6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 04:04

Le 15 mars 2011, une ou plusieurs explosions suivies d’un incendie mettaient à mal le bâtiment réacteur 4 de Fukushima Daiichi. L’origine de cette ou ces explosions est encore discutée. Officiellement, l’hydrogène de l’unité 3 en serait la cause, mais concrètement, on ne s’explique pas comment le gaz aurait pu passer d’un réacteur à l’autre alors que le tuyau les reliant avait été détruit la veille, lors de l’explosion de l’unité 3.

 

tuyaucoupe

Tuyau de ventilation sectionné

 

tuyautepco

Tepco dans sa version montre avec les flèches vertes d’autres tuyaux de plus petit diamètre, mais ils ne sont pas visibles entièrement :

 

 

Une autre hypothèse, plus simple et reprise par beaucoup d’observateurs, est que l’hydrogène serait venu de la piscine de désactivation, formé par le zirconium des gaines de combustible qui auraient souffert de la forte chaleur.

 

Les différentes chronologies proposées sur différents sites, pour les évènements du réacteur 4, ne s’accordent pas tout à fait pour la simple et bonne raison que les informations n’ont été données que parcimonieusement par l’opérateur. Quelque chose est top secret dans ces évènements : 19 mois plus tard, on ne sait toujours pas ce qui s’est passé et aucune vidéo n’a été diffusée, contrairement aux autres explosions. C’est tellement top secret qu’on a « oublié » d’indiquer cette ou ces explosions le 15 mars 2011 dans la chronologie étatsunienne de la catastrophe sur wikipedia, voyez vous-même :

 

timeline

 

A propos des Etats-Unis, il y a cette information peu divulguée sur l’intervention de l’armée américaine pour éteindre l’incendie. Le 15 mars, le premier ministre Kan donna la permission à l’armée américaine, en lien avec la force d’autodéfense japonaise, d’utiliser l’aéroport de Yamagata et le même jour, le gouvernement interdisait le survol de la centrale dans un rayon de 30 km. Selon le journal de la société Asahi, c’est bien l’armée américaine qui a éteint l’incendie du réacteur 4. De ce fait, on comprend mieux pourquoi le secret est bien gardé et l’info bridée : il semble bien qu’il s’agisse d’un secret-défense imposé par les Etats-Unis.

 

Au fait, c’était un incendie de quoi ? Cela n’a jamais été mentionné. Mais en revanche, on sait parfaitement que cet incendie et son nuage ont provoqué une forte hausse de la radioactivité (100 millisieverts par heure près du n°4 tout de même !) et en même temps un vent de panique chez tous nos dirigeants politiques et administratifs. C’est par exemple ce qui a poussé l'ambassade de France à demander à ses ressortissants de quitter Tokyo, ce qui a provoqué la décision des radios publiques françaises à rapatrier presque tous leurs journalistes du Japon. Faut-il aussi rappeler que les Etats-Unis ont demandé à ses ressortissants de s’éloigner à plus de 80 km de la centrale ?

 

Mais de quoi avait-on peur au fait ? Une explosion s’était produite et « quelque chose » brûlait dans l’unité 4, quelque chose qui augmentait la radioactivité de l’air, quelque chose qui est encore aujourd’hui top secret. Pourtant, officiellement, il n’y a eu qu’une explosion d’hydrogène. Or ce genre d’explosion ne donne que peu de pollution puisque l’hydrogène se combinant avec l’oxygène ne produit que de… l’eau. Si on admet qu’on ne nous cache pas une explosion nucléaire ‒ le toit et le bâtiment auraient été autrement détruits ! ‒ on doit se résoudre à admettre qu’on nous cache la nature même de l’incendie.

 

Pourtant les infos des journaux du 15 mars sont unanimes : c’est bien la piscine qui était en feu. Ils reprennent d’ailleurs un communiqué de l’AIEA de ce jour-là : « Les autorités japonaises ont informé aujourd'hui l'AIEA à 04H50 (03H50 GMT) que le bassin du combustible usé du réacteur nucléaire 4 de la centrale de Fukushima Daiichi était en feu et que de la radioactivité était en train d'être libérée directement dans l'atmosphère. » (source)

 

Mais la dernière version officielle, celle de Tepco de mai 2012, affirme que “the fuel in the pool was not exposed and was not damaged”, c’est-à-dire que le combustible de la piscine n’a pas été exposé [à l’air] et n’a pas subi de dommage. Comment expliquent-ils cela ? Alors que vraisemblablement l’eau de la piscine 4, à force de bouillir et s’évaporer, venait à manquer, la vanne entre la piscine et le réacteur se serait ouverte ou aurait perdu son étanchéité et l’eau du réacteur se serait alors transvasée dans la piscine, refroidissant rapidement le combustible. Cette version tient du miracle, mais bon, pourquoi pas, il y a eu 47 séismes ce jour-là au Japon avec une magnitude comprise entre 4,6 et 6, alors pourquoi pas une fuite effectivement, à la faveur d’une secousse un peu plus forte que les autres ? On ne serait d’ailleurs peut-être pas là à essayer de comprendre ce qui s’est passé si les 1535 assemblages de combustible n’avaient pas été refroidis à temps !

 

piscine4

 

Mais tout ça n’explique pas la nature des incendies, celui du 15 mars que l’armée américaine aurait éteint, et celui du 16 mars, qui se serait éteint « spontanément ». Quelle était la nature des incendies ? Qu’a donc fait l’armée américaine pour éteindre l’incendie le 15 mars ? Pourquoi les faces sud et nord du bâtiment réacteur 4 présentent des trous béants au niveau 3 ? Saura-t-on un jour la vérité sur les évènements de l’unité 4 ?

 

wano

Même la WANO (association mondiale des opérateurs nucléaires ) ne comprend pas ce qui s’est passé.

 

 

Les 4 faces de l’unité 4

 

nord

face nord

 

est

face est

 

sud

face sud

 

ouest-copie-1.jpg

face ouest

 

   

Autres articles sur le même sujet

 

Réacteur 4, le gros mensonge de Tepco ?

Une criticité dans une piscine ? Improbable mais pas impossible – Partie I

Une criticité dans une piscine ? Improbable mais pas impossible – Partie II

Une criticité dans une piscine ? Improbable mais pas impossible – Partie III

 

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 02:08
Le 26 février à Tokyo et le 17 mars à Koriyama, se sont tenus des tribunaux de Citoyens du Monde, afin de juger l’évacuation des enfants de Fukushima. Ces verdicts de citoyens sont là pour aider le Japon à prendre la décision d’évacuer les enfants de Fukushima, afin que leur droit de vivre et d’être éduqué dans un endroit non contaminé soit respecté. La démarche est soutenue par un certain nombre d’ONG et de personnalités, telles que Noam Chomsky ou Michel Fernex. En tant que citoyen du monde, chacun peut participer à cette action internationale.
 
110614_19.jpg
 
Selon les données du document “Analyse de la radioactivité du sol (césium 134 et 137)”, publié le 30 août par le Ministère de l’Education Japonais, la contamination radioactive de la ville de Koriyama, où 14 enfants vont encore à l’école, atteint les niveaux représentés sur la carte ci-dessus.
 
Voici le message de l’association qui soutien cette action :
 
« Le 24 juin 2011, 14 élèves du primaire et des collégiens ont demandé une injonction temporaire, comme moyen de secours d'urgence, à la section détachée de Koriyama du Tribunal de première instance de Fukushima, exigeant des autorités municipales de Koriyama que les cours soient donnés dans un environnement dans lequel la dose annuelle reçue soit inférieure à 1 mSv.

Le but des 14 élèves était non seulement leur propre évacuation, mais aussi l'évacuation de tous les enfants qui avaient des cours dans un environnement avec un niveau dangereusement élevé de radiation. Cependant, comme ce but était difficilement atteignable d’un seul coup pour tous les enfants par un procès, les 14 ont décidé de montrer la voie en se concentrant sur leur cas et en demandant pour eux une évacuation.

Au cours du procès, une comparaison détaillée et concrète de la situation à Fukushima avec celle de Tchernobyl a été effectuée, et il a été énoncé que le cancer de la thyroïde et les maladies cardiaques trouvés chez les enfants de Tchernobyl étaient susceptibles d’apparaître aussi à Koriyama. Toutefois, le tribunal a rendu sa décision en refusant d’accéder à la demande des enfants dès le 16 décembre 2011 — le jour même où le premier ministre Noda a fait sa tendancieuse déclaration de « l'arrêt à froid ».

Cette décision revient à déclarer aux 14 enfants et tous les autres enfants de Fukushima : « On se moque de ce qui vous arrive, évacuer ou non relève de votre responsabilité »,
cela revient à abandonner les enfants de Fukushima à leur sort en violation flagrante de leurs droits humains.

Face à l’immense désastre d'origine humaine qu’est l’accident nucléaire de Fukushima, après la législature et l'administration gouvernementale, la magistrature s’est elle-même disqualifiée. A cause de cela, la vie des enfants de Fukushima est maintenant en grand danger.

Quand un Etat démocratique ne fonctionne pas, pour sortir de cette situation, ce sont les citoyens eux-mêmes qui doivent prendre les choses en main. Pour sauver les enfants, cette responsabilité fondamentale incombe à ces citoyens souverains. Le 26 février à Tokyo et le 17 mars à Koriyama, nous avons tenu  des tribunaux de Citoyens du Monde afin de rendre clair et public le jugement des citoyens partout dans le monde, avec un jury composé de citoyens du monde entier, donnant leur verdict en ce qui concerne l'évacuation des enfants.

Ces verdicts de citoyens de partout dans le monde pour le Tribunal des Citoyens du Monde, par des jugements qui montrent une conscience juste et le sens commun des citoyens du monde, influenceront le procès en cours demandant l'évacuation, aideront à sauver les enfants de Fukushima, et par là même soutiendront les tentatives des citoyens japonais de changer le Japon.

Nous appelons les citoyens de partout dans le monde à s'acquitter de leurs responsabilités fondamentales en tant que citoyens pour protéger et sauver les enfants, en participant au Tribunal des Citoyens du Monde. Nous vous remercions sincèrement pour votre attention et votre participation. » (
source)
 
 
Vous êtes citoyen du monde et désirez participer au jugement ?
Mettez-vous dans la position d'un membre du jury et exprimez votre jugement  dans cette page
 
>> Remplir les cases successives : pays, sexe, âge, votre choix pour (« in favour ») ou contre (« against ») la requête, puis terminez en mettant les raisons qui vous poussent à faire ce jugement.
 
Enfin, soumettez votre participation  en cliquant sur « submit »
 
Quand vous aurez terminé, votre jugement sera affiché sur cette autre page :
 
 
Autre moyen de soutenir la demande d’évacuation des enfants de Fukushima :
accédez à cette pétition en cliquant sur ce lien http://fukushima-syomei-f.blogspot.jp/
 
 
______________
 
Soutiens
 
   

 

Katsutaka-Idogawa2.jpgLe 30 octobre 2012, Katsutaka Idogawa, maire de Futaba, ville située à 3km de la centrale de Fukushima, est venu à Genève pour témoigner au Conseil des droits de l’homme de l’ONU contre la désinformation des autorités japonaises sur l’effet des radiations sur la population et exiger l’évacuation des enfants des zones contaminées. Il était accompagné de maître Toshio Yanagihara, avocat qui représente les 14 enfants et l’association qui les soutient dans leur procès pour obtenir cette évacuation.

 

 

 

Lors de la réunion à l’ONU, le maire de Futaba a déclaré : « Je pense que l'accident s'est produit à cause de précautions de sécurité insuffisantes et nous considérons cela comme une catastrophe d'origine humaine. (…)

 

Il ya des gens qui parlent comme si l'accident avait été contenu, mais en réalité, c'est le contraire. (…)

 

Même si nous avons eu une exposition involontaire à la radiation, nous n'avons jamais entendu aucune excuse de personne. Ce sentiment que j'ai ne s’effacera jamais, c'est un acte criminel impardonnable. » (source)

.

 

Michel-Fernex.jpg

A cette occasion, Michel Fernex s’est également exprimé, invité par deux ONG, l’association japonaise pour le droit à la liberté d'expression et l’association pour l’évacuation des enfants de Fukushima.

Celui -ci a apporté son soutien à la démarche citoyenne entreprise. Il est très préoccupé par la situation des habitants de la préfecture de Fukushima, en particulier par la contamination interne des enfants et des femmes enceintes. Il a partagé ses connaissances sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl sur les populations européennes.

 
Vidéo de Michel Fernex (anglais) : à partir de 1:17:17
 
 
Noam-Chomsky.jpgMessage de soutien de Noam Chomsky (12 janvier 2012)
« C’est un privilège que de pouvoir apporter un soutien personnel au procès pour l’évacuation des enfants de Fukushima. Il n’existe pas de meilleur moyen de mesurer la santé mentale d’une société que la façon dont elle traite la tranche la plus vulnérable de sa population – et qui de plus vulnérables et précieux que ses enfants victimes d’actes inadmissibles. Pour le Japon, ainsi que pour nous tous, ceci est un test auquel nous ne pouvons pas échouer. »
 
 
_________________
 
Autres documents
 
Documents de première instance et états, etc -> ici (en anglais)
 
 
   

DSC03066.JPGA l’occasion de son passage à Genève, Katsutaka Idogawa est venu prêter main forte aux vigies d’Hippocrate

 

 
 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:02
allwright.jpgGavin habitait dans la région de Fukushima. Un jour de mars 2011, la centrale nucléaire a explosé et il a été obligé de fuir avec sa femme et ses enfants. D’autres sont restés. Comment rester là-bas sans vivre dans le déni ? Ecoutez son témoignage, ou, si vous ne connaissez pas l’anglais, lisez-le, c’est l’histoire de Gavin, ou l’histoire des dizaines de milliers de gens qui ont tout perdu à Fukushima.
 

 
 
Gavin Allwright Talks About Fukushima.
Gavin Allwright parle de Fukushima.
Bridgewater, Say no to New Nuclear,@ Hinkley C. October 6th.
Bridgwater, Rallye “Non à une nouvelle centrale nucléaire à Hinkley C.”, 6 octobre 2012.
. 
Transcription et traduction : Asera Yi Ting Lim et Cécile Monnier
 

 

-oOo-

 

 

 

“My wife and I - my wife is Japanese - and we have built a house, only 10 kilometres away from Iitate-mura which is a compulsory evacuation zone.
Ma femme et moi – ma femme est japonaise ‒ nous avons construit une maison à 10 km seulement d’Iitate-Mura, qui est une zone d'évacuation obligatoire.

 

My area is actually only 16 times the background radiation.
Ma zone est en fait seulement 16 x le niveau de radioactivité habituel.


So, according to the Japanese government, that's safe.
Alors, selon le gouvernement japonais, il n’y a pas de danger.

 

If it is 20, you'd better move.
Si c’est 20 fois, vous feriez mieux de partir.

 

Today, I don't want to get too political; I just want to tell you our story and talk about, not the children, but my children.
Aujourd’hui, je ne veux pas trop faire de politique ; je veux juste raconter notre histoire et évoquer non pas “les” enfants mais mes enfants.

 

And then I would like to draw a very important point about the fact that Fukushima isn't over yet.
Et enfin je voudrais faire un point très important sur le fait que Fukushima n’est pas encore fini.

 

First of all, on the day of March 12, we had… my wife's family were missing in the tsunami.
Tout d’abord, le jour du 12 mars, nous avons… la famille de ma femme a disparu dans le tsunami.

 

Unfortunately, we lost a few of them.
Malheureusement, nous avons perdu quelques-uns d'entre eux.

 

Her mother and father survived but they were trapped for a while.
Sa mère et son père ont survécu, mais ils ont été piégés pendant un moment.

 

We didn't know what was happening; we got a knock on the window from a friend who had a working radio ‒ unfortunately mine had broken ‒ saying the power station had exploded.
Nous ne savions pas ce qui se passait ; un ami qui avait une radio en état de marche – malheureusement la mienne s’était cassée ‒ a tapé à la fenêtre pour nous dire qu’une centrale avait explosé.

 

Now I thought it was the oil fire power station not too far away; a little bit further down, it was Fukushima.
Sur le moment, j’ai pensé que c'était la centrale au fioul pas très loin ; un peu plus bas, c’était en fait Fukushima.

 

Within about 30 seconds, I had the children in the car ‒ it was raining, a little bit like this morning.
En moins de 30 secondes environ, j'ai mis les enfants dans la voitureil pleuvait, un peu comme ce matin.

 

We were heading for the mountains on about a third (1/3) of a tank of gas.
Nous sommes partis vers les montagnes, avec un tiers de réservoir d’essence.

 

We got to the mountains, to the west.
Nous sommes arrivés aux montagnes, à l’ouest.

 

All the roads in the mountains were out because we are talking about the 4th heaviest earthquake in human history, and it took out roads everywhere.
Toutes les routes de montagne étaient coupées parce qu’on parle du quatrième séisme le plus important dans l’histoire de l'humanité, et les routes étaient coupées partout.

 

We finally got over those mountains and I got my children out. We waited 4 days to get news that my wife's mother and father had survived.
Nous sommes finalement arrivés au sommet de ces montagnes et j'ai sorti mes enfants.

 

We waited 4 days to get news that my wife's mother and father had survived.
Nous avons attendu 4 jours avant d’apprendre que la mère et le père de ma femme avaient survécu.

 

I then took the children down to Osaka and we’ve got them out of the country.
J'ai alors descendu les enfants à Osaka, puis nous les avons fait sortir du pays.

 

My youngest son has very serious respiratory issues.
Mon plus jeune fils a des problèmes respiratoires très graves.

 

About 4 weeks later, I went back.
Environ 4 semaines plus tard, je suis revenu.

 

And for the last year and a half I've been working on the reconstruction and also being witness to the terrible ripping-apart of a lot of the communities there.
Et pendant cette dernière année et demie j'ai travaillé sur la reconstruction et j’ai également été témoin du terrible déchirement d'un grand nombre de communautés là-bas.

 

We received hate mail for leaving.
Nous avons reçu des lettres haineuses à cause de notre départ.

 

People are so emotional about the fact that we, being community leaders and we left people, we left them there to suffer their fate.
Les gens sont tellement émus du fait que nous, leaders de la communauté, nous avons laissé les gens, nous les avons laissés là, à subir leur sort.

 

I went back to try to help with the reconstruction.
Je suis revenu pour essayer d'aider à la reconstruction.

 

Unfortunately I’m now… I’d probably should paint myself yellow.
Malheureusement je… Je devrais probablement me peindre en jaune.

 

I have a heavy dose of radioactive contamination myself.
J'ai reçu une forte dose de contamination radioactive moi-même.

 

I would be radioactive for at least for the next 150 years.
Je serais radioactif pendant au moins les 150 prochaines années.

 

My children won't be.
Mes enfants ne le seront pas.

 

And unfortunately we can't say that about… sorry… hum… we... we can't say that about my daughter’s, my son's fellow students in their school.
Et malheureusement on ne peut pas dire ça ... désolé ... hum ... on ... on ne peut pas dire ça pour les camarades de ma fille et de mon fils dans leur école.

 

We get letters quite regularly from them saying: "When are you coming back? It's safe."
Nous recevons assez régulièrement des lettres d'eux nous disant : « Quand reviendrez-vous ? C'est sans danger."

 

Their parents are in denial.
Leurs parents sont dans le déni.

 

Who wouldn't be ?
Qui ne le serait pas ?

 

To live everyday breathing that poison, you would have to be in denial.
Pour vivre tous les jours en respirant ce poison, vous devez être dans le déni.

 

And my friends are, my family is over there.
Et mes amis le sont, ma famille l’est là-bas.

My daughter's first sentence in English - she wasn't very good in English when she came over to England…And I asked her, I said: "What are you going to say when the children ask you why you came to this school in England."
La première phrase en anglais de ma fille - elle n'était pas très bonne en anglais quand elle est arrivée en Angleterre... Et je lui ai demandé, j'ai dit: "Qu'est-ce que tu vas dire quand les enfants vont te demander pourquoi tu es venue dans cette école en Angleterre ? "

 

And she kind of pulled herself up tall and she said, "Daddy, I'm gonna say this: I'm gonna say that I came to England because a new killer power station exploded and the poison came into our house so I had to leave."
Et elle s’est en quelque sorte redressée et elle a dit: « Papa, je vais dire ceci : je vais dire que je suis venue en Angleterre parce qu’une centrale nouvelle tueuse [new killer pour nuclear] a explosé et le poison est entré dans notre maison alors je devais partir. "

 

That was the longest sentence my 10-year old had ever said in English, and that would stay with me for the rest of my life.
C’était la plus longue phrase que ma fille de 10 ans ait jamais dite en anglais, et cela va m’accompagner pour le reste de ma vie.

 

I'm not gonna talk anymore about the hardships we've faced.
Je ne vais pas m’étendre sur les difficultés que nous avons rencontrées.

 

We lost our house, we lost our organic farm.
Nous avons perdu notre maison, nous avons perdu notre ferme biologique.

 

It was a house we spent 2 and a half years building ourselves.
C'était une maison que nous avons passé 2 ans et demi à construire nous-mêmes.

 

A lot of people have lost a hell of a lot more over there.
Beaucoup de gens ont perdu énormément plus là-bas.

 

But one thing I would like to say is, as I mentioned before - this is going to be my last point: Fukushima isn't over.
Mais une chose que je voudrais dire, comme je l'ai déjà mentionnéce sera mon dernier point : Fukushima n'est pas fini.

 

It's not even nearly over.
Ce n'est même pas près de finir.

 

There's one point that is not getting into the national media, let alone the international media.
Il y a un point qui n'apparait pas dans les médias nationaux, et encore moins dans les médias internationaux.

 

The spent fuel ponds on Reactor 4, on top of Reactor 4, alone - this is regardless of Reactor 1, 2 and 3 - they hold enough cesium, oh sorry, hold 85 times the cesium that was released in Chernobyl.
Les bassins de combustible usé du réacteur 4, au-dessus du réacteur 4, seuls – c’est-à-dire indépendamment des réacteurs 1, 2, 3ils contiennent assez de césium, oh pardon, ils contiennent 85 fois le césium qui a été relâché à Tchernobyl.

 

If there's an earthquake between the scale of 6 and 7 (the one we had was a 9), if there's another earthquake - and an active fault line has opened up under the reactors themselves - that will fall down.
S'il y a un séisme d’une magnitude entre 6 et 7 (celui que nous avons eu était un 9), s'il y a un autre tremblement de terre ‒ et une faille active s’est ouverte sous les réacteurs eux-mêmes ‒ cela s’effondrera.

 

There'll be a radiological fire that this world has never seen before.
Il y aura un feu radiologique que ce monde n'a jamais connu auparavant.

 

Japan will be uninhabitable; the east coast of China will be uninhabitable.
Le Japon sera inhabitable, la côte est de la Chine sera inhabitable.

 

Korea, Taiwan will be uninhabitable and the majority of the west coast of the United States will have to be evacuated.
La Corée, Taiwan seront inhabitables et la majorité de la côte ouest des États-Unis devra être évacuée.

 

That is: China, the second largest economy, Japan, the third largest economy, California, the fourth largest economy in the world, will be stopped in a day.
Autrement dit : la Chine, deuxième économie mondiale, le Japon, troisième économie, la Californie, quatrième plus grande économie dans le monde, seraient arrêtés en un jour.

 

We are talking about a huge risk that we are taking, nothing is being done for it, nobody's listening.
Nous parlons d'un énorme risque que nous prenons, rien n'est fait pour ça, personne n'écoute.

 

So please - that is my political point - please stop nuclear power everywhere and support the Fukushima people.”
Alors s'il vous plaît - c'est mon point politique - s'il vous plaît arrêtez l'énergie nucléaire partout et soutenez le peuple de Fukushima. »

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:29

 

naotokan.jpgAvec cette page s’achève la publication en français du rapport de la Commission indépendante sur la catastrophe de Fukushima (NAIIC). Les pages 78 à 82, reportant les réunions qui se sont tenues du 16 mai au 9 juin 2012, sont aussi intéressantes que les précédentes, en particulier avec les témoignages de Naoto Kan et Masataka Shimizu, respectivement  Premier Ministre du Japon et président de Tepco au moment de la catastrophe.

Ce long travail de traduction, initié et publié sur ce blog par étapes grâce aux traducteurs bénévoles, va se poursuivre d’ici peu avec la publication intégrale de la version française en un seul document.

 

 

_______________

 

Rapports des réunions de la Commission

 

(traduction Robert Ash)

 

_______________

 

 

 

13ème réunion de la Commission

 

1Kazuo MatsunagaLieu : Diète Nationale du Japon

Date : 16 mai 2012

 

Témoin : Kazuo Matsunaga, Vice-Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l'accident et Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) de Juin 2004 à Septembre 2005.

 

1. Décisions prises en qualité de Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) : Le témoin a déclaré qu'il n'avait pas pu prendre le temps de faire appliquer les nouvelles normes antisismiques parce qu'il était trop occupé à réagir à l'accident survenu à la centrale nucléaire de Mihama [Préfecture de Fukui, 8 août 2004, 4 morts. Source : Wikipedia - ndt]. Il s'est dérobé aux demandes d'explications sur son propre rôle dans les stress tests et a déclaré qu'il n'était pas de son ressort de discuter de l'application de la directive B.5.b. En sa qualité, il n'était pas impliqué directement dans les aspects importants de la sécurité nucléaire, et il a évité de définir clairement ses propres réalisations et responsabilités.

2. Jugements concernant la sécurité nucléaire dans la remise en service des centrales nucléaires : La question demeure posée de savoir si, en matière de politique énergétique et de sécurité nucléaire, les instances dirigeantes prennent bien les décisions qui conviennent en connaissance de cause. Si le METI émet des jugements touchant la sécurité et la remise en service des centrales nucléaires avant que ne soient menées à terme les enquêtes du gouvernement sur les accidents, il se peut que cet organisme n'ait pas la pleine connaissance des faits. Ce problème fut également évoqué par le ministre du METI, Banri Kaieda, le 18 Juin 2011.

3. Responsabilité dans le maintien d'une alimentation électrique suffisante : La question suivante a été posée à M. Matsunaga : "savez-vous si l'information rendue publique par TEPCO  concernant sa capacité d'alimentation électrique est entière et exacte?" Mais il a déclaré qu'il n'était au courant d'aucune faute de la part de TEPCO .

4. Concernant l'adoption de l'utilisation du plutonium comme combustible : Nous avons estimé qu'il était possible que le gouvernement eût précipité la prise de décision par l'autorité régionale au sujet de la mise en pratique de l'utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de la centrale de Fukushima Daiichi en offrant des subventions gouvernementales alors qu'il aurait fallu consacrer plus de temps à réaliser une sérieuse vérification du dispositif antisismique.

5. Aptitude à réagir de manière compétente en situation de crise : Le METI, de même que la NISA, étaient probablement insuffisamment préparés. Au vu des résultats de cette audience, une sérieuse réflexion s'impose sur la question de savoir si la structure sur laquelle repose actuellement l'organisation des agences de régulation du nucléaire, y compris le METI, qui joue le rôle à la fois de promoteur de l'énergie nucléaire et de contrôleur de sa sécurité, peut être améliorée en vue d'un fonctionnement plus efficace.

 

 

2Banri Kaieda14ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 17 mai 2012

 

Témoin : Banri Kaieda, membre de la Chambre des Représentants et Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l’accident.

 

1. Interprétation des faits par le témoin au moment de l'accident 

a) M. Kaieda a affirmé qu'il se sentait responsable de la lenteur avec laquelle fut prise la décision de déclarer la Situation de Crise Nucléaire et que la raison en était qu'il avait fallu du temps pour convaincre le Premier Ministre de le faire.

b) Il ignorait les raisons pour lesquelles le Premier Ministre de l'époque, M. Kan, s'était rendu à Fukushima Daiichi, ainsi que le but de cette visite.

c) M. Kaieda avait reçu directement de la part de M. Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident, un appel téléphonique concernant l'évacuation [de la centrale - ndt]. Le témoin se rappelle qu'il y était question de "la Centrale Daiichi", de "la Centrale Daini", d'une "évacuation", mais non pas d'un "retrait total du personnel". En outre, M. Kaieda avait interprété cet appel direct de la part de M. Shimizu comme revêtant une importance particulière.

d) M. Kaieda a déclaré qu'il avait eu le sentiment que TEPCO hésitait à ordonner la ventilation ainsi qu'à mettre hors service les réacteurs 5 et 6. Il a été également précisé que si la loi de Régulation des Réacteurs Nucléaires avait été invoquée pour justifier la décision de lancer la ventilation, c'était pour pousser TEPCO à ouvrir les évents. Ce point a révélé une ambiguïté dans la définition des responsabilités entre le gouvernement et les opérateurs des centrales.

e) M. Kaieda a évoqué la difficulté, dès le début de l'accident, à communiquer et partager l'information entre le site de l'accident, le Kantei [cabinet du Premier Ministre- ndt] et la Direction de TEPCO, comme au "jeu du téléphone", où le message chuchoté de bouche à oreille parvient déformé au destinataire. Il a ajouté: "le gouvernement doit réfléchir à ce problème".

f) Le niveau de préparation du gouvernement était, aux dires du témoin, "insuffisant". De plus, selon lui, "les entraînements aux situations de crise auraient dû inclure l'utilisation du système SPEEDI".

g) Le témoin a fait une déclaration cruciale au sujet des explosions d'hydrogène : "Personne à ce moment-là n'avait un instant songé à la possibilité d'une explosion d'hydrogène". Il a également exprimé ses regrets de n'avoir pas été en mesure d'empêcher l'explosion d'hydrogène. Il a estimé que les leçons de l'accident de Three Mile Island n'avaient pas été mises en pratique.

2. Concernant les Stress Tests : S'agissant d'imposer l'obligation de procéder à des stress tests avant le redémarrage d'une centrale, M. Kaieda a déclaré qu'il n'avait pas même envisagé de rendre obligatoire le réexamen du dispositif comme mesure possible, afin d'accélérer la procédure de redémarrage pour les opérateurs.

3. Solutions idéales pour une bonne organisation chargée de la régulation de l'industrie et de la réaction aux situations de crise :

a) M. Kaieda a dit que l'organisation chargée de la réaction aux situations de crise devrait avoir des effectifs allégés afin de permettre à tous les membres de bien comprendre leur rôle. Il a estimé que la NISA n'avait pas répondu à l'attente du public dans l'exécution de ses fonctions.

b) Il a encouragé les agences chargées de la régulation à être indépendantes et à être axées sur la sécurité. Selon lui, l'organisation chargée de la régulation devrait compter parmi ses membres des experts en matériaux radioactifs ayant les connaissances et les équipements nécessaires pour réagir aux situations de crise.

 

 

3Yukio Edano15ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 mai 2012

 

Témoins : Yukio Edano, Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. Il était Chef de Cabinet au moment de l'accident.

 

1. Points de vue de M. Edano et de M. Shimizu concernant le retrait total du personnel : M. Edano ne se souvient pas des termes exacts utilisés quand fut évoqué le projet de retirer le personnel de la centrale. Cependant, il se rappelle qu'il exprima son avis que si une évacuation totale des équipes devait avoir lieu, il s'en suivrait une détérioration de l'état des installations qui ne pourrait pas être empêchée. En réaction à ces propos de M. Edano, M. Shimizu, Président de TEPCO, n'a pas pu formuler de réponse et est resté silencieux. S'appuyant sur cette réaction, M. Edano a ajouté : '"il apparaissait clairement que ce qui était envisagé dans la proposition (de M. Shimizu) n'était pas simplement une évacuation partielle". Au cours d'une conversation téléphonique, M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, avait répondu à la question de M. Edano au sujet du retrait du personnel en disant : "il reste encore des tâches à accomplir sur place. Nous ferons de notre mieux".

2. Notification de diffusion publique d'information : M. Edano avait donné l'ordre à TEPCO d'aviser le cabinet du Premier Ministre de toute diffusion publique d'information au moment où celle-ci serait effectuée, mais cette directive n'avait pas pour but de contraindre TEPCO à demander l'autorisation du cabinet du Premier Ministre avant de procéder à cette diffusion.

3. Question de l'acceptation de l'aide internationale : Le cabinet du Premier Ministre avait donné des instructions aux différents ministères pour qu'ils acceptent toute offre d'aide internationale qui pourrait être proposée, même si cela nécessitait de surmonter des considérations légales.

 

M. Edano a alors ajouté les déclarations suivantes, à la lumière de son expérience :

1. Mauvaise diffusion de l'information : Au vu des questions soulevées aujourd'hui, il a reconnu que, du point de vue du public et des habitants de la région,  l'information n'avait pas été suffisamment diffusée. Au moment des faits, il avait cru cette diffusion suffisante. Il a reconnu que la diffusion des informations concernant les risques aux personnes avait besoin d'être améliorée.

2. Problèmes concernant le traitement de l'information : Il a souligné les difficultés qu'il y avait à réunir, prévoir et devancer l'information. A titre d'exemple, il a cité le fait que le terme "précautions" utilisé dans les communiqués publics ne reposait pas sur des bases claires.

3. Nécessité de séparer les rôles de Chef de Cabinet Ministériel et de Porte-parole : M. Edano a noté qu'en l'absence d'un porte-parole unique du gouvernement, le Chef de Cabinet joue un deuxième ou double rôle. Il estime que tout particulièrement dans les cas de crise, ces deux fonctions devraient être séparées. Le porte-parole devrait avoir une formation spéciale.

 

 

4Naoto Kan16ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mai 2012

 

Témoin : Naoto Kan, membre de la Chambre des Représentants ; Premier Ministre du Japon au moment de l'accident

 

 

Conditions antérieures à l'accident

1. L'accident s'est produit dans une centrale nucléaire qui avait été construite et exploitée dans le cadre d'une politique nucléaire nationale, et c'est donc le gouvernement qui porte la plus grande part de responsabilité dans l'accident. M. Kan, qui dirigeait le gouvernement au moment de l'accident, a présenté une nouvelle fois ses excuses pour n'avoir pas pu freiner l'évolution de l'accident.

2. En ce qui concerne la réaction à l'accident nucléaire, M. Kan n'avait été informé de manière détaillée avant l'accident ni de l'autorité du Premier Ministre dans ce domaine, ni de celle du directeur général de la cellule de crise.

3. L'autorité du directeur général de la cellule de crise n'avait pas été nécessairement reconnue dans sa totalité par M. Kan à l'occasion d'un exercice de simulation de crise.

 

Pendant l'accident

1. Le fait de se rendre sur place pour rencontrer les dirigeants de la centrale et se rendre compte de la situation a été considéré comme un point positif pour M. Kan, étant donné qu'il ne pouvait pas obtenir d'information utile de la part des membres de la NISA, de la NSC ou de la part des conseillers techniques de TEPCO au sujet de ce qu'il convenait de faire à la centrale de Fukushima Daiichi.

2. On n'avait pas pris conscience que la centrale subirait une recriticité à la suite de l'injection d'eau de mer au lieu d'eau douce, bien que M. Madarame, Président de la NSC, eût signalé qu'une telle possibilité n'était pas exclue. M. Kan a également déclaré que ces décisions (de suspendre l'injection d'eau de mer), dont on a dit qu'elles provenaient du Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt], pouvaient en fait n'avoir été que des avis émis par les membres de TEPCO qui se trouvaient alors au Kantei.

3. Il y eut deux appels de M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, à M. Hosono, (Conseiller Spécial, Cabinet du Premier Ministre), sur des questions relatives au retrait total du personnel. Dans le premier appel, M. Yoshida dit que la situation était "extrêmement tendue", et dans le second appel, qu'on avait "commencé à injecter de l'eau, et que ça semblait efficace". M. Kan s'est souvenu d'avoir rappelé une fois mais n'a pas pu se remémorer les détails de la conversation. Puis, tôt le matin du 15 Mars, le ministre du METI avait réveillé M. Kan et c'est alors que ce dernier avait entendu pour la première fois que TEPCO proposait l'abandon de la centrale, ce qui lui avait paru absurde.

 

Réactions du gouvernement et du Kantei (Cabinet du Premier Ministre) :

1. Se trouvant confronté aux plus grandes catastrophes conjointes jamais survenues - un tremblement de terre et un tsunami - en même temps qu'à un accident nucléaire, le centre de contrôle de la crise établi à distance, au sein du Kantei, a eu de grandes difficultés à fonctionner correctement comme poste de commande.

2. Le décret sur les mesures spéciales concernant le niveau de préparation requis pour faire face à une crise nucléaire (Nuclear Emergency Response Act) se révéla inefficace, et le Kantei fut contraint de tenir le rôle de commandant en chef.

3. Le fait de s'être personnellement rendu sur le site de l'accident fut un acte extraordinaire, qui, selon M. Kan, aurait éventuellement pu être évité si l'information lui avait été dûment communiquée en temps voulu par TEPCO et / ou par la NISA.

4. C'était M. Edano (Chef de Cabinet au moment de l'accident) qui avait refusé l'offre d'affecter des experts étrangers au bureau du Premier Ministre. M. Kan n'avait pas été informé de cette décision.

5. M. Kan n'était pas au courant du fait que l'assistance étrangère avait été repoussée par la NSC. Si cela est vrai, c'est un sérieux problème.

6. M. Kan avait suivi des conseils divers, y compris en dehors des voies officielles.

7. M. Kan avait demandé le soutien de plusieurs membres particuliers de la Diète, mais ces demandes n'avaient pas pour but de leur attribuer le rôle d'une équipe de conseillers.

 

Orientations pour l'avenir : M. Kan reconnaît que la catastrophe du 11 mars a mis en évidence certains problèmes fondamentaux du Japon. Il estime que la première étape en vue de réformer la politique nucléaire consiste à dissoudre la structure organisationnelle de la communauté nucléaire au Japon, laquelle est contrôlée principalement par TEPCO et par la Fédération Japonaise des Fournisseurs d'Electricité (FEPC). En outre, le fait d'inviter des experts de l'étranger pourrait produire un effet de catalyseur en vue de restructurer la communauté nucléaire au Japon. Il a exprimé sa conviction que le Japon devait aspirer à se passer de ses centrales nucléaires. M. Kan a exprimé son respect et sa reconnaissance aux personnes qui ont fourni un rude travail sur place pour faire face à l'accident survenu dans une centrale nucléaire.

 

 

5Yuhei Sato17ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Fukushima Terrsa, Préfecture de Fukushima

Date : 29 mai 2012

 

Témoin : Yuhei Sato, Gouverneur de la Préfecture de Fukushima au moment de l'accident.

 

Conditions antérieures à l'accident :

1. Le gouvernement central et TEPCO avaient affirmé que les risques relatifs aux catastrophes nucléaires avaient été correctement circonscrits et que la région était protégée dans le cadre d'une philosophie de défense en profondeur.

2. L'évacuation dans un rayon de 2 kilomètres fut décidée par le gouvernement local de la préfecture sur sa propre initiative, parce que le gouvernement central n'avait pas agi suffisamment vite. Toutefois, l'ordre d'évacuation ne fut pas diffusé correctement en raison des pannes des systèmes de communication. Par la suite, les ordres d'évacuation décrétés par le gouvernement central furent répercutés par les médias, mais le gouvernement de la préfecture ne reçut aucune directive concrète de la part du gouvernement central. Ceci eut pour conséquence que les habitants furent contraints de subir une évacuation extrêmement difficile et bouleversante.

 

Mise en pratique de l'utilisation du plutonium comme combustible à la centrale

1. L'une des trois conditions fixées par le gouvernement préfectoral en réponse au gouvernement central préalablement à toute décision de procéder à une utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de Fukushima Daiichi était que ce dernier devait atteindre le même niveau de résistance antisismique que celui qui apparaissait dans le rapport intérimaire de vérifications du réacteur Nº 5. Toutefois, M. Sato affirme que lorsque l'utilisation thermique du plutonium fut mise en place dans le réacteur Nº 3, il ignorait que parmi les vérifications effectuées ne figuraient pas les mesures anti-tsunami comme pour le réacteur Nº 5.

2. En outre, M. Sato déclare qu'il n'était pas informé de l'existence d'une subvention spéciale liée au projet d'utilisation thermique du plutonium, alors que c'était pourtant bien lui qui avait mis ce projet en pratique.

 

Orientations pour l'avenir :

1. M. Sato a fait valoir que le cloisonnement des fonctions administratives était un obstacle à la sécurité nucléaire, et a exprimé son opinion que l'unification de ces multiples fonctions était éminemment souhaitable.

2. Il y avait eu des contradictions dans l'information, y compris dans l'information relative au système SPEEDI. Un autre obstacle était que le partage de l'information et la communication au sein de la cellule de crise n'étaient pas suffisants et que le gouvernement préfectoral avait des problèmes d'organisation. M. Sato a dit qu'il souhaitait une réforme de la gestion des situations de crise. Il a exprimé son avis qu'il était essentiel d'améliorer l'échange des idées, de mettre en place une organisation plus efficace et de faciliter l'intervention des experts, tout cela de manière étroitement coordonnée, afin d'éviter les accidents à l'avenir.

3. La Nation a largement apporté son soutien à Fukushima et à ses habitants depuis la catastrophe. En retour, M. Sato a dit qu'il voulait apporter sa contribution à la création d'une communauté plus intégrée offrant la promesse que jamais une telle catastrophe ne se reproduirait.

 

 

Masataka-Shimizu.jpg18ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 8 juin 2012

 

Témoin : Masataka Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident.

 

Problèmes de communication :

1. Le président Shimizu n'était "pas au courant que le Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt] n'avait pas confiance en la réaction de TEPCO concernant l'ouverture des évents" lorsqu'il revint de son voyage d'affaires. En outre, c'est seulement après les déclarations du Premier Ministre qu'il "découvrit" que le Premier Ministre avait interprété la proposition concernant le retrait du personnel comme signifiant un "retrait total". Il semble que M. Shimizu ne se soit pas rendu compte de la disparité des points de vue entre la façon dont le Kantei percevait la situation et celle dont TEPCO la percevait. Les échanges entre le Kantei et TEPCO étaient entravés par les malentendus et la méfiance, ce qui eut pour effet de créer cette controverse concernant l'interprétation du mot "évacuation".

2. En marge de ce témoignage, l'enquête de la Commission a confirmé le fait que le personnel était bien présent sur le terrain, déployant tous ses efforts pour résoudre les problèmes des réacteurs, et qu'il n'avait pas envisagé d'abandonner le site. Par ailleurs, aucune preuve n'a été découverte que TEPCO eût pris la décision d'opérer un "retrait total".

3. D'après l'enquête de la Commission, si la situation des réacteurs nucléaires qui se trouvaient dans un état critique fut finalement maîtrisée, c'est grâce au personnel qui se trouvait sur le terrain, car il avait une bonne compréhension de l'état dans lequel se trouvaient les réacteurs, et la conscience de ses responsabilités lui enjoignait de demeurer sur place jusqu'au bout de la crise.

4. A cette fin, TEPCO n'aurait pas dû s'adresser au Kantei pour recevoir des instructions. Au lieu de cela, des personnes qui se trouvaient sur place ou quelqu'un qui possédait la qualification requise pour porter un jugement technique sur la situation auraient dû prendre les décisions, comme cela fut le cas par exemple lorsque fut prise la décision d'injecter de l'eau de mer.

5. Ces considérations invitent à engager un important débat sur la position de l'opérateur et sur le bien-fondé des interventions du Kantei, lequel ne possédait pas l'expertise nucléaire.

6. M. Shimizu a insisté sur l'importance de disposer de bâtiments résistant aux tremblements de terre en remarquant qu'il était "effrayant d'imaginer ce qui se serait produit si TEPCO n'en avait pas eu". Diverses mesures pour se préparer à l'éventualité d'un cas plus grave même encore sont nécessaires. Il est bien clair maintenant combien il est important d'assurer la sécurité des ouvriers dans les centrales pour protéger la vie du public.

 

 

19emereunion.jpg19ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 9 juin 2012

 

Résumé des résultats de l'enquête : Les résultats de l'enquête ont montré que les lenteurs du gouvernement dans la transmission et la communication de l'information concernant l'accident ont été à l'origine de la confusion qui s'en est suivie. Du point de vue des personnes évacuées, des consignes d'évacuation lancées au coup par coup ont fait que beaucoup de personnes ont été évacuées plusieurs fois, parfois en direction de zones affectées de doses de radiation élevées, et / ou en n'emportant que le strict nécessaire. Les voix et les opinions des habitants évacués qui n'ont pas d'autre endroit où aller ont été très claires. Les problèmes ne sont pas encore résolus. Des mesures appropriées doivent être envisagées dès que possible. Nous communiquerons ce message à la Diète.

 

 

 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 23:23

1st Commission MeetingParallèlement à l’enquête menée auprès de la population et des employés de la centrale de Fukushima Daiichi, la commission indépendante nommée par le parlement japonais a tenu 19 réunions du 19 décembre 2011 au 9 juin 2012. Ces réunions publiques avaient pour objectif de recueillir les témoignages de responsables (ministres, opérateur), de victimes (maires) et d’experts. Le rapport de la Commission publié en juillet 2012 en anglais donne le résumé de ces réunions. Voici la première partie de leur traduction en français, soit les 12 premières réunions, correspondant aux pages 71 à 77 du rapport original.

 

 

_______________

 

 

 

 

Rapports des réunions de la Commission

 

 

 

(traduction Odile Girard)

 

 

 

_______________

 

 

 

1ère réunion de la Commission

 

Lieu : The Fukushima View Hotel, Préfecture de Fukushima

Date: 19 décembre 2011

 

La première réunion de la Commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima s’est tenue au Fukushima View Hotel dans la ville de Fukushima le 19 décembre 2011. La Commission a approuvé la version préliminaire des règles encadrant son fonctionnement, désigné un chef de projet, décidé de la structure des groupes de travail et de son siège, et commencé officiellement son activité. Reiko Hachisuka, un des membres de la Commission, a également présenté un rapport sur les conditions difficiles dans lesquelles vivent aujourd’hui les populations concernées. Mme Hachisuka, qui a été évacuée d’Okuma, où est située la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, pour vivre dans des résidences provisoires mises à disposition à Aizu Wakamatsu, a déclaré que les réfugiés souffrent d’une perte du sentiment de  sécurité et de stabilité affectives malgré les affirmations répétées depuis des années par TEPCO et le gouvernement que la centrale était sûre.

Afin de se rendre compte par elle-même des conditions prévalant à la centrale et dans ses environs, la Commission s’est rendue sur place le 18 décembre. Elle a aussi observé les efforts de décontamination menés par la municipalité d’Okuma. Après la première réunion de la Commission lundi, nous avons visité les logements provisoires de Kawamata qui abritent des réfugiés du district de Yamakiya (qui fait partie de la ville de Kawamata) où les taux de radiation sont élevés. Nous avons parlé personnellement avec le maire de la ville, Michio Furukawa, également représentant de la communauté en résidence provisoire. Nous avons vu les opérations mises en œuvre pour décontaminer les champs et les forêts du district de Yamakiya.

 

 

2ème réunion de la Commission

 

Lieu : Keisei Memorial Hall, Tokyo

Date : 16 janvier 2012

 

Témoins :

Yotaro Hatamura, Président  du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima de TEPCO

Shinji Ogawa, Directeur-Général du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre

Masayuki Ishida, Directeur de la Division inspection qualité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Masayuki Ono, Directeur de la Division qualité et sécurité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Itaru Watanabe, Directeur-général adjoint du Bureau des politiques de la science et de la technologie au MEXT

Yoshinari Akeno, chef de groupe, Service de la Sécurité nucléaire du Bureau des politiques de la science et de la technologie au  MEXT

Tadao Kanda, Directeur, Bureau d l’évaluation des politiques, secrétariat du ministre, au MEXT

 

La Commission a désigné son président intérimaire et le co-président du groupe. Nous avons reçu une explication sur les rapports provisoires et initiaux sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima du comité d’enquête et de vérification du gouvernement, de TEPCO et du ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT).

 

 

3ème réunion de la Commission

 

 

Lieu : Shimin Plaza Kazo, Préfecture de Saitama

Date : 30 janvier 2012

 

Témoin : Katsutaka Idogawa, maire de  Futaba.

 

Le maire de Futaba, Katsutaka Idogawa, a présenté la situation avant l’accident de la centrale et les conditions au moment de l’accident et durant l’évacuation. Il a aussi discuté avec la Commission. Après la réunion, nous avons organisé une réunion avec les habitants de la ville pour écouter leurs derniers commentaires sur l’accident et l’évacuation, et pour avoir des détails sur la vie des évacués.

 

Katsutaka Idogawa 2Katsutaka Idogawa

 

Commentaires de M. Idogawa :

  • « Depuis ma nomination comme maire, je n’ai pas cessé de faire part de nos inquiétudes à propos de la centrale nucléaire à TEPCO et NISA. Ils n’arrêtaient pas de nous dire de ne pas nous faire de souci, que la centrale était absolument sûre. Mais l’accident est bel et bien arrivé. Ils ne peuvent pas donner d’explication car l’accident serait dû à  « des facteurs qui vont au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer ».
  • Le centre hors-site était inutilisable parce que trop proche de la centrale. Il faut vérifier et voir à quel type d’accident le centre d’urgence hors-site était censé pouvoir répondre.
  •  Il est nécessaire de clarifier le rôle joué par les instances de régulation nucléaire et les relations qu’elles entretiennent  avec l’industrie. Pour ce qui est de TEPCO, nous aimerions qu’ait lieu une évaluation de tous les facteurs qui pourraient avoir contribué à l’accident. Nous avons besoin de savoir si des questions fondamentales ont été ignorées pour privilégier la profitabilité, si la formation du personnel était adéquate et si les compétences techniques étaient correctement transmises, et quel genre de formation était fournie au grand nombre d’intérimaires embauchés pour les inspections régulières. Nous voulons savoir si le service de gestion de crise fonctionnait correctement.
  • Pour ce qui est de la préfecture de Fukushima, une enquête est nécessaire pour établir par exemple si elle a diffusé des informations correctes à sa population et si elle fournit actuellement aux gens la protection dont ils ont besoin.
  • Quant au niveau de l’exposition aux radiations, les explications et les normes sont très diverses et ce n’est pas clair du tout. Le taux maximum d’exposition cumulative pour la population en général est légalement de 1 millisievert par an. L’accident nous a exposé à des radiations autres que le rayonnement naturel. Il est scandaleux que TEPCO prétende que les radiations émises par sa centrale sont bona vacantia, c’est-à-dire un objet sans propriétaire dont ils ne peuvent pas être tenus responsables.
  • Après l’évacuation, les communications avec le gouvernement ont été absolument inexistantes. La télévision était notre seule source d’information.

 

 

4ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 15 février 2012

 

Témoins :

Haruki Madarame, Président de la Commission de sûreté nucléaire (NSC),

Nobuaki Terasaka, ex-Président de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Haruki Madarame 3Haruki Madarame

 

 

 

 

 

 

 

 

Nobuaki Terasaka 4Nobuaki Terasaka

 

 

1. Des instructions dépassées : Haruki Madarame, président de la Commission de Sécurité nucléaire, a admis que les instructions de sécurité étaient défectueuses et a présenté ses excuses. L’accident de Fukushima a émis beaucoup plus de radiations que les scénarios figurant dans le chapitre « accident hypothétique » contenu dans les instructions, où les scénarios envisagés étaient d’une bien moindre envergure que les scénarios d’accident grave utilisés par de nombreux autres pays. Le Guide pour l’évaluation du site d’un réacteur, qui date de 1964, est toujours la référence pour accorder le permis de construire des centrales nucléaires. Durant le débat, ce guide a été qualifié d’obsolète et M. Madarame est d’avis qu’il doit être amendé.

2. Manque de préparation des agences : La NSC et NISA étaient toutes deux mandatées pour assurer la sécurité de l’énergie nucléaire, mais manquaient de préparation pour les situations d’urgence. De plus, il a été établi que la NSC comme NISA n’avaient pas bien compris leur tâche essentielle qui est de protéger la population locale et le pays.

3. Connaissances insuffisantes : Le débat a révélé un manque de connaissances techniques et de compétences en ingénierie nucléaire au sein des agences de régulation et de la direction de ces agences. Le débat a également rappelé à tous l’énorme importance de l’indépendance et combien il est essentiel de s’appuyer sur des décisions et des suggestions fondées sur des faits et des analyses scientifiques pour que ces agences puissent fonctionner correctement. Le Japon a manifestement la responsabilité d’établir des normes et des directives de sécurité qui soient dignes de confiance au niveau mondial.

 

 

5ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 février 2012

 

Témoin : Richard A Meserve, ex-président de la Commission de régulation nucléaire américaine (NRC), Président  de la Carnegie Institution for Science

 

Dr. Richard A Meserve 5Richard A Meserve

 

 

1. Une attitude proactive : Les responsables doivent faire des efforts  permanents pour améliorer les normes de sécurité existantes. Les entreprises de construction et les opérateurs ne doivent pas présumer de la qualité des normes des agences de régulation et ne doivent pas avoir une attitude passive vis-à-vis des questions de sécurité et de sûreté.

2.  Responsabilités et indépendance des opérateurs : Les opérateurs de centrales nucléaires ont indéniablement la responsabilité de prévenir les accidents et d’empêcher l’aggravation des dommages pouvant en découler. En cas d’urgence, l’opérateur est censé prendre des décisions et doit éviter de se tourner vers le gouvernement. C’est la raison pour laquelle les opérateurs doivent avoir les compétences  nécessaires.

3.  Responsabilités et indépendance des instances de régulation : Le rôle des instances de régulation est d’exiger des décisions sensées de la part de l’opérateur et de faire appliquer ces décisions pour éviter l’aggravation des problèmes. Les agences doivent  rester indépendantes des opérateurs et du gouvernement. Les agences doivent également définir clairement le rôle de l’opérateur, du gouvernement, et de la chaîne de commande. Ces rôles doivent faire l’objet d’un entraînement régulier.

4. Transparence de la prise de décisions : Il est important de garantir la transparence dans toutes les procédures de prise de décisions, sauf celles qui touchent à la sécurité nationale. Il est important que les participants  expriment ouvertement leur opinion pour gagner la confiance [du public].

5.  Importance des ressources humaines : Le Japon devrait suivre le modèle de la NRC, où la majorité des employés passent toute leur carrière à s’occuper de sûreté nucléaire ; il devrait aussi fournir aux experts des perspectives suffisamment intéressantes. Au Japon, les professionnels qui ont l’habitude de changer régulièrement de poste au sein de l’administration se révèlent souvent incapables de gérer les situations de crise.

6.  Indépendance et transparence des enquêtes : Les caractéristiques les plus importantes pour l’enquête sur l’accident nucléaire sont l’indépendance et la transparence.

 

 

6ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mars 2012

 

Sakae Muto 6sakae muto

 

 

Témoin: Sakae Muto, Conseiller de TEPCO et ancien Vice-président exécutif et directeur général de la division énergie nucléaire & implantation de centrales de TEPCO

 

1. Relations entre le gouvernement et l’opérateur : Nous avons entendu un témoignage inattendu montrant que le Cabinet avait participé à des discussions sur des questions techniques concernant les réacteurs nucléaires. Le Premier ministre Kan a demandé le numéro de portable du directeur de la centrale de Fukushima, sans en informer la direction de TEPCO

2. Compétence de TEPCO : M. Muto a déclaré que l’opérateur était le premier responsable de l’accident, mais des questions demeurent concernant la compétence de TEPCO à assumer cette responsabilité.

3. Manque de préparation aux accidents : De longues discussions ont eu lieu sur la culture de sécurité et les actions préventives à mener contre les séismes. M. Muto a sous-entendu que la cause de l’accident était le tsunami imprévu mais la possibilité d’un tsunami avait été estimée en 2002 et TEPCO doit donc avoir reconnu les risques. Toutefois M. Muto a soutenu ne pas avoir eu connaissance de ces études. Ceci était clairement une défaillance de la culture de sécurité de TEPCO.

 

 

7ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 19 mars 2012

 

Témoins :

 

Volodymyr Holosha, Directeur de l’Agence de l’État ukrainien pour la gestion des zones d’exclusion, Ministre des Situations d’urgence

 

 

 

Anatoliy Gora, Directeur adjoint de la centrale nucléaire de Chernobyl

 

 

Leonid Tabachnyi, Vice-Président du Centre d’observation géophysique du service d’hydrométéorologie au ministère ukrainien des Situations d’urgence

 

Volodymyr Holosha 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leonid Tabachnyi 8Leonid Tabachnyi

 

 

 

 

 

 

1. L’accident de Chernobyl  diffère de celui de Fukushima par les types de matériaux radioactifs rejetés, les conditions météo, la géographie et l’état des enceintes de confinement des réacteurs. Cependant les deux accidents ont été qualifiés d’accidents de niveau 7 (accident grave), une qualification de l’échelle internationale des événements nucléaires (échelle INES). Chernobyl a provoqué d’importantes émissions de matériaux radioactifs et affecté l’environnement et de très nombreuses vies. Les matériaux radioactifs continuent à affecter sévèrement la santé publique et l’environnement 26 ans après l’accident.

2. Questions concernant l’exposition : De nombreuses personnes ayant travaillé dans les zones contaminées en Ukraine ont été exposées aux radiations. Beaucoup de petits enfants qui ont été exposés aux radiations ont développé un cancer de la thyroïde. L’exposition aux radiations ne se contente pas de provoquer des cancers de la thyroïde chez les jeunes enfants ; elle affecte l’ensemble du coprs. Les personnes évacuées souffrent de stress et de phobie des radiations. Les aliments contaminés sont surveillés et contrôlés séparément par type, quantité consommée, etc.

3. Questions concernant la diffusion de l’information : La nécessité de diffuser l’information a été reconnue par le gouvernement ukrainien, qui a tiré les leçons de l’époque de l’URSS.  Cependant, il y a beaucoup d’unités de mesures, comme les becquerels, les sieverts et les curies, qui ne sont pas bien connues de la population. L’information du public peut être diffusée de manière différente selon les niveaux de contamination.

 

 

8ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mars 2012

 

Témoins :

Ichiro Takekuro, représentant  de TEPCO et responsable de l’énergie nucléaire chez TEPCO avant l’accident. Il était au Kantai pendant l’accident.

Kenkichi Hirose, Conseiller spécial du Cabinet du Premier Ministre, chargé de la NSC, ancien secrétaire-général de la Commission de sûreté nucléaire (NSC) et ancien directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Ichiro Takekuro 9

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kenkichi Hirose 10

 

 

1. Compétence de TEPCO : Quoique la première obligation de TEPCO soit de prévenir les accidents et de minimiser les dommages, l’entreprise s’est révélée comme n’ayant pas la capacité d’auto-gouvernance qui aurait permis de mettre en place les mesures adéquates  de prévention des accidents ; il lui manque aussi la culture qui lui permettrait de mener des efforts concertés pour améliorer la sûreté nucléaire en tenant compte du point de vue de la population. De plus, TEPCO ne reconnaît pas clairement les tâches et obligations liées à la sûreté nucléaire qui sont celles d’un opérateur d’énergie nucléaire. Pour ce qui est du programme de défense en profondeur, M. Takekuro a déclaré que TEPCO s’était concentré sur les trois premiers niveaux, sous-entendant que TEPCO n’était pas responsable de la mise en oeuvre des quatrième et cinquième niveaux de défense en profondeur. Au moment de l’accident, TEPCO a envoyé M. Takekuro au bureau du Premier Ministre pour faire un rapport détaillé des conditions de l’accident au Premier Ministre. Toutefois, on a découvert que M. Takekuro envoyait en réalité des ordres au site de l’accident de la part du Premier Ministre. Il est évident que la culture d’entreprise de TEPCO a failli dans ses efforts de prévention des accidents et d’amélioration de la sûreté nucléaire et failli à ses obligations d’opérateur de centrale nucléaire. Ce point est aussi mis en évidence par la longue histoire de dissimulation d’accidents de TEPCO

2. Responsabilités des agences de régulation : Les discussions ont clairement montré que les agences de régulation nucléaire comme NISA n’ont pas rempli leur première obligation, qui est de garantir la sécurité publique. Elles ont ignoré les fondements mêmes d’une culture de la sécurité en laissant par exemple des mesures sécuritaires essentielles comme les vérifications (backcheks) aux opérateurs et en passant outre les recommandations de l’AIEA ; leur responsabilité en l’occurrence est accablante. Il est clair que la procédure de double vérification par la NISA et la NSC ne fonctionnait pas. Les défaillances et les comportements irresponsables révélés au cours du débat ne concernent pas seulement M. Hirose et les autres chefs. Le gouvernement est lui aussi hautement coupable, car c’est lui qui a fait de la NISA une administration sous la houlette du METI. [ministère japonais de l’Économie]

 

 

 

9ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 18 avril 2012

 

Témoin : Hiroyuki Fukano, Directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA).

 

Hiroyaki Fukano 11Hiroyaki Fukano

 

 

1. Directive Sécurité : La Directive Sécurité a été révisée par le gouvernement après l’accident de Fukushima sur la base des mesures indiquées dans les “Conclusions technologiques” qui sont une analyse provisoire.  Les conditions d’accident envisagées dans la nouvelle Directive Sécurité sont définies en détail avec une séquence d’événements identique à celle de l’accident de Fukushima. Aucune mesure ou définition n’est donnée pour un accident éventuel dont l’envergure dépasserait le scénario envisagé dans la nouvelle Directive Sécurité et seules quelques mesures de sécurité nécessaires sont incluses :

  • Le plan de construction de bâtiments résistants aux séismes, une notion dont le rôle s’est révélé critique dans l’accident de Fukushima, est défini comme une « tâche à moyen terme ».
  • La mise en place de ventilation filtrée, qui existe dans de nombreux pays européens, est définie comme une « tâche à moyen terme »
  • Le plan d’évacuation d’urgence, qui est extrêmement important pour la sécurité des habitants, ne relève pas de la discussion  sur les « conclusions technologiques » qui ont servi de base à la révision de la Directive Sécurité.

 

 

 

10ème réunion de la Commission + Mairie de Namie

11ème réunion de la Commission + Mairie d’Okuma

 

Lieux :   Nihonmatsu, Shimia Kaikan, Préfecture de Fukushima (10ème réunion)

                University of Aizu, Préfecture de Fukushima (11ème réunion)

Dates : 21 et 22 avril 2012

 

Témoins :

Le maire de Namiemachi, M. Baba, et six autres témoins à la 10ème réunion de la Commission à Nihonmatsu

Le maire d’Okuma, M.Watanabe, et quatre autres témoins à la 11ème réunion de la Commission à  Aizu Wakamatsu. Après chaque réunion de la Commission, les membres de la Commission ont écouté les [doléances des] habitants durant les réunions dans les mairies.

 

Tamotsu Baba,12

 

maire de Namie

 

 

 

 

 

 

 

Toshitsuna Watanabe,13Mayor Watanabe

 

maire d’Okuma

 

 

1.  La colère des évacués : Nous avons senti la profonde colère des habitants dont témoignent les commentaires suivants : « Il nous a fallu être évacués sans aucune information du gouvernement, de la préfecture ou de TEPCO sur l’accident lui-même sur les modalités de l’évacuation ou la direction qu’il fallait prendre. » « Il aurait dû y avoir quelqu’un, un employé de TEPCO par exemple, pour nous fournir des informations plus tôt. » Nous avons reconnu à nouveau l’importance d’avoir des procédés de communication permettant de fournir en temps voulu une information facile à comprendre.

2.  Garantir la sécurité des habitants : Un fonctionnaire local a indiqué qu’il se demandait  « si le gouvernement local avait rempli son rôle de garant de la sécurité des habitants. » Certains ont dit que « les exercices d’évacuation d’urgence n’étaient qu’une façon de faire des exercices pour le plaisir de faire des exercices. Le but visé était surtout l’auto-satisfaction de l’organisateur. Est-ce que ces exercices n’auraient pas dû se faire sur la base d’hypothèses plus réalistes ? »  Les conclusions de nos précédentes réunions suggèrent que les régulateurs n’ont absolument pas l’état d’esprit qu’il faudrait pour  protéger les habitants.

3.  Message des villes où sont situées des centrales nucléaires : Nous avons entendu des opinions importantes en particulier venant des habitants d’Okuma. Voici quelques-unes des opinions les plus notables : « Les gens des villes où se trouvent des centrales nucléaires avaient tellement l’habitude de s’entendre dire “combien les centrales sont sûres”. C’était du lavage de cerveau ». « Je n’avais jamais imaginé qu’une centrale nucléaire puisse devenir un problème ». « Il n’y eut aucune communication concernant tous ces problèmes qui  peuvent échapper au contrôle humain ».  Ces commentaires peuvent être très importants pour tous ceux qui vivent dans des villes où sont situées des centrales nucléaires.

4.  Relations avec le gouvernement et confiance en celui-ci : Nous avons entendu des commentaires sur le gouvernement,  l’accusant en particulier de ne pas avoir réussi à fournir l’information nécessaire au moment de l’accident. « Je ne peux toujours pas faire confiance au gouvernement ». « Je n’ai aucune confiance dans l’information fournie par le gouvernement sur la condition actuelle de l’unité 4 et sur le niveau des doses de radiation. »

5.  La vie et l’avenir des évacués : Nous avons vraiment réalisé que les instructions d’évacuation tardives ou mal définies - comme le souligne l’emploi de cette phrase « par mesure de précaution » - ont eu un impact sévère sur la population. Un des participants a souligné la nécessité de « mettre en place un système par lequel le gouvernement continuera à surveiller les conditions sanitaires de la population de génération en génération. » En outre, de nombreux habitants ont à maintes reprises exprimé leur profond désir de « ne pas laisser les autres municipalités qui ont des centrales nucléaires subir ce qu’[ils ont] subi. »

 

Réunion publique 14Namie town hall meeting

 

à Namie

 

 

 

 

 

 

 

 

Réunion publique 15Okuma town hall meeting

 

à Okuma

 

 

12ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mai 2012

 

Témoin : Tsunehisa Katsumata, Président de Tokyo Electric Power Company (TEPCO) et ex-président de la Fédération des compagnies d’électricité  du Japon (FEPC).

M.Katsumata est Président de TEPCO depuis octobre 2002 et en est devenu le PDG en février 2008

 

Tsunehisa Katsumata 16Tsunehisa Katsumata

 

 

1. Redevabilité d’un opérateur de centrale nucléaire et du Premier Ministre : Tout en rappelant que « les compagnies d’électricité sont sans aucune ambigüité responsables de la sécurité des centrales nucléaires, » [Katsumata] a indiqué que « c’est le Premier Ministre qui était le directeur-général du siège de la réponse d’urgence où il fallait établir des priorités dans les décisions sur le site de la centrale ».  Les trois directeurs principaux de l’équipe dirigeante (PDG, président et vice-président) n’étaient pas disponibles au moment de l’accident. M. Katsumata n’a appris l’absence du PDG qu’après l’accident. Le fait qu’il n’ait pas contacté le PDG entre le moment où ce dernier est rentré de l’étranger et celui où il est retourné au siège montre de toute évidence son absence complète de conscience de l’imminence de la crise.

2. Faits critiques concernant le tsunami : Les causes de l’accident, selon la déclaration de M. Katsumata, sont « en cours d’investigation à TEPCO ». Cependant l’affirmation que le tsunami, qui n’avait pas été anticipé, est la cause principale [de la catastrophe] est assez dérangeante. Elle révèle que le risque posé par un tsunami potentiel non anticipé n’avait pas été communiqué en interne au PDG. Il se trouve que M. Katsumata avait décidé qu’ « un tsunami de ce genre ne pouvait pas se produire dans la réalité. » Il semble que le risque de tsunami n’avait pas été envisagé sous l’angle des probabilités.

3. A propos des régulations : M. Katsumata a souligné [l’importance de] la simplification des réglementations, mais les mesures que les opérateurs prennent indépendamment, dont les vérifications de résistance aux séismes et les réponses aux accidents graves, n’avaient pas été prises par TEPCO et d’autres opérateurs. De sérieux doutes demeurent : quel rapport entre la demande de simplification des réglementations et les retards dans les réactions de TEPCO ? La Commission a aussi appris un fait peu connu, à savoir que la FEPC avait servi de forum pour les lobbies [de l’industrie nucléaire].

4. Résumé : M. Katsumata a admis que rétrospectivement il pouvait concevoir un certain nombre de mesures qui auraient dû être mises en place, par exemple les mesures anti-tsunami et les réponses aux accidents graves ; mais il s’est abstenu de réflexions plus spécifiques. Le public doit déterminer, à travers les discussions d’aujourd’hui,  si M. Katsumata était suffisamment compétent pour être à la tête d’un opérateur nucléaire géant. 

 

 

(Comptes rendus des réunions suivantes : prochainement en ligne)

 

________________________

 

Photo d’entête : Première réunion de la Commission, 19 décembre 2011

 

 

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 18:26

DSCF5902Voici la suite de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de Fukushima Daiichi. Aux pages 62-70 du document édité en anglais, une annexe intéressante  donne la parole aux travailleurs de la centrale qui se trouvaient sur le site le 11 mars 2011. Le texte reporte les principaux résultats de l’enquête effectuée par la commission auprès de tous les employés, qu’ils soient sous-traitants ou directement sous les ordres de Tepco, accompagnés de graphiques et de témoignages.

Le fait que certaines compagnies sous-traitantes n’aient pas voulu répondre à l’enquête de la commission fausse malheureusement les données. Cela montre en tout état de cause la puissance de ces entreprises de sous-traitance du nucléaire au Japon qui se permettent, sans être inquiétées, de ne pas répondre à une requête du Parlement. Ce défaut d’information est la confirmation de ce nous avions déjà dénoncé avec l’impossibilité de décompter dans le détail le nombre de personnes ayant travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi. Le fait qu’il soit impossible de faire une enquête précise, même officielle, est très inquiétant car on ne sait toujours pas ce que sont devenus les travailleurs manquant à l’appel !

______________

 

 

Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

______________

 

ANNEXE

 

 

 

Enquête sur les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima

 

 

 

(traduction : Marie-France Payrault-Gaber)

 

 

 

-        Après l'accident, la plupart des travailleurs de TEPCO n'ont pas été évacués, mais sont restés sur le site afin d'aider, après la catastrophe. Certains travailleurs en sous-traitance ont été évacués le 11 mars à 16 h00. Il a été constaté des problèmes de communication d’informations pour les sous-traitants. Le 11 mars, ceux qui sont restés sur le site n'ont pas reçu d'explications sur l'état de dangerosité de la situation des réacteurs.

-        Les efforts, mis en place pour le processus de contrôle de l'irradiation des travailleurs sur le site de l'usine accidenté, ont été restreints compte-tenu de la situation d'extrême urgence et des moyens de mesure limités disponibles sur place. Il n'y a pas eu de rapport sur les cumuls des doses d'irradiation pour ces individus et aucun effort n'a été fait pour prendre en compte la radiation in-situ. De nombreux travailleurs ont exprimé leur anxiété et frustration sur le manque de contrôle des doses radioactives. Ces besoins doivent être améliorés.

-        La plupart des travailleurs qui sont restés en fonction après le tremblement de terre dans le cadre de l'accident ont été enregistrés comme professionnels de la radioactivité.

-        Certains d'entre eux ont dû partager un dosimètre avec plusieurs autres personnes car les appareils n'étaient pas en nombre suffisant. Très peu d'entre eux sont restés sans aucun appareil du tout.

-        Un système d'enregistrement des résultats des dosimètres n'était pas disponible. La conséquence en est qu'environ 30 % des employés n'ont pas eu connaissance de leur cumul d'irradiation, ce qui est un problème.

-        On n'a pas observé de différences significatives dans le traitement des mesures prises contre les radiations pour les employés TEPCO et les travailleurs sous-traitants.

-        La majorité des employés qui ont eu à faire face aux conséquences de l'accident n'ont pas été prévenus à l'avance qu'ils auraient à le faire si l'un des réacteurs était détérioré. Certains d'entre eux ont dû travailler sans avoir le choix et n'ont pas donné leur consentement. Des lacunes apparaissent  dans la préparation des travailleurs en cas de désastre nucléaire.

-        Environ 80% des employés ont reçu une information sur les doses radioactives dans leur domaine d'opération, ou connaissaient  les doses de radioactivité du site  à partir de cartographies de dosages avant d'intégrer le groupe. Environ 20% ont affirmé n'avoir reçu aucune explication à ce sujet dans leur domaine opérationnel. Bien qu'il soit indispensable que des travailleurs du site aient à être impliqués dans la crise, une formation sur les niveaux de radiation et les risques devrait toujours être donnée.

 

Résumé de la méthodologie employée pour cette enquête

-        Cette étude a été conduite sur les employés qui étaient présents à l'usine nucléaire de Fukushima Daiiichi le 11 mars 2011.

-        L'objectif de cette enquête : comprendre la réalité de la communication des informations, évacuations et contrôle de santé sur le site de l'usine.

-        Méthode : étude effectuée par courrier.

-        Durée : du 27 avril au 18 mai 2012.

-        Personnes ciblées : environ 5 500 employés présents à l'usine nucléaire Fukishima Daiichi le 11 mars 2011, et ont été ou étaient employés de TEPCO ou de compagnies sous-traitantes (*) et qui ont accepté de participer.

-        Total des participants : 2 415 soit environ 44 % de l'ensemble contacté.

-        Sur ces 2 415 réponses, 1 060 (44%) ont fait des commentaires dans l'espace réservé à cet effet. Par ailleurs, 41 participants ont écrit sur le devant et l'arrière du document d'enquête ou ont fourni des commentaires complémentaires sur des enveloppes ou des feuilles de papier séparées. Nous avons senti de leur part une forte volonté d'être entendus.

 

Répartition des réponses par rapport au lieu de travail

-        la plupart des participants travaillaient dans les aires radioactives le 11 mars.

 

 

Communication des informations aux travailleurs durant l'accident

-        Environ 40% des employés TEPCO ont été alertés que les réacteurs étaient ou pouvaient être à un niveau dangereux. Par ailleurs, pratiquement aucun employé des compagnies sous-traitantes n'a été prévenu.

 

(*) Note : Étant donné que nous n'avons pas pu conduire cette enquête avec les employés des compagnies qui n'ont pas voulu participer, les résultats ne représentent pas tout le personnel concerné et est donc à cet égard incomplète. De plus, cette commission a demandé aux compagnies sous-traitantes de TEPCO l'adresse actuelle des employés qui travaillaient à l'usine nucléaire le 11 mars 2011. Mais certaines compagnies nous ont donné les adresses d'employés qui ont commencé à travailler sur le site de l'usine après le 11 mars 2011. Ceux-ci ont été inclus dans les 5 500 personnes ciblées pour l'enquête. C'est la raison pour laquelle, on ne peut dire que les exemples relevés sont une  analyse statistiquement exacte sur les employés  de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011. De ce fait, veuillez prendre note que les réponses peuvent ne pas être statistiquement fiables, excepté pour celles des employés de TEPCO, qui a fourni les informations de contact pour pratiquement tous ses employés.

 

 

Total des réponses

 

1 62-70

 

 

Réponses par type de travail

 

2 62-70

 

 

Après le tremblement de terre du 11 mars, y a-t-il eu une explication donnée par TEPCO sur les conditions critiques des réacteurs ou la possibilité d'une telle situation ?

 

Travailleurs non-évacués

 

3 62-70

 

 

 

Travailleurs évacués

 

4 62-70

 

 

Situation de l'évacuation après le tremblement de terre 

-        Plus de 80% des employés TEPCO n'ont pas été évacués après le tremblement de terre et sont restés sur place. Nombre des employés des sous-traitants ont été évacués de l'usine, tout au moins temporairement.

-        La plupart des évacués l'ont été aux environs de 16 h le 11 mars.

-        Plus de la moitié des travailleurs des sous-traitants qui ont évacué ont répondu qu'ils n'avaient pas reçu d'ordre pour cela. (Ceci inclut ceux qui ont répondu être rentrés chez eux car ils avaient reçu des ordres de le faire en cas de tremblement de terre, et non en raison de l'accident à la centrale électrique.)

-        Environ 30% des travailleurs des compagnies sous-traitantes primaires et 15% des sous-traitants secondaires sont restés sur place afin de faire face à l'accident.

 

Les travailleurs impliqués à contenir l'accident

-        La plupart de tous les employés qui ont dû lutter contre l'accident ont été enregistrés en tant que professionnels de la radioactivité.

-        Seuls environ 10% des employés sous-traitants impliqués dans la lutte contre l'accident ont reçu une explication à l'avance sur la possibilité que l'usine puisse subir un accident nucléaire.

-        Environ 30% des employés TEPCO et 40% des autres n'ont donné aucun accord pour travailler lors d'un tel accident.

 

Gestion de l'irradiation

-        Étant donné le manque de dosimètres à cause du tsunami, TEPCO a laissé de nombreux travailleurs dans les zones aux niveaux de radiation faible partager des dosimètres immédiatement après l'accident. En conséquence, le pourcentage d'employés qui n'ont pas eu accès à un dosimètre du tout a pu être limité à 5 %. Il n'a été observé aucune différence significative entre les employés de TEPCO et les autres.

 

 

 

Le 11 mars, avez-vous évacué le site de l'usine de Fukushima Daiichi (y compris une évacuation temporaire) ?

 

5 62-70

 

 

Avant l'accident, avez-vous été informé des tâches possibles de lutte qui pouvaient vous être confiées dans le cas d'un tel accident ?

 

6 62-70

 

 

Avez-vous reçu des instructions pour l'évacuation du 11 mars (pour ceux qui ont évacué ce jour-là) ?

 

(instructions de TEPCO : 3 et 2 % en bleu)

 

7 62-70

 

 

Ratio des employés professionnels de la radioactivité par rapport aux autres qui sont intervenus dans la lutte contre l'accident

 

8 62-70

 

 

Si vous avez évacué l'usine le 11 mars, à quelle heure ?

 

9 62-70

 

 

-        TEPCO a fait effectuer le contrôle d'irradiation des travailleurs « manuellement » car le système de mesure et de contrôle cumulatif des radiations  était devenu inutilisable. Toutefois, environ 30% des employés ont dit qu'ils n'avaient jamais été informés des doses de radiation cumulées. Il n'y a pas de différences significatives majeures entre les employés de TEPCO et ceux des compagnies sous-traitantes sur le niveau d'informations données concernant l'irradiation.

 

-        Au fur et à mesure de l'évolution de l'accident, les niveaux de radiation montèrent hors du bâtiment parasismique, et même hors de la zone de radiation sous contrôle. A ce stade, TEPCO a donné des explications aux travailleurs engagés dans des tâches hors du bâtiment antisismique sur les doses radioactives des  différents sites de l'usine et sur la possibilité croissante d'irradiation. Alors que 40% des employés ont répondu avoir été informés à chaque fois, 20% d'entre eux ont dit n'avoir reçu aucune de ces informations. Pas de différences significatives entre les employés TEPCO et les autres n'ont été constatés sur l'information des risques et leur étendue durant les opérations.

 

-        Le contrôle de l'exposition radioactive a été mené au mieux vu les limitations et le nombre restreints des matériels  à disposition. Quoiqu'il en soit, de nombreux employés ont affirmé que la gestion de la radiation aussi bien interne que cumulée et leur contrôle a été insuffisant.

 

 

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Il n'y a eu aucune explication sur le danger encouru jusque tôt le matin du 15 mars. Je comprends que la situation était critique et qu'il y avait peu de temps pour donner des explications, mais au moins, nous voulions savoir. »

« Il nous était demandé de gérer notre taux d'irradiation par nous-mêmes, peut-être parce que les bases de données étaient devenues inutilisables à cause du tremblement de terre. Mais nous n'avions même pas de stylos ou du papier. Il nous était impossible de garder des traces avec précision. »

« Mon exposition radioactive cumulée atteignait environ 0,008 millisievert à la fin mars. J'ai donc demandé un contrôle de tout le corps. La compagnie a refusé arguant que je n'y avais pas droit tant que je n'avais pas atteint 0,1 millisievert. J'ai travaillé dans le bâtiment principal antisismique pendant deux semaines à partir du 11 mars, et j'ai passé là au moins 5 à 6 heures chaque jour. J'étais sûr d'être irradié intérieurement. A la mi-mai, j'ai eu un contrôle des globules blancs du sang, mais les résultats ont montré que j'étais moins atteint que les personnes qui ont passé moins de temps que moi dans ce bâtiment.

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« J'ai réclamé fortement un suivi approfondi, et plus particulièrement pour la génération la plus jeune des travailleurs, qui se sentaient probablement abandonnés. Certains ont été temporairement relevés de leur travail ayant atteint la limite d'exposition radioactive légale d'une année. Les dirigeants TEPCO disent que cet accident n'est pas un autre Tchernobyl, malgré son ampleur, mais je ne vois aucune différence en terme de souffrance des habitants, et plus particulièrement la perte de leur endroit de vie. Je ne veux pas que ces dirigeants diminuent la gravité de l'accident ».

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Les employés du bâtiment principal parasismique ont travaillé dans des conditions où ils ne pouvaient se fier à personne sauf à eux-mêmes, et ils étaient seuls responsables de leur propre sécurité. Ces problèmes n'ont-ils pas pour origine un manque de préparation en cas de désastre ? Je ne veux pas entendre dire que cet événement a eu lieu car il n'était pas possible de l'anticiper. Le gouvernement et la compagnie de production nucléaire sont responsables des problèmes préexistants qui ont conduit au désastre. N'est-il pas de la responsabilité de la NAIIC (Commission d'Enquête Indépendante) de révéler ces problèmes et les dénoncer ? ».

 

Commentaire d'un employé sous-traitant

« Aucune information quelle qu'elle soit sur l'interruption du courant de la station n'a été transmise aux travailleurs de finition comme nous. Il m'a fallu apprendre par la télévision les ordres d'évacuation d'urgence pour les habitants dans un rayon de 20 km. Bien que travailleur sous-traitant, je devais faire des équipes de 24 heures selon mon contrat de travail. Mon employeur savait que plusieurs de ses employés comme moi étaient restés dans le bâtiment principal antisismique. Toutefois, le directeur général de la compagnie, le directeur exécutif et le responsable de la protection radioactive ont tous évacué avec leurs familles. Finalement, je suis arrivé à appeler notre siège à Tokyo le 14 mars, mais ils n'étaient pas au courant qu'il y avait encore des employés travaillant dans le bâtiment central. J'ai demandé à être évacué, mais ils ont refusé ma demande. Je mangeais et dormais à peine et arrivais à mes limites physiques et mentales. Plus tard, j'ai dit au directeur général  de TEPCO que je voulais être évacué et il fut très difficile d'avoir son consentement. Nous avons découvert que la voiture de notre compagnie que nous avions prévu d'utiliser avait été prise par des employés de TEPCO, mais un collègue nous a emmenés. J'ai demandé à de nombreuses reprises un contrôle physique complet à mon employeur fin mars et en avril, mais ma demande a toujours été refusée. J'ai été assigné à travailler à Daiichi à la fin avril, ce que j'ai refusé compte tenu de problèmes de santé. En résultat, j'ai été par la suite victime de harcèlement moral de mon employeur et suis devenu mentalement déséquilibré. A cause de cela, j'ai dû quitter la compagnie en juin, ce qu'ils ont attribué à une démission pour raisons personnelles. »

 

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, est-ce que votre employeur vous a indiqué votre niveau d'irradiation cumulée chaque fois que vous travailliez ​ ?

 

10 62-70

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, avez-vous reçu des explications de qui que ce soit sur les risques d'irradiation chaque fois que vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique ?

 

11 62-70 

 

 

Avez-vous donné votre accord pour être assigné à des travaux de lutte contre les conséquences d'un accident ?

 

12 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En ce qui concerne les travailleurs, il n'y avait pratiquement pas d'instructions d'évacuation. Il faut un protocole de communication des informations bien compris pour être efficace. Les mesures prises pour faire face à l'accident n'étaient pas coordonnées et par dessus tout très pauvres. Il en va de même de la perspective des habitants. Les procédures d'évacuation et de destination étaient vagues et le sont toujours. Tous ces problèmes doivent être éclaircis. C'est seulement à partir de là qu'un nouveau commissionnement de l'usine nucléaire pourra être discuté. Il y a des employés qui retournent chez eux le soir et essaient de mener des vies normales après avoir été exposés à la radioactivité. C'est inconcevable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je travaillais à Fukushima Daiichi le 11 mars. Lorsque le tremblement de terre s’est produit, j'ai essayé de sortir, mais il m’a fallu deux heures pour sortir du site de l'usine étant donné le nombre de personnes. Les premières vagues du tsunami sont arrivées alors que j'étais encore en train de sortir et cependant il n'y eut aucune annonce concernant le tsunami. En y pensant maintenant, cela me fait frissonner de peur. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

Le niveau de radiation dans le bâtiment principal antisismique était si élevé qu'en temps normal il aurait été complètement bloqué pour empêcher toute entrée. Je n'avais aucun choix sinon celui d'essayer d'évaluer mon taux d'irradiation dans ma tête. Ce bâtiment était clairement contaminé et il y avait une augmentation dans la concentration de poussière et d'iode. L'eau était rare, et je ne pouvais pas me laver les mains avant de manger de la nourriture d'urgence. J'étais clairement exposé intérieurement. L'eau et l'électricité étaient en besoin urgent, toutefois il n'y avait aucune fourniture de l'un ou de l'autre venant de l'extérieur. L'usine était complètement isolée et j'ai pensé avoir été abandonné à mon sort. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Étant donné que les travailleurs étaient désespérément nécessaires, je n'eus pas le temps de me faire confirmer si ma famille était sauve, et ceci me perturbait tant que je ne pouvais me concentrer sur mes devoirs professionnels. La priorité était de faire face à l'accident, cependant il n'y avait aucune possibilité pour les employés de vérifier leur taux d'irradiation. Je me sentais en danger. Il n'y avait pas assez de dosimètres et il fallait les partager. Les employés chargés de tâches non indispensables furent évacués, mais pas les autres. Je craignais pour ma vie. Le principal bâtiment parasismique avait résisté au tremblement de terre, mais il ne protégeait pas des radiations. Les endroits les plus contaminés étaient indiqués par des bandes adhésives. Étant donné que l'attention était monopolisée par une réunion en réponse au désastre entre le siège de TEPCO et l'usine, aucune information du tout n'a été transmise à la zone d'entourage, alors qu'il y avait une prévision de la dispersion radioactive du système de contrôle interne de l'usine basé sur la direction du vent. Les employés qui étaient chargés de la lutte contre le désastre à ce moment auraient mérités d'être affectés à d'autres endroits ! »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Le contrôle  des taux radioactifs a manqué de rigueur juste après l'accident. Le contrôle annuel des taux d'irradiation a été un problème vague durant les 15 dernières années. Les différences de taux enregistrées d'un employé à un autre étaient importantes. J'ai été surexposé, environ 0,15 millisievert/h  en externe et 0,007 millisievert/h en interne, de ce fait maintenant je ne peux pas travailler dans la zone contrôlée pour les cinq ans à venir. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Après l'accident, il n'y avait aucun système de test corporel complet et il était sensé n'y avoir aucune radiation (Je me demande si cela pouvait venir d'ordres des compagnies électriques ou des compagnies de sous-traitance?). Étant donné qu'il n'y a eu aucune information donnée les 12 et 13 mars, nous n'avons pas su dans quelle direction la radiation s'est dispersée durant notre évacuation. »

« Si la décontamination n'a pas la priorité,  nous ne pouvons pas retourner chez nous. J'espère que la décontamination sera faite par des volontaires de chez TEPCO ou des compagnies qui appartiennent à TEPCO (c.à.d. par des personnes qui ne travaillent pas dans des usines nucléaires). »

 

 

 

Avant le 11 Mars, aviez-vous reçu des instructions précisant que vous pouviez avoir à être chargé de lutter contre un accident ?

 

13 62-70

 

 

 

Entre le moment de l'explosion de l'unité 1 le 12 mars et la fin mars, portiez-vous un dosimètre lorsque vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique (*) ?

(* le seul bâtiment conçu pour coordonner la lutte contre un tremblement de terre et à partir duquel toutes les réponses à la crise étaient organisées.)

 

14 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je ne pense pas qu'il ait été donné beaucoup d'attention aux travailleurs qui ont eu en fait à gérer l'accident. Le premier compteur corporel complet a été installé dans la ville d’Iwaki, mais seuls les employés TEPCO étaient en droit de l'utiliser. Les autres devaient se rendre jusqu'à Kashiwazaki et nous n'avons pratiquement pas vu d'employés TEPCO là. TEPCO a laissé tout faire par les principaux sous-traitants. Avant de donner des blâmes, l'opérateur devrait avant tout se focaliser sur les règles de sécurité en cas d'accident. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En tant que travailleur d'un sous-traitant principal, je n'ai eu d'autre choix que d'être impliqué dans la procédure mise en place après l'accident, ce qui veut dire être confronté à des niveaux d'irradiation extrêmement élevés par rapport à la norme.

Je suis très inquiet pour ma santé depuis le 11 mars. Après l'accident, j'ai reçu une compensation financière selon les conditions de ma propre compagnie, mais c'était vraiment une très petite somme. Peut-on dire que ce que nous avons fait était pour notre pays ? Si c'est le cas, nous devrions recevoir plus d'argent. J'ai souffert  d'un cancer de l'estomac dans le passé et si je devais encore en être atteint à cause du travail fait à la suite de l'accident et en mourir, cela serait impardonnable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Cela fait quatre ans que je travaille dans une compagnie sous-traitante. Durant tout ce temps, je n'ai jamais eu de formation sur une procédure d'évacuation en cas d'accident nucléaire. L'état d'esprit de TEPCO était qu'il était « impossible qu'un accident arrive », et « nous n'avons besoin de formation uniquement en cas de sinistre par le feu ». A cause de cela, j'ai été licencié et j'ai dû évacuer très loin afin d'élever mes trois enfants et protéger leur santé. Je veux retrouver nos vies et moyens de vivre. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« J'exige de recevoir une compensation et assurance suffisantes dès que possible. Nous ne pouvons pas attendre un jour de plus. »

« Je pense que cet accident devait se produire en fait. TEPCO est devenu maître dans l'art de cacher l'information. Même maintenant, TEPCO n'a pas fourni toutes les informations concernant la fuite d'eau, etc. »

« Le gouvernement et TEPCO auraient dû prendre en compte les accidents passés comme celui de Tchernobyl lorsqu'ils ont dû affronter le désastre. Il n'y a eu aucune excuse faite aux évacués. Comment cela peut-il être acceptable ? »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant secondaire

« Aux nouvelles, il était dit que les travailleurs de l'usine qui affrontaient l'accident étaient prêts à mourir, mais en regardant ces nouvelles, je me disais qu'il est impossible que l'on soit prêt à mourir. J'ai fait un contrôle corporel complet pour la première fois fin avril et mon taux d'irradiation était incroyablement élevé. Je suis de tout coeur avec les personnes qui travaillent encore pour lutter contre les conséquences de l'accident. J'espère que ces personnes travaillant à Fukushima Daiichi prendront soin de leur santé. »

 

 

___________________

 

Illustration d’entête : dessin de Tignous, extrait de la couverture du hors-série de Charlie Hebdo « L’escroquerie nucléaire ».

 

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 23:09

commissionDans l’article qui suit, Jean-Marc Royer met en lumière la stratégie du village nucléaire international qui, pour semer la confusion, a créé une « commission d’investigation » dont le but est de contrecarrer les conclusions impartiales de la commission indépendante nommée par la Diète. Mais qu’appelle-t-on au juste « le village nucléaire international » ? C’est l’ensemble des structures publiques ou privées qui ont un intérêt commun au développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire. On distingue son contour dans la conclusion d’un communiqué de presse de l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) du 10 juin 2011 : « Les autorités réglementaires des pays membres du G8, de l’AEN et des pays associés ont réaffirmé leur engagement à travailler ensemble à l’échelle internationale. Elles sont persuadées que, malgré son caractère dramatique, la situation [à Fukushima] permettra à terme de renforcer la sûreté nucléaire internationalement. La conférence ministérielle de l’AIEA qui se tiendra fin juin, est la prochaine étape importante d’un ensemble d’actions qui améliorera la sûreté nucléaire au niveau mondial ». On y retrouve donc les pays du G8, les 34 pays membres de l’OCDE et les états associés, à savoir l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, la Roumanie et l’Ukraine. D’autres pays en font également partie par l’intermédiaire de l’Association mondiale des exploitants nucléaires (World Association of Nuclear Operators, WANO), citée également dans le même communiqué. C’est donc une sorte de gouvernance économique mondiale où tous les états concernés font allégeance à l’AIEA (dont l’objectif est le développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le monde, cf. l’article 3 de ses statuts), par l’intermédiaire de conférences ministérielles. Tous les membres du village nucléaire ont la même religion : ils croient au progrès de la sécurité nucléaire, tout en acceptant qu’il y ait régulièrement des accidents. Cette gouvernance atomique supranationale n’est pas issue de processus démocratiques. Et les états qui ne font pas partie du village ‒ soit les deux tiers des pays de la planète ‒ n’ont évidemment pas leur mot à dire, malgré les pollutions radioactives transfrontalières passées et promises.

 

-oOo-

 

 

 

FUKUSHIMA :

 

Une « commission d’investigation » téléguidée par le village nucléaire

 

à ne pas confondre avec la commission indépendante officiellement investie par la Diète japonaise

 

 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

La nomination discrète (et discrétionnaire) d’une « commission d’investigation » sur l’accident de Fukushima (Investigation Committee on the Accident at Fukushima Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company) est une créature du village nucléaire international qui ne doit pas être confondue avec celle qui a été mise en place par la Diète japonaise, la Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC) et qui elle, est réellement indépendante et dont nous avons commencé à traduire le premier rapport.

 

Examinons de plus près cette « commission d’investigation ».

 

1) Le compte-rendu de sa première réunion du 7 juin 2011 stipule que : « The committee will prepare an interim report by the end of the present year and submit the final report sometime after the accident has been settled ». C’est à dire que trois mois après le début de la catastrophe, cette commission n’avait aucun doute sur le fait que LA CHOSE serait très bientôt jugulée et que le rapport final serait aussitôt produit [1]. L’arrogance propre à la toute puissance montre ici le bout de son nez, comme le note la NAIIC dans son rapport page 21 : « Dans l'ensemble, la Commission a rencontré une ignorance et une arrogance impardonnables chez toute personne ou tout organisme s'occupant de l'énergie nucléaire. Nous avons rencontré du mépris pour les évolutions internationales et la sécurité publique. Nous avons trouvé un fonctionnement routinier basé sur les procédures et les pratiques conventionnelles antérieures, la priorité étant d’éviter de faire courir des risques à l'organisation. Nous avons trouvé un état d'esprit donnant la priorité aux intérêts de l’organisation, et ceci au détriment du public. » Tout cela est à comparer avec la présentation que cette dernière fait de ses objectifs de travail.

 

2) Elle a été nommée dans le secret du cabinet du premier ministre sans qu’aucun document officiel n’ait été émis ni contresigné, contrairement à la promulgation de la NAIIC. N’est publiquement disponible qu’un « compte-rendu » de la séance, si elle a réellement eût lieu, dont le rédacteur n’est même pas nommé. Sur les quatorze rencontres de cette commission, ne sont disponibles que trois comptes-rendus, les autres réunions faisant l’objet d’une « relation de presse » en trois pages. A comparer là aussi avec le travail de la NAIIC.

 

3) Alors que la commission nommée par la diète japonaise commence par nommer ses membres, donner leurs CV et reproduire leurs signatures, cette soit disant « commission d’investigation » expurge le CV d’au moins un de ses membres, M. Yukio Takasu, libellé comme suit et omettant sa dernière qualité (en rouge) que nous avons retrouvée sur la page du secrétariat de l’ONU : « Permanent Representative of Japan to the International Organizations in Vienna, including the International Atomic Energy Agency (IAEA) », ce qui revient à cacher son appartenance à l’AEIA.

 

Parmi les « international advisory experts », on retrouve des noms connus dans le gotha nucléaire :

 

- Dr. Richard A. Meserve President of the Carnegie Institution for Science. Meserve a été le président de la Nuclear Regulatory Commission états-unienne de 1999 à 2003. Il a récemment été décoré par l’industrie nucléaire d’un award (Carnegie’s Richard Meserve Awarded Nuclear Industry Leadership Prize) et ses déclarations, à cette occasion, valent leur pesant de cacahuètes et sont lisibles sur le site Carnegie Institution for Science.

 

- Prof. Chang Soon Heung Professor at Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST), President of the Korean Nuclear Society. No comment …

 

- Mr. Chai, Guohan Chief Engineer, Nuclear and Radiation Safety Center, Ministry of Environmental Protection of People’s Republic of China. Un pays connu pour ses préoccupations écologiques et la grande transparence de ses décisions administratives … Tous ces « experts » sont évidemment mouillés jusqu’au cou dans la promotion du nucléaire.

 

- Et quelqu’un qui, malgré son masque et son bonnet, est facilement reconnaissable :

 

commission1

 

 

Vous voyez de qui nous voulons parler ?

 

commission2

 

Et maintenant, dans une pose debout, avec un air qui lui est si familier ?

 

commission3

 

Bon, pour ceux qui ne font pas partie de son premier cercle, voici son profil gauche légendaire, mais ici son front est plissé, comme s’il ressentait une préoccupation dont nous ne connaîtrons, malheureusement, jamais le contenu. Dénouons le suspens, il s’agit de … son nom est écrit sur sa combi : André-Claude Lacoste himself, président de l’ASN, qui est un grand cachotier, puisqu’il n’en a soufflé mot à la conférence de presse. Cela aurait été l’occasion de nous dire s’il avait fait bon voyage, de nous parler de l’accueil qu’il reçut, des conditions de son séjour, de la qualité des sushis, voire des fruits de mer locaux, et accessoirement, de ce à quoi il pensait si fort à Fukushima en ce 23 février 2012, à l’heure du déjeuner.

Juste à droite le Coréen Chang Soon Heung, président de la Korean Nuclear Society et derrière, le fameux Meserve états-unien.

Sources : http://icanps.go.jp/eng/meetings/ et http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

4) Cette « commission d’investigation » ne manque pas de faire de la publicité pour :

- l’AEIA (« In response to the accident, the IAEA sent an investigation team to Japan in May 2011 and convened a ministerial conference on nuclear safety in June 2011 »),

- un rapport de l’ONU (« The United Nations have also compiled a report on the accident ») dont la commission indépendante nommée par la diète nous explique l’origine de troisième main (c’est un rapport de Tepco repris par le gouvernement et transmis à l’ONU),

- une conférence (and convened a summit conference on nuclear safety in September 2011) qui a indigné nombre de japonais par sa grossière orientation pro-nucléaire.

 

5) Nous avons parcouru ce texte. Il est intentionnellement volumineux de manière à dissuader son étude critique dans le détail tout en donnant une impression de sérieux par sa taille. Il est parsemé de confusions sciemment entretenues (i). Il reporte les responsabilités sur une connaissance scientifique insuffisante (ii). Il émet des recommandations tellement générales qu’elles ne peuvent en aucun cas être contraignantes pour les exploitants (iii).

- i  The then-available accident preventive measures and disaster preparedness of TEPCO and the Nuclear Industry and Safety Agency (“NISA”) were insufficient against tsunami and severe accidents; (page 2)

- ii  Scientific knowledge of earthquakes is not sufficient yet. (page 3)

- iii  The above types of measures should not be left up to the local municipal governments, but need in addition to involve the active participation of the prefectural and national governments […] (page 14).

 

6) Comme par hasard, les dates de publication des rapports « intérimaires et finaux » de cette « commission d’investigation » ont été calées sur celles de la commission indépendante (NAIIC) de manière à semer le trouble dans le milieu médiatique, une pratique bien rôdée maintenant.

Jean-Marc Royer, septembre 2012

 



[1] Rappelons que pendant dix semaines, ils ont caché au peuple japonais et à l’opinion publique internationale ce qu’ils savaient dès les premiers jours, à savoir la fonte des cœurs des réacteurs.

 

 

 

 

Source des photos de cet article : http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

 

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:04
Un veilleur attentif de Fukushima, nuckelchen, a remarqué un dégagement de fumée ou de vapeur au sud du réacteur n°2 sur la vidéo de la webcam TBS. Cet évènement a eu lieu le 4 septembre 2012 entre 10h57 et 11h20. Voici son enregistrement :
 
 
Un panache similaire avait également été aperçu au même endroit le 28 février 2012, de 10h52 à 11h58. Le voici pour rappel :
 

 

 
Or, la vidéo du 4 septembre est cette fois suffisamment nette pour distinguer deux objets larges et clairs à la base de ce dégagement.
 
1
 
Il est même clair que le dégagement s’échappe de l’objet situé à droite.
 
2
 
Grâce à cette nouvelle vidéo, il ne fait plus aucun doute que ces objets sont des cheminées de la piscine commune, cheminées que j’avais repérées en étudiant ce bâtiment de près au début de l’année. Voici un cliché réalisé sur le site, montrant l’ensemble de ces cheminées.
 
3
 
On y voit un ensemble de 4 cheminées verticales sur la gauche et un autre de 2 cheminées coudées sur la droite. Comme la caméra TBS est située de manière inverse à cette prise de vue, les deux objets visibles doivent être considérés comme les 2 cheminées coudées. Ceci est confirmé par une autre photo de début 2012 qui montre bien que les cheminées droites sont dans l’axe de la tour de ventilation, donc les cheminées coudées sont logiquement situées à gauche des cheminées verticales dans l’image de la webcam TBS.
 
4
 
Nous avons donc là une information inédite : Tepco procède à des dégazages réguliers à partir de la piscine commune. Il faut exclure l’idée d’un incendie. Il s’agit là plutôt d’un panache de vapeur qui se condense au contact de l’air extérieur à moindre température. Sans doute ces effluents gazeux sont-ils habituels dans une telle installation nucléaire, puisqu’il existe au moins 6 cheminées dans ce bâtiment. Mais il serait intéressant de savoir pourquoi ils sont si chauds au point de produire un panache visible à des kilomètres. Autre question en suspens, sont-ils radioactifs ?
 
5
Les cheminées coudées semblent être reliées à un système de ventilation motorisé
 
En attendant d’en savoir plus, il faut revenir à cette date du 4 septembre 2012 car un autre évènement a eu lieu ce jour-là : à 10h30, Tepco a commencé à injecter de l’azote dans la chambre de suppression du réacteur n°1, suite à une augmentation de la teneur en hydrogène et en krypton 85. Cet évènement était loin d’être anodin, car le taux de krypton était 2000 fois supérieur à celui relevé en novembre 2011, lors de la dernière alerte sur le réacteur n°2. Alors, krypton piégé ou krypton frais qui indiquerait une reprise de criticité du corium ? La question est clairement posée ici.
 
Et aujourd’hui, une question supplémentaire s’impose : une petite demi-heure séparant le début des deux évènements du 4 septembre, l’effluent atmosphérique du bâtiment de la piscine commune ‒ contenant plus de 1000 tonnes de combustible il faut le rappeler ‒ a-t-il un rapport avec la soudaine activité gazeuse du réacteur 1 ?
 
 
 cheminees-piscine-commune.jpg  

___________________________

 

Addendum

 

 

Un 3èmeévènement a eu lieu le 4 septembre 2012, mais cette fois-ci dans le réacteur n°2. Voici une copie de la traduction française de l’article de Fukushima Diary :

 

FUKUSHIMA DIARY FR - La température augmente à un haut niveau dans le RPV2
Par Mochizuki, le 7 septembre 2012 (traduction Mimi Mato).


Une forte augmentation de température a été observée dans le RPV (= enceinte de confinement du réacteur) du réacteur 2.
Elle a été détectée le 4 septembre 2012 mais Tepco ne le rapporte que le 7 septembre 2012. Tepco décide si un thermomètre doit être considéré comme fiable ou hors d'usage.


Tepco a publié ceci (lien) :

Le 4 septembre vers midi, une forte augmentation de la chaleur (par pas de 1,6
) a été détectée par le thermomètre de contrôle de la température à la base de l'enceinte de confinement de l'unité 2 (inclus dans la spécification technique de surveillance (Article 138/143), VESSEL BOTTOM ABOVE SKIRT JOT (TE-2-3-69F2)). A cause de ceci, une mesure directe de résistivité a été faite sur le thermomètre, le 6 septembre de 11:15 AM à 11:24 AM. En conséquence, la résistivité directe (209.34Ω) s'est révélée à 30 % et plus de la résistivité minimale mesurée après l'accident (117.84Ω). Une évaluation de la tendance des températures (deuxième évaluation) sera faite pour déterminer si le thermomètre peut être utilisé comme référence ou doit être considéré comme hors d'usage.

Vous pouvez le voir sur le graphique suivant. La température relevée par ce thermomètre est en vert (
lien).

 

6.jpg

 

 

___________________________

 

Le 4 septembre 2012, il s’est donc passé quelque chose à l’ex-centrale de Fukushima Daiichi, quelque chose qui a provoqué une production anormale d’hydrogène et de krypton 85 dans le réacteur 1, qui semble avoir provoqué une augmentation soudaine de la température dans le réacteur 2, et qui a nécessité une ventilation de gaz chauds dans le bâtiment de la piscine commune. Et si on reparlait des coriums ? Toujours pas localisés 19 mois après leur disparition ?

 

 

 

 
 
 
 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 21:41

Text der Petition adressiert an den UNO Sicherheitsrat und an den Generalsekretär Ban Ki-Moon

 

Français      English      日本語版    Español     Polski

 

Weil das Atomreaktorgebäude Nr.4 vom Atomkraftwerk Fukushima Daiichi durch das fürchterliche Erdbeben vom 11. März und die Explosionen vom 15. März 2011 stark betroffen war und dadurch die Struktur stark gelitten hat, sodass die Standfestigkeit bedroht ist,

 

Weil das Abklingbecken dieser Anlage, welches sich in 30 Meter Höhe befindet, mit dem Gebaüde einzustürzen, oder sich vom Wasser wegen Rissen zu entleeren droht,

 

Weil dieses Becken 1533 abgebrannte  Brennelemente enthält, was etwa der zehnfachen Menge an Cesium 137 entspricht, welches in Tschernobyl freigesetzt wurde,

 

Weil der Kernbrennstoff, der nicht mehr durch Wasser abgekühlt wird, überhitzt und beschädigt wird, und dadurch einen Brand auslöst, der die radioaktive Strahlung in die Atmosphäre freigibt,

 

Weil das Kühlsystem vom Becken der Anlage Nr.4 regelmäßig ausfällt und keine Notkühlung besitzt,

 

Weil es im Falle eines Brandes der Uran- und Plutoniumelemente für die Menschen nicht mehr möglich wäre vor Ort einzugreifen, da die Radioaktivität zu hoch wäre,

 

Weil ein Brand des Abklingbeckens der Anlage Nr.4 das Verlassen des gesamten Atomkraftwerks von Fukushima Daiichi herbeiführen würde, welches allein etwa 2500 Tonnen Kernbrennstoff verbirgt, was einer 90 mal höheren Toxizität als in Tschernobyl entspricht,

 

Weil das sehr starke Erdbeben vom März 2011 die Wahrscheinlichkeit weiterer verheerender Beben erhöht hat, die den Zusammenbruch des bereits halb zerfallenen Kernreaktorgebäudes Nr.4 in Zukunft verursachen könnte,

 

Weil sich zahlreiche Experten der ganze Welt über die Notwendigkeit, so schnell als möglich einzugreifen, einig sind, um die Evakuierung von ganz Japan und auch eine internationale radioaktive Katastrophe, welche die Gesundheit der ganzen Menschheit und ihre Nachfahren gefährden würde, zu vermeiden,

 

Weil der Konzern TEPCO die Einsturzgefahr des Beckens nicht berücksichtigt und sie für die Verlagerung der Brennelemente an einen sicheren Ort mehrere Jahre beabsichtigen,

 

Weil der Konzern TEPCO und die japanische Regierung mit dieser Krisensituation, welche die Brennelemente des Beckens vom Reaktor Nr.4 in Fukushima Daiichi betrifft, unfähig umgehen,

 

Weil die UNO für die internationale Sicherheit bürgt, ist sie die einzig geeignete Organisation die diese ständige Bedrohung, welche Heute auf die gesamte Menschheit wirkt, unter Aufsicht zu nehmen,

 

Wir, Weltbürger,

 

- verlangen, dass die UNO dringend ein internationales, unabhängiges und interdisziplinäres Team einsetzt, welches die Macht hätte, die Verlagerung und sichere Verwahrung der Brennelemente des Beckens vom Reaktor Nr.4 in Fukushima Daiichi zu leiten,

 

- fordern, dass der Krisenstab mit allen Mitteln gefördert wird, sodass keine Hindernisse diese Aktion verzögern und dass das Ziel der sicheren Verwahrung der Brennelemente so schnell wie möglich erreicht wird,

 

- wünschen, dass die UNO alle notwendigen technischen, wissenschaftlichen, ökonomischen und politischen Kooperationen unterstützt, inklusiv NGO, um diese weltliche Bedrohung, die die Geschichte der gesamten Menscheit noch nie erlebt hat, zu stoppen.

 

Wir danken Ihnen, diese Petition zu unterschreiben :

imagepetition

 

__________________________________

Merci infiniment à Hélène d'avoir traduit la pétition en allemand !

Nous recherchons un autre traducteur qui accepterait de traduire cet article en allemand :

http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-urgent-pour-eviter-une-nouvelle-catastrophe-nucleaire-mondiale-107834979.html

Si vous êtes intéressé, merci de prendre contact ici.

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 23:29
Kuchidomeryou est un court-métrage sous la forme d’une lettre adressée au Japon. Enregistré au cours d’un des voyages de l’artiste Shift en Honshū environ un an après la catastrophe de Fukushima, cette œuvre a été réalisée pour « soutenir le peuple japonais dans cette situation effrayante » et pour faire réfléchir à d’autres énergies. 
 
Un texte co-écrit par Schift et Mickael Lesage, lu par Peter Scott, sur une musique originale de Subheim.
 
 

 
 
Traduction française :
(par Mickael Lesage)
 
« Cher Japon,
tu fascines et envoûtes l'Occident depuis de très nombreuses années, par ta culture du respect et de la soumission, par tes avancées technologiques, par la beauté de tes paysages... Mais ton peuple a vu la haine détruire ses villes et ses hommes, un jour d'août 1945, et le respect et la soumission disparaissent peu à peu face à la mort instantanée. La crise économique t'as frappé toi aussi, et le marché technologique s’effondre. Il te restait ta grâce, celle des tes montagnes qui s'érigent au milieu de nulle part, celle de tes campagnes et de ta verdure, si joliment louée par Miyazaki, et tes villes futuristes qui te font osciller entre passé et modernité. Pays adoré, tu sais pourtant rester discret...
Et il fallut une catastrophe pour que le monde se rappelle du peuple japonais. Comme à Kōbe en 1995, tu es revenu à la une de l'actualité, mais cette fois-ci, les conséquences seront tout autres. Dans quelques années, on parlera de Fukushima comme on parle de Tchernobyl aujourd'hui : ses méfaits, les mensonges qui l’entourent, les morts et les contaminés. Lorsque la catastrophe est survenue, tu occupais la première place de l’actualité, avec les images chocs qui vont avec et les chiffres toujours plus terrifiants. Puis, comme si tout était résolu, tu es redevenu discret, comme à ton habitude. Le peuple à la mémoire courte est passé à autre chose, plus question d'aide internationale ou de soutien moral, démerdez vous, jusqu'a la prochaine fois.
A l'empoisonnement d'un pays, on préfère les guéguerres d'égos de quelques pantins ridicules lancés dans une course aux voix pathétiques ; à un sujet dont les écologistes n'ont pas su s’emparer, on préfère les problèmes franco-français. Serait-ce cynique d'espérer une telle catastrophe en France, pour voir les médias des autres pays s'en désintéresser aussitôt ? Pour voir les victimes oubliées dans l'instant ?  L'égoïsme rend mauvais. Et l'homme n'est pas bon à la base. Vers quoi allons-nous ?
Japon, je rêve de te découvrir depuis des années. Et un an après Fukushima, tu oscilles, encore plus, entre tes paradoxes.
Et au printemps, quand reviennent les cerisiers, les rossignols chantent, bercés par le doux parfum d’une radioactivité grandissante. Et tes enfants apprennent à compter en microsieverts – et tes poissons sont toujours frais, apparemment…
Et derrière la fenêtre de ce Shinkansen, je me demande juste…  que vas-tu devenir , qu’allons-nous devenir ?

Pendant ce temps, Japon, tu pourris en silence, les dégâts continuent, et les séquelles seront irréversibles.

Stop au silence, stop au nucléaire. »
 

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