4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 23:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 27 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

Ce rapport relate dans sa première partie l’existence au Japon d’un « Centre de recherche sur les couches profondes », ce qui n’est pas sans rappeler le projet CIGEO à Bure, dans la Meuse.

 

  1. À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires
  2. Des travailleurs quittent Fukushima
  3. Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence

 

 

_________________

 

 

Rapport de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

Le 27 janvier 2014

 

 

Le retraitement ou la mise au rebut des déchets nucléaires pose un problème grave. Au Japon, le gouvernement a recherché des communes, qui consentiraient à recevoir des déchets, mais aucune n’a répondu à son invite, et  je pensais donc qu’on avait abandonné prospections et études à ce sujet. D’où ma surprise en découvrant un article concernant cette recherche dans le journal Fukushima-Minpo, du 12 janvier 2014. En voici la traduction :

 

À Hokkaido, on étudie une technique de conservation sécurisée des déchets nucléaires 

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Cent mille années seront nécessaires pour que les déchets nucléaires cessent d’être nocifs pour le corps humain. Au Japon, à présent, à Hokkaido et dans le département de Gifu, on étudie comment on pourrait conserver de tels déchets de façon sûre dans les couches profondes du sol.

 

Dans la ville de  Horonobe à Hokkaido, au “Centre de recherche sur les couches profondes”, fondé en 2001 par l’Agence Japonaise pour l’Énergie Atomique, se trouvent trois puits verticaux, profonds de 350 mètres, reliés entre eux au fond par des tunnels horizontaux.

Nous étudions le mécanisme du milieu souterrain et nous anticipons l’avenir ”, dit le chef du groupe de recherche, M. Shigeta Naotaka.

 

Nous avons commencé par descendre, en deux minutes, par un ascenseur, jusqu’à la profondeur de 140 mètres. Dans le tunnel à section en demi-cercle régnait une pénombre éclairée de lampes fluorescentes. Des portes de fer le cloisonnaient de place en place comme dans une « base secrète » de film de science-fiction. On entendait bruire des ventilateurs. En hiver, la température y est nulle, car l’air provient de l’extérieur.

Un centre de recherche sur les couches profondes à Horonobe

Sous nos pieds sourdait une eau, qui était un peu salée. Nous étions en effet sur une couche de roche sédimentaire datant de plus de deux millions d’années et qui formait  alors le fond de la mer. En témoignent les coquillages fossiles que l’on a trouvés là. “Partout dans le monde, quand on creuse un trou, de l’eau sourd. Au Japon, elle sourd à faible profondeur.” Chaque jour il en coule ainsi deux cents tonnes. En février dernier, lors d’un creusement, une énorme quantité d’eau mêlée à du gaz méthane a jailli et les ouvriers ont dû fuir. Nous avons continué à descendre jusqu’à la profondeur de deux cents cinquante mètres. Il y avait là un sismographe. Selon les enregistrements effectués, les secousses ici sont moins fortes qu’à la surface du sol.

 

Les couches géologiques au Japon sont plus récentes qu’ailleurs en raison de l’activité volcanique et sismique, « cependant le Japon n’est pas moins propice que la Finlande ou la Suède qui ont des sols plus anciens. Les difficultés à résoudre sont différentes selon les régions.», a déclaré M.  Shigeta.

L’an dernier, on a construit un tunnel en forme de huit, à une profondeur de trois cents cinquante mètres. Cette année on va commencer à y déposer à titre expérimental, dans la strate géologique datant de trois ou quatre millions d’années, un stock vitrifié de simili-déchets radioactifs. Ce sera une première au Japon.                (fin de la traduction)

 

   J’ai cherché sur Internet davantage d’informations et j’ai trouvé la page d’accueil de cette agence. On y décrivait la manière de conserver les déchets nucléaires de la façon suivante :

 

« Il y a deux cas où des déchets nucléaires pourraient menacer la vie humaine : le premier est l’apport de tels déchets vers des lieux de vie du fait d’éruptions volcaniques ou d’érosion des sols. Le second est leur transport par les eaux souterraines. Pour éviter ces risques, on cherche un endroit convenable, avec des couches de sol stables et des probabilités d’éruptions faibles, et là on construira des lieux de stockage aux protections multiples, par exemple on vitrifiera les déchets, on les enfermera dans des caisses métalliques, on les entourera d’argile et on les enfouira entre deux strates profondes.»

 

J’ai trouvé, sur le site du Parti Communiste Japonais, une information selon laquelle le gouvernement et la ville ont l’intention cachée de construire un lieu de stockage de déchets nucléaires dans Horonobe. Un chercheur, M. Kiyono Masaki, dit que la ville n’est pas un lieu opportun pour un tel stockage, car elle est située sur une faille active et son sol n’est pas stable.

 

 

Des travailleurs quittent Fukushima

 

Bien des gens craignent que la main-d’œuvre ne fasse défaut à Fukushima, en raison des chantiers pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Un article est paru sur ce thème, dans le journal Mainichi du 8 janvier 2014. En voici une traduction résumée :

 

M. Kanno Ichiro recrute des travailleurs pour la centrale nucléaire de Fukushima. Depuis que le Japon a réussi à devenir le pays hôte des prochains Jeux Olympiques, il entend souvent des ouvriers parler du travail à Tokyo. Lui les paie treize mille yens par jour (soit 95 euros), or d’après eux, à Tokyo ils gagneraient vingt et un mille yens. En octobre, cinq salariés ont quitté son entreprise pour aller s’embaucher à Tokyo.  

 

En 1997, 6,85 millions de personnes travaillaient dans la construction, mais en 2012  ils n’étaient plus que 5,03 millions. À Fukushima, ce qui est grave ce n’est pas seulement le manque de main-d’œuvre, mais c’est aussi  la médiocre qualité de celle-ci. (fin de la traduction)

 

En vue de compenser ce manque, la semaine dernière le gouvernement a lancé un plan de recrutement de travailleurs dans le continent asiatique. Beaucoup certes viendront, mais iront-ils à Fukushima et travailleront-ils  diligemment dans la dangereuse centrale radioactive ? Réparer les réacteurs endommagés est plus important qu’assurer le succès des Jeux Olympiques. Le gouvernement doit s’atteler avec plus de sérieux au problème du manque de travailleurs à Fukushima.

 

 

Dans trente ans, dix pour cent de la population seront atteints de démence.

 

Selon le professeur Kiyohara Yutaka de l’Université Kyushu, sur les cent millions de Japonais dix millions seront atteints de démence dans trente ans (1). Il se demande si un tel pays pourra fonctionner normalement.

Dans trente ans, il y aura encore beaucoup de réacteurs nucléaires, déjà hors service certes, mais qu’il faudra démonter. Et pour ce faire on aura besoin d’argent, d’électricité et de travailleurs, mais est-ce qu’un pays non normal et comptant un tel nombre de déments pourra accomplir la difficile tâche du démantèlement de ces réacteurs ?

 

_______________________

 

(1) NDE : suite à une question d'un lecteur, on doit préciser ici que Hori Yasuo ne fait pas de lien entre la pollution radioactive et l'augmentation des cas de démence. Les travaux de Kiyohara Yutaka portent sur les liens entre diabète et démence. 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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commentaires

Lionel 07/02/2014 03:31

Est-il possible d'avoir plus de précisions concernant cette prévision des 10% de déments ???
Rien n'est expliqué et ça ne fait pas sérieux une telle affirmation sans argument, la radioactivité fait pas mal de dégâts mais il n'est pas connu qu'elle provoque des démences...

robert 15/02/2014 08:37

Des études ont été faites sur des animaux de laboratoire pour tenter d'observer les changements comportementaux éventuels lors d'une exposition à la radioactivité:
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2241729
et les résultats sont apparemment négatifs. Mais ces expériences sont-elles compatibles avec le contexte réel d'une situation post-accidentelle? Elles portent sur une forte irradiation externe et s'étend sur 7 jours.
Par contre, à Tchernobyl comme à Fukushima, on a une contamination de longue durée, interne et externe.
Il existe de nombreux témoignages de comportement inhabituellement agressif des animaux abandonnés dans les zones contaminées, aussi bien à Tchernobyl qu'à Fukushima.
Voir:
http://enenews.com/mainichi-cattle-attack-police-car-in-fukushima-chernobyl-biologist-one-hog-attacked-our-car-with-such-force-we-almost-went-in-ditch-video
et:
http://enenews.com/strange-animals-mad-began-attacking-humans-after-exposure-high-radiation-levels-chernobyl-scientist-dogs-foxes-wolves-hogs-video

Il faudra poser la question à Naoto Matsumura.

Christopje 14/02/2014 18:20

Un lieu entre radioactivité et démence n'est pas exclu (faute de recherches sur ce sujet).
Une étude a été faite sur 2 villages finlandais (je crois) suite à des retombées plutôt faibles de Tchernobyl et montrent l'évolution de la solarité dans ces deux village sur une période (d'un certain nombre d'années). Cette étude a démontré que le niveau scolaire a baissé dans ces localités.
Désolé pour ma faible mémoire, ces 2 localités dont j'ai aussi oublié le nom peuvent être dans un pays proche de la Finlande... si quelqu'un a une meilleure mémoire...

Pierre Fetet 07/02/2014 09:22

Bonjour Lionel
A mon sens, il n'y a pas de lien entre démence et radioactivité dans l'article. HORI Yasuo fait des chapitres dissociés qui ne traitent pas forcément de la radioactivité. Le blog de Fukushima ne publie d'ailleurs pas tous ses rapports.
J'ai fait une recherche sur Kiyohara Yutaka. Ses travaux portent sur le diabète qui pourrait être un facteur aggravant pour la démence (Voir à ce sujet http://www.news-medical.net/news/20110920/11581/French.aspx). L'augmentation des personnes diabétiques est d'ailleurs un problème mondial.
Hori Yasuo fait le lien avec le nucléaire parce qu'il estime que 10 % de la population sera manquante pour renouveler l'équipe des liquidateurs. Personnellement, je pense que la comparaison ne tient pas, car la démence apparaît en fin de vie, et pour la centrale, Tepco recrute plutôt des hommes jeunes (refus de recruter les anciens employés retraités par exemple).

robert 07/02/2014 06:16

Le lien entre démence et radioactivité ne me paraît pas clairement exprimé dans l'article. Peut-être l'auteur pense-t-il à d'autres problèmes tels que la baisse de la courbe démographique et le vieillissement de la population qui viendront s'ajouter aux conséquences directes de la catastrophe?

robert 06/02/2014 19:24

Le fait qu'il y ait tant d'hésitation sur l'estimation des conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire sur les trente années à venir est déjà en soi un scandale: le nucléaire, ses accidents et ses effets destructeurs vont avoir 70 ans, un chiffre considérable qui devrait permettre d'avoir développé des modèles fiables de pronostic. Voyez ce qu'on a pu établir, durant cette période, sur les dangers de l'amiante ou du tabac. Au lieu de cela, les autorités médicales continuent à rester dans le vague et à se comporter de manière fuyante et dissimulatrice, en se référant à des travaux anciens, sans souci apparemment d'actualiser ces derniers, et en diffusant des affirmations rassurantes invérifiées.
Cela justifie notre méfiance et notre inquiétude.

babelouest 06/02/2014 09:18

Si dans trente ans le Japon est inhabitable - et les arguments démontant cette affirmation paraissent faibles - cela signifiera que TOUTES les centrales qui ne seront pas entièrement démantelées, c'est-à-dire la totalité, deviendront de potentiels Fukushima puisqu'elles ne pourront plus être gérées, inspectées, maintenues en état, refroidies correctement. L'archipel entier deviendra une bombe sale en puissance. On n'ose imaginer ce qu'il adviendra alors du reste du monde, d'autant que la probabilité d'autres catastrophes nucléaires ailleurs (France en particulier) grandira avec le temps. La folie de quelques humains aura suffi à détruire la vie d'une planète magnifique, riche et foisonnant de vies.

Y a-t-il un autre scénario raisonnable ? Je demande à voir.

Karin 06/02/2014 12:34

Vu la poudrière à l'échelle mondiale, il faut apprendre d'urgence la radioprotection aux populations dans le monde entier, seul moyen pour limiter les dégâts ; mais les responsables n'ont pas encore compris cela ! L'énergie nucléaire est une affaire de santé publique. Vu que les gouvernements ont le devoir de veiller à la bonne santé et sécurité des populations, il est grand temps qu'ils se réveillent pour réaliser la dure réalité à laquelle le monde est confronté.

Karin 05/02/2014 20:37

Inutile de se faire de souci de ce qui va se passer dans 30 ans au Japon vu que le Japon sera inhabitable dans très peu de temps.
Le manque de travailleurs à la centrale nucléaire de Fukushima était prévisible depuis 2011.
Tant que le Gouvernement du Japon ne change pas sa politique énergétique, le risque de catastrophes majeures est bien réel. Cela vaut également pour tous les autres pays qui misent sur le nucléaire qui est une bombe à retardement pour l'Humanité. La racine du problème est que le monde est régi par des immenses intérêts financiers. Tant que les gouvernements vont main dans la main avec ces criminels, l'Humanité souffrira.

Karin 06/02/2014 12:28

Les Chinois l'ont compris depuis longtemps !

Sylvie 80 06/02/2014 01:04

"le monde régi par les intérêts financiers" !
Je viens de lire une dépêche pas réjouissante du tout et dont le titre se suffit pour ainsi dire à lui-même : La Banque mondiale veut cartographier les ressources naturelles en Afrique ... lien = http://www.romandie.com/news/n/_La_Banque_mondiale_veut_cartographier_les_ressources_naturelles_en_Afrique36050220142220.asp

lextrait 05/02/2014 22:34

Très bien dit.100 millions de réfugiés atomiques sous peu?

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