaire ne doit jamais manquer, et que, même si un accident survient comme dans le département de Fukushima, il n'y aura aucun risque de mort. 

    Le 17 décembre 2014, l'Autorité de Régulation Nucléaire a publié que les deux réacteurs du département de Fukui Takahama sont en conformité avec les règles de sécurité.

    Cependant, ces observations de l'Autorité de Régulation Nucléaire ne sont pas fiables. Le responsable en chef de cette Autorité, M. Tanaka Shunichi, dit lui-même: "Je dis que les réacteurs sont en conformité avec les règles, mais je ne dis pas qu'ils sont sûrs et seront exempts d'accidents". La mission de l'Autorité est seulement de juger si l'équipement du réacteur est en conformité ou non avec les règles, mais le premier ministre Abe ne cesse de dire en déformant ses paroles: "Si l'Autorité constate la sécurité d'un réacteur, mon l'intention est de le remettre en route."

 

   Au sujet des réacteurs de Sendai, le plan d'évacuation des habitants des  villes environnantes n'est pas prêt, et en outre beaucoup craignent que ne survienne une énorme éruption volcanique sur l'île de Kyūshū. Le gouvernement et le département disent que, lorsque surviendra un accident grave, ils prendront la responsabilité sur eux, mais, comme vous constatez la réalité dans le département de Fukushima, il est clair que personne ne pourra en répondre.

 

   Or, le parti du premier ministre a gagné aux élections générales qui ont eu lieu le 14 décembre. Ce dernier, avec encore davantage de confiance en lui, va pousser à une politique d'énergie nucléaire. Beaucoup ressentent de la peur ou de la terreur à cause de sa façon de gouverner en dictateur.

 

TEPCO attend la mort des victimes
 

    Le gouvernement et TEPCO ne veulent pas verser aux sinistrés des indemnités suffisantes. Afin de résoudre un conflit entre TEPCO et les sinistrés, il existe le système ADR (Alternative Dispute Resolution, résolution alternative par discussion), plus simple et facile qu'un règlement  en justice. Avec l'ADR, les victimes qui sont mécontents de la somme de compensation accordée par TEPCO peuvent demander une solution au "Centre pour régler un différend concernant la rémunération due à l'accident nucléaire", organisme officiel dans le cadre du ministère de l'éducation et des sciences. A présent, de plus en plus de personnes, individuellement et en groupes, demandent cette solution.

   Le nombre des demandes est le suivant :

2011 :  521 (entre  septembre et décembre)

2012 : 4542

2013 : 4091

2014 : 4825 (jusqu'à fin novembre)

   Le total est de 13 979, parmi lesquelles 9219 (66%) ont été résolues, cependant les concrétisations s'effectuent très lentement.

 

   Par exemple, dans la ville de Namie, ville voisine de la centrale nucléaire, 15 313 citoyens (70% de la population) se sont groupés pour demander la résolution par l'ADR en mars 2013. La compagnie TEPCO paie actuellement par personne 100 000 ¥ (1000 euros) par mois, mais ils ont exigé qu'elle paie 350 000 ¥, (3500 euros) et le Centre a arrangé un compromis pour faire passer le montant compensatoire à 150 000 ¥ (1500 euros), mais TEPCO a refusé. Pendant ce temps, déjà 238 personnes sont mortes.

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

   A présent, tous les habitants de Namie se sont réfugiés dans d'autres villes et ils vivent dans de petites maisons provisoires. Mme Matsumoto, 82 ans, a déclaré: "Dans ce quartier ici, un grand nombre de personnes sont mortes aussi. Nous n'avons pas de connaissances ici ni d'emploi, donc beaucoup s'enferment en solitaires dans leur petite maison et ils déclinent". Son mari non plus, depuis l'évacuation, ne parlait pas beaucoup, il ne mangeait pas assez et finalement il est mort.

 

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

Santé des enfants et des adolescents
 

   Le 26 décembre 2014, le département de Fukushima a publié les résultats de l'enquête sur l'influence de la radioactivité sur la thyroïde des enfants et adolescents de moins de 18 ans.

Au cours du premier examen sur 370 000 enfants et adolescents,

ont été trouvés porteurs d'un cancer de la thyroïde :

14 sur 48 000 en 2011

50 sur 161 000 en 2012

20 sur 159 000 en 2013

    Lors du deuxième examen portant sur 385 000 enfants et adolescents et aussi sur les nouveaux-nés, quatre ont été trouvés souffrant d'un cancer de la thyroïde.
    Le département pense, à propos de ce résultat, que l'on ne peut attribuer la survenue du cancer à la radioactivité.

    Dans l'article sur ce résultat est en outre apparu «le résultat d'une exposition de 444 362 personnes aux rayonnements." Selon ce résultat, les habitants vivant à côté de la centrale ont été exposés à la radioactivité, au cours des quatre premiers mois qui ont suivi l'accident nucléaire, de la façon suivante (les quantités sont en millisieverts/an) :        

Nouvelles de Fukushima en janvier 2015

   L'université du département de Fukushima a déduit la quantité d'irradiation en fonction des activités des personnes interrogées, et a conclu que, en fonction des connaissances actuelles en épidémiologie, une irradiation de moins de 100 millisieverts par an n'affecte pas la santé.

 

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Texte original en espéranto :

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