6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:25

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 4 juin 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

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Le Japon pourra-t-il gérer ses eaux polluées ?

 

Le 3 mai, on a commencé à construire un mur souterrain en terre gelée autour des réacteurs afin d’empêcher l’envahissement par l’eau.

Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, chaque jour, sous les réacteurs, pénètrent quatre cents tonnes d’eau souterraine qui se mêlent à de l’eau polluée très radioactive. TEPCO puise, en permanence, cette eau pour qu’elle ne s’écoule pas vers la mer et la stocke sur son site dans d’immenses réservoirs. Mais ce moyen, simple et rudimentaire, ne peut être éternellement utilisé. L’une des plus « efficaces » contre-mesures possibles consiste, selon TEPCO et le gouvernement, à construire un mur de terre gelée.

A propos du mur congelé de Fukushima

Pour le réaliser, on enfoncera des tubes distants les uns des autres d’un mètre, on les emplira d’un liquide de température égale à moins trente degrés, ce  qui aura pour effet de congeler la terre en un mur épais de deux mètres, profond de trente mètres et long d’un kilomètre et demi, tout autour des quatre réacteurs. Le gouvernement en paiera la construction, mais par la suite, TEPCO devra assurer la maintenance de ce système durant quarante ans ou davantage. Pour le seul refroidissement de la terre, la compagnie aura à payer, chaque année, plus de cinq milliards de yens, soit cinquante millions d’euros. Pourra-t-elle supporter une telle charge financière ?

Si TEPCO réussit à faire ce mur, ce sera une bonne chose, mais y parviendra-t-elle vraiment ? Beaucoup redoutent d’éventuels problèmes d’ordres divers.

A propos du mur congelé de Fukushima

1°. Les hommes n’ont jamais construit un mur de glace d’une telle ampleur. À la mi-mai, TEPCO a publié les résultats de la construction d’un mur d’essai. Le responsable a dit : « Nous avons constaté que le mur s’est parfaitement bien comporté contre l’envahissement de l’eau. Nous n’avons aucun problème technique. » Mais il s’agissait d’un mur entourant un terrain d’une surface de seulement cent mètres carrés. De plus l’état de la terre est différent d’un endroit à l’autre. Et en certains endroits, il y a des tubes sortant des réacteurs. Peut-on congeler convenablement ces endroits-là ? On ne peut prévoir la façon dont se comportera un mur de si grandes dimensions, pendant la construction et après.

2°. Les réacteurs reposent sur une terre gorgée d’eau. Quand l’eau manquera, est-ce qu’ils ne vont pas s’enfoncer ou basculer. Et leurs fonctionnalités ne seront-elles pas atteintes ?

3°. Pendant combien de temps ce mur de terre sera-t-il utilisable ?

 

 Deux autres moyens mis en œuvre contre l’eau polluée

 

Le premier de ces moyens est ALPS, un engin capable d’extraire d’une eau polluée soixante-deux sortes de substances nucléaires (en anglais : multi-nuclide

removal equipment). En mai 2013, TEPCO a commencé à faire fonctionner cet engin, et à présent elle en possède trois exemplaires, mais des problèmes n’ont cessé de se poser si bien que les engins n’ont jamais marché à plein régime. S’ils étaient vraiment opérationnels, ils pourraient dépolluer jusqu’à sept cent cinquante tonnes d’eau par jour, mais jusqu’ici TEPCO n’a réussi à en purifier que quatre-vingt-cinq mille tonnes. Et trois cent cinquante mille tonnes d’eau polluée attendent à présent le bon vouloir de ces engins.

 

Et même s’ils réussissaient à purifier l’eau polluée, ils ne pourraient en extraire le tritium, et cette eau, purifiée mais toujours additionnée de tritium, devrait donc continuer à être stockée par TEPCO, dont l'intention était, et est toujours, de la rejeter dans la mer, ce que toutefois les gens ne permettront pas. 

ALPS pose encore un autre problème, à savoir que faire, en fin d’usage, des filtres usagés, imprégnés de produits radioactifs. Tous les engins ALPS sont équipés de quatorze tours d’absorption, qui retiennent électivement soixante-deux de ces produits, et dont les filtres doivent être remplacés tous les deux ou quatre mois. Pour l’instant TEPCO stocke ces derniers sur son site, mais on n’a pas encore décidé – ou on ne peut pas décider – de la façon de s’en débarrasser.

Le deuxième moyen consiste à pomper l’eau souterraine dans douze puits, avant qu’elle ne pénètre sous les réacteurs, et à la rejeter dans la mer. Cette proposition avait déjà été présentée, en avril 2012, par TEPCO aux associations de pêcheurs, qui l’avaient repoussée, car ils n’avaient pas confiance en la compagnie et redoutaient que leur mer n’acquière la fâcheuse réputation d’être radioactive. Mais à la longue, TEPCO et le gouvernement ont réussi à persuader leurs interlocuteurs, qui ont fini par prendre, en mars 2014, l’ « amère »  décision d’accepter.

Le 21 mai eu a lieu, à travers des canaux latéraux, un premier rejet de 560 tonnes d’eau puisée, après qu’on eut mesuré son taux de radioactivité et constaté qu’il n’excédait pas le seuil autorisé, soit un becquerel de césium 134 et de césium 137 par litre. À présent TEPCO rejette chaque semaine de l’eau puisée et elle entrevoit la possibilité de diminuer ainsi quotidiennement son stock d’eau de cent tonnes. Néanmoins, cette ponction doit être opérée avec précaution car le risque est que le niveau de l’eau souterraine, tout autour des réacteurs, ne devienne plus bas que celui de l’eau polluée se trouvant sous les réacteurs, auquel cas cette dernière s’écoulerait vers l’extérieur.

 

Ce que je crains

 

Sur le site de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se dressent une multitude de réservoirs remplis d’eau radioactive, qui ont été construits rapidement et à bas prix et dont la limite d’utilisation est de cinq ans. Depuis l’accident nucléaire, plus de trois ans déjà se sont écoulés. En janvier, TEPCO a décidé de construire, chaque mois, des réservoirs d’une capacité totale de quarante mille tonnes (celle-ci était, jusqu’ici, de quinze mille), afin de résoudre ce problème.

TEPCO doit se battre contre cette énorme masse d’eau polluée stockée, et en même temps contre une énorme masse d’eau qui chaque jour a été, est ou va être polluée.

La société japonaise souffre, à l’heure actuelle, d’un manque de main-d’œuvre dû à une économie dont l’état s’améliore, à la reconstruction des villes sinistrées et aux travaux induits par les futurs Jeux Olympiques. TEPCO dispose-t-il et continuera-t-il de disposer d’une main-d’œuvre suffisamment nombreuse et qualifiée ? Cette question m’obsède et me tourmente.

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 22:03

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 5 avril 2014,

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

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Ce qu'il en est des travailleurs dans la centrale nucléaire

 

Faire comme mon père est le but de ma vie

Kitahara Hakuya, élève de quinze ans, habitant la ville de Fukushima

 

Mon rêve est de travailler comme mon père. Il est employé dans la centrale n° 1 de Fukushima, qui a été fortement endommagée par le séisme et le tsunami de 2011. J’éprouve de l’estime pour mon père et je voudrais faire comme lui.

Il y a certes divers problèmes dans la centrale, mais à présent elle se trouve dans un état relativement stable. Je crois qu’elle est maintenue dans cet état grâce à de nombreux travailleurs dévoués, qui veulent sauver leur région et leur ville. Je désire payer ma dette envers eux en étant moi-même, plus tard, un bon travailleur.

Pour que tous puissent vivre tranquilles dans leur foyer comme auparavant, je veux poursuivre mon but.

(paru dans le journal Fukshima Minpoo, du 24 mars 2014)

 

Un travailleur malade reconnu comme “victime d’un accident du travail”

 

Un travailleur de soixante-deux ans, qui avait été employé pendant 27 ans dans les centrales nucléaires de Takahama, Ōi et Mihama de la Compagnie d’électricité de Kansaya, a été reconnu comme “victime d’un accident du travail”. Il dit : “J’ai travaillé plusieurs fois dans des endroits très radioactifs, dans lesquels on ne peut rester plus de quinze minutes. Je croyais que la compagnie, possédant des informations suffisantes sur les types de radiations ionisantes et sur les limites d’exposition, m’en protègerait efficacement, or cette croyance était infondée.

En juillet 2011 on a découvert chez lui une tumeur lymphatique maligne, il a été opéré aussitôt et par la suite on l’a soumis à un traitement anticancéreux.  Selon les indications portées dans son carnet d’exposition aux radiations, il a reçu, au cours des 27 dernières années, 168,41 millisieverts. Sa femme a demandé une aide du gouvernement, mais le Bureau du travail du département de Hyōgo la lui a refusée, en arguant que, pour être reconnu comme “accidenté du travail”, il faut avoir subi une exposition aux rayonnements ionisants supérieure à 200 millisieverts en cinq ans.

La norme de reconnaissance pour un malade leucémique exige qu’il (ou elle) ait travaillé plus d’un an et ait reçu une irradiation égale à 5 millisieverts multiplié par le nombre d’années de travail. Il n’existe pas de norme pour les malades atteints d’une tumeur lymphatique maligne, néanmoins le risque est supposé être égal au cinquième de celui de la leucémie.

 

En décembre 2012, cet homme, avec l’aide d’un conseil, a de nouveau sollicité le Bureau, et finalement a été reconnu comme malade victime de la radioactivité. Son avocat a déclaré : “Le gouvernement doit plus largement reconnaître la qualité de  “victimes d’accident du travail” aux employés des centrales nucléaires malades, car pour éviter d’être licenciés pour dépassement du seuil d’exposition aux radiations ionisantes, ceux-ci parfois ne déclarent pas avec exactitude leurs temps d’exposition et en outre les maladies dues à la radioactivité n’ont pas encore été clairement explorées.”

(paru dans le journal Akahata du 25 mars 2011)

Ce qu'il en est des travailleurs dans la centrale nucléaire

Mort d’un travailleur enseveli sous du sable

 

Le 28 mars, TEPCO a publié une information concernant la mort d’un travailleur de 55 ans, qui réparait la base d’une construction, dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima,  et qui a été enseveli dans un trou de deux mètres de profondeur sous une avalanche de sable et de blocs de béton. Il est la septième victime d’accident, depuis la catastrophe de 2011.

 (paru dans la journal Akahata du 29 mars 2011)

Selon TEPCO, à la fin du mois de mars, le nombre de travailleurs malades ou blessés pendant leur travail s’élevait à cent vingt. Ils accomplissent des tâches très dures. Équipés de masques et de vêtements protecteurs, ils construisent des réservoirs pour eau polluée. Chaque jour, ils sont quatre mille à travailler ainsi, y compris des débutants inexpérimentés, et souvent des problèmes surviennent. Auparavant, il y avait deux hôpitaux dans le voisinage de la centrale, mais après l’accident de 2011, ils ont été fermés. Il y a maintenant, dans la centrale même, une clinique où  médecins et infirmiers sont de service jour et nuit, mais dans laquelle on ne peut opérer, si bien que lorsque arrivent des cas graves, ils doivent être transportés jusqu’à un hôpital distant de soixante kilomètres. Et comme en outre le terrain de la centrale est très vaste, dans ce dernier accident, il a fallu vingt cinq minutes pour transporter la victime à la clinique. Pour supprimer entièrement les quatre réacteurs, quarante ans seront nécessaires. TEPCO doit donc mettre sur pied un bon dispositif pour prendre soin des travailleurs.

(paru dans le journal Fukushima-Minpō du 4 avril 2011)

 

Comment recrute-t-on des travailleurs ?

 

Sur Internet, je trouve de nombreuses compagnies qui recrutent de la main-d’œuvre pour les centrales nucléaires de Fukushima. Voici la traduction d’informations concernant deux d’entre elles.

 

Haut salaire pour travailleurs de la centrale nucléaire

Compagnie Aaty, dans la ville de Kōriyama, département de Fukushima

Nature du travail : travaux de terrassement et de construction

Salaire : 18000 yens (180 euros) pour un ouvrier

20 000 yens (200 euros) pour un contremaître

Logement : Nous le préparerons et nous en paierons le loyer

Nourriture : À votre charge

Chantiers : Il y a divers chantiers, dangereux ou non. Vous aurez le choix. N’hésitez pas à nous consulter.

Période de travail : Les travaux dans la centrale seront achevés en deux ou trois mois*, mais même après, nous vous donnerons du travail, quoique avec un salaire différent.

* Au sujet de cette période de travail "de deux ou trois mois", il faut noter que, selon la loi, un ouvrier peut être exposé, sur une année, à une irradiation de 50 millisieverts, mais beaucoup de compagnies ont leur propre seuil d’exposition, par exemple 20 millisieverts. Donc je suppose que certains travailleurs de cette compagnie, ayant reçu 20 millisieverts au cours des trois premiers mois et ne pouvant ensuite plus continuer à travailler dans une centrale, seront employés à la dépollution de lieux urbains ayant subi une contamination radioactive.

 

Nous embauchons deux cents travailleurs

 

Entreprise de construction Amdak, dans la ville de Iwaki, département de Fukushima

Salaire : 22 000 yens (220 euros)*, pour un chantier dans la centrale (déblaiement de détritus autour des réservoirs à eau)

15 500 yens (55 euros)*, pour un chantier de nettoyage de villes (autour d’habitations, dans des forêts, des champs et sur des bords de rivières)

Horaire de travail : 5 heures pour le travail en centrale, 7 heures dans les villes

Logement et nourriture : de 500 à 2 500 yens par jour pour un ouvrier en centrale et de 0 à 1 500 yens par jour pour un ouvrier en ville

Âge requis : de 30 à 60 ans pour un travail en centrale, de 20 à 60 ans pour un travail en ville.

Nombre d’ouvriers à recruter : 200

Autres conditions : Nous acceptons les gens sans expérience. Aucune compétence n’est requise.

Bienvenue : Nous estimons très importants un haut niveau de salaire et de bonnes conditions de travail. Que vous soyez sans expérience n’a aucune importance. Nous vous formerons avec soin à votre travail. Tous nos employés travaillent avec plaisir. Venez et soyez amis avec nous.

 * À ma connaissance, beaucoup de travailleurs ne reçoivent que 12 000 yens environ. Il semble bien que 18 000 et 22 000 yens soient des salaires plus élevés que ceux réellement versés. En outre, il faut déduire de ces sommes impôt et assurance santé, et pour les toucher il faut mettre sa santé en danger, ce qui fait que ces salaires ne sont pas hauts du tout.

 

 

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 23:10
Mon expérience en centrale nucléaire

Traduit du japonais à l'espéranto par HORI Jasuo,

et de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

.

Le 2 septembre 2011, message de HORI Yasuo :

J'envoie ma traduction de "Mon expérience en centrale nucléaire".

M. HORIE Kunio voulait savoir ce qu'était le travail dans une centrale nucléaire, et ne pouvant pas le savoir, il décida de l'expérimenter lui-même en y travaillant. Il commença à travailler à la centrale de Mihama, dans la préfecture de Hukui, et ensuite à Fukushima. Je trouve que ce livre a une grande valeur, c'est pourquoi j'ai traduit la partie qui concerne Fukushima. Certainement dans toutes les centrales du monde, même à présent, les ouvriers travaillent ainsi.

Au sujet de mon travail dans la centrale nucléaire de Fukushima

 

Un recruteur

   Le 19 décembre 1979 (mercredi)

   Je suis parti pour Fukushima par le train express Hitachi No2, qui partait de la station Ueno à Tokyo à 10 heures du matin. J'étais avec M. Kamiyama, qui est mon "maître" à partir d'aujourd'hui. Il a 45 ou 46 ans. Il n'est pas bavard, mais parfois il plaisante à voix basse. Il est charmant quand il rit à travers ses petits yeux. Il me semble qu'il a bon coeur. On le nomme "recruteur professionnel", il recrute des ouvriers pour les centrales nucléaires.

    M. Sawada, qui devrait être dans ce train avec nous, n'a pas eu la permission de venir à la centrale de Fukushima. Il s'est trouvé incompatible lors de l'examen de santé.

    Après que nous avions fini le travail à la centrale nucléaire de Mihama dans la province de Fukui, nous avons rencontré M. Kamiyama dans un café de la ville de Tsuruga. Ce fut une rencontre de seulement 4-5 minutes. Sans s'informer de notre carrière, il nous a tout de suite proposé un salaire:

   "Qu'est-ce que vous en pensez ? Evidemment 3 repas, logement et billets de train, je m'en occuperai" Il a écrit un 7 avec le doigt sur la table. 7000 yens par jour. Un salaire très élevé, par rapport à Mihama. Là, on nous payait 5500 yens par jour, repas et logements inclus, et il ne me restait plus beaucoup. Nous étions très contents de cette proposition.

    "Voilà, c'est fait ! "

Voyant le sourire sur le visage de M. Sawada, il constata que l'arrangement était conclu.

   "On veut que vous veniez à Fukushima le plus tôt possible, donc nous allons  maintenant ensemble à l'hôpital pour votre examen de santé"

     Sans s'inquiéter de notre disponibilité, il se mit debout aussitôt. Je suis allé à l'hôpital de Hayashi. Dans la salle d'attente, il a sorti un billet de sa poche et il m'a dit "Voilà pour vous" et il m'a donné 20 000 yens. Jugeant qu'il était généreux, je l'ai remercié. Mais quand il a été parti, M. Sawada m'a dit" M. Horie, ne pensez pas que cet argent puisse être un cadeau, c'est un prêt. On reprendra certainement cette somme sur votre salaire". Et il parla de son expérience amère au sujet de l'argent. D'après lui, c'est l'habitude chez les recruteurs. "Cependant, nous pouvons peut-être faire confiance à M. Kamiyama" ajouta-t-il. Mais je regrettais d'avoir accepté cet argent. Je l'avais déjà pris, et ne pouvais pas le redonner. Je devais faire confiance à ce M. Kamiyama.

  L'examen de santé commença. Examen radio, capacité visuelle, poids, taille, sang et pression sanguine. M. Sawada avait une pression sanguine excessive: 220 . C'était trop.

  "Votre pression sanguine est trop élevée " a dit une infirmière.

   "Soyez gentille de me faire une faveur...."

Il la supplia en faisant une révérence. S'il n'était pas bon à cet examen, il ne pourrait pas aller à Fukushima. Sa volonté de gagner davantage chez un autre patron dépendait de cet examen.

  "Eh bien, quel nombre voulez-vous?" demanda tout simplement l'infirmière

   "Ah, je voudrais 170"

   "Eh bien,180 ; ça vous va?"

    Ayant entendu ces derniers mots, j'ai été content qu'il ait réussi son examen de santé, et en même temps j'ai été consterné que l'on pouvait si facilement falsifier les résultats. Le nombre de globules blancs viendrait plus tard.

   Malgré le rapport favorable que l'hôpital avait fait pour M. Sawada, il ne réussit pas   son examen de santé. M. Sawada avait un problème de globules blancs.  

    Une autre chose imprévue m'attendait. Depuis peu de temps, la Compagnie d'électricité TOKYO avait décidé de ne pas embaucher d'ouvriers sans "cahier de contrôle nucléaire". Je n'avais pas ce cahier. Pour cela, mon recruteur a fait le nécessaire. J'ai dû attendre, et au bout de 2 semaines, le 18 décembre, j'ai finalement pu aller à Fukushima.

  A 13h24, M. Kamiyama et moi avons atteint la ville de Namie. Il neigeait un peu. Nous avons pris un taxi. Nous avons parcouru la campagne toute plate. Ni dans le train, ni dans le taxi, mon "maître" ne m'a beaucoup parlé. Cela me convenait, car je ne voulais pas parler de ma carrière.

   Au bout de 20 minutes, nous avons traversé la ville de Futaba, puis nous sommes entrés à Ōkuma. Après avoir descendu une longue côte, nous nous sommes écartés de la route nationale et avons tourné à gauche. Un panneau est apparu "Centrale Nucléaire No 1 de Fukushima de la Compagnie d'Electricité Tokyo". Cinq minutes plus tard, nous étions en vue de la porte principale de la centrale, et devant elle nous avons tourné à gauche, et ensuite nous nous sommes arrêtés devant le bureau.

Sur une pancarte était écrit "Valvo Utchida". A partir d'aujourd'hui je vais travailler sous le nom de cette compagnie.

   Il y avait deux bâtiments préfabriqués : un pour le bureau et l'autre pour les ouvriers. J'ai rencontré le chef du bureau. "Merci de votre long voyage". Ce fut tout, et ensuite j'ai attendu et attendu dans le bureau.

    Là, dix hommes assis à une table écoutaient parler un jeune employé. Cela semblait un cours sur des affaires nucléaires. Il utilisait un tableau noir et lisait divers documents. Le contenu était sérieux. A la centrale nucléaire de Mihama, où je travaillais auparavant, l'instruction était très rudimentaire. On montrait un petit film et c'était tout. Ici on ne faisait pas d'explications à but de propagande sur la différence entre une bombe atomique et l'énergie atomique. Cependant ils utilisaient des abréviations de termes anglais comme FB, PD ,TLD ,RWP, etc...

   Le texte comportait 41 pages en format A5 et contenait ceci " Manuel de sécurité pour les compagnies sous contrat" "Procédure pour entrer et sortir des installations radioactives" "Manuel pour les travailleurs" "Connaissance de base sur la radioactivité" etc... écrits en petites letttres.

   Le texte était très bon, mais les personnes présentes n'étaient pas sérieuses ; certains écoutaient vaguement, d'autres dormaient. Ces comportements étaient tout à fait normaux, car les gens ne peuvent pas apprendre ces choses difficiles pendant  un temps si court.

 

   Vers 4 h du soir, les ouvriers sont revenus du travail, et les salles étaient pleines de bruit. Au contraire de Mihama, les vieux ouvriers étaient peu nombreux. Ici les plus âgés avaient 45 ans. Beaucoup étaient des jeunes d'environ 18 ans avec des cheveux frisés. Ils ont inscrit quelque chose sur un papier. On y voyait des nombres comme 30 ou 50. J'ai été surpris. Quand je travaillais à Mihama, le plus grand nombre était 10 milirems. Ces nombres étaient plusieurs fois plus grands. J'ai commencé à être inquiet.

   A 5 h, tous se sont préparés pour rentrer à la maison. Alors est venu un responsable qui travaillait au bureau et il m'a dit : "Je vais rentrer à la maison, votre logement a déjà été déjà réservé par l'employé". Et il a disparu.

   Un employé d'âge moyen m'a accompagné en voiture jusqu'à mon logement, qui se trouvait à côté de la gare de Namie, d'où j'étais descendu le matin.

 

   Après le souper, je me suis promené dans la ville. Une très petite ville. Au bout de dix minutes de promenade, le quartier commercial s'arrêtait et c'était la campagne obscure. Il était 7 heures, mais déjà de nombreux magasins étaitent fermés. Peu de gens se trouvaient dans les rues. Ceux que je rencontrais étaient en vêtements de travail, sur lesquels on lisait "Compagnie X" et "Compagnie d'électricité X". Tous étaient des ouvriers de la centrale.

 Chez le marchand de poissons pendaient des saumons séchés. On s'approchait du Nouvel An.

 

Bombe atomique

Le 20 décembre (mercredi)

 

A 7 heures du matin, l'employé de bureau qui m'avait accompagné la veille est venu à mon logement. Il faisait très froid. On ne pouvait pas ouvrir les fenêtres de l'automobile à cause du gel.

  "Votre travail commence à 8 heures, c'est pourquoi nous pourrons partir plus tard, la

 route est trop encombrée avec les voitures des compagnies sous contrat". En effet la route nationale No 6 en direction de la centrale était déjà pleine d'une file de voitures.

   A 8 heures, dans la cour du bureau, des ouvriers faisaient de la gymnastique et ensuite avait lieu une réunion de 5 minutes, dans laquelle les responsables de la sécurité et le chef du bureau faisaient part de leurs observations. 60 ouvriers et employés écoutaient. Il faisait très froid, avec des courants d'air. Tous grelottaient. Quand la réunion fut finie, tous se hâtèrent dans leur salle et se chauffèrent autour du fourneau.  

     A huit heures sont venus 5-6 employés de bureau dans la salle des ouvriers et ils ont appelés des noms. Les appelés sont montés dans un bus .

    On n'a pas appelé mon nom. Aucune consigne ne m'a été donnée. Dix hommes se sont assis autour du fourneau et ont commencé à bavarder. Tout le monde avait déjà été renseigné sur ses tâches la veille. Peut-être n'aurions-nous pas de travail aujourd'hui.

   Ces travailleurs étaient jeunes, environ vingt ans. D'après leur dialecte, ils n'étaient pas du pays. Leur langage était si différent que je ne comprenais presque rien. Ils ne me parlèrent pas, c'est pourquoi j'écoutai en silence leur "langage à eux"

   Vers 11 heures, des hommes revenaient déjà du travail. Certains parlaient le dialecte de la province d'Hiroshima, d'autres celui d'Osaka. Il semble que dans cette compagnie viennent des hommes de diverses préfectures du Japon.

   L'après midi, il s'est mis à neiger un peu. Les ouvriers en attente se firent plus nombreux. Ils se disaient entre eux: " L'alarme a sauté". A cause du travail du matin, ils avaient été soumis à trop de radioactivité, plus que la limite journalière, c'est pourquoi ils ne pouvaient plus continuer.

   Voilà les quantités limites qu'un ouvrier peut subir :

   par jour: moins de  100 milirems

   par semaine: moins de 300 milirems

   par trimestre: moins de 3000 milirems

      Peut-être ces travailleurs qui attendaient l'après-midi avaient-ils été déjà soumis à 100 milirems de radioactivité. Cette quantité est équivalente à celle de la radio-activité  naturelle qu'un homme ordinaire reçoit en un an.

   A trois heures, un jeune employé est venu vers moi et m'a donné un questionnaire

 "Bilan d'exposition à la radioactivité". Il y avait nom, adresse, domicile, et ensuite 4 questions successives : "Avez-vous déjà travaillé dans une centrale nucléaire?"

Lesquelles? Combien de temps?" et à la fin venait une question choquante "Avez-vous déjà été exposé à une bombe atomique?"

   Les centrales nucléaires sont faites pour ne pas exploser, c'est pourquoi celles-ci et les bombes atomiques sont différentes... Les compagnies d'électricité et le gouvernement essaient de les dissocier, expliquant la différence entre les deux, mais, quoique toutes les deux soient différentes dans leur structure, elles sont pareilles en ce qui concerne l'émission de radioactivité, c'est à dire un effet lourd sur le corps humain. Le questionnaire montrait cette vérité.

   Aujourd'hui je n'ai fait que répondre par écrit à cette enquête. Pendant toute la journée, je me suis assis, dormant à moitié. Le soir je suis revenu à mon logement par un petit bus. A partir de demain je le prendrai.

 

   Après le souper, je suis allé au café. Des ouvriers d'âge moyen assis à côté de ma table lisaient un journal avec un visage préoccupé.

"Ah, c'était vrai, de la radioactivité s'est échappée"

"Dans le réacteur Numéro 1"

"Chaque fois que l'on contrôle le réacteur, on trouve des pannes"

   On avait certainement trouvé une panne dans une centrale. Après leur départ, j'ai lu le journal en question. Je me suis aperçu que ce réacteur était justement celui sur lequel j'allais travailler le lendemain.

" Une cassure dans les barres de combustibles" "Trouvée lors du contrôle du réacteur No 1"

 

   Le journal "Fukushima Miyuu" rapportait ceci:

"On a commencé à contrôler le réacteur No1 à partir du 1er septembre et on a changé 163 paquets de barres de combustible parmi les 400. On a trouvé des cassures dans certaines barres qui allaient être remplacées. En contrôlant la radio-activité, on soupçonne que 22 paquets sur ces 163 ont laissé échappé de la radioactivité. Et avec un contrôle plus précis, on a trouvé que 6 parmi ces 22 ont une cassure.

   J'ai lu cet article et j'ai dit: "Encore!" Oui, d'avril à septembre 1978, on a trouvé les pannes suivantes (rien que dans le rapport du gouvernement) :

  1- Rupture d'épingle dans le réacteur No3 de Mihama.

  2- Mouvement anormal de de la pompe dans le réacteur No1 de la centrale  de Takahama.

  3- Panne de 2 valves du refroidisseur dans le réacteur No 1 de Ikata.

Tant de pannes dans la réalisation prouvent le danger des centrales nucléaires.

 

Le 21 décembre (jeudi)

Beau temps. Aujourd'hui encore, je me suis occupé du fourneau. Il ne s'est trouvé personne avec qui parler. Nulle part des journaux ou des revues. Une journée très ennuyeuse.

 

Centre pour la santé et la sécurité

Le 22 décembre (vendredi)

 

   Il fait beau, cependant le matin il faisait vraiment très froid. Pendant que j'attendais le bus, mes genoux tremblaient de froid.

   Je supposais qu'aujourd'hui encore mon travail serait d'attendre, mais après la réunion du matin, on m'a dit que j'allais avoir un "examen complet de tout le  corps"

Douze hommes sont montés dans un bus, moi y compris, il y avait ces jeunes qui avaient reçu l'information sur le nucléaire il y a deux jours, et d'autres travailleurs qui devaient se soumettre à l'examen régulier de radioactivité chaque trois mois.

  Pour la première fois, je suis entré sur le territoire de la centrale. Au contraire de Mihama, nous sommes entrés et assis dans le bus sans montrer notre identité. Le chauffeur a fait seulement un salut au gardien. Quoiqu'on nous ait souvent mentionné le danger d'une attaque terroriste dans les centrales, nous avons passé la porte tout à fait librement.   

   Le terrain était immense. D'après l'information, il est de 320 hectares, six fois plus grand que celui de Mihama. On aurait pu construire 320 terrains de baseball comme celui de Korakuen à Tokyo. Il est à cheval sur deux villes, Ōkuma et Futaba.

   Nous avons franchi la porte. Le long du chemin se trouvent les bureaux de Toshiba, Kashima, Hitachi et d'autres, et même une fabrique de béton.. cela ressemble à un grand combinat.

   Nous avons tourné à droite au croisement qui était pourvu d'une signalisation, et nous avons monté une côte. On voyait l'Océan pacifique. On pouvait voir deux cheminées à notre droite et une à gauche. Autour de celles-ci se trouvait une construction carrée en béton. C'était peut-être le couvercle du réacteur. En descendant nous avons vu le bâtiment principal de Toshiba.

   Après l'avoir dépassé, nous avons continué, tourné à gauche et nous sommes arrêtés.  

    "Centre pour la santé et la sécurité"

     A la porte se trouvait une queue de quelques mètres. J'étais à la fin. Il a fallu attendre 20 minutes pour passer à l'accueil, mais la file s'allongeait de plus en plus.

    A 9 heures, la réception a commencé. Après avoir mis des pantoufles, je suis entré dans la salle d'accueil. Nos groupes avaient à peine été admis que d'autres devaient attendre jusqu' à midi.

    On y trouvait 4 appareils de mesure pour tout le corps, mais deux d'entre eux comportaient un papier avec l'inscription"en panne"et les deux autres fonctionnaient correctement. 

    Nous avons attendu 3 heures pour un examen de 2 minutes, car entre-temps étaient venues des personnes importantes de la Compagnie d'électricité Tokyo, trois ouvriers devaient être réexaminés après la douche (et ils rouspétaient, que la douche donnait seulement de l'eau froide par ce temps froid) et l'appareil de mesure avait un problème. J'étais le dernier de notre groupe.

   A l'entrée de la salle de mesures,  j'ai pianoté les  chiffres 150 872, c'était mon numéro pour Fukushima. Dans cette salle, on m'a donné cette consigne : Enlevez votre vêtement de dessus et mettez le blanc. A Mihama sous le vêtement blanc, nous portions seulement un caleçon.

    Les mesures étaient finies. Je suis revenu dans la salle d'accueil, où il n'y avait personne de mon groupe. Peut-être étaient-ils déjà partis dans le bus, ai-je pensé. A ce moment on a entendu une annonce. "M. Horie, venez à la réception"   

  "C'est possible que le chiffre de ma radioactivité soit trop élevé" ai-je pensé avec crainte.

   Un employé de bureau de 34-35 ans m'attendait avec une mine sévère.

-    Vous êtes bien M. Horie?

-    Oui

  • Dans quelle centrale avez-vous travaillé jusqu'à présent?
  • Dans la région de Kantō...
  • Votre indice est trop élevé
  • Elevé? Combien?  J'ai pris conscience que je balbutiais
  • 6400
  • C'est beaucoup?
  • Oui, beaucoup. Beaucoup trop.
  • "Quel est le nombre normal?
  • 700 ou 800.

   Nous avons poussé ensemble un gémissement. Mon indice était 10 fois plus élévé que la normale. Je réfléchissais. Pourquoi un nombre si élevé était-il apparu? J'ai essayé de me souvenir. Lorsque j'avais arrêté de travailler à Mihama, j'avais été examiné. C'était le 2 décembre, 3 semaines auparavant. Si un nombre aussi anormal était apparu à ce moment-là, on me l'aurait fait remarquer, mais on ne m'a rien dit. Pourquoi ce nombre si élevé était-il apparu? Il restait une seule possibilité.

   "Est-ce que l'appareil de mesure n'aurait pas fonctionné de travers?"

   "Ne dites pas une telle sottise. Tous ont été examiné avec cet appareil, et personne n'a reçu un indice élevé. Quel travail faisiez-vous à Mihama?"

   Il parlait brutalement, peut-être offensé par mon allusion à une panne de l'appareil.

Je lui ai raconté ce qui concernait mon travail et à combien de radioactivité j'avais été exposé..

Après avoir écouté mes explications, il est resté silencieux un moment.   

  "Si vous avez vraiment travaillé de cette manière, vous n'avez pas reçu une telle radioactivité"

"Oui"

"J'ai compris. Je vais vous refaire les mesures. Enlevez tous vos vêtements sauf le caleçon.

   Je me suis couché sur le lit. Si le même nombre apparaissait... cela signifiait que d'une façon ou d'une autre j'avais une quantité anormale de radioactivité dans le corps. Est-ce qu'il existe un remède pour soigner cela? Je ne pourrai pas travailler à Fukushima. Dans mon coeur apparurent de la crainte et de l'inquiétude. Je ne voulais même plus savoir le résultat.

   Et deux minutes passèrent. Une sonnerie retentit, et le lit se déplaça. Je me dirigeai en hâte au bureau à côté de salle de réception.  

 - Quel a été le résultat?

- Attendez un peu. Cela va bientôt apparaître.

Devant nos yeux une imprimante se mit en marche et tapa quelque chose.

- Quel est le résultat?

- Hmm, bizarre.

- C'est combien?

- 800. Normal.

Ayant entendu cela, je me suis senti fatigué, mais joyeux. Je me suis étiré et j'ai pu rire de bon coeur.

   L'employé ne comprenait pas le résultat, et il me dit qu'il voulait recommencer la mesure, non pas de mon corps, mais de mes affaires, par exemple les vêtements, la montre, les lunettes et tout le reste. J'ai mis ces objets sur le lit, et il a fait les mesures de contrôle. Le nombre était peut-être 2000. Je ne me souviens pas du nombre, car je n'ai pas entendu avec précision. Si mon corps n'était pas radioactif, le reste n'avait pas d'importance.    

   Alors est venu un membre du groupe, qui s'est occupé de moi. L'employé a renoncé à faire d'autres explorations à propos de cet indice élevé, et il est retourné dans la salle.

   La radioactivité dans mon corps et dans mes affaires était d'environ 3000, moins de la moitié du nombre 6400. Est-ce que, par hasard, il y avait eu une panne dans la machine ? Mais pendant tout ce temps j'avais bien assez ressenti la terreur de la radioactivité.

    J'ai pris tard le repas de midi. A 1 heure et demie, je suis retourné au "Centre pour la santé et la sécurité " avec d'autres membres du groupe. On m'a photographié et ce fut la fin de mon travail. Ensuite je me suis encore une fois occupé du fourneau.

  

Dans le domaine des employés de bureau de TEPCO

Le 23 décembre (samedi)

 

   Il faisait beau. Après la réunion, M. Hamaoka (34-35 ans), contrôleur de la radioactivité de la compagnie "Utchida Valvo" m'a fourni une "pièce d'identité de

 travailleur chez Utchida Valvo", une "Carte pour pénétrer dans la centrale", un "dosimètre film-badge"(ce dosimètre est un film qui noircit plus ou moins selon les radiations reçues, on l'appelle aussi dosifilm) et des vêtements de travail. A partir d'aujourd'hui j'irai à la centrale pour travailler. 

   "La carte d'identité de travailleur" est une carte plastifiée de 6 cm de long et 8 cm de large. Dessus, à gauche, il y a ma photo que l'on a faite hier, à droite il y a  mon nom, mon numéro (150 872), le nom de la compagnie Utchida Valvo, et en bas il y a 6 petits trous  comme dans une carte pour ordinateur.

    La "carte pour pénétrer dans la centrale" a 20 cm de long et 15 cm de large.

Sous le nom de la centrale est écrit " Permis de pénétrer dans la centrale et prêt d'un appareil d'alarme". Il semble que ce soit une carte pour noter le nombre que donne l'appareil de poche servant à mesurer la radioactivité, car sur les deux côtés sont imprimés "la date", "le nombre que donne l'appareil de mesure de radioactivité entre le contrôle A et le controle B", "le total de radioactivité", etc..;

   Et en dehors du cadre, il y a cette note:

1- quand le nombre de A et B dépasse 100 roentgens, l'annoncer au responsable.

2- le compteur prêté devra être absolument redonné.

     Sur ma carte à la date du 19 décembre il est écrit "a fini le cours d'instruction sur la radioactivité". Ce jour-là je venais pour la première fois au bureau. Certes ce cours avait eu lieu, mais j'étais à côté en train de lire un journal. On ne m'a jamais donné la consigne d'aller à ce cours. Quand j'ai commencé à le regarder, il était déjà presque fini.

   Le dosimètre film-badge est le même qu'à Mihama. Il était dans le paquet avec le compteur TLD.

Les préparatifs pour entrer à la centrale consistent à porter au cou deux sortes de  cartes et le dosifilm.

    A 8h et demie, accompagné de M. Tashiro qui a 44-45 ans, je suis monté dans le bus vers mon lieu de travail.

  " Aujourd'hui votre travail est de nettoyer le réacteur No 1, cependant aujourd'hui c'est votre premier jour, donc vous travaillerez à votre guise à titre d'entrainement"

Dans le bus, M. Tashiro m'a dit spontanément: "Je suis venu de Hiroshima avec quelques amis, et lundi prochain je rentre à la maison après ma période de 6 mois, et l'année prochaine je travaillerai encore ici". Il a un visage hardi et il est costaud. Il semble qu'il soit vétéran dans ce travail, mais contrairement à ce que je supposais, il a bon coeur et il est bavard.     

    Nous avons passé le bureau central de TEPCO et avons tourné à droite, et au bout de 100 m, nous nous sommes arrêtés.

   A la suite de M. Tashiro, je suis entré dans l'enceinte du réacteur complètement recouverte de béton.

   "Cette entrée est pour les réacteurs 1 et 2 " a dit M. Tashiro.

Le réacteur No 1 a été examiné le 1er septembre, et le No 2 le 1er décembre .

   

   A l'entrée, il y avait un jeune gardien avec un casque blanc, sur lequel était écrit: "Compagnie de sécurité de Tōhoku" et sur le mur se trouvait une affiche avec une jeune fille à moitié nue pour la "Journée de l'énergie atomique"

   A côté de cette affiche était le vestiaire. Après avoir pris une caisse plastique à l'entrée, j'ai enlevé mes souliers et mes vêtements et je les ai donnés au responsable installé à une table. Il y avait quelques-uns de ces responsables, et tous étaient âgés, ils portaient une veste de travail avec le nom de leur compagnie: "Responsable des bâtiments"     

   Au-dessus du caleçon, j'ai mis une chemise à manches longues et un pantalon long.

 Sur la poitrine et le ventre, il y avait un insigne jaune avec des lettres rouges "Ne pas emporter à l'extérieur".

   "Personne ne voudrait voler ces vêtements, même si on nous en donnait l'ordre" a ricané M. Tashiro.

    Ensuite j'ai enfilé des chaussettes jaunes en nylon, un vêtement blanc avec l'inscription "vêtement pour traverser", comme celui que portent les médecins, un casque, et pour finir des bottes de caoutchouc jaunes, dont certaines parties étaient couvertes de fer.  

     "Maintenant nous sommes fin prêts. Ensuite nous devons recevoir un compteur de poche au contrôle. Nous allons ici et là, donc ne vous perdez pas"

    En suivant M. Tashiro je suis entré dans la salle voisine. Au milieu se trouvaient 4 tables et voici le processus:

  1 - recevoir l'appareil d'alarme et le mettre dans le sac en plastique

  2 - prendre un ATLD (qui mesure la radioactivité) dans la caisse en carton sur la table

  3 - le mettre avec la carte d'identité dans le "lecteur ATLD"

  4 - recevoir un compteur de poche de radioactivité, inscrire son numéro et le nombre lu sur le permis d'entrer.

  5 - mettre "la carte de travailleur" et le "permis d'entrer" dans l'armoire disposée selon le nom de la compagnie. 

   "Maintenant la première étape est finie. Quand vous aurez fait ceci plusieurs fois, vous vous habituerez au processus ", a dit M. Tashiro pour me consoler. Depuis le début jusqu'à ce moment-là, il s'était écoulé une heure. Il y avait certes beaucoup d'ouvriers qui attendaient leur tour pour le lecteur ATLD, mais c'était beaucoup trop long.

    Nous avons visité les toilettes à côté, et nous sommes entrés par la porte en bois. Maintenant nous étions dans le district "sous contrôle". Nous avons traversé un couloir de 3 m de large. Les deux murs étaient en béton. Il faisait  sombre.

"Maintenant nous allons mettre le vêtement C", a dit M. Tashiro.

 

Extrait du livre de M. HORIE Kunio

"Mon expérience en centrale nucléaire"

 

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Illustration d'entête : Mizuki Shigeru

 

 

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 00:51

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 23 février 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

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Hiroshima, Nagasaki, …et Fukushima

 

On dit souvent que les Japonais, à trois reprises, ont eu à souffrir – et souffrent encore – du fait de la radioactivité : à Hiroshima, à Nagasaki et à Fukushima, or ce n’est pas exact. N’oublions pas Bikini. La présente année, 2014, est le soixantième anniversaire de Bikini : le 1er mars 1954, des bateaux de pêche japonais ont été irradiés à cause des essais, faits par les États-Unis, de la bombe à hydrogène, près de l’atoll de Bikini, dans l’Océan Pacifique.

Hiroshima, Nagasaki, … et Fukushima

En janvier 1954, un bateau de pêche, Le Cinquième Dragon Heureux, est parti du port de Yaizu, dans le département de Shizuoka. Alors que l’équipage pêchait en dehors de la zone interdite, la bombe à hydrogène a été mise à feu dans l’atoll de Bikini et des matières radioactives ont alors été projetées à une distance plus grande que celle prévue, si bien que le bateau et les marins pêcheurs ont été exposés à une forte irradiation.

 

Hiroshima, Nagasaki, … et Fukushima

M. Ōishi Matashichi, âgé alors de vingt ans et à présent octogénaire, membre de l’équipage du Cinquième Dragon Heureux raconte : “Une cendre mortelle tombait, semblable à de la neige, mais elle n’avait ni goût ni odeur. Quelques jours plus tard, sont apparues des boursouflures sur la peau des marins et leur cheveux tombaient. De retour au Japon, nous avons tous été hospitalisés. M. Kuboyama Aikichi, le radiotélégraphiste du bord est mort, victime du syndrome d’irradiation aiguë. Après ma sortie de l’hôpital, j’ai été en butte à la discrimination et aux préjugés, ainsi d’ailleurs qu’à l’envie, à cause de l’indemnité de 1 900 000 yens (soit 190 000 euros) que m’ont versée les États-Unis. J’ai décidé de vivre caché et j’ai ouvert une laverie à Tokyo.”.

Le Cinquième Dragon Heureux conservé au musée à Tokyo

Le Cinquième Dragon Heureux conservé au musée à Tokyo

Dans un premier temps, les États-Unis avait accusé le bateau de pêche d’être un navire espion, mais après la mort de M. Kuboyama et en raison de pluies radioactives sur tout le Japon, la colère de la population atteignit une telle ampleur que les États-Unis ont changé d’attitude et ont « résolu » le problème en payant une indemnité de deux millions de dollars à l’industrie de la pêche, au propriétaire du bateau et à son équipage.

 

Il y a trente ans, M. Ōishi a rompu le silence et s’est mis à donner des conférences dans tout le Japon. À ce jour, il en a fait plus de sept cents. Il répète maintenant au cours de ses conférences : “La technologie nucléaire à évolué de même que les armes nucléaires et les réacteurs nucléaires. Une radioactivité invisible influe inévitablement sur le corps humain. Vous devez le savoir.

 

Beaucoup de (vieux) Japonais savent que Le Cinquième Dragon Heureux a été victime de ces essais et que M. Kuboyama est mort, mais beaucoup ignorent que mille autres bateaux de pêche ont aussi été irradiés, tout comme le bateau de Kuboyama et que beaucoup de marins sont tombés malades et ensuite sont morts. Le gouvernement japonais a dissimulé les faits, à la demande du gouvernement américain, qui voulait faire du Japon l’une des bases importantes de sa stratégie. Il a réussi à maîtriser le mouvement, et en cette même année 1954 a été adopté le premier budget portant utilisation de l’énergie atomique. Et en 1955, la « Loi fondamentale sur l’énergie atomique », première loi relative à l’énergie nucléaire, a été approuvée.

 

Et seule une minorité de gens sait que 20 000 habitants de l’atoll Rongelap, distant de 240 kilomètres de Bikini, souffrent à présent encore des radiations dues aux essais et ne peuvent revenir dans leurs îles.

 

 M. Yamashita Masahisa, âgé de 68 ans, qui a découvert que, outre Le Cinquième Dragon Heureux, plus de mille bateaux ont eux aussi été victimes de l’essai américain, déclare : “Le gouvernement ne s’est jamais soucié de ces marins. Il estimait plus important de faire évoluer la politique énergétique initiée par l’Amérique sous le nom d’ “Usage pacifique de l’énergie atomique”, que de soigner ces victimes. Il craignait d’avoir à payer de fortes indemnités, ce qui mettrait en danger l’évolution de l’Etat. J’ai peur que la même chose se passe à Fukushima. L’avenir de Fukushima a de forts liens avec les essais de la bombe à hydrogène dans le sud du Pacifique.

(Des journaux Mainichi du 18 février 2014 et Akahata du 19 février 2014)

 

Cette affaire a eu lieu lorsque j’étais collégien. On avait alors cessé de manger du poisson, et les poissonneries avaient donc fermé. Nous avions déjà vu souvent des photos de gens irradiés, qui avaient perdu leurs cheveux et nous avions peur que notre tête aussi devienne chauve. Cependant ma colère et ma peur étaient superficielles. J’ignorais alors que la radioactivité influe sur nos gènes. En jetant un regard rétrospectif sur ma vie, je me sens heureux que mon fils et ma fille soient nés normaux, sans aucun handicap et que je puisse dire, en plaisantant ou sérieusement, que ma calvitie actuelle est due aux pluies radioactives de ce temps-là.

 

 

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 00:41

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 19 février 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

  • Tokyo et les préfectures environnantes ont souffert d'une énorme quantité de neige
  • La compagnie d'électricité Chūbu a l'intention de remettre en service la centrale nucléaire de  Hamaoka
  • Le gouverneur de Tokyo nouvellement élu est favorable à l'énergie nucléaire

 

 

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Tokyo et les préfectures environnantes ont souffert d'une énorme quantité de neige

Ma maison au matin du 15 février

Ma maison au matin du 15 février

Il a commencé à neiger le matin du 14 février, alors j'ai renoncé à me rendre à une réunion à Tokyo. Il a continué de neiger tout le jour et toute la nuit, et lorsque je suis sorti de mon lit, le 15, la couche de neige était déjà incroyablement profonde. Il a continué de neiger, et finalement la couche a atteint 73 centimètres dans ma ville. C'est le record de ces cent vingt dernières années.

 

Habituellement, à Tokyo et dans les préfectures environnantes qui bordent l'océan Pacifique, il neige rarement. Donc nous n'étions pas prêts à affronter autant de neige. A cause de cette chute de neige, quelques dizaines de personnes sont mortes, de nombreux villages ont été et sont encore isolés et les transports ne fonctionnaient pas, si bien que les marchandises manquaient dans les magasins. C'est le monde agricole qui souffre beaucoup. Des serres ont été brisées et tous les légumes sont devenus invendables. L'association agricole de ma préfecture de Gunma dit que l'agriculture de Gunma est au bord de l'effondrement à cause des énormes dégâts.

 

En été et en automne, les typhons attaquent souvent notre région, mais les dégâts sont limités. Cependant cette fois-ci, il a beaucoup neigé et dans toute la région, si bien que les dommages ont été énormes. Lors du séisme et du tsunami en 2011,  un ami polonais m’a écrit que le Japon est un pays à plaindre, puisqu'il souffre de tremblements de terre, tsunamis, éruptions, typhons, accidents nucléaires. Il a oublié de citer la neige, or la neige est un problème important dans les régions à neige, elle tue plus de 50 personnes chaque année. Cette fois-ci, elle a sévi dans les régions habituellement indemnes. Vraiment le Japon est un pays à plaindre !

 

 

La compagnie d'électricité Chūbu a l'intention de remettre en service la centrale nucléaire de  Hamaoka

 

 

Pour rendre le Japon encore plus pitoyable, la compagnie d'électricité Chūbu ( Chūbu Elektric Power Company, CEPCO) a demandé le 14 février à l'Autorité de Régulation Nucléaire la remise en service du réacteur nucléaire n°4 de Hamaoka. CEPCO construit maintenant des digues anti-tsunami de 22 mètres de hauteur pour les réacteurs n°3 et 4, ainsi que d'autres installations et équipements, et elle dit que le réacteur n°4 sera prêt pour sa remise en route.

 

Cette centrale nucléaire de Hamaoka est située sur une zone où un énorme séisme est prévisible, et autour de la centrale vivent 960 000 personnes dans 11 villes. Immédiatement après l'accident nucléaire de Fukushima, les gens craignaient un autre très grand séisme sous la centrale, et le premier ministre de l'époque avait ordonné (à juste titre) l'arrêt de celle-ci.

Rapport de HORI Yasuo du 19 février 2014

Légende :

Dans les zones concentriques, du plus plus foncé au plus clair :

- tous mourraient

- la moitié des gens mourraient

- seraient très gravement atteints

- seraient gravement atteints

Beaucoup disent que cette centrale de Hamaoka n'aurait pas dû être construite. Certainement la société a présenté de faux documents au gouvernement et a fait approuver la construction. Par conséquent, même si CEPCO pouvait rendre la centrale "parfaitement sûre", elle ne pourrait jamais être complètement sûre, car elle est située à un endroit si dangereux que personne ne sait ce qui va se passer quand ce terrible tremblement de terre surviendra.

Rapport de HORI Yasuo du 19 février 2014

La compagnie CEPCO ne dépend pas beaucoup de l'énergie nucléaire, donc elle pourrait très facilement s’en passer. Pourquoi insiste-t-elle sur la remise en route ? Pourquoi n'a-t-elle pas le courage d'être la première des sept compagnies détentrices de réacteurs à abandonner tous les siens ? Certes, la remise en fonctionnement du réacteur de Hamaoka inquiètera encore davantage les Japonais et très certainement rendra le Japon encore plus à plaindre à cause d'un accident possible.

 

 

 

Le gouverneur de Tokyo nouvellement élu est favorable à l'énergie nucléaire


    L'élection du gouverneur de Tokyo a eu lieu le 9 février, et M. Masuzoe Yōitchi a gagné, avec le soutien du Parti Libéral Démocratique, qui a l'intention de promouvoir une politique pro-nucléaire. Les candidats respectifs ont obtenu les résultats suivants:

 

Masuzoe :       2112978 (43,04%)

Utsunomiya :   982594 (20,18%)

Hosokawa:      956063 (19,64%)

Tamogami:      610865 (12.55%)

 

Masuzoe et Tamogami sont pour l'énergie nucléaire, et Utsunomiya et Hosokawa sont contre. Il semble donc que plus de la moitié des habitants de Tokyo ont oublié l'accident nucléaire de Fukushima et ont à nouveau envie de profiter de la vie moderne, en utilisant à tout va l’électricité issue des réacteurs nucléaires. Le Parti Libéral Démocratique est heureux de la victoire de Masuzoe et poussera à la remise en service de nombreux réacteurs.

 

Nous ne pouvons pas empêcher les cataclysmes naturels, mais pourquoi les hommes eux-mêmes créent-ils des catastrophes comme les accidents nucléaires et les guerres ?

 

 

 

 

 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 23:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 27 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

Ce rapport relate dans sa première partie l’existence au Japon d’un « Centre de recherche sur les couches profondes », ce qui n’est pas sans rappeler le projet CIGEO à Bure, dans la Meuse.

 

  1. À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires
  2. Des travailleurs quittent Fukushima
  3. Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence

 

 

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Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

Le 27 janvier 2014

 

 

Le retraitement ou la mise au rebut des déchets nucléaires pose un problème grave. Au Japon, le gouvernement a recherché des communes, qui consentiraient à recevoir des déchets, mais aucune n’a répondu à son invite, et  je pensais donc qu’on avait abandonné prospections et études à ce sujet. D’où ma surprise en découvrant un article concernant cette recherche dans le journal Fukushima-Minpo, du 12 janvier 2014. En voici la traduction :

 

À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires 

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Cent mille années seront nécessaires pour que les déchets nucléaires cessent d’être nocifs pour le corps humain. Au Japon, à présent, à Hokkaido et dans le département de Gifu, on étudie comment on pourrait conserver de tels déchets de façon sûre dans les couches profondes du sol.

 

Dans la ville de  Horonobe à Hokkaido, au “Centre de recherche sur les couches profondes”, fondé en 2001 par l’Agence Japonaise pour l’Énergie Atomique, se trouvent trois puits verticaux, profonds de 350 mètres, reliés entre eux au fond par des tunnels horizontaux.

Nous étudions le mécanisme du milieu souterrain et nous anticipons l’avenir ”, dit le chef du groupe de recherche, M. Shigeta Naotaka.

 

Nous avons commencé par descendre, en deux minutes, par un ascenseur, jusqu’à la profondeur de 140 mètres. Dans le tunnel à section en demi-cercle régnait une pénombre éclairée de lampes fluorescentes. Des portes de fer le cloisonnaient de place en place comme dans une « base secrète » de film de science-fiction. On entendait bruire des ventilateurs. En hiver, la température y est nulle, car l’air provient de l’extérieur.

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Sous nos pieds sourdait une eau, qui était un peu salée. Nous étions en effet sur une couche de roche sédimentaire datant de plus de deux millions d’années et qui formait  alors le fond de la mer. En témoignent les coquillages fossiles que l’on a trouvés là. “Partout dans le monde, quand on creuse un trou, de l’eau sourd. Au Japon, elle sourd à faible profondeur.” Chaque jour il en coule ainsi deux cents tonnes. En février dernier, lors d’un creusement, une énorme quantité d’eau mêlée à du gaz méthane a jailli et les ouvriers ont dû fuir. Nous avons continué à descendre jusqu’à la profondeur de deux cents cinquante mètres. Il y avait là un sismographe. Selon les enregistrements effectués, les secousses ici sont moins fortes qu’à la surface du sol.

 

Les couches géologiques au Japon sont plus récentes qu’ailleurs en raison de l’activité volcanique et sismique, « cependant le Japon n’est pas moins propice que la Finlande ou la Suède qui ont des sols plus anciens. Les difficultés à résoudre sont différentes selon les régions.», a déclaré M.  Shigeta.

L’an dernier, on a construit un tunnel en forme de huit, à une profondeur de trois cents cinquante mètres. Cette année on va commencer à y déposer à titre expérimental, dans la strate géologique datant de trois ou quatre millions d’années, un stock vitrifié de simili-déchets radioactifs. Ce sera une première au Japon.                (fin de la traduction)

 

   J’ai cherché sur Internet davantage d’informations et j’ai trouvé la page d’accueil de cette agence. On y décrivait la manière de conserver les déchets nucléaires de la façon suivante :

 

« Il y a deux cas où des déchets nucléaires pourraient menacer la vie humaine : le premier est l’apport de tels déchets vers des lieux de vie du fait d’éruptions volcaniques ou d’érosion des sols. Le second est leur transport par les eaux souterraines. Pour éviter ces risques, on cherche un endroit convenable, avec des couches de sol stables et des probabilités d’éruptions faibles, et là on construira des lieux de stockage aux protections multiples, par exemple on vitrifiera les déchets, on les enfermera dans des caisses métalliques, on les entourera d’argile et on les enfouira entre deux strates profondes.»

 

J’ai trouvé, sur le site du Parti Communiste Japonais, une information selon laquelle le gouvernement et la ville ont l’intention cachée de construire un lieu de stockage de déchets nucléaires dans Horonobe. Un chercheur, M. Kiyono Masaki, dit que la ville n’est pas un lieu opportun pour un tel stockage, car elle est située sur une faille active et son sol n’est pas stable.

 

 

Des travailleurs quittent Fukushima

 

Bien des gens craignent que la main-d’œuvre ne fasse défaut à Fukushima, en raison des chantiers pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Un article est paru sur ce thème, dans le journal Mainichi du 8 janvier 2014. En voici une traduction résumée :

 

M. Kanno Ichiro recrute des travailleurs pour la centrale nucléaire de Fukushima. Depuis que le Japon a réussi à devenir le pays hôte des prochains Jeux Olympiques, il entend souvent des ouvriers parler du travail à Tokyo. Lui les paie treize mille yens par jour (soit 95 euros), or d’après eux, à Tokyo ils gagneraient vingt et un mille yens. En octobre, cinq salariés ont quitté son entreprise pour aller s’embaucher à Tokyo.  

 

En 1997, 6,85 millions de personnes travaillaient dans la construction, mais en 2012  ils n’étaient plus que 5,03 millions. À Fukushima, ce qui est grave ce n’est pas seulement le manque de main-d’œuvre, mais c’est aussi  la médiocre qualité de celle-ci. (fin de la traduction)

 

En vue de compenser ce manque, la semaine dernière le gouvernement a lancé un plan de recrutement de travailleurs dans le continent asiatique. Beaucoup certes viendront, mais iront-ils à Fukushima et travailleront-ils  diligemment dans la dangereuse centrale radioactive ? Réparer les réacteurs endommagés est plus important qu’assurer le succès des Jeux Olympiques. Le gouvernement doit s’atteler avec plus de sérieux au problème du manque de travailleurs à Fukushima.

 

 

Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence.

 

Selon le professeur Kiyohara Yutaka de l’Université Kyushu, sur les cent millions de Japonais dix millions seront atteints de démence dans trente ans (1). Il se demande si un tel pays pourra fonctionner normalement.

Dans trente ans, il y aura encore beaucoup de réacteurs nucléaires, déjà hors service certes, mais qu’il faudra démonter. Et pour ce faire on aura besoin d’argent, d’électricité et de travailleurs, mais est-ce qu’un pays non normal et comptant un tel nombre de déments pourra accomplir la difficile tâche du démantèlement de ces réacteurs ?

 

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(1) NDE : suite à une question d'un lecteur, on doit préciser ici que Hori Yasuo ne fait pas de lien entre la pollution radioactive et l'augmentation des cas de démence. Les travaux de Kiyohara Yutaka portent sur les liens entre diabète et démence. 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 18:28

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 23 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

  • Heureuse année à tous !
  • Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles.
  • L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé.
  • 455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire.

 

 

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Heureuse Année à tous !

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Mon département se nomme Gunma, ce qui signifie “troupeau de chevaux”, et comme 2014 est l’ “Année du Cheval”, elle est donc, pour ainsi dire, l’année de mon département. La poupée-symbole de Gunma est appelée “Gunma-chan”. J’ai dessiné sur la carte ci-dessus beaucoup de petites Gunma-chans qui vous transmettent mes salutations.

 

Gunma-chan peut parler et danser, car un être humain est en elle. Ces poupées sont à présent très populaires dans tout le Japon et servent de réclame pour leur ville et leur département. Gunma-chan a obtenu la troisième place l’an dernier, dans le concours de poupées. Elle est tout à fait charmante.

 

 

Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

Le 17 janvier, à 5h 46, une cérémonie commémorative a eu lieu, dans le parc Azuma de la ville de Kobe, département de Hyogo, dans la partie ouest du Japon. Il y a dix-neuf ans, en 1995, un grand tremblement de terre s’est produit, provoquant la mort de 6343 victimes. Quatorze personnes venant de Tohoku, qui ont été et sont encore touchées par la catastrophe de 2011, ont pris part à la cérémonie.

 

L’une d’entre elles était M. Kisara Toshikatsu, âgé de 57 ans et venant du département de Miyagi, qui a perdu sa femme dans le tsunami et ensuite son fils, qui s’est suicidé en raison de souffrances psychiques causées par la catastrophe. Il était plongé dans l’inquiétude et la tristesse, mais des volontaires de Kobe l’en ont tiré. En décembre vingt personnes venues de Kobe l’ont aidé à remettre en ordre sa maison et lui ont redonné courage. Il les a remerciés et, à leur demande, il a apporté sa contribution à la cérémonie par des photos de sa femme et de son fils.

 

Il dit : “Les volontaires pour venir en aide aux villes sinistrées se raréfient. Beaucoup d’occupants de logements provisoires n’ont pas d’espoir et vivent isolés et seuls. Pourtant, le concours de bénévoles est, aujourd’hui encore, nécessaire. ”. Avec des gens de Kobe, il a engagé des démarches auprès du gouvernement afin que soient légalisés des tarifs préférentiels de transport et d’hébergement pour les volontaires venant en aide aux villes sinistrées.

(paru dans le journal Maïnichi du 17 janvier 2014)

 

 

L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé

 

En décembre, le gouverneur de Tokio, M. Inose, a démissionné à cause d’une affaire de corruption et aujourd’hui, 23 janvier, a commencé l’élection d’un nouveau gouverneur. La première candidature au poste a été celle de M. Utsunomiya Kenji, ex-président du barreau japonais, soutenu par le Parti Communiste Japonais. Autre candidature, celle de M. Masuzoe Yoichi, ex-ministre de la Santé et du Travail, soutenu par le Parti Libéral Démocratique actuellement au pouvoir. Il y a deux ou trois semaines s’est mis soudainement sur les rangs M. Hosokawa Morihiro, âgé de  76 ans, ex-premier ministre (à gauche sur la photo), qui veut libérer le Japon de l’énergie nucléaire et que soutient M.  Koizumi Junichiro, ex-premier ministre lui aussi (à droite).

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Hosokawa, qui est le descendant d’un roi féodal de Kumamoto dans l’île de Kyūshū, a été premier ministre entre août 1993 et avril 1994, s'est retiré ensuite du monde politique et s'est consacré à l’art. L’autre ex-premier ministre, Koizumi, était très populaire et jouit, à présent encore, d’une grande influence sur le monde politique. Cette année, après avoir visité Onkalon, un dépôt de déchets nucléaires situé en Finlande, il a sur-le-champ mis fin à son soutien à l’énergie atomique et a commencé à s’opposer à la politique énergétique du gouvernement actuel. Il insiste sur le fait qu’on ne dispose à présent d’aucun moyen pour neutraliser les déchets nucléaires et qu’il n’est pas admissible, dans ces conditions, d’utiliser l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité. 

 

Seuls ces deux ex-premiers ministres parlent de rejeter l’énergie nucléaire, mais apparemment beaucoup de gens les soutiennent. Cela constitue une grave menace pour le gouvernement, qui répète qu’il n’y a, dans le département de Tokyo, aucun réacteur nucléaire et que par conséquent la politique énergétique ne saurait être un thème pour cette élection.

 

À ce sujet, nombreux sont les journaux et les gens qui pensent que le département de Tokyo consomme une grande quantité d’électricité produite à Fukushima, qu’il est le plus gros actionnaire de la compagnie TEPCO,  et que donc la politique énergétique du Japon doit être un thème important pendant cette élection.

 

M. Utsunomiya, lui aussi, s’oppose à la politique énergétique du gouvernement en place et c’est pourquoi certains voulaient qu’il se retire afin qu’il n’y ait qu’un seul candidat antinucléaire, mais ni lui ni le Parti Communiste qui le soutient n’y ont consenti parce que, sur d’autres sujets, la politique de Hosokawa n’est pas claire, et qu’en outre il a lui aussi profité de l’argent de la corruption lorsqu’il était premier ministre.

 

Il est certain que la politique énergétique va devenir l’un des thèmes majeurs et c’est une très bonne chose. Si Utsunomiya ou Hosokawa gagne, ce sera un rude coup pour le gouvernement actuel. Le scrutin aura lieu le 9 février.

 

 

455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire

 

   Après l’accident nucléaire de 2011, 455 assemblées de villes et de villages sur 1727 ont fait connaître au Parlement leur opinion défavorable  à l’énergie nucléaire

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 23:02

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 31 décembre 2013.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

 

    Il fait de plus en plus froid au Japon, et certainement on use davantage d'électricité pour le chauffage. A présent ici, plus aucun réacteur nucléaire ne fonctionne, mais on ne manquera pas d'électricité. En vérité le Japon n'a pas besoin d'énergie nucléaire, mais cependant, en dépit de tout, les compagnies d'électricité et le gouvernement veulent remettre en route le plus possible de réacteurs. Étrange! Ils n'ont rien appris du très grave accident de Fukushima. Si nous n’en tirons aucun enseignement, la catastrophe restera à jamais une catastrophe, mais dans le cas contraire, nous pourrons changer la catastrophe en leçon et en nouvelle étape pour créer une société meilleure. 

      J'ai eu 72 ans le 17 décembre. J'apprends parfois la mort de tel ou tel de mes anciens camarades de classe, alors j'ai commencé à me préparer pour  cette échéance, en remettant en ordre de vieilles affaires et en jetant  certaines d’entre elles. J'aime écrire et j'ai souvent envoyé des essais et des commentaires à divers journaux. Parmi les articles conservés, j'en ai trouvé un, concernant l'énergie nucléaire. Je vais commencer par sa traduction.

 

A propos de l'énergie nucléaire, qui impose des souffrances à la population

  paru le 9 juillet 1981 dans le journal Maïnichi

  par Hori Yasuo, 39 ans, enseignant

 

Récemment, M. Fukuda Hajime, le président de la Chambre des députés, s’est  exprimé en ces termes dans la ville de Tsuruga, Préfecture de Fukui : "J'entends dire que des travailleurs ont été exposés à des rayonnements radioactifs dans l'accident nucléaire, mais je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un soit mort à cause de la radioactivité. Près de 10 000 personnes meurent chaque année à cause des accidents de circulation".  Un tel sophisme est habituel chez les membres du Parti libéral-démocrate, mais comment les citoyens de Tsuruga ont-ils réagi ?   

* Dans et autour de Tsuruga se trouvent maintenant 10 réacteurs nucléaires.

 

Ce qu’il y a de terrifiant dans la radioactivité, c’est que les gens qui y  ont été soumis deviennent des "non-humains". Elle affecte non seulement  la personne exposée, mais aussi ses fils et filles et ses petits-enfants. C’est un processus comparable à la création d’espèces végétales mutantes par la radioactivité. En fait il y a dans les centrales nucléaires des travailleurs qui ne veulent pas avoir d'enfants, craignant l'influence de la radioactivité. Ce Fukuda ne sait-il rien de la terreur qu’elle inspire ? 

 

Il a comparé les accidents nucléaires aux accidents de circulation. Il dit que les victimes des premiers sont moins nombreuses que celles causées par le trafic, et que c’est donc sans gravité. Selon sa logique, toutes les contaminations environnementales deviendront bénignes, donc les gens devront les accepter. Je ne peux pas laisser sa déclaration sans réagir. 

 

 

TEPCO a décidé l'arrêt  des réacteurs 5 et 6

 

Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se trouvaient (et se trouvent encore) 6 réacteurs. En raison de l'accident nucléaire, 4 réacteurs (les n°1, 2, 3 et 4) ont été complètement détruits, c’est pourquoi la compagnie TEPCO a décidé de les démanteler, mais  il reste  les  deux autres. En septembre, le Premier ministre Abe a proposé que TEPCO démantèle également ces deux réacteurs, et le 19 décembre, il a officiellement publié que le 31 janvier 2014 il les mettra hors fonctionnement.

TEPCO ne les démantèlera pas, mais les utilisera comme laboratoires pour la très difficile destruction des quatre réacteurs endommagés. Les réacteurs n° 5 et 6 sont identiques à ceux-ci, donc  la compagnie s’en servira pour rechercher, examiner et tester des procédures efficaces.  Elle envisage, en 2014, de mettre au point des machines télécommandées pour la dépollution dans les réacteurs, en 2015 et 2016, elle explorera la manière d'atteindre l’enceinte de confinement des réacteurs, et en 2018 et 2019, elle créera des robots pour extraire les substances nucléaires fondues.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

La préfecture de Fukushima exige l'enlèvement des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2 de Fukushima, mais TEPCO n'a pas encore publié son avis.

 

 

Le gouvernement a proposé l'achat de districts contaminés

 

Le 14 décembre, le gouvernement a proposé à la préfecture de Fukushima et à trois petites villes : Ōkuma, Futaba et Naraha, que les lieux de stockage provisoire des produits pollués soient construits sur leur sol, et c'est pourquoi il va acheter 19 kilomètres carrés de terrain. Le gouvernement envisage de construire des entrepôts en avril prochain avec  un budget de cent milliards de yens (soit un milliard d’euros). Des lieux de stockage sont nécessaires, parce que partout dans Fukushima on garde les substances polluées tout à fait provisoirement sur les collines, dans les champs et même dans les jardins privés. Cependant, cela pose de graves problèmes :

 

1. Peut-être ne pourrons-nous jamais construire les entrepôts définitifs, alors, peut-être ces "entrepôts provisoires" deviendront-ils des  "entrepôts perpétuels".
2. Les personnes qui possèdent ces terrains perdront leur maison pour toujours. Elles ne pourront jamais habiter chez elles. Faudra-t-il que ces gens, déjà durement éprouvés, endurent des souffrances supplémentaires au bénéfice des autres ?

3. Pour transporter une grande quantité de déchets radioactifs vers les lieux de stockage, des problèmes de circulation se présenteront. Si l'on doit conserver les déchets pour ainsi dire éternellement, des détériorations pourront se produire dans les lieux de stockage.

 

 

État actuel des réfugiés  à Fukushima

 

Dans la préfecture de Fukushima en raison des tremblements de terre et du tsunami du 11 mars 2011, 1603 personnes sont mortes et 207 personnes  ont disparu. Et par la suite, jusqu'au 19 décembre 2013, 1604 personnes sont mortes, principalement des personnes âgées, pendant le transport, par insuffisance de soins et désespoir.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

L'ensemble des réfugiés du tsunami et de l'accident nucléaire se compose de ceux restés à l'intérieur du département (90 384 personnes) et de ceux partis hors du département (49 558 personnes).

 

52 783 des personnes réfugiées dans le département vivent dans des maisons prêtées par la préfecture, 28 921 dans des maisons provisoires, 5 473 dans des maisons communales, et les 3 252 autres chez des parents ou connaissances. On trouve des gens partis hors du département dans chacune des 47 préfectures. La plupart, soit 6 865 personnes, vivent à Tokyo (voir la carte).

 

Ces réfugiés veulent rentrer chez eux, mais en raison de la radioactivité ils ne le peuvent pas. Dans certains endroits, la radioactivité n'est pas aussi intense, mais beaucoup ne peuvent pas revenir s’installer dans des quartiers sans hôpitaux, sans magasins et sans voisins. Encore beaucoup d'anciens habitants de Fukushima sont las de vivre en nomades, se plaignant qu'ils ne peuvent pas prévoir quelle  vie ils auront à l'avenir, et que le temps passe sans apporter de solution.

 

Finalement je vous offre, avec un peu de retard, une carte de Noël que j'ai dessinée.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

Je souhaite que tous ceux qui souffrent à cause de l'accident nucléaire et du tsunami aient une nouvelle année pleine d'espoir.

 

Merci, lecteurs, pour votre soutien chaleureux.

 

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:52

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 décembre 2013.

Traduit de l'espéranto par Ginette Martin

avec les conseils de Paul Signoret

 

Conversation de deux travailleurs de la centrale

 

M. Happy et M. Sunny travaillent dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Ils écrivent régulièrement dans leur twitter depuis le début de l'accident nucléaire. 88 000 personnes ont suivi Happy et 23 000 ont suivi Sunny. Il y a peu de temps, Happy a publié le livre "Journal du travail de réparation dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima."
Leur conversation se trouvait dans l'édition du dimanche du journal Akahata (le 1er décembre 2013). J'ai traduit l'article.

En une heure de travail, des ouvriers peuvent dépasser la limite du maximum annuel d’irradiation

Conversation de deux travailleurs de la centrale de Fukushima Daiichi

Question : Où étiez-vous lorsque l'accident nucléaire a eu lieu ?

 

Happy : À ce moment-là, j’étais dans l'enceinte d'un réacteur. Alors que je travaillais dans le réacteur n°3, j'ai senti une énorme poussée telle que je n’en avais jamais ressentie de semblable auparavant. On a entendu un grand fracas causé par la chute de débris au plafond. J'ai pensé que j'allais bientôt mourir ....

Sunny : Moi aussi, j'étais dans la centrale nucléaire n°1. Les voies étaient fissurées et les murs des bâtiments endommagés. De gros morceaux de béton de couleur bleue ont été propulsés un peu partout. Nous avions peur d'eux, car cette couleur est celle des détritus hautement radioactifs.

Question : J'ai entendu dire que la radioactivité est encore forte et qu'il est difficile de travailler là-bas.

 

Happy : Dans le réacteur n°4, ils ont commencé à extraire des combustibles nucléaires usés, mais pour trois autres réacteurs, ils n'ont pas de plan. On ne sait pas dans quel état sont ces produits nucléaires qui ont fondu.
Sunny : C’est surtout devant le réacteur n°3 que la radioactivité est intense, car à l'intérieur s’est produite une fusion de combustible MOX, un mélange de plutonium et d'uranium. Immédiatement après l'accident des travailleurs ont été exposés à 70 millisieverts de radioactivité pendant 3 jours.

Happy : À chaque entrée dans le réacteur n°3, un ouvrier s’expose à 1,5 millisievert de radioactivité. La limite supérieure d’exposition pour le commun des mortels étant de 1 millisievert par an, il dépasse donc cette limite au bout de trente minutes ou une heure de travail. Nous portons un masque et des vêtements de protection recouvrant entièrement le visage et le corps, de sorte que nous avons très chaud. En été, nous ne pouvons pas travailler plus d'une heure.

Sunny : Quand il pleut, des gouttelettes giclent du toit du réacteur et polluent notre corps. Certains endroits sont particulièrement pollués. Autour des tubes de ventilation, il y a tant de radioactivité que les gens pourraient y mourir. Ces tubes sont endommagés par le tremblement de terre, mais leur trop forte radioactivité interdit que l’on s’en approche.

 

Nos propositions sont rejetées par TEPCO ou sont remises à plus tard.

 

Question : Quelles sont les causes de divers problèmes rencontrés tels que panne d'électricité et fuite d'eau contaminée ?

 

Happy : Dans les centrales nucléaires n°1 de nombreuses installations sont provisoires. Vous vous souvenez de la panne d'électricité de 30 heures causée par les rats. Les bornes de connexion auraient dû être recouvertes, or celle-ci était nue. Sur le site vivent de gros rats et des serpents.

Sunny : Nous proposons que les conduites d'eau, à travers lesquelles s'écoule l'eau contaminée, soient en métal, mais TEPCO tarde à le faire, disant qu'il n'y a pas d'argent pour cela. Ces tuyaux ont été installés immédiatement après l'accident, donc si enchevêtrés qu'on ne sait pas à quoi ils sont reliés. Si une fuite se produit la nuit, on ne peut pas en connaître la cause.

Happy : Même de jour, on ne peut pas. Nous savons tous que les installations provisoires sont dangereuses, alors nous proposons à TEPCO une amélioration, mais TEPCO comprime le budget, même pour ces installations temporaires. On n’examine pas les choses d’assez près, donc tout se délabrera et il pourra s’ensuivre des accidents irréparables. Si la compagnie TEPCO a l'intention d'utiliser ces installations et ces dispositifs pendant plus de 10 ans, elle doit construire non pas du temporaire, mais du durable.

Sunny : TEPCO fait accélérer le travail, donc la qualité diminue. Lorsque nous avons construit ALPS (un appareil capable d’extraire toutes les substances radioactives sauf une) (1), le travail a été mortel. TEPCO et le gouvernement nous font nous hâter, donc nous avons accumulé les heures supplémentaires. C’est dans un tel contexte que s’est produit un très simple ratage, à savoir l'oubli d'un tapis en caoutchouc dans le système.

Happy : Depuis le début, TEPCO pensait que, si ALPS commençait à fonctionner, il n'aurait pas besoin de réservoirs pour l'eau contaminée, de sorte qu'il n'était pas prêt à continuer de construire des réservoirs. Mais le fonctionnement de ALPS n’a pas été conforme au plan, donc TEPCO a dû construire beaucoup de réservoirs en peu de temps, ce qui a rendu le travail de construction terriblement hâtif.

 

Le manque de travailleurs expérimentés a pour conséquence le manque de formation des nouveaux.

 

Question : J'ai entendu dire qu'on manque de main-d’œuvre à la centrale.

 

Sunny : Il est interdit de travailler isolément dans la centrale, mais un jour l'un des employés de TEPCO transportait seul de l'eau polluée et il a provoqué un accident.

Happy : Il manque surtout des travailleurs expérimentés, qui puissent guider un groupe. C'est le problème le plus grave, je pense. Bien sûr, auparavant il y avait aussi des nouveaux qui travaillaient, mais ils étaient guidés par des travailleurs expérimentés. Maintenant un chef de groupe a la responsabilité de 10 hommes, alors qu'il ne devrait s’occuper au plus que de cinq. Il doit leur montrer sur place (sur le lieu même du travail) et directement ce qu'ils doivent faire, or maintenant il fait cela seulement sur le papier, ce qui entraîne des bêtises chez les nouveaux.

Sunny : C’est la loi qui définit la quantité maximum d’irradiation à laquelle peut être exposé un travailleur. Les travailleurs expérimentés sont plus exposés, donc déjà un grand nombre d'entre eux ne peut plus travailler à la centrale.

Happy : Je ne pourrai plus continuer à travailler dans la 4ème ou 5ème année qui suivra mon embauche. De nombreuses entreprises ont décidé de leur propre chef de porter la limite d'exposition à 20 millisieverts. Lorsqu'un travailleur dépasse cette limite pendant le premier mois de son engagement, il ne peut plus travailler pendant les onze mois suivants. Voilà pourquoi les travailleurs expérimentés vont à une autre centrale plus sûre, ou bien ils se font embaucher pour le nettoiement de la ville. Nous pensons tous que le travail de réparation des réacteurs est important, mais nous tous devons gagner notre vie. Si de nombreux réacteurs sont remis en marche dans tout le Japon, on manquera de travailleurs à Fukushima, en particulier de travailleurs expérimentés.

Sunny : Si je dépasse la limite d’irradiation et suis licencié, personne n’assurera mon existence. Si je tombe malade en raison de l'irradiation au bout de quelques années, ni TEPCO, ni le gouvernement ne me verseront une indemnité.

Happy : Bien sûr, tu as raison. Ce qui compte le plus pour nous, c’est le travail et la santé. Les erreurs humaines sont fréquentes. La raison en est le manque de travailleurs expérimentés. Ce qui est en cause, ce n’est pas la qualité des ouvriers, mais la qualité de la gestion.

 

Salaire supplémentaire : certains reçoivent seulement 0,8 euros

 

Question : Le fait que le salaire journalier et le salaire supplémentaire pour travail dangereux sont trop bas ne pose-t-il pas un problème ?

 

Sunny : Ces salaires varient selon les entreprises. J'ai entendu dire que certaines paient seulement 100 yens (€ 0,8) ou 500 yens (4 euros) par mois pour un travail dangereux (2). TEPCO a publié, qu'il paiera de 10000 à 20000 yens, mais les sociétés sous-traitantes ne suivent pas pour l'instant.

Happy : Les gens qui travaillent dans des firmes situées au quatrième échelon de sous-traitance gagnent en moyenne 10.000 yens (€ 78) par jour. Après que le premier ministre Noda a déclaré la fin de l'accident en décembre 2011, TEPCO a baissé les salaires, prétextant que le travail n'était plus urgent.

Sunny : Les tâches sont sous-traitées d’abord par TEPCO à des firmes plus petites, qui à leur tour les sous-traitent à de plus petites, qui à leur tour, etc… ce qui fait que la somme payée par TEPCO pour les travaux dangereux ne va pas totalement aux travailleurs. Si le gouvernement veut améliorer les conditions de travail, il doit obliger TEPCO à payer directement les travailleurs.

Happy : Oui, oui, tu as raison. Celles qui recrutent des travailleurs, ce sont celles d'en bas, les très petites entreprises avec quelques employés. Le travail de réparation n'ira pas bien, si ces petites boîtes ne sont pas en bonne santé.

 

Question : Le gouvernement dit qu'il fera lui même les réparations, sans dépendre entièrement de TEPCO.

 

Happy : À présent, il y a tellement de commandants qu’on ne saurait en retenir le nombre : le Ministère de l'économie et de l'industrie, l'Autorité de régulation nucléaire et ainsi de suite. Combien de séances qui se déroulent à propos de l'eau contaminée? Qui est responsable? J’appelle ça, pour rire, un monstre à plusieurs têtes.

Sunny : L'accident n'a pas eu lieu dans les sessions, mais à Fukushima!

Happy : J’ai commencé à bavarder sur twitter afin que les gens soient informés de ce qui se passe à la centrale. L'accident de Fukushima n'est pas terminé. Par conséquent, le gouvernement n'aurait pas dû parler de remise en route de réacteurs.
Sunny : J'ai commencé à travailler ici après l'accident pour sauver mon lieu de vie, Fukushima. Ici aussi c'est toujours le chaos. Dans cette situation, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement veut exporter des réacteurs nucléaires à l'étranger.

Happy et Sunny : A la télévision apparaissent rarement des nouvelles de Fukushima, et nous sommes souvent anxieux, parce que les gens ont déjà oublié l'accident. Souvenez-vous qu'il y a des travailleurs qui s’emploient de tout leur cœur à éviter un autre accident, une autre erreur.

_____________

 

[NDE]

(1) En fait, le système ALPS ne traite qu’une soixantaine de radionucléides sur une centaine. Pour en savoir plus, se reporter à cet article : http://gen4.fr/post/2013/03/fukushima-alps-62-sur-100.html?2013/03/fukushima-alps-62-sur-100.html

 

(2) Cette info, traduction fidèle du journal, est surprenante.

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:38

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 9 décembre 2013.

Traduit de l'espéranto par Paul Signoret

 

 

Dangereuse est la « Loi pour la protection de secrets spécifiques »

 

Le 6 décembre une « Loi pour la protection de secrets spécifiques » a été approuvée par le parti au pouvoir, le Parti Libéral Démocratique (LDP) et par le parti allié Koomeï. Cette loi autorise désormais les ministres à définir des « choses à ne pas divulguer », dans quatre domaines – la défense, la diplomatie, le terrorisme et l’espionnage – en tant que « secrets spécifiques ».

 

La presque totalité des médias, journalistes, chercheurs, avocats, écrivains, organisations pacifistes et féministes, ainsi que plus de la moitié des gens ayant répondu à une enquête, ont exprimé une opinion défavorable à cette loi, car on ne sait pas, de façon claire, ce que recouvre le mot "secret" et que même la liste de ces secrets restera un secret. Tous craignent que le gouvernement, et donc la police, n’aient le pouvoir d’entraver à leur guise le libre exercice de l’action des citoyens, et que, à la faveur de cette loi, ne s’instaure à nouveau une société sans liberté et qu’enfin n’éclate une guerre, comme cela s’était produit avec le deuxième conflit mondial.

 

Pourtant, le secrétaire général de LDP, Ishiba, a écrit dans son twitter, que les démonstrations bruyantes, organisées tous les jours autour du Parlement, ressemblent à une action terroriste. Ce qui montre clairement que même des manifestations pacifiques pourront désormais être interdites, et leurs participants arrêtés.

 

Ayant ses raisons, le gouvernement a insisté pour que soit approuvée cette loi. Le premier ministre Abe, entend faire du Japon “un pays ordinaire, qui a le droit de faire la guerre et qui de fait peut la faire, sur ordre des USA”. Cet homme est très dangereux, mais en décembre dernier le peuple japonais, trop désillusionné par le précédent gouvernement de Parti Démocratique, a voté pour le LPD, et donc pour cet homme.

Manifestation contre la Loi pour la protection des secrets

Manifestation contre la Loi pour la protection des secrets

Cette loi a trait également aux affaires nucléaires. Elle permettra au gouvernement de déclarer certaines informations relatives au nucléaire comme étant secrets spécifiques, car il importe de protéger les centrales contre les terroristes et les espions et parce que le nucléaire a un rapport étroit avec la diplomatie et la défense du Japon. À présent déjà, le gouvernement et TEPCO tentent de dissimuler le plus possible de choses au public, et donc, si cette loi s’applique, nous cesserons d’être informés. Il leur sera possible de passer sous silence un accident grave suivi d’effluences d’eau polluée, et ainsi laissés dans l’ignorance nous pourrons alors être exposés à des radiations nucléaires au risque de notre vie.

 

Le nucléaire ne doit pas relever du secret

 

Le 11 novembre 2013, dans le journal Fukushima-Minpoo a paru un article concernant M. Naka Yukiteru, un ingénieur de 72 ans, qui depuis quarante ans s’occupe de centrales nucléaires. En voici la traduction :

 

Sa compagnie compte quarante employés, dont quatre travaillaient à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima au moment de l’accident.

Le gouvernement dit qu’appartiendront aux “secrets spécifiques” les plans de surveillance des centrales, mais non le plan de construction des réacteurs, ni les informations relatives aux accidents. Toutefois beaucoup craignent qu’à l’avenir un nombre de renseignements de plus en plus grand ne relève du secret spécifique.

M. Naka confie : « Avant l’accident nucléaire de Fukushima, émettre un doute sur la sécurité des centrales relevait du tabou, si bien que sont nés, d’une part le mythe concernant la sécurité et d’autre part l’habitude de dissimuler accidents et problèmes, et au bout du compte la catastrophe est arrivée. ».

 

Au cours des travaux, les employés voient les accidents et ont connaissance des problèmes. « Si la loi définit ce qui touche au nucléaire comme secret, les ingénieurs et les ouvriers auront peur, si bien qu’ils ne pourront pas dire la vérité des choses, ce qui par voie de conséquence portera atteinte à la sécurité. Or les gens ont le droit d’avoir, sur tout ce qui touche au nucléaire, des informations fiables, car celles-ci concernent directement la vie. ».

 

Selon la loi, si des fonctionnaires publics et des membres des compagnies concernées révèlent un secret, ils seront condamnés à une peine maximale de dix ans de travail obligatoire. Or à l’heure actuelle, dans la centrale n°1, beaucoup de gens s’emploient de tout leur cœur à la réparation du site. « Il y a, parmi eux, de nombreux jeunes gens de Fukushima même, qui se sont donné pour mission de reconstruire leur ville. Je redoute qu’ils ne perdent cette forte motivation, si à l’avenir on les suspecte de vouloir « révéler des secrets ».

 

Dans sa compagnie, des employés de plus en plus nombreux ont déjà dépassé la limite de la norme d’exposition aux radiations et travaillent donc dans un autre secteur. « Déjà, dans la centrale, la main d’œuvre manque et par suite le niveau technique s’est abaissé. Or avoir des travailleurs est le problème majeur de l’industrie nucléaire. Si la loi nous ligote, le recrutement deviendra encore plus difficile. ».

 

Et il ajoute que le moyen de lutte le plus efficace contre les terroristes est de renforcer les clôtures, d’installer des caméras de vidéosurveillance, des détecteurs de métaux, etc « Cette loi peut avoir une incidence sur le plan de démantèlement de la centrale n°1 et aussi sur la remise en marche de réacteurs. Aussi devons-nous en poursuivre la discussion. ».

 

Hélas, en dépit des craintes et du souhait de M. Naka, la loi a été approuvée sans une discussion approfondie. Le 6 décembre 2013 est peut-être le jour où le Japon s’est mis en marche vers sa perte, en ce qui concerne la démocratie et la sécurité des centrales nucléaires.

 

Suppression de la « Suppression des centrales nucléaires »

 

Le même jour, le 6 décembre 2013, le Ministère de l’Économie et de l’Industrie a rendu public un plan drastique, relatif au nouveau projet énergétique. Après l’accident nucléaire de 2011, le gouvernement, alors aux mains du Parti Démocratique, avait décidé la suppression de tous les réacteurs d’ici à 2040. Mais après la victoire éclatante, en décembre dernier, de son parti, le Parti Libéral Démocratique, le premier ministre Abe déclara sans tarder son intention de remettre en question la politique énergétique du précédent gouvernement.

Ce nouveau plan énergétique peut se résumer ainsi :

« Grâce à l’énergie nucléaire on peut produire de façon stable et efficace, une électricité dont le prix de revient est bas et varie peu, et de surcroît le fonctionnement des centrales se fait sans émission de gaz à effet de serre. Ces raisons font que le nucléaire est une très importante source d’énergie de base, qui assure un système stable de livraison et de consommation d’énergie. »

« Sur la base d’un fonctionnement hautement sécurisé des centrales, le Japon continuera à utiliser l’énergie nucléaire. »

 

Le gouvernement et le monde industriel sont complètement stupides. Ils n’ont tiré aucune leçon de Fukushima. Ils continuent à croire et à nous faire croire que l’électricité produite par énergie nucléaire est bon marché et que sa production ne nuit pas à l’environnement. Ils n’apportent aucune réponse à notre question : Comment se débarrasser des déchets nucléaires ? Si l’actuel gouvernement se maintient, un deuxième Fukushima pourra se produire, et même dans le cas contraire, le Japon va devenir un pays inhabitable, où des montagnes de dangereux déchets seront une menace pour la vie.

 

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« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

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Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

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Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

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