20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 22:42

tricastin-tcherno.jpgL’IRSN vient de mettre en ligne l’étude sur le coût d’un accident nucléaire en France qui avait été rendue publique en anglais le 6 novembre 2012 au forum Eurosafe à Bruxelles. Rien de nouveau dans cette publication qui avait déjà été reprise par de nombreux médias et traduite par nos propres soins. Toutefois, cette publication sur le site même de l’IRSN officialise l’information qui avait été reléguée dans une note de bas de page du rapport de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière électronucléaire : un accident nucléaire majeur pourrait coûter à la France jusqu’à 1000 milliards d’euros.

 

Evidemment, l’IRSN ne l’annonce pas ainsi. Comme d’habitude, l’institut fournit des moyennes qui, de fait, minimisent l’information, bien que 430 milliards d’euros soit déjà un coût exorbitant à faire pâlir nos dirigeants et leurs électeurs. Pour avoir une véritable idée du coût possible d’un tel accident, il faut reprendre les données de l’IRSN pour en déduire les estimations basse et haute.

 

L’estimation basse retenue par les économistes de l’IRSN est à -60% de l’estimation moyenne, ce qui porte le montant total des coûts à 171 milliards d’euros.

 

L’estimation haute est quant à elle à +120% de l’estimation moyenne, soit 939 milliards d’euros arrondis à 1000 milliards par la Cour des Comptes.

 

 

Estimation basse

Md€-60%

Estimation moyenne

Md€

Estimation haute

Md€+120%

Coûts sur site

?

8

?

Coûts radiologiques hors-site

?

53

?

Territoires contaminés

?

110

?

Coûts en termes d’image

?

166

?

Coûts liés à la production d’énergie

?

90

?

Total

171

427

939

 

 

Ainsi, pour des raisons inexpliquées et en contradiction avec l’effort de transparence déjà engagé pour d’autres informations, l’IRSN ne publie pas l’étude complète mais seulement un résumé dont les données sont lacunaires. Ces données sont pourtant connues de l’IRSN depuis longtemps puisque la Cour des Comptes y faisait déjà référence en janvier 2012.

 

Or, que doit connaître un décideur pour prendre les bonnes décisions ? L’info ou la moitié de l’info ? Il est évident qu’un politique doit prendre en compte les deux bornes de l’estimation avant d’engager sa responsabilité et celle du pays entier. Il est très important qu’il sache à quoi il s’engage quand il fait prendre le risque à tous les Français de devoir payer 1000 milliards d’euros et de mettre le pays à genou.

 

Quoi qu’il en soit, il est maintenant démontré que le coût réel de l’électricité nucléaire ne correspond absolument pas au coût du kWh facturé puisque les dépenses générées par un accident nucléaire ne sont jamais prises en charge par l’opérateur mais par l’Etat. Dernier exemple en date, celui de Fukushima où l’exploitant Tepco reçoit régulièrement des milliards de yens de l’Etat japonais pour être en mesure (mais de manière très insuffisante) de payer les charges qui lui incombent. C’est ainsi que les constructeurs de centrales nucléaires, puis les exploitants, encaissent toujours les bénéfices de leurs activités nucléaires lucratives mais ne paient jamais complètement les dépenses provoquées par les accidents. Au final, ce sont les citoyens qui paient la différence par leurs impôts (en plus d'être évacués et irradiés !).

 

Si vous n’êtes pas d’accord avec ce système, vous pouvez participer à une campagne lancée par Greenpeace International qui demande à ce que les constructeurs payent les dommages que leurs réacteurs causent dans le monde. Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder à l’action.

 

fukushima_Infographic_07_02_13-FR.jpg

 

 

 

________________________

 

En savoir plus

 

   

Un accident nucléaire en France : mais combien coûte une vie humaine pour l’IRSN ? (Rue 89)

 

Accident nucléaire : la France va revoir la responsabilité civile de l'exploitant à la hausse (Les Echos)

 

Qui paye les coûts d'une catastrophe nucléaire ? L'exemple de Fukushima (Notre planète - Info)

 

Accident nucléaire : les exploitants devraient payer plus (BFMTV)

 

Fukushima deux ans après : l’industrie nucléaire « irresponsable » (Greenpeace)

 

 

________________________ 

Illustration d'entête : carte de simulation d'un accident nucléaire à Tricastin à partir des données de Tchernobyl (source) 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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commentaires

SFrançois 22/02/2013 09:50

Le Japon a eu 2 "chances" dans son immense malheur = être une île + Fukushima au bord du Pacifique, côté Est = plein océan.
En France, si j'ai bien compté, nous avons actuellement 14 tranches nucléaires sur 58 qui sont directement en bord de mer = la Manche et la mer du Nord = avec d'importants courants marins longeant
très rapidement les côtes d'autres pays européens : nous sommes ni isolés ni orientés "plein océan" !
En France, il y a donc 58-14 = 44 tranches nucléaires (70%) qui se refroidissent grâce à nos fleuves, servant par ailleurs aux approvisionnements en eau. Cette étude prend-elle en compte le fait
que des régions entières (en aval) pourraient voir leur alimentation en eau totalement condamnée, à très long terme, si une centrale fluviale "à la dérive" y avait rejeté +/- massivement des
éléments radioactifs ?
Noyés/dispersés dans le Pacifique, n'a rien à voir avec un étroit écoulement fluvial polluant tout sur son passage. Exemple français redoutable : Nogent sur Seine et quid alors de
l'approvisionnement en eau potable de la région parisienne + tout son aval (= 1/5 de la population française immédiatement concernés !)

bernard 17/01/2014 15:35

Bonjour,

Si une cata nucléaire arrivait en france et contaminerait les pays voisins, avant de pouvoir rembourser les français, une armada de juristes internationaux obligerait la france d'assumer sa responsabilité financière dans la contamination de ses voisins.
Comment ? En bloquant tous les avoirs français, publics et privés, dans le monde.
Pourquoi les privés aussi ? Parce que les français sont solidaires de leur pays, de gré ou de force. A moins de renoncer à sa nationalité française.
Mais il me semble normal de faire payer à l'ensemble de la population la facture d'un désastre, dans la mesure où sa population ne s'est pas opposée à cette forme d'énergie.
En général quand on agît on prends des risques, gagner ou perdre.
Quand on délègue la prise de risque, on gagne ou perd de la même manière sans pouvoir se dédouaner et sans pouvoir se cacher derrière la phrase "je ne savais pas!".
Amen.

Pierre Fetet 21/02/2013 18:53

@Carbonthug
1) Tepco le menteur prévoit un coût de 100 milliards d’euros. Mais en fait, on considère que le coût global du drame de Fukushima dépassera dans tous les cas et de loin ce qui sera effectivement
pris en charge par Tepco ou l'Etat japonais. Car il faudrait en théorie y inclure tous les effets collatéraux, sur le commerce, l'industrie, le secteur touristique, etc., et pas seulement dans la
préfecture de Fukushima mais dans l'ensemble du Japon. Tepco se fiche bien de tout cela… Donc 186 milliards, je ne sais pas d’où ça sort mais peu importe, c’est bien en deçà de ce que ça coûtera
réellement. Je rappelle que l’IRSN fait une estimation de 600 à 1000 milliards d’euros. Donc vous voyez, la différence entre ce que paie l’état et le coût réel, c’est la société toute entière qui
le paie.
2) Vous écrivez « 1 an de renouvelables coute aussi cher qu'un accident nucléaire ». Greenpeace ne dit pas ça. 186 milliards d’euros / an, ça signifie que chaque année, le renouvelable avec un
investissement correspondant à 186 milliards, fournirait 292 TWh. Chaque année, pas seulement la première année… Au bout de 20 ans, le panneau photovoltaïque continue à produire du courant et il y
a toujours du vent pour les éoliennes. Je vous laisse faire le calcul de la production en téra watt heure en 20 ans.

Carbonthug 21/02/2013 12:28

Donc si je comprends bien la publicité de greenpeace :
Page de gauche : coût total 186 milliards d'euros, montant payé par l'Etat 32 milliard d'euros : quid des 154 milliards restants... si personne n'a payé, d'où sort ce chiffre de 186
milliards...
Page de droite : 1 an de renouvelables coute aussi cher qu'un accident nucléaire. Ca fait cher le renouvelable si il faut mettre cet argent tous les ans sur la table. Pas vraiment un argument en
faveur des renouvelables.
Greenpeace est une agence de publicité, même si on peut être d'accord sur l'objectif, les moyens employés sont souvent bancals.

CT

Roland 21/02/2013 09:52

Même l'estimation haute ne prend pas en compte toutes les données, très difficiles à évaluer et à chiffrer : quels seront les coûts sanitaires, au long cours, d'un tel drame ? Quelles seront les
indemnisations versées aux personnes irradiées, contaminées, au fil des générations ?
Le système assurantiel doit être revu. Mais l'exemple de Fukushima illustre la difficulté de la tâche. Le Japon n'a pas adhéré aux conventions internationales Le Japon est donc contraint d'assumer,
l'exploitant n'ayant pas de capacités suffisantes, les dommages causés, d'appliquer le principe l' Etat est son propre assureur.
Le coût de l'électricité nucléaire n'intègre pas réellement le coût du démantèlement des réacteurs, de la surveillance des déchets. Une faiblesse illustrée par le rapport de la Cour des comptes.

corrector 11/01/2014 04:08

Au contraire, le rapport de la cour des comptes indique que le démantèlement des réacteurs n'est pas un souci!

Quand allez-vous cesser de raconter n'importe quoi?

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