20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:37
black-rain.jpgTokyo est située dans la région du Kanto. Quand la pluie vient du nord, elle est chargée de particules radioactives provenant de la centrale de Fukushima Daiichi. Et cette pluie tombe sur les 35 millions d’habitants de cette mégalopole sans que personne ne s’en inquiète. Oui, ces phrases sont au présent. Oui, nous sommes en août 2011, c’est-à-dire 5 mois après « l’accident » nucléaire dont on a tant parlé aux mois de mars et avril. Non vous ne rêvez pas. « L’accident » n’est pas un accident, c’est une catastrophe, jamais égalée, qui est toujours en train de se produire. Comment en est-on arrivé là ?
 
La pluie noire : une vieille histoire
 
Les premières pluies noires ont été observées par les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945, quelques minutes après les bombardements. La pluie avait cette couleur car elle était mêlée de cendres provenant de l'explosion. Les survivants l'ont bue pour se réhydrater sans savoir qu'elle était contaminée. A cause de cela, ils développèrent des symptômes similaires à ceux des personnes exposées directement à l'explosion de la bombe atomique.
Depuis, entre 1945 et 1980, de nombreuses pluies noires ont eu lieu dans le monde puisque 543 essais nucléaires ont été effectués dans l’atmosphère. Mais, alors même que l’on avait enfin décidé d’arrêter de produire cette pollution radioactive, arriva la catastrophe de Tchernobyl. L’explosion du réacteur n°4 envoya dans l’atmosphère 50 tonnes de poussières radioactives qui retombèrent au sol principalement en Europe avec la pluie. Le 1er mai 1986, les Soviétiques « rincèrent » le ciel avec de l’iodure d’argent pour faire pleuvoir et fixer les radionucléides au sol, ce qui provoqua, selon les témoins, une pluie noire. Mis à part cet événement précis, les poussières de Tchernobyl ont surtout formé des pluies jaunes, comme l’a rapporté plus tard la biélorusse Antonina Sergieff (1).
 
La pluie jaune
 
Suite aux explosions de la centrale de Fukushima Daiichi, une pluie jaune est tombée sur Tokyo le 23 mars. Il pleuvait sur la capitale depuis 2 jours. Dès le 21 mars, un pic de débit de dose ambiant avait déjà été relevé, avec une augmentation subite de 0,1 à 0,2 µSv/h selon les sources (2). Le 23 mars donc, la pluie était jaune et a causé de grandes inquiétudes chez les habitants : l’agence météorologique du Japon a reçu des centaines d’appels téléphoniques pour en connaître l’origine. Les fonctionnaires ont répondu que c’était du pollen ; ils ont donc donné la même réponse que les autorités soviétiques donnaient il y a 25 ans aux victimes de Tchernobyl. Un fonctionnaire de la santé au gouvernement métropolitain de Tokyo avait toutefois avoué alors qu’il y avait une possibilité que la pluie soit radioactive, mais pas à un niveau suffisant pour avoir des effets néfastes sur la santé.
 

 
Un Tokyoïte a filmé les traces jaunes sur sa voiture
 
 
Et voilà le fond du problème : on fait croire au gens que cette pluie n’est pas dangereuse, alors qu’une seule particule radioactive, si elle se colle à votre peau ou si vous l’ingérez, peut nuire à votre santé. Car cette pluie, poussée par les vents du nord-est, était sans doute chargées de radionucléides, entre autres d’iode-131, de césium-137, de strontium-90 et de plutonium-239. Mais sa couleur jaune n’était pas forcément due aux poussières radioactives, car effectivement cette production massive de pollen est un phénomène connu au printemps.
 
pluie radioactive tokyo
 
 Radioactivité des pluies de Tokyo des 21-23 mars 2011. Constatez le pic de radioactivité pour la pluie "jaune" du 23 mars (tableau IRSN).
 
 
Pourtant, des pluies jaunes ont été constatées aussi en avril et, en juin, on interdisait encore aux enfants de jouer dans les cours d’écoles de Tokyo à cause de la trop grande radioactivité au sol. Suite à ce problème, les autorités japonaises ont décidé de prendre les mesures non plus à hauteur du sol, mais au dessus des toits. Non, vous ne rêvez pas, c’est comme cela que l’on a réduit la radioactivité à Tokyo, en éloignant les appareils de mesure des sources émettrices : les poussières chargées de radioéléments.
 
Des pluies chaudes
 
Que les pluies soient noires, jaunes ou transparentes, si elles proviennent de la région de la centrale accidentée, elles sont chaudes. C'est-à-dire qu’elles contiennent des particules radioactives. Car contrairement à ce que dit l’IRSN qui prétend qu’ « il n’y a plus de rejet atmosphérique » (3), il faut continuer à se méfier des pluies.
En effet, la pluie tombée sur la région du Kanto le 19 août 2011 s’est faite remarquée. Elle a produit par exemple dans la ville de Saitama une augmentation de la radioactivité de 0,04 µGy/h, ce qui correspond à 0,04 µSv/h (4). Sur l’illustration, la ligne noire correspond à cette ville, la jaune à Tokyo et la bleue à Shinjuku Hyakunincho.
 
pluie kanto
 
Bien sûr, cette dose est infime, mais on peut en tirer deux choses importantes :
1) elle contredit la position officielle française qui annonce que la centrale de Fukushima Daiichi ne rejette plus de radioactivité dans l’atmosphère.
2) cette irradiation mesurée ne correspond qu’à la mesure de l’air ambiant. Les particules chaudes, quant à elles, tombent au sol, et s’ajoutent aux autres particules qui s’y étaient déposées précédemment.
 
Mesures croisées
 
Le KEK, à Tsukuba,  mesure également en permanence la radioactivité de l'air de Tokyo. Son relevé du 19 août 2011 est en parfaite adéquation avec celui de l’Institut de santé publique puisqu’il présente aussi un pic correspondant à une augmentation de 0,04 à 0,05 µSv/h. Toutefois, malgré son allure minimisante (échelle de graphique qui écrase le pic), on peut lire certaines mesures à 0,17 µSv/h, loin des 0,10 µSv/h habituels.
pluie kek
 
Donc on peut dire que l’évènement est bien là : des masses d’air chargées de particules circulent encore, et la pluie rabat la pollution au sol.
 
D’où vient cette pollution ?
 
Selon la direction du vent qui entraînait les nuages, elle provient du nord-est de Tokyo. Dans cette direction, trois centrales nucléaires : Tokai, Fukushima Daini et Fukushima Daiichi. Seule la troisième est en situation de polluer. Si ce n’est pas le cas, il faudra sérieusement s’inquiéter des deux premières ! Malgré les propos rassurants du directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, il est probable que cette pollution vienne de son établissement. En effet, des rejets radioactifs à 10 Sv/h ont été notifiés le 1er août et des jets de vapeur sont visibles régulièrement depuis. Un corium  serait-il en train de bouger ? Et ce corium, alimenté par les produits qu’il dévore, est-il plus actif quand il y a des tremblements de terre (cf. article de Gen4) ?
 
L’empoisonnement du Japon
 
Quoi qu’il en soit, si cette pollution perdure sur le long terme, il faut bien comprendre que les particules qui tombent sur le sol resteront radioactives durant des dizaines, voire des milliers d’années selon les éléments. A chaque fois, elles s’ajoutent aux précédentes ‒ elles ne disparaissent pas ‒ et petit à petit empoisonnent le Japon, par l’intermédiaire de la chaîne alimentaire. C’est un empoisonnement inodore, incolore, invisible. Un crime parfait. Mais à qui profite le crime ?
 
En fait, il faudrait alerter la population japonaise des dangers de la contamination interne, donner des conseils quotidiens de radioprotection. La Criirad  l’a déjà dénoncé : ce n’est pas fait correctement. Pourquoi ? Pour ne pas décrédibiliser l’énergie nucléaire. Si les tenants de cette énergie avouaient la sortie des coriums de Fukushima dans la nature, s’ils expliquaient les dangers de cette matière incontrôlable, la population demanderait immédiatement la sortie du nucléaire. Pour ne pas décevoir les investisseurs et les actionnaires, il leur faut donc cacher la vérité à la population. Ainsi les mots « corium » et « plutonium » resteront des mots tabous (Ils sont déjà proscrits de plusieurs forums scientifiques). Si vous lisez à l’avenir un article ou si vous voyez un reportage sur la catastrophe de Fukushima qui n’emploie pas ces mots, sachez que vous perdez votre temps. Un véritable journaliste d’investigation ne pourra plus ne pas s’intéresser à la cause de cette pollution permanente et à ses produits mortels. Tous ceux qui n’en parleront pas feront de la désinformation.
 
 
PS : Les dernières nouvelles sur la contamination des sols sont très mauvaises.
Pour en prendre connaissance, veuillez télécharger ce document édité par  radiationdefense :
 
sols contaminés tokyo
 
 
 
 
 
(2) 0,1 µSv/h selon l’IRSN :
0,2 µSv/h selon Tatsuhiko Kodama, directeur du Radioisotope Center de l’Université de Tokyo :
 
(3) conférence d’Olivier Isnard (IRSN) du 7 juillet 2011
Il dit aussi : « Lorsque les particules se déposent sur le sol, elles tendent à y adhérer et s’en décollent difficilement » (3). Ce que dit l’IRSN est à nuancer. Tant qu’il y a de l’humidité, la poussière adhère au sol, c’est d’accord. Mais dès que la poussière est sèche, en été par fortes chaleurs particulièrement, la poussière s’envole au moindre vent, et les particules radioactives avec.
 
(4) Graphique en ligne donné par l’Institut de santé publique de Tokyo :
 
 
 
---------------------
 
Pour en savoir plus sur ce sujet :
 
Article sur la « Black Rain » et la viande contaminée
 
Article sur les pluies jaunes dues à Tchernobyl (en anglais)
 
Article sur la corrélation entre les tremblements de terre et la radioactivité de Fukushima Daiichi
 
Intervention de Tatsuhiko Kodama le 27 juillet 2011 au Parlement japonais
(sous-titrage en français)

 
 
   
Même vidéo en deux parties de 8 min avec sous-titrage français :
 

 

Et pour être informé minute par minute de l’actualité de Fukushima :

http://www.facebook.com/groups/Fukushima.informations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-----------------------

 

Source image entête : http://hres.deviantart.com/art/Black-rain-10975637

 

Partager cet article

Repost0
20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:04

« Dial "M" for Meltdown », c’est le titre original d’un film de Brian Rich. Diffusé à l’origine sur le site Fairewinds, il vient d’être sous-titré en français par Stéphane Palay, avec l’autorisation du réalisateur. Merci à lui de permettre sa plus large diffusion !

 

Un film à voir et à partager.

 

histoire-du-nucleaire.jpg

 

http://vimeo.com/27939291

 

version originale (anglais) : http://fairewinds.com/content/dial-m-meltdown-brian-rich

 

 

« Après avoir assisté aux destructions causées au Japon par le séisme et le tsunami, quand j'ai vu en direct à la télévision l'installation nucléaire de Fukushima fondre devant mes yeux, j'ai su que quelque chose ne tournait pas rond. Mais mes recherches, mon enquête ne me menaient qu'à des culs de sac, des contre vérités, et des mensonges. J'ai décidé de créer cette vidéo pour m'assurer que l'histoire de l'énergie nucléaire commerciale soit enfin correctement documentée et présentée à la jeune génération. Je me suis rendu compte que l'attention de la plupart des gens était amoindrie du fait de la nature complexe de la physique nucléaire, alors même que ce qu'ils ignoraient allait les tuer et tuer les êtres qu'ils aiment. 

Ma rencontre avec Arnold Gundersen et sa femme Maggie m'ont ouvert les yeux sur les dangers auxquels notre pays et notre civilisation font face, en raison des décisions prises il y a des décennies et les mensonges promus pour pouvoir sans contestation développer le programme nucléaire. Leur témoignage empreint de vérité contre l'industrie nucléaire, face aux mensonges et aux dénis de cette dernière, doit provoquer une réelle prise de conscience d'un plus large public... »

Brian Rich,
Réalisateur

 

Partager cet article

Repost0
17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 03:18
Depuis le début de l’accident, la centrale de Fukushima Daiichi n’a jamais cessé de produire de la vapeur. Elle provient des piscines de refroidissement des combustibles usés et des réacteurs arrosés en continu pour refroidir les cœurs nucléaires. Or par nature, la vapeur d’eau est un gaz totalement invisible. On sait que de la vapeur s’échappe dans l’atmosphère uniquement parce qu'elle se condense en fines gouttelettes au contact d’un air froid. Elle se transforme alors en quelque chose de visible : un brouillard.
 
Ceux qui observent les images fournies par la webcam de Tepco connaissent bien ce phénomène : on n’aperçoit ces brouillards au dessus de la centrale qu’à certaines heures, et spécialement la nuit, lorsque la température baisse ou que les vents du Pacifique apportent soudainement un air froid venant du large.
 
C’est pourquoi durant les jours d’été, quand il fait chaud, on ne la voit pas forcément. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y en a pas. En fait, en augmentant le contraste de certaines photos ou vidéo, on peut mieux mettre en évidence ce dégagement de vapeur, par exemple avec cette photo, tirée d’une série  donnée par Lucas Whitefield Hixson.
 
Fukushima_Daiichi_May_12th_2011_4_23_pm_CST.jpg
 
 
Mais les faits qui suivent sont de nature différente, car la vapeur semble provenir d’ailleurs. La vidéo de la nuit du 4 août montre par exemple d’énormes dégagements de vapeur, accompagnés d’effets lumineux. Cette séquence a été vue plus de 100 000 fois sur YouTube. C’est dire si elle est impressionnante.
 
On voit des lumières intenses se dégager à droite de l’écran, et beaucoup de brouillard. Certains ont interprété cet événement comme l’incendie de la piscine commune de combustible usé, car ces lumières sont dans sa direction. En effet, cette piscine est située derrière le réacteur 4, à une cinquantaine de mètres à l’ouest, donc à la droite des réacteurs sur l’image de la webcam.
 
Or, il faut savoir que la piscine commune a été visitée par l’AIEA le 27 mai dernier. On peut la voir dans une vidéo faite à l’occasion, et dont la photo suivante est tirée.
 
common spent fuel fuku
 
 
On peut constater au passage que cette piscine n’est pas en bon état : sa bordure est défectueuse, peut-être des dégâts dus au tsunami ou au tremblement de terre. En fait, sous ces 3000 m3 d’eau calme reposent plus de 1000 tonnes de combustible usé (6375 assemblages exactement selon les sources officielles, soit plus de 400 000 crayons d’uranium-plutonium). Cette piscine est donc un lieu très sensible, car il ne faut pas qu’elle perde son eau. Si c’était le cas, le combustible s’échaufferait et pourrait finir par brûler, ce qui provoquerait une pollution radioactive sans précédent. Mais pour l’instant, Tepco n’a pas signalé de fuite d’eau au sujet de cette piscine, donc tant que le combustible est immergé complètement, il ne peut pas s’échauffer. Il semble donc qu’il faille chercher d’autres raisons à ces lumières.
 
En fait, les projecteurs utilisés pour éclairer les réacteurs sont très puissants. Si la lumière rencontre une nappe de brouillard, elle va être très atténuée car dispersée par chaque gouttelette, et elle formera un halo de lumière. Songez par exemple aux phares de voiture que vous ne voyez qu’au dernier moment dans le brouillard, ou aux halos lumineux au-dessus des villes la nuit.
 
Dans la vidéo, on distingue bien des halos au-dessus de l’emplacement des projecteurs. Pourquoi ces halos changent-ils d’aspect comme s’il s’agissait d’un incendie ? Tout simplement parce que le brouillard semble avoir des intensités très changeantes. On peut expliquer ce phénomène par des jets de vapeur qui pourraient provenir du sol non loin de ces projecteurs, ou alors directement des réacteurs 2, 3 et 4. Il faut aussi garder à l’esprit que cette vidéo est accélérée (on visionne 1 heure en seulement 3 minutes) et que les effets sont ainsi accentués.
 
Des jets de vapeur provenant du sol ont en effet été signalés par des travailleurs qui sont quelquefois obligés d’évacuer temporairement les lieux (source). Car c’est de la vapeur radioactive.
 
    Ce brouillard ne viendrait pas cette fois-ci de l’océan, mais bien de la vapeur abondante qui sortirait des antres de la centrale. Un corium en est vraisemblablement responsable. D’autant plus qu’il semble être actif (réaction nucléaire en cours) puisque l’on trouve du Neptunium-239 à 38 km à l’ouest de la centrale (source). Cet élément radioactif est en effet un pur descendant de l’activation de l’uranium 238. Très instable ‒ le Neptunium-239 a une période de 2,4 jours ‒ il se transforme rapidement en Plutonium-239. Or, qui dit réaction nucléaire, dit fort dégagement de chaleur. Si le corium a atteint la nappe phréatique, c’est normal que de la vapeur soit produite en quantité et s’échappe par la moindre faille, fissure, cavité ou tuyau qu’elle rencontre dans le sol.
 
S’il s’avère que c’est dû au corium, il continuera de produire de la vapeur radioactive encore pendant longtemps, empêchant parfois la présence de l’homme sur le site, et retardant les travaux de façade. Et en hiver, il est probable que l'on ne puisse plus apercevoir la centrale car l'air froid continuel pourrait provoquer un brouillard permanent.
 
 
Autre vidéo avec apparition subite de brouillard : 10 jours plus tard, le 14 août, la « vapeur » s’est encore manifestée, cette fois-ci en plein jour.
 

Partager cet article

Repost0
16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 02:12
Les savants japonais sont-ils devenus fous ? Quelques-uns d’entre eux au moins semble-t-il ! Alors que le plutonium est un produit très dangereux, ils ont un discours minimisant sa haute radio-toxicité.
 
La dernière vidéo de Tokyo Brown Tabby rassemble les interventions de trois chercheurs japonais affirmant, sur la télévision nationale, que le plutonium n’est pas plus dangereux que ça. Les deux premiers sont intervenus à la télévision après l’accident du 11 mars 2011 pour assurer au public qu'il n'y avait rien à craindre du plutonium. Le troisième intervenait en 2005 lors d’un débat sur le MOX. Et, parlant d’un éventuel accident nucléaire : « Vous parlez de la probabilité d'un événement improbable »… Sans commentaire.
 

 

 
 
version française de kna60 : http://www.youtube.com/watch?v=DHfVJ_4kHss
 
   


Les trois « Plutonium Brothers » sont :
 
1) Tadashi Narabayashi
Professeur en génie
Université de Hokkaido

2) Keiichi Nakagawa
Professeur agrégé en radiologie
Université de Tokyo Hôpital

3) Hirotada Ohashi
Professeur en innovation de système
Université de Tokyo

 
 
Transcription de la vidéo
(original en anglais ici)

Tadashi Narabayashi
Professeur en génie
Université de Hokkaido
(Dans l’émission de TV Asahi "Sunday Scramble", le 3 avril 2011)

TN : Eh bien, la moitié des hommes adultes meurent s'ils ingèrent 200 grammes de sel. Avec seulement 200 grammes. Toutefois, la dose létale par voie orale de plutonium-239 est 32g. Donc, si vous comparez la toxicité, le plutonium, lorsqu'il est ingéré, n'est pas très différent de celle du sel. Si vous inhalez ça dans vos poumons, la dose létale sera d'environ 10 milligrammes. C'est à peu près le même que le cyanure de potassium. Cela semble effrayant, mais le fait est que le plutonium n'est pas différent du cyanure de potassium. Certaines toxines, comme le bacille du botulisme, cause un empoisonnement alimentaire beaucoup plus dangereux. La dioxine est encore plus dangereuse. Donc, sauf si vous mettez le plutonium en poudre et le respirez ....

MC : Personne ne ferait cela.

TN : En outre, le plutonium peut être arrêté par une simple feuille de papier. Le plutonium est transformé en combustibles nucléaires dans les installations avec de bonnes mesures de protection, vous n'avez donc pas besoin de vous inquiéter. 


----------

Keiichi Nakagawa
Professeur agrégé en radiologie
Université de Tokyo Hôpital
(Dans l’émission de Nippon TV, "News every", le 29 mars 2011)

KN : Par exemple, le plutonium ne sera pas absorbé par la peau. Parfois, vous l'ingérez par voie alimentaire, mais dans ce cas, la plupart du temps il ira dans l'urine ou les selles. Le problème survient lorsque vous inspirez. L'inhalation de plutonium augmente le risque de cancer du poumon.

MC : En quoi cela affectera notre vie quotidienne ?

KN : En rien.

MC : En rien?

KN : En rien. Pour commencer, ce matériau est très lourd. Ainsi, contrairement à l'iode, il ne sera pas dispersé dans l'air. Les travailleurs de l'usine pourraient être touchés. Alors, je devrais être prudent. Mais je ne pense pas que le public devrait s'inquiéter. Par exemple, il y a 50 ans, quand je suis né, la quantité de plutonium était 1000 fois plus élevée que maintenant.

MC : Oh, pourquoi ?

KN : A cause des essais nucléaires. Donc, même si le montant a maintenant augmenté quelque peu, en fait, c'est encore beaucoup moins qu'avant. Toutefois, si elle est libérée dans l'océan par les rejets d’eau, c'est un problème. Une fois dehors, le plutonium ne diminue guère.

MC : Il faut 24 000 années avant qu'il décroisse de la moitié, c’est ça ?

KN : C'est exact. Donc, en ce sens, le plutonium est problématique. Mais là encore, il n'y aura aucun effet sur le public. Je pense que vous pouvez dormir tranquille.

MC : « Laissez-moi résumer :le plutonium ne sera pas absorbé par la peau S’il est ingéré par voie alimentaire, il sortira du corps dans l'urine S’il est inhalé, il peut augmenter le risque de cancer du poumon. Mais comme il est très lourd, nous n'avons pas besoin de nous inquiéter. "

 
----------

   

"La quantité de plutonium était 1000 fois plus élevée il y a 50 ans." Si la demi-vie du plutonium est de 24 000 ans, comment peut-il n'en rester qu'un millième après 50 ans ? 

 

Vous voulez dire la quantité dans l'air ? Mais n'avez-vous pas dit que le plutonium est trop lourd pour se disperser dans l'air ? ...

 

----------

 

 
Hirotada Ohashi
Professeur à l'innovation du système
Université de Tokyo
(Lors d'un débat à la préfecture de Saga le 25 décembre 2005, concernant l'utilisation du MOX à la centrale nucléaire de Genkai)

MC : Dr Ohashi, s'il vous plaît.

HO : Je tiens à souligner deux choses. Ce qui se passe dans un accident [nucléaire] dépend entièrement de vos hypothèses. Si vous considérez que tout se briserait et tous les matériaux à l'intérieur du réacteur seraient complètement libérés dans l'environnement, alors nous aurions toutes sortes de résultats. Mais c'est comme discuter de ce qui se passerait si une météorite géante tombait.  Vous parlez de la probabilité d'un événement improbable.

Vous pouvez penser que c'est un gros problème, si un accident survient dans le réacteur, mais les experts nucléaires ne pensent pas que les dispositifs de confinement vont se rompre. Mais les gens anti-nucléaires se disent : « Comment savez-vous cela ? ». Des explosions d'hydrogène ne se produiront pas et je suis d'accord, mais leur argument est "Comment savez-vous cela?"

Alors, dès maintenant à l'examen de la sécurité, nous supposons que chaque situation est techniquement possible. Par exemple, telle ou telle partie se briserait, le plutonium serait libéré comme ça, alors il serait arrêté là ... quelque chose comme ça. Nous avons mis la barre haute et supposons toujours que même le rayonnement de niveau supérieur serait libéré et nous faisons des calculs.

Cela peut être très difficile pour vous de comprendre ce processus, mais nous le faisons. Pour comprendre à quel point la contamination pourrait se répandre, nous analysons la base de notre hypothèse de ce qui pourrait se produire. Toutefois, le public interprète ça comme quelque chose qui va se produire. Ou les anti-nucléaires vont le prendre dans un mauvais sens et pense que nous faisons une telle hypothèse comme si elle allait devoir se passer. Nous ne pouvons pas avoir de discussions avec de telles personnes.

Une autre chose est la toxicité du plutonium. La toxicité du plutonium est très exagérée. Les experts de la santé traitant des dommages par le plutonium appellent cette situation « toxicité sociale ». En réalité, il n'y a rien d'effrayant dans le plutonium. Si, dans un cas extrême, les terroristes pourraient prendre du plutonium et le jeter dans un réservoir qui fournit l'eau du robinet. Ensuite, ce seraient des dizaines de milliers de gens qui meurent ? Non, ils ne mourraient pas. Pas une seule personne probablement ne mourrait. Le plutonium est insoluble dans l'eau et serait expulsé rapidement du corps, même s’il était ingéré avec de l'eau.

Donc, ce que M. Koide dit est que si on prend des particules de plutonium, une par une, que l’on ouvre vos poumons et que l’on y mette les particules de plutonium profondément, alors beaucoup de gens vont mourir. Un pur fantasme qui n'arriverait jamais.

Il dit essentiellement que nous ne pouvons pas conduire une voiture, nous ne pouvons pas monter dans un train, parce que nous ne savons pas ce qui va arriver.

MC: "Je vous remercie beaucoup."


----------
 
Pluton-kun (Little Plutonium Boy)
Personnage mascotte de la Corporation pour le développement de l’énergie nucléaire (maintenant Agence japonaise de l'énergie atomique)

Imaginons que quelques méchants viennent me jeter dans un réservoir. Je ne suis pas seulement difficile à dissoudre dans l'eau, mais aussi difficile à être absorbé par l'estomac ou les intestins, et finalement je vais être rejeté par le corps. Donc je ne peux pas réellement tuer des gens.

Mais il arrive si souvent que les méchants prennent une petite chose et le transforment en un gros mensonge pour menacer les gens.

(Légende)
Regarde, nous avons été dupés. Le plutonium n'est pas dangereux ! Nous ferions mieux de demander à ces trois de boire ça pour prouver que ce n’est pas dangereux. Puis nous nous sentirons en sécurité, n'est-ce pas? S'il vous plaît les médecins, le feriez-vous pour nous?

 
--------------------------------
 
Pour connaître réellement les dangers du plutonium :
Autre article de ce blog sur des thèmes associés :
 

Partager cet article

Repost0
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 10:03
anim corium1Cette page est la deuxième partie de l’article
« Le corium de Fukushima ».
Pour revenir à la première partie, cliquer ici :
 
   
 
Sommaire
 
Le corium de Fukushima
 
partie 1 : description et données
1. Définition du corium
2. Matière de tous les extrêmes
3. Quand le corium de Fukushima s’est-il formé ?
4. Combien de tonnes de combustible ont fondu ?
5. Aspect et composition du corium
6. Progression du corium
 
partie 2 : effets et dangers
7. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du béton ?
8. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du métal ?
9. Que se passe-t-il quand le corium rencontre de l’eau ?
10. Que veulent dire les termes « Melt-down », « Melt-through » et « Melt-out » ?
11. Possibilité de contenir le corium
12. Dangers du corium

 
7. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du béton ?
Au contact du corium, le béton se vitrifie puis se décompose et ce, de plus en plus vite au fur et à mesure de l'augmentation de la masse qui s’accumule au même endroit. Un béton siliceux a un point de fusion à 1300°C. Un corium à 2800°C le transforme ainsi en divers gaz et aérosols : chaux vive (CaO), silice (
SiO2), eau et gaz carbonique, mais aussi monoxyde de carbone et hydrogène qui peut être produit en de grandes quantités à cette occasion.
La chaux vive, à l’état solide, réagit habituellement avec l’eau en produisant de la chaleur et de la chaux éteinte (Ca(OH)
2). Il est probable que des phases de condensation de la chaux entretiennent ainsi la chaleur du corium.
Du tellure est aussi relâché au fur et à mesure de la décomposition du tellurure de zirconium.

Tous ces produits, entre autres, se mélangent donc et interagissent continuellement, alimentant l’énergie du magma.
L'interaction corium-béton comme celui du bouclier inférieur de Fukushima Daiichi produit une fulgurite au point d'attaque, c'est-à-dire que le béton se vitrifie et forme un tube ‒ dont la structure cristalline est proche de celle des céramiques ‒ et se désolidarise du reste de la masse de béton car sa structure moléculaire est différente. Ensuite cette fulgurite, d'un diamètre de quelques centimètres à quelques dizaines de cm selon la masse de corium, peut servir de conduit pour le reste de la masse en fusion. La structure moléculaire des fulgurites procure à celles-ci une faible conductivité thermique et de ce fait, le reste de la masse de béton ne peut pas ou plus agir comme dissipateur thermique.

405px-Graphic TMI-2 Core End-State Configuration8. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du métal ?
Il y a peu de métaux qui résistent à des températures de 2500 à 3000°C. De plus, ces métaux sont rares et ne possèdent pas les propriétés mécaniques de l’acier. C’est pourquoi les cuves des réacteurs sont toujours fabriquées en acier. Tout va bien si la température est maîtrisée. Mais en cas de panne du système de refroidissement, la cuve peut subir de graves dommages causés par la montée de la température et de la pression. Le point de fusion du fer étant à 1538°C, on peut comprendre pourquoi une cuve ne résiste pas longtemps à un corium puissant comme celui de Fukushima.

Par ailleurs, dans une atmosphère inerte, l'alliage argent-indium-cadmium provenant des barres de contrôle produit du cadmium. En présence d'eau, l'indium forme les instables oxydes d'indium et hydroxyde d'indium qui s'évaporent et forment un aérosol. L'oxydation de l’indium est inhibée par une atmosphère riche en hydrogène. Le césium et l'iode des produits de fission volatiles réagissent pour produire l'iodure de césium, qui se condense aussi sous forme d'aérosols.
Le bain de corium est donc un milieu multiconstituant et multiphasique (liquide, solide, gaz) dont la composition et les propriétés physiques évoluent constamment au cours de ses interactions avec les éléments de son environnement.

9. Que se passe-t-il quand le corium rencontre de l’eau ?
L’eau est « craquée » à partir de 850°C par thermolyse, ce qui signifie qu’elle subit, à cause de la chaleur, une réaction de décomposition chimique en deux éléments : l’oxygène et l’hydrogène. Dans le même temps, l’eau subit une radiolyse, qui est le « craquage » de la molécule d’eau par la forte radioactivité, en donnant des radicaux libres d’hydrogène et d’hydroxyde. Dans les deux cas, en expérimentation, on constate autour du corium la formation d’une bulle de gaz formée d’hydrogène, d’oxygène et de vapeur, plus ou moins importante suivant la quantité de corium, son activité et sa température. De ce fait, l'eau n’est jamais vraiment en contact avec la masse en fusion.
La radiolyse et la thermolyse participent à la perte d'énergie du corium sur le long terme mais pas à un refroidissement à proprement parler, sauf à partir du moment où le corium a perdu son état de criticité.
 
 
vapeur 
 du réacteur 1
 (début juin 2011)
 
 
 
 
 
 
 
10. Que veulent dire les termes « Melt-down », « Melt-through » et « Melt-out » ?
On rencontre parfois ces mots dans les articles concernant la fonte des cœurs de réacteurs nucléaires. Ce sont des mots anglais qui n’ont pas d’équivalents en français.

« Melt-down » (ou « Meltdown ») est un terme général faisant référence à la fusion d'un cœur de réacteur nucléaire à la suite d'un grave accident nucléaire. Lors de cet évènement, les barres de combustible fondent et s’effondrent sur elles-mêmes. Si le refroidissement n’est pas rétabli suffisamment tôt, elles se retrouvent dans le fond de la cuve sous la forme d’un corium.

Le « Melt-through » est la suite logique du « Melt-down ». Suite à la fusion du cœur d’un réacteur nucléaire et du percement de la cuve, ‒ le met-through de la cuve du réacteur peut prendre de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures ‒ le corium peut poursuivre son avancée en traversant le fond de l’enceinte de confinement. S’il n’est pas étalé, refroidi ou piégé dans une cavité prévue à cet effet, il arrive finalement à perforer la dalle de béton de base du réacteur.

 

 
Animation du ministère de l’Industrie du Japon sur le Melt-through dans un réacteur du type de Fukushima.
 
 
 
Le « Melt-out » correspond à la phase finale de cet accident majeur. Le combustible fuit à l’extérieur des différentes barrières de confinement des réacteurs, soit la cuve du RPV et l’ampoule du Drywell : il atteint le sol géologique, continue sa descente ‒ plus ou moins rapidement selon la nature du terrain ‒ et diffuse une forte radioactivité dans l’environnement. Il est probable que l’on doive ce nouveau mot à Hiroaki Koide, de l’Université de Kyoto, car l’expression semble apparaître pour la première fois dans un article rapportant ses propos. Ce phénomène est aussi connu sous le nom de « syndrome chinois », en référence à des travaux évoqués pour la première fois par le physicien Ralph Lapp en 1971 (7), mais surtout à un film catastrophe sorti quelques jours avant l’accident de Three Mile Island. A ce propos, il est peu probable que le corium puisse rejoindre le magma, et de toute manière impossible qu’il puisse dépasser le noyau terrestre.

11. Possibilité de contenir le corium
Comme le souligne la
synthèse R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : Bilan et perspectives (2006, IRSN-CEA), « il n’est pas possible, sur la base des résultats des essais réalisés (…), de conclure actuellement quant à la possibilité de stabilisation et de refroidissement d’un bain de corium en cours d’ICB [interaction corium-béton] par injection d’eau en partie supérieure. Les progrès dans ce domaine sont malaisés du fait des difficultés technologiques (effets de taille, ancrage de croûte, représentativité du mode de chauffage, …) auxquelles se heurte la réalisation d’essais en matériaux réels à une échelle suffisamment grande. »
Donc pour ce qui concerne le corium, l’arrosage des réacteurs de Fukushima est bien une mesure de pis-aller. En fait, l'eau apportée n'est pas destinée à refroidir l'ensemble du cœur initial mais à maintenir en place le corium résiduel. Celui-ci, dont la masse réduite n’engendre plus de criticité, peut en effet être refroidi.

 
corium irsn video3 Vidéo d’un corium 
 contenu dans un creuset : 
 expérience du CEA 
 diffusée par l’IRSN
 
 
 
 
 
 
Le pire des cas serait un corium qui s’engouffrerait ou s'enfermerait dans le béton ou le sol, ce qui non seulement offrirait la meilleure forme possible pour conserver son intégrité, augmenterait le nombre de neutrons récupérés, mais en plus, la masse deviendrait, de facto, inaccessible, ce qui le rendrait impossible à refroidir.
C’est ce cas de figure qui semble se produire actuellement à Fukushima pour au moins l’un des réacteurs (n° 1). D’où l’idée de construire une enceinte souterraine qui limiterait la dissémination de la radioactivité dans le sol. Mais Tepco, entreprise privée exsangue, ne paraît pas être pressée de protéger l’environnement car ce projet, s’il était soumis aux actionnaires, ne serait sans doute pas accepté car trop coûteux.
Lors de l’accident de Tchernobyl, les Soviétiques n’avaient pas hésité à construire une dalle de béton sous le réacteur pour empêcher la descente du corium. Pourquoi les Japonais n’ont pas fait la même chose ? Peut-être à cause du coût, peut-être à cause de la présence de l’eau, peut-être parce que c’était trop tard ?
 
12. Dangers du corium
Les dangers du corium sont nombreux et vont s’inscrire malheureusement dans la durée. D’où l’absence de communication de Tepco sur le sujet…
 
 Explosion-centrale-Fukushima.jpg   Le premier danger est la formation d’hydrogène. On connaît bien le danger de ce gaz qui a provoqué les explosions dans bâtiments des 4 premiers réacteurs au cours des premiers jours de la catastrophe. C’est ainsi que l’hydrogène, l’élément le plus simple et le plus abondant de l’univers, est aussi le gaz le plus redouté dans l’industrie nucléaire.
Or le corium, une fois constitué, continue à en fabriquer. On a vu plus haut comment : en craquant l’eau par thermolyse et par radiolyse, mais aussi lors de la vaporisation du béton. C’est pourquoi Tepco injecte régulièrement de l’azote dans les réacteurs, afin d’atténuer les effets explosifs de l’hydrogène en présence d’oxygène. Une nouvelle explosion pourrait être catastrophique, car les bâtiments ont déjà beaucoup souffert ‒ en particulier le n° 4 dont la structure est devenue instable ‒ et les piscines de combustible usé sont perchées à plus de 20 mètres de hauteur. Ce serait donc véritablement un désastre si l’une d’elle venait à lâcher.
 
Le deuxième danger est précisément la faculté qu’a le corium de fragiliser le béton. Dans le cas où il y a Melt-through, le corium le traverse sans problème, mais son action va avoir une conséquence sur la solidité des fondations : lors du refroidissement de la fulgurite, il se produit un changement de phase qui a la particularité de produire une forte augmentation de volume ; ainsi les parois de béton en contact, mais désolidarisées mécaniquement des fulgurites, sont détruites par effet de compression. On peut donc s'attendre, avec le refroidissement du bouclier inférieur dans les mois à venir, à une destruction d'éléments massifs de la structure en béton de soutènement, ce qui pourrait avoir plusieurs effets négatifs : fragilisation des bâtiments réacteurs et apparition de failles supplémentaires où l’eau hautement radioactive utilisée continuellement pour le refroidissement pourrait s’échapper dans l’environnement, accentuant la pollution.
 
Un troisième danger a longtemps été évoqué dans les premières semaines de la catastrophe : la possibilité d’une explosion de vapeur. Le corium, dans sa descente souterraine, pourrait rencontrer une masse d’eau qui, sous la chaleur du magma, la transformerait immédiatement en vapeur qui, avec la pression engendrée, provoquerait une énorme explosion si l’eau n’est pas dans un milieu ouvert. C’est ce que redoutaient déjà les soviétiques à Tchernobyl ; pour éviter ce grave danger, ils avaient vidé la piscine de suppression de pression avant que le corium ne l’atteigne. A Fukushima, on peut se demander si le même scénario ne s’est pas produit car le 4 avril, Tepco a commencé à vider 11 500 tonnes d’eau. Le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, annonçait à l’occasion : « Nous n'avons pas d'autre choix que de rejeter cette eau contaminée dans l'océan comme mesure de sécurité » (8). Quant au porte-parole de Tepco, il pleurait en annonçant la nouvelle. Pleurait-il parce qu’il déversait de l’eau faiblement radioactive dans la mer ou parce qu’il savait que le corium allait définitivement être perdu ? Dans cette hypothèse, le corium (de quel réacteur ?) aurait mis plus de trois semaines pour atteindre les sous-sols de la centrale.
 
Quant à la possibilité de rencontrer brutalement une masse d’eau naturelle, cela est peu probable. En effet, une nappe phréatique n’est pas un lac souterrain, mais une masse d’eau répartie dans le sol entre les éléments le constituant. Si le corium traverse cette nappe, il ne rencontrera pas suffisamment d’eau à la fois pour provoquer une explosion. Cela provoquera en revanche des jets de vapeur, voire des geysers, qui pourront apparaître n’importe où à la surface, passant dans les failles et les interstices du sol. Et cela constitue le quatrième danger, celui de la contamination de l’environnement. L’eau, au contact avec le corium, se charge d’uranium, de plutonium, de cobalt, de césium, etc. à des niveaux extrêmement élevés et se trouve donc fortement contaminée. Si elle parvient à sortir de terre, la pollution se propagera dans l’atmosphère sous forme de vapeurs, de gaz ou d’aérosols radioactifs. Si la vapeur se condense dans le sol, elle polluera irrémédiablement le sol, et les radionucléides rejoindront inévitablement la nappe phréatique.
 
Un autre grand danger, le cinquième, est celui que le corium rencontre la nappe aquifère en relation avec la mer. Après tout, les réacteurs ne sont situés qu’à 200 mètres du rivage, et les sous-sols des bâtiments réacteurs sont clairement en dessous du niveau de la mer, comme cela apparaît dans un plan du METI (Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie). Donc si un corium a réellement traversé le radier, il s’est probablement trouvé en contact avec un niveau géologique en relation avec l’océan, car la centrale est construite sur des roches sédimentaires de type « grès », assez perméable à l’eau car souvent fracturé. Or, une contamination continue de la mer durant des dizaines d’années pourrait créer des dommages considérables pour l’ensemble du littoral oriental de l’archipel.
 
coupe centrale meti
 
 
 
On a aussi également beaucoup parlé dans les forums d’un risque d’explosion nucléaire, hypothèse qui a été reprise dans quelques articles. Le terme d’« explosion nucléaire » avait déjà été employé de manière incorrecte dans les médias pour des explosions d’hydrogène. En fait, dans une centrale nucléaire, une explosion n’est pas forcément nucléaire. En revanche, une explosion d’hydrogène dans une centrale nucléaire rejette de la radioactivité dans l’environnement. Même s’il reste de grandes interrogations sur la nature des explosions de l’unité 3, il ne faut pas faire d’amalgame.
En octobre 1999, un accident de criticité a eu lieu au Japon à Tokaï-Mura : lors d’une phase de mélange de composants, le dépassement de la masse critique d’uranium enrichi avait déclenché un « début d'explosion atomique » (9). Pour autant, les défenseurs de l’énergie nucléaire ont toujours affirmé qu’une centrale nucléaire ne pouvait pas exploser comme une bombe atomique. Il y a du vrai et du faux. Une explosion nucléaire implique un emballement de la réaction en chaîne. Or cet emballement peut être plus ou moins important. Quand il est important, c’est que le combustible est très pur et très enrichi. On ne rencontre ça que dans une bombe. Dans une centrale nucléaire en fonctionnement normal, le combustible peut être sujet à un emballement suite à une erreur de manipulation ou une panne du système de refroidissement, mais il ne donnera jamais une explosion atomique du type bombe A car l’environnement, les taux et la nature des combustibles ne le permettent pas. En revanche, cet emballement, même minime, peut conduire à une explosion nucléaire ‒ sixième danger ‒ mais à des niveaux d’énergie comparable à celle des explosions conventionnelles, c’est-à-dire des millions de fois plus petite qu’une explosion nucléaire militaire (10).
 
En outre, il reste encore une grande inconnue, c’est le comportement des différents coriums engendrés par la catastrophe du 11 mars. Ils ont chacun des masses et des compositions différentes, selon ce qu’il y avait au départ dans chaque réacteur et ce qu’ils ont « mangé » sur leur passage. La modélisation de l’activité de coriums d’une aussi grande masse n’a jamais été réalisée, et l’accident de Fukushima devient une « expérience », sauf que cette expérience se fait et se fera dans un milieu non confiné aux dépens de la population japonaise au premier chef, mais aussi de la population mondiale puisqu’elle est partie pour durer des dizaines d’années. L’idée défendue par le milieu nucléaire de se servir du retour d’expérience de Fukushima pour réaménager le parc nucléaire mondial existant est donc un leurre puisque l’on ne connaîtra réellement ce qui s’est passé que dans des décennies. D’où l’utilité de réclamer en urgence un moratoire sur l’emploi de l’énergie nucléaire, au moins pour les centrales les plus vieilles, afin de ne plus prendre le risque d’une telle catastrophe.
 
-------------------------------
 
(7) LAPP (Ralph E.), “Thoughts on nuclear plumbing”, The New York Times, 12 déc. 1971, p. E11.

(8) Source : « Fukushima : 11.500 tonnes d'eau radioactive à la mer », Le Figaro, 5 avril 2011.
 
(9) Source : « Tokaï-Mura.1999 : Un accident de criticité au Japon », site La radioactivité.com
 
 
-----------------------------------

Phebus.jpgEn France, il existe un laboratoire spécialement conçu pour étudier le corium : le Laboratoire d’études du corium et du transfert des radioéléments (LETR, anciennement LEPF). Celui-ci fait partie du Service d'études et de modélisation de l'incendie, du corium et du confinement (
Semic) de la Direction de prévention des accidents majeurs (DPAM). Situé sur le centre de recherches de Cadarache, dans sud-est de la France, il est dirigé par Didier Vola.
L’étude du corium en fusion est donc en lui-même un domaine de recherche : des programmes d’essais sont organisés : MASCA (thermochimie du corium), FOREVER, ou VULCANO (écoulement du corium), LHF (percement de la cuve), QUENCH (renoyage du corium), ainsi que tous les tests portant sur le refroidissement du corium hors cuve. Voici quelques liens pour ceux qui veulent approfondir le sujet :

 

http://www-lgit.obs.ujf-grenoble.fr/users/peyrotm/documents/rapportCEA.pdf
http://gsite.univ-provence.fr/gsite/Local/sft/dir/user-3775/documents/actes/Congres_2007/communications/134.pdf
http://ethesis.inp-toulouse.fr/archive/00001391/
http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/aktis-lettre-dossiers-thematiques/RST/RST-2005/Documents/F5RST05-3.pdf
http://www.sar-net.org/upload/s2-presentationoverviewcoriumbonnet.pdf
http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/Formation_recherche/Theses/Theses-soutenues/DPAM/Documents/2010-these-introini.pdf
http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/Publications_documentation/BDD_publi/DSR/SAGR/Documents/rapport_RetD_AG_VF.PDF

 

http://article.nuclear.or.kr/jknsfile/v41/JK0410575.pdf
http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/outils-scientifiques/Codes-de-calcul/Pages/Le-systeme-de-logiciels-ASTEC-2949.aspx

 

http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/34/36/71/PDF/These-C-Journeau.pdf

 


------------------------------------
Articles sur le corium
(et en particulier les excellents articles de Trifouillax de Gen4) :
Corium (Wikipédia)
A quoi ça ressemble le corium ? (radioprotection eklablog).
Album photo sur le corium de Tchernobyl
(Site de Philippe Hillion).
 
 
Revenir à la première partie
 
Mise à jour sur cet article :

Partager cet article

Repost0
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 00:35

corium irsn video3Corium : c’est le mot tabou de Tepco. Pourquoi l’entreprise responsable de la plus grande catastrophe nucléaire au monde n’en parle jamais ? Tout simplement parce que c’est la matière la plus dangereuse jamais créée par l’homme, une sorte de magma incontrôlable et ingérable, aux conséquences incommensurables. Étant donné que beaucoup d’informations contradictoires circulent sur cette matière rare et mal connue, cet article va essayer de faire le point des connaissances actuelles.

On ne communique pas beaucoup sur le sujet dans le milieu du nucléaire, sauf entre experts. En effet, c’est la bête noire du monde de l’atome, car cette matière n’existe qu’en cas d’accident grave. Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011 ont produit chacun leur corium. Si l’on connaît aujourd’hui les coriums des deux premiers accidents cités, on ne sait pas grand-chose de celui de Fukushima, car il faudra attendre des années avant que celui-ci ne se refroidisse et que l’on puisse l’approcher. Pour autant, on peut essayer d’évaluer sa nature, son action et ses conséquences.

Pour réaliser cet article, j’ai tiré beaucoup d’informations du forum technique de Radioprotection Cirkus. Merci donc à tous les contributeurs de ce forum, avec une mention particulière pour Jansson-Guilcher, et évidemment à Trifouillax qui a initié ce
fil d’info très instructif. Pour des raisons techniques liées au blog, cet article a été séparé en 2 parties consultables sur deux pages différentes.

 

 

 

 

 Version téléchargeable de l'article entier au format pdf (taille 400 Ko)

 

Traduction de l'article en espagnol par Edgar Ocampo, sur le site Crisisenergetica

http://www.crisisenergetica.org/article.php?story=20110912233505679.

 

 

 

MàJ : Cet article comprend des imperfections. La lecture de cette mise au point sur le corium, éditée ultérieurement, est recommandée : Corium, le point 

 

 

 

 


Sommaire

 

Le corium de Fukushima

 

partie 1 : description et données
1. Définition du corium
2. Matière de tous les extrêmes
3. Quand le corium de Fukushima s’est-il formé ?
4. Combien de tonnes de combustible ont fondu ?
5. Aspect et composition du corium
6. Progression du corium

 

partie 2 : effets et dangers
7. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du béton ?
8. Que se passe-t-il quand le corium rencontre du métal ?
9. Que se passe-t-il quand le corium rencontre de l’eau ?
10. Que veulent dire les termes « Melt-down », « Melt-through » et « Melt-out » ?
11. Possibilité de contenir le corium
12. Dangers du corium

 

 


corium irsn video21. Définition du corium
Le corium est un magma résultant de la fusion des éléments du cœur d'un réacteur nucléaire. Il est constitué du combustible nucléaire (uranium et plutonium), du gainage des éléments combustibles (alliage de zirconium) et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact (barres, tuyauteries, supports, etc.). Le terme « corium » est un néologisme formé de core (en anglais, pour le cœur d'un réacteur nucléaire), suivi du suffixe ium présent dans le nom de nombreux éléments radioactifs : uranium, plutonium, neptunium, américium, etc.

2. Matière de tous les extrêmes
Le corium est la matière des six extrêmes : il est extrêmement puissant, extrêmement toxique, extrêmement radioactif, extrêmement chaud, extrêmement dense et extrêmement corrosif.

Extrêmement puissant

Le combustible fondu est le constituant principal du corium. Or ce combustible est formé à l’origine d’assemblages de crayons contenant des pastilles. Dans le réacteur n°1 de Fukushima Daiichi, le cœur était composé de 400 assemblages constitués de 63 crayons de combustibles chacun. Les réacteurs 2 et 3 étaient quant à eux composés, chacun, de 548 assemblages, constitués eux-mêmes de 63 crayons de combustibles. Sachant qu’un crayon contient environ 360 pastilles, on peut en déduire que dans les trois réacteurs concernés, il y a plus de 33 millions de pastilles en jeu.

pellet uraniumEt comme  chaque pastille est supposée délivrer autant d’énergie qu’une tonne de charbon, on comprend pourquoi le corium développe une chaleur énorme en totale autonomie.

 

 

Extrêmement toxique
Le corium contient un nombre important d’éléments en fusion, interagissant entre eux sans cesse, et produisant des gaz et des aérosols. C’est la toxicité de ces émanations qui est problématique, car les particules émises sont extrêmement fines, invisibles à l’œil nu et, en suspension dans l’air, peuvent se déplacer avec les vents jusqu’à faire le tour de la terre. Toutefois, plus on s’éloigne de la source, plus ces particules et ces gaz sont dilués dans l’atmosphère et présentent moins de danger. C’est donc le Japon en premier lieu qui est victime des effets de toxicité des éléments diffusés. Néanmoins, si la concentration de particules diminue avec la distance, au final le bilan en maladies reste le même mais réparties différemment (1).
Exemple d’élément toxique : l’uranium. C’est un toxique chimique pour le rein, mais il peut aussi toucher les poumons, les os et le foie. Il a aussi des effets sur le système nerveux, comparables à ceux d’autres poisons métalliques comme le mercure, le cadmium ou le plomb. L’uranium peut enfin augmenter la perméabilité cutanée et avoir des effets génétiques.

Extrêmement radioactif
Le corium émet tellement de radioactivité que personne ne peut s’en approcher sans décéder dans les secondes qui suivent. Il avoisine 28 térabecquerels par kg, soit, pour un corium de 50 tonnes, plus d’un million de térabecquerels (un becquerel correspond à une désintégration par seconde, un million de TBq correspond à 10 puissance 18 désintégrations par seconde).
Comme le corium est critique, ou localement critique, c'est-à-dire qu’il présente des réactions de fission nucléaire, rien n’est modélisable et tout peut arriver. Ce que l’on sait, c’est qu’au fur et à mesure que les éléments lourds se regroupent, la masse critique augmente et donc la réaction ainsi que la température. Par effet de coefficient de température négatif, la réaction tend à diminuer et donc aussi la température. Il s'établit ainsi un cycle d’augmentation et de réduction du volume de ce noyau très actif, la période de ce cycle dépendant de la masse, de la densité, de la forme et de la composition du corium.
Cet effet de « respiration » du corium est sans doute à mettre en corrélation à Fukushima avec les mesures changeantes de pression, de température et de radioactivité données par Tepco au fil des mois suivant la catastrophe.

anim corium3Extrêmement chaud
Areva, par la voix de François Bouteille, explique que le corium a une température de
2500°C. Mais en fait, selon son environnement, il peut monter encore de 400°C car la température de fusion de l’oxyde d’uranium est de l’ordre de 2900°C. En fait, sa température varie entre 2500 et 3200 °C. Pour comparaison, la température de la lave d’un volcan se situe entre 700 et 1200°C. Cette chaleur importante, produite par la désintégration des produits de fission, peut faire fondre la plupart des matériaux qu’il rencontre, comme l’acier ou le béton. C’est pour cela qu’il est incontrôlable, car personne ne peut l’approcher et il détruit tout sur son passage.
Une autre source de chaleur est l'oxydation des métaux par réactions chimiques à chaud avec l'oxygène atmosphérique ou la vapeur d’eau.
Les chercheurs ont du mal à étudier le corium et les essais qu’ils effectuent sont loin de la réalité puisqu’ils travaillent sur des magmas n’ayant souvent pas la même composition, avec des températures plus faibles (souvent de 500 à 2000°C) et des masses 50 à 500 fois moins importantes que celles des cœurs de Fukushima. Toutefois, parmi une multitude de paramètres étudiés, ils déterminent que la cuve en acier d’un réacteur recevant un bain de corium en son fond devient fragile à partir de 1000°C.
A Tchernobyl, il a fallu 6 à 7 mois pour obtenir un “arrêt à froid” de la masse de corium. Mais 18 ans après l’accident, en 2004, on mesurait encore une température de 36°C à proximité du combustible fondu (2).
A Fukushima, la dernière feuille de route de Tepco (3) en juillet - tout comme l’
analyse de l’IRSN - annonce un “arrêt à froid” des réacteurs pour janvier 2012 : l’entreprise en effet ne communique que sur les réacteurs, pas sur le corium. Et pour cause, il faudra probablement quelques dizaines d’années avant un refroidissement de celui-ci. Il faut donc voir l’expression “arrêt à froid” comme une façade de communication minimisant la catastrophe.

Extrêmement dense

Le corium a une densité de l’ordre de 20, c'est-à-dire environ trois plus importante que l’acier. Concrètement, cela signifie qu’un mètre cube de corium pèse 20 tonnes (contre 1 tonne pour 1 m3 d’eau). Le volume des différents coriums est estimé par Jansson-Guilcher de 1 à 1,5 m3 (20/30 tonnes) pour le réacteur 1 et de 3 à 4 m3 (60/70 tonnes) pour les réacteurs 2 et 3. On peut ainsi mieux imaginer ce qu’une telle masse peut produire comme pression sur une très faible surface. Mais s’il s’avère que l’ensemble du corium puisse se conglomérer, par exemple en cas de l’effondrement d’un fond de cuve, les masses en jeu sont évidemment plus importantes et l'attaque du béton ou du sol est d’autant plus renforcée.
 

anim corium1Extrêmement corrosif
Le corium est capable de traverser la coque en acier d’une cuve et la dalle de béton qui la supporte. La cuve principale (RPV = Reactor Pressure Vessel) fait 16 à 17 centimètres d’épaisseur. La cuve secondaire dite “de confinement” (appelée aussi Drywell ou PCV = Pressure Containment Vessel) est beaucoup plus mince, de l’ordre de 2 à 6 cm, mais doublée d’un bouclier de béton. Enfin, la dalle de béton de base, appelée aussi radier, devrait avoir en théorie une épaisseur de 8 mètres. Toutes ces protections peuvent être traversées par le corium par corrosion (Se reporter aux paragraphes 7 et 8).

 

3. Quand le corium de Fukushima s’est-il formé ?
La panne du système de refroidissement de la centrale de Fukushima Daiichi a eu lieu le 11 mars 2011, mais on ne sait pas encore exactement la ou les causes (tremblement de terre, tsunami, et possible erreur humaine pour le réacteur 1). Quoiqu’il en soit, après deux mois de dissimulations, Tepco a finalement reconnu que les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 avaient fondu. Le réacteur 1 n’a plus été refroidi durant 14 heures et 9 minutes, le 2 durant 6 heures et 29 minutes et le 3 durant 6 heures et 43 minutes (lien).
 

4. Combien de tonnes de combustible ont fondu ?
D’après les
données connues des combustibles des réacteurs de Fukushima Daiichi, on connaît les masses de combustible des trois coriums :
- corium 1 : 69 tonnes
- corium 2 : 94 tonnes
- corium 3 : 94 tonnes
soit une masse totale de combustible en fusion de 257 tonnes.
Pour comparaison, le corium de Three Mile Island avait une masse d’environ 20 tonnes et celui de Tchernobyl de 50 à 80 tonnes. A Fukushima, les coriums ont donc une masse jamais égalée, ce qui explique entre autres les difficultés que rencontrent les experts pour modéliser l’accident.

 

 

29Combustiblepatte delephant tchernobyl Corium de Tchernobyl

 

Quant au corium 3, il faut préciser que celui-ci contient du plutonium issu du combustible MOX. Ce dernier étant constitué de plutonium à 6,25%, et le cœur du réacteur 3 contenant 32 assemblages sur les 548 présents, on peut évaluer à au moins 300 kg la masse de plutonium issu du MOX contenue dans le corium 3, sans compter le plutonium provenant du combustible usé contenu dans les 516 autres assemblages (4).
A ces données, il faut ajouter les tonnes de matériaux divers qui structurent les cœurs et qui peuvent avoir été emportés dans la masse en fusion, ce qui représente quelques tonnes supplémentaires.
Pour autant, l’expérience montre qu’une partie du corium reste dans les cuves percées s’il est suffisamment refroidi. Cela dépend en fait de l’état des cuves. Si le corium est passé par une ouverture minime de la cuve, une partie peut être restée attachée aux parois subsistantes. En revanche, si le cœur a fondu entièrement, le fond de cuve peut s’ouvrir complètement et dans ce cas, le corium résiduel est extrêmement faible.

    corium irsn video15. Aspect et composition du corium
Le corium ressemble à de la lave en fusion, avec une consistance pâteuse, entre liquide et solide. Quand il rencontre une masse froide, ou quand il se refroidit avec le temps, une croûte peut se former, limitant ainsi les échanges de température. La croûte peut exister en surface, refroidie par exemple par de l’eau. Elle peut aussi être verticale, contre les parois d’une cuve en béton. Mais à Fukushima, le corium est actif, ainsi aucune possibilité de refroidissement n'est envisageable ou attendue pour l’instant. Si croûte il y a, elle doit être bien mince.
Les éléments constituant le corium n’ayant pas la même masse, ils migrent selon leur densité, les plus lourds (métaux) se retrouvant au fond et les plus légers (oxydes) en surface. Mais si la chaleur est trop intense, la production de gaz est importante et tout est brassé. Dans ce cas, les éléments les plus lourds ont tendance à se rassembler au centre.
Le corium est composé d’un certain nombre de métaux en fusion provenant de la fonte des différents éléments du cœur. Le zirconium, provenant des gaines de combustible, est le plus observé car il réagit avec l'eau en produisant du dioxyde de zirconium et de l’hydrogène. D’autres métaux se retrouvent dans cette « soupe », formant une couche dense contenant des métaux de transition tels que le ruthénium, le technétium ou le palladium, de l’indium, du cadmium, du zircaloy, du fer, du chrome, du nickel, du manganèse, de l’argent, des produits de fission métalliques, et du tellurure de zirconium.
La couche superficielle se compose principalement à l’origine de dioxyde de zirconium et de dioxyde d'uranium, éventuellement avec de l'oxyde de fer et des oxydes de bore, puis elle finit par concentrer également des oxydes de strontium, de baryum, de lanthane, d’antimoine, d’étain, de niobium et de molybdène.

6. Progression du corium
Si l’on se réfère à une
étude réalisée par l’Oak Ridge National Laboratory qui évoque une simulation d’accident de ce type dans un réacteur à eau bouillante similaire à ceux de Fukushima Daiichi, on sait qu’il suffit de 5 heures pour que le cœur ne soit plus recouvert d’eau, 6 heures pour que le cœur commence à fondre, 6h30 pour que le cœur s’effondre, 7 heures pour que le fond de la cuve lâche, et 14 h pour que le corium traverse une couche de 8 m de béton avec une progression de 1,20 m/h (5). On peut donc raisonnablement supposer que la cuve du réacteur 1 de Fukushima Daiichi a été traversée par le corium dès le soir du 11 mars et que cette pâte incandescente est passée sous la dalle dès le 12 mars 2011.

 


corium ornl

 

Quant aux coriums des réacteurs 2 et 3, on sait qu’en 6 heures, ils ont eu le temps de se former et de fragiliser le fond de cuve, voire de la percer, en particulier pour le 3 (panne de 6h et 43min). Des éléments de preuves, provenant de sources internes à Tepco, mais non encore officialisées, indiquent que les coeurs des réacteurs 2 et 3 ont bel et bien fondu, le numéro 3 s'étant même effondré dans sa cuve (6).
D’après Jansson-Guilcher, intervenant qualifié dans le
forum technique de Radioprotection Cirkus, « une cavité a été ajoutée sous le réacteur. En fait, le sous-bassement n'est pas plein. Pour limiter les répercussions sismiques, les Japonais ont "allégé" la dalle pour constituer un corps creux, sensé être plus résistant aux séismes qu'une dalle pleine ». Cette cavité pourrait faire communiquer les 4 réacteurs de Fukushima Daiichi par des tunnels de dépressurisation. Si cette information est confirmée, le corium n’a pas à traverser 8 mètres de béton, mais beaucoup moins, ce qui facilite sa progression verticale vers le sol géologique, d’autant plus qu’à Fukushima, il n’a rien été prévu pour permettre son étalement.
Dans le cas d’une descente du corium dans le sol, deux scénarios sont possibles. Soit celui-ci se rassemble au même endroit, et dans ce cas, il forme un puits d’environ 0,80 m de diamètre et descend à la verticale ; sa vitesse de progression est inconnue, mais doit être assez rapide comparée à la vitesse dans du béton qui est d’environ 1 m/jour. Soit il se disperse dans diverses directions, profitant de structures de sols moins dures ou s’infiltrant dans des failles rocheuses. Dans ce deuxième cas, il perdrait de sa puissance en se divisant en de multiples tentacules.
anim corium2Avec une température de 2500 à 3000°C, il semble impossible qu’il reste coincé quelque part. Pourtant, d’après d’autres contributeurs dans d’autres forums et sites, le corium pourrait ne pas avoir traversé la dalle de béton le séparant du sol. L’explication serait que la masse de corium arrivée sur le radier serait trop faible pour engendrer une criticité. Mais là, personne n’est encore allé voir, donc tout n’est que suppositions.
Il y aurait pourtant des façons simples pour connaître à la fois l'avancée du corium et ses caractéristiques physico-chimiques, à commencer par une spectrographie et une spectroscopie aérienne ou satellitaire. On a aussi la possibilité de faire des relevés utilisant plusieurs gammes de fréquences comme l’infrarouge. Bien qu’il soit probable que les Japonais ont ces renseignements, 5 mois après la catastrophe, rien n’est communiqué à ce sujet.

 

 

 

 

 

------------------------------

 

(1) “Le sort qui est réservé habituellement aux travailleurs du nucléaire devient en définitive le sort de la population mondiale car il faut bien comprendre que la dispersion des radioéléments n'enlève rien à leur action ; leur concentration diminue mais leur rayon d'action s'étend en conséquence et, au final, le nombre de maladies engendrées par les accidents nucléaires majeurs reste le même, il est juste réparti différemment.”
source :

http://www.gen4.fr/blog/2011/07/les-infos-de-fukushima-et-dailleurs-317.html

(2) L'Express, 6/12/2004 : “Tchernobyl, la catastrophe à petit feu”
source :

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/sarcophage2.html

(3) La dernière feuille de route est décrite ici :
http://news.lucaswhitefieldhixson.com/2011/07/japan-and-tepco-revise-roadmap-to.html

(4) On peut toutefois se poser la question de la pertinence de l’information de 32 assemblages de MOX. D’après un article d’Andréa Fradin, un responsable d’Areva aurait déclaré que le cœur du réacteur 3 était chargé de 30% de MOX, ce qui change complètement la donne. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre article.

(5) Cette vitesse de 1,20 m/h est en totale discordance avec Areva qui annonce un percement du béton par le corium avec une progression de moins d’un mètre par jour (
lien). Il est vrai qu’il existe différents types de béton, présentant plus ou moins de densité et de résistance. La quantité de corium doit jouer aussi beaucoup. La différence peut s’expliquer également en fonction du moment d’attaque : la phase d'érosion rapide du radier en béton dure environ une heure et progresse sur environ un mètre de profondeur, puis ralentit à plusieurs centimètres par heure, et s'arrête complètement si le corium refroidit en dessous de la température de décomposition du béton (environ 1100 ° C).

(6) Cf. «
Révélations sur la crise de Fukushima Daiichi », Courrier international, 18 mai 2011.

 


   

(Illustrations tirées d'une animation du METI et de l'album de Philippe Hillion)

 

 

 

 

Pour lire la suite, cliquer sur ce lien :

 

http://fukushima.over-blog.fr/article-le-corium-de-fukushima-2-effets-et-dangers-81400782.html

Partager cet article

Repost0
9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 01:29

hirose-copie-1Cette page est une reprise de l’article « Les mensonges du lobby de l’atome », édité le 28 juillet 2011 sur le site Courrier International, qui est une traduction de l’article intitulé : « 原発は低コストのウソ 「原発廃絶なら値上げ」は恫喝だ! » édité sur le site japonais [DAN] le 1er juillet 2011, lui-même étant est une reprise d’un article paru dans l’hebdomadaire Shukan Asahi. Créé en 1922 par le groupe Asahi Shimbun, ce journal grand public est l'un des plus anciens magazines d’actualité de l’archipel.

 

J’ai choisi de présenter cet article en mêlant les deux sources, de manière à ce qu'à la fois Japonais et francophones puissent le lire.

sources :

http://www.wa-dan.com/article/2011/07/post-130.php

http://www.courrierinternational.com/article/2011/07/28/les-mensonges-du-lobby-de-l-atome

 

 

原発廃絶なら電気料金は上がる--電力会社のそんな言い分に、広瀬隆氏が「待った!」をかけた。「原発は低コスト」のウソを検証する。

Le militant Takashi Hirose dresse un sévère réquisitoire contre les fournisseurs d’électricité. Il leur reproche de dissimuler la vérité et de faire des bénéfices en monopolisant les réseaux de l’archipel.

 

経済産業省を中心とした時代遅れの原子力マフィアたちは、何も知らない国民を恫喝するために、「原発を廃絶すると、石炭や天然ガスの燃料コストが上昇して、一家庭当たり毎月1千円の電気料金の上昇になる」と騒ぎ始めたが、これこそ真ッカッカの大嘘である。

Pour faire peur au peuple qui n’y connaît rien, la mafia du nu­cléaire, rassemblée autour du ministère de l’Economie et de l’Industrie, a brandi la menace suivante : “Si l’on ­supprime le nucléaire, les prix du charbon et du gaz vont augmenter et la facture ­d’électricité de chaque ménage va s’alourdir de 1 000 yens [8,90 euros] par mois.” C’est un mensonge scandaleux !

電気代は、電力会社が公益事業だからという理由で、すべての必要経費を計上したあと、その4・4%相当分の報酬を加えるというように、原価コストに一定の利益を加算する「総括原価方式」によって決められる。そこで電力会社は、巨額の建設費と出費を要する原発をつくればつくるほど、高い電気代を徴収できる。一般企業がコスト削減に必死になるのに、電力業界は、むしろ無駄な出費増加で莫大な利益をあげる。これが彼らを、原発に走らせてきた諸悪の根源である。

加えて原油などの燃料費が高騰した場合、3カ月後には、それに応じて電気料金が引き上げられる。これは理屈に合っているようだが、地域を独占する電力会社に競争相手はなく、好き放題に電気料金を引き上げてきた。

Les compagnies d’électricité étant des entreprises d’intérêt public, le calcul du prix de l’électricité est fondé sur un système de coût global consistant à additionner tous les coûts et à rajouter une marge bénéficiaire équivalant à 4,4 %. De ce fait, ces compagnies peuvent aisément se permettre d’augmenter nos factures d’électricité en construisant des centrales nucléaires impliquant des coûts importants. Davantage de centrales nucléaires pour davantage de frais pour les compagnies. Contrairement aux autres entreprises, qui s’acharnent à réduire leurs coûts de production, ces sociétés tâchent d’augmenter les leurs pour accroître leurs bénéfices. Voilà la source de nos malheurs, la raison pour laquelle le Japon s’est lancé dans le nucléaire. De surcroît, chaque fois que le prix des combustibles s’envole, les compagnies peuvent, trois mois plus tard, répercuter cette hausse sur le prix de l’électricité. Même si une telle procédure peut paraître logique, elle leur permet d’augmenter le prix de l’électricité à leur guise, puisque, du fait de leur monopole régional, elles n’ont pas de concurrents.

廃棄物処理費用、74兆円の可能性

Le coût de l’élimination des déchets

 

そこで立命館大学の大島堅一教授は、これまでマスメディアが検証もせずに引用してきた政府試算値(2004年公表)の発電価格をチェックしてみた。その結果、1キロワット時の発電量当たり、液化天然ガスが6・2円、石炭火力が5・7円、石油火力が10・7円、一般水力が11・9円に対して、原発が5・3円といちばん安くなっていることが、まったくの間違いであることを明らかにした。

Kenichi Oshima, professeur à l’université Ritsumeikan, est allé récemment fouiller dans les chiffres publiés en 2004 par le gouvernement et cités jusqu’ici par les médias sans avoir été vérifiés. Il en ressort que la production de 1 kWh d’électricité coûte 6,20 yens avec le gaz naturel, 5,70 yens avec l’énergie thermique du charbon, 10,70 yens avec le pétrole, 11,90 yens avec l’énergie hydraulique et 5,30 yens avec l’énergie nucléaire, laquelle apparaît incontestablement comme la source la moins chère. Cependant, dans le cas du nucléaire, ces calculs ne prennent pas en compte les coûts de la recherche et du développement ni ceux de l’implantation, qui sont financés par le gouvernement.

それは、原発のコスト計算では、莫大な政府予算が投入されている研究開発費や立地対策のカネが入っていない。加えて、原発と火力では、設備稼働率を80%と仮定しているが、原発の稼働率はせいぜい60%にしかならない。火力も30%しか動いていない。特に、夜間の原発余剰電力を利用するために建設されてきた巨大な揚水発電ダムの莫大な費用を計算すると、原発が最も高くなる。電力への財政支出には、一般会計のエネルギー対策費と、エネルギー対策特別会計(電源開発促進対策特別会計=電源三法交付金)があり、この財政支出を加えた総合の発電コスト(1970~2007年度平均)は、実際には一般水力が3・98円、火力が9・9円、原子力が10・68円で、揚水発電を加味した「原子力+揚水」は12・23円になるのである。

Par ailleurs, pour le nucléaire comme pour le thermique, les calculs se fondent sur un taux d’exploitation des centrales de 80 % alors qu’en réalité ce taux ne dépasse pas 60 % pour l’énergie nucléaire et 30 % pour l’énergie thermique. Produire de l’énergie nucléaire revient encore plus cher quand on inclut les coûts colossaux des énormes centrales hydrauliques à réserve pompée, construites pour pouvoir redistribuer les excédents d’énergie nucléaire stockés pendant la nuit. Les dépenses budgétaires pour l’électricité comprennent les dépenses d’énergie du budget général et un budget spécial pour l’énergie. Lorsqu’on additionne ces dépenses, le coût global moyen de 1 kWh pour la période 1970-2007 est de 3,98 yens avec l’énergie hydrau­lique, 9,90 yens avec l’énergie thermique, 10,68 yens avec l’énergie nucléaire et 12,23 yens avec l’énergie nucléaire produite dans une centrale à réserve pompée.


話はこれで終わらない。さらにとてつもない量の放射性廃棄物という処分不能の危険物が発生し、それを処理することをバックエンドと呼んでいるが、ここに巨大なコストがかかる。電力会社は、プルトニウムを再利用すると銘打ったプルサーマル運転を強行してきたが、これを前提にしたバックエンド費用の試算結果は、2004年に政府の総合資源エネルギー調査会が報告した内容によると、六ケ所再処理工場を40年動かすとして、建設・操業・廃止を含めた再処理費用が11兆円、放射性廃棄物の処理・貯蔵・処分やMOX燃料(プルトニウム・ウラン混合燃料)の加工など、関連するほかの費用を合わせると18兆8800億円に達する。

Et les choses ne s’arrêtent pas là. Comme la production d’énergie nucléaire génère une énorme quantité de déchets radio­actifs non éliminables, il faut ajouter le coût colossal de leur retraitement. Pour réutiliser le plutonium [généré par la fission nucléaire], les compagnies d’électricité font appel à un procédé utilisant un mélange d’uranium et de plutonium (mox) comme combustible. Selon le rapport publié en 2004 par la Commission d’enquête gouvernementale sur les ressources énergétiques, le coût du retraitement, qui inclut les frais de construction, de fonctionnement et de démantèlement de six usines de retraitement en service pendant quarante ans, s’élève à 11 000 milliards de yens [97 milliards d’euros] et à 18 880 milliards [167 milliards d’euros] avec les frais de traitement, de stockage et d’élimination des déchets radioactifs, ceux de fabrication du mox et les frais annexes.

ところが、この大島教授に取材した経済誌の週刊東洋経済が、このコストを疑って試算したところ、実際にはその4倍の、74兆円に膨らむ可能性があることがわかった、とある。週刊東洋経済6月11日号が、「強弁と楽観で作り上げた『原発安価神話』のウソ」と題して、これだけ明確に原発のコスト計算の裏を暴いているのだから、「火力を使えば電気料金が上がる」というストーリーは大嘘である。

もともと電力会社が原発で使ってきた無駄で巨大な出費をなくせば、逆の結果になる。実際には、自家発電の特定規模電気事業者(PPS)の電気料金は、電力会社より2割前後も安いのだ。つまり現在は、原発のために、とてつもなく高い電気料金を徴収されているのである。特に無駄で、まったく将来性のない高速増殖炉もんじゅと、六ケ所再処理工場は、即刻、閉鎖しなければならない。そして原発から出る高レベル放射性廃棄物が莫大なコストを電気料金に加えているのだから、これ以上の高レベル放射性廃棄物が出ないように、一刻も早く原発すべてを廃止しなければならない。

Mais l’hebdomadaire économique Shukan Toyo Keizai, qui a interviewé le Pr Oshima, a mis ces chiffres en doute et démontré, après avoir mené sa propre enquête, que le coût pourrait atteindre 74 000 milliards de yens [656 milliards d’euros]. En dévoilant les véritables chiffres, l’article “Kyoben to rakkan de tsukuriageta ‘genpatsu anka shinwa’no uso” [Le mythe du nucléaire bon marché, un mensonge bâti sur l’obstination et l’optimisme] fait voler en éclats la thèse mensongère selon la­quelle “le prix de l’électricité augmenterait si l’on utilisait du charbon”. Si les compagnies d’électricité mettaient fin aux énormes dépenses inutiles générées par la production nucléaire, on obtiendrait le résultat inverse. Le prix de l’électricité autoproduite [par des industriels ou des particuliers] est inférieur de 20 % à celui des compagnies. Autrement dit, à cause du nucléaire, l’électricité se vend aujourd’hui à un prix exorbitant. De plus, comme la production de déchets hautement radioactifs génère des coûts importants qui se répercutent sur le prix de l’électricité, il faut abandonner l’énergie nucléaire dans les plus brefs délais.

原発廃止への推進力となる反原発運動についても、一言申し上げたい。

Abolir l’énergie nucléaire

 

電力会社の原発はほぼ5千万キロワットだが、今夏のピーク時には、福島第一の廃炉が決まり、福島第二、東通、女川、東海第二が全滅し、浜岡が停止、柏崎刈羽が3基再起不能で停止、さらに全土で定期検査中の原発が運転再開不能のため、事実上1300万キロワットしか稼働しない状況にある。

この頼りない原発より、資源エネルギー庁が公表している産業界の保有する自家発電6千万キロワット(昨年9月末現在)のほうが、はるかに大きなバックアップとしての発電能力を持っている。
「原 発の代替エネルギーとして自然エネルギーに転換せよ」という声が圧倒的に多いが、日本人が"快適な生活"をするために使っている電気の大半を生み出してい るのは、現在は火力発電である。この火力発電は、日本においてきわめてすぐれた世界最高度のクリーンな新技術を導入しているので、何ら問題を起こしていない。決して原発が、電力の大半をになっているのではない。原発は事故続きで、4分の1も発電していない。

 

A ce propos, je voudrais dire un mot aux militants antinucléaires : les compagnies d’électricité ont une capacité de production de près de 50 gigawatts, mais, cet été, durant les pics de consommation, celle-ci tombera à 13 gigawatts : non seulement la centrale de Fukushima Daiichi va être démantelée, mais celles de Fukushima Daini, de Higashidori, d’Onnagawa et de Tokai Daini sont endommagées, de même que celle de Kashiwazaki-Kariwa, dont les trois réacteurs n’ont pu être redémarrés. Celle de Hamaoka a été arrêtée et aucun des réacteurs qui ont été stoppés pour un contrôle de routine sur l’ensemble du territoire ne peut être relancé. Les entreprises industrielles qui ont recours à l’autoproduction offrent une capacité d’appoint beaucoup plus importante que les centrales nucléaires puisque, selon les chiffres du ministère de l’Energie et des Ressources naturelles, celle-ci s’élevait à 60 gigawatts à la fin de septem­bre 2010. De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour réclamer le remplacement de l’énergie nucléaire par des énergies renouvelables, mais il faut savoir que la plus grande partie de l’électricité utilisée par les Japonais pour mener une “vie confortable” est d’origine thermique et que, comme sa production repose sur des technologies nouvelles qui figurent parmi les plus propres au monde, elle ne pose aucun problème. Si nous exploitions toutes les ressources de l’autoproduction en ­complément de cette électricité d’origine thermique, nous pourrions satisfaire nos besoins “sans avoir à changer notre style de vie, à faire des économies d’énergie ni à stopper les chaînes de production”, estime l’hebdomadaire.

自家発電をフルに活用すれば、このすぐれた、クリーンな火力だけで、「まったく現在のライフスタイルを変えずに、節電もせずに、工場のラインを一瞬でも止めることなく」電気をまかなえる。これは、将来、自然エネルギーが不要だと言っているわけではない。多くの人が抱いている「自然エネルギーで代替しなければ原発を止められない」という現在の反原発運動の固定観念は、まったくの間違いである。原発廃絶は、反原発運動の自己満足のために実現されるべきものではない。産業界も含めた、すべての日本人のために進められるべきである。

Cela ne veut pas dire que le Japon n’aura pas besoin d’énergies renouvelables à l’avenir. L’idée fixe du mouvement antinucléaire selon laquelle il serait impossible d’abandonner l’énergie nucléaire sans la remplacer par des énergies nouvelles est totalement fausse. La sortie du nucléaire ne doit pas se faire dans le seul but de satisfaire ses demandes. Elle doit être accomplie dans l’intérêt de tous les Japonais, y compris le monde industriel. Je n’aborderai pas ici la question de la future composition de notre programme énergétique, mais il n’y a pas d’urgence particulière à se tourner vers des énergies nouvelles pour remplacer le nucléaire. Il est préférable de sortir du nucléaire en s’alliant au secteur industriel et en tirant pleinement parti de l’autoproduction de ses entreprises.

将来のエネルギー構成をどうするべきかについてはここで論じないが、原発を止めるのに、選択肢の一つである自然エネルギーは、今のところ特に必要ではない。つまり、産業界を味方につけて自家発電をフルに活用し、原発を止めることのほうが、もっと重要である。


ただちに必要な送電価格値下げ

Ouvrir l’accès au réseau

本誌6月10日号で特集したように、週刊朝日でこの連載を担当している堀井正明記者が各電力会社に取材した結果、興味深い電力需給についての裏の構造が明らかになった。全国で、電力会社が他社受電の発電能力を秘密にして、取材にも答えようとしなかった。特に九州電力だけは、「発電設備ごとの能力の内訳は公開していない。経営戦略情報なので教えられない」と、火力・水力・他社受電(自家発電からの買い取り)・原子力の内訳さえも答えないというトンデモナイ非常識な態度をとった。この九州電力が、原発を動かせないので夏に電力不足になる、と言い立てている。

Un reportage réalisé par le journaliste Masaaki Horii auprès des compagnies d’électricité et publié dans le numéro du 10 juin de Shukan Asahi a révélé des données très intéressantes concernant l’offre et la demande d’électricité. Dans tout le pays, les compagnies d’électricité tiennent secrète la part de production qu’elles achètent à d’autres entreprises et elles n’ont pas souhaité répondre à nos questions à ce propos. Kyushu Electric Power, en particulier, a fait savoir qu’elle ne dévoilait pas “la capacité de production de chacune de ses centrales car ce sont des données de gestion stratégiques”. Elle s’est même conduite de façon extrêmement incorrecte en refusant d’indiquer la répartition entre l’électricité d’origine thermique, hydraulique et nu­cléaire et celle qui provient de l’autoproduction des entreprises. Kyushu Electric Power a insisté sur les pénuries ­d’électricité que le pays connaîtrait cet été du fait de l’arrêt de ses centrales.

なぜ電力会社は、これら当たり前の事実を隠そうとするのか、という疑問から、ここで重大なことが明らかになった。

それは、彼らが安い電気を民間企業から買い取って、高い電気料金でわれわれに売って利益をあげている暴利の構造である。それを知られたくないばかりか、もう一つ「電力会社が自家発電をフルに利用すれば電力不足が起こらない」、この事実を国民に知られると、産業界からも、一般消費者からも、「送電線を自家発電の民間企業に開放せよ!」という世論が生まれる。そして制度が改善されて、誰もが送電線を自由に使えるようになると、地域を独占してきた電力会社の収益源の牙城が崩れる。送電線の利権だけは、何としても電気事業連合会の総力をあげて死守する必要がある、と彼らは考えている。九つの電力会社にとって、福島原発事故を起こした今となっては、原発の確保より、送電線の確保のほうが、独占企業としての存立を脅かすもっと重大な生命線である。そのため、自家発電の電気を買い取らずに、「15%の節電」を要請するという行動に出てきたのである。

En nous demandant pourquoi les compagnies d’électricité dissimulent la vérité, nous avons découvert un fait essentiel : ces sociétés réalisent des bénéfices considérables en achetant de l’électricité à bas prix à des entreprises et en nous la vendant beaucoup plus cher. Non seulement elles ne tiennent pas à ce que l’opinion publique l’apprenne, mais elles craignent peut-être aussi que le peuple ne découvre une autre vérité. Si elles exploitaient toutes les ressources de l’autoproduction, il n’y aurait pas de pénurie d’électricité. Si cela se savait, le secteur industriel et les consommateurs pourraient alors réclamer l’ouverture du réseau électrique.
Si l’on faisait en sorte que les lignes puissent être utilisées par tout le monde, la base des revenus des compagnies d’électricité qui ont un monopole régional s’écroulerait. A leurs yeux, il est donc capital de défendre à tout prix leur droit d’utiliser le réseau. Plus que le maintien du nucléaire, c’est la mainmise sur le réseau qui est le principal garant du monopole des neuf compagnies d’électricité du pays. C’est pourquoi, plutôt que d’acheter de l’électricité aux entreprises qui en autoproduisent, elles ont appelé à une diminution de 15 % de la consommation d’électricité.

したがって日本人は、「自然エネルギーを利用しろ」と主張する前に、「送電線をすべての日本人に開放せよ!」という声をあげることが、即時の原発廃絶のために、まず第一に起こすべき国民世論である。何しろ、送電線が開放されて、安価に送電できなければ、自家発電ばかりでなく、自然エネルギーの自由な活用もできないのだから。

しかし送電線事業の分離には時間がかかると予想されるので、それまで電力不足が起こらぬよう、国会は、全産業が安い送電費用で電気を供給できるよう、ただちに電力会社に送電価格値下げの命令を下し、それによって国民生活と企業活動を守ることが至上命題である。 (構成 本誌・堀井正明)

Avant de réclamer le passage à des énergies nouvelles, les Japonais doivent demander que le réseau soit ouvert à tous pour que le pays puisse sortir du nucléaire dans les plus brefs délais. Si l’on ne fait pas baisser le prix de l’électricité en instaurant le libre usage des lignes, on ne pourra pas exploiter l’électricité autoproduite ni les énergies renouvelables. Cependant, comme l’ouverture de l’accès au réseau prendra vraisemblablement du temps, il est de la plus grande urgence, pour éviter les pénuries, que la Diète ordonne aux compagnies de réduire le prix du transport de l’électricité pour que l’industrie japonaise soit en mesure de fournir une électricité moins chère. Les habitants pourront ainsi conserver leur style de vie et les entreprises poursuivre leurs activités.

 

 

    

ひろせ・たかし 1943年生まれ。作家。早大理工学部応用化学科卒。『二酸化炭素温暖化説の崩壊』(集英社新書)、『原子炉時限爆弾--大地震におびえる日本列島』(ダイヤモンド社)など著書多数。今回の連載に大幅加筆した新刊『FUKUSHIMA 福島原発メルトダウン』(朝日新書)が5月13日に緊急出版された

Hiro est né en 1943. Ecrivain. Diplômé du Département des sciences appliquées et de génie, Université de Waseda. Auteur de plusieurs livres : "L'effondrement de la théorie de dioxyde de carbone du réchauffement climatique" (Shueisha Broché), "Bombe nucléaire - un grand tremblement de terre a effrayé les îles japonaises" (Inc), etc. Cette série a été considérablement retouchée 新刊 Fukushima : effondrement de la centrale nucléaire "(Asahi Broché) publié le 13 mai.

Partager cet article

Repost0
31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 01:46
Témoignage de Norio HIRAI,
technicien chaudronnier du nucléaire,
(rédigé en 1996)
source en japonais :
source en français :
 
unité 3 moyenne face cachée 110316 1f sora 1 - CopieCe témoignage est édité en 2 parties
Cette page est la deuxième partie (paragraphes 11 à 21)
 
 
 
 
 
 
 
SOMMAIRE
 
 
1. Je ne suis pas militant contre les centrales nucléaires
2. La sécurité, une perspective chimérique
3. Les centrales nucléaires construites par des gens sans qualification 
4. Les contrôles et les inspecteurs d’apparence
5. Le plan antisismique bâclé
6. Le contrôle régulier est fait également par les gens incompétents
7. Le déversement de radioactivité dans la mer
8. Le plus horrible, c’est l’irradiation interne (la contamination)
9. Rien à voir avec le chantier normal
10. Le lavage de cerveau « absolument sûr » qui dure 5 heures
11. Qui va sauver les ouvriers du nucléaire ?
12. L’accident de la centrale Mihama a été une mauvaise surprise
13. L’accident de Monju
14. Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises ?
15. Le Japon qui n’ose pas interrompre le projet
16. On ne peut ni démonter, ni démolir
17. La surveillance et l’entretien après la fermeture
18. Les déchets nucléaires qu’on ne sait même pas traiter
19. L’irradiation et la discrimination affreuse des habitants
20. Puis-je avoir des enfants ?
21. On ne peut jamais être en sécurité si la centrale nucléaire ne disparaît pas.
 
 
11. Qui va sauver les ouvriers du nucléaire ?
 
Une fois, dans la centrale de Fukushima de TEPCO, un ouvrier s’est blessé gravement le front avec un polissoir automatique. Comme il saignait beaucoup, on a appelé l’ambulance pour l’emporter à l’hôpital de toute urgence. Pourtant, ce blessé était plein de radioactivité. TEPCO s’est tellement précipité qu’ils n’ont pas ôté ses combinaisons de protection ni l’ont lavé à l’eau. Les secouristes connaissant peu de la contamination radioactive, alors ils l’ont fait entrer dans l’hôpital sans enlever la radioactivité. Les secouristes ont été contaminés, l’ambulance a été contaminée, le docteur et les infirmières ont été contaminés, et les clients de l’hôpital ont été contaminés, et ils sont sortis de l’hôpital avec de la radioactivité... Cet événement a pris une telle ampleur qu’il a mis une ville entière dans la panique. Ils voulaient tout simplement sauver aussi vite que possible un homme qui portait une grande blessure. Mais comme la radioactivité ne se voit pas, personne n’a eu le temps de penser à la contamination radioactive.
 
Avec une seule personne, c’était déjà une grande panique. Si un grand nombre d’habitants devenait contaminé par la radioactivité à cause d’un grave accident, qu’est ce que ça pourrait donner? Pouvez-vous l’imaginer? Vous devez vous sentir concerné. Il s’agit de tout le monde au Japon.
 
 
 
12. L’accident de la centrale Mihama a été une mauvaise surprise
 
J’ignore si vous ne le savez pas ou si vous n’êtes pas simplement intéressés, mais les centrales nucléaires japonaises ont déjà connu plusieurs accidents qui doivent faire peur à tout le monde. Ils pourraient être équivalents à ceux de Three Mile Island et de Tchernobyl. Par exemple, en 1989 dans la centrale de Fukushima Daïni, la pompe de recyclage a volé en éclats. C’était un accident qui n’était jamais été arrivé dans le monde jusqu’à alors.
 
Ainsi, l’accident de la centrale de Mihama de la compagnie de l’électricité du Kansai en 1991, avec l’éclatement d’une canalisation, a été un accident très grave. Il a rejeté une énorme quantité de radioactivité directement dans l’air et dans la mer.
 
L’accident de Tchernobyl ne m’a pas beaucoup surpris. En construisant des centrales nucléaires, je savais qu’on ne peut pas éviter une telle catastrophe. « Par hasard, c’est arrivé à Tchernobyl. Par hasard, ce n’est pas arrivé au Japon ». C’est ce que j’ai pensé. Mais au moment de l’accident de Mihama, la peur a fait flageoler mes jambes et je ne pouvais pas me lever de ma chaise.
 
On peut dire que cet accident a été très grave car on a dû démarrer le système de refroidissement de secours à la main. Ce système de refroidissement est le dernier rempart pour protéger la sécurité de la centrale nucléaire. Si ce système ne marche pas, il ne reste plus rien à faire. Cet accident où il a fallu utiliser le système de refroidissement de secours est pour moi comme un autocar qui roule à 100km par heure sur l’autoroute avec 120 millions personnes à bord, dont le frein de service ne fonctionne pas, ni le frein à main, et enfin on réussit à l’arrêter en le précipitant contre le rocher.
 
Au moment de l’accident, l’eau radioactive qui se trouvait dans le réacteur s’est échappée dans la mer et on était sur le point que le cœur se retrouve à sec. Toutes les soupapes de sécurité, autrement dit les innombrables mesures de précautions dont le Japon était fier, n’ont pas donné suffisamment d’effet et un autre Tchernobyl aurait pu se produire à 0,7 seconde près. Heureusement, un ouvrier expérimenté était là, bien que ce fut le samedi. Le système d’arrêt automatique n’ayant pas fonctionné, c’est lui qui a jugé la gravité de la situation et arrêté manuellement le réacteur. Ainsi, on a échappé de justesse à un grave accident qui aurait pu concerner le monde entier. On peut dire que tous les japonais, ou même, tous les humains ont eu vraiment de la chance ce jour-là.
 
Cet accident a été causé par une mauvaise installation d’une des entretoises qui sert à tenir les milliers de tuyaux d’un diamètre de 2 mm pour qu’ils ne se touchent pas à cause de la vibration. C’était un défaut de construction. Cet accident a en même temps dévoilé l’incertitude des contrôles systématiques, car personne n’a remarqué cette mauvaise installation pendant plus de 20 ans. On s’est également aperçu que les ouvriers du chantier pratiquaient des choses que le concepteur n’a jamais pu imaginer comme: si c’est trop long on le coupe, si c’est trop court on l’allonge.
 
 
 
13. L’accident de Monju
 
Le 8 décembre 1995 à Kouga du département de Fukui, il y a eu un accident grave, une fuite de sodium dans le surgénérateur de Monju, du Centre de recherche des réacteurs et des combustibles nucléaires. Ca faisait déjà plusieurs fois qu’on avait des accidents à Monju. D’ailleurs, on m’a appelé au chantier de Monju, 6 fois, car mes anciens subordonnés y sont devenus directeurs ou superviseurs ou ouvriers de la construction de Monju et ils m’appelaient chaque fois qu’ils avaient des problèmes. A l’époque, j’avais déjà pris ma retraite, mais je ne pouvais pas laisser tomber car je savais que même un seul accident est inacceptable dans les centrales nucléaires.
 
Un jour, on m’a donc demandé de venir au chantier de Monju, car ils n’arrivaient pas à emboîter les tuyaux. En arrivant, j’ai bien constaté que tous les tuyaux qui sont préfabriqués comme ceux qui sont faits sur commande étaient de la bonne taille et installés en respectant le plan. Mais ils ne pouvaient tout de même pas les emboîter. J’ai beaucoup réfléchi mais je n’arrivais pas à trouver la cause. En cherchant toute la nuit, j’ai enfin compris. Monju était construit par plusieurs fabricants comme Hitachi, Toshiba, Mitsubishi et Fuji. Et chaque fabricant employait des normes de plan différentes.
 
Pour dessiner les plans, chez Hitachi où j’ai travaillé, on négligeait moins que 0,5mm. Mais chez Toshiba et Mitsubishi, on l’arrondissait à la valeur supérieure. Et chez Nihongenken on arrondissait à la valeur inférieure. Ce n’est que 0,5mm, mais quand il y a 100 fois, ça fait une grande différence. C’est pour cela qu’on ne pouvait pas emboîter les tuyaux bien que tous respectaient le plan.
 
Comme ça n’allait pas, on leur a fait refaire des pièces. C’était le prestige du pays qui était en jeu. Pour ça, on ne dépensait jamais trop d’argent.
 
Pourquoi une telle chose est arrivée? Parce que chaque entreprise gardait ses savoir-faire et ses propres informations. Ils n’ont pas discuté pour se mettre d’accord sur la façon de traiter ces 0,5mm, pour garder leurs secrets. Je suppose aussi qu’ils n’ont rien non plus discuté sur le thermomètre qui a été la cause directe de l’accident de 1995.
 
Dans n’importe quel ensemble industriel, on installe le même type de thermomètre dans les tuyauteries. Mais je n’ai jamais vu de thermomètre qui était aussi long que celui de Monju. Je suis sûr qu’il y avait quelqu’un qui avait remarqué que c’était dangereux au moment de la construction. Mais il n’a rien dit car ce n’était pas son entreprise qui s’en occupait et il n’en était pas responsable.
 
Le fabricant du surrégénérateur était formé d’une équipe composite comme le Centre de recherche, lui même était une équipe composite des compagnies d’électricité. Dans une condition pareille, l’accident est inéluctable. Je ne vois pas comment ça ne pouvait pas arriver.
 
Ce qui est encore incroyable, c’est que le gouvernement ne le reconnaît toujours pas comme un accident bien que ça a été un accident très grave. Il a expliqué qu’ « il y a eu un phénomène » comme pour l’accident de la centrale de Mihama. Peu après l’accident de Monju, j’ai été appelé par le Conseil Général de Fukui. Dans le département, on compte 15 réacteurs nucléaires. Ce sont les députés du parti Libéral-Démocrate qui les ont acceptés et je leur disais toujours « S’il y a un accident, ce sera de votre faute. Ceux qui étaient contre le nucléaire ne sont pas responsables ». Et bien cette fois-ci, ils m’ont demandé conseil en disant « Cette fois, on a décidé de se battre contre le Centre de recherche. On ne peut plus fermer les yeux ».
 
Je leur ai dit d’abord « C’est un accident. Il ne faut pas se laisser duper par le mot phénomène ». A la télévision, au moment du compte rendu fait par le Centre de recherche au Conseil Général, le porte-parole du Centre a employé le mot « le phénomène de cette fois-ci », et aussitôt un député a crié « Non, c’est un accident ! ». Mais, si on n’avait rien dit, le Centre et le gouvernement l’auraient passé comme un simple phénomène. Non seulement les riverains, mais aussi tout le monde doit faire attention à ce mot qui présente les choses à la légère.
 
Les peuples comprennent les choses d’une façon complètement différente selon qu’on dit un accident ou un phénomène. C’est parce que le gouvernement joue avec les mots que le peuple japonais n’est pas sensible au risque d’accident nucléaire, c’est une tromperie.
 
 
 
14. Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises ?
 
Le plutonium qu’on utilise dans le surgénérateur de Monju est extrait, sur commande du Japon, à partir du recyclage effectué en France. Le recyclage du combustible nucléaire consiste à extraire du plutonium des déchets d’uranium, déjà brûlés dans les centrales. Le plutonium est une matière que l’on peut produire uniquement de manière artificielle.
 
A Monju, on utilise environ 1,4 tonnes de plutonium (à la fois dans le réacteur). La bombe de Nagasaki contenait environ 8 kg de plutonium. Alors, combien de bombes nucléaires peut-on produire à partir du plutonium de Monju ? Le plutonium est une matière très dangereuse qui est capable de provoquer le cancer des poumons à partir de quantités très faibles. Sa demi-vie radioactive est de 24 000 ans, presque l’éternité (pour nous). C’est ainsi que l’on a choisi le mot Pluton : le nom du roi des Enfers, pour sa racine. On a bien raison de le considérer comme la matière la plus dangereuse du monde.
 
Mais combien de gens savent qu’il y a une grande probabilité pour que le plutonium japonais ait été utilisé dans les essais nucléaires français effectués dans le Pacifique Sud jusqu’en 1995 ? Dans le centre de recyclage français, ils ne distinguent pas le plutonium destiné aux armes nucléaires du plutonium à utiliser dans les centrales. C’est donc quasiment sûr que du plutonium japonais a été utilisé dans les essais nucléaires. 
 
C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais ne pouvait pas déclarer ouvertement son opposition contre les essais nucléaires français. Si le Japon voulait arrêter la France, c’était très facile. Il lui suffisait de renoncer au contrat de recyclage. Mais il n’en a rien fait.
 
Le marché du recyclage nucléaire prend la deuxième place dans l’ensemble des transactions commerciales entre ces deux pays. A quoi cela sert de crier « non aux essais nucléaires » sans savoir cette réalité ? Le Japon avance son statut de seul pays irradié. Mais nous avons certainement contribué indirectement à irradier les habitants de Tahiti et à contaminer l’Océan Pacifique.
 
La communauté internationale a déjà abandonné le plutonium. Il n’y a que le Japon qui persiste à essayer de produire de l’électricité avec une matière si dangereuse. Ils essaient maintenant d’utiliser le combustible MOX, mélange d’uranium et de plutonium, dans les réacteurs ordinaires. Mais c’est excessivement dangereux, c’est un peu comme brûler de l’essence dans un chauffage à fioul. Les centrales n’ont pas été conçues pour brûler du plutonium. La fission nucléaire du plutonium dégage beaucoup plus d’énergie que celle de l’uranium. C’est pour cette raison qu’on l’utilise pour fabriquer la bombe atomique.
 
Le Japon est un pays qui ne possède pas beaucoup de ressources énergétiques naturelles. Mais cela ne justifie pas une telle erreur. Si l’on n’arrête pas les centrales nucléaires, si l’on n’abandonne pas le plutonium, le nombre des gens irradiés va augmenter partout dans le monde.
 
 
 
15. Le Japon qui n’ose pas interrompre le projet
 
Dans le monde, le temps de l’énergie nucléaire est bientôt terminé. En février 1996, les Etats-Unis ont déclaré leur projet de diminuer le nombre de centrales nucléaires américaines de moitié d’ici 2015. Le président a également ordonné d’arrêter l’extraction du plutonium. Il est si redoutable qu’ils ont arrêté même les recherches scientifiques.
 
Les Etats-Unis, comme l’Angleterre et l’Allemagne, ont déjà arrêté les centrales surgénératrices où l’on brûle du plutonium comme celle de Monju. L’Allemagne a stoppé celle qu’elle avait achevée (Kalkar) et a construit un parc de loisir (Wunderland) à la place. La plupart des pays ont renoncé car ils ont compris que c’est impossible de produire de l’électricité à partir du plutonium. Le gouvernement japonais doit savoir qu’il a commis une erreur. Mais il n’a pas encore abandonné le plutonium. Il a même annoncé la reprise du projet.
 
Pourquoi le Japon n’abandonne pas ? Parce que c’est un pays qui n’a pas assez de courage pour interrompre les projets déjà votés. C’est vraiment dangereux, mais je peux vous donner beaucoup d’exemples montrant ce caractère du gouvernement.
 
La politique nucléaire du Japon est vraiment mal organisée. Le gouvernement n’a pas réfléchi aux conséquences. Il espérait toujours que la situation s’arrangerait avec le temps. Il était toujours irresponsable dans ses décisions. Des décennies sont déjà passées, et il n’a même pas trouvé de solution pour traiter ses déchets nucléaires.
 
Un autre problème : auparavant, il y avait toujours beaucoup d’étudiants dans le domaine de l’énergie nucléaire. Désormais, les jeunes ne choisissent plus cette spécialité, qui a disparu de presque toutes les universités, comme de l’Université de Tokyo. Les étudiants ne veulent même plus faire de recherche fondamentale dans ce domaine.
 
Ainsi les laboratoires de recherche d’Hitachi et Toshiba ont été réduits par trois. Ils se consacrent plus pour la recherche sur les turbines à gaz de la cogénération, des réacteurs plus efficaces pour produire de l’électricité et de l’eau chaude en même temps. Même les fabricants commencent à abandonner le nucléaire.
 
Takehisa Shimamura, ancien chef du Centre du nucléaire, a publié un livre intitulé « Le sermon du nucléaire ». Il y écrit: « Le gouvernement japonais s’amuse à justifier ses actes du passé sans réfléchir. Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez d’électricité. C’est qu’il possède trop d’uranium et de plutonium inutiles, l’uranium et le plutonium qu’il n’a pas osé refuser. Et maintenant, pour prouver qu’il ne produit pas des armes nucléaires, il construit de plus en plus de centrales, la démonstration de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire ». Je pense qu’il décrit très bien la nature de ce pays.
 
 
 
16. On ne peut ni démonter, ni démolir
 
La première centrale nucléaire commerciale au Japon a démarré en 1966 dans la commune de Tokaido, dans le département d’Ibaraki. C’était un réacteur anglais d’une puissance de 160 mégawatts. Depuis, des centrales américaines ont été installées, et le Japon s’est même mis à construire ses propres centrales. Actuellement, 51 centrales nucléaires fonctionnent dans ce petit pays, la plus grande étant de 1.350 mégawatts.
 
On les a mises en route sans savoir concrètement comment les démonter ni les démolir, ni comment traiter leurs déchets. Le réacteur en acier, bien que d’une grande épaisseur, se fragilise à cause des quantités colossales de radioactivité, on les avait donc construites pour une exploitation de 10 ans, après quoi le démantèlement et la démolition étaient prévus. Mais en 1981, on s’est aperçu que les plans de démantèlement et de démolition de la centrale nucléaire de Fukushima, qui avait alors fonctionné 10 ans, n’étaient pas du tout réalisables. Le Parlement a même discuté sur le fait que ce réacteur ne pouvait plus résister aux rayonnements ionisants.
 
A l’époque, j’ai participé aussi à la recherche de solutions. Nous avons tous les jours étudié différents modes de démolition. Mais nous avons seulement compris que, pour démonter et démolir cette centrale nucléaire pleine de radioactivité, des dépenses représentant plusieurs fois le budget de sa construction seraient nécessaires, et qu’une irradiation trop importante des ouvriers serait inévitable. Car on ne peut travailler que quelques dizaines de secondes près du réacteur si l’on veut respecter la norme.
 
Tout est réalisable sur le papier, mais concrètement, les ouvriers doivent tout faire à la main, avec l’irradiation que cela implique. On ne peut donc rien faire avec cette radioactivité, ni démonter, ni démolir la centrale. Certaines personnes parlent d’envoyer des robots, mais les nombreuses recherches n’ont pas encore réussi à produire des robots qui ne se dérèglent pas à cause de la radioactivité.
 
Finalement, concernant la centrale de Fukushima, on a conclu que la démolition était irréalisable. Le fabricant américain qui a vendu cette centrale a envoyé des ouvriers au Japon, et il les a fait réparer le réacteur en les exposant à des quantités de radioactivité inimaginables par rapport à la norme japonaise. Aujourd’hui, cette centrale fonctionne toujours.
 
Alors qu’on avait prévu de l’utiliser 10 ans, elle a déjà fonctionné plus de 30 ans. Au Japon, il y a 11 centrales que l’on exploite toujours malgré leur vieillissement, cela m’inquiète beaucoup.
 
Le réacteur nucléaire de 100 kilowatts destiné à la recherche s’est arrêté suite à une fuite de radioactivité dans l’Université Industrielle Musashi à Kawasaki, dans le département de Kanagawa. On estime qu’il aurait fallu 2 milliards de yens pour la réparation et 6 milliards de plus pour le démantèlement. Le budget annuel de l’Université ne suffit même pas pour la démonter. Ils sont donc obligés de l’arrêter et l’entretenir jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de radioactivité.
 
Si cela avait été un grand réacteur de 1.000 mégawatts, on n’aurait vraiment rien pu faire.
 
 
 
17. La surveillance et l’entretien après la fermeture
 
Pourquoi on ne peut pas démonter une centrale nucléaire ? Comme elle fonctionne avec de l’eau et de la vapeur, on ne peut pas la laisser sans entretien après l’arrêt. Elle se rouillerait très vite et il y aurait des fuites de radioactivité par des trous. Un seul démarrage avec du combustible nucléaire suffit pour polluer la centrale. Et une fois polluée, on ne peut plus la laisser se reposer, ni la démonter, ni la démolir.
 
Il y a beaucoup de centrales nucléaires qui ont été fermées dans des pays développés. Elles sont fermées car ils ne peuvent pas les démonter ni les démolir. Fermer une centrale nucléaire, ça veut dire qu’on arrête de produire de l’électricité et qu’on retire le combustible. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire.
 
Actuellement, le Japon compte 54 réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité, 51 en fonctionnement et 3 en construction. Il y en a plusieurs qui sont trop dangereux pour continuer à les exploiter. Il ne faut pas oublier les réacteurs pour la recherche possédés par des universités et des entreprises. Donc dans tout le Japon, il y a 76 réacteurs, de 100 kilowatts à 1.350 mégawatts.
 
Mais je me demande si les compagnies d’électricité vont continuer à surveiller sérieusement les centrales fermées qui ne produisent plus d’électricité ni d’argent. D’un autre côté, elles cherchent à construire de nouvelles centrales et à agrandir celles qui sont déjà construites. Par exemple, elles veulent ajouter un 5ème réacteur sur le site de Hamaoka qui se trouve sur un endroit très dangereux par rapport à la faille qui provoque souvent des tremblements de terre dans la région de Tokai. A Fukushima, elles ont ajouté un nouveau réacteur sur le terrain de football. Pour des nouvelles installations, elles veulent construire des centrales à Makimachi dans le département de Nigata, Ashihama du Mie, Kaminoseki du Yamaguchi, Suzu du Ishikawa, et Ooma et Toudu d’Aomori. Elles envisagent d’avoir de 70 à 80 réacteurs d’ici 2010. J’ai peur que mes mots soient brutaux mais je n’arrive pas à m’empêcher de penser que ce pays est devenu fou.
 
Bientôt, la fermeture des vieilles centrales nucléaires va sûrement venir. C’est un grand problème. Imaginez des centrales nucléaires fermées qui apparaissent partout dans le Japon dans l’avenir assez proche. Vous ne pensez pas que c’est non seulement inquiétant mais macabre?
 
 
 
18. Les déchets nucléaires qu’on ne sait même pas traiter
 
Il faut aussi parler des déchets nucléaires qu’on produit chaque fois qu’on fait tourner les réacteurs, ça veut dire tous les jours. En parlant déjà des déchets nucléaires de faible activité, il y en a 800.000 fûts dans le Japon. On utilise le mot faible mais il y en a qui sont tellement forts en radioactivité qu’on peut recevoir la dose létale en restant uniquement 5 heures à côté.
 
Depuis le démarrage de la première centrale nucléaire au Japon jusqu’en 1969, dans toutes les centrales, on mettait tous les déchets nucléaires dans des fûts et les jetait dans les mers à proximité. A l’époque, c’était normal. Quand je travaillais dans la centrale de Tokai du département d’Ibaraki, les sous-traitants emportaient les fûts en camion et ils les jetaient au large de Chiba en bateau.
 
Mais justement c’est avec cette histoire que j’ai commencé à douter qu’il y a quelque chose qui n’est pas clair dans les centrales nucléaires. Les fûts métalliques se rouillent au bout de 1 an dans la mer. Je me suis demandé ce qui se passerait avec les déchets nucléaires qui étaient dans les fûts et les poissons qui habitent dans la mer.
 
Maintenant, on rassemble les déchets nucléaires à Rokkasyo dans le département d’Aomori. Ils prétendent surveiller 3 millions de fûts de déchets nucléaires pendant 300 ans. Mais je me demande déjà s’il existe le fût qui fait de l’usage pendant 300 ans. Et durera-t-elle aussi cette entreprise sous-traitante pendant si longtemps ? Qui peut assurer tous ces problèmes ?
 
Et puis, parlons des déchets nucléaires de haute activité. C’est le déchet qui reste après l’extraction du plutonium du combustible usé. Le Japon commande cette extraction à l’Angleterre et à La France. En 1995, la France a retourné 28 barres de déchets de haute radioactivité. Ce sont des mélanges de déchets de haute radioactivité et de verre enfermés dans un container métallique. J’ai entendu que le fait de rester 2 minutes à côté de ce container suffit pour tuer quelqu’un. Le gouvernement dit qu’il va garder ces barres fortement radioactives pendant 30 ou 50 ans tout en les refroidissant à Rokkasyo du département d’Aomori et les transporter quelque part ailleurs pour les enfouir en profondeur. Quelque part qu’il ne sait pas encore où ça pourrait être. Dans tous les autres pays, ils planifient l’enfouissement des déchets nucléaires de haute radioactivité, mais il y en a aucun qui l’a déjà accompli. Personne ne connaît la solution.
 
Pour le bâtiment de la centrale nucléaire elle même, le gouvernement japonais envisage de la fermer hermétiquement pendant 5 ou 10 ans et l’enterrer en dessous du terrain où la centrale a été, après l’avoir démolie en petits morceaux et mis en fûts métalliques. C’est un projet très optimiste mais la démolition d’un seul réacteur donnera des dizaines de milliers de tonnes de déchets plein de radioactivité. Comment peut-on trouver la place pour tous ces déchets dans un pays où on manque même de place pour jeter les ordures ménagères ? En tout cas, c’est bien clair que le Japon sera encombré de déchets nucléaires un jour. Il faut faire quelque chose. Il faut qu’on arrête les centrales nucléaires aussi vite que possible.
 
Il y a environ 5 ans, j’ai été faire une conférence sur mon travail à Hokkaido. Quand j’ai dit « on va continuer à surveiller les déchets nucléaires pendant 50 ans ou 300 ans », une collégienne a levé sa main. Elle a crié « J’ai une question. En parlant de la surveillance des déchets qui dure 50 ou 300 ans, est ce que c’est vous qui allez le faire ? Non, ce n’est pas vous, les adultes d’aujourd’hui, c’est nous, la prochaine génération, et les générations qui suivent. Mais nous, nous n’avons pas envie de le faire ! » Est-ce que quelqu’un peut donner une réponse à cette fille ?
 
Quand on dit «surveiller 50 ans ou 300 ans», peut-être ça vous donne l’impression que tout sera fini au bout de ces durées. Mais s’il y a toujours des centrales nucléaires qui fonctionnent, ce sont des 50 ans et 300 ans qui se renouvellent pour toujours.
 
 
 
19. L’irradiation et la discrimination affreuse des habitants
 
Le gouvernement et les compagnies d’électricité ont menti pendant des dizaines d’années en disant que les centrales nucléaires japonaises n’avaient jamais émis de radioactivité à l’extérieur. Mais depuis quelque temps, ils ne peuvent plus continuer leurs mensonges.
 
Il y a de la radioactivité qui sort des cheminées très hautes des centrales nucléaires. Très précisément, c’est la compagnie qui la rejette volontairement. Comme elle la rejette 24 heures sur 24, les habitants à côté prennent de la radioactivité tout au long de l’année
 
J’ai reçu une lettre d’une jeune femme de 23 ans. J’ai vu des traces de larmes sur l’enveloppe. Elle m’a écrit « J’ai trouvé un travail à Tokyo et rencontré un homme. Nous nous sommes fiancés et nous avons déjà fini la pré-cérémonie du mariage avec la famille. Mais il a subitement rompu nos fiançailles. Il m’a expliqué que ce n’est pas du tout de ma faute et il aimerait bien aussi se marier avec moi. Mais ses parents se sont aperçus que j’ai grandi à Atsuga dans le département de Fukui et qu’il y a plus d’enfants leucémiques à côté des centrales nucléaires. Comme ils n’ont pas envie d’avoir leur petit enfant leucémique, ils ne sont plus d’accord avec notre mariage. Dites-moi, pourquoi je dois subir une telle chose ? ». Qui a droit de faire vivre un tel drame à cette jeune femme ? En plus, je connais plein d’autres histoires pareilles.
 
Cette histoire n’est pas arrivée à côté d’une centrale nucléaire. Elle est arrivée à Tokyo. Est-ce que vous pouvez approuver sans aucun souci le mariage entre un homme qui a déjà travaillé dans les centrales nucléaires avec votre fille ou la femme qui a vécu à côté d’une centrale nucléaire comme elle avec votre fils ? Les jeunes doivent également se sentir concernés car vous pouvez très bien tomber amoureux de quelqu’un d’irradié. Je sais qu’en parlant de cette discrimination, je pourrais provoquer encore plus de discrimination. Mais il faut que je vous informe. Pour les gens qui sont déjà opposés aux centrales nucléaires, j’aimerais bien que ce problème soit un de leurs arguments et pas seulement parce qu’ils ont peur des accidents. Ce n’est pas seulement la Nature et la santé humaine que les centrales nucléaires détruisent, elles détruisent aussi le cœur des hommes.
 
 
 
20. Puis-je avoir des enfants ?
 
Pour finir, je vous raconte une histoire qui m’a beaucoup choqué. Une histoire qui m’est arrivée au cours d’une conférence organisée par le syndicat des instituteurs à Kyowa de Hokkaido qui se situe à côté de la centrale Tomari. Je ne manque pas d’en parler chaque fois. J’aimerais bien que vous vous rappeliez de cette histoire même si vous oubliez les autres.
 
La conférence a eu lieu le soir. Il y avait environ 300 personnes, à peu près moitié de parents et moitié d’instituteurs et professeurs. Mais il y avait aussi quelques collégiens et lycéens car ils pensaient que les centrales nucléaires sont des problèmes de leur génération et pas seulement ceux des adultes.
 
Une fois que j’ai eu fini mon discours, j’ai demandé s’il y avait des questions. Une fille de deuxième année de collège a levé sa main en pleurant et elle s’est exprimée :
 
« Vous, les adultes qui se sont réunis ce soir, vous êtes tous des menteurs et des hypocrites. Je suis venue ici aujourd’hui pour voir quelle tête vous faites. Les adultes d’aujourd’hui, notamment ceux qui sont là, vous êtes toujours en train de faire semblant d’agir pour les enfants pour tous les choses. Le problème des pesticides, les terrains de golf, les centrales nucléaires. Moi, je vis à Kyowa juste à côté de la centrale de Tomari. Je reçois de la radioactivité sans cesse. J’ai lu qu’à Sellafield en Angleterre, à côté de l’usine nucléaire, il y a plus d’enfants leucémiques qu’ailleurs. Moi, en tant que fille, je rêve de me marier un jour. Est ce que je peux avoir des enfants ? »
 
Cette fille a demandé en pleurant aux 300 adultes qui se trouvaient devant elle. Mais personne ne pouvait lui répondre.
 
Elle a continué: « Si vous savez que les centrales nucléaires sont dangereuses, pourquoi vous n’avez pas manifesté au moment de la première construction ? Pourquoi vous ne manifestez que maintenant ? En plus, vous avez même laissé construire le deuxième réacteur. Je préfère ne pas avoir d’électricité qu’avoir la centrale nucléaire ». Justement, le deuxième réacteur de la centrale Tomari venait d’entamer sa mise en route.
 
« Je ne comprends pas pourquoi vous faites cette conférence si tard. Si j’étais un adulte qui avait des enfants, j’arrêterais la centrale même au risque de ma vie ». Elle a ajouté en pleurant « Maintenant avec le deuxième réacteur, je reçois 2 fois plus de radioactivité. Mais je n’abandonnerai pas Hokkaido ».
 
Je lui ai demandé si elle avait déjà confié son inquiétude à sa mère ou à son professeur. Elle m’a répondu « Je sais que ma mère et mon professeur sont ici aujourd’hui. Je ne leur ai jamais posé des questions. Mais entre les filles de la ville on en parle tout le temps qu’on ne peut pas se marier ni avoir des enfants ».
 
Les professeurs n’étaient pas au courant que leurs élèves ressentaient une telle inquiétude.
 
Ce ne sont pas uniquement les 8 ou 10 km de rayon autour de la centrale qui sont concernés. Beaucoup de collégiens et lycéens ressentent la même chose dans la zone des 50 ou 100 km autour de la centrale. J’aimerais bien que vous pensiez toujours à ces jeunes.
 
 
 
21. On ne peut jamais être en sécurité si la centrale nucléaire ne disparaît pas.
 
Certainement, l’accident grave de Tchernobyl a aussi effrayé beaucoup de Japonais. Mais j’imagine que beaucoup de gens, surtout ceux qui habitent au loin, dans les grandes villes, ont peur de manquer d’électricité si on ferme les centrales nucléaires.
 
Mais c’est le résultat des propagandes qu’ils font en dépensant beaucoup d’argent. « Les centrales nucléaires, c’est une utilisation pacifique de l’énergie atomique », « Vous n’avez pas besoin d’avoir peur. Les accidents n’arriveront jamais dans les centrales nucléaires japonaises », « Le Japon manque de sources d’énergie. Les centrales nucléaires nous sont indispensables ». Ce sont des propagandes du gouvernement et des compagnies d’électricité. Et la réalité, comme l’accident de Monju, ils essayeront toujours de la cacher.
 
C’est bien vrai que les centrales nucléaires produisent de l’électricité. Mais j’ai constaté en travaillant 20 ans, avec mes yeux et même avec mon corps qu’elles fonctionnent toujours en irradiant les ouvriers. Et puis les gens qui habitent à côté souffrent, en se débattant entre ceux qui sont pour et contre avant l’installation, et en étant irradiés et discriminés après la construction.
 
Vous ne devez pas croire qu’un accident dans une centrale nucléaire ne provoque pas des terribles conséquences, ni qu’il n’y a pas de problème si jamais l’accident arrive, ni que c’est une utilisation pacifique !
 
Non, tout cela n’est pas vrai. Ce n’est pas pacifique s’il y a des ouvriers qui meurent à cause de l’irradiation, comme moi, et des gens qui souffrent à côté des centrales. En plus, il ne faut pas confondre la sûreté et la sécurité. S’il y a des centrales nucléaires, il n’y a plus rien de sûr.
 
En plus, même si le nucléaire produit de l’électricité en ce moment, l’entretien des déchets nucléaires pour des dizaines de milliers d’années demandera une énorme quantité d’électricité et de pétrole. C’est sûr que ça demandera plus d’énergie qu’on en a produit jusqu’à maintenant grâce au nucléaire. D’ailleurs, ce sont nos descendants qui seront obligés d’entretenir toutes les centrales fermées et leurs déchets.
 
Pour toutes ces raisons, je vous demande de regarder le visage de vos enfants et vos petits-enfants tous les matins, et réfléchir si le Japon peut continuer à construire des centrales nucléaires. Ce n’est pas uniquement le risque de l’accident, mais il y a aussi le risque du tremblement de terre. Le désastre irrémédiable va arriver si on continue ainsi. Je veux que vous sachiez cette réalité.
 
Je manifeste pour ne plus construire de centrales nucléaires. Je suis contre les nouvelles installations de centrales nucléaires avec conviction. Et je pense qu’il faut arrêter celles qui sont en fonctionnement.
 
Tant que les centrales nucléaires existeront, la tranquillité n’existera pas sur la Terre.
 
Laissons la Terre jolie pour nos enfants.
 
Norio HIRAI  
 
                                                                        
 
       
 
A propos de l’auteur, Norio HIRAI :
 
Décédé en 1997.
Spécialiste expert en pose de tuyauteries dans  les centrales nucléaires, consultant auprès du Conseil national de recherches sur les accidents nucléaires, représentant du Centre d’aide aux travailleurs nucléaires exposés aux radiations,  assistant spécial du juge dans le procès pour l’arrêt de la centrale de la Compagnie d’électricité Hotoriku Noto (actuellement centrale de Shika),
assistant spécial du juge dans le procès pour l’arrêt de la centrale de la Compagnie d’électricité  Tôhoku à Onagawa,
témoin à charge dans les poursuites pour l’arrêt du réacteur  n° 3 de la centrale de Fukushima 2.
Après sa disparition, il n’a pas eu de successeur au Centre d’aide aux travailleurs nucléaires exposés aux radiations, qui a dû fermer.
 
 
Lien concernant ce témoignage :
Cartus Béton livre une analyse très intéressante avec cet article
« Japon et nucléaire : l'accablant rapport Hirai sur la table »
 
 
Autres liens (pour les anglophones):
Témoignage de Norio HIRAI traduit en anglais
Commentaires sur le témoignage de Norio HIRAI
 
 
 
 
Témoignage d'un travailleur canadien du nucléaire : Marcel Jetté.
.
 

Interview de Norio Hirai en 1994

Partager cet article

Repost0
31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 01:35

hirado-norio.jpgLe témoignage que j’ai choisi de diffuser aujourd’hui ne traite pas de l’accident de Fukushima, mais il doit être lu pour comprendre comment la catastrophe a pu arriver. Rédigé il y a 15 ans au Japon par Norio HIRAI, technicien chaudronnier travaillant pour la construction et l'entretien des centrales nucléaires, il ajoute un éclairage saisissant sur le fonctionnement du nucléaire au Japon. Homme de terrain, Norio HIRAI apporte son expertise, et ses craintes sont malheureusement devenues réalité. Puisse son témoignage posthume ‒ l'auteur est mort d’un cancer en 1997 ‒ arriver aux portes du pouvoir, afin que son manifeste atteigne un tant soit peu la conscience de ceux qui nous gouvernent.

 

Je suis conscient de la longueur de ce texte et du temps qu’il faut consacrer pour le lire complètement. C’est pourquoi, bien que je vous encourage à le lire entièrement, j’ai relevé quelques passages qui donnent le ton du témoignage de Norio et j’ai ajouté un sommaire numéroté pour accéder avec plus de facilité à tel ou tel paragraphe.

 

J’aimerais également exprimer ma reconnaissance à Tomomi DUFILS qui a réalisé la traduction du texte japonais en français en avril 2011, et à son mari Gabriel, ancien membre de la Gazette nucléaire, qui a permis sa diffusion sur internet (Ce témoignage a déjà été diffusé plusieurs fois sur le web et il faut encore encourager sa diffusion). Merci aussi à Janick qui a effectué la traduction du texte de présentation de l'auteur, placée à la suite du témoignage. Merci enfin à Florent, lecteur de ce blog, et Pascal, veilleur de Fukushima, de m'avoir transmis cette info.

 

 

Quelques passages et commentaires pour une lecture rapide :

 

« A la centrale de Fukushima de TEPCO, nous avons démarré la centrale en laissant un bout de fil de fer et on a échappé de peu à un grave accident qui aurait pu avoir une répercussion sur le monde entier. L’ouvrier savait qu’il avait fait tomber ce fil de fer mais il ne savait pas à quel point la conséquence de son acte était dangereuse. »

 

« Il n’y a pas beaucoup de poissons pêchés en bordure des îles nipponnes que l’on peut manger sans craindre le risque de la contamination radioactive. »

 

« Finalement, concernant la centrale de Fukushima, on a conclu que la démolition était irréalisable. Le fabricant américain qui a vendu cette centrale a envoyé des ouvriers au Japon, et il les a fait réparer le réacteur en les exposant à des quantités de radioactivité inimaginables par rapport à la norme japonaise. Aujourd’hui, cette centrale fonctionne toujours. Alors qu’on avait prévu de l’utiliser 10 ans, elle a déjà fonctionné plus de 30 ans. Au Japon, il y a 11 centrales que l’on exploite toujours malgré leur vieillissement, cela m’inquiète beaucoup. »

 

« J’ai peur que mes mots soient brutaux mais je n’arrive pas à m’empêcher de penser que ce pays est devenu fou. » [en 1996]

 

« Il y a environ 5 ans, j’ai été faire une conférence sur mon travail à Hokkaido. Quand j’ai dit « on va continuer à surveiller les déchets nucléaires pendant 50 ans ou 300 ans », une collégienne a levé sa main. Elle a crié « J’ai une question. En parlant de la surveillance des déchets qui dure 50 ou 300 ans, est ce que c’est vous qui allez le faire ? Non, ce n’est pas vous, les adultes d’aujourd’hui, c’est nous, la prochaine génération, et les générations qui suivent. Mais nous, nous n’avons pas envie de le faire ! » Est-ce que quelqu’un peut donner une réponse à cette fille ? »

 

« En plus, il ne faut pas confondre la sûreté et la sécurité. S’il y a des centrales nucléaires, il n’y a plus rien de sûr. »

 

Quand Norio a appris qu’il avait un cancer, il a décidé de mettre à jour tout ce qu’il connaissait des centrales nucléaires. Il nous explique entre autres que :

- On n’explique pas les dangers dus à la radioactivité aux ouvriers.

- Quand il y a un accident nucléaire, peu de personnes sont compétentes pour comprendre ce qu’il se passe.

- La surveillance des travaux n’est pas faite par des gens qualifiés.

- Les contrôleurs sont souvent des personnes qui ne connaissent rien à l’énergie nucléaire.

- Le service de l’inspection nucléaire est assuré par des retraités du ministère du commerce et de l’industrie.

 

 

 

Témoignage de Norio HIRAI,

technicien chaudronnier du nucléaire,

(rédigé en 1996)

source en japonais :

http://www.iam-t.jp/HIRAI/pageall.html#page2

source en français :

http://resosol.org/Gazette/important/Japon%202011/témoignage.rtf

 

SOMMAIRE

 

1. Je ne suis pas militant contre les centrales nucléaires

2. La sécurité, une perspective chimérique

3. Les centrales nucléaires construites par des gens sans qualification 

4. Les contrôles et les inspecteurs d’apparence

5. Le plan antisismique bâclé

6. Le contrôle régulier est fait également par les gens incompétents

7. Le déversement de radioactivité dans la mer

8. Le plus horrible, c’est l’irradiation interne (la contamination)

9. Rien à voir avec le chantier normal

10. Le lavage de cerveau « absolument sûr » qui dure 5 heures

 

11. Qui va sauver les ouvriers du nucléaire ?

12. L’accident de la centrale Mihama a été une mauvaise surprise

13. L’accident de Monju

14. Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises ?

15. Le Japon qui n’ose pas interrompre le projet

16. On ne peut ni démonter, ni démolir

17. La surveillance et l’entretien après la fermeture

18. Les déchets nucléaires qu’on ne sait même pas traiter

19. L’irradiation et la discrimination affreuse des habitants

20. Puis-je avoir des enfants ?

21. On ne peut jamais être en sécurité si la centrale nucléaire ne disparaît pas.

 

 

1. Je ne suis pas militant contre les centrales nucléaires

J’ai travaillé pendant 20 ans dans des centrales nucléaires. Il y a toujours des polémiques sur les centrales nucléaires où les personnes disent qu’ils sont pour ou contre, ou alors que c’est dangereux ou pas.

Mais aujourd’hui, je veux simplement vous raconter ce qui se passe dans les centrales. Vous allez comprendre qu’il y a une grande différence entre la réalité et l’idée que vous en avez. Vous allez en même temps découvrir que les centrales nucléaires irradient (contaminent) tous les jours de plus en plus de personnes et sont à l’origine de discriminations.

Vous allez certainement découvrir des choses que vous n’avez jamais entendues. S’il vous plaît, lisez mes textes jusqu’à la fin et réfléchissez par vous-même. Quand on parle des centrales nucléaires, beaucoup de gens parlent du plan de construction. Mais personne ne parle des travaux effectués. Sans connaître le chantier, on ne peut pas savoir la réalité des centrales.

J’ai fait ma formation de tuyauteur dans les ensembles industriels et les grandes usines chimiques. J’ai été embauché pour construire (participer à la construction des) les centrales nucléaires à la fin de mes vingtièmes années, puis j’ai longtemps travaillé comme chef de chantier. Je connais presque tout sur les centrales nucléaires, plus qu’un simple employé ne pourrait jamais savoir.  

 

2. La sécurité, une perspective chimérique

L’année dernière, le 17 Janvier 1995, il y eut un grand tremblement de terre à Kobé. Et le peuple japonais a commencé à s’inquiéter si les tremblements de terre ne présentaient pas de danger pour les centrales nucléaires japonaises. Résisteront-elles vraiment contre tous les tremblements de terre ? Ce n’est pas du tout sûr. Le gouvernement et les compagnies d’électricité soulignent que les centrales sont bien conçues et construites sur des sols bien stables. Mais c’est une perspective chimérique. 

Le lendemain du séisme, je me suis rendu à Kobé. Les nombreuses relations entre les dégâts à Kobé et la problématique des centrales nucléaires m’ont dérouté. Jusqu’à ce jour, qui avait imaginé que les rails du Shinkansen et les poteaux de l’autoroute pourraient tomber?

En général, nous imaginons que les constructions des centrales nucléaires, du Shinkansen ou des autoroutes sont soumises à des contrôles rigoureux de l’administration. Mais à Kobé, nous avons découvert des coffrages laissés dans les poteaux en béton du Shinkansen. Les armatures de l’autoroute avaient été mal soudées: (elles avaient été collées par le métal de la soudure mais les bords de l’armature eux-mêmes n’avaient pas été fusionnés). Elles ont toutes été disloquées avec le séisme.

Pourquoi une telle chose s’est-elle produite ? Parce qu’on a accordé trop d’importance au plan, au bureau, mais on a négligé la surveillance sur le chantier. Si ce ne fut pas la cause directe, on peut dire que cette négligence a provoqué l’ampleur de la catastrophe.

 

3. Les centrales nucléaires construites par des gens sans qualification 

Comme pour les constructions de Kobé, il y a aussi trop d’erreurs humaines dans les centrales nucléaires. Par exemple, connecter des tuyaux en laissant des outils à l’intérieur. Il n’y a pas beaucoup d’ouvriers très compétents. Ils n’arrivent pas à suivre parfaitement un plan de construction bien conçu. Ce plan chimérique part de l’idée que ce sont des ouvriers experts qui le réalisent, mais nous ne nous sommes jamais posé des questions sur la qualité des ouvriers et leurs conditions de travail.

Pour les centrales nucléaires comme pour les autres chantiers, la main d’œuvre et même les inspecteurs sont constitués par des gens sans qualification suffisante. C’est compréhensible qu’un grave accident se produise dans les centrales nucléaires, les Shinkansen ou sur les autoroutes.

La conception du plan des centrales nucléaires est bien faite. Il y a de nombreuses mesures de protection et de secours de prises. S’il y a quelque chose qui fonctionne mal, ça s’arrête comme il faut. Mais ce n’est qu’au niveau du plan. Les travaux de construction mal faits fragilisent ce plan.

Par exemple, pour construire une maison, même si le plan est dessiné par un dessinateur de première qualité, si elle est construite par des charpentiers et des plâtriers qui ne sont pas compétents, on aura des fuites d’eau et des cloisons mal installées. Malheureusement cette maison ce sont les centrales nucléaires japonaises.

Avant, il y avait toujours un contremaître qu’on appelle « Boushin » pour superviser les travaux. Il avait encore plus d’expérience que le chef de chantier qui était moins âgé que lui. Le Boushin était fier de son travail et il considérait l’accident et la négligence comme une honte. Il savait bien sûr la dangerosité de l’accident.

Depuis environ 10 ans, il n’y a plus de manœuvres compétents. On ne demande aucune expérience au moment du recrutement. Les ouvriers sans compétence ne savent pas le danger de l’accident. Ils ne savent même pas quels sont les travaux non réglementaires et mal faits. C’est la réalité des centrales nucléaires japonaises.

Par exemple à la centrale de Fukushima de TEPCO, nous avons démarré la centrale en laissant un bout de fil de fer et on a échappé de peu à un grave accident qui aurait pu avoir une répercussion sur le monde entier. L’ouvrier savait qu’il avait fait tomber ce fil de fer mais il ne savait pas à quel point la conséquence de son acte était dangereuse. Dans ce sens, une centrale nucléaire toute neuve construite par ces gens incompétents est aussi bien dangereuse qu’une vieille centrale.    

Depuis qu’il n’y a plus beaucoup d’ouvriers compétents, on a standardisé la construction des centrales. Ça veut dire qu’ils ne regardent plus le plan mais ils montent simplement des pièces préfabriquées en usine, en assemblant la pièce numéro 1 avec la pièce numéro 2 comme dans jeu de dominos. Alors ils ne savent plus ce qu’ils sont en train de construire et à quel point ces travaux doivent être précis. C’est une des raisons pour lesquelles le nombre d’accidents et de pannes augmente dans les centrales nucléaires.

Dans la centrale nucléaire, il y a aussi le problème de l’irradiation qui empêche de former les successeurs. Quand on travaille dans la centrale nucléaire, il fait très sombre et chaud et avec la protection c’est impossible de parler. Alors les ouvriers se communiquent par gestes. Comment peuvent ils dans ces conditions transmettre leurs savoir faire? En plus, on envoie d’abord les gens compétents travailler et ils s’exposent très vite à la quantité de radioactivité annuelle autorisée et ne peuvent plus travailler, ça accentue encore l’incompétence des ouvriers.

Par exemple pour les soudeurs, ils fatiguent leurs yeux en travaillant. Après 30 ans, ils ne peuvent plus faire de travaux précis et ils ne trouvent plus d’embauche dans la pétrochimie. Et c’est comme ça qu’ils arrivent aux centrales nucléaires.

Vous avez peut-être une fausse image comme quoi les centrales nucléaires sont quelque chose de très sophistiqué. Mais ce n’est pas une construction aussi sûre qu’on l’imagine.

Je pense que vous avez bien compris pourquoi les centrales nucléaires sont construites par des gens incompétents et que ça ira de pire en pire.

 

4. Les contrôles et les inspecteurs d’apparence

Vous pensez peut-être que les contrôles rigoureux évitent des problèmes même si les ouvriers des chantiers ne sont pas assez compétents. Mais ces systèmes de contrôle sont encore problématiques. Pour les contrôles japonais, les inspecteurs viennent vérifier la construction déjà achevée. C’est la raison pour laquelle ça ne marche pas. Il faut venir regarder les travaux en cours, sur place.

Les inspecteurs doivent être spécialistes de la soudure s’ils sont les inspecteurs pour la soudure. Et ils doivent être capables de montrer le travail correct aux manœuvres, en disant: Non, il ne faut pas faire comme ça. Regardez comment je fais. S’ils ne savent pas comment faire les travaux, comment ils peuvent faire des contrôles corrects ? En l’état actuel, ils auditionnent l’entreprise qui a commandé la construction et celle qui l’effectue, et ils leur demandent de fournir les papiers nécessaires. Voilà le système de l’inspection aujourd’hui.

Il y a quelques années, on a eu des accidents dans les centrales nucléaires très souvent. Alors le gouvernement a décidé d’envoyer des conseillers de sécurité spécialisés dans chaque centrale nucléaire pour donner l’autorisation du démarrage après la construction ou du redémarrage après les contrôles réguliers. Je savais que ces conseillers ne connaissaient pas grande chose du nucléaire mais je n’imaginais pas à quel point.

Quand j’ai fait une conférence à Mito, il y a un homme du Ministère de la science et la technologie qui s’est présenté en public en disant: « Je me sens tellement mal à l’aise d’avouer ce fait, mais je ne connais rien du nucléaire », et il a continué: « De la peur d’être irradiés, les inspecteurs n’ont pas voulu travailler dans les centrales en marche. Comme on vient de supprimer des places dans le ministère de l’agriculture avec le remaniement gouvernemental, ils ont envoyé des fonctionnaires qui donnaient des conseils aux éleveurs du ver à soie ou de la sériole (poisson), sans aucune formation. Voilà pourquoi les conseillers qui n’y connaissent rien du tout, donnent l’autorisation du démarrage dans toutes les centrales. Le conseiller de la centrale de Mihama, contrôlait la qualité du riz jusqu’à il y a 3 mois».

Cet homme a raconté une telle histoire en donnant les noms de ces conseillers. Est-ce que vous pouvez avoir confiance en l’autorisation de démarrage accordée par tous ces gens qui n’y connaissent rien?

Quand il y a eu un grave accident dans la centrale de Fukushima de TEPCO qui a entraîné le démarrage du système de refroidissement de secours, le quotidien Yomiuri a publié un article « Le conseiller spécialisé n’a pas pu participer à l’équipe de la centrale ». Effectivement c’était le journal qui lui a appris la nouvelle de ce grave accident le lendemain matin. Pourquoi le conseiller n’était au courant de rien ? Parce que tous les gens de TEPCO savaient qu’il n’y connaissait rien du tout. Dans la pagaille totale, ils n’avaient pas le temps de lui expliquer de A jusqu’à Z. Donc l’équipe ne lui a même pas demandé de venir sur place.

Au-dessous de ces fonctionnaires irresponsables du ministère, dans la hiérarchie nucléaire, il y a le service de l’inspection nucléaire. Ce sont des gens du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui ont pris leur retraite et sont embauchés dans ce service. Ils occupent des postes importants et enrichissent le service en demandant des contrats à des anciens subordonnés. Ils n’ont jamais travaillé dans ce domaine. Ils possèdent tous les pouvoirs sur l’inspection de la centrale nucléaire et on ne peut rien faire sans leur autorisation bien qu’ils n’y connaissent rien. Ils viennent au contrôle mais, bien sûr, ils ne font que regarder. Malheureusement, ils ont quand même un pouvoir colossal. Encore au-dessous de la hiérarchie, il y a les compagnies d’électricité et les trois fabricants de réacteurs nucléaires qui suivent: Hitachi, Toshiba et Mitsubishi. Moi, j’ai travaillé chez Hitachi. Après les fabricants, il y a encore des sous-traitants de la construction dont j’ai parlé tout à l’heure. Ca veut dire qu’au dessus des fabricants, ils ne sont pas compétents et au dessous des fabricants non plus, il n’y a pas beaucoup de gens compétents. C’est aussi pour cela que les compagnies d’électricité ne peuvent pas expliquer les détails au moment des accidents.  

Je disais toujours, avant et après ma retraite, qu’il faut que ce soient des organismes compétents et indépendants qui s’occupent de l’inspection mais non pas des entreprises nationalisées ou des services où les anciens fonctionnaires du ministère travaillent. Et indépendants de l’influence du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui préconise l’installation des centrales nucléaires. Je disais qu’il fallait réclamer toujours des conseillers qui ont de l’expérience et des inspecteurs qui contrôlent et expliquent sur le chantier pour trouver des mauvaises soudures ou des travaux mal faits. Mais jusqu’à aujourd’hui, rien n’a changé. Vous voyez à quel point les centrales nucléaires japonaises sont administrées avec irresponsabilité et approximation!

 

5. Le plan antisismique bâclé

Après le grand séisme de Kobé, on a très vite vérifié le plan antisismique de toutes les centrales nucléaires du Japon. Le résultat absurde publié en septembre 1995 disait que toutes les centrales résisteront aux tremblements de terre de n’importe quel niveau. Au moins pour celles dont je me suis occupé pour mon travail, les premières centrales nucléaires, on n’avait pas prévu le grand tremblement de terre. C’est aberrant de confondre les nouvelles et les vieilles centrales pour leur résistance contre les tremblements de terre, en disant de n’importe quel niveau. En 1993 quand il y a eu le séisme de degré 4, la centrale numéro 1 d’Onagawa s’est arrêtée automatiquement suite à l’augmentation subite de la puissance. C’était un accident très grave. Très grave parce que la centrale qui a été construite en 1984 pour que ça s’arrête à un degré de sismicité 5 s’est arrêtée avant d’atteindre le niveau. C’est comme si le blocage du frein a arrêté la voiture subitement sur l’autoroute sans appuyer sur le frein. Tohoku EPC ne reconnaît pas la gravité de la chose en disant «tant mieux si ça s’est arrêté». Mais l’affaire n’est pas si simple. Si l’arrêt s’est effectué au degré 4 bien qu’il avait été conçu pour que ça s’arrête au degré 5, on ne peut pas nier la possibilité que ça ne s’arrête pas au degré 5. C’est un signe qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme prévu.    

La centrale de Fukushima s’est arrêtée également d’une façon imprévisible au moment du séisme en 1987. Au Japon, il y a 10 centrales qui sont du même modèle. C’est vraiment terrifiant quand on pense au danger que les tremblements de terre présentent vis-à-vis des centrales nucléaires.

 

6. Le contrôle régulier est fait également par les gens incompétents

On arrête à peu près tous les ans les réacteurs pour procéder au contrôle régulier. Dans le réacteur nucléaire, la pression de l’eau chaude et de la vapeur monte de 70 à 150 atmosphères, mais ce n’est pas une simple eau chaude car la température monte jusqu’à 300°C, elle circule très vite et use les tuyauteries. Au moment du contrôle régulier, on ne peut pas éviter la nécessité de changer des tuyaux et des soupapes qui sont des fois usés jusqu’à la moitié de leur épaisseur. Mais l’irradiation accompagne inéluctablement cette procédure.

Le démarrage du réacteur émet plein de radioactivité et de radiations. Les gens qui y travaillent subissent des radiations. Avant de se rendre auprès du réacteur, ils se déshabillent et se mettent en combinaison de protection. Peut-être vous imaginez que cette combinaison protège le corps de la radioactivité mais en réalité, ce n’est pas le cas. La preuve, on place le radiamètre, sous la combinaison, sur le gilet. La combinaison de protection est un simple vêtement de travail qui sert à ne pas emporter la radioactivité à l’extérieur mais il ne protège pas les manœuvres de l’irradiation. Donc après le travail, ils doivent se mettre en slip pour vérifier s’ils ne sont pas contaminés. Si la radioactivité reste uniquement sur la peau, c’est ce qu’on appelle la contamination externe, on peut l’enlever presque entièrement avec la douche. Ils se lavent minutieusement jusqu’à ce qu’ils ne soient plus radioactifs avant de sortir dehors.     

Les manœuvres mettent aussi des chaussures qui ont été préparées par l’entreprise mais on n’est pas sûr de trouver la bonne taille. Alors, leurs pas sont mal assurés. En plus ils doivent mettre un masque qui couvre la tête. Ils travaillent avec ces combinaisons et l’angoisse de la radioactivité. Pratiquement, personne ne peut faire de bon travail avec cet équipement. C’est complètement différent d’un chantier normal.

En plus, plus que 95% des personnes qui s’occupent de ce travail n’ont aucune expérience. Ce sont des agriculteurs et des pêcheurs désœuvrés en dehors de la saison. Ces gens qui n’ont pas d’expérience, travaillent sans savoir le danger que ça représente.

Par exemple, pour serrer une cheville avec un écrou, on dit au manœuvre «serrez la en diagonale, sinon ça fuit». L’opération se déroule dans une zone de radiations contrôlée, un endroit très dangereux plein de rayonnements. Les manœuvres amènent le radiamètre. Mais comme la quantité de radiations varie d’une pièce à l’autre, la durée du temps acceptable en minutes change chaque fois.

Avant de rentrer au chantier, on explique aux ouvriers le travail d’aujourd’hui et la durée de ce travail décidée en fonction de la quantité autorisée journalière d’irradiation. S’ils vont travailler au chantier où on peut rester 20 minutes, on leur donne une minuterie qui sonne au bout de 20 minutes en disant «Vous devez sortir quand ça sonne». Mais ils ne sont pas munis d’une montre car elle serait polluée par la radioactivité. Ils doivent donc deviner le temps restant. C’est comme ça qu’on les envoie au travail.   

Là-bas, ils n’arrivent pas à se concentrer pour serrer la cheville car ils se demandent toujours combien de temps est déjà passé. Est ce que c’est 10 minutes? Ou peut-être déjà 15 minutes? Ils ont très peur de l’alarme de la minuterie, cela les fait plus que sursauter. Le bruit de l’alarme est assez fort pour rendre tout pâle quelqu’un qui ne l’a pas jamais entendue. Quand ça sonne, ils ont déjà reçu une irradiation équivalente à des dizaines de radiographies. C’est bien normal qu’ils ne puissent pas fournir des prestations assez correctes comme tout simplement serrer des chevilles en diagonale. Pouvez-vous imaginer les conséquences?

 

7. Le déversement de radioactivité dans la mer

Le contrôle régulier se fait souvent en hiver. Mais à la fin du contrôle, on verse dans la mer des tonnes d’eau contaminée par la radioactivité. Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de poissons pêchés en bordure des îles nipponnes que l’on peut manger sans craindre le risque de la contamination radioactive. La mer du Japon est déjà contaminée par la radioactivité.

Ce n’est pas uniquement au moment du contrôle régulier que l’on effectue le rejet d’eau irradiée dans la mer. Pour baisser la température que la centrale dégage, au Japon, on utilise l’eau de la mer. Elle devient de l’eau chaude qui contient de la radioactivité. Ainsi on rejette des tonnes d’eau par minute à la mer. 

Même s’il y a des accidents dans les centrales nucléaires, les états déclarent immédiatement qu’il y n’a aucun problème. D’ailleurs, les compagnies d’électricité essayent de les cacher. Avec la population japonaise très peu sensible à ce sujet, la mer du Japon se pollue sans cesse. On lave d’abord les vêtements de protection couverts de radioactivité à l’eau. On la déverse également dans la mer. La quantité de la radiation mesurée à l’orifice d’évacuation est très élevée. Savez-vous que des sites d’élevage de poisson se trouvent à proximité? Ainsi, les gens qui cherchent la nourriture de bonne qualité doivent être intéressés par la sûreté des centrales nucléaires. Si on n’agit pas tout de suite, on ne pourra plus trouver de poissons qui ne sont pas contaminés. 

Il y a quelques années, à l’exposé du procès qui demandait l’arrêt de la centrale de Shiga dans la préfecture d’Ishikawa, une vieille colporteuse de 80 années toute déconcertée, a raconté cette histoire. « Je ne connaissais rien de la centrale nucléaire jusqu’à maintenant. Mais aujourd’hui, une jeune dame qui était toujours fidèle a refusé mes algues. Elle m’a dit « Je suis désolée mais je ne peux plus acheter vos algues ». La centrale de Shiga a démarré aujourd’hui. Je ne connaissais rien au nucléaire, mais maintenant je sais ce que c’est. Qu’est ce que je vais devenir alors? » Même aujourd’hui, on continue de polluer la mer du Japon sans que vous le sachiez.

 

8. Le plus horrible, c’est l’irradiation interne (la contamination)

Dans le bâtiment de la centrale, tout devient radioactif et émet des radiations. Parce que les radiations peuvent traverser même une paroi de fer d’une grande épaisseur. Les radioéléments qu’on reçoit sur la peau, la contamination externe c’est horrible, mais le pire c’est la contamination interne.

Par exemple, la poussière. Une simple poussière qui se trouve n’importe où devient radioactive dans une centrale nucléaire à cause de la radioactivité qu’elle reçoit. Le fait d’inspirer cette poussière radioactive par le nez ou la bouche, c’est de la contamination interne. En faisant le nettoyage dans la centrale, on est exposé le plus, au danger de la contamination interne. Avec cette contamination interne on reçoit les radiations de l’intérieur du corps c’est beaucoup plus dangereux que l’irradiation externe, car le corps est en contact direct avec la source des radiations.

Les radioéléments sont évacués du corps au bout de environ 3 jours par la voie transpiratoire et urinaire. Mais pendant ces 3 jours, ils restent dans le corps. En plus, quand on parle d’élimination, c’est un langage humain, il en reste toujours un peu, et ça c’est très dangereux. Même si ce sont des petites quantités à la fois, elles s’accumulent dans le corps.

Vous devez le savoir, si vous avez déjà visité une centrale nucléaire, c’est très bien nettoyé où il y a des accès au public. Peut-être le guide vous a même vanté « regardez, comme c’est propre ». Mais c’est bien normal. Ça serait dangereux s’il y avait de la poussière radioactive dans l’air.

Moi, j’ai développé un cancer à cause de la contamination interne que j’ai reçu plus que cent fois. Quand le docteur m’a diagnostiqué un cancer, j’avais très peur. Mais je me suis rappelé ce que ma mère disait toujours « rien est plus grand que la mort ». Ca m’a donné envie de faire quelque chose. Alors, j’ai décidé de mettre au jour tout ce que je connais des centrales nucléaires.

 

9. Rien à voir avec le chantier normal

La radioactivité s’accumule. Même si ce sont des petites quantités, si vous travaillez 10 ans dans une centrale, vous accumulez la radioactivité de 10 ans et c’est très dangereux. Le règlement pris par le gouvernement exige de ne pas dépasser la limite de 50 millisiverts (mSv) par an. Cela veut dire que l’on peut tout faire si on respecte cette limitation.

Par exemple, les travaux au moment du contrôle régulier demandent environ 3 mois. Donc on divise la limite de 50 mSv par cette durée des travaux pour avoir la limite autorisée journalière. Mais, dans un endroit où il y a beaucoup de radiations, on ne peut travailler que 5 à 7 minutes par jour. On ne peut pas faire grand chose avec si peu de temps. Alors on rassemble les temps de travail sur 3 jours ou une semaine afin de travailler 10 ou 20 minutes de suite, bien que ce soit une méthode inadmissible. Au moins, si les ouvriers savaient qu’il y a un grand risque de leucémie ou du cancer… Mais les compagnies d’électricité n’avertissent d’aucun de ces risques.

Une fois, une grande vis qui se trouvait sur le réacteur s’est desserrée quand la centrale nucléaire était en plein fonctionnement. Comme la centrale émet une colossale quantité de radioactivité en état de marche, on a préparé 30 personnes pour serrer une seule vis. Ils ont fait la queue devant la porte. Ils devaient courir jusqu’à la vis qui se situait à environ 7 mètres de là. Après 3 secondes, l’alarme sonnait. Il y eu même des ouvriers qui ont passé tout leur temps ouvrable en cherchant la clé. Finalement, ça a coûté 4 millions de yens, l’équivalent de salaire de 160 personnes, pour faire uniquement quelques tours de vis. 

Vous vous demandez peut-être pourquoi on n’a pas arrêté la centrale pour serrer la vis. Mais la compagnie d’électricité veut l’éviter autant que possible car l’arrêt d’une journée de la centrale lui cause des milliards de perte. La radioactivité est quelque chose de très dangereux, mais pour l’entreprise, l’intérêt financier passe avant la sécurité humaine.

 

10. Le lavage de cerveau « absolument sûr » qui dure 5 heures

Les gens qui travaillent où il y a de la radioactivité s’appellent les ouvriers nucléaires. Au Japon, 270 000 personnes ont déjà travaillé comme ouvriers nucléaires, dont la plupart dans les centrales nucléaires. Ainsi, 90 000 personnes y travaillent aujourd’hui. Tous ces gens assurent le fonctionnement des centrales nucléaires, comme le contrôle régulier qui a le lieu une fois par an, en subissant de la radioactivité.

Avant de commencer à travailler dans les centrales nucléaires, on donne aux ouvriers 5 heures de cours de formation sur la sécurité face aux radiations. Le but de ces cours est tout d’abord d’atténuer leur angoisse. On ne leur dit jamais qu’il y a des dangers. L’Etat surveille la quantité de la radioactivité et donc il n’y a pas de danger, « les anti-nucléaires parlent du risque de cancer et de la leucémie à cause de la radioactivité mais ce sont que des gros mensonges, si on respecte bien les normes imposées par le gouvernement il n’y a aucun problème ». Un tel lavage de cerveau dure 5 heures.

Les compagnies d’électricité procèdent à ce lavage de cerveau également avec les gens qui habitent à côté des centrales. Elles font venir les personnes connues pour faire des conférences, elles donnent des cours de cuisine, ou insèrent des encarts publicitaires imprimés en couleur dans les journaux. Peut-être les accidents dans les centrales angoissent les habitants, mais grâce à toutes ces propagandes de l’Agence de sécurité nucléaire, ils ne peuvent pas penser autrement que «nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire pour avoir suffisamment d’électricité».

Moi-même, pendant presque 20 ans en tant que responsable de terrain, j’ai procédé au lavage des cerveaux, une plus grande manipulation mentale que celles d’Asahara et d’Oume, vis à vis des ouvriers. Je ne sais pas combien de personnes j’ai tué. Il y a des gens qui me demandent si les ouvriers ne sont pas inquiets. Mais comme ils ne sont pas avertis des dangers de la radioactivité ou de la contamination, la plupart ne sont pas inquiets. Ils ne pensent même pas que c’est à cause de leur travail dans les centrales, quand ils tombent malades. Tous les ouvriers sont irradiés quotidiennement. Le travail des responsables consiste de cacher cette réalité à ceux-ci et à l’extérieur de la centrale. Si les ouvriers ou même n’importe qui s’inquiète du problème de l’irradiation, vous n’êtes pas digne d’être responsable sur place. Ainsi, sont les conditions de travail dans les centrales nucléaires.

J’ai exercé un tel travail longtemps. Il m’arrivait souvent que je ne pouvais plus le supporter sans aide de l’alcool et j’en buvais de plus en plus. Ainsi, je me posais souvent des questions. Pourquoi, et pour qui, il faut vivre des jours plein de mensonges? Au bout de 20 ans, je me suis aperçu que mon corps lui même était déjà gravement détruit par les radiations.

 

 

Suite du témoignage

(paragraphes 11 à 21)

 

Conférence de Norio Hirai en 1996

Partager cet article

Repost0
27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 01:18

 
 
La  population de Fukushima, abandonnée par les autorités politiques, vit des heures terribles. Il n’est pas besoin de commenter cette vidéo, les images et les paroles en disent assez pour savoir ce que ces Japonais endurent aujourd’hui, en 2011, suite à un accident nucléaire. Il faudrait être un doux rêveur pour imaginer que cela puisse se passer autrement en France dans la même situation de contamination radioactive généralisée d’un territoire. Comme cet homme que l’on voit à la fin du reportage, je me demande si les pronucléaires ont des enfants…
 
 
 
Cette vidéo suscite l’émoi sur le net, comme en témoignent par exemple les articles de Bigorneau ou Cécile Monnier, dont vous trouverez les liens ci-dessous.
 
 
 
Vivant à Tokyo, je dénonce ce gouvernement irresponsable
par Bigorneau
26 juillet 2011, Rue89
Plus de quatre mois après le séisme de magnitude 9 et l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima, la situation n'est pas maîtrisée, et elle apparaît même bien pire que prévu (certains experts l'annoncent pire que Tchernobyl). Je vis à Tokyo, depuis près d'un an, et la gestion de la catastrophe par le gouvernement japonais me révolte. Mais, comme la majorité des Japonais que je connais, je ne dis rien, parce que ça fait trop peur de penser à ça tous les jours. C'est plus simple quand on ne sait pas. Cependant, un soir, j'ai vu cette vidéo. Je suis écœurée, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
(…)
 
A Fukushima, le gouvernement japonais assassine sa population…
Une vidéo mise en ligne par la population de Fukushima jette un pavé dans la marre. Alors que la contamination radioactive n’a jamais cessé, le gouvernement refuse d’aider les parents à mettre leurs enfants à l’abri. Pire encore, les mesures prises pour contrôler l’information et préserver la ligne officielle visent à contraindre les habitants à rester chez eux. Un comportement délibéré qui pourrait bien être caractérisé de crime…
(…)
 
 
 
(1) Merci à Hervé, du groupe Fukushima informations pour la traduction française, et à TheGuillaumes pour avoir inséré le sous-titrage en français dans la vidéo. Pour avoir le texte complet des dialogues, se reporter au bas de cette page.
 
 
----------------------------------------------
 
Pour s’informer sur les dernières actualités concernant la catastrophe de Fukushima et ses conséquences, voici une sélection de quelques articles intéressants parus ces dernières semaines. Désormais, vous pourrez retrouver cette page actualisée d’articles référencés dans le menu « archives » du blog de Fukushima.
 
Fukushima: quelle est la situation de la centrale?
par Cécile Dumas
4 mois et demi après l’accident, provoqué par le séisme et le tsunami du 11 mars, que se passe-t-il à la centrale de Fukushima-Daiichi ? Le point sur une situation toujours très critique.
(…)
 
Le METI avait prévu le pire : le Melt-through
par Trifouillac
23 juillet 2011, Gen4
Le Ministère de l'Industrie Japonais avait prévu le type d'accident rencontré à Fukushima : La perte des systèmes de refroidissement, la création du corium et le percement des 2 cuves par ce dernier. Le réacteur concerné est un GE Mk1 similaire à l'unité 1 de Fukushima Daiichi.
(…)
 
Kotoé a vécu Fukushima comme un tremblement intérieur
entretien avec Kotoé Makino, artiste et danseuse japonaise.
22 juillet 2011, Ouest-France
Née à Tokyo, cette Japonaise de 34 ans est arrivée en Bretagne il y a trois ans et s'est établie à Peumerit-Quintin depuis un an. Cinq mois après la catastrophe de Fukushima, elle raconte comment elle a vécu, à distance, ces événements.
(…)
 
Pendant les travaux, la contamination continue
par François Leclerc, économiste
21 juillet 2011, blog de Paul Jorion
Le typhon Ma-On, qui menaçait la centrale sinistrée de Fukushima, l’a finalement épargnée pour aller se perdre dans l’océan. Comme lors de l’épisode précédent, des mesures de fortune avaient été prises par Tepco, l’opérateur, n’empêchant pas le niveau de l’eau contaminée de dangereusement monter dans les sous-sols en raison des pluies diluviennes.
(…)
 
La ruine et le désespoir des éleveurs de Fukushima
nouvelle AFP
20 juillet 2011, Le Point
"De nombreuses vaches sont mortes après l'accident nucléaire car les éleveurs n'ont pu les nourrir. Maintenant, c'est à notre tour de mourir de faim." Le paysan Masami Yoshizawa est désespéré par l'interdiction du boeuf de Fukushima, qui le prive de son gagne-pain. Comme les autres éleveurs de cette préfecture du nord-est du Japon, Yoshizawa a vu sa vie basculer le 11 mars à cause de l'accident à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, inondée par un tsunami géant consécutif à un séisme sans précédent.
 
Le plongeon de l’uranium n’aura pas lieu
par Camille-Yihua Chen
19 juillet 2011, L’édito matières premières and Co
La peur du nucléaire couvait sous la braise ; la catastrophe de Fukushima l’a ravivée.
Au milieu d’un concert de protestations contre l’atome civil, l’uranium — minerai indispensable au fonctionnement des centrales nucléaires — a vu son élan haussier se briser net. De 61,35 $ la livre le 24 mars, le cours du yellowcake (poudre d’uranium) est retombé le 24 juin à 54,25 $ la livre. Une chute de plus 13% en trois mois.
(…)
 
 
Japon: nouvelle crise autour du bœuf contaminé par la radioactivité
par Cécile Dumas
19 juillet 2011, Sciences et Avenir
Plusieurs centaines de têtes de bétail contaminées par la consommation de fourrage radioactif ont été vendues au Japon. Une crise dont l'ampleur s'accroît de jour en jour. Au Japon, le nombre de têtes de bétail commercialisées contaminées par du césium se monte à 578 entre la fin mars et le début juillet, selon les informations de la chaîne japonaise NHK. Après les légumes, le lait, le thé, les produits de la mer et les champignons shiitaké, c’est au tour du bœuf d’alimenter les craintes sanitaires des Japonais suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.
(…)
 
 
Après Fukushima : une extension massive de l'industrie nucléaire mondiale se prépare
par William Whitlow
16 juillet 2011, World Socialist Web Site
Un rapport de l'Economist Intelligence Unit [le service de recherche et d'analyses du journal The Economist, ndt] prédit une croissance massive sur toute la planète de la production d'énergie nucléaire au cours de la décennie à venir. La prise en compte du désastre de Fukushima, considéré maintenant comme le pire accident industriel de l'histoire, devrait être minime.
(…)
 
Enfin l’ère postnucléaire
par Ulrick Beck, sociologue, philosophe
(traduction : Olivier Mannoni)
9 juillet 2011, Le Monde
Ce qui suit présente certaines des recommandations d'experts ayant servi de base à la politique d'Angela Merkel, qui prévoit la mise en place d'alternatives au nucléaire d'ici à 2021. L'Allemagne pourrait montrer qu'une sortie de l'énergie nucléaire est une opportunité de créer une économie de pointe.
(…)
 
 
-------------------------------------------
 
Traduction française de la vidéo:
« Les autorités japonaises face à la colère des habitants de Fukushima »
Le 19 Juillet à Korahi, ville de Fukushima, les gens face à Akira Sato, directeur du Département des urgences nucléaires locales :

Ne pensez-vous pas que les gens de Fukushima, comme les autres gens, ont le droit de s'échapper pour ne pas être exposés à la radioactivité ?

A.S. Le gouvernement essaye de réduire le taux d'exposition autant que possible.

Vous ne répondez pas à sa question!
Comme cela, vous dites qu'ils n'auraient pas ce droit? Ils ont bien ce droit, n'est-ce pas?

A.S. Je ne sais pas s’ils ont ce droit.

Quoi? Alors vous aussi vous n'en avez pas le droit !
Alors vous aussi, vous-même vous pensez que vous n'avez pas le droit de vivre une vie en bonne santé ?
Réponds-moi !
Vous pensez que les gens de Fukushima n'ont pas des Droits de l'Homme ?
Vous voulez dire qu'il existe une différence de standard d'exposition à la radioactivité pour la préfecture de Fukushima et pour les autres préfectures ?

A.S. Ce que je dis c'est que le gouvernement a essayé de réduire autant que possible le taux d'exposition.

Vous n'avez pas répondu à sa question !
Le gouvernement applique un standard différent pour les gens de Fukushima, c'est ça ?

A.S. J'ai déjà dit tout ce que je peux dire.

Quoi ?
Il y a des gens à Fukushima qui veulent évacuer. Prenez la responsabilité de les évacuer s'il vous plait.
Veuillez nous donner une réponse, un commentaire de votre part.
S'il vous plait répondez !
Assez de temps de réflexion, répondez-nous!

A.S. Bien, vous êtes libres d'évacuer à vos propres risques.
Si les gens vivent dans un endroit en toute sécurité, le gouvernement leur demande de
rester.

C'est maintenant un cas d'urgence, n'est-ce-pas?
La ville de Fukushima est sans danger?
Même dans le bloc communiste le gouvernement russe a évacué rapidement la population du Belarus pendant l'accident de Tchernobyl !
Pourquoi sur la terre, le Japon, une nation libre, ne peut-il pas faire la même chose pour nous?
Même l'Union Soviétique l'a fait pour leur peuple !
L'Union Soviétique a évacué 240 000 enfants en deux semaines !
Qu'est-que le gouvernement a foutu pendant les derniers quatre mois ?
Vous devriez avoir honte !
Qu'est-ce que vous venez en fait faire ici ?
Vous voulons  que vous fassiez examiner l'urine de nos enfants très rapidement !
Et nous voudrions que vous nous informiez plus tard qui fera ces analyses et comment elles seront réalisées.
S'il vous plait, emportez cette urine avec vous.

Akira Sato et les autres officiels se lèvent, sortent précipitamment comme s'enfuyant...

– Ils sont terrribles...
C'est si absurde...
Testez cette urine !
Qu'est-ce que vous pensez que vous faites?
Testez cette urine!
Pourquoi refusez-vous?
Qu'est-ce que vous pensez que vous êtes en train de faire?
S'il vous plait, ne vous enfuyez pas!
S'il vous plait emportez cette urine avec vous!

A.S. Ce n’est pas notre travail.

Nous voudrions que vous l'ameniez au gouvernement central !

A.S. Ce n'est pas du tout notre travail.

Qu'est-ce que vous voulez dire par cela ?
Vous ne pensez pas que vous devriez emporter cette urine avec vous ?
Ils l'ont apportée pour vous aujourd'hui comme ils l'avaient promis !
Ils l'ont apportée pour vous aujourd'hui !
Pourquoi ?
Vous aviez dit auparavant que s’ils vous apportaient les urines vous les feriez analyser ! Vous n'avez pas dit cela ?
S'il vous plait emportez ces urines avec vous !
Arrêtez !
S'il vous plait ne vous enfuyez pas !
Vous ne devriez pas vous enfuir ainsi !
S'il vous plait communiquez avec nous ainsi que les gens peuvent le faire!
Qu'est-ce que vous pensez que vous faites ?
Vous pensez que les bureaucrates à Tokyo sont plus importants que les gens à Fukushima ?
Je vous en supplie, s'il vous plait !

A.S. Nous ne pouvons pas en décider.

Pourquoi cela ?
Vous n'avez pas d'enfants ?
 
 
 
Même vidéo mise en ligne par Kna, avec un sous-titrage uniquement en français :
 

 

-------------------------

 

Mise à jour du mercredi 17 août 2011

 

A la suite de la diffusion par Liberation.fr d'une vidéo sur une réunion d'habitants de Fukushima, l'ambassade du Japon a souhaité apporter des précisions concernant l'action du gouvernement japonais sur place.

 

source : http://www.liberation.fr/c/01012354630-c

 

« Monsieur le Rédacteur en chef

Après la lecture de l’article et le visionnage de la vidéo (http://www.liberation.fr/terre/06013968-a-fukushima-les-habitants-veulent-des-reponses) que vous avez publiés sur votre site internet en date du 27 juillet 2011 sous le titre « A Fukushima, les habitants veulent des réponses », il m’a semblé que ces derniers pouvaient induire vos lecteurs en erreur sur les mesures prises par les autorités japonaises pour rétablir la situation. Permettez-moi donc d’apporter des précisions quant à la situation actuelle au Japon.

Il est évident que le public doit être informé de la situation dans les zones sinistrées par différentes sources. Mais il est tout aussi essentiel d’appréhender correctement les actions menées sur place afin d’éviter tout risque de malentendu. C’est pourquoi je souhaiterais que cette lettre puisse être publiée sur votre site internet.

Le gouvernement japonais consacre actuellement tous ses efforts pour venir en aide aux populations réfugiées du département de Fukushima, pour les prévenir des risques possibles d’irradiation et pour veiller à leur bonne santé. Nous sommes loin de la situation décrite dans la vidéo sous-titrée en anglais intitulée «Japanese government killing its own people in Fukushima» que vous présentez sur votre site.

En outre, cette même vidéo montre des habitants demandant aux autorités locales que les zones où ils résident soient comprises dans les zones d’évacuation. Concernant l’établissement des zones d’évacuation, la situation sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi n’étant pas complètement rétablie, les autorités japonaises continuent à l’heure où nous parlons de désigner des zones d’évacuation planifiée et préparée en adoptant les normes formulées par l’ICPR (CIPR) pour la protection des populations en cas de situations d’urgence nucléaire.

Le gouvernement appelle également les gens résidant hors des zones d’exclusion à évacuer volontairement leurs logements s’ils estiment ce choix préférable. Ces personnes bénéficient de toutes les aides fournies par l’État, comme l’attribution de logements temporaires (y compris des locations privées) tel que fixée par la Loi de Secours en cas de Catastrophes naturelles (« Disaster Relief Act »).

D’autre part, on peut également voir sur cette vidéo un représentant officiel refuser la demande de personnes présentes de tester des échantillons d’urine de leurs enfants. Permettez-moi tout d’abord de préciser que l’officiel présent était un responsable du bureau local de gestion des situations d’urgence nucléaire et que son refus était dicté par l’impossibilité physique d’effectuer directement sur place les tests demandés.

Je souhaiterais également insister sur le fait que les autorités du département de Fukushima ont mis en place une campagne de contrôle médical auprès de l’ensemble des personnes résidant dans la préfecture de Fukushima depuis le 11 mars 2011, afin de dissiper leur crainte, garantir leur bonne santé et préserver leur confiance. En fonction des résultats obtenus lors de l’examen médical de base comprenant un questionnaire médical, des tests d’urine et des analyses plus poussées seront effectués sur les habitants en présentant la nécessité.

Enfin, concernant la vidéo que vous présentez dans votre article comme étant disponible sur le site «Time Out Tokyo» et montrant une mère critiquant l’environnement à risques dans lequel évolue ses enfants, les mesures du niveau d’exposition aux radiations des enfants et des femmes enceintes feront partie intégrante des examens effectués durant les campagnes de contrôle citées précédemment. Des études préliminaires sont d’ailleurs d’ores et déjà menées dans certaines zones. En outre, les membres du gouvernement prennent des mesures destinées à réduire les taux de radiations dans les espaces de vie enfantine. Plus concrètement, le gouvernement apporte son soutien financier aux mesures anti-radiation prises par les responsables dans les cours des écoles affichant des taux de radiation ambiante supérieurs à 1 mSv/h, ainsi que par les collectivités locales dans les parcs et le long des chemins d’écoles.

Malgré tout, le gouvernement japonais fait aujourd’hui son possible pour aider les populations sinistrées, les prémunir des risques d’exposition aux radiations et veiller à leur bon état de santé. Nous espérons pouvoir compter sur votre collaboration pour en informer vos lecteurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, mes salutations distinguées. 

Fumio SHIMIZU

Directeur du Service Culturel et d’Information de l'ambassade du Japon à Paris »

Partager cet article

Repost0

  • : Fukushima 福島第一
  • Fukushima 福島第一
  • : Un blog consacré entièrement à la catastrophe nucléaire de Fukushima et à ses répercussions au Japon et dans le monde.
  • Contact

Mentions légales

Directeur de la publication :

Pierre Fetet

Lien vers les mentions légales du blog de Fukushima

Actualités sur Fukushima

L'ACROnique de Fukushima

Les Veilleurs de Fukushima

Nos voisins lointains

The Watchers of Fukushima

Projet Mieruka Fukushima

.

« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

Infos en direct

webcam tepco 

 Webcam

 TEPCO

.

webcam tepco 1 

 Webcam

 TEPCO 1

.

reacteur2aout2011webcamTBS Webcam

 TBS/JNN

 

radioactivité Tokyo Radioactivité

 à Tsukuba

 en continu

.  

carte contamination cumulée Contamination

 cumulée

 du japon

 

radfuku Mesure des radiations

 dans la préfecture

 de Fukushima :

 

Éditions de Fukushima

Publications

Le dernier livre de Jean-Marc Royer

 

 

Le dernier numéro d'Atomes crochus

 

 

Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

Télécharger la version française ici.

 

Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

A télécharger ici

 

 

 

 

sitesanspub

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -