3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 17:15
Photos
 
- Plaque d’acier recouvrant la piscine 4 (source) : depuis la mi-juin 2012, la piscine 4 est recouverte d’une structure métallique destinée à protéger le combustible nucléaire de toute chute accidentelle d’objets divers lors du démantèlement des murs de l’étage supérieur puis de la construction de la nouvelle structure. Sous cette couche d’acier qui est surélevée par rapport à la surface de la piscine, on distingue une bâche blanche. Mais ni la bâche, ni la structure en acier ne sauraient protéger la piscine des effets d’un séisme important...
 
couverture-metal-piscine4.jpg
 
 
 
- Nouvelle série de photos de Cryptome : le dégagement du couvercle de la cuve du réacteur de l’unité 4 de Fukushima Daiichi le 13 septembre 2012 et, pour comparaison, l’ouverture du réacteur de l’unité 4 de Fukushima Daini le 14 septembre 2012
 
couvercle
Retrait du couvercle de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daiichi
 
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Couvercle de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daiichi
 
couvercledaini1
Vision large du réacteur 4 de Fukuqhima Daiini
 
couvercledaini2
Ouverture de la cuve du réacteur 4 de Fukushima Daini
 
reacteur4ouvertdaini140912
Cuve ouverte du réacteur 4 de Fukushima Daini
 
- Autres photos sur Fukushima Daiichi disponibles sur le site de Cryptome :
Liste des 28 séries sur Fukushima ici
 
 
- Cliché du bâtiment réacteur n°3
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br3
 
 
- Piscine 3 en cours de déblaiement
 
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sfp3
  
- Nettoyage de l'unité 3 : état des travaux vu depuis une grue (avant / après) 
 
sfp3avantaprès
 
 
33 élèves participent au tri des déchets
t02200165 0460034512200818875Le 8 septembre 2012, 33 élèves de Nikko Tochigi sont allés en visite dans la ville de Higashi Matsushima, préfecture de Miyagi (113 km de la centrale de Fukushima), pour aller travailler à trier les débris de la catastrophe. Le but était de les faire réfléchir à comment ils pouvaient contribuer à aider la région de la catastrophe. C'était la première tentative d'utilisation d'élèves pour les faire travailler sur les débris. Les élèves ont été pris en photo, souriants. Savaient-ils se qu’ils risquaient ? (source info) (source photo)
 
 
Albums
 
« Fragments de Fukushima » : des photographies de Kosuke Okahara
Accès à l’album : cliquer sur la photo
fragments
 
Jérémie Souteyrat, photographe qui vit au Japon depuis 2009, a réalisé plusieurs reportages photos sur Fukushima en 2011. Cliquez sur les photos pour accéder aux 3 albums.
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- Fukushima : la zone d’évacuation (26 photos)
evacuationzone
 
-Fukushima : les réfugiés du nucléaire (25 photos)
réfugiés
 
-Fukushima : 6 mois après (17 photos)
6mois
 
 
Vidéo
 
Le typhon Jelawat, après être passé sur Tokyo, a atteint la centrale de Fukushima dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre 2012. Voici un enregistrement de la webcam. Le vent violent se dirigeait vers les terres. Impressionnant.

 
 
 
Evènement
 
Perte accidentelle d’une poutre métallique dans la piscine n°3 le 22 septembre 2012 : précisions avec l'article de Iori.
 
 
La poutrelle tombe dans la piscine : voir à partir de 3:20

 
 
 
 
Résumé de Michel Servant

 
 
Du combustible au bord de la piscine ?
Captures tirées d’une vidéo Tepco dans Fukushima Informations  .

 
 
 
Interview
 
Aizen Kaguya (du site Kibô Promesse) a réalisé une interview passionnante du photographe Frédérick Carnet dont je vous avais déjà parlé lors de son retour de Fukushima.
Voici un extrait de l’entretien, lié à la photo ci-dessous : « Une situation m’a beaucoup choqué. Un dimanche vers 13:00, je suis allé manger dans un fast-food bondé. De nombreux parents étaient en train se restaurer avec leurs enfants. Tous ces enfants, sans exception portaient un dosimètre autour du coup. En effet depuis la catastrophe nucléaire, les enfants de la préfecture de Fukushima sont les « cobayes » d’une étude épidémiologique qui a pour but de définir les conséquences des rayonnements à faibles doses sur la santé des enfants. Le cynisme ce jour là a atteint son paroxysme. Les parents de 3 enfants ont accepté que je les prenne en photo à la fin de leur repas. Je me trouvais face à ces 3 petits, dosimètre autour du coup, masque sur le visage…La photographie peut paraitre simple voir anodine. Je la considère comme étant la plus violente de mon livre. »
 
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:29

 

naotokan.jpgAvec cette page s’achève la publication en français du rapport de la Commission indépendante sur la catastrophe de Fukushima (NAIIC). Les pages 78 à 82, reportant les réunions qui se sont tenues du 16 mai au 9 juin 2012, sont aussi intéressantes que les précédentes, en particulier avec les témoignages de Naoto Kan et Masataka Shimizu, respectivement  Premier Ministre du Japon et président de Tepco au moment de la catastrophe.

Ce long travail de traduction, initié et publié sur ce blog par étapes grâce aux traducteurs bénévoles, va se poursuivre d’ici peu avec la publication intégrale de la version française en un seul document.

 

 

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Rapports des réunions de la Commission

 

(traduction Robert Ash)

 

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13ème réunion de la Commission

 

1Kazuo MatsunagaLieu : Diète Nationale du Japon

Date : 16 mai 2012

 

Témoin : Kazuo Matsunaga, Vice-Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l'accident et Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) de Juin 2004 à Septembre 2005.

 

1. Décisions prises en qualité de Directeur Général de l'Agence pour la Sécurité de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) : Le témoin a déclaré qu'il n'avait pas pu prendre le temps de faire appliquer les nouvelles normes antisismiques parce qu'il était trop occupé à réagir à l'accident survenu à la centrale nucléaire de Mihama [Préfecture de Fukui, 8 août 2004, 4 morts. Source : Wikipedia - ndt]. Il s'est dérobé aux demandes d'explications sur son propre rôle dans les stress tests et a déclaré qu'il n'était pas de son ressort de discuter de l'application de la directive B.5.b. En sa qualité, il n'était pas impliqué directement dans les aspects importants de la sécurité nucléaire, et il a évité de définir clairement ses propres réalisations et responsabilités.

2. Jugements concernant la sécurité nucléaire dans la remise en service des centrales nucléaires : La question demeure posée de savoir si, en matière de politique énergétique et de sécurité nucléaire, les instances dirigeantes prennent bien les décisions qui conviennent en connaissance de cause. Si le METI émet des jugements touchant la sécurité et la remise en service des centrales nucléaires avant que ne soient menées à terme les enquêtes du gouvernement sur les accidents, il se peut que cet organisme n'ait pas la pleine connaissance des faits. Ce problème fut également évoqué par le ministre du METI, Banri Kaieda, le 18 Juin 2011.

3. Responsabilité dans le maintien d'une alimentation électrique suffisante : La question suivante a été posée à M. Matsunaga : "savez-vous si l'information rendue publique par TEPCO  concernant sa capacité d'alimentation électrique est entière et exacte?" Mais il a déclaré qu'il n'était au courant d'aucune faute de la part de TEPCO .

4. Concernant l'adoption de l'utilisation du plutonium comme combustible : Nous avons estimé qu'il était possible que le gouvernement eût précipité la prise de décision par l'autorité régionale au sujet de la mise en pratique de l'utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de la centrale de Fukushima Daiichi en offrant des subventions gouvernementales alors qu'il aurait fallu consacrer plus de temps à réaliser une sérieuse vérification du dispositif antisismique.

5. Aptitude à réagir de manière compétente en situation de crise : Le METI, de même que la NISA, étaient probablement insuffisamment préparés. Au vu des résultats de cette audience, une sérieuse réflexion s'impose sur la question de savoir si la structure sur laquelle repose actuellement l'organisation des agences de régulation du nucléaire, y compris le METI, qui joue le rôle à la fois de promoteur de l'énergie nucléaire et de contrôleur de sa sécurité, peut être améliorée en vue d'un fonctionnement plus efficace.

 

 

2Banri Kaieda14ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 17 mai 2012

 

Témoin : Banri Kaieda, membre de la Chambre des Représentants et Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI) au moment de l’accident.

 

1. Interprétation des faits par le témoin au moment de l'accident 

a) M. Kaieda a affirmé qu'il se sentait responsable de la lenteur avec laquelle fut prise la décision de déclarer la Situation de Crise Nucléaire et que la raison en était qu'il avait fallu du temps pour convaincre le Premier Ministre de le faire.

b) Il ignorait les raisons pour lesquelles le Premier Ministre de l'époque, M. Kan, s'était rendu à Fukushima Daiichi, ainsi que le but de cette visite.

c) M. Kaieda avait reçu directement de la part de M. Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident, un appel téléphonique concernant l'évacuation [de la centrale - ndt]. Le témoin se rappelle qu'il y était question de "la Centrale Daiichi", de "la Centrale Daini", d'une "évacuation", mais non pas d'un "retrait total du personnel". En outre, M. Kaieda avait interprété cet appel direct de la part de M. Shimizu comme revêtant une importance particulière.

d) M. Kaieda a déclaré qu'il avait eu le sentiment que TEPCO hésitait à ordonner la ventilation ainsi qu'à mettre hors service les réacteurs 5 et 6. Il a été également précisé que si la loi de Régulation des Réacteurs Nucléaires avait été invoquée pour justifier la décision de lancer la ventilation, c'était pour pousser TEPCO à ouvrir les évents. Ce point a révélé une ambiguïté dans la définition des responsabilités entre le gouvernement et les opérateurs des centrales.

e) M. Kaieda a évoqué la difficulté, dès le début de l'accident, à communiquer et partager l'information entre le site de l'accident, le Kantei [cabinet du Premier Ministre- ndt] et la Direction de TEPCO, comme au "jeu du téléphone", où le message chuchoté de bouche à oreille parvient déformé au destinataire. Il a ajouté: "le gouvernement doit réfléchir à ce problème".

f) Le niveau de préparation du gouvernement était, aux dires du témoin, "insuffisant". De plus, selon lui, "les entraînements aux situations de crise auraient dû inclure l'utilisation du système SPEEDI".

g) Le témoin a fait une déclaration cruciale au sujet des explosions d'hydrogène : "Personne à ce moment-là n'avait un instant songé à la possibilité d'une explosion d'hydrogène". Il a également exprimé ses regrets de n'avoir pas été en mesure d'empêcher l'explosion d'hydrogène. Il a estimé que les leçons de l'accident de Three Mile Island n'avaient pas été mises en pratique.

2. Concernant les Stress Tests : S'agissant d'imposer l'obligation de procéder à des stress tests avant le redémarrage d'une centrale, M. Kaieda a déclaré qu'il n'avait pas même envisagé de rendre obligatoire le réexamen du dispositif comme mesure possible, afin d'accélérer la procédure de redémarrage pour les opérateurs.

3. Solutions idéales pour une bonne organisation chargée de la régulation de l'industrie et de la réaction aux situations de crise :

a) M. Kaieda a dit que l'organisation chargée de la réaction aux situations de crise devrait avoir des effectifs allégés afin de permettre à tous les membres de bien comprendre leur rôle. Il a estimé que la NISA n'avait pas répondu à l'attente du public dans l'exécution de ses fonctions.

b) Il a encouragé les agences chargées de la régulation à être indépendantes et à être axées sur la sécurité. Selon lui, l'organisation chargée de la régulation devrait compter parmi ses membres des experts en matériaux radioactifs ayant les connaissances et les équipements nécessaires pour réagir aux situations de crise.

 

 

3Yukio Edano15ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 mai 2012

 

Témoins : Yukio Edano, Ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. Il était Chef de Cabinet au moment de l'accident.

 

1. Points de vue de M. Edano et de M. Shimizu concernant le retrait total du personnel : M. Edano ne se souvient pas des termes exacts utilisés quand fut évoqué le projet de retirer le personnel de la centrale. Cependant, il se rappelle qu'il exprima son avis que si une évacuation totale des équipes devait avoir lieu, il s'en suivrait une détérioration de l'état des installations qui ne pourrait pas être empêchée. En réaction à ces propos de M. Edano, M. Shimizu, Président de TEPCO, n'a pas pu formuler de réponse et est resté silencieux. S'appuyant sur cette réaction, M. Edano a ajouté : '"il apparaissait clairement que ce qui était envisagé dans la proposition (de M. Shimizu) n'était pas simplement une évacuation partielle". Au cours d'une conversation téléphonique, M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, avait répondu à la question de M. Edano au sujet du retrait du personnel en disant : "il reste encore des tâches à accomplir sur place. Nous ferons de notre mieux".

2. Notification de diffusion publique d'information : M. Edano avait donné l'ordre à TEPCO d'aviser le cabinet du Premier Ministre de toute diffusion publique d'information au moment où celle-ci serait effectuée, mais cette directive n'avait pas pour but de contraindre TEPCO à demander l'autorisation du cabinet du Premier Ministre avant de procéder à cette diffusion.

3. Question de l'acceptation de l'aide internationale : Le cabinet du Premier Ministre avait donné des instructions aux différents ministères pour qu'ils acceptent toute offre d'aide internationale qui pourrait être proposée, même si cela nécessitait de surmonter des considérations légales.

 

M. Edano a alors ajouté les déclarations suivantes, à la lumière de son expérience :

1. Mauvaise diffusion de l'information : Au vu des questions soulevées aujourd'hui, il a reconnu que, du point de vue du public et des habitants de la région,  l'information n'avait pas été suffisamment diffusée. Au moment des faits, il avait cru cette diffusion suffisante. Il a reconnu que la diffusion des informations concernant les risques aux personnes avait besoin d'être améliorée.

2. Problèmes concernant le traitement de l'information : Il a souligné les difficultés qu'il y avait à réunir, prévoir et devancer l'information. A titre d'exemple, il a cité le fait que le terme "précautions" utilisé dans les communiqués publics ne reposait pas sur des bases claires.

3. Nécessité de séparer les rôles de Chef de Cabinet Ministériel et de Porte-parole : M. Edano a noté qu'en l'absence d'un porte-parole unique du gouvernement, le Chef de Cabinet joue un deuxième ou double rôle. Il estime que tout particulièrement dans les cas de crise, ces deux fonctions devraient être séparées. Le porte-parole devrait avoir une formation spéciale.

 

 

4Naoto Kan16ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mai 2012

 

Témoin : Naoto Kan, membre de la Chambre des Représentants ; Premier Ministre du Japon au moment de l'accident

 

 

Conditions antérieures à l'accident

1. L'accident s'est produit dans une centrale nucléaire qui avait été construite et exploitée dans le cadre d'une politique nucléaire nationale, et c'est donc le gouvernement qui porte la plus grande part de responsabilité dans l'accident. M. Kan, qui dirigeait le gouvernement au moment de l'accident, a présenté une nouvelle fois ses excuses pour n'avoir pas pu freiner l'évolution de l'accident.

2. En ce qui concerne la réaction à l'accident nucléaire, M. Kan n'avait été informé de manière détaillée avant l'accident ni de l'autorité du Premier Ministre dans ce domaine, ni de celle du directeur général de la cellule de crise.

3. L'autorité du directeur général de la cellule de crise n'avait pas été nécessairement reconnue dans sa totalité par M. Kan à l'occasion d'un exercice de simulation de crise.

 

Pendant l'accident

1. Le fait de se rendre sur place pour rencontrer les dirigeants de la centrale et se rendre compte de la situation a été considéré comme un point positif pour M. Kan, étant donné qu'il ne pouvait pas obtenir d'information utile de la part des membres de la NISA, de la NSC ou de la part des conseillers techniques de TEPCO au sujet de ce qu'il convenait de faire à la centrale de Fukushima Daiichi.

2. On n'avait pas pris conscience que la centrale subirait une recriticité à la suite de l'injection d'eau de mer au lieu d'eau douce, bien que M. Madarame, Président de la NSC, eût signalé qu'une telle possibilité n'était pas exclue. M. Kan a également déclaré que ces décisions (de suspendre l'injection d'eau de mer), dont on a dit qu'elles provenaient du Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt], pouvaient en fait n'avoir été que des avis émis par les membres de TEPCO qui se trouvaient alors au Kantei.

3. Il y eut deux appels de M. Yoshida, Directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, à M. Hosono, (Conseiller Spécial, Cabinet du Premier Ministre), sur des questions relatives au retrait total du personnel. Dans le premier appel, M. Yoshida dit que la situation était "extrêmement tendue", et dans le second appel, qu'on avait "commencé à injecter de l'eau, et que ça semblait efficace". M. Kan s'est souvenu d'avoir rappelé une fois mais n'a pas pu se remémorer les détails de la conversation. Puis, tôt le matin du 15 Mars, le ministre du METI avait réveillé M. Kan et c'est alors que ce dernier avait entendu pour la première fois que TEPCO proposait l'abandon de la centrale, ce qui lui avait paru absurde.

 

Réactions du gouvernement et du Kantei (Cabinet du Premier Ministre) :

1. Se trouvant confronté aux plus grandes catastrophes conjointes jamais survenues - un tremblement de terre et un tsunami - en même temps qu'à un accident nucléaire, le centre de contrôle de la crise établi à distance, au sein du Kantei, a eu de grandes difficultés à fonctionner correctement comme poste de commande.

2. Le décret sur les mesures spéciales concernant le niveau de préparation requis pour faire face à une crise nucléaire (Nuclear Emergency Response Act) se révéla inefficace, et le Kantei fut contraint de tenir le rôle de commandant en chef.

3. Le fait de s'être personnellement rendu sur le site de l'accident fut un acte extraordinaire, qui, selon M. Kan, aurait éventuellement pu être évité si l'information lui avait été dûment communiquée en temps voulu par TEPCO et / ou par la NISA.

4. C'était M. Edano (Chef de Cabinet au moment de l'accident) qui avait refusé l'offre d'affecter des experts étrangers au bureau du Premier Ministre. M. Kan n'avait pas été informé de cette décision.

5. M. Kan n'était pas au courant du fait que l'assistance étrangère avait été repoussée par la NSC. Si cela est vrai, c'est un sérieux problème.

6. M. Kan avait suivi des conseils divers, y compris en dehors des voies officielles.

7. M. Kan avait demandé le soutien de plusieurs membres particuliers de la Diète, mais ces demandes n'avaient pas pour but de leur attribuer le rôle d'une équipe de conseillers.

 

Orientations pour l'avenir : M. Kan reconnaît que la catastrophe du 11 mars a mis en évidence certains problèmes fondamentaux du Japon. Il estime que la première étape en vue de réformer la politique nucléaire consiste à dissoudre la structure organisationnelle de la communauté nucléaire au Japon, laquelle est contrôlée principalement par TEPCO et par la Fédération Japonaise des Fournisseurs d'Electricité (FEPC). En outre, le fait d'inviter des experts de l'étranger pourrait produire un effet de catalyseur en vue de restructurer la communauté nucléaire au Japon. Il a exprimé sa conviction que le Japon devait aspirer à se passer de ses centrales nucléaires. M. Kan a exprimé son respect et sa reconnaissance aux personnes qui ont fourni un rude travail sur place pour faire face à l'accident survenu dans une centrale nucléaire.

 

 

5Yuhei Sato17ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Fukushima Terrsa, Préfecture de Fukushima

Date : 29 mai 2012

 

Témoin : Yuhei Sato, Gouverneur de la Préfecture de Fukushima au moment de l'accident.

 

Conditions antérieures à l'accident :

1. Le gouvernement central et TEPCO avaient affirmé que les risques relatifs aux catastrophes nucléaires avaient été correctement circonscrits et que la région était protégée dans le cadre d'une philosophie de défense en profondeur.

2. L'évacuation dans un rayon de 2 kilomètres fut décidée par le gouvernement local de la préfecture sur sa propre initiative, parce que le gouvernement central n'avait pas agi suffisamment vite. Toutefois, l'ordre d'évacuation ne fut pas diffusé correctement en raison des pannes des systèmes de communication. Par la suite, les ordres d'évacuation décrétés par le gouvernement central furent répercutés par les médias, mais le gouvernement de la préfecture ne reçut aucune directive concrète de la part du gouvernement central. Ceci eut pour conséquence que les habitants furent contraints de subir une évacuation extrêmement difficile et bouleversante.

 

Mise en pratique de l'utilisation du plutonium comme combustible à la centrale

1. L'une des trois conditions fixées par le gouvernement préfectoral en réponse au gouvernement central préalablement à toute décision de procéder à une utilisation thermique du plutonium dans le réacteur Nº 3 de Fukushima Daiichi était que ce dernier devait atteindre le même niveau de résistance antisismique que celui qui apparaissait dans le rapport intérimaire de vérifications du réacteur Nº 5. Toutefois, M. Sato affirme que lorsque l'utilisation thermique du plutonium fut mise en place dans le réacteur Nº 3, il ignorait que parmi les vérifications effectuées ne figuraient pas les mesures anti-tsunami comme pour le réacteur Nº 5.

2. En outre, M. Sato déclare qu'il n'était pas informé de l'existence d'une subvention spéciale liée au projet d'utilisation thermique du plutonium, alors que c'était pourtant bien lui qui avait mis ce projet en pratique.

 

Orientations pour l'avenir :

1. M. Sato a fait valoir que le cloisonnement des fonctions administratives était un obstacle à la sécurité nucléaire, et a exprimé son opinion que l'unification de ces multiples fonctions était éminemment souhaitable.

2. Il y avait eu des contradictions dans l'information, y compris dans l'information relative au système SPEEDI. Un autre obstacle était que le partage de l'information et la communication au sein de la cellule de crise n'étaient pas suffisants et que le gouvernement préfectoral avait des problèmes d'organisation. M. Sato a dit qu'il souhaitait une réforme de la gestion des situations de crise. Il a exprimé son avis qu'il était essentiel d'améliorer l'échange des idées, de mettre en place une organisation plus efficace et de faciliter l'intervention des experts, tout cela de manière étroitement coordonnée, afin d'éviter les accidents à l'avenir.

3. La Nation a largement apporté son soutien à Fukushima et à ses habitants depuis la catastrophe. En retour, M. Sato a dit qu'il voulait apporter sa contribution à la création d'une communauté plus intégrée offrant la promesse que jamais une telle catastrophe ne se reproduirait.

 

 

Masataka-Shimizu.jpg18ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 8 juin 2012

 

Témoin : Masataka Shimizu, président de TEPCO au moment de l'accident.

 

Problèmes de communication :

1. Le président Shimizu n'était "pas au courant que le Kantei [cabinet du Premier Ministre - ndt] n'avait pas confiance en la réaction de TEPCO concernant l'ouverture des évents" lorsqu'il revint de son voyage d'affaires. En outre, c'est seulement après les déclarations du Premier Ministre qu'il "découvrit" que le Premier Ministre avait interprété la proposition concernant le retrait du personnel comme signifiant un "retrait total". Il semble que M. Shimizu ne se soit pas rendu compte de la disparité des points de vue entre la façon dont le Kantei percevait la situation et celle dont TEPCO la percevait. Les échanges entre le Kantei et TEPCO étaient entravés par les malentendus et la méfiance, ce qui eut pour effet de créer cette controverse concernant l'interprétation du mot "évacuation".

2. En marge de ce témoignage, l'enquête de la Commission a confirmé le fait que le personnel était bien présent sur le terrain, déployant tous ses efforts pour résoudre les problèmes des réacteurs, et qu'il n'avait pas envisagé d'abandonner le site. Par ailleurs, aucune preuve n'a été découverte que TEPCO eût pris la décision d'opérer un "retrait total".

3. D'après l'enquête de la Commission, si la situation des réacteurs nucléaires qui se trouvaient dans un état critique fut finalement maîtrisée, c'est grâce au personnel qui se trouvait sur le terrain, car il avait une bonne compréhension de l'état dans lequel se trouvaient les réacteurs, et la conscience de ses responsabilités lui enjoignait de demeurer sur place jusqu'au bout de la crise.

4. A cette fin, TEPCO n'aurait pas dû s'adresser au Kantei pour recevoir des instructions. Au lieu de cela, des personnes qui se trouvaient sur place ou quelqu'un qui possédait la qualification requise pour porter un jugement technique sur la situation auraient dû prendre les décisions, comme cela fut le cas par exemple lorsque fut prise la décision d'injecter de l'eau de mer.

5. Ces considérations invitent à engager un important débat sur la position de l'opérateur et sur le bien-fondé des interventions du Kantei, lequel ne possédait pas l'expertise nucléaire.

6. M. Shimizu a insisté sur l'importance de disposer de bâtiments résistant aux tremblements de terre en remarquant qu'il était "effrayant d'imaginer ce qui se serait produit si TEPCO n'en avait pas eu". Diverses mesures pour se préparer à l'éventualité d'un cas plus grave même encore sont nécessaires. Il est bien clair maintenant combien il est important d'assurer la sécurité des ouvriers dans les centrales pour protéger la vie du public.

 

 

19emereunion.jpg19ème réunion de la Commission 

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 9 juin 2012

 

Résumé des résultats de l'enquête : Les résultats de l'enquête ont montré que les lenteurs du gouvernement dans la transmission et la communication de l'information concernant l'accident ont été à l'origine de la confusion qui s'en est suivie. Du point de vue des personnes évacuées, des consignes d'évacuation lancées au coup par coup ont fait que beaucoup de personnes ont été évacuées plusieurs fois, parfois en direction de zones affectées de doses de radiation élevées, et / ou en n'emportant que le strict nécessaire. Les voix et les opinions des habitants évacués qui n'ont pas d'autre endroit où aller ont été très claires. Les problèmes ne sont pas encore résolus. Des mesures appropriées doivent être envisagées dès que possible. Nous communiquerons ce message à la Diète.

 

 

 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 23:23

1st Commission MeetingParallèlement à l’enquête menée auprès de la population et des employés de la centrale de Fukushima Daiichi, la commission indépendante nommée par le parlement japonais a tenu 19 réunions du 19 décembre 2011 au 9 juin 2012. Ces réunions publiques avaient pour objectif de recueillir les témoignages de responsables (ministres, opérateur), de victimes (maires) et d’experts. Le rapport de la Commission publié en juillet 2012 en anglais donne le résumé de ces réunions. Voici la première partie de leur traduction en français, soit les 12 premières réunions, correspondant aux pages 71 à 77 du rapport original.

 

 

_______________

 

 

 

 

Rapports des réunions de la Commission

 

 

 

(traduction Odile Girard)

 

 

 

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1ère réunion de la Commission

 

Lieu : The Fukushima View Hotel, Préfecture de Fukushima

Date: 19 décembre 2011

 

La première réunion de la Commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima s’est tenue au Fukushima View Hotel dans la ville de Fukushima le 19 décembre 2011. La Commission a approuvé la version préliminaire des règles encadrant son fonctionnement, désigné un chef de projet, décidé de la structure des groupes de travail et de son siège, et commencé officiellement son activité. Reiko Hachisuka, un des membres de la Commission, a également présenté un rapport sur les conditions difficiles dans lesquelles vivent aujourd’hui les populations concernées. Mme Hachisuka, qui a été évacuée d’Okuma, où est située la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, pour vivre dans des résidences provisoires mises à disposition à Aizu Wakamatsu, a déclaré que les réfugiés souffrent d’une perte du sentiment de  sécurité et de stabilité affectives malgré les affirmations répétées depuis des années par TEPCO et le gouvernement que la centrale était sûre.

Afin de se rendre compte par elle-même des conditions prévalant à la centrale et dans ses environs, la Commission s’est rendue sur place le 18 décembre. Elle a aussi observé les efforts de décontamination menés par la municipalité d’Okuma. Après la première réunion de la Commission lundi, nous avons visité les logements provisoires de Kawamata qui abritent des réfugiés du district de Yamakiya (qui fait partie de la ville de Kawamata) où les taux de radiation sont élevés. Nous avons parlé personnellement avec le maire de la ville, Michio Furukawa, également représentant de la communauté en résidence provisoire. Nous avons vu les opérations mises en œuvre pour décontaminer les champs et les forêts du district de Yamakiya.

 

 

2ème réunion de la Commission

 

Lieu : Keisei Memorial Hall, Tokyo

Date : 16 janvier 2012

 

Témoins :

Yotaro Hatamura, Président  du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima de TEPCO

Shinji Ogawa, Directeur-Général du Comité d’enquête du Cabinet du Premier Ministre

Masayuki Ishida, Directeur de la Division inspection qualité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Masayuki Ono, Directeur de la Division qualité et sécurité de l’énergie nucléaire de TEPCO

Itaru Watanabe, Directeur-général adjoint du Bureau des politiques de la science et de la technologie au MEXT

Yoshinari Akeno, chef de groupe, Service de la Sécurité nucléaire du Bureau des politiques de la science et de la technologie au  MEXT

Tadao Kanda, Directeur, Bureau d l’évaluation des politiques, secrétariat du ministre, au MEXT

 

La Commission a désigné son président intérimaire et le co-président du groupe. Nous avons reçu une explication sur les rapports provisoires et initiaux sur l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima du comité d’enquête et de vérification du gouvernement, de TEPCO et du ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT).

 

 

3ème réunion de la Commission

 

 

Lieu : Shimin Plaza Kazo, Préfecture de Saitama

Date : 30 janvier 2012

 

Témoin : Katsutaka Idogawa, maire de  Futaba.

 

Le maire de Futaba, Katsutaka Idogawa, a présenté la situation avant l’accident de la centrale et les conditions au moment de l’accident et durant l’évacuation. Il a aussi discuté avec la Commission. Après la réunion, nous avons organisé une réunion avec les habitants de la ville pour écouter leurs derniers commentaires sur l’accident et l’évacuation, et pour avoir des détails sur la vie des évacués.

 

Katsutaka Idogawa 2Katsutaka Idogawa

 

Commentaires de M. Idogawa :

  • « Depuis ma nomination comme maire, je n’ai pas cessé de faire part de nos inquiétudes à propos de la centrale nucléaire à TEPCO et NISA. Ils n’arrêtaient pas de nous dire de ne pas nous faire de souci, que la centrale était absolument sûre. Mais l’accident est bel et bien arrivé. Ils ne peuvent pas donner d’explication car l’accident serait dû à  « des facteurs qui vont au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer ».
  • Le centre hors-site était inutilisable parce que trop proche de la centrale. Il faut vérifier et voir à quel type d’accident le centre d’urgence hors-site était censé pouvoir répondre.
  •  Il est nécessaire de clarifier le rôle joué par les instances de régulation nucléaire et les relations qu’elles entretiennent  avec l’industrie. Pour ce qui est de TEPCO, nous aimerions qu’ait lieu une évaluation de tous les facteurs qui pourraient avoir contribué à l’accident. Nous avons besoin de savoir si des questions fondamentales ont été ignorées pour privilégier la profitabilité, si la formation du personnel était adéquate et si les compétences techniques étaient correctement transmises, et quel genre de formation était fournie au grand nombre d’intérimaires embauchés pour les inspections régulières. Nous voulons savoir si le service de gestion de crise fonctionnait correctement.
  • Pour ce qui est de la préfecture de Fukushima, une enquête est nécessaire pour établir par exemple si elle a diffusé des informations correctes à sa population et si elle fournit actuellement aux gens la protection dont ils ont besoin.
  • Quant au niveau de l’exposition aux radiations, les explications et les normes sont très diverses et ce n’est pas clair du tout. Le taux maximum d’exposition cumulative pour la population en général est légalement de 1 millisievert par an. L’accident nous a exposé à des radiations autres que le rayonnement naturel. Il est scandaleux que TEPCO prétende que les radiations émises par sa centrale sont bona vacantia, c’est-à-dire un objet sans propriétaire dont ils ne peuvent pas être tenus responsables.
  • Après l’évacuation, les communications avec le gouvernement ont été absolument inexistantes. La télévision était notre seule source d’information.

 

 

4ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 15 février 2012

 

Témoins :

Haruki Madarame, Président de la Commission de sûreté nucléaire (NSC),

Nobuaki Terasaka, ex-Président de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Haruki Madarame 3Haruki Madarame

 

 

 

 

 

 

 

 

Nobuaki Terasaka 4Nobuaki Terasaka

 

 

1. Des instructions dépassées : Haruki Madarame, président de la Commission de Sécurité nucléaire, a admis que les instructions de sécurité étaient défectueuses et a présenté ses excuses. L’accident de Fukushima a émis beaucoup plus de radiations que les scénarios figurant dans le chapitre « accident hypothétique » contenu dans les instructions, où les scénarios envisagés étaient d’une bien moindre envergure que les scénarios d’accident grave utilisés par de nombreux autres pays. Le Guide pour l’évaluation du site d’un réacteur, qui date de 1964, est toujours la référence pour accorder le permis de construire des centrales nucléaires. Durant le débat, ce guide a été qualifié d’obsolète et M. Madarame est d’avis qu’il doit être amendé.

2. Manque de préparation des agences : La NSC et NISA étaient toutes deux mandatées pour assurer la sécurité de l’énergie nucléaire, mais manquaient de préparation pour les situations d’urgence. De plus, il a été établi que la NSC comme NISA n’avaient pas bien compris leur tâche essentielle qui est de protéger la population locale et le pays.

3. Connaissances insuffisantes : Le débat a révélé un manque de connaissances techniques et de compétences en ingénierie nucléaire au sein des agences de régulation et de la direction de ces agences. Le débat a également rappelé à tous l’énorme importance de l’indépendance et combien il est essentiel de s’appuyer sur des décisions et des suggestions fondées sur des faits et des analyses scientifiques pour que ces agences puissent fonctionner correctement. Le Japon a manifestement la responsabilité d’établir des normes et des directives de sécurité qui soient dignes de confiance au niveau mondial.

 

 

5ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 27 février 2012

 

Témoin : Richard A Meserve, ex-président de la Commission de régulation nucléaire américaine (NRC), Président  de la Carnegie Institution for Science

 

Dr. Richard A Meserve 5Richard A Meserve

 

 

1. Une attitude proactive : Les responsables doivent faire des efforts  permanents pour améliorer les normes de sécurité existantes. Les entreprises de construction et les opérateurs ne doivent pas présumer de la qualité des normes des agences de régulation et ne doivent pas avoir une attitude passive vis-à-vis des questions de sécurité et de sûreté.

2.  Responsabilités et indépendance des opérateurs : Les opérateurs de centrales nucléaires ont indéniablement la responsabilité de prévenir les accidents et d’empêcher l’aggravation des dommages pouvant en découler. En cas d’urgence, l’opérateur est censé prendre des décisions et doit éviter de se tourner vers le gouvernement. C’est la raison pour laquelle les opérateurs doivent avoir les compétences  nécessaires.

3.  Responsabilités et indépendance des instances de régulation : Le rôle des instances de régulation est d’exiger des décisions sensées de la part de l’opérateur et de faire appliquer ces décisions pour éviter l’aggravation des problèmes. Les agences doivent  rester indépendantes des opérateurs et du gouvernement. Les agences doivent également définir clairement le rôle de l’opérateur, du gouvernement, et de la chaîne de commande. Ces rôles doivent faire l’objet d’un entraînement régulier.

4. Transparence de la prise de décisions : Il est important de garantir la transparence dans toutes les procédures de prise de décisions, sauf celles qui touchent à la sécurité nationale. Il est important que les participants  expriment ouvertement leur opinion pour gagner la confiance [du public].

5.  Importance des ressources humaines : Le Japon devrait suivre le modèle de la NRC, où la majorité des employés passent toute leur carrière à s’occuper de sûreté nucléaire ; il devrait aussi fournir aux experts des perspectives suffisamment intéressantes. Au Japon, les professionnels qui ont l’habitude de changer régulièrement de poste au sein de l’administration se révèlent souvent incapables de gérer les situations de crise.

6.  Indépendance et transparence des enquêtes : Les caractéristiques les plus importantes pour l’enquête sur l’accident nucléaire sont l’indépendance et la transparence.

 

 

6ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mars 2012

 

Sakae Muto 6sakae muto

 

 

Témoin: Sakae Muto, Conseiller de TEPCO et ancien Vice-président exécutif et directeur général de la division énergie nucléaire & implantation de centrales de TEPCO

 

1. Relations entre le gouvernement et l’opérateur : Nous avons entendu un témoignage inattendu montrant que le Cabinet avait participé à des discussions sur des questions techniques concernant les réacteurs nucléaires. Le Premier ministre Kan a demandé le numéro de portable du directeur de la centrale de Fukushima, sans en informer la direction de TEPCO

2. Compétence de TEPCO : M. Muto a déclaré que l’opérateur était le premier responsable de l’accident, mais des questions demeurent concernant la compétence de TEPCO à assumer cette responsabilité.

3. Manque de préparation aux accidents : De longues discussions ont eu lieu sur la culture de sécurité et les actions préventives à mener contre les séismes. M. Muto a sous-entendu que la cause de l’accident était le tsunami imprévu mais la possibilité d’un tsunami avait été estimée en 2002 et TEPCO doit donc avoir reconnu les risques. Toutefois M. Muto a soutenu ne pas avoir eu connaissance de ces études. Ceci était clairement une défaillance de la culture de sécurité de TEPCO.

 

 

7ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 19 mars 2012

 

Témoins :

 

Volodymyr Holosha, Directeur de l’Agence de l’État ukrainien pour la gestion des zones d’exclusion, Ministre des Situations d’urgence

 

 

 

Anatoliy Gora, Directeur adjoint de la centrale nucléaire de Chernobyl

 

 

Leonid Tabachnyi, Vice-Président du Centre d’observation géophysique du service d’hydrométéorologie au ministère ukrainien des Situations d’urgence

 

Volodymyr Holosha 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leonid Tabachnyi 8Leonid Tabachnyi

 

 

 

 

 

 

1. L’accident de Chernobyl  diffère de celui de Fukushima par les types de matériaux radioactifs rejetés, les conditions météo, la géographie et l’état des enceintes de confinement des réacteurs. Cependant les deux accidents ont été qualifiés d’accidents de niveau 7 (accident grave), une qualification de l’échelle internationale des événements nucléaires (échelle INES). Chernobyl a provoqué d’importantes émissions de matériaux radioactifs et affecté l’environnement et de très nombreuses vies. Les matériaux radioactifs continuent à affecter sévèrement la santé publique et l’environnement 26 ans après l’accident.

2. Questions concernant l’exposition : De nombreuses personnes ayant travaillé dans les zones contaminées en Ukraine ont été exposées aux radiations. Beaucoup de petits enfants qui ont été exposés aux radiations ont développé un cancer de la thyroïde. L’exposition aux radiations ne se contente pas de provoquer des cancers de la thyroïde chez les jeunes enfants ; elle affecte l’ensemble du coprs. Les personnes évacuées souffrent de stress et de phobie des radiations. Les aliments contaminés sont surveillés et contrôlés séparément par type, quantité consommée, etc.

3. Questions concernant la diffusion de l’information : La nécessité de diffuser l’information a été reconnue par le gouvernement ukrainien, qui a tiré les leçons de l’époque de l’URSS.  Cependant, il y a beaucoup d’unités de mesures, comme les becquerels, les sieverts et les curies, qui ne sont pas bien connues de la population. L’information du public peut être diffusée de manière différente selon les niveaux de contamination.

 

 

8ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 28 mars 2012

 

Témoins :

Ichiro Takekuro, représentant  de TEPCO et responsable de l’énergie nucléaire chez TEPCO avant l’accident. Il était au Kantai pendant l’accident.

Kenkichi Hirose, Conseiller spécial du Cabinet du Premier Ministre, chargé de la NSC, ancien secrétaire-général de la Commission de sûreté nucléaire (NSC) et ancien directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA)

 

Ichiro Takekuro 9

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kenkichi Hirose 10

 

 

1. Compétence de TEPCO : Quoique la première obligation de TEPCO soit de prévenir les accidents et de minimiser les dommages, l’entreprise s’est révélée comme n’ayant pas la capacité d’auto-gouvernance qui aurait permis de mettre en place les mesures adéquates  de prévention des accidents ; il lui manque aussi la culture qui lui permettrait de mener des efforts concertés pour améliorer la sûreté nucléaire en tenant compte du point de vue de la population. De plus, TEPCO ne reconnaît pas clairement les tâches et obligations liées à la sûreté nucléaire qui sont celles d’un opérateur d’énergie nucléaire. Pour ce qui est du programme de défense en profondeur, M. Takekuro a déclaré que TEPCO s’était concentré sur les trois premiers niveaux, sous-entendant que TEPCO n’était pas responsable de la mise en oeuvre des quatrième et cinquième niveaux de défense en profondeur. Au moment de l’accident, TEPCO a envoyé M. Takekuro au bureau du Premier Ministre pour faire un rapport détaillé des conditions de l’accident au Premier Ministre. Toutefois, on a découvert que M. Takekuro envoyait en réalité des ordres au site de l’accident de la part du Premier Ministre. Il est évident que la culture d’entreprise de TEPCO a failli dans ses efforts de prévention des accidents et d’amélioration de la sûreté nucléaire et failli à ses obligations d’opérateur de centrale nucléaire. Ce point est aussi mis en évidence par la longue histoire de dissimulation d’accidents de TEPCO

2. Responsabilités des agences de régulation : Les discussions ont clairement montré que les agences de régulation nucléaire comme NISA n’ont pas rempli leur première obligation, qui est de garantir la sécurité publique. Elles ont ignoré les fondements mêmes d’une culture de la sécurité en laissant par exemple des mesures sécuritaires essentielles comme les vérifications (backcheks) aux opérateurs et en passant outre les recommandations de l’AIEA ; leur responsabilité en l’occurrence est accablante. Il est clair que la procédure de double vérification par la NISA et la NSC ne fonctionnait pas. Les défaillances et les comportements irresponsables révélés au cours du débat ne concernent pas seulement M. Hirose et les autres chefs. Le gouvernement est lui aussi hautement coupable, car c’est lui qui a fait de la NISA une administration sous la houlette du METI. [ministère japonais de l’Économie]

 

 

 

9ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 18 avril 2012

 

Témoin : Hiroyuki Fukano, Directeur-général de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA).

 

Hiroyaki Fukano 11Hiroyaki Fukano

 

 

1. Directive Sécurité : La Directive Sécurité a été révisée par le gouvernement après l’accident de Fukushima sur la base des mesures indiquées dans les “Conclusions technologiques” qui sont une analyse provisoire.  Les conditions d’accident envisagées dans la nouvelle Directive Sécurité sont définies en détail avec une séquence d’événements identique à celle de l’accident de Fukushima. Aucune mesure ou définition n’est donnée pour un accident éventuel dont l’envergure dépasserait le scénario envisagé dans la nouvelle Directive Sécurité et seules quelques mesures de sécurité nécessaires sont incluses :

  • Le plan de construction de bâtiments résistants aux séismes, une notion dont le rôle s’est révélé critique dans l’accident de Fukushima, est défini comme une « tâche à moyen terme ».
  • La mise en place de ventilation filtrée, qui existe dans de nombreux pays européens, est définie comme une « tâche à moyen terme »
  • Le plan d’évacuation d’urgence, qui est extrêmement important pour la sécurité des habitants, ne relève pas de la discussion  sur les « conclusions technologiques » qui ont servi de base à la révision de la Directive Sécurité.

 

 

 

10ème réunion de la Commission + Mairie de Namie

11ème réunion de la Commission + Mairie d’Okuma

 

Lieux :   Nihonmatsu, Shimia Kaikan, Préfecture de Fukushima (10ème réunion)

                University of Aizu, Préfecture de Fukushima (11ème réunion)

Dates : 21 et 22 avril 2012

 

Témoins :

Le maire de Namiemachi, M. Baba, et six autres témoins à la 10ème réunion de la Commission à Nihonmatsu

Le maire d’Okuma, M.Watanabe, et quatre autres témoins à la 11ème réunion de la Commission à  Aizu Wakamatsu. Après chaque réunion de la Commission, les membres de la Commission ont écouté les [doléances des] habitants durant les réunions dans les mairies.

 

Tamotsu Baba,12

 

maire de Namie

 

 

 

 

 

 

 

Toshitsuna Watanabe,13Mayor Watanabe

 

maire d’Okuma

 

 

1.  La colère des évacués : Nous avons senti la profonde colère des habitants dont témoignent les commentaires suivants : « Il nous a fallu être évacués sans aucune information du gouvernement, de la préfecture ou de TEPCO sur l’accident lui-même sur les modalités de l’évacuation ou la direction qu’il fallait prendre. » « Il aurait dû y avoir quelqu’un, un employé de TEPCO par exemple, pour nous fournir des informations plus tôt. » Nous avons reconnu à nouveau l’importance d’avoir des procédés de communication permettant de fournir en temps voulu une information facile à comprendre.

2.  Garantir la sécurité des habitants : Un fonctionnaire local a indiqué qu’il se demandait  « si le gouvernement local avait rempli son rôle de garant de la sécurité des habitants. » Certains ont dit que « les exercices d’évacuation d’urgence n’étaient qu’une façon de faire des exercices pour le plaisir de faire des exercices. Le but visé était surtout l’auto-satisfaction de l’organisateur. Est-ce que ces exercices n’auraient pas dû se faire sur la base d’hypothèses plus réalistes ? »  Les conclusions de nos précédentes réunions suggèrent que les régulateurs n’ont absolument pas l’état d’esprit qu’il faudrait pour  protéger les habitants.

3.  Message des villes où sont situées des centrales nucléaires : Nous avons entendu des opinions importantes en particulier venant des habitants d’Okuma. Voici quelques-unes des opinions les plus notables : « Les gens des villes où se trouvent des centrales nucléaires avaient tellement l’habitude de s’entendre dire “combien les centrales sont sûres”. C’était du lavage de cerveau ». « Je n’avais jamais imaginé qu’une centrale nucléaire puisse devenir un problème ». « Il n’y eut aucune communication concernant tous ces problèmes qui  peuvent échapper au contrôle humain ».  Ces commentaires peuvent être très importants pour tous ceux qui vivent dans des villes où sont situées des centrales nucléaires.

4.  Relations avec le gouvernement et confiance en celui-ci : Nous avons entendu des commentaires sur le gouvernement,  l’accusant en particulier de ne pas avoir réussi à fournir l’information nécessaire au moment de l’accident. « Je ne peux toujours pas faire confiance au gouvernement ». « Je n’ai aucune confiance dans l’information fournie par le gouvernement sur la condition actuelle de l’unité 4 et sur le niveau des doses de radiation. »

5.  La vie et l’avenir des évacués : Nous avons vraiment réalisé que les instructions d’évacuation tardives ou mal définies - comme le souligne l’emploi de cette phrase « par mesure de précaution » - ont eu un impact sévère sur la population. Un des participants a souligné la nécessité de « mettre en place un système par lequel le gouvernement continuera à surveiller les conditions sanitaires de la population de génération en génération. » En outre, de nombreux habitants ont à maintes reprises exprimé leur profond désir de « ne pas laisser les autres municipalités qui ont des centrales nucléaires subir ce qu’[ils ont] subi. »

 

Réunion publique 14Namie town hall meeting

 

à Namie

 

 

 

 

 

 

 

 

Réunion publique 15Okuma town hall meeting

 

à Okuma

 

 

12ème réunion de la Commission

 

Lieu : Diète Nationale du Japon

Date : 14 mai 2012

 

Témoin : Tsunehisa Katsumata, Président de Tokyo Electric Power Company (TEPCO) et ex-président de la Fédération des compagnies d’électricité  du Japon (FEPC).

M.Katsumata est Président de TEPCO depuis octobre 2002 et en est devenu le PDG en février 2008

 

Tsunehisa Katsumata 16Tsunehisa Katsumata

 

 

1. Redevabilité d’un opérateur de centrale nucléaire et du Premier Ministre : Tout en rappelant que « les compagnies d’électricité sont sans aucune ambigüité responsables de la sécurité des centrales nucléaires, » [Katsumata] a indiqué que « c’est le Premier Ministre qui était le directeur-général du siège de la réponse d’urgence où il fallait établir des priorités dans les décisions sur le site de la centrale ».  Les trois directeurs principaux de l’équipe dirigeante (PDG, président et vice-président) n’étaient pas disponibles au moment de l’accident. M. Katsumata n’a appris l’absence du PDG qu’après l’accident. Le fait qu’il n’ait pas contacté le PDG entre le moment où ce dernier est rentré de l’étranger et celui où il est retourné au siège montre de toute évidence son absence complète de conscience de l’imminence de la crise.

2. Faits critiques concernant le tsunami : Les causes de l’accident, selon la déclaration de M. Katsumata, sont « en cours d’investigation à TEPCO ». Cependant l’affirmation que le tsunami, qui n’avait pas été anticipé, est la cause principale [de la catastrophe] est assez dérangeante. Elle révèle que le risque posé par un tsunami potentiel non anticipé n’avait pas été communiqué en interne au PDG. Il se trouve que M. Katsumata avait décidé qu’ « un tsunami de ce genre ne pouvait pas se produire dans la réalité. » Il semble que le risque de tsunami n’avait pas été envisagé sous l’angle des probabilités.

3. A propos des régulations : M. Katsumata a souligné [l’importance de] la simplification des réglementations, mais les mesures que les opérateurs prennent indépendamment, dont les vérifications de résistance aux séismes et les réponses aux accidents graves, n’avaient pas été prises par TEPCO et d’autres opérateurs. De sérieux doutes demeurent : quel rapport entre la demande de simplification des réglementations et les retards dans les réactions de TEPCO ? La Commission a aussi appris un fait peu connu, à savoir que la FEPC avait servi de forum pour les lobbies [de l’industrie nucléaire].

4. Résumé : M. Katsumata a admis que rétrospectivement il pouvait concevoir un certain nombre de mesures qui auraient dû être mises en place, par exemple les mesures anti-tsunami et les réponses aux accidents graves ; mais il s’est abstenu de réflexions plus spécifiques. Le public doit déterminer, à travers les discussions d’aujourd’hui,  si M. Katsumata était suffisamment compétent pour être à la tête d’un opérateur nucléaire géant. 

 

 

(Comptes rendus des réunions suivantes : prochainement en ligne)

 

________________________

 

Photo d’entête : Première réunion de la Commission, 19 décembre 2011

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 21:12

 

ACLacoste28062012.jpgPar la voix de son président André-Claude Lacoste, l’ASN présentait le jeudi 28 juin 2012 son rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2011. A cette occasion, il faisait aussi le point sur les suites des Évaluations Complémentaires de la Sûreté (ECS) des installations nucléaires conduites après l’accident de Fukushima. Jean-Marc Royer s’est intéressé de près à ce qu’il s’y est dit, et il nous en parle dans l’article qui suit… sans langue de bois.

 

 

-oOo-

 

 

La conférence de presse de l’ASN du 28 juin 2012 :

 

Des approximations savamment dosées, des omissions patiemment élaborées.

 

Au total une langue de bois, bien ciselée, et de longue date.

 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Lors d’une conférence de presse tenue le 28 juin, le président de l’ASN présentait le rapport annuel 2011 intitulé « Il y aura un avant et un après Fukushima[1] ». Effectivement, l’ASN se rend à l’évidence et a récemment intégré ─ mieux vaut tard que jamais ─ deux dimensions capitales des dangers du nucléaire, évolution sur laquelle il faudra revenir. Il n’empêche que, par ses origines, la composition de ses personnels et leur provenance professionnelle ou académique (X-Mines, X-Ponts …), ses relations de longue date avec les industries et les opérateurs nucléaires ─ et j’ajouterais l’imaginaire indécrottablement pro-nucléaire de ses membres ─ l’ASN est bel et bien prise, qu’elle le veuille ou non, dans la gangue[2] des intérêts du village nucléaire international. Cette autorité indépendante devrait, question transparence et indépendance, se régler sur le travail que vient de faire la commission indépendante de la diète japonaise pour étudier la catastrophe de Fukushima : un modèle du genre ! Elle serait également bien inspirée de ne pas croire que « les dérapages » du régulateur japonais, la NISA, ne peuvent survenir qu’au Japon[3] … et qu’elle n’aurait pas son propre « examen de conscience » à faire en détail, et en remontant jusqu’à ses débuts.

Depuis trop longtemps l’ASN nous abreuve de sa la langue de bois[4], de ses « éléments de langage » ─ comme disaient les responsables de la communication de l’ex-présidence de la République ─ et de son expression totalement formatée. On se risque même à avancer qu’en France, à cause de la place et du rôle du nucléaire, cela constitue un des critères de recrutement de ses dirigeants. Encore une fois, il faut comparer son langage et ses méthodes à ceux de la commission indépendante nommée par la diète japonaise. Mais dans son ronron hélas coutumier, devant un parterre de journalistes consentants pour ne pas dire plus, lors de cette dernière conférence de presse de la fin juin, nous avons été réveillés à la vingt-huitième minute exactement par les assertions suivantes :

1) « Nous sommes persuadés qu’il peut y avoir un délai jusqu’à 10 ans pour être sûr d’avoir parfaitement compris Fukushima […] A Three Miles Island, il a fallu 6 ans pour être sûr du taux de fusion du cœur du réacteur ». […] Et quelques secondes plus tard :

2) « Fondamentalement, les installations ont tenu au séisme, c’est le tsunami qui a causé des dégradations … et entraîné les dégâts les plus graves. A vérifier » […]

3) « Il y a actuellement deux lectures de la façon dont les japonais se sont comportés face à la perspective du tsunami :

- Les japonais auraient pu prévoir un tsunami de l’importance de celui qui est intervenu, s’ils n’ont pas pris en compte le tsunami c’est de leur part une défaillance grave, une négligence.

- Deuxième lecture, le tsunami était plus important qu’il n’était prévisible dans l’état actuel des connaissances. » […] 29’30 et enfin :

4) « Nous avons un devoir moral de prendre dès que possible les décisions qui nous paraissent s’imposer ». 30’ Comme on peut le constater, le devoir moral de l’ASN s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément …

 

 

Reprenons les choses dans l’ordre de leur énoncé.

 

1) L’ASN a très bien compris ce qui s’est passé dès les premiers jours à Fukushima[5], à savoir la fonte rapide des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3, les fuites d’eaux hautement radioactives ainsi que les problèmes de refroidissement des assemblages contenus dans les piscines (SFP) des réacteurs 3 et 4[6]. Ce sont ces phénomènes dont la compréhension était déterminante pour évaluer la gravité de la situation et agir en conséquence afin de protéger les populations. Or TEPCO et le gouvernement japonais les ont cachés durant plus de deux mois, sans parler de leur grave incurie à faire face à cette situation comme l’explique la commission indépendante de la diète tout au long de son récent rapport. Le taux de fusion et bien d’autres éléments sont secondaires par rapport à l’estimation globale de la situation. S’abriter derrière ces « inconnues » revient in fine à se défausser de toute appréciation sur la catastrophe japonaise – ce que la commission indépendante de la diète ne fait pas – et à s’exempter des conclusions que l’on doit en tirer en France et ailleurs.

 

 

 

2) Fondamentalement ceci est un gros mensonge : les problèmes graves ont débuté dès le séisme (Cf. le rapport de la commission, le rapport du BRGM[7], ce que nous avons récemment écris à plusieurs mains concernant la piscine du réacteur N°4 et les extraits de l’article ci-dessous publié en juillet 2007). Ces problèmes ont concerné toutes les installations et en particulier les équipements de refroidissement (notamment tous les circuits hydrauliques) qui n’étaient pas suffisamment résistants aux séismes ainsi que les alimentations électriques extérieures. Le tsunami n’a fait qu’altérer définitivement la situation. Le reconnaître reviendrait à être obligé de réévaluer la robustesse de toutes les centrales japonaises, ce que l’industrie nucléaire et le gouvernement se refusent à faire, préparant ainsi le prochain accident nucléaire japonais. Il y a là un « devoir moral » que l’ASN devrait se garder de refouler.

 

 

 

3) Manque de chance pour le président de l’ASN, le rapport de la commission nommée par la diète paraissait quelques jours après cette conférence de presse. Il y est clairement affirmé que l’ampleur du tsunami était prévisible ! De plus, ceci revient encore une fois à focaliser l’attention sur le tsunami alors qu’il ne fût pas l’élément déclencheur de la catastrophe et que bien d’autres éléments sont venus l’aggraver :

 

« Les causes directes de l'accident étaient toutes prévisibles avant le 11 Mars 2011. Mais la centrale de Fukushima Daiichi fût incapable de résister au tremblement de terre et au tsunami qui a frappé ce jour-là. L'opérateur (TEPCO), les organismes de réglementation (NISA et NSC[8]) et l'organisme gouvernemental de promotion de l'industrie nucléaire (METI), ont tous échoué à correctement définir les exigences de sécurité les plus élémentaires, tels que l'évaluation de la probabilité d'un accident, la préparation à contenir les effets des dommages d’un tel désastre, et l'élaboration de plans d'évacuation du public dans le cas d'un relâchement important de radionucléides » (page 16 du rapport de la commission indépendante nommée par la Diète, la NAIIC).

 

Article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun

 

(L'article original est à lire ici) [9] 

 

« A moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » L’auteur de cet avertissement est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l'université de Kobe.

Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d'experts chargé d'établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes.

Il avait prévenu les autorités de son pays que les centrales japonaises souffraient d'une « vulnérabilité fondamentale » aux séismes. Mais ses avertissements ont été ignorés tant par le gouvernement que par Tepco.

Katsuhiko a lancé son alerte en 2006. Les faits lui ont donné raison dès l'année suivante. Le 16 juillet 2007, un séisme de magnitude 6,8 a provoqué des incidents sérieux à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus importante unité de production d'électricité nucléaire au monde[10].

 

Le violent séisme qui a endommagé le 16 juillet 2007 le complexe nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le centre du Japon, était 2,7 fois plus fort que la limite maximale prévue par les constructeurs de la centrale, affirme dimanche le quotidien Mainichi Shimbun. Selon le journal, la compagnie exploitante, TEPCO, a mesuré une accélération au sol de 993 Gals sous la centrale au moment du séisme, alors que Kashiwazaki-Kariwa était prévue pour supporter une accélération maximale de 370 Gals. Toujours d'après le Mainichi Shimbun, 8 des 17 centrales nucléaires du Japon ont été édifiées selon la même estimation d'accélération maximale du sol, et les normes de construction devront sans doute être durcies. (Source)

 

Avant le séisme de juillet 2007, un autre séisme s'était produit en août 2005, affectant la centrale d'Onagawa, au nord de Fukushima ; encore un autre en mars 2007, dont l'épicentre était à 16 kilomètres de la centrale de Shika. Et cela s'est répété l'année suivante, avec une secousse de magnitude 6,8 à l'est de Honshu, près d'Onagawa et de Fukushima. Même s'il n'y a pas eu de dégâts importants, Tepco a signalé alors trois fuites de liquide radioactif à Fukushima Daini. » [Ces fuites sont la conséquence du fait que toutes les canalisations hydrauliques sont encore moins résistantes que le bâtiment réacteur aux séismes, ndr]   (Source)

 

Ces rappels sont une preuve supplémentaire, s’il en fallait, des déficiences connues des centrales japonaises vis-à-vis des séismes de grande ampleur accompagnés de fortes accélérations au sol. Et l’ASN était bien sûr au courant de ce dossier.

Afin de prendre toute la dimension des interventions publiques de l’ASN, il nous a semblé utile de rappeler l’article suivant :

 

« Avertissements des exploitants de centrales nucléaires »

 

[…] L'industrie nucléaire mondiale est en danger, menacée par la négligence et la complaisance qui ont conduit à plusieurs « incidents graves » dans des centrales nucléaires en Europe, aux États-Unis et au Japon au cours des dernières années. […] David Gilchrist, directeur général de British Energy (BE), Robert Saunders, président de First Energy Nuclear Operating Co (Fenoc), l'opérateur de la centrale de Davis-Besse (dans l'État de l'Ohio, ndt), Hans-Joseph Zimmer, directeur de la centrale nucléaire de Philippsburg (en Allemagne, ndt), Istvan Hadnoti, directeur de la sûreté de la Compagnie de la centrale nucléaire de Paks (en Hongrie, ndt), Aies John, président du centre de Moscou de la WANO[11], qui a inspecté Paks, et Tsunehisa Katsumata, président de Tepco, se sont succédés à la tribune pour expliquer comment leurs organisations s'étaient imperceptiblement laissées aller à une situation où le personnel et la direction ne s'étaient pas rendu compte de l'imminence d'un désastre.

[…] Les représentants des compagnies nucléaires, au nombre de plus de trois cents, écoutent, muets de stupéfaction, leurs pairs leur décrire, rétrospectivement, comment cela pouvait se produire, même dans le cas d'organisations reconnues comme étant des industries de pointe. Le président de la WANO, Hajimu Maeda, a déclaré qu'un « mal terrible » menaçait de l'intérieur les établissements des exploitants nucléaires. Il commence, a-t-il dit, par la « perte de motivation à apprendre auprès des autres... un excès de confiance... [et] la négligence dans le maintien d'une culture de sûreté en raison de pressions considérables exercées pour réduire les coûts à la suite de la déréglementation du marché de l'énergie ». […]

S'il n'y est pas remédié, ces problèmes « sont comme un mal terrible qui naît au sein de l'organisation » et peut, s'il n'est pas décelé, conduire « à un accident majeur » qui « détruira l'organisation tout entière ». Le Suédois Rolf Gullberg, président du centre de Paris de la WANO, a énuméré huit «incidents graves» qui se sont produits au cours des dernières années, à commencer par une fuite dans le joint du couvercle de la cuve de pression des réacteurs à la centrale de Sizewell-B (Royaume-Uni, ndt), suivie de l'affaire de la concentration incorrecte de bore à Philippsburg, de dégradations sans précédent des assemblages de combustible du réacteur n° 3 de Cattenom (dans le département de Moselle, en France, ndt), de la rupture d'un tuyau dans le circuit de refroidissement du réacteur à Brunsbuettel (en Allemagne, ndt), de la corrosion du couvercle de la cuve de pression du réacteur de Davis-Besse, de dommages importants sur le combustible lors d'une opération de nettoyage chimique à la centrale de Paks, et de la falsification de données, tant chez Sellafield que chez Tepco. […]

Zimmer a évoqué la « complaisance » du personnel et de la direction de la centrale de Philippsburg et John « l'excès de confiance » de l'entrepreneur ainsi que « les pressions des délais à tenir » résultant de « biais de production », causes profondes du problème de Paks. Gilchrist a indiqué que British Energy avait obtenu d'excellents résultats financiers et des indicateurs de fonctionnement satisfaisants après la privatisation, mais que ses performances avaient rapidement plongé. L'examen […] effectué par la WANO a constaté, entre autres problèmes, que « des pressions incroyablement fortes quant au coût », alors que British Energy s'enfonçait avec une marge d'autofinancement brut négative, avaient commencé à « éclipser la gestion de la sûreté », a-t-il ajouté. Saunders a affirmé que les bons antécédents en matière de qualité d'exploitation à Davis-Besse et la primauté des ingénieurs sur le personnel de la centrale avaient engendré « arrogance et complaisance... ». Se reposant sur le passé glorieux de Davis-Besse, le personnel a rejeté le déclassement de la performance de la centrale à l'indice 2 de l'échelle IPNO de l'Institut des exploitants nucléaires américains, il y a quelques années, et ont « ignoré » l'importante expérience de fonctionnement dont bénéficiait l'industrie. La direction avait mis en place des programmes, mais il n'y a pas eu de suivi et le personnel chargé de l'inspection de la qualité rendait compte directement à la direction du site, ce qui « influençait son indépendance et son objectivité », a-t-il déclaré. […]

Katsumata a indiqué que le département de l'énergie nucléaire de Tepco était devenu « un cercle homogène et fermé d'ingénieurs qui défiaient les vérifications effectuées par d'autres départements, y compris la direction ». […]

Les règles relatives au maintien en service des équipements n'étaient « pas claires », et ne prenaient pas en compte les défauts apparaissant lors du vieillissement des équipements, encourageant ainsi le personnel à ignorer les règles. Les attaques des médias sur les problèmes dans les installations nucléaires avaient mis les ingénieurs « sur la défensive » et les avaient incités à dissimuler les défauts aussi longtemps qu'ils ne menaçaient pas directement la sûreté – conduisant à 16 cas de falsification dans les rapports d'inspection et de réparation des réacteurs à eau bouillante de Tepco. […] À cela venait s'ajouter le comportement des ingénieurs qui considéraient que « l'approvisionnement stable en électricité [était] le but final », ce qui les a conduits à prendre « des décisions personnelles fondées sur leur propre idée de la sûreté », a ajouté Katsumata. Outre les initiatives prises pour réécrire les règles, réviser le code de conduite de Tepco et renforcer les messages relatifs à la culture de la sécurité, Tepco est en train de prendre diverses mesures pour regagner la confiance du public, y compris en organisant des réunions d'information ouvertes. Nonobstant, plusieurs cadres ont reconnu que cela ne serait pas facile, parce que les nombreux incidents, y compris le dernier épisode chez Tepco, ont sévèrement érodé la confiance du public japonais, et parce que la culture du pays décourage encore les lanceurs d’alerte (whistle blowers). […] « Notre culture de la sûreté, qui a été compromise par des pressions visant à réduire les coûts de production, doit être replacée au premier plan de nos préoccupations » […] Mais lors d'une conférence de presse, Gullberg a indiqué qu'au centre de Paris, qui était le principal retardataire parmi les quatre centres de l'organisation, le nombre d'incidents rapportés jusqu'à maintenant pour cette année représentait le triple des incidents de toute l'année [précédente, soit une augmentation de 400% d’une année à l’autre].

Source : Avertissements des exploitants de centrales nucléaires. La complaisance et la négligence menacent l'industrie nucléaire, par Ann MacLachlan, Berlin (Nucleonics week, volume 44, numéro 42, 16 octobre 2003)

 

Ces extraits d’une conférence de la WANO datent de 2003 ! Ils sont instructifs à beaucoup d’égards. On y constate que même des aveux inédits et aussi profonds concernant le fonctionnement réel des centrales nucléaires, même les mises en garde les plus vives sont restés sans effets puisque huit ans après ce sont les mêmes constats d’irresponsabilités qui ont été faits par la NAIIC suite à la catastrophe de Fukushima. Cela en dit long sur :

- la capacité des opérateurs, à tous les niveaux, à s’opposer à toutes les régulations, ce qui signe également « la bienveillance » des régulateurs et des autorités politiques vis-à-vis de cette industrie,

- l’incapacité des régulateurs à faire appliquer leurs recommandations à moins de compromis douteux en échange. De ce point de vue, il est à craindre que les recommandations éditées par l’ASN en 2012 ne soient l’objet d’âpres négociations entre le pot de fer (EDF) et le pot de terre (ASN). Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce qui s’y jouera, ce sera la prolongation d’exploitation des centrales à 60 ans, ce qui constitue le plus sûr moyen d’arriver à l’accident majeur en France.

- la dynamique mortifère de cette industrie, capable de s’affranchir des précautions minimales de sécurité de manière à pouvoir verser les dividendes de ses actionnaires et

- l’arrogance de gens qui sont dans la toute puissance technoscientifique héritée des années d’après-guerre.

 

Jean-Marc Royer, septembre 2012

 

 

Photo d’entête : André-Claude Lacoste durant le conférence de presse du 28 juin 2012

 



[2] Nous verrons bien un jour si la version homophonique et masculine de ce substantif peut s’appliquer …

[3] Comme ils croyaient avant Three Miles Island qu’un accident entraînant la fusion du cœur d’un réacteur avait une chance « infinitésimale » de se produire ; comme ils croyaient avant Tchernobyl que ce type de catastrophe pouvait être maîtrisé par la technoscience ; comme ils croyaient avant Fukushima que ce type de catastrophe ne pouvait survenir que dans un régime soviétique … Leurs croyances seront toujours et irrémédiablement « en retard d’une catastrophe ».

[4] Cf. la synthèse du rapport des inspections et des Evaluations Complémentaires de Sécurité de janvier 2012.

[5] D’autant plus qu’au moins deux membres de son collège, André-Claude Lacoste (appelé comme expert international par une autre commission instituée par le village nucléaire international) et Philippe Jamet ont fait le voyage du Japon.

[6] Rappelons qu’elle disposait des informations délivrées par le système international dont la CRIIRAD demande à juste titre et en vain jusqu’à présent qu’elles soient rendues publiques. C’est sur la base de ces informations que les USA avaient demandé à leurs ressortissants de s’éloigner à plus de 80 Km de Fukushima dès les premiers jours de la catastrophe.

[7] Bureau de recherches géologiques et minières français : une autorité en matière de séismes.

[8] Commission de sûreté nucléaire du Japon, un organisme gouvernemental sous la dépendance de l'Office administratif, qui supervise les régulateurs et les opérateurs.

[9] Extraits de la recension de Michel Pracontal, parue le 15 mars 2011dans Mediapart et dont le lien est à la fin de cet article.

[10] Philippe Jamet, membre de l’ASN, était présent dans la délégation de l’AIEA qui a rendu son rapport en août 2007. Rapport en PDF : http://bit.ly/f5cIkb page ii.

[11] World Association of Nuclear Operators : le club international des industries nucléaires.

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 18:26

DSCF5902Voici la suite de la traduction française de la synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de Fukushima Daiichi. Aux pages 62-70 du document édité en anglais, une annexe intéressante  donne la parole aux travailleurs de la centrale qui se trouvaient sur le site le 11 mars 2011. Le texte reporte les principaux résultats de l’enquête effectuée par la commission auprès de tous les employés, qu’ils soient sous-traitants ou directement sous les ordres de Tepco, accompagnés de graphiques et de témoignages.

Le fait que certaines compagnies sous-traitantes n’aient pas voulu répondre à l’enquête de la commission fausse malheureusement les données. Cela montre en tout état de cause la puissance de ces entreprises de sous-traitance du nucléaire au Japon qui se permettent, sans être inquiétées, de ne pas répondre à une requête du Parlement. Ce défaut d’information est la confirmation de ce nous avions déjà dénoncé avec l’impossibilité de décompter dans le détail le nombre de personnes ayant travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi. Le fait qu’il soit impossible de faire une enquête précise, même officielle, est très inquiétant car on ne sait toujours pas ce que sont devenus les travailleurs manquant à l’appel !

______________

 

 

Synthèse du rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima

 

______________

 

ANNEXE

 

 

 

Enquête sur les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima

 

 

 

(traduction : Marie-France Payrault-Gaber)

 

 

 

-        Après l'accident, la plupart des travailleurs de TEPCO n'ont pas été évacués, mais sont restés sur le site afin d'aider, après la catastrophe. Certains travailleurs en sous-traitance ont été évacués le 11 mars à 16 h00. Il a été constaté des problèmes de communication d’informations pour les sous-traitants. Le 11 mars, ceux qui sont restés sur le site n'ont pas reçu d'explications sur l'état de dangerosité de la situation des réacteurs.

-        Les efforts, mis en place pour le processus de contrôle de l'irradiation des travailleurs sur le site de l'usine accidenté, ont été restreints compte-tenu de la situation d'extrême urgence et des moyens de mesure limités disponibles sur place. Il n'y a pas eu de rapport sur les cumuls des doses d'irradiation pour ces individus et aucun effort n'a été fait pour prendre en compte la radiation in-situ. De nombreux travailleurs ont exprimé leur anxiété et frustration sur le manque de contrôle des doses radioactives. Ces besoins doivent être améliorés.

-        La plupart des travailleurs qui sont restés en fonction après le tremblement de terre dans le cadre de l'accident ont été enregistrés comme professionnels de la radioactivité.

-        Certains d'entre eux ont dû partager un dosimètre avec plusieurs autres personnes car les appareils n'étaient pas en nombre suffisant. Très peu d'entre eux sont restés sans aucun appareil du tout.

-        Un système d'enregistrement des résultats des dosimètres n'était pas disponible. La conséquence en est qu'environ 30 % des employés n'ont pas eu connaissance de leur cumul d'irradiation, ce qui est un problème.

-        On n'a pas observé de différences significatives dans le traitement des mesures prises contre les radiations pour les employés TEPCO et les travailleurs sous-traitants.

-        La majorité des employés qui ont eu à faire face aux conséquences de l'accident n'ont pas été prévenus à l'avance qu'ils auraient à le faire si l'un des réacteurs était détérioré. Certains d'entre eux ont dû travailler sans avoir le choix et n'ont pas donné leur consentement. Des lacunes apparaissent  dans la préparation des travailleurs en cas de désastre nucléaire.

-        Environ 80% des employés ont reçu une information sur les doses radioactives dans leur domaine d'opération, ou connaissaient  les doses de radioactivité du site  à partir de cartographies de dosages avant d'intégrer le groupe. Environ 20% ont affirmé n'avoir reçu aucune explication à ce sujet dans leur domaine opérationnel. Bien qu'il soit indispensable que des travailleurs du site aient à être impliqués dans la crise, une formation sur les niveaux de radiation et les risques devrait toujours être donnée.

 

Résumé de la méthodologie employée pour cette enquête

-        Cette étude a été conduite sur les employés qui étaient présents à l'usine nucléaire de Fukushima Daiiichi le 11 mars 2011.

-        L'objectif de cette enquête : comprendre la réalité de la communication des informations, évacuations et contrôle de santé sur le site de l'usine.

-        Méthode : étude effectuée par courrier.

-        Durée : du 27 avril au 18 mai 2012.

-        Personnes ciblées : environ 5 500 employés présents à l'usine nucléaire Fukishima Daiichi le 11 mars 2011, et ont été ou étaient employés de TEPCO ou de compagnies sous-traitantes (*) et qui ont accepté de participer.

-        Total des participants : 2 415 soit environ 44 % de l'ensemble contacté.

-        Sur ces 2 415 réponses, 1 060 (44%) ont fait des commentaires dans l'espace réservé à cet effet. Par ailleurs, 41 participants ont écrit sur le devant et l'arrière du document d'enquête ou ont fourni des commentaires complémentaires sur des enveloppes ou des feuilles de papier séparées. Nous avons senti de leur part une forte volonté d'être entendus.

 

Répartition des réponses par rapport au lieu de travail

-        la plupart des participants travaillaient dans les aires radioactives le 11 mars.

 

 

Communication des informations aux travailleurs durant l'accident

-        Environ 40% des employés TEPCO ont été alertés que les réacteurs étaient ou pouvaient être à un niveau dangereux. Par ailleurs, pratiquement aucun employé des compagnies sous-traitantes n'a été prévenu.

 

(*) Note : Étant donné que nous n'avons pas pu conduire cette enquête avec les employés des compagnies qui n'ont pas voulu participer, les résultats ne représentent pas tout le personnel concerné et est donc à cet égard incomplète. De plus, cette commission a demandé aux compagnies sous-traitantes de TEPCO l'adresse actuelle des employés qui travaillaient à l'usine nucléaire le 11 mars 2011. Mais certaines compagnies nous ont donné les adresses d'employés qui ont commencé à travailler sur le site de l'usine après le 11 mars 2011. Ceux-ci ont été inclus dans les 5 500 personnes ciblées pour l'enquête. C'est la raison pour laquelle, on ne peut dire que les exemples relevés sont une  analyse statistiquement exacte sur les employés  de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011. De ce fait, veuillez prendre note que les réponses peuvent ne pas être statistiquement fiables, excepté pour celles des employés de TEPCO, qui a fourni les informations de contact pour pratiquement tous ses employés.

 

 

Total des réponses

 

1 62-70

 

 

Réponses par type de travail

 

2 62-70

 

 

Après le tremblement de terre du 11 mars, y a-t-il eu une explication donnée par TEPCO sur les conditions critiques des réacteurs ou la possibilité d'une telle situation ?

 

Travailleurs non-évacués

 

3 62-70

 

 

 

Travailleurs évacués

 

4 62-70

 

 

Situation de l'évacuation après le tremblement de terre 

-        Plus de 80% des employés TEPCO n'ont pas été évacués après le tremblement de terre et sont restés sur place. Nombre des employés des sous-traitants ont été évacués de l'usine, tout au moins temporairement.

-        La plupart des évacués l'ont été aux environs de 16 h le 11 mars.

-        Plus de la moitié des travailleurs des sous-traitants qui ont évacué ont répondu qu'ils n'avaient pas reçu d'ordre pour cela. (Ceci inclut ceux qui ont répondu être rentrés chez eux car ils avaient reçu des ordres de le faire en cas de tremblement de terre, et non en raison de l'accident à la centrale électrique.)

-        Environ 30% des travailleurs des compagnies sous-traitantes primaires et 15% des sous-traitants secondaires sont restés sur place afin de faire face à l'accident.

 

Les travailleurs impliqués à contenir l'accident

-        La plupart de tous les employés qui ont dû lutter contre l'accident ont été enregistrés en tant que professionnels de la radioactivité.

-        Seuls environ 10% des employés sous-traitants impliqués dans la lutte contre l'accident ont reçu une explication à l'avance sur la possibilité que l'usine puisse subir un accident nucléaire.

-        Environ 30% des employés TEPCO et 40% des autres n'ont donné aucun accord pour travailler lors d'un tel accident.

 

Gestion de l'irradiation

-        Étant donné le manque de dosimètres à cause du tsunami, TEPCO a laissé de nombreux travailleurs dans les zones aux niveaux de radiation faible partager des dosimètres immédiatement après l'accident. En conséquence, le pourcentage d'employés qui n'ont pas eu accès à un dosimètre du tout a pu être limité à 5 %. Il n'a été observé aucune différence significative entre les employés de TEPCO et les autres.

 

 

 

Le 11 mars, avez-vous évacué le site de l'usine de Fukushima Daiichi (y compris une évacuation temporaire) ?

 

5 62-70

 

 

Avant l'accident, avez-vous été informé des tâches possibles de lutte qui pouvaient vous être confiées dans le cas d'un tel accident ?

 

6 62-70

 

 

Avez-vous reçu des instructions pour l'évacuation du 11 mars (pour ceux qui ont évacué ce jour-là) ?

 

(instructions de TEPCO : 3 et 2 % en bleu)

 

7 62-70

 

 

Ratio des employés professionnels de la radioactivité par rapport aux autres qui sont intervenus dans la lutte contre l'accident

 

8 62-70

 

 

Si vous avez évacué l'usine le 11 mars, à quelle heure ?

 

9 62-70

 

 

-        TEPCO a fait effectuer le contrôle d'irradiation des travailleurs « manuellement » car le système de mesure et de contrôle cumulatif des radiations  était devenu inutilisable. Toutefois, environ 30% des employés ont dit qu'ils n'avaient jamais été informés des doses de radiation cumulées. Il n'y a pas de différences significatives majeures entre les employés de TEPCO et ceux des compagnies sous-traitantes sur le niveau d'informations données concernant l'irradiation.

 

-        Au fur et à mesure de l'évolution de l'accident, les niveaux de radiation montèrent hors du bâtiment parasismique, et même hors de la zone de radiation sous contrôle. A ce stade, TEPCO a donné des explications aux travailleurs engagés dans des tâches hors du bâtiment antisismique sur les doses radioactives des  différents sites de l'usine et sur la possibilité croissante d'irradiation. Alors que 40% des employés ont répondu avoir été informés à chaque fois, 20% d'entre eux ont dit n'avoir reçu aucune de ces informations. Pas de différences significatives entre les employés TEPCO et les autres n'ont été constatés sur l'information des risques et leur étendue durant les opérations.

 

-        Le contrôle de l'exposition radioactive a été mené au mieux vu les limitations et le nombre restreints des matériels  à disposition. Quoiqu'il en soit, de nombreux employés ont affirmé que la gestion de la radiation aussi bien interne que cumulée et leur contrôle a été insuffisant.

 

 

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Il n'y a eu aucune explication sur le danger encouru jusque tôt le matin du 15 mars. Je comprends que la situation était critique et qu'il y avait peu de temps pour donner des explications, mais au moins, nous voulions savoir. »

« Il nous était demandé de gérer notre taux d'irradiation par nous-mêmes, peut-être parce que les bases de données étaient devenues inutilisables à cause du tremblement de terre. Mais nous n'avions même pas de stylos ou du papier. Il nous était impossible de garder des traces avec précision. »

« Mon exposition radioactive cumulée atteignait environ 0,008 millisievert à la fin mars. J'ai donc demandé un contrôle de tout le corps. La compagnie a refusé arguant que je n'y avais pas droit tant que je n'avais pas atteint 0,1 millisievert. J'ai travaillé dans le bâtiment principal antisismique pendant deux semaines à partir du 11 mars, et j'ai passé là au moins 5 à 6 heures chaque jour. J'étais sûr d'être irradié intérieurement. A la mi-mai, j'ai eu un contrôle des globules blancs du sang, mais les résultats ont montré que j'étais moins atteint que les personnes qui ont passé moins de temps que moi dans ce bâtiment.

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« J'ai réclamé fortement un suivi approfondi, et plus particulièrement pour la génération la plus jeune des travailleurs, qui se sentaient probablement abandonnés. Certains ont été temporairement relevés de leur travail ayant atteint la limite d'exposition radioactive légale d'une année. Les dirigeants TEPCO disent que cet accident n'est pas un autre Tchernobyl, malgré son ampleur, mais je ne vois aucune différence en terme de souffrance des habitants, et plus particulièrement la perte de leur endroit de vie. Je ne veux pas que ces dirigeants diminuent la gravité de l'accident ».

 

Commentaire d'un employé de TEPCO

« Les employés du bâtiment principal parasismique ont travaillé dans des conditions où ils ne pouvaient se fier à personne sauf à eux-mêmes, et ils étaient seuls responsables de leur propre sécurité. Ces problèmes n'ont-ils pas pour origine un manque de préparation en cas de désastre ? Je ne veux pas entendre dire que cet événement a eu lieu car il n'était pas possible de l'anticiper. Le gouvernement et la compagnie de production nucléaire sont responsables des problèmes préexistants qui ont conduit au désastre. N'est-il pas de la responsabilité de la NAIIC (Commission d'Enquête Indépendante) de révéler ces problèmes et les dénoncer ? ».

 

Commentaire d'un employé sous-traitant

« Aucune information quelle qu'elle soit sur l'interruption du courant de la station n'a été transmise aux travailleurs de finition comme nous. Il m'a fallu apprendre par la télévision les ordres d'évacuation d'urgence pour les habitants dans un rayon de 20 km. Bien que travailleur sous-traitant, je devais faire des équipes de 24 heures selon mon contrat de travail. Mon employeur savait que plusieurs de ses employés comme moi étaient restés dans le bâtiment principal antisismique. Toutefois, le directeur général de la compagnie, le directeur exécutif et le responsable de la protection radioactive ont tous évacué avec leurs familles. Finalement, je suis arrivé à appeler notre siège à Tokyo le 14 mars, mais ils n'étaient pas au courant qu'il y avait encore des employés travaillant dans le bâtiment central. J'ai demandé à être évacué, mais ils ont refusé ma demande. Je mangeais et dormais à peine et arrivais à mes limites physiques et mentales. Plus tard, j'ai dit au directeur général  de TEPCO que je voulais être évacué et il fut très difficile d'avoir son consentement. Nous avons découvert que la voiture de notre compagnie que nous avions prévu d'utiliser avait été prise par des employés de TEPCO, mais un collègue nous a emmenés. J'ai demandé à de nombreuses reprises un contrôle physique complet à mon employeur fin mars et en avril, mais ma demande a toujours été refusée. J'ai été assigné à travailler à Daiichi à la fin avril, ce que j'ai refusé compte tenu de problèmes de santé. En résultat, j'ai été par la suite victime de harcèlement moral de mon employeur et suis devenu mentalement déséquilibré. A cause de cela, j'ai dû quitter la compagnie en juin, ce qu'ils ont attribué à une démission pour raisons personnelles. »

 

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, est-ce que votre employeur vous a indiqué votre niveau d'irradiation cumulée chaque fois que vous travailliez ​ ?

 

10 62-70

 

 

Entre le jour de l'accident et la fin mars, avez-vous reçu des explications de qui que ce soit sur les risques d'irradiation chaque fois que vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique ?

 

11 62-70 

 

 

Avez-vous donné votre accord pour être assigné à des travaux de lutte contre les conséquences d'un accident ?

 

12 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En ce qui concerne les travailleurs, il n'y avait pratiquement pas d'instructions d'évacuation. Il faut un protocole de communication des informations bien compris pour être efficace. Les mesures prises pour faire face à l'accident n'étaient pas coordonnées et par dessus tout très pauvres. Il en va de même de la perspective des habitants. Les procédures d'évacuation et de destination étaient vagues et le sont toujours. Tous ces problèmes doivent être éclaircis. C'est seulement à partir de là qu'un nouveau commissionnement de l'usine nucléaire pourra être discuté. Il y a des employés qui retournent chez eux le soir et essaient de mener des vies normales après avoir été exposés à la radioactivité. C'est inconcevable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je travaillais à Fukushima Daiichi le 11 mars. Lorsque le tremblement de terre s’est produit, j'ai essayé de sortir, mais il m’a fallu deux heures pour sortir du site de l'usine étant donné le nombre de personnes. Les premières vagues du tsunami sont arrivées alors que j'étais encore en train de sortir et cependant il n'y eut aucune annonce concernant le tsunami. En y pensant maintenant, cela me fait frissonner de peur. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

Le niveau de radiation dans le bâtiment principal antisismique était si élevé qu'en temps normal il aurait été complètement bloqué pour empêcher toute entrée. Je n'avais aucun choix sinon celui d'essayer d'évaluer mon taux d'irradiation dans ma tête. Ce bâtiment était clairement contaminé et il y avait une augmentation dans la concentration de poussière et d'iode. L'eau était rare, et je ne pouvais pas me laver les mains avant de manger de la nourriture d'urgence. J'étais clairement exposé intérieurement. L'eau et l'électricité étaient en besoin urgent, toutefois il n'y avait aucune fourniture de l'un ou de l'autre venant de l'extérieur. L'usine était complètement isolée et j'ai pensé avoir été abandonné à mon sort. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Étant donné que les travailleurs étaient désespérément nécessaires, je n'eus pas le temps de me faire confirmer si ma famille était sauve, et ceci me perturbait tant que je ne pouvais me concentrer sur mes devoirs professionnels. La priorité était de faire face à l'accident, cependant il n'y avait aucune possibilité pour les employés de vérifier leur taux d'irradiation. Je me sentais en danger. Il n'y avait pas assez de dosimètres et il fallait les partager. Les employés chargés de tâches non indispensables furent évacués, mais pas les autres. Je craignais pour ma vie. Le principal bâtiment parasismique avait résisté au tremblement de terre, mais il ne protégeait pas des radiations. Les endroits les plus contaminés étaient indiqués par des bandes adhésives. Étant donné que l'attention était monopolisée par une réunion en réponse au désastre entre le siège de TEPCO et l'usine, aucune information du tout n'a été transmise à la zone d'entourage, alors qu'il y avait une prévision de la dispersion radioactive du système de contrôle interne de l'usine basé sur la direction du vent. Les employés qui étaient chargés de la lutte contre le désastre à ce moment auraient mérités d'être affectés à d'autres endroits ! »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Le contrôle  des taux radioactifs a manqué de rigueur juste après l'accident. Le contrôle annuel des taux d'irradiation a été un problème vague durant les 15 dernières années. Les différences de taux enregistrées d'un employé à un autre étaient importantes. J'ai été surexposé, environ 0,15 millisievert/h  en externe et 0,007 millisievert/h en interne, de ce fait maintenant je ne peux pas travailler dans la zone contrôlée pour les cinq ans à venir. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Après l'accident, il n'y avait aucun système de test corporel complet et il était sensé n'y avoir aucune radiation (Je me demande si cela pouvait venir d'ordres des compagnies électriques ou des compagnies de sous-traitance?). Étant donné qu'il n'y a eu aucune information donnée les 12 et 13 mars, nous n'avons pas su dans quelle direction la radiation s'est dispersée durant notre évacuation. »

« Si la décontamination n'a pas la priorité,  nous ne pouvons pas retourner chez nous. J'espère que la décontamination sera faite par des volontaires de chez TEPCO ou des compagnies qui appartiennent à TEPCO (c.à.d. par des personnes qui ne travaillent pas dans des usines nucléaires). »

 

 

 

Avant le 11 Mars, aviez-vous reçu des instructions précisant que vous pouviez avoir à être chargé de lutter contre un accident ?

 

13 62-70

 

 

 

Entre le moment de l'explosion de l'unité 1 le 12 mars et la fin mars, portiez-vous un dosimètre lorsque vous travailliez hors du bâtiment principal parasismique (*) ?

(* le seul bâtiment conçu pour coordonner la lutte contre un tremblement de terre et à partir duquel toutes les réponses à la crise étaient organisées.)

 

14 62-70

 

 

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Je ne pense pas qu'il ait été donné beaucoup d'attention aux travailleurs qui ont eu en fait à gérer l'accident. Le premier compteur corporel complet a été installé dans la ville d’Iwaki, mais seuls les employés TEPCO étaient en droit de l'utiliser. Les autres devaient se rendre jusqu'à Kashiwazaki et nous n'avons pratiquement pas vu d'employés TEPCO là. TEPCO a laissé tout faire par les principaux sous-traitants. Avant de donner des blâmes, l'opérateur devrait avant tout se focaliser sur les règles de sécurité en cas d'accident. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« En tant que travailleur d'un sous-traitant principal, je n'ai eu d'autre choix que d'être impliqué dans la procédure mise en place après l'accident, ce qui veut dire être confronté à des niveaux d'irradiation extrêmement élevés par rapport à la norme.

Je suis très inquiet pour ma santé depuis le 11 mars. Après l'accident, j'ai reçu une compensation financière selon les conditions de ma propre compagnie, mais c'était vraiment une très petite somme. Peut-on dire que ce que nous avons fait était pour notre pays ? Si c'est le cas, nous devrions recevoir plus d'argent. J'ai souffert  d'un cancer de l'estomac dans le passé et si je devais encore en être atteint à cause du travail fait à la suite de l'accident et en mourir, cela serait impardonnable. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« Cela fait quatre ans que je travaille dans une compagnie sous-traitante. Durant tout ce temps, je n'ai jamais eu de formation sur une procédure d'évacuation en cas d'accident nucléaire. L'état d'esprit de TEPCO était qu'il était « impossible qu'un accident arrive », et « nous n'avons besoin de formation uniquement en cas de sinistre par le feu ». A cause de cela, j'ai été licencié et j'ai dû évacuer très loin afin d'élever mes trois enfants et protéger leur santé. Je veux retrouver nos vies et moyens de vivre. »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant principal

« J'exige de recevoir une compensation et assurance suffisantes dès que possible. Nous ne pouvons pas attendre un jour de plus. »

« Je pense que cet accident devait se produire en fait. TEPCO est devenu maître dans l'art de cacher l'information. Même maintenant, TEPCO n'a pas fourni toutes les informations concernant la fuite d'eau, etc. »

« Le gouvernement et TEPCO auraient dû prendre en compte les accidents passés comme celui de Tchernobyl lorsqu'ils ont dû affronter le désastre. Il n'y a eu aucune excuse faite aux évacués. Comment cela peut-il être acceptable ? »

 

Commentaire d'un employé d'un sous-traitant secondaire

« Aux nouvelles, il était dit que les travailleurs de l'usine qui affrontaient l'accident étaient prêts à mourir, mais en regardant ces nouvelles, je me disais qu'il est impossible que l'on soit prêt à mourir. J'ai fait un contrôle corporel complet pour la première fois fin avril et mon taux d'irradiation était incroyablement élevé. Je suis de tout coeur avec les personnes qui travaillent encore pour lutter contre les conséquences de l'accident. J'espère que ces personnes travaillant à Fukushima Daiichi prendront soin de leur santé. »

 

 

___________________

 

Illustration d’entête : dessin de Tignous, extrait de la couverture du hors-série de Charlie Hebdo « L’escroquerie nucléaire ».

 

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 23:09

commissionDans l’article qui suit, Jean-Marc Royer met en lumière la stratégie du village nucléaire international qui, pour semer la confusion, a créé une « commission d’investigation » dont le but est de contrecarrer les conclusions impartiales de la commission indépendante nommée par la Diète. Mais qu’appelle-t-on au juste « le village nucléaire international » ? C’est l’ensemble des structures publiques ou privées qui ont un intérêt commun au développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire. On distingue son contour dans la conclusion d’un communiqué de presse de l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) du 10 juin 2011 : « Les autorités réglementaires des pays membres du G8, de l’AEN et des pays associés ont réaffirmé leur engagement à travailler ensemble à l’échelle internationale. Elles sont persuadées que, malgré son caractère dramatique, la situation [à Fukushima] permettra à terme de renforcer la sûreté nucléaire internationalement. La conférence ministérielle de l’AIEA qui se tiendra fin juin, est la prochaine étape importante d’un ensemble d’actions qui améliorera la sûreté nucléaire au niveau mondial ». On y retrouve donc les pays du G8, les 34 pays membres de l’OCDE et les états associés, à savoir l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, la Roumanie et l’Ukraine. D’autres pays en font également partie par l’intermédiaire de l’Association mondiale des exploitants nucléaires (World Association of Nuclear Operators, WANO), citée également dans le même communiqué. C’est donc une sorte de gouvernance économique mondiale où tous les états concernés font allégeance à l’AIEA (dont l’objectif est le développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le monde, cf. l’article 3 de ses statuts), par l’intermédiaire de conférences ministérielles. Tous les membres du village nucléaire ont la même religion : ils croient au progrès de la sécurité nucléaire, tout en acceptant qu’il y ait régulièrement des accidents. Cette gouvernance atomique supranationale n’est pas issue de processus démocratiques. Et les états qui ne font pas partie du village ‒ soit les deux tiers des pays de la planète ‒ n’ont évidemment pas leur mot à dire, malgré les pollutions radioactives transfrontalières passées et promises.

 

-oOo-

 

 

 

FUKUSHIMA :

 

Une « commission d’investigation » téléguidée par le village nucléaire

 

à ne pas confondre avec la commission indépendante officiellement investie par la Diète japonaise

 

 

 

par Jean-Marc Royer

 

 

La nomination discrète (et discrétionnaire) d’une « commission d’investigation » sur l’accident de Fukushima (Investigation Committee on the Accident at Fukushima Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company) est une créature du village nucléaire international qui ne doit pas être confondue avec celle qui a été mise en place par la Diète japonaise, la Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC) et qui elle, est réellement indépendante et dont nous avons commencé à traduire le premier rapport.

 

Examinons de plus près cette « commission d’investigation ».

 

1) Le compte-rendu de sa première réunion du 7 juin 2011 stipule que : « The committee will prepare an interim report by the end of the present year and submit the final report sometime after the accident has been settled ». C’est à dire que trois mois après le début de la catastrophe, cette commission n’avait aucun doute sur le fait que LA CHOSE serait très bientôt jugulée et que le rapport final serait aussitôt produit [1]. L’arrogance propre à la toute puissance montre ici le bout de son nez, comme le note la NAIIC dans son rapport page 21 : « Dans l'ensemble, la Commission a rencontré une ignorance et une arrogance impardonnables chez toute personne ou tout organisme s'occupant de l'énergie nucléaire. Nous avons rencontré du mépris pour les évolutions internationales et la sécurité publique. Nous avons trouvé un fonctionnement routinier basé sur les procédures et les pratiques conventionnelles antérieures, la priorité étant d’éviter de faire courir des risques à l'organisation. Nous avons trouvé un état d'esprit donnant la priorité aux intérêts de l’organisation, et ceci au détriment du public. » Tout cela est à comparer avec la présentation que cette dernière fait de ses objectifs de travail.

 

2) Elle a été nommée dans le secret du cabinet du premier ministre sans qu’aucun document officiel n’ait été émis ni contresigné, contrairement à la promulgation de la NAIIC. N’est publiquement disponible qu’un « compte-rendu » de la séance, si elle a réellement eût lieu, dont le rédacteur n’est même pas nommé. Sur les quatorze rencontres de cette commission, ne sont disponibles que trois comptes-rendus, les autres réunions faisant l’objet d’une « relation de presse » en trois pages. A comparer là aussi avec le travail de la NAIIC.

 

3) Alors que la commission nommée par la diète japonaise commence par nommer ses membres, donner leurs CV et reproduire leurs signatures, cette soit disant « commission d’investigation » expurge le CV d’au moins un de ses membres, M. Yukio Takasu, libellé comme suit et omettant sa dernière qualité (en rouge) que nous avons retrouvée sur la page du secrétariat de l’ONU : « Permanent Representative of Japan to the International Organizations in Vienna, including the International Atomic Energy Agency (IAEA) », ce qui revient à cacher son appartenance à l’AEIA.

 

Parmi les « international advisory experts », on retrouve des noms connus dans le gotha nucléaire :

 

- Dr. Richard A. Meserve President of the Carnegie Institution for Science. Meserve a été le président de la Nuclear Regulatory Commission états-unienne de 1999 à 2003. Il a récemment été décoré par l’industrie nucléaire d’un award (Carnegie’s Richard Meserve Awarded Nuclear Industry Leadership Prize) et ses déclarations, à cette occasion, valent leur pesant de cacahuètes et sont lisibles sur le site Carnegie Institution for Science.

 

- Prof. Chang Soon Heung Professor at Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST), President of the Korean Nuclear Society. No comment …

 

- Mr. Chai, Guohan Chief Engineer, Nuclear and Radiation Safety Center, Ministry of Environmental Protection of People’s Republic of China. Un pays connu pour ses préoccupations écologiques et la grande transparence de ses décisions administratives … Tous ces « experts » sont évidemment mouillés jusqu’au cou dans la promotion du nucléaire.

 

- Et quelqu’un qui, malgré son masque et son bonnet, est facilement reconnaissable :

 

commission1

 

 

Vous voyez de qui nous voulons parler ?

 

commission2

 

Et maintenant, dans une pose debout, avec un air qui lui est si familier ?

 

commission3

 

Bon, pour ceux qui ne font pas partie de son premier cercle, voici son profil gauche légendaire, mais ici son front est plissé, comme s’il ressentait une préoccupation dont nous ne connaîtrons, malheureusement, jamais le contenu. Dénouons le suspens, il s’agit de … son nom est écrit sur sa combi : André-Claude Lacoste himself, président de l’ASN, qui est un grand cachotier, puisqu’il n’en a soufflé mot à la conférence de presse. Cela aurait été l’occasion de nous dire s’il avait fait bon voyage, de nous parler de l’accueil qu’il reçut, des conditions de son séjour, de la qualité des sushis, voire des fruits de mer locaux, et accessoirement, de ce à quoi il pensait si fort à Fukushima en ce 23 février 2012, à l’heure du déjeuner.

Juste à droite le Coréen Chang Soon Heung, président de la Korean Nuclear Society et derrière, le fameux Meserve états-unien.

Sources : http://icanps.go.jp/eng/meetings/ et http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

4) Cette « commission d’investigation » ne manque pas de faire de la publicité pour :

- l’AEIA (« In response to the accident, the IAEA sent an investigation team to Japan in May 2011 and convened a ministerial conference on nuclear safety in June 2011 »),

- un rapport de l’ONU (« The United Nations have also compiled a report on the accident ») dont la commission indépendante nommée par la diète nous explique l’origine de troisième main (c’est un rapport de Tepco repris par le gouvernement et transmis à l’ONU),

- une conférence (and convened a summit conference on nuclear safety in September 2011) qui a indigné nombre de japonais par sa grossière orientation pro-nucléaire.

 

5) Nous avons parcouru ce texte. Il est intentionnellement volumineux de manière à dissuader son étude critique dans le détail tout en donnant une impression de sérieux par sa taille. Il est parsemé de confusions sciemment entretenues (i). Il reporte les responsabilités sur une connaissance scientifique insuffisante (ii). Il émet des recommandations tellement générales qu’elles ne peuvent en aucun cas être contraignantes pour les exploitants (iii).

- i  The then-available accident preventive measures and disaster preparedness of TEPCO and the Nuclear Industry and Safety Agency (“NISA”) were insufficient against tsunami and severe accidents; (page 2)

- ii  Scientific knowledge of earthquakes is not sufficient yet. (page 3)

- iii  The above types of measures should not be left up to the local municipal governments, but need in addition to involve the active participation of the prefectural and national governments […] (page 14).

 

6) Comme par hasard, les dates de publication des rapports « intérimaires et finaux » de cette « commission d’investigation » ont été calées sur celles de la commission indépendante (NAIIC) de manière à semer le trouble dans le milieu médiatique, une pratique bien rôdée maintenant.

Jean-Marc Royer, septembre 2012

 



[1] Rappelons que pendant dix semaines, ils ont caché au peuple japonais et à l’opinion publique internationale ce qu’ils savaient dès les premiers jours, à savoir la fonte des cœurs des réacteurs.

 

 

 

 

Source des photos de cet article : http://icanps.go.jp/eng/120223SisattuShashinEng.pdf

 

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 23:58
Photos
 
- Photo truquée de Tepco
Ca reste dans la tradition de cette entreprise de cacher les choses. Tepco, grand menteur par omission, nous inonde d’images souvent inutiles et nous cache l’essentiel. Le dernier exemple est particulièrement voyant. Il concerne une ouverture à la base du bâtiment réacteur 4 (ce qui reste de l'emplacement du tunnel de chargement) qui a été grossièrement recolorée en blanc (plus d’infos ici). Mon avis ? Tepco est tellement mal à l’aise avec la solidité des murs du BR4 qu’ils suppriment carrément les trous au pinceau numérique. Tepco aime cultiver le secret et l’embrouille.
 
trou reacteur 4
L'ouverture est bien visible sur cette photo du réacteur 4
 
Ashampoo Snap 2012 09 02 15h45m23s 003
L'ouverture colmatée aux pixels (source)
 
- Déformation des sols
Tepco a diffusé des photos montrant la déformation spectaculaire des sols du site de Fukushima Daiichi due au tremblement de terre du 11 mars 2011. Sans aller jusqu’à voir une « liquéfaction des sols », on distingue très nettement des glissements de terrain et des effets de plissements de surfaces en pente.
120911_122.jpg
Cliquer sur l'image pour accéder aux autres photos.
 
- Nouvelles photos de la piscine 3
 
120913 06
Vue entière prise le 13 septembre 2011
 
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120913 03
 
120913 02
 
120913 04
 
- Autres photos de Tepco
 
120910 15
cliquer ici pour accéder à la série « état actuel de la centrale de Fukushima Daiichi » (10 septembre 2012)
cliquer là pour accéder à un listing de 600 photos, visibles dans une seule vidéo diffusée sur youtube par
 
- Montagnes de déchets dus au tsunami : un problème énorme pour le Japon, à la fois de gestion et de diffusion de radioactivité
(Source)
 
20120418019jf
 
 
20120418037jf
 
 
- Papillons mutants
Une étude scientifique portant sur plusieurs générations de papillons prélevés à Fukushima démontre que les problèmes génétiques augmentent avec le nombre de générations (explications dans la vidéo). Qu’en sera-t-il des hommes ?
 
papillon-mutant-fukushima-654393-jpg 448777
 
 
Vidéos
 
- Mutations génétiques des papillons : explications

 
 
- Le point sur Fukushima au 31 août 2012
Superbe mise en image et traduction sous-titrée d’une interview d’Arnie Gundersen par Helen Caldicott. A voir et à écouter absolument.
 

 
 
- Enfants en danger
Le 14 septembre 2012, une vidéo a été diffusée par Birdhairjp et concerne l’école Koriyama Daisan junior high school dans la ville de Koriyama, à environ 60 km de la centrale de Fukushima. De la poussière hautement radioactive s’est accumulée dans les rues par endroit mais les élèves courent dedans. Le crime se poursuit dans l’indifférence générale… Les élèves respirent ce poison en courant et rapportent cette poussière à la maison par l’intermédiaire de leurs chaussures. 16,57 µSv/h, ça correspond à 145 mSv/an, soit 145 fois plus que la limite de radiation préconisée pour le public. Cette poussière serait considérée comme un déchet radioactif dans n’importe quel autre pays.

 
 
- « Fukushima, après son retour du Japon »
Entretien avec Michel Fernex

 
 
- Portage du couvercle de la cuve du réacteur 4 (14 septembre2012)
vidéo portage du couvercle du réacteur 4
 
- Portage du couvercle du drywell du réacteur 4 (10 août 2012)
vidéo portage du couvercle du drywell 4
 
- Investigations dans la piscine 3
 
- Survol de l’ex-centrale de Fukushima Daiichi (8 septembre 2012)
 
 
Documentaires
 
- Fukushima, ici et là-bas
Documentaire sur Fukushima réalisé par Cyril Romano, du Cercle des Volontaires. Pendant 45 minutes, il nous fait revivre les événements de l’accident nucléaire côté japonais, et la mobilisation qui s’en est suivie, notamment en France.
docu
 
- Envoyé Spécial à Fukushima : « La peur au ventre »
Les problèmes de l’alimentation au Japon depuis Fukushima

 
 
 
Film
 
Dans ce long métrage, l’accident nucléaire de Fukushima fait l'objet d'un film de fiction au titre provocateur, « The land of hope » (Le pays de l'espoir). La dernière œuvre du réalisateur japonais Sion Sono, auteur de nombreux films à succès, est présenté en première mondiale au festival du film de Toronto, qui se déroule jusqu'au 16 septembre 2012.
 
 
Cartes
 
- Ile d’Hokkaido
Carte avec mesures de radioactivité des produits de consommation pour l’île d’Hokkaido (cliquer sur la carte)
cartehokkaido
 
- Projet d’autoroute
Nouvelle incroyable parue le 1er septembre 2012 dans le quotidien Fukushima Minpo : le 31 août, lors d'une réunion a Koriyama, le ministre de l'environnement Hosono a réaffirmé sa volonté de construire le tronçon d'autoroute Tomioka-Minami Soma. Ladite autoroute passera en plein dans la zone interdite où l’on relève des radiations dépassant 50µSv/h. Ce projet existait avant la catastrophe, mais comment comprendre que ce couteux projet de travaux publique soit maintenu ? (source : Laurent Mabesoone, carte réalisée par Konno Akemi)
 
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- Voir la centrale de près avec google maps (photo ancienne, cliquer sur la carte)
googlemaps
 
- Carte de la contamination du Japon
Un peu d’humour japonais… (traduction Mimi Mato)
 
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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:04
Un veilleur attentif de Fukushima, nuckelchen, a remarqué un dégagement de fumée ou de vapeur au sud du réacteur n°2 sur la vidéo de la webcam TBS. Cet évènement a eu lieu le 4 septembre 2012 entre 10h57 et 11h20. Voici son enregistrement :
 
 
Un panache similaire avait également été aperçu au même endroit le 28 février 2012, de 10h52 à 11h58. Le voici pour rappel :
 

 

 
Or, la vidéo du 4 septembre est cette fois suffisamment nette pour distinguer deux objets larges et clairs à la base de ce dégagement.
 
1
 
Il est même clair que le dégagement s’échappe de l’objet situé à droite.
 
2
 
Grâce à cette nouvelle vidéo, il ne fait plus aucun doute que ces objets sont des cheminées de la piscine commune, cheminées que j’avais repérées en étudiant ce bâtiment de près au début de l’année. Voici un cliché réalisé sur le site, montrant l’ensemble de ces cheminées.
 
3
 
On y voit un ensemble de 4 cheminées verticales sur la gauche et un autre de 2 cheminées coudées sur la droite. Comme la caméra TBS est située de manière inverse à cette prise de vue, les deux objets visibles doivent être considérés comme les 2 cheminées coudées. Ceci est confirmé par une autre photo de début 2012 qui montre bien que les cheminées droites sont dans l’axe de la tour de ventilation, donc les cheminées coudées sont logiquement situées à gauche des cheminées verticales dans l’image de la webcam TBS.
 
4
 
Nous avons donc là une information inédite : Tepco procède à des dégazages réguliers à partir de la piscine commune. Il faut exclure l’idée d’un incendie. Il s’agit là plutôt d’un panache de vapeur qui se condense au contact de l’air extérieur à moindre température. Sans doute ces effluents gazeux sont-ils habituels dans une telle installation nucléaire, puisqu’il existe au moins 6 cheminées dans ce bâtiment. Mais il serait intéressant de savoir pourquoi ils sont si chauds au point de produire un panache visible à des kilomètres. Autre question en suspens, sont-ils radioactifs ?
 
5
Les cheminées coudées semblent être reliées à un système de ventilation motorisé
 
En attendant d’en savoir plus, il faut revenir à cette date du 4 septembre 2012 car un autre évènement a eu lieu ce jour-là : à 10h30, Tepco a commencé à injecter de l’azote dans la chambre de suppression du réacteur n°1, suite à une augmentation de la teneur en hydrogène et en krypton 85. Cet évènement était loin d’être anodin, car le taux de krypton était 2000 fois supérieur à celui relevé en novembre 2011, lors de la dernière alerte sur le réacteur n°2. Alors, krypton piégé ou krypton frais qui indiquerait une reprise de criticité du corium ? La question est clairement posée ici.
 
Et aujourd’hui, une question supplémentaire s’impose : une petite demi-heure séparant le début des deux évènements du 4 septembre, l’effluent atmosphérique du bâtiment de la piscine commune ‒ contenant plus de 1000 tonnes de combustible il faut le rappeler ‒ a-t-il un rapport avec la soudaine activité gazeuse du réacteur 1 ?
 
 
 cheminees-piscine-commune.jpg  

___________________________

 

Addendum

 

 

Un 3èmeévènement a eu lieu le 4 septembre 2012, mais cette fois-ci dans le réacteur n°2. Voici une copie de la traduction française de l’article de Fukushima Diary :

 

FUKUSHIMA DIARY FR - La température augmente à un haut niveau dans le RPV2
Par Mochizuki, le 7 septembre 2012 (traduction Mimi Mato).


Une forte augmentation de température a été observée dans le RPV (= enceinte de confinement du réacteur) du réacteur 2.
Elle a été détectée le 4 septembre 2012 mais Tepco ne le rapporte que le 7 septembre 2012. Tepco décide si un thermomètre doit être considéré comme fiable ou hors d'usage.


Tepco a publié ceci (lien) :

Le 4 septembre vers midi, une forte augmentation de la chaleur (par pas de 1,6
) a été détectée par le thermomètre de contrôle de la température à la base de l'enceinte de confinement de l'unité 2 (inclus dans la spécification technique de surveillance (Article 138/143), VESSEL BOTTOM ABOVE SKIRT JOT (TE-2-3-69F2)). A cause de ceci, une mesure directe de résistivité a été faite sur le thermomètre, le 6 septembre de 11:15 AM à 11:24 AM. En conséquence, la résistivité directe (209.34Ω) s'est révélée à 30 % et plus de la résistivité minimale mesurée après l'accident (117.84Ω). Une évaluation de la tendance des températures (deuxième évaluation) sera faite pour déterminer si le thermomètre peut être utilisé comme référence ou doit être considéré comme hors d'usage.

Vous pouvez le voir sur le graphique suivant. La température relevée par ce thermomètre est en vert (
lien).

 

6.jpg

 

 

___________________________

 

Le 4 septembre 2012, il s’est donc passé quelque chose à l’ex-centrale de Fukushima Daiichi, quelque chose qui a provoqué une production anormale d’hydrogène et de krypton 85 dans le réacteur 1, qui semble avoir provoqué une augmentation soudaine de la température dans le réacteur 2, et qui a nécessité une ventilation de gaz chauds dans le bâtiment de la piscine commune. Et si on reparlait des coriums ? Toujours pas localisés 19 mois après leur disparition ?

 

 

 

 
 
 
 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 21:58

ILS-N-EN-MOURAIENT-PAS-TOUS-MAIS-TOUS-ETAIENT-FRAPPES.jpgLes oiseaux de Fukushima

Mars 2011

 

par Elyane Rejony

 

 

Le printemps arrive dans nos garrigues sèches, une petite averse éveillera les graines,

Les cistes reverdissent, le buis embaume, le parfum des herbes mouillées sent bon la vie,

Le chant inlassable des mésanges bleues annonce la tiédeur des matins, il fait bon sur la Terre.

Là-bas, à Fukushima, les oiseaux innocents volent au ciel inquiet.

Innocents oiseaux

Qui ne savent rien des réactions en chaîne, des sites nucléaires, des ambitions humaines.

Innocents oiseaux qui volent en ciels d’estampes dans l’air contaminé,

Ils voulaient faire leur nid, perpétuer la vie, simplement.

Pourtant ils vont mourir. Ils mourront sans savoir, sans rien voir.

Ou bien auront-ils vu les enfants innocents pourvus de dosimètres,

Les paysans qui se suicident, les réfugiés sans espoir,

Les mères en pleurs, les maisons abandonnées pour toujours

Dont les fenêtres vides, comme des yeux crevés, accueilleront bientôt

Une jungle de branches aux feuilles déformées,

Un chien mort de faim au bout de sa chaîne, les troupeaux abattus…

L’envol des oiseaux jaillit dans la mort sournoise qui habite l’espace,

La mort invisible attend leurs ailes vives, sur les collines douces, inhabitables

Où les cerisiers en fleurs sourient aux vies perdues

Où les lianes recouvriront bientôt les routes désertées.

Innocents oiseaux qui voulaient juste vivre

Vivre

Comme tous les vivants.

Ils ne savaient rien des radionucléides ni de leur radio-toxicité.

Mort nucléaire invisible

Souffle obscène de transparence sur maisons de papier

Mort impalpable sur les rizières où le ciel allume ses rubans

Mort sournoise qui rôde sur les colonnes rouges des temples éternels

Mort toute puissante, sur terre, dans l’air, dans l’océan,

Mort inévitable

Mort nucléaire créée par l’intelligence démesurée

De savants trop sûrs d’eux, bien loin des chants d’oiseaux.

Arrogance criminelle imposée à la Terre entière

Et au ciel immense où les oiseaux veulent seulement vivre,

Vivre

Comme tous les vivants.

25 ans avant Fukushima, les oiseaux de Tchernobyl déjà tombaient des nues.

Le Nucléaire, industrie d’avenir ? Avenir d’amnésique.

Combien faudra-t-il de désastres pour arrêter la folie humaine ?

Nous voulons juste vivre

Vivre

Dans la beauté du monde et le souffle sacré des hirondelles

Sous les grands silences bleus du ciel.

Qui a protégé la vie à Fukushima ?

Qui protège nos vies ?

Qui ?

 

Elyane Rejony (Drôme-France)

 

Mars 2011 - Août 2012

 

 

 

________________

 

Illustration : "ILS N'EN MOURAIENT PAS TOUS MAIS TOUS ÉTAIENT FRAPPÉS". JEAN DE LA FONTAINE

œuvre d’Eve Pèlerins, photographe auteur

 

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 21:41

Text der Petition adressiert an den UNO Sicherheitsrat und an den Generalsekretär Ban Ki-Moon

 

Français      English      日本語版    Español     Polski

 

Weil das Atomreaktorgebäude Nr.4 vom Atomkraftwerk Fukushima Daiichi durch das fürchterliche Erdbeben vom 11. März und die Explosionen vom 15. März 2011 stark betroffen war und dadurch die Struktur stark gelitten hat, sodass die Standfestigkeit bedroht ist,

 

Weil das Abklingbecken dieser Anlage, welches sich in 30 Meter Höhe befindet, mit dem Gebaüde einzustürzen, oder sich vom Wasser wegen Rissen zu entleeren droht,

 

Weil dieses Becken 1533 abgebrannte  Brennelemente enthält, was etwa der zehnfachen Menge an Cesium 137 entspricht, welches in Tschernobyl freigesetzt wurde,

 

Weil der Kernbrennstoff, der nicht mehr durch Wasser abgekühlt wird, überhitzt und beschädigt wird, und dadurch einen Brand auslöst, der die radioaktive Strahlung in die Atmosphäre freigibt,

 

Weil das Kühlsystem vom Becken der Anlage Nr.4 regelmäßig ausfällt und keine Notkühlung besitzt,

 

Weil es im Falle eines Brandes der Uran- und Plutoniumelemente für die Menschen nicht mehr möglich wäre vor Ort einzugreifen, da die Radioaktivität zu hoch wäre,

 

Weil ein Brand des Abklingbeckens der Anlage Nr.4 das Verlassen des gesamten Atomkraftwerks von Fukushima Daiichi herbeiführen würde, welches allein etwa 2500 Tonnen Kernbrennstoff verbirgt, was einer 90 mal höheren Toxizität als in Tschernobyl entspricht,

 

Weil das sehr starke Erdbeben vom März 2011 die Wahrscheinlichkeit weiterer verheerender Beben erhöht hat, die den Zusammenbruch des bereits halb zerfallenen Kernreaktorgebäudes Nr.4 in Zukunft verursachen könnte,

 

Weil sich zahlreiche Experten der ganze Welt über die Notwendigkeit, so schnell als möglich einzugreifen, einig sind, um die Evakuierung von ganz Japan und auch eine internationale radioaktive Katastrophe, welche die Gesundheit der ganzen Menschheit und ihre Nachfahren gefährden würde, zu vermeiden,

 

Weil der Konzern TEPCO die Einsturzgefahr des Beckens nicht berücksichtigt und sie für die Verlagerung der Brennelemente an einen sicheren Ort mehrere Jahre beabsichtigen,

 

Weil der Konzern TEPCO und die japanische Regierung mit dieser Krisensituation, welche die Brennelemente des Beckens vom Reaktor Nr.4 in Fukushima Daiichi betrifft, unfähig umgehen,

 

Weil die UNO für die internationale Sicherheit bürgt, ist sie die einzig geeignete Organisation die diese ständige Bedrohung, welche Heute auf die gesamte Menschheit wirkt, unter Aufsicht zu nehmen,

 

Wir, Weltbürger,

 

- verlangen, dass die UNO dringend ein internationales, unabhängiges und interdisziplinäres Team einsetzt, welches die Macht hätte, die Verlagerung und sichere Verwahrung der Brennelemente des Beckens vom Reaktor Nr.4 in Fukushima Daiichi zu leiten,

 

- fordern, dass der Krisenstab mit allen Mitteln gefördert wird, sodass keine Hindernisse diese Aktion verzögern und dass das Ziel der sicheren Verwahrung der Brennelemente so schnell wie möglich erreicht wird,

 

- wünschen, dass die UNO alle notwendigen technischen, wissenschaftlichen, ökonomischen und politischen Kooperationen unterstützt, inklusiv NGO, um diese weltliche Bedrohung, die die Geschichte der gesamten Menscheit noch nie erlebt hat, zu stoppen.

 

Wir danken Ihnen, diese Petition zu unterschreiben :

imagepetition

 

__________________________________

Merci infiniment à Hélène d'avoir traduit la pétition en allemand !

Nous recherchons un autre traducteur qui accepterait de traduire cet article en allemand :

http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-urgent-pour-eviter-une-nouvelle-catastrophe-nucleaire-mondiale-107834979.html

Si vous êtes intéressé, merci de prendre contact ici.

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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