17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 07:00

Texte de de HORI Yasuo du 21 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

Personne n'endosse la responsabilité de l'accident nucléaire

Le journal Asahi du 20 février 2016 a publié une interview de Tarukawa Kazuya, un agriculteur de quarante-six ans, qui loge à Sukagawa, ville du département de Fukushima. Comme cette interview est très touchante, j'en donne ici la traduction. Cet homme est membre du groupe de plaignants, qui exigent du tribunal, que leur soient rendus leur emploi et la ville où ils habitaient. J'ai trouvé son témoignage également dans la brochure qu'a publiée le groupe de plaignants.

Question : Quelle est votre situation actuelle, cinq ans après l'accident nucléaire ?

 

Tarukawa : Les déchets radioactifs se sont dispersés également sur notre région, Nakadōri, située au milieu du département de Fukushima, loin de la centrale n° 1. Les rizières, les jardins maraîchers, les montagnes, les tunnels de forçage en plastique, tout était pollué, en conséquence de quoi nous avons perdu notre emploi. TEPCO n'a ni versé d'indemnité compensatoire pour nos propriétés perdues, ni retiré les déchets radioactifs de nos champs. Cinq années ont passé. Je ne cesse de me demander ce que je suis, sinon seulement une victime des dégâts.

 

À titre de pretium doloris j'ai reçu, en 2011, 80 000 yens  soit 700 euros, et en 2012, 40 000 yens (350euros). Et c'est tout. Est-ce que 120 000 yens (1060 euros) sont suffisants pour nous faire taire ? Pouvons-nous nous contenter d'attendre que la radioactivité disparaisse ? Sûrement pas ! Nos pertes sont infiniment plus grandes que ne l'est cette somme.

Localisation de Sukagawa

Localisation de Sukagawa

Question : J'ai entendu dire que votre défunt père s'occupait très activement de la culture biologique de légumes.

 

Tarukawa : Il s'intéressait beaucoup à l'environnement. Il avait commencé à cultiver des choux en hiver, car alors on n'a pas besoin d'utiliser d'insecticides. Les choux poussaient bien, sous la neige, et devenaient doux. Toutes les écoles du voisinage utilisaient nos choux pour leur repas de midi. Mon père était très heureux de pouvoir fournir aux enfants une nourriture très saine. Il fit même un jour une causerie dans une école, au sujet de l'agriculture biologique. Il était fier de ses légumes.

Puis est arrivée une instruction gouvernementale interdisant la vente des légumes produits dans notre district, et le jour suivant mon père s'est suicidé. Il nous restait sept mille cinq cent choux prêts à être vendus, tous ont fini au dépotoir. Devant un avenir si sombre, ses nerfs avaient craqué.

 

 Dans la brochure éditée par les plaignants, voici son témoignage:

 

Question: Dans cette affaire, TEPCO a reconnu devant le tribunal qu'il y avait un rapport entre cette mort et l'accident nucléaire, et un compromis a été trouvé, n'est-ce pas ?

 

Tarukawa : Pour venger mon père, j'ai attaqué TEPCO et en fin de compte j'ai obtenu un compromis et reçu une indemnité. Je pensais qu'un responsable de la compagnie viendrait chez moi prier pour mon père et demander pardon, mais j'avais mal compris. Seul un message fax est arrivé.

 

Question : A-t-on nettoyé la terre ?

 

Tarukawa : On a “nettoyé” les rizières. On a creusé le sol sur une profondeur de quarante centimètres, répandu de la zéolithe et brassé la terre. On dit que la zéolithe absorbera les substances radioactives. C'est ce qu'on appelle la “dépollution”.

C'est tout de même ridicule, non? Il se peut que les plants de riz n'assimilent pas de substances radioactives, mais la quantité de celles-ci dans le sol reste la même. Nous, les paysans, nous travaillons du matin au soir sur cette terre polluée. Qu'arrivera-t-il à notre corps? Nous ne cessons pas d'être inquiets.

 

Question : Ne peut-on pas éliminer la couche de terre de surface qui est polluée ?

 

Tarukawa: Il est facile d'éliminer la couche superficielle, mais si on fait ça, on n'aura pas des plants de riz et des légumes de bonne qualité. Pour rendre la terre de surface féconde, il faut plusieurs décennies.

J'appartiens à la neuvième génération de ma famille à cultiver ce bien. Je ne veux pas détruire mes champs, donc je continue à les travailler. Si je ne le faisais pas, ils deviendraient bientôt stériles. L'herbe y pousserait et gênerait les voisins. Nous ne pourrions recevoir ni indemnités ni revenus, donc nous n'aurions plus de quoi vivre.

 

Question : Combien TEPCO paie-t-elle d'indemnités pour les produits de la terre ?

 

Tarukawa : Si nous pouvons prouver la perte, la compagnie paie. Si, par exemple, un produit qui se vendait deux mille yens avant l'accident se vend à présent mille cinq cent yens, TEPCO paie la différence, soit cinq cent yens. Pendant les deux dernières années, les concombres se sont vendus plus cher qu'avant à cause du mauvais temps. Dans ce cas-là elle ne verse aucune indemnité, et pourtant réfléchissez : si l'accident ne s'était pas produit, je pourrais vendre mes concombres plus cher, et du reste ce prix lui-même est plus bas que dans les autres départements. TEPCO essaie toujours d'éviter le versement d'indemnités.

 

 Nous voudrions être indemnisés pour de nombreux autres produits. Par exemple nous cultivions des champignons dans le jardin, nous ramassions des herbes dans la colline. Tout cela est perdu pour nous, cependant TEPCO ne nous en indemnise nullement.

 

Question : Qu'en est-il de la mauvaise réputation de Fukushima ?

 

Tarukawa : Le riz que j'ai récolté en 2011 avait une radioactivité de trente becquerels. La norme était alors de cinq cent becquerels (ramenée à cent, depuis 2012), mon riz était donc dans la norme. Mais le riz pénètre dans notre corps, et je n'aurais pas voulu, moi non plus, consommer le mien, or je le faisais quand même, parce que je ne voulais pas en acheter dans le commerce.

 

Cependant je me sentais coupable de le commercialiser. Je comprends bien, que les habitants de Tokyo ne veuillent pas manger du riz de Fukushima. Y avait-il des gens prêts à se nourrir de riz produit au voisinage de cette vieille centrale nucléaire ? Il n'y avait pas là diffamation. Si le riz ne s'était pas vendu à cause d'une rumeur mensongère, il y aurait eu diffamation, mais des substances radioactives sont bel et bien tombées sur Fukushima.

 

Question : Votre riz est-il encore pollué ?

 

Tarukawa: Ni en 2014 ni en 2013 on n'a décelé une radioactivité dans mon riz. J'ai fait tout ce que je pouvais faire. J'ai répandu du chlorure de potassium afin que le riz n'absorbe pas de substances radioactives. Chaque sac est examiné. Si le riz est pollué, on ne peut pas le mettre sur le marché. Je pense que le riz de Fukushima est à présent le plus sûr du Japon.

 

En fait, ce riz se vend bien pour la restauration rapide, les hôpitaux, etc, sans qu'il soit fait mention qu'il provient d'ici. Le riz de Fukushima est très savoureux, et il convient donc bien pour ce type de restaurants où l'on peut l'avoir à très bon marché.

Semis de riz en serre de plastique

Semis de riz en serre de plastique

Question : Quels légumes produisez-vous ?

 

Tarukawa :   Dans les serres de plastique, la terre n'a pas été polluée, j'ai donc décidé de cultiver les légumes uniquement sous serre et non plus à l'air libre. À présent, je ne produis plus de choux mais des brocolis, dont pourtant le prix est bas, à cause du nom de Fukushima.

 

Question : Que pensez-vous de la remise en marche de quelques centrales nucléaires ?

 

Tarukawa : Pendant les dernières années, aucun réacteur n'a fonctionné au Japon, cependant aucune nuit n'a été sans lumière. Nous avons toujours eu assez de courant. Mais le pétrole nous revenait fort cher. Il se peut que le combustible nucléaire soit meilleur marché, mais en cas d'accident combien devrons-nous débourser ? Quelle énorme charge financière pour nous! Si un autre accident grave devait se produire, qu'arriverait-il à notre pays ?

 

Question : Que souhaitez-vous ajouter ?

 

Tarukawa : Si je me taisais, ce serait plus facile. Mais je suis passé dans la presse et à la télévision lors du décès de mon père. Certainement un grand nombre de cultivateurs sont mécontents et même furieux envers TEPCO. Aussi ne puis-je me taire. Si je ne donnais pas mon sentiment, je serais un faux-jeton.

Voilà pourquoi j'ai accepté de paraître dans le film “Je reçois la terre en héritage”. Je veux surtout que les agriculteurs, qui habitent à proximité de centrales nucléaires au Japon, voient ce film. Qu'ils sachent ce que pourraient leur causer des accidents nucléaires. Mon père disait souvent: “Ce que les hommes font, un jour, sera immanquablement détruit. Les hommes ne peuvent vaincre la nature.” Et il avait raison. Après cinq ans, personne ne veut endosser la responsabilité de l'accident nucléaire.

(Fin de l'interview)

 

Dans la brochure des plaignants, Tarukawa achève son témoignage par ces mots :

 

Pour nous, paysans, hormis notre existence, la terre et un environnement favorable sont les choses les plus précieuses. Nous voulons que TEPCO et le gouvernement nous restituent un milieu non pollué. Et de plus, comme le disait mon père, les centrales nucléaires doivent être mises au rancart.

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 05:11

Texte de de HORI Yasuo du 12 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Voici la traduction d'articles parus dans les journaux Asahi et Mainichi au sujet des travaux de démantèlement des réacteurs mis au rebut.

Que fait-on pour démanteler les réacteurs?

(d'un article du Mainichi paru le 7 mars 2016)

 

Question: J'entends dire qu'à Fukushima, on travaille au démantèlement de réacteurs nucléaires. En quoi consiste un démantèlement de réacteur?

Réponse: Démanteler un réacteur signifie démolir des bâtiments de la centrale nucléaire. À Fukushima, on s'apprête à retirer le combustible fondu du cœur des réacteurs.

Question: Où en est-on de ce travail de démantèlement?

Réponse: On a franchi seulement la première étape. Cet accident de Fukushima a été le pire de l'histoire du nucléaire. On doit parallèlement démanteler les trois réacteurs dans lesquels le combustible nucléaire a fondu et l'on prévoit que cela nécessitera de trente à quarante années.

Question: Que fait-on dans la centrale?

Réponse: Chaque jour, environ sept mille travailleurs y pénètrent et s'emploient à des tâches diverses, par exemple l'évacuation de débris de béton, l'installation de bassins pour l'eau polluée, le contrôle des fuites d'eau polluée s'écoulant de ces bassins, etc.

Question: Ces travaux sont-ils dangereux?

Réponse: Les travailleurs portent une combinaison de plastique pour éviter les pollutions et un petit appareil de mesure de la radioactivité. Dans les endroits très radioactifs, ils se couvrent la tête et mettent un masque. Ils travaillent au péril de leur vie en s'exposant aux radiations, mais ils disent: “Il faut bien que quelqu'un fasse ce travail, donc je le fais.” À cause de leur combinaison de protection, ils risquent également de mourir de chaleur.

L'interviewer: Je souhaite qu'ils travaillent prudemment.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

Des travailleurs attendent un bus dans le J-Village, qui était, avant l'accident, un stade de football dont TEPCO avait fait cadeau au département de Fukushima dans le but de faire oublier aux gens leur mécontentement devant l'implantation de centrales nucléaires qui n'étaient pas les bienvenues. Les travailleurs grelottent de froid.

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives.  Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

On voit ici de grandes cuves dans lesquelles on stocke l'eau polluée, à raison de mille tonnes par cuve. Une tonne se remplit en trois jours, car quotidiennement quatre cents tonnes d'eau s'infiltrent sous les enceintes des réacteurs détruits et deviennent radioactives. Ces cuves ne sont pas solidement fabriquées, c'est pourquoi se produisent parfois des fuites d'eau polluée

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Un chef de groupe de travail contrôle à l'aide d'un dosimètre l'intensité de radioactivité. Lorsque celle-ci devient trop forte, il ordonne aux travailleurs de quitter les lieux. Mais parfois, il leur demande de rester et d'achever la tâche en cours.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Le slogan proclame: “Que tous réduisent leur exposition à 0,01 millisievert par jour”. Hors de la centrale, 5,52 microsieverts par jour est la quantité maximale de radioactivité à laquelle peuvent s'exposer les gens. 5,52 microsieverts équivalent à 0,00552 millisievert.

Y aura-t-il assez de main d'œuvre?

(paru dans le journal Mainichi du 7 mars 2016)

  

Le journal Mainichi a enquêté auprès de 246 compagnies, qui envoient des travailleurs à la centrale, et il a reçu 42 réponses.

 

Question: Y a-t-il assez de travailleurs?

   20 compagnies: assez ou relativement assez.

   21 compagnies: pas assez ou relativement pas assez .

Question: Quelles sont les causes du manque de main d'œuvre? (on peut choisir plusieurs causes)

   10: Les travailleurs âgés et experts partent, atteints par la limite d'âge, mais aucun  jeune ne vient pour les remplacer.

    7: Il est difficile de transmettre l'expérience acquise.

    6: La radioactivité intense décourage les gens de venir remplacer les anciens.

  Commentaires:

* Même dans l'industrie du bâtiment, on manque de main-d'œuvre, il est donc difficile d'embaucher pour la centrale.

* À présent on embauche en quantité, non en qualité. Les travailleurs expérimentés font défaut.

* À cause des constructions que nécessite la préparation des Jeux Olympiques de 2020, on manque et on continuera à manquer de main-d'œuvre pour la centrale.

Question: Pensez-vous que, conformément au plan gouvernemental, le démantèlement sera achevé en 2051?

   20: oui

   15: non.

Question: Pourquoi non?

   * car est très difficile de se débarrasser des déchets radioactifs et de l'eau polluée.

   * car il y a beaucoup de travaux techniquement difficiles à réaliser.

   * car beaucoup de travaux doivent être faits dans des lieux fortement radioactifs.

Question: Quand et où y aura-t-il des risques pour les travailleurs?

   20: lors de l'extraction des combustibles nucléaires fondus.

   16: lors de l'extraction des combustibles usés.

   10: lors de la démolition des enceintes de réacteurs.

 

Quelles sont les conditions de travail des gens employés par la centrale?

(d'après le journal Asahi du 11 mars 2016)

 

À cinq heures du matin, des bus emportant les travailleurs partent à la queue leu leu du J-Village (base pour le démantèlement de la centrale de Fukushima), vers la centrale numéro 1 située à vingt kilomètres de là. Monsieur A., qui habite Iwaki, une ville voisine, est parmi eux. Il travaille pour une petite compagnie, sous-traitante en quatrième position de TEPCO*. Il se lève à trois heures et demie, et se rend à quatre heures au J-Village, dans une voiture envoyée par la compagnie. Il porte cinq sous-vêtements, deux chaussettes et deux gants, avec en outre une pochette chauffante ("hokkairo", photo ci-dessous), glissée entre deux vêtements, et pourtant il sent encore le froid.

Que fait-on pour démanteler les quatre réacteurs de Fukushima?

Il a sur lui un dosimètre. Quand la radioactivité excède 0,16 millisieverts, celui-ci l'en avertit par un bourdonnement. Au troisième bourdonnement, le travail cesse pour la journée.

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Explications du dessin ci-dessus : à gauche, vêtement de protection, gant en caoutchouc, chaussure de sécurité ; à droite : masque avec filtre au charbon, vêtement spécial pour lieux fortement contaminés

Le travail d'été est le plus dur. Les ouvriers portent alors un masque et des combinaisons de protection. Ils mettent à l'intérieur de la glace pour éviter d'avoir trop chaud, mais au bout d'une demi-heure elle est fondue . Un jour, un homme d'âge moyen était couché, évanoui, dans la salle de repos. On l'a transporté par hélicoptère à l'hôpital, mais il est mort, un peu plus tard, d'un coup de chaleur.

 

Le travail de monsieur A. consiste à installer des tubes pour évacuer l'eau polluée. Le terrain de la centrale, couvert de planchers métalliques, paraît plus propre qu'au lendemain de l'accident, mais les bâtiments des réacteurs sont dans un état lamentable, avec leurs murs de béton en ruine et leurs ferrailles à nu, toutes tordues. “Plus on est proche du bâtiment du réacteur, dit-il, plus c'est radioactif.

 

Cinq ans plus tôt, alors que, ce jour-là, il travaillait dans le bâtiment du réacteur numéro 1, la lumière s'était éteinte. Quelque chose s'était arrêté de fonctionner dans un grand fracas. Il est sorti en courant et a vu que le pavage en béton s'était fendu et que les vitrages dégringolaient. Il s'est précipité dans le bâtiment administratif.

 

Ensuite a eu lieu le contrôle de l'état des employés, et le soir il est rentré à la maison. Il n'a pas vu le tsunami. Une fois rentré chez lui, il a eu une crise d'urticaire provoquée par la tension et la fièvre. Le jour suivant, le bâtiment du réacteur dans lequel il travaillait a explosé à cause de la vapeur.

 

Quelques jours plus tard, il s'est réfugié avec toute sa famille chez un de ses parents, à Nagoja. En mai, le président de la compagnie lui a téléphoné pour lui demander de revenir travailler dans la centrale nucléaire. Sa fille avait alors un an. Persuadé que c'était, pour lui, le seul moyen de gagner sa vie, il est revenu à Fukushima. Il recevait onze mille yens par jour (94 euros).

 

* L'avocat Hirota Hideo, qui aide les travailleurs pour les problèmes de salaire, explique: “TEPCO donne du travail à une compagnie sous-traitante, qui ne le fait pas elle-même mais qui, à son tour, le confie à ses sous-traitants... et ainsi s'étagent en pyramide plusieurs couches de compagnies sous-traitantes, et à chaque étage chacune prélève sa commission. Dans un cas, pour un travailleur, TEPCO a payé 43 000 yens par jour (370 euros) à la compagnie sous-traitante de premier étage, mais la compagnie située au troisième étage au-dessous n'a reçu que 11 500 yens (100 euros). Si l'on ne supprime pas ce système, jamais cette "pompe à phynance" ne disparaîtra.

* Monsieur Katsura Takeshi, qui aide les travailleurs des centrales nucléaires, dit: “Il y a encore des gens qui travaillent sans contrat écrit. Les compagnies qui les embauchent doivent avoir la responsabilité de leur salaire, de leur sécurité et de leur assurance.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 14:29
Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

Texte de de HORI Yasuo du 8 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

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Illustration : centrales nucléaires en Asie orientale, y compris celles en construction

Texte original en espéranto

Aucun rapport n'arrive de Corée ni de Chine à propos des centrales nucléaires dans ces pays, aussi est-ce la première fois que je trouve dans un journal une carte indiquant l'emplacement des centrales nucléaires en Chine et en Corée. Selon cet article, il y a 20 centrales nucléaires en Corée et 31 en Chine.

Le Japon a commencé à mettre en œuvre un dispositif antiterroriste, mais celui-ci est tout à fait insuffisant. Il peut arriver que des terroristes commencent à travailler dans des centrales en présentant une fausse carte d'identité, or c'est difficile d'éviter cela, car l'Etat n'a pas le droit d'intervenir dans les entreprises privées en ce qui concerne l'embauche.

Maintenant la Corée du Nord expérimente souvent des fusées ou des missiles en direction des États-Unis. S'ils atteignent par erreur des réacteurs nucléaires japonais, il y aura à nouveau une catastrophe qui  détruira tout le Japon.

 

D'anciens réacteurs vont être remis en service

 

Selon le règlement, la durée d'un réacteur nucléaire est de 40 ans mais, à titre exceptionnel, on peut la prolonger une fois de 20 ans. Lorsque cette règle a été édictée, la prolongation devait être exceptionnelle, mais l'Autorité de réglementation du nucléaire a commencé avec trop légèreté à prolonger la vie de vieux réacteurs sous la pression du gouvernement et du monde industriel. Le 20 juin, elle a rallongé de vingt ans la possibilité de fonctionnement pour deux réacteurs de 40 ans et 41 ans, à Takahama, dans le département de Fukui. Les deux réacteurs vont commencer à fonctionner dès l'automne 2019.

Au Japon il y a 20 réacteurs de plus de 30 ans, parmi lesquels on a déjà décidé d'éliminer 6 petits réacteurs. Pour faire approuver l'extension de  durée de vie de ces  derniers, il faudrait dépenser beaucoup d'argent en réparations, et cela ne donnerait pas de profit aux entreprises. Cependant, pour les autres plus grands réacteurs, les compagnies électriques ont l'intention de demander une prolongation.

Le fait même d'éliminer un réacteur est difficile et coûteux. La compagnie d'électricité Kjūshū a décidé d'éliminer son réacteur de Genkai. Pour aller jusqu'au bout de ce travail, il faudra 28 ans et 36,4 milliards de yens (364 millions d'euros). L'endroit où jeter les gravats de béton et métal contaminés est un autre problème. Le Japon est un très petit pays avec un grand nombre d'habitants, on n'y trouve aucun endroit désert où conserver ces déchets.

 

Des réacteurs en fonctionnement ont été arrêtés


A Takahama fonctionnaient les réacteurs 3 et 4. Le 9 mars, le tribunal d'Ōtsu dans le département de Shiga a prononcé un verdict d'arrêt de ces réacteurs. La principale raison de cette décision a été que les explications fournies par la compagnie d'électricité Kansai sur la sécurité des réacteurs n'étaient pas suffisantes et que les nouvelles règles relatives au fonctionnement des réacteurs n'étaient pas acceptables, compte tenu du grave accident de Fukushima dont les causes ne sont pas encore clairement établies.  A la suite de ce verdict, les deux réacteurs en fonction ont été arrêtés le 10 mars. C'est une grande victoire pour le mouvement antinucléaire. 

 

Qu'en est-il des affaires nucléaires ?

  A propos de ce verdict, M. Ido Kenichi, ancien juge et maintenant avocat pour les plaignants, a expliqué ceci : 

"Lorsque l'on démarre les réacteurs, on doit observer la norme internationale, à savoir une protection à 5 niveaux: 1. ne pas générer d'accidents 2. limiter le périmètre des accidents 3. ne pas aggraver les accidents

4. diminuer le plus possible la gravité de ces accidents 5. mettre en œuvre des plans d'évacuation appropriés pour protéger les habitants contre les substances radioactives.    

  Avant l'accident de Fukushima, les deux derniers niveaux n'existaient pas au Japon, car on croyait qu'ici il n'arriverait pas d'accidents graves. Après l'accident on a introduit les deux derniers niveaux, mais l'Autorité de Réglementation du Nucléaire approuve le démarrage d'un réacteur sans discuter sur ces deux points, parce qu'ils ne sont pas de  son ressort. Le verdict dit que cette attitude de l'Autorité n'est pas convenable et que d'autre part l'Etat lui-même doit être responsable du plan d'évacuation à la place des municipalités.

     Les entreprises d'électricité sont très soucieuses de réactiver les réacteurs uniquement pour leur propre bénéfice, et non pas pour le bien des populations. Les causes de l'accident de Fukushima ne sont toujours pas claires, plus de 100 000 personnes, toujours en refuge, vivent difficilement dans et à l'extérieur de Fukushima, et plus de 2000 personnes sont mortes de causes liées à l'accident. Pour le profit des sociétés privées, a-t-on le droit de jeter une multitude de gens en enfer, d'occasionner d'autres accidents graves, et de détruire le Japon? Nous devons lutter solidairement contre le gouvernement et le monde industriel, qui promeuvent une politique d'énergie nucléaire."

 

    Plus tard, la compagnie d'électricité a soumis l'affaire au même tribunal afin d'annuler la décision antérieure mais, le 17 juin, le même juge Yamamoto Yoshihiko a repoussé cette demande. Auparavant, presque tous les magistrats jugeaient des questions nucléaires conformément à la volonté du gouvernement, mais après l'accident de Fukushima ont commencé à apparaître des juges impartiaux qui se prononcent en faveur des populations.

   Malheureusement il y a encore des juges malhonnêtes dont le verdict tranche toujours en faveur du gouvernement et des compagnies d'électricité. Le 6 avril, la cour de Fukuoka a approuvé la remise en service des réacteurs 1 et 2 de Sendai dans le département de Kagoshima, en disant que les nouvelles règles pour les réacteurs et la décision de l'Autorité n'avaient rien de déraisonnable. Le verdict disait même que la demande de sécurité absolue ne représentait pas l'opinion générale.

   La plupart des Japonais ont peur d'un malheur supplémentaire et refusent le redémarrage des réacteurs. C'est l'opinion générale. Les juges ont trahi la population en prononçant ce verdict stupide pour complaire au gouvernement.

 

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 22:49
Carte des alentours des centrales nucléaires
Carte des alentours des centrales nucléaires

Texte de de HORI Yasuo du 3 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.

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Suivi d’autres rapports récents du même auteur :

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

 

Le gouvernement oblige les réfugiés à revenir dans leur foyer

 

À la date du 8 février, parmi les habitants de Fukushima réfugiés hors de chez eux, 65 453 avaient trouvé refuge dans le département de Fukushima et 43 270 dans d'autres départements. Au cours des cinq dernières années, on a dénombré 2 016 décès consécutifs*, soit davantage que le nombre de victimes du tsunami: 1604. 

 

*décès consécutifs : décès dus à un défaut de prise en charge, à un manque de soins médicaux, à de mauvaises conditions de vie, au suicide par désespoir, etc. Dans Fukushima, de tels décès sont plus nombreux que dans les deux autres départements touchés par l'accident nucléaire, bien que le nombre de victimes directes y soit plus faible.

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Le gouvernement et le département de Fukushima ont nettoyé le sol. Grâce à cette dépollution et à la diminution naturelle des radiations, environ 90% des dosimètres installés indiquent une radioactivité inférieure à la norme maximale tolérée, soit 0,23 microsieverts. S'appuyant sur ce constat, le gouvernement fait revenir les anciens habitants dans leur foyer. En septembre dernier, il a déclaré que la ville de Nahara était redevenue "habitable", puis, en juin 2016, à son tour la ville de Kutsurao l'est redevenue. Et d'ici à la fin mars 2017, toutes les villes des "zones non habitables" redeviendront "habitables" et sur les 70 000 réfugiés, 46 000 pourront revenir loger dans leur ancien foyer. Au prétexte que ces villes sont ou seront "habitables", le gouvernement a l'intention de ne plus verser l'indemnité compensatrice aux réfugiés et le département de Fukushima cessera de fournir aux réfugiés "volontaires"* un logement gratuit.

 

* réfugiés “volontaires” : Les habitants des villes reconnues dangereuses par le gouvernement étaient obligés de fuir. Les réfugiés “volontaires” sont ceux qui, logeant hors de ces villes mais se  sentant en danger, sont partis de chez eux de leur plein gré.

 

Revenir ou pas? Dans les deux cas c'est l'enfer

 

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

Rue déserte devant la gare de Tomioka, dans Nahara (octobre 2015)

La ville de Nahara a été déclarée "habitable" en septembre dernier, mais seulement 460 (soit 6%) des 8 000 habitants sont revenus chez eux. 70%  d'entre eux sont des personnes âgées de plus de soixante ans. Les jeunes couples avec enfants ne veulent pas revenir, redoutant l'influence néfaste de la radioactivité sur leurs enfants.  En outre, beaucoup ont déjà trouvé un nouvel emploi et leurs enfants, qui se sont habitués à leur nouvelle école, ne souhaitent pas en changer. La municipalité a pour objectif le retour, l'an prochain, de 50% des anciens habitants, en se fondant sur un sondage qui révèle que la moitié des personnes enquêtées désirent revenir.

 

L'un des habitants, revenu habiter chez lui, se plaint en ces termes: “Avant la catastrophe, je pouvais vivre avec ma petite pension de retraite, parce que je cultivais moi-même un champ et que je produisais du riz et des légumes, or maintenant, à cause de la radioactivité, je ne peux plus rien récolter et je dois tout acheter. Sans subvention, je ne peux plus vivre.” Dans ces villes, beaucoup de maisons sont déjà pourries et inhabitables. Les hôpitaux, les magasins font défaut et, ce qui est pire, les voisins aussi font défaut. Dans de telles conditions, nombreux sont ceux qui ne peuvent revenir. Et pour ceux qui le peuvent, la vie, ici, n'est pas du tout satisfaisante.

 

Habiter un logement provisoire dans un lieu étranger, c'est l'enfer. Un enseignant à la retraite, originaire de Namie, est mort en juillet 2014. Il avait emménagé à Tokyo et, tout de suite après, il est tombé malade. Il répétait sans arrêt: “Mon existence n'a plus de but. Vivre ne sert à rien.” Il est devenu fou et il est mort à soixante-dix ans. Les médecins disent que le manque d'exercice physique, la fréquence du stress, l'inquiétude, le désespoir, la perte de raison de vivre, tout cela détériore et le corps et le cœur.

 

La vie dans Fukushima est difficile. Le journal Asahi a mené une enquête auprès de 1 000 personnes et a reçu 619 réponses. Voici celles concernant l'emploi exercé comparées à celles d'avant la Catastrophe, pour Fukushima et deux autres départements sinistrés :

Comment vivent à présent les habitants de Fukushima

Plus difficile et misérable est la vie de jeunes mères avec enfants, qui sont allées loger dans d'autres départements. Elles sont confrontées non seulement à des difficultés financières, mais encore à l'éclatement de la famille. Assez nombreuses sont celles qui ont divorcé, sont tombées malades, donc leurs enfants également en pâtissent. Mais je traiterai à part de ces sujets.

 

Cinq années déjà ont passé depuis la grande catastrophe japonaise, et entre-temps d'autres ont eu lieu, au Japon et ailleurs dans le monde, si bien que les gens ont de plus en plus tendance à l'oublier. Dans Fukushima, cet accident nucléaire n'est toujours pas résolu, et chaque jour, 500 nouvelles tonnes d'eau sont polluées. On n'a absolument pas réussi à récupérer les minuscules fragments de combustible nucléaire dispersé. Il reste un très grand nombre de réfugiés qui vivent dans l'inquiétude, mais le gouvernement n'en a cure. Il fait comme si le problème était résolu et que tout  allait pour le mieux, alors qu'il n'en est rien ! Que le Japon ne se fasse pas d'illusions !

 

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Autres rapports récents de HORI Yasuo :

 

- Rapport du 28 mai 2016 sur le discours d'Obama,

- Rapport du 10 juin 2016 sur les Jeux Olympiques de Tokyo,

- Rapport du 16 juin 2016 sur les victimes dans les îles Marshall,

- Rapport du 30 juin 2016 sur la manifestation et la cérémonie de deuil à Okinawa.

 

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 17:26
Localisation de l'atoll de Bikini
Localisation de l'atoll de Bikini

Texte de de HORI Yasuo du 31 mai 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN

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Sommaire

  • Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires
  • D'anciens marins japonais assignent l'État devant les tribunaux
  • 400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

Texte original en espéranto

 

 

Le Japon maintient son opposition à l'abolition des armes nucléaires

 

Lors de la visite d'Obama à Hiroshima, notre premier ministre Abe a dit :  “Sa visite à Hiroshima donne une forte impulsion à la réalisation d'un monde sans armes nucléaires”, et pourtant le Japon, qui a souffert et souffre encore des suites de deux bombardements atomiques, n'a pas pris clairement position contre l'abolition des armes nucléaires.

 

L'assemblée générale des Nations Unies, une première fois en 1996 et ensuite pendant les vingt années suivantes jusqu'en 2015, a adopté à une grande majorité une résolution pour que commence une négociation internationale visant à l'abolition des armes nucléaires, or le gouvernement japonais, aux mains de partis conservateurs, s'est cantonné durant vingt ans dans l'abstention à l'imitation des États-Unis. Il est très honteux que le Japon se soit comporté ainsi, comme un vassal des Américains.

 

 

D'anciens marins assignent l'État devant les tribunaux

 

De mars à mai 1945, les États-Unis ont expérimenté des bombes à hydrogène aux environs des îles Marsahll et sur l'atoll de Bikini. Au cours de l'essai de la bombe à hydrogène "Bravo", le premier mars, une cendre blanche fortement radioactive est tombée sur les vingt-trois matelots du bateau de pêche, Le Cinquième Dragon Heureux. Jusqu'à leur retour au port de Jaizu, dans le département de Shizuoka, ils ont vécu sur le bateau recouvert de cette cendre, buvant et mangeant de l'eau et des poissons pollués. Tous ont été immédiatement transportés dans des hôpitaux et soignés, mais six mois plus tard le radiotélégraphiste  Kuboyama Aikichi est mort.

L'essai nucléaire de Bikini

L'essai nucléaire de Bikini

Les Japonais étaient terrorisés par les matières radioactives s'envolant de Bikini ; ils ne voulaient pas manger de poissons, ils portaient des masques et se couvraient le corps lorsqu'il pleuvait. De grandes protestations s'élevèrent dans tout le pays.

 Dans un premier temps, les États-Unis ont accusé les marins d'espionnage, mais ils n'ont pu longtemps imposer ce mensonge aux Japonais. En 1955 ils ont réussi à “résoudre” la question en donnant deux millions de dollars à titre de dédommagement au propriétaire du bateau de pêche, à ces marins-pêcheurs et à d'autres. Les États-Unis ont ainsi pu échapper à leur responsabilité dans l'accident et les souffrances des victimes. Le gouvernement japonais a très vite cessé toute recherche à ce sujet, peut-être sous la contrainte des États-Unis, et cet accident gravissime a bientôt été à demi oublié; seuls quelques activistes ont continué à organiser la manifestation “Le Jour de Bikini”, chaque premier mars, à Jaizu.

Le Cinquième Dragon Heureux

Le Cinquième Dragon Heureux

Ce bateau de pêche a été ensuite utilisé par l'Université de la Pêche de Tokyo comme bateau d'entraînement, puis il avait été finalement mis au rebut à Tokyo en 1967 (photo ci-contre), mais la même année on s'est aperçu qu'il était un témoin important de l'accident de Bikini, et il est à présent conservé dans le musée du Cinquième Dragon Heureux, dans l'île de Jume ("le Songe"), dans la baie de Tokyo (photo ci-dessous). Quoique le musée reçoive de nombreux visiteurs, peu d'entre eux savent que ce bateau n'est pas le seul à avoir été victime de la cendre blanche, mais que presque un millier d'autres l'ont été également et que beaucoup de leurs matelots sont morts jeunes. Jusqu'en 2014, le gouvernement a prétendu faussement qu'il ne disposait d'aucun rapport de recherche sur cette affaire, or ces rapports ont été trouvés aux États-Unis, si bien qu'il n'a pu continuer à mentir plus longtemps à ce sujet. Et en fin de compte les matelots victimes ont eu l'occasion de faire valoir leurs droits.

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le Cinquième Dragon Heureux dans son musée à Tokyo

Le 9 mai 2016, quarante-cinq anciens matelots ont porté l'affaire devant un tribunal, dans le département de Kōchi. Le porte-parole des plaignants, M. Kuwano Hiroshi, âgé de quatre-vingt-trois ans, qui appartenait à l'équipage du thonier "Le deuxième Kōsei-maru" de Kōchi, a rappelé les événements : “Quand nous sommes revenus au port de Uraga, dans le département de Kanagawa, des employés ont commencé à mesurer  la radioactivité dans le bateau, et j'ai compris pour la première fois que les nuages gris entourant l'atoll de Bikini étaient de la "cendre de mort" provenant de l'essai de bombe à hydrogène. Le bateau et les poissons ont été examinés mais pas nos corps. Les vingt-six marins de notre équipage sont tous morts vers quarante ou cinquante ans, sauf trois. Je me battrai pour les collègues disparus et je poursuivrai le gouvernement, responsable d'avoir dissimulé les rapports et de ne s'être pas soucié de nous.”

 

Or à présent, les marins ne sont pas les seuls à souffrir du cancer : beaucoup de Japonais en sont atteints. Selon une statistique, chaque année 30% des décès sont dûs au cancer. Pourquoi donc tant de Japonais en meurent-ils ? Je soupçonne les substances radioactives, qui ont afflué au-dessus du Japon en provenance des sites d'essais de bombes à hydrogène, d'en être une des causes majeures. La radioactivité présente à cette époque dans les eaux de pluie était beaucoup plus forte que celle qu'a provoquée l'accident nucléaire de Fukushima.  J'ai la chance de ne pas avoir de cancer, mais autour de moi beaucoup de mes connaissances en sont - ou en ont été - atteints. Je suppose qu'en raison de la radioactivité venue des Marshall, de Bikini et de Fukushima, davantage encore de personnes en seront les victimes.

 

Les Japonais détiennent le record du monde des souffrances dues à la radioactivité, d'abord à Hiroshima, puis à Nagasaki, ensuite à Marshall/Bikini et enfin à Fukushima. Et en dépit de cela, le gouvernement va continuer à les exposer à ces  souffrances en remettant en marche les centrales nucléaires dans tout le Japon. Quelle stupidité chez les dirigeants politiques de notre pays !

 

 

400 soldats américains mettent en accusation TEPCO

 

Au cours du grand tsunami de 2011, de nombreux soldats américains ont pris part à l'opération de sauvetage nommée “Opération de l'amitié”. Quatre cents d'entre eux, qui ont travaillé sur mer au voisinage de Fukushima, ont porté plainte contre TEPCO.

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Carte de la DWD au moment de la catastrophe nucléaire

Theodore Holkomb, machiniste sur le porte-avion nucléaire "Ronald Reagan", a travaillé au nettoyage d'hélicoptères ayant subi une pollution radioactive, et a été par la suite atteint d'un cancer dont il est mort en 2014 à l'âge de trente-cinq ans.

D'après le journal de bord et les témoignages de ses amis, il est possible qu'il ait été exposé à une forte irradiation provenant d'un nuage de fumée, ou bien d'eau dessalée, en se douchant ou en mangeant. Mais le Pentagone, dans un rapport publié en 2014, a nié l'impact de la  radioactivité sur lui, car son intensité avait été négligeable.

 

Beaucoup de plaignants malades ne reçoivent aucun secours pour se soigner. L'avocat Paul Barner dit : “Sachez qu'il y a,  aux  États-Unis, de nombreux "amis" abandonnés.” TEPCO répond : “Nous agirons convenablement selon la procédure ”. (Publié dans le journal Asahi, le 19 mai 2016)

 

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Sur le même sujet dans le blog de Fukushima

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 10:38

Texte de de HORI Yasuo du 8 mai 2016 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec l'aide de Paul SIGNORET. Relecture Janick Magne.

Article original en espéranto

Aujourd'hui nous sommes le 8 mai. Plus de 3 semaines déjà se sont écoulées depuis le début des tremblements de terre de Kumamoto, or ils se poursuivent encore. Ci-dessous, voici leur nombre du 14 au 28 avril :

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

Lorsque le terrible tremblement de terre de 2011 a eu lieu, j'ai ressenti pour la première fois un séisme d'intensité 5 dans ma ville. Ce fut le plus fort séisme que j'aie éprouvé au cours des 70 dernières années. Si même les secousses de niveau 1 à 3 nous font peur, quelles inquiétudes doivent donc éprouver les habitants de Kumamoto !  

 

Voici les dommages jusqu'au 2 mai :

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

*  "Décès induits" fait allusion aux victimes décédées par manque de nourriture et de soins, ou en raison de la dégradation de leurs conditions de vie après les séismes. Beaucoup d'entre elles sont décédées des suites du "syndrome de la classe économique" (le nom vient du fait que ce syndrome atteint surtout les passagers de la classe économique sur les vols long courrier) car, contraintes de dormir dans leur voiture, elles ont été victimes d'embolies cardiaques ou cérébrales. 

 

 

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

Les dommages aux bâtiments


    J'ai été surpris en voyant à la télévision que de nombreux bâtiments en béton avaient été détruits. Beaucoup d'entre eux avaient été construits selon les anciennes normes parasismiques datant d'avant le tremblement de terre de Kōbe de janvier 1995. Les normes ont évolué après 1995, mais pour rénover et renforcer les bâtiments cela coûte cher, aussi reste-t-il encore de nombreux bâtiments insuffisamment consolidés. Cette fois-ci, ont eu lieu  deux puissants tremblements de terre successifs, auxquels ils n'ont pas pu résister.

 

 

Les dommages aux maisons


    Actuellement, on examine toutes les maisons afin de connaître leur degré de dangerosité. La préfecture de Kumamoto a fait savoir que  parmi les 35 000 maisons déjà examinées, 9 994 sont considérées comme «dangereuses» (il est dangereux d'y entrer), 11 437 comme "nécessitant des précautions" (il faut faire attention en y entrant) et 14 349 comme "sûres pour l'instant". Le nombre de maisons détruites est deux fois supérieur à celui observé lors du tremblement de terre de Chūetsu (Niigata) en 2004.

 

Des dommages énormes pour la vie à Kumamoto

 

Une enquête auprès de 19.000 réfugiés, a révélé les motifs de départ suivants :
69,5%  Par crainte des tremblements de terre
39,7%  Conditions impropres à la survie
33,3%   Logement rendu inhabitable en raison du déplacement des meubles
14,0%  Maison détruite ou endommagée
Suite à cette étude, les autorités ont conclu que 2 490 familles auraient besoin d'une nouvelle maison.

 

Champs coupés par une faille

Champs coupés par une faille

Dommages à l'agriculture


 La préfecture de Kumamoto fait savoir que son agriculture souffrirait d' une perte de 76,7 milliards de yens (767 millions d'euros) en raison des dégâts occasionnés. Dans la ville de  Mashiki, où se trouvait l'épicentre du séisme, on trouve par endroits des routes et des champs endommagés. Les conduites et les réservoirs d'eau sont également endommagés. M. Nakagawa Aritomo, 69 ans, confie ceci: «  Les champs ne seront pas irrigués, donc je ne peux pas planter de riz. Je ne peux m'empêcher de pleurer en pensant que nous ne pourrons pas voir de belles rizières cette année". Sa maison a été détruite, et maintenant il vit avec sa fille dans la ville de Kumamoto.

 

Beaucoup d'animaux d'élevage sont morts :

 

Vaches à lait

150

Bovins à viande

600

Porcs

550

Chevaux à viande

10

Volailles

540 000

 

 

Le château de Kumamoto est très endommagé


    Le château de Kumamoto, site touristique célèbre,  est le symbole de la ville. Il a été construit en 1607, mais en 1877 le bâtiment principal et d'autres parties du château ont brûlé. En 1960, il a été reconstruit. Treize bâtiments sur l'ensemble du château ont été désignés comme "biens culturels importants", mais tous ont souffert. Le bâtiment principal s'est incliné, des tuiles sont tombées et les murs en pierre ont été partiellement détruits. Le responsable du château a déclaré : "Pour  réparer le tout, il faudra plus de 10 ans et quelques dizaines de milliards de yens (plusieurs centaines de millions d'euros).

Le bâtiment principal du château de Kumamoto

Le bâtiment principal du château de Kumamoto

À la télévision, j'ai vu un programme sur la réparation d'un mur de pierre dans un autre château. On avait photographié quatre faces de toutes les pierres tombées, et on les avait remises exactement au même endroit. Maintenant, dans la préfecture de Kumamoto, on a commencé à collecter de l'argent pour la restauration, mais ces dons personnels sont des gouttelettes dans un océan, et on a absolument besoin du soutien financier de l'Etat, mais pourra-t-il fournir les sommes nécessaires ?

 

 

Les centrales nucléaires sont-elles ou resteront-elles vraiment sûres ?


   A cause des tremblements de terre, le sous-sol  s'est modifié, si bien que beaucoup craignent une nouvelle éruption du mont Aso. Les vulcanologues déclarent ne pas avoir observé d'anomalies mais les tremblements de terre ont modifié les sources chaudes. Dans 9 hôtels de la ville d'Aso, l'eau de source chaude a cessé de couler. C'est une question importante pour eux, car les touristes japonais aiment beaucoup se baigner dans les eaux thermales.

 

À proximité des failles sismiques, se trouvent deux centrales nucléaires. L'une est celle de Sendai, dont les deux réacteurs sont les seuls à fonctionner actuellement dans l'ensemble du Japon. Au cours de la semaine qui a suivi le plus gros tremblement de terre, 5 000 demandes d'arrêt de ces réacteurs sont parvenues à la Compagnie d'électricité de Kyūshū mais son président  a déclaré: "L'énergie nucléaire est une énergie nécessaire. Nous avons constaté que les réacteurs sont sûrs et nous continuerons à les exploiter. "

 

Le directeur de l'Autorité japonaise de Régulation Nucléaire, M. Tanaka, a déclaré: "Près de la centrale nucléaire de Sendai, il n'y a pas de faille active. La centrale est assez solidement construite pour résister aux tremblements de terre, il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Si un accident survenait, les habitants pourraient se réfugier plus loin ou dans des bâtiments solides. Nous  n'envisageons aucunement que tous les bâtiments, dans un rayon de 5 à 30 kilomètres, soient détruits. "

 

     Cependant, de même que personne n'avait  prévu ces tremblements de terre, on ne peut pas prévoir si d'autres puissants séismes se produiront sous la centrale. En outre, si un accident important survenait dans la centrale nucléaire, les habitants ne  pourraient pas fuir en suivant les plans d'évacuation prévus, en raison de la destruction des maisons, routes, ponts, voies ferrées, en raison aussi des routes bloquées et de la pénurie de carburant. Cette série de séismes à Kumamoto en est le témoignage. Les compagnies d'électricité et le gouvernement n'ont tiré aucune leçon de la catastrophe de Fukushima, et pour eux les vies humaines ont moins de valeur que le profit.


 

Train rapide sorti de ses rails

Train rapide sorti de ses rails

  Début mai, il y a eu beaucoup de jours fériés, et nombreux sont les gens venus à Kumamoto pour aider les réfugiés. Mais je ne pouvais rien faire sinon contribuer en donnant de l'argent. Kumamoto est très loin de chez moi, j'ai dû me contenter de suivre les événements à la télévision avec inquiétude et compassion.

 

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(Mise à jour 17/05/16)

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 17:52
Le château de Kumamoto, où des tuiles sont tombées et des murs se sont écroulés
Le château de Kumamoto, où des tuiles sont tombées et des murs se sont écroulés

Texte de de HORI Yasuo du 29 avril 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

Article original en espéranto

Le 14 avril s'est produit, dans le ken de Kumamoto de l'île méridionale de Kyushu, un grand tremblement de terre. Sa force était de magnitude 6,8 et le degré de tremblement de 7. Deux jours plus tard, le 16, au nord de l'épicentre du premier séisme, un deuxième a eu lieu; sa magnitude était de 7,3 et son degré également de 7. Jamais encore au Japon n'avaient eu lieu deux très forts séismes successifs dans une même région. De plus, c'est non seulement dans Kumamoto qu'on ressent les tremblements, mais également dans Ooita, situé plus à l'est. Il y a, aujourd'hui 29 avril, deux semaines déjà  que la terre a commencé à trembler, et cela ne cesse pas.

 

*Quand, en 2011, s'est produit le séisme qui a causé le grand raz-de-marée, j'ai senti dans ma ville un tremblement de degré 5. Et il était déjà intolérablement effrayant. Or dans Kumamoto il s'en est produit déjà une quarantaine plus forts que celui que j'avais  subi.

 

Comparez, dans le tableau ci-dessous, les nombres de secousses sismiques enregistrées à présent dans Kyushu avec ceux enregistrés pour le Japon tout entier en 2015 :

Tremblements de terre à Kumamoto

Vous pouvez comprendre, à quel point l'actuel ébranlement sismique est inhabituel.

Les Japonais sont de plus en plus soucieux d'éventuels grands tremblements de terre et renforcent les constructions, mais la survenue d'une succession de séismes d'intensité 7 n'avait pas été envisagée. Dans Kumamoto, beaucoup de maisons avaient résisté au premier fort séisme, mais ont été détruites par le deuxième. J'ai été étonné que soient ébranlés et mis hors d'usage des édifices publics tels que mairies, écoles, gymnases et des immeubles locatifs, qui avaient été pourtant solidement construits, selon les normes légales. De plus, il y a eu de grands glissements de terrain qui ont détruit voies de communication et ponts, perturbant ainsi la vie des gens.

Tremblements de terre à Kumamoto

Au Japon, on a dénombré deux mille failles actives et l'on suppose qu'elles sont en fait quatre fois plus nombreuses, mais cachées, ou bien  non détectées. Partout dans le pays se trouvent de ces failles dangereuses, dont on ne sait quand elles se réactiveront. Dans la partie inférieure de la carte de l'île de Kyushu, on observe beaucoup de petits traits rouges indiquant les failles repérées, et les séismes actuels se produisent selon des failles situées au  centre, dans une zone aux deux extrémités de laquelle est implantée une centrale nucléaire. C'est pourquoi beaucoup redoutent que ces deux centrales, Sendai et Ikata, soient en danger.

 

*En ce moment, à Sendai, deux réacteurs fonctionnent, mais à Ikata tous sont arrêtés.

Tremblements de terre à Kumamoto

Cependant l'Autorité de Régulation Nucléaire, qui est responsable de la sécurité dans les centrales, a dit que jusqu'à présent aucun problème ne s'est présenté dans l'une au l'autre des centrales en question, et qu'il n'apparaît donc pas nécessaire de les arrêter. Et c'est bien sûr avec joie que le gouvernement a suivi cette recommandation. Les centrales nucléaires offrent pourtant un danger tout particulier. Lorsqu'il s'y produit un accident grave, non seulement il est difficile de faire face à la situation, mais celle-ci risque d'empirer et de devenir non maîtrisable. C'est pourquoi, dans la presse, apparaissent seulement des opinions défavorables à l'Autorité, mais jamais de favorables.

 

Et à présent encore les séismes continuent. Beaucoup de gens ont perdu leur maison. Tous ont peur de dormir sous un toit. Nombreux sont ceux qui passent la nuit dans leur voiture, le corps recroquevillé, ce qui provoque le syndrome de la classe économique, qui a déjà causé la mort de plus d'une dizaine de personnes.

Tremblements de terre à Kumamoto

De nombreux locaux scolaires ont subi des dégâts et ne sont plus utilisables. Plus de cinq cents élèves sont déjà partis dans d'autres kens.  Kyushu est un endroit touristique très apprécié, et le mois de mai y est le plus beau des mois. Pourtant, la plupart des réservations ont déjà été annulées. La bonne nouvelle du jour est la réouverture de la voie du  rapide Shinkansen et de l'autoroute.

 

Depuis la Catastrophe Japonaise en 2011, il y a eu l'éruption du mont Ontake, en 2014, un glissement de terrain dans la ville d'Hiroshima la même année, une grande inondation dans Ibaraki en 2015, des typhons chaque année, qui ont causé de nombreuses morts et la perte de richesses. Vraiment le Japon est le pays des cataclysmes, aussi nous ne voulons plus avoir, de surcroît, un cataclysme nucléaire.

 

Sur la carte: ĉefaj aktivaj faùltoj = principales failles actives (celles-ci sont indiquées par des traits rouges)

Tremblements de terre à Kumamoto

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 17:19

Vue satellite de la centrale de Fukushima Daini

Jusqu’où ira le Japon ? Pour les JO de 2020, Tokyo aura besoin de plus d’électricité, et pour cela, il envisage de remettre en route une centrale nucléaire, soit celle de Nigata, soit celle de Fukushima Daini, située à 12 km au sud de celle de Fukushima Daiichi. Cela provoque une grande inquiétude dans cette préfecture où les habitants sont encore traumatisés et contaminés. « Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue », écrit notre rapporteur HORI Yasuo.

PF

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Réunion du 10 février 2016 à Iwaki

Texte original en espéranto

Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

et Ginette MARTIN

 

 

Le 10 février 2016

 

Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima

Le 10 février a eu lieu dans Iwaki, ville du département de Fukushima, une "Réunion pour exiger l'abandon des dix réacteurs de Fukushima". Il y a, dans Fukushima, deux centrales nucléaires. Dans la première se trouvaient - se trouvent encore - six réacteurs nucléaires, dont quatre ont été endommagés par le tsunami et dont les deux autres ont été épargnés de justesse. TEPCO a déjà décidé de les mettre tous les six au rebut, mais pour finaliser cette opération quarante années ou davantage seront nécessaires, et jusqu'à la fin ils seront dangereux, donc je ne peux utiliser les mots "se trouvaient" et "ont été abandonnés", mais je dois continuer à écrire " se trouvent" et "seront abandonnés". Dans la deuxième centrale, il y a quatre réacteurs, dont à la fois la préfecture, toutes les villes et tous les villages de Fukushima exigent l'abandon, or TEPCO et le gouvernement n'ont répondu à cette exigence que de façon nébuleuse. Au cours de cette réunion, M. Koizumi Junichirō, ancien premier ministre, et d'autres personnes avec lui ont réclamé un changement de la politique énergétique du Japon.

Ma femme et moi, accompagnés de monsieur et madame Tanji, des réfugiés qui habitaient Iwaki, avons assisté à la réunion. Mille-cinq-cent personnes y étaient venues des diverses villes du département. La plupart étaient âgées. Le 10 février étant jour ouvré, les gens pourvus d'un emploi ne pouvaient y prendre part, de ce fait les participants étaient trop vieux.

Conférence de Koizumi Junichirō

Koizumi est né le 8 janvier 1941. Il a été premier ministre entre avril 2001 et septembre 2006. Il a donc occupé le poste pendant plus de cinq ans, durée très longue en comparaison de celles d'autres premiers ministres. Il était très populaire. Durant son ministère, il a envoyé des soldats du Corps de Défense japonais prendre part à la guerre en Irak, conformément aux exigences des États-Unis, et il était partisan de la politique énergétique nucléaire.

Cependant, après l'accident nucléaire de 2011, il a changé d'attitude face à cette politique et il a commencé à agir contre elle. Lors de l'élection du président du département de Tokyo, en février 2014, il a soutenu la candidature de l'ex-premier ministre Hosokawa. Ensemble, ils ont combattu une politique énergétique basée sur l'atome, car Tokyo était le principal consommateur du courant produit à Fukushima. Malheureusement ils ont perdu, mais Koizumi continue à se battre, en donnant des conférences en divers endroits du Japon. Voici un résumé de son exposé :

 

"On me fait souvent la critique d'être à présent opposé à une politique énergétique nucléaire, à laquelle j'étais favorable quand j'étais premier ministre. C'est qu'alors, je me fiais aux assertions des scientifiques en charge du nucléaire, mais quand l'accident s'est produit, je me suis mis à étudier la chose par moi-même et j'ai constaté que j'avais été trompé par ces gens-là. Le sage chinois Confucius a dit : "N'hésitez pas à corriger votre erreur." Suivant son conseil, j'ai donc commencé à me mobiliser contre l'énergie atomique.

 

 

1.  Mensonges au sujet d'une énergie atomique "bon marché, sûre et pure"

 

Vraiment bon marché ? Aujourd'hui encore le gouvernement dit que l'électricité d'origine nucléaire est la moins chère, mais c'est faux. Le gouvernement verse des sommes considérables aux communes dans lesquelles sont installées des centrales nucléaires et, lorsqu'arrive un accident, il doit payer de lourdes indemnités. Construire des centrales nucléaires coûte cher, aussi les banques ne prêtent-elles pas  aux compagnies d'électricité sans une garantie du gouvernement. En avril  prendra fin leur monopole de production et de vente du courant, et des compagnies concurrentes arriveront alors sur ce marché. Craignant de le perdre, les compagnies demandent que l'État les subventionne. Les centrales nucléaires sont des gouffres financiers.

 

Vraiment sûre ? Quand des accidents ont eu lieu à Three Mile Island et à Tchernobyl, les spécialistes japonais et les compagnies d'électricité ont assuré que jamais il n'y en aurait d'aussi graves dans nos centrales, car celles-ci sont très sévèrement contrôlées, or j'ai appris que de très nombreux accidents s'y étaient produits. Le haut responsable de l'Autorité de Régulation Nucléaire déclare à présent : "Je n'ai jamais dit que les réacteurs approuvés sont sûrs", mais le premier ministre Abe répète, de façon infondée, que ces réacteurs ont été approuvés selon les normes les plus rigoureuses du monde.

 

Vraiment pure ? Les réacteurs japonais sont situés en bord de mer afin qu'on puisse en utiliser l'eau pour les refroidir. Cette eau contient divers êtres vivants qui à la longue pourraient boucher les canalisations. Pour nettoyer celles-ci, on emploie un produit chloré. Ce produit et la chaleur tuent la mer. Les réacteurs nucléaires polluent beaucoup le milieu.

 

 

2. Nulle part, au Japon, n'existe un dépotoir pour déchets nucléaires

 

J'ai visité Onkalo, le dépôt définitif pour déchets nucléaires de Finlande. On a construit en cet endroit un lieu de stockage de deux kilomètres carrés, sur une couche rocheuse stable, à quatre-cent mètres de profondeur. La Finlande a quatre réacteurs, mais on ne peut y stocker les déchets que de deux réacteurs seulement, et pour les deux autres on n'a pas de lieu de stockage. Le Japon est un pays volcanique, c'est pourquoi il ne s'y trouve aucun endroit aussi stable qu'en Finlande, de plus notre pays est si densément logé qu'il est impossible d'y avoir un lieu convenant au stockage.

 

3. Le Japon peut progresser sans énergie atomique

 

L'Allemagne a déclaré qu'elle devait se débarrasser de ses centrales nucléaires, mais elle n'en est pas encore débarrassée; le Japon, au contraire, n'a rien déclaré de pareil mais il a été, de fait, complètement débarrassé d'elles pendant deux ans, et presque complètement durant trois ans, avec d'abord un, puis à présent trois réacteurs en marche. Il est clair que le Japon peut progresser sans centrales nucléaires. S'il utilise désormais davantage d'énergie renouvelable, notre économie progressera. Le Japon a toujours surmonté les difficultés au cours de son histoire. Par exemple, nous avons été vaincus lors de la dernière guerre et nous avons perdu tous les territoires hors de l'archipel, et pourtant le pays progresse. Les Japonais sont capables de transformer leurs infortunes en bonnes fortunes. Supprimer les centrales nucléaires est un grand rêve, mais ce rêve n'est nullement irréalisable. Attelons-nous ensemble à la tâche !"

 

(fin du résumé)

 

Corriger ses erreurs est une bonne chose, mais pourquoi donc Koizumi n'a-t-il prêté l'oreille qu'à de mauvais conseillers ? Depuis longtemps déjà des savants honnêtes s'opposaient à l'énergie atomique et mettaient en garde contre la dangerosité des réacteurs nucléaires. Il s'est réveillé et, désormais, il agit. C'est tout à fait louable, mais je regrette qu'il ait dormi lorsqu'il était premier ministre. Il s'est démis, depuis, de ses mandats, même de celui de parlementaire. Résultat : aux yeux du mauvais premier ministre Abe, il est devenu quantité négligeable.

 

Je me suis aperçu qu'il était du même âge que moi : il est né en janvier 1942 et moi, en décembre 1941. Il s'implique vigoureusement dans l'action, donc il faut que moi aussi j'agisse vigoureusement pour sauver le Japon.

Discours du maire de Minami-Sōma, M. Sakurai Katsunobu

"La ville de Minami-Sōma compte aujourd'hui encore vingt-sept-mille réfugiés. De toutes les villes victimes du tsunami, elle est celle dont le nombre de réfugiés est le plus important. Sur ces 27 000, 9300 sont déjà sont partis loger dans d'autres villes et ne sont donc plus au nombre de nos concitoyens; mille habitent hors de la ville et les huit-mille autres habitent bien dans la ville, mais pas dans leur maison.

La ville a subi l'assaut du tsunami et 2 500 personnes ont disparu*, que nous avons dû rechercher, et ensuite s'est produit l'accident nucléaire. Cependant, ni la préfecture ni le gouvernement n'ont donné d'informations sur la situation. Ils ont considéré nos vies comme négligeables. Ils nous ont abandonnés. Nous étions tous furieux.

 

* Sur ces 2500, 997 ont été retrouvées mortes.

 

Plus tard, le 15 mars, j'ai entendu à la télévision que le réacteur n° 3 était en danger. Je savais qu'il fonctionnait au combustible mox. Si un grave accident se produisait, il s'en écoulerait du plutonium, le plus dangereux des produits radioactifs, et j'ai donc pris seul la décision d'évacuer 14 000 citadins vers la préfecture de Nīgata. Son président m'avait promis qu'il les accueillerait, car dans le Nīgata aussi se trouve une centrale de TEPCO, et il nous plaignait donc, pensant que le sort qui aujourd'hui était le mien, serait le sien demain peut-être.

 

Avant l'accident, le gouvernement avait donné consigne aux villes dans lesquelles se trouvent des centrales nucléaires de ne pas faire de plan d'évacuation des habitants dans un rayon de dix kilomètres, car cela les inquièterait. Le pouvoir croyait et faisait croire aux gens, qu'au Japon jamais il n'y aurait d'accident sérieux.

 

À cause de l'accident, le territoire de notre ville est divisé en trois catégories en fonction de la distance à la centrale nucléaire endommagée n° 1 de Fukushima, à savoir : une zone comprise dans un rayon de vingt kilomètres, une zone entre vingt et trente kilomètres et une zone au-delà de trente. Dans ce cadre, certains habitants devaient partir tout de suite, d'autres devaient attendre et d'autres encore n'avaient pas à partir, et selon ces catégories TEPCO payait - ou paie encore - une indemnité. Ce système a été la cause de grandes difficultés pour les habitants, engendrant la discorde entre eux, car la chute de matières radioactives ne se faisait pas forcément en fonction des distances. Il est arrivé que des points situés dans la zone d'au-delà de trente kilomètres étaient si pollués que les gens devaient fuir, mais TEPCO ne leur a versé aucune indemnité.

Le 11 août 2015 le réacteur nucléaire de la centrale de Sendai, dans l'île méridionale de Kyushu a été réactivé. Le premier ministre Abe a bien dit : "Tant que Fukushima ne sera pas tiré d'affaire, le Japon ne sera pas tiré d'affaire.", mais s'il le croit vraiment, pourquoi a-t-il approuvé la remise en marche de ce réacteur? La préfecture de Fukushima et ses 59 villes et villages exigent l'abandon des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2. Or le gouvernement ne leur a jamais répondu clairement. La compagnie TEPCO dit que, le pouvoir ne se prononçant pas nettement, elle ne peut pas, elle, prendre de décision. Je les soupçonne, l'une et l'autre, de vouloir remettre en route ces quatre réacteurs.

 

TEPCO n'a pas le droit, ni le pouvoir de faire refonctionner ces réacteurs. Dix jours après la survenue de l'accident, l'un de ses responsables nous a rendu visite. Pourquoi ne sont-ils pas venus tout de suite dans notre ville? Quand nous sommes allés voir le président de la compagnie, à Tokyo, pour lui poser des questions, il nous a salués dans le couloir mais ne nous a pas fait entrer dans son bureau. Pourquoi ne nous a-t-il pas demandé pardon en personne pour l'accident ? TEPCO a dit qu'aucune des victimes n'a trouvé la mort. Cette compagnie n'a ni compétence, ni honnêteté, ni capacité, en tant que future productrice d'électricité par réacteurs nucléaires.

 

La ville de Minami-Sōma s'est déclarée, en mars 2015, ville sans centrale nucléaire, plaçant son espoir dans un monde fondé sur une énergie renouvelable. Ensemble, faisons naître un tel monde !"

 

(Fin du disours)

 

J'ai été très ému par le discours du maire. À plusieurs reprises déjà, j'avais visité cette ville. Elle souffre vraiment des suites du séisme, du tsunami, de l'accident nucléaire et du discrédit qui s'attache au nom de Fukushima. En voyant l'état misérable de la ville et de ses habitants, ma fureur à l'égard de l'accident nucléaire et de la politique énergétique du gouvernement actuel s'est accrue jusqu'à l'exaspération.  C'est pourquoi j'ai écouté son discours avec une telle émotion.

 

Au sujet de la centrale n°2, l'intervenant suivant a dit : "Le gouvernement redoute que l'électricité ne manque lors des Jeux Olympiques de 2020. C'est pourquoi il veut disposer du courant de la centrale nucléaire n°2 de Fukushima."

 

Auparavant, 32% de l'électricité qu'utilisait Tokyo provenait du département de Fukushima et 20%, du département de Nīgata. C'est dans ce dernier que se trouve la centrale nucléaire Kashiwazaki-Kariwa de TEPCO, qui a sept réacteurs et dont la capacité totale de production était de 8,21 millions de kilowatts. C'était alors la quantité la plus grande du monde, mais en juillet 2007 il y eut dans la mer de Nīgata un grand  séisme et la centrale fut sinistrée et s'arrêta. Le président du département, Izumida, n'a pas confiance dans TEPCO à cause de fréquents agissements déloyaux de la compagnie, si bien qu'il n'autorise pas le redémarrage, exigeant qu'auparavant elle  recherche les causes de l'accident de Fukushima. Il est sûr que les dirigeants font pression sur le gouverneur de la préfecture, mais jusqu'à présent ils n'ont pas réussi à le convaincre. Il se peut qu'en 2020 également il leur soit difficile d'obtenir du courant de Nīgata.

Ils veulent donc garder Fukushima comme solution de rechange. Jusqu'aux Jeux Olympiques, le pouvoir va tenter de faire plier Nīgata ou Fukushima par la menace, par l'argent, et par l'intrigue.

 

En fin de réunion, nous avons adopté une résolution dans laquelle étaient mentionnés les points suivants :

 

1.  D'après le recensement, le nombre d'habitants dans les villes proches de la centrale nucléaire n°1 mentionnées ci-dessous est :

Namie: 0                 Ōkuma: 0             Fukata: 0

Tomioka: 0              Ītate: 41                Katsurao: 18

Dans l'histoire moderne du Japon, jamais une telle situation ne s'était présentée, même lors de la deuxième guerre mondiale, au cours de laquelle périrent 62 000 habitants de Fukushima.

 

2. Cinq lycées de la région côtière seront temporairement fermés (pendant de nombreuses années, peut-être).

 

La résolution s'achevait sur ces mots :

Nous tous, ayant été évacués ou non, réfugiés ou non, étant revenus ou non, tâchons de nous comprendre les uns les autres, main dans la main, et renforçons-nous dans notre volonté de ne plus voir jamais se produire d'accidents nucléaires.

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:52
Rapport de HORI Yasuo du 10 janvier 2016

Texte de de HORI Yasuo du 10 janvier 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN

  • Fête de la maturité à Fukushima
  • Fête dans la ville de Naraha
  • Paroles de deux jeunes femmes
  • La population des villes sinistrées a diminué
  • Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000
  • Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

Article original en espéranto

Fête de la maturité à Fukushima

 

Les 10 et 11 janvier, dans de nombreuses villes, est organisée une Fête de la majorité, à laquelle sont invités les jeunes garçons et les jeunes filles qui ont atteint ou atteindront leurs vingt ans entre avril 2015 et mars 2016.

 

Fête dans la ville de Naraha

 

Dans Naraha, ville de la préfecture de Fukushima, sur les 88 jeunes gens invités, 73 sont venus fêter leur majorité.  C'était la première fois, depuis la Catastrophe, que cette fête avait lieu dans leur propre ville. Depuis la survenue de l'accident nucléaire, en mars 2011, jusqu'en septembre dernier les habitants de Naraha n'ont pas eu le droit de loger dans leur ville en raison de l'intensité radioactive qui y régnait. À présent, ils ont de nouveau ce droit, mais seuls 421 sur les 7 363 habitants sont revenus y loger (dernières données :978). En de nombreux endroits la ville est polluée, c'est pourquoi les jeunes couples avec enfants ne veulent pas y revenir. De plus, beaucoup ont recommencé une nouvelle vie ailleurs, et leurs enfants, habitués à leur nouvelle école, ne veulent pas en changer. Il est donc certain que la plupart des jeunes gens participant à la fête venaient d'ailleurs.

 

Les villes dans lesquelles il est interdit d'habiter ont fait leur fête dans d'autres villes : Ōkuma l'a organisée à Uwaki, le village de Ītate dans la ville de Fukushima, Namie dans Nihonmatsu et Tomioka dans Kōriyama.

 

Paroles de deux jeunes femmes

 

Mme Miyake Shiori, de Naraha : "J'habitais un logement de l'Association Japonaise de Foot-ball, dans Naraha, et je m'entraînais pour devenir joueuse. Lorsque s'est produite la Catastrophe, nous venions tout juste d'avoir la cérémonie de fin d'année scolaire du collège. J'avais l'intention de jouer avec mes amis pendant l'après-midi mais, du fait de la Catastrophe, je n'ai pas pu revenir chez moi et j'ai passé la nuit dans une auto. Le lendemain a eu lieu l'accident nucléaire. Nous avons quitté notre maison et nous nous sommes réfugiés dans l'île d'Hokkaido. Si l'accident ne s'était pas produit, j'aurais pu demeurer à Naraha. À présent je joue dans le club de foot de la ville de Kōbe. Mon rêve est d'intégrer l'équipe nationale."

 

Melle Tanaka Ayumi, de Namie : "J'étais très inquiète quand j'ai été séparée de mes amis à cause de l'accident nucléaire, mais grâce au soutien de nombreuses personnes j'ai pu entrer dans un lycée et ensuite dans une université. Comme réfugiée, j'ai pris conscience de la valeur de l'alimentation et j'ai commencé à me féliciter d'avoir à manger. Je veux devenir enseignante d'art ménager dans un collège. Et j'ai bien l'intention de revenir un jour chez moi afin de contribuer à la renaissance de ma ville."

 

La population des villes sinistrées a diminué

 

   Le 28 décembre 2015, les préfectures de Iwate, Miyagi et Fukushima ont publié une statistique portant sur le nombre d'habitants des villes situées le long du rivage de l'Océan Pacifique, à la date du 4 octobre. La diminution du nombre d'habitants y a été la suivante :

 

Pour la préfecture de Iwate : moins 3,6%

    - ville d'Ōtsuchi: moins 23,5%

    - ville de Rikuzen-Takata : moins 15,2%

    - ville de Yamada: moins 15,0%

Pour la préfecture de Miyagi : moins 0,6%

    - ville d'Onagawa: moins 37,0%

    - ville de Minami-Sanriku: moins 29,0%

    - ville d'Yamamoto: moins 26,3%

 

Les responsables départementaux redoutent que, lors de la statistique de 2020, le nombre d'habitants n'ait diminué de façon drastique, en raison du départ de nombreux ouvriers occupés actuellement à la reconstruction de ces trois préfectures.

 

La population de la préfectrure de Fukushima également diminue :

Pour toute la préfecture : moins 5,7%

Dans les villes habitables, la population a ainsi diminué :

    - ville de Naraha:  moins 87,3%

    - ville de Kawauchi: moins 28,3%

    - ville de Hirono: moins 20,2%

 

Les habitants ne peuvent revenir dans ces villes à cause du manque de conditions de vie convenables et de la peur des radiations.

Dans les villes inhabitables en raison de la radioactivité, le nombre d'habitants est :

    - Ōkuma: 0

    - Futaba: 0

    - Tomioka: 0

    - Namie: 0

    - Katsurao: 18

    - Ītate: 41

 

Le nombre des décès liés à l'accident nucléaire dans la préfecture de Fukushima excède 2000

 

Le 28 décembre, la préfecture de Fukushima a publié une information selon laquelle le nombre de décès imputables à la Catastrophe (en fait, essentiellement à l'accident nucléaire) a été supérieur à 2000. Cette préfecture compte encore 101 000 personnes réfugiées, vivant soit à l'intérieur soit hors de son territoire. Ces gens souffrent à cause des conditions de vie difficiles et de la désespérance, qui accélèrent leur mort.   Selon une statistique du gouvernement, ces décès se montent à 455 dans  celle d’Iwate et à 918 dans celle de Miyagi, donc la préfecture de Fukushima est en tête. Au total 3835 personnes sont mortes à cause de la Catastrophe, dont 2007 sont décédées par la suite, au cours de leur fuite et de leur vie ultérieure.

 

Les compagnies d'électricité veulent remettre en route davantage de réacteurs nucléaires

 

L'an dernier déjà, les réacteurs n° 1 et 2 de la centrale nucléaire de Sendai, située dans la partie méridionale de l'île de Kyushu, ont été remis en route. Le 29 janvier 2016, la Compagnie d'électricité du Kansai a remis en marche le réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Takahama, dans la préfecture de Fukui. Ce réacteur fonctionne au combustible MOX, il est donc plus dangereux. La Compagnie d'électricité Shikoku envisage la remise en marche du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire Ikata en avril.

 

À compter d'avril, le monopole de vente d'électricité de neuf compagnies prendra fin, et par suite arriveront sur ce marché de nouvelles compagnies à bas coût, c'est pourquoi les compagnies veulent avoir la possibilité de produire du courant, apparemment moins cher, avec les réacteurs nucléaires.

 

La Compagnie d'électricité Chūbu veut, elle aussi, faire fonctionner un réacteur à Hamaoka, dans la préfecture de Shizuoka. Cette centrale se trouve dans la ville de Omaezaki, en un point où la plaque des Philippines et celle d'Amérique du Nord entrent en collision. Tout de suite après le séisme de 2011, le premier ministre d'alors y fit arrêter le fonctionnement du réacteur, car celui-ci était situé en un lieu trop dangereux, mais le gouvernement actuel en a approuvé la remise en marche, à condition que la compagnie construise une digue assez grande pour résister aux futurs grands tsunamis.

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

Digue de la centrale de Hamaoka (photo Asahi Shiimbun)

 

Le 26 décembre, cette digue a été achevée. Elle a une hauteur de 22 mètres et une longueur de 2,2 km. L'ensemble des travaux préparatoires à la mise en route du réacteur n° 4  sera terminé en septembre 2016 et en septembre 2017 le réacteur n° 3 sera prêt à son tour.

 

Voyez la photo ci-dessus : même si la digue résiste aux tsunamis, le fonctionnement des réacteurs pourra être entravé par les séismes énormes qui auront précédé ces énormes raz-de-marée. Les réacteurs nucléaires sont composés de beaucoup de très longs tubes. Si ces derniers sont endommagés, une grande catastrophe s'ensuivra. La centrale nucléaire de Hamaoka est peut-être la plus dangereuse de toutes les centrales du monde entier. Pourquoi le gouvernement va-t-il approuver sa remise en fonction ? Il continue à croire à la sécurité de l’énergie nucléaire, tout comme avant la catastrophe de Fukushima. A ses yeux, l’économie importe d’avantage que la vie des gens. Et pourtant, quand survient un cataclysme, tout est perdu : et l’économie, et la vie.

 

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 13:30

Rapports de HORI Yasuo traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l'aide de Paul SIGNORET

Les 14 et 15 octobre 2015

 

Petit voyage à la ville de Minami-Sōma


    Accompagné d'un jeune népalais, Pradip, j'ai visité la ville de Minami-Sōma du département de Fukushima. Cette ville se compose de 3 districts. Le district le plus méridional, Odaka, est situé dans un rayon de 20 kilomètres de la centrale nucléaire n°1 endommagée de Fukushima, c'est la raison pour laquelle les habitants n'ont pas le droit d'y vivre. Dans le quartier central de Haramachi, autrefois déserté en raison de l'accident, à présent les gens vivent de façon apparemment normale. Dans mon cœur, il reste toujours une image de l'école élémentaire d'Odaka, dont les élèves ont tous émigré en divers endroits éloignés et ne sont jamais revenus, après avoir laissé leurs affaires dans les salles de classe. Je voulais que Pradip voie et sente lui aussi cette tragédie.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Ce cimetière à présent détruit

 

    Le 14 octobre à 8 heures, nous sommes arrivés à la gare de la ville de Minami-Sōma par le bus de la ville de Fukushima. À côté de la gare, nous avons emprunté des vélos gratuitement. Actuellement au Japon, dans toutes les gares principales, on met à disposition des vélos gratuitement ou presque. Ici, ce service fonctionnait déjà avant 9 heures. Les vélos n'étaient pas en bon état, donc c'est avec un peu de mécontentement que nous sommes partis vers le bord de mer de la ville.

 

    Mon plan était de faire du vélo le long de la côte du quartier d'Odaka, mais cela était tout à fait impossible, parce qu'ici on construit un grand barrage anti-tsunami, de sorte que la route était bloquée. Selon moi, il est plus important de construire rapidement des logements décents pour les sinistrés qu'un barrage pour protéger un désert inhabité, mais pour le gouvernement il importe davantage de faire profiter  les grandes entreprises.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Dans la photo ci-dessus, vous pouvez voir des sacs noirs à gauche sous la digue en construction. J'ai oublié de mesurer leur radioactivité, donc je ne veux pas m'avancer, mais je soupçonne qu'ils contiennent de la terre radioactive, parce qu'ils sont très semblables à ceux que l'on peut trouver partout à Fukushima et qui eux en contiennent.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Nous ne pouvions pas aller plus loin, alors nous sommes allés dans une autre direction, et avons trouvé une nouvelle statue de Bouddha au loin. Je me suis souvenu que là, auparavant, il y avait un cimetière détruit (photo).

 

J'avais déjà vu un grand nombre de cimetières dans les villes détruites, mais celui-ci était le plus misérable et le plus attristant, il avait perdu presque toutes ses pierres tombales. Avant l'attaque du tsunami, il était entouré de verdure comme un parc, mais après, il était au centre d'un désert. S'y dressaient des statues de Bouddha sans tête et sans bras, mais à présent, à ma grande joie, il était reconstruit, quoique peu de tombes aient été restaurées.

 

Selon la pancarte dans le cimetière, grâce à une loi nouvelle destinée à venir en aide aux villes sinistrées, les propriétaires de ce cimetière ont reçu 112 millions de yens de subvention (1,12 millions d'euros) de la ville de Minami-Sōma  (provenant peut-être du budget de l'Etat). Cependant, il est sûr que les propriétaires de tombes devront rembourser la totalité ou une partie de la dette. Est-ce que tous voudront retrouver leur tombe ici, après la perte de leur maison? Certes, il y a des familles qui ne veulent ou ne peuvent plus avoir de tombes ici. Apparemment, le cimetière magnifiquement réarrangé est un espoir pour eux, mais en réalité il est difficile de le maintenir.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Là trois hommes étaient au travail. Je leur ai demandé où ils avaient mis ou jeté les vieilles pierres tombales. Ils ont répondu qu'ils les avaient mises en pièces et enterrées sous le cimetière récemment refait.

 

   La pâtisserie Watanabe dans le quartier  d'Odaka


    Bientôt nous sommes arrivés au quartier d'Odaka. La gare a été recouverte de bâches et sur la voie quelques personnes travaillaient, donc d'ici peu de temps le service ferroviaire fonctionnera à nouveau.

   En face de la gare il y a un magasin qui s'appelle Engawa. Il y a quelques semaines, j'ai vu à la télévision qu'il était ouvert et qu'un pâtissier, M. Watanabe, avait commencé à y vendre des gâteaux. Quand j'ai vu ces nouvelles, j'ai pleuré d'émotion.

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Ce M. Watanabe avait, et a de nouveau, sa fabrique de gâteaux dans ce quartier. Lorsque je l'ai visité en juin 2012, devant elle se trouvait un tableau noir sur lequel il avait écrit à la craie: «Je reviendrai très certainement à Odaka", et en 2013 sa phrase avait disparu. J'avais regardé ce tableau avec un sentiment de tristesse, aussi, lorsque j'ai vu à la télévision qu'il avait ouvert une nouvelle fabrique de gâteaux dans le quartier de Hamarachi et qu'il vendait des gâteaux également dans ce magasin, ce fut une énorme joie pour moi. Maintenant, au lieu du tableau noir, pend à la base du toit une grande toile avec le slogan: "La confiserie Watanabe va sûrement revivre avec les habitants d'Odaka".

Je suis entré dans le magasin et j'ai acheté 10 gâteaux. Je comptais visiter sa nouvelle fabrique, mais le vendeur m'a dit que le lendemain elle serait fermée, donc j'ai renoncé à la visiter.

 

L'école primaire d'Odaka


    Mon autre objectif était l'école élémentaire d'Odaka.
La catastrophe a eu lieu le vendredi 11 mars. Tous les élèves sont rentrés chez eux à la hâte, laissant leurs affaires dans la salle de classe. Lors de l'été 2012, on a permis aux habitants de pénétrer dans le quartier. Les instituteurs sont revenus et ont mis en ordre les salles de classe. Ils ont rassemblé les affaires des élèves et les ont mises sur leurs tables respectives. Plus tard certains élèves sont revenus et ont emporté leurs propres affaires, mais lorsque je suis venu moi-même ici en août 2013, dans toutes les salles on voyait 6 ou 7 tables où il restait des affaires. Ces élèves ne sont jamais revenus ici. Sur les tableaux noirs on lisait les paroles encourageantes et touchantes des instituteurs. À côté  se trouvaient quelques mots des élèves, par exemple: «Je veux revoir mes amis", "Je vis maintenant dans la ville de Sagae dans le département de Miyagi".

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

J'ai regardé dans les salles de classe du premier étage. Ce sont des salles pour les élèves de CP ou CE1. Comme auparavant, il restait des affaires sur les tables. Ils ne sont jamais revenus à leur école. Les garçons et filles qui étaient en CP en 2011 sont maintenant en CM1, et les enfants du cours supérieur sont maintenant au collège. Quel genre de vie ont-ils? Se sont-ils bien adaptés à leur  nouvelle vie? Ne souffrent-ils pas d'un problème de santé mentale? La première fois que j'ai vu les tables  avec les affaires, j'ai pleuré, et j'ai détesté le gouvernement et les compagnies d'électricité qui ont introduit l'énergie nucléaire au Japon et infligent une souffrance à des élèves innocents sans aucunement faire leur autocritique.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

 Les écoles élémentaires de Fukushima sont très belles. L'école élémentaire d'Odaka est également magnifique avec de beaux bas-reliefs. Mais elle se dresse solitaire sans les voix enjouées des élèves. Dans le jardin d'une maison voisine, de beaux kakis sont en fruits. Tout est beau, mais tout est triste sous le ciel d'automne.

 

    Le Cimetière-Parc de Minami-Sōma


    Dans la matinée du 15, nous sommes allés au Cimetière-Parc sur une colline de Minami-Sōma. Ici se dresse une statue de kamikaze, parce que dans cette ville, pendant la guerre, il y avait un aérodrome pour les kamikazes. Quand je suis arrivé ici en 2013, la force de la radioactivité était  de 0,451 microsievert/h (selon la loi, il faut nettoyer les sites dont la radioactivité dépasse 0,23 microsievert/h). Cette fois j'ai mesuré, et le chiffre était 0,412 µSv/h.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Quand nous sommes revenus, nous avons trouvé de nombreux sacs noirs sur la colline. Je me suis approché et j'ai vu que sur chaque sac étaient inscrites la nature du contenu et son intensité radioactive. Sur la photo de droite, sur trois sacs au centre, on lit

"0,29 microsievert", "0,29" et "0,32" et "le mot "terre" (土)".

 

Sur un sac était collée une étiquette, sur laquelle on lisait quatre avertissements pour l'utilisation. L'un d'eux disait: "Nous ne devons pas laisser le sac au soleil, mais à l'intérieur d'une pièce" et "La limite d'utilisation est de trois ans". Partout dans Fukushima on conserve les sacs en plein air. En été, la température en surface va devenir élevée, peut-être plus de 60, plus de 70 degrés. Déjà de nombreux sacs ont quatre ans d'âge. Est-ce qu'ils ne sont pas endommagés? La terre et l'herbe polluées ne sortent-elles pas déjà et ne s'envolent-elles pas? Les travailleurs ne souffrent-ils pas à cause de la radioactivité?

 

       Comment gère-t-on la conservation de ces sacs sur la durée?

 

 Le 15, nous sommes retournés à la ville de Fukushima et avons visité l'entrepôt sur la colline de Shinobu, à 15 minutes à pied de la gare de Fukushima. Tout autour il y a beaucoup de maisons et même le bureau des affaires juridiques.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

On conserve des sacs sur quatre étages sous une énorme bâche verte. Combien de sacs sont-ils stockés et jusqu'à quand ? Le gouvernement prévoit maintenant de construire un dépôt temporaire dans les villes voisines de la centrale n°1 de Fukushima, mais il est difficile d'obtenir des terrains pour cela, car les gens ne veulent pas vendre leurs terres et champs hérités de leurs ancêtres. Le gouvernement promet d'emporter hors du département, au bout de trente ans, les déchets pollués collectés, mais personne ne croit à cette promesse insensée, car aucune ville hors de Fukushima ne les acceptera.

 

Ensuite, Pradip et moi avons marché autour de la colline. Dans les ruelles, les enfants jouaient avec leurs mères. J'ai regardé en cachette mon radiamètre dans ma poche, et j'ai trouvé 0,30 microsievert/h de radioactivité. Cet endroit a déjà été nettoyé, mais il est toujours fortement radioactif. Puis j'ai fait une mesure au petit ruisseau, où auparavant le chiffre était de 12 microsieverts/h. Voir la photo ci-dessous.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Sur l'écran s'affiche non pas 0,100 mais 10,0 µSv/h.  J'ai mesuré dans de nombreux endroits, mais nulle part il n'y avait une aussi forte radioactivité. Tout à côté, le chiffre tombait à 1 microsievert/h. Pourquoi à cet endroit seulement est-ce si radioactif, me suis-je étonné.

Vraiment l'accident nucléaire nous a posé des  problèmes insolubles. Certes Pradip se sentait heureux parce qu'il vit dans un pays sans énergie nucléaire, le Népal.

 

     Suite de l'épisode


    Une semaine après mon petit voyage, le 21 octobre, je suis allé à la maison de retraite de ma ville, et j'y ai joué un concert avec des instruments intéressants de diverses parties du monde. Un coup de téléphone de ma femme m'est arrivé et elle me disait ceci: «Bientôt, va venir à la maison de retraite une dame qui s'appelle Watanabe, de Fukushima, et elle veut te rencontrer." Je ne savais pas qui elle est. Bientôt elle est venue et m'a salué: «Je suis la femme du pâtissier Watanabe. Je suis venue vous remercier". Après avoir vu cette émission de télévision sur le pâtissier Watanabe, j'avais envoyé mon livre de photos "Souvenirs de la catastrophe japonaise" avec une lettre pour lui, car sur le livre on voit apparaître sa pâtisserie. Sa femme avait été très émue par le livre et ma lettre, et elle avait décidé de venir me voir à l'occasion d'une visite à son fils qui travaille dans ma ville comme  apprenti pâtissier.

   Le pâtissier Watanabe a travaillé pendant un an à Tokyo après la catastrophe, mais il s'est énervé des difficultés de la vie et a ressenti un fort désir de rouvrir sa fabrique de gâteaux à Minami-Sōma. Le couple est revenu en décembre dernier et a réussi à rouvrir celle-ci dans le quartier de Haramachi.

      Son fils a dû arrêter ses études à l'université et il apprend maintenant le métier de pâtissier, et le hasard a fait que ce soit dans ma ville de Maebashi. Il y a deux jours, il est tombé malade, sa mère est donc venue auprès de lui et a profité de l'occasion pour me rendre visite. Sa fille, lorsque l'accident nucléaire est arrivé, fréquentait l'école secondaire supérieure d'Ōkuma, où se trouve la centrale nucléaire n°1. Avec sa famille, elle a fui dans une autre ville et elle y a fréquenté une école dans laquelle elle a eu du mal à s'intégrer. Ses affaires sont restées dans son ancienne école, comme celles des élèves de l'école élémentaire d'Odaka.  

    Quand les gens n'y habitent pas, une maison se dégrade facilement. Dans la fabrique de gâteaux Watanabe à Odaka, les planchers s'étaient effondrés. Tout devient vieux. En outre les rats s'y emploient. Mme Wanatabe a dit que sans réparations à grande échelle, le bâtiment ne sera pas utilisable.

    À la télévision son mari est apparu deux fois, mais l'émission n'a couvert que la région de Kantō, de sorte qu'elle n'a pas vu ces programmes. Mais quelques personnes de Kantō sont venues acheter des gâteaux dans sa pâtisserie.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

Lorsqu'elle a reçu mon livre et ma lettre écrite au pinceau et à l'encre de Chine, elle a été très émue et réconfortée en voyant que des gens soutenaient son entreprise.

Sa visite a été une grande joie pour moi. Envoyer mon livre et écrire une lettre est une aide minuscule, mais cette aide est nécessaire. Entre la fabrique de gâteaux et moi est né un nouveau lien humain, à savoir l'amitié,  de laquelle doit naître du bien dans notre société.

 

 

___________________

 

 

Le 3 décembre 2015

 

 Visite du site de maisons provisoires à Motomiya


    Les 2 et 3 décembre 2015 a eu lieu la fête de Zamenhof organisée par la société d'Espéranto du département de Fukushima. Je suis quasiment un membre de cette société, vivant dans le département voisin, le Gunma. Le 2 décembre, nous avons passé la nuit aux Thermes de la source chaude de Dake, et le 3, j'ai fait un peu de tourisme dans la ville de Nihonmatsu, et  l'après-midi, je suis allé à Motomiya, une ville voisine.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

 

     Dans le cadre de mon action d'aide aux victimes de la Catastrophe, j'ai rencontré des gens que je n'aurais jamais rencontrés si la catastrophe n'avait pas eu lieu. Par l'intermédiaire d'une enseignante, dans le département de Fukushima j'ai rencontré Mme Tachibana, réfugiée en provenance de la ville de Namie proche de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, et qui vit maintenant dans la ville de Motomiya.

Il y a deux ans, elle a publié une brochure sur sa vie. Je l'ai eue par hasard et ensuite j'en ai acheté vingt copies pour les vendre à mes connaissances dans ma ville. Elle y décrit ainsi sa carrière:
   Je suis née en 1939, en Mandchourie, dans la Chine nord-orientale,  colonisée alors par le Japon. Je suis revenue au Japon en 1946.

Ensuite, pendant 37 ans, j'ai travaillé dans la ville de Namie comme professeur d'anglais. J'ai agi pour la paix et la démocratie en tant que syndicaliste.
   En 2000, mon travail  a pris fin.

   Le 11 mars 2011 a eu lieu la catastrophe. J'ai souffert à cause de l'accident nucléaire et j'ai déménagé pour la ville  de Motomiya.

 

Après l'accident nucléaire, elle a vécu sa vie de réfugiée ainsi:

 

Dates

Lieux de refuge

Le 11 mars 2011

Centre de repos dans la ville de Namie.

Du 12 au 14 mars

Lieu de rassemblement du quartier de Tsushima à Namie.

Le 15 mars

Gymnase de la ville de  Nihonmatsu.

Du 16 au 18 mars

Chez un de ses amis.

Du 19 mars au 5 avril

Chez sa soeur dans le département de Kanagawa.

Du 6 au 30 avril

Chez son frère dans le département de Kanagawa.

Du 1er mai au 6 mai

Hôtel dans la ville de Kōriyama.

Du 7 mai au 6 octobre

Villa d'une amie à Motomiya

Du 27 octobre 2011 au 25 juin 2012

Maison provisoire à Motomiya.

Du 25 juin 2012 jusqu'à maintenant

Autre maison provisoire plus grande dans le même quartier.

 

 

 Une vie de réfugiée très dure ! Tous les réfugiés disent qu'ils ont déménagé au moins 5 ou 6 fois d'un endroit à l'autre. Mme Tachibana nomme sa vie nomade actuelle comme étant la deuxième que le pouvoir lui a imposée. La première fois, elle a vécu une expérience semblable en Mandchourie après la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les  Japonais immigrés ont été abandonnés face aux attaques des soldats soviétiques.

Après l'accident nucléaire, la ville de Namie est devenue inhabitable, alors l'administration municipale a été transférée à Nihonmatsu et tous les habitants sont à présent dispersés dans 31 sites provisoires (voir ci-dessous) dans 11 villes du département de Fukushima. Bien sûr, en outre il y a des citadins qui ont trouvé refuge dans d'autres départements, et même à l'étranger.

 

 

Kōri                        1 site

Nihonmatsu          11 sites

Fukushima              8 sites

Motomiya             7 sites

Sōma                    1 site

Kawamata            2 sites

Minami-Sōoma     1 site

 

En tout                  31 sites

 

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

    Le site de logements provisoires, dans le quartier de Takagi de la ville de Motomiya est l'un de ces trente-et-un sites. Dans ce lotissement, on peut trouver 3 types de logements : des F1 (une chambre et une cuisine, salle de bains et toilettes, pour une personne seule), des F2 (deux chambres, etc., pour 2 personnes ) et des F3 (3 chambres, etc., pour plus de 2 personnes). Initialement vivaient là 62 familles, mais maintenant il en reste 35. Mme Tachibana réside maintenant dans une maison F3, elle a déménagé de la maison F2 lorsque des maisons F 3 ont été libérées.
( à gauche: plan du site provisoire de Takagi)

 

     Visite au domicile provisoire de madame Tochibana


    Le 3 décembre à 1 heure, madame Tochibana est venue à ma rencontre à la gare de Motomiya. Sa voiture m'a emmené à la région montagneuse, où se trouvent les installations sportives de la ville. On a construit l'ensemble des logements dans son parc. Là, des rangées de maisons sont alignées. Elle a arrêté la voiture à l'endroit prévu pour la rencontre (espéranto), et sa maison était toute proche. Je voulais en voir l'intérieur, mais elle ne m'a pas invité à y entrer. La photo du bas montre une entrée de sa maison.

Visites à Minami-Soma et Motomiya à l’automne 2015

   A côté de la salle de rencontre, stationnaient des chasse-neige. J'ai été surpris de ce qu'a dit Mme Tachibana à propos des chutes de neige ici: "En janvier il a beaucoup neigé et la couche a atteint un mètre de hauteur." Dans la ville de Namie, il ne neige presque jamais, si bien que les réfugiés ont certainement été consternés par autant de neige.

        J'avais par avance annoncé ma visite et la présentation de mon concert d'instruments du monde,  si bien que lorsque je suis arrivé à l'endroit de la rencontre, trois hommes et quatre femmes s'étaient déjà rassemblés. J'ai été étonné de voir qu'ils étaient d'âge moyen. Sont-ils sans emploi ou bien travaillent-ils de nuit ? Pendant 90 minutes, je leur ai montré mes talents et je les ai divertis, mais ils ne se sont jamais déridés, probablement en raison d'insatisfaction et de préoccupations au sujet de leurs conditions de vie.

 

       Grande colère de son ancien élève


       J'avais décidé de partir à 3h20, dans la voiture d'un ancien élève de Mme Tachibana. En attendant, j'avais un peu de temps libre, alors je me suis promené sur le terrain et lui ai demandé quelle était la mesure de la radioactivité à cet endroit, et il a montré les chiffres sur le panneau d'affichage, à côté de la salle de réunion. Les chiffres étaient d'environ 0,18 microsievert/h, donc moins que la norme maximale permise de 0,23 µSv/h. Il a dit: "On a nettoyé le terrain du lotissement, si bien que les chiffres ne sont pas très élevés, mais ... viens chez moi." Il m'a conduit à sa maison. Derrière elle, se trouvait une petite prairie entourée d'une clôture. "On n'a pas  nettoyé ce lieu, alors le chiffre est élevé". J'ai tendu mon bras avec le dosimètre au-dessus de la prairie, et le chiffre est immédiatement monté à 0,24 µSv/h.

     Il m'a ensuite conduit à un autre endroit, en dehors de la clôture, où les habitants peuvent se promener librement. J'y ai mesuré la radioactivité, et le chiffre a atteint aussitôt 0,80 µSv/h. Il m'a dit en colère : "Nous nous sommes réfugiés ici en quittant ma ville de Namie, parce que Namie était polluée par la radioactivité. Pourquoi devons-nous habiter à nouveau dans un endroit contaminé? Dans la ville de Namie, on trouve maintenant des quartiers moins contaminés qu'ici". Il a demandé à la ville de Motomiya que l'on nettoie les alentours du lotissement provisoire, mais la ville a répondu que la terre appartenait à l'Etat, si bien qu'elle ne pouvait rien faire. Il a ensuite demandé à la ville de transférer sa demande à l'Etat, mais la réponse n'est pas venue.

Le champ est dépollué, mais au-delà du champ c'est pollué.

Le champ est dépollué, mais au-delà du champ c'est pollué.

      Dans la voiture qui me conduisait à la gare, sa colère ne s'est pas calmée. "Auparavant j'avais ma petite entreprise de réparation automobile, mais ici je ne peux pas travailler. Ma vie dépend des indemnités de TEPCO, mais dans deux ans, elles ne me seront plus payées. Je devrai partir de la maison provisoire pour aller ailleurs, parce que le droit au logement va expirer dans 2-3 ans. Le gouvernement et TEPCO attendent certainement notre mort. Si nous venons à mourir, ils n'auront plus besoin de nous payer les indemnités. Ils ne se soucient pas de nos plaintes ni de nos critiques. Les gens d'ici ne nous aiment pas car ils croient, à tort, que nous recevons de grosses indemnités. Je voudrais leur dire que je leur donnerais volontiers cet argent et la maison provisoire, s'ils me donnent leur maison en échange."

 

 Ce  site de logements provisoires isolé est situé dans la montagne, comme si on l'avait mis au ban de la société. Les habitants ne peuvent pas jouir des droits garantis par la Constitution japonaise. Mme Tachibana dit ceci : "Le gouvernement et TEPCO utilisent habilement l'argent pour créer la discrimination et l'hostilité entre les réfugiés et le reste de la population. Si nous nous battons entre nous, eux peuvent être tranquilles, car plus personne ne les critiquera. Il y a des gens rusés, et dans le gouvernement, et chez TEPCO ". Il est compréhensible que Mme Tachibana et son ancien élève soient en colère contre eux. Mme Tachibana se bat contre eux, mais cet ancien élève est pessimiste quant aux résultats de son combat. Il dit: "Elle se bat en cour de justice, mais cela ne les touche pas du tout. Dans quelques années, son combat prendra fin dans l'incertitude et sans résultat".

 

Auparavant Mme Tachibana m'avait dit: "Je ne partirai pas de la maison provisoire et je verrai ce qui arrivera à la fin." Il m'a semblé qu'elle n'avait pas encore perdu sa combativité, mais elle a déjà 76 ans. La bataille en cour de justice durera longtemps. L'accident nucléaire est vraiment cruel. Tous les habitants le long de la côte de Fukushima souffrent de la catastrophe. Malgré cela, le gouvernement va approuver la remise en fonctionnement des réacteurs nucléaires au Japon, ce qui pourra engendrer de nouvelles victimes. Le Premier ministre Abe et son parti manquent vraiment d'humanité et d'amour pour les gens du peuple. La colère de Mme Tachibana c'est "le pot de terre contre le pot de fer", à  savoir les plaintes des faibles contre les puissants, mais nous, gens de bonne foi, qui avons la responsabilité des générations suivantes, nous ne pouvons pas abandonner le combat. Nous devons porter haut notre slogan "Nous n'autorisons pas la politique d'Abe."

 

 

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