13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:42
« Ce que j'ai ressenti cet été dans mon pays, le Japon »

Après les témoignages de Fonzy et de Permaria, voici celui d’Ozu qui, en 2011, a choisi d’évacuer à cause des dangers de la radioactivité. Après être retournée dans son pays cet été, elle nous donne ses impressions sur le Japon de l’après-Fukushima qui semble, malgré la contamination persistante et les rejets toujours en cours, vouloir oublier la catastrophe nucléaire.

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« Je suis rentrée au Japon cet été 2014 pour passer mes vacances. Ça faisait un an que je n'avais pas vu ma famille et mes proches donc forcément j'étais très contente de revoir mon pays mais un problème récurrent m'a empêché d'en profiter.

 

Après le 11 mars, c'était un vrai combat de tous les jours pour moi ; je me suis enfuie au sud du Japon et puis en France pour m'éloigner de la radioactivité qui fuyait de la centrale nucléaire de Fukushima (aujourd'hui, après réflexion, quitter temporairement mon domicile n'était peut-être pas la meilleure décision car je suis sortie à l'extérieur pour m'éloigner de Tokyo les 13 et 14 mars 2011,  dates où la radioactivité était très élevée).

 

Après cette évacuation, je suis rentrée chez moi à Yokohama (30 km de Tokyo) pour mon travail. Je devais réfléchir à comment éviter d'être contaminée de manière importante en vivant au Japon. J'ai cherché de la nourriture non-contaminée, c'est à dire des aliments provenant du sud ou de l'étranger, qui plus est dont le taux de radioactivité était mesuré. J'ai utilisé de l'eau minérale pour tout : boire, cuisiner, faire la vaisselle et même me brosser les dents. Ensuite, j'ai acheté un compteur Geiger pour mesurer chaque jour et dans chaque endroit où j'allais. Quand je sortais, je mettais un masque et je m'habillais de vêtements en polyester pour éviter que la radioactivité se dépose sur moi. J'ai aussi banni le plaisir d'aller au restaurant, du fait de l'incertitude de la provenance des aliments.

Après l'accident, ces contraintes sont devenues mon quotidien au Japon.

 

Cet été, lors de mon séjour au Japon, je suis beaucoup sortie au restaurant avec mes amis et j'ai également été invitée chez eux, mais cela, sans vérifier la contamination... pourquoi ?

Parce que la plupart de mes amis ne font pas attention à la contamination, « Fukushima » est  une chose déjà passée et très loin d'eux. Je n'ose pas parler de ce sujet avec eux sauf avec quelques uns. Malheureusement, j'ai deux catégories d'amis depuis l'accident : ceux avec lesquels je ne peux pas parler de ce sujet ; et les autres avec qui je peux en parler sans tabou.

Peut-être devrais-je dire à mes amis que je ne veux pas manger dans n'importe quel restaurant ni n'importe quel aliment quand je suis invitée chez eux, mais je ne le peux pas de peur de gâcher ces moments avec eux quand on se retrouve après une longue séparation.

Donc pour l'instant, quand je rentre au japon je continue de faire attention au maximum quand je le peux. Sinon j'essaie de me dire que « c'est une histoire de quelque mois...»

 

J'ai senti cet été que les médias japonais sont de pire en  pire, surtout depuis la décision d’accueillir les J.O. en 2020 à Tokyo ; la télévision est particulièrement catastrophique : « FUKUSHIMA » est présent mais il y a très peu d'informations sérieuses. Elles montrent souvent des reportages sur les habitants de Fukushima vivant très positivement malgré la contamination très importante : par exemple, les pêcheurs recommencent à pêcher, les agriculteurs récoltent du riz comme avant, et les japonais sont poussés à consommer des produits de la région (avec enthousiasme !) et même à faire du tourisme !

 

J'ai senti que cette ambiance de « soutien à Fukushima » existe partout au Japon ; par contre le vrai problème est de plus en plus tabou, ou tout simplement les gens pensent que cela ne les concerne pas. Il y a un antagonisme assez fort au japon, entre ceux qui ne veulent pas en parler, et ceux qui continuent à lutter ; malheureusement, c'est ce que j'ai ressenti cet été dans mon pays. »    

 

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Photo d’entête : statue de Jizô à Kamakura

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Publié par Pierre Fetet - dans Témoignages du Japon
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commentaires

robert 15/10/2014 13:53

En se fondant sur l'expérience du Japon, il y a peut-être un enseignement à tirer, pour les personnes vivant loin de ce pays, de cette situation de crise sans fin.
Un accident se produit; que font les gens? Ils se ruent sur les compteurs Geiger qui deviennent alors introuvables ou hors de prix.
Un appareil, même bas de gamme, sera toujours sensible à une augmentation de la radioactivité, même si la mesure n'est pas exacte dans l'absolu.
On peut en trouver pour moins de 100 euros.
On déballe son appareil et on commence à faire des mesures. Les appareils simples ne calculent pas de moyenne, et vous voyez les chiffres fluctuer continuellement.
En prenant des mesures, en intérieur et en extérieur, à intervalles réguliers, au bout de quelque temps, par exemple trois ou quatre semaines, vous avez une idée des valeurs moyennes dans votre environnement. Sont-elles normales? A moins de résultats visiblement élevés, (par exemple des maxima de plus de 0,50 μSv/h), vous ne serez pas sûr. Ça peut dépendre de l'appareil, de causes naturelles extérieures, comme aussi de votre façon d'opérer. Seule solution pour savoir: avoir déjà fait des mesures, aux mêmes endroits, avec le même appareil et dans les mêmes conditions, AVANT l'accident.
Je conseillerais donc à chacun de faire l'acquisition d'un appareil hors situation de crise, d'apprendre à s'en servir, et de faire des relevés en notant les résultats.
Le jour où la crise se produit, soyez sûr que le discours officiel sera: "pas de danger pour les populations".
Mais vous aurez les moyens d'en juger par vous-même.

cathy 15/10/2014 12:43

Des hommes irresponsables mènent un pays au suicide collectif en douceur ....

pascale 15/10/2014 08:23

Excellente analyse.... c'est ce qui se passe et c'est des plus apeurants. Le dementi de la realite pousse a son comble, au detriment de la population entiere. Je me demandais ou ont ete cultive les graines de soya en ce moment, car ils vendent la pate de miso ici venant du japon comme si rien ne s'etait passe et bien d'autres produits et je doute qu'ils soient analyses a la frontiere, dans cette dose d'indifference et de cachoteries... bref de mensonges immenses.

cathy 15/10/2014 12:42

Par précaution, il vaut mieux de ne pas acheter quoi que ce soit en alimentaire du Japon.

comment se faire des kamas 14/10/2014 19:13

On en veut plus traité de cette manière. Continuez.

robert 14/10/2014 18:18

Désolé pour la répétition du com. ci-dessus, erreur de système ...
Je voulais ajouter que je connais une personne qui est en contact avec un agriculteur de la région qui possède son propre labo de mesures sur des échantillons alimentaires. J'ai évoqué mon souhait de réaliser une interview de ce monsieur, mais depuis, la personne n'est plus jamais disponible et il semble que ce projet ne pourra pas être réalisé. C'est peut-être un signe du poids du silence qui règne actuellement.

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