13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 02:39

reuniondecrisefukushimaavril2011.jpgSelon Fukushima Diary, le Japon prévoit de monter une équipe consultative internationale pour le démantèlement de la centrale de Fukushima.

 

Le 11 janvier 2013, Tepco a annoncé qu’ils se préparaient à établir un IAT (International Advisory Team) pour le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima, en coopération avec le gouvernement nippon. Manquant d’expérience en la matière, ils vont créer un organisme consultatif rassemblant des experts américains, anglais, français, russes et ukrainiens afin de recueillir des avis techniques, choisir les technologies les plus appropriées et obtenir de l’aide sur le site.

 

Ce nouvel organisme devrait être opérationnel dès avril 2013.

 

On ne peut que se réjouir de cette nouvelle qui va dans le bon sens. Il est évident que l’industrie nucléaire fait face aujourd’hui à un problème majeur inédit et multiple, celui de la fusion de trois cœurs sur le même site et de piscines suspendues fragilisées par le méga séisme du 11 mars 2011 et ébranlées régulièrement par des tremblements de terre.

 

Le premier démantèlement consistera à retirer les 1533 assemblages de combustible de la piscine de l’unité 4 dont la structure a le plus souffert.

 

Depuis 2012, Tepco est soumis à une pression internationale face au danger majeur que représente le contenu de cette piscine qui, si elle s’effondrait ou se vidait rapidement, mettrait le Japon dans une situation radiologique intenable qui aurait des conséquences mondiales irréversibles. C’est la raison pour laquelle Tepco a communiqué son intention d’accélérer la prise en charge du transfert du combustible de la piscine 4 qu’elle prévoit de terminer fin 2014.

 

Mais selon l’expert nucléaire japonais Koide, il est probable que ce transfert nécessite beaucoup plus de temps que ne l’annonce Tepco. La nouvelle de la création de cet organisme consultatif confirme sa pensée : Tepco ne sait pas comment s’y prendre et de ce fait, les deux années annoncées pour le transfert ressemblent plus à un vœu qu’à une prévision réaliste.

 

D’autre part, non seulement le transfert du combustible est extrêmement dangereux, mais Tepco n’a plus droit à l’erreur. L’obtention d’avis d’experts internationaux permet ainsi à l’opérateur de partager la responsabilité d’un éventuel échec si l’opération tournait au drame.

 

Quoiqu’il en soit, il s’agit d’une bonne nouvelle car l’affaire est très grave. Au moment où le nouvel organisme commencera à travailler, deux ans se seront déjà écoulés depuis le début de la catastrophe nucléaire. Deux ans de perdus si l’on peut dire. Car le monde entier a réclamé cette ouverture dès le début de la crise, ce que le Japon a toujours refusé de faire jusqu’à présent.

 

Toutefois il ne s’agit que d’un début. Il faut continuer à faire pression pour que le site nucléaire de Fukushima Daiichi ne soit plus sous le contrôle de Tepco. L’organisme qui va naître devra progressivement prendre la mesure de l’urgence et imposer la voie de la coopération internationale. De consultatif, il est primordial qu’il devienne décisionnel, sous la responsabilité d’une organisation internationale.

 

Afin d’appuyer cette démarche, nous allons clore la pétition adressée à l’ONU « Appel urgent pour éviter une nouvelle catastrophe nucléaire mondiale » et la transmettre prochainement à son secrétaire général Ban Ki-Moon. Débutée il y a 6 mois, elle a réuni plus de 17 000 signatures de tous pays, dont celles d’experts nucléaires. Bien que le nombre de signataires soit bien en deçà de l’enjeu d’une telle menace, nous espérons qu’elle incite les instances internationales à mieux prendre en compte les demandes qui y sont formulées.

 

D’ici là, nous vous encourageons à continuer à la diffuser et à la faire signer sans perdre de temps, car cet appel reste urgent, un nouveau gros séisme pouvant arriver n’importe quand.

 

Lien unique vers la pétition :

http://www.avaaz.org/fr/petition/Appel_urgent_pour_eviter_une_nouvelle_catastrophe_nucleaire_mondiale/

 

Traduction de la pétition dans différentes langues :

English:

http://0z.fr/E2Y9X

日本語

http://0z.fr/HeVO6

Español :

http://2doc.net/s5i3e

 

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Avis d'experts sur le risque de la piscine 4 :

http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-urgent-pour-eviter-une-nouvelle-catastrophe-nucleaire-mondiale-107834979.html

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_______________

 

 

Photo d’entête : réunion de crise à la centrale de Fukushima Daiichi le 8 avril 2011 (source Tepco)

 

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 19:48
A l’ex-centrale…
 
- Photo de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi prise par hélicoptère le 24 octobre 2012.
 
daiichi20121024
Les terres agricoles interdites sont maintenant couvertes de mauvaises herbes. (source Mainichi)
 
 
- Toujours des fuites
Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de fuite avec autant de kilomètres de tuyaux, autant de tremblements de terre, autant de matériaux fragiles, autant de périodes de gel en hiver ?
 
fuite desalinisation
A la station de désalinisation
 
fuite près 5 6
A l’aire de stockage de l’eau radioactive, près des unités 5-6
 
 
- Et encore des fumées
Le 7 janvier 2013 à 10h16, une fumée a commencé à s’échapper d’une cheminée de la piscine commune de combustible usé durant environ une demi-heure. Elle est visible sur les enregistrements des deux webcams disponibles, celle de Tepco et celle de TBS/JNN.
 
Vidéo TBS
 
Vidéo Tepco
 
Remarque : Que se passe-t-il dans le bâtiment de la piscine commune ? Mystère. Nous avions déjà remarqué ces fumées à deux reprises, le 28 février 2012 et le 4 septembre 2012 à des heures similaires (respectivement 10h52 et 10h57). Le 4 septembre, le dégazage avait lieu en même temps qu’une montée en température du réacteur n°2. La fumée du 7 janvier 2013 arrive également après une montée en température du réacteur n°2 depuis fin décembre, comme le mentionne Fukushima Diary. Coïncidence ?
 
 
- L’état des 4 réacteurs fin décembre vu par un journal de Tokyo (29/12/12)
 
23717 296601087127595 1554604206 n
(source)
 
 
- Construction de la structure du réacteur 4 :
4200 tonnes d’acier juste pour vider une seule piscine de son combustible 
(source)
 
1
Fin de l’enlèvement des débris (décembre 2012)
 
2
Installation d’une structure en acier pour protéger le transfert du carburant (début des travaux : 8 janvier 2013)
 
3
Toit et couverture murale (image de simulation)
 
 
Décontamination des sols
 
-  Nettoyage d’une chaussée à Naraha, Préfecture de Fukushima, en Mars 2012
 
decontam
(source)
 
- Débris radioactifs entassés au bas d’un talus à Nahara, préfecture de Fukushima
 
Slope-down
 
(source)
 
- Travailleurs lavant leurs bottes et leurs outils après le travail de décontamination à Tamura, Fukushima Prefecture. (Tamiyuki Kihara) 
 
crooked-3
(source)
 
- Travailleurs jetant des feuilles mortes contaminées dans une rivière
 
crooked-1
(source)
 
 
Cartes
 
- Données météorologiques sur le Japon
Le site meteo centrale donne les prévisions météorologiques du Japon, avec en particulier la diffusion atmosphérique des particules en provenance de la centrale de Fukushima Daiichi.
Il se trouve que si la majeure partie des particules se dirige vers la mer, il y a des périodes où le vent renvoie le panache invisible sur les terres. En cas de pluie, les poussières sont rabattues au sol, ce qui peut parfois expliquer les montées de radioactivité constatée ici où là sur l’île.
 
Exemple récent de concordance pluie-panache sur la région de Tokyo :
 
précipitationsPrécipitations
retombéesPanache
 
 
 
- Failles actives et centrales nucléaires du Japon
(source)
 
failles actives japon
 
 
 
- Centrales nucléaires du Japon
J’ai entouré en rouge les réacteurs programmés ou déjà en construction. Il y en a 13 en tout !
 
centrales nucléaires du Japon en construction ou prévues
(source : Rapport JNES 2012 p. 18-19))
 
 
- Localisation des installations de fabrication et de retraitement de combustible nucléaire et d'élimination des déchets radioactifs.
 
Location Map of Nuclear Fuel Fabrication, Reprocessing and
(source : Rapport JNES 2012 p. 307)

 
Reportage
- Japon : nouvel an à Fukushima - videos.arte.tv
Une femme: "J'ai connu les bombardements de la seconde guerre mondiale et enfant, j'ai du courir pour me cacher, mais je peux vous dire que ce temps-là était plus facile à vivre que ce qu'on vit aujourd'hui."
 
- Visite du premier minister Abe à la central de Fukushima Daiichi le 29/12/12
 

 
 
 
Témoignages
Retour sur deux vidéos de 2011 de Français habitant au Japon sur le blog de Kna
 
alex
 
 
 
 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 00:49

réacteur 3Bientôt 22 mois se sont écoulés depuis mars 2011, date à laquelle la catastrophe de Fukushima a commencé. 2011-2013… Les évènements précis ont tendance à s’effacer de nos souvenirs. On se souvient pourtant, il y a eu des explosions dans une centrale nucléaire du Japon. Un territoire a été évacué. Le nom de Fukushima est à jamais marqué dans les mémoires sans que certains ne sachent vraiment à quoi il correspond exactement. Est-ce un territoire ? une ville ? seulement le nom d’une centrale ? un évènement ? Il y a quelque chose d’effroyable dans ce souvenir diffus et précis à la fois, dans ce nom de Fukushima. Notre corps frissonne encore de ces moments d’angoisse de mars 2011. On se souvient surtout de la terreur qu’avaient provoquée ces explosions, de la fuite des occidentaux hors du Japon, de l’inquiétude mal cachée des dirigeants et des scientifiques. On est encore mal à l’aise avec ces souvenirs embarrassants, car il persiste en nous un doute, un énorme doute, sur ce qui s’est passé réellement et sur ce qui se passe encore aujourd’hui. Pour dissiper ces interrogations, il est nécessaire de revenir sur ces évènements régulièrement, de prendre du recul, de faire le point. Surtout ne jamais banaliser. C’est nécessaire, car ce qui est arrivé en mars 2011 est la catastrophe nucléaire la plus importante jamais arrivée sur cette terre, mais c’est aussi peut-être salutaire car comprendre ce qui se passe, affronter la réalité, même inconcevable pour beaucoup il y a seulement 2 ans, permet de dépasser ses propres angoisses et aller de l’avant pour que cela ne recommence pas ailleurs.

 

Fukushima signifie littéralement « île du bonheur ». La centrale qui a été touchée par le séisme, puis par le tsunami est appelée Fukushima parce qu’elle est située dans la préfecture de Fukushima, qui est un territoire équivalent à une petite région française. Elle est aussi appelée Daiichi (= n°1), car il y a une autre centrale, Fukushima Daini (= n°2), à 12 km au sud de la première. Mais Fukushima est aussi le nom d’une ville située à environ 60 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Aujourd’hui, Fukushima est surtout connu pour la catastrophe nucléaire en cours, et les dictionnaires encyclopédiques devront plancher sur une définition beaucoup plus large, englobant à la fois les évènements factuels du mois de mars 2011 et leurs conséquences sanitaires, démographiques, politiques et économiques sur le long terme.

 

Que s’est-il passé le 11 mars 2011 ?

(ou petit résumé pour ceux qui n’auraient pas suivi ?)

 

Tout a commencé le 11 mars 2011 à 14h46 avec le séisme le plus fort jamais enregistré au Japon, au large de Sendai. Ce tremblement de terre de magnitude 9 a été ressenti à la centrale de Fukushima Daiichi moins d’une minute après, provoquant l’arrêt automatique des trois réacteurs en activité à ce moment-là, les réacteurs n° 1, 2 et 3.  Le séisme a également fait des dégâts immédiats, créant des fissures dans le béton, déformant les murs et les portes,  bousculant les kilomètres de tuyauteries, ce qui a conduit par exemple à une fuite d’eau au 4ème étage du réacteur n°1. Cet évènement a été considéré comme un accident de perte de réfrigérant primaire, bien avant que la vague n’atteigne la centrale.  Le séisme a aussi été responsable de la perte de l’alimentation électrique provenant de l’extérieur, ce qui a entraîné la mise en route des générateurs diesels de secours. En outre, la détection de xénon 133 immédiatement après le séisme prouve que la centrale japonaise rejetait déjà des éléments radioactifs avant l’arrivée du tsunami. A 15h37, une vague de 14 à 15 mètres de hauteur a submergé le site nucléaire, mettant hors d’usage les générateurs situés au niveau de la mer. Trois quarts d’heure après le séisme, les réacteurs 1, 2, 3 et 4 de la centrale de Fukushima Daiichi étaient donc totalement dépourvus d’électricité, ce qui a provoqué des catastrophes nucléaires en série.

 

meltdown.jpg1) La fusion des cœurs 1, 2 et 3

La fusion d’un cœur (appelée aussi meltdown) est provoquée par l’absence de refroidissement du combustible. En effet, une centrale nucléaire ne s’arrête pas comme une ampoule avec un interrupteur. Il est toujours nécessaire de refroidir le cœur qui conserve une température résiduelle importante due aux produits de fission. S’il n’est pas refroidi, le cœur d’un réacteur fond en quelques heures seulement. La fonte du combustible et de ce qui l’entoure produit une matière que l’on nomme « corium ». Ce nom n’est pas très utilisé dans la communication de l’industrie nucléaire car il est le corolaire du mot « accident nucléaire ». On en connaissait deux exemples jusque là : celui de Three Mile Island en 1979 et celui de Tchernobyl en 1986. Cette matière a donc été inventée par l’homme il y a plus de 30 ans mais n’avait jamais fait l’objet d’une publication de vulgarisation, c’est pourquoi j’ai tenté d’expliquer cette matière en publiant un article avec les connaissances dont je disposais en août 2011, suivi d’une mise au point en novembre 2011 pour donner des précisions et corriger quelques manquements de la première version.

Jamais l’homme n’avait produit autant de corium d’un coup. Three Mile Island, c’était une vingtaine de tonnes, Tchernobyl entre 50 et 100 tonnes (difficile encore aujourd’hui d’aller vérifier). Fukushima, c’est 64 tonnes pour l’unité 1 et deux fois 94 tonnes pour les unités 2 et 3, soit un total d’environ 250 tonnes de combustible fondu, sans compter les dizaines de tonnes supplémentaires de matériaux divers mêlés à ce magma.

Comme le Japon, la France de 2012 ne possède aucune centrale équipée d’un récupérateur de corium. Selon l’IRSN, « dans les réacteurs actuels, si un accident grave menant à la fusion du cœur survenait, les matériaux fondus pourraient percer la cuve et s’écouler sur le radier en béton. La percée de ce dernier pourrait en résulter, ce qui conduirait à un relâchement de produits de fissions dans l’atmosphère ».

Tepco savait qu’un meltdown avait eu lieu dès le 12 mars 2011. Pourtant l’opérateur a choisi de n’informer le public que deux mois plus tard. Le doute s’est alors installé durablement dans le public envers l’honnêteté de cette entreprise et l’ensemble de sa communication.

 

explosion3.jpg2) Les explosions des unités 1, 2, 3 et 4.

Jamais un site nucléaire n’avait subi autant d’explosions, touchant 4 bâtiments réacteurs différents. Voici le rappel de ces 7 explosions qui ont eu lieu en l’espace de 4 jours :

- Samedi 12 mars, réacteur 1 à 15 h 36 : explosion de la partie supérieure du bâtiment. Le toit s’est effondré, produisant une propagation horizontale des nuages de poussière grise.

- Lundi 14 mars, réacteur 3 à 11 h 01 : explosion en deux temps, une première visible sur le côté sud de manière horizontale avec un flash de lumière, et quasi simultanément une seconde qui souffle le toit de manière verticale produisant une colonne de poussière noire de plusieurs centaines de mètres de hauteur.

- Mardi 15 mars, réacteur 2 à 6 h 10 : contrairement aux deux précédentes explosions sur les réacteurs 1 et 3, celle du réacteur 2 n'a pas été visible de l'extérieur et n'a pas détruit le bâtiment externe. L’explosion a endommagé la piscine de condensation de l’enceinte de confinement.

- Mardi 15 mars, réacteur 4 à 8 h 00 : dans le hall d'opération du réacteur 4, une ou deux grosses explosions causent deux brèches d’environ 8 mètres de large sur l’enceinte extérieure du bâtiment abritant le réacteur. Puis, à 9 h 38, se produit une autre explosion suivie d’un incendie, au niveau de la piscine de stockage du combustible, qui s’éteint vers midi. Le 16 mars, à 5 h 45, un nouvel incendie  est déclaré. Il s’arrête vers 9 h 40.

La version officielle de l’origine des explosions est l’hydrogène qui se combine avec l’oxygène. Or, si la plupart des explosions peuvent s’expliquer ainsi, celles qui ont eu lieu le 14 mars dans le réacteur n°3 font encore aujourd’hui l’objet de discussions.

Par ailleurs, alors de que des dizaines de caméras étaient braquées sur le site nucléaire en crise, la vidéo de l’explosion du bâtiment réacteur n°4 du 15 mars 2011 n’a bizarrement jamais été divulguée. Le doute sur la volonté sincère de l’opérateur à vouloir communiquer en toute transparence se transforme en méfiance. Qu’est-ce que Tepco refuse de montrer ?

 

pollutioneau.jpg3) La perte de confinement des réacteurs 1, 2 et 3

Habituellement, l’industrie nucléaire explique au public que l’énergie atomique n’est pas dangereuse car il existe trois barrières pour confiner les radionucléides et éviter qu’ils se dispersent dans l’environnement. La première est la gaine de zircaloy, alliage composé principalement de zirconium, qui sert à enfermer les pastilles de combustible sous forme d’un long tube de 4 m de long. La seconde est la cuve en acier du réacteur d’une épaisseur de plus de 20 cm, et dont l’ouverture est recouverte d’un couvercle boulonné. Les tuyaux du circuit primaire font aussi partie de cette deuxième barrière. La troisième est l’enceinte de confinement qui est constituée de murs en béton d’une épaisseur dépassant le mètre et doublée d’une paroi en acier.

A Fukushima, ces trois barrières ont failli pour les 3 premiers réacteurs. Lors d’un meltdown, la gaine de zircaloy fond et laisse s’échapper les pastilles d’oxyde d’uranium ou de plutonium. La première barrière est donc détruite rapidement en cas de surchauffe, d’autant plus qu’il a été démontré que les gaines de zircaloy commencent à éclater entre 700 et 900 °C.

La seconde barrière, la cuve du réacteur, si elle est épaisse n’en est pas moins fragile : percée de dizaines d’ouverture ménagées pour diverses fonctions ‒ circuit primaire allant vers les turbines, circuits de refroidissement, trous pour les barres de contrôle (97 dans le réacteur n°1) ‒ elle n’offre que peut de garantie quand il y a meltdown. Pire, quand il y a melt-through, c’est-à-dire quand le corium perce le fond de la cuve ‒ ce qui est arrivé au moins au réacteur n°1 ‒ c’est l’ensemble du combustible qui pulvérise cette barrière.

La troisième barrière, faite de béton armé semble la plus solide. Pourtant en cas d’accident, elle n’en est pas moins vulnérable à cause de la puissance des explosions et de la pression exercée. Pour le réacteur n°3, on a constaté par exemple que de la vapeur radioactive s’échappait du bord de l’ouverture de l’enceinte. Cette fuite a été prouvée par une vidéo et par des photos infrarouges, puis dernièrement reconnue par Tepco. Pour le réacteur n°2, même si on n’a pas pu constater de visu les dégâts dans la piscine torique, on a mesuré qu’il a provoqué un panache parmi les plus radioactifs des premiers temps de la catastrophe.

Ainsi, en cas d’accident majeur, les trois barrières de confinement ne sont pas suffisantes pour empêcher une pollution majeure : à Fukushima, sur trois réacteurs en difficulté, il y a eu 100 % de défaillance.

 

piscine4.jpg4) La menace permanente de la piscine de désactivation n°4

Comme si la fusion de 3 cœurs, les 7 explosions et la perte de confinement de 3 réacteurs n’avaient pas suffi, l’accident de Fukushima a également dévoilé au grand jour le problème des piscines de désactivation qui n’ont pas d’enceinte de confinement. Ce n’est pas par hasard qu’au lendemain de l’explosion du bâtiment réacteur n°4, les Etatsuniens ont demandé à leurs ressortissants de s’éloigner de la centrale au-delà de 80 km. En prenant cette sage décision, ils avouaient implicitement qu’ils connaissaient les dangers de la perte de contrôle du refroidissement de la piscine 4. Le gouvernement japonais avait ensuite même envisagé d’évacuer dans un rayon plus large, avec l’éventualité de l’évacuation de Tokyo. Car si on n’avait pas réussi à ajouter de l’eau dans la piscine 4, l’avenir du monde aurait été sombre, car l’incendie de cette piscine aurait provoqué une pollution bien pire que celle de Tchernobyl.

Mais on ne peut pas parler de cette éventualité seulement au passé.

Car aujourd’hui, cette piscine, mais aussi celles des 3 autres unités réformées, sont toujours à l’air libre et menacent toujours le monde. Elles sont situées entre 20 et 30 mètres de hauteur dans des bâtiments qui ont tous subi des explosions, et conservent ensemble plus de 3000 assemblages représentant plus de 500 tonnes de combustible. La piscine du réacteur n°4 est la plus surveillée car les murs du bâtiment qui l’abrite ont été fortement endommagés par l’explosion du 15 mars (souvenez-vous, celle dont la vidéo est censurée). Malgré le renforcement de la piscine par du béton et de l’acier, elle n’en reste pas moins une menace permanente, comme une épée de Damoclès sur l’avenir de l’humanité. N’en déplaise au journaliste scientifique qui s’est plu à dénoncer il y a quelque temps la « désinformation » qui régnait à propos de cette piscine dans des journaux concurrents ou des sites indépendants ne reprenant pas fidèlement l’information officielle, la menace ‒ qu’il ne nie pas ‒ est bien réelle et ce n’est pas en recopiant les discours rassurants de Tepco qu’il réussira à la supprimer. Un séisme de magnitude 9 est toujours possible au Japon et peu de monde pense que le bâtiment réacteur 4, déjà fortement ébranlé, résisterait. L’urgence du transfert du combustible vers une piscine au sol est donc toujours de mise, et c’est pour cela qu’il est important de continuer d’alerter  les décideurs pour augmenter la rapidité d’intervention et les chances de réussite de cette opération. Tepco a récemment communiqué sur le sujet en prétendant accélérer le processus de transfert, et en annonçant une fin des travaux pour la piscine 4 fin 2014. Mais tout le monde n’est pas aussi optimiste ; le professeur Koide par exemple pense qu’il faudra bien plus de temps. Il faut espérer qu’il n’y aura pas d’autre tremblement de terre puissant durant toutes ces années de travaux et de transfert, sinon il y a une autre solution que d’attendre, on peut se battre pour que les travaux aillent plus vite.

 

La conséquence immédiate de ces multiples désastres est la diffusion massive de radionucléides dans l’environnement. En décembre 2012, Tepco annonçait que pour les seuls Césiums 134 et 137, l’ex-centrale rejetait 10 millions de Becquerels par heure dans l’atmosphère, soit 240 millions de Bq par jour. Qu’en est-il des plutonium, strontium, américium, neptunium et autres poisons ? Tepco n’en parle pas. Qu’en est-il de la pollution de l’eau qui s’infiltre dans les sols ? Pas de nouvelle non plus. La seule info de la pollution de la nappe phréatique a été donnée le 31 mars 2011 : à cette date, un porte-parole de Tepco avait annoncé que la nappe phréatique située à environ 15 m au-dessous de la centrale avait une teneur en iode 131 dix mille fois supérieure aux normes autorisées.  Depuis, silence radio sur l’évolution de cette pollution, ce qui est absolument anormal. Donc nous continuerons notre veille et nous en parlerons dès que nous aurons des informations sur ce sujet. En attendant, même si Tepco ne fournit pas les mesures, il est évident que ces rejets ont provoqué une pollution irrémédiable des terres, des nappes phréatiques et de la mer.

 

Avec le nouveau gouvernement élu en décembre, le Japon a choisi de vivre dans le déni du danger nucléaire. On continue à brûler des déchets radioactifs dans tout le pays, on autorise les habitants des zones rouges à passer le nouvel an dans leurs maisons contaminées, on promet de remettre en route les centrales nucléaires arrêtées, les enfants des écoles continuent de porter des dosimètres et de mordre la poussière radioactive invisible. Tout est en place pour une grande catastrophe sanitaire à venir. Malgré tout, en 2013, le blog de Fukushima continuera à soutenir le combat des Japonais qui veulent un monde sans nucléaire en veillant à ce que l’information circule, en restant vigilant pour toujours dénoncer les mensonges de l’industrie nucléaire, les dangers des faibles doses et les chimères de la décontamination des terres.

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 23:59

caldicottDr. Helen Caldicott est pédiatre, spécialiste en fibrose kystique et présidente fondatrice de Physicians for Social Responsibility qui, au nom d’un groupe de coordination plus grand, a reçu le prix Nobel pour la Paix en 1985. Il semble que ce texte n’a pas été assez diffusé, c’est pourquoi j’en reproduis ici la traduction française, ainsi que les liens vers les versions anglaise, allemande et japonaise. 

 

 

-oOo-

 

 

Le sacrifice nucléaire de nos enfants : 14 recommandations pour aider le Japon contaminé par la radiation.

 

Par Helen Caldicott, M.D.

Le 24 Août 2012

 

source originale en anglais : http://www.helencaldicott.com/2012/08/the-nuclear-sacrifice-of-our-children/

texte en allemand : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/matsumura_caldicott.pdf 

texte en japonais : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/Helen-Japanese-translation-+-bio-for-web.pdf 

source traduction française : http://akiomatsumura.com/wp-content/uploads/2012/08/Helen-Caldicott-article-French-sep-12.pdf 

 

 « En voyage à Cuba en 1979, j’ai été frappée par le nombre de panneaux publicitaires en bord de route affichant ces mots « Nos enfants sont notre patrimoine national ».

Ces mots résonnèrent dans mon âme de pédiatre car je les trouve tellement vrais. Mais comme l’affirme Akio Mastsumura dans son article, nos enfants sont actuellement sacrifiés sur l’autel des programmes politiques et nucléaires des Nations unies pour la survie des hommes politiques, dont la plupart sont des hommes, ainsi que pour des raisons de « sécurité nationale ».

 

Le problème dans le monde actuel est que les chercheurs ont oublié le commun des mortels à leur niveau d’entendement de la science. Savent-ils qu’une mauvaise application de la science, et notamment de la science nucléaire, a détruit et continuera à détruire une grande partie de l’écosphère et de la santé humaine ?

A vrai dire, la plupart des hommes politiques, d’affaires, des ingénieurs et des physiciens nucléaires ne comprennent manifestement rien à la radiobiologie, et notamment quant à savoir comment la radiation provoque le cancer, les déformations congénitales et les maladies génétiques qui se transmettent de génération en génération. Ils ne reconnaissent pas non plus que les enfants sont vingt fois plus sensibles au rayonnement que les adultes, que les fillettes sont deux fois plus vulnérables que les petits garçons et les fœtus bien plus encore.

D’où la réaction ridicule et irresponsable des hommes politiques japonais au désastre de Fukushima, non seulement parce qu’elle repose sur une ignorance totale mais aussi parce qu’elle est influencée par les liens politiques qu’ils entretiennent avec TEPCO (Tokyo Electric Power Company) et l’industrie nucléaire, qui ont tendance à orchestrer une grande partie du débat politique japonais.

 

L’accident de Fukushima a libéré 2,5 à 3 fois plus de radiations que Tchernobyl alors que le Japon a une population beaucoup plus dense et importante que l’Ukraine, le Belarus et la Russie ; étant donné également qu’un million de décès attribués à Tchernobyl sont survenus dans les 25 années après cet accident, on s’attend à ce que plus d’un million de Japonais succombent aux retombées de Fukushima au cours des 25 prochaines années. Cependant, pour cette génération, le temps d’incubation du cancer à la suite de l’exposition à la radiation peut varier entre 2 et 90 ans. Ce constat s’applique donc aussi à toutes les générations japonaises futures qui seront exposées à un environnement et à une alimentation radioactifs.

Il semble que les dirigeants japonais se livrent activement à ignorer ou à dissimuler ces effrayantes prédictions médicales et que dans leur ignorance ils décident que les gens peuvent très bien retourner ou continuer à vivre dans les zones hautement contaminées. Cependant, à la suite de Fukushima, même certaines sections de Tokyo enregistrent la présence d’isotopes radioactifs dangereux dans la poussière des maisons, les plantes et le sol des rues.

 

Les cancers de la thyroïde associés à Tchernobyl ont fait leur apparition seulement trois ou quatre ans après l’accident (alors qu’aujourd’hui, 92 000 cas ont été diagnostiqués). Cependant, douze mois à peine après l’évènement, à la Préfecture de Fukushima les écographies de 36% des 38 000 jeunes de moins de 18 ans révèlent la présence de kystes ou de nodules thyroïdiens (des biopsies doivent être effectuées pour exclure toute malignité). Un tel temps d’incubation raccourci donne à penser que ces enfants ont presque indubitablement reçu une forte dose d’irradiation à la thyroïde en inhalant et en ingérant de l’iode radioactif.

Ces résultats sont de mauvais augure pour le développement d’autres cancers puisque des centaines d’autres éléments radioactifs se sont dispersés, qui se concentrent maintenant dans les aliments, le poisson et les poumons humains. Certains de ses éléments ne restent radioactifs que pendant quelques minutes mais beaucoup le restent pendant des centaines à des milliers d’années. Ceci signifie que la plus grande partie de l’alimentation japonaise restera radioactive pendant plusieurs générations à venir. C’est ainsi que les accidents nucléaires n’en finissent jamais. 40% de la masse terrestre européenne est encore radioactive et le restera pendant des millénaires.

 

Que devrait-il donc se passer au Japon ? Voici mes recommandations :

 

1. Toutes les régions du Japon doivent faire l’objet d’une évaluation de la radioactivité du sol et de l’eau car les vents peuvent déplacer la pollution radioactive à des centaines de kilomètres du point d’origine à Fukushima.

 

2. Les déchets et les débris radioactifs ne doivent en aucun cas être incinérés pour éviter que les isotopes ne se reconcentrent dans les aliments et le poisson, se répandant ainsi davantage.

 

3. Tous les lots d’aliments doivent être adéquatement analysés au moyen de spectromètres afin de déceler les éléments radioactifs précis qu’ils renferment.

 

4. Aucun aliment radioactif ne doit être vendu ou consommé, ni dilué dans de la nourriture non-radioactive pour les besoins de la vente car les composants radioactifs ont cette faculté de pouvoir se reconcentrer dans divers organes du corps.

 

5. Toute l’eau destinée à la consommation humaine doit faire l’objet d’une analyse hebdomadaire.

 

6. Tout le poisson capturé au large de la côte est doit être analysé pendant plusieurs années à venir.

 

7. Toutes les personnes, surtout les enfants, les femmes enceintes et celles qui sont en âge de procréer qui continuent à vivre dans les zones de haute irradiation doivent immédiatement être évacuées vers les zones non-radioactives du Japon.

 

8. Toute la population qui a été exposée à l’irradiation de Fukushima – notamment les bébés, les enfants, les immunosuppressifs, les personnes âgées et autres – doivent faire l’objet de visites médicales régulières afin de détecter tout/e malignité, dépression médullaire osseuse, diabète, anomalie thyroïdienne, maladie cardiovasculaire, vieillissement prématuré et cataractes. Ils doivent aussi bénéficier de traitements adaptés pour le restant de leur vie. La leucémie commencera à se manifester dans les deux prochaines années et atteindra son pic dans cinq ans. Les cancers solides commenceront à faire leur apparition 10 à 15 ans après l’accident avec une fréquence croissante pour cette génération au cours des 70 à 90 années à venir.

 

9. Tous les médecins et prestataires de soins médicaux au Japon se doivent de lire et d’approfondir leur examen de « Tchernobyl – Conséquences de la Catastrophe pour l’homme et la nature », rédigé par l’Académie de Sciences de New York, afin de bien saisir la gravité de la situation qui les confronte.

 

10. Je propose aussi en toute humilité que les médecins en particulier, mais aussi les hommes politiques et le public, consultent ma page web nuclearfreeplanet.orgpour plus d’informations, qu’ils écoutent également les entretiens relatifs à Fukushima et à Tchernobyl dans mon émission radio à ifyoulovethisplanet.org et qu’ils lisent mon livre NUCLEAR POWER IS NOT THE ANSWER (La puissance nucléaire n’est pas la solution).

 

11. La communauté médicale internationale et en particulier l’OMS doivent être mobilisées immédiatement pour venir en aide à la profession médicale et aux hommes politiques japonais, afin notamment de lancer la tâche monumentale à laquelle il est fait référence ci-dessus.

 

12. Le gouvernement japonais se doit d’être disposé à écouter les avis et à recevoir l’aide proposée par la communauté internationale.

 

13. Le Japon doit, de toute urgence, demander et recevoir les avis et l’aide internationale par le truchement de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et de la NRC (Commission de Règlementation Nucléaire) aux Etats-Unis, des spécialistes nucléaires situés au Canada, en Europe, etc. afin d’éviter l’effondrement de l’unité 4 de la centrale de Fukushima Daiichi et du bassin de combustible usé, au cas où surviendrait un tremblement de terre d’ampleur de plus de 7 à l’échelle de Richter. Si ce bassin s’effondrait, cela engendrerait une chaleur et un feu qui pourrait libérer des substances radioactives 10 fois plus importantes que celles de Tchernobyl. Il n’y a pas de temps à perdre alors que, en ce moment la communauté mondiale attend passivement que la catastrophe arrive.

 

14. Les médias internationaux et japonais doivent immédiatement rapporter les faits relatifs au Japon qui sont énoncés ci-dessus. Ne pas le faire, c’est courir à la catastrophe mondiale. »

 

 

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 11:29
Schémas
 
L’hydrogène est toujours privilégié officiellement comme origine de l’explosion du réacteur n°3.
Tout le monde n’est pas d’accord, comme l’explique Arnie Gundersen dans la vidéo qui suit.
 
schémaunit1
Schéma interprétatif de l’explosion de l’unité 1
 
schémaunit3
Schéma interprétatif de l’explosion de l’unité 3
 
 
Vidéos
 
- A. Gundersen : Plus de leçons de Fukushima - 17.12.2012
(sur l’intégrité du confinement et la perte du refroidissement ultime, sous-titrage en français par Kna)
 

 
 
 
- Conférence et interview de Christophe Elain au contre-forum de Koryiama et au campement antinucléaire à Tokyo. Membre du Collectif Independentwho (pour l'indépendence de l'OMS), il a participé également en tant qu'observateur au Congrès international ministériel de l'AIEA.
 
         
 
          
 
 
Reportage
 
- Christophe Elain a réalisé un reportage sur le Contre-forum de « Nuclear Free Now » du 12 au 17 décembre 2012. Lire l’article entier en cliquant ici.
En voici quelques illustrations.
 
iw1
Terre contaminée à Iitate
 
iw2
Manifestation devant le lieu de la conférence à Koryama le 15 décembre 2012
 

iw3

Contrôle de la radioactivité du riz
 
iw4
L’union des maires pour un Japon sans nucléaire au contre-forum
 
 
- Les Japonais continuent de manifester contre le nucléaire au Japon. Ici des manifestants à Tokyo le vendredi 21 décembre 2012.
 
tokyo
(source Asahi)
 
 
A la centrale
 

flaque

Fuite à l’unité de traitement des déchets de l’unité 4
 
intérieur piscine3
Intérieur de la piscine 3 (visibilité 5 m)
 

poutrelle retirée

La poutrelle qui était tombée dans la piscine de l’unité 3 a été récupérée.
 
liners
Installation de protection avant retrait de la poutrelle
 
retrait poutrelle
Retrait de la poutrelle avec une pince spéciale
 
 
Cartes
 
- Cartes discordantes des retombées du césium 137 au sol. La carte de gauche est issue d’une modélisation informatique, celle de droite est issue de données au sol.
 
carteJAEA
JNES = Japan Nuclear Energy Safety Organization (organisme de sûreté de l’énergie nucléaire du Japon)
JAEA = Japan Atomic Energy Agency (agence de l’énergie atomique japonaise)
MELCOR et OSCAAR sont des noms de codes informatiques du génie nucléaire. Ces programmes permettent de modéliser l'évolution et la répartition des retombées radioactives lors des accidents des réacteurs nucléaires en fonction des données météorologiques et d’en déduire les doses ayant un impact sur la population.
 
- Radioactivité des rivières de Fukushima
« Débits de dose radioactive (Air Dose Rate, en microsieverts par heure) mesurés sur le terrain à l’aide d’un radiamètre portable à proximité des rivières (cercle et triangles) en novembre 2011 et comparaison par rapport aux débits de dose radioactive mesurés par relevés aéroportés au niveau des sols par le MEXT. »
 
RTEmagicC 012 txdam30831 b48873
© Projet TOFU (recalculé et interpolé à partir de données du MEXT japonais)
 
 
Etude
 
Nous l’avions déjà vu avec les oiseaux. Les feuilles conservent également la radioactivité qui peut être mise en évidence avec un papier réactif.
 
feuilles
 
Images de feuilles radioactives
(source)
 
 
Cinéma
 
« The Land of Hope » de Sion Sono affiche
« Avec son "pays de l’espoir" (kibô no kuni) Sion Sono, écrivain et réalisateur prolixe ‒ Suicide club, Coldfish, Guilty of Romance ‒ réussit avec brio à évoquer avec un ton juste le sujet si difficile et si douloureux pour les Japonais du désastre nucléaire créé par la centrale de Fukushima. »
 
   
(source)
 
 
 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 18:50

plutoniumstrontiumLe plutonium est assez difficile à étudier car les radiations alpha qu’il émet sont très difficiles à détecter. C’est pourquoi on étudie plus volontiers les retombées des césiums, plus abondants, et dont l’activité gamma est très facile à mesurer.

Pourtant, à Fukushima, avec l’explosion d’un réacteur fonctionnant au MOX (mélange uranium-plutonium), les choses auraient pu être faites autrement. On aurait dû beaucoup plus étudier les retombées de plutonium. Car ce radiotoxique est mortel et en cas de pollution accidentelle, il y a un grave danger sanitaire. Mais souhaite-t-on vraiment protéger la population ? On peut en douter.

Les données rassurantes fournies jusqu’à maintenant par les autorités et Tepco pourraient aujourd’hui être remises en cause.

 

Le ratio

 

Quand une catastrophe nucléaire advient, beaucoup de radionucléides sont libérés dans l’environnement en plus ou moins grande quantité. La proportion entre un élément et un autre donne un ratio que l’on devrait retrouver plus ou moins à l’identique d’un échantillon à un autre. La valeur de ce ratio change avec le temps car chaque élément a une période radioactive différente ; on se sert donc de ce ratio pour déterminer l’origine temporelle et spatiale d’une pollution.

 

Des données rares et éparses

 

Fin mars 2011, on apprenait par Tepco que des traces de plutonium (238, 239 et 240) avaient été détectées dans le sol de la centrale. Mais l’entreprise avait mis ça sur le compte des anciens essais nucléaires atmosphériques. L’information était à l’époque impossible à vérifier puisque Tepco ne fournissait ni chiffre, ni ratio. Juste après la catastrophe, le 21 avril 2011, un prélèvement avait été effectué par un universitaire près de la centrale qui donnait 0,078 Bq/kg. Cette fois-ci, on annonçait que ce plutonium provenait bien de la centrale de Fukushima Daiichi. Mais on avait aussitôt déclaré que cela n’avait aucune incidence sur la santé.

 

Plus tard, fin septembre 2011, les autorités ont diffusé des données sur les retombées de plutonium et de strontium, relayées sous forme d’une carte par l’Asahi Shimbun, toujours en assurant que les quantités étaient infimes. Enfin, en novembre 2011, le ministère de l’industrie (METI) a réalisé une carte des relevés de plutonium sur la préfecture de Fukushima : en moyenne, 0,19 à 0,77 Bq/kg, ce qui pour cette dernière mesure est 10 fois plus important que la mesure d’avril. Toutefois, on sait que ces données restent suspectes car ces résultats sont en contradiction avec les données sur le neptunium, précurseur du plutonium, issues des prélèvements effectués à Iitate en avril 2011.

 

Les dernières mesures

 

Fukushima Diary et Enenews apportent un nouvel éclairage à ce que l’on savait jusqu’à maintenant. Selon le premier site, du Pu 239, du Pu 240 et du strontium ont été relevés dans le sol et dans des copeaux de bois à Otsuchi cho (préfecture d’Iwate, à plus de 200 km au nord de la centrale de Fukushima Daiichi). C’est lors de tests effectués en octobre 2012 par les villes (Kashiwazaki et Sanjo de la préfecture de Niigata) qui ont accepté des débris d’Otsuchi cho que le plutonium et le strontium ont été détectés. L’intérêt de cette info est qu’elle donne les mesures du strontium et du plutonium dans un même document, ce qui permet d’en déduire le ratio.

 

tabjap.jpg

 

Le second site, Enenews, a réalisé la traduction des tableaux en anglais ; les voici maintenant en français.

 

Lieu de prélèvement

Strontium

Plutonium 238

Plutonium 239 + 240

Remarques

cendres (incinération avant test)

3,7

non détecté

0,019

cendre d’origine collectée le 25 août

cendres (incinération durant le test)

3,2

non détecté

0,016

cendre solidifiée collectée le 12 octobre

Unité utilisée : Bq / kg

 

 

Lieu du prélèvement

Strontium

Plutonium 238

Plutonium 239 + 240

Remarques

Copeaux de bois de la ville d’Otsuchi

0,71

non détecté

0,0019

abri temporaire de la ville de Yamada (prélevé le 3 octobre)

Sol du parc Shiroyama de la ville d’Otsuchi

0,84

non détecté

0,017

copeaux de bois autour de la cour (prélevé le 3 octobre)

Sol de la ville d’Otsuchi Inari Shrine

2,2

non détecté

0,13

copeaux de bois autour de la cour (prélevé le 3 octobre)

Unité utilisée : Bq / kg

 

Comme nous l’avons vu plus haut, c’est le ratio et non la mesure en elle-même qui est intéressante. Ici, nous allons nous focaliser sur le ratio strontium 90 / plutonium 239+240 :

 

 

 

Strontium

Plutonium 239 + 240

ratio Sr90/Pu239-240

3,7

0,019

194,74

3,2

0,016

200,00

0,71

0,0019

373,68

0,84

0,017

49,41

2,2

0,13

16,92

 

 

On peut constater que le ratio déduit est compris entre 16 et 374. Or, les ratios jusqu’alors communiqués par Tepco concernant les retombées de Strontium et Plutonium tournent autour de 20 000, et non autour de 200. La différence est énorme, avec un facteur 100. En clair, contrairement au ratio Sr90/Pu239-240 attendu, on a un ratio 100 fois plus petit, ce qui correspond grosso modo à un ratio Sr90/Pu239-240 de cœur de réacteur...  

 

Conclusion ? Il semble y avoir beaucoup plus de plutonium dans la nature que ce que les autorités veulent bien le dire. Il sera intéressant à l’avenir de rechercher d’autres analyses permettant de déduire ce ratio afin de les comparer.

 

 

_____________________

 

Sur le même sujet :

.

Le plutonium 239, c’est pas du chocolat ! (AIPRI)

 

et aussi

 

Plutonium et strontium en Amérique ?

Le plutonium de Fukushima Daiichi

Peut-on boire du plutonium sans danger ?

 

 

 

_____________________

 

L’avis d’Ultraman, sur le blog Ex-SKF :

 

#Radioactive Japan: Sanjo City's Detection of Plutonium in the Iwate Debris and Soil Causing Excitement on Twitter

 

 

 

_____________________

Illustration d'entête : carte des retombées de strontium et de plutonium (Asahi Shimbun, octobre 2011)

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 15:17
plan centraleTepco a mis en ligne le 14 décembre 2012 une vidéo montrant l’ensemble des installations du site nucléaire de Fukushima Daiichi qui est devenue une méga usine à brasser de l’eau radioactive. Qui aujourd’hui voudrait investir dans une entreprise qui emploierait 1000 personnes pendant au moins 40 ans et qui ne produirait rien d’autre que des déchets radioactifs ? La voix numérique artificielle donnant des explications concorde avec cette inhumanité que nous impose cette ‘macrotechnoscience’ envahissante. Et les jingles à chaque nouveau plan ressemblent à ceux donnés aux enfants pour tourner la page d’un livre de conte. Tepco continue ainsi à essayer maladroitement d’infantiliser le public sans pourtant réussir à faire croire qu’ils maîtrisent tout, sinon la communication minimisante : ce voyage touristique au cœur de la centrale ne nous dit pas un mot des pertes de confinement de 3 réacteurs, de l’impossibilité de récupérer les coriums, de la pollution irrémédiable de la nappe phréatique, de l’océan et de tout un pays.
 
Malgré tout, la vidéo reste un document informatif intéressant pour connaître mieux le site, en particulier ces 23 plans qui indiquent les emplacements de certaines installations.
 
 
Voir la vidéo sous-titrée en français par Kna
 
 
Plans de la centrale tirés de la vidéo
 
    Bat antisismique
Bâtiment anti-sismique (Centre de réponse d’urgence)
 
    parking incendie
Parking pour les véhicules d’incendie
 
    réservoir tampon
Réservoir et pompes pour l’eau de refroidissement des réacteurs
 
    circuit refroid
Les 4 km de tuyaux du système de refroidissement
 
    Bat administratif
Bâtiment administratif principal
 
    stockage conteneurs
Installation temporaire de stockage des châteaux (« dry casks » = combustible entreposé à sec))
 
    filtrage multi
Installation de traitement des radionucléides
 
    réservoirs
Aire de stockage de l’eau contaminée
 
    commut sud
Installation de commutation électrique (66 kV)
 
    traitement eau
Bâtiment de contrôle du système de traitement de l’eau contaminée
 
    point observ
Point de vue des unités 1 à 4 (emplacement de la webcam Tepco)
 
    piscine commune
Piscine commune (10 m au dessus du niveau de la mer)
 
    absorbeur césium
Incinérateur à haute température
 
    Bat réacteur unit 4
Unité 4
 
    Absorp césium et décontamin
Installations de décontamination
 

 

Digue temporaire

Digue temporaire
 
    unit 1 à 4 seaside
Construction d’un mur de protection
 

 

plan18

Méga barge
 
    conteneurs secs
Lieu de stockage des châteaux (« dry casks »)
 
    5 & 6 seaside
Aire des installations côté mer des unités 5 et 6
 
    urgences
    Salle des urgences
 
    generateur diesel 6B
Générateur Diesel de secours
 

 

pylone abattu

Pylône électrique détruit par le tremblement de terre
.
coupe mur eau
Mur protection eau
couvert unit 4
.
 
 
________________
.
Illustration d'entête : plan de la centrale de Fukuishima Daiichi (rapport NAIIC).

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 15:45
Séismes
 
L’ex-centrale de Fukushima Daiichi vient à nouveau d’être secouée par plusieurs séismes de moyenne intensité, mais très proches du site nucléaire. Celui de 13h27, d’une magnitude de 5,3, avait son épicentre à seulement 35 km du site nucléaire. Mais heureusement à 60 km de profondeur. Celui du 7 décembre se situait à près de 350 km.
La piscine 4 est toujours source d’inquiétude, à cause de sa situation à 30 mètres de hauteur ET des 1533 assemblages qui ne pourront pas être retirés avant fin 2014. Les deux années qui viennent vont être longues pour ceux qui sont conscients du danger de cette épée de Damoclès…
 
15 décembre 2012 localisation
 
Vidéo de la secousse sur le site

 
 
 
Photos
 
Tepco a diffusé de nouvelles images du bâtiment réacteur 4, dont ces deux photos des façades sud et ouest (source). On remarquera deux choses : 1) la façade sud comporte un trou supplémentaire, sans doute réalisé en vue de la construction d’une superstructure ; 2) le cadrage de la photo de la façade ouest prend soin de ne pas montrer la base du mur, ce qui donne l’illusion d’un bâtiment stable. C’est pourquoi il est bon de revenir à une photo antérieure montrant bien que l’explosion du 15 mars avait aussi touché le rez-de-chaussée.
 
BR4facesud
façade sud
 
BR4faceouest
façade ouest
 
BR4base
vision de la base de la façade ouest (2011)
 
 
Vidéos
 
- L'ONU et l'aspect sanitaire de la crise nucléaire de Fukushima
« Après une enquête du 15 au 26 novembre 2012 dans les zones touchées par la catastrophe nucléaire de Fukushima, M. Anand Grover, Rapporteur Spécial pour le Droit à la Santé de l'ONU livre ses premières constatations, lors d'une conférence de presse au Japan National Press Club à Tokyo. En toute indépendance, il parvient à lever un coin du voile très opaque qui recouvre tout ce qui touche aux conséquences de "l'accident" japonais. » (texte et sous-titres Kna)
 

 
 
- Fukushima : des centaines de milliers de personnes vivent toujours sur des territoires fortement contaminés
Pour illustrer cette terrible réalité, ainsi que le communiqué de la CRIIRAD du 5 décembre à ce sujet , Kna a sous-titré en français 3 petites vidéos publiées à  cette occasion. A voir sur le blog de Kna.
criirad
 
 
- Yves Lenoir, président de l'association Enfants Tchernobyl Belarus, s’exprime sur le "traitement de Tchernobyl appliqué à Fukushima", lors de la Prise de la Bastille d'iode, rassemblement co-organisé par Sortir du Nucléaire Paris et Yosomono-net, le 11 novembre 2012, place de la Bastille à Paris.
 
 
 
 
Art
 
- Tableau
“Fukushima” par M art'IN
fukushima
 
 
- 3D : Après la tragédie du 11 mars 2011, Artistide Despres, artiste sur Second Life, a transformé en musique la radioactivité mesurée en direct à Fukushima. L’usine avait été reproduite en 3D pour cette occasion par Artistide Despres et Lolliko Larkham.
 

 
 
 
- Fukushima Music Project
 
 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 01:44

Il y a 7 mois exactement, le 12 mai 2012, Arnie Gundersen s’exprimait sur l’unité 4 de Fukushima Daiichi, lors d’une conférence dans la region du Kansai : « I believe that the structural damage to Unit 4 is so great that if there is a 7.5 earthquake, it will not withstand it ». C’est-à-dire : « Je pense que les dommages à la structure de l’unité 4 sont si importants que, si un séisme de magnitude 7,5 se produit, le bâtiment réacteur n’y résistera pas ».

 

Le double-séisme du 7 décembre 2012 avait une magnitude de 7,4… Si Arnie Gundersen ne se trompe pas, autant dire qu’on a eu chaud !

 

A un dixième près, les bâtiments ont-ils souffert ? On ne connaît pas encore les données sismiques précises sur le site même de l’ex-centrale, mais on peut déjà constater les évènements qui se sont produits les jours suivants. Ont-ils un rapport avec le séisme ?

 

Unité 1

La concentration d’hydrogène a augmenté sensiblement après le tremblement de terre du 7 décembre dans la cuve du réacteur 1 : en deux jours, elle est passée d’un taux inférieur à 0,04% à 0,28%. Pas de quoi être inquiétant, mais à suivre. Une augmentation du taux d’hydrogène est signe que du corium a bougé, provoquant une radiolyse de l’eau. Le taux d’hydrogène est suivi à la loupe car ce gaz est fortement explosif en mélange avec l’oxygène. (source)

 

Unité 2

Tepco a réalisé une inspection le 11 décembre dans la partie basse du réacteur, au niveau d’un tuyau (« vent pipe ») reliant la base de l’enceinte de confinement à la piscine torique (chambre de suppression). Cette inspection n’avait pas été annoncée à l’avance, on ne sait donc pas ce que Tepco cherchait à cet endroit. Elle a permis au moins de constater qu’il n’y avait pas de fuite à cet emplacement. (source)

 

On suppose tout de même qu’ils avaient remarqué quelque chose, tout comme Geoffroy, veilleur des tréfonds de l’ex-centrale : « Le thermocouple "TE-2-3-69N1" a été déclaré HS depuis des mois, mais Tepco continue quand même de publier les valeurs. Depuis le 3/12, les données publiées ne sont plus "incohérentes", les valeurs montent assez vite :
- 258°C 03/12/2012 17:00thermocoupleunit2.jpg
- 262°C 04/12/2012 17:00
- 265°C 05/12/2012 17:00
- 279°C 06/12/2012 17:00
- 273°C 07/12/2012 17:00
- 350°C 08/12/2012 17:00
- 357°C 09/12/2012 17:00
- 366°C 10/12/2012 17:00
- 395°C 11/12/2012 11:00
(Pour rappel, le thermocouple "TE-2-3-69N1" se situe sous la cuve) ».

Il semble ainsi que cette sonde a également réagi au séisme, et que Tepco y accorde quelque importance.

 

Mise à jour du 12/12/12 : Tepco recherche en fait une fuite d'eau extrêmement radioactive. Pour l'instant, il reste incapable de retrouver son origine (source).

 

Unité 3

Après le constat et la réparation, le 10 décembre, d’une fuite à la station R03 de désalinisation de l’eau de refroidissement, le 11 décembre, Tepco a aussi constaté une fuite d’eau radioactive dans le bâtiment turbine de l’unité 3. La fuite aurait eu lieu durant les jours précédents et aurait relâché 15 m3d’eau filtrée. Cette eau a été analysée pour le césium : Cs-134: 4.2E 7 Bq/m3 et Cs-137: 7,4 E 7 Bq/m3. Tepco n’a pas donné la cause de cette fuite. L’opérateur présume qu’elle provient d’un tuyau qui a servi à un test de pression pour un autre réacteur. (source)

 

reactor-3-2.png

Localisation de la fuite dans le bâtiment turbine de l’unité 3

 

Unité 4

Selon une information diffusée par Mitsuhei  Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse, le système de refroidissement de l’unité 4 est encore tombé en panne du 8 au 11 décembre. Un travailleur appelé en urgence pour remplacer la pompe aurait constaté en passant que le béton qui a été coulé pour renforcer la piscine s’était fortement détérioré. Cette information n’a ni été rapportée par les grands médias du Japon, ni communiquée au gouvernement local de Fukushima. (source)

Le système de refroidissement de l’unité 4 était déjà tombé en panne en juillet2012. Quand on voit le temps qu’il faut "en temps normal" pour remplacer une pompe, on s’interroge sur le temps qu’il faudrait en cas de problèmes extérieurs cumulés comme un tsunami et une coupure de courant.

 

A la lumière de ces évènements qui ont suivi le séisme du 7 décembre, on comprend qu’à chaque secousse, l’ex-centrale se dégrade un peu plus. Nous, veilleurs de Fukushima, nous ne sommes pas sismologues, mais nous avons appris à partir du séisme du 11 mars 2011 que chaque tremblement de terre doit être étudié dans le détail. Il faut analyser :

 

1- La structure du sol sur lequel les bâtiments sont construits.

2- Le type de bâtiment, sa fréquence de résonnance et sa conception anti-sismique.

3- La distribution des « accélérations au sol » et notamment leur répartition verticale et horizontale.

4- La direction des accélérations horizontales, qui peuvent jouer dans la direction du meilleur contreventement du bâti ou dans la direction la plus sensible.

5- La puissance de ces accélérations au sol (mesure en Gal).

6- La durée du séisme, « son profil » dans le temps et celui des éventuelles répliques.

 

C'est pourquoi nous serions heureux que des sismologues français s’expriment sur le sujet de l’unité 4 de Fukushima Daiichi.

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 01:50

Luc_Oursel.jpgDans une dépêche de l’AFP, on apprend que « Luc Oursel, président du directoire du groupe français Areva, estime que le Japon aura du mal à se passer d'énergie nucléaire et à recourir rapidement aux renouvelables, malgré l'accident traumatisant de Fukushima ».

Le patron de l’entreprise connue pour favoriser la dissémination du plutonium sur toute la surface de la planète ne semble pas au courant de l’actualité… Une occasion de faire le point.

 


L. O. : « Je pense que l'énergie nucléaire continuera à garder une place dans la production énergétique japonaise pour un temps important. »

 

Pourtant il faudra bien que M. Oursel comprenne un jour que les Japonais ne veulent plus de l’énergie nucléaire. Beaucoup d’entre eux manifestent dans de nombreuses villes depuis 6 mois avec la même volonté inébranlable. De plus, pas plus tard que hier matin, le séisme de magnitude 7,3 a rappelé à tout le Japon que cette terre n’était pas du tout adaptée à cette énergie.

 

 

L. O. : « Il est en effet difficile d'imaginer un approvisionnement énergétique compétitif en s'en passant totalement. »

 

Effectivement, il est difficile pour l’avenir d’Areva d’imaginer qu’il ne pourra plus être possible de vendre du MOX au Japon. Pourtant, avec la rallonge de 2 milliards nécessaire pour construire le réacteur EPR de Flamanville, il est désormais démontré que cette énergie n’est plus compétitive. La construction de cette centrale, dont le coût était programmé à l’origine à 3,3 milliards d’euros, est finalement passée à 8,5 milliards d'euros, soit une multiplication de la facture par 2,5. Les énergies renouvelables concurrencent désormais le nucléaire : l’électricité nucléaire coûtera autour de 70 à 100 euros / mégawattheure alors que l'éolien terrestre se situe actuellement entre 80 et 85 euros.

Pour bien faire, il faudrait aussi compter le coût du prochain accident, probable, qui pourrait ruiner la France : selon une étude récente de l’IRSN, ce coût pourrait approcher 430 milliards d'euros !

 

 

L. O. : « Le maintien des projets de retraitement et de construction de réacteurs montre que l'énergie nucléaire continuera à jouer un rôle dans la production électrique. »

 

Cela montre surtout que cette énergie, comme en France, est imposée à la population…

 

 

L. O. : « L'impact de l'accident de Fukushima sur nos affaires est finalement limité. »

 

Ca c’est le discours de façade, mais dans la réalité, Areva ne fait pas de si bonnes affaires que ça dans le nucléaire. Récemment, l’opérateur CEZ, qui prévoit de construire 2 nouveaux réacteurs dans la centrale de Temelin en République tchèque, a rejeté l’offre d’Areva pour ce projet d'une valeur d'environ 8 milliards d'euros. Par ailleurs, si Areva affiche un bon carnet de commande fin 2012, c’est aussi grâce aux énergies renouvelables : « La croissance soutenue du chiffre d'affaires sur la période est tirée par les activités récurrentes dans l'énergie nucléaire d'une part, et le développement de nos activités dans les énergies renouvelables d'autre part. » (source)

 

Luc Oursel prend soin de ne pas parler du déclin actuel du nucléaire : arrêt programmé de la centrale nucléaire de Kewaunee aux Etats-Unis en 2013, choix de ne pas avoir de centrale nucléaire en Lituanie, arrêt de la centrale de Santa Maria de Garoña en Espagne, fermeture de la centrale de Gentilly 2, l’unique centrale nucléaire du Québec, abandon des projets nucléaires au Mexique, renoncement du stockage de déchets nucléaires en Mongolie, abandon du nucléaire par le groupe Siemens, etc. (source)

 

 

L. O. : « Areva joue même un rôle majeur dans la mise à niveau de sûreté de la flotte mondiale de réacteurs. »

 

Malheureusement, Areva augmente son chiffre d’affaire grâce aux accidents. L’accident génère un retour d’expérience, qui lui-même génère des travaux qui boostent les activités de l’entreprise…



L. O. : « Areva propose aussi des solutions d'énergie renouvelable, mais le Japon est un pays dont les caractéristiques naturelles ne favorisent pas leur développement, compte tenu de l'absence de surfaces étendues pour le déploiement de parcs photovoltaïques ou de plates-formes éoliennes de très grandes puissance. »

 

M. Oursel ne semble pas très bien informé. La géothermie, la biomasse, l’éolien, le solaire… pas pour le Japon ? Si !


L. O. : « Si l'on veut massivement avoir recours à des énergies dont la compétitivité n'est pas encore suffisante, on s'expose à des surcoûts colossaux, comme c'est le cas en Allemagne. »

 

Le surcoût colossal, c’est surtout une catastrophe comme Fukushima ! Actuellement, Tepco est contraint d’indemniser 1,5 millions de personnes. Le coût est estimé par l’opérateur à 100 milliards d’euros. Mais en fait, cela coûtera beaucoup plus cher. Pour comparaison, la catastrophe de Tchernobyl a déjà coûté 200 milliards de dollars, et il faudra compter le coût de la construction du nouveau sarcophage (1,5 milliards d’euros). Combien coûtera le démantèlement de Fukushima sur 40 ans (au moins !) et l’impact sanitaire sur la population ?


L. O. : « En septembre 2011, six mois après l'accident, la centrale était encore en situation de crise. Aujourd'hui, c'est un site industriel organisé, avec des contrôles rigoureux de la radioactivité des personnels, des systèmes de refroidissement robustes, des bâtiments renforcés, même si la radioactivité y reste forte par endroits. »

 

On a envie d’y croire mais, désolé, on n’y croit plus. Tepco a tellement caché d’informations depuis le début de la catastrophe que ces belles paroles font sourire. Tomohiko Suzuki en a été témoin. Nous en avons tous été témoins depuis 20 mois.


L. O. : « Il y a en outre une plus grande ouverture, extrêmement bénéfique, envers des coopérations internationales. Il est important pour l'ensemble du secteur de savoir ce qu'il se passe à Fukushima. Pour les Japonais, cela peut être un élément de crédibilité et de rétablissement de la confiance sérieusement altérée. »

 

Pour être crédible, Tepco devrait commencer par lever le blackout qui pèse sur la nature des explosions des bâtiments réacteurs 3 et 4. Au fait, pourquoi la vidéo de l’explosion incroyable du réacteur 4 est toujours censurée, presque 2 ans après la catastrophe ?


L. O. : « Areva propose plusieurs technologies, pour établir des cartes détaillées de la radioactivité, pour le tri et le traitement des sols contaminés. »

 

Effectivement, Areva développe des technologies permettant d’établir rapidement la cartographie détaillée de zones contaminées. Areva prévoit tout : la fabrication du poison, sa dissémination, et maintenant sa cartographie. N’est-ce pas fabuleux ? L’empoisonneur mondial qui se fait de l’argent en cartographiant son poison répandu.   



L. O. : « Si les populations reviennent habiter la région dans des conditions de sûreté acceptables, ce sera un événement très important qui différenciera nettement l'accident de Fukushima de celui de Tchernobyl, prouvant que son impact aura été maîtrisé dans la durée. »

Mais qui fixe les « conditions de sûreté acceptables » ? Ce sont les pollueurs. Le programme
Ethos est sensé faire accepter aux populations la vie en territoire contaminé. Mais ça, M. Oursel, c’est criminel. Le résultat de ce programme, c’est une augmentation continue de pathologies graves.



___________

Photo d'entête : Luc Oursel (wikipédia)

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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