13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 06:22

Rapport de HORI Yasuo, rédigé le 30 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

 

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Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

 

Le 29 décembre 2014 la « Société de la ville de Maebashi visant à la suppression de tous les réacteurs nucléaires du Japon » a organisé une visite aux réfugiés qui habitent la ville d’Aizuwakamatsu, dans le département de Fukushima.

La centrale nucléaire n°1 de Fukushima est située sur le rivage de l'Océan Pacifique. Les gens qui logeaient autour de cette centrale ont dû chercher refuge en d'autres lieux. Nous avons visité le quartier des réfugiés venus de la ville d'Ōkuma. Ce quartier se trouve dans Aizuwakamatsu, ville située dans la montagne, dans le département de Fukushima.

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Quelle ville est Ōkuma ?

 

Dans la ville d'Ōkuma se trouvent quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima endommagés par le tsunami. La ville avait environ dix mille habitants. Presque 60% d'entre eux travaillaient dans les centrales nucléaires de Fukushima. Il y avait de vingt à trente compagnies liées aux centrales. Le budget municipal dépend donc principalement de la subvention gouvernementale pour la centrale et des impôts  versés par TEPCO, ces compagnies et les employés.

 

Suite à l'accident, tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes. À présent 4 211 d'entre eux logent dans la ville d'Iwaki, 2 071 dans Aizuwakamatsu, 1 133 dans d'autres villes du département de Fukushima, et les autres hors du département : il y en a par exemple 402 dans le département de Saitama, 408 dans celui de Ibaraki et 308 dans celui de Tokyo.

 

Le plan de restauration de la ville de Ōkuma est le suivant :

1. Retour des habitants dans la ville quand les conditions le permettront.

2. Entre-temps, l'administration municipale – actuellement réfugiée dans la ville de  Aizuwakamatsu – veillera aux conditions de vie des habitants.

3. La ville future comprendra trois districts :  une zone naturelle, une zone commerciale et une zone de logement.

4. On dépolluera d'abord deux districts, Ōkawara et Shimo-Ōno, qui serviront de base au renouvellement à partir desquels seront ouverts de nouveaux espaces logeables.

    5. Calendrier de réalisation du plan :

2018 : ouverture de ces deux districts de base.

2023 : ouverture du bureau municipal et des hôpitaux autour de la gare.   Réoccu-pation des logements dans les districts de base.

2028 : aménagement de nouveaux quartiers d'habitation. Ouverture de bureaux et de compagnies.

                  2033 : mise en place d'une information sur l'accident de la centrale nucléaire.

 2053 : déclaration du démantèlement complet des réacteurs endommagés.

 Préparation de la fondation du musée de la restauration de la ville d'Ōkuma.

 6. Prévisions par la ville de la réduction de la radioactivité dans les districts  suivants (en millisieverts/an. Le maximum prévu par la norme gouvernementale pour le logement  est de 1 millisievert/an):

 

 

2014

2018

2023

2O28

2033

2038

Ōkawara

Kuma

Kumagawa

Otosawa

5,7

22,9

53,6

118,6

3,2

5,4

12,6

65,1

2,1

3,7

8,6

19,0

1,7

2,9

6,8

15,1

1,4

2,4

5,6

12,4

0,7

1,1

2,6

5,8

 

 

Voici ce que je pense de ce plan :

1. Jusqu'à présent, la loi sur la radioactivité stipulait, et stipule encore, que l'on n'a pas le droit d'habiter un lieu dont la pollution est supérieure à 1 millisievert/an. Ce chiffre est officiellement considéré comme principe intangible, or s'il est interdit aux gens de loger dans de tels lieux, il leur sera impossible de revenir chez eux quasiment pour l'éternité, ce qui signifie que le gouvernement et TEPCO devront les prendre éternellement en charge par des subventions ou par d'autres moyens. C'est pourquoi le gouvernement tente à présent d'obliger les habitants à revenir dans les logements qu'ils ont quittés, si ceux-ci n'ont pas une pollution supérieure à vingt millisieverts. Ceci est absolument contraire à la loi, mais l'État impose aux habitants cette illégalité.

2. Certaines personnes âgées veulent revenir chez elles, même dans cette situation, mais cela signifie qu'alors elles ne recevront plus d'indemnités. Il leur sera difficile de gagner de l'argent par l'agriculture. Pourront-elles vivre avec seulement une petite retraite ?

3.  Les jeunes couples ne reviendront pas, car ils craignent pour la santé de leurs enfants. Sans attendre le moment où leur foyer redeviendra suffisamment dépollué, ils vont chercher à gagner leur vie dans d'autres villes et ils ne retourneront pas dans leur district d'origine.

Selon une enquête menée dans la ville en février 2014, presque la moitié des habitants ont déjà décidé qu'ils ne reviendraient pas :

Question : Voulez-vous emménager dans les districts de base ?

                       11,2% : Oui

13,3% : J'examinerai la situation et si c'est possible je veux revenir à Ōkuma.

45,8% : Je n'ai pas l'intention de revenir.

22,4% : Je ne peux pas prendre de décision.

 

Visite du quartier où sont les réfugiés d'Ōkuma

 

Nous sommes partis à sept heures du matin de ma ville de Maebashi par un bus plein de riz, de motchi (plat de riz pétri pour le Nouvel An) et de légumes, et nous avons atteint la ville de Aizuwakamatsu à onze heures. À ma grande surprise, il y avait beaucoup de neige et la couche sur les toits était épaisse de trente centimètres.

 

L'endroit auparavant était un parc,  dans lequel on a construit quatre-vingts maisons provisoires comportant chacune deux petites pièces, un wc, une salle de bains et une cuisine  Nous avions préparé du matériel d'aide pour quatre-vingts familles, mais trente cinq d'entre elles avaient déjà quitté le quartier. La plupart logent maintenant dans la ville de Iwaki, afin que les maris puissent travailler dans les centrales nucléaires de Fukushima.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Une trentaine de personnes âgées et deux jeunes étaient venus dans la salle  commune. Le chef du district, un ancien employé de la centrale, était fier d'être en excellente santé, bien qu'il ait travaillé là-bas pendant quarante années et qu'il ait été fortement exposé aux irradiations. Il avait parfois avalé ou inspiré des matières radioactives et on lui avait alors recommandé de boire beaucoup de bière pour les éliminer de son corps. Il soulignait que dans le manga  « Oishinbo » on voit des hommes souffrir de saignements de nez consécutifs à l'explosion des réacteurs, or d'après lui la chose est complètement fausse, car beaucoup de ses collègues n'ont jamais saigné du nez. Je lui ai opposé avec un peu d'hésitation que d'après certains rapports, des mères réfugiées avaient témoigné que leurs enfants avaient des saignements de nez, mais cet homme insistait, disant que ces rapports étaient mensongers.

 

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Un autre homme a fait rire les gens présents en racontant sa vie future : « Lorsque je reviens provisoirement chez moi, j'y vois souvent des sangliers avec des petits très mignons. Les chiens viverrins et les faisans s'y multiplient. La ville dispose pour sa restauration d'un plan sur vingt ans. J'ai soixante-dix ans, mais je pourrai revenir à la maison … sous forme de cendres. J'ai exigé de la ville qu'elle construise en priorité une maison de retraite car presque tous les habitants ici sont vieux, et c'est donc la construction la plus nécessaire. Nous pourrons ainsi revenir chez nous, d'abord à la maison de retraite dans le district de base, ensuite dans notre tombe sous forme de cendres. »

 

Sa prévision se vérifiera, car ils sont originaires d'Otozawa et d'autres  districts, qui sont situés près de la centrale nucléaire. La radioactivité y est très forte, exemple dans le n°1 d'Otozawa, elle était de 184,4 millisieverts/an en 2012, et même en 2053 elle sera de 5,8 millisieverts/an.

 

Ensuite j'ai donné un concert avec des instruments de musique insolites, originaires du monde entier, et j'ai beaucoup fait rire les spectateurs. Ce fut le seul moment où leurs visages ont rayonné de joie comme jadis, mais le concert fini, leurs mines se sont de nouveau rembrunies. Il m'a semblé qu'ils n'avaient ni colère ni animosité à l'égard de TEPCO, seulement de la résignation.  Avant la construction des centrales nucléaires, la ville était pauvre, et donc ses habitants l'étaient aussi. Pour subvenir aux besoins de leur famille, les hommes travaillaient dans Tokyo l'hiver. Mais, grâce aux centrales, leur niveau de vie s'est élevé de plus en plus. C'est ainsi que leur existence est devenue très dépendante de TEPCO, et ils acceptent donc leur situation et leur sort en silence.

 

Les gens ordinaires, surtout les personnes âgées, ont une existence banale, sans dessein précis. Ils sont contents s'ils peuvent vivre sans soucis, voir grandir leurs enfants et leurs petits-enfants, avoir des amis autour d'eux et s'impliquer un peu dans la société. C'est ainsi que vivaient ces réfugiés et ils pensaient mourir chez eux, mais  l'accident nucléaire leur a fait perdre leur vie tranquille et ils doivent désormais vivre difficilement et d'une façon qui ne leur est pas coutumière. Ils ne savent pas comment affronter cette nouvelle situation. Le gouvernement et TEPCO ont précipité les habitants dans l'abîme, cependant ils ne font nullement leur auto-critique, ni ne demandent pardon, et ils essaient de payer le moins possible d'indemnités aux victimes dont ils attendent sûrement la mort prochaine.

 

 

 

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Texte original en espéranto

 

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La 30an de decembro 2014

 

Vizito al rifuĝintoj en la urbo Aidu-Ŭakamacu

 

La 29an de decembro 2015 « la Societo de la urbo Maebaŝi celanta nuligi ĉiujn nukleajn reaktorojn el Japanio » organizis viziton al rifuĝintoj loĝantaj en la urbo Aidu-Ŭakamacu de la gubernio Fukuŝima.

   La nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima troviĝas laŭ la marbordo de la Pacifika Oceano en Fukuŝima. La loĝantoj, kiuj loĝis ĉirkaŭ tiu centralo, devis rifuĝi en aliaj lokoj. Ni vizitis la kvartalon de rifuĝintoj el la urbo Ookuma. Tiu kvartalo situas en la urbo Aidu-Ŭakamacu, la urbo en la montaro de la gubernio Fukuŝima.

 

Kia urbo estas Ookuma ?

En tiu urbo Ookuma troviĝas 4 reaktoroj de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima damaĝitajn de la cunamo. La urbo havis/as ĉirkaŭ 10 mil loĝantojn. El tiuj preskaŭ 60% laboris por la nukleaj centraloj de Fukuŝima. Troviĝis 20-30 kompanioj rilatantaj al la centraloj. Do la urba buĝeto ĉefe dependas de la subvencio pri la nuklea centralo de la registaro kaj impostoj el TEPCO, tiuj kompanioj kaj la laboristoj.

Pro la akcidento de la centralo ĉiuj loĝantoj rifuĝis en aliaj urboj. Nun 4,211 homoj loĝas en la urbo Iŭaki, 2,071 en la urbo Aidu-Ŭakamacu, 1,133 loĝas en aliaj urboj en Fukuŝima kaj la aliaj loĝas ekster la gubernio Fukuŝima, ekzemple 402 en la gubenrio Saitama, 408 en Ibaraki kaj 308 en Tokio.

La plano de la urbo Ookuma por revivigi ĝin estas :

1. La loĝantoj revenu al la urbo Ookuma, kiam la kondiĉoj por tio estos pretaj.

2. Ĝis tiu tempo la urba administracio (nun en la urbo Aidu-Ŭakamacu) prizorgos la loĝantojn pri vivado.

3. La estonta urbo dividiĝos en la tri distriktojn: naturriĉa zono, komerca zono kaj loĝzono.

4. Komence oni purigos du distriktojn Ookaŭara kaj Ŝimo-Oono kiel bazojn por reviviĝo, de kiuj oni disvastigos loĝeblajn lokojn.

5. Laŭjara efektivigo de la plano:

2018 : ekfunkciigo de tiuj du bazaj distriktoj.

2023 : ekfunkciigo de la urba oficejo kaj hospitaloj

ĉirkaŭ la stacidomo. Ekloĝado en la bazajn

distriktojn.

2028 : aranĝo de novaj loĝkvartaloj. Malfermoj de

oficejoj kaj kompanioj.

  2033 : aranĝo por informi la mondon pri la akcidento

de la nuklea centralo.

  2053 : deklaro de perfekta forĵetado de la damaĝitaj

reaktoroj. Preparo por la fondo de la muzeo pri la reviviĝinta urbo Ookuma.

6. La urbo antaŭvidas la reduktiĝon de radioaktiveco jene en jenaj distriktoj (milisivertoj/jare. La registara maksimuma normo por loĝado estas 1 miliziverto/jare):

 

            2014  2018  2023  2028  2033  2053

Ookaŭara     5,7    3,2    2,1   1,7   1,4    0,7

Kuma               22,9      5,4    3,7   2,9   2,4    1,1

Kumagaŭa  53,6  12,6    8,6   6,8   5,6    2,6

Otosaŭa    118,6   65,1   19,0  15,1  12,4    5,8

 

Jen estas miaj opinioj pri tiu plano :

1. Ĝis nun la legistara leĝo pri radioaktiveco estas/is, ke oni ne rajtas loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 milisiverto/jare. Oficiale ĝi tenas tiun ciferon kiel la principon, sed se estas ne permesite al homoj loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 siverto/jare, ili ne povos reveni hejmen preskaŭ eterne, kaj tio signifas, ke la registaro kaj TEPCO devos zorgi pri ili eterne per subvencio kaj aliaj rimedoj, do nun la registaro provas devigi la loĝantojn reveni al siaj hemlokoj, se tiuj ne estas poluitaj je pli ol 20 milisivertoj. Tio estas tute kontraŭleĝa, sed ĝi trudas al la loĝantoj tiun kontraŭleĝecon.

2. Iuj maljunuloj volas reveni hejmen eĉ en tiu situacio, sed tio signifas, ke tiam ili ne povos ricevi kompensan monon. Estos malfacile al ili gajni monon per agrikulturo. Ĉu ili povos vivteni sin nur per malmulta pensio?

3. Junaj gepatroj ne revenos, ĉar ili estos maltrankvilaj pro la sano de siaj gefiloj. Ili ne atendas la tempon, kiam iliaj hejmon fariĝos sufiĉe puraj kaj dume ili serĉos vivrimedojn en aliaj urboj kaj forlasos sian distrikton.

Laŭ enketo farita de la urbo en februaro 2014 preskaŭ duono de la loĝantoj jam decidis ne reveni:

Demando : Ĉu vi volas loĝi en la bazaj distriktoj ?

   11,2% : Jes

13,3% : Mi konsideros la situacion kaj se eblos, mi volas reveni al Ookuma.

45,8% : Mi ne havas intencon reveni.

22,4% : Mi ne povas decidi.

 

Vizito al la kvartalo de la rifuĝintoj el Ookuma

   Ni ekveturis je la 7a matene de mia urbo Maebaŝi per buseto plena de rizo, moĉio (knedita rizaĵo por la nova jaro) kaj legomoj, kaj atingis la urbon Aidu-Ŭakamacu je la 11a. Post tagmanĝo, ni atingis la kvartalon Oogimaĉi proksima al la stacidomo de la urbo. Je mia surprizo estis tre neĝe kaj sur tegmentoj estis 30-centimetroj da neĝtavolo.

   La loko antaŭe estis parko, sur kiu oni konstruis 80 provizorajn domojn kun du malgrandaj ĉambroj, necesejo, banejo kaj kuirejo. Ni preparis helpomaterialojn por 80 familioj, sed jam 35 familioj forlasis la kvartalon. Plejmulte de tiuj 35 familioj nun loĝas en la urbo Iŭaki por ke la edzoj povu labori en la nukleaj centraloj de Fukuŝima.

 

Venis al la komuna salono ĉirkaŭ 30 gemaljunuloj krom 2 junuloj. La distriktoestro estis eksa laboristo en la centralo, kaj li fieris, ke kvankam li laboris tie 40 jarojn kaj elmetiĝis al multe da radioaktiveco, li estas tute sana. Li foje englutis aŭ enspiris radioaktivaĵojn en sian korpon, kaj tiam oni rekomendis, ke li trinku multe da biero por eligi ilin el la korpo. Li substrekis, ke en la manga-o « Oiŝinbo » aperas homoj, kiuj suferis pro nazsangado post la eksplodoj de la reaktoroj, sed tio estas tute mensoga, ĉar multaj liaj kolegoj neniam nazsangis. Mi heziteme argumentis, ke en kelkaj raportoj de la rifuĝintaj patrinoj iliaj gefiloj nazsangis, sed tiu viro insistis, ke tiuj raportoj estas falsaj.

 

Alia viro rakontis sian estontan vivon, ridigante la ĉeestantoj: « Kiam mi provizore revenas hejmen, mi ofte vidas aprojn kun tre amindaj idoj. Multiĝas niktereŭtoj kaj fazanoj. La urbo havas 20-jaran planon pri sia revivigo. Mi nun estas 70-jara, sed mi povos reveni hejmen…kiel la cindro. Mi postulis de la urbo, ke ĝi unue konstruu maljunulejon, ĉar preskaŭ ĉiuj loĝantoj ĉi tie estas maljunaj, do maljunulejo estas la plej necesa. Tiamaniere ni povos reveni hejmen, komence al la maljunulejo en la baza distriko, kaj poste kiel cindro al mia tombo ».

Lia antaŭvido estos prava, ĉar ili devenas de la distrikto Otozaŭ kaj aliaj, kiuj situas apud la nuklea centralo. La radioaktiveco estas tre forta, ekzemple en n-ro 1 de Otozaŭa ĝi estis 184,4 milisivertoj/jare en 2012, kaj eĉ en 2053 ĝi estos 5,8 milisivertoj/jare.

 

Poste mi havis etan koncerton pri nekutimaj muzikiloj el la mondo kaj ridegis la ĉeestantojn. Nur tiun momenton iliaj mienoj estis brilaj kiel antaŭe, sed kiam finiĝis la koncerto, iliaj mienoj denove fariĝis nebulaj kaj mallumaj. Ŝajnias al mi, ke ili havas nek koleron nek batalemon kontraŭ TEPCO, sed nur rezignacion. Antaŭ la konstruado de la nukleaj centraloj la urbo estis malriĉa, do ankaŭ la loĝantoj estis malriĉaj. Por vivteni la familion, viroj laboris en Tokio en vintro. Sed dank’ al la centraloj ilia vivnivelo pli kaj pli altiĝis. Tiamaniere ilia vivado multe dependis de TEPCO, do ili nun silente akceptas la situacion aŭ la sorton.

 

Ordinaraj homoj, precipe gemaljunuloj, vivas tre ordinale sen specifaj vivceloj. Ili estas kontentaj, se ili povas vivi sen zorgoj, ĝui kreskon de siaj gefiloj kaj genepoj, havi amikojn ĉirkaŭe kaj iom kontribui al la socio. Tiuj rifuĝintoj vivis tiamaniere kaj planis morti en sia hejmo, sed pro la nuklea akcidento ilia trankvila vivo perdiĝis kaj ili devas vivi malfacile kaj malordinare. Ili ne scias, kiel fronti al tiu nova situacio. La registaro kaj TEPCO faligis la loĝantojn en la abismon, sed ili nek kritikas sin, nek petas pardonon, kaj provas plejmalmulte pagi kompenson al la loĝantoj kaj certe atendas ilian baldaŭan morton.

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 08:00

Rapport de HORI Yasuo du 13 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

 

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Nouvelle visite au mont Shinobu


Profitant de la fête de Zamenhof* organisée par l'Association d'Espéranto de Fukushima qui avait lieu le 10 décembre, j'ai voyagé vers la ville de Fukushima et j'ai visité à nouveau le mont Shinobu.

 

*Note de la traductrice : Les espérantistes ont l'habitude de fêter chaque année la naissance du créateur de l'espéranto, qui est né le 15 décembre 1859.

 

Intensité de la radioactivité à divers endroits


J'ai mesuré la radioactivité sur le quai de la gare du train rapide Shinkansen, et le chiffre était de 0,09 microsieverts. Ce chiffre n'était pas inquiétant, car la norme du gouvernement pour la pollution radioactive commence à 0,23 microsieverts par heure (1 millisievert par an). A l'échelle mondiale, on accepte cette norme comme  irradiation acceptable pour l'homme. Selon la loi japonaise, les gens ordinaires ne sont pas autorisés à (ne peuvent pas) vivre dans les lieux contaminés par plus de 0,23 microsieverts par heure. Dans le département de Fukushima (et dans certaines villes voisines) on nettoie ces sites, en raclant la terre contaminée et en lavant les murs et les toits pollués, pour que ces endroits descendent sous le chiffre de 0,23 microsieverts.

 

À côté de la gare de Fukushima, j'ai emprunté un vélo. J'ai immédiatement allumé mon dosimètre et ai constaté que le chiffre était de 0,29. Ce chiffre m'a effrayé. Il dépassait la norme ! Plus tard, toujours à bicyclette vers le mont Shinobu et en circulant dessus, j'ai mesuré la radioactivité dans de nombreux endroits. Les résultats sont les suivants:

 

1-Trottoir à 10 m de la gare : 0,24~0,27

2- Ruelle jouxtant le musée départemental : 0,23~0,24

3- Rigole au pied du mont Shinobu: 10,7!!!

4- Jardin du musée : 0,18

5- Le temple Henshō-in : 0,26~0,42

6- Un endroit sur la route dans la montée : 0,53~0,90

7- Plus haut dans la montée : 0,35

8- Le belvédère No2 :0,23

9- Le parc sur le mont : 0,17 (là, une information datant du 9 septembre indique que le chiffre était de 1,25)

10- Au sommet, près de la tour de la télévision: 0,73

11. Le temple Haguro : 0,32

12- Le lycée Tōryō au pied de la montagne: 0,31

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Dans l'image ci-dessus, la pancarte montre le chemin vers le temple shintoïste appelé "Grand Dieu de l'Air". C'est la première fois que je voyais un nom de temple aussi étrange. Le dosimètre montrait 0,90 microsieverts. Un lieu bien impur pour un temple... Sur la pancarte à côté du mot "Grand Dieu" on lit sur la gauche "Dieu Inari gardien des aliments». J'ai prié ces dieux de tout mon cœur, en leur demandant: «Si vous êtes des dieux de l'air et de la nourriture, purifiez l'air et la nourriture de Fukushima ! »

 

Efficacité du nettoyage


Au pied du mont Shinobu, côté sud, immédiatement derrière le Musée départemental, il y a un temple, et plus de dix maisons. Quand je suis arrivé ici en novembre, des ouvriers avaient nettoyé la terre autour des maisons près du temple. J'ai mesuré la  radioactivité à trois endroits, et les chiffres étaient de 0,36, 0,32 et 043. L'effet du nettoyage n'était pas bien grand. Et où avait-on porté cette terre polluée qu'on avait raclée ? Voyez l'image.

 

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Devant l'entrée de la maison, il y a quelque chose dans un plastique vert. Dedans il y a de la terre raclée, d'abord couverte de terre non polluée et ensuite recouverte d'une toile plastique. Il semble que cette maison ne soit plus habitée. Peut-être les habitants ont-ils fui quelque part en raison de la forte radioactivité. Même si la maison et le jardin étaient assez propres, ils ne voudraient pas vivre ici, obligés de faire toujours face à cette montagne de déchets.

 

Dans un autre quartier, des ouvriers nettoyaient la maison et le terrain. Ils sont venus du département d'Aichi, à 1000 km de Fukushima. Certes, il manque des ouvriers dans le département de Fukushima, alors viennent maintenant de nombreux travailleurs d'autres départements. Ils raclaient le sol et le mettaint dans des caisses en plastique, puis ils faisaient un monticule de caisses et le couvraient avec une toile en plastique. J'ai mesuré la radioactivité de la terre dans cette caisse. Le chiffre était de 0,78.

 

J'ai mesuré la radioactivité du jardin dépollué. Les chiffres étaient 1,10, 0,96 et 0,98, donc, à ma surprise, les zones dépolluées étaient plus contaminées que la terre raclée et l'herbe. Le nettoyage n'a eu aucun effet. Les ouvriers ont réellement travaillé, donc j'ai dû en conclure que le nettoyage n'était pas très efficace. Par la suite, bien sûr, arrivera de la montagne de l'eau contaminée et elle continuera d'augmenter la pollution du sol. Donc, certains prétendent que le nettoyage est inefficace et constitue du gaspillage d'argent, et qu'il faudrait utiliser l'argent pour des choses plus vitales.

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Si on ferme les yeux, tout est propre.


Dans la soirée, nous avons passé un joyeux moment dans les bains chauds de la station thermale d'Iizaka. Le 11 décembre au matin, j'ai mesuré la radioactivité du terrain de l'hôtel. Les chiffres étaient 0,65 ~ 0,72. A un autre endroit sur la pelouse, les chiffres étaient de 0,82 ~ 0,90. Je me suis hâté vers les gens de Fukushima, qui faisaient la pause dans le vestibule de l'hôtel, et j'ai montré mon dosimètre, mais personne n'a manifesté d'intérêt pour ces chiffres. Ces chiffres n'ont rien de nouveau pour eux. Ils ne peuvent pas changer la situation, si bien qu'ils doivent bon gré mal gré s'y adapter.

 

Cependant, je ne peux pas les critiquer pour leur attitude. La même chose arrive dans mon département. Après les explosions des réacteurs, des nuages radioactifs   sont venus jusqu'à mon département et ont contaminé la terre, mais à présent on n'en a jamais parlé, et on ne mesure pas la radioactivité. Nous vivons en accord avec le proverbe : "Si on ferme les yeux, tout est propre." Et le gouvernement agit avec l'énergie nucléaire selon un autre nouveau proverbe: «Si on ferme les yeux, tout est sûr."

 

Nettoyage dans le village d'Iitate


De retour du mont Shinobu, j'ai visité la "Place du nettoyage" située à côté de la gare. Elle a été fondée et parrainée par le gouvernement et le département de Fukushima afin de donner aux habitants des informations sur la radioactivité et le nettoyage. Dans le bureau, j'ai trouvé des informations sur l'état actuel de la décontamination dans divers villes et villages. J'ai été surpris de voir les informations sur le village d'Iitate.

 

Iitate n'est pas situé à proximité des centrales nucléaires mais à 60 km de celles-ci, donc les 6 500 habitants ont d'abord pensé que les explosions concernaient d'autres personnes, mais ensuite ils ont su que les nuages nucléaires étaient passés à travers le village et l'avaient beaucoup contaminé, et maintenant tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes et personne ne vit dans le village. A l'intérieur de celui-ci travaillent maintenant 7 500 ouvriers, pour la plupart venus d'autres villes et départements pour le nettoyage. Chose bien surprenante !

 

Dans le livre "Le courageux village d'Iitate" les auteurs M. et Mme Hasegawa Kenichi et Hanako, qui étaient des habitants du village, décrivent en détail  comment on le nettoie. Je vais en traduire un résumé :

 

   "En janvier 2012, le ministère de l'environnement a publié le plan du nettoyage de 11 villes et villages, dans les régions à pollution intense. Selon lui, la décontamination sera achevée pour mars 2014.
    En septembre 2013, il a publié, que la décontamination ne sera pas terminée selon les prévisions et que, concernant Iitate, le nettoyage des maisons durera jusqu'en 2016.

   Dans le plan pour le nettoyage à Iitate, le ministère a pour objectif  5 millisieverts par an, tandis que dans d'autres villes et villages l'objectif est de 1 millisievert par an. Le maire Kanno veut faire rapidement revenir les habitants dans le village, et il a donc décidé de ce chiffre comme objectif, mais est-ce que les habitants pourront vivre tranquillement dans des lieux plus pollués que ne le sont des locaux spécialement autorisés dans les hôpitaux et centres d'exploration sur la radioactivité et les villages à Tchernobyl?

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Modèle de nettoyage
   
   Selon le plan du ministère, on nettoie les endroits suivants: logements, bureaux, bâtiments communaux, rues, champs et forêts autour des maisons. On nettoie  bâtiments et rues par des jets d'eau à haute pression, on racle la terre jusqu'à une profondeur de 5 centimètres, dans un rayon de 20 mètres autour des maisons et on essuie les murs et les toits avec du papier absorbant, mais 75% de la ville est couvert de forêts, de sorte qu'à court terme l'eau, la terre et les feuilles contenant de la radioactivité voyageront jusqu'aux jardins et champs "nettoyés", et les pollueront à nouveau."

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

   Alors savoir où l'on doit mettre ces terre, herbe, branches, feuilles, papier pollués est un problème important. Dans le département de Fukushima on devra conserver 28 millions de tonnes de déchets quelque part, et le ministère projette de construire des entrepôts dans les villes autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima et de les faire fonctionner en janvier 2015. Jusqu'à ce moment-là, on devra conserver les déchets provisoirement au village, c'est pourquoi on voit partout des  monticules de  sacs noirs ((fle-con-bag, fleksible container bag, sac poubelle flexible) avec des déchets à l'intérieur. 

   Mais ces entrepôts restent encore à l'état de plan. Les responsables du ministère répondent sans arrêt : «Nous ne savons pas quand ces entrepôts seront achevés». (Fin du résumé)

 

Sur la "Place du nettoyage", j'ai demandé à l'employé si les ouvriers pour la dépollution ne viendront pas à manquer. La réponse a été : "La plus grande menace, ce sont les Jeux olympiques de Tokyo. on va payer des salaires plus élevés aux ouvriers du bâtiment pour les Jeux Olympiques, donc beaucoup de travailleurs quitteront Fukushima et on manquera alors d'ouvriers pour le nettoyage ".


La situation est grave, mais le gouvernement et le premier ministre sont très optimistes ou irréfléchis. Ils agissent selon le proverbe: " Si je vais bien, tout est en ordre."

 

 

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Texte original en espéranto

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La 13an de decembro 2015

 

Denove la monto Ŝinobu

   Profitante Zamenhofa Festo de la Fukuŝima-Esperanto-Societo okazinta la 10an de decembro, mi vojaĝis al la urbo Fukuŝima kaj denove vizitis la monton Ŝinobu.

 

Forteco de radioaktiveco en diversaj lokoj

   Mi mezuris radioaktivecon sur la kajo de la kugla trajno Ŝinkansen, kaj la cifero estis 0,09 mikrosivertoj. Tiu cifero tute ne estis timiga, ĉar la legistara normo pri radioaktiva poluo komenciĝas ekde la cifero 0,23 mikrosivertoj hore (1 milisiverto jare). Tutmonde oni akceptas tiun normon kiel akcepteblan homan elmetiĝon al radioaktiveco. Laŭ la japana leĝo ordinaraj homoj ne rajtas/povas loĝi en la lokoj poluitaj pli ol 0,23 mikrosivertojn hore. En Fukuŝima (kaj en iuj najbaraj urboj) oni purigas tiajn lokojn, skrapante poluitan teron kaj lavante poluitajn murojn kaj tegmentojn, por ke la lokoj fariĝu malpli poluitaj ol 0,23 mikrosivertojn.

   Apud la stacidomo de Fukuŝima mi pruntprenis biciklon. Mi tuj ŝaltis mian dozmetron kaj trovis, ke la ciferoj estas 0,29. Tiu cifero timigis min. Ĝi superis la normon! Poste, biciklante al kaj en la monto Ŝinobu, mi mezuris radioaktivecon en multaj lokoj. La rezultoj estis jenaj :

1. Trotuaro 100 metrojn for de la stacidomo : 0,24~0,27

2. Strateto apud la gubernia muzeo : 0,23~0,24

3. Flueto piede de la monto Ŝinobu: 10,7!!!

4. Ĝardeno de la muzeo : 0,18

5. La templo Henŝoo-in: 0,26~0,42

6. Loko sur la vojo en la monto : 0,53~0,90

7. Pli alta loko sur la vojo en la monto : 0,35

8. La belvidejo n-ro 2 : 0,23

9. La parko en la monto : 0,17 (tie estis informo pri radioaktiveco de la 9a de septembro kaj la cifero estis 1,25.)

10. Ĉe la pinto apud la televidturo: 0,73

11. La templo Haguro : 0,32

12. La supera mezlernejo Toorjoo piede de la monto : 0,31

 

   En la maldekstra foto la ŝildo montras la vojon al ŝintoisma templo nomata «  Aera Granda Dio ». Unuan fojon mi vidis tian strangan templan nomon. La dozmetro montris 0,90 mikrosivertojn. La templo staras en tiom malpura loko. En la ŝildo apud « la Granda Dio » estas skribita maldekstre « Manĝaĵkonserva Inari-dio ». Mi elkore preĝis al tiuj dioj, petante: « Se vi estas dioj de aero kaj manĝaĵoj, purigu la aeron kaj la manĝaĵojn de Fukuŝima! »

 

Efiko de purigado

   Sur la suda piedo de la monto Ŝinobu tuj malantaŭ la Gubernia Muzeo estas templo kaj pli ol dek domoj. Kiam mi venis ĉi tien en novembro, laboristoj purigis la teron ĉirkaŭ la domoj apud la templo. Mi mezuris radioaktivecon en tri lokoj, kaj la ciferoj estis 0,36, 043 kaj 0,32. La efekto de la purigado ne estis granda. Kaj kien oni portis tiun skrapitan poluitan teron ? Vidu la foton.

Antaŭ la enirejo de la domo estas io verde kovrita. En ĝi estas skrapita tero, unue kovrata de sakoj da nepoluita tero kaj due de la plasta tuko. Ŝajnis, ke tiu domo jam ne estas priloĝita. Eble la loĝantoj fuĝis ien pro alta radioaktiveco. Eĉ se la domo kaj la ĝardeno estus sufiĉe purigitaj, ili ne volus loĝi ĉi tie, ĉiam frontante al tiu monto de radioaktivaĵo.

En alia distrikto laboristoj purigis la domojn kaj teron. Ili venis de la gubernio Aiĉi, 1000 kilometrojn for de Fukuŝima. Certe mankas laboristoj en Fukuŝima, do nun venas multaj laboristoj el aliaj gubernioj. Ili skrapis la teron kaj enmetis ĝin en plastajn kestojn, kaj poste faris monton da kestoj kaj kovras ĝin per plasta tuko. Mi mezuris radioaktivecon de la tero en tiu kesto. La cifero estis 0,78.

Mi mezuris radioaktivecon de la purigita ĝardeno. La ciferoj estis 1,10, 0,96 kaj 0,98, do surprize la purigitaj lokoj estis pli poluitaj ol la skrapitaj tero kaj herboj. La purigado tute ne efikis. La laboristoj sincere laboris, do mi devis konkludi, ke purigado mem ne efikas multe. Poste, certe envenos de la monto akvo enhavanta radioaktivecon kaj denove plipoluos la teron. Do iuj argumentas, ke purigado estas senutila kaj misuzo de mono, kaj ke oni uzu monon por pli valoraj aferoj.

 

Se ni ne vidas, ĉio estas pura 

   Vespere ni havis tre ĝojan tempon en la varmfontejo Iizaka. Matene la 11an de decembro mi mezuris radioaktivecon de la tereno de la hotelo. La ciferoj estis 0,65~0,72. En alia loko sur la gazono la ciferoj estis 0,82~0,90. Mi hastis al la fukuŝima-anoj, kiuj paŭzis en la vestiblo de la hotelo, kaj montris la dozmetron, sed neniu montris intereson pri tiuj ciferoj. Tiuj ciferoj tute ne estas novaĵo al ili. Ili ne povas ŝanĝi la situacion, do ili devas vole nevole adaptiĝi al la situacio.

Tamen mi ne povas kritiki ilin pro ilia sinteno. Samo okazas en mia gubernio. Post la eksplodoj de la nukleaj reaktoroj radioaktivaj nuboj venis al mia gubernio kaj poluis la teron, sed nun oni neniam menciis tion, nek mezuras radioaktivecon. Ni vivas laŭ la proverbo: « Se ni ne vidas, ĉio estas pura ». Kaj la registaro agas pri atomenergio laŭ alia, nova proverbo: « Se ĝi ne vidas, ĉio estas sekura ».

 

Purigado en la vilaĝo Iitate

   Revenante de la monto Ŝinobu, mi vizitis « Placon pri purigado » situantan najbare al la stacidomo. Ĝi estis fondita aŭ aŭspiciita de la registaro kaj la gubernio Fukuŝima por doni informojn pri radioaktiveco kaj purigado al la loĝantoj. En la oficejo mi trovis informon pri la nuna stato de purigado en diversaj urboj kaj vilaĝoj. Mi estis surprizita vidi la informojn pri la vilaĝo Iitate.

   Iitate situas ne proksime al la nukleaj centraloj, sed 60 kilometrojn for de tiuj, do la 6500 vilaĝanoj komence opiniis, ke la eksplodoj estas aferoj de aliaj homoj, sed poste ili sciis, ke la nukleaj nuboj pasis tra la vilaĝo kaj multe poluis ĝin, kaj nun ĉiuj vilaĝanoj rifuĝis en aliajn urbojn kaj neniu loĝas en la vilaĝo. En tiu vilaĝo nun laboras 7500 laboristoj, plejmulte el aliaj urboj kaj gubernioj, por purigi ĝin. Tre eksterordinara afero !

   En la libro « Madei-a vilaĝo Iitate » la aŭtoraj ges-roj Hasegaŭa Keniĉi kaj Hanako, kiuj estas/estis loĝantoj de la vilaĝo, detale skribas, kiel oni purigas la vilaĝon. Mi resume tradukos ĝin.

*Madei: loka vorto, kiu signifas « sincere, zorege, diligente ».

 

   En januaro 2012 la ministerio pri medio publikigis la planon de purigado en dense pouitaj 11 urboj kaj vilaĝoj. Laŭ ĝi la purigado finiĝos ĝis la fino de marto 2014.

   En septembro 2013 ĝi publikigis, ke la purigado ne finiĝos laŭplane kaj ke rilate al Iitate la purigado pri domoj daŭros ĝis 2016.

   En la plano pri purigado en Iitate la ministerio celas 5 milisivertojn jare, dum en aliaj urboj kaj vilaĝoj la celcifero estas 1 milisiverto jare. La vilaĝestro Kanno volas plej frue revenigi la loĝantojn en la vilaĝon kaj pro tio li decidis tiun ciferon kiel la celon, sed ĉu la loĝantoj povos vivi trankvile en la lokoj pli poluitaj ol en la speciale permesitaj lokoj en hospitaloj kaj esplorejoj pri radioaktiveco kaj en la vilaĝoj en Ĉernobil?

 

 Modelo de purigado

 

Laŭ la plano de la ministerio ĝi purigas jenajn lokojn: domoj, oficejoj, komunaj konstruaĵoj, stratoj, kampoj kaj arbaroj ĉirkaŭ la domoj. Oni purigas konstruaĵojn kaj stratojn per altapremaj akvoŝpruciloj, skrapas teron ĝis la profundo de 5 centimetroj 20 metrojn radiuse ĉirkaŭ la domoj kaj viŝas murojn kaj tegmentojn per paperaj tualetoj, sed 75% de la vilaĝo estas kovrata de arbaroj, do baldaŭ akvo, tero kaj folioj enhavantaj radioaktivecon vojaĝos en la « purigitajn » ĝardenojn kaj kampojn kaj denove poluos tiujn.

Poste kien oni metu tiujn poluitajn teron, herbojn, branĉojn, foliojn, paperajn tualetojn, estas grava problemo. En la gubernio Fukuŝima oni devos konservi 28 milionojn da poluitaĵoj ie, kaj la ministerio planas konstrui konservejojn en la urboj ĉirkaŭ la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima kaj funkciigos ilin en januaro 2015. Ĝis tiu tempo oni devas konservi la poluitaĵojn provizore en la vilaĝo, tial ĉie oni vidas montetojn de nigraj sakoj (fle-con-bag, fleksible container bag) enhavantaj  poluitaĵojn.

 

   Sed la plano de tiuj konservejoj ankoraŭ restas plano. Respondeculoj de la ministerio respondadas : « Ni ne scias, kiam tiuj konservejoj finkonstruiĝos ». (Fino de la resumo)

 

   En « Placo pri purigado », mi demandis la oficiston, ĉu ne mankos laboristoj de purigado. La respondo estis : « La plej granda minaco estas Tokiaj Olimpikoj. Oni pagos pli da salajro al laboristoj pri la konstruado rilata al Olimpikoj, do multaj laboristoj forlasos Fukuŝima-on kaj sekve mankos laboristoj pri purigado ».

   La situacio estas serioza, sed la registaro kaj la ĉefministro estas tre optimismaj aŭ senpensaj. Ili agadas laŭ la proverbo: « Se mi estas en ordo, ĉio estas en ordo ».

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 01:45

Rapport de HORI Yasuo du 22 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

La 7ème séance publique de Cour d'Assises concernant l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, située dans le département de Gunma et distante de 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 personnes réfugiées du département de Fukushima. 137 d'entre elles ont porté plainte, le 11 septembre 2013, afin d'obtenir une indemnisation de la compagnie TEPCO. Aujourd'hui s'est tenue la septième séance du procès en assises, au cours de laquelle une femme de 59 ans, qui habitait Minami-Sōma, ville voisine de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, a raconté sa vie après la catastrophe.

 

 

 "À cause de l'accident nucléaire, nous avons perdu notre vie"

 

« Mon mari, ma fille et moi-même habitions dans le district Takanokura de la ville de Minami-Sōma. Ce district de montagne, distant de plus de trente kilomètres de la centrale, est situé hors de la zone évacuée, cependant il est très radioactif.

 

Quand s'est produit le séisme du 11 mars 2011, tout a continué à fonctionner normalement dans notre maison, mais de plus en plus d'habitants du district se sont enfuis. Mon mari travaillait alors à la centrale nucléaire de Fukushima et il croyait qu'elle était la plus sûre au monde, si bien qu'en entendant parler des explosions des réacteurs, nous avons pensé que l'information était mensongère. Mais quand par la suite, la ville a fait savoir qu'il ne fallait pas boire l'eau, nous avons compris que la situation était sérieuse et nous nous sommes réfugiés chez ma fille aînée, dans le département de Saitama. Cependant, comme sa maison est petite, nous ne pouvions loger longtemps chez elle et nous avons fini par atteindre le département de Gunma, où nous habitons à présent, dans un appartement de la ville de Tatebayashi.

 

Ma fille, qui était alors étudiante, ne pouvant plus se rendre à l'Université a dû interrompre ses études et a fini par abandonner car nous n'avions plus suffisamment d'argent. C'est une fille d'un milieu simple aussi pensions-nous qu'il serait bon qu'elle se dirige vers des études polytechniques mais, en raison de l'accident nucléaire, elle a perdu tout espoir de travailler dans ce secteur. À présent, elle cherche du travail mais sans succès, car elle est considérée comme étant du niveau de fin d'enseignement secondaire. Et de plus, au cours des entretiens d'embauche, quand elle dit qu'elle vient de Fukushima, on lui demande combien de temps elle pourra travailler. Je comprends qu'on doive lui poser la question, mais ces interrogatoires la rendent nerveuse et elle ne réussit pas à avoir un emploi stable. Or elle a bénéficié d'une bourse qu'elle doit à présent rembourser, mais comment pourra-t-elle y arriver avec un travail précaire et un salaire bas ?

 

Après notre départ forcé, je suis devenue très malade. Mon diabète s'est aggravé. Je dois désormais m'injecter de l'insuline chaque jour et en outre je ne vois plus très bien de l'œil gauche. Ma tension artérielle a augmenté. Je souffre de stress, je pleure pour un rien et je dors mal. Ces difficultés m'amènent à me quereller pour des bagatelles avec mon mari et ma fille. Sans cet accident nucléaire jamais je n'aurais souffert de tous ces maux ni ne me serais disputée avec les miens. 

 

Dans notre ville de Minami-Sōma, nous vivions dans une ambiance amicale, nous rencontrions souvent des copains. Je travaillais dans un supermarché. Parfois j'indiquais aux clients de nouvelles recettes, et en remerciement, ils me faisaient cadeau de plats qu'ils avaient eux-mêmes cuisinés. Je travaillais aussi comme bénévole pour aider des personnes handicapées. Mais à présent, tout cela est fini. Je suis malade, je n'ai pas d'amis, j'ai perdu confiance en moi et je n'ai plus le courage d'entreprendre des choses nouvelles. J'habite au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur, il m'est donc difficile même de sortir.

 

Mon mari travaille maintenant dans la ville de Iwaki du département de Fukushima et il est seul dans l'appartement. Il part très tôt le matin au travail, il ne peut donc pas faire d'achats, même pour son petit déjeuner. C'est un homme très taciturne et très laborieux. Il travaille trop. L'été il a souffert de diarrhée et il est tombé malade à cause de la canicule. Si j'étais avec lui, je pourrais l'aider et il ne souffrirait pas.

 

Notre maison est détruite, nous ne pouvons plus y habiter. Elle était le foyer au cœur duquel se retrouvait toute la famille. Nous avons perdu non seulement nos biens, mais aussi notre cœur. Il faut que le gouvernement et que TEPCO comprennent combien lourdes sont nos pertes. Nous voulons retrouver notre vie d'antan. Si cela est impossible, qu'on nous assure au moins une existence stable et tranquille. 

 

Jusqu'à la catastrophe, nous étions très optimistes, mais à présent nous souffrons beaucoup, financièrement et mentalement. Logeant loin de la centrale nucléaire, nous nous étions persuadés que nous n'endurerions pas des souffrances aussi graves que ceux qui habitaient près d'elle, mais maintenant nous ne pouvons plus nous taire. Le gouvernement et TEPCO ont eux-mêmes fixé la norme selon laquelle ils nous indemnisent, mais nous ne voulons plus vivre selon cette norme-là. Aujourd'hui, j'ai la possibilité de parler de nos souffrances. Je remercie ceux qui nous soutiennent. »

(Fin de son témoignage)

 

Après la séance d'assises a eu lieu une réunion des avocats, des réfugiés et de leurs soutiens. Les avocats ont fait savoir qu'aujourd'hui ils avaient présenté à la cour les témoignages de tous les 137 plaignants, mais qu'ils ne pouvaient les rendre publics, car ils contiennent des informations confidentielles. J'ai proposé que nous ayons chaque mois une réunion au cours de laquelle les plaignants pourraient parler de leurs souffrances. Les réfugiés, originaires de diverses villes du département de Fukushima, logent à présent en divers endroits et il est donc malaisé de leur venir en aide groupés. En de telles réunions, ils auront l'occasion de s'exprimer et nous, leurs soutiens, nous aurons avec eux une  relation plus intime. Cela aidera beaucoup notre mouvement.

 

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

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Article original de Hori Yasuo en espéranto

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La 22an de decembro 2014

 

La 7a Publika asizo pri la nuklea akcidento okazis en mia urbo

 

   En mia urbo Maebaŝi de la gubernio Gunma, 250 kilometrojn for de la nuklea centralo de Fukuŝima, ĉirkaŭ 1500 homoj el Fukuŝima rifuĝinte loĝas. El tiuj fukuŝima-anoj, 137 homoj metis sian aferon al juĝo la 11an de septembro 2013, postulante kompenson de TEPCO. Hodiaŭ okazis la 7a asizo, en kiu 59-jara virino el la urbo Minami-Sooma, najbara urbo de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima rakontis pri sia vivo post la katastrofo.

 

Ni perdis vivon pro la nuklea akcidento

 

Mi, mia edzo kaj mia filino loĝis en la distrikto Takanokura de la urbo Minami-Sooma. Tiu ĉi montara distrikto estas pli ol 30 kilometrojn for de la centralo kaj ekster la rifuĝiga zono, sed estas tre radioaktiva.

Kiam okazis la tertremo la 11an de marto 2011, ĉio funkciis bonorde en mia domo, sed el mia distrikto pli kaj pli da loĝantoj fuĝis eksteren. Mia edzo laboris por la nuklea centralo de Fukuŝima, kaj kredis, ke la nuklea centralo de Fukuŝima estas la plej sekura en la mondo, do kiam ni aŭdis pri la eksplodoj de la reaktoroj, ni opiniis, ke tiu informo estas mensoga. Sed poste la urbo avertis, ke ni ne trinku akvon, kaj ni unuan fojon eksciis la seriozecon de la situacio, kaj ni fuĝis ĉe mia plej aĝa filino en la gubernio Saitama. Sed ŝia domo estas malgranda, kaj ni ne povis loĝi ĉe ŝi longe, kaj fine ni atingis la gubernion Gunma kaj nun ni loĝas en la apartamento en la urbo Tatebajaŝi.

Mia filino, kiu tiutempe estis studento, ne plu povis viziti la universitaton, do interrompis la studadon, kaj fine forlasis la universitaton, ĉar mankis al ni sufiĉa mono. Ŝi estis ordinara knabino, do ni opiniis, ke estos bone, ke ŝi studu en politeknika kampo, sed pro la nuklea akcidento ŝi perdis esperon labori en tiu kampo. Ŝi nun serĉas laboron en Gunma, sed vane, ĉar ŝi estas rigardata kiel fininto de supera mezlernejo. Krome kiam ŝi intervjuas kun la kompanianoj kaj diras al ili, ke ŝi devenas de Fukuŝima, ili demandas ŝin, kiom longe ŝi povos labori. Mi komprenas, ke ili devas demandi ŝin pri tio, sed pro tiuj demandoj ŝi fariĝas nervoza kaj eĉ nun ŝi ne povas akiri stabilan laboron. Ŝi ricevis stipendion, do ŝi devas redoni ĝin, sed kiamaniere ŝi povos, laborante malstabile kun malalta salajro?

Rifuĝinte, mi fariĝis tre malsana. Mia diabeto pliserioziĝis. Nun mi devas injekti insulinon ĉiun tagon kaj mi ne povas vidi bone per la maldekstra okulo. Mia sangopremo altiĝis. Mi suferas pro streso, mi facile larmas kaj mi ne povas dormi bone. En tiuj malfaciloj mi facile kverelas kun miaj edzo kaj filino pro bagatelaj aferoj. Se ne okazus la nuklea akcidento, mi neniam suferus pro malsano kaj neniam spertus tiajn kverelojn.

En la urbo Minami-Sooma ni ĝuis la vivon kun amika etoso, ofte renkontiĝante kun amikoj. Mi laboris en superbazaro. Mi foje montris novajn kuirmanierojn al la klientoj, kaj dankante al mi, ili donacias al mi memkuiritajn manĝaĵojn. Mi laboris ankaŭ por helpi handikapulojn kiel volontulo. Sed nun ĉio estas perdita. Mi nun estas malsana, ne havas amikojn kaj mi perdis memfidon, kaj ne havas kuraĝon alfronti al novaj aferoj. Mi loĝas en la 5a etaĝo de la apartamentaro sen lifto, do estas malfacile eĉ eksteren iri.

Mia edzo nun laboras en la urbo Iŭaki de Fukuŝima sola en apartamento. Li iras al la laborejo tre frue matene, do li ne povas aĉeti eĉ matenmanĝon. Li estas tre silenta kaj diligenta homo. Li laboras tro multe. En somero li suferis pro diarero kaj malsaniĝis pro varmego. Se mi estus kun li, mi povus helpi lin kaj li ne suferus.

Nia domo estis perdita, ni ne plu povos loĝi en tiu domo. Ĝi estis nia hejmo por ĉiuj familianoj, kaj nia koro. Ni perdis ne nur niajn posedaĵojn, sed ankaŭ nian koron. La registaro kaj TEPCO komprenu, kiom multe ni perdis. Ni volas reakiri nian eksan vivon. Se tio ne eblus, donu al ni minimume nian stabilan, trankvilan vivon.

Ĝis la katastrofo ni vivis tre optimisme, sed nun ni suferas multe finance kaj mense. Mi loĝis for de la nuklea centralo, do ni persvadis nin, ke nia sufero estas ne tre severa, kiel aliaj homoj loĝintaj najbare de la centralo, sed ni jam ne povas deteni nin de la silentado. La registaro kaj TEPCO mem decidis la normon kaj donas al ni kompensan monon laŭ ĝi, sed ni ne plu volas vivi laŭ tiu normo. Hodiaŭ mi havas okazon paroli pri nia sufero. Mi dankas al la subtenantoj.

(Fino de ŝia rakonto)

 

   Post la asizo okazis kunsido de la advokatoj, rifuĝantoj kaj subtenantoj. La advokatoj raportis, ke hodiaŭ ili prezentis atestojn de ĉiuj 137 akuzantoj al la juĝejo, sed ili ne povas publikigi tiun atestojn, ĉar tiuj enhavas personajn sekretojn. Mi proponis, ke ni havu kunsidon ĉiun monaton, en kiu la akuzantoj povu havi okazon paroli pri siaj suferoj. Rifuĝintoj el diversaj urboj de Fukuŝima loĝas dise en diversaj lokoj, do estas malfacile helpi ilin grupe. Tamen en tiuj kunsidoj ili havos okazon paroli kaj ni, subtenantoj, havos intiman rilaton al ili. Tio multe helpos nian movadon.

 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 17:14

Au moment où Tepco s’apprête à faire de grosses dépenses de communication pour annoncer la fin du transfert du combustible de la piscine de l’unité 4, nous continuons à recevoir des nouvelles du Japon par HORI Yasuo dont les 3 derniers rapports sont riches d’enseignements : Tepco, qui a du mal à dévier l’eau de la nappe phréatique, ne réussit pas plus à geler l’eau des conduits souterrains, le système ALPS sensé décontaminer l’eau pompée tombe régulièrement en panne, on ne sait pas encore comment on va démanteler les 3 réacteurs dont les cœurs ont fondu, on recommence à commercialiser du riz issu de territoires contaminés, la route nationale n°6 a été rouverte malgré sa forte contamination, les Japonais s’opposent toujours à la réouverture des réacteurs nucléaires et les territoires décontaminés par le passé sont à nouveau radioactifs. Tepco, qui ne se reconnaît toujours pas responsable de la catastrophe et qui s’arrange pour diminuer les dédommagements aux victimes, va donc bientôt communiquer sur autre chose…

PF

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Rapports de HORI Yasuo

traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

Sommaire

 

- Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?
- Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
- Message du maire de Hirono
- Récolte de riz dans la ville de Tomioka

- La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

- Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs

- 61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
- Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

- Ce qu'endure la réfugiée, madame E.

- Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

 

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Rapport du 16 octobre 2014
Traduction : Ginette Martin


Nouvelles à propos de Fukushima et de la situation nucléaire

L'accident de la Centrale nucléaire de Fukushima n° 1 est déjà devenu pour beaucoup de gens une chose du passé, mais à présent les problèmes n'ont pas encore été résolus et ils font planer des menaces sur notre vie. Aujourd'hui, je vais parler de la situation concernant les problèmes nucléaires au Japon.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?


    Lorsque le Japon a invité les Jeux Olympiques de 2020, le Premier ministre a déclaré au monde entier que l'eau contaminée était sous contrôle et ne causerait pas de problème aux participants, mais les faits sont tout à fait différents. Il a invité les Jeux Olympiques au Japon avec des mensonges.

 

La centrale nucléaire n°1 se trouve au-dessus de flux d'eau souterraine, et chaque jour 400 tonnes d'eau pénètrent sous les réacteurs endommagés et se contaminent. Si on ne fait rien de cette eau, elle finira sa course dans la mer, donc elle polluera l'ensemble des mers dans le monde. Pour éviter cela, TEPCO puise cette eau et la met dans d'énormes bassins sur le sol de la centrale. La manière de réduire cette quantité d'eau qui entre est donc cruciale. TEPCO tente de le faire par trois moyens.


1) retirer l'eau avant qu'elle n'arrive à la centrale

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

TEPCO a commencé à puiser cette eau en mai dernier, avec l'intention d'en réduire la quantité à 100 tonnes, mais le résultat n'est pas encore évident. Depuis août, TEPCO a rendue publique la mise en œuvre d'un autre moyen : retirer l'eau à partir des ponts proches des réacteurs et la rejeter dans la mer après en avoir retiré les substances radioactives, mais les pêcheurs de la préfecture de Fukushima s'y opposent fermement, parce qu'ils ne croient pas TEPCO et ils craignent que cela n'accroisse leur mauvaise réputation ou bien n'augmente le discrédit à propos des poissons qu'ils  pêchent.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

2) Construire un mur de terre gelée autour des réacteurs détériorés
   On prévoit de construire un mur de terre gelée de 1,5 km de long et 30 mètres de profondeur. Pour le construire, on a commencé d'abord par geler les jonctions des bâtiments des réacteurs avec les tunnels souterrains pour retirer l'eau polluée des tunnels, mais pour l'instant on n'a pas réussi. Beaucoup de gens doutent maintenant que l'on réussisse à construire un si grand mur de terre.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

3) Retirer les substances radioactives par le procédé ALPS
    ALPS est une machine qui peut extraire de l'eau 62 sortes de substances radioactives, sauf le tritium. On prévoit de mettre pleinement en service trois ALPS, et, d'ici à la fin de mars prochain, de dépolluer 400 000 tonnes d'eau contaminée sur les 470 000 tonnes conservées sur le terrain, mais  des dysfonctionnements successifs se produisent sur ces machines et on ne peut toujours pas les faire fonctionner à pleine puissance. En outre, même si on réussit, il restera du tritium dans l'eau "purifiée". On n'a pas encore décidé comment traiter cette eau. TEPCO et le gouvernement, bien sûr, veulent la rejeter à la mer.

 

Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
   

   Pour démanteler définitivement les réacteurs endommagés, on doit d'abord en retirer les barres de combustibles. On a commencé à retirer de leur bassin celles du réacteur No 4 en novembre 2013 et, à ce jour, 80 % d'entre elles ont été enlevées.
    Dans les réacteurs n° 1, 2 et 3, les combustibles nucléaires ayant fondu sont tombés vers le bas et on ne sait même pas dans quel état est l'intérieur de ces réacteurs parce que le rayonnement est si fort que les gens ne peuvent pas s'en approcher.

 

Message du maire de Hirono


    La ville de Hirono est située juste au sud de la Centrale nucléaire de Fukushima. Mais déjà depuis quatre ans, on a permis aux habitants de retourner chez eux en raison d'une radioactivité faible. Cependant, de nombreux habitants ne veulent pas revenir, par crainte de la radioactivité et à cause de mauvaises conditions de logement. A l'occasion du 4e anniversaire de la permission de revenir, le maire Endō a fait un discours en citant les paroles de Yoshida Shōin (penseur, 1830 - 1859):

"Nous voulons aller de l'avant pour restaurer notre ville, en gardant toujours un rêve, comme l'a écrit Yoshida Shōin :
     Ceux qui n'ont pas de rêve n'ont pas d'idéal,
     Ceux qui  n'ont pas d'idéal n'ont pas de plan,
     Ceux qui n'ont pas de plan n'ont pas d'action,
     Ceux qui n'ont pas d'action n'ont pas de réussite,
c'est pourquoi ceux qui n'ont pas de rêve ne peuvent pas réussir."
(Le journal de Fukushima-Minp
ō,  3 Octobre 2014)

 

Cependant, la restauration sera très difficile. Maintenant 1679 personnes, un tiers des habitants, sont revenus et vivent dans la ville, mais ils ne sont pas les seuls, 3000 étrangers y logent également. Ils travaillent pour les centrales nucléaires. La ville a décidé de se faire attribuer un travail de réparation et de démantèlement des six réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Dans cette situation, quel rêve pourront avoir les habitants ?

 

Récolte de riz dans la ville de Tomioka

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

    La ville de Tomioka, où se trouve la centrale nucléaire n° 2 de  Fukushima, est proche des réacteurs détruits, de sorte qu'on ne peut y loger. L'année dernière, dans certains champs on a essayé de cultiver du riz pour étudier l'influence de la radioactivité, et tout le riz récolté a été jeté. Cette année, pour la première fois après l'accident nucléaire, dans les champs du district de Shimo-Kōriyama, on a récolté du riz pour le vendre. Les cultivateurs, qui habitent dans la ville de Kōriyama loin de leur foyer, vont de temps en temps sur les champs. "L'agriculture est une industrie de base de la ville. Cette récolte est la première étape pour la restauration de la ville ", a déclaré M. Watanabe Yasuo. On essaie de produire du riz plus savoureux et moins coûteux pour l'année prochaine.
(Le journal de Fukushima-Minpō, 3 Octobre 2014)

 

La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Le 15 septembre 2014, la  route nationale n° 6 entre les villes de Futaba et Tomioka (14 km) a été ouverte aux voitures. Cette partie avait été fermée après l'accident en raison de la radioactivité intense. La route nationale n° 6 est très importante, elle relie Tokyo à Sendai, donc nous nous félicitons de l'ouverture. Cependant les piétons, les cyclistes et les motocyclistes ne peuvent pas y accéder, car la radioactivité est forte. Le 24 septembre,  l'un de mes amis est allé en voiture sur ce tronçon et il a détecté 19,51 microsieverts/h de radioactivité. Pour rappel, la limite maximale que le gouvernement a décrétée est de 0,23 microsieverts/h.

 

Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs
 

   Au Japon, il existe maintenant 18 vieux réacteurs, qui ont plus de 30 ans. Après l'accident nucléaire, les règles sur les centrales nucléaires sont devenues plus sévères, si bien que, pour prolonger la vie de ces réacteurs au-delà de 40 ans, on doit les adapter à ces nouvelles règles en dépensant beaucoup d'argent. A cause de cela, deux compagnies d'électricité, Kansai et Kjūshua, ont commencé à explorer la possibilité d'en arrêter quelques-uns. Par ailleurs, en déclarant qu'ils vont arrêter les vieux réacteurs, ils visent à mettre de leur côté les populations pour la remise en service des réacteurs récents.

 

61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
 

   Les 27 et 28 septembre, la Société d'enquête a fait un sondage sur divers sujets, et a reçu une réponse de 1675 personnes sur 3000 interrogées. A propos de la remise en fonctionnement des réacteurs, les gens ont répondu ainsi :
Question: Le gouvernement a l'intention de remettre en service les  réacteurs que l'Autorité de Sûreté Nucléaire aura constaté comme sûrs. Êtes-vous pour ou contre cette remise en service ?
   Pour: 34,2%   Contre: 60,5%
   Autres: 5,3%
Hommes :  pour : 44%, contre : 52%
Femmes: pour: 24%, contre : 69%

 

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Rapport du 24 octobre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

 

Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, dans le département de Gunma, à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 réfugiés du département de Fukushima. Quatre-vingt-dix d'entre eux, appartenant à trente-deux familles, ont déposé plainte le 11 septembre 2013, en demandant à être indemnisés par TEPCO. De même, dans 21 départements et régions, 8276 personnes ont déposé plainte et se battent contre TEPCO et le gouvernement.

Aujourd'hui s'est tenue la cinquième séance de la cour d'assises du tribunal de Maebashi. Comme il s'agissait d'une séance de préparation aux séances ultérieures, la présidente du tribunal s'est entretenue avec les avocats des deux parties et, après trente minutes, la séance a été levée. Y avaient assisté environ vingt avocats défendant la cause des réfugiés, tant de mon département que d'autres départements où des plaintes avaient été déposées. Pour TEPCO et le gouvernement il n'y avait qu'un seul avocat, mais beaucoup de fonctionnaires appartenant aux ministères concernés étaient également venus (aux frais du contribuable !).

Ensuite nous – les plaignants et leurs soutiens – nous nous sommes réunis dans la salle de l'Association des avocats et avons écouté les explications concernant la séance d'assises qui venait d'avoir lieu et sa signification.

L'argumentation comporte deux points principaux : premièrement, la compagnie TEPCO est-elle coupable de la survenue de l'accident ? TEPCO n'entend pas discuter de ce point et fait plaider qu'elle indemnise les dommages subis conformément à la Loi de compensation de pertes dues à des accidents nucléaires, et qu'il n'y a donc pas lieu d'argumenter sur sa culpabilité. Deuxièmement, ce tsunami était-il prévisible ? TEPCO plaide qu'il a été si extraordinairement grand, qu'elle ne pouvait pas en prévoir l'éventualité, et que par conséquent elle ne porte aucune culpabilité dans l'accident. Ainsi, TEPCO et le gouvernement visent à ne pas verser les indemnités ou à en amoindrir le montant.

Pour les plaignants, cette attitude de TEPCO est tout à fait inacceptable. Avant l'accident, à maintes reprises il lui a été demandé si les centrales nucléaires de Fukushima ne deviendraient pas dangereuses lorsque se produiraient de grands tsunamis, et au Parlement M. Yoshii Hidekatsu, membre du Parti Communiste Japonais, a interrogé Abe Shinzō – alors l'une des personnalités marquantes et actuel Premier ministre – sur ce danger, mais TEPCO et Abe n'ont jamais pris ces questions au sérieux, se contentant de répéter que TEPCO mettait en œuvre des contre-mesures parfaites et que jamais ne se produiraient de graves accidents.

Et même après l'accident, TEPCO et le gouvernement ne se conduisent pas correctement à l'égard des victimes. TEPCO indemnise, non en fonction de la situation et des exigences des victimes, mais selon ses propres règles égoïstes, et souvent elle refuse de payer. Elle veut même remettre en fonction les réacteurs dans le département de Niigata, bien qu'elle ne réussisse pas à maîtriser les quatre réacteurs accidentés de Fukushima. Le gouvernement, lui aussi, tente de faire taire les victimes en les payant et a l'intention de remettre en route la centrale située dans l'île méridionale de Kyushu.

Au cours de la réunion qui a suivi la séance d'assises, des gens ont exprimé leurs opinions. Certaines m'ont particulièrement frappé :

 

1. Les gens qui sont partis, fuyant une radioactivité supérieure à 0,23 microsievert* / heure, ont le droit d'exiger une indemnisation.

  * Selon la loi, un lieu pollué à plus de 0,23 microsieverts / heure doit être dépollué. Cela siginifie, que la loi précise bien que personne ne peut loger dans un tel lieu.

 2. Du début jusqu'à la fin d'un processus de pollution du milieu, le plus important est de ne pas oublier les souffrances des victimes.

 3. À Fukushima, ce qui pèse le moins c'est la vie humaine et les indemnités.

 

Ce qui motive les plaignants n'est pas l'argent. À preuve, leurs slogans :

Rendez nous notre cher foyer
et notre existence paisible !
Ne privez pas les enfants d'avenir !
Que TEPCO et le gouvernement reconnaissent leurs fautes !

 

Ce qu'endure la réfugiée, madame E. ?

 

Dans le dossier de l'accusation figure le témoignage de l'une des victimes. En voici la traduction :

 

"Je vivais avec mon mari et mes deux fils dans la ville de Nahara, proche de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima. Après le séisme du 11 mars 2011, nous nous sommes réfugiés chez mes parents, dans la même ville. Au matin du 13 mars est venu l'ordre donné à tout le monde de partir pour la ville voisine, et nous avons fui en hâte. Nous savions qu'il y avait eu un accident nucléaire, mais nous ignorions quel était le danger de la situation, et donc nous avons tous été exposés à une forte irradiation nucléaire. Je redoute que les suites n'en apparaissent plus tard.

J'ai été, à l'époque, très inquiète pour la santé de mes enfants et je me suis réfugiée dans la ville de Fukushima, distante de soixante kilomètres. Ensuite, sur le conseil de mon frère qui habite dans la ville de Tabasaki dans le département de Gunma, nous avons fui vers cette ville, où, après quelques séjours transitoires dans des refuges, nous avons trouvé un appartement dans lequel, depuis, nous logeons.

En 2005, ma famille, après avoir épargné longtemps, avait acheté dans la ville de Naraha une maison où tous ses membres vivaient tranquilles en compagnie d'un chien. Quand je suis revenue chez moi, après l'accident, la maison sentait très mauvais et partout grouillait de la vermine. Le jardin était couvert de mauvaises herbes. J'ai pleuré et j'étais désespérée.

Avant, nous étions fiers de travailler et nos ressources étaient suffisantes. Mes parents m'aidaient à élever mes enfants. Depuis que nous avons emménagé dans la ville de Takasaki, mes enfants sont psychiquement très instables, et comme mes parents sont loin, j'ai renoncé à travailler hors de chez moi. La firme de mon mari, dans le département de Fukushima, a fermé. Il a retrouvé un emploi, mais son salaire a été divisé par trois.

À cause de l'accident, j'ai dû vivre loin de mes parents, et mes enfants ont perdu leurs amis. J'ai dû abandonner mon chien qui faisait partie de la famille. J'éprouve à ce sujet un sentiment de culpabilité.

Nous sommes tristes d'être coupés de nos parents et amis, nous regrettons la maison et le travail perdus, nous sommes inquiets et perdons quasiment la tête face à notre avenir nébuleux, et outre ces soucis, nous devons craindre le risque que la radioactivité ne ruine notre santé. Mon mari et moi, nous sommes dans un tel état d'esprit que nous n'arrivons plus à bien dormir. Avant j'étais en bonne santé, mais à présent je sens le désordre dans mon corps.

Avant l'accident, je vivais tranquillement chez moi, j'avais plaisir à voir mes enfants pousser dru. Cette vie-là, nous l'avons perdue. Nous avons été précipités en enfer. Nous n'avons plus aucun avenir, aucun espoir. Nous avons été réduits à l'état de loques, physiquement et moralement. Que TEPCO et le gouvernement regardent donc quelle est notre quotidien et qu'ils sachent dans quelles conditions vivent les victimes ! L'accident nucléaire a blessé notre dignité d'hommes. Qu'ils assument donc pleinement leurs responsabilités !"

 

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Rapport du 10 novembre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Les 2 et 3 novembre a eu lieu le Congrès Tōhoku, dans la ville de Morioka, du département de Iwate. Cette ville est distante de six cents kilomètres de chez moi, j'ai donc jugé que revenir tout de suite était une perte d'argent, et j'ai décidé de m'arrêter en route à Fukushima pour mesurer la radioactivité autour du mont Shinobu.

 

J'avais visité celui-ci cette année, en juillet. J'avais alors trouvé un endroit, où l'intensité radioactive dépassait 10 microsieverts/h. Je n'avais pas pu la mesurer de façon précise en raison des possibilités limitées de mon dosimètre. J'avais entendu dire que le mont était si pollué que les gens ne voulaient plus s'y promener. Je voulais savoir ce qu'il en était.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai emprunté un vélo près de la gare de Fukushima. L'intensité radioactive y était de 0,24 à 0,27 microsieverts/h. Selon la norme étatique, les lieux pollués à plus de 0,23 microsieverts/h doivent être dépollués. Cet endroit-ci l'avait été longtemps auparavant, mais des produits radioactifs venus d'ailleurs, par voie aérienne, lui avaient à nouveau fait dépasser la norme.

 

J'ai roulé dix minutes et je suis arrivé au musée d'art départemental. Dans le jardin se trouvait un dosimètre qui indiquait 0,162, mais le mien montrait 0,23.

 

Entre le Musée et le mont Shinobu se trouve une rigole dans laquelle beaucoup de feuilles mortes étaient tombées. J'ai commencé à mesurer à cet endroit-là, mais le chiffre restait stable. Je me suis un peu déplacé vers le haut, j'ai remesuré et là, le chiffre augmentait de plus en plus, et le dosimètre a fini par indiquer 12,1 microsieverts/h. L'irradiation était là égale à cinquante-deux fois la norme ! C'était la première fois que ma main gauche était exposée à une aussi forte radioactivité.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai continué à rouler jusqu'à un endroit où s'élevaient plusieurs maisons. Quelques hommes travaillaient dans les jardins, raclant de la terre qu'ils mettaient dans des caisses blanches (voir photo ci-contre). Ils en avaient déjà rempli plus de cinquante. Ensuite ils ont répandu de la terre non polluée. Où donc mettraient-ils la terre polluée ?

 

De nouveau, j'ai repris la route qui fait le tour du mont. J'ai rencontré quelques promeneurs. En deux endroits, j'ai pris la mesure de la radioactivité : dans le premier la radiation était de 0,37 microsieverts/h et dans le deuxième, de 1,11. Pendant le trajet à vélo, mon dosimètre continuait à fonctionner et il indiquait à peu près 0,34 microsieverts/h. Cela signifie que le mont lui-même est pollué, voilà pourquoi tant de radioactivité flotte encore dans l'air après qu'on a décontaminé la terre, et quand on se promène, on la respire. Les gens vivent ici dans cet air radioactif.

 

Il y avait un cimetière dans lequel la radiation était de 1,25 microsieverts/h et sur le belvédère d'où je pouvais voir le centre de la ville, il y avait 0,34 microsieverts/h. À cet endroit se trouvait un panneau avec les avertissements suivants :

  1. N'utilisez le parc que pendant une heure par jour au maximum

  2. Ensuite, lavez-vous les mains et le visage et rincez-vous.

  3. Ne prenez pas de sable dans vos mains.

Il s'agit là d'un ensemble de conseils adressés aux jeunes mères, qui font jouer leurs enfants dans le parc. Avec ce panneau aucune mère ne veut plus y conduire ses enfants.

 

Au sommet du mont se trouve un beau temple Yakuō-ji. L'intensité de radiation y est de 0,42 microsieverts/h et dans le belvédère situé derrière le temple, elle est de 0,49 microsieverts/h. Le bonze vit dans ce lieu contaminé.

 

J'ai poursuivi mon trajet à vélo jusqu'à la partie nord de la base du mont, où sont de nombreuses maisons. Devant un petit appartement un dosimètre marquait 0,266, et à côté du petit hall public du département de Seibu un autre indiquait 0,249. Tous ces chiffres dépassaient le maximum de la norme, soit 0,23.

Non loin de la gare de Fukushima, il y a un bureau nommé : “Espace informatif concernant la dépollution”, ouvert par le département de Fukushima. Sur le mur un tableau montrait la progres-sion des travaux dans les villes concernées :

 

Programme de dépollution de Fukushima :
Installations publiques :
- Planifié: 1 502 Effectué: 1 322 Pourcentage: 88%
Constructions privées :
- Planifié: 65 127 Effectué: 42 572 Pourcentage: 65%
Pourcentages de dépollution dans d'autres villes:
Date : 88% Nihonmatsu : 65% Motomiya : 31%

 

Ces pourcentages montrent que de très nombreuses personnes vivent encore dans des endroits pollués. Même après qu'on a dépollué des lieux, par la suite ceux-ci souvent subissent de nouvelles pollutions. Les habitants ne peuvent donc pas y vivre tranquilles. La plupart des informations, relatives à la radioactivité et à la dépollution, fournies par « l'Espace » sont très optimistes. Nous, qui sommes profanes, ne pouvons pas réfuter ces données fournies par des chercheurs et des scientifiques “employés de l'État”, mais le gouvernement a pour habitude de tromper les gens, c'est pourquoi je ne puis ajouter foi facilement à ces informations.

 

Hier je m'étais arrêté d'écrire ici. Aujourd'hui je m'aperçois que j'ai une stomatite (deux aphtes dans la bouche). Avant de pratiquer la hietori-thérapie (élimination du froid corporel par bains à mi-corps et port de cinq paires de chaussettes), je souffrais de stomatites fréquemment, mais après, rarement. Je soupçonne que ces aphtes sont dûs à l'exposition aux radiations que j'ai subie il y a une semaine.

 

D'après ce que j'ai pu lire, la radioactivité lèse les muqueuses, c'est pourquoi souvent une stomatite apparaît dans la bouche. Nul ne peut affirmer que la mienne a bien été causée par irradiation. Je suis âgé, je ne redoute donc pas beaucoup la radioactivité, mais si des enfants souffrent de stomatite après un accident nucléaire leur mère n'est pas tranquille. Et pourtant, un chercheur « employé de l'État » a fait cette recommandation : « L'inquiétude liée à la radioactivité est plus nocive que la radioactivité elle-même. Si vous vivez en riant, votre immunité s'en trouvera renforcée et la radioactivité se tiendra à distance de vous.» Je vais donc cesser de m'inquiéter, mais je voudrais bien savoir comment on peut rire, quand pleuvent des matières radioactives.

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 01:24
Paroles de Masao Yoshida, ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi

La diffusion du témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, aujourd’hui décédé, est primordiale car il montre l’impuissance des hommes – fussent-ils ingénieurs, politiques ou présidents – face au feu nucléaire déchaîné. Les 28 heures d’auditions de cet homme-clé, effectuées par la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, ont été transcrites sur plus de 400 pages qui représentent une source historique inestimable. Bien évidemment, il nous est impossible de restituer ce document dans sa totalité, mais grâce à Hori Yasuo, Ginette Martin et Paul Signoret, nous avons la chance de pouvoir bénéficier de larges extraits en langue française, ce qui nous permet d’appréhender la manière dont ont été gérés les premiers jours de la crise nucléaire nipponne.

PF

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Texte de HORI Yasuo, rédigé le 8 octobre 2014,

traduit de l'espéranto par Ginette Martin et Paul SIGNORET

 

 

Auditions de Yoshida Masao*,

directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima

    Après l'accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, la commission d’enquête gouvernementale sur l'accident a interrogé 772 personnes, dont des ministres, des responsables gouvernementaux, des dirigeants de TEPCO et des employés de la centrale nucléaire, etc., leur demandant comment ils avaient agi pendant et ce qu'ils avaient fait après l'accident [cf. Rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima, N.D.E.]. Initialement, le gouvernement avait l'intention de ne pas publier l'ensemble des procès-verbaux, mais par la suite des parties ont été divulguées dans quelques journaux, si bien que le gouvernement a décidé de publier la totalité.

 

Je pense que, parmi toutes ces auditions, celle de Yoshida Masao, directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, est la plus importante. Au début, j'ai essayé de traduire l'article du journal Mainichi, mais quand j'ai lu l'article du journal Asahi, j'ai vu que les deux différaient beaucoup. Peut-être les journalistes respectifs avaient-ils choisi, en les résumant, les parties qui à leurs yeux méritaient d'être rapportées. Donc, j'ai renoncé à traduire ces articles. Je vais traduire, en les résumant et selon mon point de vue personnel, les textes originaux que j'ai trouvés sur internet. Et quand ce sera nécessaire, je ferai référence aux deux articles.

 

Toutefois, le contenu est trop abondant, avec de nombreux termes que je ne suis pas sûr de pouvoir traduire avec exactitude, mais je crois que ma traduction vaudra mieux que rien.

*Yoshida Masao (17/02/1955 - 09/07/2013). Depuis juillet 2007 jusqu'au 1er décembre 2011 était responsable de la centrale nucléaire n°1 de  Fukushima. Il est mort d'un cancer de l'œsophage.

 

   Cet ensemble de  procès-verbaux comprend les auditions suivantes:
1- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(22 juillet 2011, six auditions, 68 pages en format A4)
2- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(29 Juillet 2011, six auditions, 60 pages)
3- État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident  1
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
4 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 2
(8-9 août 2011, deux auditions, 31 pages)
5 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 3
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
6-État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 4
(8 -9 Août 2011, deux auditions, 68 pages)
7- Batailles contre l'eau contaminée
  (9 août 2011, une audition, 4 pages)
8- Conjecture au sujet d'eau très contaminée avant le 24 mars et discussions à la session du 4 avril
(13 octobre 2011, deux auditions, 5 pages)
9 - Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(6 novembre 2011, trois auditions, 66 pages)
10-  État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(novembre 6 2011, deux auditions, 37 pages)
 

Le texte original est lisible ci-dessous:

http://www.cas.go.jp/jp/genpatsujiko/hearing_koukai/hearing_list.html

 

Le 11 mars 2011

– La première lame du tsunami a atteint la centrale à 15h27. Avez-vous eu le sentiment qu'il fallait refroidir en urgence les trois réacteurs 1 à 3 ?
"Oui. Oui, j'ai eu un sentiment de crise très grave. J'avais peur que, lorsque les vagues se retireraient, nous ne puissions pas fournir de l'eau dans les réacteurs. Si cela arrivait, j'allais devoir mettre de l'eau provenant d'autres sources. Il nous fallait nous préparer pour ce travail ".

– Vous avez ensuite été informé de la perte de toutes les sources de courant alternatif. Que vouliez-faire faire?
"J'ai été choqué, pensant que le pire état critique était arrivé. Un accident grave pourrait se produire. Nous devions être prêts pour cela. Ne pourrions-nous pas utiliser un générateur diesel de secours ? Si nous ne pouvions pas l'utiliser, que devais-je faire? Si nous disposions d'un condenseur de secours contenant encore de l'eau, nous pourrions refroidir les réacteurs pendant quelques heures. Ces pensées tournaient dans ma tête ".

– Il était clair qu'on ne pouvait pas utiliser un générateur diesel de secours.
"J'étais au désespoir. J'ai dit aux membres de l'équipe, qu'ils devaient trouver un moyen de refroidir les réacteurs. Je réfléchissais et réfléchissais, mais je n'arrivais pas à trouver de bonne idée. Le guide disait qu'il fallait mettre en route la pompe à incendie diesel, mais j'ai jugé que ce serait difficile. En tout cas, la chose la plus importante était de pomper de l'eau pour en injecter à l'intérieur. J'ai ordonné qu'on trouve des pompes qu'on pourrait utiliser grâce à une source d'électricité du bâtiment n°2.

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Système de refroidissement des réacteurs

Système de refroidissement des réacteurs

– Où avez-vous trouvé la source électrique nécessaire?
"Pour avoir une source de courant alternatif, il faut un camion équipé d'un générateur d'électricité. J'ai demandé au Bureau Central de TEPCO, mais j'ai dû attendre, très fâché, pendant de nombreuses heures. J'ai aussi demandé une source de courant continu pour pouvoir utiliser les dispositifs de contrôle. Ces choses que je demandais sont arrivées peu à peu, mais pour nous, qui travaillions sur place, elles nous ont semblé arriver très très lentement. TEPCO nous a envoyé tout ce que la compagnie avait rassemblé, mais nous devions faire un tri. Il nous fallait juger ce qui était utilisable et ce qui ne l'était pas. Pour ce travail, il nous fallait des renforts en hommes. Cela fut une grande perte (de temps). Nous désirions très fort que TEPCO nous envoie uniquement des appareils appropriés. "

– Vous a-t-on informé du fait que le condenseur ne fonctionnait pas?
"Non. A propos du condenseur, le responsable continuait de croire que le système fonctionnait ".

– N'avez-vous pas été préoccupé au sujet de la dégradation du cœur du réacteur?
«Au fond, je ne comprenais pas la situation. Je dois faire maintenant mon autocritique, mais il ne m'est pas venu de rapport du chef de groupe des générateurs. J'aurais dû m'assurer et confirmer que le condenseur fonctionnait. J'avais un préjugé. Je pensais que cela fonctionnait bien, car le niveau de l'eau n'était pas si bas. Si un SOS me parvenait, je m'occuperais de la main-d'œuvre, mais j'étais responsable de l'ensemble, par conséquent, il était difficile pour moi de tout gérer à la fois. Maintenant, je m'en veux de ne pas avoir posé de questions sur la situation ".

– Pensiez-vous que le condenseur fonctionnait durant la nuit du 11 mars?
«En voyant le niveau de l'eau, j'étais un peu rassuré, mais j'avais un petit doute. La pression dans l'enceinte de sécurité du réacteur avait augmenté et le niveau d'eau n'avait pas changé, et par la suite la pression a encore augmenté. Compte tenu de ces choses, j'ai eu un doute sur le niveau de l'eau. J'avais une autre préoccupation, à savoir le niveau de la radioactivité à 21h51. J'avais entendu dire qu'elle était très forte. Si l'enceinte de sécurité avait été refroidie, la radioactivité n'aurait pas été aussi élevée, parce que les substances radioactives n'auraient pas diffusé au travers. Je ne connaissais pas l'état du réacteur, mais j'ai soupçonné qu'il y avait une possibilité de dégradation des combustibles nucléaires. "


Le 12 mars 2011

– Le Premier ministre Kan est arrivé à la centrale. Que vous a-t-il dit ?
«Il m'a demandé d'un air sévère quelle était la situation, alors je lui ai répondu que presque toutes les sources d'électricité étaient hors d'usage et que nous ne pouvions pas contrôler les réacteurs. Il m'a posé une question sur la décompression ( En cas d'urgence, évacuation des gaz, même radioactifs, hors de l'enceinte de sécurité, afin que celle-ci ne soit pas endommagée par un excès de pression interne.) et je lui ai répondu que nous essayions, mais que la situation était très difficile. Je me souviens uniquement de ces conversations. "

– A 6h50, le ministre de l'économie et de l'industrie a ordonné la "décompression".
«J'étais en colère. Nous ne pouvions pas l'exécuter. Sachant cela, pourquoi l'exigeait-il ? Il ne suffisait pas d'ordonner pour que ce soit possible. J'étais dans cet état d'esprit ".

– L'intervention du premier ministre vous a-t-elle gênés dans votre travail?
"Non. Nous voulions réduire la pression dans l'enceinte de sécurité, mais nous ne le pouvions pas. Afin de maintenir le réacteur en sécurité, il nous fallait absolument le faire, c'était notre volonté. De l'équipe de service je ne recevais que des informations inutilisables. Et ceux qui ordonnaient d'en haut ne comprenaient pas notre situation. Les travailleurs étaient en grande difficulté, certains exposés à 100 millisieverts de radioactivité. J'ai décidé que, finalement, nous devions faire une "décompression" manuelle, au risque d'une forte contamination, mais en réalité, nous ne pouvions même pas nous approcher de la valve de sécurité et nous avons renoncé à le faire. "

– A 14h30, on a réussi à faire sortir des substances radioactives avec la décompression.
"Si la radioactivité à la sortie de la cheminée augmentait, nous pourrions constater que la décompression avait réussi, mais nous ne pouvions pas observer cela. À ce moment-là, la télévision filmait le réacteur n°1 et à l'image on voyait de la fumée blanche, et en même temps la pression dans l'enceinte de sécurité a chuté, si bien qu'on a conclu que la décompression avait réussi ".

– A 15h36 a eu lieu une explosion dans le réacteur n°1. Comment avez-vous compris la situation?
«Je ne m'attendais pas à l'explosion. A ce moment-là nous étions prêts à injecter de l'eau. A cet instant, j'ai senti un bref tremblement qui venait d'en dessous, et j'ai pensé qu'un tremblement de terre avait eu lieu. Pendant ce temps les gens sont revenus des lieux de travail et ils ont rapporté que la partie supérieure du bâtiment n°1 n'était plus qu'un squelette. Je me demandais ce qui s'était passé. Sont revenus également des blessés, qui ont informé qu'une explosion semblait s'être produite. Maintenant, je sais que l'hydrogène sortant de l'enceinte de sécurité s'était amassé sous le toit et avait explosé, mais à ce moment-là je ne comprenais pas quelle en était la cause. Peut-être deux heures plus tard, nous sommes arrivés à cette conclusion. "

– Que pensiez-vous de l'état du cœur du réacteur n°1 avant l'explosion?
"La pression dans l'enceinte du réacteur était élevée, donc nous avons essayé de faire une décompression, mais, même maintenant, je ne suis pas sûr qu'elle ait été vraiment accomplie, car nulle part les écrans de contrôle ne fonctionnaient. Nous essayions alors de faire une décompression et une injection d'eau. "

– A 14h53, les pompiers ont déversé 80 tonnes d'eau, et à 14h54 est venue une instruction du directeur de la centrale à propos d'une injection d'eau de mer.
«J'avais déjà donné des instructions à propos d'un déversement d'eau de mer. Nous n'avons pas pu prendre de l'eau directement dans la mer, car nous n'avions pas de pompes. Je savais que dans le bâtiment du réacteur n°3, il se trouvait beaucoup d'eau de mer abandonnée par le tsunami, et j'ai décidé de l'utiliser et j'ai donné les instructions à 14h54 ".

– Aviez-vous déjà entendu parler auparavant d'expériences de déversement d'eau de mer dans les enceintes de réacteurs?
"Pas du tout. On n'a jamais fait cela nulle part dans le monde, mais il n'y avait que l'eau de mer que nous pouvions utiliser sans limite, donc nous n'avions pas d'autre choix. Nous nous occupions seulement de deux choses: diminuer la pression dans l'enceinte du réacteur et y injecter de l'eau. Les autres questions étaient des bagatelles. Afin de contrôler le réacteur en furie, nous ne devions compter que sur l'eau de mer ".

– Vous n'avez pas pensé que si vous utilisiez de l'eau de mer, tous les appareils deviendraient inutilisables et que cela coûterait très cher?
"Pas du tout. Comme les barres de combustible étaient endommagées, on ne pourrait plus utiliser ce réacteur. Donc trouver le moyen de le contrôler était le plus important. Je n'ai jamais pensé à sa réutilisation. "

– Il y a un rapport sur l'heure du déversement de l'eau de mer. Il y est consigné que c'est à 20h20 qu'on a commencé à déverser de l'eau de mer, mais selon le rapport de TEPCO c'est à 19h04. Pourquoi cette différence?
"Tout de suite après que nous avions commencé à verser de l'eau de mer, à 19h04 est venu un coup de téléphone de Takeguro Ichirō de TEPCO, disant que le gouvernement n'autorisait pas encore le déversement, mais je n'avais pas du tout l'intention de l'arrêter, donc j'ai demandé au responsable de ne jamais arrêter, même si j'allais dire le contraire à TEPCO. Puis vint l'autorisation du gouvernement, et nous avons décidé de déclarer officiellement que le déversement avait commencé à 20h20 ".

– A 20h45 on a un rapport sur le déversement d'eau avec du borax. Pourquoi avez-vous utilisé ce mélange à ce moment-là?
«Je voulais utiliser du borax depuis le début, mais la radioactivité était très forte et on avait besoin de temps pour le dissoudre, donc j'ai décidé de déverser en premier de l'eau, et quand l'eau additionnée de borax a été prête, nous l'avons utilisée. Et à ce moment-là il était 20h20.

– Lorsqu'a eu lieu une explosion dans le bâtiment n°1, avez-vous discuté des moyens de prévenir une explosion dans les 5 autres bâtiments ?
"Oui, bien sûr. A propos du bâtiment du réacteur n°2, par hasard les panneaux de décompression étaient ouverts, peut-être à cause de la pression lors de l'explosion du bâtiment n°1, donc j'étais un peu tranquillisé. A propos du bâtiment n°3, nous avons beaucoup réfléchi, et même voulu demander aux soldats de faire des trous avec des armes à feu".


Le 13 mars 2011

– A partir de la panne du système de refroidissement HPCI jusqu'au déversement d'eau à 9h20, il s'est écoulé 6 heures et 40 minutes. Que pensiez-vous de l'état du réacteur n°3 ?
"Je pensais que j'allais mourir. Je voulais verser de l'eau le plus tôt possible, mais les conditions n'étaient pas au rendez-vous ".

– Tôt dans la matinée du 13 mars, le système de refroidissement HPCI du réacteur n°3 s'est arrêté, et vous avez essayé de mettre de l'eau avec le système RCIC (système pour refroidir le réacteur au moyen d'eau dans le condenseur), mais vous avez échoué, et vous avez estimé que le système de refroidissement du réacteur s'était mis en panne à 4h15. Compreniez-vous alors, qu'une grande partie du combustible nucléaire était déjà à nu?
"Bien sûr, oui. Pour cette raison, ma tâche la plus importante était de faire cesser cet état dès que possible, mais nous ne pouvions mettre en place les moyens pour cela. Des personnes extérieures nous ont critiqués en disant que nous travaillions très lentement. Je ne leur pardonne pas. Nous étions peu nombreux à travailler contre les trois réacteurs déchaînés".

– Il était 9h20, lorsque vous avez pu injecter de l'eau dans le réacteur n° 3.
«L'eau est entrée et la pression et le niveau de l'eau ont commencé à se normaliser. J'étais très content. Mais en réalité, j'ai été trompé par le témoin du niveau d'eau qui était endommagé. J'ai commencé à traiter le réacteur n°2. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais d'hommes obligés de combattre en même temps contre trois réacteurs accidentés. Je ne veux plus me souvenir de tout ça ".

– Avez-vous pensé qu'il fallait s'occuper de la piscine destinée aux combustibles usagés dans le bâtiment n°4?
"Oui. Quand a eu lieu le tremblement de terre, le réacteur n°4 était en examen. C'est pourquoi les 548 barres de combustible avaient toutes été retirées et mises dans le bassin. Elles avaient été brûlées dans l'année, donc elles étaient très chaudes et des plus difficiles à traiter. Donc j'ai pensé qu'il était très important de savoir comment traiter le réacteur n°4 "


Le 14 mars 2011

– Vers sept heures du matin le réacteur n° 3 a commencé à se comporter de façon très anormale, avec forte radioactivité et pression élevée.
« J'ai signalé que le réacteur n°3 était dans le même état que le n°1 ; il y avait un risque d'explosion, c'est pourquoi à 9 heures 30 ou à 10 heures, j'ai donné à tout le monde l'ordre de se réfugier dans le quartier général antisismique, avant que l'explosion ne se produise à 11 heures 01. Il y a eu un appel téléphonique de M. Mutō de TEPCO. À sa demande, j'ai envoyé des gens à leur poste de travail. Et une explosion s'est produite. Je dois demander pardon aux membres du corps de défense, qui sont partis vers le réservoir d'eau avec leur camion et commençaient à travailler lorsque, à ce moment-là, a eu lieu l'explosion. »
« Dans un premier temps est venue une information faisant état de la disparition d'une quarantaine de personnes. J'ai alors eu l'intention de mourir. Si autant de gens étaient morts, je devais me faire harakiri. Par la suite, il devint clair qu'en fait il y avait quelques blessés mais pas de morts. Ce fut une chance parmi tant de grands malheurs. Étonnamment, personne n'était mort à l'endroit où étaient tombées des masses de béton arrachées au bâtiment. Certainement Buddha nous avait bénis. »
« Tous étaient abasourdis et ne savaient que faire. J'ai donc commencé par m'excuser auprès d'eux d'avoir apprécié la situation de façon erronée et j'ai dit : "Maintenant l'alimentation en eau s'est arrêtée. Si nous ne faisons rien, les choses deviendront pires. Je vous demande d'aller déblayer les gravats et de réparer les tuyaux. Prenez garde à la radioactivité." J'ai été touché de voir que tous étaient d'accord pour aller travailler. Après que j'ai procédé à la répartition des tâches, ils sont sortis. Au cours de ce travail, la plupart d'entre eux ont atteint la dose maximale d'irradiation. Grâce à eux, nous avons réussi à rétablir l'apport d'eau à seize heures trente. ».

– En ce qui concerne le réacteur n°2, de quelle façon pensiez-vous pouvoir rétablir l'apport d'eau ?
« Nous ne pouvions introduire de l'eau tant la pression était élevée. Le premier travail était de la faire baisser. Nous avons discuté des moyens. À ce moment-là il y a eu un appel téléphonique du cabinet du premier ministre, et M. Madarame (alors président de la Commission de sûreté nucléaire) m'a ordonné de faire baisser la pression et d'envoyer de l'eau à l'intérieur, et M. Shimizu (alors président de TEPCO) a crié la même chose pendant une séance de télévision. Je me suis étonné qu'ils puissent exiger cela, alors qu'ils ignoraient quelle était, ici, la situation. Tous voulaient rétablir l'apport d'eau, mais pour ce faire il faut d'abord des préparatifs, or cela ils ne le comprenaient pas. Ils pensaient simplement que nous hésitions. Je voudrais les battre, ces gens-là. ».

– Il vous a fallu beaucoup de temps pour faire baisser la pression. Quelle en était la cause ?
« Je ne la comprends pas bien moi-même. D'abord il n'y avait pas de batteries. Nous avons tenté d'ouvrir les valves de diverses façons mais en vain, et le niveau de l'eau baissait de plus en plus. Nous étions au plus près de la mort. Si nous n'arrivions pas à les ouvrir, nous serions désarmés, mais finalement nous avons réussi. Ensuite ce fut le tour du camion des pompiers qui n'avait plus d'essence, car il nous avait attendus longtemps. Il est reparti faire le plein et enfin nous avons pu envoyer l'eau. Je reprenais vie. Jusqu'alors j'étais comme mort. Toutes les quatre heures, ce camion de pompiers doit refaire le plein. Pendant le temps d'attente et le trajet vers la station d'essence les gens sont très exposés aux radiations. Ceux qui ont reçu cent et quelques dizaines de millisieverts sont ceux qui travaillaient à réparer les tuyaux et à livrer l'essence. ».

– Pendant ce temps les équipiers de TEPCO travaillaient en milieu très radioactif.
« Il y avait parmi nous une femme, qui s'occupait du ravitaillement en essence du corps des pompiers. Elle faisait son travail vite et bien. J'ai voulu qu'elle se retire, mais elle a refusé. Elle avait un très fort sens du devoir. Elle restait à l'intérieur du quartier général antisismique où elle était assise à côté de la porte. L'explosion du bâtiment du réacteur n°1 a endommagé la porte et, à travers les fentes, l'air extérieur chargé de radioactivité a pénétré, si bien qu'elle a été irradiée au-delà de la limite admise et qu'elle souffrait en outre de l'exposition interne. Elle avait une mission de travail, mais son cas a été présenté par les mass media comme l'exemple même d'une mauvaise gestion de la centrale nucléaire. Je suis très remonté contre ces sales médias. »

– La température du bassin de refroidissement du réacteur n°4 était de 84 degrés, à 4h08. Est-il prévu que l'on doive faire quelque chose dans ce cas-là ?
« Oui. Nous devions ajouter de l'eau, mais nous manquions de main d'œuvre car il nous fallait nous occuper de trois réacteurs. J'ai donc demandé à la compagnie TEPCO de faire elle-même tout le nécessaire pour le réacteur n°4 ».


Le 15 mars 2011

– Entre 6h et 6h10, le matin du 15 mars, une explosion s'est fait entendre. Avez-vous ressenti une secousse ou entendu un bruit dans le quartier général antisismique ?
« L'explosion n'a pas été ressentie dans le quartier général. Une information m'est parvenue au sujet d'un petit bruit : "¨Pan !". J'ai pensé qu'une avarie avait pu se produire dans l'enceinte de sécurité, ce qui engendre une situation critique. J'ai ordonné alors qu'à l'exception des cadres tout le monde se mette à l'abri. Entre-temps un membre de l'équipe de direction, qui était allé dans le bâtiment n°4, a apporté l'information que la partie supérieure des murs avait craqué. Je ne peux toujours pas dire, si ce bruit provenait du bâtiment n° 2 ou du bâtiment n° 3 ».

– Est-ce que, à peu près à cette heure-là, le premier ministre est venu au bureau central de TEPCO ?
« Oui. À la télévision, j'ai vu le président et d'autres responsables de TEPCO se réunir et le premier ministre était très en colère et criait. Entre-temps s'était produite cette situation de crise, j'ai donc dit à TEPCO que j'allais évacuer les membres du quartier général. Nous, qui travaillions sur le terrain, nous devions nous préparer au pire, nous avons donc préparé des autobus et avons envoyé les membres du Q.G à la centrale nucléaire n°2. »

– Le bâtiment n°2 était en difficulté et vous avez constaté les avaries du bâtiment n°4, et ensuite le feu s'est déclaré. Qui a donné l'alarme ?
« L'intensité radioactive était telle autour de tous les bâtiments, que, même dans les salles des commandes, il était impossible d'assurer le service, donc de temps en temps les membres du Q.G. s'y rendaient pour recueillir des données. L'un d'eux a vu de la fumée sortir du bâtiment n°4. J'ai vérifié la chose avec des jumelles, car le système de télévision ne fonctionnait plus. Les pompiers ne sont pas venus en raison de la forte radioactivité, j'ai donc demandé par téléphone à M. Hosono (alors ministre de l'environnement), qu'il obtienne de l'aide, soit du corps de défense japonais, soit de l'armée américaine. Mais avant que l'aide n'arrive, le feu s'était éteint.»

– Dans le bâtiment n°4, la partie supérieure a été endommagée et le feu a pris au troisième ou au quatrième étage, et le 16 mars de nouveau le feu a repris. Qu'est-ce qui, selon vous, est arrivé là ?
« Je n'ai pas compris d'où provenait le premier bruit, j'ai donc soupçonné que les combustibles dans leur bassin étaient devenus trop chauds et avaient explosé. Mais ensuite, j'ai pu constater que les barres de combustibles étaient en état normal et que la cause du bruit était autre. Beaucoup disent à présent que de l'hydrogène issu du bâtiment n° 3 avait envahi le bâtiment n° 4 et avait explosé, mais je ne le crois pas, car je ne comprends pas de quelle manière il aurait pu y entrer, ni pourquoi seuls les murs sud et nord ont été rompus. Il n'y a pas de trous dans les murs situés à l'est et à l'ouest.»

 

* L'article paru dans le journal Mainichi rend compte du contenu du rapport jour après jour, jusqu'au 15 mars et j'ai conservé cette présentation. Pour les jours suivants, Mainichi procède par thèmes, et là encore je trouve que sa présentation est bonne. Donc, à présent, je traduis par thèmes.

ORDRE D'URGENCE D'OPERATIONS A EFFECTUER

– Il y a un document daté du 16 mars, à 10h04, dans lequel est écrit « Classement par ordre d'urgence des opérations à effectuer ». La première est l'apport d'eau dans le bassin de refroidissement des barres de combustible du réacteur n°4, la deuxième est la reconstruction d'une source extérieure de courant électrique, la troisième est la construction d'une voie pour les camions et la quatrième, l'apport d'eau dans les bassins des barres de combustible des réacteurs n°1 et 3.
« Dans le bâtiment n° 4 il y avait des barres de combustible extrêmement chaudes. Je craignais qu'elles n'aient été endommagées, donc il était très important d'en normaliser l'état. Je voulais que nous réparions des appareils et pour ce faire il est indispensable d'avoir du courant. Il importait donc en premier lieu de rétablir une source extérieure de courant et, si cela était impossible, d'utiliser alors des camions porteurs de générateurs. Le bâtiment n° 2 n'était pas endommagé, donc, au lieu d'effectuer un apport d'eau, nous avions l'intention de faire la réparation à l'intérieur.

– Le 17 mars, le réacteur n° 3 a été refroidi et non le n° 4. Pourquoi le n° 4 n'a-t-il pas été refroidi le premier ?
« Le matin du 17 mars, un hélicoptère a survolé la centrale cucléaire avec à son bord un équipier du Q.G. Celui-ci a filmé le bâtiment n°4 et nous avons vu de l'eau dans le bassin de refroidissement des combustibles. Voilà pourquoi nous avons refroidi d'abord le n°3. »


L'APPORT D'EAU EFFECTUE PAR LE CORPS DE DEFENSE A-T-IL ETE EFFICACE ?

– Le corps de défense a fait un apport d'eau par hélicoptères et par camions à haute pression du corps des pompiers, et la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont de leur côté fait des apports d'eau par camions de pompiers à haute pression. Lesquels ont été efficaces et lesquels ne l'ont pas été ?
« À vrai dire, toutes les actions du corps de défense ont été inutiles. La quantité d'eau était trop faible et il est douteux que l'eau projetée ait atteint son but. Les actions menées par la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont été inutiles, elles aussi. »
– Ensuite sont intervenus les Girafes et les Eléphants (camions dotés de très longs tuyaux destinés à déverser du béton). Ont-ils été efficaces ?
« Ils l'ont été. On a fixé les tuyaux juste au sommet du réacteur, et on a donc réussi à verser l'eau au bon endroit.»


DES AIDES VENUES DE NIIGATA

– Les membres du Q.G. sont-ils peu à peu revenus ?
– Le 15 mars, tous s'étaient réfugiés dans la centrale nucléaire n° 2. Puis certains sont aussitôt revenus et plus tard, peu à peu, les autres membres du Q.G. sont revenus à leur tour, n'est-ce pas ?
« Oui. Le terrain était si radioactif, que des gens ayant en charge la mesure et la recherche des radiations faisaient défaut. Des aides en assez grand nombre sont donc venus en renfort de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le département de Niigata ».
– Si un accident se reproduisait, devrait-on faire appel à des aides venus d'autres centrales nucléaires ?
« Fondamentalement oui. Mais l'un des problèmes est que les équipements changent de plus en plus, or chaque centrale a son propre équipement. Donc il peut arriver que des aides de Kashiwazaki soient incapables de réparer l'équipement d'une autre centrale. Un autre problème est que des salariés de TEPCO n'ont pas fait eux-mêmes certaines des tâches, mais les ont fait faire par des ouvriers d'entreprises sous-traitantes. En résumé : les gens ne peuvent pas s'adapter immédiatement à des équipements nouveaux, et les salariés de TEPCO n'ont pas l'expérience leur permettant de réparer eux-mêmes ces équipements. »


AU SUJET D'EAU POLLUEE

– Le 1er avril, le ministre de l'environnement, M. Hosono, s'est opposé au rejet d'eau polluée dans la mer.
« Quand j'ai entendu sa déclaration, je me suis étonné : qu'allait-on faire de l'eau polluée ? Nous avons versé de l'eau dans les bâtiments des réacteurs et cette eau ressort quelque part. Nous devons la traiter, mais c'est un problème qui n'avait pas à être traité entre le Bureau Central de TEPCO et le sous-ministère de la Sécurité nucléaire industrielle. C'est pourquoi j'étais très irrité.»

– Selon le rapport du 2 avril, on a découvert que beaucoup d'eau polluée s'est échappée du réacteur n° 2.
« Pendant la réunion du 4 avril au matin, il m'a été ordonné de faire cesser le rejet d'eau, mais personne n'a proposé une façon de traiter l'eau et de la conserver, j'ai donc beuglé qu'on y réfléchisse sérieusement, et ce n'est qu'après qu'on a commencé à penser à ce problème. »
– Etait-ce la montée du niveau de l'eau dans le réacteur n° 3 qui vous a poussé à hausser le ton au sujet de l'eau polluée ?
« Oui. Mon opinion était que nous devrions rejeter l'eau polluée à l'extérieur pour vider le bâtiment n°3, car nous n'avions aucun endroit pour l'y mettre. »
– Au sujet de l'eau dans le canal d'écoulement souterrain des bâtiments n° 5 et 6.
« Si l'eau endommageait le système électrique, nous perdrions le moyen de refroidir le réacteur, et il s'ensuivrait une phase critique. J'étais donc d'avis, que nous devions de toute façon rejeter l'eau à l'extérieur. »
– Il a été décidé de rejeter 1 500 tonnes d'eau polluée. Que pensez-vous de cette décision ?
« Je voulais retirer l'eau du canal d'écoulement souterrain, j'ai donc été étonné, que l'on ait décidé de cette quantité. »
– Nous entendons dire, que vous aviez déjà décidé, sans attendre l'autorisation du gouvernement, de mettre le réacteur n° 6 hors service quand il entrerait en phase critique par inondation.
« Oui, J'avais pris cette décision pour protéger l'usine, même si je devais être renvoyé. Si le réacteur n° 6 avait été inondé et que le réseau électrique soit hors service, cela aurait pu causer une fusion du cœur, il s'agissait donc de quelque chose de très grave. »


ACCIDENT EN 1991 ET SEISME DE CHŪETSU

Le réacteur n° 2 avait eu un accident à cause d'une fuite d'eau, en 1991. Cela avait entraîné l'arrêt de presque tous les systèmes de refroidissement. Ce fut un très grave accident, occupant peut-être le premier ou le second rang parmi les plus dangereux au Japon, mais on ne le considère pas comme tel. Cet accident m'a appris que l'eau est un danger et qu'il nous faut prévoir une parade contre les infiltrations d'eau, mais rénover de vieux réacteurs déjà en place n'est pas chose facile. Nous avons procédé à diverses restaurations, mais rénover de façon parfaite est très difficile, à cause entre autre des coûts. Nous devons certes en suivre le principe, mais le mettre en œuvre n'est pas aisé.
Quand la condition première, par exemple touchant la puissance supposée d'un éventuel tsunami, change, le mieux est de construire de nouvelles installations, mais si cela est impossible, nous utilisons les anciennes, ou bien nous les rénovons partiellement. Telle est notre manière de faire. Cependant, la puissance du tsunami de 2011, d'une hauteur de quinze mètres, a dépassé toutes nos prévisions, nous ne pourrons donc pas continuer d'y faire face ainsi.
En 2007, lors du séisme de Chūetsu qui détruisit simultanément plusieurs installations de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, il y eut de grands dégâts mais l'arrêt se fit en toute sécurité. Malgré l'énorme tremblement de terre, les réacteurs s'arrêtèrent sans problème. Par la suite, nous avons examiné les équipements : presque tous étaient indemnes. Nous avons pensé qu'en un temps très bref, le séisme avait déployé une énergie capable d'arrêter tous les réacteurs. Mais il n'avait détruit aucune des sources de refroidissement. Il dépassait de beaucoup la puissance maximale qui avait été prévue lors de la construction, pourtant les réacteurs s'étaient arrêtés sans dégâts. Nous en avons conclu un peu trop vite, que le projet japonais tenait la route.


REPLIES OU PAS

« Pendant un temps, il nous fut impossible de verser de l'eau dans le réacteur n°2. J'avais fait baisser la pression, mais les camions des pompiers ne roulaient plus faute d'essence, donc il y eut des heures pendant lesquelles, nous ne pouvions pas faire d'apport d'eau. Mon cœur alors s'affolait chaque seconde dans la crainte que nous ne pussions pas y parvenir. En ce cas ce serait la fusion du cœur avec dégagement d'une énorme quantité de radioactivité, et par suite l'impossibilité, pour nous, d'aller aux réacteurs n° 1 et 3 qui se trouveraient alors dans la même phase critique, et enfin, même dans la centrale nucléaire n°2, nous ne pourrions pas travailler. La seule chose que je pouvais faire durant ces heures était d'attendre en priant.
C'est dans cette situation que j'ai fait savoir par téléphone à M. Hosono, alors ministre de l'environnement, que hormis les techniciens, les responsables de réparation et d'alimentation en eau, les pompiers, les manipulateurs et moi-même, je pouvais envoyer les autres se réfugier temporairement dans la centrale nucléaire n°2. À la télévision on a utilisé les mots de "repli de tous", or je n'ai jamais employé ce terme. C'est pourquoi je proteste énergiquement.»
(Fin des traductions)

 

COMMENTAIRES DE HORI YASUO

 

Ci-dessus j'ai traduit les comptes-rendus des auditions de Yoshida selon mon point de vue et l'intérêt que j'y trouvais en feuilletant les pages. L'article du journal Asahi disait ceci, en citant des paroles de Yoshida que je n'ai pu retrouver :

 

"À cause des difficultés dues à la présence de décombres et à la radioactivité, les apports d'eau par camions de pompiers ont été un échec, et la pression à l'intérieur des enceintes de sécurité a dépassé la limite. Le danger de voir se répandre partout une énorme quantité de radioactivité se rapproche. Cette situation M. Yoshida l'a exprimée ainsi : “Le syndrome chinois va se réaliser”, “En imagination, nous avons vu détruite toute la partie orientale du Japon.”"

 

Après avoir traduit, j'ai pensé les choses suivantes :

1. Au début, le gouvernement n'avait pas l'intention de publier ces comptes-rendus. C'est là, de sa part, une attitude inadmissible. Les gens ont le droit de connaître la vérité. Tous ont souffert, ou souffrent encore, à cause de l'accident nucléaire, donc nous avons le droit d'en savoir le plus de choses possibles. Si nous ne partagions pas l'information entre nous tous, comment pourrions-nous prévenir un nouvel accident ? Certainement le gouvernement, qui veut remettre en marche les centrales nucléaires, ne souhaitait pas que les gens aient une information véridique et terrifiante sur le danger de l'énergie atomique.

 

2. Nous ne pouvons pas dépendre à cent pour cent des médias. Asahi et Mainichi sont des journaux relativement consciencieux, mais les contenus de leurs articles respectifs sont très dissemblables. Il est possible que Yomiuri et Sankey, journaux de droite, aient traité le sujet selon des points de vue fort différents. Nous devons avoir accès au texte original, et nous devons même voir ce qui s'est passé et se passe derrière cet original.

 

3. Quand TEPCO construit et rénove une centrale, il semble que le plus important soit l'argent. Par exemple, pour restaurer ou rehausser la digue anti-tsunami, la compagnie a besoin de très grosses sommes. Elle ne veut pas dépenser tant d'argent pour un tsunami, qui pourrait ne pas venir. Si la digue n'était pas destinée à protéger la centrale nucléaire, cette attitude serait admissible, mais la centrale présente un danger d'une tout autre nature. Lorsque c'est l'argent qui gouverne, c'est toujours un danger et cela ne devrait pas être permis.

 

4. Enfin, j'exprime mes condoléances à M. Yoshida, qui est mort jeune, en se vouant à la lutte contre l'accident nucléaire.

 

 

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 19:23

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 30 août 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

  • Le tribunal a reconnu qu'un suicide a eu lieu en raison de l'accident nucléaire
  • 57 enfants atteints d'un cancer de la thyroïde
  • Composition des sources d'énergie au Japon
  • Le gouvernement va acheter le terrain pour stocker la terre polluée

 

_____________________

 


Le tribunal a reconnu qu'un suicide a eu lieu en raison de l'accident nucléaire

    Le tribunal de district de Fukushima a prononcé ce verdict : TEPCO doit verser 49.000.000 yens (490 000 euros) à titre de compensation à M. Mikio Watanabe, 64 ans, dont l'épouse Hamako s'est suicidée après l'accident nucléaire.

Rapport de HORI Yasuo du 30 août 2014

La famille Watanabe a déménagé de son domicile situé dans la  ville de Kawamata pour un appartement dans la ville de Fukushima en juin 2011 à cause de l'accident nucléaire. Par la suite la femme a souffert d'insomnies et a maigri. Trois semaines plus tard, ils sont revenus chez eux pour une nuit. Dans la soirée, elle a été retrouvée morte, elle s'était immolée avec de l'essence.

 

Rapport de HORI Yasuo du 30 août 2014

    Le verdict  indique : «Hamako a vécu dans le quartier de Jamakiya de la ville Kawamata pendant 58 ans, et elle voulait continuer d'y habiter, cultiver des légumes et des fleurs, mais l'accident nucléaire lui a brusquement ravi cette vie qui était la sienne. La famille a perdu son travail d'élevage de volailles et Hamako a dû vivre dans un petit appartement. Elle n'a pas pu s'habituer à cette nouvelle vie et elle est devenue mélancolique. De retour chez elle, elle a été désespérée de sa vie de réfugiée et elle a choisi de mettre fin à ses jours dans le quartier où elle était née et avait grandi."

TEPCO a souligné que Hamako était faible d'esprit, mais le tribunal a jugé que le suicide et l'accident nucléaire avaient un lien de causalité. M. Watanabe Mikio a déclaré: « Que Hamako reste maintenant en paix dans le ciel. TEPCO doit accepter le verdict et me demander pardon."

Mme Vanessa Kanno, 36 ans, qui a également porté plainte contre TEPCO en mai dernier, a déclaré: "Ce verdict m'encourage. Je continuerai de me battre pour mon mari ". Son mari, producteur de lait, 54 ans, s'est suicidé trois mois  après l’accident nucléaire, après avoir écrit son testament sur  le mur de l'étable "Si l'accident nucléaire n'était pas arrivé ...".

Ce verdict est une grande victoire pour les victimes dans le département de Fukushima, et celles-ci espèrent que cela aura une répercussion pour d'autres cas, mais TEPCO fera certainement appel, par conséquent la bataille de M. Watanabe continuera...

 

57 enfants atteints d'un cancer de la thyroïde


    Le Comité des examens de santé des habitants du département de Fukushima a publié les résultats de l'enquête portant sur 370.000 jeunes gens qui avaient moins de 18 ans, lorsque l'accident nucléaire a eu lieu en 2011. Le Comité donne les chiffres suivants :
(1) Nombre de malades et de personnes susceptibles d'avoir un cancer :
    Souffrent d'un cancer de la thyroïde : 57
    susceptibles d'avoir un cancer de la thyroïde : 46
(2) Proportion de malades selon les régions :
    zone inhabitable (13 villages) autour de la centrale nucléaire n°1: 0,034%
    Hamadōri (le long de la côte du Pacifique, sauf la zone mentionnée ci-dessus): 0,035%
Nakadōri (région de l'intérieur): 0,036%
Aidu (région de montagne): 0,028%

Rapport de HORI Yasuo du 30 août 2014

Le directeur du Comité M. Hoshi Hokuto a dit: « Non, il n'y a pas de différence entre les régions dans les pourcentages de personnes atteintes, donc on peut conclure qu'il n'y a pas de lien de causalité entre l'apparition de cancers et l'accident nucléaire. A propos de la région d'Aidu, le nombre des cas examinés est plus faible que dans d'autres régions, et lorsque l'examen sera terminé, les différences s'atténueront ». Selon l'enquête menée par le ministère de l'environnement, le pourcentage de cancers de la thyroïde  dans d'autres départements  est  similaire à celui de Fukushima.
(Selon le journal Fukushima-Minpō du 25 août 2014)

Cependant, j'ai des doutes quant à ce résultat:
1- Selon le Centre National du Cancer, sur un million de jeunes gens âgés de 10 ans on en trouve 1 à 9 souffrant d'un cancer de la thyroïde. Dans le département de Fukushima 54 cas avérés (+46 possibles) sur 370.000 jeunes. S'il y avait un million de jeunes à Fukushima, cela ferait 146 avérés (+124 possibles). Le Centre du Cancer dit que jamais jusqu'à présent on n'a fait une recherche concernant les personnes souffrant de cancer de la thyroïde à une aussi grande échelle qu'à Fukushima, et que pour cette raison on peut difficilement faire des comparaisons.

Cependant le nombre de personnes atteintes dans le département de Fukushima est trop élevé.

2- Est-ce que vraiment le pourcentage dans l’Aidu avoisinera celui des autres régions ? L'Aidu  est situé loin de la centrale nucléaire, de sorte que, même immédiatement après l'accident nucléaire, la radioactivité n'y était pas aussi forte que dans d'autres régions. Je vois une grande différence entre les chiffres 0.028 et 0.034 ~ 0.036. Cette différence ne met-elle pas en évidence l'influence des radiations sur ​​le corps humain?

3- Le Comité n'a pas mis en évidence le nombre de malades en fonction de leur sexe. M. Matsuzaki Michiyuki, médecin, a écrit dans la revue «Science» (numéro de mars de 2014, publié par les éditions Iwanami) : "Les jeunes filles souffrent de 2 à 6 fois plus de cancers thyroïdiens que les garçons. Dans le département de Fukushima, les jeunes, garçons et filles, sont atteints dans les mêmes proportions qu'à Tchernobyl. Cela a pu être l'influence de l'accident nucléaire ».

4- Dans le journal Fukushima-Minpō du 17 août a paru une page de grande propagande de l'État: «Ayez une juste connaissance de la radioactivité", dans laquelle s'expriment M. Nakagawa Keiichi (professeur adjoint de l'hôpital universitaire de Tokyo) et Lethy Keeth Chem (orthographe  incertaine, ex-spécialiste de la santé en AIEA). Nakagawa dit: «Trop de nervosité au sujet de la radioactivité empoisonne l'existence et augmente les risques de cancer» et «les cancers causés par l'exposition à la radioactivité dans le département de Fukushima n'augmenteront pas" et Chem dit: "Agissez selon la norme scientifique établie par des organisations internationales"

Il me semble que le gouvernement essaie de cacher le danger de la radioactivité pour continuer à utiliser l'énergie nucléaire. Il me semble que ce résultat du Comité s’inscrit dans la ligne du gouvernement.

 

Composition des sources d'énergie au Japon

 

Suite à mon rapport précédent est arrivée une question à propos de la composition des sources d'énergie au Japon. Voici une réponse :

 

Successivement : en  2010 (avant l'accident nucléaire) et en 2013

- énergie de la vapeur (avec le pétrole):  61,8%  88,4%

- énergie atomique: 28,6%  1,0%

- énergie hydraulique: 8,5%  8,5%

- autres: 1,1%  2,2%

(La somme des chiffres de 2013 n'atteint pas 100 à cause du traitement des décimales.)

 

Le Japon a une technique avancée pour les centrales à vapeur. Le  réacteur le plus moderne pourra économiser 20% de pétrole. Beaucoup de compagnies d'électricité produisent actuellement de l'électricité avec de vieux réacteurs et veulent (à mon avis "veulent mollement» ou pas du tout) les remplacer par des neuves, mais le problème financier (et aussi le fait que l'on prévoit pour bientôt la remise en fonction des réacteurs nucléaires) freine ce mouvement. TEPCO prévoit de construire deux centrales à vapeur de 500.000 kilowatts dans le département de Fukushima comme symboles de la restauration du département, (parce que, à mon avis, elle ne peut pas envisager facilement la remise en route de ses centrales nucléaires).

 

Le gouvernement va acheter le terrain pour stocker la terre polluée


    Le 29 août, le département de Fukushima a décidé d'accepter la proposition du gouvernement concernant les terrains pour stocker la terre contaminée.
    Partout à Fukushima se trouvent des montagnes de sacs de terre contaminée. On ne peut pas la dépolluer, alors le seul remède est de la conserver quelque part, et le gouvernement a proposé de faire les stockages dans les villes de Ōkuma et de Futaba, où sont les réacteurs détruits. Afin d'acheter des terrains pour le stockage, le gouvernement a proposé  85.000.000.000 yens et le département 15.000.000.000 yens (total 100 milliards de yens, 1.000.000.000 euros) comme montant compensatoire pour les deux villes. Les deux villes accepteront l'offre. Par conséquent, les habitants de ces villes perdront à jamais leurs terres et l'espoir de rentrer chez eux. Le gouvernement a promis que, dans 30 ans, elle transportera la terre hors du département et l'enlèvera définitivement, mais personne ne croit que l'on trouvera des volontaires pour accepter de la prendre.
    Finalement c'est l'argent qui a eu le dernier mot !

 

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Texte original en espéranto

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La 30an de aŭgusto 2014

 

La tribunalo agnoskis, ke sinmortigo okazis pro la nuklea akcidento

 

   La distrikta tribunalo de Fukuŝima verdiktis, ke TEPCO pagu 49 milionojn da enoj (490 mil eŭrojn) kiel kompenson al s-ro Ŭatanabe Mikio 64-jara, kies edzino Hamako mortigis sin post la nuklea akcidento.

   La familio Ŭatanabe translokiĝis de sia hejmo en la urbeto Kaŭamata al apartamento en la urbo Fukuŝima en junio 2011 pro la nuklea akcidento. Poste ŝi suferis pro sendormo kaj maldikiĝo. Tri semajojn poste ili provizore revenis hejmen por tranokti unu nokton. Vespere ŝi estis trovita morta bruligite per benzino.

  La verdikto diras: « Hamako loĝis en la distrikto Jamakija de la urbeto Kaŭamata dum 58 jaroj, kaj volis loĝadi tie, kultivante legomojn kaj florojn, sed la nuklea akcidento abrupte rabis al ŝi tiun vivon. La familio perdis sian laboron de kokina bredado kaj ŝi devis loĝi en malgranda apartamento. Ŝi ne povis alkutimiĝi al tiu nova vivo kaj fariĝis melankolia. Kiam ŝi revenis hejmen, ŝi sentis malesperon pro la rifuĝa vivo kaj elektis sinmortigon en la distrikto, kie ŝi naskiĝis kaj kreskis ».

TEPCO insistis, ke Hamako estis mense malforta, sed la tribunalo konstatis, ke la sinmortigo kaj la nuklea akcidento havas kaŭzecon. S-ro Ŭatanabe Mikio diris: « Hamako nun restu pace en la ĉielo. TEPCO akceptu la verdikton kaj petu pardonon de mi ».

S-ino Vanessa Kanno 36-jara, kiu ankaŭ akuzis TEPCO-n en la lasta majo, diris : « Tiu verdikto kuraĝigas min. Mi plu batalos por mia edzo ». Ŝia edzo, laktofabrikisto 54-jara, mortigis sin tri monatojn post la nuklea akcidento, skribinte testamenton sur la muro de la bovinejo « Se ne okazus la nuklea akcidento, ... ».

 

Tiu verdikto estas granda venko por la suferantoj en Fukuŝima, kaj ili esperas, ke ĝi influos aliajn kazojn, do certe TEPCO apelacios, do la batalo de s-ro Ŭatanabe plu daŭros.

 

57 infanoj suferas pro tiroida kancero

   La Komitato pri sanekzamenado de la gubernianoj de Fukuŝima publikigis rezulton de la enketo inter 370 mil gejunuloj, kiuj estis pli junaj ol 18-jaraj, kiam okazis la nuklea akcidento en 2011. La Komitato jene klarigas :

(1) La nombro de suferantoj kaj eblaj suferantoj

   Suferantoj pro tiroida kancero :    57 personoj

   Eblaj suferantoj pro tiroida kancero:    46 personoj

(2) Proporcioj de la suferantoj laŭ la regionoj

   Neloĝebla distrikto (13 urbetoj) ĉirkaŭ la nuklea centralo n-ro 1:                                                                 0,034%

   Hamadoori (laŭ la pacifika marbordo krom la ĉi-supraj urbetoj):                                                                 0,035%

Nakadoori (enlanda regiono) :             0,036%

Aidu-regiono (montara regiono) :                 0,028%

 

La komitatestro s-ro Hoŝi Hokuto diris: “Ne troviĝas diferenco de procentoj de la suferantoj inter la regionoj, do oni povas konkludi, ke ne ekzistas kaŭzeco inter la kanceriĝo kaj la nuklea akcidento. Pri la regiono Aidu la nombro de la ekzamenitoj estas pli malgranda ol en aliaj regionoj, kaj kiam la ekzamenado finiĝos, la diferenco plimalgrandiĝos”. Laŭ la esploro de la ministerio de medio, la procentoj de tiroida kanceriĝo en aliaj gubernioj estas similaj kun tiu de Fukuŝima.

(Laŭ la ĵurnalo Fukuŝima-Minpoo, la 25an de aŭgusto 2014)

 

   Tamen mi havas dubojn pri tiu rezulto :

1. Laŭ la Ŝtata Kancercentro, el ĉiu unu miliono da gejunuloj en siaj 10aj jaroj aperas 1~ 9 suferantoj pro tiroida kancero. En Fukuŝima 54 (+46) suferantoj aperis el 370 mil gejunuloj. Se estus unu miliono da gejunuloj en Fukuŝima, aperus 146 (124) suferantoj. La Kancercentro diras, ke neniam antaŭe oni ne esploris tiel grandskale kiel en Fukuŝima pri suferantoj de tiroida kancero, tial la komparado estas malfacila.

Tamen la nombro de la suferantoj en Fukuŝima estas tro granda.

 

2. Ĉu vere la procento de Aidu proksimiĝos al tiuj de aliaj regionoj? Aidu situas tre fore de la nuklea centralo, do eĉ tuj post la nuklea akcidento, radioaktiveco ne estis tiel forta kiel en aliaj regionoj. Mi vidas grandan diferencon inter la ciferoj 0,028 kaj 0,034~0,036. Ĉu tiu diferenco ne evidentigas la influon de radioaktiveco sur homan korpon ?

 

3. La Komitato ne klarigis la nombron de la suferantoj laŭ la sekso. S-ro Macuzaki Miĉijuki, kuracisto, skribis en la revuo “Scienco” (marta numero de 2014) eldonita de la eldonejo Iŭanami : « Junulinoj 2~6-oble pli multe suferas pro tiroida kancero ol junuloj. En Fukuŝima gejunuloj samproporcie suferas, samkiel en Ĉernobil. Tio povis esti influo de la nuklea akcidento ».

 

4. En la ĵurnalo Fukuŝima-Minpoo la 17an de aŭgusto aperis unu-paĝa granda reklamo de la ŝtato : “Havu ĝustan scion pri radioaktiveco”, en kiu s-ro Nakagaŭa Keiiĉi (asista profesoro de la hospitalo de la universitato Tokio) kaj Lethy Keeth Chem (literumado de lia nomo ne estas certa, eksa fakestro de sano en IAEA). Nakagaŭa diras: « Tro da nervoziĝo pri radioaktiveco malbonigas vivadon kaj pligrandigas riskon de kancero » kaj « Ne multiĝos kancero kaŭzita de radioaktiva elmetiĝo en Fukuŝima », kaj Chem diras: « Agu laŭ la scienca normo fiksita de internaciaj organizoj ».

Ŝajnas al mi, ke la registaro provas kaŝi danĝeron de radioaktiveco por plu uzi atomenergion. Ŝajnas al mi, ke ankaŭ tiu rezulto de la Komitato sekvas la vojon de la registaro.

 

Konsisto de energifontoj en Japanio

   Al mia antaŭa raporto venis demando pri la konsisto de energifontoj en Japanio. Jen estas respondo :

 

En 2010 (antaŭ la nuklea akcidento),  en 2013

   Vapor energio : 61,8%                      88,4%

   Atomenergio :   28,6%                       1,0%

   Akva energio :  8,5%                        8,5%

   Aliaj :                1,1%                        2,2%

      (La sumo de la ciferoj en 2013 ne fariĝas 100 pro traktado de malgrandaj ciferoj.)

 

Japanio havas altan teknikon pri reaktoro de vaporenergio. La plaj nova reaktoro povos ŝpari petrolon je 20%. Multaj elektraj kompanio nun produktas elektron per malnovaj reaktoroj kaj volas (laŭ mi « voletas » aŭ nevole) anstataŭigi ilin per novaj, sed la financa problemo (kaj ankaŭ « antaŭvidataj baldaŭaj » refunkciigo de nukleaj reaktoroj) bremsas tiun movon. TEPCO planas konstrui du 500.000-kilovatajn vaporenergiajn reaktorojn en Fukuŝima kiel simbolojn de restarigo de Fukuŝima, (ĉar, laŭ mi, ĝi ne povas facile antaŭvidi refunkciigon de siaj nukleaj centraloj).

 

La registaro aĉetos la terenon por konservi poluitan teron

   La 29an de aŭgusto la gubernio Fukuŝima decidis akcepti la registaran proponon pri la tereno por konservi poluitan teron.

   Ĉiu en Fukuŝima troviĝas montoj da sakoj da poluita tero. Oni ne povas senpoluigi ĝin, do la unusola rimedo estas konservadi ĝin ie, kaj la registaro proponis fari la konservejon en la urboj Ookuma kaj Futaba, kie estas tiuj detruitaj reaktoroj. Por aĉeti terenon por la konservejo, la registaro proponis 85 miliardojn da enoj kaj la gubernio 15 miliardojn da enoj (sume 100 miliardojn da enoj, 1 miliardoj da eŭroj) kiel kompensan monon al ambaŭ urbetoj. Ambaŭ akceptos tiun proponon. Sekve la loĝantoj en tiuj urboj eterne perdos sian terenon kaj esperon reveni hejmen. La registaro promesas, ke post 30 jaroj ĝi transportos la teron ekster la gubernio kaj finforĵetos ĝin, sed neniu kredas, ke troviĝos tiuj, kiuj akceptos ĝin.

   Fine mono parolis !

 

 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 18:34

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 21 août 2014

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

 

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La centrale nucléaire de Sendai a subi l’examen avec succès

 

Aucun de nos 54 réacteurs nucléaires (50 + 4 hors d’usage à Fukushima) ne fonctionne. Après l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement a créé un organisme, l’"Autorité Nucléaire de Régularisation", qui examine les réacteurs selon une norme nouvelle, plus sévère. Toutes les compagnies d’électricité possédant des réacteurs nucléaires veulent les remettre en marche et réclament de l’Autorité qu’ils soient examinés dans les meilleurs délais.

A propos de la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai

Le 16 juillet, l’Autorité a fait savoir que la centrale nucléaire de Sendai, située au sud de l’île de Kyushu (voir carte ci-contre : c’est l’île située à l’extrême sud-ouest de l’archipel) répondait à la nouvelle norme. Interviewé, le chef de l’Autorité, Tanaka Shunitsi, a dit : « Nous avons examiné la centrale non sous le rapport de sa sécurité, mais de sa conformité à la norme. Je ne dis pas que la centrale est sûre. Je ne peux pas dire qu’elle ne présente aucun risque. »

Le premier ministre Abe a délibérément mal interprété cette déclaration en disant : « Nous avons fait un pas en avant. L’Autorité a examiné la centrale selon la norme la plus sévère au monde et si, sur la base de cet examen, il sera conclu que la centrale est sûre, je veux la remettre en service après avoir reçu l’approbation des communautés concernées. ».

Beaucoup de gens critiquent le chef de l’Autorité et le premier ministre. Les principaux problèmes sont les suivants :

 

1. Cette norme n’est nullement la plus sévère au monde. Elle n’exige ni que le réacteur soit équipé d’un récupérateur du corium, entrant en fonction quand se produit une fusion du cœur du réacteur, ni que l’enceinte de sécurité ait une double paroi. Il s’agit pourtant là des techniques les plus modernes, déjà à l’œuvre en Europe.

 

2. Sendai est situé à proximité d’un grand volcan et beaucoup de géologues mettent en garde contre le danger d’une éventuelle éruption menaçant la centrale, mais l’Autorité a ignoré l’avertissement et approuvé les mesures préventives proposées par la compagnie d’électricité.

(À gauche, au centre du petit cercle rouge : la centrale de Sendai ; zones entourées de vert : trois grands volcans)

(À gauche, au centre du petit cercle rouge : la centrale de Sendai ; zones entourées de vert : trois grands volcans)

 

3. Il n’existe toujours pas de plan d’évacuation. Ni l’Autorité ni le gouvernement n’en ont la responsabilité. Le chef du département de Kagoshima dit même qu’un plan concernant les gens qui logent dans un rayon de dix kilomètres suffit, alors qu’à Fukushima il y a eu de nombreuses victimes à l’extérieur de cette zone. La remise en route de la centrale compte davantage, à ses yeux, que la vie des habitants.

La procédure se poursuivra ensuite de la façon suivante :

1. Audition par le gouvernement, pendant un mois, des opinions exprimées* par les gens.

    * Celles-ci seront majoritairement défavorables, mais le gouvernement les ignorera.

2. Approbation* de la remise en marche de la centrale par le département de Kagoshima et la ville de  Satsuma-Sendai.

    * Jusqu’à présent, il était admis qu’en cas d’approbation des deux communautés, la compagnie d’électricité aurait le droit de remettre en marche la centrale, or maintenant les villes voisines exigent que la compagnie les entendent, elles aussi, car en cas d’accident elles aussi seraient concernées.

3. Après l’automne, remise en marche des réacteurs.

 

 

 

Enquête sur la remise en marche des centrales

 

59% s’opposent à la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai

(enquête téléphonique menée par le journal Asahi, les 26 et 27 juillet)

 

1. Sur la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai :

 

Hommes :      pour : 33%          contre : 37%

Femmes :        pour : 13%          contre : 65%

Total :            pour : 23%          contre : 59%

 

2. Sur la sécurité de l’énergie nucléaire :

 

Peut être considérée comme sûre, si elle est techniquement bien gérée :

25%

36% (mai 2011, après l’accident de Fukushima)

Tellement dangereuse, que les hommes ne peuvent la rendre sûre :

63%

56% (mai 2011, après l’accident de Fukushima)

 

3. Le premier ministre a tiré la leçon de l’accident :

19%

Le premier ministre n’a tiré ancune leçon de l’accident :

61%

 

 

 

 

Enquête menée dans la ville de Satsuma-Sendai

 

La « Société de vie – Adieu à l’énergie nucléaire » a enquêté auprès de 1133 personnes, dans la ville de Satsuma-Sendai où est implantée cette centrale nucléaire.

 

1. Sur la remise en marche de la centrale nucléaire de Sendai :

Pour :                        7%

Contre :                     85%

2. La ville progressera-t-elle avec la centrale nucléaire ?

Ne progressera pas : 68%

Progressera :             9%

Progressera ou pas :  20%

 

Le premier ministre a fait à la compagnie d’électricité Kyushu la promesse suivante : “De toute façon, je réussirai à remettre la centrale en marche”, Mais y parviendra-t-il si facilement, alors qu’en raison de sa politique militariste les oppositions se multiplient ?

 

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Texte original en espéranto

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La 21an de aŭgusto 2014

 

La nuklea centralo de Sendai sukcese trapasis la ekzamenon

 

   Nun neniu el 54 nukleaj reaktoroj (50 + 4 forĵetitaj reaktoroj en Fukuŝima) funkcias. Post la nuklea akcidento en Fukuŝima, la registaro starigis organizon « Nuklea Reguligada Aŭtoritato », kiu ekzamenas reaktorojn laŭ la nova, pli severa normo. Ĉiuj elektraj kompanioj, kiuj posedas nukleajn reaktorojn, volas refunkciigi siajn reaktorojn plej baldaŭ kaj hastgis al la Aŭtoritato plej rapidan ekzamenon.

 

La 16an de julio, la Aŭtoritato publikigis, ke la nuklea centralo de Sendai en la suda insulo Kjuuŝuu (en la mapo : plej sube kaj plej maldekstre) konformiĝas al tiu nova normo. En la intervjuo la aŭtoritatestro Tanaka Ŝuniĉi diris: « Ni ekzamenis la centralon ne pri ĝia sekureco, sed pri ĝia konformeco al la normo. Mi ne diras, ke ĝi estas sekura. Mi ne povas diri, ke la centralo estas senriska ».

La ĉefministro Abe intence misinterpretis lian klarigon kaj diris: « Ni paŝis unu paŝon antaŭen. La Aŭtoritato ekzamenis la centralon laŭ la plej severa normo en la mondo kaj se oni konkludos surbaze de tiu ekzameno, ke la centralo estas sekura, mi volas refunkciigi ĝin, ricevonte aprobon de la rilatantaj komunumoj ».

Multaj homoj kritikas la aŭtoritatestron kaj la ĉefministron. Troviĝas jenaj ĉefaj problemoj:

1. Tiu normo tute ne estas la plej severa en la mondo. Ĝi postulas nek ekipi la reaktoron per “kerno-kaptilo (core catcher)”, kiu funkcias, kiam okazas kernofandiĝo, nek duoble kovri la reaktorsekrujon. Tiuj estas la plej moderanaj teknikoj, kiujn jam en Eŭropo oni adoptis.

2. La nuklea centralo Sendai situas proksime de la grandega vulkano kaj multaj geologoj avertas eventualan danĝeron de la erupcio al la centralo, sed la aŭtoritato ignoris la averton kaj aprobis la kontraŭrimedojn proponitajn de la elektra kompanio.

 

 

(Maldekstre, la ruĝa rondeto : Sendai-centralo, meze, verdaj zonoj : tri grandaj vulkanoj)

 

 

 

3. Ankoraŭ ne ekzistas sufiĉa plano de evakuado. Nek la aŭtoritato, nek la registaro respondecas pri evakuad-plano. La guberniestro de Kagoŝima eĉ diras, ke la plano nur por la loĝantoj en la radiuso de 10 kilometroj estas sufiĉa, kvankam en Fukuŝima multegaj homoj ekster tiu zono suferis. Por li refunkciado de la centralo estas pli grava ol vivo de la loĝantoj.

 

   Poste jene okazos la proceduro :

1. La registaro aŭskultos opiniojn de la popolanoj dum unu monato.

   *La plejparto de la opinioj estos kontraŭaj, sed la registaro ignoros ilin.

2. Aproboj de la gubernio Kagoŝima kaj la urbo Sacuma-Sendai.

   * Ĝis nun se la du komunumoj aprobos la refunkciigon, la elektra kompanio rajtas refunkciigi la centralon, sed nun ĉirkaŭaj urboj postulas, ke la kompanio aŭskultu ankaŭ ilin, ĉar kiam okazos akcidento, ĝi influos anakŭ ilin.

3. Post aŭtuno oni refunkciigos la reaktorojn.

 

Enketoj pri la refunkcigo de la centraloj

 

59% kontraŭas refunkciigon de la nuklea centralo de Sendai

   La ĵurnalo Asahi enketis telefone la 26an kaj la 27an de julio.

1. Pri refunkciado de la nuklea centralo de Sendai. 

Viroj :   por 33%     kontraŭ 37%

   Virinoj:    por 13%     kontraŭ 65%

   Sumo:      por 23%     kontraŭ 59%

2. Pri sekureco de nuklea energio

  Oni povas teni ĝin sekura, se oni bone zorgas ĝin teknike:

25%

36% (majo 2011, post la akcidento en Fukuŝima)

  Ĝi estas tiel danĝera, ke homoj ne povas teni ĝin sekura :          

63%

            56% (majo 2011, post la akcidento en Fukuŝima)

3. La ĉefministro lernis de la akcidento:

                   19%

  La ĉefministro ne lernis de la akcidento:

                   61%

 

Enketo en la urbo Sacuma-Sendai

   « La societo de vivo - Adiaŭo al nuklea energio » enketis al 1133 homoj en la urbo Sacuma-Sendai, kie situas tiu nuklea centralo.

1. Pri la refunkciigo de la nuklea centralo Sendai

   Por :                  7%

   Kontraŭ :          85%

2. Ĉu la urbo Sacuma-Sendai progresos, dependante de la nuklea centralo?

   Ne progresos :   68%

   Progresos :               9%

   Progresos aŭ ne:  20%

  

La ĉefministro promesis al la elektra kompanio Kjuuŝuu, dirante: “Mi ĉiel sukcesigos la refunkciigon”, sed ĉu li tiel facile povos sukcesi, ĉar nun pli kaj pli multiĝas kontraŭaj voĉoj al li pro lia militisma politiko ?

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 18:02

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 20 août 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

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       Que s'est-il passé au cours du dernier mois à Fukushima ?


    Afin de participer au Congrès Mondial d'Espéranto à Buenos Aires, j’ai séjourné en Argentine du 26 Juillet au 10 Août. Entre-temps les journaux Fukushima-Minpō sont arrivés à mon domicile. Aujourd'hui, je vais faire le rapport de ce qui s'est passé au cours de cette période dans le département de Fukushima. J'ai écrit tous mes articles sur la base de ce document. Les brèves remarques à la fin des articles sont de mon cru.

 

1 Nettoyage dans le village d'Iitate
    Quand a eu lieu l'accident nucléaire, les vents ont soufflé en direction du nord-ouest à partir de la centrale nucléaire. Le village d'Iitate est malheureusement situé dans le couloir de ces vents et a été contaminé par une forte radioactivité. Tous les habitants ont été obligés de se réfugier à l'extérieur du département et sont maintenant dispersés çà et là en divers endroits. Le gouvernement envisage de les faire revenir, et il prévoit de nettoyer les champs de la manière suivante:

1 Décaper la surface de la terre des champs sur les 5 centimètres qui sont contaminés par du césium radioactif.
2. Y déposer une terre propre venant des collines
   Cependant, le problème est que cette couche de 5 cm contient des éléments nécessaires pour les plantes, tels que des minéraux et du potassium. Pour rendre cette nouvelle terre suffisamment fertile, il faudra de nombreuses années. M. Satō Haruo, 65 ans, a déclaré: «Nous avons rendu la terre fertile par l'effort incessant de plusieurs générations. Il ne sera pas facile de retrouver cet état de fertilité, même si l'on utilise des engrais

chimiques ".

* On devra conserver cette terre grattée comme déchet radioactif

 

2. Dispersion de poussière radioactive
   Au cours de l'été dernier, de la poussière radioactive a volé et s'est dispersée, lorsque l'on a réaménagé des décombres dans le réacteur n°3. En automne, dans la ville de Minami-Sōma, on a détecté du césium dont la radioactivité dépassait la norme dans le riz récolté. Le département et la ville ont fortement protesté contre TEPCO et exigé des moyens adéquats pour y remédier.
    TEPCO va bientôt réaménager les décombres dans le réacteur n°1. Le 17 juillet, la compagnie TEPCO a expliqué que, pour éviter que la poussière radioactive ne se disperse, elle répandra plus souvent un "matériau anti-poussière" et de l'eau. Elle insiste sur le fait que la méthode est améliorée et  qu’aucun problème ne se posera, mais beaucoup ont des doutes quant à son efficacité.
* Moyens toujours très primitifs, alors que les centrales nucléaires sont très modernes.

 

3.  Fukushima continuera de demander du soutien à l'ensemble du Japon
      A partir du mois d'août, les fonctionnaires du département de Fukushima visiteront les communes, les entreprises, les universités et les médias dans tout le Japon pour les remercier et leur demander plus de soutien. Le département a déjà reçu beaucoup d'aide, mais il lui en faut davantage pour la  réhabilitation.
* Le gouvernement n'est pas le meilleur pour apporter de l'aide, c'est souvent tout le contraire.

 

4. De jeunes ambassadeurs
    Trois étudiants visiteront Paris au mois d'août comme "ambassadeurs de la restauration du département de Fukushima." Ce sont Hatakeyama Seena (17 ans),  Nakamura Keisuke (17 ans) et Komedō Asumi (12 ans). Ils enverront au monde un message fort à propos de la réhabilitation en train de s'accomplir à Fukushima.
* Ils disent qu'ils vont apprendre le français, mais ils devraient apprendre l'espéranto.

 

5. A propos de pêches
    Le 19 Juillet, des "Mademoiselle Pêche" ont distribué des pêches aux passagers à la gare de Fukushima pour promouvoir ces fruits délicieux et effacer la mauvaise réputation de Fukushima.
* Chaque été, je déguste des pêches venant de Fukushima.

 

6. TEPCO va déverser une énorme quantité de glace
    Il y a 11.000 tonnes d'eau contaminée dans le fossé entre les réacteurs n°2 et n°3 et la mer. TEPCO essaye de retirer cette eau, en bouchant son goulet tout proche des réacteurs avec de la glace, et dans ce but elle déversera chaque jour 15 tonnes de glace et de neige carbonique.
    Le 7 août, TEPCO a rendu public l’échec de sa tentative de geler le goulet, et a commencé à déverser 27 tonnes de glace par jour.
    Beaucoup craignent que le projet de construction d'un mur de terre gelée autour des réacteurs ne réussisse pas, puisque TEPCO ne parvient même pas à geler cette petite partie de canal.
* C’est tout bénéfice pour la compagnie qui fabrique de la glace.

 

 

7. Des champignons shiitake ont été mis sur le marché pour la  première fois
    M. Kikuchi Hisamitsu, 65 ans, a commercialisé des champignons Shiitake pour la première fois depuis l'accident nucléaire de 2011. Il est heureux, mais en même temps il craint de ne pas bien les vendre. Les champignons absorbent facilement la radioactivité, de sorte qu'il est difficile de produire des Shiitake non pollués, mais à la fin il a réussi.
* La collecte de champignons dans les collines était le passe-temps favori pour beaucoup de gens, mais ils y ont désormais renoncé.

Eté 2014 à Fukushima

8. Le festival équestre dans la ville de Minami-Sōma
    La région de Sōma est célèbre pour son festival équestre, pendant lequel les cavaliers s’affrontent dans un costume traditionnel de samouraï. Il a eu lieu les 26, 27 et 28 juillet. À cause du tsunami et de l'accident nucléaire beaucoup de ces "samouraïs" (guerriers de l’époque féodale) ont souffert et souffrent encore, eux aussi. Mais ils sont revenus pour se battre. Ils ne sont jamais vaincus.

Eté 2014 à Fukushima

Notre été
poème de Nemoto Masayuki

De la mer au petit matin
la brise commence à souffler
le bruit des sabots commence à enfler.

Lorsque vient cette saison,
 Nous nous échauffons.
 Nous sautons sur nos pieds.
Nous surmontons toutes les difficultés,
En nous coule le sang des samouraïs.

Qu'il fasse soleil, que le ciel se couvre,
qu'il pleuve, qu'il vente,

quel que soit le temps,
il a lieu depuis mille ans.
le festival équestre de Sōma.
Nous, les samouraïs de Sōma, ne devons jamais être surpris,
Nous devons protéger ce que notre devoir ordonne.

C'est ainsi que nous vivons.
Lançons notre cri de guerre!
Hourrah! Hourrah!
Hourrah! Hourrah! Hourrah!

Oh,  les chevaux hennissent !
Oh, résonne la conque dans laquelle nous soufflons !
Oh, un feu de signal y répond !

 Foncez !
Foncez pour attaquer les ennemis!
Hommes de Sōma !

Il est venu notre été chaud!

*  A la fin de Juillet arrive aussi le Congrès Mondial d'Espéranto, c'est pourquoi je n'ai malheureusement pas eu la chance de voir le spectacle.

 

9. Quelle image a-t-on de Fukushima ?
    Le 28 Juillet, le département de Fukushima a publié les résultats d'une enquête sur «L'image que donne Fukushima" menée auprès de 1077 personnes vivant dans la métropole.
  (1) L'image que vous avez de Fukushima
   un département de centrales nucléaires: 57,8%
   un département qui fait des efforts: 52,0%
   rempli de nature (ou : plein de beauté naturelle): 30,3%
   un département à plaindre: 23,2%
   en stagnation:

21,3%                                                                                                                      

Image positive : 19,0%    

(2) Votre intérêt pour le département de Fukushima
S'y intéressent comme à une affaire personnelle : 15,7%
S'y intéressent : 52,3%
(3) Votre aide à Fukushima
 Aident concrètement : 9,7%
Ont le désir d'aider: 71,2%

* Fukushima est voisin de mon département de Gunma, c'est pourquoi je le considère comme mon frère.

 

10. TEPCO prévoit de rejeter l'eau "décontaminée"
   Le 7 août, TEPCO a exposé aux pêcheurs son plan de rejet de l'eau "décontaminée" à la mer. Chaque jour, 400 tonnes d'eau s'écoulent sous les bâtiments des réacteurs et se polluent. Maintenant, TEPCO conserve cette eau dans des citernes dont le nombre s'accroît continuellement, donc résoudre ce problème est la chose la plus importante. Afin de réduire la quantité d'eau contaminée, TEPCO prévoit de la rejeter, après en avoir retiré presque tous les éléments radioactifs comme le césium et le strontium, mais pas le tritium. Les pêcheurs à Fukushima protestent vivement contre TEPCO.
* TEPCO prévoit de rejeter du tritium – élément radioactif – à la mer  en quantité illimitée. Cela n'est pas admissible.

 

 

 

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Texte original en espéranto

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La 20an de aŭgusto 2014

 

Kio okazis dum la pasinta monato en Fukuŝima?

   Por partopreni en la UK en Bonaero, mi estis en Argentino ekde la 26a de julio ĝis la 10a de aŭgusto. Dume venadis la ĵurnaloj Fukuŝima-Minpoo al mia hejmo. Hodiaŭ mi raportos, kio okazis dum tiu periodo en Fukuŝima. Ĉiujn artikolojn mi verkis surbaze de tiu ĵurnalo. Estas miaj mallongaj rimarkoj fine de la artikoloj.

 

1. Purigado en la vilaĝo Iitate

   Kiam okazis la nuklea akcidento, ventoj flugis nordokcidenten de la nuklea centralo. La vilaĝo Iitate malfeliĉe situas laŭ la vojo de tiuj ventoj kaj estis poluita de forta radioaktiveco. Ĉiuj vilaĝanoj devis fuĝi eksteren kaj nun dise loĝas en diversaj lokoj. La registaro planas revenigi ilin, purigonte la kampojn per jenaj manieroj :

1. skrapi surfacan teron de kampoj je 5 centimetroj, kiuj estas poluitaj de radioaktiva cezio

2. enmeti puran teron el montetoj

Tamen la problemo estas, ke tiu 5-centimetra tavolo enhavas necesajn elementojn por plantoj, ekzemple mineralojn kaj kalion. Por fari tiun novan teron sufiĉe fekunda, oni bezonos multajn jarojn. S-ro Satoo Haruo, 65-jara, diras: « Ni faris la teron fekunda per multgeneracia klopodado. Estos ne facile reakiri tiun staton, eĉ se oni uzos kemian sterkon ».

* Oni devos konservi tiun skrapitan teron kiel radioaktivan rubaĵon.

 

2. Disflugo de radioaktiva polvo

   En la lasta somero radioaktiva polvo disflugis, kiam oni rearanĝis detruitaĵojn en la reaktoro n-ro 3. En aŭtuno oni detektis radioaktivan cezion pli fortan ol la normo el la rikoltita rizo en la urbo Minami-Sooma. La guberino kaj la urbo forte protestis kontraŭ TEPCO kaj postulis taŭgan kontraŭrimedon.

   TEPCO baldaŭ rearanĝos detruitaĵojn en la reaktoro n-ro1. La 17an de julio TEPCO klarigis, ke por preventi disfluon de radioaktiva polvo, ĝi plioftigos disĵeton de « kontraŭpolva materialo » kaj akvo. Ĝi insistas, ke la kontraŭrimedo estas plibonigita kaj ne okazos problemo, sed multaj dubas pri la efiko.

* Ĉiam rimedoj estas tre primitivaj, kvankam nukleaj centraloj estas tre modernaj.

 

3. Fukuŝima plu petos subtenon en la tuta Japanio

   Ekde aŭgusto funkciuloj de la gubernio Fukuŝima vizitos komunumojn, kompaniojn, universitatojn kaj amaskomunikilojn en la tuta Japanio por danki ilin kaj peti de ili pli da subteno. La gubernio jam ricevis multegon da helpo, sed ĝi bezonas pli da helpo por restariĝo.

* La registaro estas la plej malbona helpanto, ofte malhelpanto.

 

4. Junaj ambasadoroj

   Tri gelernantoj vizitos Parizon en aŭgusto kiel « ambasadoroj de restariĝo de Fukuŝima ». Ili estas f-ino Hatakejama Seena (17-jara), s-ro Nakamura Keisuke (17-jara) kaj f-ino Komedoo Asumi (12-jara). Ili sendos fortan mesaĝon pri restariĝanta Fukuŝima al la mondo.

* Ili diras, ke ili lernos la francan, sed ili lernu Esperanton.

 

5. Persikoj

   La 19an de julio Fraŭlinoj Persiko disdonis persikojn al pasaĝeroj en la stacidomo Fukuŝima por propagandi bongustajn fruktojn kaj forviŝi misfamon de Fukuŝima.

* Ĉiun someron mi gustumas persikojn el Fukuŝima.

 

6. TEPCO enĵetos kvantegon da glacio

   Troviĝas 11000 tunoj da poluita akvo en la fosaĵo inter la reaktoroj n-ro 2 kaj 3 kaj la maro. TEPCO provas elpreni tiun akvon, ŝtopante ĝian kolon ĉe la reaktoroj per glacio, kaj por tio ĝi enĵetos 15 tunojn da glacio kaj seka glacio ĉiun tagon.

   La 7an de aŭgusto TEPCO publikigis, ke oni ne sukcesis glaciigi la kolon, tial ĝi komencis enĵeti 27 tunojn da glacio ĉiun tagon.

   Multaj timas, ke la plano konstrui glaciigitan termuron ĉirkaŭ la reaktoroj ne sukcesos, ĉar TEPCO ne povas glaciigi eĉ tiun malgrandan parton.

* Kompanio pri glacio profitas.

 

7. Fungo ŝiitake unuan fojon surmerkatiĝis

   S-ro Kikuĉi Hisamicu 65-jara surmerkatigis fungon ŝiitake unuan fojon post la nuklea akcidento en 2011. Li estas ĝoja, sed samtempe timas, ke ĝi ne vendiĝos bone. Fungoj facile ensorbas radiaktivaĵojn, do estas malfacile produkti nepoluitan ŝiitake-on, sed finfine li sukcesis.

* Fungo-kolektado en montetoj estis ŝatata hobio de multaj homoj, sed ili jam rezignis.

 

8. Okazis Ĉevalfestivalo en la urbo Minami-Sooma

   La regiono Sooma estas fama pro Ĉevalfestivalo, en kiu viroj batalas en tradicia, samuraja kostumo, rajdante sur ĉevalo. Ĝi okazis la 26an, 27an kaj 28an de julio. Pro la cunamo kaj la nuklea akcidento ankaŭ multaj « samurajoj » (militistoj en la feŭdisma epoko) suferis kaj suferas. Sed ili revenis por batali. Ili neniam malvenkas.

 

Nia somero

Versita de Nemoto Masajuki

 

De la frumatena maro

ekblovas ventetoj,

Hufsonoj pli kaj pli klare aŭdiĝas.

 

Kiam venas tiu ĉi sezono,

Ni varmiĝas.

Ni ekstaras.

Ni venkas ĉiujn malfacilaĵojn,

En ni fluas ja sango de samurajoj.

 

Ĉu sune, ĉu nube,

Ĉu pluve, ĉu vente,

en ĉiu veterkondiĉo,

Ĝi daŭras de mil jaroj.

Sooma-Ĉevalfestivalo.

Ni, samurajoj de Sooma, neniam surpriziĝu,

Ni devas protekti, kion ni devas protekti.

 

Tiamaniere ni vivas.

Ni batalkriu !

Hurao ! Hurao !

Hurao ! Hurao ! Hurao !

 

Aĥ, henas ĉevaloj!

Aĥ, trumpetado per konko !

Aĥ, eĥas signalfajro!

 

Impetu!

Impetu al atakantaj malamikoj!

Viroj de Sooma!

 

Venis nia varma somero !

 

* Bedaŭrinde fine de julio okazas ankaŭ UK, do mi ne havas okazon vidi la spektaklon.

 

9. Imago de Fukuŝima

   La 28an de julio la gubernio Fukuŝima publikigis rezulton de enketo pri « Imago de Fukuŝima » al 1077 homoj loĝantaj en la metropolo.

 (1) Imago de Fukuŝima

   Gubernio de nukleaj centraloj:      57,8%

   Strebas :                              52,0%

   Plena de naturo :                           30,3%

   Kompatinda :                      23,2%

   Stagnanta :                                    21,3%

Pozitiva :                                    19,0%

(2) Intereso pri Fukuŝima

Havas intereson kiel sian aferon:         15,7%

Havas intereson:                        52,3%

(3) Helpo al Fukuŝima

  Konkrete helpas:                          9,7%

Havas volon helpi :                    71,2%

 

* Fukuŝima kaj mia gubernio Gunma estas najbaroj, tial mi sentas, ke Fukuŝima estas mia frato.

 

10. TEPCO planas forĵeti “purigitan” akvon

La 7an de aŭgusto TEPCO klarigis al la fiŝistoj planon forĵeti “purigitan” akvon en la maron. Ĉiun tagon 400 tunoj da akvo enfluas sub la reaktordomojn kaj poluiĝas. Nun TEPCO konservadas tiun akvon en akvujoj kaj la nombro de la akvujoj pli kaj pli multiĝas, do kiel solvi tiun problemon estas la plej grava. Por malmultigi la kvanton de poluita akvo, TEPCO planas forĵeti tiun akvon, elpreninte preskaŭ ĉiujn radioaktivaĵojn kiel cezion kaj stroncion krom tricio. Fiŝistoj en Fukuŝima forte protestas kontraŭ TEPCO.

* TEPCO planas forĵeti senlime tricion, radioaktivaĵon, en la maron. Tio ne estas permesebla.

 

 

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:53

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 juillet 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

_________________

 

 

Visite de Namie, ville située dans le rayon de dix kilomètres

 

Au cours des trois dernières années, j’ai visité presque toutes les villes situées sur le rivage du Pacifique, hormis celles qui sont dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale n°1 de Fukushima. Ces derniers temps il était devenu possible de pénétrer dans ce secteur après avoir reçu l’autorisation des villes concernées, mais je n’avais pas eu l’occasion de le faire.

Il y a deux semaines, je suis tombé par hasard sur la page d’accueil de l’organisation paysanne “Nomado”, sise dans la ville de Sōma, et j’ai découvert qu’elle organise des visites touristiques dans ce secteur, non seulement pour des groupes mais aussi pour des particuliers. J’ai aussitôt téléphoné et décidé que je m’y rendrais le 8 juillet.

Pour parvenir à Sōma, je devais d’abord aller à la ville de Fukushima et, de là, prendre le bus pour Sōma. J’ai pris la décision d’arriver à Fukushima le 7 juillet, à midi, et de parcourir divers endroits de la ville pour en mesurer la radioactivité. Dans ce but, j’avais emporté un dosimètre.

 

Dans la ville de Fukushima

 

Mais au préalable je veux montrer  ce chiffre :

« 0,230 microsieverts/heure », maximum de la norme fixée par le gouvernement. »

Si un lieu est pollué au-delà de cette norme, il est interdit d’y habiter, et le gouvernement doit le dépolluer. Il vous faut juger du danger de radioactivité selon cette norme.                      

Je suis parti de la gare Ōmiya, voisine de Tokyo, par le rapide Shinkansen. Voici quelle était l’intensité de la radioactivité en divers lieux du parcours :

 

Ϟ Chez moi (à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima) :  

0,035

Ϟ Utsunomiya, département Tochigi (à 130 km de la centrale, dans le wagon) :

0,030

Ϟ Kōriyama, département Fukushima (à 50 km de la centralo, dans le wagon) :

0,072

Ϟ Ensuite les chiffres ont augmenté :         0,108, 0,113, 0,119

Ϟ Place, devant la gare de Fukushima (à 50 km de la centrale)

                                      0,123 ~ 0,148

Ϟ Rue, devant la gare    0,655 ~ 0,829

Ϟ Jardin du Musée d’art départemental, dans la ville de Fukushima

                                             0,207

Ϟ Au pied de la colline Shinobu, dans la ville de Fukushima

                                      0,965 ~ 1,384

À côté de ce dernier endroit se trouvent des maisons et certainement des enfants y logent. Or selon la loi, on ne peut y habiter et il est de la responsabilité du gouvernement de la nettoyer. Ayant trouvé des lieux à fort rayonnement ionisant, j’ai commencé à m’inquiéter.

 

Ensuite j’ai mesuré la radioactivité d’un caniveau, au pied de la colline Shinobu. Lors de chaque mesure, je dois attendre trente-cinq secondes avant que le dosimètre ne livre son verdict. En regardant défiler les secondes sur le cadran, je comptais mentalement : 5, 4, 3, 2, 1, et voilà qu’apparut le nombre 7,308.

Visite de Namie

Est-ce que ça ne serait pas plutôt 0,730 ? Mais les nombres qui s’affichaient l’un après l’autre allaient croissant : 7,325, 7,496, 7,866, 8,213, 8,498, 8,858, 9,233. J’étais surpris. 9, à présent ! Et ça ne s’arrêtait pas : 9,918, 9,999, puis tout à coup, plus rien ! Que se passait-il ? J’ai regardé de plus près le cadran et j’ai vu que 9,999 était la limite au-delà de laquelle on ne peut plus mesurer. Je n’ai donc pas su quel était le taux de radioactivité de ce lieu. Choqué, j’ai écarté du ruisseau ma main gauche, qui tenait le dosimètre. Je craignais qu’elle n’ait été exposée à une très forte irradiation.

Visite de Namie

J’ai fait cette mesure dans le caniveau qu’on voit à droite sur la photo. En contrebas, on aperçoit une maison. Des matières radioactives s’écoulent vers le bas avec l’eau, donc je suppose que cette maison est très polluée. J’avais déjà entendu dire que la colline Shinobu l’était aussi, mais c’était la première fois que je le constatais de visu. Des gens de Fukushima logent en un tel lieu, en sachant ou en ignorant la chose. Personne ne peut individuellement dépolluer la colline, donc le choix offert aux habitants est de loger ici ou de fuir ailleurs. Le gouvernement et TEPCO n’ont ni l’intention ni la capacité de nettoyer la colline tout entière et ce sont toujours les faibles qui sont les victimes. Il est certain que, le long de ce chemin, des enfants passent chaque matin pour aller à l’école. Ils ignorent qu’ils s’exposent ainsi à la radioactivité, et dans dix, vingt ou trente ans ils pourront tomber malades sans que personne n’en sache la cause. Ils ne pourront donc recevoir aucune indemnité. Ils ne pourront que se résigner à leur sort.

 

 

 

Dans la ville de Namie

 

Le 8 juillet, à neuf heures, je suis arrivé au bureau de Nomado, dans la ville de Sōma. Là, attendaient déjà deux autres participants et un guide, M. Miura. Celui-ci est l’un des responsables de Nomado, société fondée dans le but d’aider les paysans victimes du tsunami et de l’accident nucléaire. Lui aussi, du reste, est une victime, puisqu’il a perdu sa maison et ses champs à cause du raz-de-marée et il a dû fuir à cause de l’accident. Pourtant il n’a pas été complètement vaincu. Il parlait gaiement et avec humour et il était même éloquent. Il croit fortement à la justesse de sa cause et c’est pourquoi il n’a pas perdu sa pugnacité vis-à-vis du  gouvernement et de TEPCO.

Nous sommes partis en voiture de la ville de Sōma, et après avoir traversé   Minami-Sōma et Odaka, nous avons atteint la ville de Namie, qui est dans le rayon de dix kilomètres autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima.

Visite de Namie

À trois reprises déjà, j’ai visité les villes de Sōma, Minami-Sōma et Odaka. Cependant, à ces occasions, je n’avais pas emporté de dosimètre et j’ignorais donc le taux de radioactivité de ces villes. Pour la première fois, j’ai effectué des mesures et j’ai su que, contrairement à ce que je supposais, elles n’étaient pas très polluées :

 

Minami-Sōma                   0,558 microsieverts/heure

Odaka                      0,139            "

Idagawa de Odaka   0,034            "

Gare de Namie                  0,626            "

 

On explique la chose ainsi :

Quand l’accident s’est produit, les vents soufflaient vers le nord-ouest, dans la direction du village de Iitate et de la ville de Date (voir carte et suivre la zone violette et rouge qui commence à la centrale). La ville de Fukushima est située non pas dans le lit même du vent, mais un peu par côté, et elle a été polluée ; cependant, comme les vents venaient de la mer, ils n’ont pas pollué les régions côtières.

Nous avons en premier lieu visité le port de pêche de Ukedo. Nous étions debout sur le pont et nous avons vu la mer. Il y avait là, auparavant, une bourgade de pêcheurs mais il n’en reste rien. M. Miura se rappelait : « La bourgade d’Ukedo était un bord de mer très agréable. Il était réputé pour ses saumons. En automne, ceux-ci reviennent et on les capture. Quand des amis venaient me voir, à tout coup je les accompagnais ici. Nous faisions rôtir du saumon que nous mangions en buvant de la bière. De tels jours ne reviendront peut-être jamais. Regardez, il reste une construction. C’était le Parc Marin pour les enfants. Dans son jardin, ils pouvaient déguster de la viande rôtie. »

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

La bourgade d’Ukedo était à droite. Dans la rivière, les restes d’un pont détruit.

Vers l’arrière s’étendait une prairie. J’ai vu, dans les herbes, des objets blancs. C’étaient des bateaux que le tsunami avait transportés là depuis le port.  Namie, pendant longtemps, a été interdite d’accès, et même à présent on n’a pas le droit d’emporter des objets irradiés hors de la ville et l’on ne peut donc rien faire de ces bateaux. Depuis déjà plus de trois ans ils sont là, exposés aux pluies et aux vents.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Là où étaient des rizières, les bateaux à présent gisent dans des vagues d’herbes.

Au loin on aperçoit l’école élémentaire d’Ukedo.

Elle non plus n’a guère changé depuis le tsunami. Dans le gymnase au plancher écroulé, restait encore le panneau annonçant la cérémonie de fin de cours du 11 mars 2011. L’horloge marquait toujours 20 heures 37, heure de l’assaut du tsunami contre l’école.

Visite de Namie

Quand se produisit le tremblement de terre, à 14 heures 46 minutes, il y avait encore dans l’école soixante-dix-sept élèves. Le séisme dura longtemps ; ensuite ils se groupèrent dans le gymnase. Peut-être ne disposaient-ils que de trente minutes pour gagner un refuge. La colline la plus proche est à deux kilomètres. Ils s’encouragèrent mutuellement et réussirent à se sauver. Aucun n’a péri. Ce fut un miracle.

Mais les habitants de Namie ou bien sont morts ou continuent à souffrir :

 

Victimes directes du tsunami :             149

Victimes indirectes * :                          209

Disparus :                                             33

Total des morts :                                 391

 

Maisons détruites :                              614

Maisons provisoires :                          2847

 

*victimes indirectes : morts pendant l’exode, à cause d’insuffisance de soins ou de prise en charge, par suicide, etc. (statistique établie en novembre 2012, donc le nombre de ces victimes a certainement augmenté depuis).

 

Cette statistique montre, indirectement, que 614 familles ont perdu leurs maisons, principalement à cause du tsunami, que 2 233 autres (2 847- 614), qui n’ont pas souffert du tsunami, ont dû partir ailleurs et occuper une maison provisoire, à cause de l’accident nucléaire. Ces derniers ont bien une maison dans la ville mais ne peuvent revenir l’occuper en raison d’une trop intense radioactivité. Leur maison devient un nid à rats et se détériore de plus en plus. Les victimes de l’accident nucléaire sont dans un état très instable ou très incertain : ils veulent revenir mais ne le peuvent pas. Cette condition de vie les désespère et les rend physiquement et psychiquement malades et en définitive hâte leur mort.

J’ai vu souvent, dans les villes de Sōma et de Minami-Sōma des rangées de maisons provisoires. Elles sont construites vite et provisoirement, donc en été il y fait très chaud, et en hiver, très froid. Sur les murs de bois apparaissent des moisissures. “Ce ne sont pas des logements humains”, dit M. Miura, qui y a lui-même logé avec les cinq membres de sa famille.

Nous avons ensuite visité la gare de Namie. Elle ne s’est pas du tout dégradée, mais aucun train n’y vient. Devant la gare sont restés deux minibus, que leurs chauffeurs, terrifiés par l’accident nucléaire, avaient abandonnés. Des boutiques proches ont été très endommagées par le séisme. Les rues sont désertes. La ville est déjà morte.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

Gare de Namie. Deux bus attendent des passagers, depuis 2011.

 

Visite à des vachers

 

Notre voiture s’est arrêtée dans le jardin de M. Sugi, l’un des deux responsables de Nomado. Voilà quelle est leur vie depuis l’accident nucléaire :

« Quand a eu lieu l’accident, nous sommes partis, les sept membres de la famille, nous réfugier dans le département de Niigata, mais quatre jours après, je suis revenu seul à la maison, car je suis vacher. Les vaches tombent facilement malades si elles ne sont pas traites. Avant, je produisais le foin moi-même, mais  depuis l’accident je l’achète avec les indemnités versées par TEPCO.

J’ai décidé de continuer à travailler car si je m’arrête et me repose, ensuite je ne pourrai plus reprendre. Mon corps s’affaiblira, les machines rouilleront et deviendront inutilisables. Pour avoir l’espoir de voir un jour revenir les villageois, il nous faut préparer les conditions de leur retour. À présent huit vachers, sur dix familles, sont revenus et travaillent.

Quatre mois après l’accident, nous avons commencé à commercialiser du lait. Mais malheureusement, le lait estampillé Fukushima se vend mal. Pourtant nous persistons à travailler comme vachers. Nous ne faisons pas de profit, au contraire. Nous nous battons pour que TEPCO nous indemnise afin de compenser les frais du déficit et de notre vie de réfugiés. Nous n’avons rien fait de mal. C’est notre droit d’exiger d’elle une compensation et de vivre ici avec fierté.

 

Nomado se bat contre TEPCO et le gouvernement. Les membres de la famille de M. Sugi logent encore dans Niigata. Quand pourront-ils revenir chez eux ? Jusque là, lui devra travailler et vivre seul. Certes la vie est difficile, mais qu’il se batte ! Quand a fini notre voyage, il était déjà  treize heures trente. Long – quatre heures et demie – mais fructueux voyage ! Un grand merci à M. Miura.

 

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 21:42

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 2 juillet 2014.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l’aide de Paul SIGNORET

  • Le Japon va commencer à intervenir militairement à l'étranger
  • Paroles des gens de Fukushima
  • J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
  • Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels
  • J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
  • Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
  • Ma fille a renoncé à avoir un enfant
  • Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
  • Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
  • J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement

_________________

 

 

Le Japon va commencer à  intervenir militairement à l'étranger
    Le 1er juillet, le gouvernement a décidé de changer l'interprétation de l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre.
    Déjà à plusieurs reprises les États-Unis ont demandé au Japon (en fait exigé) une participation aux guerres menées par eux, mais les gouvernements jusqu'à présent n'ont pas accédé à cette demande, faisant valoir que l'article 9 interdit cela. Par conséquent, pendant les années  qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, les Japonais n'ont jamais tué ni été tués dans des guerres. C'était une grande contribution à la paix mondiale, et le Japon avec son image de pays pacifique était très estimé, même dans les pays où les États-Unis ont combattu et combattent encore.

Cependant, l'actuel Premier ministre Abe Shinzō, politiquement à droite, n'aime pas cette constitution, et il a essayé par tous les moyens  d’amoindrir la portée de cet article. Et avec une grande ruse, il a changé l'interprétation de l'article 9 et a fait approuver le droit à se défendre collectivement, qui permettra au Japon de se battre à l'étranger en suivant les Etats-Unis. En raison de ce changement dans l'interprétation, le Japon ne pourra pas refuser les demandes ou exigences américaines de combattre à leurs côtés à l'étranger.

La plupart des Japonais sont tristes et anxieux à cause de son attitude dictatoriale. Le 1er juillet 2014 peut se montrer un tournant important de l'histoire du Japon d'après-guerre, et le début d'un régime belliciste.

Lors de l'élection de décembre 2012, de nombreux Japonais ont voté pour le Parti Libéral Démocrate, en raison de la trop grande désillusion causée par le Parti Démocratique alors au pouvoir. Vraiment beaucoup de Japonais ont été et sont encore stupides, ne se rendant pas bien compte de la situation, et il s'ensuit que nous devrons mettre en péril la vie des jeunes dans des guerres. On doit  comprendre que le gouvernement ne protège pas la vie des citoyens, mais les utilise toujours et les sacrifie au profit de l'État et du capitalisme. Si nous regardons la réalité des gens de Fukushima, cela devient tout à fait clair.

 

 

 

Paroles des gens de Fukushima
    M. Akashi Shōjirō, journaliste, écrit ce qui suit au sujet des accidents nucléaires:
    Rien n'est plus contraire à la logique qu'un accident nucléaire.  Alors que la compagnie TEPCO pollue fortement l'environnement et crée des dommages économiques pour les habitants,  elle seule a le droit de décider des règles d’indemnisation. Elle n'accepte jamais que les "dommages" et "blessures" causés par la radioactivité disséminée par l'accident soient considérés comme son crime à elle.  Elle néglige les demandes de dédommagements et ne les traite jamais vraiment avec sérieux si les victimes ne portent pas plainte au tribunal. TEPCO est trop arrogante, c'est une société privée à qui fait défaut la conscience que c’est elle l’agresseur.

   De plus, le gouvernement et le Parti libéral démocrate au pouvoir n'ont jamais présenté d'excuses aux malades et au peuple japonais. Le seul recours qu’ont ces derniers est donc de traduire les responsables devant les tribunaux. Dans de nombreux endroits au japon, les victimes ont porté plainte auprès de la justice.

En juin 2012, 1324 victimes de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima  n ° 1 ont porté plainte contre TEPCO, le gouvernement et les scientifiques  auprès du tribunal de Fukushima. Elles ont publié un livre en septembre 2013 "Ne peut-on les accuser? "(Témoignages de 50 plaignants de Fukushima), Je l'ai lu avec beaucoup d'émotion. Je vais traduire quelques-uns de leurs plaidoyers.

 

J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison
 Nozaki Kōtarō, garçon de 7 ans, réfugié du village de Iitate, qui vit maintenant dans le département de Gifu.
    En raison de l'accident, je ne peux pas rentrer à la maison. J'ai fréquenté trois écoles différentes. J'ai des difficultés. J'ai beaucoup d'objets précieux dans mon ancienne maison.

      Je veux revenir à la maison où je suis né. Dans mon école d'avant, j'avais de nouveaux amis, mais pendant que j'étais au CP, j'ai dû déménager à un autre endroit. Quand j'étais dans ma maison, tout autour il y avait une prairie et je vivais avec des chats et des chèvres, et puis j'ai déménagé dans un temple, où il avait aussi des chats, des poules et des chèvres. Là, j'ai eu de nouveaux amis, mais j'ai dû déménager à nouveau pour un appartement dans une autre ville. Ici, il est interdit d'avoir des animaux. Je dois maintenant rester dans la chambre à lire des livres au lieu de jouer dehors avec des animaux. Je veux rentrer à la maison.

 

Le président de TEPCO et les autres responsables sont sans doute des criminels 

Y.C. fillette de 11ans, réfugiée de la ville de Tamura, habitant maintenant dans le département de Gifu :

Rapport de HORI Yasuo du 2 juillet 2014

Où sont mes amis? Ils sont dispersés dans tout le Japon.

(Ecole élémentaire de Odaka, département de Fukushima)

     J'ai dû être évacuée, car il est tombé beaucoup de particules radioactives autour de ma maison. Si l'accident n'était pas arrivé, nous aurions pu continuer à y vivre, en réparant la maison démolie par le tremblement de terre. Jusque-là, des responsables avaient déclaré que les centrales nucléaires étaient parfaitement sûres, mais l'accident a eu lieu. Quels irresponsables, ces gens-là ! Beaucoup de gens souffrent. Les présidents et les responsables de TEPCO sont vraiment des assassins.

J'ai fréquenté trois écoles différentes. Je n'ai plus rencontré aucun de mes amis après l'accident. J'ai beaucoup de difficultés, mais TEPCO ne fait rien pour nous protéger. Une histoire incroyable! Pourquoi TEPCO n'est -elle pas poursuivie ?  Elle a occasionné un grave accident qui aura des répercussions, non seulement sur nous, mais aussi sur les générations suivantes. Pourquoi n'a-t-elle pas été inculpée? Je souhaite vraiment que le tribunal explique les raisons de l'accident et en désigne les coupables.

  

    J'ai perdu mon emploi, mon restaurant, ma maison, mon argent et mes amis
   Kobori Yūki, 36 ans, réfugié de la ville de Miharu, maintenant dans le département de Yamanashi
    J'avais un restaurant dans la ville de Kōriyama et j'habitais dans la ville de Miharu avec ma femme et ma fille d’un an. J'avais ouvert ce restaurant en 2008 et je servais aux clients des plats de légumes biologiques. J'aimais beaucoup la belle nature de Fukushima et j'avais déjà un cercle d'amis partageant les mêmes idées.
    Après l'accident, nous avons pris refuge dans le département de Yamanashi. Quand je suis rentré à Fukushima, j'ai détecté 1 microsievert de radioactivité autour du restaurant et 0,4 ~ 0,5 microsievert dans ma maison.
    * La norme maximale du gouvernement est de 0,23 microsievert. Dans ma ville, le chiffre est de 0,05.

 

  Je savais que je ne pourrais plus donner des aliments sains à la clientèle et que nous ne pourrions plus vivre en paix dans ma maison, j’ai donc fermé mon restaurant et j’ai déménagé dans le département de Yamanashi. Je ne peux plus faire ce que je veux, mon cercle d'amis s'est perdu et la communauté s'est dispersée. J'ai perdu emploi, restaurant, maison, argent et amis.

  Il y a des gens qui critiquent ceux qui sont partis.  Eux veulent continuer à vivre dans le département de Fukushima et veulent s’y sentir en sécurité. Ils ne subissent pas de lourdes pertes mais bien sûr, ils sont exposés à la radioactivité et perdent peu à peu leur santé. Différentes opinions divisent les habitants.

     Je vis dans une situation chaotique et je suis pris dans des tourbillons de doute. Je deviens mélancolique et partout je rencontre des choses désolantes. Je suis en colère contre TEPCO et d'autres organisations qui ont fait une propagande mensongère sur la sécurité des centrales nucléaires, et je suis en colère, parce que, tout comme avant, ils fonctionnent comme si de rien n’était.

  Je désire que le tribunal recherche qui sont les assassins. Selon les lois du Japon, le tribunal doit inculper ces personnes et organisations.

 

  Ma fille a dormi dans un lit contaminé à 0,6 microsievert
                                      Anonyme (femme)
   
   Fukushima, notre très précieux, notre très aimé lieu de vie a été contaminé par les substances radioactives. Fukushima avait un vrai ciel, une belle nature, de la bonne eau, de l'air et de la nourriture. En raison de l'accident de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima, l'eau, l'air, la terre et la nourriture ont été contaminés par la radioactivité.
    La ville, où ma famille logeait, regorgeait d'eau pure et de belle verdure. Nous avions acheté une maison et vivions heureux et en paix jusqu'à ce jour.

Cependant, dans cette maison, la chambre familiale a été contaminée à 0,8 microsievert et le lit de ma fille au deuxième étage présentait 1,2 microsievert. En voyant ces chiffres, j'ai été choquée et des larmes me sont venues aux yeux. Je faisais dormir mes enfants dans un endroit aussi contaminé! Je m'en suis voulu et j'ai pleuré. Au dehors, le chiffre était pire : dans le jardin il était de 3,3 microsieverts et dans le caniveau 23 microsieverts ! En regardant ces chiffres, j'ai été convaincue que nous ne pouvions plus vivre dans cette maison, et j'ai décidé de déménager dans un autre département.

Un dosimètre, qui montre 2,2  microsieverts

Un dosimètre, qui montre 2,2 microsieverts

   Mes enfants ont dit adieu à leurs chers amis et sont entrés dans la nouvelle école, craignant d'être mal accueillis parce qu'ils venaient de Fukushima. À mon soulagement, ils passent maintenant de bons moments dans la nouvelle école, mais parfois ils pleurent.
    La nuit, ils pleurent en regardant les photos de leurs amis du Fukushima.

   Dernièrement, j'ai entendu des voix en pleurs qui venaient de la salle de bain :
     "J'aime Fukushima. Je voudrais y finir le cours élémentaire avec mes amis. Je voudrais continuer de jouer avec eux. Les personnes âgées dans le quartier étaient très gentilles. Chaque jour, les membres de ma famille pouvaient dormir ensemble dans la même chambre. Nous pouvions tous vivre ensemble. J'aime Fukushima. Qu'est-il arrivé à ma vie? Pourquoi cette situation misérable m'est-elle arrivée? "

En raison de l'accident, nous avons dû laisser diverses choses à la maison et nous avons perdu beaucoup : des liens humains, des  membres de la famille et de chers amis précieux, ma chère école, la chère ville où nous vivions tranquillement, et notre beau coin de vie. Qu'est-ce que TEPCO et le gouvernement vont encore nous ravir, à nos enfants et à nous-mêmes? Nous voulons revenir mais ne le pouvons pas. Il nous faudra un nombre inimaginable d'années pour dépolluer le sol. Quand j'y pense, je suis remplie de désespoir.

Nous continuons de rembourser un emprunt à la banque, celui avec lequel nous avions acheté l'ancienne maison, maintenant inhabitable. Nous sommes fatigués de notre vie instable. Mes enfants aussi sont fatigués d'une situation qui leur est inhabituelle, parmi de nouvelles personnes. Ils ont commencé à se plaindre de maux de tête et de ventre. Notre vie a presque atteint la limite de ce qui est, financièrement et psychologiquement, tolérable.

Je souhaite ardemment que le tribunal explique les causes et les responsabilités de l'accident et inculpe les responsables.

 

    Ma fille a renoncé à avoir un enfant
Satō Shōko,  femme de 55 ans, résidant dans la ville de Kōriyama du département de Fukushima
    Je suis une citoyenne de Kōriyama, mais les parents de mon mari vivaient dans la ville de Naraha. Le 24 février 2011, mon beau-père est mort. Le 11 mars, il s'était écoulé deux jours depuis la dernière cérémonie de prières, et ma fille était restée dans la ville de Naraha. 

    Quand l'accident a eu lieu, nous tout fait pour tirer les membres de notre famille hors de Naraha. Nous avons réussi à sauver la belle-mère, la tante et ma fille avant que l'on ne fasse sortir les matières radioactives des réacteurs, mais deux semaines plus tard, mon oncle, qui avait été évacué dans un gymnase, est mort d'une pneumonie. Ma belle-mère est devenue mélancolique et a perdu la tête. Je devais m'occuper de ma belle-mère et de la tante qui souffrait de la maladie de Parkinson. A cause du caractère agressif de ma belle-mère et des soins fréquents à donner à ma tante, et à cause de la peur de la radioactivité, moi aussi je suis devenue mélancolique.

En raison de l'accident nucléaire, tout a changé. Ma maison de Naraha   abîmée par le tremblement de terre est devenue inhabitable à cause de la moisissure et de la pourriture des tatamis. Même les voleurs sont venus. Si  l'accident n'était pas arrivé, l'état de la maison ne serait pas devenu aussi misérable. Ma maison, que nous avions eu du mal à faire construire avec beaucoup d'emprunts, est contaminée par la radioactivité.

Je suis très inquiète pour mes enfants. Ma fille, nouvellement mariée, a renoncé à avoir un enfant. Mon fils de 31 ans, qui va bientôt se marier, se fait du souci au sujet de leur futur bébé.
     Pour que mes fils et fille n'absorbent pas de radioactivité, j'évite par tous les moyens possibles d'utiliser de la nourriture contaminée, mais parce que nous vivons à Fukushima, nous continuons d'y être exposés. Aucun de mes parents ne pense qu'ils pourront revenir dans leur lieu de vie de Naraha.


 

L'accident nucléaire est un crime énorme, qui vole aux habitants leur vie et leurs moyens d’existence, mais personne n'a été inculpé. Cela n'est pas admissible. Je souhaite que le tribunal fasse toute la lumière sur la responsabilité de TEPCO et du gouvernement.

 

Mon fils travaille à la centrale nucléaire n ° 1
                Nagsawa Toshiko, femme de 62 ans résidant dans la ville de Tamura.
    Je vis dans cette ville depuis ma naissance. Autour de ma maison, les plants de riz verdissaient dans toute leur fraîcheur au printemps, et à l'automne ils étendaient leurs champs dorés. Mon mari a travaillé longtemps à la centrale nucléaire de Fukushima. Il a travaillé dur, croyant en la sécurité des centrales. Mais tout a été contaminé par la radioactivité. Mon mari, qui était déjà malade depuis longtemps, est devenu encore plus malade depuis que nous avons déménagé dans une maison provisoire.   

   Mon plus jeune fils travaille dans la centrale nucléaire n° 1, qui a explosé en mars 2011. Je lui conseille d'arrêter, mais il ne m'écoute pas. Il va au travail en disant qu'il pourra vivre jusqu'au moment où sa fille aura dix ans. Je suis très triste. Je veux qu'il reste dans l'air pur à la maison, mais autour de nous tout est contaminé. Que faire?

Que personne ne subisse la même chose que nous. Que la même chose ne se répète pas, et que le tribunal explique qui sont les responsables de cet accident.

 

Je ne pouvais pas croire ce nombre : 100 microsieverts
Kikuchi Mutsuo, 63 ans, agriculteur
(adresse cachée)
    Je cultivais du riz et des légumes biologiques dans le département de Fukushima, et j'étais fier des bonnes récoltes, mais tout a été contaminé par la radioactivité de l'accident. Tout a été perdu, et la ville est devenue inhabitable.

J'avais déjà un dosimètre. Quand a eu lieu l'accident, j'ai mesuré l'intensité au sol, et j'ai trouvé que le terrain était contaminé à 100 microsieverts. En voyant ce grand chiffre, je me suis presque évanoui et j'ai pensé que tout est fini. J'ai juste pensé à fuir ce lieu trop pollué, inhabitable, et je me suis hâté vers la ville de Kyoto où mon oncle vivait.

Cet endroit irréparable, nature contaminée et douleur morale ! Il nous faudra des milliers d'années pour récupérer une vie sans  radioactivité, du travail et une communauté. Qui est responsable de cet accident? Je demande au tribunal d'enquêter sur les crimes des accusés.

 

J'ai été rejeté deux fois par le gouvernement
Tachibana Ryūko, femme de 71 ans, réfugiée de Namie, vit maintenant dans la ville de Motomiya dans le département de Fukushima
    Nous avons eu de l'inquiétude à propos du danger des centrales nucléaires et nous avons agi contre la politique nucléaire. Comme nous l'avions prévu, l'accident s'est produit le 11 mars 2011. Depuis ce jour, une vie de nomade a commencé pour moi. Nous, qui sommes un couple de personnes âgées, avons perdu notre maison et après dix transferts, nous vivons maintenant dans une maison provisoire dans la ville de Motomiya.

Maisons provisoires pour les réfugiés

Maisons provisoires pour les réfugiés

Même à la suite de l'accident, TEPCO et le gouvernement sont restés froids avec nous, ils négligent notre chagrin et notre colère. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement avait introduit l'énergie nucléaire comme politique nationale avec le slogan "l'atome pour pour la paix", et TEPCO, en suivant cette politique, a construit 10 réacteurs dans la région de Futaba  dans le département de Fukushima. La firme n'a jamais changé son attitude arrogante: «Nous avons apporté et apportons de la richesse à des habitants pauvres grâce aux centrales nucléaires!"

 

Quelle est la responsabilité du gouvernement? Quelle est la responsabilité des grandes entreprises, qui auraient dû remplir leur rôle social? À propos de sa responsabilité dans la seconde guerre mondiale, le Japon n'a jamais fait une sérieuse auto-critique. Le Japon oubliera-t-il à nouveau de la faire à propos de l'accident nucléaire?

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, je me suis enfui de  Mandchourie vers le nord-est de la Chine, qui était alors une colonie japonaise. Déjà l'armée japonaise s'était enfuie de bonne heure, laissant les immigrés japonais sur place. Nous avons été rejetés par le gouvernement japonais. Et cette fois-ci encore nous sommes rejetés. J'ai connu deux fois le rejet par le gouvernement.


   Afin de découvrir la vérité, pour créer une société juste, pour protéger les enfants qui vivent dans le 21e siècle et réaliser une société qui ne craigne pas la radioactivité, je demande au tribunal de nous aider. Vous êtes mon seul espoir.

 


 

 

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