11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:31

J’ai pris connaissance il y a quelques jours d’une carte qui m’a tout de suite interpellé. Elle affiche des mesures de la radioactivité à la fois précises et inquiétantes. Ne connaissant pas le japonais, j’ai demandé à Kurumi Sugita, présidente de l’association Nos voisins lointains 3.11, de me traduire le texte.

 

Elle a tout de suite accepté et m’a expliqué de quoi il s’agissait : « Le Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Fukuichi shûhen kankyôhôshasen monitoring project) est mené par une équipe de bénévoles relativement âgés (qui sont moins radiosensibles que les jeunes) pour réaliser des mesures de radioactivité avec un maillage serré de 75 x 100 m pour la radioactivité dans l'air et 375 x 500 m pour la contamination du sol. Les mesures de radioactivité ambiante et du sol sont réalisées principalement dans la ville de Minamisōma et aux alentours. Ils essaient de réaliser des mesures détaillées afin de montrer aux habitants les conditions réelles de leur vie, et également d’accumuler des données en vue de l’analyse des dommages sanitaires et environnementaux qui peuvent se montrer à long terme. »

 

Grâce à la traduction de Kurumi et avec l'accord de M. Ozawa, auteur du document, j’ai pu réaliser une version française de cette carte que vous trouverez ci-dessous.

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Carte de l’équipe de M. Ozawa (traduction Kurumi Sugita)

Dans le cadre de la normalisation des territoires contaminés en zones habitables, l'ordre d'évacuation de l'arrondissement d’Odaka de la ville de Minamisōma a été levé le 12 juillet 2016, excepté la zone qui longe Namie (hameau d’Ohatake où habite un seul ménage) classée comme zone de "retour difficile".

 

Situation de la zone étudiée

Situation de la zone étudiée

La carte de contamination examine les secteurs de Kanaya et Kawabusa de l’arrondissement d’Odaka, à une quinzaine de kilomètres de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi. M. Ozawa, l’ingénieur qui a lancé cette enquête, a choisi la précision des mesures, c'est-à-dire qu’il s’emploie à mesurer la radioactivité avec des radiamètres à scintillation de laboratoire : Hitachi Aloka TCS172B, Hitachi Aloka TGS146B et Canberra NaI Scintillation Detector.

 

L’originalité de sa carte tient autant à la qualité de réalisation qu’à l’abondance de renseignements : on peut y lire, pour chacun des 36 prélèvements effectués, des mesures en Bq/m², en Bq/kg, en µSv/h à trois hauteurs différentes du sol (1 m, 50 cm, 1 cm) et en cpm (coups par minute) à la hauteur de 1 cm. Pour qui connaît un peu la radioactivité, ce sont des informations très précieuses. Habituellement, les mesures sont données en l’une ou l’autre unité, mais jamais simultanément avec 4 unités. Les organismes officiels devraient prendre exemple sur cette manière de travailler.

 

Les mesures que dévoile la carte sont très inquiétantes. Elles montrent que la terre a un niveau de contamination qui ferait d’elle un déchet radioactif dans n’importe quel pays non contaminé. Comme l’écrit M. Ozawa, ces terrains devraient être considérés comme une « zone contrôlée », c’est-à-dire un espace sécurisé, comme dans les centrales nucléaires, où l’on doit vérifier constamment les doses reçues. Dans les faits, c’est pire que dans une centrale car au Japon, on demande aux habitants évacués depuis 5 ans et demi de rentrer chez eux alors que l’on sait pertinemment qu’ils seront irradiés (jusqu’à 20 mSv/an) et contaminés (par inhalation et ingestion).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

L'équipe de Fukushima Daiichi Monitoring Project lors d'une prise de mesure à Minamisoma cet été. On reconnaît sur les blousons le logo du laboratoire japonais indépendant Chikurin, partenaire de l’ACRO (Photo David Boilley).

Cette recherche citoyenne est remarquable à plus d’un titre :

 

- Elle est indépendante de toute organisation. Aucun lobby n’intervient pour modifier ou atténuer telle ou telle mesure. Ce sont juste des données brutes, prises par des gens honnêtes, en recherche de vérité.

 

- Elle respecte un protocole scientifique, expliqué sur la carte. Il y aura toujours des gens pour critiquer tel ou tel aspect de la démarche, mais celle-ci est rigoureuse et objective.

 

- Elle prend des mesures à 1 m du sol mais aussi à 1 cm du sol. Cette démarche est plus logique car les hommes marchent sur le sol jusqu’à présent non ? Les cartes de contamination du Japon montrent souvent des mesures à 1 m du sol, ce qui ne reflète pas la réalité et semble être fait pour minimiser les faits. En effet, la mesure est souvent deux fois plus élevée à 1 cm du sol qu’à 1 m.

 

- Elle agit comme un révélateur. M. Ozawa et son équipe sont des lanceurs d’alerte. Leurs cartes disent : faites attention ! Des lois se contredisent au Japon. Ce que prétend le gouvernement, à savoir qu’une dose de 20 mSv/an ne produira pas d’effet sanitaire, n’est pas forcément la vérité. Si vous revenez, vous allez bel et bien être irradiés et contaminés. La France se prépare à la même forfaiture, à savoir qu’ « elle est en train de transposer en droit national les dispositions de la directive 2013/59/Euratom : les autorités françaises ont retenu la borne supérieure de l’intervalle : 100 mSv pour la phase d’urgence et 20 mSv pour les 12 mois suivants (et pour les années suivantes rien ne garantit que ce niveau de référence ne sera pas reconduit). Ces valeurs s’appliquent à tous, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes ! » (source Criirad)

 

Le gouvernement japonais demande aux habitants de rentrer chez eux et supprime les indemnités aux évacués. Les JO approchent, la région de Fukushima doit être perçue comme « normale » pour que les sportifs et les supporters du monde entier n’aient pas peur, quitte à sacrifier la santé des populations locales. Il faut donc faire connaître la carte de M. Ozawa pour que les futures campagnes publicitaires n’étouffent pas la réalité des faits.

 

Pierre Fetet

 

 

____________________

 

Pour en savoir plus :

 

M. Ozawa dans un reportage de la RTBF

La poussière qui s’envole avec ses radionucléides à Minamisōma

Article sur le retour en zone contaminée du blog Nos voisins lointains 3.11

http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/08/22/Le-retour-aux-zones-contamin%C3%A9es

 

Les données concernant les mesures à Minamisōma

http://www.f1-monitoring-project.jp/open_deta.html

 

Site internet de l’équipe militante :

http://www.f1-monitoring-project.jp/index.html

 

Adresse de la carte d’origine (HD)

http://www.f1-monitoring-project.jp/dirtsfiles/20161104-Odaka-Kanaya-Kawabusa-s.jpg

 

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

Cet article et sa carte ont été traduits en anglais par Hervé Courtois à cette adresse :

https://nuclear-news.net/2016/11/12/the-minamisoma-whistleblowers-fukushima/

 

Voici la traduction de la carte en anglais :

Lanceurs d'alerte à Minamisōma

 

Anciens articles du blog de Fukushima concernant Minamisōma

 

Poussière noire à Minamisoma (17/02/2012)

Selon les informations rapportées par le blog EX-SKF , on a trouvé à Minamisoma une mystérieuse poussière noire radioactive déposée sur le sol dans de nombreux endroits de la ville. Sa radioactivité en césium a été évaluée à plus d'un million de becquerels/kg....

 

Des nouvelles de Minamisoma (11/02/2012)

Depuis l’année dernière, Minamisoma est devenue une ville très connue du Japon car elle est située à 25 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Lors de la catastrophe, son maire Katsunobu Sakurai avait envoyé un appel à l’aide sur YouTube, entendu...

 

I'll send an SOS to the world : I hope that someone gets my message in a bottle (24/07/2011)

On se souvient encore du SOS lancé sur YouTube en mars dernier par Katsunobu Sakurai, maire de la ville de Minamisoma (70 000 habitants avant l’accident), qui lui a valu une notoriété mondiale. Dominique Leglu en avait fait l’écho dans son blog en relevant...

 

"Grey zone" d’Alain de Halleux : un film à soutenir (23/05/2012)

Alain de Halleux, connu pour son engagement avec la réalisation des films « RAS : nucléaire, rien à signaler », « Chernobyl 4 ever » et « Récits de Fukushima », s’est engagé dans un nouveau film sur Fukushima. Le réalisateur s’est rendu à Minamisoma en...

 

Aide directe aux habitants de Minamisoma (24/12/2011)

« J’arrive au bout de mon voyage. Je ne peux clamer : « Evacuons TOUS les enfants du district de Fukushima ! », comme je le pensais avant de partir. Dire cela, correspond à une position idéologique. Si je faisais ça, je ressemblerais à TEPCO ou à tous...

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 16:23

Titre original : Japan’s government should stay out of U.S. sailors’ lawsuit against Tepco

 

Source : site The Japan Times, 2 novembre 2016 http://urlz.fr/4kuB

 

Auteur : Brian Victoria. Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch.

 

Traduction : Odile Girard (http://www.fukushima-is-still-news.com/)

 

Lédende photo : La voix du village antinucléaire : en mai dernier, l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi assiste à une conférence de presse à Carlsbad, en Californie, avec d'anciens Marines américains qui ont intenté une action en justice contre Tepco pour des problèmes de santé qui ont selon eux ont pour origine la catastrophe nucléaire de Fukushima. L'auteur de cet article, Brian Victoria, qui était l’interprète de Koizumi pendant le voyage, est visible à gauche.

 

-oOo-

 

 

Le gouvernement japonais ne doit pas se mêler du procès des marins américains contre Tepco

 

[Lettre adressée au Premier Ministre japonais Shinzo Abe]

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Tout d’abord, je voudrais remercier le gouvernement japonais d’avoir finalement, après quatre longues années de silence, pris position concernant le procès mené aux États-Unis contre Tokyo Electric Power Company par plus de 450 marins, militaires et civils, qui se trouvaient à bord de l’USS Reagan et des vaisseaux militaires l’accompagnant au large du Tohoku après le 11 mars 2011.

 

Ces jeunes souffrent de sévères problèmes de santé résultant, selon eux, de l’exposition aux radiations subie pendant leur participation à l’Opération Tomodachi, la mission de secours humanitaire de l’armée américaine, lancée pour répondre au grand séisme et au tsunami qui avaient frappé le Japon de l’Est et les multiples fusions des réacteurs qui en ont résulté à la centrale nucléaire de Fukushima No.1 en mars 2011.

 

Si nous apprécions le fait que le gouvernement japonais ait reconnu officiellement l’existence du procès, le soutien inconditionnel que le gouvernement a apporté à Tepco est profondément inquiétant. Aujourd’hui encore, les personnels militaires américains se trouvent dans l’impossibilité de demander justice, parce que Tepco, avec l’appui du gouvernement japonais, se démène pour s’assurer que l’affaire ne soit jamais instruite dans un tribunal américain.

 

Le gouvernement a soumis un mémoire d’amicus curiae  le 3 février à la Cour d ‘appel du neuvième circuit [cour d’appel fédérale des États-Unis, sise à San Francisco]. Un mémoire d’amicus curiae (littéralement « ami de la cour ») est un mémoire présenté par une partie qui n’est pas directement impliquée dans l’affaire, dans l’espoir d’influencer le résultat. Ce mémoire contient deux points :

 

     1. «  le gouvernement du Japon a mis en place un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. »

 

     2. « Les demandes de dommages et intérêts présentées dans des tribunaux hors Japon menacent la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement japonais. »

 

Prenons le premier point : Si le gouvernement japonais avait véritablement « un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes, » les soldats américains n’auraient pas besoin d’aller en justice. Toutefois, comme vous le savez, le gouvernement japonais et les services gouvernementaux n’ont pas, à ce jour, versé un seul yen à une victime de l’exposition aux radiations de Fukushima No.1 qui ne soit pas liée à Tepco. C’est notamment le cas des 173 enfants de la préfecture qui ont été opérés après un diagnostic de suspicion de cancer, et dont le cancer a été confirmé chez 131 d’entre eux.

 

Si le gouvernement japonais ne veut pas admettre que les souffrances de ses propres enfants ont été causées par l’exposition aux radiations, quelle chance peuvent avoir de jeunes Américains de voir reconnaître comme telles les maladies apparemment radio-induites dont ils souffrent, sans parler de se voir indemniser, au Japon ?

 

En outre, au moins sept de ces jeunes Américains auparavant en parfaite santé sont déjà morts et beaucoup d’autres sont trop malades pour se rendre au Japon même s’ils pouvaient se le permettre ; ils seraient encore moins en mesure de rester dans le pays durant les longues procédures juridiques qui, dans ce genre de cas, peuvent prendre des années à résoudre. Sans parler bien sûr du poids des coûts juridiques, les frais de tribunaux, d’avocats japonais, de traduction des documents pertinents, etc. Et n’oublions jamais, Monsieur le Premier Ministre, que c’est le gouvernement japonais qui a appelé ces militaires américains à la rescousse.

 

Quant au second point mentionné plus haut, j’admets que le procès des soldats américains menace « la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement du Japon. » Si par exemple un tribunal américain décidait d’attribuer les maladies des plaignants à l’exposition aux radiations, comment le gouvernement japonais pourrait-il continuer à proclamer qu’aucune des nombreuses maladies dont souffrent actuellement les enfants et les adultes de Fukushima n’a rien à voir avec les radiations ? Les soldats américains sont véritablement « le canari dans la mine de charbon » dans cette démonstration des effets dangereux de l’exposition aux radiations. Et ce canari, le gouvernement japonais n’a pas moyen de le contrôler.

 

Imaginons maintenant qu’un tribunal américain accorde une indemnisation de 3 millions de dollars par personne, pour les décès, actuellement au nombre de sept, des soldats américains irradiés ; et que le gouvernement japonais, quant à lui, continue de refuser d’indemniser les maladies radio-induites, ne parlons pas de morts, de ses propres citoyens. Il est certain que la « viabilité » (et la réputation !) du gouvernement japonais dans son refus obstiné d’admettre les problèmes radio-induits de ceux qui ne sont pas des employés de Tepco en prendrait un coup. 

 

Permettez-moi pour terminer de rappeler qu’il y a un leader politique japonais qui a accepté d’engager sa responsabilité personnelle dans cette affaire de blessures infligées à des soldats américains. Je veux parler ici de l’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi qui, après avoir rencontré des soldats malades à San Diego en mai, a lancé un fond destiné à couvrir un maximum des besoins médicaux de ces marins.

 

Heureusement, grâce au soutien de milliers de Japonais ordinaires, il a déjà réussi à lever 700 000 dollars, sur un objectif d’un million de dollars. Les larmes aux yeux, Koizumi a expliqué qu’il ne pouvait pas ignorer la souffrance de centaines de jeunes Américains en parfaite santé avant l’accident et qui ont de leur plein gré accepté de risquer leur vie pour venir en aide à la population japonaise.

 

Monsieur le Premier Ministre, je vous conjure de mettre fin au soutien juridique inconditionnel fourni par le gouvernement à Tepco. Et si le gouvernement japonais a une conscience, accordez immédiatement assistance médicale et indemnisation aux centaines de victimes américaines de l’Opération Tomodachi.

 

BRIAN VICTORIA

Kyoto

 

 

 

Veuillez envoyer vos commentaires ou vos articles (adressés aux hommes politiques locaux ou nationaux, ou aux autorités) à : community@japantimes.co.jp

 

 

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Autres articles du blog de Fukushima sur ce sujet

 

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

 

Atoms for peace, à la sauce baroque, au bas mot

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:29

Les études scientifiques menées suite à la catastrophe de Fukushima révèlent petit à petit les conséquences de la radioactivité sur le vivant et en particulier sur la faune. Bien que publiées, elles restent néanmoins peu diffusées. C’est pourquoi je voudrais mettre un coup de projecteur sur certaines d’entre elles et faire connaître diverses observations dont on n’entend peu parler, afin de contrer cet espèce d’optimisme idiot qui consisterait à toujours relativiser les conséquences des faibles doses sur la vie. Toute dose de radioactivité, aussi faible soit elle, a des effets sur le vivant : les rayons ionisants cassent les molécules d’ADN.

Les oiseaux

 

La poussière radioactive diffusée dans l’atmosphère continuellement par le vent se prend dans les plumes des oiseaux. Ils subissent donc une irradiation externe permanente. On peut voir ces poussières en plaçant un oiseau contaminé sur du papier radiosensible durant un mois. En voici un exemple avec un oiseau ramassé à Iitate en décembre 2011. L’autoradiographie permet également de mettre en évidence que les oiseaux subissent également une contamination interne.

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Autoradiographie d’un oiseau révélant la contamination radioactive dans le plumage et l’estomac (Source Morizumi).

Yasuo HORI a par ailleurs rapporté que certaines hirondelles de Fukushima subissent une dépigmentation, comme cela avait déjà été constaté à Tchernobyl. La Wild Bird Society of Japan a remarqué aussi que les plumes de la queue de certaines hirondelles japonaises étaient non uniformes.

 

Il faut dire qu’il a été trouvé jusqu’à 1,4 million de becquerels de césium radioactif par kilogramme (Bq/kg) dans les nids d’hirondelle des localités d’Ōkuma et de Namie. Dans le nid des mésanges, ce n’est pas mieux : 1,3 million de Bq/kg.

 

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

A gauche : hirondelle de Minamisoma (Préfecture de Fukushima) – A droite : queue difforme d’une hirondelle de Kakuda (Préfecture de Miyagi)

Selon les études de Tim Mousseau (université Caroline du Sud), la population d’une quinzaine d’espèces d’oiseaux vivant dans les régions contaminées de la préfecture de Fukushima diminue avec le temps, avec un taux de survie de 30%.

 

Une autre recherche axée sur une espèce de faucon qui revient dans le même nid tous les ans a également été conduite par une équipe de scientifiques menée par Naoki Murase (Université de Nagoya) jusqu’à une distance de 100 à 120 km du site de la centrale de Fukushima Daiichi. L’intérêt de cette étude est que les rapaces se situent au sommet d’une chaîne alimentaire et concentrent les radioéléments accumulés par leurs proies. Les auteurs ont démontré que la capacité reproductrice de l’oiseau était liée au rayonnement mesuré directement sous le nid : la radioactivité a un effet sur la lignée germinale de l’oiseau. La capacité des oiseaux à quitter le nid est tombée de 79 à 55 % en 2012, puis à 50 % en 2013.

 

Une autre étude enfin, publiée en 2015 par l'IRSN et le laboratoire d'Anders Møller (CNRS), a porté sur la dose totale – interne et externe – des oiseaux. Celle-ci a montré que 90 % des 57 espèces étudiées avaient été exposées de manière chronique à des débits de doses susceptibles d’affecter leur reproduction.

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Représentation simplifiée de la variation du niveau d’exposition maximum des oiseaux adultes (exprimé en débit de dose) pour les 57 espèces de la communauté d’oiseaux observées sur les 300 sites et les 4 années d’étude. Comparaison avec la gamme de variation (en bleu) du débit de dose ambiant mesuré sur les sites et les gammes (en rouge) correspondant à divers effets chez les oiseaux publiées par la CIPR (2008) (Source IRSN)

Il y a donc trois facteurs qui affectent les êtres vivants dans des zones contaminées : l’irradiation ambiante (la dose que l’on reçoit en étant à côté d’un objet radioactif), la contamination externe (la poussière radioactive qui se colle à la peau, aux poils, aux plumes) et la contamination interne (les radionucléides ingérés ou piégés dans des organes).

 

Les papillons

 

La première preuve scientifique de dommages causés à un organisme vivant par la contamination radioactive due à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été donnée par l’équipe de la chercheuse Chiyo Nohara (Université d’Okinawa).

 

L’étude a mis en évidence les dommages physiologiques et génétiques d’un papillon commun du Japon, le Zizeeria maha. En mai 2011, certains montraient des anomalies relativement légères. Mais la première descendance des femelles de la première génération montraient des anomalies plus sérieuses, dont a hérité la deuxième génération. Les papillons adultes recueillis en septembre 2011 ont montré ensuite des anomalies encore plus sévères que ceux recueillis en mai : éclosions avortées, infertilité, réduction de la taille, ralentissement de la croissance, mortalité élevée et anomalies morphologiques (ailes atrophiées, courbées ou en surnombre, antennes difformes, yeux bosselés, couleur altérée).

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Anomalies représentatives des papillons qui avaient ingéré des feuilles contaminées (Source : Hiyama et al.)

Les pucerons

 

En 2014, Shin-ichi Akimoto (université d'Hokkaido) a observé qu'environ 10 % de certains insectes, comme les pucerons, sont déformés à Fukushima. Mais leur survivance et leur descendance restent possible.

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Puceron T. Sorini de Fukushima. (A) morphologie normale, (B) malformation de niveau 3 de l’abdomen (Source : S. Akimoto)

Les vaches

 

Le phénomène des taches blanches (dépigmentation) qu’on observe sur les hirondelles de Fukushima et de Tchernobyl se retrouve aussi sur les vaches de Masami Yoshizawa, à la Ferme de l’Espoir, à Namie, localité située à 14 km de la centrale détruite.

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Une vache de Masami Yoshizawa est venue à Tokyo en 2014 pour demander un diagnostic au gouvernement (Photo AFP)

Les chevaux

 

Le biologiste Hayato Minamoto  a rapporté l’hécatombe qu’a subie Tokuei Hosokawa, fermier d’Iitate, qui a perdu une centaine de chevaux en deux ans. Cette localité avait enduré de plein fouet le nuage radioactif provenant de la centrale de Fukushima Daiichi en mars-avril 2011.

Chevaux d’Iitate

Chevaux d’Iitate

Les singes 

 

Entre avril 2012 et mars 2013, des chercheurs dirigés par Shin-ichi Hayama (Université japonaise des Sciences de la Vie et des Sciences Vétérinaires) ont analysé le sang de 61 macaques japonais vivant dans une forêt à 70 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La concentration totale de césium musculaire chez ces singes se trouvait entre 78 et 1778 Bq/kg. Or, des analyses de sang chez ces animaux ont révélé une faible quantité de globules blancs et de globules rouges, risquant de rendre les primates plus vulnérables. La baisse du nombre de globules était directement proportionnelle à la concentration de césium dans les muscles, ce qui laisse présumer une corrélation dose-effet. Les chercheurs estiment ainsi que l'exposition à des matières radioactives a contribué aux modifications hématologiques chez les singes de Fukushima.

Dessin de Julien Loïs

Dessin de Julien Loïs

Conclusion provisoire

 

Les conséquences de la radioactivité sur les animaux sont donc visibles pour qui veut bien se donner la peine d’observer ce qui se passe. Dans cet article, je ne me suis penché que sur quelques animaux (il y aurait d’autres cas à développer : le déclin de la population des cigales, l’augmentation de la cataracte des rongeurs, etc.). Les scientifiques pourraient faire des études similaires sur ce drôle d’animal qu’est l’homme, mais ce n’est pas politiquement correct.

 

Pourtant cela a déjà été fait, à Hiroshima et Nagasaki, puis à Tchernobyl. Par exemple, des études menées entre 1993 et 1998 sur des enfants ukrainiens avaient permis d’observer une baisse des globules sanguins, ce qui avait pu être relié à l’exposition de chaque enfant aux niveaux de césium selon son lieu de résidence. Par ailleurs, à Tokyo, de 2011 à 2014, le docteur Mita a observé que les globules blancs, spécialement les neutrophiles, diminuaient chez les enfants de moins de 10 ans (ce qui l’a poussé à déménager et à demander à ses patients de quitter cette ville). Mais non, il ne faut rien dire, il ne faut rien chercher.

 

Au Japon, le déni du danger est de mise. La seule mention d’un saignement de nez dans un manga peut provoquer une affaire nationale et une censure… Il n’est pas bien vu de parler des conséquences négatives de la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi. Il faut reconstruire, il faut oublier, il faut penser à l’avenir. Institutionnellement, on accepte une seule étude, celle du suivi des thyroïdes des enfants de Fukushima. C’est l’étude paravent qui cache la forêt de mensonges. Et encore, malgré 131 cancers confirmés en juin 2016, les scientifiques officiels nippons se refusent d’y voir les effets de la radioactivité.

 

Pierre Fetet

 

 

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En savoir plus :

 

1) Etudes scientifiques citées dans cet article

 

The biological impacts of the Fukushima nuclear accident on the pale grass blue butterfly, A. Hiyama, C. Nohara, S. Kinjo, W. Taira, S. Gima, A. Tanahara, J.-M. Otaki, 2012

 

Low blood cell counts in wild Japanese monkeys after the Fukushima Daiichi nuclear disaster, K. Ochiai, S. Hayama, S. Nakiri, S. Nakanishi, N. Ishii, T. Uno, T. Kato, F. Konno, Y. Kawamoto, S. Tsuchida, T. Omi, 2014

 

Morphological abnormalities in gall-forming aphids in a radiation-contaminated area near Fukushima Daiichi: selective impact of fallout?, S. Akimoto, 2014

 

Effects of the Fukushima Daiichi nuclear accident on goshawk reproduction, K. Murase, J. Murase, R. Horie, K. End, 2015

 

Radiological dose reconstruction for birds reconciles outcomes of Fukushima with knowledge of dose-effect relationships, J. Garnier-Laplace, K. Beaugelin-Seiller, C. Della-Vedova, J.-M. Métivier, C. Ritz, T. A. Mousseau, A. P. Møller, 2015

 

Cumulative effects of radioactivity from Fukushima on the abundance and biodiversity of birds, A. P. Møller, I. Nishiumi & T. A. Mousseau, 2015

 

 

2) Articles et dossier

 

Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça (Pierre Fetet)

 

Non, Tchernobyl n’est pas devenu une réserve naturelle (Timothy Mousseau)

 

A Fukushima, les souris sont aveugles et les oiseaux ne chantent plus (Anne-Laure Barral)

 

Les conséquences de la radioactivité sur la faune et la flore à Tchernobyl et à Fukushima (Dossier Phil Ansois)

 

 

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:38
Le discours du maire de Nagasaki le 9 août 2016

Source : Nagasaki mayor tells world: Visit to see how nukes affect humans”, article en ligne de Shohei Okada, membre de l’équipe de rédaction de The Asahi Shimbun, le 09/08/2016. Lien consulté le 11/08/2016 : http://www.asahi.com/ajw/articles/AJ201608090041.html

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Traduction : Evelyne Genoulaz

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Illustration ci-contre : Un groupe de choristes, survivants de la bombe atomique, chante lors de la cérémonie de paix au Parc de la Paix à Nagasaki le 9 août (Azumi Fukuoka)

 

Les armes nucléaires sont des armes cruelles qui détruisent des êtres humains.

 

           A l’instant précis où une unique bombe nucléaire larguée par un avion militaire américain au-dessus de la ville de Nagasaki explosa à 11h02 le 9 août 1945, la ville fut frappée d’une déflagration suivie d’une vague ardente, d’une intensité inouïe. Le cœur de Nagasaki était devenu l’enfer sur terre ; un enfer peuplé de silhouettes carbonisées, d’individus couverts de brûlures boursouflées, de passants éventrés déversant leurs organes, ou encore de gens transpercés, taillés en pièces par les innombrables débris de projectiles de verre.

          La radioactivité relâchée par la bombe a contaminé le corps des gens en provoquant des maladies et des handicaps qui continuent d’affliger ceux d’entre eux qui ont de justesse survécu au bombardement.

 

           Ainsi les armes nucléaires sont-elles des armes cruelles, qui détruisent aujourd’hui encore des êtres humains.

 

En mai dernier, le Président Obama fut le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre à Hiroshima, une ville bombardée par une arme nucléaire. En accomplissant ce geste, le président a montré au reste du monde combien il est important de voir de ses propres yeux, d’être à l’écoute, et de ressentir les choses par une expérience personnelle.

            J’adresse un message aux Chefs des Etats détenant l’arme nucléaire ainsi qu’à tous les pays, comme aux individus du monde entier : faîtes le déplacement jusqu’à Nagasaki et Hiroshima ; jugez par vous-même du désespoir des êtres humains victimes du champignon atomique. Car c’est en commençant par prendre toute la mesure de ce qu’il s’est réellement passé qu’on peut s’attacher ensuite à inventer un avenir sans armes nucléaires.

            Cette année, au Bureau des Nations Unies à Genève, différentes commissions ont entrepris d’élaborer un cadre juridique préparatoire aux prochaines négociations pour le désarmement nucléaire. La tenue de ce forum pour débattre de points de droit représente un énorme pas en avant. Toutefois, les puissances nucléaires n’ont pas assisté à ces rencontres, dont nous devrions connaître sous peu les conclusions. Par ailleurs, les nations détentrices de la dissuasion nucléaire continuent à entretenir des relations conflictuelles avec celles qui veulent entamer des négociations pour l’interdiction de l’arme nucléaire. Si cette situation perdure, alors les rencontres risquent de prendre fin sans qu’on puisse produire une feuille de route pour l’abolition des armes nucléaires.

            Je dis aux chefs des puissances nucléaires qu’il n’est pas encore trop tard. Rejoignez ces rencontres pour prendre part au débat.

            J’en appelle aux Nations Unies, aux gouvernements et aux assemblées nationales ainsi qu’à la société civile y compris les organisations non gouvernementales. Nous ne devons pas permettre l’éradication de ces tribunes qui permettent de débattre des cadres juridiques en faveur de l’abolition de l’arme nucléaire. A l’Assemblée Générale des Nations Unies à l’automne prochain, je vous en conjure, mettez en œuvre un forum afin de discuter et de négocier un cadre juridique visant à faire naître un monde sans armes nucléaires. Et je vous demande à tous, en tant que membres de la communauté des Hommes, de continuer de toutes vos forces à rechercher une solution viable.

            Certains pays en possession de l’arme nucléaire bâtissent en ce moment des programmes visant à rendre leurs armes nucléaires encore plus sophistiquées. Si cette situation continue, l’instauration d’un monde sans armes nucléaires va devenir encore plus improbable.

            Le temps est venu aujourd’hui pour vous tous de partager ensemble autant que faire se peut la sagesse commune, qui est d’agir de telle sorte que nous ne condamnions pas le futur de l’humanité.

            Le gouvernement du Japon tout en défendant l’abolition de l’arme nucléaire continue à dépendre de la dissuasion nucléaire. Il existe un moyen de dépasser cette contradiction, c’est de graver dans le marbre de la loi les Trois Principes Non-Nucléaires, puis de créer une “Zone Libre sans l’Arme Nucléaire en Asie du Nord-Est ” (NEA-NWFZ) une sorte de cadre de référence pour la sécurité, qui ne dépende pas de la dissuasion nucléaire. Le Japon est la seule nation au monde victime d’un bombardement nucléaire en temps de guerre, la nation qui peut comprendre au plus haut point le caractère inhumain de ces armes-là, c’est pourquoi je demande au gouvernement du Japon de prendre la tête d’une entreprise concrète en faveur de la création d’une zone libre de l’arme nucléaire, un concept propre à incarner la sagesse de l’Humanité.

 

            L’histoire de l’armement nucléaire c’est aussi une histoire de la Défiance.

 

Au cœur de cette défiance réciproque des nations entre elles, les pays nucléarisés ont développé des armes nucléaires toujours plus destructrices en visant des cibles toujours plus éloignées. On compte aujourd’hui encore plus de 15 000 têtes nucléaires et le risque est omniprésent qu’elles puissent être utilisées dans une guerre, par accident, ou encore suite à un acte terroriste.

Il existe un moyen d’empêcher leur circulation et de convertir le cycle de la défiance en un cycle de la confiance, c’est la poursuite d’efforts constants pour créer de la confiance.

            En accord avec l’éthique pacifiste de la Constitution du Japon, nous avons œuvré afin de restaurer la confiance à travers le monde, en nous impliquant dans la société globale avec par exemple l’aide humanitaire. Afin de ne plus jamais être fauché par la guerre, le Japon se doit de poursuivre dans cette voie en tant que nation pacifiste.

            Il y a encore une chose à la portée de chacun.e d’entre nous, membres de la société civile. Il s’agit en effet d’accueillir avec bienveillance nos différences respectives idiomatiques, culturelles, différences de positionnement aussi, afin d’instaurer la confiance à un échelon accessible à tous grâce aux échanges entre les gens peu importe leur nationalité. L’accueil chaleureux que la population de Hiroshima a réservé au Président Obama en est un exemple. Le positionnement à l’échelon individuel, dans la société civile, peut sembler de peu d’importance, or c’est en vérité un levier puissant et irremplaçable pour l’édification de relations de confiance entre les nations.

            Soixante-et-onze ans après les bombardements atomiques, l’âge moyen des hibakusha, les survivants à la bombe atomique, dépasse quatre-vingt ans. Le monde s’achemine sans bruit vers “un âge sans plus aucun hibakusha”. La question se pose aujourd’hui de la transmission aux nouvelles générations des enseignements de la guerre et du bombardement atomique qui a résulté de cette guerre-là.

            Aux jeunes j’aimerais dire que tout ce qui vous semble acquis chaque jour de votre vie – la douceur de votre mère, la bienveillance de votre père, les échanges avec vos amis, le sourire de l’être que vous chérissez – la guerre vous les arrache, pour toujours.

            Je vous prie de prendre le temps d’écouter les témoignages sur la guerre et ceux des hibakushas. Il n’est pas facile de témoigner d’expériences aussi abominables. Je veux que vous tous réalisiez que si ces personnes continuent à partager leur tragique histoire, c’est en vertu de leur volonté de protéger les générations futures.

            La ville de Nagasaki a mis en place des ateliers où les enfants et les petits-enfants des hibakushas transmettent l’expérience de leurs aînés. Nous sommes également en train de faire enregistrer au nombre des Sites Historiques du Japon, l’école élémentaire de Shiroyama détruite par le bombardement ainsi que divers autres sites, en legs aux jeunes générations.

A vous jeunes gens, dans l’intérêt même de votre avenir, êtes-vous prêts à faire face au passé puis à faire un pas en avant ?

            Plus de cinq ans se sont écoulés maintenant depuis l’accident nucléaire des réacteurs à Fukushima. Nagasaki, parce qu’elle a souffert de l’exposition à la radioactivité, va continuer à être solidaire de Fukushima.

            Et quant au gouvernement du Japon, nous lui demandons fermement une amélioration ambitieuse des aides qu’il apporte aux hibakushas, eux qui sont victimes aujourd’hui encore des effets consécutifs au bombardement, et nous demandons qu’un prompt soutien soit accordé à tous ceux qui ont vécu le bombardement, y compris l’extension de la zone désignée comme concernée par la bombe atomique.

Nous, citoyens de Nagasaki, présentons nos plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu la vie sous la bombe atomique. Nous déclarons par la présente qu’aux côtés du monde entier, nous continuerons à mettre toutes nos forces au service de l’abolition de l’arme nucléaire pour l’avènement d’un monde où régnera une paix perpétuelle. »

 

Tomihisa Taue

Maire de Nagasaki

9 août 2016

 

__________________

Pour approfondir sur le même sujet :

 

La terreur atomique d’hier à aujourd’hui

Par Jean-Jacques Delfour,

Philosophe, auteur de "La condition nucléaire. Réflexions sur la situation atomique de l’humanité" (Montreuil, L’Échappée, 2014)

 

La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains

Par Kolin Kobayashi,

Journaliste indépendant, auteur d’une enquête sur le Crime du lobby nucléaire international, de Tchernobyl à Fukushima (éditions Ibun-sha)

 

Messages des maires d’Hiroshima et de Nagasaki 71 ans après les bombardements atomiques de leurs villes

Par l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN),

association loi 1901

 

 

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:58

Le 11 mars 2016, Kurumi Sugita, chercheure socio-anthropologue et présidente fondatrice de l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 », a donné une conférence intitulée « Fukushima, les vies sinistrées » à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère (MNEI) à Grenoble, conférence inaugurale de la commémoration des catastrophes de « Tchernobyl, Fukushima... ». La conférencière a exposé la situation concrète et actuelle des sinistrés de la catastrophe de Fukushima, en particulier sur les problèmes sanitaires. Attachée au Japon, engagée, Kurumi a suivi la situation de 60 personnes sinistrées, pendant plusieurs années, en les visitant chacune une fois par an afin de recueillir des données sur le terrain pour ses actions associatives. C’est «le projet DILEM» : Déplacés et Indécis Laissés à Eux-Mêmes depuis l’accident nucléaire au Japon - parcours de vie et trajectoires géographiques des sinistrés hors des zones d’évacuation officielle.

Je vous propose une restitution écrite de cette conférence, avec l’aimable autorisation de Kurumi qui a également eu la gentillesse d’ajouter des données actualisées à son retour du Japon en juin 2016.

Evelyne Genoulaz

« Fukushima, les vies sinistrées »

I. Les territoires contaminés

 

Après la catastrophe les autorités ont déclaré l’Etat d’Urgence et à ce jour le Japon est toujours « sous déclaration de l’état d’urgence nucléaire (genshiryoku kinkyu jitai sengen) ». Mais au fil du temps, le zonage des territoires contaminés est de plus en plus réduit par les autorités, comme on peut en avoir un aperçu chronologique sur ces cartes (METI).

 

« Fukushima, les vies sinistrées »
« Fukushima, les vies sinistrées »
Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

Carte de 2015 (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

II. La politique des retours

 

Dès ce mois de mars 2016 en effet, beaucoup de zones ont été « ouvertes ». Le retour à TOMIOKA est programmé par les autorités après avril 2017; OKUMA partiellement en 2018. Seule FUTABA est légendée « sans prévision ». Noter que les cartes du zonage ont délimité dès le début de la catastrophe un zonage par cercles concentriques, alors que la radioactivité se dépose « en tâches de léopard » et aujourd’hui, les zones de retour programmé se rapprochent géographiquement de plus en plus de la centrale alors même que ces zones sont dangereuses ! Le gouvernement prépare la levée de l’ordre d’évacuation à 20 mSv/an, et maintenant les zones comprises de 20 à 50 mSv/an entrent dans le planning d’ouverture après le printemps 2017 en établissant des points stratégiques pour la reconstruction (fukkô kyoten). Pour ne parler que de IITATE, qui était le plus beau village du Japon, son maire est favorable au retour, mais aujourd’hui la situation est poignante : on a décontaminé jusqu’à 20 mètres seulement des maisons, or comme il est environné de montagnes et de forêts, la radioactivité y restera dangereuse…

 

Mesures déléguées aux individus

Le contrôle de mesure de la radioactivité ambiante va désormais être fondé sur l’individu et non plus sur l’espace. C’est ainsi que chacun est invité à se mesurer, à mesurer ce qu’il consomme, donc si l’individu est contaminé il ne devra s’en prendre qu’à ses propres négligences !

 

L’absurde et l’arbitraire à l’œuvre dans le calcul des débits de dose

Les chiffres officiels de la contamination géographique, les débits de dose affichés, utilisent un calcul biaisé.

Habituellement, pour mesurer sur le terrain un débit de dose, on obtient un chiffre en mSv/h puis on le multiplie par 24(heures) x 365 (jours) pour obtenir le débit annuel. Mais ce n’est pas le calcul que font les autorités.

Elles font d’abord une différence entre le niveau de contamination d’une part à l’intérieur des habitations, d’autre part à l’extérieur. On a décidé de considérer qu’un individu ne passe que 8 h à l’extérieur. On estime par ailleurs (règle officielle) que « l’irradiation à l’intérieur d’un bâtiment est réduite à 40 % de l’irradiation relevée à l’extérieur ». Pourtant, à Minamisoma par exemple, des études ont montré que la contamination à l’intérieur était au mieux inférieure de 10 % par rapport à l’extérieur, au pire parfois supérieure ! C’est-à-dire qu’on utilise un mode de calcul qui finit par établir, si nous prenons un exemple, un débit de dose de 20 mSv/an là où le débit réellement mesuré est de 33 mSv/an !

 

Les résidents qui n’ont pas évacué sont en détresse car ils connaissent désormais la peur, par exemple ceux de Naraha qui ne reconnaissent plus leur ville car elle a bien changé depuis la catastrophe : actes de vandalisme, insécurité dès que tombe la nuit puisqu' il fait noir désormais dans les rues, des jeunes filles même ont été abusées…

De plus, Naraha est une ville côtière, avec une route en bord de mer et toute la nuit – la nuit surtout – on entend le vacarme d’un incessant et inquiétant trafic routier de camions chargés de déchets radioactifs, sans savoir précisément ce qu’on transporte…

Qu’est-ce qui motive cette politique du retour ? Selon Kurumi Sugita, dans la perspective des Jeux Olympiques au Japon en 2020, le gouvernement poursuit un objectif dépendant de la statistique : il s’agit de faire baisser les chiffres ! Si les personnes évacuées ou auto-évacuées quittent les « logements aidés », elles ne sont plus comptées comme des « évacués » ; ainsi pourra-t-on publier qu’il y a moins d’évacués…

 

 

III. Travaux et déchets

 

L’ensemble du territoire de la préfecture de Fukushima est aujourd’hui jonché de sacs de déchets. Partout, au détour des champs, on tombe sur des montagnes de sacs, parfois si hautes ! C’est un spectacle désolant pour les résidents. Et l’on manque d’espace où les entreposer, à tel point que les autorités ont même créé des décharges appelées « entrepôts provisoires temporaires ! »

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

Un « entrepôt provisoire temporaire » à Iitate

On ajoute sur le pourtour des « carrés » de sacs les plus contaminés, une rangée de sacs de terre non contaminée, pour réduire le chiffre du débit de dose !

A la date de mars 2016, on compte pas moins de 10 millions de sacs et 128 000 dépôts provisoires dans la préfecture de Fukushima. Les sacs de déchets sont omniprésents sur le territoire, en dépit du désarroi des résidents ; près des écoles, et jusque dans les jardins des gens.

Sac de déchets chez un particulier

Sac de déchets chez un particulier

Faute d’espace de stockage suffisant, les autorités contraignent les résidents à une alternative intolérable : si le résident ne veut pas stocker les déchets sur sa propriété, c’est son droit. Mais dans ce cas, elle ne sera pas décontaminée ! Le résident qui demande « l’intervention de décontamination » doit garder les déchets dans sa propriété ! C’est pourquoi on voit, ici ou là, partout en fait, des sacs près de bâtiments ou chez des particuliers.

 

L’incinération des déchets

Selon la loi « Nuclear Reactor Regulation Law » (Genshiro tô kiseihô), le seuil de recyclage de « déchet nucléaire » est de 100 Bq/kg. Cependant, le 30 juin 2016, le Ministère de l’environnement a officiellement décidé de pouvoir « réutiliser » les déchets au-dessous de 8000 Bq/kg (1).

Concrètement, ces déchets seront utilisés dans les travaux publics, couverts par des ciments et des terres afin de faire baisser la radioactivité ambiante.
Afin de « réduire le volume » des déchets, des « incinérateurs provisoires » ont été construits afin d’incinérer les déchets nucléaires et de faire « vaporiser » le césium.

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

La carte de la préfecture de Fukushima permet de localiser les établissements de transformation des déchets nucléaires (shizai-ka center) - Légende : les icônes différencient les différents inciné-rateurs ; rouge = en marche - bleu = en cours de construction - gris/jaune = planifiés - gris = opéra-tion terminée

Partout, aux abords des villages, il y a ces incinérateurs dont les gens ne savent rien ! Ils fonctionnent souvent la nuit pendant deux à trois mois puis tout s’arrête, du jour au lendemain, plus rien. Les gens se demandent ce qu’on y brûle... sans parler d’une rumeur au sujet d’un centre d’expérimentation secret où il serait question de brûler des déchets beaucoup plus contaminés.

Plus effrayants encore, ces établissements de transformation des déchets…

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif  qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Au « Centre de création de l’environnement », une affiche sur le four rotatif qui « décontamine et transforme en ciment des déchets, des terres, etc. »

Par exemple, celui situé à Warabidaira dans le village d’Iitate ou encore le Centre de création de l’environnement (Kankyô Sôzô Center) ouvert au mois de juillet 2016 au bourg de Miharu, traitent les déchets (cendres au-dessus de 100 000 Bq) ainsi que des terres provenant des travaux de décontamination.

Or, ces deux dernières catégories ne sont pas gérées par la loi de gestion des déchets (1) si bien qu’on n’a pas de contrainte liée à la radioactivité pour les traiter… afin de réduire leur volume et de les rendre … « recyclables » !

De plus, ces établissements sont déclarés comme « instituts de recherche » et, en tant que tels, ils sont dispensés de la demande de permis de construction gérée dans le cadre de la loi de gestion des déchets !

On constate des incohérences, voire des contradictions, entre des lois. Nous avons déjà vu la contradiction entre la limite de 100 Bq/kg définie par la Nuclear Reactor Regulation Law et celle de 8000 Bq/kg adoptée récemment par le Ministère de l’environnement.

 

 

IV. Résidents, déplacés et retournés

 

Les mesures citoyennes. Les femmes, et les papas aussi, explorent l’environnement quotidien pour repérer les points chauds de façon à modifier si besoin l’itinéraire recommandé aux enfants, par exemple « le chemin de l’école » (au Japon tous les enfants se suivent à la queue leu leu).

A cet effet, les associations se munissent de « hot spot finders ». Très conscients du risque sanitaire auquel les enfants sont exposés, ils ont bricolé des capteurs reliés à un GPS, ils les attachent aux poussettes en empruntant les itinéraires de promenade et le chemin de l’école, ou explorent les jardins publics. Le système est pensé avec rigueur : c’est une tige verticale de 1 mètre de long qui part du sol et comporte un appareil de mesure à 10 cm du sol, un autre à 50 cm, un dernier à 1 mètre afin de prendre en compte les différentes tailles des enfants. En cas de point chaud, les gens avertissent la population et font changer d’itinéraire les enfants, puis demandent aux autorités de décontaminer. Mais pour les parents, ce travail est sans fin…

 
Hot spot finders

Hot spot finders

La population a aussi mis en place des actions citoyennes via internet.  Ces bases de données en ligne, citoyennes et indépendantes, sont assez nombreuses, et l’une d’entre elles est même traduite en anglais depuis novembre 2014. Ce sont les « Minna no Data » : mesures de la radioactivité ambiante, mesures du sol, analyses des aliments (2).

Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations
Quelques logos d'asociations

Quelques logos d'asociations

V. Les actions de protestation

 

Le procès qui s’est ouvert au printemps 2016 contre 3 ex-personnalités de TEPCO est le premier procès au pénal ; il pourrait durer dix ans…
Cependant, dans la préfecture de Fukushima, il y a une multitude d’autres procès à différents niveaux, par exemple, en mars 2016, un procès à l’initiative de 200 parents est intenté à la Préfecture de Fukushima, pour « sortir les enfants des zones contaminées ».

Les gens protestent pour faire baisser « les seuils ». Selon eux, l’enjeu des seuils dépasse le cadre strict du Japon, ils craignent en effet que les seuils du Japon ne finissent par être généralisés outremer, ce que soulignent certaines cartes dans leur légende, par exemple « contre la généralisation et l’externalisation du seuil de 20 mSv/an ».

Certains sinistrés demandent, comme après Hiroshima, « un carnet d’irradiation », afin d’avoir accès aux soins.

 

Les vacances sanitaires

Envoyer les enfants en vacances sanitaires est aujourd’hui de plus en plus difficile, parce que la population tend à croire que la catastrophe est terminée alors les demandes d’aide sont devenues compliquées. Dans la ville de Fukushima par exemple, faire référence à la catastrophe nucléaire est désormais tabou…

 

 

VI. Une catastrophe sociale et familiale

 

Elle se décline en « conflits » entre voisins (un exemple : on décontamine chez un tel mais pas chez son voisin immédiat), entre les allocataires et les autres, entre les déplacés et les résidents du site d’accueil (il y a des malentendus sur la question des indemnités ; les auto-évacués ne sont pas indemnisés, mais la population locale d’accueil croit qu’ils le sont). Si bien qu’aujourd’hui beaucoup d’évacués préfèrent rendre leur carte de résident de Fukushima et acquérir la carte de la commune d’accueil (il faut savoir qu’au Japon on est résident du village dont on conserve la carte de résident) pour « tourner définitivement la page » parce qu’ils ne supportent plus d’être appelés des « évacués ». Ils veulent s’intégrer là où ils se sont déplacés. Seuls les gens âgés restent indéfectiblement attachés à leur résidence d’origine ; ce sont majoritairement les catégories âgées qui envisagent le retour.

Dans les familles de la Préfecture, suite à la catastrophe nucléaire, beaucoup d’hommes sont restés par nécessité, pour garder leur emploi afin de subvenir aux besoins de leur famille, alors que les mères ont évacué avec les enfants pour les mettre hors danger ; mais au fil du temps, cinq ans déjà, les familles se délitent… le père rejoint la famille plus rarement, souvent faute de moyens, et le couple se déconstruit ; on note beaucoup de divorces et des suicides. Les femmes font preuve d’une énergie remarquable, elles sont sur tous les fronts, ouvertement, et même fortement impliquées dans les actions pour les procès, jusqu’aux articles de la presse dite « féminine » qui aujourd’hui font la part belle aux sujets liés au nucléaire, à la catastrophe. Les jeunes filles en particulier sont très actives dans les protestations. Il s’agit d’une évolution notable de la société japonaise.

 

______________________________________________

 

 (1) - Loi de gestion des déchets : Waste Management and Public Cleansing Law, Haikibutsu no shori oyobi seisô ni kansuru hôritsu, loi N°137 de 1970, dernier amendement en 2001 https://www.env.go.jp/en/laws/recycle/01.pdf

Nuclear Reactor Regulation Law (Genshiro tô kiseihô).

Son nom complet en anglais et en japonais :

"Act on the Regulation of Nuclear Source Material, Nuclear Fuel Material and Reactors" (kakugenryô busshitsu,kakunenryô busshitsu oyobi genshiro no kisei ni kansuru hôritsu)

loi N°166 de 1957(2) -

Traduction en anglais de Nuclear Reactor Regulation Law.

http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?id=1941&vm=03&re=01

 

(2) - Minna no Data Site (MDS) http://en.minnanods.net/

 

_____________________

 

A l’issue de sa conférence, j’ai posé une question toute simple à Kurumi Sugita : Pourquoi a-t-elle fondé l’association « Nos Voisins Lointains 3.11 » ?… En France, où réside Kurumi, plusieurs associations de Japonais échangent au sujet de la catastrophe. Or, Kurumi Sugita a fondé le 8 janvier 2013 à Lyon, l’association « Nos voisins lointains 3-11 » pour informer aussi les Français ou les francophones qui ne lisent pas le Japonais. Le site de l’association publie de précieux et bouleversants témoignages, traduits en français. Grâce aux dons, l’association aide concrètement, autant que possible, quelques familles sinistrées au Japon.

 

_____________________

 

Pour en savoir plus

 

 Le  site de son association :  http://nosvoisins311.wix.com/voisins311-france

 Vous trouverez les témoignages des sinistrés sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311_Les-paroles-des-sinistr%C3%A9s-nucl%C3%A9aires-1610794892522102/

Et des informations générales sur la catastrophe nucléaire de Fukushima :

https://www.facebook.com/Nos-Voisins-Lointains-311-555557711144167/

 

 

 

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 07:03

Ça faisait un moment que je voulais donner des nouvelles d’Asako House… les années ont passé depuis le premier article Envoyez une lettre à Asako House ! (2011) et finalement j’ai fini par trouver un peu de temps. Souvenez-vous, ce petit bout de terre que la propriétaire, Asako à l’origine, n’a jamais voulu céder à J-Power, le constructeur du nouveau monstre atomique de la préfecture d’Aomori, la centrale nucléaire d'Ōma, prévue pour fonctionner au MOX.

Eh bien le combat n’est pas fini, le Japon d’Abe est toujours pronucléaire et le projet n’est pas abandonné, malgré Fukushima et ses pollutions éternelles. Depuis le 1er janvier 2012, plus de 2500 lettres ont été envoyées à Asako House, qui est aujourd’hui occupée par sa fille Atsuko. Le facteur continue donc de passer sur ce chemin que J-Power aimerait voir disparaître.

Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante
Atsuko militante

Atsuko militante

Grâce à cette obstination, les plans de la centrale nucléaires ont dû être déplacés de 25 mètres. Ça aurait été si simple d’abandonner le terrain, de tout raser. Mais non, Atsuko est restée fidèle et aussi déterminée que sa maman Asako.

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Les plans de la centrale nucléaire ont dû être changés

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Situation d'Asako House sur GoogleEarth

Le site dédié asakohouse.com, qui répertoriait les envois afin de les répartir dans le temps, n'existe plus, mais je vous encourage encore à envoyer des messages d’amitié à Atsuko. Elle ne peut pas répondre car matériellement ça serait trop compliqué - elle reçoit trop de courriers du monde entier - mais cette action de soutien est importante pour la préservation de ce terrain antinucléaire.

 

L’adresse a un petit peu changé depuis 2011. Il faut désormais utiliser celle-ci :

 

Asako House
aza-kookuto 396
Oma-machi
Shimokitagun
Aomori Pref.
039-4602
Japan

 

Allez, on ne lâche rien ! C’est l’été, vous avez un petit peu de temps devant vous, préparez vos cartes postales et programmez vos envois !

 

Pierre Fetet

La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction
La centrale en cours de construction

La centrale en cours de construction

Des nouvelles de la centrale contre laquelle se bat Atsuko : (source : ACRO)

"J-Power, qui construit un nouveau type de réacteur à Ôma, dans la province d’Aomori, a annoncé le report d’un an de la date de démarrage prévue. Ce ne sera pas avant 2022. Officiellement, c’est à cause des retards pris par l’instruction des dossiers de sûreté par la NRA, et les contrôles. La compagnie doit reporter les travaux de renforcement de la sûreté. C’est typique de l’industrie nucléaire japonaise de reporter les retards sur l’autorité de sûreté nucléaire. Pourtant, en janvier dernier, le dossier de sûreté était insuffisant.

Rappelons que ce réacteur doit fonctionner entièrement au MOx, ce qui serait une première mondiale. Ce combustible dégage plus de chaleur, ce qui peut être problématique en cas de perte de refroidissement. La ville voisine de Hakodaté, sur l’île de Hokkaïdô, a porté plainte pour stopper le chantier.

A Higashidôri, toujours à Aomori, des chercheurs ont découvert des traces de tsunamis anciens à 10 et 15 m, d’altitude sur une colline située à une dizaine de kilomètres de la centrale nucléaire. Tôhoku Electric a estimé que la hauteur maximale serait de 11,7 m et rehausse la digue jusqu’à 16 m. La compagnie risque d’avoir à revoir ce risque et à rehausser plus la digue. Cela vient s’ajouter au problème des failles actives sur le site de la centrale.

Selon les chercheurs, le tsunami de 10 m aurait eu lieu il y a environ 1 500 à 2 000 ans. Celui de 15 m, il y a 500 à 800 ans. Ils doivent encore établir s’il s’agit de tsunamis déjà connus ou de nouveaux tsunamis.

Enfin, Hokkaïdô Electric vient d’annoncer qu’elle ne pourra pas redémarrer trois réacteurs de sa centrale de Tomari avant la fin de l’année fiscale qui termine en mars 2016.

SI l’on refait un comptage rapide, il y avait, au Japon, 54 réacteurs de production d’électricité avant 2011. 6 ont été détruits ou endommagés par le tsunami à Fukushima daï-ichi. 5 autres ont été arrêtés définitivement car trop vieux. Il ne reste donc, officiellement, que 43 réacteurs au Japon. D’autres devraient aussi être arrêtés définitivement, comme à Fukushima daï-ni, Tsuruga… Pour le moment, un seul réacteur a redémarré et un second devrait suivre en novembre. Ce sera tout pour cette année [2015]. Cela donne une idée de l’état du parc japonais qui n’est toujours pas aux nouvelles normes de sûreté."

Asako et Atsuko

Asako et Atsuko

Le chemin qu'emprunte le facteur

Le chemin qu'emprunte le facteur

Asako House
Asako House

Asako House

Asako House : on continue !

Un petit film diffusé sur une TV japonaise

________________________

Mise à jour 1er janvier 2017

Le webmaster d'asako-house a décidé de fermer le site fin 2016, faute de fréquentation suffisante.

Vous pouvez néanmoins continuer à écrire à Asako House à l'adresse suivante :

Asako House
aza-kookuto 396
Oma-machi
Shimokitagun
Aomori Pref.
039-4602
Japan

(timbre à 1,30 euros pour le japon depuis le 1/1/2017)

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 07:31
Alone in Fukushima

La Maison de la Culture du Japon à Paris a invité récemment la cinéaste Mayu Nakamura à présenter Alone in Fukushima, documentaire consacré à Naoto Matsumura, bien connu des lecteurs de ce blog. Corrigeant certains clichés, la cinéaste présente son point de vue sur cet homme qui mène une vie hors du commun.

A cette occasion, Martin Debat a réalisé une interview de la réalisatrice Mayu Nakamura, paru dans le site East Asia le 16 avril 2016. En voici un extrait, avec l'aimable autorisation du rédacteur en chef du site.

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Entretien avec Nakamura Mayu pour son documentaire

Alone in Fukushima (MCJP)

 

 

(…)

 

À propos de votre documentaire Alone in Fukushima, souhaitiez-vous dès le départ faire un documentaire sur la catastrophe ? Comment avez-vous rencontré Naoto?

 

Comme je l’ai dit plus tôt, je travaillais pour NHK World, et je faisais des nouvelles sur la catastrophe du tsunami. Je n’avais rien réalisé sur celle de Fukushima, et il me tenait à cœur d’en parler. J’ai fait des recherches et j’ai découvert des reportages à propos de Naoto sur les médias étrangers comme CNN, BBC et peut-être même sur des chaînes d’info françaises. C’était deux ans après la catastrophe, en 2013, mais la plupart des gens au Japon ne connaissait pas son histoire.

 

La raison est que son travail ne fut pas relaté par les médias nippons, et je me demandais pour quelles raisons. Il est là depuis tout ce temps et personne ne semblait être au courant alors que les journalistes étrangers en parlaient. J’ai donc proposé à mes producteurs de faire un reportage à son sujet, et comme je l’ai expliqué, ils ont refusé en raison des risques sanitaires, et ne souhaitaient pas en être responsable. Je pense en revanche qu’ils ne voulaient pas montrer quelqu’un vivant dans cette zone dévastée. Il n’est pas censé vivre ici, mais il a reçu une permission exceptionnelle de la part du gouvernement parce qu’il prend soin des animaux. Je l’ai d’abord contacté, et je me suis rendue sur place par mes propres moyens. J’ai loué une voiture. À notre première rencontre, il était méfiant. Cela émane de ses précédentes expériences avec les journalistes japonais, travaillant pour de grands groupes médias, venus faire des reportages sur Fukushima. Ils ont recueilli son témoignage pour étayer leur article. Mais ces papiers n’étaient finalement pas publiés, en raison des pressions éditoriales venant du gouvernement. Je l’ai convaincu en argumentant sur mon expérience de documentariste, de mon travail sur la communauté nippo-brésilienne, et que je mènerai ce projet en toute indépendance. C’est ainsi qu’il m’a accordé sa confiance. Il s’avère que mon permis de conduire n’était pas valable au Japon, j’avais passé l’examen à New York quand je vivais aux États-Unis. Je n’avais pas validé mon équivalence. J’habite à Tokyo et j’utilise les transports en commun pour me déplacer en agglomération. Seulement, le permis est primordial pour se rendre à Fukushima, aucun autre moyen de locomotion ne conduit à cette destination (rires !). J’ai donc dû retourner à l’école de conduite pour obtenir mon permis. Il fut très reconnaissant de voir les efforts que j’ai fournis pour me rendre à sa rencontre.

 

Alone in Fukushima

Qu’est-ce qui vous a séduit dans son histoire ?

 

Je pense que Naoto est une personnalité intéressante. À l’époque, il y a eu de nombreux reportages sur la catastrophe, par forcément sur Fukushima, mais plutôt sur les personnes qui furent évacuées des zones irradiées et qui furent accueillies dans des refuges. Un choix dicté en raison des risques encourus sur place. En 2013, deux ans après les événements, il fallait à mon avis trouver une approche différente, ne pas rabâcher les mêmes sujets. C’est ce qui m’a conduit dans mon choix de réaliser un reportage à l’intérieur de la zone irradiée. Ce qui induit que je devais me préparer à être exposée aux radiations pendant un certain temps. Je voulais décrire cette zone radioactive au long des saisons. Il y a déjà eu des documentaires sur Naoto, mais les journalistes ne restaient que deux ou trois jours sur place. Je devais avoir une approche différente, et sur du long terme pour constater comment les animaux vivaient, et mouraient. Je voulais me concentrer sur lui et son action, et pas sur son entourage. Je ne souhaitais pas faire comme mes confrères à propos de leurs sujets sur les réfugiés de Fukushima et m’éparpiller en traitant de plusieurs personnages en même temps. C’est une personnalité suffisamment forte, il a une vie peu commune, et sa relation unique avec les animaux est passionnante. Je ne me suis rendue compte qu’une fois sur place qu’il y a des autruches dans cette zone, personne ne s’en serait douté. Elles sont les mascottes des réacteurs nucléaires (rires !). Il a une relation très particulière avec les animaux, il leur parle, il les comprend. Je ne savais pas avant de le connaître que les animaux étaient des êtres sensibles et qu’ils avaient par conséquent leur propre personnalité. Et la façon dont ils interagissent entre eux est très drôle.

 

La plupart des reportages sur Fukushima sont très sérieux. Je ne souhaitais pas faire un film pessimiste. Le sujet l’est pourtant, il n’y a pas d’espoir, mais Naoto est une personne positive. C’est quelqu’un de très jovial et son comportement avec les animaux est très amusant. Je voulais trouver un ton différent, rectifier certains a priori le concernant propagés par les médias étrangers. Cela est sûrement dû à des erreurs de traduction. Beaucoup de gens pensent qu’il est fermier de formation ou bien éleveur, ce n’est pas le cas. Il y a donc une erreur, une incompréhension. Au contraire, je pense que l’un des aspects intéressants de son parcours est qu’il vient des métiers du bâtiment, et qu’il fut engagé auparavant dans la construction des cheminées de la centrale. Ce projet professionnel fut bénéfique pour lui, et suite à la catastrophe, il décida de rester et de s’occuper des animaux d’élevage alors qu’il n’a pas la moindre expérience dans le domaine. Ces animaux sont très difficiles à entretenir, ils ont besoin de beaucoup de nourriture, notamment les animaux d’élevage qui ont un régime particulier. Et puis je tenais à rectifier cette image d’Épinal de Naoto véhiculée par les médias occidentaux. Cette représentation du grand sauveur des animaux qui est resté à Fukushima, un cliché colporté par les activistes des droits des animaux. C’est vrai dans une certaine mesure. Mais il n’est pas resté pour les animaux. Ce qui a motivé sa décision en premier lieu est qu’il vivait en compagnie de ses parents qui sont très âgés, qui ne voulaient pas être évacués. Il voulait les aider. Ses frères et sœurs ont réussi à les convaincre de partir. Il a décidé de rester sur place parce que c’est quelqu’un de solitaire, sa femme l’a quitté, et il n’a plus vu ses enfants depuis longtemps. Il ne souhaitait pas se mélanger à la foule de réfugiés dans les abris. Il a préféré rester. C’est par hasard qu’il a découvert l’existence de ces animaux laissés à l’abandon. C’est ce qui l’a motivé dans sa mission, et c’est ce qui lui permet en un sens de rester en vie. Cette décision était toute personnelle. Il est très différent des activistes pour les droits des animaux. Il les aime, et les traite comme des amis, des amis de la ville que l’on a oubliés sur le bord de la route, un peu comme lui, ils  ont besoin d’aide et de réconfort. Ils sont un peu sa nouvelle famille.

 

Alone in Fukushima

Était-ce difficile de tourner à Fukushima et dans les alentours ? Comment avez-vous obtenu les autorisations de tournage ? Quels furent les obstacles à la concrétisation d’un tel projet ?

 

Au printemps 2013, cette zone fut rouverte. Avant cela vous ne pouviez y accéder sans permission. Il fallait trouver différents itinéraires pour s’y rendre. Mais à partir de cette date, l’endroit où vit Naoto est devenu accessible. Vous pouvez vous y rendre librement de 9h à 15h dans la journée. Il y a cette annonce propagée par haut-parleurs qui rappellent aux visiteurs de quitter les lieux à l’heure indiquée. Mais si vous décidez de rester plus longtemps, personne ne viendra vous réprimander. Naoto a deux fermes, une dans la zone irradié, et l’autre dans la zone interdite. Au début je n’avais pas le droit de l’accompagner dans ce périmètre dangereux. Je lui ai d’abord demandé de m’obtenir un permis en tant qu’employée volontaire pour m’occuper des animaux. Si j’avais fait ma requête en tant que journaliste, je n’aurais jamais eu l’autorisation de m’y rendre. Cette zone interdite est fortement irradiée, bien plus que l’endroit où il vit. Il s’y rend toujours quoi qu’il arrive. Je n’ai pas porté de combinaison de protection. Au début je portais un masque, or il est compliqué d’interviewer quelqu’un qui n’en porte pas, même sous prétexte de se protéger. Tu ne peux pas instaurer ainsi une relation de confiance. Après ma première journée de visite, j’ai naturellement jeté le masque. Le taux de radiation où il vit est relativement bas. Le compteur Geiger enregistrait un taux allant de 2 à 3 micros Sievert/h ce qui équivaut à un ratio moyennement faible. Je suis allée plus tard faire des examens médicaux et on m’a diagnostiqué une exposition peu élevée, voire normale. Je ne ressens pas d’effets secondaires. Naoto s’est fait examiner, il est sur place depuis le début de la catastrophe, c’est un peu le champion de l’atome. Il est bien en forme pour l’instant, il n’est pas malade du tout. C’est une personne très forte, il a une santé et un mental en acier.

 

Alone in Fukushima

J’ai lu que vous avez fait appel à du financement participatif pour terminer votre film. Comment êtes-vous parvenue à financer votre film ? Quels furent les intervenants publics ou privés ?

 

Au début du tournage, je n’avais pas d’argent. Je l’ai fait avec les moyens du bord. Je n’avais pas d’assistants, pas d’équipe de tournage. J’ai payé la location d’une voiture et une chambre d’hôtel à proximité. En revanche quand j’ai voulu distribuer le film, j’avais besoin d’outils promotionnels, des affiches, des cartons publicitaires. L’an passé, j’ai lancé un financement participatif sur internet. J’ai pu réunir la somme de 20 000 dollars. C’est une belle somme et cela m’a permis de distribuer le film. Mais puisqu’il s’agit de financement participatif il faut donner quelque chose en retour comme des tickets pour aller voir le film, des DVD, suivant la somme donnée. Il ne s’agit pas de charité. Cela demande beaucoup de travail. Je suis très reconnaissante envers les donateurs.

 

Alone in Fukushima

Quelles furent vos exigences et votre approche initiale dans la réalisation de ce documentaire ? De combien de temps de tournage disposiez-vous et sur quelle durée ?

 

Je ne souhaitais pas faire appel à un narrateur, c’est devenu un peu la marque de fabrique des documentaires de télévision, et je voulais m’en éloigner. C’est plus un livre d’images, elles parlent d’elles-mêmes. J’ai utilisé le minimum d’informations supplémentaires comme les sous-titres. Je voulais que Naoto soit la voix de sa propre histoire. Il a en revanche un accent très prononcé. Il parle le dialecte de la région de Fukushima, et même pour les Japonais, il est très difficile à comprendre. Cela m’a pris un certain temps pour m’y habituer. À présent je n’ai plus de problème avec son accent. C’est pour cela que j’ai dû employer les sous-titres. Et c’est très utile quand on interroge les personnes âgées de cette région, elles sont incompréhensibles (rires !). Leur patois est confus.

 

Au début du documentaire, on a l’impression que M. Naoto est très seul, qu’il vit reclus. Au fur et mesure, on voit qu’il est entouré et soutenu. Est-ce un choix dans votre mise en scène ou une réalité ?

 

C’est intéressant que vous signaliez cela. Il s’avère que j’ai débuté les prises de vue peu de temps après notre rencontre. Je ne savais que peu de choses au sujet de Naoto à ce moment-là. J’ai fait sa connaissance sur le tournage du documentaire. Il s’avère que je voulais faire un reportage sur Fukushima au travers de la figure de Naoto et de ses relations avec son entourage. Deux mois après le début des prises, en octobre, j’ai découvert qu’il était marié et père d’un bébé. Je n’en savais rien. Je l’ai appris par l’intermédiaire d’un ami journaliste. Il apparemment rencontré sa femme après la catastrophe, elle était volontaire. Ils ont eu un enfant ensemble. Elle vit toujours à Tokyo avec son nourrisson. Il est en bonne santé. Je ne l’ai pas rencontrée mais je suppose qu’elle a été bien exposée aux radiations. Il ne me les a pas présentés, et ne voulait pas qu’ils soient filmés. Il tient à conserver leur anonymat pour que l’enfant plus tard n’ait pas à souffrir de discriminations. C’est l’enfant d’un père qui a été lourdement irradié. J’ai appris à le connaître tout au long du tournage, il n’était d’ailleurs plus tellement seul à la fin. C’est un peu la morale du film, il avait un bon contact avec les animaux et il a gagné une nouvelle femme, et un avenir. Cette catastrophe a été un bouleversement dans sa vie. Avant il vivait seul avec ses parents. Depuis cet épisode, il reçoit des visites de gens venant du monde entier pour le rencontrer. Il est bien plus occupé que moi. Il a beau vivre par ses propres moyens, il est toujours entouré, il a une nouvelle famille. Il a même un compte Facebook qui compte plus de 5000 amis. Il est devenu bien malgré lui une personne célèbre. C’est un héros par accident. Ce que l’on peut retenir est que ce désastre nucléaire a privé les habitants de leur terre natale, et qu’ils ne peuvent plus jamais revenir chez eux, c’est un fait. Dans l’exemple de Naoto ce n’est pas qu’une mauvaise chose. Elle a eu des répercussions positives inattendues. Bons nombres de personnes que j’ai rencontrées dans les parages ont perdu leurs familles, leur maison, mais ils ont trouvé quelque chose d’autre en retour. Il y a cette personne que j’ai croisée à Ishinomaki, ville qui été durement touchée par le tsunami. Il a perdu sa fille et un petit enfant. Il s’est tourné vers la photographie et a commencé à prendre des images des zones sinistrées. Des gens comme lui ont la force et la résilience de se renforcer dans l’adversité. Ils ont la faculté de s’adapter, ils deviennent des personnes différentes, et grandissent plus fort. Ces tragédies leur ouvrent d’autres voies, de nouveaux horizons. Et on retrouve ce phénomène partout dans le monde, c’est une leçon que l’on peut retenir sur ce qui peut survenir des suites d’un désastre.

 

Alone in Fukushima

M. Naoto est devenu un symbole de lutte contre l’énergie nucléaire à travers le monde. Comment voyez-vous la portée de son engagement ? Et comment son combat est-il perçu par les Japonais aujourd’hui ?

 

Bons nombres de journaux tokyoïtes qui l’ont couvert lors de son happening à la capitale l’ont qualifié de gauchiste, dans leurs colonnes. En revanche peu de télévision en ont parlé. Grâce à mon film, beaucoup de Japonais ont entendu parler de lui. Le film fut distribué dans une quinzaine de salles à travers le pays. Dès que nous avons l’occasion pour une avant-première comme à Tohoku dans le Nord-Est du Japon, il essaie de se joindre à moi. Je n’ai pas les moyens de le faire venir, mais il m’accompagne par ses propres moyens et nous voyageons ensemble. Il était avec moi à Iwaki dans la région de Fukushima, et la ville de Sendai par exemple. Il s’y rend en camion. Partout il y a des centrales nucléaires au Japon, nous faisons des rencontres avec le public. Pour la présentation à Hiroshima il a réussi à trouver des billets d’avion à des prix avantageux (rires !). Nous essayons d’en faire le plus possible, pour que les spectateurs puissent s’exprimer avec lui de ses sujets et de son expérience. Il n’a malheureusement pas pu venir présenter le documentaire à Paris avec moi, mais il s’est rendu ici il y a deux ans il me semble, il a été invité à une manifestation antinucléaire à Fessenheim. Ils en ont parlé partout dans les médias. Il est de tous les combats.

 

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Mayu Nakamura et Naoto Matsumura

Et pensez-vous qu’il aura une influence sur l’attitude du gouvernement de Abe Shinzô ?

 

C’est une question intéressante, il s’avère qu’en 2012, la femme du Premier ministre Abe Shinzô s’est rendue sur place par ses propres moyens avec le secrétaire pour rendre visite à Naoto. Je ne sais pas si vous avez remarqué, je n’ai pas suffisamment de place pour mettre les sous-titres à l’image, de nombreuses personnes ont écrit des autographes sur les murs de Naoto. La femme d’Abe a écrit Amour ! Chaque fois que je projette le film, les spectateurs s’interrogent pour savoir s’il s’agit bien de la femme du Premier ministre. C’est bien elle. Quand j’ai sorti le film je lui ai demandé d’écrire un commentaire sur l’affiche du film et elle a accepté. J’ignore en revanche si elle a montré le film à son mari, je l’espère en tout cas. Je ne me rends pas encore compte de l’impact qu’a le film, mais nous avons projeté le film à Fukui, une région qui ne dénombre pas moins de 14 réacteurs nucléaires. L’un d’entre eux vient de redémarrer en début d’année. Les habitants s’inquiètent des conséquences et ce qui va advenir. Bon nombre d’entre eux sont venus voir le film. Il y a deux jours, j’ai appris que la Cour suprême a statué qu’il était dangereux pour l’environnement de garder la centrale de Takahama en fonction et a ordonné l’arrêt du réacteur. Mais je crois que le gouvernement souhaite contourner cette mesure et le relancer.

 

C’est un peu le même cas à Kawashima, comme je l’avais signalé auparavant, ils ont une centrale à proximité d’un volcan qui se réveille régulièrement. Les habitants de la région sont de plus en plus inquiets. Les gens réagissent fortement à la vision de mon documentaire, cette menace nucléaire se concrétise, et ce problème devient le leur. Je pense que les gens se sentent plus concernés, mais je doute que le gouvernement écoute, et s’investisse dans ce sens. Malheureusement, beaucoup de médias japonais s’autocensurent, et ne veulent plus couvrir les nouvelles concernant Fukushima. Et en dehors de cette date anniversaire de la catastrophe, ils n’en parlent que très peu. J’ai plus l’impression que les médias se préoccupent des futurs Jeux Olympiques qui se tiendront à Tokyo. Le gouvernement veut donner l’image que le désastre est passé et que les risques concernant Fukushima sont sous contrôle, ce qui est faux ! Je veux continuer mon travail avec Naoto et les chaînes info de répondre : non ! Ils ne veulent pas que les Japonais ainsi que les pays étrangers, et surtout les touristes, se rendent compte des dangers actuels des suites de l’incident nucléaire. Ils veulent faire croire que tout est maîtrisé. Le journalisme est grippé en ce moment au Japon, il s’applique plus à promouvoir l’image du gouvernement. J’ai l’impression que les médias français semblent avoir plus de poids et d’indépendance, mais votre gouvernement n’a pas l’air très réceptif quant aux dangers de l’atome.

 

Alone in Fukushima

À la fin du film, on sent Naoto très en phase avec la nature, on a l’impression qu’il a renoué avec un sentiment perdu qui liait autrefois l’Homme et son environnement naturel. Faut-il de telles tragédies pour que l’homme ouvre enfin les yeux ? Est-ce un espoir selon vous ?

 

Il se sent plus concerné par la nature, il dialogue avec les animaux. Au début du film, on le voit s’adresser aux autruches, et à la fin il siffle les oiseaux. C’est un sage maintenant. Il peut vivre sans problème à l’écart de la civilisation. Il a survécu pendant des années sans électricité et eau courante. Il peut vivre n’importe où. Il dit : on ne peut pas contrôler la nature, pas plus que l’énergie nucléaire. Ce que j’ai retenu, après avoir passé 8 mois à Fukushima, est que j’ai toujours été citadine, même si je vivais en proche banlieue. Je n’ai jamais eu l’opportunité de côtoyer les animaux d’aussi près, je n’avais jamais vu de vaches mettre bas, et des chats se reproduire. J’ai pu en fin de compte observer la nature de près à Fukushima et l’étendue de son pouvoir. Je fus attristée de découvrir une si belle région agricole contaminée par les radiations. C’est une grande tragédie. Il ne s’agit pas d’une catastrophe qui concerne uniquement les humains, mais aussi les animaux et la nature. Ils n’ont pas à souffrir de nos erreurs. Le gouvernement a donné l’ordre de tuer tous les animaux d’élevage. Ils étaient d’innocentes victimes. J’ai contacté des éleveurs de la région, et bien qu’ils approuvent le fait que les animaux devaient être tués, ils se sentent coupables. C’est une chose de tuer les animaux pour nourrir les gens, en revanche abattre des troupeaux entiers pour des raisons sanitaires à cause des radiations, ce fut une décision éprouvante pour eux. Mais ils ne pouvaient les laisser vivants à l’abandon. C’est trop cher à entretenir, et tu ne peux pas vendre les bêtes, ni leur viande. L’impression que cela m’a donnée fut d’être submergée par une nature retournant à l’état sauvage, pas une âme qui vive à l’horizon. Elle reconquiert les territoires domestiqués par les humains. C’est un peu un royaume animal, avec de la verdure partout et la faune en liberté. Une sorte de paradis. On ne se rend pas compte du degré de contamination devant un tel spectacle. C’est un lieu très étrange. Les gens se plaignent des dommages encourus à cause de la prolifération des animaux vivants dans cette zone. On ne peut contrôler la nature, elle grandit. Je ne suis pas chrétienne, mais Naoto me fait penser à Noé et son arche qui sauve les animaux du déluge. Il vit dans un étrange paradis peuplé de beaux animaux victimes des radiations.

 

(…)

 

Lire la totalité de l’entretien sur le site East Asia

 

Alone in Fukushima

 

Bande annonce du film

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 20:41
L’insoutenable légèreté de la décision atomique

Suite à la série de séismes importants dans l’île de Kyushu, Cécile Asanuma-Brice, chercheure en sociologie urbaine rattachée au centre de recherche de la Maison Franco Japonaise de Tôkyô, fait le point de la situation, en particulier au regard de la décision du gouvernement japonais de maintenir en activité la centrale nucléaire de Sendai.

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

 

Cécile Asanuma-Brice

 

 

Cet article a été publié dans Le Monde le 19.04.06 sous le titre « Japon: « La centrale nucléaire de Sendai réveille le traumatisme de mars 2011 »

 

 

A Kumamoto (préfecture au sud du Japon), secoué par des séismes importants depuis quelques jours, le gouvernement japonais joue un bras de fer bien risqué avec les éléments naturels et ceux qui le sont moins. Le choix de maintenir en activité la centrale nucléaire de Sendai à 140 km de là (1), génère la colère des japonais. Cette centrale, composée de deux réacteurs, est la seule à avoir été redémarrée sur le territoire japonais en août 2015, depuis le séisme accompagné d’un tsunami qui avait engendré la fonte des cœurs de trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en mars 2011. La centrale de Sendai, bien que construite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Tohoku. Cette fois-ci l’enjeu pour le gouvernement japonais serait de montrer que les nouvelles normes sont viables et permettent de résister aux plus forts séismes, redonnant un élan à la politique de redémarrage des centrales nucléaires qui rencontre de fortes oppositions dans le pays.

 

Bilan géologique et humain

 

En quatre jours, la préfecture de Kumamoto, à Kyûshu (île au sud de l’archipel japonais) a subi non moins de 410 secousses sismiques, dont trois tremblements de terre principaux les 14, 15 et 16 avril. Ces secousses sont d’intensité croissante, leur magnitude allant de 6.5 à 7.3 sur l’échelle de Richter. Elles sont précédées et suivies par de nombreuses répliques. Ces poussées tectoniques ont engendré une avancée des terres d’un mètre vers le sud ouest.

 

La région est sillonnée par d’innombrables failles actives d’où proviennent les séismes actuels, le long de la vallée du rift Beppu-Shimabara. Ces failles sont reliées à la ligne tectonique médiane du Japon, qui traverse le pays dans sa longueur.

 

La centrale nucléaire de Sendai située à proximité de ces zones de failles réveille le traumatisme de mars 2011 dont ni les spécialistes japonais, ni les nombreux experts internationaux ne savent, 5 ans après, maîtriser les conséquences matérielles, environnementales et humaines, conséquences incommensurables par leur ampleur.

 

Suite au séisme de 2011, le magma souterrain s’est rapproché de l’écorce terrestre générant le réveil, si ce n’est l’éruption, de divers volcans. La centrale nucléaire de Sendai, localisée sur une zone extrêmement sensible, entourée de nombreux volcans, avait déjà inquiété alors que le volcan de l’île Sakura, à une cinquantaine de kilomètres de là, était entré en éruption le 25 août 2015. L’évacuation de la totalité de la population insulaire avait alors été préconisée. Sur cette même île de Kyûshu, le volcan Aso, actif depuis un mois, est entré en éruption le 16 avril 2016. 8 personnes du village d’Aso sont aujourd’hui portées disparues.

Des pans entiers de montagne se sont effondrés emportant tout sur leur passage : routes, ponts, bâtiments, ainsi que 41 vies (au 17 avril). Plus de 190 000 personnes sont réfugiées dans les écoles, gymnases et autres bâtiments permettant leur accueil.

 

Un défi bien audacieux

 

Malgré un risque qui pourrait sembler évident, et à l’encontre des diverses protestations qui se manifestent, le gouvernement japonais a pourtant pris la décision de ne pas arrêter le fonctionnement de la centrale nucléaire de Sendai. La dépendance énergétique du Japon au nucléaire ayant toujours été faible (28% de l’énergie produite via 54 réacteurs avant Fukushima), ça n’est pas la nécessité énergétique qui motive une telle décision.

 

Ainsi, quelques heures après le plus fort des séismes et alors que les répliques se succèdent par centaine chaque jour, le ministre de l’environnement, Mme MARUKAWA Tamayo déclarait, le 16 avril,  qu’après réunion du conseil des normes nucléaires, il ne paraissait pas nécessaire d’arrêter la centrale. Elle justifiait cette décision par le fait que les séismes actuels engendraient des mouvements allant jusqu’à 12,6 gal (le gal est une unité spéciale employée en géodésie et en géophysique pour exprimer l'accélération due à la pesanteur terrestre). Or les réacteurs de la centrale de Sendai sont dotés d’un système d’arrêt automatique pour des mouvements d’intensités allant de 80 à 260 gal, soit un séisme dont la magnitude serait supérieure à 8.1, chiffres en deçà desquels la centrale ne serait pas mise en péril.

 

Le 18 avril, la commission de sécurité nucléaire japonaise a tenu une conférence de presse durant laquelle ses membres ont réitéré ce point de vue. Il n’y aurait aucune raison d’arrêter la centrale maintenant, selon leurs propos. Cette position est une façon bien étrange de considérer le principe de précaution. Alors qu’il devrait être question de la suite, du possible, des éventualités à venir, les experts interrogés ne s’expriment que dans le présent. Autrement dit, la commission de sécurité nucléaire japonaise ne prendra la décision d’arrêter la centrale de Sendai que lorsque la catastrophe sera là…

 

En outre, ne prendre en considération que l’unique facteur des séismes, c’est faire fi d’un possible risque de tsunami qui ne peut être anticipé par aucun spécialiste d’autant que notre connaissance de l’intensité des mouvements tectoniques et de leurs conséquences est bien superficielle si l’on en croit les expériences passées. Nous n’avons encore jamais, et ce nulle part dans le monde, réussi à appréhender un tremblement de terre, c’est à dire à le pronostiquer et à s’y préparer. En outre, il y a plus de 2000 failles actives au Japon, et le risque d’un très grand séisme peut se produire à tout moment et sur la quasi-totalité du territoire. (2)

 

 

Ainsi, les motivations militaires à l’origine de la volonté politique farouche de relancer le nucléaire au Japon recherchent dans cette nouvelle « expérience » la preuve de leur infaillibilité. L’arrogance liée au désir de pouvoir atomique coûte pourtant cher et le Japon qui en a déjà subi maintes fois les frais devrait être le premier à s’en méfier. Chaque jour nous le prouve un peu plus, la menace de la guerre nucléaire, sous un prétendu intérêt de liberté, institue, dans les faits, une extrême privation de liberté.

 

Yokohama, le 18 avril 2016

 

____________

 

1. La centrale nucléaire de Sendai se trouve dans le département de Kagoshima, au sud-ouest du département de Kumamoto, à 140 km de l’épicentre.

 

2. http://www.asahi.com/articles/ASJ4J5H8BJ4JULBJ029.html?iref=comtop_6_03

 

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Photo d'entête : Vue aérienne de la centrale nucléaire de Sendai et de ses deux réacteurs, exploitée par le groupe Kyushu Electric Power sur l’île de Kyushu, située à l’extrême sud-ouest de l’archipel japonais -.© THE YOMIURI SHIMBUN/AFP PHOTO

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 07:37
Fukushima cinq ans après : quel impact sanitaire ?

A l’occasion du cinquième anniversaire de Fukushima, David Boilley a récemment rédigé un rapport sur l’impact sanitaire de la catastrophe nucléaire. Publié le 11 février 2016 sur le site de l’ACRO, les informations qu’il contient avaient, pour la plupart, déjà été publiées dans l’ACROnique de Fukushima (Fukushima.eu.org).

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Fukushima cinq ans après : quel impact sanitaire ?

 

 

David BOILLEY

 

 

 

Résumé

 

L’évacuation forcée autour de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi a provoqué beaucoup de souffrances. Cinq plus tard, environ 100 000 personnes sont toujours comptabilisées comme personnes déplacées à cause de l’accident nucléaire. Les personnes non-évacuées et vivant en territoire contaminé ont aussi vu leur vie bouleversée.

 

L’évacuation d’urgence, les conditions d’accueil difficiles, sans structure de soin appropriée et l’absence de solution acceptable à moyen et long terme conduisent à une dégradation de la santé des personnes les plus fragiles. Les suicides sont plus fréquents que dans les provinces voisines touchées par le tsunami. Le nombre total de décès liés aux conséquences de la catastrophe nucléaire dépasse déjà le nombre de victimes directes du tsunami à Fukushima.

 

Le suivi des conséquences sanitaires des rejets radioactifs a conduit à mettre en évidence une augmentation notable du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes qui est reconnue par tous. En revanche, il y a débat sur l’origine de la hausse constatée : effet du dépistage, comme le prétendent les autorités ou à la radioactivité, comme le montre une étude scientifique ?

 

Enfin, les personnes les plus exposées sont les travailleurs du nucléaire qui dépassent les 45 000 à la centrale de Fukushima daï-ichi et quelques 26 000 sur les chantiers de décontamination où les doses sont moindres. A la centrale, on déplore déjà plusieurs décès dus à des accidents de chantier. Le port de combinaisons et de masques intégraux rend les conditions de travail et de communication plus difficiles.

 

Il a fallu plusieurs scandales et un renforcement des contrôles pour que la protection des travailleurs s’améliore. Un travailleur à la centrale accidentée a vu sa leucémie reconnue comme maladie professionnelle.

 

Une catastrophe nucléaire de grande ampleur est d’abord une catastrophe humanitaire. A Fukushima, elle ne fait que commencer et il est hasardeux de vouloir tirer un bilan définitif. Mais, en moins de 5 ans, l’impact est déjà significatif.

 

 

 

 

Sommaire

 

1. Les victimes de l’évacuation

     La première année

     Une souffrance psychologique

     Un nombre élevé de suicides

     Bilan des décès liés à la catastrophe

2. Suivi sanitaire

     Reconstitution des doses reçues

     Pas d’augmentation des malformations congénitales détectée

     Controverses à propos du nombre élevé de cancers de la thyroïde

     Extraits de la conférence du Professeur Tsuda

3. Du côté des travailleurs

     A Fukushima daï-ichi

     Premier cas de cancer professionnel reconnu à la centrale de Fukushima daï-ichi

     Sur les chantiers de décontamination

     Nombreuses violations du droit du travail pour les travailleurs engagés dans la décontamination

4. Conclusion

 

 

 

1. Les victimes de l’évacuation

 

L’évacuation d’urgence s’est faite de façon chaotique au Japon, étant données les circonstances liées à la triple catastrophe. Les personnes les plus fragiles ont payé le plus lourd tribut. Mais il était nécessaire d’évacuer ces populations car les doses qu’elles auraient pu recevoir auraient été trop élevées. La France aurait fixé une limite d’évacuation plus stricte, entraînant le déplacement d’un plus grand nombre de résidents autour de la centrale nucléaire accidentée.

 

Cinq ans plus tard, les personnes évacuées et non-évacuées vivant dans les territoires contaminés souffrent encore des conséquences de la pollution radioactive et de l’absence de solution acceptable pour leur avenir et celui de leurs enfants.

 

La première année

 

La commission d’enquête mise en place par le parlement japonais (NAIIC) explique que « de nombreux habitants dans les environs de l’usine ont reçu l’ordre d’évacuer sans pour autant recevoir d’information précise. Ignorant la gravité de l’accident, ils pensaient devoir s’éloigner pendant quelques jours seulement et ne sont donc partis qu’avec le strict nécessaire. Les ordres d’évacuation ont été maintes fois révisés, les zones d’évacuation ont ainsi été élargies, à l’origine d’un rayon de 3 km, puis à 10 km et plus tard, à 20 km, en 24 heures. Chaque fois que la zone d’évacuation s’élargissait, les résidents étaient invités à déménager à nouveau. Certaines personnes évacuées ne savaient pas qu’elles avaient été déplacées vers des sites avec des niveaux élevés de radiations. Les hôpitaux et les maisons de soins situés dans la zone des 20 km ont eu beaucoup de difficultés pour assurer le transport des malades et pour trouver un accueil ; 60 patients sont morts en mars, du fait de complications liées à l’évacuation » [NAIIC2012].

 

Toujours selon ce rapport d’enquête, il y avait 850 patients dans les 7 hôpitaux et cliniques situés dans un rayon de 20 km autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 400 sérieusement malades avec un besoin de soins réguliers ou alités [NAIIC2012]. Tous ont été évacués en urgence. A l’hôpital de Futaba cela a été particulièrement dramatique.

 

Les hôpitaux et maisons de retraite situés à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi ont dû improviser pour évacuer leurs patients et pensionnaires. Le personnel ne savait pas qu’il en avait la charge en cas d’accident nucléaire, surtout quand la structure était éloignée de la centrale. Une évacuation jusqu’à 20 km n’avait jamais été envisagée. Un seul hôpital avait un plan qui s’est révélé être inutile car irréaliste. Pour quatre centres, l’évacuation a été beaucoup plus tardive que celle des habitants des environs. Le personnel médical a rapidement manqué. Les premiers décès sont liés à l’utilisation de moyens de transport inappropriés : des bus sont venus chercher les patients pour un trajet qui a duré des heures. Dans le cas de l’hôpital de Futaba, le trajet faisait 230 km et a duré plus de 10 heures. Et les centres d’accueil n’étaient pas équipés pour accueillir des réfugiés ayant besoin de soins lourds.

 

Une fois dans les centres d’accueil d’urgence, les personnes les plus fragiles ont vu leurs conditions se détériorer. Une étude [Nomura2013] a examiné les risques de mortalité liés à l’évacuation des personnes âgées de cinq maisons de retraite de la ville de Minami-Sôma dans la préfecture de Fukushima. Le taux de mortalité était 2,7 fois plus élevé après l’accident qu’avant. Cette étude, menée sur 328 personnes âgées qui ont toutes été évacuées, parfois à plus de 200 à 300 km en bus, a montré que 75 d’entre elles sont décédées en moins d’un an, ce qui est plus élevé que la normale, calculée sur les 5 années précédentes. Il y a aussi une disparité entre les maisons de retraite : trois ont évacué rapidement leurs résidents, dès le début de la catastrophe, sans l’aide du gouvernement, et l’accueil s’est fait dans de mauvaises conditions. Les soins n’étaient pas toujours disponibles à l’arrivée. Les deux autres ont attendu deux semaines avant d’évacuer les résidents dans de meilleures conditions et avec une mortalité moindre. L’évacuation rapide a entraîné une augmentation d’un facteur 4 à 5 du nombre de décès.

 

L’université médicale de Fukushima [Asahi2013] est arrivée à des conclusions similaires : il y a eu 2,4 fois plus de décès chez les personnes âgées lors des 8 mois qui ont suivi la triple catastrophe que durant la même période en 2010. Le pic de décès était en avril-mai 2011, avec un facteur 3. Ces statistiques ont été obtenues à partir des rapports transmis par 34 institutions d’accueil pour personnes âgées situées dans la zone d’évacuation de 20 km autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Sur les 1 770 pensionnaires, 295 sont décédés avant la fin octobre 2011. 32 autres ont été tués par le tsunami. A titre de comparaison, il y a eu 109 décès durant la même période en 2010. 40% des décès enregistrés sont dus à une pneumonie, alors que cette maladie est généralement responsable du décès de 10% des personnes âgées de plus de 65 ans. Ce sont donc les conditions d’accueil dans les centres d’hébergement de secours qui sont mises en cause.

 

Une souffrance psychologique

 

La catastrophe nucléaire s’installe dans la durée. Fin 2015, il y a encore officiellement 100 000 personnes évacuées, les personnes qui se sont réinstallées n’étant plus prises en compte [JT2016].

 

Selon une étude commandée par les autorités régionales et reprise par les médias japonais en avril 2014, 50% des familles évacuées sont encore séparées et 67,5% ont un membre qui souffre de stress physique et mental. En janvier et février 2014, la région a envoyé un questionnaire à 62 812 familles vivant à Fukushima ou ailleurs et a reçu 20 680 réponses, dont 16 965 (82%) sont originaires des zones évacuées. Les 18% restants (3 683 familles) sont parties de leur propre décision. Il y a un doute pour 32 familles. 48,9% des familles qui ont répondu disent vivre séparées depuis la catastrophe. Pour 15,6% des familles, l’éclatement familial est sur plus de 3 lieux. Les raisons de la séparation sont multiples : logements provisoires trop petits pour accueillir tout le monde, volonté de protéger les plus jeunes ou de se rapprocher d’une école ou encore le travail pour certains membres de la famille… Certaines personnes se retrouvent seules, inquiètes pour leur avenir. 50% des familles disent que certains de leurs membres ont des troubles du sommeil ou ont perdu leur joie de vivre. Enfin, 34,8% des réponses signalent une aggravation des maladies chroniques qui les affectent [Asahi2014b, Mainichi2014].

 

Les familles qui ne sont pas parties et vivent en territoire contaminé s’inquiètent aussi pour leur avenir et celui de leurs enfants. En effet, la limite d’évacuation a été fixée à 20 mSv/an, ce qui correspond à la limite de dose des travailleurs en France. Cette même limite est appliquée pour le retour des populations, même pour les nouveaux nés.

 

Le quotidien Asahi a publié, une interview d’un psychanalyste de l’université de Fukushima qui a travaillé auprès des mères de famille de la province. Il a noté que 24% d’entre elles sont dépressives alors que ce taux est généralement de 15% au Japon. Il y a une corrélation entre la dépression et l’inquiétude envers l’impact des radiations sur les enfants. De fortes différences de comportement demeurent entre les familles : la nourriture vient parfois d’ailleurs, les enfants ne sont pas autorisés à jouer dehors. Dans d’autres familles, aucune précaution particulière n’est prise. Mais même dans ce cas là, les mères se font du souci pour l’avenir de leurs enfants. La radioactivité est devenue un sujet dont on ne parle plus. Il y a la crainte d’être critiqué par les autres en cas d’opinion divergente [Asahi2014c].

 

Du côté des enfants, cela se traduit par une augmentation de la corpulence. Le fait qu’ils ne jouent plus dehors y est sûrement pour beaucoup. Dès 2012, les statistiques du ministère de l’éducation mettent en évidence une hausse du nombre d’enfants en surpoids, c’est à dire pesant au moins 20% de plus que la moyenne. C’était encore un problème en 2015 [Asahi2015]. En 2014, par exemple, 15,07% des enfants âgés de 9 ans étaient en surpoids. C’est 8,14% au niveau national.

 

D’autres problèmes de santé sont signalés, sans être pris au sérieux. L’exemple le plus caricatural est probablement le cas des saignements de nez. Une célèbre série de Manga, Oïshimbo (美味しんぼ, qui signifie « gourmet ») a représenté un reporter qui saigne du nez après être allé à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela a provoqué un tollé. Comme l’impact des radiations sur de tels maux bénins n’a jamais été étudié, les autorités n’ont rien à dire. Elles se sont contentées d’accuser l’auteur de colporter des « rumeurs néfastes ». Mais, Katsutaka Idogawa, l’ancien maire de Futaba, qui est dessiné dans le manga, maintient les propos qui lui sont attribués : son nez a souvent saigné au début de la catastrophe, presque tous les jours. Il explique qu’il en est de même pour de nombreuses autres personnes à Fukushima. Il est donc hors de question, pour lui, de démentir ces faits. La série de Manga a été suspendue alors qu’elle existait depuis 1983 [ACRO2014].

 

Pour de nombreux parents, voir leur enfant saigner du nez devient donc source d’inquiétude. S’il est sensible aux radiations, cela signifie-t-il qu’il risque de développer une maladie plus grave dans l’avenir ?

 

Un nombre élevé de suicides

 

Il y a aussi une différence significative entre la situation des personnes affectées par la catastrophe nucléaire et celles par le tsunami. Le nombre de suicides reliés aux catastrophes est plus élevé à Fukushima qu’à Miyagi ou Iwate, comme on peut le voir sur la figure n°1. Pour déterminer si un suicide est lié à la catastrophe et aux évacuations qui s’en sont suivies, la police locale interroge les familles endeuillées. A titre de comparaison, en novembre 2015, environ 24 000 personnes à Iwate et 55 000 à Miyagi vivaient dans des logements provisoires loin de chez elles. A Fukushima, ce nombre est d’environ 103 000. Les victimes de la triple catastrophe ont une plus grande probabilité de souffrir de dépression ou de troubles post-traumatiques à Fukushima qu’à Iwate et Miyagi [Asahi2015d].

 

 

Suicides liés aux séisme, tsunami et accident nucléaire (extrait de [Asahi2015d])

Suicides liés aux séisme, tsunami et accident nucléaire (extrait de [Asahi2015d])

Bilan des décès liés à la catastrophe

 

Au final, à la date du 4 mars 2015, il y a officiellement 1 867 décès liés directement ou indirectement à l’évacuation de Fukushima pour lesquels les familles ont reçu une indemnisation financière. Ce chiffre inclut les décès directs déjà mentionnés, ceux liés au manque de soins, les suicides… C’est plus que les 1 603 décès directs liés aux séismes et tsunami à Fukushima. Sur l’ensemble du Japon, les séisme et tsunami ont entraîné 18 475 décès directs et disparitions. A titre de comparaison, le nombre de décès post-catastrophe est de 450 dans la province d’Iwaté et de 909 dans celle de Miyagi, qui sont, avec Fukushima, les trois provinces les plus touchées par le tsunami. Certaines familles se sont vues refuser ce statut de décès post-catastrophe et ont fait appel. Le journal local, le Fukushima Minpo, a recensé 46 demandes de réévaluation du dossier. Il n’y a pas de règles claires pour trancher [FMinpo2015].

 

A la fin de l’année 2015, ce nombre de décès post-accidentels est passé à 2 007 à Fukushima. Fin septembre 2015, il était de 918 à Miyagi et 455 à Iwaté [Mainichi2015].

 

Une étude scientifique estime que l'inefficacité des contre-mesures relatives à ces décès peut être principalement attribuée aux facteurs de complication de l'accident nucléaire qui a suivi le tremblement de terre et le tsunami [Tanaka2015]. L’auteur explique qu’en comparaison à une catastrophe naturelle typique, les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire ont connu une plus longue période d’évacuation avec un avenir incertain. La gravité du tremblement de terre combiné au tsunami et à l’accident nucléaire a limité l'efficacité des contre-mesures qui ont été mises en œuvre sur la base du retour d’expérience des catastrophes précédentes, en particulier en ce qui concerne les personnes âgées. Il conclut qu’« il y a un besoin urgent de reconnaître les situations  stressantes des réfugiés, qui peuvent même provoquer la mort, et de leur fournir des soins médicaux de haute qualité, dont des soins pour leur santé mentale à long terme. »

 

 

2. Suivi sanitaire

 

Face aux inquiétudes pour la santé liées à la radioactivité, les autorités régionales ont mandaté l’université médicale de Fukushima pour faire un suivi sanitaire de la population de la province et des enfants en particulier. Les résultats sont disponibles en ligne en anglais [FMU2015].

 

Cela inclut, une reconstitution des doses reçues à partir de questionnaires, un suivi médical et surtout un dépistage des cancers de la thyroïde.

 

Reconstitution des doses reçues

 

L’université a d’abord envoyé un questionnaire aux quelques deux millions d’habitants de Fukushima pour reconstituer la dose prise lors des rejets massifs qui ont duré plus d’une dizaine de jours. Le but était de collecter des informations sur l’emploi du temps des résidents entre le 11 mars et le 11 juillet 2011. Il était demandé, le lieu d’habitation, les lieux de visite, la durée passée à l’extérieur et à l’intérieur et les voyages. L’emploi du temps demandé était plus précis entre le 11 et 25 mars, période qui correspond aux rejets atmosphériques les plus élevés [Ishikawa2015].

 

Le taux de retour total était de 28% (561 966 retours sur 2 055 328 personnes) au 30 septembre 2015, ce qui est faible [FMU2015]. Pour beaucoup de personnes concernées, il y a une défiance envers les autorités. De plus, les habitants veulent être protégés et non pas servir de cobaye. Pour les personnes évacuées, il y a de nombreuses autres préoccupations.

 

A noter que face au faible taux de retour, l’université a envoyé un questionnaire simplifié à partir de novembre 2013, mais il n’a pas eu plus de succès. Seulement 3.4% des résidents l’ont renvoyé (69 100 retours) [FMU2015].

 

Une enquête porte à porte a été effectuée auprès des habitants pour comprendre pourquoi ils ne remplissaient pas le questionnaire [FMU2015]. Parmi les raisons proposées, il n’y avait pas la défiance…

 

Pour en savoir plus sur la méthode utilisée pour reconstituer les doses reçues, on peut se reporter à [Ishikawa2015]. En excluant les travailleurs du nucléaire, la plus forte dose externe reçue par la population durant les quatre premiers mois serait de 25 mSv. Plus de 99,9% de la population prise en compte dans cette étude (457 031 personnes) auraient reçu moins de 5 mSv et 62% moins de 1 mSv, qui est la limite annuelle en temps normal.

 

Les données officielles sont aussi disponibles par district et c’est dans celui de Soso, qui comprend Namié, Naraha, Ôkuma, Iitaté… toutes des communes évacuées et la centrale de Fukushima daï-ichi, que les doses ont été les plus élevées.

 

L’université conclut que toutes les doses évaluées sont inférieures à 100 mSv qu’elle considère comme seuil en dessous duquel il n’y a pas d’effet significatif de noté. Cette estimation est limitée au quatre premiers mois alors que l’exposition aux rayonnements continue. Les recommandations internationales, quant à elles, se basent sur l’hypothèse d’une absence de seuil et d’une proportionnalité entre les effets et la dose reçue.

 

Des techniciens inspectent des personnes potentiellement irradiées à Koriyama, le 18 mars 2011 (AFP PHOTO / Ken SHIMIZU)

Des techniciens inspectent des personnes potentiellement irradiées à Koriyama, le 18 mars 2011 (AFP PHOTO / Ken SHIMIZU)

Pas d’augmentation des malformations congénitales détectée

 

La dernière publication de résultats, qui date du 12 février 2015, met en avant que le taux moyen d’anomalies congénitales et autres anomalies chez les nouveaux nés de Fukushima entre 2011 et 2013 est d’un peu plus de 2%, ce qui est dans l’intervalle de variation de la moyenne nationale. Plus précisément, il était de 2,85% en 2011, 2,39% en 2012 et de 2,35% en 2013. Il n’y pas de différence significative entre les différentes parties de Fukushima. La moyenne nationale était de 2,34% en 2012. Il n’y a donc pas d’impact mesurable sur le taux d’anomalies congénitales.

 

Controverses à propos du nombre élevé de cancers de la thyroïde

 

Ce sont les cancers de la thyroïde qui attirent toute l’attention et l’interprétation des résultats est très controversée. Pour rassurer la population, un dépistage systématique a été effectué chez tous les jeunes de la province de Fukushima. Initialement, les examens par échographie devaient commencer en 2014 car aucun effet n’était attendu avant. Mais l’inquiétude des parents a poussé les autorités à commencer dès 2011. 380 000 jeunes de moins de 18 au moment des rejets d’iode radioactif sont potentiellement concernés.

 

Deux campagnes de dépistage ont été effectuées. La première est terminée et la deuxième, qui a débuté en avril 2014, est encore en cours. Les derniers résultats de la surveillance officielle mis en ligne le 3 décembre 2015 [FMU2015].

 

Lors de la première campagne, 300 476 enfants ont subi une échographie de la thyroïde et 114 ont été diagnostiqués avec un cancer potentiel de la thyroïde. Lors de la deuxième campagne, au 30 septembre 2015, 182 547 enfants ont été auscultés et ont reçu leurs résultats. Il y a 39 autres cas potentiels de cancer de la thyroïde identifiés lors de cette deuxième campagne. Cela fait donc un total de 153, dont un seul cas s’est révélé bénin après chirurgie.

 

Ces examens génèrent beaucoup de stress pour les familles. Ainsi, lors de la deuxième campagne, 1 483 jeunes ont subi un deuxième examen et 124 une ponction à l’aiguille fine.

 

Sur ces 153 cas potentiels, il y a 115 cas confirmés après intervention chirurgicale : 100 découverts lors de la première campagne (97 cancers papillaires et 3 difficilement différenciables) et 15 lors de la deuxième, tous des cancers papillaires. Les 37 autres cas sont en attente d’intervention chirurgicale.

 

En ce qui concerne la deuxième campagne, deux garçons avaient déjà été diagnostiqués avec un ou des nodules de taille importante lors de la première campagne. Mais 19 cas avaient été considérés comme sains lors de la première campagne.

 

Les autorités admettent qu’il y a plus de cancers qu’attendu, mais prétendent que c’est dû à un effet « râteau » lié au dépistage quasi-systématique. Dit autrement, ces cas seraient apparus plus tard si l’on ne les avait pas cherchés. L’autre argument des autorités est que l’excès de cancers de la thyroïde après Tchernobyl, admis par tous comme étant lié à la catastrophe nucléaire, n’est apparu qu’au bout de 4 à 5 ans.

 

Une étude parue dans une revue scientifique avec comité de lecture conteste ces conclusions [Tsuda2015]. Les auteurs rapportent qu’une augmentation du taux de cancers est apparue au bout de 2,5 ans en Biélorussie et en Ukraine. Et surtout, il n’y a pas eu de dépistage là-bas. Par ailleurs, à l’aide d’une étude statistique, ils montrent que l’augmentation observée lors de la première vague de dépistage dans la partie la plus contaminée de Fukushima ne peut pas être expliquée par l’effet « râteau ».

 

Pour cela, les auteurs ont divisé la région de Fukushima en plusieurs zones en fonction du niveau de contamination et de l’année lors de laquelle ont été menées les échographies de la thyroïde suivies d’examen complémentaires, le cas échéant. La zone la moins contaminée a servi de référence, tout comme d’autres régions du Japon où un dépistage a été effectué pour avoir des éléments de comparaison. Dans la région centrale, la plus touché, il y a 50 fois plus de cas de cancers de la thyroïde qu’attendu (ce facteur varie entre 25 et 90 avec un intervalle de confiance de 95%).

 

En ce qui concerne la deuxième vague de dépistage, les auteurs de l’étude notent aussi une augmentation significative du nombre de cas, qui lui ne peut pas être expliqué par l’effet « râteau », car la plupart de ces enfants n’avaient pas été diagnostiqués positifs lors du premier dépistage. Mais comme cette campagne n’est pas terminée et il est prématuré de tirer des conclusions définitives.

 

Extraits de la conférence du Professeur Tsuda

 

Le Professeur Tsuda a présenté les résultats de son équipe le 8 octobre 2015 à Tôkyô. Sa présentation a été traduite en français par l’ACRO [ACRO2015]. Voici quelques extraits :

 

Résultats : Le taux d’incidence le plus élevé par rapport à l’incidence annuelle au Japon, a été observé dans la partie centrale de la province, en prenant en compte un temps de latence de 4 ans (taux d’incidence = 50 ; intervalle de confiance (IC) à 95% : 25, 90). La prévalence du cancer de la thyroïde était de 605 cas par million de personnes examinées (IC à 95% : 302 – 1 082) et le ratio standardisé de prévalence, comparé au district de référence de Fukushima était de 2,6 (IC à 95% : 0,99 – 7,0). Pour la deuxième vague de dépistage, même en supposant que toutes les autres personnes examinées n’auront pas de cancer, un ratio des taux d’incidence de 12 est déjà observé (IC à 95% : 5,1 – 23).

 

Conclusions : Un excès de cancers de la thyroïde a été détecté par échographie chez les enfants et adolescents de Fukushima dans les quatre premières années qui ont suivi les rejets et il est peu probable qu’il soit expliqué par le dépistage systématique.

 

Signification de l’article, les effets du dépistage et le discours sur le sur-diagnostic

 

Cette analyse révèle que l’incidence des cancers de la thyroïde durant les trois premières années de l’accident a été multipliée par plusieurs dizaines de fois chez les résidents de Fukushima qui avaient moins de 18 ans au moment de l’accident, en comparaison au taux d’incidence national, et qu’il serait impossible d’attribuer cet effet à d’autres causes que les radiations, comme « l’effet du dépistage systématique » et le « sur-diagnostic ». Selon certains spécialistes « l’effet de dépistage systématique » se rapporte à la détection de « vrais cancers » 2 à 3 ans plus tôt que par diagnostic à partir de signes cliniques. Le « sur-diagnostic » se rapporte au dépistage de « faux cancers », ou d’une masse de cellules cancéreuses qui n’aurait jamais été diagnostiquée cliniquement durant la vie du patient. Dans de nombreuses discussions, ces deux effets, à savoir l’effet du dépistage et le sur-diagnostic, sont inclus dans le terme « effet du dépistage », avec souvent en tête le sur-diagnostic.

 

Notre analyse révèle que l’incidence des cancers de la thyroïde à la fin 2014 excède largement le risque pour les enfants estimé sur 15 ans par l’OMS dans son rapport WHO Health risk assessment from the nuclear accident after the 2011 Great East Japan earthquake and tsunami publié fin février 2013. De plus, alors qu’une tendance à l’excès du nombre de cancers de la thyroïde a commencé à être observée à Tchernobyl en 1987, un an après l’accident, cette étude met en évidence que le dépistage par échographie conduit à la détection d’une augmentation de l’incidence dès la première année.

 

Je vais maintenant expliquer pourquoi l’effet dépistage et le sur-diagnostic ne sont pas des explications valables pour cet excès de cas de cancers de la thyroïde. D’abord, le taux d’incidence des cancers de la thyroïde calculé dans notre étude est de 20 à 50 fois plus élevé que le taux d’avant la catastrophe. C’est un ordre de grandeur plus élevé que l’augmentation observée dans le passé du nombre de cancers de la thyroïde liée à d’autres causes que les radiations. L’effet dépistage entraîne une augmentation de plusieurs fois du taux d’incidence des cancers, y compris celui de la thyroïde, détectés par rapport à l’absence de dépistage. Mais il est impossible d’expliquer une telle augmentation de l’incidence par d’autres causes que les radiations.

 

Ensuite, malgré les affirmations répétées qu’il n’y a jamais eu, par le passé, un tel dépistage et suivi systématiques d’une population peu exposée comme celle de la première vague à Fukushima, des études ont été publiées sur des dépistages par échographie menées à Tchernobyl sur des enfants et adolescents qui ont été conçus après l’accident ou qui vivaient dans des zones avec de relativement faibles niveaux de contamination. Un total de 47 203 individus a subi un tel dépistage et pas un seul cas de cancer de la thyroïde n’a été détecté. Bien que la classe d’âge diffère légèrement du dépistage dans la province de Fukushima, une telle différence ne peut pas être expliquée par la différence de niveau de sophistication du matériel de détection pour des nodules de 5 mm.

 

De plus, les variations géographiques du taux de cancers détectés (taux de prévalence) à l’intérieur de la province de Fukushima ne peuvent pas être expliquées par l’effet dépistage ou le sur-diagnostic. De même, les premiers résultats de la deuxième vague de dépistage pointent un taux d’incidence qui est déjà environ 20 fois plus élevé que le taux avant accident, même en prenant des hypothèses conduisant à une forte sous-estimation. Quand les données publiées le 31 août 2015 sont analysées par zone et district, il est devenu apparent que le taux d’incidence par endroit commence à excéder le taux de la première vague. Comme les cas attribués à l’effet dépistage et au sur-diagnostic auraient déjà dû être détectés, cela suggère que l’exposition aux radiations liée à l’accident commence à apparaître dans la province de Fukushima.

 

En plus du sur-diagnostic, il est souvent affirmé qu’il y a sur-traitement. Cependant, les données post-chirurgie des cas de cancer de la thyroïde opérés à l’Université médicale de Fukushima montrent qu’il n’y a pas d’évidence de chirurgie prématurée ou excessive, à l’exception de trois cas pour lesquels les patients et/ou leur famille ont opté pour une intervention chirurgicale malgré l’option de surveillance sans chirurgie. Au contraire, les données suggèrent une progression rapide du cancer chez les patients opérés.

 
Perspectives et réactions internationales des épidémiologistes

 

La majorité des experts, à commencer par l’analyse de risque de l’OMS, s’attendaient à une augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde dans la province de Fukushima après l’accident. Par conséquent, il n’y a pas eu d’opposition forte aux résultats de nos analyses. Nous avons analysé régulièrement les dernières données publiées et présenté les résultats aux conférences annuelles de la Société Internationale d’Epidémiologie Environnementale (ISEE) à Bâle en 2013, Seattle en 2014 et San Paulo en 2015. Notre présentation a suscité un grand intérêt et les résultats de notre analyse ont été acceptés sans problème, mis à part l’étonnement provoqué par le taux élevé. Cette réaction nous laisse penser qu’il y a un fossé entre les opinions des experts internationaux et l’explication de l’effet dépistage et du sur-diagnostic au Japon.

Professeur Tsuda (Source : FCCJchannel, https://www.youtube.com/watch?v=mIW75z7W4JI)

Professeur Tsuda (Source : FCCJchannel, https://www.youtube.com/watch?v=mIW75z7W4JI)

Recommandations en tant que spécialiste de santé publique

 

Jusqu’à présent, les mesures de protection autres que l’évacuation n’ont presque jamais été discutées dans la province de Fukushima. Par conséquent, plusieurs recommandations peuvent être déduites de notre analyse. Il n’y a pas de raison de ne pas se préparer à l’augmentation attendue de l’incidence qui doit atteindre son maximum plus de 5 ans après la catastrophe, ainsi que d’autres situations attendues. Dès maintenant, l’administration doit préparer et implémenter des contre-mesures, dont une communication médiatique, plutôt que de discuter si les cancers de la thyroïde ont augmenté ou pas, ou s’il y a une relation causale avec l’exposition aux radiations.

 

Tout d’abord, en préparation à l’augmentation du nombre de cas potentiels de cancer de la thyroïde après la quatrième année de l’accident, les ressources médicales doivent être contrôlées pour être sûr d’être suffisamment équipé. Il se trouve que l’université médicale de Fukushima possède un système médical robotisé, le système chirurgical daVinci, qui doit éliminer les cicatrices visibles de la chirurgie de la thyroïde. Son utilisation devrait être prise en compte, même si elle n’est pas couverte par l’assurance maladie nationale.

 

Ensuite, un système devrait être mis en place pour recenser et suivre les cas de cancer de la thyroïde de façon exhaustive chez les plus de 19 ans au moment de l’accident ou en dehors de la province de Fukushima.

 

De plus, le dépistage actuel repose uniquement sur des échographies de la thyroïde. Avec le temps qui passe, la participation devrait diminuer. Un livret médical, comme le livret des Hibakushas, devrait être mis en place et le registre des cancers devrait être développé en collaboration avec les associations médicales communales et régionales.

 

Par ailleurs, on doit se préparer à évaluer et suivre des cancers autres que celui de la thyroïde, comme la leucémie, le cancer du sein et autres cancers solides, qui devraient aussi augmenter, selon l’étude de l’OMS. Le temps de latence minimal pour les tumeurs malignes hématologiques, comme la leucémie, est déjà passé. Je pense qu’il faut aussi s’intéresser aux pathologies non cancéreuses et se préparer à y faire face.

 

Bien entendu, il est nécessaire de continuer à accumuler des données afin de mener une analyse plus poussée de l’incidence des cancers de la thyroïde et des autres pathologies à Tchernobyl. L’évaluation de la dose à la thyroïde devrait aussi être revue à cause de l’excès d’occurrences de cas cancers par rapport aux prédictions de l’OMS.

 

Naturellement, le plan de retour des personnes déplacées dans les zones où l’exposition externe peut atteindre 20 mSv/an devrait être reporté pour l’instant. Si le plan de retour est basé sur une affirmation qui est scientifiquement fausse – il n’y a pas de cancer induit par les radiations, ou ils sont indiscernables s’ils surviennent, à un niveau d’exposition inférieur à 100 mSv -, alors, c’est une raison supplémentaire de le suspendre et de le réétudier.

 

Comme le débit de dose est encore élevé, un plan plus précis par classe d’âge devrait être préparé, bien que cela n’ait jamais été discuté par le passé. Dit autrement, d’autres mesures de protection contre les radiations devraient être planifiées et mises en place, dont, dans l’ordre, l’évacuation temporaire pour les femmes enceintes, les bébés, les enfants en bas âge, les enfants, les adolescents et les femmes en âge de procréer.

 

Enfin, je voudrais discuter les explications régulièrement données dans la province de Fukushima, comme « l’incidence des cancers ne va pas s’accroître à cause de l’accident de Fukushima », ou « même si l’incidence des cancers augmente, ce sera indétectable ». Ces affirmations ne sont correctes que si les deux conditions suivantes sont satisfaites :

  • Il n’y a pas d’excès d’occurrence des cancers radio-induits en dessous d’une exposition de 100 mSv ;
  • L’exposition à Fukushima n’a jamais dépassé 100 mSv, et toutes les doses reçues sont bien en dessous de cette limite.

Ces deux conditions ont entravé toute discussion concernant des mesures de protection réalistes prenant en compte les coûts.

 

Mais la condition n°1 n’est pas correcte scientifiquement, et aucun expert au Japon ou à l’étranger ne tiendrait un tel discours de nos jours. Et la condition n°2 n’est pas correcte non plus puisque la dose équivalente à la thyroïde a été estimée à plus de 100 mSv chez les résidents situés au-delà de la zone de 20 km, lors du premier rapport de l’OMS publié en 2012, qui a servi de base au rapport de 2013 sur l’évaluation du risque. Notre analyse met en évidence des résultats qui excèdent largement la prédiction de l’OMS sur une période de 15 ans.

 

Cependant, il ne s’est passé que quatre ans et demi depuis l’accident. En prenant en compte le temps de latence moyen pour les cancers de la thyroïde et la tendance observée à Tchernobyl concernant l’évolution temporelle de l’excès de cancers de la thyroïde, il est très probable que de nouveaux cas de cancers de la thyroïde apparaîtront chaque année à un taux 10 à 20 fois supérieur à ce qui a été observé ces quatre dernières années. Dans de telles circonstances, le gouvernement doit modifier drastiquement ses affirmations, autrement la confiance sera perdue, résultant en un écart entre les mesures et la réalité. J’espère que notre étude va constituer une opportunité pour revoir la communication et les mesures gouvernementales. La situation actuelle ne va qu’aggraver l’anxiété, la méfiance et les dommages dus aux rumeurs infondées.

 

 

3. Du côté des travailleurs

 

Plus de 45 000 travailleurs du nucléaire ont déjà été engagés sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Quelques 26 000 travailleurs sont aussi engagés dans les travaux de décontamination, où l’exposition est moindre.

 

Sur le site de la centrale, on déplore déjà plusieurs décès suite à des accidents. La tenue de protection et le masque intégral rendent les travaux et la communication plus complexes. En été, lors des fortes chaleurs, les travaux deviennent extrêmement pénibles avec de telles protections et l’on déplore plusieurs coups de chaud.

 

A Fukushima daï-ichi

 

Selon les dernières statistiques publiées [MHLW2015c], qui datent du 30 novembre 2015, 45 891 personnes ont travaillé sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Dans les premiers mois, la limite de dose a été montée à 250 mSv, au lieu de 20 mSv par an en temps normal. Officiellement, 6 personnes l’ont dépassée. Mais il n’y avait pas un dosimètre par personne durant les premières semaines car ils avaient été noyés par le tsunami. Seul le chef d’équipe en portait un et il n’a pas été forcément le plus exposé. Il a fallu un scandale médiatique pour que des dosimètres soient expédiés depuis d’autres centrales nucléaires. Ces chiffres officiels sont donc à prendre avec recul. Par ailleurs, la contamination interne a été contrôlée très tardivement et certains intervenants sont injoignables. TEPCo est toujours à la recherche de 10 personnes qui sont intervenues entre mars et juin 2011.

 

Même la phase d’urgence passée, certains chiffres doivent être pris avec recul. Il y a eu plusieurs scandales liés à des tricheries sur les doses. Les médias ont rapporté des pratiques douteuses : des dosimètres laissés dans la voiture ou déposés en un lieu moins irradiant. Des travailleurs avaient mis un cache en plomb autour de l’appareil. Plus de 90% des intervenants sont des sous-traitants, avec parfois plusieurs niveaux de sous-traitance. Leur statut précaire favorise la triche. Suite à ces scandales, TEPCo a renforcé ses contrôles et la situation s’est améliorée.

 

En mars 2014, le ministère de la santé a révélé que TEPCO avait sous-estimé la contamination interne de 142 personnes en 2011. L’augmentation moyenne de la dose reçue est de 5,86 mSv. Une personne est ainsi passée de 90,27 à 180,10 mSv, ce qui représente une hausse de 89,83 mSv. C’est plus que les 100 mSv à ne pas dépasser sur 5 ans : cette personne aurait dû arrêter ses activités à la centrale. Cela n’a pas été le cas. Deux autres dépassent la limite annuelle de 50 mSv. Sur ces 142 personnes, il y a 24 employés de TEPCo. Les 118 autres sont des sous-traitants employés par 18 compagnies différentes [Asahi2014a].

 

Le gouvernement a vérifié l’exposition de 1 536 personnes sur les 7 529 qui sont intervenues en mars – avril 2011. Cela fait plus d’une personne sur 9 pour qui il y a eu sous-estimation ! En juillet 2013, le ministère de la santé avait déjà trouvé que les doses reçues par 642 personnes sur 1 300 avaient été sous-estimées.

 

Depuis le 16 décembre 2011, ce sont de nouveau les limites de dose normales qui sont appliquées à la centrale de Fukushima daï-ichi : 100 mSv sur 5 ans (ou 20 mSv/an en moyenne sur 5 ans), sans dépasser 50 mSv/an. Depuis le début de la catastrophe, 174 travailleurs ont atteint cette limite et ne peuvent plus travailler dans le nucléaire tant que les 5 ans ne se sont pas écoulés. Ils sont près de 9 000 à avoir reçu une dose cumulée comprise entre 50 et 100 mSv [MLHW2015c]. Ceux qui restent sont généralement affectés à des tâches moins exposées pour pouvoir rester plus longtemps sur le site.

 

Mais avec le temps, ils vont être de plus en plus nombreux à atteindre les 100 mSv. D’autant plus que les travaux de démantèlement des parties les plus irradiantes de la centrale n’ont pas encore commencé. Même si la grosse partie du travail se fera avec des engins télécommandés, il faudra que des hommes s’approchent par moments pour installer le matériel de démantèlement.

 

Récemment, la Radiation Effects Research Foundation, qui a suivi les personnes exposées aux bombes de Hiroshima et de Nagasaki, a décidé de suivre une première cohorte de 2 000 travailleurs qui sont intervenus la première année à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi car ce sont eux qui ont pris les plus fortes doses. Elle en a contacté 5 466 à Fukushima, mais seulement 704 auraient accepté, ce qui est beaucoup moins que les 2 000 espérés. 299 courriers auraient été retournés car l’adresse était erronée. Sur les 1 071 qui ont répondu, 295 ont refusé d’y participer. Certains ont justifié leur décision car il n’y a pas de prise en charge alors qu’ils doivent travailler. D’autres se sont plaints de la difficulté à accéder aux centres de soins où ils seront examinés. La fondation veut aussi reconstituer les doses prises. A terme, elle espère suivre 20 000 travailleurs [Asahi2015b].

 

Actuellement, environ 7 000 personnes triment chaque jour sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a déjà eu plusieurs décès et blessés graves suite à des accidents. Au-delà du gigantesque chantier de stabilisation des réacteurs accidentés destiné à réduire leur menace puis celui de leur démantèlement, il y a aussi un immense chantier de décontamination dans toutes les zones où l’exposition externe peut dépasser 1 mSv/an.

 

Un travailleur est contrôlé après avoir travaillé sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi (Photo : David Guttenfelder/AP/SIPA/Pool)

Un travailleur est contrôlé après avoir travaillé sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi (Photo : David Guttenfelder/AP/SIPA/Pool)

Premier cas de cancer professionnel reconnu à la centrale de Fukushima daï-ichi

 

Le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales [MLHW2015b] a reconnu, le 20 octobre 2015, que la leucémie développée par un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi pouvait être liée à l’exposition aux radiations. Il s’agit d’un sous-traitant de 41 ans et a été exposé entre octobre 2012 et décembre 2013. Sa maladie s’est déclarée en janvier 2014.

 

Il aurait été exposé à une dose de 16 mSv à la centrale de Fukushima daï-ichi et à 4 mSv lors de l’inspection, en 2012, de la centrale de Genkaï exploitée par Kyûshû Electric. Selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation.

 

Selon le ministère, il y aurait déjà eu 8 demandes de reconnaissance de la part de travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais c’est le premier cancer professionnel reconnu. Trois autres demandeurs n’ont pas obtenu satisfaction. Un a retiré sa demande. Il y a encore trois dossiers en cours d’instruction.

 

Une leucémie peut avoir plusieurs origines et il ne sera jamais possible de dire si la leucémie du travailleur de Fukushima est due à la radioactivité ou pas. En revanche, on ne peut pas exclure que l’exposition aux rayonnements ionisants en soit bien la cause. Il a accepté de prendre des risques en allant travailler à Fukushima daï-ichi. Il est donc normal que cette maladie soit reconnue comme d’origine professionnelle et que le travailleur ait droit à prise en charge complète et un soutien financier.

 

Dans une interview au quotidien Asahi [Asahi2015c], il déclare qu’il espère que son cas aidera d’autres travailleurs qui souffrent du cancer à recevoir une indemnisation. Il dit être allé à Fukushima pour contribuer au rétablissement des communautés affectées et n’avoir aucun regret.

 

Dans ce même article, un représentant du ministère de la santé explique que la limite de 5 mSv en un an fixée pour reconnaître une leucémie comme d’origine professionnelle correspond à la limite pour le public à l’époque. Depuis, elle a été abaissée à 1 mSv/an sans que les autorités japonaises ne modifient la règle pour les travailleurs. Dans un tel contexte, il est ensuite difficile d’expliquer aux habitants de Fukushima que la limite d’évacuation est de 20 mSv/an.

 

S’il n’est pas possible de conclure pour un cas individuel, il est, en revanche, possible de faire des études statistiques sur un grand nombre de travailleurs. En juin dernier, une étude épidémiologique avait confirmé que les faibles doses pouvaient entraîner une augmentation du nombre de cas de leucémie. Cette étude ne s’intéresse qu’aux décès par leucémie. Or, de nos jours, on soigne la majorité d’entre elles. De nombreux cas échappent donc à ces statistiques. Il faudrait donc étudier la morbidité, mais il n’y a pas toujours de registres avec les données [INWORKS2015a].

 

La deuxième partie de cette étude vient de paraître et concerne le risque de décès par cancer autre que leucémie. Elle confirme la relation entre exposition aux rayonnements ionisants et cancers observée chez les survivants de Hiroshima et Nagasaki. Ces derniers ont subi une forte exposition, mais brève, alors que les travailleurs du nucléaire ont reçu des faibles doses tout au long de leur vie. Il n’y a pas de différence entre les pays étudiés. Les fortes doses ne sont donc pas plus dangereuses que les faibles doses cumulées, pour une même exposition totale [INWORKS2015b].

 

Sur les chantiers de décontamination

 

Les chantiers de décontamination dans les territoires évacués sont sous la responsabilité directe du gouvernement. Les travailleurs doivent porter un dosimètre et la dose enregistrée ne doit pas dépasser 50 mSv par an comme pour les travailleurs du nucléaire et 100 mSv sur 5 ans. Des statistiques officielles sur les doses prises par plus de 26 000 travailleurs engagés sur ces chantiers avant 2014 ont été rendues publiques [REA2015]. Aucun n’a dépassé 50 mSv en un an. La dose moyenne est de 0,5 mSv par an et 14,6% d’entre eux ont reçu une dose supérieure à 1 mSv/an, qui est la limite pour le public. La plus forte dose enregistrée est de 13,9 mSv en un an. Ils sont 34 à avoir dépassé 10 mSv.

 

Plus précisément, 11 058 personnes sont intervenues en 2011-2012. C’est à cette époque qu’il y a eu la plus forte dose enregistrée. En 2013, 20 564 personnes sont intervenues et la plus forte dose enregistrée était de 6,7 mSv, avec une moyenne de 0,5 mSv en un an. Ces statistiques, compilées par la Radiation Effects Association, qui dépend du gouvernement, donnent un nombre total de personnes inférieur aux chiffres avancés par le ministère de l’environnement en charge des travaux. Le ministère de la santé du Japon pense donc que cette association n’a pas réussi à enregistrer les doses de tout le monde.

 

Actuellement, quelques 12 000 personnes par jour travaillent sur des chantiers de décontamination.

 
Nombreuses violations du droit du travail pour les travailleurs engagés dans la décontamination

 

Le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales a mis en ligne des statistiques sur les violations du droit du travail constatées sur des chantiers de décontamination [MHLW2015a]. Entre janvier et juin 2015, 342 entreprises ont été contrôlées et 233 violaient la réglementation, soit 68,1%. Plus précisément, sur les 184 entreprises contrôlées qui interviennent dans la zone évacuée où la décontamination est sous la responsabilité du gouvernement, il y en a 109 qui violaient la réglementation (59,2%) et dans les communes non évacuées, c’est 124 sur 158, soit 78,4%.

 

Sur les 364 violations constatées, 134 concernaient la paye, les conditions de travail, les horaires… et 230 la santé et la protection. Ces chiffres sont en augmentation par rapport à l’année 2014. Pour la première catégorie de violations, c’est surtout lié au paiement du salaire et des primes de risque. En ce qui concerne la protection, voici quelques cas constatés :

  • la « personne représentative » qui porte le dosimètre quitte le chantier et la dose enregistrée n’est plus représentative ;
  • le dosimètre n’était pas porté correctement ;
  • le niveau de contamination n’a pas été mesuré avant le chantier ;
  • pas de contrôle des outils ou équipements en fin de chantier…

 

 

4. Conclusion

 

La catastrophe de Fukushima ne fait que commencer. Il est difficile de tirer un bilan sanitaire après seulement quatre années. Heureusement pour le pays, 80% des rejets atmosphériques sont allés vers l’océan. Les surfaces contaminées sont limitées. Un accident similaire au milieu des terres aurait eu un impact beaucoup plus important.

 

Malgré cela, cette catastrophe a déjà complètement déstabilisé toute une région avec des conséquences économiques et sociales à long terme qui se répercutent sur tout le pays. De très nombreux individus ont vu leurs conditions de vie bouleversées. 160 000 personnes ont été durablement déplacées par la radioactivité, souvent avec la perte totale de leurs biens. Leurs conditions de vie se sont détériorées et les plus fragiles sont décédées prématurément.

 

De nombreuses autres personnes, qui vivent en territoire contaminé, ont aussi vu leur vie perturbées.

 

En ce qui concerne les conséquences directes des radiations, les autorités japonaises ont lancé une vaste campagne de suivi dans le but de rassurer, mais, pour ce qui est des cancers de la thyroïde, leur nombre est beaucoup plus élevé que ce qui était attendu. Ce n’est pas sans inquiéter les populations exposées quant aux autres maladies radio-induites qui mettent plus de temps à apparaître.

 

Ce sont les travailleurs du nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, où les travaux de sécurisation puis de démantèlement devraient durer plus de quatre décennies, qui sont le plus exposés aux rayonnements. Ils sont déjà plus de 45 000 à être passés sur le site. Un a vu sa leucémie reconnue comme maladie professionnelle. On déplore aussi plusieurs décès dus aux conditions de travail particulièrement difficiles. 26 000 autres travailleurs ont été impliqués dans les nombreux chantiers de décontamination, dans des conditions pas toujours satisfaisantes au regard du droit du travail.

 

Ce premier bilan montre que les populations payent un lourd tribut à l’accident nucléaire, qui est, avant tout, une catastrophe humanitaire.

 

Toutes ces informations sont détaillées dans l’ACROnique de Fukushima, avec mise à jour régulière : http://Fukushima.eu.org

 

Bibliographie : à retrouver dans le rapport intégral de l’ACRO

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 16:55
Vivre avec Fukushima

L‘association Physicians for Social Responsability (PSR) [Médecins pour une Responsabilité Sociale] a été fondée en 1961 aux Etats-Unis, à l’époque où les bombes atomiques étaient encore testées dans l’atmosphère. L’association International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW) [Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire] a vu le jour à Genève en 1980 comme un prolongement international de PSR, au moment où la guerre froide avait atteint son apogée. En 1985, PSR/IPPNW ont reçu le prix Nobel de la paix. IPPNW fédère des groupes de médecins, étudiants, personnels de santé et autres citoyens concernés dans 64 pays. Elle est dédiée à la prévention de la guerre nucléaire. Elle cherche à prévenir toutes les guerres, à promouvoir les moyens de résolution de conflit non violents, à minimiser les impacts des guerres sur la santé, le développement et l’environnement.

La section allemande d’IPPNW vient de publier un rapport sur les effets sanitaires des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. La traduction en anglais du rapport (publié initialement en allemand), est en cours de réalisation et devrait sortir prochainement pour le 30ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. La partie sur Fukushima a été traduite en anglais pour le 5ème anniversaire de Fukushima. Les chapitres ci-dessous sont extraits de cette seconde partie du rapport initial. Le reste devrait suivre dans les mois qui viennent.

OG

___________________

 

 

Vivre avec Fukushima depuis 5 ans

Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

 

 

par Dr. Alex Rosen, IPPNW Germany
et Dr. Angelika Claussen, IPPNW Europe

 

 

 

Titre original du rapport publié en février 2016 : « 30 Jahre leben mit Tschernobyl, 5 Jahre leben mit Fukushima : Gesundheiliche Folgender Atomkatastrophen vont Tschernobyl und Fukushima »

 

Version anglaise disponible ici
 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima is still news) avec l’aimable autorisation des auteurs

5 ans : vivre avec Fukushima
Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

 

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde commémorent le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Plus de 200 000 personnes furent évacuées de la préfecture de Fukushima dans des camps de fortune, où vivent encore quelque 100 000 d’entre elles. Mais les conséquences de la catastrophe s’étendent bien au-delà des limites de la préfecture. Depuis le début, des millions de gens ont été exposés à une augmentation des doses de radiation, principalement dans les zones de fortes retombées radioactives. Les retombées radioactives affectent les personnes à travers l’exposition atmosphérique pendant les émissions de radioactivité ou les tempêtes qui soulèvent de la poussière radioactive, ainsi que via l’exposition directe à un sol et des surfaces contaminés. Tout le monde, y compris ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays, a également été confronté à la radioactivité contenue dans l’eau de boisson et l’alimentation contaminées. Cette forme d’exposition est extrêmement inquiétante, car les particules radioactives peuvent être absorbées par les organes et les tissus internes et continuer à émettre des rayonnements ionisants pendant des dizaines d’années.

 

Source : Actu Environnement  © wellphoto

Source : Actu Environnement © wellphoto

Selon le Premier ministre japonais de l’époque, ce n’est que grâce à une « divine Providence » que le Grand Tokyo, avec ses plus de 30 millions d’habitants, a évité la contamination et l’évacuation. Les autorités ayant omis de distribuer des comprimés d’iode, la population est restée sans protection face à l’iode radioactif, qui peut provoquer cancers thyroïdiens et hypothyroïdisme.


Cette tragédie se poursuit encore aujourd’hui. Chaque jour, quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent de manière incontrôlée dans l’océan. La catastrophe de Fukushima est déjà responsable de la plus grave contamination radioactive des océans dans l’histoire de l’humanité.

 

Cinq ans après la fusion des cœurs, on ne connaît toujours pas avec certitude ses effets sur la santé de la population japonaise. Premièrement, on ne sait pas exactement combien de radiation a été réellement émise en mars et avril 2011, et combien s’est échappée depuis les ruines des réacteurs et du site de la centrale. Comment l’expliquer?

 

  • Des études indépendantes indiquent parfois des émissions radioactives
    considérablement plus importantes

 

  • Tous les isotopes radioactifs n’ont pas été mesurés, en particulier le
    strontium-90

 

  • Les premiers rejets n’ont pas été inclus dans l’évaluation des impacts
    sanitaires.

 

En d’autres termes, les informations de base concernant la contamination du sol, de l’océan et de la nourriture sont encore un sujet de controverse entre le lobby nucléaire et les scientifiques indépendants.

 

Propagande gouvernementale en faveur de la consommation de produits possiblement contaminés : le Premier ministre Shinzo Abe mange du poisson de Fukushima en décembre 2014. Source : REUTERS / Issei Kato

Propagande gouvernementale en faveur de la consommation de produits possiblement contaminés : le Premier ministre Shinzo Abe mange du poisson de Fukushima en décembre 2014. Source : REUTERS / Issei Kato

Deuxièmement, le gouvernement pro-nucléaire du Japon et le tout-puissant lobby nucléaire font tout ce qu’ils peuvent pour minimiser et dissimuler les conséquences de la catastrophe. Même l’Université de Médecine de Fukushima, qui coordonne le programme de dépistage du cancer de la thyroïde, a des liens avec le lobby nucléaire et a reçu de l’argent de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). On a l’impression que l’idée est de refermer au plus vite le dossier de Fukushima et de s’assurer que le public japonais retrouve une attitude positive vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

 

Toutefois, les données montrent un tableau assez différent. Non seulement des fuites radioactives périodiques en provenance des réacteurs dévastés ainsi que des épisodes de recontamination dans toute la région continuent à se produire, mais la perception de l’énergie nucléaire a aussi changé et une majorité de Japonais rejettent désormais le nucléaire. L’étude controversée relative aux cancers de la thyroïde n’a pas envoyé le signal de fin d’alerte tant espéré par le lobby nucléaire. Au contraire, 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde agressif et à évolution rapide, ou déjà au stade des métastases. Dans une population de cette taille, on attendrait normalement environ un cas par an. Pour 16 de ces enfants, on peut exclure l’effet du dépistage (« screening effect »), étant donné que leur cancer s’est déclaré au cours des deux dernières années.

 

Source : Hannoversche Allgemeine / dpa

Source : Hannoversche Allgemeine / dpa

Ce qui est encore plus inquiétant que les résultats de l’étude, c’est qu’à part l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants de la préfecture de Fukushima, le Japon n’a pas commencé d’autres enquêtes scientifiques à grande échelle sur les maladies liées à la radioactivité.


L’origine d’un cancer est difficile à étiqueter et la cause d’un cancer individuel ne peut être reliée par un lien de causalité à un incident spécifique. Les autorités japonaises sont parfaitement conscientes de ce fait et n’ont pas cherché les augmentations de fausses couches, de malformations fœtales, de leucémies, de lymphomes, de tumeurs solides et de maladies non cancéreuses parmi la population qui a été touchée par les retombées radioactives. Or on sait que le taux d’augmentation de toutes ces maladies avait été significatif après l’accident de Tchernobyl.

 

Quand nous parlons de la population affectée au Japon, nous la divisons en quatre sous-groupes :

 

  • Plus de 25 000 personnes ayant participé au nettoyage et aux secours ont reçu les doses de radiations les plus fortes doses et risqué leur vie, en empêchant l’escalade de la situation sur le site de la centrale. Si l’on en croit les données fournies par l’opérateur TEPCO, une centaine d’ouvriers contracteront un cancer dû aux doses excessives de radioactivité, cancer qui sera fatal dans 50 pour cent des cas. Cependant, les véritables niveaux de dose sont très probablement bien plus élevés, car l’opérateur n’hésite pas à manipuler les données afin d’éviter les demandes de compensation ; l’entreprise est ainsi capable d’engager des travailleurs temporaires non enregistrés, de trafiquer les dosimètres et même d’avoir recours à des faux grossiers.

 

  • La population évacuée, soit 200 000 personnes, qui a été initialement exposée à des doses radioactives considérables, vit maintenant pour la majeure partie en-dehors de la préfecture de Fukushima.

 

  • Les populations non évacuées des zones irradiées continuent à être exposées chaque jour à des doses accrues de radioactivité.

 

  • La population du reste du Japon est exposée à des doses accrues de radiation provenant de retombées radioactives minimales, ainsi que d’aliments et d’eau contaminés.

 

Des réfugiés évacués d'une maison de repos située dans le secteur d'évacuation près de la centrale nucléaire de Fukushima Daini, à Koriyama, le 13 mars 2011. Source : rfi.fr, Kim Kyung-Hoon / Reuters

Des réfugiés évacués d'une maison de repos située dans le secteur d'évacuation près de la centrale nucléaire de Fukushima Daini, à Koriyama, le 13 mars 2011. Source : rfi.fr, Kim Kyung-Hoon / Reuters

Ce qui est absolument nécessaire à présent, c’est de réaliser une série d’études épidémiologiques pour examiner les conséquences sanitaires de l’exposition aux doses excessives de radioactivité, en particulier les maladies qui peuvent être détectées et traitées de manière précoce. Ces études doivent être guidées par les enquêtes déjà publiées, exposées dans le présent rapport, sur les animaux, les oiseaux et les insectes touchés par la catastrophe et qui montrent des effets hématologiques, une élévation des taux de mutation dans la seconde génération et une augmentation des taux de mortalité. Mais comme ce genre d’études – et l’image négative de l’énergie nucléaire qu’elles véhiculeraient – ne sont pas politiquement désirables, nous ne connaîtrons sans doute jamais l’ampleur réelle des effets sur la santé de la catastrophe de Fukushima et nous devons nous limiter à faire des estimations fondées sur les émissions radioactives connues ou présumées et sur les voies d’exposition.

 

Si l’on se base sur les chiffres du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), qui est un organisme pro-nucléaire, qui estimait la dose collective à vie à environ 48 000 personne-Sieverts et si l’on utilise les facteurs de risque reconnus au niveau international dans le rapport BEIR-VII, on peut attendre un excès d’incidence de cancers d’un peu moins de 10 000 au Japon dans les décennies à venir (intervalle de confiance allant de 4 300 à 16 800 cas). Si l’on prend en compte des données et des facteurs de risque plus modernes, les estimations de l’augmentation des taux de cancer sont nettement plus élevées, à savoir quelque 66 000 cas de cancers supplémentaires, dont environ la moitié seraient mortels.

 

Un employé de Tepco subit un test de radiations après une intervention dans la centrale de Fukushima, le 20 février 2012. – Source : Yomiuri/AP/SIPA

Un employé de Tepco subit un test de radiations après une intervention dans la centrale de Fukushima, le 20 février 2012. – Source : Yomiuri/AP/SIPA

Est-ce beaucoup ?


Certainement pas en regard d’une population de presque 127 millions de personnes et un risque “normal” de cancer de 50 % au cours de la vie. Mais est-ce négligeable ? Vu que dix mille personnes vont développer un cancer uniquement suite à une « catastrophe causée par l’homme » à Fukushima (c’est ainsi que l‘a qualifiée la Commission d’enquête indépendante de la Diète nationale), certes non. Le destin de ces personnes et de leur famille n’est ni « négligeable » ni « non significatif », comme voudraient nous le faire croire le lobby de l’industrie nucléaire, l’AIEA et l’UNSCEAR.

 

Le discours public sur la catastrophe de Fukushima ne doit pas se laisser guider par le profit économique et l’influence politique, mais doit se concentrer sur la santé et destin des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, et qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.

 

Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants et de manière à exclure toute influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

 

Dr. Alex Rosen, médecin, vice-président, IPPNW Allemagne
Catherine Thomasson, médecin, directrice exécutive, PSR (États-Unis)

 

 

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Introduction   

 

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde entier commémoraient le début de la catastrophe de Fukushima il y a cinq ans. D’énormes quantités de radioactivité ont été rejetées dans l’environnement, suite à la fusion de 3 réacteurs à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, à plusieurs explosions qui ont fissuré les cuves des réacteurs, à des incendies, des fuites et le rejet contrôlé d’éléments radioactifs. Plus de 200 000 personnes ont été évacuées de la préfecture de Fukushima vers des camps de fortune, où quelque 100 000 d’entre elles vivent encore aujourd’hui. Depuis le début de la catastrophe, des millions de gens ont été exposés à des doses de radiation accrues, surtout dans les zones de fortes retombées nucléaires, et ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays sont exposés à l’eau de boisson et aux aliments contaminés par la radioactivité.

 

Un gymnase de Yamagata, dans le nord du Japon, transformé en centre d'hébergement (Source : Yuriko Nakao / Reuters)

Un gymnase de Yamagata, dans le nord du Japon, transformé en centre d'hébergement (Source : Yuriko Nakao / Reuters)

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), est tout à fait consciente de l’étroitesse des liens qui unissent l’industrie nucléaire militaire et celle du nucléaire civil et des risques inhérents aux deux secteurs nucléaires. Nous estimons qu’une évaluation scientifique doit concerner les effets sanitaires de toute la chaîne nucléaire, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’aux déchets nucléaires. Les catastrophes nucléaires civiles, comme celles de Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, fournissent des exemples particulièrement saisissants de l’impact nocif de l’industrie nucléaire sur le public. En tant que médecins et scientifiques, nous devons poser les questions suivantes pour éclairer pleinement la catastrophe de Fukushima :

 

  • Comment cette catastrophe a-t-elle pu se produire ?
  • Combien de radioactivité a été rejetée ?
  • Comment cela va-t-il affecter l’environnement ?
  • Quelles conséquences sanitaires peut-on attendre dans la population affectée ?

 

Telles sont les questions que nous nous proposons d’appréhender dans la présente publication.

 

Entreposage de déchets radioactifs (Source : The Guardian © Arkadiusz Podniesinski)

Entreposage de déchets radioactifs (Source : The Guardian © Arkadiusz Podniesinski)

 

Chapitre 1

 

 

Le début de la catastrophe nucléaire

 

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter s’est produit juste au large de la côte est du Japon. Le séisme de Tohoku a provoqué un tsunami qui a dévasté la zone côtière. Plus de 15 000 personnes ont été les victimes directes du séisme et du tsunami, et plus de 500 000 autres ont dû être évacuées. Cette catastrophe naturelle a affecté plusieurs centrales nucléaires situées sur la côte japonaise. Les autres centrales se sont mises automatiquement à l’arrêt, mais leur système de refroidissement d’urgence a continué à fonctionner. Mais la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été sévèrement endommagée par le séisme : l’approvisionnement électrique de la centrale, notamment le système de refroidissement, s’est interrompu.

 

Le tsunami généré par le séisme a provoqué la perte des générateurs diésel d’urgence qui alimentaient en eau de refroidissement les réacteurs et les piscines de stockage de combustible usé, avec pour résultat la fusion du cœur des réacteurs 1, 2 et 3. L’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power Company (TEPCO) a alors commencé à relâcher de la vapeur des bâtiments réacteurs afin de réduire la pression grandissante dans les réacteurs et de prévenir ainsi des explosions plus importantes. Mais la vapeur a également transporté de vastes quantités de particules radioactives dans l’atmosphère, un risque considéré sur le moment comme un moindre mal. Malgré cela, les trois réacteurs ont subi de nombreuses explosions.

 

Quoique les plans de secours d’urgence de gestion des catastrophes pour les séismes et les tsunamis au Japon soient parmi les meilleurs au monde, les autorités japonaises se sont trouvées complètement débordées par la fusion des trois réacteurs et le rejet des nuages radioactifs. Le premier ordre d’évacuation a été donné le soir du 11 mars pour une zone de 3 km. Le soir du 12 mars, cette zone a été élargie à 12km autour des réacteurs dévastés. À ce moment-là, la première explosion d’hydrogène avait déjà détruit le réacteur 1. Un total de 200 000 personnes ont reçu l’ordre de quitter leur domicile (1). Naoto Kan,  qui était le Premier ministre du Japon à l’époque, a déclaré plus tard que les 30 millions d’habitants de Tokyo n’avaient été épargnés par la contamination radioactive que «  de justesse ».

 

Dans les premiers jours de la catastrophe nucléaire, le vent soufflait principalement vers l’est, ce qui a permis d’estimer que 76 % des retombées radioactives se sont dispersées au-dessus du Pacifique (2). Un seul jour, le 15 mars 2011, le vent a tourné vers le nord-ouest, répandant la contamination radioactive jusqu’au petit village d’IItate, distant de plus de 40 km. Si le vent avait soufflé du nord ne serait-ce qu’une journée, de larges parties de Tokyo auraient été contaminées et le gouvernement aurait été obligé d’évacuer la capitale. L’ancien Premier ministre Kan a admis que cela aurait signifié « l’effondrement de notre pays » et cité « une série d’heureuses circonstances » qu’il a qualifiées de « Providence divine » pour expliquer comment ce désastre ne s’est pas produit (3).

 

Les 14 et 15 mars, les réacteurs 2 et 3 ont été détruits par plusieurs explosions qui ont également provoqué un incendie dans la piscine de stockage du combustible usé du réacteur 4. Afin de refroidir les assemblages contenus dans les réacteurs, TEPCO a pris la décision controversée d’injecter de l’eau de mer dans les bâtiments réacteurs. Mais cette manœuvre n’a guère contribué à empêcher la température de continuer à monter, car les barres de combustible étaient déjà exposées. Selon TEPCO et les chercheurs de l’Université de Nagoya, 100 % des assemblages du réacteur 1 ont fondu, entre 70 et 100 % de ceux du réacteur 2 et 63 % de ceux du réacteur 3 ont également fondu (4-5). L’eau de refroidissement a été contaminée par la radioactivité dans le réacteur avant de se déverser en grande quantité dans l’océan via les nappes phréatiques.

 

Le dépistage obligatoire de la radioactivité pour la population de Fukushima en 2011 (Source : AFP)

Le dépistage obligatoire de la radioactivité pour la population de Fukushima en 2011 (Source : AFP)

Le 25 mars, on a demandé aux personnes habitant dans un rayon de 30 km de la centrale de quitter volontairement leur domicile et la région contaminée. Le 12 avril, la sévérité de la fusion nucléaire de Fukushima a été déclarée de niveau 7 sur l’Échelle internationale de classement des évènements nucléaires (INES), c’est-à-dire le niveau de gravité le plus élevé possible, qui n’avait jusqu’alors été assigné qu’à la catastrophe de Tchernobyl. Le 22 avril, le gouvernement japonais a finalement étendu ses recommandations d’évacuation pour couvrir les municipalités de Katsurao, Namie, Iitate et certaines parties de Kawamata et de Minamisoma, faisant ainsi passer le rayon d’évacuation à 50 km autour des bâtiments réacteur dévastés.

 

Au moment de l’accident, les autorités ont décidé de ne pas distribuer de pastilles d’iode qui auraient empêché l’absorption d’iode 131 radioactif par la thyroïde, laissant la population sans protection. L’Organisation mondiale de la Santé (l’OMS) a critiqué cette omission dans son Rapport sur Fukushima, et indiqué  que l’omission de cette mesure préventive vitale allait augmenter l’incidence anticipée des cancers de la thyroïde pour l’ensemble de la population (6). Dans son rapport officiel de juin 2012, la Commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de la Diète nationale du Japon (NAIIC) a conclu que l’accident  de Fukushima n’était pas simplement le résultat d’une catastrophe naturelle, mais très largement un désastre d’origine humaine.

 

La Commission conclut que la situation a continué à se détériorer parce que le système de gestion de crise du Kantei, (bureau du Premier ministre) des régulateurs et des autres organismes responsables n'a pas fonctionné correctement.
La Commission conclut que la confusion dans l'évacuation des résidents découle de la négligence des régulateurs, de l'échec persistant à mettre en œuvre les mesures adéquates contre une catastrophe nucléaire, ainsi que d'un manque d'action des gouvernements précédents et des régulateurs sur la gestion des crises. Le système de gestion de crise qui existait pour le Kantei et les régulateurs devait protéger la santé et la sécurité du public, mais il a échoué dans cette fonction. (7)

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/37/62/00/rapports/Rapport-NAIIC-V3.pdf

1 - International Atomic Energy Agency (IAEA). “Fukushima Nuclear Accident Update“, 12.03.11. www.iaea.org/newscenter/news/2011/fukushima120311.html

 

2 - Evangeliou N et al. “Global deposition and transport efficiencies of radioactive species with respect to modelling credibility after Fukushima (Japan, 2011)“. J Environ Radioact., 2015 Nov;149:164-75. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26254209

 

3 - Wagner W. „Ex-Premier Kan über Fukushima-Katastrophe: ‚Die Frage war, ob Japan untergeht‘“. Spiegel Online, 09.10.15. http://www.spiegel.de/politik/ausland/ex-premier-ueber-fukushima-die-frage-war-ob-japan-untergeht-a-1056836.html

 

4 - Japanese Atomic Information Forum (JAIF). “TEPCO: Melted fuel ate into containment vessel“. Earthquake Report No. 278, 01.12.11. www.jaif.or.jp/english/news_images/pdf/ENGNEWS01_1322709070P.pdf

 

5 - Kumai H. „Researchers: More than 70% of No. 2 reactor‘s fuel may have melted“. Asahi Shimbun, 27.09.15. http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201509270023

 

6 - World Health Organisation (WHO). “Preliminary dose estimation from the nuclear accident after the 2011 Great East Japan Earthquake and Tsunami”. 23.05.1212, p.49. http://whqlibdoc.who.int/publica­tions/2012/9789241503662_eng.pdf

 

7 - The National Diet of Japan. „The official report of The Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission of the National Diet of Ja­pan“. 05.07.12, p 18–19. http://www.nirs.org/fukushima/naiic_report.pdf

 

 

_________________________

 

Lire la suite de la traduction du rapport dans le blog de Georges Magnier « Vivre après Fukushima » :

Chapitre 2. Émissions et contaminations radioactives

 

_________________________

 

Extrait du rapport pp.33-34

Recommandations

Pour le Japon :

 

  • Les populations affectées par la catastrophe nucléaire et leur droit
    à vivre dans un environnement sain doivent être au centre de
    toutes les discussions et des décisions sur les mesures à prendre.
    Dans ce but, il convient de garantir que les groupes affectés
    soient impliqués comme il se doit dans les processus décisionnels.

 

  • Tous ceux qui ont été impliqués dans le nettoyage de la catastrophe
    nucléaire, qu’ils aient été ou qu’ils doivent à l’avenir
    être exposés à la radioactivité, doivent être équipés de
    dosimètres fiables et être régulièrement examinés par des
    médecins indépendants. Ceci s’applique également aux employés
    des sous-traitants, aux travailleurs temporaires et aux volontaires.
    Les opérateurs nucléaires comme TEPCO ne doivent plus influencer
    les études et les données.

 

  • Le gouvernement japonais doit établir et tenir des registres
    semblables à ceux qui ont été mis en place par l’Union
    soviétique après Tchernobyl, pour couvrir tous les groupes ayant
    été exposés aux radiations suite à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima. Ceci concerne :
    • Tous les évacués des zones contaminées et ceux qui vivent encore en zone
      contaminée ;
    • Les travailleurs de la centrale et ceux qui s’occupent du nettoyage et
      de la décontamination.

 

  • Les résidents des zones contaminées doivent être autorisés à
    décider s’ils veulent continuer à y vivre ou s’ils préfèrent
    déménager dans une région non contaminée. Un soutien financier
    et logistique doit leur être fourni.

 

  • Il faut mettre fin à la réinstallation forcée des évacués dans les
    zones contaminées. En particulier ils ne doivent pas être menacés
    de se voir retirer l’assistance financière s’ils ne veulent pas
    retourner [avec leur famille] dans les zones contaminées.

 

  • Des recherches épidémiologiques doivent être menées sur les effets
    de la catastrophe nucléaire et les populations affectées doivent
    avoir droit, régulièrement et gratuitement, à des bilans de santé
    et aux traitements. Les risques sanitaires pour la population
    japonaise doivent être évalués par des scientifiques indépendants
    qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie
    nucléaire ou ses soutiens politiques.

 

  • Étant donné qu’une grande partie des retombées a touché l’Océan
    Pacifique, une recherche systématique doit être effectuée sur la
    vie marine ; le Japon et des instituts de recherche
    océanographique internationaux doivent travailler en coopération.

 

  • Les reportages et recherches sur les conséquences de la catastrophe nucléaire ne
    doivent pas se heurter à la répression de l’État, comme la loi
    controversée sur la “trahison des secrets d’État”.

 

  • Après la fusion des cœurs à Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses
    centrales nucléaires et durant plusieurs années, le pays s’est
    débrouillé sans énergie nucléaire. Le lobby nucléaire essaie
    actuellement de redémarrer les réacteurs, contre la volonté de la
    majorité de la population japonaise. Le Japon doit arrêter
    définitivement ses quelque 50 réacteurs et investir à la
    place dans la production d’énergie renouvelable et durable. Le
    pays a un potentiel énorme en termes d’énergie solaire,
    éolienne, hydraulique et géothermique et particulièrement dans le
    domaine de l’efficacité et des économies énergétiques.

 

  • En attendant, une enquête [par des instances parlementaires
    indépendantes] s’impose sur l’énorme influence exercée par le
    lobby nucléaire sur la politique japonaise et la corruption et la
    collusion endémiques entre hommes politiques, opérateurs de
    centrales et régulateurs, afin d’y mettre un terme et de prévenir
    l’occurrence de nouveaux désastres comme Fukushima.

 

Pour l’Europe et le reste du monde :

 

  • En Europe et aux États-Unis un peu moins de 300 réacteurs sont toujours en
    fonctionnement ; la moyenne d’âge est entre 30 et 40 ans.

 

  • L’IPPNW et PSR exhortent tous les États possédant des centrales nucléaires à
    commencer à fermer et à démanteler leurs réacteurs et à
    s’engager dans la production d’énergie renouvelable durable et
    dans l’efficacité énergétique. Il existe au niveau
    international un large consensus sur le fait que les combustibles
    fossiles ne peuvent ni ne doivent jouer le moindre rôle dans la
    production énergétique future. Mais le nucléaire ne représente
    pas non plus une alternative acceptable.

 

  • Pour l’IPPNW et PSR, la transition énergétique mondiale tendant vers 100 %
    d’énergie renouvelable associée à l’efficacité et aux
    économies énergétiques, ainsi qu’à la décentralisation de la
    production de l’énergie, est la seule conséquence politique
    raisonnable à tirer des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et
    de Fukushima.

____________________

 

Télécharger le rapport traduit en entier : ici

 

____________________

 

Coordonnées

 

IPPNW Germany : Körtestraße 10, 10967 Berlin, Germany - Phone: +49.30.698.0740 - Fax : +49.30.693.8166 - email : ippnw (a) ippnw.de - Sites internet : www.ippnw.de ; www.fukushima-disaster.de

 

Physicians for Social Responsibility : 1111 14th St, NW, Suite 700, Washington, DC 20005, USA -

Phone: +1.202.667.4260 - Fax: 202.667.4201 - email : psrnatl (a) psr.org - Site internet : www.psr.org

 

 

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« Fukushima - Rejets dans le Pacifique : clarification et mise en perspective »

Une analyse critique des données concernant les rejets des eaux radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi initiés en août 2023, dossier réalisé par la CRIIRAD qui tente de répondre à ces questions : Quels sont les principaux défis auquel est confronté l’exploitant de la centrale ? Quels sont les éléments radioactifs rejetés dans le Pacifique ? Les produits issus de la pêche sont-ils contaminés ? Est-il légitime de banaliser le rejet d’éléments radioactifs, notamment du tritium, dans le milieu aquatique ? Qu’en est-t-il en France ?

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