26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 21:47
Qu’il aurait été agréable d’annoncer une reprise en main de la situation… Mais il ne faut pas rêver. La catastrophe nucléaire, même si certains ont tendance à l’oublier ou à la minimiser, est toujours en cours au Japon : la centrale continue de relâcher ses radionucléides dans l’environnement ‒ air, terre, eau ‒, le territoire japonais continue à être contaminé jusqu’aux portes de Tokyo, et la majeure partie de la population continue à vivre comme si de rien n’était alors que certains points chauds montrent des taux de radioactivité supérieurs aux zones évacuées dans la région de Tchernobyl.
Cet article ne prétend pas faire un point exhaustif de la situation, mais propose simplement de faire le tour de l’actualité en cette fin d'octobre.
 
1. Etat de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
2. Contamination du Japon
3. Intérêt des scientifiques
4. Radioprotection
5. Mobilisation de la population japonaise
6. Mouvements humanitaires
7. Et les coriums dans tout ça ?
 
 
1. Etat de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
 
D’abord, une petite visite s’impose. C’était le 22 octobre, belle journée ensoleillée d’automne. C’est Tepco qui filme. C’est beau, c’est propre, les liquidateurs ont bien travaillé, au risque de leur vie (ils sont actuellement 3000 employés sur le site). On filme essentiellement ce qui ne fâche pas : seulement 10 secondes pour les réacteurs accidentés sur un total de 6 minutes 25. On oublierait presque la radioactivité ambiante…
 

 
 
 
D’après Tepco, la situation s’améliore et serait presque maîtrisée : ils auraient réussi à faire un « arrêt à froid », comme ils disent dans leur jargon, des réacteurs accidentés. En fait, cela signifie une température « inférieure à 100°C » (lien). Donc de l’eau frémissante à 99°C, pour eux ça ne compte pas. Bertrand Barré (Areva) va plus loin : il affirme que « Les cœurs qui ont fondu sont resolidifiés et sont refroidis » (lien). Impressionnant. Mais on ne sait toujours pas comment il sait ça !
 
Sinon, rien n’a changé au réacteur n°1, il est toujours aussi radioactif au niveau du sous-sol : 3 juin, 4000 mSv/h (vidéo) ; 13 octobre, 4700 mSv/h (lien). Quant au 2ème étage, ce n’est pas mieux : août, 5000 mSV/h. La toile qu’ils ont installée autour du bâtiment ne changera quasiment rien, sinon de redorer l’image même de Tepco.
 
nouveau1
Une toile recouvre maintenant le bâtiment du réacteur n°1
 
La centrale, selon Tepco, dégagerait aujourd’hui moins de radioactivité que le mois dernier ; on peut évidemment s’en réjouir, mais tout de même, elle crache encore 2,4 milliards de becquerels chaque jour (lien). Cette vidéo de la webcam de la centrale nous montre que de la vapeur continue à se dégager de la centrale de manière abondante (début de l’évènement à 1:08, correspondant à 17h22 le 22 octobre 2011) :

 
Et les hotspots trouvés récemment dans la banlieue de Tokyo confirment que ces dégagements peuvent se rabattre sur les terres à partir du moment où le vent les pousse vers le sud.
 
Le problème de l’accumulation de l’eau hautement contaminée sur le site reste entier. Il y aurait actuellement 175 000 tonnes d’eau radioactive stockée sur le site, essentiellement dans les sous-sols. Tepco a constaté que le pompage de l’eau des sous-sols était inefficace car ils sont situés sous le niveau de la nappe phréatique, dans la roche sédimentaire aquifère. Dès que le niveau baisse, l’eau arrive de nouveau par le jeu des fissures. La centrale est devenue un puits infernal, car l’eau arrive en permanence : 200 à 500 tonnes par jour selon Tepco. C’est le tonneau des Danaïdes inversé. Les hommes sont désormais condamnés à vider un trou qui se remplit. Mais l’eau qu’on en retire est mortelle. Tepco ne sait plus quoi en faire, au point de l’éliminer en arrosant du bois pour éviter un improbable incendie… (lien).
 
arrosage-bois-tepco.png
Arrosage de bois avec de l'eau contaminée
 
L’enjeu aujourd’hui est de prévoir une installation pérenne qui va pouvoir traiter cette eau de manière constante durant des dizaines d’années, sans que cela n’affecte l’environnement.
 
 
2. Contamination du Japon
 
D’après le dernier rapport de l’IRSN du 27 septembre 2011, « depuis le 1er juillet, les concentrations en radionucléides dans les produits végétaux terrestres ont continué de présenter une tendance générale à la baisse ». Certes, mais il faut savoir que les radionucléides ne disparaissent pas pour autant, ils se déplacent. Et ils peuvent se concentrer ailleurs.
 
En fait, la contamination se répand partout dans le Japon. Dans l’alimentation, dans le sol, dans les matériaux. La pollution ne se limite pas à la préfecture de Fukushima car les nuages ne connaissent pas les limites administratives et les vents sont capricieux. Les cendres d’incinération, si elles ne dépassent pas 8000 Bq/kg, peuvent être réemployées dans les matériaux de construction, en particulier le ciment. Par exemple, un morceau de panneau de béton vient d’être découvert dans le nord de Tochigi (lien) avec une radioactivité de 2,5 µSv/h, soit 50 fois la radioactivité habituelle (1).
 
Mesure d’un hotspot à Kashiwa du 24 octobre : plus de 11 µSv/h, soit 100 mSv/an.
 
Kashiwa est une ville de 400 000 habitants à 200 km de la centrale de Fukushima Daiichi. C’est la banlieue de Tokyo. On y détecte aujourd’hui de nombreux points chauds, essentiellement dans les caniveaux et sous les arbres à larges feuillages. La plus importante mesure a été 57,5 µSv/h, ce qui correspond à plus de 1000 fois la radioactivité habituelle… A Tchernobyl, on a évacué des territoires pour moins que ça.
D’après les échantillons de terre analysés par la mairie de Kashiwa (lien), la pollution provient bien de la centrale de Fukushima (présence abondante de Césium 134) et elle serait relativement récente (lien). 276 000 Bq/kg de césium pour un de ces prélèvements, c’est très inquiétant, et cela confirme une nouvelle fois que la centrale continue à polluer le Japon, même très loin de la source.
 

kishawa

Recherche de points chauds par les autorités
 
D’après les principes des nucléophiles, pour réduire la radioactivité, il faut la diluer. Alors après que Tepco ait généreusement dilué dans le Pacifique la radioactivité de l’eau polluée provenant de la centrale (et ce n’est pas fini, la côte est du Japon continue d’être polluée par la centrale : lien), le gouvernement la dilue maintenant dans l’environnement : comme on ne sait plus quoi faire des déchets radioactifs (terre : 29 millions de mètres cube ; cendres ; boues), on va les répandre partout dans le Japon : l'Agence forestière autorise dorénavant les municipalités à enterrer dans les forêts domaniales les sols radioactifs provenant des zones contaminées (lien). Le Japon est donc condamné par son propre gouvernement à voir la radioactivité ambiante augmenter avec le temps, avec à la clé de nombreuses décharges de déchets radioactifs. Inodores. Invisibles. Incontrôlables à long terme… et avec quels effets sur la santé ?
 
décharge secrète
Décharge secrète de déchets radioactifs de Fukushima (source)
 
 
3. Intérêt des scientifiques
 
Les forums scientifiques français, comme les médias en général, se désintéressent petit à petit de Fukushima. Par exemple sur Futura Sciences, le principal fil de discussion sur l’explosion de Fukushima a été fermé, et le fil d’actualités n’apporte plus d’info depuis plus de deux semaines. En France doit-on s’en étonner ?
Pourtant les sujets de recherche et les questionnements concernant la catastrophe pourraient être nombreux si on s’y intéressait un tant soit peu. On pourrait aussi imaginer des forums de consensus, où des scientifiques pourraient débattre sur un sujet polémique, en acceptant d’avancer point par point vers une acceptation commune d’un fait. Au lieu de cela, même si les discussions sont souvent de bon niveau, on déplore parfois du mépris vis-à-vis des amateurs ou du dédain envers des autodidactes. Et ce sans parler des trolls, ces intervenants professionnels qui viennent perturber des débats dès qu’ils deviennent intéressants.
 
Et au-delà de la France, que penser du site Physics Forums où l’on fustige les rares scientifiques qui prennent position et qui informent sur Fukushima, tels Arnie Gundersen et Chris Busby ? (2)
 
Le monde scientifique est ainsi quasi muet sur la catastrophe de Fukushima. L’appel lancé par Harry Bernas en avril n’a guère eu de suite. Bien sûr il y a les sites militants de l’Acro, de la Criirad, de l’Aipri, ou le blog exemplaire de Dominique Leglu, Sciences pour vous et moi. Mais mis à part le dossier spécial de Science & Vie sorti en avril, « Fukushima. Ce qui s’est vraiment passé », les publications sont rares. Il faut dire qu’en France, les experts en nucléaire sont souvent salariés de la filière nucléaire. Les 48 000 employés d’Areva n’ont donc pas intérêt à aller contre le discours officiel ou à faire des vagues. N’avez-vous pas remarqué que souvent, ce sont des retraités ou des personnes anonymées qui s’expriment le plus facilement ? Aussi, le citoyen intéressé par la physique nucléaire a tout intérêt à s’informer par des réseaux indépendants du groupe industriel, tout en gardant un esprit critique.
 
Au Japon, le CRMS, association de citoyens qui font des mesures indépendantes de la radioactivité, a organisé une conférence sur le thème "A qui appartient le débat scientifique ?" The Japan Times reprend dans un long article l'essentiel de leurs discussions (lien, langue anglaise).
 
 
4. Radioprotection
 
Au Japon, les règles de radioprotection ne semblent pas être les mêmes qu’ailleurs. Après l’accident, on a commencé par relever les limites de doses. On se souvient en particulier du tollé provoqué en avril par la décision d’une limite de 20 mSv/an pour les enfants de Fukushima. Les consignes de prise de pastille d’iode n’ont pas été données assez rapidement. On décontamine les sols et les maisons avec des outils et des protections rudimentaires
En France, s’il y avait un accident, il n’en serait pas autrement. La population n’est pas formée pour subir un désastre nucléaire. Vu le taux élevé de réacteurs nucléaires sur le territoire français, il serait souhaitable que chaque élève reçoive une formation minimum sur la radioactivité afin de connaître les gestes qui sauvent en cas de catastrophe.
 
decontamination-en-famille.png
Décontamination d’un terrain scolaire en famille : consternant !
 
Suite à la catastrophe de Fukushima, un appel à projet a été lancé conjointement par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) et le JST (Japan Science and Technology Agency) qui invite les chercheurs Français et Japonais à étudier conjointement tous les aspects du tremblement de terre du 11 mars 2011 au Japon… à l’exclusion de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. La recherche française est donc manipulée par le lobby atomique qui ne souhaite absolument pas que l’on travaille sur l’effet des faibles doses sur la santé humaine (lien). Pour quelle raison ?
 
 
5. Mobilisation de la population japonaise
 
Il y avait un impressionnant dispositif policier lors de la manifestation antinucléaire organisée à Tokyo le 15 octobre dernier. On peut le constater sur cette vidéo (c’est vrai que l’énergie nucléaire implique une société policière) :
 

 
Malgré tout, la pression populaire ne faiblit pas. Les Japonais sont majoritairement opposés à la poursuite de l’utilisation de l’énergie nucléaire et ils le font savoir par des jeûnes, des manifestations et des occupations symboliques. La manifestation du 19 septembre, rassemblant 60 000 personnes à Tokyo, a été la plus démonstrative dans ce pays où traditionnellement, on n’a pas l’habitude de sortir dans la rue.
 
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Manifestation du 15 octobre à Tokyo
 
 
La mobilisation continue avec l'action des 100 femmes de Fukushima qui commence aujourd'hui à Tokyo.
       
 
 
6. Actions humanitaires
 
Le gouvernement japonais espère faire revenir aussi vite que possible les 80 000 réfugiés qui habitaient dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Pourtant ce territoire est fortement contaminé par le césium qui a une période radioactive de trente ans. La gestion de la catastrophe est étrange, entre le déni du danger et la désinformation.
Bientôt un mois que le gouvernement a demandé aux réfugiés de la zone rouge (20-30 km) de rentrer chez eux. C’est terrible. Dans cette zone encore contaminée, un certain Monsieur Odome s’organise pour distribuer de la nourriture aux habitants démunis, la plupart des magasins étant fermés.
Un soutien s’organise en France pour l’aider.
Plus de renseignements ici :
 
odome2
M. Odome en pleine action
 
Des Japonais ont commencé à quitter leur pays. Si vous souhaitez accueillir l’un d’eux, ou si vous habitez au Japon et souhaitez partir, vous trouverez des moyens de vous faire connaître en lisant l’une de ces pages :
 
 
7. Et les coriums dans tout ça ?
 
On n’a pas fini de parler de cette matière qui empoisonne la vie des nucléophiles, et plus généralement la vie humaine tout court. Tepco a bien avoué (l’opérateur finit toujours par avouer !) qu’il avait fait une estimation fin mars de la descente du corium (lien) ; mais comment être sûr de leurs conclusions en sachant que chaque expérience sur le sujet mène à des résultats différents ?
 
Alors qu’en France tout le monde se fout de ce qui s’est réellement passé, le CEA fait sa pub sur la sûreté nucléaire avec un dossier écrit par Claire ABOU dans « Les défis du CEA » n° 163, intitulé « Au cœur du corium ».
 
coulee.jpgDans cet article consacré au corium, on vante les mérites de la recherche nécessaire pour augmenter la sûreté. Mais ce que l’article ne dit pas, c’est que les expériences ne peuvent atteindre les températures et les masses de combustible en cause dans l’accident de Fukushima, ce qui explique que le monde nucléaire soit muet sur le sujet des coriums de Fukushima : on ne peut pas communiquer sur quelque chose qu’on ne sait pas modéliser ! L’article ne dit pas non plus que même avec des instituts de recherche, l’accident majeur finit toujours par arriver. Dommage que les centrales ne soient pas sûres AVANT les « accidents » !
 
Une question reste en suspens : pourquoi Bertrand Barré n’a-t-il pas été interviewé dans ce dossier ? C’est pourtant l’expert qui semble le mieux informé. Pourquoi n’en dit-il pas plus ? Et pourquoi aucun journaliste ne lui demande de s’expliquer ?
 
 
 
-----------------------------------------
 
(1) En France, il faudra rester très vigilant pour que cela ne se produise pas, car il existe une pression et une possibilité pour que les déchets radioactifs de faible activité soient recyclés dans les matériaux de construction ou même les casseroles. Ce n’est pas une blague, voyez vous-mêmes le dossier de la Criirad sur ce sujet : Mobilisation contre l’ajout de substances radioactives dans les biens de consommation et les matériaux de construction. La dilution de la radioactivité dans l’environnement reste un objectif des industriels de l’atome. Mais cette pratique qui au final aboutit à un accroissement du bruit de fond radioactif nie les effets de la radioactivité à faible dose sur la santé.
 
(2) J’ai moi-même été banni de ce forum scientifique après avoir proposé un lien vers mon article sur le corium. On voit là toute l’ouverture d’esprit de certains scientifiques assis sur leurs principes, et soumis aux intérêts du lobby atomique.

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:32

carte-hotspot.jpgAprès qu’Eva Joly appose sa marque antinucléaire à Fukushima en affichant clairement la priorité de la sortie du nucléaire, François Fillon vient détourner l’attention en proposant l’aide de la France pour les victimes du tsunami et la maîtrise de la catastrophe atomique.

Or la France ne maîtrise rien. Elle est le pyromane qui vient éteindre le feu. C’est elle qui a créé le MOX utilisé à Fukushima Daiichi. C’est elle qui fait commerce avec le Japon pour le retraitement des déchets en mettant en danger la population mondiale avec ses transports de plutonium sur des milliers de kilomètres.

Quand on dit la France, c’est Areva, dont les actions sont détenues à 87 % par l’Etat (directement ou indirectement par le CEA ou la Caisse des Dépôts et Consignations).

François Fillon au Japon, c’est le déni de la contamination radioactive d’un tiers du pays. C’est la désinformation incarnée. C’est le commercial venant à nouveau vanter le savoir faire de la France pour répandre son poison atomique, sous couvert d’aide humanitaire et d’expertise pour décontaminer un territoire. Mais la France n’a jamais rien décontaminé. Au contraire. Pour l’instant, Areva, en exploitant des mines d’uranium, en commercialisant les déchets radioactifs dans le monde et en promouvant l’usage de l’énergie nucléaire n’a fait que contaminer le monde.

 

Et pendant que le pompier français désinformait par omission dans un secteur apparemment épargné par la contamination radioactive (région de Sendai), d’autres nouvelles arrivaient.

 

La préfecture de Kanagawa (nord de Tokyo) a informé qu’il a été trouvé des champignons (shiitaké) séchés contaminés par du césium de plus de 550 bq/kg (la norme est 500bq/kg) provenant de la ville de Sagamihara.

Le commerce de ce champignon considéré par les asiatiques comme un élixir de vie risque malheureusement d’être compromis : le préfet a interdit de mettre en vente  et de consommer tous les champignons (shiitaké) qui ont été produits après le 11 mars.

Les champignons testés ont été cueillis au mois d’août et le contrôle fait avant la vente. Mais que penser des champignons mis en vente les 6 mois précédents ?

source : http://headlines.yahoo.co.jp/hl?a=20111021-00000089-jij-pol


Encore plus inquiétant, ce nouveau point chaud trouvé à Kashiwa (ville de 400 000 habitants, préfecture de Chiba) :

57,5 microSv/h (plus de 1000 fois la radioactivité naturelle)
276 000 Bq/kg de césium
avec une présence de césium-134

 

source : Tokyo Shimbun du 23 octobre 2011

http://yfrog.com/z/oezmjyj

 

kashiwa1.jpg

 

kashiwa2.jpg

 

kashiwa3.jpg

 

kashiwa4.jpg

 

analyse spectrale

 

 

Autres liens sur la contamination de Kashiwa :

 

http://www.city.kashiwa.lg.jp/soshiki/080800/p009761.html

 

http://fukushima-diary.com/2011/10/breaking-news-57-5microsvh-in-chiba/

 

http://fukushima-diary.com/2011/10/news-japanese-auschwitz-concentration-camp/#.TqQBqw7ZjDs.facebook

 

 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 00:55

On a pu lire dans un forum que le message de Yuko NISHIYAMA était un faux. Histoire de colporter une rumeur peut-être ou de discréditer les informations provenant directement du Japon ? En tout cas cette mise en cause provenait certainement de quelqu’un qui ne connaît pas le principe de ce blog : les informations diffusées ne sont jamais des inventions. Les sources sont toujours citées, ou alors il s’agit de sources directes qui ne sont pas disponibles sur internet. Aujourd’hui, je diffuse également un autre témoignage provenant du Japon, celui de Yukiko TAKAHASHI. Si quelquefois un lecteur voulait rentrer en contact avec l’une ou l’autre des auteures de ces messages, je le mettrai volontiers en relation avec elles.

 

Yukiko-Takahashi.jpgYukiko, comme Yuko, s’adresse aussi aux Français. Elle raconte comment les habitants de Fukushima ignorent tout des dangers de la radioactivité, et comment ils sont autant contaminés par les radioéléments que par la désinformation…

 

 

 

 

 

 

Yukiko TAKAHASHI

 

 

 

« J'ai vécu à Fukushima pendant mes 3 ans de collège et mes 3 ans de lycée.
Il y a quelques jours, le 8 octobre 2011, je suis allée à la ville de Fukushima.

Moi, je portais un masque mais, quand je regardais comme ça dans la ville
les gens de Fukushima, il n'y en avait aucun qui portait de masque.
J’ai vu des employés municipaux qui s'activaient à la décontamination avec des manteaux de pluie et des masques dans la rue, et j’ai vu de l'autre côté du trottoir de jeunes étudiantes qui passaient sans masque en rigolant.

C'est la réalité de la ville de Fukushima.

Ce jour-là, il y avait la grande fête régionale traditionnelle de l’automne dans les villes et villages.
Les bébés, les enfants et les jeunes aussi ne portaient pas de masque.
Il y avait plein de stands de restauration dans la rue, ils mangeaient, ils buvaient dehors sans aucun problème ni souci.

Ma copine qui vit à Fukushima m’a dit :
« Il y a des gens qui disent qu'il n'y a aucun problème de radioactivité ; maintenant, c'est le contraire du danger à Fukushima, parce que si on fait des examens de dépistage des cancers plus souvent qu’ailleurs, nous vivrons plus longtemps que les autres. Si tu es trop inquiet et que tu deviens stressée, tu deviendras malade psychologiquement. »
En fait, il n'y a pas d'exemple d'impacts à cause de la radioactivité, on ne sait pas si c'est dangereux ou pas. La radioactivité n'est pas visible. Je comprends aussi que les gens soient paralysés par la radioactivité.

Le journal mensuel de la préfecture de Fukushima (UTSUKUSHIMA YUME-DAYORI numéro d’octobre) a été distribué à toute la population locale.
Dedans, il y avait les commentaires du
professeur YAMASHITA. Il a dit :

"Quand la radioactivité qui reste encore se mesure en unité de microSievert, elle ne blesse même pas les cellules." 

"A Tchernobyl, il y a eu des craintes au début dans la population [parce que les gens n'avaient pas d'information correcte], mais je voudrais expliquer aux gens d'ici au fur et à mesure [qu'il n'y a pas de danger.]"

Ça regorge de fausses rumeurs dans la ville, qui disent qu'il n'y a pas de danger.
Il y a des drapeaux partout "Il ne faut pas baisser les bras contre la rumeur". En ce moment, les gens de Tokyo ne veulent pas trop acheter de produits alimentaires de Fukushima. (Ils disent que c'est une mauvaise rumeur) et des drapeaux qui disent "Bon courage, Fukushima !"

Dans le quartier de "Watari" dans la ville de Fukushima, ils ont trouvé des points chauds qui font 3 microSv/h (1). Les habitants demandent à la mairie de reconnaître ce quartier comme "hot spot" et qu'ils leur conseillent de partir. Car s’ils reconnaissaient cela, les habitants pourraient recevoir une somme d'argent par une aide gouvernementale.
Mais, à la conférence qui a été organisée par l'Etat pour expliquer la situation aux habitants du quartier, les représentants de TEPCO ne sont pas venus, ni le maire de la ville de Fukushima. Juste des employés de la mairie sont venus et ils ont dit : "D'abord, il faut décontaminer !" C'est tout.
Mais il n'y a pas eu d'amélioration. A la ville de Fukushima, il n'y a aucun projet pour évacuer des gens.

Les habitants de Fukushima sont accrochés à l'endroit où il ne faut pas rester.
Ils sont contaminés par la radioactivité, mais aussi par les mauvaises informations.
Le pays, le préfet, la ville, personne ne veut aider les habitants.
Des habitants de Fukushima vont êtres tués par l'Etat.

Je voudrais que les Français connaissent cette réalité-là.
Les gens de cette région sont très fatigués de cette histoire.
Ils ne veulent plus entendre parler de ça.
Ils ne veulent plus regarder leurs compteurs Geiger.
Ils en ont marre...

Il y a de plus en plus de mouvements pour sortir du nucléaire à Tokyo, à Fukushima, et partout maintenant au Japon.

Alors s’il vous plait, restez liés avec "Fukushima" !
Restez liés avec "le Japon" ! »

Yukiko TAKAHASHI

 

 

 

 

(traduction Yumiko)

 

 

---------------------------

 

Message original

 

 

私は中学・高校を福島市で育ち、今は東京にいる者です。

 201110.8、私は福島市に行ってきました。

 

私はマスクをしていきましたが、見渡すかぎり、福島市民はマスクをしていませんでした。

レインコートとマスクを身につけ、ホースの水によって庭を除染する人がいる反対側の道を、中学生と思しき少女たちが、マスクも身につけず談笑して通り過ぎる。

 

これが福島市の実態です。

 

 

この日は、市内の神社の秋祭りがあり、駅前は人であふれていました。

小さな赤ちゃんも、10代20代の若者も、誰もマスクをつけていません。

屋台がたくさん出て、みんな外で飲食しています。

 

福島に住む私の友人は言いました。

放射能は全然大丈夫で、ガン検診を頻繁にやるようになるから、却って福島県人の寿命は延びる、放射能を気にしすぎてストレスをためる方が精神病になってよくない、という人もいる。前例がないから危険か危険じゃないかもわからない。

放射能は目に見えないから、麻痺してしまう人の気持ちもわかる

 

 

福島県の広報(うつくしま ゆめだより 10月号)には山下教授のインタビュー記事が載り、「μSvでは細胞に傷もつかない」「チェルノブイリでも最初はパニックになったが、地道に(安全性)を説明していきたい」などとコメントされています。

広報は、全家庭に配られます。

 

 

町には「安全デマ」が蔓延しているのです。

そして、いわゆる「風評被害」に負けるなと、町中に「がんばろう福島!」ののぼりが出ています。

 

 

福島市内の渡利という地区では、3μSv/hを超える場所が見つかり、住民が「避難勧奨地点」に認定するよう、福島市に求めています。認定されれば、行政から避難支援などの援助を受けられるからです。

しかし、先日行われた住民説明会では、東電も市長も出席せず、市の担当者と国の現地災害対策本部の担当者が「まずは除染を」というだけで、なんら進展はありませんでした。福島市では避難計画はないとのことです。

 

いてはいけない土地に、福島市民は縛り付けられています。

放射能だけでなく、間違った情報に汚染されています。

国も県も市も、彼らを助けないのです。

 

福島市民は見殺しにされています。

 

フランスの皆さんにこの実態を知っていただければと思います。

 

また、福島でも、東京でも、全国でも、少しずつ、少しずつ脱原発の運動が広がっています。

原発廃止の決定権を握る経済産業省前に座り込んだり、九州電力本店前に座り込んだり、各種のデモや、疎開裁判など、さまざまなアクションがあります。

ぜひみなさん、福島とつながってください。

日本とつながってください。

 

よろしくお願いします。

 

 

 

 

(1) 3 microSv/h, c’est beaucoup. Cela représente 26 mSv/an. En France, la norme officielle est 1 mSv/an pour la population.

 

 

 

Depuis que Yukiko a écrit ce message, d’autres informations inquiétantes nous sont parvenues : plus de 20 hotspots (= points chauds, c’est-à-dire endroits radioactifs) ont été signalés à Tokyo qui, il faut le rappeler, se trouve à 250 km de la centrale accidentée (par exemple 5,82 microSv/h dans un parc d’attraction pour enfants - source : http://fukushima-diary.com/2011/10/news-spreading-fear/ )

 

 

*mise à jour du 19/10/11 : cette mesure de 5,82 microSv/h avait été réalisée le 12 octobre par les habitants. Le lendemain, le 13 octobre, les services municipaux ont fait leurs propres mesures et ont relevé 1,58 microSv/h maximum. Peut-être s’agissait-il pour les officiels de discréditer les mesures menées de manière autonome ? Quoi qu’il en soit, il a été tenu compte de cette fourchette 1,58 - 5,82 µSvh puisque la mairie a décidé de changer la terre. (Source : http://www.news24.jp/articles/2011/10/13/07192497.html)

.

 

De ce fait, le gouvernement japonais va bientôt émettre des directives pour aider les citoyens et les responsables locaux de détecter les zones contaminées afin de les nettoyer en toute sécurité. En effet, Masaharu Nakagawa, ministre de l'éducation et la science, a déclaré dans une interview au Wall Street Journal :

 

"A partir de maintenant, nous devons offrir des équipements et demander aux gens de regarder bien au-delà de Fukushima pour trouver les points chauds". Il a ajouté qu'il était très difficile de savoir comment ces taches se sont propagées. C’est à croire que ce gouvernement est très mal informé ou qu’il feint de ne pas connaître la situation ! 7 mois après la catastrophe, il serait temps que le gouvernement prenne enfin des mesures de radioprotection efficaces et que la population cesse d’être exposée stupidement à la contamination.

 

 

 

source : http://online.wsj.com/article/SB10001424052970204479504576638770772486378.html

 

 

 

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que Tokyo continue de voir sa population baisser, comme l’indique cette information : dans le quartier de Bunkyo, les gardes d'enfants avaient une attente dans les crèches publiques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Cela signifie que des familles ont probablement quitté la région pour mettre leurs enfants à l’abri.

 


source : http://business.nikkeibp.co.jp/article/topics/20110610/220678/?P=2&rt=nocnt

 

NB : A propos des interrogations sur l’origine de la radioactivité de Setagaya, selon le détecteur portable de recherche de source radioactive (Mirion HDS100GN) dont un journaliste a fait l’acquisition, il n'y a pas eu de pic de Cs-137 qui puisse être considéré comme un hotspot issu de la catastrophe de Fukushima. Cet appareil avait en mémoire d'autres analyses spectrales de différents endroits sur les hotspots de Chiba ou Saitama où les pics de Cs-137 sont bien visibles. Ce journaliste a comparé également ses mesures avec celles (SAM 940 3x3 Nal) des services de la mairie : les résultats concordent avec les autres analyseurs en service ce jour-là (Information Franck C.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:53

DSCF3187---Copie.jpgCe message a été écrit par Yuko NISHIYAMA. Il m’a été transmis à l’occasion de la journée de manifestations antinucléaires du 15 octobre 2011.

 

Manifestation à Strasbourg :

les Japonais n’étaient pas oubliés

et le crime de Tepco dénoncé

(merci à Franck pour le drapeau !)

 

« Je me suis enfuie de Fukushima, ma ville de naissance, avec ma fille et mes parents en laissant mon mari là-bas. D'abord, nous avons été à Tokyo, maintenant nous sommes à Kyoto. Notre famille est obligée de vivre séparément. On a perdu notre région, on ne sait même pas quand l'accident se terminera...

Après l'accident, l'Etat japonais, le préfet de Fukushima et le maire de la ville de Fukushima ne nous ont pas informés de ce qui se passait réellement.
Ils n'ont même pas procédé à une évacuation correcte, ils ne nous ont pas du tout protégés.
Donc, nous avons été obligés de nous sauver par nous-mêmes, avec notre propre jugement de la situation.

Des points chauds se sont créés un peu partout dans la ville.
Les enfants ne peuvent pas partir de Fukushima et ils portent un masque quand ils sortent dehors.
Il leur est interdit de faire du sport, ils vivent avec beaucoup de limitations, sans la liberté que l'on offre aux enfants habituellement.

Notre pays a reçu 770,000,000,000,000,000 Bq de radioactivité, mais le gouvernement fait vivre toute la population comme avant. Ils nous font croire que toutes les normes sont sécurisées. Même si les normes ont été augmentées, même pour les enfants.

Après le 11 mars, Fukushima, le Japon et le monde ont totalement changé.
La radioactivité s’est échappée de la centrale nucléaire ; la priorité économique a sali le monde entier.

Qui a décidé que le nucléaire était très sûr ?
Une centrale nucléaire est aussi une grosse machine. Des fois ça peut casser.
Mais, quand ca casse, on ne peut plus revenir en arrière.
L'accident de Fukushima est arrivé à cause du tsunami et du tremblement de terre, mais ils ont fait marcher cette énorme machine nucléaire qui ne résiste pas aux tremblements de terre, au grand pays des tremblements de terre qu'est le Japon. Donc, dans ce sens-là, c'est une catastrophe, un désastre  totalement artificiel.

On ne peut plus vivre dans la région où on est né.
On ne peut plus manger en étant sûr de ce que l’on mange.
Il faut vivre tout le temps avec une inquiétude pour sa santé.
Tout ça est le résultat du choix de l’énergie nucléaire.

J'ai entendu dire que la France est pro-nucleaire. L’énergie nucléaire a l'air d'être moins chère par rapport à d’autres solutions.
Mais, quand un accident se produit, c'est très cher et dangereux, et quand on voit le problème des déchets...

Plus jamais Fukushima !

Je ne veux pas que vous subissiez la même expérience que nous, car c’est une grande tristesse, de la souffrance et du chagrin...
Arrêtez les centrales nucléaires ! Maintenant !

Et puis, face à cette infâme destinée pour les enfants de Fukushima, face à ce  spécialiste qui nous explique que jusqu'à100 mSv/an c'est sans danger pour notre santé, et aussi face à ce préfet qui l'a invité... secourez-nous !


S'il vous plait....ONEGAI-SHIMASU

Yuko NISHIYAMA »

 

(Traduction française : Yumiko)

 

 

----------------------------------------

 

Message original

 

フランスの皆様

 

私は震災後、故郷福島に夫を置いて、娘と父母と避難しています。まずは東京、そして現在は京都に自主避難しています。事故の収束がいつになるのかわからないなかで、故郷を追われ、家族が離れた生活を強いられています。

 

事故後から、国や県や市は私たちに真実を伝える事もなく、適切な避難勧告も出さずに、私たちを守ってくれようとしませんでしたので、自分たちの判断で故郷を離れました。

 

現在、福島市の放射線量は毎時1マイクロシーベルトを越えています。事故後は多い時で25マイクロシーベルト、至る所にあるホットスポットでは毎時60マイクロシーベルトを超し、その中で子供達は逃げることもできずに、外にでるときはマスクをしながら、学校でも室外の活動は禁止され、子供としての自由を制約されて生きています。

 

77京ベクレルという放射線物資が積もった国であるのに、国は今までと変わらない生活をさせようとしています。児童の被曝許容量や食品の放射線物資の暫定基準値を上げ安全であると信じさせようとしています。

 

311を境に福島は、日本は、世界は変わってしまいました。原発という経済優先主義の上で作られたものから排出された放射能により、世界中が汚染されてしまったのです。

 

原発が安全だとはだれが決めたのでしょう。原発も機械です。壊れる事もあります。壊れたとき、取り返しのつかないことが起きるのです。福島第一原発の事故は津波による天災によるものでは、地震国日本において耐震性のない原発を稼働させていたことによるもので、いわば人災なのです。

 

生まれた故郷に住めない、安心して食べ物を口にすることはできない、健康障害を心配しながら生きて行かなければならない。それが原発を選んできた結果なのです。

フランス人の皆さん、フランスは原発推進国だと聞きます。確かに原発は低コストで稼働する事ように思えるでしょうが、事故の起こった場合の危険性、廃棄物の処理等を考えるととてもコスト高で危険をはらむ物なのです。

 

NO MORE FUKUSHIMA 私たちの悲しみ、苦しみ、切なさを味会わないで下さい。今すぐ、原発を止めて下さい。今です。

 

そして、年間100ミリシーベルトまで安全であるという学者を招聘し県民を流出しないようにしている福島県の子供達をどうか救って下さい。お願いします。

 

西山祐子

 

 

............................................

 

 

Exemple d’aide à apporter aux gens qui vivent encore en zone contaminée (information Laurent Mabesoone)

 

 

 

odome.jpg« La réalité, c'est qu'il y a 30 000 personnes entre 20 km et 30 km de la centrale, auxquelles l'Etat japonais ne veut pas verser un yen d'aide au déménagement, et qui ont été invitées à rentrer chez elles il y a un mois ! Dans une zone hautement contaminée, sans commerce. Beaucoup de personnes âgées ne peuvent pas faire plusieurs dizaines de km pour aller acheter à manger. M. ODOME (73 ans) organise une distribution de vivres dans l'ancien hôtel qu'il tenait avant la catastrophe. Il le dit lui-même : « Le moindre petit colis contenant de la nourriture est précieux pour nous. » (*)

 

Voici l'adresse, et un site avec vidéo sur lui :
http://shiendanch.exblog.jp/13204556/

--------------------------------------------------------------------------------------------
Les colis sont à envoyer à :
   

Mr Takao ODOME
Business Hotel ROKKAKU
HARAMACHI KU OOMIKA JI HIRABAYASHI 51
MINAMI SOMA SHI
FUKUSHIMA KEN
975-0049 JAPON

 

 

(*) Précision : la douane japonaise n'accepte pas charcuterie et viande. Sinon, riz et céréales sont trop lourds pour être envoyés par avion (le bateau prend 3 mois...). Sardines à l'huile, biscuits, fruits secs, confitures, tous produits finis... surtout d'un pays non contaminé comme la France, c'est OK et cela leur fera vraiment plaisir.

 

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 01:00
radiumtokyo.jpgSur tweeter cela faisait un certain temps que l’on parlait d'une valeur hors norme sur le côté d'une vieille maison de Tokyo à l'apparence délabrée, mais une fois sur place… il ne fallait que quelques minutes pour comprendre que cela n'avait rien à voir avec Fukushima, mais plutôt avec une pollution de type industriel ou artisanal, ce qui était le cas.
 
Beaucoup de bruit médiatique en ce jeudi 13 octobre, des journalistes, des professeurs, des caméras - même une équipe venant d'Italie était présente -, des fonctionnaires en grand nombre pour rappeler leur lenteur face a une information qui avait été signalée le 3 octobre au service de la mairie...
 
A Fukushima, Tepco ne se déplace plus pour faire face aux futures victimes, mais au coin de cette rue sans charme une entreprise spécialisée dans le nucléaire (analyse et détection) qui est là par la plus grande des coïncidences (une filiale de Tepco) œuvre de concert avec les autorités pour répondre, après 10 jours d'attente, à cette question !!!!
 
Qu'est-ce que cette radioactivité???
 
Fukushima est-il responsable de cela??
 
La réponse ne se fera pas attendre, au début de la nuit des techniciens repartent avec une petite « glacière » contenant des échantillons pour une analyse approfondie, mais dans la matinée de cette même journée une personne possédant du matériel pour identifier les éléments nous dira Ra 226....ce qui sera confirmé dans la soirée par les services de la mairie.
 
Dans la maison avait été oubliées par ses occupants des petites bouteilles contenant de la poudre ; ces bouteilles reposaient dans une vieille casserole contenant d'autres fioles.
Les autorités (MEXT) ont fait une conférence sur les bouteilles, à minuit : la valeur était de 600 microsievert/heure et elle contenait du Radium 226.
 
A l'extérieur de la maison à plusieurs mètres de la source, sur un identiFINDER 2, la valeur était  à 5 / 6 microsieverts/heure et indiquait Ra 226 ; sur un modeste Rados 200, la valeur la plus chaude était de 5,5 microsieverts/heure et sur un Radiageme 4000, la valeur la plus chaude était de 1500 cpm (alpha beta gamma).
 
Une enquête est ouverte pour savoir  les raisons du stockage de ce produit par un particulier ; la police n'a pas peur de manifester sa perspicacité mais pour Tepco aucune enquête n’est en cours pour l'instant, enfin de façon sérieuse...
 
(Informations données par Franck et Yumiko, de Tokyo)
 
Vidéos de FukushimaVideoReport sur la découverte faite à Tokyo-Setagaya-Tsurumaki:
1) Prise d’une mesure de plus de 1500 cpm (nombre de coups par minute)
 

 

 
 
 
Précision : il n'y a pas équivalence absolue entre le nombre de cpm et de dpm (désintégrations par minute). Pour connaître l'équivalence entre cpm et dpm, il faut connaître le rendement du compteur. Le rendement de comptage sera le rapport cpm/dpm (ce rendement peut être > à 1)
 
2) Prise d’une mesure de 5,5 µSv/h
 

 

 
 
3) Les médias sont très intéressés par cette découverte
 

 

 
 
Autres videos :
 
4) Reportage de FNN news (chaîne Fuji news network)
 
 
5) Reportage de NHK
 
 
Autres articles sur le même sujet :
Forte radioactivité relevée à Tokyo (Courrier international)
 
 
Alors, bizarre cette découverte de radioactivité à Tokyo ?
Pas vraiment. Les Japonais sont très sensibles à la pollution radioactive depuis Fukushima, et la moindre info ravive les peurs. Mais il est probable que d’autres endroits pollués existent au Japon. Comme l’écrivait Norio Hirai dans son manifeste, le Japon est nucléarisé depuis longtemps et a pollué la mer par ses rejets. 40 ans de production et d’utilisation de radionucléides, ça laisse forcément des traces un peu partout et des produits sont disséminés dans l’environnement. Il est vraisemblable que l’augmentation de l’utilisation des compteurs Geiger par la population fera découvrir à l’avenir d’autres sites pollués.
 
Et pendant ce temps, on découvre encore d’autres éléments, qui cette fois proviennent bien de la pollution de Fukushima Daiichi : Fukushima Diary rapporte que l’on vient de découvrir du strontium à Yokohama dans plusieurs endroits de la ville.
 

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 18:03
Christopher Busby, scientifique britannique, expert qui a travaillé sur les effets négatifs des très faibles doses radioactives sur la santé, est aussi un chanteur engagé. Il vient d’enregistrer une chanson sur les journalistes véreux. 7 mois après la catastrophe de Fukushima, devant l’incapacité du monde à comprendre l’ampleur du désastre, l’expert prend sa guitare et chante. Et l’actualité lui donne raison.
Selon un article d’Enformable.com ‒ repris par Enenews ‒ qui rapporte une correspondance électronique entre des membres de la NRC (Nuclear Regulatory Commission, autorité de sûreté étatsunienne), les experts estimaient une semaine après l’accident que 100% du combustible de la piscine du réacteur 4, 50% de combustible du réacteur 3 et 25% du cœur n°2 étaient partis en fumée. La quantité énorme de combustible que cela représente ‒ pas moins de 336 tonnes ‒ ne laisse guère de doute sur la contamination massive du Japon (1) et celle qui a suivi sur les îles du Pacifique et l’Alaska.
 

 
 
 
Présentation de cette chanson dans YouTube, avec traduction française :
 
« Professor Busby performs his song about the reporters, authors, presenters and celebrity columnists who write about nuclear energy and how radiation from environmental contamination like that from Fukushima and Chernobyl is harmless. He implicitly attacks them for lack of knowledge, lack of research, cherry-picking of data and supporting experts, stupidity, bias, manipulation, corruption, cowardice, and criminal irresponsibility. Guitar is a 1937 Gibson Kalamazoo. Location is the Green Audit Lab in Wales (www.greenaudit.org). For more songs see www.myspace.com/christobusby

Professeur Busby joue sa chanson sur les journalistes, les auteurs, les présentateurs et les chroniqueurs people qui écrivent sur ​​l'énergie nucléaire en prétendant que le rayonnement de la contamination de l'environnement comme celui de Tchernobyl et de Fukushima est inoffensif (*). Il les attaque implicitement pour leur manque de connaissance, le manque de recherche, de recueil de données et de soutien des experts, la bêtise, les préjugés, les manipulations, la corruption, la lâcheté et l'irresponsabilité pénale. Sa guitare est une Gibson Kalamazoo 1937. Le lieu d’enregistrement est le laboratoire de Green Audit, au Pays de Galles. Pour plus de chansons, se reporter au site www.myspace.com/christobusby.
 
(* En mettant en gras cette phrase, j'insiste sur le fait qu'il ne critique pas les journalistes qui font leur boulot !)
 
 
Newspaper Man

I pity the newspaper man
Who cannot understand
The way that he's been tricked to lie
With methods underhand
Who takes his cues from falsity
From those who peddle death
Who cover up the truth of things
With each mendacious breath

Je plains l’homme des journaux
Qui ne peut pas comprendre
La façon dont il a été amené à mentir
Avec des méthodes sournoises
Qui prend ses sources du faux
De ceux qui colportent la mort
Qui couvrent la vérité des choses
Avec chaque souffle mensonger

I pity the newspaper man
Who waves his arms and smiles
Whose arguments construct his truths
With journalistic guile
Who carefully selects his source
To back his twisted cause
Whose face reveals his inner pain
His falseness and his flaws

Je plains l’homme des journaux
Qui agite les bras et sourit
Dont l’argumentation construit ses vérités
Avec des astuces journalistiques
Qui sélectionne soigneusement ses sources
Pour sauvegarder sa cause tordue
Dont le visage révèle sa douleur intérieure
Sa fausseté et ses défauts

I pity the newspaper man
His every living hour
His isolated loneliness
His emptiness and power.
The man who as a columnist
Kills children every day
Who puts himself beyond attack
And hides himself away

Je plains l'homme des journaux
Chacune des heures où il vit
Sa solitude isolée
Son vide et son pouvoir.
L'homme qui, en tant que chroniqueur,
Tue des enfants tous les jours
Qui se met hors d'atteinte
Et se cache loin

I pity the newspaper man
In his eco-friendly house
Whose cowardice is plain to see
Whose totem is the louse
The man whose ignorance is clear
Who sells his soul for gain
Whose banner is stupidity
Whose badge a yellow stain

Je plains l'homme des journaux
Dans sa maison écologique
Dont la lâcheté est bien visible
Dont le totem est le pou
L'homme dont l'ignorance est claire
Qui vend son âme pour un gain
Dont la bannière est la bêtise
Dont l'insigne est une tache jaune

So leave him to the media hacks
And leave him to his friends
To those who push Uranium shares
And their own selfish ends
To experts who are bought and sold
Who lie with every breath
Whose project poisons all the world
With radioactive death
 
Donc laissez-le aux médias pirates
Et laissez-le à ses amis
Pour ceux qui poussent les parts de l’uranium
Et leurs propres fins égoïstes
Pour les experts qui sont achetés et vendus
Qui mentent à chaque respiration
Dont le projet empoisonne le monde entier
Avec la mort radioactive »
 
 
---------------------------------------------
 
Autre article de ce blog sur Christopher Busby
 
 
 
Interview récent de Christopher Busby par Mochizuki (langue anglaise)
 
 
 
---------------------------------------------
 
(1) Un rapport officiel sur la contamination du Japon vient d’être publié par le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie. Les mesures ont été réalisées par un hélicoptère, ce qui signifie qu’il faut considérer ces données comme largement sous-estimées pour la population puisque personne ne vit dans les airs ! Les radionucléides sont un peu en suspension dans l'air, mais surtout reposent au sol, et la population vit sur le sol, en particulier les enfants.
 
Voici une carte extraite de ce document, où ont été reportées les mesures concernant le césium 134 et 137 (j’ai ajouté les noms des préfectures en français). La contamination s'étend jusque la préfecture de Gunma ou la banlieue de Tokyo, à plus de 200 km de la centrale.
 
carte-contamination-japon-ministere-octobre-2011.jpg

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 00:52

275px-Plutonium_pellet.jpgBizarrement, le monde continue à ignorer les coriums de Fuklushima. Le mot corium reste tabou, certains préférant même parler de cœurs fondus plutôt que d’utiliser le mot interdit. Le monde nucléaire n’est pas loin de réécrire l’histoire…

Non seulement les coriums n’existeraient pas, mais l’explosion qui avait été entendue dans le bâtiment de l’unité 2 serait aujourd’hui remise en cause par Tepco. On trouve du plutonium jusqu’à des dizaines de kilomètres de la centrale, mais finalement on décide de ne plus le rechercher. Une manière aussi d’effacer sa présence, et de ne plus parler de tout ce qu’a produit la catastrophe de Fukushima.

Pour autant, cela ne doit pas nous empêcher de revenir sur les combustibles qui étaient présents au moment de l’accident. On est toujours en droit de se demander quelle est leur quantité et de quoi ils sont composés. Et en particulier le chargement du cœur n°3, formé en partie de MOX, ce combustible fabriqué en France constitué d’un mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium.

 

1163463 3 97dd chargement-du-mox-sur-le-pacific-heron-a

Chargement de MOX français en 2009 à Cherbrourg (source Le Monde)

 

 

1. La question du MOX

 

Selon l’excellent article d’Andrea Fradin « [Révélations] Areva au cœur du réacteur de Fukushima », un porte-parole d’Areva confirmait en mars l’implication de l’entreprise française dans la centrale de Fukushima, indiquant que “le réacteur 3 fonctionnait avec 30% de MOX” (1).

 

Or, si l’on s’en tient aux données brutes fournies par Tepco sur les combustibles de la centrale accidentée, il y avait, au moment du séisme du 11 mars 2011, 548 assemblages dans le cœur du réacteur 3. Et 30% de 548, cela fait 164 assemblages de MOX.

 

Pourtant, d’après Bertrand Barré, conseiller scientifique d’Areva, « le réacteur 3 de la centrale de Fukushima ne contient que 32 assemblages de MOX ».

 

Tout d’abord, le terme « que » est malheureux dans le contexte de la catastrophe actuelle, vis-à-vis de toutes les personnes contaminées actuellement au Japon. Car 32 assemblages d’environ 172 kg, ça fait tout de même 5,5 tonnes du combustible le plus dangereux de la planète, car contenant plus de 300 kg de plutonium. Sa toxicité est extrême, puisque sa dose létale est de l'ordre du microgramme. 300 kg équivaut donc à 300 milliards de doses mortelles.

 

Mais 164 assemblages, c’est une autre mesure, ça correspond à 28 tonnes de MOX, contenant près de 1700 kilogrammes de plutonium !

 

Alors qui dit vrai ? Areva pris de court interrogé par OWNI le lendemain de la catastrophe ou Areva à tête reposée qui ne peut pas dire autre chose parce que c’est la quantité maximale pour laquelle le réacteur 3 de Fukushima Daiichi est homologué auprès de l'AIEA ?

On peut aussi poser cette question autrement : qui dit faux ? L’article d’OWNI ou le conseiller scientifique d’Areva ?

 

section-1-methode-transport

Caisson de transport pour MOX (document Areva)

 

Quant aux proportions exactes du plutonium dans le MOX utilisé à Fukushima Daiichi, rien n’est clair. Areva elle-même sème le trouble et, sous couvert de transparence, laisse paraître au contraire de grandes incertitudes : « Sa seule différence avec le combustible nucléaire de base, fabriqué uniquement avec de l'uranium et appelé combustible UO2, réside dans le fait que le combustible MOX contient une faible proportion de plutonium mélangé avec de l'uranium (MOX signifie Mélange d'OXydes d'uranium et de plutonium). La proportion de plutonium varie selon le type de combustible : elle est généralement comprise entre 5 et 10 %. » (lien)

« Constitution d’un mélange primaire, à partir de poudres d'oxyde de plutonium, d'oxyde d'uranium appauvri et de "chamotte" obtenue à partir de pastilles de rebut. De l’uranium appauvri est ajouté à ce mélange primaire afin d'obtenir la teneur précise requise par les clients. Ce mélange final est appelé mélange secondaire. La teneur en plutonium de l'assemblage combustible - peut varier de 3 à 12% - en fonction des spécifications du Client.» (
lien)

Dans les deux citations, bien qu’Areva ne soit pas d’accord avec lui-même, il s’agit bien d’un mélange d’oxydes, et la moyenne du taux de plutonium est 7,5 %. Mais l’IRSN donne encore une autre fourchette : « La production du mélange secondaire : de l’oxyde d’uranium est ajouté au mélange primaire pour obtenir la teneur en plutonium recherchée, entre 5 et 12,5 %, selon les besoins des réacteurs. » (
lien)

 

Donc officiellement, la teneur en plutonium peut varier avec un facteur 1 à 4, ce qui, pour les quantités considérables de combustible en jeu, donne une fourchette extrêmement large : dans le cas d’un chargement à 6 % de MOX (32 assemblages), nous obtenons entre 165 et 688 kg de plutonium. Dans le cas d’un chargement à 30 % de MOX (164 assemblages), nous obtenons entre 850 kg et 3,5 tonnes de plutonium !

 

 

2. La question des quantités de combustible dans les cœurs

 

Selon un rapport en japonais diffusé en août 2011 concernant le maintien de l'arrosage des réacteurs n°1, 2 et 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, il y aurait 120 tonnes de combustible dans le réacteur n°1, et 164 tonnes dans les réacteurs 2 et 3 (2).

Or ces données ne correspondent pas avec celles connues par les autorités nucléaires au moment de l’accident.

Elles ne correspondent pas plus à celles fournies par Tepco à l’ambassade de France au Japon en 1999.

Voici un tableau résumant ces différentes données.

 

 

réacteur 1

réacteur 2

réacteur 3

1999

78 t

105,4 t

102,5 t

2010

69 t

94 t

94 t

août 2011

120 t

164 t

164 t

 

On le voit, les différences sont énormes. Et incompréhensibles. Peut-on surcharger un cœur de 50 tonnes de combustible ?

Avec les données d’août 2011, les infos de l’article d’OWNI (30 % de MOX pour le cœur n° 3) et le taux maximum de plutonium dans le MOX (12,5 %), on arrive à une masse de plutonium invraisemblable : 6 tonnes !

 

Et 6 mois après la catastrophe, on ne possède toujours pas d’information fiable à ce sujet (3). Inexplicable. Les autorités nucléaires vont-elles encore longtemps se ridiculiser en autorisant Tepco à rester dans le flou ?

 

 

3. La question des entreposages à sec

 

Ils sont appelés « dry casks » (littéralement « fûts secs »). On appelle ce stockage en français un entreposage « en châteaux », car d’habitude, les fûts cylindriques sont placés verticalement, ressemblant à des tours. Mais à Fukushima Daiichi, les containers sont stockés horizontalement. A l’origine, ce type de stockage était utilisé uniquement pour le transport, mais en 1994, la licence a été modifiée pour qu’ils puissent aussi servir pour le stockage permanent, ce qui a été réalisé à partir de 1995.

 

dry cask dessin

Dry cask

 

dry cask

Dry cask

 

Les parois des dry casks forment un blindage contre les rayonnements et la chaleur est transférée à l'air ambiant par conduction.

Il existe deux types de containers, des larges et des moyens, tous deux d’une longueur de 5,60 m. Les larges (diamètre 2,40 m) peuvent contenir 52 assemblages tandis que les moyens (diamètre 2,20 m) peuvent en contenir 37. A Fukushima, il y a 9 dry casks, 5 larges et 4 mediums. 11 containers supplémentaires étaient en préparation en novembre 2010, mais on ne sait pas s’ils avaient déjà été conditionnés en mars 2011.

 

Un bâtiment est consacré à l’entreposage des dry casks. Il est situé en bordure de mer, entre les réacteurs 1 et 5. A cause de sa position basse, ce bâtiment a été inondé entièrement lors du tsunami du 11 mars 2011. Mais il ne semble pas que cela ait provoqué de problème particulier.

 

batiment dry cask

Bâtiment pour le stockage des dry casks

 

Venons-en à la question. On sait par un document de l’ambassade de France au Japon qu’en 1999, les unités 4, 5 et 6 entreposaient du combustible usé dans des châteaux, en plus du combustible entreposé dans les piscines. On peut supposer que cela était dû à un manque de place, les piscines ayant une capacité limitée. Tepco envisageait ainsi la construction d’un plus grand centre de stockage pour solutionner ce manque de place chronique pour le combustible usé. 

La question qui se pose est de savoir si du combustible entreposé en châteaux était encore présent dans les bâtiments des unités 4, 5 et 6 le jour de l’accident.

 

 

4. La question du combustible stocké en piscine

 

Il existe 7 piscines de stockage de combustible usé à Fukushima Daiichi. Une dans chacune des 6 unités, et une piscine commune, située à 40 mètres à l’ouest de l’unité 4.

 

plan centrale fukushima daiichi

Plan de situation des différentes piscines du site

 

Environ 700 assemblages de combustible usé étaient générés chaque année à Fukushima Daiichi, soit environ 120 tonnes qu’il fallait laisser en piscine pour les faire refroidir.

Voici un tableau qui résume les différentes manières de stocker le combustible dans cette centrale :

 

Méthode de stockage

 

Quantité de stockage

(nombre d’assemblages en mars 2010)

Capacité (installations existantes)

Piscine de combustible usé à chaque réacteur

3450

8310

Entreposage à sec

408

408

Piscine commune

6291

6840

total

10149

15558

 

La piscine commune du site de Fukushima Daiichi est en service depuis 1997. Elle mesure 12 m sur 29 et a une profondeur de 11 m.

Les assemblages sont rangés dans des caisses par 90. On peut ranger 76 caisses dans le fond de cette piscine, ce qui lui donne une capacité maximale théorique de 6840 assemblages.

 

piscine commune

La piscine commune de Fukushima Daiichi

 

piscine commune dessin

Caisse et stockage dans la piscine commune

 

picine commune dessin

Ecorché du bâtiment de la piscine commune

 

Pour résoudre le problème de manque de place, on a augmenté la capacité des piscines de combustible usé en pratiquant le re-racking, c’est-à-dire en réduisant les espaces entre les caisses dans les piscines.

 

Le re-racking nécessite le remplacement des caisses conventionnelles par des caisses à haute densité, traitées pour l'absorption des neutrons. Cette technique permet une augmentation de la capacité de stockage d’une piscine de 40% à plus de 100% selon les situations. Mais avant d’effectuer un re-racking, il est d'abord nécessaire de vérifier que la structure de la piscine est capable de supporter le poids supplémentaire impliqué. Comme cette méthode est la plus simple et la moins chère, le re-racking a déjà été largement utilisé dans les centrales japonaises. Il faut noter toutefois que cette pratique n’avait pas été prévue à la conception des bâtiments et qu’elle met de fait les installations en surcharge, car l’uranium a une densité 19 fois supérieure à celle de l’eau.

Les questions qui se posent aujourd’hui sont les suivantes : est-ce que les tonnages officiels des combustibles en piscine prennent en compte l’utilisation du re-racking ? quel est le pourcentage d’augmentation de stockage par re-racking à Fukushima Daiichi ? et est-ce que les piscines associées aux réacteurs ‒ il faut le rappeler, perchées à 20 mètres au dessus du sol ‒ sont assez solides pour supporter de telles masses sans être affectées à long terme, surtout avec les secousses régulières dues aux tremblements de terre ?

 

 

Conclusion

 

Difficile de conclure : quand on cherche des données fiables et référencées, on tombe immanquablement sur des approximations et sur des contradictions, voire des impossibilités physiques (les cœurs ont-ils pu être aménagés pour être surchargés ?). Cette petite enquête apporte ainsi plus d’interrogations qu’elle n’en résout car ces questions restent en effet en suspens :

 

- Quel est le pourcentage réel d’assemblages de MOX dans le cœur du réacteur 3 : 30 % ou 6 % ?

- Quel est le pourcentage réel de plutonium dans le MOX utilisé dans le réacteur 3 de Fukushima Daiichi ?

- Quelles quantités réelles de combustibles se trouvaient dans chacun des réacteurs et des piscines ?

- Comment peut-on expliquer les différences de tonnages de combustible fournis par l’ambassade de France au Japon en 1999 et par Tepco en 2010 et 2011 ?

- Du combustible entreposé en châteaux était-il encore présent dans les bâtiments des unités 4, 5 et 6 le jour de l’accident ?

- Quelles sont les caractéristiques de l’utilisation du re-racking à Fukushima Daiichi ?

 

Si Tepco souhaitait devenir une entreprise crédible, il faudrait qu’elle commence, entre autres, par répondre à ces questions. Tant que la lumière ne sera pas faite sur la réalité de la centrale au moment de l’accident, l’énergie nucléaire restera cette énergie du secret, car pour l’instant, sa communication relève plus des pratiques de la grande muette que d’une entreprise responsable devant la société civile.

 

Pierre Fetet

 

---------------------------------

 

(1) Cette information est totalement plausible, car en 2008, le Japon lançait la construction de la centrale d’Ohma qui devrait démarrer avec 30% de MOX. Elle devrait être opérationnelle en 2014.

Voir : http://www.sfen.org/La-Commission-Europeenne-se

Mais on peut aussi imaginer qu’il s’agit d’une erreur de transcription. Selon Areva, le MOX peut être chargé de différentes manières, à la demande du client. On peut se demander si, à Fukushima, le MOX n’était pas chargé à 30 % de plutonium, au lieu des 3 à 12 % annoncé officiellement par Areva. Selon certains, le MOX pourrait même dans certains cas être chargé à 100 % de plutonium…

 

(2) Voir le document original et sa traduction.

 

(3) Un député japonais, Kono Taro , donne des tonnages encore différents… Dans cette page, il fait l’inventaire des combustibles des centrales nucléaires du Japon :

http://www.taro.org/2011/05/post-1017.php

 

 

----------------------------------

 

Sources :

 

L’article d’Andréa Fradin du 15 mars 2011 dans OWNI.fr, « [Révélations] Areva au cœur du réacteur de Fukushima »

http://owni.fr/2011/03/15/revelations-areva-au-coeur-du-reacteur-de-fukushima/

La page d’Areva.com du 15 avril 2011, « Quelles solutions pour Fukushima ? »

http://www.areva.com/ajaxpub/Dialog/DetailQuestion.aspx?idQuestion=749

« Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : toutes les données sur les réacteurs et les combustibles », article du 20 mai 2011 publié dans ce blog

http://fukushima.over-blog.fr/article-centrale-nucleaire-de-fukushima-daiichi-toutes-les-donnees-sur-les-reacteurs-et-les-combustibles-74272123.html

Rapport de l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques No 612 (1997 / 1998)

http://www.senat.fr/rap/o97-612/o97-61222.html

Sources pour le chapitre 3 :

http://www.nrc.gov/waste/spent-fuel-storage/pools.html

http://www-pub.iaea.org/MTCD/publications/PDF/Pub1398_web.pdf

Integrity Inspection of Dry Storage Casks and Spent Fuels at Fukushima Daiichi Nuclear Power Station - 16 novembre 2010 - Yumiko Kumano - Tokyo Electric Power Company

http://www.scribd.com/doc/51060557/Integrity-Inspection-of-Dry-Storage-Casksand-Spent-Fuels-at-Fukushima-DaiichiNuclear-Power-Station

 

 

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Autres articles du blog de Fukushima traitant de la question des combustibles :

Le plutonium de Fukushima Daiichi

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : toutes les données sur les réacteurs et les combustibles

Le corium de Fukushima (1) : description et données

Le corium de Fukushima (2) : effets et dangers

Radionucléides de Fukushima

 

 

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Remarque de l’auteur :

Si des lecteurs ont connaissance d’informations supplémentaires sur le sujet des combustibles de Fukushima Daiichi, je leur serai reconnaissant de laisser un commentaire qui complétera avantageusement la lecture de cet article.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 23:42

6 mois après la catastrophe, plusieurs synthèses ou bilans ont été publiés ‒ ce blog s’en est déjà fait l’écho ‒ mais connaissez-vous les articles suivants ? Et les questions qui en découlent… connaissez-vous quelqu’un, 6 mois après les évènements, qui soit capable d’y répondre ?

 

Manifestation-Tokyo pics 809Japon : 6 mois après le cauchemar

par Kibo Promesse

http://kibo-promesse.org/2011/09/japon-6-mois-apres-le-cauchemar/

On communique très vite sur le bilan humain et financier de la catastrophe : Il y aurait plus de 28.000 morts et disparus, près de 300.000 réfugiés, plusieurs centaines de milliards de dollars de dégâts et 25 millions de tonnes de déchets. Cependant, le gouvernement et TEPCO ne communiquent pas sur le nucléaire. Pire : La désinformation s’organise au plus haut, tous gouvernements confondus, pour minimiser l’ampleur de la catastrophe. 

(…)

Lire la suite de l’article

 

20110908p2a00m0na021000p size5Samedi-sciences (9): Fukushima six mois après

par Michel de Pracontal

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-de-pracontal/100911/samedi-sciences-9-fukushima-six-mois-apres

Pour avoir parlé de « villes fantômes » à propos des communes proches de la centrale de Fukushima Daiichi, le ministre de l'industrie japonais, Yoshio Hachiro, vient d'être contraint à présenter sa démission. Si l'expression a choqué, elle reflète hélas la situation concrète d'une zone où ne vivent plus que des animaux sauvages et des plantes, et où certains sites sont si contaminés qu'ils ne seront pas habitables dans un avenir prévisible. 

(…)

Lire la suite de l’article

 

27030 52341Fukushima, 6 mois après : un quotidien irradié

par Greenpeace

http://energie-climat.greenpeace.fr/fukushima-6-mois-apres-un-quotidien-irradie

Vivre, chaque jour : avoir un toit, à manger, aller au bureau, à l’école, se promener … ces choses tellement banales vues d’ici, et qui sont pourtant tellement compliquées à Fukushima, 6 mois après …

(…)

Lire la suite de l’article

 

217864 0201627001124 webDossier : Fukushima, 6 mois après

par Yann Rousseau et Nicolas Barré

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/dossier/0201626928229-fukushima-6-mois-apres-217864.php

Six mois après avoir assisté impuissant à la destruction des 4 réacteurs de sa centrale de Fukushima-Daiichi, l'opérateur Tepco espère toujours reprendre le contrôle du site avant la fin janvier 2012. Le retraitement d'importantes quantités d'eau contaminée qui compliquent l'accès du site s'est accéléré. L'inquiétude de la population grandit sur une possible contamination de la nourriture. Le gouvernement a refusé les contrôles systématiques des légumes ou de la viande produits près de la centrale.

(…)

Lire la suite de l’article

 

onegai012Fukushima : 6 mois de suicidaire censure.

par l’AIPRI

http://aipri.blogspot.com/2011/09/fukushima-6-mois-de-suicidaire-censure.html

Plus de six mois se sont écoulés depuis la plus grande catastrophe nucléaire civile qu’ait connue l’humanité et l’on est toujours dans l’expectative de ces indispensables données nucléaires objectives qui permettraient de prendre la mesure si non exacte du moins approchée du désastre. Ces données que les instances nationales et internationales censurent diligentement, sans hélas, amen, empêcher leurs poumons, les poumons de leurs fidèles alliés et de leurs fidèles banquiers, les poumons de leurs ennemis jurés, les poumons de leurs enfants et petits enfants très chéris de s’encrasser d’insoluble et artificielle radioactivité particulaire ambiante, ces données l’Aipri les a réclamées vainement dès les premiers jours.

(…)

Lire la suite de l’article

 

L’article de l’AIPRI se termine sur plusieurs questions pertinentes que je trouve intéressant de reproduire ici :

 

Question 1. Quel était le taux de combustion moyen des carburants nucléaires des centrales « accidentées »  (fondues) ?

 

Question 2.  Quelle quantité exacte de MOX contenait la centrale n°3 ?

 

Question 3. Combien de milliers de tonnes de carburant « éteint » (mais désormais fondu en grande partie) sont-elles stockées à Fukushima ? 2800 tonnes ou bien 9500 tonnes comme le soutient un député japonais ?

 

Question 4. Quel est le taux de combustion moyen de ces déchets ? Les chiffres que l’on trouve dans la littérature scientifique qui dans le passé analysa ces déchets vont, grosso modo, de 24 à 42 GwJ/t.

 

Question 5. Combien « pesait » le panache initial, d’environ 210 mètres de haut pour 40 mètres de diamètre, de la seconde explosion ?  A savoir combien de tonnes de carburant « actif et/ou éteint » ont-elles été projetées dans l’environnement ?

 

Ce ne sont pas les seules questions que l’on se pose sur Fukushima, il y en a bien d’autres comme celles-ci :

 

6. Pourquoi Tepco interdit à ses employés de parler à des journalistes ?

 

7. Quelle était le taux de radioactivité des 11500 tonnes d’eau rejetées dans le Pacifique en avril ?

 

8. Pourquoi les employés d’Areva ont-ils tous quitté le Japon quand la centrale a explosé ?

 

9. Pourquoi les pastilles d’iode n’ont-elles pas été distribuées à tous les habitants de la zone contaminée ?

 

10. Pourquoi les zones d’évacuations sont-elles concentriques alors que la contamination des sols ne l’est pas ?

 

11. Pourquoi on n’évacue pas certaines zones habitées alors qu’elle sont autant contaminées que certaines zones évacuées à Tchernobyl ?

 

12. Pourquoi on fait subir aux enfants de Fukushima le même taux de radiation que les travailleurs du nucléaire ?

 

13. Pourquoi Tepco n’a jamais diffusé les vidéos des explosions des unités 2 et 4 ?

 

14. Pourquoi Tepco ne répond à la question de l’AIEA concernant la découverte de Technetium ?

 

15. Pourquoi la France refuse de communiquer les mesures réalisées par le réseau international de surveillance de la radioactivité dans l'air ?

 

16. Quelle a été la mission des 140 militaires experts en risques nucléaires qui sont intervenus en mars et qu’ont-ils découvert ?

 

17. Quel était le pourcentage de plutonium dans le MOX utilisé dans le réacteur n°3 ?

 

18. Pourquoi Tepco ne parle jamais des coriums ?

 

19. Pourquoi certains ouvriers de la centrale n’ont pas été enregistrés et pourquoi d’autres ne portaient pas de dosimètres ?

 

20. Pourquoi le gouvernement japonais veut-il limiter l’utilisation des compteurs Geiger ?

 

21. Pourquoi 6 mois après la catastrophe on se pose encore tellement de questions ?

 

Amis lecteurs, si vous avez d’autres questions restées sans réponse, mettez-les en commentaire. Peut-être d’autres lecteurs pourront y répondre ?

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 15:17

  

Une série de secousses a eu lieu hier dans la région de Fukushima, mais suivant les sites de veille des tremblements de terre, les informations sont plus ou moins précises. D’après un site japonais qui a relevé des secousses proches de la centrale de Fukushima Daiichi, il a été émis l’hypothèse que le corium pourrait être un facteur déclenchant d’explosions de vapeur. N'ayant aucune information sur la localisation et l’état des coriums, il semble prématuré de rendre cette matière magmateuse responsable de séismes sous la centrale. En revanche, les nombreuses secousses qui ont eu lieu hier dans la région sont très inquiétantes, car l’état de la centrale de Fukushima Daiichi est loin d’être satisfaisant, et sa position sur une faille géologique la rend extrêmement vulnérable.

 

 

tremblement-3.jpg

Relevé des secousses près de la centrale

source : http://fukushima-diary.com/2011/09/breaking-news-explosion-underground/

 

D’après le site Japan Quake Map, l’épicentre du séisme d’hier se situait à 40 km au sud de la centrale, à l’ouest de la ville d’Iwaki.

 

tremblement-2.jpg

carte tirée de Japan Quake Map

 

 

Cette information est confirmée par le site de relevés des tremblements de terre Emergency Yahoo : 12 secousses ont eu lieu dans la préfecture de Fukushima (Fukushima Hamadori) dans la seule journée d’hier (pour la France, 29 septembre 2011 ; pour le Japon, à cheval sur le 29 et le 30).

 

Elles sont répertoriées comme suit :

lien

heure - date

coordonnées

profondeur

magnitude

3 heures, 46 minutes 30 Septembre, 2011

Environ 3 heures 42 minutes 30 Septembre 2011

37,1N 140,9E

10 km

3,5

2 heures 55 minutes 30 Septembre 2011

Environ 2 heures 51 minutes 30 Septembre 2011

37,1N 140,9E

10 km

2,8

1 heure 58 minutes 30 Septembre, 2011

Environ 1 heure 54 minutes 30 Septembre, 2011

37,1N 140,8E

peu profond

4,2

31 minutes à minuit 30 Septembre, 2011

Aux alentours de minuit le 27 Septembre 30, 2011

37,1N 140,9E

10 km

2,6

22 heures 45 minutes 29 Septembre 2011

Environ 22 heures 41 minutes 29 Septembre 2011

37,1N 140,8E

peu profond

3,3

58 minutes 29 Septembre 2011 21:00

Environ 54 minutes 29 Septembre 2011 21:00

37,1N 140,8E

10 km

2,9

34 minutes 29 Septembre 2011 21:00

Environ 29 minutes 29 Septembre 2011 21:00

37,1N 140,9E

10 km

3,7

41 minutes 29 Septembre 2011 20:00

Environ 37 minutes 29 Septembre 2011 20:00

37,1N 140,9E

10 km

3

07:20 minutes 29 Septembre 2011

Aux alentours de 3h20 sur le 29 Septembre, 2011

37,1N 140,8E

peu profond

3,7

19 heures 44 minutes 29 Septembre 2011

Environ 19 heures 40 minutes 29 Septembre 2011

37,1N 140,8E

10 km

2,8

18:19 minutes Septembre 29, 2011

Aux alentours de 13h19 le 29 Septembre, 2011

37,1N 140,8E

10 km

2,9

17:19 minutes Septembre 29, 2011

Aux alentours de 8h19 sur le 29 Septembre, 2011

37,1N 140,9E

peu profond

2

 

tremblement-de-terre-29-30-septembre-2011.jpg

Situation des épicentres avec Google Earth : repères A et B

 

La localisation des épicentres est également à 40 km au sud de la centrale de Fukushima Daiichi, à proximité de la ville d’Iwaki.

Rien à voir donc avec un tremblement de terre qui aurait eu lieu sous la centrale, même si des répliques ont été ressenties près du site nucléaire.

 

Quoi qu’il en soit, les tremblements de terre de la région de Fukushima sont à hauts risques pour au moins trois raisons :

 

1) La piscine attenante au réacteur n°4 est pleine à craquer de combustible : pas moins de 264 tonnes (229 tonnes de combustible usé et 35 tonnes de combustible neuf). Or cette piscine est située à 20 m au dessus du niveau du sol, et le bâtiment qui la soutient est en piteux état. En effet, celui-ci a subi plusieurs explosions : le 14 mars, le bâtiment a été méchamment déformé à cause du souffle de l’explosion de l’unité 3, puis le 15 mars, le hall d'opération de l’unité 4 a été victime de deux grosses explosions qui ont causé deux brèches d’environ 8 mètres de large sur l’enceinte extérieure du bâtiment abritant le réacteur et à 9 h 38, une explosion a eu lieu, suivie d’un incendie de la piscine de stockage du combustible.

 

110411_1f_7.jpg

L'unité 4 : un bâtiment fragilisé.

 

La piscine menaçant de s’effondrer, Tepco l’a consolidée dans les mois qui ont suivi avec des poutres métalliques supplémentaires et du béton. Mais rien ne dit si elle pourrait supporter un nouveau tremblement de terre de même magnitude que le 11 mars 2011.

Dans le cas où elle s’effondrerait, l’IRSN a estimé que la zone d’évacuation autour de la centrale devrait être d’au moins 60 km de rayon, et que plus personne ne pourrait rester travailler à la centrale à cause de la trop forte radioactivité qui y régnerait : il pourrait en effet y avoir un débit de dose de plusieurs centaines de Gray/h sur 1 km à la ronde (source).

 

110730 1

Piscine de l’unité 4 : consolidations (photo Tepco)

 

A partir de ce moment, plus rien ne serait contrôlable, et il faudrait probablement évacuer le nord et le centre du Japon de toute urgence, car les évènements dramatiques s’enchaîneraient les uns après les autres : les autres piscines ne pourraient plus être refroidies puisque les hommes auraient déserté le site. Ce ne serait alors plus une mais 7 piscines qui seraient en perdition. Les 6 autres piscines perdraient leur eau par évaporation au bout de quelques jours ou quelques semaines et les 1700 tonnes de combustible qu’elles contiennent commenceraient à brûler ‒ à ciel ouvert pour 3 d’entre elles. C’est alors l’hémisphère nord entier qui serait touché durablement par un panache hautement radioactif.

 

Etant donné les conséquences planétaires qu’entrainerait l’effondrement de cette piscine, il serait souhaitable que des experts internationaux indépendants viennent s’assurer directement sur site que cette piscine a fait l’objet de travaux de consolidation suffisants.

 

2) Le fait que la centrale de Fukushima Daiichi soit construite sur une faille est très inquiétant également. En effet, celle-ci, même ancienne, peut très bien être de nouveau active, vu l’intensité et le nombre de répliques constatées dans la région depuis le 11 mars. Le plus gros danger, après ceux connus pour les 4 réacteurs en perdition, vient de la piscine commune qui contient à elle seule 1097 tonnes de combustible usé. Elle a fait l’objet d’une grosse attention dans les études géologiques car la solidité de son socle devrait être sans faille, c’est vraiment le cas de le dire. Le moindre mouvement de terrain pourrait lui être fatal ‒ la piscine a une longueur de 29 mètres ‒ car une fuite massive d’eau par l’intermédiaire d’une fissure entrainerait le réchauffement immédiat des combustibles qui ont besoin continuellement d’être refroidis.

 

faille fukushima daiichi

Faille de Fukushima

 

Connaissant au moins depuis 2009 l’existence de cette faille, l’entreprise et les autorités de surveillance nucléaire ont pourtant choisi de l’ignorer. Aujourd’hui, il semble vraiment dangereux de vouloir continuer à entreposer le combustible usé sur le site de Fukushima Daiichi. Il serait raisonnable de prévoir à moyen terme de transférer ces tonnes de combustible vers un site de stockage plus sûr.

 

3) Un tsunami est toujours possible, et s’il arrivait qu’il s’en produise un de nouveau, les installations provisoires pour contenir le danger sur le site seraient rapidement mises hors service (toile qui est sensée stopper la radioactivité du réacteur 1, usine de retraitement de l’eau de refroidissement des piscines et des réacteurs). La construction d’une digue sur la côte devrait donc être aussi une priorité.

 

On comprend ainsi les inquiétudes et le stress des Japonais qui vivent au quotidien avec cette menace permanente, en plus de la contamination radioactive à gérer. De nouvelles cartes des terres contaminées viennent de paraître, et l’on constate en les observant que plus on réalise de mesures, plus l’étendue de la pollution radioactive est grande : certains points chauds sont situés à plus de 100 km de la centrale… Malgré cela, à partir d’aujourd’hui 30 septembre 2011, le gouvernement japonais demande aux évacués de la zone 20-30 km de retourner vivre chez eux. En prenant cette décision, l’Etat nippon décide donc de ne plus protéger une partie de sa population qui va participer de facto à une expérimentation sur les effets de la radioactivité à faible dose sur la santé humaine.

 

Laurent Mabesoone, résidant au Japon et créateur du mouvement du ruban jaune, 脱原発アピールの黄色いリボン Yellow ribbon against nuclear power, a réagi en envoyant un courriel de protestation au ministère de l’environnement :

 

"La décision de votre ministère de ne pas décontaminer les sols a proximité de la centrale de Fukushima 1, là où les radiations ne dépassent pas 5 millisieverts par an, est une décision insensée. La norme internationale est de 1 millisievert par an. Encore une fois, votre politique fait en sorte de laisser vivre les habitants de Fukushima dans la discrimination. Ceci s'oppose même à la Constitution de ce pays, qui garantit l'égalité des citoyens. Pire : vous prétextez d'un "manque de moyens financiers" ! C'en est trop. Vous savez certainement que M Shimizu, ancien PDG de la Tepco s'apprête à recevoir une prime de départ a la retraite de 500 millions de yens (environ 5 millions d'euros). Eh bien, que cet homme reverse tout son argent a la décontamination de ladite zone ! Maintenant, la première priorité dans ce pays, c'est la protection de la vie des citoyens de Fukushima. Si vous prétendez que le Japon est un Etat de droit, respectez la norme de 1 millisievert par an ! Respectez le droit a l'égalité des habitants de Fukushima !"273844_100002199562749_33240_n.jpg

 

 

 

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 00:47

Le site de Mochizuki rapporte les propos tenus par un employé de Tepco travaillant actuellement dans la centrale de Fukushima. Il se fait appeler Happy20790.

Voici ses tweets du 26 septembre, traduits en anglais puis en français. Ces courts textes nous montrent le quotidien de ces travailleurs de l’impossible

 

source :

http://fukushima-diary.com/2011/09/breaking-news-high-level-of-radiation-is-making-hydrogen-from-h2o/#.ToB_UxtVxGQ.facebook

 

 

今日も無事帰って来ましたっ。1号機の原子炉建屋は今日も作業中止でし。先週、可燃性ガス測定器で4%Maxって言ったけどまさかの100%越え(*_*)今ある測定器は可燃性ガスを計るものだから水素単体はわからないけど東電はほとんどが水素だろうだって言ってる。

I managed to come back safely today. We couldn’t work at reactor 1 today, again. Last week,they said they detected 4% of hydrogen but it turned out to be over 100%. The current measurement tool is to detected only flammable gas, but Tepco says probably it is all hydrogen.

J’ai réussi à revenir sain et sauf aujourd’hui. Une nouvelle fois, nous ne pouvions pas travailler au réacteur 1 aujourd’hui. La semaine dernière, ils disaient qu’ils avaient détecté 4% d’hydrogène mais il semble que ce soit 100%. L’outil de mesure actuel sert seulement à détecter du gaz inflammable, mais Tepco dit que tout est probablement de l’hydrogène.

 

配管切んなくて良かった~。あり得ない事だけど、最初の工程には測定なんて項目なくて前日に決まったから、ヤバかったよ。水素単体の測定器は今1Fにはなくて、28日に準備出来る予定なんだ。2829日に測定出来ると思う。結果は明らかだけどね。

We would have been all dead if we cut of the pipe. Unbelievable story, but as our original schedule, we didn’t plan to check the presence of flammable gas. The process was added the day before the day. It’s so scary.

The measurement tool to detect only hydrogen is not in Fukushima plant right now.

It’s coming on 9/28. We are to measure it on 28th or 29th but the result is already obvious. Most of the gas is hydrogen.

Nous aurions été tous morts si nous avions coupé le tuyau. Incroyable histoire, mais comme le voulait notre programme à l’origine, nous ne prévoyions pas de détecter la présence d’un gaz inflammable. Cette procédure a été ajoutée la veille. C’est trop effrayant.

L’outil de mesure pour détecter uniquement l’hydrogène n’est pas à Fukushima actuellement. On l’aura le 28 septembre. Nous mesurerons ça le 28 ou le 29, mais le résultat est déjà évident. Beaucoup d’hydrogène.

 

その後は窒素置換して窒素パージしながら切断する計画を検討してる。空気中の酸素濃度は18%位だから空気に触れても爆発だから凄く怖いんだけど。窒素も大量に使うから酸欠事故も心配だし

Then we are going to inject nitrogen to cut out to pipes. But normal air contains 18% of oxygen, which is enough to cause a hydrogen explosion even without fire. It’s so scary. Injecting nitrogen may also cause lack of oxygen..

Alors nous sommes en train d’injecter de l’azote afin de pouvoir couper les tuyaux. Mais l’air normal contient 18% d’oxygène, ce qui est assez pour causer une explosion d’hydrogène, même sans feu. C’est tellement effrayant. Injecter de l’azote peut causer aussi un manque d’oxygène….

 

水素が配管内に溜まってるのは事故当初のものが抜けてないやつや、新たな水素が溜まってと両方の理由があるみたい。新たな水素は色々な情報によると、どうも燃料被覆管のジルカロイの反応ではなくて水蒸気が高線量を浴びると水素が発生するみたい。

They say there are two possibilities why there’s so much hydrogen remain there still.

(1) Some of it remained even after the hydrogen explosion.

(2) New hydrogen came out ..

From looking at variety of information, it seems like it’s not from the (thermal) Zircaloy reaction.

It’s probably that high radiation is producing hydrogen out of H2O.

Ils disent qu’il y a deux possibilités qui expliquent pourquoi il y a tant d’hydrogène qui se trouve encore là.

(1) De l’hydrogène qui serait resté même après l’explosion.

(2) Du nouvel hydrogène

A la lumière de différentes informations, il semble que cela ne provient pas de la réaction thermique avec le zirconium.

 

どこにどれだけ溜まってるかわかんないから大変だよ。原子炉建屋だけじゃなくてタービン建屋の配管だって危ないし。凄い配管の量だよ。対象配管だけアイソレ(仕切る)出来ればいいんだけど、仕切れる(アイソレ)バルブも壊れてるし、健全でも気体を止めるには難しいし

It’s impossible to know how much hydrogen is stocked and where. It could be everywhere. and the amount of the pipes are crazy..If we can identify the pipe that has hydrogen inside, we could isolate the part but the valves are broken and it’s not enough to stop gas.

C’est impossible de savoir combien d’hydrogène est stocké et où. Il pourrait être partout. Et il y a un nombre invraisemblable de tuyaux. Si nous pouvions identifier le tuyau dans lequel il y a de l’hydrogène, nous pourrions isoler la partie mais les valves sont cassées et ce n’est pas suffisant pour stopper le gaz.

 

東電は対象配管だけなんとか対応して工事進めるみたいだけど、作業側としては先に全体をなんとかしないとって考えるけど多分無理なんだろうな。

Tepco is planning to do with only the “troubled” pipes, but from the view of us, actual workers, we want them to check the whole plant first..

Tepco prévoit de faire avec seulement les tuyaux «troublés», mais de notre point de vue, nous les travailleurs réels, nous voulons qu'ils puissent d’abord vérifier l'ensemble de l’usine.

東電は1号機爆発の時も絶対爆発は無いって言ってオイラ達は2号機の中の作業、自衛隊や消防はヤード作業してた時にドドドッカーンてきたからなぁ。自衛隊は東電信じないって撤退しちゃうし。あれがなきゃもっと自衛隊手伝ったかもなのに。

In the last explosion of the reactor 1, they told us there would never be an explosion. We were working at reactor 2, and fire fighters and self defense force were working at the yard, when it exploded.

–> then self defense force quit trusting Tepco anymore and they withdrew.

Dans la dernière explosion du réacteur 1, ils nous avaient dit qu'il n'y aurait jamais d’explosion. Nous étions en train de travailler au réacteur 2, et les pompiers et les forces d'autodéfense travaillaient dans la cour, quand il a explosé.
-> Alors la force d'autodéfense n’a plus eu confiance en Tepco et ils se retirèrent.

そんな今の現状で28日に避難準備区域が解除される。もう少し待てないのかなぁ。せめてカバーリングが出来るまで。最近ニュースも詳しく伝えないから危険性がわからないのかなぁ。汚染水処理だってサリーが止まったりまだまだ安心出来ないし

In this situation, they are going to lift the mandatory evacuating area on 9/28. They should wait at least until we finish making the cover for reactor 1.

Recently mass media don’t broadcast any details so they might not be afraid anymore. Even the water purifying system is broken and being stopped.

Dans cette situation, ils vont lever le domaine de l'évacuation obligatoire le 28 septembre. Ils devraient attendre au moins que nous ayons fini de faire la couverture pour le réacteur 1.
Actuellement les médias ne diffusent pas tous les détails de sorte qu’on ne peut plus avoir peur. Même le système de purification de l'eau est endommagé et a été arrêté.

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Conclusion : le corium est encore très actif. A son contact, l’eau est probablement craquée par radiolyse et donne de l’hydrogène et de l’oxygène, ce qui rend une explosion toujours possible sur le site.

 

 

En savoir plus : article de Philippe Mesmer dans Le Monde du 24 septembre 2011

 

Risque d'une nouvelle explosion d'hydrogène au réacteur 1 de Fukushima

 


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Mise à jour du 8 octobre 2011

 

Deux semaines plus tard, l'inquiétude des travailleurs est identique : ils arrivent à faire baisser le taux de ce gaz explosif, mais celui-ci remonte toujours. Tepco dit que c'est de l'hydrogène résiduel, alors que les travailleurs disent qu'il vient du sous-sol. La présence d'hydrogène rend la situation toujours dangereuse.

Source : http://fukushima-diary.com/2011/10/breaking-news-hydrogen-keeps-coming-up/

 

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« Sans le web, mémoire vive de notre monde, sans ces citoyens qui n’attendent pas des anniversaires, de tristes anniversaires, pour se préoccuper du sort des réfugiés de Fukushima, eh bien le message poignant de Monsieur Idogawa (maire de Futuba) n’aurait strictement aucun écho. » (Guy Birenbaum, Europe 1, 1er mars 2013)

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Le dernier livre de Jean-Marc Royer

 

 

Le dernier numéro d'Atomes crochus

 

 

Frankushima : un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France. Site dédié : frankushima.com

 

Un livre essentiel sur les conséquences de Tchernobyl

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Un livret pour tout apprendre sur le nucléaire !

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