24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:17

panorama4.jpgL’ACRO édite une excellente analyse de la situation à Fukushima deux ans après le début de la catastrophe nucléaire. Une vue d’ensemble où tous ces points sont abordés : contamination, décontamination, responsabilité de l’exploitant, populations touchées, pollutions fluviales et marines, etc. à partir du formidable travail de collecte d’informations effectué quotidiennement sur le site de l’association à la page : « La catastrophe de Fukushima au jour le jour ». Une base de données incontournable pour les historiens contemporains !

Voici quelques extraits de la synthèse.

 

______________________

 

 

Fukushima, deux ans après, retour à l’anormal

ACRO, 23 février 2013

 

(extraits)

 

Les autorités japonaises rêvent d’une catastrophe réversible : le gouvernement a engagé un immense programme de « décontamination » et a promis un retour à une partie des 160 000 personnes qui ont quitté leur habitation pour fuir les dangers de la radioactivité. Dans d’autres zones, non évacuées, mais aussi contaminées de 8 régions du Japon, ce sont les municipalités qui ont la charge des travaux qui consistent à laver, frotter, couper les herbes, arbustes, gratter la terre… Pour les zones évacuées, le gouvernement a lancé des appels d’offres et ce sont les majors du BTP, sans aucune expérience, mais pouvant mobiliser une large main d’œuvre, qui ont été retenues. L’une d’entre elles avait la charge du génie civil lors de la construction des réacteurs de la centrale de Fukushima. Comme toujours, ce sont des sous-traitants qui font les sales travaux.

(…)


Seul l’appât du gain intéresse les compagnies retenues, qui n’ont subi aucune sanction. Personne n’a été sanctionné suite à cette catastrophe. Les cadres dirigeants limogés de TEPCo, l’exploitant de la centrale accidentée, se sont recasés dans des filiales et la compagnie espère toujours pouvoir continuer à exploiter son autre centrale nucléaire. On retire le permis de conduire à un chauffard, pas à un exploitant du nucléaire. TEPCo, s’accroche à ses 7 réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, sur la mer du Japon, dans la province de Niigata, même si deux d’entre eux sont situés sur une faille sismique qui a été requalifiée en faille active suite aux révisions des critères de sûreté. Les autres, à eau bouillante, de la même technologie que ceux de Fukushima, nécessitent des investissements massifs et des années de travaux de remise aux normes durcies par la nouvelle autorité de sûreté. TEPCo n’a pas renoncé non plus à ses réacteurs non accidentés de Fukushima, même s’ils ont été noyés par de l’eau de mer corrosive lors du tsunami de mars 2011 et même si les autorités locales n’en veulent plus. Des milliers de travailleurs y sont exposés à des doses inutiles pour tenter de les remettre en état de marche.

(…)


Pour les populations touchées par la catastrophe la vie est toujours anormale. Les déplacés volontaires ne bénéficient de quasiment aucune aide. On ne sait même pas combien ils sont, nombre d’entre eux n’allant pas s’enregistrer sur le nouveau lieu de vie. Pour ceux qui sont restés par force ou par choix, la vie dans les territoires contaminés est difficile. L’alimentation est toujours un sujet d’inquiétude. Les enfants ne jouent presque plus dehors et prennent du poids. Pour les réfugiés, qui ont dû évacuer sur ordre des autorités, la vie est aussi difficile dans le logement provisoire, souvent exigu. Comment refaire sa vie quand on ne sait pas combien de temps cette attente va durer, quand on ne sait pas si l’on pourra rentrer un jour chez soi ? Pour les agriculteurs, l’espoir de retrouver une ferme est très mince.

(…)


La mer continue à se contaminer sans que l’on n’y puisse rien. Les infiltrations d’eau souterraine polluent le rivage sur le site de la centrale et le lessivage des sols par les eaux de pluie entraîne une augmentation de la contamination des sédiments dans l’embouchure des fleuves. C’est particulièrement flagrant dans la Baie de Tôkyô où la contamination croît de jour en jour. Le pire est peut-être à venir : TEPCo est contrainte d’injecter d’énormes quantités d’eau pour refroidir les combustibles fondus des réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cette eau se contamine, s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et menace de déborder dans la mer. TEPCo la pompe donc continuellement, la décontamine très partiellement et la réinjecte. Mais de l’eau souterraine s’infiltre aussi, se contamine et augmente les stocks. La compagnie ne sait plus où mettre les cuves pleines d’eau contaminée sur son site. Elle n’a d’autre perspective que de la rejeter en mer à plus ou moins longue échéance, après une décontamination plus poussée, promet-elle, mais toujours partielle. La station de traitement, prévue pour septembre 2012, ne fonctionne toujours pas.

(…)


Quant aux habitants évacués, ils n’en peuvent plus. Ils ne croient plus à un retour à la normale. De nombreux habitants, surtout ceux avec de jeunes enfants, se sont résignés et ne rentreront jamais. Quelle sera leur vie quand les indemnités s’arrêteront ? Quel sera leur état de santé à long terme ? Il y a déjà, officiellement, trois cas de cancer de la thyroïde avérés chez les enfants de Fukushima, qui ont subi une intervention chirurgicale. 7 autres cas suspects sont en cours d’analyses complémentaires. Cela ne va qu’empirer, le pic du nombre de cas étant apparu 4 à 5 ans après les rejets massifs à Tchernobyl.

(…)

 

Lire l’article en entier

 

 

Qu’est-ce que l’ACRO ?

 

Créée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, l'ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest) est une association d'information et de surveillance de la radioactivité, dotée d'un laboratoire d'analyse et agréée de protection de l'environnement. L'association publie une revue trimestrielle d'information, l'ACROnique du nucléaire, organise des conférences publiques et tente de répondre à de nombreuses demandes de renseignements.

 

 

 

Photo d'entête : Prise de vue panoramique au niveau arasé de l'unité 4 (source)

Partager cet article

Repost0
23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 16:26
cafumeVoici encore une vidéo, enregistrée le 20 février 2013 qui montre une fumée sortant de l’usine. Ce n’est pas la première fois que ce genre de fumée est remarqué. Nous avions déjà observé la même chose le 28 février 2012 et le 4 septembre 2012. Jusqu’à présent, n’ayant aucune information de la part de Tepco au sujet de ces fumées intermittentes, je pensais que ces émanations provenaient d’une cheminée de la piscine commune.
 

 
 
Or, suivant le plan fourni récemment par Tepco et l’orientation de visée de la webcam TBS, il apparaît que l'on peut émettre une autre hypothèse. En effet, un incinérateur à haute température est situé juste à côté de la piscine commune. Mais celui-ci est caché par la forêt et reste donc invisible à l’écran de la webcam. En revanche, la haute cheminée de l’incinérateur pourrait arriver juste à la bonne hauteur pour que les fumées soient visibles.
 
plan13
 
J’ai recherché une image de ce bâtiment mais c’est difficile car Tepco, mis à part le plan de situation, n’en a jamais communiqué de photo, sinon à la marge. Finalement, j’ai retrouvé trois vues aériennes montrant ce bâtiment avec sa grande cheminée, sous trois angles différents. Pour bien le faire apparaître, je l’ai colorié en rouge. Au nord de l’incinérateur se trouve la piscine commune (en bleu) et au sud  un bâtiment non encore identifié (en jaune), qui a un rapport avec le bâtiment situé à l’est puisqu’il est relié par un pont-galerie.
 
vue1
 
vue2
 
vue3
 
  

Le plan de Tepco est tellement imprécis qu’il est difficile de savoir où se situe l’installation d’adsorption de césium. Si quelqu’un en sait plus, je mettrai à jour ce billet.

[ Mise à jour 25/02/13 : Geoffroy a retrouvé un plan de Tepco qui précise le lieu : l’équipement qui permet d’adsorber le césium (appelé Sarry, fourni par Toshiba) a été installée en 2011 dans le bâtiment de l’incinérateur haute température (donc le rouge sur les photos ci-dessus). L’installation est constituée de 14 cuves cylindriques qui doivent réduire la teneur en césium et autres radioéléments à un millionième de la teneur d'entrée. La première photo de ces cuves a été éditée par l’Asahi il y a quelques jours (cf. Voir Fukushima (49), 3ème photo). ]
 
Mais que brûle Tepco ?
 
Les fumées sont toujours observées le matin vers 10 h. Durant ces évènements, les travaux du chantier ne sont pas arrêtés, il s’agit donc probablement d’opérations programmées d’incinération de déchets, ce qui est bien plus vraisemblable que des émanations provenant d’une piscine.  Comme Tepco nous inonde de photos de mauvaise qualité sur tout et n’importe quoi dans la centrale, et qu’il ne communique jamais sur cet incinérateur, on peut considérer cette activité comme suspecte. Pourquoi ? Tout simplement parce que les activités des milliers de travailleurs sur le site génèrent des tonnes de déchets contaminés dont Tepco ne sait que faire. Le plus simple est sans doute de brûler tous ces gants, combinaisons, filtres, masques, chaussures et autres objets radioactifs. C’est l’hypothèse la plus plausible, bien que je ne sois pas encore certain que cette fumée provienne bien de cet incinérateur-là. Pour autant, est-ce que Tepco a l’autorisation de rejeter dans l’atmosphère des poussières radioactives supplémentaires ? En France ça serait interdit et au Japon autorisé ? Hum…Il faudrait demander à l’autorité de sûreté nucléaire.
 
dechets
Que faire de ces tonnes de déchets radioactifs ?
 
 
  

 

______________

 

Mise à jour (24 février 2013)

 

Merci à Etienne Servant qui a retrouvé un document de Tepco relatant la présence d’un incinérateur sur le site. Toutefois, il s’agit d’un petit incinérateur situé près de l’unité 5. Le texte du document « Dans l'incinérateur de petite taille, seules des ordures non contaminées  sont brûlées (boîtes à lunch vides, etc.). » semble vouloir dire qu’inversement, dans l’autre incinérateur, celui de grande taille dont on ne parle jamais, on y brûle les déchets contaminés…

 

doctepcoincinerateur.jpg

 

 

 

______________

 

Mise à jour (25 février 2013)

 

Iori (Fukushima Diary) signale que cette fumée a également été aperçue le 7 janvier 2013 à 10h17 (donc toujours aux environs de 10h du matin).

Dans son article « Le 7 janvier 2013, de la fumée noire sort de la cheminée de la piscine commune à combustibles », un ouvrier mentionne que cette fumée sort d’une cheminée de la piscine commune (donc le bâtiment bleu sur les photos ci-dessus), ce qui nous ramène à ma première hypothèse. Peut-être le bâtiment de la piscine commune a également un incinérateur pour ses propres activités ?

 

imagebot324-450x328.png

Fumée du 7 janvier 2013

 

 

______________

 

Mise à jour (24 janvier 2014)

 

Nuckelchen signale un nouveau dégagement de fumées qui a eu lieu le 22 janvier 2014 entre 13:00 et 14:11 JST.

Plus de détail ici : http://fukushima.xobor.de/t32f9-steamy-wonders-th-of-january.html#msg65

 

 

 

Captures du début et de la fin de l'évènementCaptures du début et de la fin de l'évènement

Captures du début et de la fin de l'évènement

______________

 

Mise à jour (26 février 2016)

 

Le journal Asahi Shimbun rapporte que Tepco a installé un nouvel incinérateur sur le site nucléaire pour brûler les vêtements de travail contaminés. Cet incinérateur peut brûler un maximum de 14 tonnes par jour quand il est exploité à pleine capacité pendant 24 heures. Les cendres résiduelles seront stockées dans des fûts métalliques sur le site.

 

TEPCO begins burning radiation-tainted work clothes at Fukushima plant
February 26, 2016

By HIROMI KUMAI/ Staff Writer

OKUMA, Fukushima Prefecture--Tokyo Electric Power Co. has started to incinerate the thousands of boxes of lightly contaminated waste, including clothing used by workers, at the Fukushima No. 1 nuclear power plant to reduce the amount of tainted waste on the site.

TEPCO, the plant operator, fired up a special on-site incinerator on Feb. 25 to burn protective suits, gloves, socks and other work clothes worn by plant workers that became contaminated with low-level radiation.

The operation will reduce the amount of tainted work clothing accumulating at the plant during decommissioning operations since the nuclear disaster unfurled in March 2011. The garments cannot be processed outside the plant due to the radiation.

The clothing being incinerated are items with the lowest levels of contamination that have been stored in tens of thousands of 1 cubic-meter special boxes. The number of containers reached 66,000 at the end of last year.

The incinerator is equipped with two types of filters that can reduce the radioactive levels of the exhaust air to less than one-millionth, while reducing the capacity of the waste to about 2 percent.

The incinerator can burn a maximum of 14 tons of items per day when it is operated to capacity for 24 hours. The ash residue will be stored in metallic barrels on the plant compound.

The incineration project was authorized by the Nuclear Regulation Authority in July 2014. TEPCO began operational tests of the incinerator using untainted waste last fall.

Workers remove protective clothing after returning from the Fukushima No. 1 nuclear power plant to a base facility in Naraha, Fukushima Prefecture, in November 2011. (Asahi Shimbun file photo)

Workers remove protective clothing after returning from the Fukushima No. 1 nuclear power plant to a base facility in Naraha, Fukushima Prefecture, in November 2011. (Asahi Shimbun file photo)

Partager cet article

Repost0
18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 15:00

Psammoma.jpgLe cancer de la thyroïde est un cancer habituellement rare, de l’ordre de 1 à 3 pour 1 million chez les enfants japonais. Du coup, l’information annonçant qu’un cancer de la thyroïde a été détecté et soigné chez 3 enfants de la préfecture de Fukushima ne passe pas inaperçue, d’autant plus que 7 autres sont soupçonnés.

Pas même deux ans après la catastrophe, les terribles effets de l’iode 131 sont déjà là.

 

Evidemment les autorités irresponsables, qui demandent aux gens d’aller vivre en territoire contaminé (1), n’ont pas manqué d’essayer d’amoindrir la nouvelle en envoyant au charbon le professeur Kazuo Sakai, de l'Institut national des Sciences radiologiques. Pour expliquer qu'il était encore trop tôt pour accuser Fukushima, ce « chercheur » qui ignore totalement les données connues sur Tchernobyl, a osé déclarer selon l’AFP  : « D'après les données issues des études sur les victimes de la bombe atomique de Hiroshima, il est reconnu que le risque de cancer croît lorsque la dose reçue dépasse 100 millisieverts ». Ca rappelle le très controversé Pr. Yamashita, que l’on a appelé ironiquement « Monsieur 100 mSv » et qui prétendait abusivement qu’il n’y avait pas de risque pour la santé jusqu’à 100 mSv/an (Il s’est excusé depuis…). Selon Kazuo Sakai, les maladies que l’on observe à Fukushima viennent du stress. Comment peut-on oser dire de tels mensonges à l’annonce des premiers cas de cancer ?

 

En fait, le dixième rapport de l'enquête sanitaire réalisée sur la préfecture de Fukushima ‒ publié récemment avec des données allant jusqu'au 21 janvier 2013 ‒ a révélé que 44,2 % des 94 975 enfants suivis présentaient des anomalies échographiques à leur thyroïde. Le nombre d'anomalies a donc augmenté au fil du temps, ainsi que la proportion d'enfants présentant des nodules d’une taille égale ou supérieure à 5,1 mm. La situation est donc toujours très préoccupante, car si aucune évacuation n’intervient rapidement, la catastrophe sanitaire aura  une bien plus grande ampleur.

 

Pour essayer de contrer cette folie du déni, l’avocat Toshio Yanagihara tente une action collective à laquelle je vous propose de participer. Cet homme représente 14 enfants de Fukushima qui demandent l'évacuation collective de la zone contaminée. Pour soutenir cette démarche en justice, deux actions sont organisées : une manifestation qui aura lieu le 23 février 2013 à Tokyo, et un site internet qui recueille l’appui de tous ceux qui se sentent concernés et qui veulent laisser un message de soutien. C’est très simple, il suffit d’indiquer son nom, son prénom, son pays, et d’écrire un message de soutien.

 

Cliquer ici pour accéder au site de soutien

 

 

 

(1) Les spécialistes Shinzo Kimura et Masaharu Okano ont démontré par leurs mesures que la Préfecture de Fukushima était à évacuer, comme le montrent ces graphiques très parlants, où l’on constate que plus de 5 millions de Bq/m² ont été relevés.

 

 

 

______________________

 

En savoir plus

 

 

Cancers de la Thyroïde à Fukushima: 3 cas officiels, 7 cas en examen.

 

ACRO : révélation des trois cas de cancer de la thyroïde confirmés (Jeudi 14 février)

 

Fukushima kids have skyrocketing number of thyroid abnormalities - report

 

10 children with thyroid problem consist of 3 male 7 female, average age is 15 y.o, “79 times higher rate than usual”

 

Cancer de la thyroïde à Fukushima : des chiffres manipulés

 

Problèmes de thyroïde à Fukushima : une population cobaye

 

Cancer de la thyroïde et rayonnements ionisants. Un bilan.

 

_____________________

 

Les cancers de la thyroïde au Bélarus dus à la catastrophe de Tchernobyl

 

 

tableaubelarus.jpg

(source GR21)

 

 

tableauirsnbelarus.jpg

(source IRSN)

 

 

_____________

Source image d'entête : Wikimedia  ( cellule tumorale de la thyroïde)

Partager cet article

Repost0
18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:07
AsahiNeige2Merci à Martine Carton pour ce témoignage et cette traduction qui montrent ce qu’est la vie après une catastrophe nucléaire. La ville de Fukushima (300 000 habitants) aurait dû être évacuée : début avril 2011, elle présentait 2,5 fois les seuils d’évacuation établis en Ukraine pour le Cs-137. Elle devrait toujours l’être aujourd’hui…
 
« Ceci n’est pas un scoop, c’est un moment de la vie ordinaire au Japon.
Ce matin, avant de partir à l’école, ma fille lisait un article du Journal Asahi pour les écoliers. Elle me tend le journal et me dit : « Regarde, maman, c’est triste. »
J’ai traduit cet article, intitulé : « On a joué dans la neige comme des fous !
Fukushima, les enfants en excursion
« Je voudrais bien m’amuser dans la neige ! »
Dans les zones où la radioactivité est relativement élevée, nombreux sont les enfants privés de jeux extérieurs. Inquiètes du manque d’exercices physiques des enfants, des organisations se chargent de les emmener jouer dans des zones moins contaminées. C’est le cas d’une de ces organisations, la NPO Sortie éducative « Enfants en excursion » qui propose aussi des programmes qui vont de l’assistance d’urgence à des actions prolongées dans le temps. »

UNE JOURNÉE DE VISAGES RADIEUX
La neige qui arrive jusqu’à la taille est lisse. Dans le jardin enneigé, les enfants font des glissades ou s’étendent de tout leur long dans la neige. Ils se sont bien amusés, leurs visages sont tout recouverts de neige. Les garçons de trois ans courent à toutes jambes devant les élèves de primaires. Le visage radieux, ils ont oublié jusqu’au froid. « Les enfants en excursion » ont passé une journée à jouer comme des fous dans une zone où la radioactivité est faible. Seize enfants de 3 à 9 ans, habitant la ville de Fukushima ou les alentours, ont participé à cette journée, à Inawashiromachi, plus à l’ouest de chez eux.
Tomoki Watanabé (9 ans) et son petit frère sortent tous les week-ends en famille hors de la préfecture de Fukushima. « En général, on ne joue pas beaucoup dehors. Comme activités de club, les CE2 passent leur temps à jouer au yoyo. » ajoute Tomoki. Nombreuses sont encore les écoles primaires qui limitent à trois heures par jour les sorties extérieures. Après les cours, les élèves vont à la garderie, mais ils ne peuvent pas sortir non plus.
L’association offre aussi des classes de découverte de la nature : ce jour-là, les enfants ont fait du traîneau sur les pistes de ski.
« Jouer dehors, c’est vraiment super ! » s’exclame Tomoki, les yeux brillants de joie.
(Fin de l’article)
 
AsahiNeige-copie-2.jpg
 

« Restera-t-il, dans quelques décennies, des « zones moins contaminées », vestiges d’un monde disparu, qu’on montrera à nos enfants qui les regarderont avec des yeux brillants – de larmes ?
L’association en question a une page FaceBook, vous pouvez l’aimer autant que vous voulez, merci.
http://www.facebook.com/fukushima.ihp »
 
   
________________________
 
Pour approfondir
 
 

 
 
Le Fukushima Collective Evacuation Trial mène une action en justice collective pour demander au gouvernement local de la ville de Koriyama, préfecture de Fukushima, d'évacuer les enfants des zones où la dose de radioactivité de fond est supérieure à 1 mSv/an.
Si le cas des enfants de Koriyama est approuvé par le tribunal, les autorités d'autres zones à forte radioactivité devront adopter cette norme et assurer un soutien inconditionnel à l'évacuation des enfants.
 
 

Partager cet article

Repost0
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 18:58
Tepco, le plus grand pollueur du monde depuis mars 2011, continue ses bêtises. Dans une bienveillance incompréhensible de la part de tous les pays du monde, cette entreprise qui aurait dû être mise sous tutelle dès le lendemain de la quadruple catastrophe nucléaire a continué d’exister et est restée entièrement responsable du site nucléaire sans garantir la moindre transparence (1).
 
Le 7 février 2013, Tepco a admis avoir perdu la veille une partie d'une machine, un grand cylindre permettant de charger et décharger le coeur du réacteur. Cette machine de chargement de combustible de 35 tonnes était tombée dans la piscine de désactivation lors de l’explosion du 14 mars 2011 ; une partie, de 1,5 tonnes, était encore visible et accessible. Suite à des travaux de déblaiement, le vérin a donc sombré complètement, occasionnant probablement des dégâts supplémentaires.
 
Voici le rapport de Tepco en anglais, qui dit en gros qu'ils n'ont pas remarqué tout de suite que le vérin était tombé et que ce n'est pas grave, puis une photo de l’intérieur de la piscine montrant une partie de cette machine. Le journal Asahi qui publie cette photo ne dit pas si elle date de 2013 ou si c’est une photo d’archive.
 
tepco1
 
tepco2
 
Part of the fallen fuel hoist, an electric motor, is seen i
Partie visible du treuil à combustible (source)
 
130208 01
 
130208 02
 
piscine peut etre reacteur 3 fukushima photo tepco
Voici une photo du grand vérin, grand cylindre qui permet d'aller chercher les barres, qui est tombé dans la piscine... La machine entière était déjà au fond depuis le 14 mars 2011.
 
.
Mise à jour 9/02/13 : Explications en images et vidéo par Etienne Servant
.
___________________________
(1) Par exemple, en 2011, Tepco a empêché la commission d’enquête parlementaire de visiter l’unité 1 en prétextant l’obscurité qui y régnait à cause de sa couverture ; alors que l’on sait bien que cette couverture blanche laisse passer la lumière et que Tepco y a de toute manière installé un éclairage. (source The Mainichi)
 
11 28-gensiro-jobu-keisoku
 
Jeux d'ombres à l’unité 1
.
.
 
 
______________________________
 

Partager cet article

Repost0
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 01:53
Daiichix-wide-communityLe mardi 15 mars 2011 est une journée assez particulière pour Fukushima car on a rapporté un incendie et des explosions pour le bâtiment réacteur 4, mais depuis 22 mois, aucune image de ces évènements n’a jamais été divulguée, exceptées quelques captures de webcam peu explicites.
 
Afin d’y voir plus clair dans cette censure, il nous a semblé intéressant de rappeler la chronologie des faits, en utilisant les sources disponibles sur la toile. En effet, quand un historien cherche à reconstituer une histoire camouflée, même récente, il collecte le maximum de sources et les croise pour essayer d’en dégager une vérité.
 
La première chronologie présentée ici est celle de Tepco, complétée par les seuls documents photographiques diffusés par l’opérateur pour cette journée mystère, les 12 instantanés, heure par heure, de la première webcam du site nucléaire.
 
Que l’enquête commence !
 
-oOo-
 
Chronologie officielle du 15 mars 2011 (d’après la chronologie de Tepco)
 
20110315060000
A 6 heures du matin, on distingue bien le bâtiment réacteur n°4 entier. On voit également un petit panache blanc au dessus (incendie ?)
 
Vers 6h~6h10 :
Le son d’une explosion est confirmé par Tepco.
L’explosion a provoqué des dommages au toit couvrant le 5ème niveau (niveau technique).
 
6h50 : Comme les radiations dépassent 500µSv/h (583,7 µSv/h) au niveau de l’entrée principale, il est déterminé qu’un incident spécifique est arrivé.
 
7h : L’évènement est rapporté au gouvernement
 
20110315070000
A 7 heures, on voit que le bâtiment réacteur n°4 a changé d’aspect et qu’il fume. Notez la présence de 3 engins volants, deux à l’est, un à l’ouest, sans doute des hélicoptères ou des drones évaluant l’état du réacteur après son explosion.
 
7h55 : Tepco rapporte au gouvernement les dommages au toit du 5ème niveau du bâtiment réacteur.
 
20110315080000
Photo webcam à 8 heures du matin.
 
8h11 :
Les dommages du bâtiment réacteur de l’unité 4 sont confirmés par Tepco. Les radiations atteignent 807 µSv/h au niveau de l’entrée principale.
 
20110315090000
Photo webcam à 9 heures.
 
9h38 :
Un incendie est confirmé au 3ème niveau, du côté nord-ouest du bâtiment réacteur.
 
20110315100000
Photo webcam à 10 heures
 
Vers 11h :
Tepco confirme que l’incendie du bâtiment réacteur n°4 est éteint.
 
20110315110000
Photo webcam à 11 heures
 
20110315120000
A midi, plus de trace de fumée au n°4. L’incendie semble être éteint (le n°3 fume encore, à gauche).
 
20110315130000
Photo webcam à 13 heures.
 
20110315140000
Photo webcam à 14 heures.
 
20110315150000
Photo webcam à 15 heures. Un panache de fumée blanche s'échappe du n°4. Reprise d'incendie ?
 
16h00 : Tepco mesure 531,6 µSv/h au niveau de l’entrée principale,
 
20110315160000
Photo webcam à 16 heures. Panache encore visible.
 
20110315170000
Photo webcam à 17 heures.
 
23h00
Les radiations atteignent 4548 µSv/h au niveau de l’entrée principale.
 
______________________________
 
Un autre incendie le 16 mars 2011
 
Le 16 mars un autre incendie est signalé (reprise du précédent selon Tepco). Une vidéo rapportée par Russia Today le 16 mars montre un évènement provoquant un panache blanc. On ne sait pas s'il s'agit de l’incendie du 15 ou du 16 mars. Le panache provient bien du côté nord-ouest du bâtiment réacteur 4.
 

 
 
 
______________________________
 
Quelques chronologies disponibles sur le net 
 
 
(Traduction française partielle, heures du Japon)
 
Vers 6h~6h10 :
Le son d’une explosion a été confirmé. Plus tard, des dommages au toit du 5ème niveau du bâtiment réacteur ont été confirmés.
6h50 :
Comme les radiations dépassaient 500µSv/h (583,7 µSv/h) au niveau de l’entrée principale, il a été déterminé qu’un incident spécifique était arrivé et ça a été rapporté au gouvernement à 7h00.
7h55 :
Les dommages au toit du 5ème niveau du bâtiment réacteur ont été rapportés au gouvernement
8h11 :
Les dommages du bâtiment réacteur de l’unité 4 ont été confirmés. De même, comme les radiations dépassaient 500 µSv/h (807 µSv/h) au niveau de l’entrée principale, il a été déterminé qu’un incident spécifique était arrivé et ça a été rapporté au gouvernement à 8h36.
9h38 :
Un incendie a été confirmé au 3ème niveau, du côté nord ouest du bâtiment réacteur. Ca a été rapporté au gouvernement à 9h38.
Vers 11h :
Tepco a confirmé que l’incendie du bâtiment réacteur n°4 était éteint. Ca a été rapporté au gouvernement à 11h45.
16h00 : Comme les radiations dépassaient 500µSv/h (531,6 µSv/h) au niveau de l’entrée principale, il a été déterminé qu’un incident spécifique était arrivé et ça a été rapporté au gouvernement à 16h22.
23h00
Comme les radiations dépassaient 500µSv/h (4548 µSv/h) au niveau de l’entrée principale, il a été déterminé qu’un incident spécifique était arrivé et ça a été rapporté au gouvernement à 23h20.
 
 
Autres chronologies des évènements du 15 mars rapportées sur l’Internet
(A noter : les heures indiquent la mise en ligne des dépêches en Europe. Pour avoir le temps du Japon, il faut ajouter 8 h)
 
Chronologie Europe1.fr 
Mardi 15 mars :
3h10 : incendie dans le réacteur 4. Un incendie se déclare dans le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Fukushima, dégageant des particules radioactives.
3h50 : Tepco demande de l'aide pour éteindre l'incendie. L'exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima annonce avoir demandé de l'aide aux forces japonaises d'auto-défense et à l'armée américaine pour éteindre l'incendie qui s'est déclaré après une explosion au réacteur n°4.
7h40 : incendie éteint dans le réacteur n°4. Un incendie, qui s'est déclaré dans un bassin de stockage de combustible nucléaire usagé, a été éteint, annonce l'exploitant Tepco.
9h45 : nouvelles craintes au sujet du réacteur n°4 de Fukushima. Le combustible nucléaire usagé du réacteur n°4 de la centrale japonaise de Fukushima-Daiichi est peut-être en train de bouillonner, et le niveau d'eau baisse actuellement, rapporte l'agence de presse nippone Kyodo.
10h38 : deux brèches dans le réacteur n°4. Deux brèches de huit mètres de large sont apparues dans l'enceinte extérieure du bâtiment du réacteur n°4 de la centrale atomique à la suite d'une explosion survenue mardi, annonce l'Agence de sûreté nucléaire japonaise.
13h40 : radiations dangereuses autour du réacteur n°4. Le niveau de radioactivité dans la salle de contrôle de la tranche n°4 de la centrale atomique de Fukushima-Daiichi, sur la côte nord-est du Japon, est devenu trop élevé, mardi, pour que les ingénieurs puissent effectuer un travail normal, rapporte l'agence de presse japonaise Kyodo.
15h20. De la radioactivité pouvant "endommager la santé". Le ministre japonais des Affaires étrangères Takeaki Matsumoto a indiqué mardi à Paris que le niveau de radiations consécutif à l'incendie du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima 1 "pourrait endommager la santé" des populations.
15h57. De l'eau pourrait être injectée par hélicoptère. La compagnie d'électricité japonaise Tepco, qui exploite la centrale de Fukushima, a indiqué qu'elle envisageait de verser de l'eau par hélicoptère dans une piscine du réacteur 4 pour refroidir du combustible nucléaire usé.
21h32. La toiture d'un réacteur fissurée à Fukushima. L'agence de sûreté nucléaire japonaise annonce que la toiture du réacteur numéro 4 de la centrale de Fukushima est fissurée.
21h58. Evolution "préoccupante" d'une piscine de stockage. L'évolution de la situation de la piscine du stockage du réacteur 4 de la centrale de Fukushima au Japon, où une "partie des assemblages de combustibles stockés serait désormais découverte", est jugée "préoccupante" par l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).
22h57. Fukushima : nouvel incendie au réacteur 4. Un nouvel incendie s'est déclaré mercredi au réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima, au lendemain d'une explosion qui avait provoqué un premier incendie et endommagé le toit du bâtiment extérieur, a annoncé l'opérateur de la centrale.
 
Chronologie Nouvel Observateur 
Mardi 15 mars :
3h -Tokyo. Le niveau de radiations a "considérablement augmenté" à la centrale nucléaire de Fukushima n°1 où un incendie s'est produit sur le réacteur 4, déclare le Premier ministre japonais, Naoto Kan.
4h10 - Tokyo. L'incendie au réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima n°1 est "apparemment éteint", rapportent plusieurs médias japonais.
8h15 - Vienne. Des substances radioactives ont été libérées directement dans l'atmosphère à la suite de l'incendie du réacteur 4 à la centrale nucléaire de Fukushima n°1, confirme l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
10h30 - Tokyo. L'agence nucléaire du Japon annonce la découverte de deux trous de 8 mètres sur l'enceinte extérieure du réacteur N° 4 de la centrale de Fukushima (Reuters)
15h15 - Paris. Le ministre japonais des Affaires étrangères Takeaki Matsumoto indique que le niveau de radiations consécutif à l'incendie du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima 1 "pourrait endommager la santé" des populations.
15h55 - Fukushima. La compagnie d'électricité japonaise Tepco, qui exploite la centrale de Fukushima, envisage de verser de l'eau par hélicoptère dans une piscine du réacteur 4 pour refroidir du combustible nucléaire usé.
21h50 - Paris. L'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) juge l'évolution de la situation de la piscine du stockage du réacteur 4 de la centrale de Fukushima où une "partie des assemblages de combustibles stockés serait désormais découverte" "préoccupante".
22h45 - Tokyo. Un nouvel incendie se déclare au réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima.
mercredi 16 mars :
00h25 - Tokyo. L'incendie qui s'était déclenché mercredi matin au réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima paraît s'être éteint.
 
Chronologie L’essentiel online 
Mardi 15 mars :
08:43 Substances radioactives dans l'atmosphère
«Les autorités japonaises ont informé aujourd'hui l'Agence internationale de l'énergie atomique à 04h50 au Luxembourg que le bassin du combustible usé du réacteur nucléaire 4 de la centrale de Fukushima Daiichi était en feu et que de la radioactivité était en train d'être libérée directement dans l'atmosphère», a ajouté l'agence dans un communiqué. L'incendie au réacteur 4 est «apparemment éteint», ont rapporté mardi plusieurs médias japonais. «L'incendie qui s'est produit au quatrième étage du réacteur 4 est apparemment éteint», a indiqué l'agence Jiji.
10:25 Deux brèches de 8 mètres de large détectées à Fukushima
Deux brèches de huit mètres de large sont apparues dans l'enceinte extérieure du bâtiment de la quatrième tranche de la centrale atomique de Fukushima-Daiichi à la suite d'une explosion survenue mardi, annonce l'Agence de sûreté nucléaire japonaise.
17:22 Tepco envisage de verser de l'eau par hélicoptère dans le réacteur 4
La compagnie d'électricité japonaise Tepco, qui exploite la centrale de Fukushima 1, a annoncé mardi qu'elle envisageait de verser de l'eau par hélicoptère dans une piscine du réacteur 4 pour refroidir du combustible nucléaire usé. Lors d'une conférence de presse, les responsables de Tokyo Electric Power ont expliqué qu'ils étudiaient cette solution faute de pouvoir employer les moyens habituels de refroidissement, tombés en panne à cause du séisme et du tsunami qui ont dévasté la région nord-est où se situe la centrale.
18:29 Taux dangereux de radioactivité mesurés
Lors des efforts pour éteindre l'incendie de l'entrepôt du combustible nucléaire usagé, le personnel a probablement été exposé à une forte irradiation.
L'incendie du dépôt du réacteur 4 a pu être maîtrisé mais le toit du bâtiment a été endommagé. Cela signifie que la radioactivité se propage directement dans la nature.
21:48 Évolution préoccupante du réacteur 4
L'évolution de la situation de la piscine du stockage du réacteur 4 de la centrale de Fukushima au Japon, où une "partie des assemblages de combustibles stockés serait désormais découverte", est jugée "préoccupante" par l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Un incendie s'était déclaré la nuit dernière au niveau de cette piscine, rappelle l'ASN dans un communiqué, précisant que "l'état du combustible stocké, potentiellement affecté par l'incendie, n'est pas déterminé".
La compagnie d'électricité japonaise Tepco, qui exploite la centrale, a indiqué mardi lors d'une conférence de presse qu'elle envisageait de verser de l'eau par hélicoptère dans une piscine du réacteur pour refroidir du combustible nucléaire usé. L'ASN qui avait déjà fait état d'une "dégradation de l'enceinte de confinement" du réacteur 2, suite à deux explosions, s'inquiète "d'une augmentation significative des rejets radioactifs détectés" en limite du site.
21:54 Le toit fissuré
Deux techniciens sont portés disparus après l'explosion, mardi, survenue sur l'un des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi endommagée par le séisme du 11 mars, a annoncé l'Agence japonaise de sûreté nucléaire. L'agence ne précise pas l'identité des deux techniciens dont on est sans nouvelles et qui se trouvaient dans le secteur de la turbine du réacteur n°4.
Lors d'une conférence de presse, un responsable de l'agence a également fait état de l'apparition de fissures sur la toiture du bâtiment abritant le réacteur. Les autorités s'efforcent d'empêcher une pénurie de l'eau servant à refroidir les cœurs radioactifs des réacteurs de l'usine, ce qui provoquerait une surchauffe et une libération de particules radioactives dans l'atmosphère.
22:54 Un incendie se déclare
Un nouvel incendie s'est déclaré mercredi au réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima, au lendemain d'une explosion qui avait provoqué un premier incendie et endommagé le toit du bâtiment extérieur, a annoncé l'opérateur de la centrale.
 
_______________________
 
Origine des incendies selon l’IRSN (point du 16 mars 2011 19 h) : l’hydrogène
 
« Deux incendies, qui auraient été maîtrisés rapidement, se sont déclarés au dessus de la piscine du réacteur n°4. Après analyse par l’IRSN, la présence d’hydrogène produit par la radiolyse de l’eau dans les piscines, couplée à la perte des ventilations, expliquerait l’origine de l’explosion et de l’incendie. »
 
_____________________
 
Photo d’entête : incendie du bâtiment réacteur 4 (source)
 
 

Partager cet article

Repost0
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 21:50

thermocoupleL’année dernière, Geoffroy Auneau nous avait fait part de ses questionnements sur les 8 balises permanentes de surveillance de la radioactivité de la centrale de Fukushima Daiichi, nous donnant son point de vue sur la décontamination de l’environnement et l’aménagement de ces postes de mesure. Aujourd’hui, il nous fait partager ses observations sur les mesures des thermocouples placés autour des réacteurs, données qui sont les seules sources d’information sur la température des cuves. Toutes les mesures sont fournies par Tepco, mais la logique de l’opérateur pour conduire le refroidissement des cœurs fondus est loin d’être cohérente. En publiant des mesures de capteurs déclarés par elle-même hors service, la société Tepco cherche-t-elle à brouiller les pistes ou fait-elle semblant de gérer une situation ingérable ? 

.

 

-oOo-

 

 

.

 

Surveillance des thermocouples de Fukushima Daiichi

 

par Geoffroy Auneau

 

.

Historique des faits qui ont amené à un suivi particulier des thermocouples.

A partir du 14 juin 2011, Tepco publie quotidiennement les paramètres pour les unités 1 à 3, les paramètres comprennent des températures, pression, débits, niveaux d’eau, débit d’irradiation, etc. Le 12 janvier 2012, sur l’unité 2 des anomalies de températures sont mesurées sur le thermocouple TE-2-3-69N2 (+50°C en 6h), la valeur maxi sera de 150°C, et il deviendra HS le 17 janvier (température négative).

Tepco injectera de l’acide borique le 7/02/12 dans l’unité 2 (crainte de reprise de criticité). Toujours en février 2012, 7 thermocouples connaissent des hausses plus ou moins brusques et deviennent rapidement HS (TE-2-3-66B1, TE-2-3-69H1, TE-2-3-69M1, TE-2-3-69M2, TE-2-3-69N1, TE-16-114R#1, et TE-16-114P#1), et un thermocouple TE-2-3-69E2 connaitra une poussée de fièvre sans tomber en panne.

Le 24 Février 2012, Tepco a reçu une directive sous le nom "Mesures contre l'augmentation de la température dans le fond du RPV de l'unité 2 de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi» de l'Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA) du Ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie.

Conformément à la directive, Tepco évalue la fiabilité des thermomètres utilisés actuellement et rapporte les résultats à l'Autorité de la réglementation nucléaire chaque début de mois.

 

Les éléments traités proviendront essentiellement du réacteur n°2, les autres réacteurs, le n°1 et le n°3 n’ont pas ou peu de problème avec les thermocouples.

 

Voici un bref aperçu des thermocouples de l’unité 2 déclarés Hors Service depuis 2012 :

Le TE-16-114P#2 est HS antérieurement à février 2012.

Janvier : TE-2-3-69N2

Février : TE-2-3-66B1, TE-2-3-69H1, TE-2-3-69N1, , TE-2-3-69M1, TE-2-3-69M2, TE-2-3-69P3, TE-2-112A, TE-2-112B, TE-16-114R#1 et TE-16-114P#1

Mars : TE-2-3-69B1, TE-2-3-69E2, TE-2-3-69F3 et TE-16-114J#2

Avril : TE-2-3-69A1, TE-2-3-69L2 et TE-16-114N#2

Mai, juin ; juillet, aout : aucun

Septembre : TE-2-3-69F2

Octobre : TE-2-3-69J1 et TE-2-3-69H2

Novembre : TE-2-3-69F1 et TE-2-3-69J3

Décembre : TE-2-3-69K1 et TE-2-3-69K3

 

Tableau récapitulatif sur les thermocouples.

1

 

La colonne « A évalué à l’extérieur » ne permet pas de connaitre l’état fonctionnel des thermocouples sans les sortir de la cuve selon Tepco, cette colonne reste ainsi identique chaque mois dans les rapports publiés. Il faut aussi noter que les courbes ne sont pas publiées. Alors sont-ils réellement en état de fonctionner ?

Depuis novembre 2012, 3 thermocouples ont été ajoutés dans l’unité 2, et en décembre, 7 thermocouples l’ont été dans l’unité 1.

.

Unité 1, schéma d’implantation des thermocouples

2

 

Unité 2, schéma d’implantation des thermocouples

3

Légende

- En noir, les thermocouples à évaluer à l’extérieur (valeurs et courbes de températures non publiées)

- En bleu, les thermocouples utilisés pour la surveillance

- En vert, les thermocouples utilisés comme référence

- En rouge, thermocouples HS

- En bleu clair, les thermocouples rajoutés

- O : changement du statut du thermomètre par rapport au mois précédent

 

Pour vérifier que les thermocouples soient toujours fonctionnels, Tepco mesure la résistance du circuit électrique pour contrôler si l’isolation du système reste toujours correcte (résistance en baisse), ou que le circuit ne soit pas déconnecté (résistance en hausse).

Pour rappel, la mesure de la température se fait par mesure d’une tension auto-induite pour un thermocouple.

4

 

Il est noté que les thermocouples (déclarés HS) TE-2-3-69K1 et TE-2-3-69K3 ont des ratios : (moyenne de la résistance lors de l’inspection périodique) / (valeur de la résistance mesurée après l’accident ou défaut) à 1,13 et 1,25 (critère d’acceptation <1,10). Ici le critère n’est plus respecté donc l’isolation du circuit n’est sans doute plus correcte, le montage tend vers le court circuit.

Dans le cas du TE-2-3-69K2 le ratio est à 0,56 (critère d’acceptation <1,10 qui est respecté). Un second critère intervient il s’agit du ratio (résistance DC minimum après l'accident ou défaut) / (mesures de résistance DC) le critère d’acceptation est <1,30, résultat : 1,18. S’agit-il d’un critère de répétabilité de la mesure de la résistance ? Le troisième et dernier critère est à l’appréciation du technicien/ingénieur qui observe les courbes de tendances des mesures. Après vérification le thermocouple TE-2-3-69K2 est correct mais reste quand même sous surveillance.

La dispersion importante des mesures que Tepco réalise sur les résistances me fait douter de l’état réel de fonctionnement des thermocouples.

 

Légende des prochains graphiques :

- Les pointillés verts représentent un séisme

- Les pointillés rouges sont relatifs à des changements d’injection d’azote

- Les pointillés bleus sont relatifs à des changements d’injection d’eau dans le réacteur

 

5

Le graphique ci-dessus montre l’évolution de plusieurs thermocouples dont le TE-2-3-69K1 en bleu foncé, TE-2-3-69K2 en bleu clair à trait épais, TE-2-3-69K3 en vert. Les montagnes russes, puis les soubresauts du TE-2-3-69K2 font penser à un thermocouple HS, mais pour Tepco il est correct (mais reste cependant sous évaluation). Les montagnes russes durent depuis avril 2012 en s’amplifiant un peu chaque mois. Est-ce le signe d’un thermocouple en état de marche ?

 

6

Dans la série des erreurs, TE-2-3-69B2, le thermocouple correct selon Tepco (courbe violette), varie autour de -15°C, puis +10°C et enfin -20°C. Dans les précédents rapports les valeurs ont commencé à être négatives à partir du mois d’aout. Le thermomètre se situe en haut de la cuve RPV. Le ridicule ne tue pas, ouf !

Le thermocouple TE-2-3-69A3 (courbe rouge) se passe de commentaire, néanmoins Tepco le considère bon et même sert de référence depuis le début, sic !! Cependant il est sous évaluation, ça contredit la fonction de référence.

Je ne connais pas les changements qui ont lieu le 12/12 et qui ont permis de supprimer les oscillations, la traduction japonaise m’est incompréhensible. Comment ont-ils fait ?

 

7

 

Pour info, le tremblement de terre du 8 décembre a fait chuter les températures d’environ 15°C sur les thermocouples TE-16-114-L#1 et TE-16-114-L#2. Ceci arrive de temps en temps, à la hausse comme à la baisse.

 

Le tremblement de terre du 15 décembre a fait baisser légèrement de 50°C à 44°C le thermomètre TE-16-114-R#2 (courbe jaune) avant de remonter à 81°C le 14 janvier et 133°C le 21 janvier (voir graphique ci-dessous pour la suite de la courbe jaune).

 

8

 

Les variations observées par les thermocouples TE-16-114-R#2(correct) et TE-2-3-69K1 (HS) se ressemble étrangement. Le TE-2-3-69K1 est situé dans le RPV en fond de cuve, il a le n°26 dans le schéma d’implantation des thermocouples et le TE-16-114-R#2 se situe dans le PCV (n°77) à priori plutôt vers le haut de la cuve.

La baisse brutale de température du 8 janvier n’est pas due à un séisme, aucune donnée de l’USGS n’a été reportée ce jour-là. Est-ce une intrusion d’eau momentanée, ou le début d’un disfonctionnement ?

 

Rapport d’avril 2012

9

 

Rapport de janvier 2013

10

 

Les températures en 9 mois n’ont pas beaucoup varié et restent pour certaines assez hautes.

 

Arrêt à froid ? J’ai comme des doutes ! Le corium ne doit pas être très loin, mais Tepco n’arrive pas à le refroidir. La diminution des débits d’injection d’eau dans le réacteur depuis juin 2012 continue malgré l’apparition de températures chaudes mesurées depuis novembre 2012 par certains capteurs qui tombent rapidement en panne.

 

11

 

 

Est-ce que l’élévation de température est la cause de la défectuosité du capteur ? Ou est-ce une conséquence de capteur défectueux ? Comme le laisse suggérer Tepco.

Pour ma part, je pencherais sur la cause directe ou indirecte qui rend les capteurs HS. Pourquoi les hausses de températures sont souvent corrélées par plusieurs thermocouples ?

Pourquoi avoir augmenté autant le débit d’eau et injecté du bore au mois de février ?

Beaucoup de zones d’ombre dans l’état fonctionnel des thermocouples. Pourquoi continuer à publier les données de certains thermocouples HS ? Faire la part des choses devient difficile dans l’analyse des données transmises par Tepco.

La situation est elle sous contrôle ?

 

 

Sources :

Rapports des thermocouples publiés par Tepco disponibles uniquement en japonais :

Mars 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120302a.pdf

Avril 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120402j0101.pdf

Mai 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120501j0101.pdf

Juin 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120601j0401.pdf

Juillet 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120702j0101.pdf

Aout 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120801j0301.pdf

Septembre 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/120903j0101.pdf

Octobre 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/121001j0201.pdf

Novembre 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/121101j0201.pdf

Décembre 2012 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu12_j/images/121203j0101.pdf

Janvier 2013 : http://www.tepco.co.jp/cc/press/betu13_j/images/130107j0301.pdf

 

Données journalières de l’unité 2 : http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/f1/pla/2013/images/csv_6h_data_2u-e.csv)

 

Données horaires de l’unité 2 depuis le 12/07/12 http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/f1/pla/2013/images/csv_1h_data_2u-e.csv

 

Données horaires de l’unité 2 du 19/12/11 au 12/07/12 http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/f1/pla/2012/images/csv_1h_data_2u_a-e.csv

 

http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/f1/pla/2012/index-e.html

 

Site internet de TEPCO pour les autres données http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/index-e.html#anchor03

 

________________

 

Dernière minute

Tepco publie aujourd'hui un schéma pour montrer l'emplacement des thermocouples TE-16-114R#2 et TE-23-69K1.
lien : http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/handouts/2013/images/handouts_130123_03-e.pdf

 13.jpg    

 

 

 

Partager cet article

Repost0
13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 02:39

reuniondecrisefukushimaavril2011.jpgSelon Fukushima Diary, le Japon prévoit de monter une équipe consultative internationale pour le démantèlement de la centrale de Fukushima.

 

Le 11 janvier 2013, Tepco a annoncé qu’ils se préparaient à établir un IAT (International Advisory Team) pour le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima, en coopération avec le gouvernement nippon. Manquant d’expérience en la matière, ils vont créer un organisme consultatif rassemblant des experts américains, anglais, français, russes et ukrainiens afin de recueillir des avis techniques, choisir les technologies les plus appropriées et obtenir de l’aide sur le site.

 

Ce nouvel organisme devrait être opérationnel dès avril 2013.

 

On ne peut que se réjouir de cette nouvelle qui va dans le bon sens. Il est évident que l’industrie nucléaire fait face aujourd’hui à un problème majeur inédit et multiple, celui de la fusion de trois cœurs sur le même site et de piscines suspendues fragilisées par le méga séisme du 11 mars 2011 et ébranlées régulièrement par des tremblements de terre.

 

Le premier démantèlement consistera à retirer les 1533 assemblages de combustible de la piscine de l’unité 4 dont la structure a le plus souffert.

 

Depuis 2012, Tepco est soumis à une pression internationale face au danger majeur que représente le contenu de cette piscine qui, si elle s’effondrait ou se vidait rapidement, mettrait le Japon dans une situation radiologique intenable qui aurait des conséquences mondiales irréversibles. C’est la raison pour laquelle Tepco a communiqué son intention d’accélérer la prise en charge du transfert du combustible de la piscine 4 qu’elle prévoit de terminer fin 2014.

 

Mais selon l’expert nucléaire japonais Koide, il est probable que ce transfert nécessite beaucoup plus de temps que ne l’annonce Tepco. La nouvelle de la création de cet organisme consultatif confirme sa pensée : Tepco ne sait pas comment s’y prendre et de ce fait, les deux années annoncées pour le transfert ressemblent plus à un vœu qu’à une prévision réaliste.

 

D’autre part, non seulement le transfert du combustible est extrêmement dangereux, mais Tepco n’a plus droit à l’erreur. L’obtention d’avis d’experts internationaux permet ainsi à l’opérateur de partager la responsabilité d’un éventuel échec si l’opération tournait au drame.

 

Quoiqu’il en soit, il s’agit d’une bonne nouvelle car l’affaire est très grave. Au moment où le nouvel organisme commencera à travailler, deux ans se seront déjà écoulés depuis le début de la catastrophe nucléaire. Deux ans de perdus si l’on peut dire. Car le monde entier a réclamé cette ouverture dès le début de la crise, ce que le Japon a toujours refusé de faire jusqu’à présent.

 

Toutefois il ne s’agit que d’un début. Il faut continuer à faire pression pour que le site nucléaire de Fukushima Daiichi ne soit plus sous le contrôle de Tepco. L’organisme qui va naître devra progressivement prendre la mesure de l’urgence et imposer la voie de la coopération internationale. De consultatif, il est primordial qu’il devienne décisionnel, sous la responsabilité d’une organisation internationale.

 

Afin d’appuyer cette démarche, nous allons clore la pétition adressée à l’ONU « Appel urgent pour éviter une nouvelle catastrophe nucléaire mondiale » et la transmettre prochainement à son secrétaire général Ban Ki-Moon. Débutée il y a 6 mois, elle a réuni plus de 17 000 signatures de tous pays, dont celles d’experts nucléaires. Bien que le nombre de signataires soit bien en deçà de l’enjeu d’une telle menace, nous espérons qu’elle incite les instances internationales à mieux prendre en compte les demandes qui y sont formulées.

 

D’ici là, nous vous encourageons à continuer à la diffuser et à la faire signer sans perdre de temps, car cet appel reste urgent, un nouveau gros séisme pouvant arriver n’importe quand.

 

Lien unique vers la pétition :

http://www.avaaz.org/fr/petition/Appel_urgent_pour_eviter_une_nouvelle_catastrophe_nucleaire_mondiale/

 

Traduction de la pétition dans différentes langues :

English:

http://0z.fr/E2Y9X

日本語

http://0z.fr/HeVO6

Español :

http://2doc.net/s5i3e

 

_______________

 

Avis d'experts sur le risque de la piscine 4 :

http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-urgent-pour-eviter-une-nouvelle-catastrophe-nucleaire-mondiale-107834979.html

.

 

_______________

 

 

Photo d’entête : réunion de crise à la centrale de Fukushima Daiichi le 8 avril 2011 (source Tepco)

 

 

.

 

Partager cet article

Repost0
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 00:49

réacteur 3Bientôt 22 mois se sont écoulés depuis mars 2011, date à laquelle la catastrophe de Fukushima a commencé. 2011-2013… Les évènements précis ont tendance à s’effacer de nos souvenirs. On se souvient pourtant, il y a eu des explosions dans une centrale nucléaire du Japon. Un territoire a été évacué. Le nom de Fukushima est à jamais marqué dans les mémoires sans que certains ne sachent vraiment à quoi il correspond exactement. Est-ce un territoire ? une ville ? seulement le nom d’une centrale ? un évènement ? Il y a quelque chose d’effroyable dans ce souvenir diffus et précis à la fois, dans ce nom de Fukushima. Notre corps frissonne encore de ces moments d’angoisse de mars 2011. On se souvient surtout de la terreur qu’avaient provoquée ces explosions, de la fuite des occidentaux hors du Japon, de l’inquiétude mal cachée des dirigeants et des scientifiques. On est encore mal à l’aise avec ces souvenirs embarrassants, car il persiste en nous un doute, un énorme doute, sur ce qui s’est passé réellement et sur ce qui se passe encore aujourd’hui. Pour dissiper ces interrogations, il est nécessaire de revenir sur ces évènements régulièrement, de prendre du recul, de faire le point. Surtout ne jamais banaliser. C’est nécessaire, car ce qui est arrivé en mars 2011 est la catastrophe nucléaire la plus importante jamais arrivée sur cette terre, mais c’est aussi peut-être salutaire car comprendre ce qui se passe, affronter la réalité, même inconcevable pour beaucoup il y a seulement 2 ans, permet de dépasser ses propres angoisses et aller de l’avant pour que cela ne recommence pas ailleurs.

 

Fukushima signifie littéralement « île du bonheur ». La centrale qui a été touchée par le séisme, puis par le tsunami est appelée Fukushima parce qu’elle est située dans la préfecture de Fukushima, qui est un territoire équivalent à une petite région française. Elle est aussi appelée Daiichi (= n°1), car il y a une autre centrale, Fukushima Daini (= n°2), à 12 km au sud de la première. Mais Fukushima est aussi le nom d’une ville située à environ 60 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Aujourd’hui, Fukushima est surtout connu pour la catastrophe nucléaire en cours, et les dictionnaires encyclopédiques devront plancher sur une définition beaucoup plus large, englobant à la fois les évènements factuels du mois de mars 2011 et leurs conséquences sanitaires, démographiques, politiques et économiques sur le long terme.

 

Que s’est-il passé le 11 mars 2011 ?

(ou petit résumé pour ceux qui n’auraient pas suivi ?)

 

Tout a commencé le 11 mars 2011 à 14h46 avec le séisme le plus fort jamais enregistré au Japon, au large de Sendai. Ce tremblement de terre de magnitude 9 a été ressenti à la centrale de Fukushima Daiichi moins d’une minute après, provoquant l’arrêt automatique des trois réacteurs en activité à ce moment-là, les réacteurs n° 1, 2 et 3.  Le séisme a également fait des dégâts immédiats, créant des fissures dans le béton, déformant les murs et les portes,  bousculant les kilomètres de tuyauteries, ce qui a conduit par exemple à une fuite d’eau au 4ème étage du réacteur n°1. Cet évènement a été considéré comme un accident de perte de réfrigérant primaire, bien avant que la vague n’atteigne la centrale.  Le séisme a aussi été responsable de la perte de l’alimentation électrique provenant de l’extérieur, ce qui a entraîné la mise en route des générateurs diesels de secours. En outre, la détection de xénon 133 immédiatement après le séisme prouve que la centrale japonaise rejetait déjà des éléments radioactifs avant l’arrivée du tsunami. A 15h37, une vague de 14 à 15 mètres de hauteur a submergé le site nucléaire, mettant hors d’usage les générateurs situés au niveau de la mer. Trois quarts d’heure après le séisme, les réacteurs 1, 2, 3 et 4 de la centrale de Fukushima Daiichi étaient donc totalement dépourvus d’électricité, ce qui a provoqué des catastrophes nucléaires en série.

 

meltdown.jpg1) La fusion des cœurs 1, 2 et 3

La fusion d’un cœur (appelée aussi meltdown) est provoquée par l’absence de refroidissement du combustible. En effet, une centrale nucléaire ne s’arrête pas comme une ampoule avec un interrupteur. Il est toujours nécessaire de refroidir le cœur qui conserve une température résiduelle importante due aux produits de fission. S’il n’est pas refroidi, le cœur d’un réacteur fond en quelques heures seulement. La fonte du combustible et de ce qui l’entoure produit une matière que l’on nomme « corium ». Ce nom n’est pas très utilisé dans la communication de l’industrie nucléaire car il est le corolaire du mot « accident nucléaire ». On en connaissait deux exemples jusque là : celui de Three Mile Island en 1979 et celui de Tchernobyl en 1986. Cette matière a donc été inventée par l’homme il y a plus de 30 ans mais n’avait jamais fait l’objet d’une publication de vulgarisation, c’est pourquoi j’ai tenté d’expliquer cette matière en publiant un article avec les connaissances dont je disposais en août 2011, suivi d’une mise au point en novembre 2011 pour donner des précisions et corriger quelques manquements de la première version.

Jamais l’homme n’avait produit autant de corium d’un coup. Three Mile Island, c’était une vingtaine de tonnes, Tchernobyl entre 50 et 100 tonnes (difficile encore aujourd’hui d’aller vérifier). Fukushima, c’est 64 tonnes pour l’unité 1 et deux fois 94 tonnes pour les unités 2 et 3, soit un total d’environ 250 tonnes de combustible fondu, sans compter les dizaines de tonnes supplémentaires de matériaux divers mêlés à ce magma.

Comme le Japon, la France de 2012 ne possède aucune centrale équipée d’un récupérateur de corium. Selon l’IRSN, « dans les réacteurs actuels, si un accident grave menant à la fusion du cœur survenait, les matériaux fondus pourraient percer la cuve et s’écouler sur le radier en béton. La percée de ce dernier pourrait en résulter, ce qui conduirait à un relâchement de produits de fissions dans l’atmosphère ».

Tepco savait qu’un meltdown avait eu lieu dès le 12 mars 2011. Pourtant l’opérateur a choisi de n’informer le public que deux mois plus tard. Le doute s’est alors installé durablement dans le public envers l’honnêteté de cette entreprise et l’ensemble de sa communication.

 

explosion3.jpg2) Les explosions des unités 1, 2, 3 et 4.

Jamais un site nucléaire n’avait subi autant d’explosions, touchant 4 bâtiments réacteurs différents. Voici le rappel de ces 7 explosions qui ont eu lieu en l’espace de 4 jours :

- Samedi 12 mars, réacteur 1 à 15 h 36 : explosion de la partie supérieure du bâtiment. Le toit s’est effondré, produisant une propagation horizontale des nuages de poussière grise.

- Lundi 14 mars, réacteur 3 à 11 h 01 : explosion en deux temps, une première visible sur le côté sud de manière horizontale avec un flash de lumière, et quasi simultanément une seconde qui souffle le toit de manière verticale produisant une colonne de poussière noire de plusieurs centaines de mètres de hauteur.

- Mardi 15 mars, réacteur 2 à 6 h 10 : contrairement aux deux précédentes explosions sur les réacteurs 1 et 3, celle du réacteur 2 n'a pas été visible de l'extérieur et n'a pas détruit le bâtiment externe. L’explosion a endommagé la piscine de condensation de l’enceinte de confinement.

- Mardi 15 mars, réacteur 4 à 8 h 00 : dans le hall d'opération du réacteur 4, une ou deux grosses explosions causent deux brèches d’environ 8 mètres de large sur l’enceinte extérieure du bâtiment abritant le réacteur. Puis, à 9 h 38, se produit une autre explosion suivie d’un incendie, au niveau de la piscine de stockage du combustible, qui s’éteint vers midi. Le 16 mars, à 5 h 45, un nouvel incendie  est déclaré. Il s’arrête vers 9 h 40.

La version officielle de l’origine des explosions est l’hydrogène qui se combine avec l’oxygène. Or, si la plupart des explosions peuvent s’expliquer ainsi, celles qui ont eu lieu le 14 mars dans le réacteur n°3 font encore aujourd’hui l’objet de discussions.

Par ailleurs, alors de que des dizaines de caméras étaient braquées sur le site nucléaire en crise, la vidéo de l’explosion du bâtiment réacteur n°4 du 15 mars 2011 n’a bizarrement jamais été divulguée. Le doute sur la volonté sincère de l’opérateur à vouloir communiquer en toute transparence se transforme en méfiance. Qu’est-ce que Tepco refuse de montrer ?

 

pollutioneau.jpg3) La perte de confinement des réacteurs 1, 2 et 3

Habituellement, l’industrie nucléaire explique au public que l’énergie atomique n’est pas dangereuse car il existe trois barrières pour confiner les radionucléides et éviter qu’ils se dispersent dans l’environnement. La première est la gaine de zircaloy, alliage composé principalement de zirconium, qui sert à enfermer les pastilles de combustible sous forme d’un long tube de 4 m de long. La seconde est la cuve en acier du réacteur d’une épaisseur de plus de 20 cm, et dont l’ouverture est recouverte d’un couvercle boulonné. Les tuyaux du circuit primaire font aussi partie de cette deuxième barrière. La troisième est l’enceinte de confinement qui est constituée de murs en béton d’une épaisseur dépassant le mètre et doublée d’une paroi en acier.

A Fukushima, ces trois barrières ont failli pour les 3 premiers réacteurs. Lors d’un meltdown, la gaine de zircaloy fond et laisse s’échapper les pastilles d’oxyde d’uranium ou de plutonium. La première barrière est donc détruite rapidement en cas de surchauffe, d’autant plus qu’il a été démontré que les gaines de zircaloy commencent à éclater entre 700 et 900 °C.

La seconde barrière, la cuve du réacteur, si elle est épaisse n’en est pas moins fragile : percée de dizaines d’ouverture ménagées pour diverses fonctions ‒ circuit primaire allant vers les turbines, circuits de refroidissement, trous pour les barres de contrôle (97 dans le réacteur n°1) ‒ elle n’offre que peut de garantie quand il y a meltdown. Pire, quand il y a melt-through, c’est-à-dire quand le corium perce le fond de la cuve ‒ ce qui est arrivé au moins au réacteur n°1 ‒ c’est l’ensemble du combustible qui pulvérise cette barrière.

La troisième barrière, faite de béton armé semble la plus solide. Pourtant en cas d’accident, elle n’en est pas moins vulnérable à cause de la puissance des explosions et de la pression exercée. Pour le réacteur n°3, on a constaté par exemple que de la vapeur radioactive s’échappait du bord de l’ouverture de l’enceinte. Cette fuite a été prouvée par une vidéo et par des photos infrarouges, puis dernièrement reconnue par Tepco. Pour le réacteur n°2, même si on n’a pas pu constater de visu les dégâts dans la piscine torique, on a mesuré qu’il a provoqué un panache parmi les plus radioactifs des premiers temps de la catastrophe.

Ainsi, en cas d’accident majeur, les trois barrières de confinement ne sont pas suffisantes pour empêcher une pollution majeure : à Fukushima, sur trois réacteurs en difficulté, il y a eu 100 % de défaillance.

 

piscine4.jpg4) La menace permanente de la piscine de désactivation n°4

Comme si la fusion de 3 cœurs, les 7 explosions et la perte de confinement de 3 réacteurs n’avaient pas suffi, l’accident de Fukushima a également dévoilé au grand jour le problème des piscines de désactivation qui n’ont pas d’enceinte de confinement. Ce n’est pas par hasard qu’au lendemain de l’explosion du bâtiment réacteur n°4, les Etatsuniens ont demandé à leurs ressortissants de s’éloigner de la centrale au-delà de 80 km. En prenant cette sage décision, ils avouaient implicitement qu’ils connaissaient les dangers de la perte de contrôle du refroidissement de la piscine 4. Le gouvernement japonais avait ensuite même envisagé d’évacuer dans un rayon plus large, avec l’éventualité de l’évacuation de Tokyo. Car si on n’avait pas réussi à ajouter de l’eau dans la piscine 4, l’avenir du monde aurait été sombre, car l’incendie de cette piscine aurait provoqué une pollution bien pire que celle de Tchernobyl.

Mais on ne peut pas parler de cette éventualité seulement au passé.

Car aujourd’hui, cette piscine, mais aussi celles des 3 autres unités réformées, sont toujours à l’air libre et menacent toujours le monde. Elles sont situées entre 20 et 30 mètres de hauteur dans des bâtiments qui ont tous subi des explosions, et conservent ensemble plus de 3000 assemblages représentant plus de 500 tonnes de combustible. La piscine du réacteur n°4 est la plus surveillée car les murs du bâtiment qui l’abrite ont été fortement endommagés par l’explosion du 15 mars (souvenez-vous, celle dont la vidéo est censurée). Malgré le renforcement de la piscine par du béton et de l’acier, elle n’en reste pas moins une menace permanente, comme une épée de Damoclès sur l’avenir de l’humanité. N’en déplaise au journaliste scientifique qui s’est plu à dénoncer il y a quelque temps la « désinformation » qui régnait à propos de cette piscine dans des journaux concurrents ou des sites indépendants ne reprenant pas fidèlement l’information officielle, la menace ‒ qu’il ne nie pas ‒ est bien réelle et ce n’est pas en recopiant les discours rassurants de Tepco qu’il réussira à la supprimer. Un séisme de magnitude 9 est toujours possible au Japon et peu de monde pense que le bâtiment réacteur 4, déjà fortement ébranlé, résisterait. L’urgence du transfert du combustible vers une piscine au sol est donc toujours de mise, et c’est pour cela qu’il est important de continuer d’alerter  les décideurs pour augmenter la rapidité d’intervention et les chances de réussite de cette opération. Tepco a récemment communiqué sur le sujet en prétendant accélérer le processus de transfert, et en annonçant une fin des travaux pour la piscine 4 fin 2014. Mais tout le monde n’est pas aussi optimiste ; le professeur Koide par exemple pense qu’il faudra bien plus de temps. Il faut espérer qu’il n’y aura pas d’autre tremblement de terre puissant durant toutes ces années de travaux et de transfert, sinon il y a une autre solution que d’attendre, on peut se battre pour que les travaux aillent plus vite.

 

La conséquence immédiate de ces multiples désastres est la diffusion massive de radionucléides dans l’environnement. En décembre 2012, Tepco annonçait que pour les seuls Césiums 134 et 137, l’ex-centrale rejetait 10 millions de Becquerels par heure dans l’atmosphère, soit 240 millions de Bq par jour. Qu’en est-il des plutonium, strontium, américium, neptunium et autres poisons ? Tepco n’en parle pas. Qu’en est-il de la pollution de l’eau qui s’infiltre dans les sols ? Pas de nouvelle non plus. La seule info de la pollution de la nappe phréatique a été donnée le 31 mars 2011 : à cette date, un porte-parole de Tepco avait annoncé que la nappe phréatique située à environ 15 m au-dessous de la centrale avait une teneur en iode 131 dix mille fois supérieure aux normes autorisées.  Depuis, silence radio sur l’évolution de cette pollution, ce qui est absolument anormal. Donc nous continuerons notre veille et nous en parlerons dès que nous aurons des informations sur ce sujet. En attendant, même si Tepco ne fournit pas les mesures, il est évident que ces rejets ont provoqué une pollution irrémédiable des terres, des nappes phréatiques et de la mer.

 

Avec le nouveau gouvernement élu en décembre, le Japon a choisi de vivre dans le déni du danger nucléaire. On continue à brûler des déchets radioactifs dans tout le pays, on autorise les habitants des zones rouges à passer le nouvel an dans leurs maisons contaminées, on promet de remettre en route les centrales nucléaires arrêtées, les enfants des écoles continuent de porter des dosimètres et de mordre la poussière radioactive invisible. Tout est en place pour une grande catastrophe sanitaire à venir. Malgré tout, en 2013, le blog de Fukushima continuera à soutenir le combat des Japonais qui veulent un monde sans nucléaire en veillant à ce que l’information circule, en restant vigilant pour toujours dénoncer les mensonges de l’industrie nucléaire, les dangers des faibles doses et les chimères de la décontamination des terres.

 

 

Partager cet article

Repost0
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 23:59

caldicottDr. Helen Caldicott est pédiatre, spécialiste en fibrose kystique et présidente fondatrice de Physicians for Social Responsibility qui, au nom d’un groupe de coordination plus grand, a reçu le prix Nobel pour la Paix en 1985. Il semble que ce texte n’a pas été assez diffusé, c’est pourquoi j’en reproduis ici la traduction française, ainsi que les liens vers les versions anglaise, allemande et japonaise. 

 

 

-oOo-

 

 

Le sacrifice nucléaire de nos enfants : 14 recommandations pour aider le Japon contaminé par la radiation.

 

Par Helen Caldicott, M.D.

Le 24 Août 2012

 

source originale en anglais : http://www.helencaldicott.com/2012/08/the-nuclear-sacrifice-of-our-children/

texte en allemand : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/matsumura_caldicott.pdf 

texte en japonais : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/Helen-Japanese-translation-+-bio-for-web.pdf 

source traduction française : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/Helen-Caldicott-article-French-sep-12.pdf 

 

 « En voyage à Cuba en 1979, j’ai été frappée par le nombre de panneaux publicitaires en bord de route affichant ces mots « Nos enfants sont notre patrimoine national ».

Ces mots résonnèrent dans mon âme de pédiatre car je les trouve tellement vrais. Mais comme l’affirme Akio Mastsumura dans son article, nos enfants sont actuellement sacrifiés sur l’autel des programmes politiques et nucléaires des Nations unies pour la survie des hommes politiques, dont la plupart sont des hommes, ainsi que pour des raisons de « sécurité nationale ».

 

Le problème dans le monde actuel est que les chercheurs ont oublié le commun des mortels à leur niveau d’entendement de la science. Savent-ils qu’une mauvaise application de la science, et notamment de la science nucléaire, a détruit et continuera à détruire une grande partie de l’écosphère et de la santé humaine ?

A vrai dire, la plupart des hommes politiques, d’affaires, des ingénieurs et des physiciens nucléaires ne comprennent manifestement rien à la radiobiologie, et notamment quant à savoir comment la radiation provoque le cancer, les déformations congénitales et les maladies génétiques qui se transmettent de génération en génération. Ils ne reconnaissent pas non plus que les enfants sont vingt fois plus sensibles au rayonnement que les adultes, que les fillettes sont deux fois plus vulnérables que les petits garçons et les fœtus bien plus encore.

D’où la réaction ridicule et irresponsable des hommes politiques japonais au désastre de Fukushima, non seulement parce qu’elle repose sur une ignorance totale mais aussi parce qu’elle est influencée par les liens politiques qu’ils entretiennent avec TEPCO (Tokyo Electric Power Company) et l’industrie nucléaire, qui ont tendance à orchestrer une grande partie du débat politique japonais.

 

L’accident de Fukushima a libéré 2,5 à 3 fois plus de radiations que Tchernobyl alors que le Japon a une population beaucoup plus dense et importante que l’Ukraine, le Belarus et la Russie ; étant donné également qu’un million de décès attribués à Tchernobyl sont survenus dans les 25 années après cet accident, on s’attend à ce que plus d’un million de Japonais succombent aux retombées de Fukushima au cours des 25 prochaines années. Cependant, pour cette génération, le temps d’incubation du cancer à la suite de l’exposition à la radiation peut varier entre 2 et 90 ans. Ce constat s’applique donc aussi à toutes les générations japonaises futures qui seront exposées à un environnement et à une alimentation radioactifs.

Il semble que les dirigeants japonais se livrent activement à ignorer ou à dissimuler ces effrayantes prédictions médicales et que dans leur ignorance ils décident que les gens peuvent très bien retourner ou continuer à vivre dans les zones hautement contaminées. Cependant, à la suite de Fukushima, même certaines sections de Tokyo enregistrent la présence d’isotopes radioactifs dangereux dans la poussière des maisons, les plantes et le sol des rues.

 

Les cancers de la thyroïde associés à Tchernobyl ont fait leur apparition seulement trois ou quatre ans après l’accident (alors qu’aujourd’hui, 92 000 cas ont été diagnostiqués). Cependant, douze mois à peine après l’évènement, à la Préfecture de Fukushima les écographies de 36% des 38 000 jeunes de moins de 18 ans révèlent la présence de kystes ou de nodules thyroïdiens (des biopsies doivent être effectuées pour exclure toute malignité). Un tel temps d’incubation raccourci donne à penser que ces enfants ont presque indubitablement reçu une forte dose d’irradiation à la thyroïde en inhalant et en ingérant de l’iode radioactif.

Ces résultats sont de mauvais augure pour le développement d’autres cancers puisque des centaines d’autres éléments radioactifs se sont dispersés, qui se concentrent maintenant dans les aliments, le poisson et les poumons humains. Certains de ses éléments ne restent radioactifs que pendant quelques minutes mais beaucoup le restent pendant des centaines à des milliers d’années. Ceci signifie que la plus grande partie de l’alimentation japonaise restera radioactive pendant plusieurs générations à venir. C’est ainsi que les accidents nucléaires n’en finissent jamais. 40% de la masse terrestre européenne est encore radioactive et le restera pendant des millénaires.

 

Que devrait-il donc se passer au Japon ? Voici mes recommandations :

 

1. Toutes les régions du Japon doivent faire l’objet d’une évaluation de la radioactivité du sol et de l’eau car les vents peuvent déplacer la pollution radioactive à des centaines de kilomètres du point d’origine à Fukushima.

 

2. Les déchets et les débris radioactifs ne doivent en aucun cas être incinérés pour éviter que les isotopes ne se reconcentrent dans les aliments et le poisson, se répandant ainsi davantage.

 

3. Tous les lots d’aliments doivent être adéquatement analysés au moyen de spectromètres afin de déceler les éléments radioactifs précis qu’ils renferment.

 

4. Aucun aliment radioactif ne doit être vendu ou consommé, ni dilué dans de la nourriture non-radioactive pour les besoins de la vente car les composants radioactifs ont cette faculté de pouvoir se reconcentrer dans divers organes du corps.

 

5. Toute l’eau destinée à la consommation humaine doit faire l’objet d’une analyse hebdomadaire.

 

6. Tout le poisson capturé au large de la côte est doit être analysé pendant plusieurs années à venir.

 

7. Toutes les personnes, surtout les enfants, les femmes enceintes et celles qui sont en âge de procréer qui continuent à vivre dans les zones de haute irradiation doivent immédiatement être évacuées vers les zones non-radioactives du Japon.

 

8. Toute la population qui a été exposée à l’irradiation de Fukushima – notamment les bébés, les enfants, les immunosuppressifs, les personnes âgées et autres – doivent faire l’objet de visites médicales régulières afin de détecter tout/e malignité, dépression médullaire osseuse, diabète, anomalie thyroïdienne, maladie cardiovasculaire, vieillissement prématuré et cataractes. Ils doivent aussi bénéficier de traitements adaptés pour le restant de leur vie. La leucémie commencera à se manifester dans les deux prochaines années et atteindra son pic dans cinq ans. Les cancers solides commenceront à faire leur apparition 10 à 15 ans après l’accident avec une fréquence croissante pour cette génération au cours des 70 à 90 années à venir.

 

9. Tous les médecins et prestataires de soins médicaux au Japon se doivent de lire et d’approfondir leur examen de « Tchernobyl – Conséquences de la Catastrophe pour l’homme et la nature », rédigé par l’Académie de Sciences de New York, afin de bien saisir la gravité de la situation qui les confronte.

 

10. Je propose aussi en toute humilité que les médecins en particulier, mais aussi les hommes politiques et le public, consultent ma page web nuclearfreeplanet.orgpour plus d’informations, qu’ils écoutent également les entretiens relatifs à Fukushima et à Tchernobyl dans mon émission radio à ifyoulovethisplanet.org et qu’ils lisent mon livre NUCLEAR POWER IS NOT THE ANSWER (La puissance nucléaire n’est pas la solution).

 

11. La communauté médicale internationale et en particulier l’OMS doivent être mobilisées immédiatement pour venir en aide à la profession médicale et aux hommes politiques japonais, afin notamment de lancer la tâche monumentale à laquelle il est fait référence ci-dessus.

 

12. Le gouvernement japonais se doit d’être disposé à écouter les avis et à recevoir l’aide proposée par la communauté internationale.

 

13. Le Japon doit, de toute urgence, demander et recevoir les avis et l’aide internationale par le truchement de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et de la NRC (Commission de Règlementation Nucléaire) aux Etats-Unis, des spécialistes nucléaires situés au Canada, en Europe, etc. afin d’éviter l’effondrement de l’unité 4 de la centrale de Fukushima Daiichi et du bassin de combustible usé, au cas où surviendrait un tremblement de terre d’ampleur de plus de 7 à l’échelle de Richter. Si ce bassin s’effondrait, cela engendrerait une chaleur et un feu qui pourrait libérer des substances radioactives 10 fois plus importantes que celles de Tchernobyl. Il n’y a pas de temps à perdre alors que, en ce moment la communauté mondiale attend passivement que la catastrophe arrive.

 

14. Les médias internationaux et japonais doivent immédiatement rapporter les faits relatifs au Japon qui sont énoncés ci-dessus. Ne pas le faire, c’est courir à la catastrophe mondiale. »

 

 

 

Partager cet article

Repost0

  • : Fukushima 福島第一
  • Fukushima 福島第一
  • : Un blog consacré entièrement à la catastrophe nucléaire de Fukushima et à ses répercussions au Japon et dans le monde.
  • Contact

Mentions légales

Directeur de la publication :

Pierre Fetet

Lien vers les mentions légales du blog de Fukushima

Actualités sur Fukushima

L'ACROnique de Fukushima

Les Veilleurs de Fukushima

Nos voisins lointains

The Watchers of Fukushima

Projet Mieruka Fukushima

.

« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

Infos en direct

webcam tepco 

 Webcam

 TEPCO

.

webcam tepco 1 

 Webcam

 TEPCO 1

.

reacteur2aout2011webcamTBS Webcam

 TBS/JNN

 

radioactivité Tokyo Radioactivité

 à Tsukuba

 en continu

.  

carte contamination cumulée Contamination

 cumulée

 du japon

 

radfuku Mesure des radiations

 dans la préfecture

 de Fukushima :

 

Éditions de Fukushima

Publications

Le dernier livre de Jean-Marc Royer

 

 

Le dernier numéro d'Atomes crochus

 

 

Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

Télécharger la version française ici.

 

Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

A télécharger ici

 

 

 

 

sitesanspub

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -