Pendant ce temps, Japon, tu pourris en silence, les dégâts continuent, et les séquelles seront irréversibles.
Stop au silence, stop au nucléaire. »
Deux semaines après la catastrophe de Fukushima, un groupe d'experts gouvernementaux avait conduit des contrôles auprès de 1149 enfants âgés de moins de 15 ans. Ces enfants étaient résidants de trois municipalités voisines de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, Iwaki, Kawamata et Iitate, où des niveaux élevés de radiations avaient été constatés. Au total, 44,6% des 1080 enfants dont les tests étaient valides, ont présenté une contamination au niveau de la thyroïde. En effet, l’iode 131 va généralement se fixer dans cette glande, augmentant le risque de développer un cancer ultérieurement. C’est le second crime des autorités japonaises (le premier étant d’avoir laisser s’installer les conditions de la catastrophe) : elles n’ont pas donné suffisamment et clairement l’ordre de prendre les pastilles d’iode dans les territoires contaminés.
Etudes épidémiologiques lancées en juin 2011
- Rapport de l’IRSN : « Fukushima 1 an après. Premières analyses de l’accident et de ses conséquences » :
Ce n’est pas nouveau, cette menace existe depuis le 15 mars 2011, date à laquelle le bâtiment réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a subi explosions et
incendies.
De nouveaux experts s’ajoutent pour souligner l’importance de cette requête, et en premier lieu, l’ancien directeur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, Masao
Yoshida. Ce dernier, premier témoin de la catastrophe, a récemment affirmé : « Il est nécessaire de mobiliser une assistance internationale et notamment des
ingénieurs, des technologies et des appréciations venant de tous les coins du monde. » (lien)
Par ailleurs, le professeur Koichi Kitazawa, qui présidait l’Agence japonaise pour les Sciences et la Technologie et qui a dirigé une commission d'enquête sur
l'accident nucléaire de mars 2011, a déclaré : « Après avoir écouté des centaines de témoins, ma conviction est faite. A la centrale de Fukushima, le pire est peut-être à venir.
A cause de la piscine du réacteur 4, un nouvel accident peut se produire n'importe quand, qui menacerait la survie même de mon pays (…). Je prie pour que, dans les semaines à
venir, une violente tornade saisonnière ne s'abatte pas sur la centrale. » (lien)
Fukushima : et si le pire était à venir ?
(Un article de Vincent Jauvert, Le Nouvel Observateur)
Fukushima. La piscine du réacteur 4 inquiète [audio]
(Propos recueillis par Pierrick Baudais, Ouest-France)
L'inquiétante piscine de Fukushima
(Un article de Régis Arnaud, Le Figaro)
Fukushima: les piscines de combustible font trembler les experts
(Un article de Marc Molitor, RTBF Info)
Notre ex beau-frère et le nucléaire
(Un billet de Sophia Aram, France Inter)
La piscine de Fukushima fait trembler la planète
(Un article de Pierre-François Besson, Le Matin)
Nous poursuivons petit à petit la publication de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête. A la page 49 du document édité en anglais, commencent les annexes. La première porte sur les résultats de l’enquête effectuée par la commission auprès des personnes évacuées, accompagnés de graphiques et de témoignages.
« Ils n’arrêtaient pas de dire que les centrales nucléaires étaient absolument sans danger, puis l'accident est arrivé ». C’est un commentaire parmi d’autres, tous recueillis parmi la population touchée par la catastrophe. Lisez-les, ils sont tous empreints de bon sens et de sagesse.
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ANNEXES
Enquête sur les personnes évacuées de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima
1. Le retard du gouvernement à communiquer des informations sur l'accident a conduit à de la confusion par la suite.
2. Parce que les instructions pour l'évacuation ont été faites au coup par coup, de nombreuses personnes ont été évacuées plusieurs fois, évacuées vers des zones à fortes radiations, et évacuées
avec seulement le strict nécessaire.
3. Des messages d'agonie fournis par les personnes évacuées nous ont été délivrés. Les problèmes ne sont pas encore résolus. Des mesures appropriées devraient être considérés dans les plus brefs
délais.
Communication d'informations sur l'accident
Ordre d'évacuation
Les habitants ont été informés de l'accident quelques heures après qu’il survienne, mais ils n'ont reçu aucune information sur la situation ou qui auraient été
utiles pour leur évacuation. En conséquence, de nombreux habitants n'ont pu partir qu’avec le strict nécessaire.
Évacuations volontaires
Évacuations vers des zones ayant des niveaux élevés de radiations
Expansion des zones évacuées et évacuation progressive
Prévention d'accident
Nombre de réponses par municipalités
Résultats du sondage
Retard dans la communication de l'information
Heure de l'ordre d'évacuation et source d'information
Quand avez-vous appris l’accident à Fukushima Daiichi ?
Source d’information à propos de l’accident
(i) Commentaire d’un habitant deFutaba:
«J'ai quitté ma maison avec seulement
le strict nécessaire. J'ai appris où aller par le système radio d’urgence alors que j'étais sur la route. Je suis arrivé au premier site d’évacuation ou il m’avait été indiqué d’aller au bout de
6h de voiture au lieu d’une heure seulement en temps normal. En chemin, mon fils qui vit loin m’a appelé et m'a dit que je ne devais pas m’attendre à revenir bientôt. C'est alors seulement que
j’ai commencé à comprendre peu à peu ce qui était en train de se passer. C'est ce que je me rappelle. Pouvez-vous imaginer à quoi ressemble la vie quand vous êtes déplacés et séparés de vos amis
et des gens que vous connaissez? "
Pourcentage d’habitants qui savaient à propos de l’évacuation
(Quand avez-vous appris que votre lieu d’habitation était compris dans une zone d’évacuation ?)
Source d’information à propos de l’ordre d’évacuation
(ii) Commentaire d’un habitant d’Okuma:
"S'il y avait eu même un mot au sujet d'une centrale nucléaire lorsque l'évacuation a été ordonnée, nous aurions pu réagir raisonnablement, prendre nos objets de
valeur avec nous ou fermer la maison avant que l’on parte. Nous avons dû courir avec rien d'autre que les vêtements que nous avions sur nous. C’est une telle déception à chaque fois que nous
sommes brièvement autorisés à rentrer chez nous seulement pour découvrir que nous avons été cambriolés à nouveau. "
(iii) Commentaire d’un habitant de Tomioka:
"Nous voulions entendre clairement que nous ne serions pas en mesure de revenir pour un certain temps. Je n’ai pas pu amener mes objets de valeur avec moi. En particulier, parce que les dossiers
médicaux ont été laissés à la maison la santé de mes parents s'est aggravée pendant l'évacuation. Il est difficile, en particulier pour les personnes âgées, de fuir au dépourvu. Je n'ai pas
d'attachement à Tomioka parce que nous louions seulement la maison, mais si nous ne pouvons pas vivre dans le logement temporaire pour toujours, nous allons perdre un endroit pour vivre de façon
permanente. Il y a d'autres problèmes aussi. Donc, je veux soutenir le bien-être à nouveau. Ce n'était pas le personnel de l'administration préfectorale ou de la mairie qui étaient là pour nous
guider lors de l'évacuation, c’était les travailleurs des services médicaux qui en général voyaient mon père. Il a fallu une demi-journée pour savoir où il a été emmené. Il a fallu trop longtemps
pour créer une liste de personnes évacuées. "
(iv) Commentaire d’un habitant de Namie:
"J'ai réussi à passer une nuit dans une école primaire du quartier de Tsushima après avoir entendu une annonce
dans le gymnase dans la matinée du 12 mars qu’un tsunami s'était approché de l’école primaire de Namie-Higashi, au lieu d'être informé de l'accident survenu à la centrale nucléaire. Si on m'avait
dit spécifiquement à propos de l'accident, j'aurais évacués vers un endroit plus loin que Tsushima. Il est décevant que information n'ai pas été donnée."
(v) Commentaire par un habitant d’Odaka de Minamisoma :
"Nous ne savions pas qu’il y avait eu une explosion d'hydrogène à la centrale, nous ne pouvions pas deviner pourquoi nous avons dû évacuer. Le directeur (de TEPCO)
à l’époque de l'accident s’est rappelé à la télé qu'il pensait qu'il pouvait mourir à l'époque, mais ce genre d'information aurait dû être annoncé aux habitants vivant à proximité instantanément.
En tout état de cause, l'information à été publiée trop lentement. Les habitants n'ont pas été traités correctement. "
Temps d'évacuation
(i) Commentaire d’un habitant de Minamisoma
"A Haramachi dans Minamisoma, on nous a dit de « rester à la maison », et on ne nous a pas dit même une
seule fois d'évacuer. À la télévision, tout ce qu'ils ont dit était qu’ «il n'y a pas d'effets immédiats sur la santé », ce qui nous a fait encore plus peur. Rien n'a changé depuis que
l'accident est survenu. Quand il y a très peu de progrès en matière de décontamination, il est trop étrange que l'ordre d'évacuation soit déjà levé. Le gouvernement devrait réfléchir davantage
aux populations locales. "
(ii) un commentaire d’un habitant de Kawauchi (zone de 20 km-30 km)
"Le 11 mars, immédiatement après avoir entendu les premières informations sur
l'accident, de nombreuses personnes dans le village ont évacuées vers cette zone. Les jeunes s’envoyaient des emails «évacuez» les uns aux autres, presque comme une chaine d’emails. Cependant,
nous n'avons reçu aucune information officielle sur l’évacuation. On nous a seulement dit de rester à l'intérieur par l'intermédiaire du système de radio d'urgence. Après avoir entendu un voisin
qui a un policier dans sa famille disant : «Je vais évacuer car cela semble dangereux », j'ai décidé d'évacuer. J'ai entendu dire que la police était partie de Kawauchi le 14 mars. Les bénévoles
qui donnaient de la nourriture ont utilisé l'essence restant pour leur transport. Je voulais qu'ils nous aident à évacuer le plus tôt possible. Je ne peux que penser qu'ils nous ont abandonnés.
"
Pourcentage de ceux qui savaient
(Quand avez-vous commencé à évacuer ?)
Pourcentage d’habitants qui ont évacués volontairement
(iii) Commentaire d’un habitant d’Iitate
«Cette région n'a reçue aucune information dans les premières phases de l'accident nucléaire.
Nous avons entendu parler du niveau de radiations seulement après que l'équipe de recherche de l'AIEA soit venue. M. Edano, le secrétaire général du gouvernement, a dit à plusieurs reprises à la
télévision que le niveau de radiations "n'aura pas d’effets immédiats sur la santé ». La réalité est que les habitants d’Iitate ont été exposés à des radiations jusqu'au 22 avril (lorsque
l'évacuation planifiée a été ordonnée). Cela fait maintenant une année depuis, mais nous n'avons reçu aucune indemnisation des dommages et le gouvernement essaie de le couvrir par la levée des
ordres d'évacuation."
(iv) Commentaire d’un habitant de Hirono
"Parce qu'ils pourraient paniquer ... Parce que les personnes dans les zones avec le plus de danger ne seraient pas en mesure d'évacuer ... Comment la zone d'évacuation a été
étendu à 10 km de diamètre par la suite au lieu de 5 km dans la phase initiale ... Alors que nous n'avions que la télévision comme source d'information sans informations précises ou d'idée de la
façon dont l'accident allait se développer, le ministre en fonction continuait de déclarer "cela n'affectera pas la santé immédiatement ...". TEPCO ne cessait de parler de la sécurité et de la
fiabilité des réacteurs ... Je suis dégoûté de la faible qualité des personnes en charge de ce pays. "
(v) Commentaire d’un habitant de Kawamata
"Ils disaient qu'il n'y a pas d'effet immédiat, mais l'évacuation a été ordonnée le 16 avril. S’ils l’avaient ordonnée plus tôt, j'aurais pu trouver un lieu spécifique pour évacuer.
Bien que ce fut un désastre important, la réponse a été trop lente. La réponse initiale la plus importante basée sur les faits de la situation réelle n'a pas été faite et aucun ordre basé sur des
mesures de conformité n’a été donnés. Je demande la préparation en cas de situation d’urgence. Tout ce que j’ai vu était les politiciens jouant aux partis politiques, même si la nation est
confrontée à un désastre sans précédent. Je m'interroge sur l'humanité de ces gens. Il est regrettable que ce soit la nation qui ait choisi ces personnes en charge. "
Les habitants ont évacués vers des zones qui devinrent plus tard des zones évacuées
Pourcentage d’habitants qui ont évacués vers des zones qu’ils ont du ré-évacuer plus tard à cause de hautes concentrations de radiations
Insatisfaction à propos de la divulgation de renseignementsà partir de SPEEDI ou de données de surveillance
(i) Commentaire d’un habitant deNamie:
"Le fait que j’ai évacué vers une zone avec la dose la plus élevée de radiations en l'absence d’information SPEEDI demeure une source de crainte pour ma santé pour
le reste de ma vie. Pourquoi n'ont-ils pas divulgué les informations SPEEDI ? Que pensent-ils de la vie des gens ? Notre maison n’est plus habitable en raison de difficultés dans la
reconstruction des infrastructures, la décontamination et la peur d'avoir une installation de stockage provisoire à proximité. L'énergie nucléaire doit être arrêtée. Il causera un second
Fukushima et il n’y aura nulle part où vivre au Japon."
(ii) Commentaire d’un habitant de Minamisoma:
"J’aurais aimé que l'information soit divulguée beaucoup plus tôt. Je comprends que la décision du gouvernement de ne pas divulguer visait à empêcher une possible
panique. Mais les habitants ont été évacués vers des zones avec des concentrations élevées de radiations en raison du manque d'informations. A partir de maintenant, les causes de l'accident
doivent être étudiées et un manuel de mesures de réponses doit être mis en place, parce que nous ne savons pas quand le prochain accident se produira. Je demande de considérer des méthodes pour
minimiser les dommages d’accident à prendre en considération, étant donné qu'il est difficile de l'empêcher."
(iii) Commentaire d’un habitant de Iitate:
«Je crois que beaucoup de gens ont été exposés à des radiations à cause de la réponse inadéquate à l’accident par le gouvernement et les municipalités. Les données ont été effacées et des
instructions trompeuses ont été données même s'ils étaient au courant de la situation réelle. Est-ce qu'ils valorisent vraiment nos vies? Notre famille à déneiger à l'extérieur de notre maison et
a été mouillée parce que nous ne savions pas à propos des radiations. Nous exigeons l'indemnisation des dommages et des problèmes de santé au cours des prochaines décennies. Qu'est-ce que les
membres du NAIIC pensent des mensonges qui sont révélés même après que plus d'une année se soit écoulée depuis l'accident? "
Nombres d'évacuations
Nombre d’évacuations avant fin mars 2012
(i) Les habitants de Namie
"Même si nous revenons à Namie les tuiles du toit sont tombées et la pluie contaminée est tombée à l’intérieur. Ce ne sont pas des conditions dans lesquelles nous
pouvons vivre. Chaque fois que j’y retourne je me sens en colère. Notre plus jeune fils dit aussi qu'il est désormais impossible pour nous de vivre ici. L’après-midi du 11 mars, quand nous étions
sur le point de réparer le toit, on nous a dit d'évacuer à la salle de gym de l'école à proximité de Tsushima. Nous sommes restés à l'école pendant 3 ou 4 jours. C'était un endroit avec des
niveaux élevés de radiations. Nous avons déménagé six fois à l'intérieur et à l'extérieur de la préfecture et nous nous sommes finalement arrêtés après être venu ici."(Nihonmatsu)
(ii) Un commentaire d’un habitant de Futaba
"Le 12 mars, notre hôtel n'avait pas d'électricité ni d'eau. Nous avons été autorisés à rester dans un ancien hôtel et ils ont partagé avec nous l'essence. Notre
fils habite dans la préfecture de Saitama et il nous a laissé habiter la pendant quatre mois. Actuellement, nous vivons ensemble comme une famille de quatre personnes. Lorsque nous avons visité
notre maison brièvement le 6 mars, mon mari a eu un choc quand il a réalisé qu'il ne pourrait pas retourner dans la maison ou il est né et est actuellement à l'hôpital. Nous sommes frustrés par
l'irresponsabilité et le déshonneur de la politique de ce pays et de TEPCO. "
Pourcentage d’habitants qui ont eu un entraînement à l’évacuation avant l’accident nucléaire
(iii) Commentaire d’un habitant de Tomioka
«Nous n'avions aucune idée de ce qui se passait, mais on nous a dit d'évacuer à Kawauchi. Quand nous sommes arrivés là, nous avons dû déménager d'un endroit à
l'autre et sommes finalement arrivés à Miharu mais on nous a dit qu'il était plein. On nous a dit d'aller vers le centre d'évacuation de Motomiya. Nous avons ensuite déménagé à plusieurs reprises
par la suite et sommes actuellement dans une location à Iwaki. Depuis un an s'est écoulé, mais nous n'avons aucune idée de ce que nous allons faire. "
Habitants qui ont su au sujet de la possibilité d'un accident ou ayant reçu un entrainement à l’évacuation avant l'accident
(i) Commentaire d’un habitant de Futaba
«J'ai assisté à une conférence donnée par TEPCO une fois. Mentionnant l'exemple du 11 septembre aux Etats-Unis,
ils ont dit que les centrales nucléaires sont sûres quoi qu’il arrive. Lorsque j'ai posé une question pour reconfirmer la sécurité absolue, les participants à la conférence, dont beaucoup sont
des membres de famille des employés de TEPCO, me regardèrent comme si je n’avais rien compris de ce TEPCO nous avait dit. Les attitudes et les réactions de TEPCO et du gouvernement, qui semblent
penser si peu à nous, me mettent en colère plutôt que triste. Je demande une réponse plus rapide et sincère. "
(ii) Un commentaire d’un habitant d’Okuma
«Je travaillais dans une centrale nucléaire et je n'ai jamais pensé à un tel accident. Quand j’ai travaillé
comme sous-traitant pour TEPCO au premier étage, j'ai demandé à un chef d'équipe " Et si un tsunami semblable à celui de Sumatra frappe le Japon? " La réponse fut, " Impossible!"
Il n'est pas nécessaire de penser à une situation impossible ». Après tout, TEPCO, le gouvernement, et la municipalité n’ont pas pensés suffisamment sérieusement. Moi non plus. ".
(iii) Commentaire d’un habitants de Naraha
«Lorsque j'ai assisté à une conférence pour les habitants locaux par TEPCO peu de temps après que la société ait caché un accident au public, TEPCO a déclaré qu'ils avaient non seulement les 3
premières couches de protection, mais aussi les 4e et 5e couches de mesures de sécurité, d’une manière que les habitants participants ne comprendraient pas ce que cela signifie d'avoir tant de
couches de sécurité. Maintenant je me rends compte que tout ce que TEPCO a expliqué était des mensonges, et que je m'étais trompé. "
Pourcentage d’habitants ayant été informés de la possibilité d’un accident nucléaire avant le 11 mars
(iv) Commentaire par un résident de Tamura
"Ils n’arrêtaient pas de dire que les centrales nucléaires étaient absolument sans danger puis l'accident est arrivé. Si toutes les personnes impliquées considèrent
l'accident comme un simple « accident imprévisible » alors ce pays doit être très négligent. Les causes doivent être trouvées et clarifiées.
Cet accident ne doit jamais se répéter. Je veux donner de candides conseils aux membres du régime. Ils sont censés considérer la vie quotidienne de la nation et de la reconstruction, mais ils
sont préoccupés par des batailles politiques. Alors que l'enquête sur l'accident doit être approfondie, le régime doit avoir une discussion approfondie pour la nation. "
(v) Commentaire d’un résident de Katsurao
"Nous étions habitués à regarder des publicités TV tous les jours revendiquant que l’énergie nucléaire coutait moins chère, était sûre et propre. Avec de vifs
souvenirs d'un tel message, nous ne pouvions pas croire que l'accident s'était produit, comme nous ne pouvions imaginer qu’un tsunami apporte la tragédie. Nous vivons encore dans un étroit
logement temporaire après plus d'un an. Nous n'avons aucune idée du moment où nous pourrons revenir à notre maison. Nous sommes absolument opposés à la remise en service des réacteurs. De
nouveaux réacteurs ne devraient pas être autorisés et nous devons passer aux énergies renouvelables. Des lois et règlements concernant de tels plans doivent être mis en place rapidement. Le
gouvernement devrait accélérer les progrès de l'indemnisation des dommages de l'accident. Ce n'est pas comme la compensation pour un accident de la circulation .... Je suis fatigué de mes
conditions de vie actuelles. Je demande que le gouvernement aille de l'avant pour prendre sa responsabilité et fasse tous les efforts pour indemniser les victimes. Je compte sur le gouvernement.
"
« Il y a
eu beaucoup d’occasions pour la NISA, la
NSC et TEPCO de prendre des mesures qui auraient
empêché l'accident, mais ils ne les ont pas prises ». Ainsi commence la cinquième partie du résumé des conclusions de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de
Fukushima. La lecture de ce rapport est très instructive : pas de langue de bois, on sait qui est responsable.
D’où l’intérêt, en France et partout dans le monde, de surveiller attentivement le travail des agences de sécurité nucléaire et d’exiger que leurs requêtes actuelles soient réellement suivies d’effet. Cela pourrait être le cas avec la possibilité de l’abandon d’un réacteur en Belgique après la découverte d’une fissure dans la cuve du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire belge de Doel. 22 réacteurs fabriqués par la même entreprise sont ainsi sur la sellette dans 8 pays. On doit aussi garder dans le viseur les réacteurs à eau bouillante de type Mark I (comme le réacteur n° 1 de Fukushima Daiichi) qui fonctionnent encore dans le monde : 23 réacteurs aux Etats-Unis, 2 en Inde et un en Espagne. Pourquoi diable les agences de sécurité n’ont-elles pas exigé leur arrêt après la catastrophe japonaise qui a démontré la vétusté et les défauts de ces installations conçues dans les années 60 ?
Le blog de Fukushima, grâce à l’aide efficace de ses lecteurs, poursuit la publication de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête. Aujourd’hui c’est au tour des cinquième et sixième parties du résumé des conclusions, correspondant aux pages 42 à 46 du rapport de 88 pages édité en anglais.
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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima
(traduction : Guy Fargette)
_______
5. Les problèmes organisationnels dans la prévention de l'accident
et dans l'intervention
La commission a constaté divers problèmes organisationnels concernant les mesures préventives avant l'accident, les causes de l'accident et la crise de la gestion de l'intervention après l'accident. Nous avons examiné toute la chaîne des événements pour mettre en évidence ce qui a mal tourné dans les organisations et les systèmes impliqués. Nous avons également étudié la relation entre TEPCO et les agences de régulation, en vue d'une réforme future.
Questions de fond
Il y a eu beaucoup d’occasions pour la NISA, la NSC et TEPCO de prendre des mesures qui auraient empêché l'accident, mais ils ne les ont pas prises. Ils ont, soit délibérément reporté la mise en place de mesures de sûreté, soit pris des décisions dans l'intérêt de leur organisation — non dans l'intérêt de la sécurité publique.
A la suite de la mise en œuvre de nouvelles régulations dans d'autres pays, des discussions ont eu lieu pour réviser les directives, afin d'inclure un scénario dans lequel l'alimentation en courant alternatif serait perdue. La discussion a également porté sur une vérification de la fiabilité des sources de courant continu. Malheureusement, ces débats n'ont pas produit la moindre modification dans les directives ou les réglementations, et au moment de l'accident, aucune considération sérieuse n'avait été accordée à un scénario impliquant la perte du courant alternatif délivré à la centrale.
TEPCO et la NISA étaient toutes deux conscientes que si le niveau du tsunami dépassait les hypothèses faites par la Société des Ingénieurs civils (Society of Civil Engineers), il y avait un risque de dommage dans le cœur par suite d'un dysfonctionnement des pompes d'alimentation en eau de mer. Ils étaient également conscients qu'un tsunami avec des niveaux d'eau au-dessus du niveau du sol de la centrale était possible et que cela aboutirait à une perte complète de l'alimentation électrique.
Bien que TEPCO et la NISA aient été conscientes des risques, rien n’a été fait pour amender les réglementations existantes ou les aligner sur les normes internationales. La NISA n'a donné aucune instruction contraignante pour prendre des mesures spécifiques, et TEPCO n'a engagé aucune action.
La NISA a bien donné instruction à TEPCO de conduire une vérification antisismique, mais en ne réalisant pas cette vérification, TEPCO a bel et bien ouvert la voie à l'accident. La NISA est également en défaut parce qu'elle ne s'est pas assurée que la vérification avait eu lieu en temps opportun, malgré la conscience qu'elle avait de l'importance de cette vérification. La défaillance de la NISA dans la demande de mise en œuvre de cette action, et la défaillance de TEPCO à la mener à bien, constituent conjointement une négligence qui a mené à la catastrophe. Ils ne peuvent utiliser l'excuse de circonstances qui auraient dépassé leurs prévisions.
La captation de régulation de l'industrie nucléaire japonaise
Les causes fondamentales de l'accident, comprenant l'incapacité à mettre en œuvre des mesures de prévention d'un tremblement de terre et d'un tsunami, et le manque de mesures destinées à faire face à un accident grave, peuvent également être imputées à la Fédération des Compagnies d'Energie électrique (FEPC). C'est une association de lobbying des compagnies d'électricité, non contrôlée, qui porte donc sa part de responsabilité.
Bien qu'une vigilance constante soit requise pour se maintenir au niveau des normes internationales évolutives en matière de prévention des séismes, les opérateurs électriques du Japon ont, obstinément et de façon répétée, refusé de réévaluer et d'améliorer les réglementations existantes, dont les vérifications anti-sismiques et la mise en conformité. L'industrie nucléaire japonaise s'est montrée inférieure à la norme globale de préparation au risque sismique et au tsunami, et n'a pas su réduire le risque d'accidents graves en adhérant à la stratégie des cinq niveaux de défense en profondeur.
L'examen par la Commission de la manière dont les régulations sont discutées et amendées révèle une relation de complaisance entre les opérateurs, les autorités de contrôle et les spécialistes universitaires, que l'ont ne peut caractériser que comme totalement inappropriée. Sur le fond, les autorités de contrôle et les opérateurs ont donné la priorité aux intérêts de leurs organisations sur la sécurité publique, et ont décidé que les opérations des réacteurs nucléaires au Japon "ne seraient pas arrêtées".
Parce que les autorités de régulation et les opérateurs assuraient systématiquement que "la sûreté de l'énergie nucléaire est garantie", ils avaient un intérêt commun à éviter que les réacteurs existants ne soient mis à l'arrêt pour des raisons de sûreté, ou que des poursuites judiciaires ne soient lancées par des militants antinucléaires. Ils ont systématiquement évité, compromis ou reporté toute tentative d'action, et toute réglementation ou constatation qui auraient menacé le maintien en service des réacteurs nucléaires. La FEPC a été la principale organisation représentant cette position intransigeante auprès des agences de régulation et dans le monde universitaire.
Nos investigations se sont concentrées sur le rôle important de lobbying mené par la FEPC pour le compte des opérateurs, et nous avons scruté la relation entre les opérateurs et les autorités de régulation. La Commission a constaté que la relation manquait, de fait, d'indépendance et de transparence, et était très éloignée d'une "culture de sûreté". Il s'agit d'un cas typique de "captation de régulation", où la supervision de l'industrie par les autorités de régulation cesse d'être effective. Nous en avons trouvé des exemples dans neutralisation des révisions du "Guide pour la conception antisismique", et dans les discussions erronées qui ont eu lieu à propos de la réglementation des mesures correctives à prendre en cas d'accident grave.
Les problèmes organisationnels de TEPCO
Cette fois encore, il nous faut pointer la mentalité organisationnelle de TEPCO comme étant l'une des causes de la catastrophe : d'une part, ils ont fortement influencé la politique énergétique et les régulations nucléaires tout en abdiquant leur propre responsabilité, et en laissant le METI prendre la responsabilité en première ligne. Mais d'autre part, ils également manipulé la relation de connivence avec les autorités de régulation pour affaiblir les mesures législatives et régulatrices.
TEPCO a bel et bien organisé des réunions à propos de ce qu'il envisageait comme des risques pour la production nucléaire ; de tels risques étaient définis comme la perte potentielle de confiance en son utilité de la part du public en cas de catastrophe naturelle et une diminution possible du taux d'activité des réacteurs. Le risque d'un accident potentiellement grave n'est jamais apparu dans la liste des risques de TEPCO. TEPCO a expliqué cette omission flagrante en affirmant que la sûreté nucléaire relevait de son département sur le site de la centrale, et que par conséquent de tels risques ne devaient pas figurer dans les comptes-rendus des réunions de la Direction centrale des risques. Le risque de dommage à la santé et au bien-être publics n'était pas un problème pour TEPCO.
Comme la production d'électricité est devenue de moins en moins profitable au fil des ans, la direction de TEPCO s'est mise à insister sur la baisse des coûts et l'augmentation de la dépendance du Japon dans l'énergie nucléaire. Tout en affirmant du bout des lèvres une politique de la "sûreté avant tout", la sûreté a subi le passage à d'autres priorités de la direction. Le fait que TEPCO ne disposait pas des diagrammes corrects des tuyauteries et des autres dispositifs de la centrale de Daiichi en est une illustration emblématique. Cette absence de diagrammes corrects a constitué l'un des facteurs de retard de la ventilation à un moment crucial durant l'accident.
Après l'accident, TEPCO avait la double responsabilité de contenir la situation accidentelle et de rendre compte des faits concernant l'état de l'accident pour les habitants alentour, la nation et la communauté internationale, de façon appropriée et en temps opportun. Nous affirmons que l'information diffusée effectivement par TEPCO a été inappropriée, et que cette inadéquation a constitué elle aussi une cause indirecte de la détérioration de la situation. Par exemple, en ce qui concerne l'information sur un accroissement de la pression dans la cuve du réacteur n°2, TEPCO a diffusé un communiqué de presse à propos d'une injection d'eau de mer à 23h00 le 14 mars, mais n'a pas fait état d'un accroissement du débit de dose à l'entrée de la centrale, qui s'est produit entre 19h00 et 21h00 le même jour. TEPCO a également minimisé la gravité de la situation concernant les dégâts dans la chambre de suppression de l'unité n°2 ; de plus, il y a eu un délai significatif entre le moment où TEPCO a informé le Kantei et le moment où elle a révélé la chose publiquement.
La Commission a également découvert un procès-verbal fait par TEPCO qui notait qu'elle n'avait pas informé le public d'une augmentation de pression dans la cuve du réacteur n°3, à 8h00 le 14 mars, parce que la NISA en avait interdit la publication. En fait, le Kantei avait simplement donné instruction à TEPCO de l'informer du contenu des communiqués au moment où ils étaient rédigés. En obéissant à l'ordre de la NISA de retenir la diffusion de cette information cruciale, TEPCO a de fait donné la priorité à ses propres intérêts et à ceux de la NISA, aux dépens du bien du public et de son droit à être informé.
Les problèmes organisationnels concernant les autorités de régulation
Avant l'accident, les corps de régulation manquaient d'une culture organisationnelle accordant la priorité à la sécurité publique sur leur propre confort d'institution, et de l'état d'esprit nécessaire à la gouvernance et à la supervision. La Commission conclut que les failles structurelles dans l'administration du nucléaire doivent être identifiées par une investigation critique des structures organisationnelles, des lois et des réglementations, et du personnel concerné. Nous devions identifier les secteurs nécessitant une amélioration, reconnaître les leçons à tirer et envisager les réformes nécessaires à une mise en œuvre effective de la sûreté nucléaire à l'avenir.
L'autonomie et la transparence doivent être mises sur pied dans les nouvelles organisations de régulation à créer. Elles doivent avoir des pouvoirs de supervision importants afin de contrôler correctement les opérateurs de centrales nucléaires. Un personnel nouveau avec une expertise hautement professionnelle doit être embauché et formé. Il est nécessaire d'opérer des changements drastiques pour obtenir un "système ouvert" fonctionnant correctement. Les relations incestueuses qui existaient entre les régulateurs et les entités privées ne doivent plus pouvoir réapparaître. Pour assurer que la sûreté et les systèmes de régulation du Japon se maintiennent au niveau des normes internationales, il est nécessaire d'en finir avec les vieilles attitudes qui ont été complices de l'accident qui s'est produit.
6. Le système législatif
La Commission a enquêté sur le besoin d'une réforme fondamentale des lois et des réglementations concernant l'énergie nucléaire. Elle a exposé les grandes lignes de la nécessité de préparer une structure organisationnelle qui assurerait des processus de décision sains pour la mise en œuvre de lois et de réglementations sur le nucléaire.
Lois et réglementations pour l'énergie nucléaire
La Commission a constaté qu'avant l'accident, la révision et l'amendement de lois et de réglementations n'étaient entrepris que sur une base disparate, en réponse à des préoccupations minuscules. La volonté d'opérer des changements importants et significatifs pour rester à niveau avec les normes de la communauté internationale faisait profondément défaut.
Au moment de l'accident, les lois, les réglementations et l'infrastructure reposaient sur l'hypothèse que l'étendue et l'ampleur de catastrophes naturelles éventuelles n'excèderaient pas ce qui s'était déjà produit. On n'a pas su prendre en compte la perspective d'événements sans précédents tels que le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011, alors que l'éventualité de tels événements était connue.
Ceux qui étaient en charge des lois et des réglementations qui présidaient au fonctionnement de l'industrie nucléaire au Japon avaient un état d'esprit dogmatique qui a empêché de suivre l'évolution des lois, des normes et des pratiques internationales, et qui a ignoré des conseils technologiques pertinents et des améliorations venant de l'étranger. Il en est résulté qu'au moment de l'accident, les lois et les réglementations gouvernant l'industrie nucléaire au Japon étaient dépassées par rapport celles des autres pays, et dans certains cas, obsolètes.
Avant l'accident, l'objectif premier des lois et des réglementations sur le nucléaire était la promotion de l'énergie nucléaire. Les lois doivent être refondues en mettant l'accent avant tout sur la sûreté, la santé et le bien-être publics. Les rôles, les responsabilités et les relations entre les opérateurs, les autorités de régulation et les autres entités concernées doivent être clairement délimités dans la Loi sur les Mesures spéciales concernant la préparation à l'Urgence nucléaire. La protection en profondeur doit être formellement ancrée dans les réglementations, pour qu'elle fonctionne correctement si le besoin s'en fait sentir à l'avenir.
L'accident a mis en lumière la nécessité d'une réforme profonde et fondamentale des lois et des réglementations pour les amener au niveau des normes internationales, pour utiliser le savoir technologique de pointe et apprendre des autres accidents survenus dans le monde. Il est nécessaire de créer un système dans lequel les régulateurs ont l'obligation permanente de s'assurer que les lois et les réglementations reflètent les changements dans les normes internationales. Un mécanisme de suivi de la mise en place des infrastructures nécessaires doit être mis au point.
Une fois que ces nouveaux systèmes, ces nouvelles lois et réglementations auront été créés, ils doivent être rétroactivement appliqués aux réacteurs existants. Il doit être explicitement précisé dans les lois que les réacteurs qui ne répondent pas aux nouveaux standards devraient être désaffectés ou traités de façon appropriée.
6 et 9
août 1945, deux dates qui font frémir. Les commémorations actuelles nous rappellent que le monde a changé en profondeur sur la base de l’horreur nucléaire. Jean-Marc Royer, par l’article suivant,
nous explique très clairement l’historique de ces programmes militaires et les effets impitoyables de la bombe A. On sait aujourd’hui que ces faits militaires d’une horreur sans nom n’étaient pas
nécessaires pour mettre fin à la guerre… Merci à l’auteur de contribuer à ce travail de mémoire encore
inachevé.
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LA BOMBE ATOMIQUE, UN PUR PRODUIT DE LA TECHNOSCIENCE
par Jean-Marc Royer
Les rappels qui suivent se veulent une aide au travail de mémoire qui reste, soixante-sept ans après les bombardements atomiques, encore très incomplet. L’autre motivation de ce texte réside dans le fait qu’il ne peut y avoir de conscience pleine et entière de ce qui s’est passé à Hiroshima, Nagasaki puis à Tchernobyl et Fukushima sans que l’on soit en mesure de s’en faire une représentation [1]. Puisse ces lignes y aider le lecteur. Pour cela, il lui faudra le courage de ne pas reculer devant la douleur dont il est question. A cette seule condition, il en sortira grandi en humanité.
Les " découvertes scientifiques " à l'origine de la bombe atomique
Il n’est pas sans conséquences philosophiques majeures de constater que la bombe atomique est un produit direct de la science occidentale [2]. On constatera que la réponse ne fait plus de doute lorsque l’on examine, même rapidement, l’histoire de cette " invention " et de ses prémisses.
En 1896, Henri Becquerel découvre la radioactivité naturelle.
Niels Bohr présente en 1913 la première théorie qui expliquait ce phénomène : la matière est constituée d'atomes, eux-mêmes formés d'électrons " tournant autour d'un noyau ". Certains de ces atomes ne sont pas stables et se décomposent en émettant des rayonnements.
En 1905 Albert Einstein publie la théorie de la relativité. Pour lui, matière et énergie sont liés par l’équation qu'il note E = mc² et qui permet d'affirmer qu'une petite quantité de matière peut devenir une énorme quantité d'énergie… ce qui est le principe de la bombe atomique.
En 1934, Frédéric et Irène Joliot-Curie s'aperçoivent que l'on peut transformer un élément stable en un autre instable, en le bombardant de particules : c'est la radioactivité artificielle.
En décembre 1938, Otto Hahn et Fritz Strassman comprennent que le noyau d'uranium, bombardé de neutrons, se casse en deux en libérant deux neutrons et une énergie considérable : l'énergie nucléaire.
En 1939, Frédéric Joliot comprend que les neutrons libérés, peuvent fracasser à leur tour d'autres atomes d'uranium : c'est une réaction en chaîne. Celle-ci peut donner naissance à une grande source d'énergie.
Ainsi, dès 1939, tous les éléments scientifiques préalables à la bombe sont découverts.
LE PROJET MANHATTAN [3]
Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit une lettre signée d’Albert Einstein (reproduite plus loin) qui le met en garde contre les recherches effectuées par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer les Etats-Unis dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien, le hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique exploser à Hiroshima et Nagasaki et qui en dira : " Ce jour-là, j’aurais mieux fait de me couper les doigts de la main ".
Le 16 décembre 1941, neuf jours après l’attaque de Pearl Harbour, le président Roosevelt lance officiellement le projet Manhattan.
Eté 1942, la certitude est acquise d'une possibilité de réaction en chaîne ; les recherches de base et leur développement sont faits ; il n'y a plus qu'à établir un plan pour créer une force opérationnelle. Le général Groves est alors placé à la tête d'un groupe de techniciens et de savants qui compte plusieurs prix Nobel.
Le 2 décembre 42, au-dessous des gradins de Stagg Field à l’Université de Chicago, une équipe menée par Enrico Fermi initia la première réaction en chaîne nucléaire auto-entretenue.
Début 1943, le projet Manhattan entre dans une nouvelle phase. Il s'agit de trouver un élément qui soit capable de servir à la création d'une arme qui utiliserait l'énergie libérée par la fission nucléaire. Celui-ci doit répondre à deux critères : la facilité de production et la possibilité d’en produire une grande quantité. Deux voies se dessinent pour l'obtention d'un tel élément :
- Celle de l'uranium. Niels Bohr a calculé qu'une seule variété (isotope) de l'uranium peut " fissionner ", il s’agit de l'uranium 235. Mais celui-ci est rare : il faut le séparer du reste de l'uranium naturel 238U. L'obstacle paraît alors infranchissable.
- Celle du plutonium. Elément récemment découvert (inexistant dans la nature), il vient d'être obtenu en bombardant de l'uranium.
Le problème principal reste la rareté de ces deux éléments fissiles. On construisit donc deux énormes complexes industriels : l'un à Oak Ridge, dans le Tennessee, pour la production d'uranium 235. L'autre à Hanford, près d'un petit village sur les bords du Columbia, dans l'Etat de Washington pour la production du plutonium. [4]
Depuis mars 1943, date à laquelle fut mise en service le centre top secret de fabrication de l’arme nucléaire à Los Alamos (dans le désert du Nouveau-Mexique près de Santa Fé), une équipe de savants, sous la direction de Robert Oppenheimer, se livre à l'étude de l'architecture de la bombe elle-même.
L'Allemagne capitule le 8 mai 1945 mais le projet Manhattan n’arrive à son terme qu’en juillet 1945 [5]. Son succès confirme les deux filières (uranium 235 et plutonium). Les savants se trouvent donc en possession de deux types de bombe: l'une fonctionnant grâce à l'uranium (celle qui sera larguée sur Hiroshima), l'autre grâce au plutonium (produite en deux exemplaires : celle de l'essai " Trinity " et celle de Nagasaki).
Le 16 juillet 1945, alors que les
bombes Little Boy et Fat Man, destinées au Japon sont en route vers l'île de Tiniam pour y être assemblées, on a mis en place au sommet d'une tour, à Alamogordo, dans le désert " Jornado del
Muerto ", dans l’État du Nouveau-Mexique, un des trois engins déjà fabriqués. L'explosion a lieu à 5 heures 30 du matin : un éclair aveuglant, insoutenable jusqu’à 35 Km, suivi d'une énorme
détonation perceptible à 300 Km. L’explosion dégagea une force équivalente à 21 000 tonnes de TNT, c'est-à-dire la puissance destructrice de 2300 avions bombardiers B29 de
l’époque, mais concentrée dans le temps (une fraction de seconde) et dans l’espace.
En constatant la puissance phénoménale engendrée par la bombe, Oppenheimer se rappela l'un de ses passages préférés d'un texte Sanskrit : " Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes ". Plus prosaïquement, son adjoint Kenneth Bainbridge, responsable des essais répondra : " À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute ". Rares sont les scientifiques qui regretteront ce qu’ils ont fait. Dans un livre de conversations sur ses souvenirs de Los Alamos, Richard Feynman explique :" Après l'explosion, il y eut une formidable excitation à Los Alamos. Tout le monde faisait la fête (...). Je me souviens que Bob Wilson était assis là et semblait broyer du noir. A quoi penses-tu lui ai-je demandé ? C'est terrible, ce que nous avons fait là, a-t-il répondu. " Bob Wilson était-il le seul physicien de Los Alamos, au soir du 16 juillet 1945, à broyer du noir ? Pas loin, si l'on en croit le physicien Richard Feynman : " ce qui nous est arrivé à tous est que nous avons commencé à faire quelque chose pour une bonne raison. Ensuite nous avons travaillé très dur pour y parvenir, avec plaisir, avec excitation. Et nous avons cessé de réfléchir. Bob Wilson était le seul qui continuait à réfléchir ". Il faut tout de même préciser que des scientifiques du projet Manhattan, qui connaissaient les effets des deux bombes, suggérèrent de larguer les bombes dans des zones isolées afin de montrer la puissance des Etats-Unis en faisant le moins de victimes possible. Mais cette éventualité avait été envisagée par la présidence puis écartée.
En mai 1946 est créé le Comité d’Urgence des Scientifiques Atomistes, groupe anti-nucléaire dont tous les membres avaient participé à la construction de la bombe, sauf Albert Einstein.
LES BOMBARDEMENTS D’HIROSHIMA ET DE NAGASAKI
Hiroshima. La puissance dégagée est estimée à 13 000 t de TNT. C’est une énergie
transformée pour 85% en lumière, en chaleur, en souffle et pour 15% en radiations. Chacun de ces effets est dévastateur.
Dès les premiers millionièmes de seconde, l’effet aveuglant de l’éclair est suivi de l’énergie thermique libérée qui transforme l’air en une boule de feu atteignant un kilomètre de diamètre en quelques secondes au-dessus d’Hiroshima. Au sol, la température atteint plusieurs milliers de degrés sous le point d’impact. Dans un rayon d’1 km, tout est instantanément vaporisé et réduit en cendres. Jusqu’à 4 km de l’épicentre, bâtiments et humains prennent feu spontanément ; les personnes situées dans un rayon de 8 Km souffrent de brûlures au 3° degré (Voir les témoignages des docteur Michihiko Hachiya et Shuntaro Hida).
Après la chaleur, c’est au tour de l’onde de choc (troisième effet) de tout dévaster : engendrée par la phénoménale pression due à l’expansion des gaz chauds, elle progresse à une vitesse de près de 1 000 km/h, semblable à un mur d’air solide. Elle réduit tout en poussières dans un rayon de 2 km. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont entièrement détruits.
Encore très méconnu en 1945, et spécifique à cette arme, le quatrième effet est celui des rayonnements immédiats. Suivant la dose, il entraîne la mort en quelques jours, quelques mois, ou des années après l’explosion. Les femmes enceintes au moment de l'explosion donnent naissance à des " bébés-monstres ". Le nombre de tués sur le coup est estimé à 80 000 ; dans les semaines qui suivirent, plus de 130 000 personnes ont succombé. A la fin de 1945, le total des morts est de 150 000. Le mémorial de la paix comporte 221 000 noms de personnes mortes des conséquences directes ou indirectes de l'explosion, mais l'estimation " finale " du nombre de morts se situe autour de 260 000 : ce dernier chiffre concerne autant les suites de ces effets que ceux produits par le cinquième effet, la contamination par inhalation ou ingestion.
Le nombre de victimes civiles peut être comparé à d’autres bombardements, mais il porte une lourde charge symbolique, liée à la vision d'Apocalypse de l'explosion et aux effets à très long terme de l'exposition aux radiations. Leó Szilárd, qui était impliqué dans le développement de la bombe, dira après la guerre : " Si les Allemands avaient largué des bombes atomiques à notre place, nous aurions qualifié de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamné à mort les coupables allemands lors du procès de Nuremberg et les aurions pendus. " [6]
Nagasaki. Le 9 août 1945, le B-29 " Bockscar " piloté par Charles Sweeney, partît de Tinian dans les îles Mariannes du Nord, en se dirigeant vers la
cible initiale, Kokura, qui était sous les nuages. Conformément à la consigne " no see, no bomb " (" pas de visibilité, pas de bombe "), Bockscar se dirige alors vers Nagasaki
où la couverture nuageuse se déchire, le temps pour le B29 de larguer " Fat Man ", à 11h 02. Cette bombe est une bombe au plutonium, différente de celle d'Hiroshima (Uranium
235), mais semblable à celle de l'essai Trinity, réalisé à Alamogordo, le 16 juillet 1945 (20 000 tonnes de TNT).
Le scénario d'Hiroshima se reproduit, à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en fait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion. Une seconde grande ville du Japon vient d'être rasée en quelques secondes.
Les conséquences du bombardement
La ville abritait, en 1945, 250 000 habitants, le nombre de tués sur le coup est estimé à 35 000 et le nombre des décès directs et indirects se situe entre 75 000 et 130 000.
Le bombardement de Nagasaki est différent de celui d’Hiroshima par plusieurs aspects :
- L’arme utilisée étant plus puissante, les dommages proches de l’hypocentre ont été plus profonds.
- L’habitat y étant plus diffus, la violence des incendies fût plus limitée : ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes et quelques heures pour se généraliser.
- L’arme étant un modèle au plutonium, la répartition des rayonnements gamma et neutroniques fut différente, ce qui a modifié la fréquence et la nature des leucémies observées.
Etant donné l’extrême toxicité radioactive du Plutonium, il serait logique d’avancer que l’ensemble des effets radioactifs a du être plus important qu’à Hiroshima, mais nous ne possédons pas de documents à ce sujet …
LA SPECIFICITE DE LA BOMBE A, UNE HORREUR DANS L’HORREUR
" Je ne sais pas comment sera la 3ème guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la 4ème. " A. Einstein
Les plus brillants savants occidentaux collaborèrent à " l’invention de la bombe A " sans pour autant que leur sens moral ne les en détourne. Précisons tout de même ceci : le propre de la technoscience est de produire des " objets " dont la puissance dépasse l’entendement, la sensibilité et l’imagination humaine y compris de leurs auteurs (Cf. leurs réactions devant la 1ère explosion) ; précisons que l’entreprise Manhattan demandait justement que ces savants mobilisent de manière exclusive pour ce projet toute leur intelligence, leur énergie, et même tout leur être ; précisons aussi que pour cette réalisation, des lieux de résidence spécifiques avaient été construits (des villes secrètes identiques en URSS et aux Etats-Unis, sorte de campus de luxe où séjournaient également tous les personnels en charge des infrastructures et les familles des uns et des autres), les isolant ainsi de manière étanche du vulgum pecus, du sens commun ou de la " common decency " comme l’écrivait George Orwell ; précisons également que ce " Manhattan project " était vécu comme la " conquête de la dernière frontière scientifique " figure emblématique de l’aventure moderne avant que la " conquête spatiale " prenne le relais ; précisons enfin que les services spécialement dédiés à leur encadrement de tous les instants (y compris socio-affectif), rendaient difficile tout retour en arrière. L’exemple à la fois unique et admirable du physicien Joseph Rotblat, qui dût déployer des trésors de ruse pour s’enfuir de Los Alamos, montre que cela était difficile, mais pas impossible.
Tous les historiens sérieux sont maintenant d’accord là-dessus, l’argument des cinq cent mille vies nord-américaines [7] soi-disant épargnées par le largage de bombes Atomiques sur Hiroshima et Nagasaki fût inventé de toutes pièces par le gouvernement des Etats-Unis en direction de l’opinion publique nord américaine et internationale, illustration supplémentaire du fait que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.
Pour le dire très vite, le Japon n’a pas tant capitulé suite à Hiroshima-Nagasaki que suite à la déclaration de guerre de Staline en date du 8 août. Les japonais redoutaient plus que tout l’occupation et les appétits territoriaux soviétiques lesquels étaient en train de retourner leur immense armée vers ce front. Par ailleurs, les Etats-Unis avaient compris que cette arme terrible devait être utilisée pour prouver aux yeux du monde leur supériorité militaire et scientifique.
Les historiens ont qualifié le 6 août 1945 comme premier acte de la guerre froide, ce qui est exact, mais largement insuffisant : il s’est agi du premier acte d’une guerre déclarée à l’ensemble du vivant et de la planète.
Si l’on accepte cette réalité historique maintenant démontrée, réalité qui est la clé de l’analyse (tout comme l’acceptation de l’existence des camps de la mort est une des clés de l’analyse du nazisme) alors, plus rien ne peut voiler le regard sur cet évènement. Des conclusions incontournables en découlent.
Son premier caractère est qu’il constitue un crime contre l’humanité [8]. Mais il a été perpétré contre un peuple
dont l’armée et ses dirigeants politiques se sont eux-mêmes rendus coupables de crimes du même type sur le continent et ont ensuite été défaits. Ce qui explique en partie que cette
" leçon " de l’histoire ne pût être tirée par l’humanité, aucune " institution " située du côté des vaincus n’étant en mesure d’en supporter la mémoire, dans tous les sens du
terme.
Horreur dans l’horreur. Les " hibakusha ", témoins vivants de la défaite et assimilés aux pestiférés par peur d’une contagion fantasmée, furent l’objet de la honte publique, décourageant ainsi la plupart des rescapés de participer à un quelconque travail de mémoire, témoignage dont on a vu avec, entre autres, Primo Lévi, Robert Antelme, David Rousset, Marcel Ophüls, l’importance capitale dans l’Europe intellectuelle de l’après-guerre et encore maintenant. Alors que les oreilles étaient encore bien bouchées à la cire, que les bouches étaient closes par des lèvres pincées, que les mémoires étaient recousues au fil de la honte, que les inconscients étaient forclos par de vieux barbelés rouillés, ces artistes hors du commun nous ont permis de penser l’histoire européenne d’après 1945.
Horreur dans l’horreur. Les responsables japonais procédèrent à une " reconstruction " rapide de la ville qui eût pour but avoué d’effacer méticuleusement toutes les traces de ce crime effroyable. Comme si à la place d’Auschwitz s’élevait maintenant un mémorial design affublé d’une sorte de parc d’attraction pour la paix. Plus de traces, telle est le credo commun à tous les criminels et négationnistes. (Cf. ce qu’en dit précisément Günter Anders).
Horreur dans l’horreur. Peu connu aussi, est le fait que les Nord-américains ont activement contribué à ce processus, soit par leur " aide à la reconstruction " ; soit en menant sur place et avec l’aide des autorités japonaises, des études militaires sur toutes les conséquences de ce bombardement, y compris quant aux suites médicales des radiations nucléaires pour les générations à venir. Mais " la raison d’Etat " primant sur les souffrances de milliers d’innocents, celles-ci furent versées dans des archives secrètes nord-américaines, accessibles seulement depuis peu. Ceci n’était d’ailleurs que la suite des essais effectués, à leur insu, sur des patients dans une aile de l’hôpital de Rochester : on inoculait du plutonium à ces " Human products " (ce fût leur nom de code) à l’aide de seringues spécialement conçues [9].
Horreur dans l’horreur. Contrairement à ce qui s’est produit pour la Shoah [10], vainqueurs et vaincus se sont associés pour aveugler l’humanité, avec succès jusqu’à ce jour, sur la nature des crimes commis à Hiroshima et Nagasaki. Le travail de mémoire fût ainsi forclos à plusieurs titres, de la même façon que l’on tente d’enfermer un déchet radioactif : on sait pertinemment qu’on en repasse la dangerosité aux générations suivantes.
Horreur dans l’horreur. Le largage des bombes atomiques fût non seulement un crime contre l’humanité, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l’on appellerait aujourd’hui un Ecocide. Le refoulement de cette catastrophe systémique pour l’écosphère ne sera pas non plus sans conséquences pour l’avenir de l’humanité et la manière d’en écrire l’histoire. Les peuples qui refusent leur histoire la traînent comme un boulet.
Horreur dans l’horreur. Alors que cette " invention " était porteuse de la mort généralisée du vivant sur la planète, les gouvernements et la plupart des médias occidentaux ont tout fait pour la recouvrir d’un épais manteau d’admiration et de dévotion devant le génie et la puissance des chercheurs, se prosternant devant la science, la technique, l’industrie, les militaires et la nation nord-américaine. Un nouveau dieu est apparu ─ à la puissance inquiétante certes, comme tous les dieux – et à la gloire duquel de nouveaux hymnes devaient être forgés sur le champ. Entre les deux blocs idéologiques de cette époque, Joseph Rotblat, Albert Einstein, Bertrand Russel, ultra minoritaires, furent parmi ceux qui tentèrent de faire entendre la vérité.
On a beaucoup insisté, et à juste titre, sur le travail de mémoire [11] nécessaire pour maintenir vivant le souvenir de ceux qui sont morts dans les camps nazis. Mais le travail concernant Hiroshima et Nagasaki [12] rencontre de puissants obstacles : ceux qui ont été érigés par les ex-belligérants eux-mêmes en s’excluant, dès leur création, des poursuites possibles de toute juridiction internationale ; ceux mis en place par les autres puissances atomiques, qui voudraient effacer toute trace non seulement des victimes, mais du danger que cette technoscience fait courir à de tout le vivant sur notre planète.
Aujourd’hui est venu le temps de dire que les
bombardements d’Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes [13] de l’industrie nucléaire doivent faire l’objet d’un
travail de mémoire au moins aussi important pour l’avenir de notre humanité.
Sources :
http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. html
et http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html
A voir :
- Le documentaire d’une heure en vidéo sur le bombardement atomique " Rain of ruin " qui bien qu'entièrement aligné sur les thèses officielles américaines (millier de vies américaines sauvées, refus du Japon de se rendre etc.) est très instructif sur la préparation et les infrastructures mises en place pour arriver aux bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki.
- Le DVD " La bombe " de Peter Watkins, tourné en 1965.
- « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « l'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima. Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !
[1] Voir à ce sujet « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « L'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima
Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !
[2] Il faut avoir en tête que seule l’approche scientifique pouvait découvrir, puis utiliser la constitution de la matière comme forme « d’énergie » : aucune technique humaine n’aurait été en mesure de le faire.
[3] http://www.a525g.com/histoire/projet-manhattan.php
http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/nagasaki.htm
http://archives.radio-canada.ca/guerres_conflits/seconde_guerre_mondiale/clips/11771/
[4] Pap NDIAYE, Du nylon et des bombes : Du Pont de Nemours, le marché et l'État américain, 1900-1970, Belin, " Histoire et société/Cultures américaines ", 2001
[5] Addendum personnel à la fable de Günter Anders : Si la bombe avait été prête en janvier 45 selon le programme initial, aurait-elle été lancée sur Berlin ou sur Dresde ? Quelles justifications aurait-on invoqué alors ?
[6] Sources : http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/nagasaki.htm et http://www.dailymotion.com /video/x3o5ug_nagasaki-bombe-atomique_news
[7] « Hiroshima/Nagasaki : une vérité inavouable », Le Nouvel Observateur, semaine du 28/07/2005. En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que " rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire en août 1945 ". Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d’Etude de la Guerre froide à l’université de Santa Barbara en Californie, a publié " Racing the Enemy " (Harvard University Press).
[8] Il faut faire l’effort d’aller voir la définition établie pour Nuremberg et son évolution dans le droit international.
[10] L’usage de ce terme est " une facilité de langage " qui ne doit pas faire oublier que les opposants politiques, les " malades mentaux ", les tziganes et tous ceux qui furent catalogués comme " déviants ", furent tout autant victimes du nazisme que les juifs.
[11] Les médias et les " piètres penseurs " ont essayé d’en faire un devoir de mémoire pour en désamorcer les leçons, le muséifier puis le transformer en " marronnier " de magazine.
[12] Quelques exemples : pourquoi ne parle-t-on jamais de la spécificité du bombardement au plutonium de Nagasaki et de ses effets, alors que l’on sait très bien que ce radioélément est autrement plus dangereux que l’uranium ? Par ailleurs, la contamination de la faune, de la flore, des eaux de surface et souterraines, de la mer avoisinante n’auraient-elles pas existé ? Qui connaît Wilfred Burchett, journaliste australien indépendant qui fût forcé par les militaires états-uniens de renier publiquement ses premiers articles décrivant les horreurs d’Hiroshima ? Et le rôle des trois commissions militaires qui débarquèrent en septembre 1945 à Hiroshima et Nagasaki ?
« Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce
sens. »
Décidément, cette commission indépendante est très critique mais aussi très réaliste. Non seulement elle dénonce des ordres d’évacuation chaotiques et un manque criant de préparation au désastre nucléaire, mais elle met aussi en évidence l’absence de formation du public sur les effets de la radioactivité sur la santé. « Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée. »
Oui, 16 mois après la catastrophe, il est grand temps que la population sache ce qu’elle risque en vivant dans des territoires contaminés. Sans doute en réaction à ce rapport, une mesure a été prise pour la prochaine rentrée : les enseignants et les écoliers recevront une formation sur la radioactivité. Est-ce que ce sera suffisant ? Probablement pas, car la matière est très complexe et il faudra de nombreuses années avant que la population n’acquière une culture de l’atome. En France, pays aux 58 réacteurs nucléaires, la situation est identique : la radioactivité est un sujet tabou qui n’est au programme ni de l’école, ni du collège. La société française fait exactement comme la société japonaise avant Fukushima, elle est dans le déni du danger nucléaire et dans un état incroyable d’impréparation au désastre.
Mais revenons au Japon avec la traduction de la quatrième partie du résumé des conclusions de la commission d’enquête, correspondant aux pages 37 à 41 du rapport de 88 pages édité en anglais.
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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima
(traduction : Guy Fargette)
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4. L'étendue des dommages
La commission a abouti à un certain nombre de constatations concernant l'étendue des dommages provoqués par l'accident sur la centrale nucléaire. Nous avons étudié la manière dont les décisions ont été prises, et comment les stratégies et les mesures palliatives ont été communiquées au public. Nous avons également enquêté sur ces éléments du point de vue des habitants affectés par les conséquences de l'accident.
Dommages infligés par l'accident de centrale
Les effets de l'accident continuent bien sûr à se faire sentir et continueront d'affecter le pays. L'accident a provoqué l'émission de 900 PBq (1015 Bq) de substances radioactives, 1/6 du total des rejets de l'accident de Tchernobyl si on les convertit en niveau d'iode. Il y a maintenant de vastes étendues du pays — 1800 km² — dans la préfecture de Fukushima dont les niveaux de contamination atteignent une dose cumulée potentielle de 5 mSv/an ou davantage.
Les habitants sont particulièrement préoccupés par leur niveau d'exposition. Cependant, les conséquences sanitaires ne sont pas encore connues du fait des différentes conditions qui s'appliquent à chaque individu. Une estimation de l'exposition externe cumulée sur les 4 premiers mois suivant l'accident pour 14 000 habitants environ (à l'exclusion des travailleurs de la centrale) dans trois villes et villages où les doses de radiation ont été relativement élevées, montre que 0,7 % d'entre eux ont été exposés à 10 mSv ou plus, et 42,3 % ont été exposés à moins de 10 mSv, dont 57 % ont été exposés à moins de 1 mSv. Bien que ces valeurs soient généralement basses, il est clair que des habitants souffrent de stress provoqué par la peur de l'inconnu.
Des ordres d'évacuation chaotiques
L'enquête de la commission a révélé que de nombreux habitants n'ont pas été informés qu'un accident s'était produit ou qu'il s'aggravait rapidement et que des fuites radioactives avaient lieu, et cela, même après que le gouvernement et certaines municipalités en aient été informés.
Lorsque les conséquences de l'accident ont commencé à s'aggraver, les destinations d'évacuation et d'autres aspects de l'évacuation ont été souvent modifiés. Mais, même durant la période d'aggravation, la plupart des habitants proches sont restés dans l'ignorance de la catastrophe ou de sa gravité, sans parler du risque accru.
Un total de 146 520 habitants ont été évacués à la suite des ordres d'évacuation du gouvernement. Pourtant, de nombreux habitants proches ont été évacués sans informations précises. Dans l'ignorance de la gravité de l'accident, ils pensaient ne partir que pour quelques jours et n'ont emporté que le strict nécessaire. Les ordres d'évacuation ont été régulièrement révisés tandis que les zones d'évacuation passaient du rayon initial de 3 km à 10 km, puis 20 km, tout cela en une seule journée. A chaque fois que la zone d'évacuation était étendue, les habitants devaient se déplacer. Certains évacués n'ont pas été informés qu'ils avaient été envoyés sur des sites de forte radioactivité. Les hôpitaux et les crèches dans la zone des 20 km se sont débattus pour assurer des moyens de transport et trouver des hébergements ; 60 patients sont morts en mars de complications liées à l'évacuation. L'exaspération a monté parmi les habitants.
Le 15 mars, les habitants de la zone entre les 20 et 30 km ont reçu l'ordre de se calfeutrer. Comme cette mesure a duré plusieurs semaines, ces habitants ont été victimes d'un grand manque d'information et de moyens. L'ordre de calfeutrage a été en conséquence revu en évacuation volontaire. Mais là aussi, l'information sur cette modification a été tristement déficiente et les habitants se sont retrouvés à devoir évacuer sans posséder les informations indispensables. La Commission conclut que le gouvernement a de fait abdiqué sa responsabilité envers la sécurité publique.
Le fait que certaines parties de la zone des 30 km subissaient de forts niveaux de radiation a été connu avec la publication du Système pour la Prédiction de l'Information environnementale sur la dose d'urgence (SPEEDI), le 23 mars. Mais ni le gouvernement ni le Centre de Réponse d'Urgence nucléaire n'ont pris de décision rapide pour l'évacuation des résidents de ces zones qui n'ont été évacuées qu'un mois plus tard.
Le manque de préparation au désastre nucléaire
Les autorités de régulation s'étaient aperçues de divers problèmes concernant la préparation à une catastrophe nucléaire avant l'accident, mais elles n'avaient pas redéfini les mesures de prévention. En conséquence, les retards dans la mise en œuvre ont contribué à une réponse inappropriée, comme on a pu le constater durant l'accident.
La Commission de Sûreté nucléaire (NSC) a commencé à revoir les directives de prévention de catastrophe en 2006, pour s'aligner sur les nouveaux standards internationaux. Néanmoins, la NSC redoutait que les habitants s'inquiètent de la nécessité de mesures de protection supplémentaires après avoir été régulièrement assurés du caractère inoffensif de l'énergie nucléaire, et que ces inquiétudes alimentent les arguments opposés au projet plutonium-thermal (utilisation du Mox), alors en cours. La NSC n'a pas su expliquer comment l'initiative de défense civile pourrait être bénéfique pour les habitants, et a échoué à mettre en œuvre les standards internationaux de façon consistante. Bien que la révision des directives se soit poursuivie après 2007, l'accident s'est produit alors que cette révision était toujours en cours.
Après le tremblement de terre de Niigata en 2007, il était évident que l'hypothèse d'une catastrophe multiple devait être prise en compte dans les mesures de prévention d'un accident nucléaire. Pourtant, la NISA a maintenu des contre-mesures basées sur l'hypothèse d'une faible probabilité de catastrophe multiple. La NISA n'a finalement fourni que des conseils passifs à propos des simulations de catastrophe fondées sur une telle éventualité.
Pendant ce temps, le gouvernement n'a pas non plus intégré l'hypothèse d'un accident grave ou d'une catastrophe multiple dans aucun de ses exercices de catastrophe nucléaire. Lorsque le cadre des exercices a été étendu, ceux-ci ont perdu de leur substance, et ont été réalisés dans un but cosmétique, plutôt que d'amélioration de la préparation. Les exercices non pertinents étaient dépourvus d'instruction sur la nécessité d'utiliser des outils tels que l'obtention d'informations sur les radiations depuis le système SPEEDI. Quoiqu'il ait été appliqué dans les exercices annuels, les participants ont trouvé les exercices inutiles au moment de l'accident.
Le Système de Soutien à la Réponse d'Urgence (ERSS) et le système SPEEDI doivent servir à protéger la sécurité publique. Les directives sur la surveillance de l'environnement reposent sur l'hypothèse que l'ERSS prédit et anticipe les émissions de matières radioactives et les données de rejet, et que le SPEEDI prédit et anticipe la diffusion de matières radioactives à partir l'ERSS. Les mesures de sûreté publique, y compris celles qui concernent l'évacuation, devraient reposer sur l'utilisation de ces systèmes.
Si les données d'émission ne peuvent être récupérées depuis l'ERSS, le système SPEEDI ne fournit que des données trop peu fiables pour délimiter les zones d'évacuation. Certaines des personnes impliquées étaient conscientes des limitations du système, mais aucune révision n'a été réalisée avant la catastrophe. Il n'y avait pas d'autre réseau de données qui aurait pu suppléer ou remplacer les systèmes de prévision.
Ce dispositif a échoué. Les données d'émission n'ont pu être récupérées de l'ERSS, et le gouvernement a été incapable d’utiliser les résultats de SPEEDI dans la planification des mesures de protection, et dans la définition des zones d'évacuation. Quelques semaines plus tard, la NSC a publié une estimation du panache de radioactivité au moment de l'accident. Bien que l'estimation de la NSC ait été réalisée par une analyse a posteriori fondée sur une surveillance des données de long terme, le public a cru par erreur qu'elle avait été réalisée au moment de l'accident, que le gouvernement l'avait ignorée ou ne l'avait pas publiée. Cela a accru la méfiance du public.
En même temps, les systèmes médicaux d'urgence sur les radiations avaient été établis provisoirement, après les problèmes survenus au moment de l'accident JCO de 1999. Personne n'avait pris en compte la nécessité d'une préparation à une exposition à la radioactivité d'une grande zone géographique, comme cela s'est produit à Fukushima. A cause de cela, la plupart des dispositifs n'ont pu servir car ils étaient trop proches de la centrale, mais aussi du fait de leur capacité et des effectifs de personnels médicaux entraînés. Ces institutions médicales avec une capacité de traitement d'urgence nucléaire n'ont pas fonctionné comme prévu.
Conséquences actuelles et futures des radiations sur la santé
L'une des préoccupations majeures parmi les habitants est l'effet des radiations sur leur santé. Néanmoins, le gouvernement et la Préfecture de Fukushima doivent encore apporter une réponse adaptée aux inquiétudes pressantes des habitants en ce qui concerne la dose de radiation dans leur environnement, son effet sur leur santé et d'autres questions liées aux radiations. Ce que le gouvernement doit faire, c'est offrir une information détaillée aux habitants et leur fournir des éléments pour une prise de décision informée.
Il n'y a pas de consensus parmi les experts sur les effets sanitaires de l'exposition à de faibles doses de radiation, mais nous sommes d'avis que les limites devraient être fixées aussi bas que l'on peut raisonnablement le faire. Le gouvernement doit faire des efforts pour expliquer la nécessité de limites, et justifier les niveaux choisis, de manière claire et compréhensible pour les citoyens ordinaires. Le gouvernement n'a pas encore sérieusement entrepris de programmes pour aider les gens à comprendre suffisamment bien la situation, pour qu’ils prennent leur propre décision en connaissance de cause. Le gouvernement n'a, par exemple, pas clairement expliqué les variations de risque d'exposition aux radiations selon les diverses populations, telles que les enfants et les jeunes, les femmes enceintes, ou d'autres catégories plus vulnérables aux effets des radiations.
On a beaucoup appris avec l'accident de Tchernobyl sur l'exposition aux faibles doses, y compris le risque de cancers de la thyroïde parmi les enfants. Or, bien que les effets positifs de l'administration de comprimés d'iode et le bon moment de leur prise aient été pleinement connus, le Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du gouvernement et l'Exécutif de la Préfecture n'ont pas su fournir les instructions correctes pour le public.
Un contrôle approprié de l'exposition interne du public est important pour la gestion de la santé sur le moyen et long terme. Bien que les normes aient été fixées en détail, il est plus important que le gouvernement communique par des moyens clairement utiles au public : identifier ce qui est mangeable, ce qu'est le niveau tolérable d'absorption, quels produits demeurent sains, et si les tests sont fiables. Le gouvernement devrait répondre efficacement aux inquiétudes publiques par des inspections minutieuses et une communication transparente. Ni le gouvernement, ni la Préfecture n'avaient préparé de plans pour recueillir des informations sur l'exposition interne au césium radioactif.
TEPCO n'avait pas préparé les mesures de sûreté pour les travailleurs en cas d'accident grave, et l'information sur les doses dans l'environnement ne leur a pas été fournie immédiatement après l'accident. Il est important que l'exposition des employés de la centrale soit contrôlée avec exactitude, assurer la sûreté des travailleurs durant la réponse à l'accident est crucial.
De plus, l'exposition aux radiations n'est pas le seul enjeu sanitaire. Les gens de Fukushima souffrent de problèmes de santé mentale, c'est devenu un problème social sérieux parmi les victimes de Tchernobyl. La Commission considère la santé mentale et physique des habitants comme une priorité majeure, et conclut à la nécessité d'une action urgente. Les études sur les conditions de santé des habitants de Fukushima sont nécessaires, mais un système de contrôle adéquat avec des équipements de contrôle représente un besoin urgent. Des mesures doivent être prises en priorité pour la santé publique. Malheureusement, nous voyons peu de signes en ce sens.
Carte montrant l'accumulation de césium-137 d'après les données recueillies par le MEXT le 2 juillet 2011
Les problèmes à long terme d'environnement et de décontamination
Une fois que les matières radioactives sont relâchées, elles continuent à affecter l'environnement et il faut s'en occuper de manière efficace. De tous les problèmes résultant de l'accident, la Commission considère que le problème de la pollution environnementale est le moins traité. Comme le montrent les observations sur l'accident de Tchernobyl, les retombées radioactives répandues sur une vaste zone demeurent dans les zones de forêt et de montagne pendant de nombreuses années, et leur niveau ne diminue pas naturellement avant de longues décennies. Les feux de forêt, les inondations et d'autres facteurs peuvent étendre encore la contamination.
L'eau de pluie lessive les substances radioactives et provoque des zones de concentration élevées ("hotspots", "points chauds") dans des lieux tels que les lacs. Des dépôts hautement contaminés tendent également à se former au fond de la mer. Le gouvernement devrait s'occuper rapidement de ces problèmes, avec une perspective à long terme pour corriger la situation.
Le gouvernement dépense des montants considérables d'argent et d'énergie dans des programmes de décontamination, mais des problèmes fondamentaux sont apparus dans la mise en œuvre. De nombreuses régions se sont révélées incapables de sécuriser des sites de stockage temporaires pour les débris contaminés, et ce problème a été exacerbé par l'action unilatérale du gouvernement qui a voulu faire avancer la décontamination sans avoir au préalable obtenu l'assentiment des habitants. Il a été prouvé que plus la communication est bonne entre les exécutifs municipaux et la population, plus la communauté réussit à sécuriser les stockages de débris temporaires.
La commission reconnaît que les habitants ont également des projets de décontamination différents selon la région, et il faut prendre en considération leurs demandes. Certains veulent demeurer dans leur région d'origine et soutiennent activement la décontamination ; d'autres veulent partir et demandent des compensations pour être aidés dans leur déménagement. De nombreux habitants ont le choix et, dans ce cas, le gouvernement doit les aider à prendre des décisions informées.
Il est temps de commencer à étudier la rentabilité de la décontamination et de son effet sur l'environnement, ainsi que les méthodes utilisées dans le processus de décontamination. Sans une analyse en profondeur, les inquiétudes majeures des habitants resteront sans réponse : peuvent-ils retourner chez eux ? Si oui, quand ? S'ils retournent, pourront-ils subvenir eux-mêmes à leurs besoins ?
La décontamination ne devrait pas être traitée comme une décision unilatérale, mais doit être classée selon son efficacité. Il faut garder en mémoire que la clé des questions posées par les habitants n'est pas la décontamination, mais le fait de savoir s'ils pourront reprendre leur vie antérieure. Le gouvernement doit continuer le processus de décontamination tout en révisant les plans pour intégrer l'expérience acquise.
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Photo d’entête : Le Nouvel Observateur - Les enfants de la ville de Kawamata, dans la préfecture de Fukushima au Japon, tiennent des dosimètres (21 juin 2011)
Cette page fait suite à l’article "Rapport de la commission indépendante sur la catastrophe nucléaire de Fukushima : la vérité dévoilée". Après notre
appel pour traduire l’intégralité du rapport japonais en français, des volontaires ont pris le relai de Jean-Marc Royer. Merci à eux !
Voici la traduction de la troisième partie du résumé des conclusions, correspondant aux pages 32 à 36 du rapport de 88 pages édité en anglais. Où l’on apprend, entre autres, avec stupeur qu’au Japon, pays des séismes et des typhons, « l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée » et avec écœurement que « M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité ». Oui M. Edano, effectivement, il faudra attendre quelques années pour voir clairement les effets sanitaires…
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Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima
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3. La réponse d'urgence à l'accident
(traduction : Guy Fargette)
La Commission a enquêté sur la manière dont TEPCO, les agences de régulation, le gouvernement et le Kantei (Cabinet du Premier Ministre) ont répondu à l'accident — y compris les premiers stades de la réponse, le développement de l'accident, le système de réponse d'urgence et le système de gestion de crise.
La réponse de TEPCO à l'accident.
Au moment de l'accident, ni le Directeur exécutif ni le Président de TEPCO n'étaient présents ni joignables, situation inconcevable pour un opérateur de centrales nucléaires. Les deux hommes avaient également une compréhension différente de la structure de la Réponse d'Urgence, un fait qui a très probablement contribué au retard dans la réponse de TEPCO à l'accident.
L’ancien président de Tepco,
Masataka Shimizu,
à la 18ème réunion de la Commission
Le manuel de TEPCO pour la réponse à un accident grave était complètement inefficace, et les mesures qu'il recommandait ne convenaient pas. Ce manuel présupposait que les mesures des paramètres de fonctionnement du réacteur seraient lisibles, mais il n'avait pas envisagé un blackout prolongé de l'installation comme ce qui s'est produit à Fukushima et qui a empêché tout suivi de ces paramètres.
La chaîne de commandement a été perturbée durant la période d'urgence. Dans une situation d'accident, la direction de la centrale était supposée communiquer avec la NISA (Agence de Sûreté industrielle et nucléaire) à partir du site déporté ERC (Centre de Réponse d'Urgence), mais cela n'a pas été possible par suite du dysfonctionnement de ce site déporté, qui se trouvait dépourvu de courant électrique à la suite des dégâts du tremblement de terre. La situation effective du dégazage dans l'unité 1 n'a pas été communiquée à la NISA, ni au bureau du Premier Ministre, ce qui a favorisé une atmosphère de méfiance entre la direction TEPCO du site, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. La décision du Premier ministre qui en a résulté, d'aller sur le site et de donner des instructions, n'a pas seulement pris du temps aux opérateurs du site, mais a perturbé la chaîne de commandement prévue entre la compagnie nucléaire, les agences de régulation et le Cabinet du Premier ministre. Si la direction de TEPCO avait communiqué activement la situation du site dès le début, et expliqué la gravité de la situation aux autres parties, il est possible que la méfiance — et la confusion qui a suivi dans la chaîne de commandement — auraient pu être évitées.
La direction de TEPCO n'a pas non plus produit de support technique suffisant. Alors que la situation de l'Unité 2 continuait de se détériorer, Masao Yoshida, le directeur général de la centrale de Fukushima, a demandé un avis technique au PDG et VP Sakae Muto, mais celui-ci en transit depuis le site déporté n'a pu répondre. La direction de TEPCO n'a pas non plus réussi à protéger Yoshida des questions directes du Kantei, et a approuvé les instructions du Directeur Madarame de la NSC, bien que celui-ci ait été hostile aux décisions prises sur le site, la première ligne de la réponse à l'accident.
Enfin, l'état d'esprit de l'encadrement de TEPCO d'"obéissance à l'autorité" a entravé leur capacité de réaction. La confusion produite par le commentaire à propos de "l'évacuation", par le Président Shimizu, et l'intervention du Kantei résulte de cet état d'esprit. Au lieu de prendre des décisions déterminées et de les communiquer clairement au gouvernement, TEPCO a suggéré ce qu'elle croyait que le gouvernement souhaitait entendre et n'a pas réussi à s'en tenir à la réalité. Il est difficile de conclure que ce serait le Premier ministre qui aurait découragé l'idée d'une évacuation complète, comme il a été rapporté ailleurs, pour diverses raisons :
1/ la direction du site n'a jamais envisagé un retrait complet de ses employés ;
2/ il n'y a pas de trace qu'une décision en faveur d'un retrait complet ait été prise à la direction de TEPCO,
3/ le projet d'évacuation, préparé avant la visite de Shimizu au Kantei, prévoyait de maintenir des membres de la Réponse d'Urgence à la centrale ;
4/ le Directeur-général de la NISA, que M. Shimizu a contacté, a assuré qu'il n'avait pas été consulté pour une évacuation totale ;
5/ l'équipe du site déporté, jointe par un système de vidéo-conférence, a certifié qu'il n'y avait pas de discussion sur l'hypothèse d'une évacuation complète.
Il est clair qu'il y a eu une incompréhension de la part du Kantei, mais la raison fondamentale tient à l'état d'esprit des dirigeants de TEPCO, fait de déférence et de dépendance vis-à-vis de l'autorité gouvernementale, et à l'abdication de leurs propres responsabilités, malgré la nature privée de l'entité.
Les organisations de réponse d'urgence du gouvernement
Au moment de l'accident, le système de réponse gouvernemental à un accident n'était pas en état de fonctionner comme prévu. Les systèmes qu'il avait été prévu d'utiliser en cas de catastrophe — tels que les infrastructures de communication et de transport — ont été mises hors d'état par les conséquences du tsunami et du tremblement de terre. L'échec du Système gouvernemental de Réponse à l'Accident dans les premiers temps a été l'un des facteurs qui ont poussé le Kantei à augmenter son implication dans la réponse à l'accident.
Le système de réponse à l'accident gouvernemental était constitué principalement :
*du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre,
*du Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire de la NISA
*et de l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire.
Dans l'ensemble, aucune de ces organisations n'a fonctionné comme prévu.
L’ancien premier ministre,
Naoto Kan,
à la 16ème réunion de la Commission
Le Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire du Premier ministre, et son Secrétariat étaient censés diriger la coordination globale des mesures de Réponse d'Urgence, telles que les mesures destinées à protéger les habitants à proximité, mais ils ont été incapables de mener cette tâche à bien.
Bien que l'intervention du Kantei ait contribué à aggraver la catastrophe, l'échec du Secrétariat du Centre pour l'Urgence nucléaire à collecter et à partager les informations sur l'évolution de l'accident et de la réponse (qui lui étaient apportée) a constitué un facteur significatif. De plus, l'équipe régionale de la Réponse à l'Urgence nucléaire n'a pas pris l'initiative dans la réponse locale à l'accident, comme une émission d'ordre d'évacuation. La cause en a été la coïncidence du tremblement de terre, du tsunami et de l'accident nucléaire, et l'absence d'une stratégie préétablie à un accident grave prolongé.
Le Centre de Gestion de Crise, situé dans le bâtiment du Kantei, était déjà saturé par la gestion des conséquences du tremblement de terre et du tsunami, et se trouvait dans l'incapacité de répondre à l'accident nucléaire. La Commission de Sûreté nucléaire a rencontré de nombreux problèmes et s'est montrée incapable de fournir des conseils fondés sur l'expertise de sa propre organisation. Le Ministère de l'Education n'a pas non plus réussi à utiliser les systèmes qu'il avait préparés.
En un moment où les événements se précipitent, il est absolument vital que chaque flux d'information soit partagé en temps réel. Bien qu'il y ait eu un système de téléconférence reliant le Kantei à chacune des organisations concernées, il n'y a pas d'attestation que le système ait été utilisé, tout particulièrement pour partager des informations entre le Kantei et ces organisations. TEPCO a transporté son propre système de téléconférence au site déporté et l'a utilisé pour mettre en relation le Siège avec la centrale de Fukushima. Si TEPCO avait connecté son système au réseau de téléconférence du gouvernement, il aurait été en mesure de partager l'information en temps réel dès les premiers stades, mais cela n'a pas eu lieu.
La réponse d'urgence du Kantei
Alors que la situation se détériorait et que les systèmes de réponse à l'accident prévus par le gouvernement ne parvenaient pas à fonctionner, le Kantei a pris le contrôle de la réponse d'urgence, avec le Premier ministre Naoto Kan au centre d'un groupe ad hoc d'hommes politiques, de conseillers et le responsable (chairman) de la NISA. Ce groupe étaient composé de gens qui n'étaient pas des experts et qui n'avaient pas de compréhension adéquate de la situation sur le site.
Le Kantei a rencontré des problèmes dès le début. Après avoir s'être vu notifié par TEPCO que la situation correspondait aux conditions de l'Article 15 de l'Acte sur les Mesures Spéciales concernant la Préparation à l'Urgence nucléaire, il lui a fallu deux heures pour publier la Déclaration de Situation d'Urgence nucléaire, étape nécessaire pour lancer la Réponse d'Urgence. En fait, le Premier ministre Naoto Kan n'était pas pleinement conscient que la publication de la "Déclaration d'une Situation d'Urgence" était le premier pas indispensable pour l'intervention face à l'accident, et son entourage n'a pas réussi à le conseiller de façon adéquate.
Le groupe du Kantei a compris que le Centre de Gestion de Crise, en charge de la réponse initiale, était saturé par le traitement des conséquences du tremblement de terre et du tsunami. Les membres dirigeants de la NISA et de la NSC avaient rejoint le groupe pour apporter leurs conseils. Ils n'ont pu, cependant, répondre de manière adéquate aux questions, ce qui a produit un sentiment de méfiance, qui a atteint son maximum au moment de l'explosion de l'Unité 1. A partir de là, le bureau du Premier ministre, au cinquième étage du Kantei, est devenu la première ligne des efforts de réponse à l'accident.
Bien que TEPCO et les autorités de régulation soient tombées d'accord sur la manière d'agir sur le dégazage et sur l'injection d'eau de mer, le Kantei est resté dans l'ignorance de ce fait, et est intervenu, aggravant encore le désordre et la confusion. Au matin du 15 mars, pris d'un sentiment d'urgence face au manque d'information, le Premier ministre Naoto Kan a décidé d'aller lui-même visiter le site. En réponse à l'offre de TEPCO d'évacuer face à la situation de plus en plus critique dans l'unité 2, le Premier ministre Naoto Kan a convoqué le Président Shimizu à son bureau, et il a rejeté l'évacuation. Peu après, le gouvernement a décidé d'établir une structure conjointe entre le gouvernement et la direction de TEPCO, au Siège de TEPCO.
Tout au long du déroulement de cet accident, le bureau du Premier ministre a également été central dans les décisions concernant les zones d'évacuation. Les plans d'urgence attribuaient au centre de décision sur site la responsabilité d'élaborer des propositions d'évacuation, avec un transfert de compétence au Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, au cas où le Centre de décision sur site ne serait pas en mesure de le faire. Telle était précisément la situation, mais lorsque la réponse du Secrétariat du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire a été différée, le Kantei est intervenu et a ordonné les évacuations. Cela a provoqué les problèmes suivants :
1/ alors que les décisions étaient prises sur une base ad hoc, il y avait une coopération insuffisante entre les agences de gouvernement
2/ le détail des opérations d'évacuation était lacunaire
3/ le public manquait d'explications appropriées
Cela a conduit a aggraver le désordre et la confusion sur le terrain.
Diagramme du protocole des communications d'urgence
Evaluation de la réponse d'urgence du gouvernement et du Kantei
Nous avons le plus grand respect pour les efforts du gouvernement et des autres parties concernées, au vu des conditions extrêmes où ils se sont trouvés — faire face à l'accident, au tremblement de terre, au tsunami, simultanément et dans des conditions de pression considérable. Ils ont eu très peu de temps pour définir une approche mesurée, et ils ont dû agir sur de longues périodes sans manger ni dormir.
Mais il y a deux points qui doivent être précisés. D'abord, le groupe du Kantei ne saisissait pas le rôle effectif que le Kantei aurait dû assumer dans la crise. On a accordé beaucoup d'attention aux déficiences de communication entre le Kantei et TEPCO, notamment sur la question de savoir si l'évacuation de la centrale que TEPCO prévoyait devait concerner tous les employés ou une partie d'entre eux. Cependant, l'état des réacteurs était si grave que TEPCO se devait de demander une évacuation. Dans cette situation, le Kantei aurait dû confirmer la possibilité que tous les travailleurs soient évacués, afin de prévoir l'évacuation des habitants et prendre d'autres mesures pour protéger ceux-ci.
Il est clair que le Kantei n'aurait pas dû intervenir sur des questions que TEPCO était en mesure de traiter, comme la condition du dégazage et l'injection d'eau de mer, et aurait dû confirmer le sens des commentaires du Président Shimizu à propos de l'évacuation. Son intervention amenant à établir un centre de décision gouvernement-TEPCO à TEPCO est également incompréhensible.
Un second point concerne le fait que l'intervention directe du Kantei, dont la visite du Premier ministre Naoto Kan à la centrale Daiichi de Fukushima, a perturbé la chaîne de commandement et provoqué de la confusion dans une situation déjà terrible sur le site. A partir de cette visite, un nouveau canal de communication a été mis en place, entre le Kantei, Fukushima Daiichi et la direction de TEPCO. Ce nouveau canal allait à l'encontre du flux d'information officiel entre Fukushima-Daiichi vers le siège de TEPCO, puis vers la NISA et le Kantei (le Centre de la Réponse d'Urgence nucléaire du Premier ministre). La nouvelle orientation obligeait TEPCO à communiquer ses informations non seulement à la NISA mais aussi au Kantei, contribuant à perturber la réponse de TEPCO et causant du désordre dans la centrale.
A tout moment, la priorité du gouvernement doit être son souci pour la santé et le bien-être publics. Mais parce que l'attention du Kantei était concentrée sur les problèmes en cours à la centrale — ce qui aurait dû être de la responsabilité de l'opérateur — le gouvernement a manqué à sa responsabilité envers le public. L'intervention permanente du Kantei dans la centrale a également mis en place les conditions permettant à TEPCO d'abdiquer de fait sa responsabilité envers la situation dans la centrale.
D'après le Manuel d'Urgence nucléaire, la NISA et les autres institutions bureaucratiques ont la responsabilité de recueillir et d'organiser l'information pour la mettre à disposition du Centre de la Réponse à l'Urgence nucléaire, afin qu'elle serve à la prise de décision. Cependant, avec le nouveau canal de communication mis en place entre le Kantei et TEPCO, la perception qu'avaient les institutions bureaucratiques de leur responsabilité a décru et leur approche est devenue passive. Le sectionnement vertical des divers ministères impliqués a également empêché un partage efficace d'information. Afin de garantir la sécurité publique, il est nécessaire que de telles agences réagissent non seulement de façon flexible en temps de crise, mais élèvent leur capacité de gestion de crise à travers un entraînement régulier.
La réponse à l'accident de la Préfecture de Fukushima
Le Système de Réponse d'Urgence de la Préfecture de Fukushima était également fondé sur l'hypothèse qu'une catastrophe nucléaire ne surviendrait pas en même temps qu'un tremblement de terre et un tsunami. Il a été totalement pris au dépourvu.
La structure de réponse à une catastrophe de la Préfecture de Fukushima était exposée dans le Plan régional de Prévention de Catastrophe de la Préfecture de Fukushima, mais l'éventualité d'un désastre nucléaire causé par des catastrophes naturelles n'avait pas été envisagée. Etant donné l'effondrement des communications avec le gouvernement central dans le moment qui a suivi l'accident, l'Exécutif de la Préfecture et le gouvernement central ont ignoré les actions l'un de l'autre. Ressentant l'urgence de la situation, l'Exécutif de la Préfecture a ordonné unilatéralement que les habitants soient évacués dans un rayon de 2 km autour de la centrale, en se fondant sur des exercices antérieurs de prévention et d'urgence. Cela a été suivi 30 minutes plus tard par le gouvernement central qui a ordonné l'évacuation des habitants dans un rayon de 3 km. Mais le tremblement de terre et le tsunami ayant gravement endommagé les réseaux de communication, il était difficile de transmettre la directive aux municipalités et au public.
La Préfecture de Fukushima a également été incapable de gérer la surveillance d'urgence. Seul l'un des 24 postes de surveillance était encore en état de fonctionner ; les autres avaient été soit emportés par la mer, soit coupés du réseau. Les postes mobiles de surveillance sont restés inutilisables jusqu'au 15 mars, à cause des problèmes du réseau de téléphone mobile. Il y avait bien un véhicule équipé d'équipement de surveillance, mais il s'est trouvé hors d'usage, par manque de carburant.
La diffusion de l'information par le gouvernement central
La précision détaillée a constitué une priorité, aux dépens d'une diffusion rapide de l'information envers ceux qui en avaient besoin pour prendre des décisions en connaissance de cause. M. Edano, directeur du cabinet, a affirmé de façon répétée qu'il n'y avait pas d'effet sanitaire immédiat des fuites de radioactivité, inspirant au public un faux sentiment de sécurité. Dans ses déclarations, cependant, la nécessité et l'urgence d'une évacuation n'a jamais été expliquée de façon adéquate du point de vue des habitants, et le gouvernement n'a jamais fourni de preuve pour appuyer ses déclarations. Cela a provoqué une angoisse importante dans le public. Enfin, le plus grave est que le gouvernement a choisi de diffuser des informations dans une perspective purement subjective, plutôt que de répondre aux besoins du public.
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Photo d’entête : Naoto Kan lors de la quatrième réunion du Centre de Réponse à l'Urgence nucléaire au Kantei (source)
Avec le temps, puisqu’on n’en parle presque plus, on pourrait penser que la crise nucléaire est terminée. Oui, la crise spectaculaire, avec ses explosions, ses émanations
gigantesques, ses déplacements de population, est terminée. Mais la crise nucléaire est maintenant permanente au Japon. Pour les évacués qui ne peuvent pas rentrer chez eux, pour les évacués à
qui les autorités demandent de rentrer chez eux alors que c’est encore contaminé, pour les familles séparées, pour les enfants qui ne peuvent plus jouer dehors parce qu’ils savent que c’est
dangereux, pour les personnes dont on a repéré des nodules dans la thyroïde, pour les parents qui doivent surveiller quotidiennement la nourriture de leur famille, pour les milliers d’ouvriers
qui travaillent dans l’ex-centrale de Fukushima Daiichi, pour les personnes recrutées pour décontaminer les zones interdites, pour les personnes contaminées, pour ces centaines de milliers de
Japonais qui manifestent régulièrement pour sortir du nucléaire, la crise n’est pas terminée.
Difficile de faire une synthèse. Car cette catastrophe n’aura sans doute pas de fin. Voici plutôt quelques aspects actuels de cette crise nucléaire permanente, abordée par thèmes.
Nouvelles sur l’ex-centrale de Fukushima Daiichi
Unité
1
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Depuis qu’il avait été mis sous tente par Tepco, le réacteur 1 ne faisait plus trop parler de lui. Mais le 22 mai 2012, on apprenait qu’il ne restait plus que 40 centimètres d’eau au fond de la cuve du réacteur et qu’une fuite existait probablement au niveau de la canalisation reliant la cuve du réacteur à la piscine torique. Le 26 juin 2012, une analyse endoscopique a été réalisée : la radioactivité de l’eau située dans les soubassements prouve une rupture de confinement.
Unité
2
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Un nouveau thermomètre semble défectueux : le thermocouple "TE-2-3-69N1" montrait une température anormalement élevée de 144°C le 22 juillet 2012. Petit à petit, les ex-réacteurs (officiellement, ce ne sont plus des réacteurs depuis le 19 avril 2012) se dégradent, l’eau salée, les coriums et la forte radioactivité accélérant la corrosion des matériaux.
Selon Arnie Gundersen, du combustible se serait échappé de l’enceinte de confinement, d’après l’observation du 28 juin 2012 au fond de la chambre de suppression n° 1.
Unité
3
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Le 11 juillet 2012, un robot n’est pas revenu de l’une de ses explorations dans le réacteur n°3. Même les robots conçus pour résister à la radioactivité ont des problèmes. Et encore, ce sont de tout petits robots.
Unité 4
Le 11 juillet 2012, Tepco a fini de démanteler le sommet du bâtiment réacteur 4.
Les 18 et 19 juillet 2012, deux assemblages neufs ont été retirés de la piscine 4, ce qui porte à 1533 le nombre d’assemblages restant à retirer : 1331 de combustible usé et 202 de combustible neuf. Le début de ce transfert phénoménal ne se fera pas avant décembre 2013. D’où l’inquiétude légitime qui motive cette pétition.
Fuites et pannes
Il y a toujours des fuites à Fukushima Daiichi, mais on en parle moins car elles sont régulières, ce n’est plus spectaculaire. Le 26 juillet 2012, les sous-sols du bâtiment turbines de l’unité 6 étaient encore inondés, il a fallu pomper et transvaser durant 6 heures. D’où vient cette eau ? Mystère. Est-elle radioactive ? On peut le supposer car l’eau récupérée a été stockée dans un réservoir.
Pollution
Air : 16 mois après le terrible mois de mars 2011, le site rejette
toujours 10 millions de Bq/h de radio-césium. Où vont ces poussières mortelles ? La plupart vers
l’océan pacifique, mais le vent peut les pousser aussi vers les terres. Autre moyen de transport rapide pour la dissémination planétaire : le jet stream.
Terre : personne ne veut de la terre contaminée qu’on racle partout dans les territoires touchés par les retombées radioactives. On en fait
quoi ? Si on était sûr qu’elle ne contenait que du césium, il « suffirait » de la mettre de côté durant 300 ans.
Eau : 228 000 tonnes d’eau contaminée sont actuellement stockées sur le site. Tepco aimerait s’en débarrasser en la rejetant à la mer, mais pour l’instant l’opérateur n’a pas d’autorisation. L’objectif de réutiliser l’eau en circuit fermé ne marche pas car la nappe phréatique remplit les sous-sols. On en fait quoi ? Il y aura un moment donné où, matériellement, il ne sera plus possible de la stocker.
On trouve aussi de l’eau contaminée très loin de Fukushima, à 25 km du centre de Tokyo. Si aujourd’hui les nappes phréatiques sont polluées, c’est à cause de la migration progressive des radionucléides dans le sous-sol, partout où il y a eu des retombées.
Le MEXT a mis en ligne des résultats de mesures très fines sur l'eau du robinet : du césium 134 et 137 est détecté à des concentrations très faibles dans 11 provinces.
Irradiation
On vient de
découvrir qu’une société filiale de Tepco demandait à ses employés d’insérer leur dosimètre dans un boîtier en plomb. Ce qui évidemment fait baisser la dose enregistrée et permet aux ouvriers de
travailler plus longtemps sur le site contaminé. Par la même occasion, leur espérance de vie va sans doute diminuer, mais les entreprises de l’industrie nucléaire se moquent bien de ce genre de
détail, on l’avait déjà remarqué depuis longtemps.
Nationalisation
Au terme d’un long processus, Tepco est désormais nationalisée, le pourcentage d’actions de l’Etat ayant dépassé 50% mardi 31 juillet 2012. Par un tour de passe-passe, l’opérateur ruiné à cause de la catastrophe nucléaire éponge ses dettes grâce au contribuable japonais. L’entreprise a subi une perte nette de 3 milliards d'euros entre le 1er avril et le 30 juin 2012, causée pour plus de moitié par le versement d'indemnisations pour les victimes.
Santé
L’institut japonais des maladies infectieuses montre des résultats toujours inquiétants pour certaines affections. L’année 2011, suite aux explosions de la centrale nucléaire, avait montré une augmentation des cas de pneumonie à mycoplasme. L’année 2012 est encore pire, comme le montre ce graphique. Les poussières radioactives invisibles sont disséminées partout dans le pays. La maladie avance sournoisement.
Le bilan des doses reçues par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi pour les mois d'avril à juin 2012 est en ligne sur le site de Tepco. Selon l’analyse de l’ACRO, ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes, avec un maximum de 23,53 mSv en un mois.
Pêche
Le Japon, soucieux d’oublier la catastrophe nucléaire, a décidé de réintroduire sur les étals des produits de la mer en provenance des eaux de Fukushima. Pourtant, d'autres pays comme la Corée du Sud renforcent plus que jamais leurs régulations à l'importation dans un souci de limiter la diffusion de la contamination marine. Et ils ont bien raison car après un recul au printemps, elle augmente au large d'Hokkaido : le plus haut relevé a été de 70 Bq/Kg (Cs-134 : 31 Bq/Kg, Cs-137 : 39 Bq/Kg) sur un échantillon pris le 1eraoût 2012 (source MEXT).
Démographie
Selon Fukushima Diary, la chute de la population japonaise (Décès - Naissances) entre janvier et mai 2012 est 4 fois plus
forte que sur la même période de 2007. Si l'on compare avec 2006, c'est 5 fois plus fort.
Ces données sont basées sur le tableau de bord du service
de la statistique démographique du ministère de la Santé, du Travail et de l'Aide Sociale du Japon. Le rapport de juin 2012 n'est pas encore paru.

Justice
Pour les anti-nucléaires, un “acte criminel” qualifiant le drame de Fukushima aurait été commis par l’entreprise électrique Tepco et par le gouvernement. Plusieurs procureurs viennent d’accepter de mener une enquête (après le dépôt de 1300 plaintes quand même !). S’ils arrivent à prouver que la catastrophe nucléaire de Fukushima a été la conséquence de négligences, des poursuites pourraient être lancées contre les responsables. On pourrait leur suggérer de s’appuyer sur les résultats de la commission d’enquête indépendante dont le rapport a été publié récemment.
Presse
Depuis la catastrophe de Fukushima, la mainmise du lobby nucléaire sur les médias connaît quelques failles. En effet, 3 quotidiens ont décidé de résister : le Mainichi Shinbun, le Tokyo Shinbun, et le Shinbun Akahata. A Tokyo, avec la Révolution des Hortensias en cours, l’enjeu est important. Les manifestations antinucléaires apparaissent en une du journal Tokyo Shinbun qui ne prend plus de gant pour soutenir la sortie du nucléaire.
Redémarrage des centrales nucléaires du Japon
Le gouvernement a décidé de relancer au forceps deux réacteurs à la centrale nucléaire d’Ohi (préfecture de Fukui, dans l'ouest du pays). Selon Courrier International, le Tokyo Shimbun, quotidien désormais antinucléaire, dénonce une décision politique, sans garanties quant à la sûreté, comme s'il ne s'était rien passé à Fukushima.
Kansaï Electric a déjà planifié le redémarrage des unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama, située à environ 250 km à l’ouest de Tokyo. Comme pour l’unité 3 de Fukushima Daiichi, le réacteur 3 de Takahama utilise du MOX.
Mobilisation
A
chaque rendez-vous, le nombre de participants à la Révolution pacifiste des Hortensias progresse. La grande manifestation du 29
juillet 2012 a conduit la foule à encercler complètement le parlement. Il y a une semaine, un ancien Premier ministre, Yukio Hatoyama, s'était joint à la manifestation hebdomadaire devant la
résidence du premier ministre actuel Noda. Tout semble s’accélérer. Alors qu’au départ les manifestations ne se tenaient qu’à Tokyo, une trentaine de villes emboîtent le pas en organisant une
manifestation chaque vendredi : Sapporo, Morioka, Mizusawa, Sendai, Koriyama, Mito, Sodegaura, Sakuragicho, Niigata, Kofu, Nagano, Toyama, Kanazawa, Nagoya, Gifu, Ogaki, Fukui, Otsu, Kyoto,
Osaka, Kobe, Himeji, Okayama, Maigo, Hiroshima....
Il est prévu que le groupe des organisateurs des manifestations de Tokyo (dont 13 organisations citoyennes) rencontre le premier ministre Noda. La nomination de Tanaka Shunichi pour la nouvelle instance de sécurité nucléaire sera sans doute sur la table des négociations, mais rien n’est encore joué.
Nouvelle instance de sécurité nucléaire
Le gouvernement projette d’établir en septembre une nouvelle organisation qui s’appelle New Nuclear Regulatory Commission. Elle prendra toutes les
décisions qui concernent la politique nucléaire : redémarrages de centrales, évacuations des habitants, seuils de radioactivité, etc. Mais Shunichi TANAKA, en tant que
président de cette commission, est un problème majeur pour
le mouvement antinucléaire, car cet homme, actuellement chargé de la décontamination à Fukushima, a travaillé longtemps pour « le village nucléaire ». Il est connu
pour ses positions peu glorieuses pour la population : c’est lui qui affirme que 1 µSv/h est tout à fait acceptable (=8,7 mSv/an !), et il s’est opposé à l’évacuation d’habitants de
certaines régions de Fukushima.
Les autres candidats-membres à cette commission sont aussi presque tous pro-nucléaires : par exemple, Kayoko NAKAMURA travaille pour Japan Isotope Associsation ou Toyoshi FUKETA pour Japan Atomic Energy Agency.
Si Tanaka devient chef de cette commission, ce sera une nouvelle catastrophe pour le Japon. C’est pourquoi les parlementaires sont très sollicités (pétitions…) pour voter contre ces candidatures. A suivre fin de semaine prochaine.
Futur
On aurait pu penser qu’après la catastrophe nucléaire la pire au monde (3 meltdowns), l’agence de sécurité nucléaire japonaise devienne plus sage et corrige le tir. Eh bien non, la nouvelle agence vient de décréter que l’unité 1 de la centrale de Genkaï, située dans l’extrême Sud du Japon, serait bonne pour le service durant 58 ans ! Tepco envisage même de redémarrer un jour les unités 5 et 6 de Fukushima Daiichi, ainsi que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daini. Alors que la colère gronde dans la population japonaise, c’est une nouvelle provocation à la demande d’arrêt de production électrique atomique.
Les autorités nippones n’ont manifestement pas compris l’enjeu vital et sacrifient l’avenir du pays en l’embarquant à nouveau dans cette énergie catastrophique. Pourtant il y a urgence à régler d’abord la crise de Fukushima Daiichi, en particulier en mettant à l’abri les 1533 assemblages de combustible de la piscine de l’unité 4 qui menaceront l’avenir du monde durant encore au moins un an et demi !
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Pour continuer à suivre l’actualité au jour le jour, consulter
en français :
la page de l’ACRO, La catastrophe de Fukushima au jour le jour
le site Gen4
le scoopit Fukushima Information
en anglais :
les journaux japonais en anglais avec Fukushima is still news
les blogs japonais traduits en anglais avec Dissensus Japan
La grande manifestation
antinucléaire du 29 juillet 2012 a été un succès. Entre 10 000 (selon la police) et 200 000 personnes (selon les organisateurs) se sont rassemblées pour encercler le parlement à Tokyo
afin de réclamer l’arrêt définitif du nucléaire.
Soutien au blog de Fukushima
Chaîne vidéo du blog de Fukushima
BD : Fukushima-Chronique d'un accident sans fin (Bertrand Galic, Roger Vidal)
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Présentation de la BD par l'éditeur
Dossier documentaire 10 pages sur Fukushima (Pierre Fetet)
Dossier sur le rejet des eaux contaminées dans le Pacifique
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« Fukushima - Rejets dans le Pacifique : clarification et mise en perspective »
Une analyse critique des données concernant les rejets des eaux radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi initiés en août 2023, dossier réalisé par la CRIIRAD qui tente de répondre à ces questions : Quels sont les principaux défis auquel est confronté l’exploitant de la centrale ? Quels sont les éléments radioactifs rejetés dans le Pacifique ? Les produits issus de la pêche sont-ils contaminés ? Est-il légitime de banaliser le rejet d’éléments radioactifs, notamment du tritium, dans le milieu aquatique ? Qu’en est-t-il en France ?
Spectacle
Le spectacle d'Audrey Vernon "Fukushima, work in progress" est disponible en ligne à cette adresse :
https://www.imagotv.fr/spectacles/fukushima_work_in_progress
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« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)
Les Éditions de Fukushima : des livres à télécharger et à diffuser librement
Le dernier livre de Jean-Marc Royer
Le dernier numéro d'Atomes crochus
Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

Télécharger la version française ici.
Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !