24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 12:11
Comment les oiseaux vivent-ils à Fukushima?

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 12 novembre 2013.

Traduit de l'espéranto par Ginette Martin

avec les conseils de Paul Signoret

  • Comment les oiseaux vivent-ils à Fukushima?
  • Les rats règnent dans les villes désertées

Comment les oiseaux vivent-ils à Fukushima?

 

Je suis membre de la Société des oiseaux sauvages, qui agit pour la protection des oiseaux. Je n’en suis pas un membre très assidu : je me contente de payer la cotisation et de lire les organes de presse. C’est ainsi que j’ai eu connaissance d’une information concernant les oiseaux à Fukushima. En voici la traduction :

 

La faune a changé

Du fait de l’accident nucléaire, les habitants se sont réfugiés dans d’autres villes et ne peuvent donc plus entretenir leurs champs. Il y pousse de mauvaises herbes. Les hirondelles ont disparu, alors qu’apparaissent faisans et alouettes, qui aiment nicher dans les herbages. Sangliers et singes hantent les alentours des maisons désertées. Les animaux sauvages accroissent leur territoire. Ils vivent sous l’influence de la radioactivité.

 

Des nids sont pollués

Le Ministère de l’environnement a mesuré la quantité de radioactivité présente dans des nids d’hirondelles trouvés dans les villes de Ōkuma et de Namie, situées à proximité de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, et a détecté un maximum de 1,4 million de becquerels de césium radioactif par kilogramme (Bq/kg). La Société a, de son côté, trouvé 1,3 million de Bq/kg dans des nids de mésanges.

 

* En avril 2012, le gouvernement a fixé de la façon suivante les limites supérieures de la quantité de becquerels tolérable dans les aliments :


Aliments en général (céréales, légumes, viande, œufs, poissons) : 100 becquerels/kg
Lait : 50 becquerels/kg
Eau potable : 10 becquerels/kg
Aliments pour bébés : 10 becquerels/kg

 

Les aliments sont pollués

Dans la colonie d’aigrettes de Fukushima, on a détecté en moyenne un maximum de 157 Bq/kg dans la nourriture que leurs parents donnent aux oisillons, telle que grenouilles et loches. Les matières radioactives entrent dans le cycle du système écologique et y deviennent de plus en plus denses.

 

Pollution interne de l’organisme des oiseaux sauvages

Dans le corps de deux mésanges trouvées mortes dans la forêt de Fukushima, on a détecté 730 Bq/kg de césium. Et dans celui d’une hirondelle, 181 Bq/kg du même césium. Une partie de l’avifaune est déjà contaminée par la radioactivité.

 

Des hirondelles tachées de blanc font leur apparition

Dans le village de Iitate et dans la ville de Minami-Sōma, on a trouvé des hirondelles avec des taches blanches sur la gorge. On dit qu’un phénomène semblable s’est produit à Tchernobyl.

Des taches blanches sur la partie brune de la gorge

Des taches blanches sur la partie brune de la gorge

L’Association prévoit, que l’impact de l’accident nucléaire se fera sentir longtemps sur les oiseaux sauvages et elle sollicite le concours de ses membres afin d’en poursuivre l’étude. (Fin du premier rapport)

 

Les rats règnent dans les villes désertées

 

« Qu’importe qu’un chat soit blanc ou noir. S’il attrape les rats, c’est un bon chat. », disait Deng Xiaoping, célèbre dirigeant de la Chine des années 1980. Mais au Japon, aucun chat n’attrape des rats car, dans la vie quotidienne, nous ne n’en rencontrons jamais. Pourtant ils sont bien quelque part, où ils vivent cachés.

 

Dans les villages et dans les villes désertés des alentours de la centrale nucléaire de Fukushima, presque toutes les maisons sont infestées de rats. M. Ishida Kine, âgé de 75 ans, dit tristement : « Je n’ai plus la volonté de nettoyer ma maison. » Quand il revient chez lui, il trouve à chaque fois les pièces souillées d’excréments noirs de rats. Ceux-ci défèquent partout, rongent les literies et les meubles. Au début, il utilisait de la mort-aux-rats, mais il n’obtenait aucun résultat, aussi maintenant ne fait-il plus rien pour s’en défendre. Tous les habitants sont logés à la même enseigne et perdent de plus en plus le désir de revenir chez eux, en voyant dans quel état déplorable se trouve leur foyer aimé.

 

Les villes veulent chasser les rats, mais elles manquent d’expérience dans ce domaine car, avant l’accident, rares étaient les apparitions de ces rongeurs. Les fonctionnaires municipaux déclarent : « Nous devons trouver le moyen de dératiser efficacement. Si les gens renonçaient à revenir chez eux à cause de ces rats, ce serait vraiment grave. La ville disparaîtrait. » Pourtant, jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi. Un professionnel affirme : « Sangliers et rats se sont déjà tellement répandus, qu’il sera impossible de les exterminer. »

(paru dans le journal Fukushima Minpō, le 23 octobre 2013)

 

Les habitants ont le droit de revenir dans leur maison pour nettoyer et ranger leur intérieur, mais de moins en moins de gens le font, car ils ont perdu tout espoir. Auparavant, le gouvernement avait l’intention de ramener chez eux tous les habitants, après avoir dépollué les alentours, mais maintenant il s’apprête à décider que ceux qui logeaient dans des endroits devenus trop pollués ne pourront plus revenir. Les rats l’aident en cela, en dissuadant de façon très efficace les anciens occupants des lieux. Grâce aux rats, le gouvernement va pouvoir économiser l’argent de la dépollution.

 

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 29 octobre 2013.

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Le 29 octobre 2013

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Ginette Martin.

 

Les 26 et 27 octobre a eu lieu le 54ème Congrès de Tōhoku dans la ville de Yamagata. Tōhoku est la partie septentrionale du Japon, où se trouvent les préfectures sinistrées de Iwate, Miyagi et Fukushima. Pour me rendre dans cette ville, je dois traverser la ville de Fukushima, donc, profitant de cette occasion, j'ai visité la ville côtière de Minami-Sōma les 28 et 29 octobre.

 

J'ai déjà visité deux fois cette ville. Au cours du congrès, un participant m'a demandé pourquoi je visitais si souvent les mêmes villes. Je lui ai répondu que je voulais voir ne serait-ce qu'un petit début de rétablissement des habitants et des villes, mais en réalité, ces villes m'appellent. Chacune d’elles a été marquée par les sinistres d’une manière particulière, ce que je veux voir de mes propres yeux, et dont je veux rendre compte. Je sens que j'ai le devoir de le faire et, si ce n'est exagéré de ma part de dire cela, comme un témoin de l'histoire.

 

La ville de Minami-Sōma se trouve dans le rayon de 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire n°1 de la préfecture de Fukushima. La moitié de la ville est dans la zone de 20 kilomètres, et personne ne peut y loger. Tous les habitants sont exposés aux radiations et certains endurent encore les suites du tsunami. La totalité des agriculteurs pâtit du fait que les produits agricoles de la région ont maintenant mauvaise réputation. Dans cette ville, les habitants souffrent deux fois, trois fois, quatre fois plus que ceux des autres préfectures. J'ai voulu voir cette réalité et en témoigner.

 

Le 28 octobre, à 6h 35, je suis allé en bus depuis la gare de Fukushima jusqu'à la ville de Minami-Sōma. Auparavant, nous pouvions utiliser un train qui longeait la côte à partir de Tokyo, mais maintenant cette ligne a été fermée à cause de l'accident nucléaire, de sorte que le bus est le seul moyen de transport public de la ville.

 

Il y a seulement quatre bus par jour, donc j'ai pris le plus matinal. Le bus a traversé le village de Iitate, qui est très contaminé par les substances nucléaires apportées par le vent et venues de la centrale nucléaire n°1. A présent, dans cette ville, il n'y a plus aucun habitant, donc toutes les maisons sont fermées, et les champs, qui devraient avoir leur parure de plants de riz dorés, sont couverts de mauvaises herbes. Ce paysage me cause un grand désespoir, car le riz est en soi une partie intégrante de la vie japonaise. 

Le bus, sans faire aucune halte dans ce village, roulait à une vitesse folle, et il est arrivé à la ville de Minami-Sōma à 8h 20. Pour ce voyage, j'avais emporté un vélo pliant, afin de pouvoir moi-même visiter librement la ville. J'avais prévu de visiter certains endroits, mais, manquant d’informations, j'ai commencé par la mairie.

 

Le cimetière

 

Je suis parti à 9 h 30. Je roulais à vélo le long de la côte, ravagée par l'énorme tsunami, qui avait détruit de nombreuses maisons, et noyé beaucoup d'habitants. J'ai visité le cimetière dans le quartier de Shimoshibusa. J’en avais vu beaucoup dans les villes sinistrées, mais   celui-ci est le plus horriblement endommagé. D'après la photo affichée à côté, il était auparavant entouré d'arbres et vert comme un jardin, mais à présent il ressemble à un désert. Beaucoup de pierres tombales ont disparu, si bien que, sur de nombreuses tombes, les cavités dans lesquelles on met les cendres étaient à nu. A certains endroits, il y avait un panneau avec l'inscription « Rendu », ce qui signifie sans doute que le propriétaire de la tombe a renoncé à restaurer la tombe familiale et a rendu sa concession de sépulture.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

La petite ville de Odaka

 

J'ai visité la petite ville de Odaka, un district de la ville de Minami-Sōma. Dans les rues, je n'ai presque jamais vu d’habitants. Depuis avril dernier, on a le droit de la visiter pendant la journée, mais on ne peut pas y passer la nuit, parce qu'elle se trouve dans le rayon de 20 kilomètres et qu'elle est contaminée par la radioactivité. Cependant, certains habitants sont bien décidés à la restaurer, alors, les 26 et 27 octobre, ils ont organisé une "Fête pour la restauration de la ville de Odaka". À en croire la personne qui était de garde dans le hall municipal en service, de nombreux anciens habitants étaient venus à la fête. Juste à côté, dans le petit parking, on voyait des bancs en bois, sur lesquels les élèves avaient écrit, par exemple:

- Chaque jour je dois avancer, étape par étape.   

- Nous devons surmonter l'accident nucléaire.   

- Passons joyeusement nos journées avec le sourire.   

- Vivons avec des objectifs.

Pour prendre part à cette fête, ils étaient venus des villes voisines ou de plus loin, ou même d'autres préfectures. Ils se souviennent encore de la ville de Odaka qui était leur foyer, mais combien de temps garderont-ils ce sentiment, s’ils doivent résider ailleurs plus longtemps qu’ils n’ont vécu à Odaka?

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

J'ai visité l'école élémentaire de Odaka. J'ai regardé dans la salle des  "première année". Il y avait 20 tables, et sur six d’entre elles étaient restés des sacs contenant instruments de musique, peintures, crayons de couleur, stylos, etc., bref tout ce qui appartenait aux élèves réfugiés. En août dernier, quand on a pu pénétrer à nouveau dans la ville, les enseignants aussi sont revenus et ont remis en ordre les salles de classe. Puis les élèves sont venus pour recevoir les objets qu'ils avaient laissés, mais certains ont déménagé au loin. Ces six tables avec le sac signifient que les élèves qui  y étaient assis ne sont, jusqu’à présent, pas revenus.

 

 Sur le tableau noir figurait un message de l'institutrice :   

« Bon retour!   

Et bon voyage jusqu’à vos nouveaux lieux de vie !

Où que vous soyez,   

Je vous souhaite beaucoup de bonheurs et de joies ! »

Beaucoup d'élèves n'auront pas l'occasion de revoir leurs camarades au cours de leur vie. Comment vivent-ils à présent dans des lieux et parmi des gens qui leur sont étrangers ? Sur le stade, s’amassaient des montagnes de sacs contenant des gravats en provenance des maisons détruites. Solitaires et rouillés, les portiques de gymnastique se dressaient dans le stade. Des vases à fleurs avec des plantes fanées étaient tombés au sol. Tout était calme et on n'entendait nulle part des voix joyeuses d’élèves. Voilà ce qu'est une école affectée par la radioactivité.

 

Cénotaphes

 

En bord de mer, dans la ville de Odaka, il reste encore des maisons en ruine, parce que, pendant l’année qui a suivi la catastrophe, les occupants n’ont pas pu y retourner, ou bien parce que tous les membres de la famille  étaient morts. J'ai vu à plusieurs reprises ces maisons misérables, mais je ne me suis toujours pas habitué à ce spectacle et j’en suis toujours choqué. A l'intérieur sont disséminés divers objets, et en les voyant je pouvais imaginer quel avait été le genre de vie des habitants. Je me suis souvent demandé comment ils allaient à présent, mais jamais aucune réponse ne m'est venue.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

À divers endroits déjà, on a érigé des cénotaphes. Pendant mon circuit à vélo, j’en ai découvert quatre.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°1 comporte cinq esquisses de corps pourvus d’une tête, qui font penser aux traditionnelles poupées en bois kokeshi, mais sans les noms des morts. Certainement ces cinq éléments représentent les membres d’une même famille, peut-être décédés.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°2 porte les noms de sept personnes âgées.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Sur le cénotaphe n°3 sont inscrits 47 noms de victimes et 7 noms de personnes mortes pendant l'exode.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

A côté du cénotaphe n°2,  il y en a un autre, oblong, avec 271 noms. Il ne s’agit pas de morts.  Une inscription indique : « Les habitants du district d'Obama ont dû quitter la ville en raison des dommages causés par le tsunami, de l'accident nucléaire et de l'exode qui a suivi. Afin de rappeler le nom de tous ceux qui ont vécu dans le quartier avant la catastrophe, nous avons construit ce cénotaphe. » Selon le journal, seulement 30% des anciens habitants de ce quartier veulent revenir. Beaucoup sont morts, beaucoup ne reviendront pas, de sorte que le village va presque disparaître. Voilà la réalité d'un village sinistré.

 

Il était temps pour moi de reprendre le bus à la station de Minami-Sōma. Pour terminer, j'ai rendu visite à la pâtisserie de Shoogetu-doo, que je connaissais déjà, et j'y ai acheté dix gâteaux pour encourager le pâtissier, et pour les savourer, une fois rentré à la maison, tout en évoquant le souvenir de la ville.

 

HORI Yasuo

traduit par Ginette MARTIN

Révision du texte par Paul Signoret

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 09:55

Le 9 octobre 2013

Texte de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

 

Mon autre crainte : le manque de main-d’œuvre

 

Les Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020, sont-ils une circonstance favorable au règlement du problème de l’eau polluée à Fukushima ? C’est là une question que je me pose souvent ces temps-ci.

En vue de ces Jeux, nous devrons construire un nombre important de vastes stades dans Tokyo, et il est nécessaire en outre de réaliser et de coordonner les infrastructures. Pour cela on a besoin de main-d’œuvre. Le Japon en dispose-t-il en quantité suffisante, à la fois pour la centrale sinistrée de Fukushima et pour la préparation des Jeux. Je n’en crois rien. Je crains au contraire que, par manque de force de travail disponible, le gouvernement ne puisse faire porter suffisamment son effort sur les réacteurs en détresse. De divers côtés nous viennent des informations au sujet de cette pénurie de main-d’œuvre.

 

TEPCO a donné 100 000 yens à ses employés

 

Le 20 juillet, un article sur ce thème a paru dans toute la presse. Le journal Fukuŝima-Minpoo en autres écrivait :

« En 2011 et 2012, 1 177 personnes ont quitté TEPCO, au nombre desquels 40% étaient des administratifs. Entre avril et juin 2013 déjà, 109 personnes ont démissionné. TEPCO entend stopper la tendance par cette augmentation provisoire de salaire. Le président de TEPCO, M. Hirose déclare : « Je veux que, dans ces temps difficiles, les administratifs fournissent davantage d’efforts, mais jusqu’ici nous n’avons pas pu compenser leur surcroît de travail. Cette somme de 100 000 yens (1000 euros) est certes modeste, mais je souhaite ainsi envoyer un message à ceux à qui elle est destinée. »

Dans le même journal, en date du 1er août, on pouvait lire : « Les uns après les autres, les gens démissionnent de TEPCO en raison de l’évolution radicale de la compagnie. En 2011, 465 employés sont partis et en 2012, 712. Un des dirigeants de TEPCO dit que le départ de fonctionnaires et d’ouvriers capables est porteur de crise, mais que la réforme de TEPCO ne peut être arrêtée

 

Je veux travailler jusqu’au démantèlement des réacteurs, mais…

(un homme de 29 ans, de Fukuŝima)

 

Après l’accident nucléaire à Fukushima, je suis revenu aussitôt à la centrale. Je savais ma mort possible, mais jamais je n’ai songé à quitter le lieu de l’accident, car j’avais longtemps travaillé là. Au début, je me suis dépensé avec tant d’ardeur que je ne pensais jamais à l’irradiation. Beaucoup partaient à cause du travail trop dur, mais moi je le faisais volontiers, jusqu’au jour où j’ai su que j’avais reçu des doses de radiations équivalentes à plusieurs années d’exposition. Et j’ai dû, moi aussi, partir. Ce n’est qu’au début qu’on nous a encensés, mais plus tard on nous a rejetés. Quand je tomberai malade, personne ne se souciera de moi. Je voulais travailler pour la Centrale, mais à présent j’ai baissé les bras.

(paru dans le journal Fukushima-Minpo du 25 juin 2013)

 

Un travail extrêmement éprouvant

 

3 000 personnes travaillent chaque jour dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. TEPCO a programmé le retrait des combustibles dans les réacteurs n° 1, 2 et 3 à partir de 2020. Pour effectuer ce travail, en 2013 TEPCO a besoin de 500 personnes, mais en 2014 il en faudra 4 600, et 8000 en 2015. Pour les tâches complexes, il lui faudra des ouvriers expérimentés.

Or dans les centrales nucléaires, les membres du personnel, pour pouvoir continuer à travailler, ne doivent recevoir dans l’année qu’une irradiation maximum de 50 millisieverts, et de 100 millisieverts pour cinq ans. Ils reçoivent d’autant plus de radiations qu’ils travaillent plus longtemps. Il en résulte que les travailleurs expérimentés et efficaces s’en vont et sont remplacés par des nouveaux, inexpérimentés. Ces nouveaux pourront-t-ils assumer convenablement leur tâche ? TEPCO affirme avoir assez de main-d’œuvre.

Le travail dans la centrale est éprouvant. Beaucoup se plaignent d’un salaire trop bas. Pour la décontamination des sols et des habitations les travailleurs reçoivent un salaire spécial, ce qui n’est pas le cas de ceux de la centrale. C’est la raison pour laquelle les gens préfèrent travailler dans les villes plutôt qu’à la centrale.

(paru dans le journal Fukushima-Minpoo du 10 septembre 2013)

 

Accès au cœur du réacteur (photo de la collection de M. Higutshi Kenji) : Aux alentours du cœur du réacteur règne une très intense radioactivité ; les ouvriers ne peuvent y travailler plus de quelques minutes ; c’est pourquoi d’autres attendent à côté pour les remplacer, mais une rotation trop rapide des intervenants gêne le bon déroulement du travail. Il arrive donc que des ouvriers ne tiennent pas compte de l’alarme de leur dosimètre ou travaillent sans l’avoir sur eux.

Accès au cœur du réacteur (photo de la collection de M. Higutshi Kenji) : Aux alentours du cœur du réacteur règne une très intense radioactivité ; les ouvriers ne peuvent y travailler plus de quelques minutes ; c’est pourquoi d’autres attendent à côté pour les remplacer, mais une rotation trop rapide des intervenants gêne le bon déroulement du travail. Il arrive donc que des ouvriers ne tiennent pas compte de l’alarme de leur dosimètre ou travaillent sans l’avoir sur eux.

TEPCO perd sa main-d’oeuvre

Dans la centrale nucléaire de Fukushima, des fonctionnaires de TEPCO planifient le travail et des ouvriers de compagnies sous-traitantes accomplissent les tâches attribuées. Un membre de l’une de ces compagnies sous-traitantes dit : « Les fonctionnaires capables de bien comprendre la situation à l’intérieur de la centrale se font rares. Si leur capacité à diriger les choses diminue, divers problèmes vont se poser dans les chantiers. »

L’un des dirigeants d’une compagnie collaboratrice de TEPCO avoue : « Nous recrutons des ouvriers pour travailler dans la centrale, mais presque personne ne se présente. Les gens vont s’embaucher pour la décontamination dans les villes, ce qui offre moins de danger. »

On prévoit que, lors du démarrage des travaux de construction en vue des Jeux, des gens partiront de Fukushima, et le recrutement se fera plus difficile.

Mais le ministre de l’économie et de l’industrie est optimiste : « Nous n’entendons jamais dire que l’embauche de travailleurs est difficile, ni que ce problème gêne les travaux de réparation. »

(paru dans le journal Fukushima-Minpoo du 25 septembre 2013)

 

Les travaux de démantèlement des réacteurs occuperont les quarante prochaines années. Et non seulement les réacteurs de Fukushima, mais également ceux situés ailleurs seront mis au rebut en raison de leur caducité, ce qui nécessitera une plus grande quantité de main-d’œuvre. De plus, il y aura les Jeux Olympiques. De surcroît, le premier ministre Abe a lancé un projet grandiose, le “Projet de renforcement du pays”, autrement dit un plan de constructions en béton partout dans le Japon. Et enfin, la population du pays diminue : le nombre de personnes âgées s’accroît, celui d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes s’amenuise. Si le Japon gagne en prospérité grâce à l’Abéconomie (mot-valise formé du nom du premier ministre et de ‘économie’), il y aura d’autant moins de pauvres et donc d’autant moins de gens prêts à travailler dans ces chantiers dangereux.

Je crains que le Japon ne devienne un cimetière de réacteurs nucléaires, désormais inhabitable. Vision terrifiante, mais qui ne cesse de m’obséder.

 

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 11:11

Texte de HORI Yasuo rédigé le 16 septembre 2013

(illustration : le Premier ministre Abe - Source Mainichi)

Le 16 septembre 2013

 

Les mensonges du Premier ministre ont fait triompher Tokyo

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit du japonais à l'espéranto par Hori Yasuo,

Puis de l'espéranto au français par Ginette Martin



 

Les belles paroles du Premier ministre.
Le 7 septembre à Buenos Aires a eu lieu la Session générale du Comité international olympique (CIO), et Tokyo a été élue ville olympique pour 2020. Avant le vote,  le principal handicap pour Tokyo était l'accident de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima. Pour persuader les membres du comité, le Premier ministre Shinzo  Abe a fait la déclaration suivante :

"Tokyo est l'une des villes les plus sûres au monde, elle l’est non seulement maintenant, mais elle le sera aussi en 2020. Il y a certainement des gens qui ont des inquiétudes au sujet des centrales nucléaires de Fukushima, mais je vous promets ceci. Comme nous avons la situation sous contrôle, elles ne causeront aucun dommage à Tokyo. Je vous garantis que les Jeux Olympiques auront lieu en toute sécurité. La situation financière est également en ordre.
Si vous choisissez Tokyo comme ville olympique, cela donnera une nouvelle et forte source d'inspiration pour le mouvement olympique. Nous voulons faire du monde un endroit meilleur en collaboration avec le CIO".

 Ensuite eut lieu une séance de questions et réponses, et il a répondu comme suit:
"En conclusion, le problème de l'eau contaminée n'a pas d'importance. Voyez les faits :
l’influence de l’eau polluée ne s’exerce que sur une aire de 0,3 kilomètre carré dans le petit port de la centrale n° 1 de Fukushima.
Nous  faisons mesurer la radioactivité dans la mer proche. Même le plus élevé des chiffres relevés n’est que le 1/500-ème de la norme pour l'eau potable définie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La norme japonaise de sécurité est la plus sévère au monde. Je vous garantis qu'au sujet de la santé, il n'y a jamais eu de problème dans le passé, il n'y en a pas maintenant, et il ne s'en présentera jamais à l'avenir. En outre, pour résoudre de façon plus parfaite la difficulté, nous avons défini un programme et avons commencé à œuvrer à sa réalisation totale. En tant que premier ministre du Japon, j'ai la responsabilité de la sécurité et de l'avenir des enfants et aussi des athlètes qui vont venir au Japon. J'assumerai parfaitement ma responsabilité.

 

 Réactions venues de divers côtés
TEPCO:
Nous voulons au plus vite stabiliser la situation. La densité de la radioactivité en dehors du petit port est le cinquième de ce qu'elle est à l'intérieur. L'eau polluée n'est pas encore parfaitement retenue.
    * TEPCO a envoyé un questionnaire au gouvernement au sujet du discours du Premier ministre. Cela signifie que TEPCO a une opinion différente de son discours.
    * la compagnie a installé des barrières appelées barrières de boue (siltfence, シルト フェンス) dans le petit port pour que l'eau contaminée ne sorte pas, mais elle avoue que l'eau contaminée n'est pas parfaitement retenue. En outre, elle ne nie pas la possibilité que de l'eau fortement contaminée provenant des stockages s'en aille jusqu'à la mer.

 

Un haut fonctionnaire du Ministère de l'Economie et de l'Industrie:
Il est difficile de  définir ce qu’est la « maîtrise » d’une situation , mais il est clair que nous ne pouvons pas nommer la situation actuelle "techniquement bien maîtrisée".
(Le journal Mainichi, 10 septembre 2013)

 

Konno Tomomicu, 54 ans, pêcheur dans la ville de Sooma, département de Fukushima,
       Ne dites pas de sottises.  C’est parce que la centrale nucléaire n'est pas maîtrisée, que nous souffrons tellement de l'eau contaminée. Il ne sait pas ce qui se passe ici. Il a parlé de la sécurité à l'étranger, mais jamais à nous, dans le pays. S'il a la responsabilité de ses propres paroles, qu'il fasse ce qu'il a promis.
(Le journal Asahi, 10 septembre 2013)

 

M. Masao Aïda, 69 ans, agriculteur, qui est parti du village d'Iitate, département de Fukushima, à cause de l'accident :
       Le gouvernement a dit qu'il était responsable de la  décontamination des sols, mais on ne voit de progrès nulle part. Il abandonne Fukushima. C'est une chose réjouissante que les Jeux Olympiques viennent au Japon, mais le gouvernement a mieux à faire qu’à s’occuper des Jeux Oympiques .
(Le journal Asahi, 10 septembre 2013),

 

M. Yamana Hajime (Président de l'Institut international de recherche pour le démantèlement des réacteurs, International Research Institute for Nuclear Decommissioning, 国際廃炉研究開発機構, fondé en août 2013)
       Nous disposons de données, grâce auxquelles nous pouvons conjecturer que la radioactivité reste à l'intérieur du petit port de la centrale nucléaire No1 de Fukushima. Et même si elle se répand à l'extérieur, elle perdra son intensité et ne provoquera pas de grands effets. Il est nécessaire que nous arrêtions l'eau polluée, mais nous ne savons pas où se trouvent les substances nucléaires qui la polluent. Le plus gros problème est le fait qu'un écoulement non maîtrisé perdure. Si nous ne pouvons pas venir à bout de la cause principale, viendront encore de nouveaux problèmes.
(Le journal Mainichi, le 11 septembre 2013).

 

Mme Sakiyama Hisako (membre de l'ancien Comité parlementaire sur l'accident nucléaire de Fukushima, 东京 电力 福岛 原子 力 発 电 所 事故 调查 委员会)
La situation de l'usine est pire qu'en juillet dernier, lorsqu'on a publié le rapport de la commission.
Chaque jour, 400 tonnes d'eau s’infiltrent sous les enceintes des réacteurs. On ne sait pas d'où elle vient, ni où elle va. Le gouvernement dit qu'il va stopper l'eau avec des murs en terre gelée, mais  on ignore si cette méthode fonctionnera vraiment. Peut-on dire que les réacteurs sont sous contrôle?
       On détecte une très forte quantité de césium chez les poissons pêchés dans la mer. Les substances radioactives répandues voyagent des montagnes vers les rivières et la mer. On détecte du césium également dans les urines des enfants vivant à Tokyo. On ne sait pas quels seront les effets d'une faible radioactivité sur la santé.
(Le journal Mainichi, le 11 septembre 2013),

 

Mme Oohashi Satsuki, 20 ans, qui habite la ville de Minami-Sooma située dans la zone de 20 kilomètres de rayon autour de la centrale nucléaire de Fukushima n ° 1:
       Je suis préoccupée par ma santé future. Je me demande toujours avec crainte: «Vais-je pouvoir me marier?", "Vais-je être capable de donner naissance à des bébés?", "Même si je peux en avoir, est-ce qu'ils naîtront normaux?"
(Le journal Akahata, le 11 septembre 2013),

 

L'olympisme est une philosophie de vie, élevant et réunissant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et du cœur. Associant le sport à la culture et à l'éducation, l'olympisme vise à créer un mode de vie fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.

Principes fondamentaux de l'olympisme (1er chapitre)

 

 

Les Japonais sont bien organisés, de sorte que les Jeux Olympiques en 2020 connaîtront un beau succès, si l'accident nucléaire de Fukushima est résolu pour 2020, s'il n'arrive pas d'autres accidents graves dans d'autres réacteurs et si Tokyo n'est pas attaqué par un autre grand séisme,  dont on prévoit la survenue avec une probabilité de 70% au cours des 30 prochaines années. Pourtant ces Jeux Olympiques ne seront pas fondés sur « la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels », mais sur « l'effort dans le sport du mensonge du Premier ministre, la valeur anti-éducative du mauvais exemple, l'irresponsabilité sociale et le manque de respect pour les victimes de l'accident nucléaire ». Quelle valeur auront ces Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 ?

 

Hori Yasuo

    traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

    avec les conseils de Paul Signoret

 

 

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Sur le même sujet :

Fukushima : dysfonctionnement olympique

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 21:04

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 13 septembre 2013.

Réfugiés à OKAYAMA

Le 13 septembre 2013

Réfugiés à OKAYAMA

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

 

Après l'accident nucléaire de Fukushima, des habitants de Fukushima, mais aussi des personnes de départements voisins, ont trouvé refuge dans d'autres départements. Le nombre de réfugiés en provenance du département de Fukushima est de 149 949 pour une population totale de 2,1 millions à l'origine (voir la carte ci-dessous). Parmi ceux-ci  95 853 vivent dans d'autres villes du département de Fukushima et 53 960 dans d'autres départements.
Il y a peu de temps un ami d'OKAYAMA, département à l'ouest du Japon, m'a envoyé une brochure sur la vie de ces réfugiés. Je vais la traduire.

 

De quels départements viennent-ils?
1106 personnes se sont réfugiées dans le département d'OKAYAMA après l'accident nucléaire. La plupart sont originaires des départements suivants:
Fukushima: 364
Tokyo: 201
Chiba: 139
Kanagawa: 108
Ibaraki: 102
      Au moment de l'accident nucléaire et après, le vent a suivi plusieurs directions, et il a soufflé aussi vers Tokyo. Les 4 départements cités (dont Tokyo) et mis à part Fukushima, sont situés le long de ces flux de vent, et ont donc été des lieux de radioactivité intense. Beaucoup de mères ont fui vers l'ouest dans la terreur. Mais pour se déplacer et avoir une nouvelle vie ailleurs, il faut pouvoir en prendre la décision et bénéficier d'un ensemble de conditions. Comment les réfugiés dans le département d'OKAYAMA ont-ils pris cette décision et comment vivent-ils maintenant ?

 

Je suis heureuse dans le département d'OKAYAMA
Mme Hashimoto Yôko, est arrivée d'Ibaraki dans la ville d'OKAYAMA(dans le département du même nom) avec un enfant. Son mari et un autre enfant sont restés à Ibaraki.
  "Lorsque l'accident nucléaire  a eu lieu à Fukushima, de nombreuses particules radioactives ont été dispersées. J'ai vu l'accident à la télé, et me suis immédiatement souvenue que de nombreuses personnes souffrent encore de Tchernobyl. J'ai entendu dire qu'il y a des endroits très pollués, même à 600 kilomètres de Tchernobyl. J'ai été terrifiée, mais décider de fuir était difficile. J'avais beaucoup de choses précieuses et des personnes auxquelles je tenais à Ibaraki, mais j'ai choisi la santé et la vie de mes enfants comme bien le plus précieux. Maintenant je me sens heureuse, car ici je peux respirer profondément et sécher mon linge dehors. Je souhaite très fort qu’OKAYAMA ne soit pas contaminé."

 

OKAYAMA est un endroit très agréable.
     Mme Kurokawa Suzuko, arrivée avec sa fille de la ville de Nagareyama, Chiba, dans la ville de Sôja, OKAYAMA. Son mari est resté à Tokyo.
    "Depuis mai 2011, j'ai emménagé dans la ville de Sôja avec ma fille. À l'époque, le district nord-ouest de Chiba avait été contaminé suite  à  l'accident nucléaire, et j'ai décidé de fuir pour protéger ma fille de la radioactivité. Mon mari vit toujours à Tokyo.
    "La ville de Sôja m'était complètement étrangère jusque-là, mais il y a des personnes généreuses qui nous soutiennent, et puis nous avons réussi à louer une maison. Beaucoup de gens qui vivent à Tokyo restent complètement étrangers les uns pour les autres, mais ici les gens sont agréablement amicaux avec nous. Je ne vois pas comment sera ma vie dans l'avenir, mais lorsque je me sens triste et solitaire, le bel environnement naturel du département d'OKAYAMA me console."

 

Notre vie commence à se stabiliser.
     Mme E.F., son mari et deux enfants, sont arrivés de Fukushima dans la ville de Takahashi, OKAYAMA
  " Le lendemain du tremblement de terre, les réacteurs nucléaires ont explosé. Ma maison était à 60 km de la centrale, mais ce soir-là ma fille de deux ans a eu une forte fièvre, et le lendemain moi aussi, et j'ai commencé à éprouver une grande inquiétude à cause de l'accident nucléaire.
   "Je pensais: " Je dois protéger mes enfants ! Je dois me réfugier avec mes enfants dans un endroit sûr ! Cinq jours après l'accident j'ai quitté Fukushima. Toute seule, je conduisais ma voiture, les mains tremblantes. J'ai traversé la montagne enneigée jusqu'au département de  Yamagata, et ensuite je suis allée à Miyagi, où sont mes parents.
    Mon mari, forestier, était resté dans le département de Fukushima, mais l'accident a eu des répercussions sur son travail. Nous avons cherché un emploi sur internet et avons décidé de déménager à OKAYAMA, où les forêts sont abondantes. OKAYAMA est un lieu qui nous est totalement étranger, mais maintenant, au cœur d'une belle nature et entourés de gens sympathiques, nous commençons à avoir une vie stable ici."

 

La maladie de mon enfant m'a causé un choc.
      Mme T.K., avec son mari et deux enfants, est arrivée d'Ibaraki dans la ville d'Akaiwa, OKAYAMA
   " Quand j'ai entendu dire que les réacteurs nucléaires avaient atteint le seuil critique, j'ai tout de suite emballé l'essentiel dans la voiture et je suis allée dans le département de Gunma, où vivent mes parents. Le réacteur n° 1 a explosé. Ce jour-là, ma fille beaucoup saigné du nez. Et le lendemain  ma nièce, mon frère et ma mère aussi ont saigné du nez. La distance entre Fukushima et Gunma est de 200 km, donc je n'avais pas prévu qu'une telle chose se produirait. Ensuite le gouvernement a interdit de commercialiser des légumes de Gunma. Quand nous sommes rentrés à Ibaraki, je savais que l'air, la mer et l'eau étaient contaminés.
    "Je veux donner une nourriture saine à mes enfants! Je veux qu'ils puissent jouer à l'extérieur à volonté ! En pensant à tout cela, j'ai décidé de déménager.
    "Il y avait plusieurs options. J'ai choisi l’OKAYAMA, parce que c'est très loin du département de Fukushima, mais il se trouve sur la même île, Honshu, et cette région souffre rarement de catastrophes naturelles. Maintenant, mes enfants jouent librement, et nous vivons en paix."

 

Nous vivons ici au sein de réseaux amicaux.
Mme Tayasu Eri, son mari et ses deux enfants, sont venus de Urayasu, Tshiba, à la  la ville de Tsuyama, OKAYAMA.
   "En raison de l'accident nucléaire,  mon ancienne ville d'Urayasu dans le Chiba est devenue trop polluée. On a trouvé un bosquet d'arbustes dans un parc contaminé à 30 000 becquerels par kilogramme, mais la ville et le gouvernement étaient trop centrés sur l'économie. Je savais que nous seuls, les parents, pouvions protéger nos enfants. Pendant un an, nous avons réfléchi à notre avenir, et enfin avons cessé de travailler là-bas et décidé de déménager à OKAYAMA. L'année dernière, nous avons voyagé dans l'OKAYAMA pendant 10 jours pour trouver un endroit approprié, et quand nous avons vu les belles rivières de la ville de Tsuyama, j'ai choisi cette ville. Maintenant, je travaille au bureau municipal. Nos enfants de 2 ans et 5 ans jouent joyeusement dans l'air frais. Nous sommes très heureux d'avoir déménagé ici."

 

Je suis venue ici juste avant mon accouchement.
   Mme Watanabe et sa fille, sont arrivées de la ville d'Iwaki, département de Fukushima, dans la ville de Tamano, OKAYAMA.

   "Mon mari va venir ici en août.
   " En mars 2011, j'étais dans mon neuvième mois de grossesse. Il y eu l'accident nucléaire. Je me suis réfugiée dans la maison d'une personne de ma famille loin de la centrale dans le département de Fukushima. Là, je suis allée à  l'hôpital voisin, mais il a brusquement fermé. J'ai été choquée et je me sentais inquiète. Je devais trouver un hôpital où je pourrais mettre mon bébé au monde, et j'ai téléphoné à ma belle-sœur dans l'OKAYAMA. Le lendemain, je partais en train et en avion. Je n'avais rien, même pas de sous-vêtements.
    Dix jours après avoir trouvé un logement, j'ai donné naissance à mon bébé. Beaucoup de gens m'ont donné des vêtements et des objets de première nécessité pour mon bébé et moi. Un article à mon sujet est paru  dans un journal, et beaucoup de gens m'ont envoyé des lettres, des vêtements et des livres.  Deux années ont passé déjà, mais certains me rendent encore visite."

 

Je remercie OKAYAMA
    Mme J. avec deux enfants, est arrivée du département de Miyagi dans la ville d’OKAYAMA
   "En mars 2011, les tremblements de terre se succédaient sans arrêt tous les jours. Mes enfants étaient si terrifiés qu'ils se blottissaient constamment contre moi. Nous ne nous endormions pas facilement. Devant l’éventualité de forts tremblements de terre et la maladie de mes enfants à cause de la radioactivité, j'ai décidé de faire tout ce que je pouvais, et j'ai déménagé à OKAYAMA.
   " Ma maison dans le Miyagi a été partiellement détruite. Habituellement, dans ces conditions les gens n'ont pas droit à un logement gratuit, mais la ville d’OKAYAMA, contrairement à d'autres villes, m'a charitablement attribué une maison. Je suis très reconnaissante à la ville d'OKAYAMA."

 

Pourquoi OKAYAMA?
    OKAYAMA a accueilli 992 réfugiés, derrière Osaka (1132) et Okinawa (1002). Elle occupe la troisième place parmi les 23 départements de l'ouest du Japon. Le professeur Gotô Noriaki en analyse les raisons:
  1. Divers organismes pour aider les sinistrés ont été très tôt mis sur pied.
  2. Différents rapports ont été largement diffusés par Internet.
  3.  Des coordinateurs actifs mettent en relation ces organisations entre elles.
  4. Des relations amicales existent entre ces organisations et entre les anciens et nouveaux habitants.
  5. Le département d'OKAYAMA est compact avec des villes relativement grandes, des zones rurales et des montagnes.
  6. Le département d'OKAYAMA  est situé dans endroit commode,  avec des liaisons ferroviaires rapides et un réseau de lignes aériennes toutes directions.
7. Le climat y est doux avec une  production agricole abondante et des produits de la mer.

 

Cependant, beaucoup ne sont pas heureux.
      Ci-dessus ne s’exprimaient que des gens heureux, mais en réalité nombreux sont ceux qui souffrent. Le 26 août, le journal Fukushima-Minpô a publié au sujet des souffrances des réfugiés les rubriques suivantes: "Graves sont les blessures du cœur - sentiment d'isolement, subsistance difficile et maladie."

En voici le contenu:
"Le département de Fukushima a ouvert, en avril 2012, un «  Centre de soutien psychologique aux réfugiés ». Beaucoup de demandes y affluent. Plus de la moitié d'entre elles ont trait à l'insomnie et à l'inquiétude. Certains réfugiés souffrent de mélancolie ou d'alcoolisme. Plus se prolonge le séjour dans un lieu-refuge du département d’origine ou dans d'autres départements, et plus les problèmes de subsistance se multiplient. Selon une enquête menée en 2012 auprès de 66.014 personnes réfugiées dans 13 villes du département de Fukushima, 4 677 d’entre elles (7%) ont besoin d'aide pour raison de stress psychologique. Le département envisage de mettre en place des centres similaires dans les départements de Yamagata, Niigata et Tokyo, où vivent au total 20 000 réfugiés ".

 

Décès liés à la catastrophe
   Par suite du tsunami, 1 599 personnes ont péri dans le département de Fukushima, et plus tard, à cause du raz de marée et de l'accident nucléaire réunis, de très nombreux habitants se sont réfugiées dans des lieux qui leur étaient étrangers. En raison de mauvaises conditions dans les refuges, séjours prolongés dans ces derniers, maladies et suicides, déjà 1539 d’entre elles sont mortes de désespoir. Et comme 109 autres décès pourront être reconnus comme tels aussi, il est clair que le nombre de «décès liés à la catastrophe" va dépasser celui des décès directement dus au tsunami.
    Les raisons de ces décès sont "la fatigue liée à la vie en refuge» (33,7%), "la fatigue pendant l'évacuation" (29,5%), « le manque de soins médicaux dû au dysfonctionnement des hôpitaux » (14,5%) et« les suicides » (9 personnes, 1,2%).
    Le nombre de décès liés à la catastrophe dans les deux départements limitrophes est de 423 (Iwate) et 869 (Miyagi), donc le nombre de morts dans le département de Fukushima est nettement plus élevé. En raison de l'accident nucléaire, les réfugiés restés à l'intérieur du département de Fukushima sont deux fois plus nombreux, et ils n'ont aucun espoir pour l'avenir.

 

L'accident nucléaire a détruit la vie jusqu'alors paisible de beaucoup de gens, mais ni le gouvernement ni le monde industriel ne se sentent coupables, au contraire  ils veulent poursuivre la même dangereuse politique énergétique, dépendante de l'énergie atomique. Ils sont vraiment fous!
J'espère vraiment que ces réfugiés vivront tranquillement une nouvelle vie dans l’OKAYAMA et d'autres départements.

 

 

HORI Yasuo, traduit par Ginette MARTIN

(avec l'aide de Paul Signoret)

(avec l'aide de Janick Magne)

 

 

Mise à jour : 2/10/13

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 13:19

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 septembre 2013.

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Illustration parue dans le journal Akahata du 1er septembre 2013 (traduction Hori & Signoret)

Le 10 septembre 2013

 

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

 

HORI Yasuo

 

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Paul Signoret

 

 

 

Niveau 3

Le 20 août, TEPCO a publié une information faisant état de l’écoulement de 300 tonnes d’eau polluée ayant fui des réservoirs et contenant 24 000 milliards de becquerels de matières radioactives. Ayant pris connaissance de ce rapport, le 21 août, l’Autorité de Régulation Nucléaire a constaté que l’état actuel de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima s’inscrivait au niveau 3 de l’échelle internationale des accidents nucléaires en raison du flux énorme d’eau polluée et de l’impact sur le milieu.

Gravissime est l’état actuel de Fukushima

Détérioration des réservoirs à eau polluée

 

400 tonnes d’eau souterraine affluent chaque jour dans le sol de la centrale nucléaire n°1 et se mêlent à l’eau polluée du site. La compagnie TEPCO est obligée de conserver cette eau, et dans ce but elle a construit, et continue à construire, à la fois des aires de stockage et des réservoirs.

 

Il y a quelques mois de cela, l’eau contenue dans des bacs bâtis sans trop de soin commença à suinter. TEPCO transporta cette eau dans des réservoirs. À présent, le site de la centrale est couvert de ces réservoirs.

 

Le 31 août, TEPCO a fait savoir qu’en quatre endroits de l’aire de stockage des réservoirs, une très forte radioactivité avait été enregistrée. Celle-ci excédait 1800 millisieverts, intensité capable de tuer quelqu’un au bout de quatre heures*. Les joints d’assemblage des plaques d’acier des cuves sont en caoutchouc. Dans la centrale nucléaire n°1, sur 930 réservoirs, 350 sont du même modèle que celui qui a fui. TEPCO ne nie pas la possibilité que l’eau des fuites ait pu atteindre la mer.

 

Le président de la compagnie qui a fourni ces réservoirs a confié au journal Maïnitshi : “ Nous avons dû les fabriquer très vite et au moindre coût. Au départ, ils n’avaient pas été conçus pour un usage prolongé. Leur durée de vie est de seulement cinq ans. Si on tient compte de leur structure, le fait qu’ils fuient n’est pas surprenant. Des ingénieurs de TEPCO déjà redoutaient la chose.”

 

Donc dorénavant, de plus en plus d’eau polluée va pouvoir s’échapper de réservoirs de plus en plus nombreux. TEPCO envisage d’en faire de plus résistants, mais pour cela il lui faut du temps et de l’argent. Que pourra-t-elle faire ?

 

 

Le gouvernement japonais a décidé de financer

 

Le 3 septembre, le gouvernement japonais a décidé de financer à hauteur de 4,7 milliards de yens (soit 470 millions d’euros) le problème des fuites d’eau polluée. Il estimait, jusqu’à présent, que TEPCO portait la responsabilité de l’accident et il intervenait donc peu ; cependant la situation devenait gravissime, et en outre il a craint que ce problème ne compromette les chances de Tokyo d’être choisie comme ville des Jeux Olympiques de 2020.

 

Avec cet argent, le gouvernement projette :

 

1. de construire des murs de terre gelée autour des réacteurs afin d’empêcher l’envahissement des eaux souterraines (3,2 milliards de yens)

 

2. de mettre sur pied une installation plus performante que ALPS, qui retraite les divers déchets nucléaires (1,5 milliards de yens)

 

3. de fabriquer des réservoirs à eau polluée plus sûrs (à la charge de TEPCO)

 

Il n’est cependant pas certain que ces murs de terre gelée soient efficaces. Jamais encore on n’a tenté d’en édifier à si grande échelle. De plus les travaux demanderont plus d’une année. En ce qui concerne ALPS, en supposant même qu’on puisse la faire, cette installation ne pourra pas  extraire le tritium. Le gouvernement a l’intention de rejeter l’eau contenant du tritium dans la mer, mais les pêcheurs et aussi la Chine et la Corée y sont fermement opposés. Le Japon devra conserver cette énorme quantité d’eau pour l’éternité.

 

Lors de la réunion du Comité Olympique International, le premier ministre Abe a clairement indiqué que le gouvernement japonais interviendrait et pèserait de tout son poids pour résoudre le problème, si bien que les membres du Comité ont voté pour Tokyo, croyant, de façon bien optimiste, qu’il serait capable de le faire. Mais dire et faire sont deux choses fort différentes. Ses discours, ou mieux ses fanfaronnades, ne pourront venir à bout de la difficulté.

 

 

La Corée a interdit l’importation de produits japonais

 

Le 6 septembre, la Corée a décidé d’interdire l’importation de produits de la pêche en provenance de huit districts situés au voisinage de Fukushima. En outre, elle renforce l’examen de la radioactivité des poissons et des viandes originaires d’autres districts.

 

Les gouvernants coréens affirment que leurs concitoyens sont inquiets de l’afflux quotidien de plusieurs centaines de tonnes d’eau polluée dans la mer, et ils ont exigé que le gouvernement japonais publie davantage d’informations vraies.

 

 

Ma vie

 

Je vis de façon très normale dans le district de Gunma, voisin de celui de Fukushima, mais ce problème d’eau polluée m’obsède constamment. Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur de ces réacteurs, et donc nul ne sait ce qu’il convient de faire. Pourrons-nous vraiment résoudre ce problème ? Dans sept ans, quand se dérouleront les Jeux Olympiques à Tokyo, le Japon ne sera-t-il pas submergé d’eau polluée ? Un accident nucléaire est terrifiant, et pourtant le gouvernement japonais vise à remettre en marche le plus possible de réacteurs.

 

 

 

 

 

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* Précision du blog de Fukushima : cette mesure de 1800 mSv est réelle mais incomplète. Il s’agit en fait de 1800 mSv/h de rayonnement bêta en dose équivalente au niveau de la peau à une distance de 70 µm. Ce qui signifie que ce rayonnement, facilement arrêté, ne peut pas tuer quelqu’un en 4 heures, contrairement à ce qu’ont écrit quasiment tous les médias. Voir les mises au point d’Ultraman (original en anglais ici, traduction en français par Hélios là) et de Kna (en français).

 

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 23:57
HORI Yasuo, grand témoin de la catastrophe de Fukushima

Depuis le 11 mars 2011, l’écrivain espérantiste HORI Yasuo a témoigné jour après jour dans un journal dont il a tiré, en avril 2012, un recueil dénommé « Tertrema katastrofo de Japanio 2011 ». Depuis, il n’a pas cessé d’écrire et continue de témoigner en diffusant tous ses écrits en espéranto sur le site satesperanto. Au début, de nombreux espérantistes ont souhaité partager les témoignages de Yasuo en traduisant en français ses notices, ce qui lui a valu un certain succès ; mais aujourd’hui, seuls deux traducteurs infatigables continuent ce travail régulier car ils considèrent, à juste titre, que les informations données par Yasuo sont importantes et utiles pour comprendre ce qui se passe au Japon.

Yasuo, membre de l'UEA (Association mondiale d'espéranto), vit au Japon dans la préfecture de Gumna. Dans ses textes, il témoigne « des conditions de vie difficiles à la suite de la catastrophe qui a frappé ses compatriotes », décrit « l'entraide des habitants, leurs craintes face à la catastrophe nucléaire qui s'est ajoutée à celle du séisme », comment ils ont dû tout quitter « pour fuir cette région dont le taux d'irradiation devenait dangereux pour leur santé » et montre « les incohérences entre le discours du gouvernement et ce que les gens vivent sur place ». Il reprend parfois des articles de la presse japonaise qui lui semblent importants et commente des visites qu’il fait personnellement, toujours en rapport avec la catastrophe du 11 mars 2011.

 

Cette page reporte les deux derniers rapports de l’écrivain, traduits de l’espéranto en français par Ginette Martin et Paul Signoret. A la suite de cela, ceux qui veulent connaître mieux les écrits de Yasuo trouveront 5 fichiers à télécharger rassemblant les traductions françaises des textes de Yasuo du 16 avril 2012 jusqu’à aujourd’hui, ce qui représente environ 200 pages. Bonne lecture !

 

(autres sources : Ouest-France, Wikipédia, Centre culturel Angevin d’Espéranto)

 

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Le 9 août 2013

 

 Je suis parti pour l’Europe le 11 juillet et je suis revenu chez moi le 3 août. Pendant ce laps de temps d’un peu plus de trois semaines se sont produits divers événements ayant trait à la politique énergétique et à l’accident nucléaire.

 

 

Grande victoire pour le Parti Libéral Démocratique

 

Le 21 juillet a eu lieu l’élection générale pour la Chambre des Conseillers. La moitié des conseillers ont été réélus et le Parti Libéral Démocratique (PLD) a triomphé. Ce parti conservateur a presque toujours été au pouvoir au Japon depuis la deuxième guerre mondiale, sauf pendant une courte période, et c’est lui qui a introduit l’énergie atomique dans le pays. En 2009, il a été battu par le Parti Démocratique (PD) qui a formé un nouveau gouvernement. Mais le PD a trahi la confiance que le peuple avait mis en lui et par suite, l’an dernier, il a perdu les élections à la Chambre des députés si bien qu’il est à présent sur le point de disparaître.

Le PLD, qui ne se repend nullement d’avoir introduit l’énergie atomique et qui ne se sent pas coupable de l’accident nucléaire, veut remettre en route le maximum de réacteurs et envisage même, sans état d’âme, d’exporter à l’étranger des réacteurs japonais. Il dispose actuellement de 115 sièges sur un total de 242 membres et, grâce aux coalitions de partis, il pourra gouverner le pays à sa guise. Le résultat de ces élections est un coup terrible pour les opposants à l’énergie atomique.

 Plus de la moitié des gens dans le pays sont opposés à la reprise des réacteurs nucléaires et leurs voix sont allées au Parti Communiste Japonais (PCJ). Ce dernier a vu le nombre de ses sièges passer de six à onze. Comme il exige inébranlablement l’abandon de la politique énergétique nucléaire, il bénéficie du soutien de beaucoup de gens. Et, bien qu’il soit un petit parti, nous espérons qu’il s’opposera aux menées du PLD.  

 

 

Quatre compagnies d’électricité ont demandé la reprise de dix réacteurs

 

Le 8 juillet, lorsque le nouveau critère pour la reprise des réacteurs a été légalisé, quatre compagnies d’électricité ont déposé, auprès de l’Autorité de Régulation Nucléaire, des demandes pour la remise en route de dix réacteurs. Il s’agit de ceux de Tomari n° 1, 2 et 3 dans le district d’Hokkaido (l’île du nord), de Takamaha n° 3 et 4, de Ooi n° 3 et 4 (district de Kansaï, dans l’ouest du Japon), de Ikata n° 3 dans l’île de Shikoku, de Sendaï n°1 et 2, dans l’île de Kyushu. TEPCO, elle aussi, avait l’intention de demander la reprise de réacteurs dans le district de Niigata, mais le gouverneur s’y est fortement opposé si bien que la compagnie a dû renoncer.

Ces dix réacteurs ne répondent pas aux critères. Par exemple, ils ne sont pas encore équipés de ventilateurs avec filtres, mais l’Autorité leur a accordé, pour s’y conformer, un délai de cinq ans, afin qu’ils puissent présenter leur demande.

 

 

300 tonnes d’eau polluée rejetées quotidiennement à la mer

 

TEPCO avait publié une information selon laquelle mille tonnes d’eau  venue de la montagne s’écoulent chaque jour dans la mer et que 400 tonnes de cette eau, transitant par le sol du site de la centrale n° 1 de Fukushima, deviennent radioactives.

Mais l’état-major responsable de la situation de crise nucléaire a, de son côté, fait savoir que, d’après ses propres calculs, 300 des 600 tonnes restantes sont également polluées par les terrains environnant les réacteurs. On ne sait pas de façon claire quand ont commencé ces écoulements, il est donc possible que ce soit dès le moment où a eu lieu l’accident. Le site de la centrale n° 1 est rempli de barils de cette eau. TEPCO envisage d’entourer les installations de murs de terre gelée afin d’empêcher que l’eau n’y pénètre, mais l’efficacité de ces nouveaux murs n’est pas évidente et le problème est qu’il faudra un ou deux ans pour les construire et que l’on n’a jamais dans le passé fait l’expérience à grande échelle de tels murs. TEPCO ne peut en assurer elle-même le financement et le gouvernement a donc décidé  de le prendre à sa charge.

La nouvelle de ces écoulements d’eau polluée dans la mer a provoqué la colère des pêcheurs de Fukushima. Ils avaient essayé de recommencer à pêcher en juin mais ils ne le feront plus.

 

On envisage la construction de murs de terre gelée autour des installations nucléaires

On envisage la construction de murs de terre gelée autour des installations nucléaires

Témoignages d’habitants de Fukushima

 

Les souffrances continuent à Fukushima

 

Mme Sakamoto Joshié, 52 ans, employée dans une maison de retraite

 

« Du fait de l’accident nucléaire, je suis partie de ma ville de Tomioka et j’ai emménagé dans Aidu, ville située dans la montagne. Ma maison à Tomioka est devenue un nid de rats. Les champs sont envahis de mauvaises herbes. Ce lieu de résidence cher à mon cœur, où nous avions élevé nos enfants, est complètement transformé.

Mes parents avaient souffert à cause de la guerre. Pourquoi ont-ils dû, à plus de quatre-vingts ans, quitter leur foyer ? L’État avait provoqué la souffrance des gens par la guerre, puis il a introduit l’énergie atomique pour l’économie et ça a été la misère pour Fukushima..

Quand donc pourra-t-on résoudre le problème posé par l’accident, nul ne le sait. Les travailleurs de la centrale ne cessent de craindre l’exposition aux radiations. Les parents inquiets nourrissent leurs enfants dans des lieux insuffisamment dépollués. Si d’autres réacteurs redémarrent, ces mêmes choses pourront se reproduire partout dans le Japon. »

 

(paru le 15 juillet 2013, dans le journal Asahi)

 

 

Il faut que la responsabilté de l’État et des compagnies électriques soit ajoutée comme condition à la reprise

 

M. Takano Itsuo, 71 ans, sans emploi, habitant le district de Mijaghi

 

« Quatre compagnies d’électricité ont présenté une demande de remise en marche pour dix réacteurs. Le premier ministre Abe a dit que le gouvernement approuverait le redémarrage des réacteurs que l’Autorité de régulation Nucléaire aurait déclarés sûrs.

Qui donc a la responsabilité de l’accident nucléaire ? Les coupables en sont le Parti Libéral Démocratique, qui a introduit l’énergie atomique, et TEPCO, qui n’a pas mis en œuvre les moyens appropriés contre le tsunami. Aujourd’hui encore, 150 000 habitants de Fukushima ne peuvent rentrer chez eux. Leurs demeures sont devenues des nids pour les rats, les sangliers et les singes. Ils ne pourront jamais plus vivre ici comme avant.

Vous qui logez à proximité de réacteurs un peu partout dans le Japon, venez et voyez ce qu’est la réalité de Fukushima. Il faut que le premier ministre Abe ajoute la responsabilité de l’État et des compagnies d’électricité à la liste des conditions exigées pour la remise en marche des réacteurs. »

 

(paru le 17 juillet 2013, dans le journal Asahi)

 

[traduit de l'espéranto par Paul Signoret]

 

 

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Le 10 Août 2013


 

Quand je suis rentré d'Europe, j'ai trouvé une grande enveloppe dans mon stock de courrier. L'expéditeur était M. Kanno Norio. Je ne me souvenais pas de ce nom, mais après avoir ouvert l'enveloppe, j'ai découvert qu'il était le maire de Iitate. Quand a eu lieu l'accident nucléaire, le vent soufflait en direction du nord-ouest, et Iitate malheureusement se trouvait sur la trajectoire de ce vent. Des particules nucléaires ont couvert le village, si bien que tous les villageois ont dû se réfugier ailleurs.

Maintenant, l'administration municipale se trouve dans la ville de Fukushima, ainsi que l'adresse de l'expéditeur. En 2011, j'avais écrit un conte pour enfants "Iitate, mon rêve", que j'avais envoyé à la ville. Sa lettre était une réponse à la mienne. Dans l'enveloppe se trouvait un livre "Des particules nucléaires sont tombées sur un beau village", qu'il a écrit et que j’avais lu il y a déjà longtemps, les copies de ses salutations à diverses occasions et les brochures "Dix nouvelles des plus importantes à Iitate entre 2003 et 2013" et "Choses oubliées des Japonais".

 

Aujourd'hui, je vais traduire cette dernière brochure. "Choses oubliées" signifie ici les "expressions et phrases importantes" que les Japonais ont oubliées au cours de ces dernières années centrées sur la course à l'argent et l'égoïsme. Ce projet a été initié par des élèves de Iitate. Ils ont commencé à rassembler des expressions venues de tout le Japon, et au final le total dépassait 2600. Le Comité des élèves en a choisi 11, le Comité des adultes, 12, et on en a choisi 300 autres. Je vais traduire les 23 premières.


* Malheureusement, il n'y a aucune mention de l'âge ni de l'adresse des auteurs des citations.

HORI Yasuo, grand témoin de la catastrophe de Fukushima

Onze expressions que les élèves ont choisies.


1. On trouve toujours des sakuras sur la planète. (Itsumo tshikjuu ni sakura ari)

Mme Gotoo Yumi : Je veux que les gens qui souffrent de la catastrophe aient une vie heureuse. On trouve toujours des sakuras, donc ayez une vie remplie d'espoir et sans crainte.


 * Photo: dans la ville détruite, les sakuras ont commencé à fleurir, mars 2011.

 

2. "Bon retour chez vous"  et "Je suis rentré à la maison" (Okaéri et Tadaïma, des mots qu'on emploie lorsque les Japonais reviennent à la maison.

M. Ikegaya Reo: C'est très bien qu'on ait un endroit où revenir, c'est-à-dire non seulement un foyer, mais aussi des gens à qui nous pouvons dire ces mots.

 

3. Ensemble .... (tomoni)

        Mme Suzuki Seïna: «Ensemble, efforçons-nous d'aller vers notre but», «Marchons ensemble,", ces mots sont d'une grande banalité, mais je pense qu'ils sont très nécessaires dans le Japon d'aujourd'hui.

 

4. Le possible est sans limite. (Kanouseï wa mugenndaï)
        M. Yamasaki Soodaï: Même si l'on souffre d'une grande catastrophe, quand tous les gens ont une forte volonté de se relever, le possible devient illimité.

 

5. Un Japon fort et généreux. (Tsuyoku yasashii Nihon)

      Mme Oohara Natsuko: Après la catastrophe, des personnes dans tout le Japon ont agi sans cesse pour aider ceux qui souffraient. Grâce à la générosité des Japonais et grâce à la force des gens dans l'épreuve, le Japon se remet debout, c'est pourquoi j'ai choisi ces mots.

 

6. Nous pouvons changer notre avenir. (Ashita wa kaéraréru)

       Mme Ikébé Sayuri: Les lendemains ne se ressemblent pas toujours. Lorsque je change, le monde montre un autre visage. Lorsque je change, les gens autour de moi changent aussi, alors les lendemains changent.

 

7. La route se construit après notre passage. (Aruita atoga mitshi ni naru)

    M. Naganawa Yuudaï : Nous nous remettons constamment debout. Je veux dire que c'est le fait de notre action quotidienne et constante.

 

8. Marchons en regardant vers le haut. (Ué wo muite arukoo)
       M. Utshida Kenitshiroo: Je veux que les victimes ne s'affligent pas, mais marchent avec l'espérance.

 

9. En avant !! Un pas en avant. ( Maé é ! Ippo zennshin )
      Mme Hoshi Yukiko: Pour remettre le Japon debout, avançons sans crainte. Un avenir plein d'espoir nous attend certainement.

 

10. Suivez le nouvel avenir. (Atarashii miraï é tsuzuké)
      M. Takahashi Shuu : N'oublions pas ce sentiment de tristesse et, en nous basant sur lui, dirigeons-nous vers l'avenir.

 

11. En mémoire de ce jour. (Ano hi no kioku)

      Mme Nishikawa Aïri: Il semble que le souvenir de ce jour soit de plus en plus oublié parmi les gens épargnés. Pour qu’il reste présent  dans les mémoires, je veux envoyer ces mots aux générations futures.


    * Mme Nishikawa Aïri est à la tête du comité de l'école.

 

 

12 expressions que les adultes ont choisies


1. Merci du fond du coeur. (Arigatou gozaïmasu)

       Mme Itoo Akiko: Nous devons remercier le cœur de l'homme, beau et chaleureux, qui rend les bienfaits choses quotidiennes. Je ne veux pas oublier ce cœur.

 

2. Grâce à ... (Okage-sama désu)

       Russel Tshiharu: Nous pouvons vivre grâce à la bénédiction de la nature, à l'aide des autres et à notre aide mutuelle constante. N'oublions pas cela!

 

3. Le soleil a des yeux (Le soleil nous voit). (Otentou-sama ga mité gozaru)
     M. Onoda Osamu: La haute moralité des Japonais est née de cette philosophie.

 

4. Quand nous le faisons, nous pouvons le faire. (Naséba naru)
       Mme Hashimoto Yunko: Je crois que lorsque l'on a une forte volonté, on peut fabriquer un avenir plein d'espoir.

 

5. Nous devons nous aider les uns les autres dans les difficultés. (Otagaï-sama désu)
      Mme Tomoda Miyoko: Quand j'entends ces mots prononcés avec modestie, je me sens envahie de chaleur.

 

6. Le bonheur vient à la famille qui sait rire. (waraou kado niwa fuku kitaru)
       Mme Saïtoo Matsuyo: Quand je souris à d'autres, ils me sourient en retour.

 

7. Dieu sait, la terre sait et je sais. (Ten shiru, Tshi shiru, waré shiru)
       Mme Kominé Hisaé: Ne faites pas le mal. Quand j'ai fait du mal, je ne dois pas recommencer.

 

8. Partagez un peu. (Osuso waké)
       Mme Yoshinaga Eïko: (sans commentaire).
    * Lorsque nous recevions un cadeau, cuisions des aliments ou produisions des légumes, etc.,  nous avions l'habitude d'en donner un peu à nos voisins et amis. Après l'accident nucléaire, nous ne pouvions plus le  faire, car nous hésitons à donner quelque chose qui puisse contenir de la radioactivité. Mme Yoshinaga veut que les relations amicales reprennent vie dans notre société.

 

9. L'harmonie est la chose la plus désirable. (wa o motte tootoshi to nasu)
       M. Sékigutshi Seïkoo: Les Japonais estiment au plus haut point l'harmonie. Redonnons-lui sa valeur.
    * Ces mots sont tirés du premier chapitre de la Constitution en 17 chapitres, mise en vers, dit-on, par le  prince héritier Shootoku en 604.

 

10. Sachez être contents. (Taru o shiru)

       Mme Izumi Shizué : Le désir de l'homme est sans limite et nous voulons tous posséder davantage. Dans la société d'aujourd'hui, nous devons savoir être contents.

 

11. Madéi la vie et le cœur. (Madéi na kurashi to kokoro)
       Mme Akiko Kanémitsu: J'ai découvert le mot "madéi" il y a 10 ans. Depuis, ma vie a changé.


* Madéi est un mot local de Fukushima, qui signifiait à l'origine «des deux mains», donc «avec sincérité», «avec soin», «cordialement».

 

12. La connaissance du nouveau à partir de l'ancien. (Oncle Tshishin, 故知 )

      M. Sasaki Ikuo : Afin de bien transmettre le témoin à la prochaine génération,  ayons courage et espoir,  tirons les leçons du passé, et  marchons en avant vers l'avenir.


    * Paroles de Confucius.

 

 

Dans la brochure il y a plus de 300 expressions, mais outre celle-ci "On trouve toujours des sakuras sur la planète" et quelques autres, presque toutes sont de banales expressions de sagesse. Cependant, je crois que, après la catastrophe, ces mots apparemment anodins prennent une signification plus profonde dans le cœur de tous les Japonais.

 

Pour ma part, le mot "sakura" m'a beaucoup impressionné. Lorsque j'ai visité la ville de Ishinomaki dans le district de Miyaghi, trois mois après la catastrophe, dans le quartier complètement désert fonctionnait déjà par miracle un salon de coiffure appelé "Sakura". J’étais si ému que je n'ai pu m'empêcher de pleurer. À coup sûr, la beauté et la noblesse des sakuras s’ancrait déjà au plus profond du cœur des Japonais.

 

[traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN, avec le contrôle de Paul Signoret]

 

_____________________________________

Textes de HORI Yasuo

 

Pour l’an I de la catastrophe, se procurer « Tertrema katastrofo de Japanio 2011 » de Hori Jasuo (Lettre numéro 24 – avril 2012 - Espéranto France). On peut commander ce livre de 165 pages, édité par SAT-MAS, auprès du service de librairie d’Espéranto France. On peut aussi lire le contenu de ces comptes rendus sur le site de l’association SAT : http://www.satesperanto.org/-Marto-.html . Enfin, on peut trouver certains textes de cette première année traduits en français sur des sites espérantistes locaux :

www.esperanto-angers.fr, rubrique accueil / Japon

www.esperanto-provence.org, rubrique tsunami, regroupées par mois en texte déroulant

www.esperanto65.fr, dans la rubrique Fukushima

 

Pour les textes suivants (an II et III), la plupart sont en ligne dans les deux langues sur le site Espéranto-Indre, dans la rubrique « Nouvelles du monde ». J'ai rassemblé les traductions françaises de Paul Signoret en 5 fichiers d’environ 40 pages.

 

Fichiers à télécharger ci-dessous (format pdf)

Interview de HORI Yasuo du 8 janvier 2015 sur la NHK

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