28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 18:28

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 23 janvier 2014.

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

  • Heureuse année à tous !
  • Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles.
  • L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé.
  • 455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire.

 

 

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Heureuse Année à tous !

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Mon département se nomme Gunma, ce qui signifie “troupeau de chevaux”, et comme 2014 est l’ “Année du Cheval”, elle est donc, pour ainsi dire, l’année de mon département. La poupée-symbole de Gunma est appelée “Gunma-chan”. J’ai dessiné sur la carte ci-dessus beaucoup de petites Gunma-chans qui vous transmettent mes salutations.

 

Gunma-chan peut parler et danser, car un être humain est en elle. Ces poupées sont à présent très populaires dans tout le Japon et servent de réclame pour leur ville et leur département. Gunma-chan a obtenu la troisième place l’an dernier, dans le concours de poupées. Elle est tout à fait charmante.

 

 

Les victimes des deux grandes catastrophes collaborent entre elles

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

M. Kisara regarde les flammes en apportant les photos de son épouse et de son fils, à Kobe

Le 17 janvier, à 5h 46, une cérémonie commémorative a eu lieu, dans le parc Azuma de la ville de Kobe, département de Hyogo, dans la partie ouest du Japon. Il y a dix-neuf ans, en 1995, un grand tremblement de terre s’est produit, provoquant la mort de 6343 victimes. Quatorze personnes venant de Tohoku, qui ont été et sont encore touchées par la catastrophe de 2011, ont pris part à la cérémonie.

 

L’une d’entre elles était M. Kisara Toshikatsu, âgé de 57 ans et venant du département de Miyagi, qui a perdu sa femme dans le tsunami et ensuite son fils, qui s’est suicidé en raison de souffrances psychiques causées par la catastrophe. Il était plongé dans l’inquiétude et la tristesse, mais des volontaires de Kobe l’en ont tiré. En décembre vingt personnes venues de Kobe l’ont aidé à remettre en ordre sa maison et lui ont redonné courage. Il les a remerciés et, à leur demande, il a apporté sa contribution à la cérémonie par des photos de sa femme et de son fils.

 

Il dit : “Les volontaires pour venir en aide aux villes sinistrées se raréfient. Beaucoup d’occupants de logements provisoires n’ont pas d’espoir et vivent isolés et seuls. Pourtant, le concours de bénévoles est, aujourd’hui encore, nécessaire. ”. Avec des gens de Kobe, il a engagé des démarches auprès du gouvernement afin que soient légalisés des tarifs préférentiels de transport et d’hébergement pour les volontaires venant en aide aux villes sinistrées.

(paru dans le journal Maïnichi du 17 janvier 2014)

 

 

L’élection du gouverneur de Tokyo a commencé

 

En décembre, le gouverneur de Tokio, M. Inose, a démissionné à cause d’une affaire de corruption et aujourd’hui, 23 janvier, a commencé l’élection d’un nouveau gouverneur. La première candidature au poste a été celle de M. Utsunomiya Kenji, ex-président du barreau japonais, soutenu par le Parti Communiste Japonais. Autre candidature, celle de M. Masuzoe Yoichi, ex-ministre de la Santé et du Travail, soutenu par le Parti Libéral Démocratique actuellement au pouvoir. Il y a deux ou trois semaines s’est mis soudainement sur les rangs M. Hosokawa Morihiro, âgé de  76 ans, ex-premier ministre (à gauche sur la photo), qui veut libérer le Japon de l’énergie nucléaire et que soutient M.  Koizumi Junichiro, ex-premier ministre lui aussi (à droite).

Rapport de HORI Yasuo du 23 janvier 2014

Hosokawa, qui est le descendant d’un roi féodal de Kumamoto dans l’île de Kyūshū, a été premier ministre entre août 1993 et avril 1994, s'est retiré ensuite du monde politique et s'est consacré à l’art. L’autre ex-premier ministre, Koizumi, était très populaire et jouit, à présent encore, d’une grande influence sur le monde politique. Cette année, après avoir visité Onkalon, un dépôt de déchets nucléaires situé en Finlande, il a sur-le-champ mis fin à son soutien à l’énergie atomique et a commencé à s’opposer à la politique énergétique du gouvernement actuel. Il insiste sur le fait qu’on ne dispose à présent d’aucun moyen pour neutraliser les déchets nucléaires et qu’il n’est pas admissible, dans ces conditions, d’utiliser l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité. 

 

Seuls ces deux ex-premiers ministres parlent de rejeter l’énergie nucléaire, mais apparemment beaucoup de gens les soutiennent. Cela constitue une grave menace pour le gouvernement, qui répète qu’il n’y a, dans le département de Tokyo, aucun réacteur nucléaire et que par conséquent la politique énergétique ne saurait être un thème pour cette élection.

 

À ce sujet, nombreux sont les journaux et les gens qui pensent que le département de Tokyo consomme une grande quantité d’électricité produite à Fukushima, qu’il est le plus gros actionnaire de la compagnie TEPCO,  et que donc la politique énergétique du Japon doit être un thème important pendant cette élection.

 

M. Utsunomiya, lui aussi, s’oppose à la politique énergétique du gouvernement en place et c’est pourquoi certains voulaient qu’il se retire afin qu’il n’y ait qu’un seul candidat antinucléaire, mais ni lui ni le Parti Communiste qui le soutient n’y ont consenti parce que, sur d’autres sujets, la politique de Hosokawa n’est pas claire, et qu’en outre il a lui aussi profité de l’argent de la corruption lorsqu’il était premier ministre.

 

Il est certain que la politique énergétique va devenir l’un des thèmes majeurs et c’est une très bonne chose. Si Utsunomiya ou Hosokawa gagne, ce sera un rude coup pour le gouvernement actuel. Le scrutin aura lieu le 9 février.

 

 

455 villes et villages s’opposent à l’énergie nucléaire

 

   Après l’accident nucléaire de 2011, 455 assemblées de villes et de villages sur 1727 ont fait connaître au Parlement leur opinion défavorable  à l’énergie nucléaire

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 12:32

Akio Matsumura, ancien diplomate japonais, explique pourquoi selon lui l’élection au poste de gouverneur de Tokyo, qui doit avoir lieu le 9 février, est un enjeu qui concerne le monde entier.

Le nucléaire est finalement au centre du débat électoral (les candidats ont dû se positionner dès le départ pour ou contre le nucléaire) : parce que le Japon doit accueillir les Jeux olympiques de 2020 et qu’il a pris ainsi la responsabilité d’assurer en plus de celle de ses propres habitants, la sécurité des athlètes et des spectateurs étrangers, il ne peut continuer à ignorer ce qui se passe à Fukushima.

M. Matsumura est convaincu que la victoire de Hosokawa à cette élection changerait complètement la donne et que cette élection est pour le Japon une occasion absolument unique de remettre en cause le nucléaire et de prendre un tournant (énergétique) décisif.

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Les Jeux olympiques nucléaires :

l’élection de Tokyo entre crise et opportunité

 

Akio Matsumura

 

 

Article original d’Akio Matsumura paru le 15 janvier 2014 sur le site Finding the missing link.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English or 日本語.

 

 

 

Depuis l’accident de Fukushima, j’ai présenté l’avis de plusieurs scientifiques éminents sur la catastrophe de Fukushima et nous avons reçu de nombreuses réponses avisées de la part d’experts issus de divers domaines. Je voudrais remercier ici nos amis d’avoir traduit systématiquement ce travail en français, en espagnol, en japonais et en allemand, une tâche difficile qui nous amené des milliers de nouveaux lecteurs. La conjonction de nos efforts nous a fait gagner une forte crédibilité internationale et a contribué à attirer sur ces problèmes l’attention urgente qu’ils méritent.

 

Au cours de ces trois dernières années, j’ai commencé à comprendre l’énergie nucléaire et comment  les risques très lourds qu’elle engendre – 10 000 ans de dégâts environnementaux – dépassent ce que la plupart d’entre nous sont prêts à trouver acceptable.

 

Le mois prochain, la population japonaise a l’opportunité de remettre en question une fois encore la sécurité de Fukushima. Une élection spéciale destinée à choisir le gouverneur de Tokyo doit avoir lieu le 9 février. C’est une élection que le monde entier va suivre et commenter et qui comprend des discussions sérieuses sur la question de l’énergie. Les candidats se sont déjà prononcés pour ou contre l’énergie nucléaire.

 

Pourquoi l’élection d’un gouverneur devrait-elle avoir une importance internationale ? Tout simplement parce que Tokyo a l’honneur et la responsabilité d’accueillir les Jeux olympiques d’été de 2020.

La tour de Tokyo

La tour de Tokyo

Dans les semaines à venir, le débat électoral va rouvrir la question de la crise incessante de Fukushima et de la sûreté de l’énergie nucléaire. Et il est bon de passer en revue les leçons tirées du drame de mars 2011 et de la catastrophe qui s’en est suivie.

 

  1. Nous avons réalisé quelque chose de très simple : toute machine potentiellement dangereuse doit absolument disposer d’un “bouton d’arrêt” d’urgence qui permette de tout arrêter complètement. Mais les réacteurs nucléaires n’en ont pas, parce qu’on ne peut pas arrêter la radioactivité et par conséquent le combustible irradié continue à dégager de dangereuses quantités de chaleur pendant de nombreuses années après l’arrêt de la centrale.

 

  1. Pendant que les centrales nucléaires génèrent de l’électricité, elles produisent également en masse d’énormes quantités de poisons radioactifs qui resteront dangereux durant des siècles après l’arrêt définitif des centrales. Et ces poisons sont capables de contaminer la nourriture et l’eau longtemps après avoir été émis dans l’environnement.

 

  1. L’eau utilisée pour refroidir un réacteur endommagé est contaminée par la radioactivité. Comme le refroidissement doit se poursuivre pendant des années, le volume d’eau contaminée n’arrête pas croître et il est presque impossible de l’empêcher de se disséminer dans l’environnement ; ce problème touche tout particulièrement les eaux souterraines.

 

  1. Au Japon, nous n’avons pas, pour disposer des déchets radioactifs à long terme, de site qui soit suffisamment isolé de l’environnement pour garantir la sécurité pendant 100 000 ans. Nous n’avons pas non plus de lieu de stockage intermédiaire pour entreposer provisoirement et en toute sécurité les déchets radioactifs pendant cent ou deux cents ans.

 

  1. Le Japon ne sera pas en mesure de démanteler complètement les réacteurs nucléaires de Fukushima et d’en retirer les cœurs radioactifs avant au moins 50 ans. Pendant tout ce temps, les émissions de radioactivité pourront continuer à empoisonner l’atmosphère, le sol et les eaux souterraines, tandis que l’eau contaminée continuera à se déverser dans l’Océan Pacifique.

 

  1. Parce que les centrales nucléaires soulèvent des questions de sécurité nationale, les gouvernements essaient de cacher au public le fonctionnement interne de ces centrales, y compris les défaillances et les épisodes de mauvaise gestion qui pourraient compromettre la sécurité publique.

 

  1. On sait que les effets médicaux des radiations, comme les problèmes de thyroïde, les cancers, les leucémies et les dommages génétiques, ne se révèleront qu’après plusieurs années, voire plusieurs décades. La société va donc être confrontée au fil du temps à l’apparition de toute une série de maladies radio-induites.

 

  1. L’exportation vers les pays en développement de notre technologie nucléaire, qui reste une technologie immature, augmente encore le risque de nouvelles catastrophes nucléaires incontrôlées, qui peuvent résulter non seulement de causes accidentelles mais aussi d’une guerre conventionnelle ou d’une attaque terroriste dans des régions politiquement instables.

 

  1. Tous les réacteurs nucléaires produisent en outre un élément fabriqué par l’homme, le plutonium, qui est le principal explosif nucléaire utilisé dans l’arsenal mondial des armes nucléaires. Ce plutonium persistera pendant des dizaines de milliers d’années après la fermeture du dernier réacteur.

 

Ces neuf vérités sont faciles à digérer ici, mais les opérateurs, les bureaucrates et bien des journalistes ont préféré les laisser dans l’obscurité durant ces trois dernières années. Les inquiétudes du public sont encore exacerbées par le fait qu’aucune solution satisfaisante n’est présentée pour contenir la contamination radioactive émanant des réacteurs endommagés et qu’on ne connaît pas encore – et il faudra encore cinq à dix ans avant de le savoir – le nombre d’enfants affectés par un cancer de la thyroïde ou d’autres formes de cancer.

 

La préparation des Jeux olympiques de Tokyo coïncide justement avec cette période. Il existe peu d’événements aussi prestigieux. Les Jeux représentent un énorme investissement, engageant les finances et la fierté du pays. Le Japon a ainsi prévu un budget de plus de 8 milliards de dollars et sa réputation internationale dépend d’une performance sans accrocs. L’inquiétude prioritaire du CIO et du Japon durant les candidatures était la sécurité : quel serait l’impact de Fukushima et de ses radiations sur les athlètes et les spectateurs ? Le Japon a vaincu les scrupules du CIO. Le président du CIO, Jacques Rogge, a dit au Japon : Vous avez assuré que les Jeux seraient « entre de bonnes mains ». Les informations concernant Fukushima auraient dû aboutir à une conclusion différente. J’espère que les débats liés à l’élection du gouverneur de Tokyo s’intéresseront plus sérieusement à cette question.

 

La meilleure façon de s’assurer que Fukushima ne soit pas une menace pour la sécurité des Jeux olympiques sera d’ajouter aux « bonnes mains » du Japon et du CIO celles d’experts scientifiques et d’ingénieurs internationaux. C’est cette concertation qui pourra évaluer la situation et confirmer que tout ce qui peut-être fait pour atténuer la menace de Fukushima a été identifié et que les mesures adéquates ont été prises en temps utile. Ce sera la médaille d’or la plus respectée de ces Jeux.

 

Cinq candidats sont en liste pour devenir gouverneur de Tokyo et de ses 13,2 millions d’habitants. Le prochain gouverneur de Tokyo sera dans une position absolument unique pour aider le Japon à mettre en place de nouvelles relations internationales et une nouvelle politique énergétique. Le candidat idéal devra posséder des qualités exceptionnelles : une vision à long terme, des talents de diplomate hors-pair, une compréhension claire des questions énergétiques et l’expérience du pouvoir local. À cet égard, M.Morihiro Hosokawa, ancien Premier ministre et ancien gouverneur de Kumamoto, qui est entré dans la course en début de semaine, a une longueur d’avance sur ses adversaires.

 

Je souhaite à Tokyo que les Jeux olympiques soient une réussite. Les citoyens de Tokyo peuvent prouver que c’est ce qu’ils souhaitent eux aussi, en plaçant leur confiance dans un leader capable de trouver des opportunités dans la crise actuelle.

 

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Publié par Odile Girard-Blakoe - dans Au Japon
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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:53

Tepco diffuse un document en japonais et une vidéo qui indique une fuite importante dans le bâtiment réacteur n°3. Cette fuite a été constatée le 18 janvier 2014 à 14h40 par un employé qui surveillait les images prises par une caméra montée sur un robot utilisé à enlever les débris.

Situation de la fuite

Situation de la fuite

Le plan indique que l’écoulement a lieu au niveau du rez-de-chaussée (niveau 1F). L’eau, qui s’étale sur 30 cm de largeur, rejoint un entonnoir de vidange.

 

Tepco précise dans son communiqué à la presse japonaise qu’il n'y a pas de changement significatif observé dans les postes de contrôle et dans les paramètres de l'installation (quantité d'eau injectée dans les réacteurs, températures au fond des cuves de réacteur, températures à l'intérieur des enceintes de confinement, etc.). Mais pour l’instant, ils ne connaissent pas l’origine de cette fuite.

Le débit de dose de l'air ambiant à proximité de la fuite est d'environ 30 millisieverts/heure, ce qui ne permet pas à un homme de s’approcher. Toute investigation se fait à distance dans le bâtiment réacteur n°3 qui, suite à son explosion le 14 mars 2011, est extrêmement radioactif.

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Réacteur 3 : niveaux de rayonnement au sol en juillet 2013 (source Ex-SKF)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Schéma interprétatif du veilleur japonais Masaishi Shiozaki (cf. source ci-dessous)

Selon Masaishi Shiozaki, il y a de grandes chances que cette eau soit hautement radioactive, car elle est en lien avec un équipement ("main steam isolation valve room") relié au réacteur.

 

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Mise à jour du 20 janvier 2014

 

L’eau de cette fuite est hautement radioactive :

 

Radioactivité Bêta : 2.4×10^4 Bq/cm3 = 24 millions de Becquerels/litre
Césium 134 :7.0×10^2 Bq/cm3 = 700 000 Becquerels/litre

Césium 137 :1.7×10^3 Bq/cm3 = 1,7 millions de Becquerels/litre

Cobalt 60 :2.5×10^1 Bq/cm3 = 25 000 Becquerels/litre

 

Source : site de TEPCO (version : Japonais), 19 janvier 2014.

http ://www.tepco.co.jp/cc/press/2014/1233699_5851.html

 

Communiqué de l’ACRO à ce sujet :

« Retour sur la fuite découverte dans le réacteur n°3 : TEPCo n'en connaissait pas l'origine, mais a émis une hypothèse rassurante liée à de l'eau de pluie. Elle n'a pas mentionné d'hypothèse inquiétante... Elle donne maintenant des informations (en japonais uniquement) sur cette eau :
- la température est de 20°C alors que l'eau injectée est à 7°C (à 17h) ;
- il y a 1,7 MBq/l en césium 137 (1,7 million de becquerels par litre), 700 000 Bq/l en césium 134, 25 000 Bq/l en Cobalt 60 et 24 MBq/l en bêta total. (Les données de TEPCo sont en Bq/cm3 pour faire moins peur). C'est donc beaucoup plus contaminé que l'eau injectée dont la composition est ici en anglais.
TEPCo en conclut pudiquement que "ce n'est pas l'eau qui pénètre dans le réacteur". Certes, mais elle n'en dit pas plus sur la provenance. Toujours pas d'hypothèse alarmante, alors que la veille, elle n'avait pas hésité à suggérer qu'il pouvait s'agir d'eau de pluie... Quand les médias l'interrogent, le porte-parole de la compagnie ne peut nier que cette eau doit sortir de l'enceinte de confinement.
Cette eau a donc fort probablement pénétré dans la cuve où elle a été en contact avec le combustible. La fuite existe-t-elle depuis le début ? Est-elle partiellement responsable de la fusion ? Si oui, est-elle due au séisme ou au tsunami ? Ces questions sont cruciales pour la sûreté des autres réacteurs. Rien à ce propos, même en japonais.
Et comme les débits de dose sont très élevés sur place, aucun être humain ne peut aller inspecter. La réponse à ces questions va tarder. »

(source : http://www.acro.eu.org/chronoFukushima.html)

 

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 23:02

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 31 décembre 2013.

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

avec les conseils de Paul SIGNORET

 

 

    Il fait de plus en plus froid au Japon, et certainement on use davantage d'électricité pour le chauffage. A présent ici, plus aucun réacteur nucléaire ne fonctionne, mais on ne manquera pas d'électricité. En vérité le Japon n'a pas besoin d'énergie nucléaire, mais cependant, en dépit de tout, les compagnies d'électricité et le gouvernement veulent remettre en route le plus possible de réacteurs. Étrange! Ils n'ont rien appris du très grave accident de Fukushima. Si nous n’en tirons aucun enseignement, la catastrophe restera à jamais une catastrophe, mais dans le cas contraire, nous pourrons changer la catastrophe en leçon et en nouvelle étape pour créer une société meilleure. 

      J'ai eu 72 ans le 17 décembre. J'apprends parfois la mort de tel ou tel de mes anciens camarades de classe, alors j'ai commencé à me préparer pour  cette échéance, en remettant en ordre de vieilles affaires et en jetant  certaines d’entre elles. J'aime écrire et j'ai souvent envoyé des essais et des commentaires à divers journaux. Parmi les articles conservés, j'en ai trouvé un, concernant l'énergie nucléaire. Je vais commencer par sa traduction.

 

A propos de l'énergie nucléaire, qui impose des souffrances à la population

  paru le 9 juillet 1981 dans le journal Maïnichi

  par Hori Yasuo, 39 ans, enseignant

 

Récemment, M. Fukuda Hajime, le président de la Chambre des députés, s’est  exprimé en ces termes dans la ville de Tsuruga, Préfecture de Fukui : "J'entends dire que des travailleurs ont été exposés à des rayonnements radioactifs dans l'accident nucléaire, mais je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un soit mort à cause de la radioactivité. Près de 10 000 personnes meurent chaque année à cause des accidents de circulation".  Un tel sophisme est habituel chez les membres du Parti libéral-démocrate, mais comment les citoyens de Tsuruga ont-ils réagi ?   

* Dans et autour de Tsuruga se trouvent maintenant 10 réacteurs nucléaires.

 

Ce qu’il y a de terrifiant dans la radioactivité, c’est que les gens qui y  ont été soumis deviennent des "non-humains". Elle affecte non seulement  la personne exposée, mais aussi ses fils et filles et ses petits-enfants. C’est un processus comparable à la création d’espèces végétales mutantes par la radioactivité. En fait il y a dans les centrales nucléaires des travailleurs qui ne veulent pas avoir d'enfants, craignant l'influence de la radioactivité. Ce Fukuda ne sait-il rien de la terreur qu’elle inspire ? 

 

Il a comparé les accidents nucléaires aux accidents de circulation. Il dit que les victimes des premiers sont moins nombreuses que celles causées par le trafic, et que c’est donc sans gravité. Selon sa logique, toutes les contaminations environnementales deviendront bénignes, donc les gens devront les accepter. Je ne peux pas laisser sa déclaration sans réagir. 

 

 

TEPCO a décidé l'arrêt  des réacteurs 5 et 6

 

Dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima se trouvaient (et se trouvent encore) 6 réacteurs. En raison de l'accident nucléaire, 4 réacteurs (les n°1, 2, 3 et 4) ont été complètement détruits, c’est pourquoi la compagnie TEPCO a décidé de les démanteler, mais  il reste  les  deux autres. En septembre, le Premier ministre Abe a proposé que TEPCO démantèle également ces deux réacteurs, et le 19 décembre, il a officiellement publié que le 31 janvier 2014 il les mettra hors fonctionnement.

TEPCO ne les démantèlera pas, mais les utilisera comme laboratoires pour la très difficile destruction des quatre réacteurs endommagés. Les réacteurs n° 5 et 6 sont identiques à ceux-ci, donc  la compagnie s’en servira pour rechercher, examiner et tester des procédures efficaces.  Elle envisage, en 2014, de mettre au point des machines télécommandées pour la dépollution dans les réacteurs, en 2015 et 2016, elle explorera la manière d'atteindre l’enceinte de confinement des réacteurs, et en 2018 et 2019, elle créera des robots pour extraire les substances nucléaires fondues.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

La préfecture de Fukushima exige l'enlèvement des quatre réacteurs de la centrale nucléaire n° 2 de Fukushima, mais TEPCO n'a pas encore publié son avis.

 

 

Le gouvernement a proposé l'achat de districts contaminés

 

Le 14 décembre, le gouvernement a proposé à la préfecture de Fukushima et à trois petites villes : Ōkuma, Futaba et Naraha, que les lieux de stockage provisoire des produits pollués soient construits sur leur sol, et c'est pourquoi il va acheter 19 kilomètres carrés de terrain. Le gouvernement envisage de construire des entrepôts en avril prochain avec  un budget de cent milliards de yens (soit un milliard d’euros). Des lieux de stockage sont nécessaires, parce que partout dans Fukushima on garde les substances polluées tout à fait provisoirement sur les collines, dans les champs et même dans les jardins privés. Cependant, cela pose de graves problèmes :

 

1. Peut-être ne pourrons-nous jamais construire les entrepôts définitifs, alors, peut-être ces "entrepôts provisoires" deviendront-ils des  "entrepôts perpétuels".
2. Les personnes qui possèdent ces terrains perdront leur maison pour toujours. Elles ne pourront jamais habiter chez elles. Faudra-t-il que ces gens, déjà durement éprouvés, endurent des souffrances supplémentaires au bénéfice des autres ?

3. Pour transporter une grande quantité de déchets radioactifs vers les lieux de stockage, des problèmes de circulation se présenteront. Si l'on doit conserver les déchets pour ainsi dire éternellement, des détériorations pourront se produire dans les lieux de stockage.

 

 

État actuel des réfugiés  à Fukushima

 

Dans la préfecture de Fukushima en raison des tremblements de terre et du tsunami du 11 mars 2011, 1603 personnes sont mortes et 207 personnes  ont disparu. Et par la suite, jusqu'au 19 décembre 2013, 1604 personnes sont mortes, principalement des personnes âgées, pendant le transport, par insuffisance de soins et désespoir.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

L'ensemble des réfugiés du tsunami et de l'accident nucléaire se compose de ceux restés à l'intérieur du département (90 384 personnes) et de ceux partis hors du département (49 558 personnes).

 

52 783 des personnes réfugiées dans le département vivent dans des maisons prêtées par la préfecture, 28 921 dans des maisons provisoires, 5 473 dans des maisons communales, et les 3 252 autres chez des parents ou connaissances. On trouve des gens partis hors du département dans chacune des 47 préfectures. La plupart, soit 6 865 personnes, vivent à Tokyo (voir la carte).

 

Ces réfugiés veulent rentrer chez eux, mais en raison de la radioactivité ils ne le peuvent pas. Dans certains endroits, la radioactivité n'est pas aussi intense, mais beaucoup ne peuvent pas revenir s’installer dans des quartiers sans hôpitaux, sans magasins et sans voisins. Encore beaucoup d'anciens habitants de Fukushima sont las de vivre en nomades, se plaignant qu'ils ne peuvent pas prévoir quelle  vie ils auront à l'avenir, et que le temps passe sans apporter de solution.

 

Finalement je vous offre, avec un peu de retard, une carte de Noël que j'ai dessinée.

Rapport de HORI Yasuo du 31 décembre 2013

Je souhaite que tous ceux qui souffrent à cause de l'accident nucléaire et du tsunami aient une nouvelle année pleine d'espoir.

 

Merci, lecteurs, pour votre soutien chaleureux.

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 19:32

En 2003, un envoyé spécial d’El Mundo, David Jimenez, constatait que les SDF étaient recrutés pour nettoyer les centrales nucléaires au Japon. Dix ans plus tard, la technique est la même pour les sales boulots de la centrale de Fukushima.

En savoir plus :

 

L’article de France 24

Des SDF japonais embauchés pour nettoyer Fukushima

 

L’article de David Jimenez (El Mundo)

Les mendiants, esclaves du nucléaire au Japon (lien ci-dessous)

 

 

Article connexe

Les disparus de Fukushima

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 02:03
Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

Dans la revue Chocs Avancées 2012 du CEA, qui présente les « avancées scientifiques et techniques de la Direction des applications militaires », un article a été consacré à Fukushima dans la rubrique Environnement : « Accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi : analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère ». Vous trouverez un extrait de cet article en bas de page. Il est un des rares articles scientifiques publiés par le CEA qui soit spécifique à Fukushima et à ce titre il mérite quelques commentaires.

L’article mentionne d’abord une mesure sur un échantillon d’air prélevé du 13 au 14 mars 2011 sur une durée de 24 heures à compter de 6h55 TU. Le bâtiment réacteur n°1 avait explosé la veille (6h36 TU le 12 mars), donc l’échantillon est cohérent avec le premier événement ; en revanche, il est peu probable que le panache noir de l’explosion du réacteur 3, qui s’est produite le 14 mars à 11h01 (2h01 TU), ait pu se déplacer jusqu’à la station de prélèvement de Takasaki, située à plus de 200 km au sud-ouest de Fukushima, surtout avec des vents contraires. Les mesures ne sont donc pas représentatives de la catastrophe atmosphérique dans son ensemble.

 

Le CEA étudie ensuite un prélèvement qui a été effectué du 22 au 23 mars 2011, et conclut à l’invalidité du « dénoyautage (sic) de la piscine de stockage de l’unité 4 ». On suppose que les auteurs veulent dire qu’il est impossible que la piscine se soit vidée (1). En tout cas, on peut se poser la question : comment peut-on invalider un feu de piscine qui aurait été éteint le 16 mars en analysant l’air une semaine plus tard  à 200 km de là ?

 

Dans le dernier paragraphe, les auteurs suggèrent que « les principales émissions atmosphériques ont eu lieu le 14 mars 2011 (explosion du réacteur n° 2) ». Encore une fois, l’explosion du n°3, qui a pourtant aussi eu lieu le 14 mars, est ignorée, comme si on voulait la gommer de l’histoire. Celle du n°4 également, qui a eu lieu le 15 mars. On aimerait pourtant que des gens sérieux du CEA se penchent sur ces incendies et explosions qui, presque 3 ans après les faits, restent des énigmes (2). Cet article semble donc faire l’impasse sur deux pollutions atmosphériques majeures. Pour réaliser une étude sérieuse sur ces évènements, il faudrait en fait prendre les données des jours concernés et utiliser des prélèvements plus rapprochés de la source. La marine américaine, qui était sous le vent, a forcément réalisé des prélèvements beaucoup plus probants (3).

 

Enfin, les auteurs affirment que les données issues des stations de surveillance de la radioactivité de l’atmosphère sont « particulièrement précieuses pour renseigner sur les chronologies de rejets et évaluer les niveaux de remise à l’atmosphère de la radioactivité ». Tellement précieuses qu’ils ne sont pas autorisés à les diffuser intégralement. La catastrophe de Fukushima, que l’on dit civile, est sous le sceau du secret d’état. Bientôt 3 ans après les évènements, on ne sait toujours rien de cette chronologie fine que nous cache le CEA. Les données recueillies dans l’atmosphère existent, il suffirait de les publier. Mais non, on emploie 6 auteurs pour écrire 4 paragraphes sur des miettes d’informations et tirer des conclusions hâtives, voir tendancieuses.

 

Alors pourquoi éditer cet article dans le blog de Fukushima ? Pour montrer que les gouvernements ne sont pas honnêtes avec leurs populations (3). La carte A montre que l’atmosphère est surveillé en secret de manière très performante. Celle-ci montre la pollution du monde au xénon-133, correspondant à l’exact emplacement des industries nucléaires. La légende parle d’un « bruit de fond ». On nous explique souvent que le bruit de fond radioactif est naturel. Or quand on le compare avec la carte mondiale des réacteurs nucléaires, on se rend compte que ce bruit de fond du xénon-133 est totalement artificiel, comme le montre l’illustration d’entête.

 

 (1) A propos du vocabulaire employé, on notera les précautions de langage des auteurs qui, au lieu de parler de corium, emploient les termes de « cœur de réacteur très dégradé » ou d’ « état de fusion avancée des cœurs ».

 

(2) A ce jour, toujours aucune vidéo diffusée de l’explosion du n°4, et aucune analyse du panache de l’explosion du n°3.

 

(3) Ce ne sont pas les 51 marins américains qui portent plainte contre Tepco qui démentiront. Sinon pourquoi souffriraient-ils tous de maladies étranges comme des leucémies, des cancers de la thyroïde ou des testicules, des tumeurs cérébrales, des saignements rectaux ou gynécologiques ?

 

(4) Le libre accès aux données de l’Otice est réclamé depuis des années par la Criirad. Vous pouvez aider cette association indépendante à obtenir gain de cause en participant à leur action.

 

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Accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi : analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère 

 

G. Le Petit - P. Achim - G. Douysset - P. Gross - M. Monfort - C. Moulin / CEA−DAM Île-de-France

 

Source

 

Le 11 mars 2011, la côte Est du Japon est frappée par un séisme de magnitude exceptionnelle qui conduit à un tsunami majeur, puis à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi.

Quatre réacteurs sur six subissent des dommages irrémédiables entre le 12 et 15 mars 2011, principalement engendrés par des explosions d’hydrogène (unités 1, 2 et 3) et d’un feu affectant la piscine de refroidissement des éléments combustibles de l’unité 4. Dans les jours qui suivent, les stations aérosols et gaz rares du réseau de surveillance de l’Otice (Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires) mettent en évidence la présence de produits de fission dans l’atmosphère. Les données issues de ces stations, reçues au CND (Centre national de données) situé à Bruyères-le-Châtel, sont particulièrement précieuses pour renseigner sur les chronologies de rejets et évaluer les niveaux de remise à l’atmosphère de la radioactivité. Plus spécifiquement, les stations de surveillance aérosols et gaz rares localisées à Takasaki, à environ 100 km au Nord-Ouest de Tokyo (Japon), permettent de fournir un diagnostic sur l’état des réacteurs.

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

Les stations de surveillance Otice de Takasaki sont parmi les premières stations touchées par un rejet radioactif de Fukushima. La figure 1 montre les produits de fission volatils (131I, 132I, 133I, 134Cs, 137Cs, 129mTe, 131mTe et 132Te) mesurés à partir d’un prélèvement d’air de 23 000 m3 acquis sur 24 heures du 13 mars au 14 mars 2011 à Takasaki.

Les niveaux d’activité volumique mesurés sont de l’ordre de 3 500 Bq/ m3 pour 131I et de 400 Bq/m3 pour le 137Cs. Dans les jours qui suivent, les mesures des prélèvements aérosols réalisés à Takasaki mettent en évidence la présence d’un panel de radionucléides élargi. L’un de ces prélèvements, acquis du 22 mars au 23 mars 2011 par la station aérosol de Takasaki, est expertisé par les laboratoires du Département analyse surveillance de l’environnement (DASE) du CEA/DAM. L’analyse met en évidence, outre les produits de fission (110mAg, 140Ba, 136Cs, 137Cs, 131I, 132I, 140La, 99Mo, 95Nb, 86Rb, 125Sb, 127mTe, 129Te, 129mTe, 132Te) et d’activation (134Cs, 113Sn) volatils ou semi-volatils, la présence dans l’atmosphère d’éléments peu volatils, 95Nb et 103Ru, sous forme de traces (activités volumiques, respectivement de 3,0.10-4 et 5,0.10-5 Bq/m3).

 

En s’appuyant sur les travaux issus des programmes de simulation d’accidents graves de réacteurs (VERCORS, PHEBUS) conduits par le CEA (Direction de l’énergie nucléaire) et par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les concentrations en produits de fission mesurées par spectrométrie d’émission gamma par le DASE, permettent de conclure à un état de fusion avancée des cœurs des réacteurs comme origine des rejets de produits de fission à l’atmosphère [1,2], et d’invalider le dénoyautage de la piscine de stockage de l’unité 4 (548 assemblages de haute activité étaient en cours de refroidissement durant les trois mois précédant l’accident). En effet, le rapport 131I /137Cs, mesuré dans les prélèvements atmosphériques, se révèle consistant avec celui correspondant à l’inventaire des cœurs des réacteurs de Fukushima au moment de leurs arrêts. Par ailleurs, la mise en évidence d’une faible signature 113Sn (4,7.10-5 Bq/m3) dans l’air, produit d’activation formé par la réaction 112Sn(n,γ)113Sn au sein des gaines de combustible (constitué d’un alliage en Zircalloy composé principalement de zirconium associé à 1,5 % d’étain), implique une température minimale de 1 800°C correspondant à la fusion des gaines. La non-détection du 95Zr, usuellement en filiation radioactive avec le 95Nb, dans les prélèvements liés à l’accident de Fukushima, est conforme aux résultats obtenus par les expériences CEA/IRSN qui ont montré que cet élément réfractaire était très peu relâché, même dans le cas d’un cœur de réacteur très dégradé.

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère
Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

 

Lire la suite de l'article :

Cliquer ici

 

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Illustration d’entête : cartes mondiales superposées de la pollution au xénon radioactif et des implantations de l’industrie nucléaire.

 

Illustration ci-dessous : figure 1 recomposée

Analyse des rejets de radionucléides dans l’atmosphère

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 00:58
Avaaz et le nucléaire

Il y a un an et demi, début juillet 2012, face à la menace que représentait le bâtiment réacteur n°4 de Fukushima Daiichi, je lançais la pétition « Appel urgent pour éviter une nouvelle catastrophe nucléaire mondiale ». J’avais choisi le nouveau site de pétition en ligne d’Avaaz car il était pratique. Mais je ne m’étais pas inquiété de savoir exactement ce qu’était Avaaz, pensant que c’était une organisation citoyenne comme une autre. Rapidement, de nombreux lecteurs m’ont contacté pour me prévenir qu’Avaaz était une ONG dont il fallait se méfier. Ayant déjà récolté plusieurs milliers de signatures, je décidai toutefois de la laisser en ligne, d’abord par respect pour les signataires mais aussi parce qu’elle avait le mérite de jouer un rôle de média et de diffuser une information qui était peu diffusée par ailleurs.

Je remercie vivement les 25 586 signataires qui ont choisi de soutenir cette initiative !

 

Mais aujourd’hui, je décide de la retirer (1) pour plusieurs raisons :

- elle n’a recueilli que 25 000 signatures en 18 mois, ce qui est ridicule face à l’enjeu mondial exposé ;

- elle n’a aucune valeur, car la liste fournie par Avaaz ne donne aucune autre information que le nom, ou pseudo, donné à la signature en ligne, ce qui ne permet aucune vérification ;

- ce qu’elle demandait n’a pas eu lieu : Tepco est resté « maître » de la centrale de Fukushima Daiichi, et aucune équipe d’experts internationaux ne s’est constituée pour gérer la crise ;

- enfin, le transfert du combustible de la piscine de désactivation est en cours depuis novembre. L’appel urgent n’a donc plus aucune raison d’exister.

 

 

Mon expérience d’une pétition en ligne Avaaz

 

Malgré l’échec – prévisible – de cette pétition, grâce à elle, j’ai pu toucher beaucoup plus de monde qu’un simple article de blog. Pour 25 000 signatures, il y a eu 100 000 visiteurs. Seulement un visiteur sur quatre a signé. Pourquoi tant d’hésitations ? Beaucoup ont estimé que l’ONU n’était pas le bon interlocuteur et me l’ont fait savoir, certains n’ont pas voulu signer une pétition Avaaz, enfin d’autres ont sans doute estimé qu’il n’y avait pas de danger avec cette piscine 4, ou alors ont trouvé que le texte était trop long à lire et sont passés à autre chose.

 

J’ai fait traduire la pétition et l’ai diffusée par d’autres articles du blog en anglais et en japonais, c’était le plus utile. Il y a eu aussi des traductions en espagnol et en polonais. De ce fait, elle a circulé à travers le monde : les signatures sont venues de l’Europe entière, mais aussi du Chili, de l’Argentine, des Etats-Unis, du Japon, du Cambodge, du Mozambique, du Népal, du Brésil, du Canada, du Sénégal, d’Israël, des Emirats, de la Tunisie, de l’Ouganda, de Singapour, etc. Ca c’est la magie d’Avaaz. Mais ces traductions ne l’ont pas fait décoller pour autant.

 

Aujourd’hui, je ne recommanderais à personne d’utiliser Avaaz pour créer une pétition. Avaaz est une grosse entreprise avec un chiffre d’affaire dépassant les 10 millions de dollars annuels. Avec ces moyens financiers gigantesques, ils n’arrivent même pas à répondre à un simple mail. En 2012, désirant faire traduire ma pétition dans d’autres langues, je me suis adressé plusieurs fois à Avaaz pour demander quelle était la procédure. Aucune réponse sinon un mail très court du type « Nous sommes surbookés. ».

 

Quand on écrit à Avaaz, on ne sait pas à qui on écrit. On utilise une adresse de contact impersonnelle. Quand on reçoit une réponse, on n’a jamais la réponse de quelqu’un de tangible, c’est juste un prénom qui répond, ou alors « l’équipe ». Du coup, on ne sait pas si la réponse a été générée par un robot ou un humain.

 

En octobre 2012, ma pétition a été attaquée par un robot spammeur situé en Afghanistan. Des signatures toutes plus bizarres les unes que les autres (du genre « online pokie game »), arrivaient en masse. Plus tard, en décembre 2012, le site de pétition a eu quelques problèmes et diffusait n’importe quoi. L’écran, qui n’affichait plus le titre de la pétition, indiquait qu’elle avait été créée le 31 décembre 1969 et qu’elle était adressée à Jean Charest !

 

 

 

Problème d'affichage de ma pétition : ça ne ressemble plus à rien !

Problème d'affichage de ma pétition : ça ne ressemble plus à rien !

 

Mais la pire chose qui me soit arrivée avec cette pétition est que j’ai constaté, fin 2012 et début 2013, que le nombre de signataires reculait d’un jour à l’autre. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à noter les chiffres du compteur quand je la consultais. Et un jour, j’ai eu la désagréable surprise de le voir reculer de plusieurs centaines en quelques jours : le 13 juin 2013, j’ai comparé le mail récapitulatif d’Avaaz avec le compteur, et il manquait 500 signatures !

 

Avaaz et le nucléaire

 

J’ai signalé ce problème à Avaaz, et là « Aloys » m’a répondu ce message :

 

Avaaz et le nucléaire

Sur le coup, je me suis dit : « Super, ils me répondent enfin un vrai mail personnalisé ». Mais en fait non, ce n’était qu’un formulaire puisqu’un lecteur a reçu un texte identique, à quelques mots près.

 

Si on regarde la raison qu’ils donnent pour supprimer des signatures, ça voudrait dire que l’adresse mail est primordiale pour authentifier la personne. La réponse d’Avaaz semble au premier abord tout à fait justifiée : leur gestionnaire de base de données fait régulièrement du nettoyage dans les mails pour faire le tri des “vrais” signataires et des spammeurs. Or à mon sens, ce n’est pas justifié pour le pétitionnaire, car quand on récupère la liste des signataires, Avaaz ne fournit pas les adresses mail. Comme ce n’est pas Avaaz qui prend en charge la remise de la pétition quand il s’agit d’une pétition lancée par un individu, leur démarche n’a aucun sens ! Si je signe une pétition Avaaz tel jour, et que le lendemain, pour une raison ou pour une autre mon adresse mail devient invalide, ma signature devient également invalide alors qu’elle était sincère. Ce système de signature électronique est donc incohérent et inutile, sauf pour Avaaz qui récolte des adresses mails qui serviront à diffuser d’autres campagnes et demandes de dons.

 

Il y a quelques jours, j’ai fait le point grâce aux mails statistiques envoyés chaque semaine par Avaaz. En fait, sur 18 mois, les chiffres annoncés sont plus ou moins justes, avec quelquefois des écarts énormes en plus ou en moins. Pour illustrer cette bizarrerie,  un mois après la création de la pétition, Avaaz la créditait de 400 signatures supplémentaires alors qu’elle en recevait 862. J’ai donc constaté qu’Avaaz crédite ou débite des signatures de manière aléatoire. Quand on fait le compte sur l’ensemble de la période, il manque plus d’un millier de signatures. Le système n’est donc pas fiable et semble obéir à d’autres motifs que de simples calculs additifs.

 

 

Avaaz et le nucléaire

 

Avec tous ces problèmes cumulés (et je ne vous ai pas parlé de tout !), alors qu’Avaaz se targue d’être hyper sécurisé et tout et tout, je me suis posé la question de la fiabilité et de l’honnêteté de cette organisation. D’autant plus que parallèlement, des lecteurs me donnaient de la lecture, critiquant très sévèrement l’intégrité du fondateur et l’opacité du système. J’en profite pour partager ce lien pour ceux qui voudraient se pencher sur le sujet :

Avaaz, cyber-actions et cybermanifs (Luc-Laurent Salvador, janvier 2012)

 

On apprend aussi par Wikipédia qu’historiquement, entre autres actions diverses et variées, Avaaz a comme fil directeur depuis sa création en 2007 le combat contre le réchauffement climatique. Si l’on regarde les pétitions mises en ligne, le sujet du nucléaire n’apparaît que très peu souvent, ou alors juste pour favoriser le désarmement nucléaire des grandes puissances. Le nucléaire civil est quasiment délaissé, sauf à propos de Fukushima, où l’on trouve quelques pétitions. Mais quelles pétitions ? Avaaz diffuse des pétitions en anglais, comme celle-ci (Hand in hand for Fukushima), mais elle n’a ni compteur de signatures, ni date ! Et quand on clique sur l’onglet « français » ou « japonais », la pétition n’est pas traduite et on tombe sur une autre page de promotion d’autres pétitions ! Pour celle-là (Stop the Next Nuclear Disaster!) c’est pareil, pas de compteur, pas de traduction. On a l’impression que tout est fait pour torpiller la cause défendue.

 

Alors voilà, je pose la question : Avaaz roule pour quelle cause ? Le combat antinucléaire civil est bizarrement très discret depuis la création de l’organisation. En revanche le combat récurent contre le réchauffement climatique pourrait correspondre à une posture pronucléaire car, du coup, la lutte d’Avaaz porte sur la réduction de l’utilisation du charbon et du pétrole, grands producteurs de CO2, mais jamais sur l’abandon de l’énergie nucléaire.

 

Le fondateur d’Avaaz, Ricken Patel, qui communique depuis six mois avec « l'email le plus important qu’il nous a jamais écrit », ne dit pas autre chose : « Nous pourrions tout simplement commencer par remplacer le pétrole et le charbon par d'autres sources d'énergie pour alimenter nos économies ». Le problème est qu’il ne se prononce pas pour les énergies renouvelables et qu’il ne condamne pas l’énergie nucléaire. On retrouve là le discours souterrain des sites « écolos » mais pronucléaires qui foisonnent sur la Toile et qui, sous couvert de développement durable, veulent nous faire accepter l’énergie nucléaire comme une énergie d’avenir. Là, c’est sous couvert de la catastrophe prochaine due au réchauffement climatique.

 

Avaaz et le nucléaire

Pour appuyer son discours, Avaaz met en avant dans ses pages d’accueil des citations de personnalités comme Al Gore ou Gordon Brown qui soutiennent l'ONG. Mais jamais ces célébrités n’écartent le nucléaire. Au contraire, Al Gore, ce militant mondial contre le réchauffement climatique, prévoyait en 2008 de conserver 20 % de nucléaire pour les Etats-Unis. Quant à Gordon Brown, alors Premier ministre du Royaume Uni, il a bel et bien relancé le nucléaire dans son pays.

La citation du pronucléaire Gordon Brown

Ricken Patel écrit dans sa dernière lettre que « C'est le moment d'offrir à nos enfants un monde dont la beauté correspond à nos rêves ». Ca me rappelle la belle phrase du Premier ministre Abe devant le comité olympique à Buenos Aires le 7 septembre 2013  : « Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. »

Est-ce que l’on parle des mêmes enfants M. Patel ?

 

Moi je dis : M. Ricken Patel, je vous croirai quand vous ferez une campagne mondiale digne de ce nom contre l’énergie nucléaire civile. Ne pas combattre l’énergie nucléaire, c’est se prononcer tacitement en sa faveur. Tchernobyl et Fukushima ont démontré toute l’horreur de la pollution radioactive, elle met en péril l’intégrité du génome humain et les enfants sont les premiers à en souffrir. Alors arrêtez de faire du catastrophisme climatique pronucléaire comme savent si bien le faire « Les écologistes pour le nucléaire » ou les militants de « Sauvons le climat », et battez-vous véritablement pour un avenir meilleur, sans énergie nucléaire. Et surtout, dites-le clairement, sans aucune ambiguïté !

 

Pierre Fetet

 

(1) Impossible de la retirer pour l’instant : Avaaz ne propose même plus le bouton pour la stopper. Encore un bug, je ne les compte plus !

[ Mise à jour du 5/01/14 : Finalement, il y a quelques jours, j'avais trouvé le bouton en utilisant un autre navigateur ; j'ai cliqué sur l'option "Clore la pétition", mais elle est restée en ligne. Aujourd'hui, 5 janvier, j'essaie à nouveau, ça a marché ! ]

 

 

_________________________

 

Pour information, le dernier message de Ricken Patel en date du 23 décembre 2013

 

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 00:01
La répression du « secret » dans l’après-Fukushima au Japon

La loi du secret, adoptée dernièrement par le Parlement japonais, donne au gouvernement carte blanche pour désigner des secrets d’Etat et restreindre l’information sur tout sujet à sa convenance. Les blogueurs et les journalistes indépendants diffusant des informations sur Fukushima vont-ils subir des pressions dans un avenir proche ?

Saul Takahashi, avocat japonais spécialisé dans les droits de l’homme, expose dans cet article ses inquiétudes face à la montée en puissance de pratiques qui rappellent des années sombres.

source image : Semmick Photo / Shutterstock.com

 

 

La répression du « secret » dans l’après-Fukushima au Japon

 

Saul Takahashi

 

Le 10 décembre 2013

Titre original : « Japan's post-Fukushima 'secrecy' clampdown »

Source : The Ecologist

Traduction : Javale Gola

Source : Groupe Facebook Fukushima Information

 

La possibilité de désigner toutes sortes d’informations « au secret » est quasi infinie.

 

La nouvelle loi japonaise du secret est un nouveau signe de la montée du militarisme dans le pays, car elle élargit le pouvoir du gouvernement en lui donnant la capacité de qualifier des secrets d’Etat, tandis que la belligérance est en progression dans la région. Faut-il encore et toujours le répéter, le peuple du Japon est bien obligé de constater une fois de plus combien le gouvernement peut être dissimulateur et arbitraire suite à la catastrophe de Fukushima. En raison des lenteurs du gouvernement et de sa répugnance à divulguer les informations, les gens sont restés exposés à de fortes doses de radioactivité durant plus d’un mois après la fusion, avec des conséquences sur la santé potentiellement graves.  Il est clair à présent que l’aile du gouvernement la plus à droite qu’on ait vue depuis des décennies, a fait passer en force au Parlement un projet de loi pour classifier « des secrets spéciaux », qui donne essentiellement carte blanche à l’exécutif pour censurer les informations à très grande échelle, ce qu’on n’avait plus revu depuis l’époque militariste qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale et qui s’était prolongée tout au long de cette période.

 

Cette loi, connue sous l’appellation de Loi des Secrets Désignés, est passée en force à la Chambre basse suffisamment puissante le 26 novembre, puis elle a été votée à la Chambre haute le 6 décembre dans la même précipitation. Elle donne à l’exécutif le pouvoir sans restriction de désigner une large gamme d’informations comme des secrets de la Nation. Il n’y a pas de contre-pouvoir efficace d’aucun organisme indépendant, ni vraiment le moyen de s’assurer que l’exécutif n’exerce aucun abus de pouvoir. C’est une indication des plus sommaires sur les renseignements désignés secrets, qui sera divulguée au public. Ce projet de loi violerait le droit du droit des populations d’avoir accès à l’information, punirait sévèrement les lanceurs d’alerte, porterait atteinte à la liberté de la presse et aurait des effets dissuasifs à l’égard des organisations de la société civile et des actions des citoyens engagés.

 

Le gouvernement a répété de façon litanique : la loi est nécessaire, parce que le Japon est « un paradis pour les espions » en raison de l’absence d’une infrastructure légale pour l’espionnage et les secrets d’état. On voudrait faire croire à la population que le gouvernement n’a pas le pouvoir de préserver la confidentialité des renseignements et que Tokyo serait rempli d’agents de l’étranger qui s’empareraient en toute licence de secrets sensibles. Rien n’est moins vrai – le gouvernement désigne déjà une vaste gamme d’informations comme confidentielles – 410 000 pièces d’informations ont été désignées comme telles depuis qu’une politique gouvernementale de balayage a été mise en œuvre à cet effet en 2009. En outre, en réponse à une question posée au Parlement, le Premier Ministre Abe a reconnu que le gouvernement a été informé de 5 cas de « fuites d’informations importantes de la part de fonctionnaires » au cours des 15 dernières années. 5 cas en 15 ans peuvent difficilement constituer « un paradis ».

 

La vérité, et le gouvernement lui-même l’a reconnu, c’est que cette loi est intrinsèquement liée à une autre loi adoptée par le Parlement en novembre, établissant un Conseil National de la Sécurité qui ressemble beaucoup à l’organisme américain du même nom. En fait, la loi des secrets stipule précisément le partage de secrets désignés avec des gouvernements étrangers, apparemment plus dignes de confiance que le peuple-même du Japon.

 

 

Une infraction constitutionnelle.

 

Quatre catégories d’informations répertoriées dans le projet de loi pourraient potentiellement être concernées par le secret : la défense, la diplomatie, « les activités désignées comme dangereuses » et la prévention du terrorisme, mais elles sont dénommées par une formulation extrêmement large. C’est ainsi que toute information liée à la défense pourrait qualifier aussi bien « toute information importante relative à la sécurité » dans le domaine des relations internationales, que toute information relative à la lutte officielle contre le terrorisme, ou encore toute information relative « aux activités potentiellement nuisibles à la sécurité nationale ». La possibilité de verser des informations spécifiques au « secret » est en définitive sans limitation aucune. Bien que l’amendement au projet stipule une durée de principe de 60 ans (ce qui est en soi déjà extrêmement long) il y a par ailleurs des catégories d’informations qu’on peut désigner au secret sans durée limite – ce qui revient au même.

 

Le rôle du Parlement est extrêmement limité,  à tel point qu’il sera probablement vide de sens.

 

Le projet stipule que dans l’application de la loi, le gouvernement devrait « entièrement tenir compte » des rapports de presse « qui ont pour but de garantir le droit des gens à l’information ».  Ces dispositions sont à tout le moins « vagues » et semblent laisser au gouvernement une marge de manœuvre pour apprécier quel rapport « a pour but de garantir » ce droit. Mais les sanctions pour la révélation de secrets sont sévères – jusqu’à dix ans d’emprisonnement pour les fonctionnaires ou les sous-traitants livrant des secrets. Les personnes obtenant illégalement communication de secrets sont également sujettes à des peines de plus de dix ans d’emprisonnement, et celles qui « inciteraient » à leur révélation sont passibles de peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. On serait aussi passible d’emprisonnement pour avoir révélé des secrets par négligence, de même qu’en cas d’«incitation » ou de conspiration dans l’intention d’en révéler.

 

Il est important de souligner que la liberté d’information est non seulement un élément capital de la liberté d’expression, mais aussi un droit de l’homme fondamental inscrit dans la Constitution japonaise. L’Article 21  stipule que « la liberté[…] de parole, celle de la presse ainsi que toutes les autres formes d’expression sont garanties », et cet article, en conformité avec les développements du droit international, a été interprété par les tribunaux japonais de façon à inclure le droit d’accès à l’information. Ce même article rappelle également que le gouvernement est tenu de « s’abstenir de violer les droits fondamentaux de l’homme au-delà du raisonnable» dans l’application de la loi, ce qui, dans le nouveau contexte, pose la question de savoir ce que recouvre « au-delà du raisonnable ». Pire encore, l’Article 21 établit que les comptes-rendus des medias ne doivent pas faire l’objet de sanctions « dans la mesure où leurs communications auraient pour seule fin l’intérêt public et ne s’appuieraient pas sur des méthodes illégales ou à l’évidence déloyales ». Or, il n’existe aucune définition de « l’intérêt public » dans ce contexte, pas la moindre indication de la façon dont le gouvernement pourrait en attester. Le gouvernement a de même stipulé que les quelques blogueurs ou autres activistes des réseaux sociaux ne tombent pas sous la définition des « media » entendue dans cet article, en indiquant de ce fait que les susdits pathétiques garde-fous ne devront pas leur être appliqués.

 

Comme on l’imagine sans peine, ce projet de loi a déclenché un intense tollé dans la sphère publique avec l’expression de protestations quasi-quotidiennes et a essuyé la critique des Organisations de défense des droits de l’homme, au nombre desquelles l’Association du Barreau Japonais, de la part aussi d’éminents députés honoraires du Parti Conservateur, des Sociétés Savantes, des Sociétés de la Presse ainsi que des Conseils préfectoraux et des Conseils municipaux. Fait tout à fait inhabituel pour un pays qui d’ordinaire échappe à l’analyse internationale, le projet fut également l’objet de vives critiques de la part des défenseurs des droits de l’homme aux Nations-Unies. Au Conseil des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, le Rapporteur Spécial  sur la Liberté d’Expression et le Rapporteur Spécial sur le Droit à la Santé ont publié une déclaration conjointe critiquant les dispositions trop larges du projet de loi et le manque de protection des informateurs. Le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme a partagé cette préoccupation.

 

Les réponses du gouvernement à ces problèmes ont brillé par leur caractère évasif, flou, et la mentalité condescendante du « taisez-vous et faites-nous confiance » _ en vérité, le fait que le gouvernement n’ait ouvert le projet de loi que deux semaines aux commentaires publics, au lieu d’un mois plein comme c’est l’usage, témoigne du mépris dans lequel il tient les points de vue en désaccord avec les siens. Une ONG a déposé la requête des minutes des comptes-rendus des réunions du groupe d’experts gouvernementaux qui avaient débattu des dispositions du projet _ lesquelles minutes remontent à l’année 2008. En insulte à la notion de responsabilité gouvernementale, les documents remis à l’ONG étaient presque complètement expurgés, c’est-à-dire censurés.

 

 

Un nouvel effet paralysant.

 

Pour faire une réponse éloquente à la question des suites qui seraient données à « un reportage à l’évidence déraisonnable», la Ministre Masako Mori, la membre du Cabinet missionnée par le Premier Ministre Abe pour porter le projet au Parlement, sans autre raison qu’une femme face aux caméras permet de donner du projet une image lénifiante, a cité pour illustration la tristement célèbre affaire Nishiyama en 1972.

 

Takichi Nishiyama, un ancien journaliste du grand journal japonais Mainichi Shimbun, fut arrêté pour avoir obtenu des informations de la part d’un secrétaire au Ministère des Affaires Etrangères Japonais (avec qui, l’apprit-on par la suite, il avait eu une liaison) à propos d’un accord secret entre les Etats-Unis et le Japon, relatif au retour d’Okinawa sous la souveraineté japonaise. Bien que l’accord publié par les deux gouvernements eût stipulé que certaines dépenses pour un  montant total de 4 millions de dollars US seraient payées par les Etats-Unis, ce fut un pur mensonge,  un accord secret précisa de fait que les coûts seraient payés par les Japonais. Pour les efforts qu’il a déployés à exposer au gouvernement la déception de son peuple, Nishiyama fut déclaré en 1978 coupable d’incitation à la révélation de renseignements confidentiels de la part d’un fonctionnaire. 30 ans plus tard, des documents déclassifiés du gouvernement américain confirmèrent les allégations de Nishiyama – or, son nom est dorénavant cité par le gouvernement comme un bon exemple de « mauvais » journalisme.

 

Fait révélateur, Mori a déclaré que les questions faisant l’objet d’un vif débat public, tel l’accord économique pour le Partenariat Transpacifique (TPP) actuellement en cours de négociation à huis clos entre les Etats-Unis et d’autres pays, pourraient être désignées au secret. Et les garanties présentées par le gouvernement n’ont pas suffi à apaiser les inquiétudes, du fait qu’avec dans le projet de loi des dispositions aussi larges, des informations importantes concernant la sécurité nucléaire pourraient aussi bien être désignées au secret.

 

Le plus important sans doute dans tout cela, c’est l’effet d’intimidation qu’aurait cette loi sur des personnes qui auraient accès à quelque sorte d’information que ce soit, ou qui en publieraient. En raison d’une formulation opaque de la loi, les gens ne peuvent pas être en mesure de savoir si une information à laquelle ils accèdent ou qu’ils rendraient publique est susceptible d’être de fait un secret désigné. L’Association du Barreau Japonais fait observer qu’aux termes des dispositions du projet de loi, il est tout-à-fait plausible d’être accusé et poursuivi en justice sans que ni la personne ni son avocat ne soient informés des renseignements précis qu’elle serait accusée d’avoir révélés. Il n’est dès lors pas surprenant que les déclarations du gouvernement, assurant que ne seraient pas punis des individus tombant sur des secrets ou en révélant par accident, ne soient pas convaincantes -  et tout indique que même dans l’hypothèse où elles ne seraient pas punies, ces personnes feraient l’objet d’une enquête.

 

Tôt dans la matinée du 5 décembre, en réponse à la pression, le gouvernement a fait cette annonce qu’il allait créer deux  organismes « indépendants » pour veiller à la mise en œuvre de la loi en garantissant qu’il n’y ait aucun abus. Mais l’un seulement de ces deux organes est véritablement indépendant – c’est un groupe d’experts juridiques qui aura une mission de conseil auprès du Premier Ministre, étant chargé d’élaborer des lignes directrices pour la désignation des secrets, et qui sera destinataire d’un rapport annuel sur la mise en application de cette loi. Il semble par ailleurs que le Premier Ministre ne fournirait à ce groupe d’experts qu’un vague aperçu du nombre d’informations désignées comme secrètes, par catégories. Au-delà de ce point, les choses ne sont pas claires en ce qui concerne le fonctionnement de cet organisme, on ignore aussi l’étendue réelle de ses compétences. Ce serait un jeu d’enfant pour le gouvernement de désigner un panel composé de ses copains, qui avaliseraient sans discussion telle ou telle proposition.

 

Prétendre que le second organisme serait « indépendant » est une offense à l’intelligence. Ce « Comité de Surveillance pour la Conservation des Renseignements » sera en charge de veiller à l’application de la loi en s’assurant qu’il n’y ait pas d’abus, et c’est sans conteste le plus puissant des deux organismes. Quoi qu’il en soit, il sera composé de secrétaires-adjoints (haut-fonctionnaires du plus haut rang) issus des Ministères des Affaires Etrangères et de la Défense – à savoir les Ministères qui désigneront sans aucun doute le plus grand nombre de secrets. Sans surprise, personne au Japon n’attend de la part de cet organisme aucun contrôle sérieux.

 

De nombreux opposants au projet de loi ont souligné qu’il y a dans les termes de cette loi des libellés strictement similaires à ceux qui remontent aux années sombres, en particulier dans l’infâme Loi pour la Défense de la Sécurité Publique de 1941, à laquelle le gouvernement eut recours pour jeter en prison les opposants à l’effort de guerre. L’expérience issue de ces années-là fait craindre aux Japonais que  les secrets gouvernementaux ne conduisent à des secrets plus nombreux encore de la part du gouvernement, et puis à la guerre.

 

Pour reprendre un adage employé souvent par la génération issue des années Trente pour décrire la nature insidieuse du militarisme : comme il se rapproche…le bruit des bottes !…

 

_______________________________

 

Saul Takahashi est un avocat japonais spécialisé dans les droits de l’homme et un activiste qui a débuté sa carrière auprès d’Amnesty International à Tokyo. Il a obtenu sa maîtrise en droit à l’Université d’ Essex, et travaille actuellement dans la Palestine occupée. Takahashi est l’éditeur [auteur ?] de « Human Rights, Human Security and State Security: the Intersection », un ouvrage qui sera publié par Praeger Security International en 2014.

 

Cet article a été publié à l’origine par Open Democracy sous le titre Japan’s designated secrets bill – the sound of the jackboots [Le projet de loi au Japon sur les secrets désignés – le bruit des bottes], sous licence d’Attribution Non Commerciale 3.0

 

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:52

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 10 décembre 2013.

Traduit de l'espéranto par Ginette Martin

avec les conseils de Paul Signoret

 

Conversation de deux travailleurs de la centrale

 

M. Happy et M. Sunny travaillent dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Ils écrivent régulièrement dans leur twitter depuis le début de l'accident nucléaire. 88 000 personnes ont suivi Happy et 23 000 ont suivi Sunny. Il y a peu de temps, Happy a publié le livre "Journal du travail de réparation dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima."
Leur conversation se trouvait dans l'édition du dimanche du journal Akahata (le 1er décembre 2013). J'ai traduit l'article.

En une heure de travail, des ouvriers peuvent dépasser la limite du maximum annuel d’irradiation

Conversation de deux travailleurs de la centrale de Fukushima Daiichi

Question : Où étiez-vous lorsque l'accident nucléaire a eu lieu ?

 

Happy : À ce moment-là, j’étais dans l'enceinte d'un réacteur. Alors que je travaillais dans le réacteur n°3, j'ai senti une énorme poussée telle que je n’en avais jamais ressentie de semblable auparavant. On a entendu un grand fracas causé par la chute de débris au plafond. J'ai pensé que j'allais bientôt mourir ....

Sunny : Moi aussi, j'étais dans la centrale nucléaire n°1. Les voies étaient fissurées et les murs des bâtiments endommagés. De gros morceaux de béton de couleur bleue ont été propulsés un peu partout. Nous avions peur d'eux, car cette couleur est celle des détritus hautement radioactifs.

Question : J'ai entendu dire que la radioactivité est encore forte et qu'il est difficile de travailler là-bas.

 

Happy : Dans le réacteur n°4, ils ont commencé à extraire des combustibles nucléaires usés, mais pour trois autres réacteurs, ils n'ont pas de plan. On ne sait pas dans quel état sont ces produits nucléaires qui ont fondu.
Sunny : C’est surtout devant le réacteur n°3 que la radioactivité est intense, car à l'intérieur s’est produite une fusion de combustible MOX, un mélange de plutonium et d'uranium. Immédiatement après l'accident des travailleurs ont été exposés à 70 millisieverts de radioactivité pendant 3 jours.

Happy : À chaque entrée dans le réacteur n°3, un ouvrier s’expose à 1,5 millisievert de radioactivité. La limite supérieure d’exposition pour le commun des mortels étant de 1 millisievert par an, il dépasse donc cette limite au bout de trente minutes ou une heure de travail. Nous portons un masque et des vêtements de protection recouvrant entièrement le visage et le corps, de sorte que nous avons très chaud. En été, nous ne pouvons pas travailler plus d'une heure.

Sunny : Quand il pleut, des gouttelettes giclent du toit du réacteur et polluent notre corps. Certains endroits sont particulièrement pollués. Autour des tubes de ventilation, il y a tant de radioactivité que les gens pourraient y mourir. Ces tubes sont endommagés par le tremblement de terre, mais leur trop forte radioactivité interdit que l’on s’en approche.

 

Nos propositions sont rejetées par TEPCO ou sont remises à plus tard.

 

Question : Quelles sont les causes de divers problèmes rencontrés tels que panne d'électricité et fuite d'eau contaminée ?

 

Happy : Dans les centrales nucléaires n°1 de nombreuses installations sont provisoires. Vous vous souvenez de la panne d'électricité de 30 heures causée par les rats. Les bornes de connexion auraient dû être recouvertes, or celle-ci était nue. Sur le site vivent de gros rats et des serpents.

Sunny : Nous proposons que les conduites d'eau, à travers lesquelles s'écoule l'eau contaminée, soient en métal, mais TEPCO tarde à le faire, disant qu'il n'y a pas d'argent pour cela. Ces tuyaux ont été installés immédiatement après l'accident, donc si enchevêtrés qu'on ne sait pas à quoi ils sont reliés. Si une fuite se produit la nuit, on ne peut pas en connaître la cause.

Happy : Même de jour, on ne peut pas. Nous savons tous que les installations provisoires sont dangereuses, alors nous proposons à TEPCO une amélioration, mais TEPCO comprime le budget, même pour ces installations temporaires. On n’examine pas les choses d’assez près, donc tout se délabrera et il pourra s’ensuivre des accidents irréparables. Si la compagnie TEPCO a l'intention d'utiliser ces installations et ces dispositifs pendant plus de 10 ans, elle doit construire non pas du temporaire, mais du durable.

Sunny : TEPCO fait accélérer le travail, donc la qualité diminue. Lorsque nous avons construit ALPS (un appareil capable d’extraire toutes les substances radioactives sauf une) (1), le travail a été mortel. TEPCO et le gouvernement nous font nous hâter, donc nous avons accumulé les heures supplémentaires. C’est dans un tel contexte que s’est produit un très simple ratage, à savoir l'oubli d'un tapis en caoutchouc dans le système.

Happy : Depuis le début, TEPCO pensait que, si ALPS commençait à fonctionner, il n'aurait pas besoin de réservoirs pour l'eau contaminée, de sorte qu'il n'était pas prêt à continuer de construire des réservoirs. Mais le fonctionnement de ALPS n’a pas été conforme au plan, donc TEPCO a dû construire beaucoup de réservoirs en peu de temps, ce qui a rendu le travail de construction terriblement hâtif.

 

Le manque de travailleurs expérimentés a pour conséquence le manque de formation des nouveaux.

 

Question : J'ai entendu dire qu'on manque de main-d’œuvre à la centrale.

 

Sunny : Il est interdit de travailler isolément dans la centrale, mais un jour l'un des employés de TEPCO transportait seul de l'eau polluée et il a provoqué un accident.

Happy : Il manque surtout des travailleurs expérimentés, qui puissent guider un groupe. C'est le problème le plus grave, je pense. Bien sûr, auparavant il y avait aussi des nouveaux qui travaillaient, mais ils étaient guidés par des travailleurs expérimentés. Maintenant un chef de groupe a la responsabilité de 10 hommes, alors qu'il ne devrait s’occuper au plus que de cinq. Il doit leur montrer sur place (sur le lieu même du travail) et directement ce qu'ils doivent faire, or maintenant il fait cela seulement sur le papier, ce qui entraîne des bêtises chez les nouveaux.

Sunny : C’est la loi qui définit la quantité maximum d’irradiation à laquelle peut être exposé un travailleur. Les travailleurs expérimentés sont plus exposés, donc déjà un grand nombre d'entre eux ne peut plus travailler à la centrale.

Happy : Je ne pourrai plus continuer à travailler dans la 4ème ou 5ème année qui suivra mon embauche. De nombreuses entreprises ont décidé de leur propre chef de porter la limite d'exposition à 20 millisieverts. Lorsqu'un travailleur dépasse cette limite pendant le premier mois de son engagement, il ne peut plus travailler pendant les onze mois suivants. Voilà pourquoi les travailleurs expérimentés vont à une autre centrale plus sûre, ou bien ils se font embaucher pour le nettoiement de la ville. Nous pensons tous que le travail de réparation des réacteurs est important, mais nous tous devons gagner notre vie. Si de nombreux réacteurs sont remis en marche dans tout le Japon, on manquera de travailleurs à Fukushima, en particulier de travailleurs expérimentés.

Sunny : Si je dépasse la limite d’irradiation et suis licencié, personne n’assurera mon existence. Si je tombe malade en raison de l'irradiation au bout de quelques années, ni TEPCO, ni le gouvernement ne me verseront une indemnité.

Happy : Bien sûr, tu as raison. Ce qui compte le plus pour nous, c’est le travail et la santé. Les erreurs humaines sont fréquentes. La raison en est le manque de travailleurs expérimentés. Ce qui est en cause, ce n’est pas la qualité des ouvriers, mais la qualité de la gestion.

 

Salaire supplémentaire : certains reçoivent seulement 0,8 euros

 

Question : Le fait que le salaire journalier et le salaire supplémentaire pour travail dangereux sont trop bas ne pose-t-il pas un problème ?

 

Sunny : Ces salaires varient selon les entreprises. J'ai entendu dire que certaines paient seulement 100 yens (€ 0,8) ou 500 yens (4 euros) par mois pour un travail dangereux (2). TEPCO a publié, qu'il paiera de 10000 à 20000 yens, mais les sociétés sous-traitantes ne suivent pas pour l'instant.

Happy : Les gens qui travaillent dans des firmes situées au quatrième échelon de sous-traitance gagnent en moyenne 10.000 yens (€ 78) par jour. Après que le premier ministre Noda a déclaré la fin de l'accident en décembre 2011, TEPCO a baissé les salaires, prétextant que le travail n'était plus urgent.

Sunny : Les tâches sont sous-traitées d’abord par TEPCO à des firmes plus petites, qui à leur tour les sous-traitent à de plus petites, qui à leur tour, etc… ce qui fait que la somme payée par TEPCO pour les travaux dangereux ne va pas totalement aux travailleurs. Si le gouvernement veut améliorer les conditions de travail, il doit obliger TEPCO à payer directement les travailleurs.

Happy : Oui, oui, tu as raison. Celles qui recrutent des travailleurs, ce sont celles d'en bas, les très petites entreprises avec quelques employés. Le travail de réparation n'ira pas bien, si ces petites boîtes ne sont pas en bonne santé.

 

Question : Le gouvernement dit qu'il fera lui même les réparations, sans dépendre entièrement de TEPCO.

 

Happy : À présent, il y a tellement de commandants qu’on ne saurait en retenir le nombre : le Ministère de l'économie et de l'industrie, l'Autorité de régulation nucléaire et ainsi de suite. Combien de séances qui se déroulent à propos de l'eau contaminée? Qui est responsable? J’appelle ça, pour rire, un monstre à plusieurs têtes.

Sunny : L'accident n'a pas eu lieu dans les sessions, mais à Fukushima!

Happy : J’ai commencé à bavarder sur twitter afin que les gens soient informés de ce qui se passe à la centrale. L'accident de Fukushima n'est pas terminé. Par conséquent, le gouvernement n'aurait pas dû parler de remise en route de réacteurs.
Sunny : J'ai commencé à travailler ici après l'accident pour sauver mon lieu de vie, Fukushima. Ici aussi c'est toujours le chaos. Dans cette situation, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement veut exporter des réacteurs nucléaires à l'étranger.

Happy et Sunny : A la télévision apparaissent rarement des nouvelles de Fukushima, et nous sommes souvent anxieux, parce que les gens ont déjà oublié l'accident. Souvenez-vous qu'il y a des travailleurs qui s’emploient de tout leur cœur à éviter un autre accident, une autre erreur.

_____________

 

[NDE]

(1) En fait, le système ALPS ne traite qu’une soixantaine de radionucléides sur une centaine. Pour en savoir plus, se reporter à cet article : http://gen4.fr/post/2013/03/fukushima-alps-62-sur-100.html?2013/03/fukushima-alps-62-sur-100.html

 

(2) Cette info, traduction fidèle du journal, est surprenante.

 

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Publié par Ginette Martin - dans Textes de HORI Yasuo
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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 08:00
Le deuxième événement

Après Les Maîtres ne vinrent plus, Ludovic Klein propose ici une courte nouvelle fantastique, onirique, et effrayante, sur ce qui continue à vivre en secret après la catastrophe.

Nouvelle également parue en juin 2013 dans l'anthologie de nouvelles Sales bêtes, aux Editions des Artistes Fous.

Illustration par Cham

Le deuxième événement

 

Ludovic Klein

 

 

Tu étais en train de vaquer à tes occupations familières, quand le premier événement eut lieu.

 

Un matin ensoleillé, caresse de chaleur sur le pelage. Nonchalance du pas dans les rues odorantes. Le monde est senteur, et toi, Shiro, le petit chat blanc, tu vis par cela. Toujours le vent change, et toujours de nouvelles sensations viennent te chatouiller le museau. Toutes directions possibles. Queue balancier, yeux mobiles ; toucher l’inconnu du nez, de la patte. Fuir, mordre si nécessaire. Nourriture, partenaire sexuel, combat, jeux et repos. La suite le jour d’après.

Mais il y a cette lueur qui envahit le ciel. Et cette chaleur insupportable qui balaie les rues, racornit les maisons, pétrifie les gens ; l’asphalte devient brûlant. Il y a quelque chose qui explose devant toi, une grande explosion lente et assourdissante, qui a pris la place des nuages, du soleil. Tout tremble. Et en cet instant, sans que tu comprennes, la langue de flammes est sur toi.

 

Tu brûles, tu es emporté dans ce feu primordial, celui issu de la désagrégation des atomes, matière, force pure. Ton poil se racornit, tu es changé en un instant en petite boule qui se consume, se consume. Tu t’effondres en cendres, comme les autres. Mais le souffle a été le plus fort : derrière toi, sur le mur, il y a une silhouette, ton ombre, soigneusement décalquée. La queue dressée, la gueule ouverte en signe d’hostilité. Tout a été reporté sur le mur. Le brasier t’a tiré le portrait, grand flash, vacillement de l’univers, transgression.

 

La ville est détruite.

 

Mais les électrons vibrent encore. La silhouette noircie se détache, tombe à terre. Un rayon de soleil la disperse, comme du vent sur un pissenlit.

La ville reste dans le noir. Obscurité qui dure, grande plaine vide, émaciée, sous la nuit ; les cris des survivants. « À boire, à boire ». Les visages ont fondu. Les corps sont couverts de plaques noires, impossibles à gratter même au couteau. La cité a été aplatie, réduite à l’état de crêpe ; sur le fleuve flottent des cadavres. On erre, vidé, récuré à la soude, les pas comme des aiguilles. Douleur égale au ciel, écrasement.

 

Petit à petit... Combien de temps ça prend ? Des mois, des années. La ville se reconstruit. On a enterré, on a pleuré, on a été endeuillé. Mais il y a d’autres nécessités sur cette terre triste. Survivre, se remettre debout, réapprendre. Ne pas lâcher. Et puis la lumière revient : la nuit se peuple. Les échoppes de nouilles sont les premières. Petits groupes électrogènes. Le soir, le cuisinier voit dans la lueur de sa lampe à arc affluer tous les chats du quartier. Parmi eux, un fauve comme il n’en a jamais vu : une pelure vibrante, en mouvement, chaque poil indépendant, comme mû par l’électricité statique. Il semble continuer de brûler intérieurement. Il a la même expression crispée. Il ne mange pas les restes donnés généreusement par le cuistot fourbu.

Puis l’éclairage revient. On souffle : on n’est plus tout seuls sous la voûte des étoiles. La grande ville se repeuple, allons, ce n’était qu’une épreuve, on se serre les coudes, et on travaille à reconstruire. Les voitures, les trams, les néons, ça recommence à grésiller. Avec acharnement, pied de nez, on peut le faire.

Mais dans les recoins mal éclairés, il y a ce contour de chat qui s’épaissit de nuit en nuit. Certains l’ont déjà vu : un chat, un chat, ici, vous n’avez pas vu ? On s’interroge, il a été aperçu, juste un frisson, fatigue peut-être ?

Mais ce n’est pas comme au début, il ne se laisse pas approcher. Il s’est fait timide.

Et pourtant, il revient sans cesse se dorer à la lumière des lampadaires. Présence discrète et toutefois indispensable. Ouvrant leur porte, les habitants lui laissent une tranche de lard, un reste de poisson. Mais il n’y touche pas. Il se contente de sauter de mur en mur, il les traverse, drôle de petit être en fil de fer bariolé, néon tordu, passager de la brique, du papier, du bois, du béton : toutes les surfaces sont poreuses pour ce félin désincarné. Il devient légende, plaisante légende, lorsque les marchands matérialistes de toutes sortes ont envahi l’espace.

Ça s’agrandit. Des résidences succèdent aux résidences. Comme les séismes sont nombreux, on construit ; puis on rase, et on reconstruit. Papier mâché contre le remous de la terre. Mais ça brille de plus en plus : enseignes, pancartes, avertissements, achetez, STOP, feux, traversez, cigarettes, MANGEZ, distorsion, festival de couleurs, le chat se régale, les orchidées de lumière trouent la nuit, répliques modestes et maîtrisées de la fleur atomique qui a tout ravagé, il y a de cela des années. Mais le spectre reconnaît, de manière confuse et sensible, la même vibration, la même force dans les lumières de la ville. La déperdition permanente d’atomes comme foudre et sang urbain, irriguant de ses veines toute l’activité humaine.

Le temps a passé. Le chat devient de plus en plus brillant : il s’est nourri des paillettes, des halos, des fanaux. Quand la nuit tombe, du corps bulbeux et inerte des lampadaires, sortent des chrysalides de lumière, et le chat insaisissable vient s’y attarder, s’y réchauffer. Il est diffusé dans toute la ville maintenant, on jurerait l’avoir vu partout, il est devenu un organe, ou alors la partie pour le tout, une énigme, tapie dans les ténèbres, devenant un continent de fibres la nuit. Ça palpite, ça danse, dans son cœur immatériel.

 

Et puis, un beau jour, tant d’années plus tard, la terre tremble, une usine explose au nord, tout le courant est coupé. D’un seul coup, la ville se retrouve dans l’obscurité la plus complète. Les plus vieux des enfants de vieux se souviennent de quelque chose : il y eut un instant tel, dans l’histoire de la cité. Mais tout le monde a déjà oublié la grande plaine réduite à néant par le feu nucléaire, les anatomies constellées de chéloïdes, l’énorme brûlure, déferlante de suie et d’horreur qui avait avalé la ville d’un seul coup, il y a de cela des décennies, presque un siècle, on plisse les yeux en tâchant de se rappeler.

 

Mais ce que l’on voit, c’est au milieu de la ville, comme une bouche de flammes en mouvement, un chat, gigantesque, chaque poil est une mèche de canon, son cœur est un creuset de combustion, ses yeux sont les opales de la nuit, il respire, et à chaque inspiration, le temps semble défaillir. Il a grandi, il a aspiré toute la chaleur électrique. Car lui n’a pas oublié ; et vous, vous vous retrouvez coi, devant l’effondrement programmé, ô combien programmé, la date butoir contre laquelle est venue comme prévu se briser la vague de tous vos efforts et plaisirs :


Et ouvrant une gueule de lave comme un four, d’un coup de mâchoire, il les engloutit tous.  

 

 

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Publié par Ludovic Klein - dans Fictions sur Fukushima
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