28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 00:20
DSCF5869Le ministre français du redressement productif, Arnaud Montebourg, a déclaré dimanche dernier : « Le nucléaire est une filière d’avenir ». Il n’aurait jamais entendu parler de Fukushima cet homme-là ? S’il avait la moindre dignité, il devrait au moins présenter des excuses publiques pour avoir tenu ces propos indécents, eu égard à ce qui se passe actuellement dans la région de Fukushima. Là, toute une population est prise en otage par le village nucléaire qui fait tout pour minimiser les problèmes sanitaires.
 
 
Le constat de la contamination en mars 2011  
       

Deux semaines après la catastrophe de Fukushima, un groupe d'experts gouvernementaux avait conduit des contrôles auprès de 1149 enfants âgés de moins de 15 ans. Ces enfants étaient résidants de trois municipalités voisines de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, Iwaki, Kawamata et Iitate, où des niveaux élevés de radiations avaient été constatés. Au total, 44,6% des 1080 enfants dont les tests étaient valides, ont présenté une contamination au niveau de la thyroïde. En effet, l’iode 131 va généralement se fixer dans cette glande, augmentant le risque de développer un cancer ultérieurement. C’est le second crime des autorités japonaises (le premier étant d’avoir laisser s’installer les conditions de la catastrophe) : elles n’ont pas donné suffisamment et clairement l’ordre de prendre les pastilles d’iode dans les territoires contaminés.

 

 

 
enfants de fukushima 10 octobre 2011 allant à l'hopital poEtudes épidémiologiques lancées en juin 2011
 
A la fin du mois de juin 2011, les autorités sanitaires ont mis en place des études épidémiologiques afin d’évaluer l’état de santé des personnes qui ont été exposées aux rejets radioactifs et de suivre son évolution. En théorie, les résultats de ces études épidémiologiques devraient permettre de disposer d’informations sur l’incidence de certaines pathologies au sein de la population japonaise (cancers, leucémies, troubles psychologiques, thyroïdiens, hépatiques, rénaux, diabète, etc.) et d’évaluer les conséquences sanitaires de l’exposition de la population aux retombées radioactives. Prévues pour une durée d’environ 30 ans, le pilotage de ces études a été confié à l’Université médicale de Fukushima, présidée par le très controversé Shinichi Yamashita.
Parmi ces études, l’une consiste à réaliser un bilan thyroïdien pour tous les enfants âgés de moins de 18 ans qui se trouvaient dans la préfecture de Fukushima pendant la phase des rejets : cette étude, qui a pour principal objectif la mise en évidence d’une éventuelle augmentation des cancers de la thyroïde telle qu’elle a été observée chez les enfants exposés aux retombées radioactives de l’accident de Tchernobyl, portera sur environ 360 000 enfants nés jusqu’au 1er mars 2012.
 
graphiqueIRSN2
Les âges des enfants testés au 31 décembre 2011
 
Premiers résultats en janvier 2012 : inquiétants
 
L’étude publiée par la préfecture de Fukushima en janvier 2012 montrait que sur 3755 enfants, 1143 d’entre eux, soit 30,4% des enfants testés, avaient des nodules ou des kystes de taille variable (jusque 20,1 mm). Or, cet état sanitaire qui doit servir d’« état zéro » était déjà inquiétant au vu du témoignage de ce médecin : « En 30 ans de pratique de médecine générale en milieu rural français, je n'ai pas rencontré d'enfant ayant un nodule thyroïdien. (Juste quelques gonflements de le thyroïde à la puberté; phénomène banal). Je peux confirmer que les nodules thyroïdiens chez l'enfant sont rares. 30 % c'est beaucoup. Dans la littérature médicale on parle de 0,2 à 1,4% pour les moins de 18 ans (ce chiffre monte à 3,5 % si on réalise des examens systématiques par échographie). On aurait donc un facteur 10 ».
 
graphiqueIRSN1
Les premiers résultats (graphique IRSN)
 
Derniers résultats d’avril 2012 : alarmants
 
Michiyuki Matsuzaki, docteur en médecine à l’hôpital de Fukagawa (Hokkaido), s’est penché sur l’étude publiée le 26 avril 2012 qui concernait 38 114 enfants. Comme il ne disposait pas d’état zéro ‒ en effet, celui-ci n’existe pas réellement puisque les tests ont débuté seulement 7 mois après la contamination ‒ il a repris une étude réalisée en 2006 dans la préfecture de Nagasaki, co-écrite par Shinichi Yamashita, qui montre que sur 250 enfants âgés de 7 à 14 ans, deux enfants seulement (0,8%) avaient des kystes thyroïdiens.
Or, selon les résultats d’avril 2012, 13 380 enfants, soit 31,1 % des enfants testés, ont un kyste thyroïdien, ce qui confirme les résultats de janvier 2012. Même si les kystes liquidiens ne signifient pas qu'il y ait une chance immédiate de cancer de la thyroïde, quelque chose d’anormal se passe dans la glande thyroïde de ces enfants. D’où l’inquiétude légitime des parents.
 
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Une lettre de pression sur les médecins
 
En janvier 2012, alors qu’il commençait à publier les premiers résultats, le chef des opérations, Shinichi Yamashita, a envoyé une lettre aux spécialistes des maladies thyroïdiennes dans tout le Japon, leur demandant de ne pas établir d’autre diagnostic pour les familles concernées. La demande de Yamashita est pourtant un acte contraire à la loi médicale qui prévoit qu’en aucun cas un médecin ne doit refuser un examen. Ainsi, par cette démarche, ce « scientifique » démontre encore une fois sa totale soumission au village nucléaire : il veut rester le maître absolu des résultats. Pas question d’établir d’autres mesures qui pourraient contredire les données officielles. Une raison de plus pour s’inquiéter quand on a un enfant qui a des grosseurs anormales dans la thyroïde !
 
De fait, comme le rapporte un article du Mainichi daté du 26 août 2012, les examens supplémentaires sont systématiquement refusés. Par exemple, Pour ses 2 enfants, une mère de 38 ans qui se refugie à Aizuwakamatsu-shi a téléphoné vainement à 5 hôpitaux qui se trouvent à Fukushima. Un pédiatre de Fukushima avoue : « Si mon diagnostic est différent de celui de l’Université Médicale de Fukushima, cela provoquera des confusions ». Un autre de la région Aizu explique : « Ce n’est pas le rôle d’une clinique privée de faire disparaître des angoisses des parents ». Un troisième, qui s’occupe des examens du département de Fukushima, affirme : «  Le suivi réalisé par l’Université Médicale de Fukushima sera le premier et le plus utile pour montrer des effets de la radioactivité sur le corps humain. S’ils vont dans d’autres hôpitaux au lieu de venir à l’examen organisé par l’université, cela perturbera cette précieuse recherche.»
 
Des parents désemparés
 
Rien ne vaut le vécu des gens pour comprendre ce qui se passe réellement pour les réfugiés de Fukushima. Voici la traduction de quelques messages de mamans inquiètes (traduction Kazumi) :
 
1. J’ai emmené mon deuxième fils qui souffre d’une thyroïde enflée à l’hôpital connu pour les traitements de la thyroïde, Le médecin lui a touché la thyroïde, et a écrit effectivement sur le dossier qu’il a des kystes. Je lui ai dit que nous étions de Fukushima, alors il m’a dit qu’il n’avait pas le droit de donner son avis aux refugiés de Fukushima.
 
2. Mon fils a toujours la thyroïde enflée, pas d’appétit. Malgré tout, il faut l’autorisation soit de la préfecture de Fukushima, soit de l’Université Médicale de Fukushima pour le traitement. Je suis prête à payer beaucoup d’argent pour le suivi, mais ce n’est pas une question d’argent car évidemment, mon fils est couvert de la sécurité sociale. Salaud !
 
3. Bonjour. On m’a dit « Demandez d’abord à l’Université Médicale de Fukushima et attendez la réponse ». Autrement dit, aucun médecin ne peut rien faire avec les habitants et les refugiés de Fukushima sans autorisation. Par conséquent, mon médecin ne m’a donné ni diagnostic, ni l’état actuel de ma thyroïde.
 
4. Mon fils s’est fait refuser dans un hôpital qui se trouve à Nagano. J’avais déjà eu la même expérience ailleurs aussi. Le médecin m’a dit qu’il peut soigner un petit rhume ou une blessure, mais pas la thyroïde ni les maladies qui seraient liées à la radioactivité. Il m’a aussi montré une fiche « Avis sur le suivi de la santé des habitants de Fukushima » délivrée par la préfecture de Fukushima.
 
5. Pour soigner les refugiés et les habitants de Fukushima, il faut absolument une autorisation de la préfecture de Fukushima qui dit que c’est eux qui prennent l’entière responsabilité de la santé et de la radioactivité de tous les habitants « à vie ». C’est absurde ce qu’ils disent...
 
Une population cobaye : l’horreur en 2012
 
Le Japon a ainsi choisi délibérément de faire des expériences médicales pouvant causer la mort sur une partie de sa population. Les gens de Fukushima et les réfugiés nucléaires sont devenus des indésirables ‒ tels les hibakusha suite aux bombardements de 1945 qui n’auraient pas les mêmes droits que les autres citoyens. Malgré les résultats connus de la triste « expérience » de Tchernobyl, on laisse des centaines de milliers de personnes vivre en territoire contaminé, et on leur enlève le droit de se faire examiner librement. Troisième crime impardonnable contre l’humain. MM Montebourg, Valls et consorts, c’est ça le bel avenir que vous nous promettez ? Le soutien inconditionnel à l’énergie nucléaire fait glisser petit à petit nos sociétés vers la barbarie, sous couvert de raison d’état ou de raison économique. On sait parfaitement que les premiers cancers de la thyroïde apparaîtront d’ici deux ou trois ans, mais on ne fait rien. On fait semblant de ne pas savoir. Tout cela est écœurant, révoltant. Les responsables de ces actes criminels devront être jugés un jour. 
 
Le programme ETHOS
 
Pire, le crime est organisé, et bien rôdé. On l’a déjà testé en Biélorussie de 1996 à 2001 et ça marche. Pourquoi ne pas recommencer au Japon avec des moyens encore plus sophistiqués ? Le programme ETHOS, financé par l’Europe, qui visait entre autres au « développement d'une culture du risque radiologique pratique au sein de la jeunesse par l'école » n’est autre qu’un programme destiné à faire accepter à la population de vivre dans une zone contaminée. La décontamination d’un territoire qui a subi des retombées radioactives étant impossible et l’évacuation des habitants étant trop coûteuse, le village nucléaire international a trouvé la solution : faire croire à la population qu’on peut vivre en zone contaminée sans danger. Résultat des courses : malgré le programme ETHOS dont tous les participants officiels se sont félicités de la réussite, la courbe de progression des pathologies n’a cessé de croître et aujourd’hui, 40 à 80 % des enfants vivants en territoire contaminé dans la région de Tchernobyl sont malades.
 
Au Japon, on fait semblant de ne pas savoir. On crée des programmes de décontamination qui ne marchent pas, on demande aux gens de retourner vivre chez eux, dans un environnement radioactif permanent. Et surtout, on envoie M. Jacques Lochard, qui dirigeait le projet ETHOS en Biélorussie et qui est aujourd’hui président du CEPN (1), s’occuper des populations japonaises ! Je vous laisse en compagnie du docteur Michel Fernex pour vous expliquer ce qu’il en est, sans langue de bois :
 

 
 
Il est clair que les Japonais doivent être sensibilisés aux dangers du programme ETHOS. Ce genre d’action est fait pour neutraliser les associations indépendantes et pour endormir la population avec des actions inefficaces. Et au final, on risque de se retrouver avec un détournement d’argent public au profit d’une organisation qui ne sera même plus là pour compter les victimes dans quelques années.
 
 
(1) Le Centre d’étude sur l’Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire (CEPN) est une association à but non lucratif, fondée en 1976, pour évaluer la protection de l’homme contre les dangers des rayonnements ionisants, sous ses aspects techniques, sanitaires, économiques et sociaux.
Les membres actuels de l’Association sont au nombre de quatre : Electricité de France (EDF), l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), le Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA) et AREVA.
 
 
Un homme se bat
 
Pour conclure cet article, je ne peux m’empêcher d’évoquer le combat d’un homme, Nelson Surjon, Français expatrié au Japon avant la catastrophe, réfugié nucléaire à présent, qui n’a jamais cessé de réclamer l’évacuation des enfants de Fukushima. Il a réalisé une série de 7 vidéos sur ce thème, en exposant la situation du Japon d’une manière remarquable et a lancé une pétition internationale pour demander l’évacuation des enfants de Fukushima. Il est important de soutenir aussi ce combat en apportant son soutien ici, car les enfants sont les premières victimes du nucléaire : ils sont infiniment plus sensibles aux radiations.
 
 
 
Sources :
- A propos de l’enquête réalisée deux semaines après le début de la catastrophe : http://www.actu-environnement.com/ae/news/fukushima-traces-radioactives-glande-thyroide-enfants-13275.php4
- A propos de l’apparition des cancers de la thyroïde à partir de 3-4 ans après une irradiation, étude de l’INVS : http://www.invs.sante.fr/pmb/invs/%28id%29/PMB_9452
- Etude de la préfecture de Fukushima publiée en janvier 2012 : http://ex-skf.blogspot.fr/2012/01/1117-children-over-30-of-3739-tested.html
- A propos des nodules thyroïdiens représentant une pathologie rare de l’enfant, « Nodules thyroïdiens chez l’enfant » de F. Compain et A. Lienhardt-Roussie, Endocrinologie Pédiatrique à l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant de Limoge : http://pediatrie.forumactif.com/t229-nodules-thyroidiens-chez-lenfant
- A propos du risque de cancérisation important des nodules thyroïdiens de l'enfant, « Les nodules thyroïdiens de l'enfant » de R. Coutant du Département de Pédiatrie du CHU d'Angers, publié en 2002 dans la Revue internationale de pédiatrie : http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=13977118

- Rapport de l’IRSN : « Fukushima 1 an après. Premières analyses de l’accident et de ses conséquences » :

http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/surete/Documents/IRSN_Rapport_Fukushima-1-an-apres_032012.pdf

- Etude thyroïdienne de 2006 sur 250 enfants de la préfecture de Nagasaki : http://1am.sakura.ne.jp/Nuclear/kou131attach2.pdf
- Article de Michiyuki Matsuzaki, “Position Statement: What Is Currently Happening to Fukushima Children ?” : http://fukushimavoice-eng.blogspot.fr/2012/07/position-statement-what-is-currently.html
- Article du Mainichi daté du 26 août 2012 parlant du suivi de la thyroïde : http://mainichi.jp/opinion/news/20120826ddm003040163000c.html
 
 
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Annexe : la vraie nature de M. Yamashita !
 
Entretien avec Shunichi Yamashita
Où il est clair que la sauvegarde de l’économie prime sur la santé de la population
 
- Quel est l’objectif de l’examen?
- C’est un service que Fukushima offre pour assurer la santé des habitants, ce n’est pas du tout des recherches. D’après les estimations de l’OMS, la dose de la radioactivité des habitants de Fukushima serait de 100 mSv au maximum, et on ne sait pas encore quelles conséquences une dose si petite aura sur le corps humain. Je dirai, comme les autres scientifiques dans le monde, que cela devra être minime.
 
- Il y a de plus en plus des parents qui demandent une « seconde opinion » hors de Fukushima...
- Il faudra faire quelque chose. Les soucis des parents sont différents de ceux des médecins. Je vais quand même les écouter avec respect et j’essaie d’avoir une bonne relation avec eux.
 
- M. Yamashita, que pensez-vous des effets de la radioactivité sur nous ?
- Il faut attendre plus de 10 ans pour dire quelque chose là-dessus. Ce qui est important maintenant, c’est qu’il ne faut pas détériorer la relation avec les habitants de Fukushima. Mais ce qui est plus important, c’est qu’il faut sauver le Japon, il faut que le Japon ne s’écroule pas. Après Tchernobyl, il y a eu de nombreux procès à propos de l’état de santé, et les dédommagements a ruiné le budget national de l’Ukraine.
 
Texte original :
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−−検査の目的は。
 ◆県民の健康増進のための医療サービスで、決して調査研究ではない。WHO(世界保健機関)の推計で、福島住民の被ばく線量はどんなに高くても100ミリシーベルト。100ミリシーベルト以下の健康リスクは明らかには証明されていない、または非常に小さいというのが科学者の国際的合意だ。
 −−県外でセカンドオピニオンを求める保護者が増えているが。
 ◆改善策を考えなければならない。医師の考え方とお母さんの立場にギャップがある。謙虚に声を聞き、信頼関係を築きたい。
 −−放射線の影響をどう判断するのか。
 ◆小さながんも見つかるだろうが、甲状腺がんは通常でも一定の頻度で発症する。結論の方向性が出るのは10年以上後になる。県民と我々が対立関係になってはいけない。日本という国が崩壊しないよう導きたい。チェルノブイリ事故後、ウクライナでは健康影響を巡る訴訟が多発し、補償費用が国家予算を圧迫した。そうなった時の最終的な被害者は国民だ。
 
 (source mainichi.jp, 26 août 2012, traduction Kazumi)
 
 
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Articles sur le sujet des problèmes thyroïdiens
 
 
 
 
 
 
 
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En savoir plus sur ETHOS au Japon
 
 
Exposé de Sunichi Tanaka
 
Rapport de Yoshiyuki Mizuno
 
Le site ETHOS in Fukushima
 

Jacques Lochard

Témoignage de son expérience

 

Instauration d’ETHOS à Fukushima

Document

 

 
 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:40
imagepetitionCe n’est pas nouveau, cette menace existe depuis le 15 mars 2011, date à laquelle le bâtiment réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a subi explosions et incendies.
Ce n’est pas nouveau, mais le problème reste urgent à traiter, car une seule petite complication dans le refroidissement de la piscine 4 pourrait entrainer une succession d’évènements qui affecteraient le monde entier en quelques semaines : 2500 tonnes de combustible nucléaire larguées dans l’atmosphère, ça ferait vraiment très mal. Ce ne serait plus les seules régions oubliées de Tchernobyl et Fukushima qui seraient concernées par une contamination radioactive généralisée. Ce serait assurément le monde entier.
 
Tepco, en qui plus personne n’a confiance depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, envisage de retirer le combustible de la piscine d’ici à la fin 2013. Mais personne ne peut assurer qu’un nouveau puissant tremblement de terre n’affecte le Japon dans les 16 mois à venir ! C’est pour cela que l’action à mener est urgente.
 
Une pétition est en ligne pour qu’une équipe internationale prenne en charge les opérations de retrait du combustible. Elle recueille déjà près de 10 000 signatures, mais ce n’est pas suffisant ! Elle est disponible en cinq langues (1) :
 
 
et depuis peu en polonais (voir ci-dessous). Diffusez-là !
 
Masao-Yoshida.jpgDe nouveaux experts s’ajoutent pour souligner l’importance de cette requête, et en premier lieu, l’ancien directeur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi,  Masao Yoshida. Ce dernier, premier témoin de la catastrophe, a récemment affirmé : « Il est nécessaire de mobiliser une assistance internationale et notamment des ingénieurs, des technologies et des appréciations venant de tous les coins du monde. » (lien)
 
Koichi-Kitazawa.jpgPar ailleurs, le professeur Koichi Kitazawa, qui présidait l’Agence japonaise pour les Sciences et la Technologie et qui a dirigé une commission d'enquête sur l'accident nucléaire de mars 2011, a déclaré : « Après avoir écouté des centaines de témoins, ma conviction est faite. A la centrale de Fukushima, le pire est peut-être à venir. A cause de la piscine du réacteur 4, un nouvel accident peut se produire n'importe quand, qui menacerait la survie même de mon pays (…). Je prie pour que, dans les semaines à venir, une violente tornade saisonnière ne s'abatte pas sur la centrale. » (lien)
 
Une prière suffira-t-elle pour empêcher une nouvelle catastrophe ou bien s'agit-il d'un aveu d'impuissance face à l'immense tâche qu'il reste à accomplir pour transférer les 264 tonnes de la piscine 4 ? En fait, il ne s’agit plus d’un débat mais d’un constat. Il ne s’agit plus d’être pro ou antinucléaire ; il s’agit juste d’être conscient d’une menace très grave qui va durer sur le long terme, tant que le combustible perché à 30 m de hauteur n’est pas mis à l’abri. Les médias commencent à en parler en France, c’est dire si le sujet est grave. Il est très important que chacun soit au courant et les journalistes doivent continuer à nous informer de la situation. En gros, la situation actuelle, c’est un peu comme si on apprenait qu’un gros astéroïde risquait de tomber sur la terre d’ici un an, et qu’on allait tout tenter pour dévier sa trajectoire afin d’éviter la collision en confiant cette mission à une entreprise réputée pour mentir et faire des erreurs…
 
De toute évidence, il ne suffit pas d’en parler, il faut aussi faire pression pour que la communauté internationale prenne en charge cette crise.
 
 
________________________
 
 
- Les médias en parlent :
 
   

     

Fukushima : et si le pire était à venir ?

(Un article de Vincent Jauvert, Le Nouvel Observateur)

 

Fukushima. La piscine du réacteur 4 inquiète [audio]

(Propos recueillis par Pierrick Baudais, Ouest-France)

 

L'inquiétante piscine de Fukushima

(Un article de Régis Arnaud, Le Figaro)

 

Fukushima: les piscines de combustible font trembler les experts

(Un article de Marc Molitor, RTBF Info)

 

Notre ex beau-frère et le nucléaire
(Un billet de Sophia Aram, France Inter)

 

La piscine de Fukushima fait trembler la planète

(Un article de Pierre-François Besson, Le Matin)

 
 
- Comment la piscine de combustible n°4 peut-elle prendre feu ?
Arnie Gundersen nous l’explique très clairement avec cette vidéo :
 

 
 
 
- Texte de la pétition en polonais :
 
Nie cierpiący zwłoki apel o to, aby uniknąć kolejnej globalnej katastrofy nuklearnej
 
Ponieważ budynek reaktora nr 4 został poważnie zachwiany przez straszliwe trzęsienie ziemi w dniu 11 marca oraz gwałtowne wybuchy w dniu 15 marca 2011, a w związku z tym jego struktura została poddana silnym naprężeniom, które czynią budynek ten bardzo nieodpornym,
 
Ponieważ znajdujące się w tej jednostce  zużyte paliwo jest umieszczone w basenie wzniesionym na wysokości 30 metrów  i grozi zawaleniem budynku lub wypływem z powodu znacznej liczby pęknięć,
 
Ponieważ basen ten zawiera 1.533 wypalonych elementów paliwowych, co jest równoważne 10- krotnej  ilości cezu 137 uwolnionego w Czernobylu,
 
Ponieważ uszkodzenie wodnego systemu chłodzenia  paliwa spowoduje wzrost temperatury i jego degradację, a wynikający z tego pożar spowoduje uwolnienie do atmosfery ogromnej ilości substancji radioaktywnych,
 
Ponieważ rezerwowy system chłodniczy jest niedostępny, a aktualny system chłodzenia ulega regularnym uszkodzeniom,
 
Ponieważ interwencja człowieka w przypadku pożaru obejmującego elementy zawierające uran i pluton jest niemożliwa ze względu na ogromną radioaktywność,
 
Ponieważ Fukushima Daiichi zawiera prawie 2.500 ton paliwa jądrowego - źródło radiotoksyczności 90 razy większej niż w Czernobylu - a ogień w jednostce 4 zmusiłby władze do opuszczenia całego zakładu,
 
Ponieważ siła trzęsienia ziemi z marca 2011 wskazuje na zwiększone prawdopodobieństwo kolejnych katastrofalnych trzęsień ziemi, które mogą z kolei spowodować zawalenie się na wpół zrujnowanego budynku reaktora nr 4,
 
Ponieważ liczni eksperci z całego świata są zgodni w tym, że  należy podjąć niezwłoczną akcję  w celu uniknięcia potencjalnej konieczności ewakuacji całej Japonii i jednocześnie zapobieżeniu międzynarodowej katastrofie radiologicznej, która zagrażałaby zdrowiu obecnej populacji światowej i ich potomków,
 
Ponieważ TEPCO twierdzi, że nie ma ryzyka, że basen upadnie i ponieważ firma planuje rozłożyć na wiele lat przeniesienie wypalonego paliwa i przechowanie go go w bezpiecznym miejscu,
 
Ponieważ TEPCO i rząd japoński nie są zdolne do zarządzania kryzysową sytuacją  dotyczącą wypalonego paliwa w basenie reaktora Fukushima Daiichi nr 4,
 
Ponieważ ONZ, jako gwarant bezpieczeństwa międzynarodowego, jest jedyną organizacją zdolną do podjęcia kroków w sprawie tego permanentnego zagrożenia dla ludzkości,
 
 
My, mieszkańcy świata,
 
- Zwracamy sie do ONZ, aby pilnie ustanowił międzynarodowy, niezależny i interdyscyplinarny zespół. Zespół ten będzie odpowiedzialny za zorganizowanie i zarządzanie przeniesieniem paliwa z basenu jednostki 4 oraz jego bezpieczne przechowanie.
 
- Żądamy, aby zespołowi kryzysowemu zostały przyznane wszystkie potrzebne środki, w celu uniknięcia dalszej zwłoki i zagwarantowania, że zużyte paliwo zostanie bezpiecznie usunięte tak szybko, jak to tylko możliwe.
 
- Nalegamy, aby ONZ poparł wszelkie niezbędne formy współpracy w sferze technicznej, naukowej, ekonomicznej i politycznej, włączając w to organizacje pozarządowe, mające na celu położenie kresu globalnemu zagrożeniu światowemu, nie mającemu swojego odpowiednika w całej historii ludzkości.
 
 
 
imagepetition
 
 
_________________
(1) Je recherche des volontaires pour des traductions en allemand, en russe, en italien, en portugais, et d’autres langues selon vos compétences. Merci de me contacter ici.

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 23:07

Nous poursuivons petit à petit la publication de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête. A la page 49 du document édité en anglais, commencent les annexes. La première porte sur les résultats de l’enquête effectuée par la commission auprès des personnes évacuées, accompagnés de graphiques et de témoignages.

« Ils n’arrêtaient pas de dire que les centrales nucléaires étaient absolument sans danger, puis l'accident est arrivé ». C’est un commentaire parmi d’autres, tous recueillis parmi la population touchée par la catastrophe. Lisez-les, ils sont tous empreints de bon sens et de sagesse.

 

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ANNEXES

 

 

Enquête sur les personnes évacuées de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima

 

 



  

 

1. Le retard du gouvernement à communiquer des informations sur l'accident a conduit à de la confusion par la suite.
2. Parce que les instructions pour l'évacuation ont été faites au coup par coup, de nombreuses personnes ont été évacuées plusieurs fois, évacuées vers des zones à fortes radiations, et évacuées avec seulement le strict nécessaire.
3. Des messages d'agonie fournis par les personnes évacuées nous ont été délivrés. Les problèmes ne sont pas encore résolus. Des mesures appropriées devraient être considérés dans les plus brefs délais.


 

Communication d'informations sur l'accident

  •          La connaissance de l'accident était extrêmement faible chez les habitants, malgré les divulgations d’informations conformément à l'article 10 à 15h42 le 11 mars, divulgation d’un rapport conformément à l'article 15 à 16h45, et la déclaration de l'état d'urgence à 19:03.
  •          Il y avait des différences significatives dans la vitesse de transmission des informations sur l’accident dans les zones évacuées, en fonction de la distance de la centrale.
  •          Les municipalités et la police ont été les sources d’information sur l’accident pour 40% des habitants de Futaba et Naraha, mais seulement pour 10% des habitants de Minamisoma, Iitate, et Kawamata.

 

Ordre d'évacuation


Les habitants ont été informés de l'accident quelques heures après qu’il survienne, mais ils n'ont reçu aucune information sur la situation ou qui auraient été utiles pour leur évacuation. En conséquence, de nombreux habitants n'ont pu partir qu’avec le strict nécessaire.

Évacuations volontaires

  •          A l’intérieur de la zone de 30 km de rayon, l'ordre de se calfeutrer dans les habitations a été émis à 11h00 le 15 mars et l'appel pour les évacuations volontaires a été émis le 25 mars. Cependant, comme le gouvernement a été lent à donner des instructions de nombreux habitants ont évacués de manière  volontaire.
  •          Même s'il était évident qu'il y avait des niveaux de radiations élevées dans Iitate et Kawamata, les évacuations planifiées ne l’ont été que tardivement. Le gouvernement a peut-être tardé à désigner les zones à évacuées ayant des niveaux élevés de radiations.

Évacuations vers des zones ayant des niveaux élevés de radiations

  •          Environ 50 pour cent des habitants de Namie ont temporairement évacués vers des zones avec des concentrations élevées de radiations.
  •          Le gouvernement a tardé à divulguer des informations de surveillance.

Expansion des zones évacuées et évacuation progressive

  •          Grâce à plus de quatre évacuations, plus de 70 pour cent des habitants des zones près des centrales de Fukushima Daiichi et de Fukushima Dai-Ni (Futaba, Okuma, Tomioka, Naraha, Namie) ont été évacués.
  •          Il y a eu de nombreuses plaintes concernant des ordres d'évacuation qui ont exigé des habitants vivant au plus près des centrales nucléaires d'évacuer de nombreuses fois.

Prévention d'accident

  •          Même à la centrale elle-même, il y a eu peu d'explication de la possibilité d'un accident nucléaire. Moins de 15% des habitants ont déclaré avoir reçu une formation à l'évacuation en cas de catastrophe nucléaire et moins de 10% des habitants ont indiqué avoir reçu des explications quant à la possibilité d'un accident nucléaire.

 

 

1nombre de réponses par municipalité

Nombre de réponses par municipalités

 

Résultats du sondage

  •          Ce sondage a été envoyé aux citoyens qui ont été forcés d'évacuer à la suite de cet accident.
  •          Objectif : Comprendre la réalité de la façon dont l'évacuation a été ordonnée et la manière dont les risques de l'énergie nucléaire ont été expliqués
  •          Méthode : enquête postale
  •          Durée : du 15 mars au 11 avril 2012
  •          Répondants ciblés : 21 000 foyers sélectionnés au hasard dans 12 villes, bourgs et villages (pour un total de 55 000 foyers) dans les zones évacuées
  •          Villes et villages interrogés : Futaba, Okuma, Tomioka, Naraha, Namie, Hirono, Tamura, Minamisoma, Kawauchi, Katsurao, Kawamata, Iitate.
  •          Répondants totals : 10 633
  •          La Commission tient à exprimer sa gratitude aux nombreuses personnes qui ont coopérées avec cette enquête. Le taux de réponse a été extrêmement élevé : 50 pour cent.
  •          Sur les 10 633 répondants, 8 073 (76%) ont fourni des commentaires dans l'espace de commentaires libres. De plus, 431 répondants ont écrit sur le recto et le verso de la feuille d'enquête et/ou ont écrit d’autres commentaires sur des documents distincts, exprimant ainsi leur forte volonté de se faire entendre.

Retard dans la communication de l'information

  •          La connaissance de l'accident a été extrêmement faible parmi les habitants évacués malgré les divulgations d’informations conformément à l'article 10 à 15h42 le 11 mars, divulgation d’un rapport conformément à l'article 15 à 16h45, et la déclaration de l'état d'urgence à 19:03.
  •          Il y avait des différences significatives dans la vitesse de transmission des informations sur l’accident dans les zones évacuées.
  •          Les municipalités, le système radio d’urgence ou la police ont été les sources d’information sur l’accident pour 40% des habitants de Futaba et Narahamachi, mais seulement pour 10% des habitants de Minamisoma, Iitate, et Kawamata.

 

 

Heure de l'ordre d'évacuation et source d'information

  •          Quelques heures après que l'ordre d'évacuation ait été émis, les municipalités ont communiqués l'ordre d'évacuation aux habitants, montrant qu'il y avait un haut niveau de communication entre les municipalités et les habitants.
    Cependant, comme il y avait des zones dans lesquels les municipalités n'ont pas reçu les ordres d'évacuation du gouvernement, il y avait des problèmes majeurs dans le processus de transmission de l'ordre d'évacuation du gouvernement aux municipalités.
  •          Les habitants ont reçu l'ordre d'évacuation, mais ils n'ont pas reçu d'informations sur la situation ou l'accident qui aurait été utile à leur évacuation. En conséquence, de nombreux habitants sont partis avec seulement le strict nécessaire.

 

2When did you know about the accident at Fukushima Daiichi

Quand avez-vous appris l’accident à Fukushima Daiichi ?

 

3sources sur l'accident

Source d’information à propos de l’accident

 

  •          Beaucoup d’habitants ont reçu des informations des municipalités.
  •          Un pourcentage élevé d’habitantsde Minamisoma, Kawamata et Iitate ont reçu des informations de la télévision, la radio ou l'internet.

(i) Commentaire d’un habitant deFutaba:
«J'ai quitté ma maison avec seulement le strict nécessaire. J'ai appris où aller par le système radio d’urgence alors que j'étais sur la route. Je suis arrivé au premier site d’évacuation ou il m’avait été indiqué d’aller au bout de 6h de voiture au lieu d’une heure seulement en temps normal. En chemin, mon fils qui vit loin m’a appelé et m'a dit que je ne devais pas m’attendre à revenir bientôt. C'est alors seulement que j’ai commencé à comprendre peu à peu ce qui était en train de se passer. C'est ce que je me rappelle. Pouvez-vous imaginer à quoi ressemble la vie quand vous êtes déplacés et séparés de vos amis et des gens que vous connaissez? "

 

4pourcentage connaissance evacuation

Pourcentage d’habitants qui savaient à propos de l’évacuation

(Quand avez-vous appris que votre lieu d’habitation était compris dans une zone d’évacuation ?)

 

5source evacuation instruction

Source d’information à propos de l’ordre d’évacuation

 



(ii) Commentaire d’un habitant d’Okuma:
"S'il y avait eu même un mot au sujet d'une centrale nucléaire lorsque l'évacuation a été ordonnée, nous aurions pu réagir raisonnablement, prendre nos objets de valeur avec nous ou fermer la maison avant que l’on parte. Nous avons dû courir avec rien d'autre que les vêtements que nous avions sur nous. C’est une telle déception à chaque fois que nous sommes brièvement autorisés à rentrer chez nous seulement pour découvrir que nous avons été cambriolés à nouveau. "


(iii) Commentaire d’un habitant de Tomioka:
"Nous voulions entendre clairement que nous ne serions pas en mesure de revenir pour un certain temps. Je n’ai pas pu amener mes objets de valeur avec moi. En particulier, parce que les dossiers médicaux ont été laissés à la maison la santé de mes parents s'est aggravée pendant l'évacuation. Il est difficile, en particulier pour les personnes âgées, de fuir au dépourvu. Je n'ai pas d'attachement à Tomioka parce que nous louions seulement la maison, mais si nous ne pouvons pas vivre dans le logement temporaire pour toujours, nous allons perdre un endroit pour vivre de façon permanente. Il y a d'autres problèmes aussi. Donc, je veux soutenir le bien-être à nouveau. Ce n'était pas le personnel de l'administration préfectorale ou de la mairie qui étaient là pour nous guider lors de l'évacuation, c’était les travailleurs des services médicaux qui en général voyaient mon père. Il a fallu une demi-journée pour savoir où il a été emmené. Il a fallu trop longtemps pour créer une liste de personnes évacuées. "


(iv) Commentaire d’un habitant de Namie:
"J'ai réussi à passer une nuit dans une école primaire du quartier de Tsushima après avoir entendu une annonce dans le gymnase dans la matinée du 12 mars qu’un tsunami s'était approché de l’école primaire de Namie-Higashi, au lieu d'être informé de l'accident survenu à la centrale nucléaire. Si on m'avait dit spécifiquement à propos de l'accident, j'aurais évacués vers un endroit plus loin que Tsushima. Il est décevant que information n'ai pas été donnée."

(v) Commentaire par un habitant d’Odaka de Minamisoma :
"Nous ne savions pas qu’il y avait eu une explosion d'hydrogène à la centrale, nous ne pouvions pas deviner pourquoi nous avons dû évacuer. Le directeur (de TEPCO) à l’époque de l'accident s’est rappelé à la télé qu'il pensait qu'il pouvait mourir à l'époque, mais ce genre d'information aurait dû être annoncé aux habitants vivant à proximité instantanément. En tout état de cause, l'information à été publiée trop lentement. Les habitants n'ont pas été traités correctement. "

Temps d'évacuation

  •          Quelques heures après que l'ordre d'évacuation ait été émis, la plupart des habitants (80-90%) dans les zones évacuées ont commencé à évacuer.
  •          Dans la zone de 30 km entourant la centrale nucléaire, les habitants n'ont pas eu d’autre choix que d’évacuer volontairement. Même si un niveau élevé de radiations a été observé dans Kawamata et Iitate la désignation de l’évacuation planifiée de la zone a été retardée.
  •          A l’intérieur de la zone de 30km de rayon, l'ordre de se calfeutrer dans les habitations a été émis à 11h00 le 15 mars, et l'appel pour évacuer volontairement a été émis le 25 mars. Cependant, comme le gouvernement a été lent à donner des instructions, de nombreux habitants ont évacués de manière  volontaire.
  •          Même s'il était évident qu'il y avait des niveaux de radiations élevées dans Iitate et Kawamata, les évacuations planifiées ne l’ont été que tardivement. Le gouvernement a peut-être tardé à désigner les zones à évacuées ayant des niveaux élevés de radiations.
  •          Dans l'espace pour les commentaires, certains habitants de ces zones ont critiqués que le gouvernement a tardé à délivrer l'ordre d'évacuation ou même que le gouvernement
    n'a pas émis l'ordre pour leur zone.


(i) Commentaire d’un habitant de Minamisoma
"A Haramachi dans Minamisoma, on nous a dit de « rester à la maison », et on ne nous a pas dit même une seule fois d'évacuer. À la télévision, tout ce qu'ils ont dit était qu’ «il n'y a pas d'effets immédiats sur la santé », ce qui nous a fait encore plus peur. Rien n'a changé depuis que l'accident est survenu. Quand il y a très peu de progrès en matière de décontamination, il est trop étrange que l'ordre d'évacuation soit déjà levé. Le gouvernement devrait réfléchir davantage aux populations locales. "

(ii) un commentaire d’un habitant de Kawauchi (zone de 20 km-30 km)
"Le 11 mars, immédiatement après avoir entendu les premières informations sur l'accident, de nombreuses personnes dans le village ont évacuées vers cette zone. Les jeunes s’envoyaient des emails «évacuez» les uns aux autres, presque comme une chaine d’emails. Cependant, nous n'avons reçu aucune information officielle sur l’évacuation. On nous a seulement dit de rester à l'intérieur par l'intermédiaire du système de radio d'urgence. Après avoir entendu un voisin qui a un policier dans sa famille disant : «Je vais évacuer car cela semble dangereux », j'ai décidé d'évacuer. J'ai entendu dire que la police était partie de Kawauchi le 14 mars. Les bénévoles qui donnaient de la nourriture ont utilisé l'essence restant pour leur transport. Je voulais qu'ils nous aident à évacuer le plus tôt possible. Je ne peux que penser qu'ils nous ont abandonnés. "

 

6évacuation volontaire

Pourcentage de ceux qui savaient

(Quand avez-vous commencé à évacuer ?)

 

7poucentage evacuation volontaire

Pourcentage d’habitants qui ont évacués volontairement

 

(iii) Commentaire d’un habitant d’Iitate
«Cette région n'a reçue aucune information dans les premières phases de l'accident nucléaire.
Nous avons entendu parler du niveau de radiations seulement après que l'équipe de recherche de l'AIEA soit venue. M. Edano, le secrétaire général du gouvernement, a dit à plusieurs reprises à la télévision que le niveau de radiations "n'aura pas d’effets immédiats sur la santé ». La réalité est que les habitants d’Iitate ont été exposés à des radiations jusqu'au 22 avril (lorsque l'évacuation planifiée a été ordonnée). Cela fait maintenant une année depuis, mais nous n'avons reçu aucune indemnisation des dommages et le gouvernement essaie de le couvrir par la levée des ordres d'évacuation."

(iv) Commentaire d’un habitant de Hirono
"Parce qu'ils pourraient paniquer ... Parce que les personnes dans les zones avec le plus de danger ne seraient pas en mesure d'évacuer ... Comment la zone d'évacuation a été étendu à 10 km de diamètre par la suite au lieu de 5 km dans la phase initiale ... Alors que nous n'avions que la télévision comme source d'information sans informations précises ou d'idée de la façon dont l'accident allait se développer, le ministre en fonction continuait de déclarer "cela n'affectera pas la santé immédiatement ...". TEPCO ne cessait de parler de la sécurité et de la fiabilité des réacteurs ... Je suis dégoûté de la faible qualité des personnes en charge de ce pays. "


(v) Commentaire d’un habitant de Kawamata
"Ils disaient qu'il n'y a pas d'effet immédiat, mais l'évacuation a été ordonnée le 16 avril. S’ils l’avaient ordonnée plus tôt, j'aurais pu trouver un lieu spécifique pour évacuer.
Bien que ce fut un désastre important, la réponse a été trop lente. La réponse initiale la plus importante basée sur les faits de la situation réelle n'a pas été faite et aucun ordre basé sur des mesures de conformité n’a été donnés. Je demande la préparation en cas de situation d’urgence. Tout ce que j’ai vu était les politiciens jouant aux partis politiques, même si la nation est confrontée à un désastre sans précédent. Je m'interroge sur l'humanité de ces gens. Il est regrettable que ce soit la nation qui ait choisi ces personnes en charge. "

 

Les habitants ont évacués vers des zones qui devinrent plus tard des zones évacuées

  •          Environ 50 pour cent des résidents de Namie ont temporairement évacués vers des zones avec des concentrations élevées de radiations.

 

8Percentage of residents who evacuated to areas from which

Pourcentage d’habitants qui ont évacués vers des zones qu’ils ont du ré-évacuer plus tard à cause de hautes concentrations de radiations

 

Insatisfaction à propos de la divulgation de renseignementsà partir de SPEEDI ou de données de surveillance

  •          Beaucoup de commentaires des habitants de Namie, Minamisoma, et Iitate ont montrés du mécontentement sur la divulgation d'informations à partir de SPEEDI ou de données de surveillance.

 

(i) Commentaire d’un habitant deNamie:
"Le fait que j’ai évacué vers une zone avec la dose la plus élevée de radiations en l'absence d’information SPEEDI demeure une source de crainte pour ma santé pour le reste de ma vie. Pourquoi n'ont-ils pas divulgué les informations SPEEDI ? Que pensent-ils de la vie des gens ? Notre maison n’est plus ​​habitable en raison de difficultés dans la reconstruction des infrastructures, la décontamination et la peur d'avoir une installation de stockage provisoire à proximité. L'énergie nucléaire doit être arrêtée. Il causera un second Fukushima et il n’y aura nulle part où vivre au Japon."

(ii) Commentaire d’un habitant de Minamisoma:
"J’aurais aimé que l'information soit divulguée beaucoup plus tôt. Je comprends que la décision du gouvernement de ne pas divulguer visait à empêcher une possible panique. Mais les habitants ont été évacués vers des zones avec des concentrations élevées de radiations en raison du manque d'informations. A partir de maintenant, les causes de l'accident doivent être étudiées et un manuel de mesures de réponses doit être mis en place, parce que nous ne savons pas quand le prochain accident se produira. Je demande de considérer des méthodes pour minimiser les dommages d’accident à prendre en considération, étant donné qu'il est difficile de l'empêcher."


(iii) Commentaire d’un habitant de Iitate:
«Je crois que beaucoup de gens ont été exposés à des radiations à cause de la réponse inadéquate à l’accident par le gouvernement et les municipalités. Les données ont été effacées et des instructions trompeuses ont été données même s'ils étaient au courant de la situation réelle. Est-ce qu'ils valorisent vraiment nos vies? Notre famille à déneiger à l'extérieur de notre maison et a été mouillée parce que nous ne savions pas à propos des radiations. Nous exigeons l'indemnisation des dommages et des problèmes de santé au cours des prochaines décennies. Qu'est-ce que les membres du NAIIC pensent des mensonges qui sont révélés même après que plus d'une année se soit écoulée depuis l'accident? "


Nombres d'évacuations

  •          Dans l'année après les accidents, les résidents les plus proches de la centrale ont dû évacuer un certain nombre de fois. Environ 70% des résidents de Futaba, Okuma, Tomioka, Naraha et Namie ont dû évacuer quatre fois ou plus.
  •          Le gouvernement a tardé à divulguer des informations de surveillance.

9nombre evacuation fin mars 2012

 

Nombre d’évacuations avant fin mars 2012

 

(i) Les habitants de Namie
"Même si nous revenons à Namie les tuiles du toit sont tombées et la pluie contaminée est tombée à l’intérieur. Ce ne sont pas des conditions dans lesquelles nous pouvons vivre. Chaque fois que j’y retourne je me sens en colère. Notre plus jeune fils dit aussi qu'il est désormais impossible pour nous de vivre ici. L’après-midi du 11 mars, quand nous étions sur le point de réparer le toit, on nous a dit d'évacuer à la salle de gym de l'école à proximité de Tsushima. Nous sommes restés à l'école pendant 3 ou 4 jours. C'était un endroit avec des niveaux élevés de radiations. Nous avons déménagé six fois à l'intérieur et à l'extérieur de la préfecture et nous nous sommes finalement arrêtés après être venu ici."(Nihonmatsu)

(ii) Un commentaire d’un habitant de Futaba
"Le 12 mars, notre hôtel n'avait pas d'électricité ni d'eau. Nous avons été autorisés à rester dans un ancien hôtel et ils ont partagé avec nous l'essence. Notre fils habite dans la préfecture de Saitama et il nous a laissé habiter la pendant quatre mois. Actuellement, nous vivons ensemble comme une famille de quatre personnes. Lorsque nous avons visité notre maison brièvement le 6 mars, mon mari a eu un choc quand il a réalisé qu'il ne pourrait pas retourner dans la maison ou il est né et est actuellement à l'hôpital. Nous sommes frustrés par l'irresponsabilité et le déshonneur de la politique de ce pays et de TEPCO. "

 

10Percentage of residents who experienced evacuation traini

Pourcentage d’habitants qui ont eu un entraînement à l’évacuation avant l’accident nucléaire

 

(iii) Commentaire d’un habitant de Tomioka
«Nous n'avions aucune idée de ce qui se passait, mais on nous a dit d'évacuer à Kawauchi. Quand nous sommes arrivés là, nous avons dû déménager d'un endroit à l'autre et sommes finalement arrivés à Miharu mais on nous a dit qu'il était plein. On nous a dit d'aller vers le centre d'évacuation de Motomiya. Nous avons ensuite déménagé à plusieurs reprises par la suite et sommes actuellement dans une location à Iwaki. Depuis un an s'est écoulé, mais nous n'avons aucune idée de ce que nous allons faire. "

Habitants qui ont su au sujet de la possibilité d'un accident ou ayant reçu un entrainement à l’évacuation avant l'accident

  •          Même dans des endroits à proximité de l'usine, seulement 10-15% des habitants ont déclarés avoir reçu une formation à l'évacuation, et moins de 10% ont été informés de la possibilité d'un accident nucléaire.
  •          Certains ont déclaré avoir reçu une explication que les centrales nucléaires étaient sûres et sécurisées, et ont ainsi pensés qu’un accident ne se produirait jamais.


(i) Commentaire d’un habitant de Futaba
«J'ai assisté à une conférence donnée par TEPCO une fois. Mentionnant l'exemple du 11 septembre aux Etats-Unis, ils ont dit que les centrales nucléaires sont sûres quoi qu’il arrive. Lorsque j'ai posé une question pour reconfirmer la sécurité absolue, les participants à la conférence, dont beaucoup sont des membres de famille des employés de TEPCO, me regardèrent comme si je n’avais rien compris de ce TEPCO nous avait dit. Les attitudes et les réactions de TEPCO et du gouvernement, qui semblent penser si peu à nous, me mettent en colère plutôt que triste. Je demande une réponse  plus rapide et sincère. "


(ii) Un commentaire d’un habitant d’Okuma
«Je travaillais dans une centrale nucléaire et je n'ai jamais pensé à un tel accident. Quand j’ai travaillé comme sous-traitant pour TEPCO au premier étage, j'ai demandé à un chef d'équipe " Et si un tsunami semblable à celui de Sumatra frappe le Japon? " La réponse fut, " Impossible!"
Il n'est pas nécessaire de penser à une situation impossible ». Après tout, TEPCO, le gouvernement, et la municipalité n’ont pas pensés suffisamment sérieusement. Moi non plus. ".


(iii) Commentaire d’un habitants de Naraha
«Lorsque j'ai assisté à une conférence pour les habitants locaux par TEPCO peu de temps après que la société ait caché un accident au public, TEPCO a déclaré qu'ils avaient non seulement les 3 premières couches de protection, mais aussi les 4e et 5e couches de mesures de sécurité, d’une manière que les habitants participants ne comprendraient pas ce que cela signifie d'avoir tant de couches de sécurité. Maintenant je me rends compte que tout ce que TEPCO a expliqué était des mensonges, et que je m'étais trompé. "

 

11Percentage of residents who had been informed of the poss

Pourcentage d’habitants ayant été informés de la possibilité d’un accident nucléaire avant le 11 mars

 

(iv) Commentaire par un résident de Tamura
"Ils n’arrêtaient pas de dire que les centrales nucléaires étaient absolument sans danger puis l'accident est arrivé. Si toutes les personnes impliquées considèrent l'accident comme un simple « accident imprévisible » alors ce pays doit être très négligent. Les causes doivent être trouvées et clarifiées.
Cet accident ne doit jamais se répéter. Je veux donner de candides conseils aux membres du régime. Ils sont censés considérer la vie quotidienne de la nation et de la reconstruction, mais ils sont préoccupés par des batailles politiques. Alors que l'enquête sur l'accident doit être approfondie, le régime doit avoir une discussion approfondie pour la nation. "

(v) Commentaire d’un résident de Katsurao
"Nous étions habitués à regarder des publicités TV tous les jours revendiquant que l’énergie nucléaire coutait moins chère, était sûre et propre. Avec de vifs souvenirs d'un tel message, nous ne pouvions pas croire que l'accident s'était produit, comme nous ne pouvions imaginer qu’un tsunami apporte la tragédie. Nous vivons encore dans un étroit logement temporaire après plus d'un an. Nous n'avons aucune idée du moment où nous pourrons revenir à notre maison. Nous sommes absolument opposés à la remise en service des réacteurs. De nouveaux réacteurs ne devraient pas être autorisés et nous devons passer aux énergies renouvelables. Des lois et règlements concernant de tels plans doivent être mis en place rapidement. Le gouvernement devrait accélérer les progrès de l'indemnisation des dommages de l'accident. Ce n'est pas comme la compensation pour un accident de la circulation .... Je suis fatigué de mes conditions de vie actuelles. Je demande que le gouvernement aille de l'avant pour prendre sa responsabilité et fasse tous les efforts pour indemniser les victimes. Je compte sur le gouvernement. "

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 09:50

trois-singes« Il y a eu beaucoup d’occasions pour la NISA, la NSC et TEPCO de prendre des mesures qui auraient empêché l'accident, mais ils ne les ont pas prises ». Ainsi commence la cinquième partie du résumé des conclusions de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de Fukushima. La lecture de ce rapport est très instructive : pas de langue de bois, on sait qui est responsable.

D’où l’intérêt, en France et partout dans le monde, de surveiller attentivement le travail des agences de sécurité nucléaire et d’exiger que leurs requêtes actuelles soient réellement suivies d’effet. Cela pourrait être le cas avec la possibilité de l’abandon d’un réacteur en Belgique après la découverte d’une fissure dans la cuve du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire belge de Doel. 22 réacteurs fabriqués par la même entreprise sont ainsi sur la sellette dans 8 pays. On doit aussi garder dans le viseur les réacteurs à eau bouillante de type Mark I (comme le réacteur n° 1 de Fukushima Daiichi) qui fonctionnent encore dans le monde : 23 réacteurs aux Etats-Unis, 2 en Inde et un en Espagne. Pourquoi diable les agences de sécurité n’ont-elles pas exigé leur arrêt après la catastrophe japonaise qui a démontré la vétusté et les défauts de ces installations conçues dans les années 60 ?

 

Le blog de Fukushima, grâce à l’aide efficace de ses lecteurs, poursuit la publication de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête. Aujourd’hui c’est au tour des cinquième et sixième parties du résumé des conclusions, correspondant aux pages 42 à 46 du rapport de 88 pages édité en anglais.

 

 

_______

 

 

Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

(traduction : Guy Fargette)

 

_______

 

 

5. Les problèmes organisationnels dans la prévention de l'accident

et dans l'intervention

 

La commission a constaté divers problèmes organisationnels concernant les mesures préventives avant l'accident, les causes de l'accident et la crise de la gestion de l'intervention après l'accident. Nous avons examiné toute la chaîne des événements pour mettre en évidence ce qui a mal tourné dans les organisations et les systèmes impliqués. Nous avons également étudié la relation entre TEPCO et les agences de régulation, en vue d'une réforme future.

 

Questions de fond

 

Il y a eu beaucoup d’occasions pour la NISA, la NSC et TEPCO de prendre des mesures qui auraient empêché l'accident, mais ils ne les ont pas prises. Ils ont, soit délibérément reporté la mise en place de mesures de sûreté, soit pris des décisions dans l'intérêt de leur organisation — non dans l'intérêt de la sécurité publique.

            A la suite de la mise en œuvre de nouvelles régulations dans d'autres pays, des discussions ont eu lieu pour réviser les directives, afin d'inclure un scénario dans lequel l'alimentation en courant alternatif serait perdue. La discussion a également porté sur une vérification de la fiabilité des sources de courant continu. Malheureusement, ces débats n'ont pas produit la moindre modification dans les directives ou les réglementations, et au moment de l'accident, aucune considération sérieuse n'avait été accordée à un scénario impliquant la perte du courant alternatif délivré à la centrale.

            TEPCO et la NISA étaient toutes deux conscientes que si le niveau du tsunami dépassait les hypothèses faites par la Société des Ingénieurs civils (Society of Civil Engineers), il y avait un risque de dommage dans le cœur par suite d'un dysfonctionnement des pompes d'alimentation en eau de mer. Ils étaient également conscients qu'un tsunami avec des niveaux d'eau au-dessus du niveau du sol de la centrale était possible et que cela aboutirait à une perte complète de l'alimentation électrique.

            Bien que TEPCO et  la NISA aient été conscientes des risques, rien n’a été fait pour amender les réglementations existantes ou les aligner sur les normes internationales. La NISA n'a donné aucune instruction contraignante pour prendre des mesures spécifiques, et TEPCO n'a engagé aucune action.

            La NISA a bien donné instruction à TEPCO de conduire une vérification antisismique, mais en ne réalisant pas cette vérification, TEPCO a bel et bien ouvert la voie à l'accident. La NISA est également en défaut parce qu'elle ne s'est pas assurée que la vérification avait eu lieu en temps opportun, malgré la conscience qu'elle avait de l'importance de cette vérification. La défaillance de la NISA dans la demande de mise en œuvre de cette action, et la défaillance de TEPCO à la mener à bien, constituent conjointement une négligence qui a mené à la catastrophe. Ils ne peuvent utiliser l'excuse de circonstances qui auraient dépassé leurs prévisions.

 

 

La captation de régulation de l'industrie nucléaire japonaise

 

Les causes fondamentales de l'accident, comprenant l'incapacité à mettre en œuvre des mesures de prévention d'un tremblement de terre et d'un tsunami, et le manque de mesures destinées à faire face à un accident grave, peuvent également être imputées à la Fédération des Compagnies d'Energie électrique (FEPC). C'est une association de lobbying des compagnies d'électricité, non contrôlée, qui porte donc sa part de responsabilité.

            Bien qu'une vigilance constante soit requise pour se maintenir au niveau des normes internationales évolutives en matière de prévention des séismes, les opérateurs électriques du Japon ont, obstinément et de façon répétée, refusé de réévaluer et d'améliorer les réglementations existantes, dont les vérifications anti-sismiques et la mise en conformité. L'industrie nucléaire japonaise s'est montrée inférieure à la norme globale de préparation au risque sismique et au tsunami, et n'a pas su réduire le risque d'accidents graves en adhérant à la stratégie des cinq niveaux de défense en profondeur.

            L'examen par la Commission de la manière dont les régulations sont discutées et amendées révèle une relation de complaisance entre les opérateurs, les autorités de contrôle et les spécialistes universitaires, que l'ont ne peut caractériser que comme totalement inappropriée. Sur le fond, les autorités de contrôle et les opérateurs ont donné la priorité aux intérêts de leurs organisations sur la sécurité publique, et ont décidé que les opérations des réacteurs nucléaires au Japon "ne seraient pas arrêtées".

            Parce que les autorités de régulation et les opérateurs assuraient systématiquement que "la sûreté de l'énergie nucléaire est garantie", ils avaient un intérêt commun à éviter que les réacteurs existants ne soient mis à l'arrêt pour des raisons de sûreté, ou que des poursuites judiciaires ne soient lancées par des militants antinucléaires. Ils ont systématiquement évité, compromis ou reporté toute tentative d'action, et toute réglementation ou constatation qui auraient menacé le maintien en service des réacteurs nucléaires. La FEPC a été la principale organisation représentant cette position intransigeante auprès des agences de régulation et dans le monde universitaire.

            Nos investigations se sont concentrées sur le rôle important de lobbying mené par la FEPC pour le compte des opérateurs, et nous avons scruté la relation entre les opérateurs et les autorités de régulation. La Commission a constaté que la relation manquait, de fait, d'indépendance et de transparence, et était très éloignée d'une "culture de sûreté". Il s'agit d'un cas typique de "captation de régulation", où la supervision de l'industrie par les autorités de régulation cesse d'être effective. Nous en avons trouvé des exemples dans neutralisation des révisions du "Guide pour la conception antisismique", et dans les discussions erronées qui ont eu lieu à propos de la réglementation des mesures correctives à prendre en cas d'accident grave.

 

 

Les problèmes organisationnels de TEPCO

 

Cette fois encore, il nous faut pointer la mentalité organisationnelle de TEPCO comme étant l'une des causes de la catastrophe : d'une part, ils ont fortement influencé la politique énergétique et les régulations nucléaires tout en abdiquant leur propre responsabilité, et en laissant le METI prendre la responsabilité en première ligne. Mais d'autre part, ils également manipulé la relation de connivence avec les autorités de régulation pour affaiblir les mesures législatives et régulatrices.

            TEPCO a bel et bien organisé des réunions à propos de ce qu'il envisageait comme des risques pour la production nucléaire ; de tels risques étaient définis comme la perte potentielle de confiance en son utilité de la part du public en cas de catastrophe naturelle et une diminution possible du taux d'activité des réacteurs. Le risque d'un accident potentiellement grave n'est jamais apparu dans la liste des risques de TEPCO. TEPCO a expliqué cette omission flagrante en affirmant que la sûreté nucléaire relevait de son département sur le site de la centrale, et que par conséquent de tels risques ne devaient pas figurer dans les comptes-rendus des réunions de la Direction centrale des risques. Le risque de dommage à la santé et au bien-être publics n'était pas un problème pour TEPCO.

            Comme la production d'électricité est devenue de moins en moins profitable au fil des ans, la direction de TEPCO s'est mise à insister sur la baisse des coûts et l'augmentation de la dépendance du Japon dans l'énergie nucléaire. Tout en affirmant du bout des lèvres une politique de la "sûreté avant tout", la sûreté a subi le passage à d'autres priorités de la direction. Le fait que TEPCO ne disposait pas des diagrammes corrects des tuyauteries et des autres dispositifs de la centrale de Daiichi en est une illustration emblématique. Cette absence de diagrammes corrects a constitué l'un des facteurs de retard de la ventilation à un moment crucial durant l'accident.

            Après l'accident, TEPCO avait la double responsabilité de contenir la situation accidentelle et de rendre compte des faits concernant l'état de l'accident pour les habitants alentour, la nation et la communauté internationale, de façon appropriée et en temps opportun. Nous affirmons que l'information diffusée effectivement par TEPCO a été inappropriée, et que cette inadéquation a constitué elle aussi une cause indirecte de la détérioration de la situation. Par exemple, en ce qui concerne l'information sur un accroissement de la pression dans la cuve du réacteur n°2, TEPCO a diffusé un communiqué de presse à propos d'une injection d'eau de mer à 23h00 le 14 mars, mais n'a pas fait état d'un accroissement du débit de dose à l'entrée de la centrale, qui s'est produit entre 19h00 et 21h00 le même jour. TEPCO a également minimisé la gravité de la situation concernant les dégâts dans la chambre de suppression de l'unité n°2 ; de plus, il y a eu un délai significatif entre le moment où TEPCO a informé le Kantei et le moment où elle a révélé la chose publiquement.

            La Commission a également découvert un procès-verbal fait par TEPCO qui notait qu'elle n'avait pas informé le public d'une augmentation de pression dans la cuve du réacteur n°3, à 8h00 le 14 mars, parce que la NISA en avait interdit la publication. En fait, le Kantei avait simplement donné instruction à TEPCO de l'informer du contenu des communiqués au moment où ils étaient rédigés. En obéissant à l'ordre de la NISA de retenir la diffusion de cette information cruciale, TEPCO a de fait donné la priorité à ses propres intérêts et à ceux de la NISA, aux dépens du bien du public et de son droit à être informé.

 

 

Les problèmes organisationnels concernant les autorités de régulation

 

Avant l'accident, les corps de régulation manquaient d'une culture organisationnelle accordant la priorité à la sécurité publique sur leur propre confort d'institution, et de l'état d'esprit  nécessaire à la gouvernance et à la supervision. La Commission conclut que les failles structurelles dans l'administration du nucléaire doivent être identifiées par une investigation critique des structures organisationnelles, des lois et des réglementations, et du personnel concerné. Nous devions identifier les secteurs nécessitant une amélioration, reconnaître les leçons à tirer et envisager les réformes nécessaires à une mise en œuvre effective de la sûreté nucléaire à l'avenir.

            L'autonomie et la transparence doivent être mises sur pied dans les nouvelles organisations de régulation à créer. Elles doivent avoir des pouvoirs de supervision importants afin de contrôler correctement les opérateurs de centrales nucléaires. Un personnel nouveau avec une expertise hautement professionnelle doit être embauché et formé. Il est nécessaire d'opérer des changements drastiques pour obtenir un "système ouvert" fonctionnant correctement. Les relations incestueuses qui existaient entre les régulateurs et les entités privées ne doivent plus pouvoir réapparaître. Pour assurer que la sûreté et les systèmes de régulation du Japon se maintiennent au niveau des normes internationales, il est nécessaire d'en finir avec les vieilles attitudes qui ont été complices de l'accident qui s'est produit.

 

 

 

6. Le système législatif

 

La Commission a enquêté sur le besoin d'une réforme fondamentale des lois et des réglementations concernant l'énergie nucléaire. Elle a exposé les grandes lignes de la nécessité de préparer une structure organisationnelle qui assurerait des processus de décision sains pour la mise en œuvre de lois et de réglementations sur le nucléaire.

 

 

Lois et réglementations pour l'énergie nucléaire

 

La Commission a constaté qu'avant l'accident, la révision et l'amendement de lois et de réglementations n'étaient entrepris que sur une base disparate, en réponse à des préoccupations minuscules. La volonté d'opérer des changements importants et significatifs pour rester à niveau avec les normes de la communauté internationale faisait profondément défaut.

            Au moment de l'accident, les lois, les réglementations et l'infrastructure reposaient sur l'hypothèse que l'étendue et l'ampleur de catastrophes naturelles éventuelles n'excèderaient pas ce qui s'était déjà produit. On n'a pas su prendre en compte la perspective d'événements sans précédents tels que le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011, alors que l'éventualité de tels événements était connue.

            Ceux qui étaient en charge des lois et des réglementations qui présidaient au fonctionnement de l'industrie nucléaire au Japon avaient un état d'esprit dogmatique qui a empêché de suivre l'évolution des lois, des normes et des pratiques internationales, et qui a ignoré des conseils technologiques pertinents et des améliorations venant de l'étranger. Il en est résulté qu'au moment de l'accident, les lois et les réglementations gouvernant l'industrie nucléaire au Japon étaient dépassées par rapport celles des autres pays, et dans certains cas, obsolètes.

            Avant l'accident, l'objectif premier des lois et des réglementations sur le nucléaire était la promotion de l'énergie nucléaire. Les lois doivent être refondues en mettant l'accent avant tout sur  la sûreté, la santé et le bien-être publics. Les rôles, les responsabilités et les relations entre les opérateurs, les autorités de régulation et les autres entités concernées doivent être clairement délimités dans la Loi sur les Mesures spéciales concernant la préparation à l'Urgence nucléaire. La protection en profondeur doit être formellement ancrée dans les réglementations, pour qu'elle fonctionne correctement si le besoin s'en fait sentir à l'avenir.

            L'accident a mis en lumière la nécessité d'une réforme profonde et fondamentale des lois et des réglementations pour les amener au niveau des normes internationales, pour utiliser le savoir technologique de pointe et apprendre des autres accidents survenus dans le monde. Il est nécessaire de créer un système dans lequel les régulateurs ont l'obligation permanente de s'assurer que les lois et les réglementations reflètent les changements dans les normes internationales. Un mécanisme de suivi de la mise en place des infrastructures nécessaires doit être mis au point.

            Une fois que ces nouveaux systèmes, ces nouvelles lois et réglementations auront été créés, ils doivent être rétroactivement appliqués aux réacteurs existants. Il doit être explicitement précisé dans les lois que les réacteurs qui ne répondent pas aux nouveaux standards devraient être désaffectés ou traités de façon appropriée.

 

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 08:55

nagasaki6 et 9 août 1945, deux dates qui font frémir. Les commémorations actuelles nous rappellent que le monde a changé en profondeur sur la base de l’horreur nucléaire. Jean-Marc Royer, par l’article suivant, nous explique très clairement l’historique de ces programmes militaires et les effets impitoyables de la bombe A. On sait aujourd’hui que ces faits militaires d’une horreur sans nom n’étaient pas nécessaires pour mettre fin à la guerre… Merci à l’auteur de contribuer à ce travail de mémoire encore inachevé.

 

 

______________________

 

 

 

LA BOMBE ATOMIQUE, UN PUR PRODUIT DE LA TECHNOSCIENCE 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Les rappels qui suivent se veulent une aide au travail de mémoire qui reste, soixante-sept ans après les bombardements atomiques, encore très incomplet. L’autre motivation de ce texte réside dans le fait qu’il ne peut y avoir de conscience pleine et entière de ce qui s’est passé à Hiroshima, Nagasaki puis à Tchernobyl et Fukushima sans que l’on soit en mesure de s’en faire une représentation [1]. Puisse ces lignes y aider le lecteur. Pour cela, il lui faudra le courage de ne pas reculer devant la douleur dont il est question. A cette seule condition, il en sortira grandi en humanité.

 

 

Les " découvertes scientifiques " à l'origine de la bombe atomique 

 

Il n’est pas sans conséquences philosophiques majeures de constater que la bombe atomique est un produit direct de la science occidentale [2]. On constatera que la réponse ne fait plus de doute lorsque l’on examine, même rapidement, l’histoire de cette " invention " et de ses prémisses.

En 1896, Henri Becquerel découvre la radioactivité naturelle.

Niels Bohr présente en 1913 la première théorie qui expliquait ce phénomène : la matière est constituée d'atomes, eux-mêmes formés d'électrons " tournant autour d'un noyau ". Certains de ces atomes ne sont pas stables et se décomposent en émettant des rayonnements.

En 1905 Albert Einstein publie la théorie de la relativité. Pour lui, matière et énergie sont liés par l’équation qu'il note E = mc² et qui permet d'affirmer qu'une petite quantité de matière peut devenir une énorme quantité d'énergie… ce qui est le principe de la bombe atomique.

En 1934, Frédéric et Irène Joliot-Curie s'aperçoivent que l'on peut transformer un élément stable en un autre instable, en le bombardant de particules : c'est la radioactivité artificielle.

En décembre 1938, Otto Hahn et Fritz Strassman comprennent que le noyau d'uranium, bombardé de neutrons, se casse en deux en libérant deux neutrons et une énergie considérable : l'énergie nucléaire.

En 1939, Frédéric Joliot comprend que les neutrons libérés, peuvent fracasser à leur tour d'autres atomes d'uranium : c'est une réaction en chaîne. Celle-ci peut donner naissance à une grande source d'énergie.

Ainsi, dès 1939, tous les éléments scientifiques préalables à la bombe sont découverts.

 

 

LE PROJET MANHATTAN [3]

 

Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit une lettre signée d’Albert Einstein (reproduite plus loin) qui le met en garde contre les recherches effectuées par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer les Etats-Unis dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien, le hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique exploser à Hiroshima et Nagasaki et qui en dira : " Ce jour-là, j’aurais mieux fait de me couper les doigts de la main ".

 

Le 16 décembre 1941, neuf jours après l’attaque de Pearl Harbour, le président Roosevelt lance officiellement le projet Manhattan.

 

Eté 1942, la certitude est acquise d'une possibilité de réaction en chaîne ; les recherches de base et leur développement sont faits ; il n'y a plus qu'à établir un plan pour créer une force opérationnelle. Le général Groves est alors placé à la tête d'un groupe de techniciens et de savants qui compte plusieurs prix Nobel.

 

Le 2 décembre 42, au-dessous des gradins de Stagg Field à l’Université de Chicago, une équipe menée par Enrico Fermi initia la première réaction en chaîne nucléaire auto-entretenue.

 

Début 1943, le projet Manhattan entre dans une nouvelle phase. Il s'agit de trouver un élément qui soit capable de servir à la création d'une arme qui utiliserait l'énergie libérée par la fission nucléaire. Celui-ci doit répondre à deux critères : la facilité de production et la possibilité d’en produire une grande quantité. Deux voies se dessinent pour l'obtention d'un tel élément :

- Celle de l'uranium. Niels Bohr a calculé qu'une seule variété (isotope) de l'uranium peut " fissionner ", il s’agit de l'uranium 235. Mais celui-ci est rare : il faut le séparer du reste de l'uranium naturel 238U. L'obstacle paraît alors infranchissable.

- Celle du plutonium. Elément récemment découvert (inexistant dans la nature), il vient d'être obtenu en bombardant de l'uranium.

Le problème principal reste la rareté de ces deux éléments fissiles. On construisit donc deux énormes complexes industriels : l'un à Oak Ridge, dans le Tennessee, pour la production d'uranium 235. L'autre à Hanford, près d'un petit village sur les bords du Columbia, dans l'Etat de Washington pour la production du plutonium. [4]

 

 

lettreeinstein

 

 

Depuis mars 1943, date à laquelle fut mise en service le centre top secret de fabrication de l’arme nucléaire à Los Alamos (dans le désert du Nouveau-Mexique près de Santa Fé), une équipe de savants, sous la direction de Robert Oppenheimer, se livre à l'étude de l'architecture de la bombe elle-même.

 

L'Allemagne capitule le 8 mai 1945 mais le projet Manhattan n’arrive à son terme qu’en juillet 1945 [5]. Son succès confirme les deux filières (uranium 235 et plutonium). Les savants se trouvent donc en possession de deux types de bombe: l'une fonctionnant grâce à l'uranium (celle qui sera larguée sur Hiroshima), l'autre grâce au plutonium (produite en deux exemplaires : celle de l'essai " Trinity " et celle de Nagasaki).

 

220px-Atombombe Little Boy 2Le 16 juillet 1945, alors que les bombes Little Boy et Fat Man, destinées au Japon sont en route vers l'île de Tiniam pour y être assemblées, on a mis en place au sommet d'une tour, à Alamogordo, dans le désert " Jornado del Muerto ", dans l’État du Nouveau-Mexique, un des trois engins déjà fabriqués. L'explosion a lieu à 5 heures 30 du matin : un éclair aveuglant, insoutenable jusqu’à 35 Km, suivi d'une énorme détonation perceptible à 300 Km. L’explosion dégagea une force équivalente à 21 000 tonnes de TNT, c'est-à-dire la puissance destructrice de 2300 avions bombardiers B29 de l’époque, mais concentrée dans le temps (une fraction de seconde) et dans l’espace.

 

En constatant la puissance phénoménale engendrée par la bombe, Oppenheimer se rappela l'un de ses passages préférés d'un texte Sanskrit : " Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes ". Plus prosaïquement, son adjoint Kenneth Bainbridge, responsable des essais répondra : " À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute ". Rares sont les scientifiques qui regretteront ce qu’ils ont fait. Dans un livre de conversations sur ses souvenirs de Los Alamos, Richard Feynman explique :" Après l'explosion, il y eut une formidable excitation à Los Alamos. Tout le monde faisait la fête (...). Je me souviens que Bob Wilson était assis là et semblait broyer du noir. A quoi penses-tu lui ai-je demandé ? C'est terrible, ce que nous avons fait là, a-t-il répondu. " Bob Wilson était-il le seul physicien de Los Alamos, au soir du 16 juillet 1945, à broyer du noir ? Pas loin, si l'on en croit le physicien Richard Feynman : " ce qui nous est arrivé à tous est que nous avons commencé à faire quelque chose pour une bonne raison. Ensuite nous avons travaillé très dur pour y parvenir, avec plaisir, avec excitation. Et nous avons cessé de réfléchir. Bob Wilson était le seul qui continuait à réfléchir ". Il faut tout de même préciser que des scientifiques du projet Manhattan, qui connaissaient les effets des deux bombes, suggérèrent de larguer les bombes dans des zones isolées afin de montrer la puissance des Etats-Unis en faisant le moins de victimes possible. Mais cette éventualité avait été envisagée par la présidence puis écartée.

En mai 1946 est créé le Comité d’Urgence des Scientifiques Atomistes, groupe anti-nucléaire dont tous les membres avaient participé à la construction de la bombe, sauf Albert Einstein.

 

 

LES BOMBARDEMENTS D’HIROSHIMA ET DE NAGASAKI 

 

220px-Atomic cloud over HiroshimaHiroshima. La puissance dégagée est estimée à 13 000 t de TNT. C’est une énergie transformée pour 85% en lumière, en chaleur, en souffle et pour 15% en radiations. Chacun de ces effets est dévastateur.

Dès les premiers millionièmes de seconde, l’effet aveuglant de l’éclair est suivi de l’énergie thermique libérée qui transforme l’air en une boule de feu atteignant un kilomètre de diamètre en quelques secondes au-dessus d’Hiroshima. Au sol, la température atteint plusieurs milliers de degrés sous le point d’impact. Dans un rayon d’1 km, tout est instantanément vaporisé et réduit en cendres. Jusqu’à 4 km de l’épicentre, bâtiments et humains prennent feu spontanément ; les personnes situées dans un rayon de 8 Km souffrent de brûlures au 3° degré (Voir les témoignages des docteur Michihiko Hachiya et Shuntaro Hida).

Après la chaleur, c’est au tour de l’onde de choc (troisième effet) de tout dévaster : engendrée par la phénoménale pression due à l’expansion des gaz chauds, elle progresse à une vitesse de près de 1 000 km/h, semblable à un mur d’air solide. Elle réduit tout en poussières dans un rayon de 2 km. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont entièrement détruits.

Encore très méconnu en 1945, et spécifique à cette arme, le quatrième effet est celui des rayonnements immédiats. Suivant la dose, il entraîne la mort en quelques jours, quelques mois, ou des années après l’explosion. Les femmes enceintes au moment de l'explosion donnent naissance à des " bébés-monstres ". Le nombre de tués sur le coup est estimé à 80 000 ; dans les semaines qui suivirent, plus de 130 000 personnes ont succombé. A la fin de 1945, le total des morts est de 150 000. Le mémorial de la paix comporte 221 000 noms de personnes mortes des conséquences directes ou indirectes de l'explosion, mais l'estimation " finale " du nombre de morts se situe autour de 260 000 : ce dernier chiffre concerne autant les suites de ces effets que ceux produits par le cinquième effet, la contamination par inhalation ou ingestion.

Le nombre de victimes civiles peut être comparé à d’autres bombardements, mais il porte une lourde charge symbolique, liée à la vision d'Apocalypse de l'explosion et aux effets à très long terme de l'exposition aux radiations. Leó Szilárd, qui était impliqué dans le développement de la bombe, dira après la guerre : " Si les Allemands avaient largué des bombes atomiques à notre place, nous aurions qualifié de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamné à mort les coupables allemands lors du procès de Nuremberg et les aurions pendus. " [6]

 

220px-NagasakibombNagasaki. Le 9 août 1945, le B-29 " Bockscar " piloté par Charles Sweeney, partît de Tinian dans les îles Mariannes du Nord, en se dirigeant vers la cible initiale, Kokura, qui était sous les nuages. Conformément à la consigne " no see, no bomb " (" pas de visibilité, pas de bombe "), Bockscar se dirige alors vers Nagasaki où la couverture nuageuse se déchire, le temps pour le B29 de larguer " Fat Man ", à 11h 02. Cette bombe est une bombe au plutonium, différente de celle d'Hiroshima (Uranium 235), mais semblable à celle de l'essai Trinity, réalisé à Alamogordo, le 16 juillet 1945 (20 000 tonnes de TNT). 

Le scénario d'Hiroshima se reproduit, à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en fait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion. Une seconde grande ville du Japon vient d'être rasée en quelques secondes.

 

 

Les conséquences du bombardement 

 

La ville abritait, en 1945, 250 000 habitants, le nombre de tués sur le coup est estimé à 35 000 et le nombre des décès directs et indirects se situe entre 75 000 et 130 000.

Le bombardement de Nagasaki est différent de celui d’Hiroshima par plusieurs aspects :

- L’arme utilisée étant plus puissante, les dommages proches de l’hypocentre ont été plus profonds.

- L’habitat y étant plus diffus, la violence des incendies fût plus limitée : ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes et quelques heures pour se généraliser.

- L’arme étant un modèle au plutonium, la répartition des rayonnements gamma et neutroniques fut différente, ce qui a modifié la fréquence et la nature des leucémies observées.

Etant donné l’extrême toxicité radioactive du Plutonium, il serait logique d’avancer que l’ensemble des effets radioactifs a du être plus important qu’à Hiroshima, mais nous ne possédons pas de documents à ce sujet …

 

 

LA SPECIFICITE DE LA BOMBE A, UNE HORREUR DANS L’HORREUR 

 

Je ne sais pas comment sera la 3ème guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la 4ème" A. Einstein

 

Les plus brillants savants occidentaux collaborèrent à " l’invention de la bombe A " sans pour autant que leur sens moral ne les en détourne. Précisons tout de même ceci : le propre de la technoscience est de produire des " objets " dont la puissance dépasse l’entendement, la sensibilité et l’imagination humaine y compris de leurs auteurs (Cf. leurs réactions devant la 1ère explosion) ; précisons que l’entreprise Manhattan demandait justement que ces savants mobilisent de manière exclusive pour ce projet toute leur intelligence, leur énergie, et même tout leur être ; précisons aussi que pour cette réalisation, des lieux de résidence spécifiques avaient été construits (des villes secrètes identiques en URSS et aux Etats-Unis, sorte de campus de luxe où séjournaient également tous les personnels en charge des infrastructures et les familles des uns et des autres), les isolant ainsi de manière étanche du vulgum pecus, du sens commun ou de la " common decency " comme l’écrivait George Orwell ; précisons également que ce " Manhattan project " était vécu comme la " conquête de la dernière frontière scientifique " figure emblématique de l’aventure moderne avant que la " conquête spatiale " prenne le relais ; précisons enfin que les services spécialement dédiés à leur encadrement de tous les instants (y compris socio-affectif), rendaient difficile tout retour en arrière. L’exemple à la fois unique et admirable du physicien Joseph Rotblat, qui dût déployer des trésors de ruse pour s’enfuir de Los Alamos, montre que cela était difficile, mais pas impossible.

 

Tous les historiens sérieux sont maintenant d’accord là-dessus, l’argument des cinq cent mille vies nord-américaines [7] soi-disant épargnées par le largage de bombes Atomiques sur Hiroshima et Nagasaki fût inventé de toutes pièces par le gouvernement des Etats-Unis en direction de l’opinion publique nord américaine et internationale, illustration supplémentaire du fait que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Pour le dire très vite, le Japon n’a pas tant capitulé suite à Hiroshima-Nagasaki que suite à la déclaration de guerre de Staline en date du 8 août. Les japonais redoutaient plus que tout l’occupation et les appétits territoriaux soviétiques lesquels étaient en train de retourner leur immense armée vers ce front. Par ailleurs, les Etats-Unis avaient compris que cette arme terrible devait être utilisée pour prouver aux yeux du monde leur supériorité militaire et scientifique.

Les historiens ont qualifié le 6 août 1945 comme premier acte de la guerre froide, ce qui est exact, mais largement insuffisant : il s’est agi du premier acte d’une guerre déclarée à l’ensemble du vivant et de la planète.

Si l’on accepte cette réalité historique maintenant démontrée, réalité qui est la clé de l’analyse (tout comme l’acceptation de l’existence des camps de la mort est une des clés de l’analyse du nazisme) alors, plus rien ne peut voiler le regard sur cet évènement. Des conclusions incontournables en découlent.

 

heat%20picSon premier caractère est qu’il constitue un crime contre l’humanité [8]. Mais il a été perpétré contre un peuple dont l’armée et ses dirigeants politiques se sont eux-mêmes rendus coupables de crimes du même type sur le continent et ont ensuite été défaits. Ce qui explique en partie que cette " leçon " de l’histoire ne pût être tirée par l’humanité, aucune " institution " située du côté des vaincus n’étant en mesure d’en supporter la mémoire, dans tous les sens du terme.

Horreur dans l’horreur. Les " hibakusha ", témoins vivants de la défaite et assimilés aux pestiférés par peur d’une contagion fantasmée, furent l’objet de la honte publique, décourageant ainsi la plupart des rescapés de participer à un quelconque travail de mémoire, témoignage dont on a vu avec, entre autres, Primo Lévi, Robert Antelme, David Rousset, Marcel Ophüls, l’importance capitale dans l’Europe intellectuelle de l’après-guerre et encore maintenant. Alors que les oreilles étaient encore bien bouchées à la cire, que les bouches étaient closes par des lèvres pincées, que les mémoires étaient recousues au fil de la honte, que les inconscients étaient forclos par de vieux barbelés rouillés, ces artistes hors du commun nous ont permis de penser l’histoire européenne d’après 1945.

Horreur dans l’horreur. Les responsables japonais procédèrent à une " reconstruction " rapide de la ville qui eût pour but avoué d’effacer méticuleusement toutes les traces de ce crime effroyable. Comme si à la place d’Auschwitz s’élevait maintenant un mémorial design affublé d’une sorte de parc d’attraction pour la paix. Plus de traces, telle est le credo commun à tous les criminels et négationnistes. (Cf. ce qu’en dit précisément Günter Anders).

Horreur dans l’horreur. Peu connu aussi, est le fait que les Nord-américains ont activement contribué à ce processus, soit par leur " aide à la reconstruction " ; soit en menant sur place et avec l’aide des autorités japonaises, des études militaires sur toutes les conséquences de ce bombardement, y compris quant aux suites médicales des radiations nucléaires pour les générations à venir. Mais " la raison d’Etat " primant sur les souffrances de milliers d’innocents, celles-ci furent versées dans des archives secrètes nord-américaines, accessibles seulement depuis peu. Ceci n’était d’ailleurs que la suite des essais effectués, à leur insu, sur des patients dans une aile de l’hôpital de Rochester : on inoculait du plutonium à ces " Human products " (ce fût leur nom de code) à l’aide de seringues spécialement conçues [9].

 

Horreur dans l’horreur. Contrairement à ce qui s’est produit pour la Shoah [10], vainqueurs et vaincus se sont associés pour aveugler l’humanité, avec succès jusqu’à ce jour, sur la nature des crimes commis à Hiroshima et Nagasaki. Le travail de mémoire fût ainsi forclos à plusieurs titres, de la même façon que l’on tente d’enfermer un déchet radioactif : on sait pertinemment qu’on en repasse la dangerosité aux générations suivantes.

Horreur dans l’horreur. Le largage des bombes atomiques fût non seulement un crime contre l’humanité, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l’on appellerait aujourd’hui un Ecocide. Le refoulement de cette catastrophe systémique pour l’écosphère ne sera pas non plus sans conséquences pour l’avenir de l’humanité et la manière d’en écrire l’histoire. Les peuples qui refusent leur histoire la traînent comme un boulet.

Horreur dans l’horreur. Alors que cette " invention " était porteuse de la mort généralisée du vivant sur la planète, les gouvernements et la plupart des médias occidentaux ont tout fait pour la recouvrir d’un épais manteau d’admiration et de dévotion devant le génie et la puissance des chercheurs, se prosternant devant la science, la technique, l’industrie, les militaires et la nation nord-américaine. Un nouveau dieu est apparu ─ à la puissance inquiétante certes, comme tous les dieux – et à la gloire duquel de nouveaux hymnes devaient être forgés sur le champ. Entre les deux blocs idéologiques de cette époque, Joseph Rotblat, Albert Einstein, Bertrand Russel, ultra minoritaires, furent parmi ceux qui tentèrent de faire entendre la vérité.

On a beaucoup insisté, et à juste titre, sur le travail de mémoire [11] nécessaire pour maintenir vivant le souvenir de ceux qui sont morts dans les camps nazis. Mais le travail concernant Hiroshima et Nagasaki [12] rencontre de puissants obstacles : ceux qui ont été érigés par les ex-belligérants eux-mêmes en s’excluant, dès leur création, des poursuites possibles de toute juridiction internationale ; ceux mis en place par les autres puissances atomiques, qui voudraient effacer toute trace non seulement des victimes, mais du danger que cette technoscience fait courir à de tout le vivant sur notre planète.

 

hiroshima-lanterns-resizedAujourd’hui est venu le temps de dire que les bombardements d’Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes [13] de l’industrie nucléaire doivent faire l’objet d’un travail de mémoire au moins aussi important pour l’avenir de notre humanité.

 

 

 

 

 

Sources :

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. html

et http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html

 

A voir :

- Le documentaire d’une heure en vidéo sur le bombardement atomique " Rain of ruin " qui bien qu'entièrement aligné sur les thèses officielles américaines (millier de vies américaines sauvées, refus du Japon de se rendre etc.) est très instructif sur la préparation et les infrastructures mises en place pour arriver aux bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki.

- Le DVD " La bombe " de Peter Watkins, tourné en 1965.

- « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « l'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima. Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

 



[1] Voir à ce sujet « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « L'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima

Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

[2] Il faut avoir en tête que seule l’approche scientifique pouvait découvrir, puis utiliser la constitution de la matière comme forme « d’énergie » : aucune technique humaine n’aurait été en mesure de le faire.

[4] Pap NDIAYE, Du nylon et des bombes : Du Pont de Nemours, le marché et l'État américain, 1900-1970, Belin, " Histoire et société/Cultures américaines ", 2001

[5] Addendum personnel à la fable de Günter Anders : Si la bombe avait été prête en janvier 45 selon le programme initial, aurait-elle été lancée sur Berlin ou sur Dresde ? Quelles justifications aurait-on invoqué alors ?

[7] « Hiroshima/Nagasaki : une vérité inavouable », Le Nouvel Observateur, semaine du 28/07/2005. En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que " rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire en août 1945 ". Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d’Etude de la Guerre froide à l’université de Santa Barbara en Californie, a publié " Racing the Enemy " (Harvard University Press).

[8] Il faut faire l’effort d’aller voir la définition établie pour Nuremberg et son évolution dans le droit international.

[10] L’usage de ce terme est " une facilité de langage " qui ne doit pas faire oublier que les opposants politiques, les " malades mentaux ", les tziganes et tous ceux qui furent catalogués comme " déviants ", furent tout autant victimes du nazisme que les juifs.

[11] Les médias et les " piètres penseurs " ont essayé d’en faire un devoir de mémoire pour en désamorcer les leçons, le muséifier puis le transformer en " marronnier " de magazine.

[12] Quelques exemples : pourquoi ne parle-t-on jamais de la spécificité du bombardement au plutonium de Nagasaki et de ses effets, alors que l’on sait très bien que ce radioélément est autrement plus dangereux que l’uranium ? Par ailleurs, la contamination de la faune, de la flore, des eaux de surface et souterraines, de la mer avoisinante n’auraient-elles pas existé ? Qui connaît Wilfred Burchett, journaliste australien indépendant qui fût forcé par les militaires états-uniens de renier publiquement ses premiers articles décrivant les horreurs d’Hiroshima ? Et le rôle des trois commissions militaires qui débarquèrent en septembre 1945 à Hiroshima et Nagasaki ?

[13] Cf. le rapport du CERR (ou CERI en anglais). http://www.euradcom.org/

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 23:48

dosimetre.jpg« Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce sens. » 

Décidément, cette commission indépendante est très critique mais aussi très réaliste. Non seulement elle dénonce des ordres d’évacuation chaotiques et un manque criant de préparation au désastre nucléaire, mais elle met aussi en évidence l’absence de formation du public sur les effets de la radioactivité sur la santé. « Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée. »

 

Oui, 16 mois après la catastrophe, il est grand temps que la population sache ce qu’elle risque en vivant dans des territoires contaminés. Sans doute en réaction à ce rapport, une mesure a été prise pour la prochaine rentrée : les enseignants et les écoliers recevront une formation sur la radioactivité. Est-ce que ce sera suffisant ? Probablement pas, car la matière est très complexe et il faudra de nombreuses années avant que la population n’acquière une culture de l’atome. En France, pays aux 58 réacteurs nucléaires, la situation est identique : la radioactivité est un sujet tabou qui n’est au programme ni de l’école, ni du collège. La société française fait exactement comme la société japonaise avant Fukushima, elle est dans le déni du danger nucléaire et dans un état incroyable d’impréparation au désastre.

 

Mais revenons au Japon avec la traduction de la quatrième partie du résumé des conclusions de la commission d’enquête, correspondant aux pages 37 à 41 du rapport de 88 pages édité en anglais.

 

 

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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

(traduction : Guy Fargette)

 

_______

 

 

4. L'étendue des dommages

 

La commission a abouti à un certain nombre de constatations concernant l'étendue des dommages provoqués par l'accident sur la centrale nucléaire. Nous avons étudié la manière dont les décisions ont été prises, et comment les stratégies et les mesures palliatives ont été communiquées au public. Nous avons également enquêté sur ces éléments du point de vue des habitants affectés par les conséquences de l'accident.

 

 

Dommages infligés par l'accident de centrale

 

Les effets de l'accident continuent bien sûr à se faire sentir et continueront d'affecter le pays. L'accident a provoqué l'émission de 900 PBq (1015 Bq) de substances radioactives, 1/6 du total des rejets de l'accident de Tchernobyl si on les convertit en niveau d'iode. Il y a maintenant de vastes étendues du pays — 1800 km² — dans la préfecture de Fukushima dont les niveaux de contamination atteignent une dose cumulée potentielle de 5 mSv/an ou davantage.

            Les habitants sont particulièrement préoccupés par leur niveau d'exposition. Cependant, les conséquences sanitaires ne sont pas encore connues du fait des différentes conditions qui s'appliquent à chaque individu. Une estimation de l'exposition externe cumulée sur les 4 premiers mois suivant l'accident pour 14 000 habitants environ (à l'exclusion des travailleurs de la centrale) dans trois villes et villages où les doses de radiation ont été relativement élevées, montre que 0,7 % d'entre eux ont été exposés à 10 mSv ou plus, et 42,3 % ont été  exposés à moins de 10 mSv, dont 57 % ont été exposés à moins de 1 mSv. Bien que ces valeurs soient généralement basses, il est clair que des habitants souffrent de stress provoqué par la peur de l'inconnu.

 

 

Des ordres d'évacuation chaotiques

 

L'enquête de la commission a révélé que de nombreux habitants n'ont pas été informés qu'un accident s'était produit ou qu'il s'aggravait rapidement et que des fuites radioactives avaient lieu, et cela, même après que le gouvernement et certaines municipalités en aient été informés.

            Lorsque les conséquences de l'accident ont commencé à s'aggraver, les destinations d'évacuation et d'autres aspects de l'évacuation ont été souvent modifiés. Mais, même durant la période d'aggravation, la plupart des habitants proches sont restés dans l'ignorance de la catastrophe ou de sa gravité, sans parler du risque accru.

            Un total de 146 520 habitants ont été évacués à la suite des ordres d'évacuation du gouvernement. Pourtant, de nombreux habitants proches ont été évacués sans informations précises. Dans l'ignorance de la gravité de l'accident, ils pensaient ne partir que pour quelques jours et n'ont emporté que le strict nécessaire. Les ordres d'évacuation ont été régulièrement révisés tandis que les zones d'évacuation passaient du rayon initial de 3 km à 10 km, puis 20 km, tout cela en une seule journée. A chaque fois que la zone d'évacuation était étendue, les habitants devaient se déplacer. Certains évacués n'ont pas été informés qu'ils avaient été envoyés sur des sites de forte radioactivité. Les hôpitaux et les crèches dans la zone des 20 km se sont débattus pour assurer des moyens de transport et trouver des hébergements ; 60 patients sont morts en mars de complications liées à l'évacuation. L'exaspération a monté parmi les habitants.

            Le 15 mars, les habitants de la zone entre les 20 et 30 km ont reçu l'ordre de se calfeutrer. Comme cette mesure a duré plusieurs semaines, ces habitants ont été victimes d'un grand manque d'information et de moyens. L'ordre de calfeutrage a été en conséquence revu en évacuation volontaire. Mais là aussi, l'information sur cette modification a été tristement déficiente et les habitants se sont retrouvés à devoir évacuer sans posséder les informations indispensables. La Commission conclut que le gouvernement a de fait abdiqué sa responsabilité envers la sécurité publique.

            Le fait que certaines parties de la zone des 30 km subissaient de forts niveaux de radiation a été connu avec la publication du Système pour la Prédiction de l'Information environnementale sur la dose d'urgence (SPEEDI), le 23 mars. Mais ni le gouvernement ni le Centre de Réponse d'Urgence nucléaire n'ont pris de décision rapide pour l'évacuation des résidents de ces zones qui n'ont été évacuées qu'un mois plus tard.

 

 

Le manque de préparation au désastre nucléaire

 

Les autorités de régulation s'étaient aperçues de divers problèmes concernant la préparation à une catastrophe nucléaire avant l'accident, mais elles n'avaient pas redéfini les mesures de prévention. En conséquence, les retards dans la mise en œuvre ont contribué à une réponse inappropriée, comme on a pu le constater durant l'accident.

            La Commission de Sûreté nucléaire (NSC) a commencé à revoir les directives de prévention de catastrophe en 2006, pour s'aligner sur les nouveaux standards internationaux. Néanmoins, la NSC redoutait que les habitants s'inquiètent de la nécessité de mesures de protection supplémentaires après avoir été régulièrement assurés du caractère inoffensif de l'énergie nucléaire, et que ces inquiétudes alimentent les arguments opposés au projet plutonium-thermal (utilisation du Mox), alors en cours. La NSC n'a pas su expliquer comment l'initiative de défense civile pourrait être bénéfique pour les habitants, et a échoué à mettre en œuvre les standards internationaux de façon consistante. Bien que la révision des directives se soit poursuivie après 2007, l'accident s'est produit alors que cette révision était toujours en cours.

            Après le tremblement de terre de Niigata en 2007, il était évident que l'hypothèse d'une catastrophe multiple devait être prise en compte dans les mesures de prévention d'un accident nucléaire. Pourtant, la NISA a maintenu des contre-mesures basées sur l'hypothèse d'une faible probabilité de catastrophe multiple. La NISA n'a finalement fourni que des conseils passifs à propos des simulations de catastrophe fondées  sur une telle éventualité.

            Pendant ce temps, le gouvernement n'a pas non plus intégré l'hypothèse d'un accident grave ou d'une catastrophe multiple dans aucun de ses exercices de catastrophe nucléaire. Lorsque le cadre des exercices a été étendu, ceux-ci ont perdu de leur substance, et ont été réalisés dans un but cosmétique, plutôt que d'amélioration de la préparation. Les exercices non pertinents étaient dépourvus d'instruction sur la nécessité d'utiliser des outils tels que l'obtention d'informations sur les radiations depuis le système SPEEDI. Quoiqu'il ait été appliqué dans les exercices annuels, les participants ont trouvé les exercices inutiles au moment de l'accident.

            Le Système de Soutien à la Réponse d'Urgence (ERSS) et le système SPEEDI doivent servir à protéger la sécurité publique. Les directives sur la surveillance de l'environnement reposent sur l'hypothèse que l'ERSS prédit et anticipe les émissions de matières radioactives et les données de rejet, et que le SPEEDI prédit et anticipe la diffusion de matières radioactives à partir l'ERSS. Les mesures de sûreté publique, y compris celles qui concernent l'évacuation, devraient reposer sur l'utilisation de ces systèmes.

            Si les données d'émission ne peuvent être récupérées depuis l'ERSS, le système SPEEDI ne fournit que des données trop peu fiables pour délimiter les zones d'évacuation. Certaines des personnes impliquées étaient conscientes des limitations du système, mais aucune révision n'a été réalisée avant la catastrophe. Il n'y avait pas d'autre réseau de données qui aurait pu suppléer ou remplacer les systèmes de prévision.

            Ce dispositif a échoué. Les données d'émission n'ont pu être récupérées de l'ERSS, et le gouvernement a été incapable d’utiliser les résultats de SPEEDI dans la planification des mesures de protection, et dans la définition des zones d'évacuation. Quelques semaines plus tard, la NSC a publié une estimation du panache de radioactivité au moment de l'accident. Bien que l'estimation de la NSC ait été réalisée par une analyse a posteriori fondée sur une surveillance des données de long terme, le public a cru par erreur qu'elle avait été réalisée au moment de l'accident, que le gouvernement l'avait ignorée ou ne l'avait pas publiée. Cela a accru la méfiance du public.

            En même temps, les systèmes médicaux d'urgence sur les radiations avaient été établis  provisoirement, après les problèmes survenus au moment de l'accident JCO de 1999. Personne n'avait pris en compte la nécessité d'une préparation à une exposition à la radioactivité d'une grande zone géographique, comme cela s'est produit à Fukushima. A cause de cela, la plupart des dispositifs n'ont pu servir car ils étaient trop proches de la centrale, mais aussi du fait de leur capacité et des effectifs de personnels médicaux entraînés. Ces institutions médicales avec une capacité de traitement d'urgence nucléaire n'ont pas fonctionné comme prévu.

 

 

Conséquences actuelles et futures des radiations sur la santé

 

L'une des préoccupations majeures parmi les habitants est l'effet des radiations sur leur santé. Néanmoins, le gouvernement et la Préfecture de Fukushima doivent encore apporter une réponse adaptée aux inquiétudes pressantes des habitants en ce qui concerne la dose de radiation dans leur environnement, son effet sur leur santé et d'autres questions liées aux radiations. Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée.

            Il n'y a pas de consensus parmi les experts sur les effets sanitaires de l'exposition à de faibles doses de radiation, mais nous sommes d'avis que les limites devraient être fixées aussi bas que l'on peut raisonnablement le faire. Le gouvernement doit faire des efforts pour expliquer la nécessité de limites, et justifier les niveaux choisis, de manière claire et compréhensible pour les citoyens ordinaires. Le gouvernement n'a pas encore sérieusement entrepris de programmes pour aider les gens à comprendre suffisamment bien la situation, pour qu’ils prennent leur propre décision en connaissance de cause. Le gouvernement n'a, par exemple, pas clairement expliqué les variations de risque d'exposition aux radiations selon les diverses populations, telles que les enfants et les jeunes, les femmes enceintes, ou d'autres catégories plus vulnérables aux effets des radiations.

            On a beaucoup appris avec l'accident de Tchernobyl sur l'exposition aux faibles doses, y compris le risque de cancers de la thyroïde parmi les enfants. Or, bien que les effets positifs de l'administration de comprimés d'iode et le bon moment de leur prise aient été pleinement connus, le Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du gouvernement et l'Exécutif de la Préfecture n'ont pas su fournir les instructions correctes pour le public.

            Un contrôle approprié de l'exposition interne du public est important pour la gestion de la santé sur le moyen et long terme. Bien que les normes aient été fixées en détail, il est plus important que le gouvernement communique par des moyens clairement utiles au public : identifier ce qui est mangeable, ce qu'est le niveau tolérable d'absorption, quels produits demeurent sains, et si les tests sont fiables. Le gouvernement devrait répondre efficacement aux inquiétudes publiques par des inspections minutieuses et une communication transparente. Ni le gouvernement, ni la Préfecture n'avaient préparé de plans pour recueillir des informations sur l'exposition interne au césium radioactif.

            TEPCO n'avait pas préparé les mesures de sûreté pour les travailleurs en cas d'accident grave, et l'information sur les doses dans l'environnement ne leur a pas été fournie immédiatement après l'accident. Il est important que l'exposition des employés de la centrale soit contrôlée avec exactitude, assurer la sûreté des travailleurs durant la réponse à l'accident est crucial.

            De plus, l'exposition aux radiations n'est pas le seul enjeu sanitaire. Les gens de Fukushima souffrent de problèmes de santé mentale, c'est devenu un problème social sérieux parmi les victimes de Tchernobyl. La Commission considère la santé mentale et physique des habitants comme une priorité majeure, et conclut à la nécessité d'une action urgente. Les études sur les conditions de santé des habitants de Fukushima sont nécessaires, mais un système de contrôle adéquat avec des équipements de contrôle représente un besoin urgent. Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce sens.

 

contamination-Cesium_fr.jpg

Carte montrant l'accumulation de césium-137 d'après les données recueillies par le MEXT le 2 juillet 2011

 

 

Les problèmes à long terme d'environnement et de décontamination

 

Une fois que les matières radioactives sont relâchées, elles continuent à affecter l'environnement et il faut  s'en occuper de manière efficace. De tous les problèmes résultant de l'accident, la Commission considère que le problème de la pollution environnementale est le moins traité. Comme le montrent les observations sur l'accident de Tchernobyl, les retombées radioactives répandues sur une vaste zone demeurent dans les zones de forêt et de montagne pendant de nombreuses années, et leur niveau ne diminue pas naturellement avant de longues décennies. Les feux de forêt, les inondations et d'autres facteurs peuvent étendre encore la contamination.

            L'eau de pluie lessive les substances radioactives et provoque des zones de concentration élevées ("hotspots", "points chauds") dans des lieux tels que les lacs. Des dépôts hautement contaminés tendent également à se former au fond de la mer. Le gouvernement devrait s'occuper rapidement de ces problèmes, avec une perspective à long terme pour corriger la situation.

            Le gouvernement dépense des montants considérables d'argent et d'énergie dans des programmes de décontamination, mais des problèmes fondamentaux sont apparus dans la mise en œuvre. De nombreuses régions se sont révélées incapables de sécuriser des sites de stockage temporaires pour les débris contaminés, et ce problème a été exacerbé par l'action unilatérale du gouvernement qui a voulu faire avancer la décontamination sans avoir au préalable obtenu l'assentiment des habitants. Il a été prouvé que plus la communication est bonne entre les exécutifs municipaux et la population, plus la communauté réussit à sécuriser les stockages de débris temporaires.

            La commission reconnaît que les habitants ont également des projets de décontamination différents selon la région, et il faut prendre en considération leurs demandes. Certains veulent demeurer dans leur région d'origine et soutiennent activement la décontamination ; d'autres veulent partir et demandent des compensations pour être aidés dans leur déménagement. De nombreux habitants ont le choix et, dans ce cas, le gouvernement doit les aider à prendre des décisions informées.

            Il est temps de commencer à étudier la rentabilité de la décontamination et de son effet sur l'environnement, ainsi que les méthodes utilisées dans le processus de décontamination. Sans une analyse en profondeur, les inquiétudes majeures des habitants resteront sans réponse : peuvent-ils retourner chez eux ? Si oui, quand ? S'ils retournent, pourront-ils subvenir eux-mêmes à leurs besoins ?

            La décontamination ne devrait pas être traitée comme une décision unilatérale, mais doit être classée selon son efficacité. Il faut garder en mémoire que la clé des questions posées par les habitants n'est pas la décontamination, mais le fait de savoir s'ils pourront reprendre leur vie antérieure. Le gouvernement doit continuer le processus de décontamination tout en révisant les plans pour intégrer l'expérience acquise.

 

 

 

__________________

 

Photo d’entête : Le Nouvel Observateur - Les enfants de la ville de Kawamata, dans la préfecture de Fukushima au Japon, tiennent des dosimètres (21 juin 2011)

 

 

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 00:02

meeting4Cette page fait suite à l’article "Rapport de la commission indépendante sur la catastrophe nucléaire de Fukushima : la vérité dévoilée". Après notre appel pour traduire l’intégralité du rapport japonais en français, des volontaires ont pris le relai de Jean-Marc Royer. Merci à eux !

Voici la traduction de la troisième partie du résumé des conclusions, correspondant aux pages 32 à 36 du rapport de 88 pages édité en anglais. Où l’on apprend, entre autres, avec stupeur qu’au Japon, pays des séismes et des typhons, « l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée » et avec écœurement que « M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité ». Oui M. Edano, effectivement, il faudra attendre quelques années pour voir clairement les effets sanitaires… 

 

 

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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

 

 

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3. La réponse d'urgence à l'accident

 

 

 

(traduction : Guy Fargette)

 

 

La Commission a enquêté sur la manière dont TEPCO, les agences de régulation, le gouvernement et le Kantei (Cabinet du Premier Ministre) ont répondu à l'accident —  y compris les premiers stades de la réponse, le développement de l'accident, le système de réponse d'urgence et le système de gestion de crise.

 

 

La réponse de TEPCO à l'accident.

 

            Au moment de l'accident, ni le Directeur exécutif ni le Président de TEPCO n'étaient présents ni joignables, situation inconcevable pour un opérateur de centrales nucléaires. Les deux hommes avaient également une compréhension différente de la structure de la Réponse d'Urgence, un fait qui a très probablement contribué au retard dans la réponse de TEPCO à l'accident.

 

Former TEPCO president

 

L’ancien président de Tepco,

Masataka Shimizu,

à la 18ème réunion de la Commission

 

 

 

            Le manuel de TEPCO pour la réponse à un accident grave était complètement inefficace, et les mesures qu'il recommandait ne convenaient pas. Ce manuel présupposait que les mesures des paramètres de fonctionnement du réacteur seraient lisibles, mais il n'avait pas envisagé un blackout prolongé de l'installation comme ce qui s'est produit à Fukushima et qui a empêché tout suivi de ces paramètres.

            La chaîne de commandement a été perturbée durant la période d'urgence. Dans une situation d'accident, la direction de la centrale était supposée communiquer avec la NISA (Agence de Sûreté industrielle et nucléaire) à partir du site déporté ERC (Centre de Réponse d'Urgence), mais cela n'a pas été possible par suite du dysfonctionnement de ce site déporté, qui se trouvait dépourvu de courant électrique à la suite des dégâts du tremblement de terre. La situation effective du dégazage dans l'unité 1 n'a pas été communiquée à la NISA, ni au bureau du Premier Ministre, ce qui a favorisé une atmosphère de méfiance entre la direction TEPCO du site, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. La décision du Premier ministre qui en a résulté, d'aller sur le site et de donner des instructions, n'a pas seulement pris du temps aux opérateurs du site, mais a perturbé la chaîne de commandement prévue entre la compagnie nucléaire, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. Si la direction de TEPCO avait communiqué activement la situation du site dès le début, et expliqué la gravité de la situation aux autres parties, il est possible que la méfiance — et la confusion qui a suivi dans la chaîne de commandement — auraient pu être évitées.

            La direction de TEPCO n'a pas non plus produit de support technique suffisant. Alors que la situation de l'Unité 2 continuait de se détériorer, Masao Yoshida, le directeur général de la centrale de Fukushima, a demandé un avis technique au PDG et VP Sakae Muto, mais celui-ci en transit depuis le site déporté n'a pu répondre. La direction de TEPCO n'a pas non plus réussi à protéger Yoshida des questions directes du Kantei, et a approuvé les instructions du Directeur Madarame de la NSC, bien que celui-ci ait été hostile aux décisions prises sur le site, la première ligne de la réponse à l'accident.

            Enfin, l'état d'esprit de l'encadrement de TEPCO d'"obéissance à l'autorité" a entravé leur capacité de réaction. La confusion produite par le commentaire à propos de "l'évacuation", par le Président Shimizu, et l'intervention du Kantei résulte de cet état d'esprit. Au lieu de prendre des décisions déterminées et de les communiquer clairement au gouvernement, TEPCO a suggéré ce qu'elle croyait que le gouvernement souhaitait entendre et n'a pas réussi à s'en tenir à la réalité. Il est difficile de conclure que ce serait le Premier ministre qui aurait découragé l'idée d'une évacuation complète, comme il a été rapporté ailleurs, pour diverses raisons :

1/ la direction du site n'a jamais envisagé un retrait complet de ses employés ;

2/ il n'y a pas de trace qu'une décision en faveur d'un retrait complet ait été prise à la direction de TEPCO,

3/ le projet d'évacuation, préparé avant la visite de Shimizu au Kantei, prévoyait de maintenir des membres de la Réponse d'Urgence à la centrale ;

4/ le Directeur-général de la NISA, que M. Shimizu a contacté, a assuré qu'il n'avait pas été consulté pour une évacuation totale ;

5/ l'équipe du site déporté, jointe par un système de vidéo-conférence, a certifié qu'il n'y avait pas de discussion sur l'hypothèse d'une évacuation complète.

Il est clair qu'il y a eu une incompréhension de la part du Kantei, mais la raison fondamentale tient à l'état d'esprit des dirigeants de TEPCO, fait de déférence et de dépendance vis-à-vis de l'autorité gouvernementale, et à l'abdication de leurs propres responsabilités, malgré la nature privée de l'entité.

 

 

Les organisations de réponse d'urgence du gouvernement

 

Au moment de l'accident, le système de réponse gouvernemental à un accident n'était pas en état de fonctionner comme prévu. Les systèmes qu'il avait été prévu d'utiliser en cas de catastrophe — tels que les infrastructures de communication et de transport — ont été mises hors d'état par les conséquences du tsunami et du tremblement de terre. L'échec du Système gouvernemental de Réponse à l'Accident dans les premiers temps a été l'un des facteurs qui ont poussé le Kantei à augmenter son implication dans la réponse à l'accident.

Le système de réponse à l'accident gouvernemental était constitué principalement :

*du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre,

*du Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire de la NISA

*et de l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire.

Dans l'ensemble, aucune de ces organisations n'a fonctionné comme prévu.

 

Naoto Kan

 

 

 

L’ancien premier ministre,

 

Naoto Kan,

 

à la 16ème réunion de la Commission

 

 

 

            Le Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre, et son Secrétariat étaient censés diriger la coordination globale des mesures de Réponse d'Urgence, telles que les mesures destinées à protéger les habitants à proximité, mais ils ont été incapables de mener cette tâche à bien.

            Bien que l'intervention du Kantei ait contribué à aggraver la catastrophe, l'échec du Secrétariat du Centre pour l'Urgence nucléaire à collecter et à partager les informations sur l'évolution de l'accident et de la réponse (qui lui étaient apportée) a constitué un facteur significatif. De plus, l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire n'a pas pris l'initiative dans la réponse locale à l'accident, comme une émission d'ordre d'évacuation. La cause en a été la coïncidence du tremblement de terre, du tsunami et de l'accident nucléaire, et l'absence d'une stratégie préétablie à un accident grave prolongé.

            Le Centre de Gestion de Crise, situé dans le bâtiment du Kantei, était déjà saturé par la gestion des conséquences du tremblement de terre et du tsunami, et se trouvait dans l'incapacité de répondre à l'accident nucléaire. La Commission de Sûreté nucléaire a rencontré de nombreux problèmes et s'est montrée incapable de fournir des conseils fondés sur l'expertise de sa propre organisation. Le Ministère de l'Education n'a pas non plus réussi à utiliser les systèmes qu'il avait préparés.

            En un moment où les événements se précipitent, il est absolument vital que chaque flux d'information soit partagé en temps réel. Bien qu'il y ait eu un système de téléconférence reliant le Kantei à chacune des organisations concernées, il n'y a pas d'attestation que le système ait été utilisé, tout particulièrement pour partager des informations entre le Kantei et ces organisations. TEPCO a transporté son propre système de téléconférence au site déporté et l'a utilisé pour mettre en relation le Siège avec la centrale de Fukushima. Si TEPCO avait connecté son système au réseau de téléconférence du gouvernement, il aurait été en mesure de partager l'information en temps réel dès les premiers stades, mais cela n'a pas eu lieu.

 

 

La réponse d'urgence du Kantei

 

Alors que la situation se détériorait et que les systèmes de réponse à l'accident prévus par le gouvernement ne parvenaient pas à fonctionner, le Kantei a pris le contrôle de la réponse d'urgence, avec le Premier ministre Naoto Kan au centre d'un groupe ad hoc d'hommes politiques, de conseillers et le responsable (chairman) de la NISA. Ce groupe étaient composé de gens qui n'étaient pas des experts et qui n'avaient pas de compréhension adéquate de la situation sur le site.

            Le Kantei a rencontré des problèmes dès le début. Après avoir s'être vu notifié par TEPCO que la situation correspondait aux conditions de l'Article 15 de l'Acte sur les Mesures Spéciales concernant la Préparation à l'Urgence nucléaire, il lui a fallu deux heures pour publier la Déclaration de Situation d'Urgence nucléaire, étape nécessaire pour lancer la Réponse d'Urgence. En fait, le Premier ministre Naoto Kan n'était pas pleinement conscient que la publication de la "Déclaration d'une Situation d'Urgence" était le premier pas indispensable pour l'intervention face à l'accident, et son entourage n'a pas réussi à le conseiller de façon adéquate.

            Le groupe du Kantei a compris que le Centre de Gestion de Crise, en charge de la réponse initiale, était saturé par le traitement des conséquences du tremblement de terre et du tsunami. Les membres dirigeants de la NISA et de la NSC avaient rejoint le groupe pour apporter leurs conseils. Ils n'ont pu, cependant, répondre de manière adéquate aux questions, ce qui a produit un sentiment de méfiance, qui a atteint son maximum au moment de l'explosion de l'Unité 1. A partir de là, le bureau du Premier ministre, au cinquième étage du Kantei, est devenu la première ligne des efforts de réponse à l'accident.

            Bien que TEPCO et les autorités de régulation soient tombées d'accord sur la manière d'agir sur le dégazage et sur l'injection d'eau de mer, le Kantei est resté dans l'ignorance de ce fait, et est intervenu, aggravant encore le désordre et la confusion. Au matin du 15 mars, pris d'un sentiment d'urgence face au manque d'information, le Premier ministre Naoto Kan a décidé d'aller lui-même visiter le site. En réponse à l'offre de TEPCO d'évacuer face à la situation de plus en plus critique dans l'unité 2, le Premier ministre Naoto Kan a convoqué le Président Shimizu à son bureau, et il a rejeté l'évacuation. Peu après, le gouvernement a décidé d'établir une structure conjointe entre le gouvernement et la direction de TEPCO, au Siège de TEPCO.

            Tout au long du déroulement de cet accident, le bureau du Premier ministre a également été central dans les décisions concernant les zones d'évacuation. Les plans d'urgence attribuaient  au centre de décision sur site la responsabilité d'élaborer des propositions d'évacuation, avec un transfert de compétence au Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, au cas où le Centre de décision sur site ne serait pas en mesure de le faire. Telle était précisément la situation, mais lorsque la réponse du Secrétariat  du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire a été différée, le Kantei est intervenu et a ordonné les évacuations. Cela a provoqué les problèmes suivants :

1/ alors que les décisions étaient prises sur une base ad hoc, il y avait une coopération insuffisante entre les agences de gouvernement

2/ le détail des opérations d'évacuation était lacunaire

3/ le public manquait d'explications appropriées

Cela a conduit a aggraver le désordre et la confusion sur le terrain.

 

organigramme fr jpeg

Diagramme du protocole des communications d'urgence

 

 

Evaluation de la réponse d'urgence du gouvernement et du Kantei

 

Nous avons le plus grand respect pour les efforts du gouvernement et des autres parties concernées, au vu des conditions extrêmes où ils se sont trouvés — faire face à l'accident, au tremblement de terre, au tsunami, simultanément et dans des conditions de pression considérable. Ils ont eu très peu de temps pour définir une approche mesurée, et ils ont dû agir sur de longues périodes sans manger ni dormir.

            Mais il y a deux points qui doivent être précisés. D'abord, le groupe du Kantei ne saisissait pas le rôle effectif que le Kantei aurait dû assumer dans la crise. On a accordé beaucoup d'attention aux déficiences de communication entre le Kantei et TEPCO, notamment sur la question de savoir si l'évacuation de la centrale que TEPCO prévoyait devait concerner tous les employés ou une partie d'entre eux. Cependant, l'état des réacteurs était si grave que TEPCO se devait de demander une évacuation. Dans cette situation, le Kantei aurait dû confirmer la possibilité que tous les travailleurs soient évacués, afin de prévoir l'évacuation des habitants et prendre d'autres mesures pour protéger ceux-ci.

            Il est clair que le Kantei n'aurait pas dû intervenir sur des questions que TEPCO était en mesure de traiter, comme la condition du dégazage et l'injection d'eau de mer, et aurait dû confirmer le sens des commentaires du Président Shimizu à propos de l'évacuation. Son intervention amenant à établir un centre de décision gouvernement-TEPCO à TEPCO est également incompréhensible.

            Un second point concerne le fait que l'intervention directe du Kantei, dont la visite du Premier ministre Naoto Kan à la centrale Daiichi de Fukushima, a perturbé la chaîne de commandement et provoqué de la confusion dans une situation déjà terrible sur le site. A partir de cette visite, un nouveau canal de communication a été mis en place, entre le Kantei, Fukushima Daiichi et la direction de TEPCO. Ce nouveau canal allait à l'encontre du flux d'information officiel entre Fukushima-Daiichi vers le siège de TEPCO, puis vers la NISA et le Kantei (le Centre de la Réponse d'Urgence nucléaire du Premier ministre). La nouvelle orientation obligeait TEPCO à communiquer ses informations non seulement à la NISA mais aussi au Kantei, contribuant à perturber la réponse de TEPCO et causant du désordre dans la centrale.

            A tout moment, la priorité du gouvernement doit être son souci pour la santé et le bien-être publics. Mais parce que l'attention du Kantei était concentrée sur les problèmes en cours à la centrale — ce qui aurait dû être de la responsabilité de l'opérateur — le gouvernement a manqué à sa responsabilité envers le public. L'intervention permanente du Kantei dans la centrale a également mis en place les conditions permettant à TEPCO d'abdiquer de fait sa responsabilité envers la situation dans la centrale.

D'après le Manuel d'Urgence nucléaire, la NISA et les autres institutions bureaucratiques ont la responsabilité de recueillir et d'organiser l'information pour la mettre à disposition du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, afin qu'elle serve à la prise de décision. Cependant, avec le nouveau canal de communication mis en place entre le Kantei et TEPCO, la perception qu'avaient les institutions bureaucratiques de leur responsabilité a décru et leur approche est devenue passive. Le sectionnement vertical des divers ministères impliqués a également empêché un partage efficace d'information. Afin de garantir la sécurité publique, il est nécessaire que de telles agences réagissent non seulement de façon flexible en temps de crise, mais élèvent leur capacité de gestion de crise à travers un entraînement régulier.

 

 

La réponse à l'accident de la Préfecture de Fukushima

 

Le Système de Réponse d'Urgence de la Préfecture de Fukushima était également fondé sur l'hypothèse qu'une catastrophe nucléaire ne surviendrait pas en même temps qu'un tremblement de terre et un tsunami. Il a été totalement pris au dépourvu.

            La structure de réponse à une catastrophe de la Préfecture de Fukushima était exposée dans le Plan régional de Prévention de Catastrophe de la Préfecture de Fukushima, mais l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée. Etant donné l'effondrement des communications avec le gouvernement central dans le moment qui a suivi l'accident, l'Exécutif de la Préfecture et le gouvernement central ont ignoré les actions l'un de l'autre. Ressentant l'urgence de la situation, l'Exécutif de la Préfecture a ordonné unilatéralement que les habitants soient évacués dans un rayon de 2 km autour de la centrale, en se fondant sur des exercices antérieurs de prévention et d'urgence. Cela a été suivi 30 minutes plus tard par le gouvernement central qui a ordonné l'évacuation des habitants dans un rayon de 3 km.  Mais le tremblement de terre et le tsunami ayant gravement endommagé les réseaux de communication, il était difficile de transmettre la directive aux municipalités et au public.

            La Préfecture de Fukushima a également été incapable de gérer la surveillance d'urgence. Seul l'un des 24 postes de surveillance était encore en état de fonctionner ; les autres avaient été soit emportés par la mer, soit coupés du réseau. Les postes mobiles de surveillance sont restés inutilisables jusqu'au 15 mars, à cause des problèmes du réseau de téléphone mobile. Il y avait bien un véhicule équipé d'équipement de surveillance, mais il s'est trouvé hors d'usage, par manque de carburant.

 

 

La diffusion de l'information par le gouvernement central

 

La précision détaillée a constitué une priorité, aux dépens d'une diffusion rapide de l'information envers ceux qui en avaient besoin pour prendre des décisions en connaissance de cause. M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité. Dans ses déclarations, cependant,  la nécessité et l'urgence d'une évacuation n'a jamais été expliquée de façon adéquate du point de vue des habitants, et le gouvernement n'a jamais fourni de preuve pour appuyer ses déclarations. Cela a provoqué une angoisse importante dans le public. Enfin, le plus grave est que le gouvernement a choisi de diffuser des informations dans une perspective purement subjective, plutôt que de répondre aux besoins du public.

 

 

 

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Photo d’entête : Naoto Kan lors de la quatrième réunion du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire au Kantei  (source)

 

 

 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 01:55

tepcamAvec le temps, puisqu’on n’en parle presque plus, on pourrait penser que la crise nucléaire est terminée. Oui, la crise spectaculaire, avec ses explosions, ses émanations gigantesques, ses déplacements de population, est terminée. Mais la crise nucléaire est maintenant permanente au Japon. Pour les évacués qui ne peuvent pas rentrer chez eux, pour les évacués à qui les autorités demandent de rentrer chez eux alors que c’est encore contaminé, pour les familles séparées, pour les enfants qui ne peuvent plus jouer dehors parce qu’ils savent que c’est dangereux, pour les personnes dont on a repéré des nodules dans la thyroïde, pour les parents qui doivent surveiller quotidiennement la nourriture de leur famille, pour les milliers d’ouvriers qui travaillent dans l’ex-centrale de Fukushima Daiichi, pour les personnes recrutées pour décontaminer les zones interdites, pour les personnes contaminées, pour ces centaines de milliers de Japonais qui manifestent régulièrement pour sortir du nucléaire,  la crise n’est pas terminée.

Difficile de faire une synthèse. Car cette catastrophe n’aura sans doute pas de fin. Voici plutôt quelques aspects actuels de cette crise nucléaire permanente, abordée par thèmes.

 

 

Nouvelles sur l’ex-centrale de Fukushima Daiichi

 

unité1Unité 1

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Depuis qu’il avait été mis sous tente par Tepco, le réacteur 1 ne faisait plus trop parler de lui. Mais le 22 mai 2012, on apprenait qu’il ne restait plus que 40 centimètres d’eau au fond de la cuve du réacteur et qu’une fuite existait probablement au niveau de la canalisation reliant la cuve du réacteur à la piscine torique. Le 26 juin 2012, une analyse endoscopique a été réalisée : la radioactivité de l’eau située dans les soubassements prouve une rupture de confinement.

 

unité2Unité 2

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Un nouveau thermomètre semble défectueux : le thermocouple "TE-2-3-69N1" montrait une température anormalement élevée de 144°C le 22 juillet 2012. Petit à petit, les ex-réacteurs (officiellement, ce ne sont plus des réacteurs depuis le 19 avril 2012) se dégradent, l’eau salée, les coriums et la forte radioactivité accélérant la corrosion des matériaux.

Selon Arnie Gundersen, du combustible se serait échappé de l’enceinte de confinement, d’après l’observation du 28 juin 2012 au fond de la chambre de suppression n° 1.

 

robotUnité 3

Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.

Le 11 juillet 2012, un robot n’est pas revenu de l’une de ses explorations dans le réacteur n°3. Même les robots conçus pour résister à la radioactivité ont des problèmes. Et encore, ce sont de tout petits robots.

 

Unité 4

Le 11 juillet 2012, Tepco a fini de démanteler le sommet du bâtiment réacteur 4.

Les 18 et 19 juillet 2012, deux assemblages neufs ont été retirés de la piscine 4, ce qui porte à 1533 le nombre d’assemblages restant à retirer : 1331 de combustible usé et 202 de combustible neuf. Le début de ce transfert phénoménal ne se fera pas avant décembre 2013. D’où l’inquiétude légitime qui motive cette pétition.

 

Fuites et pannes

Il y a toujours des fuites à Fukushima Daiichi, mais on en parle moins car elles sont régulières, ce n’est plus spectaculaire. Le 26 juillet 2012, les sous-sols du bâtiment turbines de l’unité 6 étaient encore inondés, il a fallu pomper et transvaser durant 6 heures. D’où vient cette eau ? Mystère. Est-elle radioactive ? On peut le supposer car l’eau récupérée a été stockée dans un réservoir.

 

Pollution

chaudAir : 16 mois après le terrible mois de mars 2011, le site rejette toujours 10 millions de Bq/h de radio-césium. Où vont ces poussières mortelles ? La plupart vers l’océan pacifique, mais le vent peut les pousser aussi vers les terres. Autre moyen de transport rapide pour la dissémination planétaire : le jet stream.

 

decontamination4---Copie.jpgTerre : personne ne veut de la terre contaminée qu’on racle partout dans les territoires touchés par les retombées radioactives. On en fait quoi ? Si on était sûr qu’elle ne contenait que du césium, il « suffirait » de la mettre de côté durant 300 ans.

 

Eau : 228 000 tonnes d’eau contaminée sont actuellement stockées sur le site. Tepco aimerait s’en débarrasser en la rejetant à la mer, mais pour l’instant l’opérateur n’a pas d’autorisation. L’objectif de réutiliser l’eau en circuit fermé ne marche pas car la nappe phréatique remplit les sous-sols. On en fait quoi ? Il y aura un moment donné où, matériellement, il ne sera plus possible de la stocker.

 

On trouve aussi de l’eau contaminée très loin de Fukushima, à 25 km du centre de Tokyo. Si aujourd’hui les nappes phréatiques sont polluées, c’est à cause de la migration progressive des radionucléides dans le sous-sol, partout où il y a eu des retombées.

 

Le MEXT a mis en ligne des résultats de mesures très fines sur l'eau du robinet : du césium 134 et 137 est détecté à des concentrations très faibles dans 11 provinces.

 

Irradiation

plombOn vient de découvrir qu’une société filiale de Tepco demandait à ses employés d’insérer leur dosimètre dans un boîtier en plomb. Ce qui évidemment fait baisser la dose enregistrée et permet aux ouvriers de travailler plus longtemps sur le site contaminé. Par la même occasion, leur espérance de vie va sans doute diminuer, mais les entreprises de l’industrie nucléaire se moquent bien de ce genre de détail, on l’avait déjà remarqué depuis longtemps.

 

 

Nationalisation 

Au terme d’un long processus, Tepco est désormais nationalisée, le pourcentage d’actions de l’Etat ayant dépassé 50% mardi 31 juillet 2012. Par un tour de passe-passe, l’opérateur ruiné à cause de la catastrophe nucléaire éponge ses dettes grâce au contribuable japonais. L’entreprise a subi une perte nette de 3 milliards d'euros entre le 1er avril et le 30 juin 2012, causée pour plus de moitié par le versement d'indemnisations pour les victimes.

 

Santé

L’institut japonais des maladies infectieuses montre des résultats toujours inquiétants pour certaines affections. L’année 2011, suite aux explosions de la centrale nucléaire, avait montré une augmentation des cas de pneumonie à mycoplasme. L’année 2012 est encore pire, comme le montre ce graphique. Les poussières radioactives invisibles sont disséminées partout dans le pays. La maladie avance sournoisement.

 

graphique

 

Le bilan des doses reçues par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi pour les mois d'avril à juin 2012 est en ligne sur le site de Tepco. Selon l’analyse de l’ACRO, ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes, avec un maximum de 23,53 mSv en un mois.

 

Pêche

Le Japon, soucieux d’oublier la catastrophe nucléaire, a décidé de réintroduire  sur les étals des produits de la mer en provenance des eaux de Fukushima. Pourtant, d'autres pays comme la Corée du Sud renforcent plus que jamais leurs régulations à l'importation dans un souci de limiter la diffusion de la contamination marine. Et ils ont bien raison car après un recul au printemps, elle augmente au large d'Hokkaido : le plus haut relevé a été de 70 Bq/Kg (Cs-134 : 31 Bq/Kg, Cs-137 : 39 Bq/Kg) sur un échantillon pris le 1eraoût 2012 (source MEXT).

 

Démographie

Selon Fukushima Diary, la chute de la population japonaise (Décès - Naissances) entre janvier et mai 2012 est 4 fois plus forte que sur la même période de 2007. Si l'on compare avec 2006, c'est 5 fois plus fort.
Ces données sont basées sur le tableau de bord du
service de la statistique démographique du ministère de la Santé, du Travail et de l'Aide Sociale du Japon. Le rapport de juin 2012 n'est pas encore paru.

tableau

Justice

Pour les anti-nucléaires, un “acte criminel” qualifiant le drame de Fukushima aurait été commis par l’entreprise électrique Tepco et par le gouvernement. Plusieurs procureurs viennent d’accepter de mener une enquête (après le dépôt de 1300 plaintes quand même !). S’ils arrivent à prouver que la catastrophe nucléaire de Fukushima a été la conséquence de négligences, des poursuites pourraient être lancées contre les responsables. On pourrait leur suggérer de s’appuyer sur les résultats de la commission d’enquête indépendante dont le rapport a été publié récemment.

 

Presse

Depuis la catastrophe de Fukushima, la mainmise du lobby nucléaire sur les médias connaît quelques failles. En effet, 3 quotidiens ont décidé de résister : le Mainichi Shinbun, le Tokyo Shinbun, et le Shinbun Akahata. A Tokyo, avec la Révolution des Hortensias en cours, l’enjeu est important. Les manifestations antinucléaires apparaissent en une du journal Tokyo Shinbun qui ne prend plus de gant pour soutenir la sortie du nucléaire.

 

Redémarrage des centrales nucléaires du Japon

Le gouvernement a décidé de relancer au forceps deux réacteurs à la centrale nucléaire d’Ohi (préfecture de Fukui, dans l'ouest du pays). Selon Courrier International, le Tokyo Shimbun, quotidien désormais antinucléaire, dénonce une décision politique, sans garanties quant à la sûreté, comme s'il ne s'était rien passé à Fukushima.

Kansaï Electric a déjà planifié le redémarrage des unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama, située à environ 250 km à l’ouest de Tokyo. Comme pour l’unité 3 de Fukushima Daiichi, le réacteur 3 de Takahama utilise du MOX.

 

Mobilisation

francetvA chaque rendez-vous, le nombre de participants à la Révolution pacifiste des Hortensias progresse. La grande manifestation du 29 juillet 2012 a conduit la foule à encercler complètement le parlement. Il y a une semaine, un ancien Premier ministre, Yukio Hatoyama, s'était joint à la manifestation hebdomadaire devant la résidence du premier ministre actuel Noda. Tout semble s’accélérer. Alors qu’au départ les manifestations ne se tenaient qu’à Tokyo, une trentaine de villes emboîtent le pas en organisant une manifestation chaque vendredi : Sapporo, Morioka, Mizusawa, Sendai, Koriyama, Mito, Sodegaura, Sakuragicho, Niigata, Kofu, Nagano, Toyama, Kanazawa, Nagoya, Gifu, Ogaki, Fukui, Otsu, Kyoto, Osaka, Kobe, Himeji, Okayama, Maigo, Hiroshima....

Il est prévu que le groupe des organisateurs des manifestations de Tokyo (dont 13 organisations citoyennes) rencontre le premier ministre Noda. La nomination de Tanaka Shunichi pour la nouvelle instance de sécurité nucléaire sera sans doute sur la table des négociations, mais rien n’est encore joué.

 

Nouvelle instance de sécurité nucléaire

Le gouvernement projette d’établir en septembre une nouvelle organisation qui s’appelle New Nuclear Regulatory Commission. Elle prendra toutes les décisions qui concernent la politique nucléaire : redémarrages de centrales, évacuations des habitants, seuils de radioactivité, etc. Mais Shunichi TANAKA, en tant que Shunichi-TANAKA.jpgprésident de cette commission, est un problème majeur pour le mouvement antinucléaire, car cet homme, actuellement chargé de la décontamination à Fukushima, a travaillé longtemps pour « le village nucléaire ». Il est connu pour ses positions peu glorieuses pour la population : c’est lui qui affirme que 1 µSv/h est tout à fait acceptable (=8,7 mSv/an !), et il s’est opposé à l’évacuation d’habitants de certaines régions de Fukushima.

Les autres candidats-membres à cette commission sont aussi presque tous pro-nucléaires : par exemple, Kayoko NAKAMURA travaille pour Japan Isotope Associsation ou Toyoshi FUKETA pour Japan Atomic Energy Agency.

Si Tanaka devient chef de cette commission, ce sera une nouvelle catastrophe pour le Japon. C’est pourquoi les parlementaires sont très sollicités (pétitions…) pour voter contre ces candidatures. A suivre fin de semaine prochaine.

 

Futur

On aurait pu penser qu’après la catastrophe nucléaire la pire au monde (3 meltdowns), l’agence de sécurité nucléaire japonaise devienne plus sage et corrige le tir. Eh bien non, la nouvelle agence vient de décréter que l’unité 1 de la centrale de Genkaï, située dans l’extrême Sud du Japon, serait bonne pour le service durant 58 ans ! Tepco envisage même de redémarrer un jour les unités 5 et 6 de Fukushima Daiichi, ainsi que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daini. Alors que la colère gronde dans la population japonaise, c’est une nouvelle provocation à la demande d’arrêt de production électrique atomique.

 

Les autorités nippones n’ont manifestement pas compris l’enjeu vital et sacrifient l’avenir du pays en l’embarquant à nouveau dans cette énergie catastrophique.  Pourtant il y a urgence à régler d’abord la crise de Fukushima Daiichi, en particulier en mettant à l’abri les 1533 assemblages de combustible de la piscine de l’unité 4 qui menaceront l’avenir du monde durant encore au moins un an et demi !

 

imagepetitionContinuez à signer et à faire signer la pétition demandant une prise en charge internationale de la catastrophe de Fukushima !

 

 

 

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Pour continuer à suivre l’actualité au jour le jour, consulter

 

en français :

la page de l’ACRO, La catastrophe de Fukushima au jour le jour

le site Gen4

Les Veilleurs de Fukushima

Fukushima Diary en français

le scoopit Fukushima Information

Pectine actualités

 

en anglais :

les journaux japonais en anglais avec Fukushima is still news

les blogs japonais traduits en anglais avec Dissensus Japan

Fukushima Diary

The Watchmen of Fukushima

 

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 00:09
 
panoramicLa grande manifestation antinucléaire du 29 juillet 2012 a été un succès. Entre 10 000 (selon la police) et 200 000 personnes (selon les organisateurs) se sont rassemblées pour encercler le parlement à Tokyo afin de réclamer l’arrêt définitif du nucléaire.
Les manifestants sont venus de tout le pays pour faire comprendre au gouvernement que leur volonté est inébranlable. Les forces de police présentes autour du parlement ont vite été débordées par la foule.
Le mouvement ne cesse de croître de semaine en semaine. Un bras de fer pacifiste est désormais engagé entre le peuple et le gouvernement Noda qui persiste à vouloir redémarrer les centrales nucléaires.
 
 
L’affiche qui annonçait l’évènement
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Photo panoramique de la manifestation :
Cliquer sur la photo pour accéder à la photo complète.
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Vue aérienne d’un reportage de la chaîne TBS News : alors 10 000 ou 200 000 ? Je vous laisse compter !
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Comme le rapportait un journaliste français présent, « C'est hallucinant d'affirmer ça [10 000], j'y étais, même un malvoyant en aurait compté cent mille ! »
 
 
Article de FranceTVinfo
« Au Japon, la rue viendra-t-elle à bout du nucléaire ? »
francetv
 
     
Reportage d'OurPlanet TV
 
Reportage d’Euronews
 
euronews
 
   
Reportage de Russia Today

 
 
Fait très rare au Japon : la police est débordée ! Même les voies réservées aux voitures sont occupées par les manifestants.

 
Album de 福島を救え! 大震災義援! ウシトラ旅団
 
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Reportage de la ZDF
 
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Autres images
     
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francais
 
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Autres images sur le site 24,000YEARS
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 00:19

518288-membres-medias-employes-tepco-examinent.jpgPourquoi la vérité dévoilée ? Parce que le rapport de la commission indépendante nommée par le parlement japonais dénonce nombre de mensonges et d’erreurs sur la catastrophe nucléaire : risques sismiques sous-évalués, impréparation de l’opérateur, collusions, négligences de sécurité, suivi sanitaire des personnels et des populations insuffisant… Bref une catastrophe créée par l’homme, qui pourrait en tous points se reproduire ailleurs dans le monde tellement les causes sont indépendantes de la géographie.

 

Fidèle contributeur du blog de Fukushima, Jean-Marc Royer présente dans cette page un résumé commenté du rapport de la commission nippone, judicieusement comparé à l’analyse de l’autorité de sûreté nucléaire française.

 

A la fin de son article, l’auteur suggère que ce remarquable rapport japonais, disponible en anglais, soit traduit dans son intégralité afin de pouvoir le diffuser largement en France. Je me joins à lui pour faire un appel aux lecteurs compétents : si vous souhaitez participer à la traduction anglais > français d’une partie de ce rapport, merci de me contacter et de signaler votre engagement en commentaire, en indiquant bien la numérotation des pages afin qu’il n’y ait pas de doublon. Dès que la totalité du rapport sera traduite, le blog de Fukushima l’éditera intégralement. Merci d’avance aux traducteurs ! Le travail exemplaire de cette commission doit servir de manière internationale, afin qu’une telle catastrophe nucléaire ne puisse plus jamais se reproduire !

Pierre Fetet

 

 

-oOo-

 

 

 

RAPPORT DE LA COMMISSION INDEPENDANTE NOMMEE PAR LA DIETE

 

SUR LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE FUKUSHIMA

 

(Résumé et commentaire)

 

 

 

par Jean-Marc ROYER

 

 

La commission indépendante nommée par la diète japonaise vient de mettre en ligne son premier rapport de 88 pages en anglais : de l’inouï, de l’inédit, du jamais vu ‒ à ma connaissance ‒ de la part d’une commission nommée par un parlement !

Il n’y avait qu’à traduire (ce que j’ai fait dans le fichier joint) en se tenant le plus près possible du texte, puis résumer et commenter, ce que je fais ci-dessous avec le renvoi à la pagination du texte original en anglais.

Ce premier rapport étonne et tranche avec le récent rapport de l’ASN française dont nous avions fait une synthèse récemment. Il étonne car à l’évidence il pointe les vrais dysfonctionnements et les responsabilités des uns et des autres, il tranche car il étudie en détail les malversations et le système de complicités étendues mises en place à tous les niveaux alors que l’ASN se contente, en utilisant la langue de bois, de constater, de quémander et de se plaindre. Je rappelle ici quelques points du rapport de l’ASN afin que chacun puisse juger des énormes différences d’approche.

 

 

RAPPORT DE L’ASN FRANCAISE

 

A - Inondations : La Règle de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ; les exercices annuels de simulation sont bâclés, ce qui augure mal du « lancement des actions appropriées dans les délais » en cas de nécessité ; l’ASN « Demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (fournir le détail de la méthodologie et les justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations. » Par ailleurs, l’ASN se plaint du fait que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » ne sont pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire ne soit prise.

B - Séismes majeurs : De même, la règle en vigueur n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur.

C - Perte de la source froide : Encore des « écarts au référentiel », des disparités dans le suivi des équipements, des « anomalies de maintenance ou d’essais périodiques » et l’ASN note dans son rapport que les dispositions proposées par EDF permettent de retarder la fusion du cœur mais pas nécessairement de l’éviter en quelques heures !

D - Perte des alimentations électriques : L’ASN relève là aussi des écarts sur la conformité, l’entretien et les contrôles périodiques qui affectent la robustesse des groupes électrogènes de secours et demande à EDF d’y remédier. Par ailleurs, « l’ASN constate que des « effets falaise » peuvent se produire, caractérisés par un délai du découvrement du cœur inférieur au délai prévu pour la mise en œuvre des moyens de la Force d’Action Rapide Nucléaire [24h] et recommande de mettre en œuvre sans délai les moyens proposés par EDF pour répondre à ces dangers ». Dans l’attente du déploiement progressif de dispositions qui prendra plusieurs années (sic), l’ASN prescrira la mise en place de dispositions provisoires dès 2012, telles que des groupes électrogènes mobiles.

E - Gestion des accidents graves : la disponibilité des moyens matériels nécessaires à la gestion de crise ne pouvant être garantie dans les situations extrêmes ; l'arrivée des astreintes étant impossible pendant les 24 premières heures suivant une situation de grande ampleur touchant tout le site ; les moyens de communication utilisés lors du gréement de l'organisation pouvant être défaillants ; la tenue aux situations extrêmes de l’instrumentation technique et environnementale nécessaire à la gestion de crise n’étant pas garantie, l’ASN, s’est bornée à considérer « qu’EDF n’a pas achevé l’analyse des points faibles de l’organisation en fonction de l’ampleur de la crise, et n’a pas évalué les conséquences des phénomènes dangereux liés à la dégradation des voies de communication et des canalisations dans les situations extrêmes » et va donc lui prescrire d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise.

 

A la relecture du rapport de l’ASN, on voit clairement que les régulateurs français avaient fait le même diagnostic des causes de la catastrophe de Fukushima : une perte de toutes les alimentations électriques combinée à celle du refroidissement entraînant des effets cumulatifs – les fameux effets falaise – imparables. Mais surtout on constatera dans le rapport japonais que les similitudes ne s’arrêtent pas là !

 

 

LES CONSTATATIONS DE LA COMMISSION JAPONAISE

 

Le rapport de la commission montre que les installations de la centrale de Fukushima Daiichi n’étaient pas aptes à résister à un séisme, un tsunami et une catastrophe du type de ceux qui se sont produits le 11 mars 2011 pour de multiples raisons.

 

1) Une alimentation électrique externe très vulnérable

 

« Il y eût deux causes à la perte d'alimentation externe, toutes deux liées au séisme : il n'y avait pas de redondance diversifiée ni de résilience parasismique pour les alimentations électriques externes, et par ailleurs, le poste de transformation de Shin-Fukushima n'était pas résistant aux séismes, p 18. »

« Le système d'alimentation électrique était particulièrement fragile et a souffert d'un manque de redondance, de diversification et d'autonomie. Bien qu'il y ait un certain nombre de lignes électriques à l’extérieur de la centrale, il n'y avait que deux stations-source, lesquelles ont été mises hors service par le séisme, ce qui a provoqué une perte d'alimentation externe pour tous les réacteurs p 30. […] La ligne de secours de 66kV provenant du réseau de la Compagnie Tohoku Electric Power n’a pas pu alimenter le réacteur 1 en raison de connexions de modèles incompatibles » p 14.

 

2) Une résistance au séisme totalement inadéquate

 

- « A la fin des années 1960, au moment du permis de construire, les recommandations pour la construction de la centrale étaient insuffisantes pour les réacteurs 1 à 3 ; la zone autour de la centrale était considérée comme n'ayant jamais connu un tremblement de terre. Basé sur cette évaluation, le niveau d'accélération au sol maximum a été fixé à 265 gal, un niveau remarquablement bas, p 27. »

- En 1981, la NSC émet une recommandation antisismique ;

- En 2006, vingt-cinq ans plus tard (!), la NISA en reprend la mise à jour et demande aux opérateurs de l’appliquer.

- En 2008, TEPCO émet un rapport intérimaire sur le seul réacteur N°5, conjecturant que sa résistance parasismique a été portée à 600 gals.

- En 2009 la NISA accepte ce rapport tout en sachant que seul le bâtiment du réacteur et sept des nombreux équipements de sécurité de celui-ci ont été « durcis ». Puis TEPCO soumet des rapports similaires à celui du réacteur N°5, mais décide unilatéralement de reporter la mise en place des mesures antisismiques à janvier 2016.

« TEPCO savait par ce rapport intermédiaire que de nombreux renforts étaient nécessaires pour répondre aux normes de la dernière recommandation, mais notre enquête a vérifié que TEPCO n’avait ajouté aucun renfort aux réacteurs 1 à 3 au moment du séisme du 11 mars. Bien que la NISA ait reconnu la nécessité des renforts et du « check-up antisismique », le régulateur a échoué dans son rôle de surveillance des travaux de TEPCO, p 27. »

- « Dans leurs analyses et leurs évaluations après l'accident, TEPCO et la NISA ont confirmé que quelques-unes des pièces de sécurité importantes de la tuyauterie du réacteur N°5 n’étaient pas aux normes de sécurité antisismiques au moment du tremblement de terre. […] La Commission estime que cette même conclusion est valide pour les réacteurs N°1 à 3, qui sont beaucoup plus âgés que le réacteur N°5. La section 2 de ce rapport comprend des détails montant que le séisme enregistré à Fukushima Daiichi a dépassé les hypothèses de la dernière recommandation. Il est clair que des mesures antisismiques de renfort n'étaient pas en place au moment du séisme du 11 Mars p 27. »

 

Japon : le séisme de juillet 2007 plus fort que prévu pour la centrale !

Le violent séisme qui a endommagé le 16 juillet 2007 le complexe nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le centre du Japon, était 2,7 fois plus fort que la limite maximale prévue par les constructeurs de la centrale, affirme dimanche le quotidien Mainichi Shimbun. Selon le journal, la compagnie exploitante, TEPCO, a mesuré une accélération au sol de 993 Gals de la roche située sous la centrale au moment du séisme, alors que Kashiwazaki-Kariwa était prévue pour supporter une accélération maximale de 370 Gals. Toujours d'après le Mainichi Shimbun, 8 des 17 centrales nucléaires du Japon ont été édifiées selon la même estimation d'accélération maximale du sol, et les normes de construction devront sans doute être durcies.

Source : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/seisme_japon.html

Philippe Jamet, membre de l’ASN, était présent dans la délégation de l’AIEA qui a rendu son rapport en août 2007. Rapport en PDF : http://bit.ly/f5cIkb page iii.

 

 

3) L’absence de contre-mesures aux tsunamis

 

a) « Des synergies » de toutes natures et à tous les niveaux pour minorer les risques

- « La NISA n’a publié aucune information sur ses évaluations ou ses instructions de réexamen des hypothèses utilisées dans la conception des moyens de défense vis-à-vis des tsunamis. La NISA n'a pas non plus conservé ces dossiers (!). […]

- La méthode utilisée par la Société japonaise des ingénieurs civils était obscure et entachée [de partialité en faveur des opérateurs…]. La NISA l’a acceptée comme une norme sans examiner sa validité. […]

- TEPCO a tenté de justifier une faible probabilité d’occurrence d’un tsunami et a utilisé les résultats d'un processus de calcul biaisé pour ignorer la nécessité de contre-mesures […]. Plutôt que d’étudier les faits connus et la mise en œuvre rapide des mesures, TEPCO a eu recours à des tactiques dilatoires, comme la présentation d'autres études scientifiques et le lobbying p 27 et 28. »

b) La perte de toutes les alimentations AC/DC et du refroidissement comme horizon prévisible

- « La construction de la centrale de Fukushima Daiichi qui a débuté en 1967 [il y a 45 ans], était basée sur la connaissance sismologique de cette époque-là. Comme la recherche a continué au fil des ans, les chercheurs ont souligné à plusieurs reprises la grande probabilité de tsunamis dont les niveaux dépasseraient les hypothèses formulées au moment de la construction, ainsi que la possibilité d'endommagement du cœur dans l’éventualité de tels tsunamis. TEPCO a négligé ces avertissements, et les faibles marges de sécurité qui existaient étaient loin d'être suffisantes pour faire face à une telle situation d'urgence. Depuis 2006, les autorités réglementaires et TEPCO ont échangé des informations sur la possibilité d'une panne totale d'électricité résultant de tels tsunamis. Ils étaient également conscients du risque de dommages au cœur des réacteurs à la suite d'une panne des pompes d'eau de mer si l'ampleur d'un tsunami s’avérait être supérieure à l'évaluation faite par la Société japonaise des ingénieurs civils p 27. »

- « Les hypothèses concernant une panne totale (Station Black-Out) ne comprenaient pas la perte de la puissance en courant continu, mais c'est exactement ce qui s'est passé p 30. […] Le tsunami a inondé et totalement détruit les générateurs diesel de secours, les pompes primaires du circuit de refroidissement , le système de câblage électrique et l'alimentation en courant continu pour les réacteurs 1, 2 et 4, ce qui a entraîné la perte de toute source d’énergie — sauf au réacteur 6, alimenté par un générateur diesel de secours initialement dédié à la production du froid » p 14.

c) Le tsunami n'a pas uniquement endommagé les alimentations électriques

- « Le tsunami a aussi détruit ou emporté des véhicules, des machineries lourdes, les réservoirs de fuel et de gravier. Il a détruit des bâtiments, des installations et d'autres machines. L'eau de mer du tsunami a inondé toute la zone de bâtiments et a même atteint les équipements de haute pression des tranches 3 et 4, ainsi que la piscine commune de refroidissement [des assemblages usés]. Après que l'eau se soit retirée, les débris suite à l'inondation ont été éparpillés sur tout le site de la centrale, ce qui a entravé tout déplacement. Les plaques d'égout et de caniveaux avaient disparu, laissant des trous béants dans le sol » p 14. 

 

4) Des contre-mesures aux accidents graves (AG) non conformes aux standards internationaux

 

a) Des opérateurs qui s’affranchissent de toute contrainte régulatrice

- « Dès le début, les opérateurs ont été autorisés à fixer des contre-mesures aux AG de manière autonome […]. » Ce qui a été validé par la NSC en 1991. « Permettre la mise en œuvre autonome a également laissé aux opérateurs la possibilité de négocier les conditions d’application via la Fédération des compagnies électriques (FEPC). Cela fut particulièrement vrai après 2010, […] avec deux perspectives :

i) éviter ou minimiser le risque de poursuites potentielles ;

ii) éviter des prescriptions de mise en conformité qui pourraient interférer avec la production des réacteurs. Encore une fois, cela signifie qu'aucune mesure n’a été préparée contre les accidents graves comme celui qui a eu lieu à compter du 11 mars […] » p 28.

 

b) Sécurité : de graves lacunes organisationnelles

- « Les manuels de gestion détaillée des accidents graves n'étaient pas à jour, les schémas et les documents décrivant les procédures d'évacuation étaient incomplets ou manquants. La priorité n’avait pas été suffisamment axée sur les simulations et la formation aux situations d’urgence. La perte des fonctions de la salle de contrôle, de l'éclairage et des communications, la lutte pour livrer des équipements et des matériaux dans une centrale jonchée de débris, tout cela fût encore plus difficile à vivre à cause des répliques continues [durant trois mois]. Cela non plus n’avait pas été anticipé. Cela est symptomatique des problèmes institutionnels de TEPCO » p 30.

 

5) Le déroulement de la catastrophe

 

a) Les enseignements du BRGM [1] sur le séisme du 11 mars

Pour bien comprendre ce qui s’est passé le 11mars (avec les informations dont nous disposons à ce jour), il faut lire les documents publiés par le BRGM qui stipulent que :

- le 11 mars, les appareils des réseaux KNet et KikNet de la National Research Institute for Earth Science and Disaster Prevention japonaise ont enregistré « des accélérations au sol de 1300 gals [2]dans la préfecture de Fukushima et des accélérations supérieures à 1000 gals dans de larges secteurs côtiers, en particulier dans la région de la centrale nucléaire de Fukushima »,

- Que, chose exceptionnelle celles-ci ont duré entre 2 et 3 minutes avec un plateau de 100s environ ;

- Que, par ailleurs, il n’y a pas eu 1 mais 2 forts séismes à ce moment-là (p 6). De plus, des répliques et des séismes induits se sont produits quotidiennement pendant 3 mois.

Nous avions appris de la bouche du Pr Hideki Shimamura interviewé par la ZDF [3] que le maxima antisismique adopté lors de la construction des centrales semble se situer entre 450 et 600 gals et uniquement pour les bâtiments réacteurs (moins pour les canalisations et les autres bâtis). Ce que la commission de la Diète valide. Quand TEPCO parle de cette question, il semble s’abriter, comme d’habitude, derrière des variables supplémentaires, une tactique qui semble se généraliser : il s’agit d’introduire à l’infini des facteurs de complexification non contestables surtout par les profanes, à savoir les fréquences - ou plus exactement les périodes - de ces accélérations au sol. Toute structure bâtie à effectivement une « fréquence de résonnance » spécifique mais voici une première réponse, claire, du BRGM page 7 :

- Les périodes rapportées aux vitesses d’accélération au sol « ont également été analysés par nos collègues japonais. Ces fréquences sont distribuées « entre 0,5 s et 20 s environ. Cette singularité pourrait être en partie à l’origine les dommages observés. En effet, elles couvrent « de fait la gamme des périodes propres à des structures très différentes en termes de taille ou de typologie de constructions depuis les grandes structures de type gratte‐ciel (période propre de plusieurs secondes) jusqu’aux maisons traditionnelles en bois (période propre inférieure à 0.5 s), en passant par des petits immeubles (période propre de l’ordre de 1 s).

Pour résumer, d’après le BRGM, tous les bâtiments ont été durement éprouvés puisqu’ils ont eu à faire face à :

- Deux séismes majeurs compris dans une excursion de 2 à 3 minutes ;

- Des accélérations au sol très élevées, atypiques car balayant tout le spectre des fréquences, des répliques durant 3 mois ; aucune contre-mesure à tout cela n’avait été prévu à la construction de Fukushima Daiichi, ni ensuite d’ailleurs.

 

b) L’enchaînement probable des évènements

1 « L'arrêt d’urgence fonctionnel, ou SCRAM [4], est entré en service dans les réacteurs 1, 2 et 3 immédiatement après le début de l'activité sismique p 14. [… Ensuite] De fortes secousses sur les installations ont débuté 30 secondes après le SCRAM et la centrale a été durement secouée pendant plus de 50 secondes. […] On pense que le mouvement au sol était assez fort pour causer des dommages à certaines fonctions clés de sécurité » p 31.

2 « La perte de l'alimentation de secours A dans le réacteur N°1 pourrait ne pas avoir été causée par les inondations ».

3 « Les condenseurs d'isolement (systèmes A et B2) de l'unité 1 ont été fermés automatiquement à 14h52, mais l'opérateur de l'unité 1 a arrêté manuellement les deux IC 11 minutes plus tard. […] Ils ont arrêté les IC pour vérifier si le liquide de refroidissement s'échappait des IC ou d’autres tuyauteries parce que la pression du réacteur baissait rapidement. […] 

Plusieurs employés des fournisseurs de TEPCO qui travaillaient au quatrième étage du bâtiment du réacteur N°1 au moment du séisme ont identifié une fuite d'eau sur cet étage qui abrite deux grandes cuves pour le condenseur d'isolation (IC) et les tuyauteries de cet IC. […] 

Une perte de réfrigérant provenant d'une fissure dans la tuyauterie […] a pu se produire sans être précisément identifiable pour les opérateurs. […] Incontrôlé pendant 10 heures, des dizaines de tonnes de liquide de refroidissement auraient été perdus, conduisant à un endommagement ou une fusion du cœur » p 31.

4 « Il n'existe aucune preuve de l'ouverture de la vanne de sécurité (SR) au réacteur N°1 […] par contre, ce document est disponible pour le réacteur N°2. Nous avons constaté que le bruit de l'ouverture du clapet de sécurité SR du réacteur N°2 a été entendu à la salle de contrôle centrale et dans le réacteur, mais aucun employé travaillant au réacteur N°1 n’a entendu le bruit de l'ouverture de la soupape SR. Il est donc possible que la soupape soit restée fermée au réacteur N°1 » p 31.

5 La commission conclut : « dans ce cas, un APRP [5] local causé par le mouvement sismique pourrait avoir eu lieu dans l'Unité 1 » p 31.

 

6) TEPCO et toutes les autorités attribuent la catastrophe au Tsunami

 

a) Des simulations douteuses [6]

- « Mitsuhiko Tanaka [7] dans l'édition de Septembre de Kagaku (Sciences) publié par Iwanami Shoten, critique l'analyse de simulation par ordinateur réalisée par TEPCO, qui a été jointe au rapport du gouvernement japonais soumis à l'AEIA. Il émet l'hypothèse que toute la tuyauterie de la centrale de Fukushima a été endommagée par le tremblement de terre avant le tsunami, ce qui a conduit à une perte d'eau de refroidissement des réacteurs. Le défaut majeur dans l'analyse de TEPCO, d’après Tanaka, c’est que les temps [des changements de niveaux d'eau et des variations de pression dans la cuve] utilisés dans la simulation par ordinateur étaient clairement différents des temps réels mesurés lorsque l'accident s’est produit. Le résultat de l'analyse de TEPCO c’est que les sources d'énergie électrique ont été perdues après le tsunami » […].

- « Le 28 octobre 2011, Kansai Electric Power Co. a présenté à la NISA l'évaluation du premier stress-test du réacteur N° 3 de la centrale nucléaire d’Oi. L'évaluation a montré que le réacteur serait capable de résister à un tremblement de terre qui serait 1,8 fois plus fort que ce que la norme anti sismique le prévoit. » [Un accroissement de magnitude de 1 correspond à une multiplication par 30 de l'énergie et par 10 de l'amplitude du mouvement. Un séisme « 2 fois plus puissant » correspondrait à une augmentation de magnitude d’environ 0,2 point ce qui est dérisoire par rapport à la magnitude 9,1 atteinte le 11 mars 2011.] « Le 14 novembre, les experts ont été autorisés à exprimer leurs points de vue en réponse à l'évaluation des stress-tests du réacteur N° 3 d’Oi. Hiromitsu Ino, professeur émérite à l'Université de Tokyo, qui est spécialisé dans les matériaux métalliques, a déclaré : « C’est une erreur de lier la reprise des opérations à des stress-tests. L’accident nucléaire de Fukushima démontre qu’il y avait des défauts dans les inspections de sécurité. Si les stress-tests sont menés sans réviser tout d’abord ces procédures, cela mènera à la confusion dans les évaluations de sécurité. » Ino a eu une autre suggestion : « Afin de vérifier l'efficacité des stress-tests, ceux-ci devraient être effectués à Fukushima, centrale où l'accident s'est produit ». Dans ce contexte de doutes sérieux quant à l’hypothèse de TEPCO, l’opinion commune c’est que quelque chose ne va pas dans la logique de reprise des opérations car celles-ci sont basées sur des calculs en chambre ».

 

b) Séisme ou tsunami comme cause de l’accident ?

- « Si le tremblement de terre du 11 Mars est considéré comme le principal coupable de l’accident nucléaire de Fukushima, cela veut dire que d'autres centrales nucléaires sont également vulnérables aux tremblements de terre importants. […] Il est nécessaire d'envisager également la possibilité que la tuyauterie principale de la centrale de Fukushima ait été endommagée par le tremblement de terre avant même que le tsunami ait frappé la centrale. Une telle théorie entrave sérieusement les plans d'autres compagnies d'électricité décidées à reprendre les opérations dans leurs centrales nucléaires après la mise en œuvre de mesures pour faire face à la possibilité d'un tsunami majeur. Par exemple, Chubu Electric Power Co. envisage de reprendre les opérations à la centrale nucléaire de Hamaoka après la construction d'une digue côtière. […] Si [on] en arrivait à prendre en considération la possibilité que le tremblement de terre a été la principale cause de l'accident nucléaire de Fukushima [… cela rendrait] encore plus difficile la reprise des opérations dans les centrales. C’est une des raisons pour laquelle TEPCO et d'autres compagnies électriques, insistent sur le fait que seul le tsunami est responsable de l’accident nucléaire de Fukushima ».

- « Nous concluons que TEPCO a été trop rapide à avancer le tsunami comme cause de l'accident nucléaire et à nier que le séisme n’ait causé aucun dommage » p 17 du rapport de la commission.

 

7) Les conclusions de la commission parlementaire indépendante

 

a) Les estimations et les questions (gênantes) de la commission

- « L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Nous concluons que l'accident était clairement d'origine humaine. Il aurait pu et aurait dû être prévu et empêché. De plus, ses effets auraient pu être atténués par une réponse plus efficace » p 9. « Nous croyons que les causes profondes étaient les systèmes organisationnels et réglementaires qui ont couvert des décisions et des actions erronées, plutôt que des questions relatives à la compétence d'un quelconque individu » p 16.

- « L'opérateur (TEPCO), les organismes de réglementation (NISA et NSC [8]) et l'organisme gouvernemental de promotion de l'industrie nucléaire (METI), ont tous échoué à correctement définir les exigences de sécurité les plus élémentaires, tels que l'évaluation de la probabilité d'un accident, la préparation à contenir les effets d’un tel désastre, et l'élaboration de plans d'évacuation du public dans le cas d'un relâchement important de radionucléides » p 16.

- « Comment est-il devenu habituel de résister à la pression réglementaire et de dissimuler les petits accidents ? » p 9. « Par exemple, lorsque les risques de tsunami étaient évoqués, TEPCO ne les examinaient que du point de vue de ses propres intérêts : cela pouvait-il se traduire par un arrêt des réacteurs ou affaiblir leur position dans d'éventuelles poursuites juridiques ? » p 20. 

- « Comment un tel accident a-t-il pu se produire au Japon, une nation qui a une telle préoccupation de sa réputation d'excellence en ingénierie et en technologie ? » p 9. « L’accident nucléaire de Fukushima a été le résultat (i) d'une collusion entre le gouvernement, les organismes de réglementation et l’opérateur, et (ii) de la gestion défectueuse desdites parties » p 16. Plus globalement, « l'énergie nucléaire est devenue une force échappant au contrôle de la société civile. Sa régulation a été confiée à une bureaucratie gouvernementale engagée dans sa promotion » p 9.

 

b) La catastrophe aurait pu être encore plus grave

« De nombreux niveaux de sécurité ont été violés simultanément, tandis que l’alimentation électrique des quatre réacteurs était perdue. S'il n'y avait pas eu certains événements fortuits — tels que le fonctionnement heureusement pérenne du RCIC [9] du réacteur 2, l’éclatement de son panneau de soufflage ad hoc et le relâchement de pression qui s’en est suivi, la rapidité avec laquelle les sous-traitants ont nettoyé l’épave — les réacteurs 2 et 3 auraient été dans une situation encore plus précaire ». […]

« La Commission conclut que la situation a continué à se détériorer parce que le système de gestion de crise du Kantei [10], des régulateurs et des autres organismes responsables n'ont pas fonctionné correctement. Les limites définissant les rôles et les responsabilités des uns et des autres étaient problématiques, en raison de leurs propres ambiguïtés » p 18.

 

c) La confusion dans l’évacuation des résidents

- « Certaines personnes ont été évacuées vers des zones [à forts rayonnements] et ont ensuite été laissées sur place, ne recevant plus aucune nouvelle consigne d'évacuation avant le mois d’Avril […] parce que les informations de surveillance n'avaient pas été fournies. […] Le gouvernement n’a pas sérieusement mis en place des programmes pour aider les citoyens à comprendre la situation et à se faire leur propre opinion. Il a échoué par exemple à expliquer les risques liés aux irradiations pour différents couches de la population comme les nourrissons et les jeunes ou les personnes particulièrement vulnérables aux effets des radiations ». […]

- « La Commission conclut que la confusion dans l'évacuation des résidents découle de la négligence des régulateurs, de l'échec persistant à mettre en œuvre les mesures adéquates contre une catastrophe nucléaire, ainsi que d'un manque d'action des gouvernements précédents et des régulateurs sur la gestion des crises. Le système de gestion de crise qui existait pour le Kantei et les régulateurs devait protéger la santé et la sécurité du public, mais il a échoué dans cette fonction ». […]

- « Il n'y a pas de fin prévisible aux activités de décontamination et de restauration qui sont essentiels pour la reconstruction des communautés » p 19.

 

d) En l’absence de contre pouvoirs, les bureaucraties complices ont rendu la catastrophe inévitable

- « Il y eût de nombreuses opportunités de prendre des mesures préventives avant le 11 Mars. L'accident s'est produit parce que TEPCO n'a pas pris ces mesures et que la NISA et la commission de sûreté nucléaire (NSC) n’ont pas réagi. Ils ont aussi intentionnellement reporté la mise en place des mesures de sécurité, ou pris des décisions basées sur l'intérêt de leur organisation, et non pas dans l'intérêt de la sécurité publique » p 16.

« Du point de vue de TEPCO, la nouvelle réglementation aurait interféré avec l'exploitation des centrales et affaibli leur position dans d'éventuelles poursuites judiciaires. Ce fut une motivation suffisante pour s'opposer énergiquement à de nouvelles règles de sécurité et pour renvoyer les négociations avec les régulateurs vers la Fédération des compagnies électriques (FEPC). Les régulateurs auraient dû prendre une position forte pour le bien du public, mais ils ont échoué à le faire. Comme ils s’étaient fermement convaincus eux-mêmes à l'idée que les centrales nucléaires étaient sûres, ils étaient réticents à créer de nouveaux règlements » p 17.

- « Cette illusion [de toute puissance] a été renforcée par la mentalité collective de la bureaucratie japonaise, pour laquelle le premier devoir de tout bureaucrate individuel est de défendre les intérêts de son organisation. Poussé à l'extrême, ce bureaucratisme a conduit à placer les intérêts de l'organisation avant le devoir primordial de protéger la population » p 9. Mais il y a plus :

- « Nous avons trouvé la preuve que les organismes de réglementation posaient des questions explicites sur les intentions des opérateurs à chaque fois qu'il était question de mettre en œuvre un nouveau règlement. Par exemple, la NISA a informé les opérateurs qu'ils n'avaient pas besoin d'examiner une situation de panne totale (SBO) parce que la probabilité en était faible et parce que d'autres mesures étaient en place. La NISA a ensuite demandé aux opérateurs de rédiger un rapport qui donnerait la justification appropriée à expliquer pourquoi cette mise en œuvre n'était pas nécessaire. Afin d'obtenir la preuve de cette collusion, la commission a été forcée d'exercer son droit législatif pour obtenir de telles informations de la NISA, après que celle-ci ait refusé de répondre à plusieurs demandes » p 16. « Sans l'enquête menée par cette commission, la plupart des faits révélant la collusion entre les régulateurs et les autres acteurs n'auraient jamais été dévoilés […]. Leur indépendance vis-à-vis des politiques, des ministères pro-nucléaires et des opérateurs a été une parodie p 20. Ils ont effectivement trahi le droit de la nation à être à l’abri d'accidents nucléaires » p 16.

 

e) A l’origine de la catastrophe, quel type de structure sociale ?

- « Dans l'ensemble, la Commission a rencontré une ignorance et une arrogance impardonnables chez toute personne ou tout organisme s'occupant de l'énergie nucléaire. Nous avons rencontré du mépris pour les évolutions internationales et la sécurité publique » p 21.

- « Les règlements existants sont principalement orientés vers la promotion de l'énergie nucléaire, et non vers la sécurité, la santé publique et le bien-être. La responsabilité sans équivoque que les opérateurs doivent assumer lors d’une catastrophe nucléaire n'a pas été précisée. Il n’y avait également pas de directives claires sur les responsabilités des parties dans le cas d'une situation d'urgence » p 20.

- « La question sous-jacente concerne la structure sociale qui a engendré cette neutralisation de la réglementation, et le cadre organisationnel, institutionnel et juridique qui a permis aux individus de justifier leurs propres actions, de les cacher quand cela était gênant, sans laisser de traces, afin d'éviter toute responsabilité » p 21.

 

Quelques recommandations de la commission

 

- « Mettre en place un système de commissions d'enquête indépendantes p 23 et mener des enquêtes régulières et des audits exploratoires sur les organismes de réglementation, les universitaires et les intervenants [… avec] des experts indépendants ayant une vision globale ». […] 

- « TEPCO doit subir une spectaculaire réforme d'entreprise, incluant la gestion des risques, la gouvernance et la diffusion des informations — la sécurité étant la seule priorité ».

- « Tous les opérateurs doivent accepter un organisme désigné par la Diète comme une autorité de surveillance de tous les aspects de leurs opérations, incluant la gestion des risques, la gouvernance, les normes de sécurité, avec le droit d’enquêter sur place » p 22.

- « Le processus de décision [du régulateur] doit être indépendant des actionnaires des compagnies » p23.

 

QUELQUES COMMENTAIRES

 

1. Ce qu’il y a de frappant lorsque l’on compare ce rapport avec celui de l’ASN (Cf. la synthèse que nous en avions faite), c’est que toutes les remarques faites après la lecture de celui-ci sont également valables pour le Japon. Qu’on en juge par ce rappel des titres :

- « Il n’y a pas une seule installation qui ne fasse l’objet d’une remarque d’inspection ou d’une recommandation importante. »

- « Depuis la conception, l'accident majeur n'a jamais été pris en compte. »

- « Le nucléaire français "au bord de la falaise" ! »

- « Silence, on MOX ! Une gestion " statistico-probabiliste " du risque bien pratique … »

- « Les centrales nucléaires : des Macro-Systèmes Techniques intrinsèquement dangereux. »

- « De multiples conséquences supportées par les populations du monde entier. »

Une conclusion s’impose donc : si cet inventaire est identique à celui que la commission japonaise a dressé, c’est avant tout qu’il s’agit des mêmes « macro-systèmes techniques » qui posent les mêmes problèmes et que les travers induits par la gestion libérale sont eux aussi identiques.

 

2. Grâce à un de ses commissaires, Philippe Jamet, qui faisait partie de la délégation de l’AEIA au Japon [11], l’ASN a vite compris comment et pourquoi la catastrophe était survenue [12]. Elle a surtout compris que toutes les instances de contrôle et de régulation avaient failli. D’où le contenu de son rapport de janvier 2012 : il fallait à tout prix montrer que ce n’était pas le cas en France. Mais a-t-elle pour autant été plus ferme à l’égard d’EDF dans le passé ? Vu les déplorations restées à ce jour sans résultats, on peut en douter. D’ailleurs, étant donné la puissance économique des opérateurs en général, n’est-ce pas la même histoire du pot de fer contre le pot de terre qui est destinée à se répéter partout, ad vitam aeternam, ici aussi bien que là-bas, a quelques nuances près ?

 

3. Là-bas, pas plus qu’ici, la possibilité d’un accident majeur n’a été prise en compte à la conception : le sentiment d’infaillibilité, de toute puissance, non seulement rend « arrogant », mais amène à penser comme allant de soi que l’ensemble de l’appareil d’Etat collabore « au grand œuvre nucléaire ». Or, là-bas comme ici le nucléaire a été adopté après-guerre pour « laver une défaite » historique majeure et refouler des évènements dont le deuil n’a pas été fait. Là-bas comme ici, les réacteurs ont été construits sur les failles de la mémoire. Là-bas comme ici la survenue d’un accident majeur a largement bénéficié d’un consensus politique, administratif, industriel, scientifique, économique qui a permis, en l’absence de contre-pouvoirs suffisants, toutes sortes de complicités. Que cela mette en cause la vie et la santé des populations fût le cadet de leurs soucis.

 

4. C’est la commission qui le dit : « Ils ont effectivement trahi le droit de la nation à être à l’abri d'accidents nucléaires » p 16. A ce stade, peut-on encore parler d’un « village nucléaire » circonscrit ? Ne s’agit-il pas plutôt de toute une société gangrénée par le chancre nucléaire depuis des lustres ? Et comme pour Hiroshima et Tchernobyl « le secret de la famille nucléaire » ne réside-t-il pas dans la complicité de crimes contre l’Humanité ? On sait la puissance des liens qu’engendrent les connivences basées sur le crime. C’est là un des liens majeurs à dénouer.

 

5. Reste notre travail comme citoyens du monde. Le texte de la commission parlementaire japonaise devrait être diffusé partout dans le monde et en particulier ici, à nos parlementaires français et européens. Or nous n’avons traduit que 31 pages sur 88. Nous faisons donc un appel aux bonnes volontés : il suffirait de quatre personnes traduisant une douzaine de pages chacune pour le rendre plus facile à lire en France… Nos édiles doivent savoir ce qu’est une étude réellement indépendante et nos concitoyens doivent pouvoir se rendre compte des origines de toute catastrophe nucléaire, c’est même une des conditions pour en empêcher la survenue.

 

Jean-Marc ROYER, juillet 2012

 

 

1 Bureau de Recherches géologiques et Minières établissement public français de référence dans le domaine des sciences de la Terre.

 

2 Les effets d’une secousse sismique ne s’évaluent pas seulement selon son gradient de puissance mais aussi selon bien d’autres facteurs dont « l’accélération au sol » mesurée en m/s2 (comme toute accélération), ici dénommée « gal », en référence à Galilée.

 

3 http://www.internationalnews.fr/article-le-mensonge-de-fukushima-reportage-allemand-30-vostf-104215356.html, Date : 7 mars 2012, T : 25’13’’.

 

4 Safety Control Rod Axe Man arrêt rapide d'un réacteur nucléaire par l'insertion des barres de commande dans le cœur.

 

5 APRP : accident de perte de réfrigérant primaire. En anglais : LOCA, loss of coolant accident.

 

6 Extraits d’un article d’AKIRA SATO, publié dans l’Asahi Shimbun Weekly, http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201112060052

 

7 Membre de la commission de la Diète, ancien ingénieur nucléaire qui a travaillé à la conception de la cuve du réacteur N° 4 de Fukushima.

 

8 Commission de sûreté nucléaire du Japon, un organisme gouvernemental, qui supervise les régulateurs et les opérateurs.

 

9 Reactor core isolation cooling system : une pompe d'alimentation en eau à haute pression destinée au refroidissement d'urgence.

 

10 Le bâtiment abritant à la fois le bureau officiel du Premier ministre et sa résidence. Par extension, le Cabinet du Premier ministre. Dans ce rapport, « Kantei » renvoie le plus souvent à son groupe de travail ad hoc au 5ème étage, qui était responsable de la réponse du gouvernement à l'accident.

 

11 Cité dans la conférence de presse de l’ASN du 28 juin 2012 (39’15’’) ; voir sa bio éloquente qui est passée par la DAM du CEA : http://bit.ly/eJLjAp

 

12 A preuve : toutes les décisions de fin juin 2012, sans exceptions, se rapportent à la catastrophe de Fukushima. http://www.asn.fr/index.php/Les-actions-de-l-ASN/La-reglementation/Bulletin-Officiel-de-l-ASN/Decisions-de-l-ASN/Decision-n-2012-DC-0274-de-l-ASN-du-26-juin-2012

 

 

 

________________

 

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Photo d’entête : Tomohiro Ohsumi, AFP

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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