9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 08:55

nagasaki6 et 9 août 1945, deux dates qui font frémir. Les commémorations actuelles nous rappellent que le monde a changé en profondeur sur la base de l’horreur nucléaire. Jean-Marc Royer, par l’article suivant, nous explique très clairement l’historique de ces programmes militaires et les effets impitoyables de la bombe A. On sait aujourd’hui que ces faits militaires d’une horreur sans nom n’étaient pas nécessaires pour mettre fin à la guerre… Merci à l’auteur de contribuer à ce travail de mémoire encore inachevé.

 

 

______________________

 

 

 

LA BOMBE ATOMIQUE, UN PUR PRODUIT DE LA TECHNOSCIENCE 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Les rappels qui suivent se veulent une aide au travail de mémoire qui reste, soixante-sept ans après les bombardements atomiques, encore très incomplet. L’autre motivation de ce texte réside dans le fait qu’il ne peut y avoir de conscience pleine et entière de ce qui s’est passé à Hiroshima, Nagasaki puis à Tchernobyl et Fukushima sans que l’on soit en mesure de s’en faire une représentation [1]. Puisse ces lignes y aider le lecteur. Pour cela, il lui faudra le courage de ne pas reculer devant la douleur dont il est question. A cette seule condition, il en sortira grandi en humanité.

 

 

Les " découvertes scientifiques " à l'origine de la bombe atomique 

 

Il n’est pas sans conséquences philosophiques majeures de constater que la bombe atomique est un produit direct de la science occidentale [2]. On constatera que la réponse ne fait plus de doute lorsque l’on examine, même rapidement, l’histoire de cette " invention " et de ses prémisses.

En 1896, Henri Becquerel découvre la radioactivité naturelle.

Niels Bohr présente en 1913 la première théorie qui expliquait ce phénomène : la matière est constituée d'atomes, eux-mêmes formés d'électrons " tournant autour d'un noyau ". Certains de ces atomes ne sont pas stables et se décomposent en émettant des rayonnements.

En 1905 Albert Einstein publie la théorie de la relativité. Pour lui, matière et énergie sont liés par l’équation qu'il note E = mc² et qui permet d'affirmer qu'une petite quantité de matière peut devenir une énorme quantité d'énergie… ce qui est le principe de la bombe atomique.

En 1934, Frédéric et Irène Joliot-Curie s'aperçoivent que l'on peut transformer un élément stable en un autre instable, en le bombardant de particules : c'est la radioactivité artificielle.

En décembre 1938, Otto Hahn et Fritz Strassman comprennent que le noyau d'uranium, bombardé de neutrons, se casse en deux en libérant deux neutrons et une énergie considérable : l'énergie nucléaire.

En 1939, Frédéric Joliot comprend que les neutrons libérés, peuvent fracasser à leur tour d'autres atomes d'uranium : c'est une réaction en chaîne. Celle-ci peut donner naissance à une grande source d'énergie.

Ainsi, dès 1939, tous les éléments scientifiques préalables à la bombe sont découverts.

 

 

LE PROJET MANHATTAN [3]

 

Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit une lettre signée d’Albert Einstein (reproduite plus loin) qui le met en garde contre les recherches effectuées par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer les Etats-Unis dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien, le hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique exploser à Hiroshima et Nagasaki et qui en dira : " Ce jour-là, j’aurais mieux fait de me couper les doigts de la main ".

 

Le 16 décembre 1941, neuf jours après l’attaque de Pearl Harbour, le président Roosevelt lance officiellement le projet Manhattan.

 

Eté 1942, la certitude est acquise d'une possibilité de réaction en chaîne ; les recherches de base et leur développement sont faits ; il n'y a plus qu'à établir un plan pour créer une force opérationnelle. Le général Groves est alors placé à la tête d'un groupe de techniciens et de savants qui compte plusieurs prix Nobel.

 

Le 2 décembre 42, au-dessous des gradins de Stagg Field à l’Université de Chicago, une équipe menée par Enrico Fermi initia la première réaction en chaîne nucléaire auto-entretenue.

 

Début 1943, le projet Manhattan entre dans une nouvelle phase. Il s'agit de trouver un élément qui soit capable de servir à la création d'une arme qui utiliserait l'énergie libérée par la fission nucléaire. Celui-ci doit répondre à deux critères : la facilité de production et la possibilité d’en produire une grande quantité. Deux voies se dessinent pour l'obtention d'un tel élément :

- Celle de l'uranium. Niels Bohr a calculé qu'une seule variété (isotope) de l'uranium peut " fissionner ", il s’agit de l'uranium 235. Mais celui-ci est rare : il faut le séparer du reste de l'uranium naturel 238U. L'obstacle paraît alors infranchissable.

- Celle du plutonium. Elément récemment découvert (inexistant dans la nature), il vient d'être obtenu en bombardant de l'uranium.

Le problème principal reste la rareté de ces deux éléments fissiles. On construisit donc deux énormes complexes industriels : l'un à Oak Ridge, dans le Tennessee, pour la production d'uranium 235. L'autre à Hanford, près d'un petit village sur les bords du Columbia, dans l'Etat de Washington pour la production du plutonium. [4]

 

 

lettreeinstein

 

 

Depuis mars 1943, date à laquelle fut mise en service le centre top secret de fabrication de l’arme nucléaire à Los Alamos (dans le désert du Nouveau-Mexique près de Santa Fé), une équipe de savants, sous la direction de Robert Oppenheimer, se livre à l'étude de l'architecture de la bombe elle-même.

 

L'Allemagne capitule le 8 mai 1945 mais le projet Manhattan n’arrive à son terme qu’en juillet 1945 [5]. Son succès confirme les deux filières (uranium 235 et plutonium). Les savants se trouvent donc en possession de deux types de bombe: l'une fonctionnant grâce à l'uranium (celle qui sera larguée sur Hiroshima), l'autre grâce au plutonium (produite en deux exemplaires : celle de l'essai " Trinity " et celle de Nagasaki).

 

220px-Atombombe Little Boy 2Le 16 juillet 1945, alors que les bombes Little Boy et Fat Man, destinées au Japon sont en route vers l'île de Tiniam pour y être assemblées, on a mis en place au sommet d'une tour, à Alamogordo, dans le désert " Jornado del Muerto ", dans l’État du Nouveau-Mexique, un des trois engins déjà fabriqués. L'explosion a lieu à 5 heures 30 du matin : un éclair aveuglant, insoutenable jusqu’à 35 Km, suivi d'une énorme détonation perceptible à 300 Km. L’explosion dégagea une force équivalente à 21 000 tonnes de TNT, c'est-à-dire la puissance destructrice de 2300 avions bombardiers B29 de l’époque, mais concentrée dans le temps (une fraction de seconde) et dans l’espace.

 

En constatant la puissance phénoménale engendrée par la bombe, Oppenheimer se rappela l'un de ses passages préférés d'un texte Sanskrit : " Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes ". Plus prosaïquement, son adjoint Kenneth Bainbridge, responsable des essais répondra : " À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute ". Rares sont les scientifiques qui regretteront ce qu’ils ont fait. Dans un livre de conversations sur ses souvenirs de Los Alamos, Richard Feynman explique :" Après l'explosion, il y eut une formidable excitation à Los Alamos. Tout le monde faisait la fête (...). Je me souviens que Bob Wilson était assis là et semblait broyer du noir. A quoi penses-tu lui ai-je demandé ? C'est terrible, ce que nous avons fait là, a-t-il répondu. " Bob Wilson était-il le seul physicien de Los Alamos, au soir du 16 juillet 1945, à broyer du noir ? Pas loin, si l'on en croit le physicien Richard Feynman : " ce qui nous est arrivé à tous est que nous avons commencé à faire quelque chose pour une bonne raison. Ensuite nous avons travaillé très dur pour y parvenir, avec plaisir, avec excitation. Et nous avons cessé de réfléchir. Bob Wilson était le seul qui continuait à réfléchir ". Il faut tout de même préciser que des scientifiques du projet Manhattan, qui connaissaient les effets des deux bombes, suggérèrent de larguer les bombes dans des zones isolées afin de montrer la puissance des Etats-Unis en faisant le moins de victimes possible. Mais cette éventualité avait été envisagée par la présidence puis écartée.

En mai 1946 est créé le Comité d’Urgence des Scientifiques Atomistes, groupe anti-nucléaire dont tous les membres avaient participé à la construction de la bombe, sauf Albert Einstein.

 

 

LES BOMBARDEMENTS D’HIROSHIMA ET DE NAGASAKI 

 

220px-Atomic cloud over HiroshimaHiroshima. La puissance dégagée est estimée à 13 000 t de TNT. C’est une énergie transformée pour 85% en lumière, en chaleur, en souffle et pour 15% en radiations. Chacun de ces effets est dévastateur.

Dès les premiers millionièmes de seconde, l’effet aveuglant de l’éclair est suivi de l’énergie thermique libérée qui transforme l’air en une boule de feu atteignant un kilomètre de diamètre en quelques secondes au-dessus d’Hiroshima. Au sol, la température atteint plusieurs milliers de degrés sous le point d’impact. Dans un rayon d’1 km, tout est instantanément vaporisé et réduit en cendres. Jusqu’à 4 km de l’épicentre, bâtiments et humains prennent feu spontanément ; les personnes situées dans un rayon de 8 Km souffrent de brûlures au 3° degré (Voir les témoignages des docteur Michihiko Hachiya et Shuntaro Hida).

Après la chaleur, c’est au tour de l’onde de choc (troisième effet) de tout dévaster : engendrée par la phénoménale pression due à l’expansion des gaz chauds, elle progresse à une vitesse de près de 1 000 km/h, semblable à un mur d’air solide. Elle réduit tout en poussières dans un rayon de 2 km. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont entièrement détruits.

Encore très méconnu en 1945, et spécifique à cette arme, le quatrième effet est celui des rayonnements immédiats. Suivant la dose, il entraîne la mort en quelques jours, quelques mois, ou des années après l’explosion. Les femmes enceintes au moment de l'explosion donnent naissance à des " bébés-monstres ". Le nombre de tués sur le coup est estimé à 80 000 ; dans les semaines qui suivirent, plus de 130 000 personnes ont succombé. A la fin de 1945, le total des morts est de 150 000. Le mémorial de la paix comporte 221 000 noms de personnes mortes des conséquences directes ou indirectes de l'explosion, mais l'estimation " finale " du nombre de morts se situe autour de 260 000 : ce dernier chiffre concerne autant les suites de ces effets que ceux produits par le cinquième effet, la contamination par inhalation ou ingestion.

Le nombre de victimes civiles peut être comparé à d’autres bombardements, mais il porte une lourde charge symbolique, liée à la vision d'Apocalypse de l'explosion et aux effets à très long terme de l'exposition aux radiations. Leó Szilárd, qui était impliqué dans le développement de la bombe, dira après la guerre : " Si les Allemands avaient largué des bombes atomiques à notre place, nous aurions qualifié de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamné à mort les coupables allemands lors du procès de Nuremberg et les aurions pendus. " [6]

 

220px-NagasakibombNagasaki. Le 9 août 1945, le B-29 " Bockscar " piloté par Charles Sweeney, partît de Tinian dans les îles Mariannes du Nord, en se dirigeant vers la cible initiale, Kokura, qui était sous les nuages. Conformément à la consigne " no see, no bomb " (" pas de visibilité, pas de bombe "), Bockscar se dirige alors vers Nagasaki où la couverture nuageuse se déchire, le temps pour le B29 de larguer " Fat Man ", à 11h 02. Cette bombe est une bombe au plutonium, différente de celle d'Hiroshima (Uranium 235), mais semblable à celle de l'essai Trinity, réalisé à Alamogordo, le 16 juillet 1945 (20 000 tonnes de TNT). 

Le scénario d'Hiroshima se reproduit, à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en fait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion. Une seconde grande ville du Japon vient d'être rasée en quelques secondes.

 

 

Les conséquences du bombardement 

 

La ville abritait, en 1945, 250 000 habitants, le nombre de tués sur le coup est estimé à 35 000 et le nombre des décès directs et indirects se situe entre 75 000 et 130 000.

Le bombardement de Nagasaki est différent de celui d’Hiroshima par plusieurs aspects :

- L’arme utilisée étant plus puissante, les dommages proches de l’hypocentre ont été plus profonds.

- L’habitat y étant plus diffus, la violence des incendies fût plus limitée : ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes et quelques heures pour se généraliser.

- L’arme étant un modèle au plutonium, la répartition des rayonnements gamma et neutroniques fut différente, ce qui a modifié la fréquence et la nature des leucémies observées.

Etant donné l’extrême toxicité radioactive du Plutonium, il serait logique d’avancer que l’ensemble des effets radioactifs a du être plus important qu’à Hiroshima, mais nous ne possédons pas de documents à ce sujet …

 

 

LA SPECIFICITE DE LA BOMBE A, UNE HORREUR DANS L’HORREUR 

 

Je ne sais pas comment sera la 3ème guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la 4ème" A. Einstein

 

Les plus brillants savants occidentaux collaborèrent à " l’invention de la bombe A " sans pour autant que leur sens moral ne les en détourne. Précisons tout de même ceci : le propre de la technoscience est de produire des " objets " dont la puissance dépasse l’entendement, la sensibilité et l’imagination humaine y compris de leurs auteurs (Cf. leurs réactions devant la 1ère explosion) ; précisons que l’entreprise Manhattan demandait justement que ces savants mobilisent de manière exclusive pour ce projet toute leur intelligence, leur énergie, et même tout leur être ; précisons aussi que pour cette réalisation, des lieux de résidence spécifiques avaient été construits (des villes secrètes identiques en URSS et aux Etats-Unis, sorte de campus de luxe où séjournaient également tous les personnels en charge des infrastructures et les familles des uns et des autres), les isolant ainsi de manière étanche du vulgum pecus, du sens commun ou de la " common decency " comme l’écrivait George Orwell ; précisons également que ce " Manhattan project " était vécu comme la " conquête de la dernière frontière scientifique " figure emblématique de l’aventure moderne avant que la " conquête spatiale " prenne le relais ; précisons enfin que les services spécialement dédiés à leur encadrement de tous les instants (y compris socio-affectif), rendaient difficile tout retour en arrière. L’exemple à la fois unique et admirable du physicien Joseph Rotblat, qui dût déployer des trésors de ruse pour s’enfuir de Los Alamos, montre que cela était difficile, mais pas impossible.

 

Tous les historiens sérieux sont maintenant d’accord là-dessus, l’argument des cinq cent mille vies nord-américaines [7] soi-disant épargnées par le largage de bombes Atomiques sur Hiroshima et Nagasaki fût inventé de toutes pièces par le gouvernement des Etats-Unis en direction de l’opinion publique nord américaine et internationale, illustration supplémentaire du fait que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Pour le dire très vite, le Japon n’a pas tant capitulé suite à Hiroshima-Nagasaki que suite à la déclaration de guerre de Staline en date du 8 août. Les japonais redoutaient plus que tout l’occupation et les appétits territoriaux soviétiques lesquels étaient en train de retourner leur immense armée vers ce front. Par ailleurs, les Etats-Unis avaient compris que cette arme terrible devait être utilisée pour prouver aux yeux du monde leur supériorité militaire et scientifique.

Les historiens ont qualifié le 6 août 1945 comme premier acte de la guerre froide, ce qui est exact, mais largement insuffisant : il s’est agi du premier acte d’une guerre déclarée à l’ensemble du vivant et de la planète.

Si l’on accepte cette réalité historique maintenant démontrée, réalité qui est la clé de l’analyse (tout comme l’acceptation de l’existence des camps de la mort est une des clés de l’analyse du nazisme) alors, plus rien ne peut voiler le regard sur cet évènement. Des conclusions incontournables en découlent.

 

heat%20picSon premier caractère est qu’il constitue un crime contre l’humanité [8]. Mais il a été perpétré contre un peuple dont l’armée et ses dirigeants politiques se sont eux-mêmes rendus coupables de crimes du même type sur le continent et ont ensuite été défaits. Ce qui explique en partie que cette " leçon " de l’histoire ne pût être tirée par l’humanité, aucune " institution " située du côté des vaincus n’étant en mesure d’en supporter la mémoire, dans tous les sens du terme.

Horreur dans l’horreur. Les " hibakusha ", témoins vivants de la défaite et assimilés aux pestiférés par peur d’une contagion fantasmée, furent l’objet de la honte publique, décourageant ainsi la plupart des rescapés de participer à un quelconque travail de mémoire, témoignage dont on a vu avec, entre autres, Primo Lévi, Robert Antelme, David Rousset, Marcel Ophüls, l’importance capitale dans l’Europe intellectuelle de l’après-guerre et encore maintenant. Alors que les oreilles étaient encore bien bouchées à la cire, que les bouches étaient closes par des lèvres pincées, que les mémoires étaient recousues au fil de la honte, que les inconscients étaient forclos par de vieux barbelés rouillés, ces artistes hors du commun nous ont permis de penser l’histoire européenne d’après 1945.

Horreur dans l’horreur. Les responsables japonais procédèrent à une " reconstruction " rapide de la ville qui eût pour but avoué d’effacer méticuleusement toutes les traces de ce crime effroyable. Comme si à la place d’Auschwitz s’élevait maintenant un mémorial design affublé d’une sorte de parc d’attraction pour la paix. Plus de traces, telle est le credo commun à tous les criminels et négationnistes. (Cf. ce qu’en dit précisément Günter Anders).

Horreur dans l’horreur. Peu connu aussi, est le fait que les Nord-américains ont activement contribué à ce processus, soit par leur " aide à la reconstruction " ; soit en menant sur place et avec l’aide des autorités japonaises, des études militaires sur toutes les conséquences de ce bombardement, y compris quant aux suites médicales des radiations nucléaires pour les générations à venir. Mais " la raison d’Etat " primant sur les souffrances de milliers d’innocents, celles-ci furent versées dans des archives secrètes nord-américaines, accessibles seulement depuis peu. Ceci n’était d’ailleurs que la suite des essais effectués, à leur insu, sur des patients dans une aile de l’hôpital de Rochester : on inoculait du plutonium à ces " Human products " (ce fût leur nom de code) à l’aide de seringues spécialement conçues [9].

 

Horreur dans l’horreur. Contrairement à ce qui s’est produit pour la Shoah [10], vainqueurs et vaincus se sont associés pour aveugler l’humanité, avec succès jusqu’à ce jour, sur la nature des crimes commis à Hiroshima et Nagasaki. Le travail de mémoire fût ainsi forclos à plusieurs titres, de la même façon que l’on tente d’enfermer un déchet radioactif : on sait pertinemment qu’on en repasse la dangerosité aux générations suivantes.

Horreur dans l’horreur. Le largage des bombes atomiques fût non seulement un crime contre l’humanité, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l’on appellerait aujourd’hui un Ecocide. Le refoulement de cette catastrophe systémique pour l’écosphère ne sera pas non plus sans conséquences pour l’avenir de l’humanité et la manière d’en écrire l’histoire. Les peuples qui refusent leur histoire la traînent comme un boulet.

Horreur dans l’horreur. Alors que cette " invention " était porteuse de la mort généralisée du vivant sur la planète, les gouvernements et la plupart des médias occidentaux ont tout fait pour la recouvrir d’un épais manteau d’admiration et de dévotion devant le génie et la puissance des chercheurs, se prosternant devant la science, la technique, l’industrie, les militaires et la nation nord-américaine. Un nouveau dieu est apparu ─ à la puissance inquiétante certes, comme tous les dieux – et à la gloire duquel de nouveaux hymnes devaient être forgés sur le champ. Entre les deux blocs idéologiques de cette époque, Joseph Rotblat, Albert Einstein, Bertrand Russel, ultra minoritaires, furent parmi ceux qui tentèrent de faire entendre la vérité.

On a beaucoup insisté, et à juste titre, sur le travail de mémoire [11] nécessaire pour maintenir vivant le souvenir de ceux qui sont morts dans les camps nazis. Mais le travail concernant Hiroshima et Nagasaki [12] rencontre de puissants obstacles : ceux qui ont été érigés par les ex-belligérants eux-mêmes en s’excluant, dès leur création, des poursuites possibles de toute juridiction internationale ; ceux mis en place par les autres puissances atomiques, qui voudraient effacer toute trace non seulement des victimes, mais du danger que cette technoscience fait courir à de tout le vivant sur notre planète.

 

hiroshima-lanterns-resizedAujourd’hui est venu le temps de dire que les bombardements d’Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes [13] de l’industrie nucléaire doivent faire l’objet d’un travail de mémoire au moins aussi important pour l’avenir de notre humanité.

 

 

 

 

 

Sources :

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. html

et http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html

 

A voir :

- Le documentaire d’une heure en vidéo sur le bombardement atomique " Rain of ruin " qui bien qu'entièrement aligné sur les thèses officielles américaines (millier de vies américaines sauvées, refus du Japon de se rendre etc.) est très instructif sur la préparation et les infrastructures mises en place pour arriver aux bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki.

- Le DVD " La bombe " de Peter Watkins, tourné en 1965.

- « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « l'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima. Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

 



[1] Voir à ce sujet « La face cachée d’Hiroshima » De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffusé le 12 octobre 2011 par France 3 dans l'émission « L'histoire immédiate ». http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima

Le meilleur film existant sur la genèse du nucléaire !

[2] Il faut avoir en tête que seule l’approche scientifique pouvait découvrir, puis utiliser la constitution de la matière comme forme « d’énergie » : aucune technique humaine n’aurait été en mesure de le faire.

[4] Pap NDIAYE, Du nylon et des bombes : Du Pont de Nemours, le marché et l'État américain, 1900-1970, Belin, " Histoire et société/Cultures américaines ", 2001

[5] Addendum personnel à la fable de Günter Anders : Si la bombe avait été prête en janvier 45 selon le programme initial, aurait-elle été lancée sur Berlin ou sur Dresde ? Quelles justifications aurait-on invoqué alors ?

[7] « Hiroshima/Nagasaki : une vérité inavouable », Le Nouvel Observateur, semaine du 28/07/2005. En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que " rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire en août 1945 ". Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d’Etude de la Guerre froide à l’université de Santa Barbara en Californie, a publié " Racing the Enemy " (Harvard University Press).

[8] Il faut faire l’effort d’aller voir la définition établie pour Nuremberg et son évolution dans le droit international.

[10] L’usage de ce terme est " une facilité de langage " qui ne doit pas faire oublier que les opposants politiques, les " malades mentaux ", les tziganes et tous ceux qui furent catalogués comme " déviants ", furent tout autant victimes du nazisme que les juifs.

[11] Les médias et les " piètres penseurs " ont essayé d’en faire un devoir de mémoire pour en désamorcer les leçons, le muséifier puis le transformer en " marronnier " de magazine.

[12] Quelques exemples : pourquoi ne parle-t-on jamais de la spécificité du bombardement au plutonium de Nagasaki et de ses effets, alors que l’on sait très bien que ce radioélément est autrement plus dangereux que l’uranium ? Par ailleurs, la contamination de la faune, de la flore, des eaux de surface et souterraines, de la mer avoisinante n’auraient-elles pas existé ? Qui connaît Wilfred Burchett, journaliste australien indépendant qui fût forcé par les militaires états-uniens de renier publiquement ses premiers articles décrivant les horreurs d’Hiroshima ? Et le rôle des trois commissions militaires qui débarquèrent en septembre 1945 à Hiroshima et Nagasaki ?

[13] Cf. le rapport du CERR (ou CERI en anglais). http://www.euradcom.org/

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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commentaires

babelouest 11/08/2012 07:24

A propos d'opacité, je faisais ce matin ma "tournée des blogs" bi-journalière, et j'ai trouvé ceci qui à mon avis ne manque pas d'intérêt.
http://blogdejocelyne.canalblog.com/archives/2012/08/10/24869522.html

Oui, en France, nous avons la CRIIRAD. Pour les nucléaristes, sûrement une belle épine dans leur pied.

babelouest 10/08/2012 09:59

Roland, je pense que le plus urgent serait de nationaliser les centrales, afin que les décisionnaires ne fonctionnent plus en termes de profit, mais en fonction de l'environnement et des créatures
vivantes en priorité. Il ne s'agit pas de mettre de l'argent à fonds perdus, pendant que les actionnaires continuent à s'engraisser sur le dos des irradiés.

Et quand je dis nationaliser, je pense à tous les pays du monde. Alors, le secrétaire général des Nations-Unies pourrait faire entendre sa voix. Actuellement, les gérants de l'énergie cachent les
chiffres et les méthodes qui ont obtenu ces chiffres. C'est l'opacité totale. Et le problème est bien là.

Roland 10/08/2012 09:19

L'anniversaire des bombardements d' Hiroshima et Nagaski nous invite à lire, à relire le témoignage "le jour où le soleil est tombé..." (j'avais quatorze ans à Hiroshima) de Mme Hashizume Bun.
Aujourd'hui, nous vivons l'an 2 de l'ère Fukushima. Nous ne voulons pas dresser un nouveau tombeau des lucioles à la jeune génération, si touchée. Nous nous efforçons de peser sur le gouvernement
japonais, pour sauver la jeunesse, si sensible aux radionucléides libérés par la catastrophe nucléaire ; pour assurer un rigoureux suivi sanitaire des personnes contaminées et des "liquidateurs" ;
pour obtenir l'indemnisation (quel parcours, aujourd'hui..) et la reconversion des agriculteurs et des pêcheurs ; pour définir la nouvelle politique énergétique et la sortie du nucléaire. Le
sursis, accordé au cabinet Noda, est une invitation à étoffer nos démarches, à appuyer la révolution des hortensias, à préparer le passage de la gestion des suites de la tragédie des mains du
gouvernement de Tokyo à celles du Secrétaire général de l'Onu.

babelouest 10/08/2012 06:32

Objectivement, à part l'épisode La Fayette, la France est un concurrent, donc un adversaire des anglo-saxons. Ce n'est pas nouveau. La fin de la guerre était un bon prétexte pour la mettre à
genoux. Qu'on ne s'étonne pas alors de ce bombardement de Royan le 5 janvier 1945, qui détruit la ville sans pratiquement toucher d'objectifs militaires.
http://www.ffi33.org/Bombardements/040145.htm

Les gouvernements sont les ennemis des "civils", ce n'est pas une question de nationalité, mais de stratégie de la terreur. Dans un tel contexte, quelle importance, si des citoyens décèdent des
mois ou des années après une exposition à des radiations ou des objets ou denrées irradiés ? (au point que certains aliments le sont volontairement pour assurer leur conservation)

Max 09/08/2012 13:34

La « libération » a été précédée en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne, au Japon par des bombardements massifs dont les plus intenses et les plus meurtriers se sont déroulés les deux
derniers mois de la guerre contre l’Allemagne, lorsque les Alliés ont choisi de faire traîner un peu la guerre contre Hitler. En effet, à ce stade, ils craignaient plutôt de ne pas pouvoir
maîtriser les sentiments populaires à la fin de la guerre et ne voulaient surtout pas d’un sentiment populaire massif anti-impérialiste qui risquait de se tourner non seulement contre le fascisme
mais contre le capitalisme.

Pour éviter une vague révolutionnaire à la fin de la guerre mondiale, il fallait écraser par avance le prolétariat. Il ne s’agissait pas de casser un potentiel industriel ou militaire, mais de
détruire une classe dangereuse et d’annihiler toute réaction de sa part. Il s’agissait de détruire la population civile de quartiers pauvres capables de devenir des centres de la révolte. « Une des
plus fortes et des plus tragiques illustrations de cette théorie fut la destruction de Dresde le 13 février 1945. Il n’y avait à Dresde aucune usine comparable à celles d’Essen ou de Hambourg, son
importance stratégique était à peu près nulle, sa population était alourdie de milliers de prisonniers de guerre et de réfugiés de l’Est : aux 630 000 résidents permanents s’ajoutaient 26 620
prisonniers de guerre et plus de 500 000 réfugiés. (…) La destruction de Dresde par des bombes incendiaires causa ainsi plus de morts que ne devait en causer les bombardements d’Hiroshima et
Nagasaki. Selon l’analyse effectuée par l’United States Strategic Bombing Survey, le bombardement stratégique de 61 villes allemandes de 100 000 habitants ou plus, sur lesquelles furent jetées 500
000 tonnes de bombes (dont 80% par des bombardements britanniques de nuit) se montra efficace. 3 600 000 habitations (70% du total) furent détruites, 500 000 civils furent tués, 7 500 000
sinistrés. Il n’est pas possible de préciser le nombre des tués au cours des bombardements des villes et celui des tués au cours des bombardements des autres objectifs mais il est sûr que l’effet
sur la production industrielle fut faible. (…) Les bombardements stratégiques n’ont pas provoqué la défaite de l’Allemagne. "

Extraits de « 1945, la mémoire du siècle » de Claude Delmas

Cela commence en 1943.

En mars 1943, l’usine Renault de Boulogne-Billancourt (Paris) est touchée et l’on dénombre 620 morts et 1 500 blessés, le même mois c’est autour de Rennes (472 morts) Rouen et Sotteville (200
morts). Les usines du Creusot et Sochaux (15 juillet : 94 morts) mais aussi Nantes (16 septembre : 712 morts). La banlieue parisienne n’est pas épargnée : Colombes et Nanterre (9 septembre : 94
morts), Ivry, Bois-Colombes, Courbevoie et Asnières (15 septembre et 31 décembre : 563 morts).

Les bombardements de 1944

Ils sont massifs, touchent l’essentiel des grandes villes et n’ont aucun objectif stratégique, ni politique, mais social : ni les usines, ni les noeuds ferroviaires, ni les casernes, ni les centres
politiques les quartiers populaires de villes. De nombreuses villes, surtout s’il s’agit de ports, sont littéralement détruites comme Caen, Saint-Lô, Vire, Saint-Malo, Brest, Le Havre, Lorient,
Saint-Nazaire tandis que d’autres, comme Nantes, Rennes ou Rouen, sont sévèrement touchées.

Au départ les Alliés considèrent que la France est une puissance vaincue puisque la bourgeoisie française, son chef Pétain et son Etat ont choisi le camp de l’Allemagne. Du coup, ce qui était
programmé au départ dans les négociations entre dirigeants anglais et américains était une occupation militaire. Le pays a été bombardé comme les autres pays vaincus et ce sont les travailleurs qui
en sont les premières victimes. Ce n’est pas à cause d’erreur de tir, comme la population le disait souvent. Il s’agit d’écraser les travailleurs qui risquent de se révolter.

« Calais, Boulogne, Dieppe, Rouen, Le Havre, Cherbourg, Nantes, Marseille, Toulon, écrasés par les bombardements britanniques et américains » De Gaulle dans « Mémoire de guerre »

Les bombardements anglo-saxons, qui ont fait entre 80.000 et 100.000 victimes, ont été particulièrement meurtriers dans le printemps de 1944. Ils frappent les ports (Nantes, Saint Nazaire, Brest,
Le Havre, etc… ), mais aussi des cités du Nord de la France ( Rouen, Orléans, Paris .. ), puis du Sud ( Lyon notamment ). Ils visent les quartiers et particulièrement les cités ouvrières.

Du 7 au 12 mars 1944, bombardements aériens alliés sur Le Mans, Chartres et Tours. Le 21 avril, bombardement de Paris. Du 26 au 31 mai : Bombardements aériens alliés sur de nombreuses villes
françaises. Certaines villes sont bombardées plusieurs fois comme Givors (Environ 220 Morts le 1er juin 1940, 25 mai, 6 août, 12 août, et 23 août). Civils fusillés ou tués (bombardements, etc.) :
150.000.

« Le bombardement du 23 mai à Argenteuil n’a atteint que les quartiers d’habitation »

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