9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:50

« Le dernier homme de Fukushima », comme l’a dénommé Antonio Pagnotta, viendra en France en mars 2014, et plus particulièrement à Fessenheim lors des manifestations qui se tiendront sur le Rhin pour le troisième anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima.

 

Ardent défenseur de la vie, Naoto Matsumura a choisi de rester en territoire contaminé pour ne pas abandonner les animaux laissés à eux-mêmes après l’évacuation de leurs maîtres. Aujourd’hui, il souhaite témoigner de l’horreur nucléaire directement aux Français et aux Européens, afin qu’ils saisissent réellement ce que veulent dire des mots comme « territoire contaminé », « exode », « abandon », « séparation », « désert », « désolation », « maladie », « mort », mais aussi « combat », « solidarité », « espoir ».

 

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Naoto Matsumura face à la centrale de Fukushima Daiichi (© Koji Harada, agence Kyodo)

Si vous aussi, vous pensez que ce témoignage est important à faire passer dans le pays le plus nucléarisé du monde par habitant, alors je vous encourage à soutenir ce projet. Il ne se réalisera que si les organisateurs réussissent à collecter la somme de 5000 euros.

 

 

Participez à cet évènement européen en faisant un don !

 

 

Un site entièrement dédié au voyage de Naoto Matsumura en Europe a été créé. Voici ses principales entrées, n’hésitez pas à les consulter :

 

   - Qui organise ?

 

   - Pourquoi soutenir le voyage de Naoto Matsumura en France ?

 

   - Quel sera le périple de Naoto ?

 

   - Quelles sont les missions de Naoto ?

 

   - Pourquoi une collecte ?

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

Naoto Matsumura en juin 2013 (© Antonio Pagnotta)

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 17:05

Cet article est une tribune de Thierry Ribault, économiste au CNRS, avec la collaboration de Cécile Asanuma Brice, chercheur associée à la Maison franco-japonaise de Tokyo, paru sur le site de Rue89 le 7 novembre 2013.

_________________

 

 

Les administrateurs du désastre de Fukushima – Etat, réseaux interlopes, scientifiques, experts, contre-experts, mouvements citoyens et organisations non gouvernementales – sont devenus les cogestionnaires de dégâts en chaîne, chacun œuvrant au nom d’un intérêt supérieur hautement revendiqué : protéger.

 

Que s’agissait-il de protéger cependant lorsque, en mai 2013, les décideurs ont achevé la réouverture des zones interdites ? Que protège-t-on en incitant les populations à revenir vivre sur des terres contaminées où le seuil d’inacceptabilité, fixé à 20 milliesieverts par an, est quatre fois supérieur à celui fixé à Tchernobyl – sans compter les « points-chauds » à plus de 50 millisieverts – et vingt fois plus élevé que le seuil internationalement recommandé ?

 

Que protège-t-on en appelant à retrouver une « vie normale » à proximité d’un complexe nucléaire hautement dangereux : inondations, fuites d’eau contaminée, démarrage imminent d’opérations d’extraction des 400 tonnes de combustibles de la piscine du réacteur n°4, dont les produits de fission représentent 14 000 fois ceux de la bombe de Hiroshima ?

 

Quelle est donc la nature de cette « protection » ici mise en œuvre par l’ensemble de la société ?

 

Quelles relations incestueuses la lient pour longtemps à la soumission ?

 

 

Associations de victimes déboutées

 

Soulignant les nuisances et les limites des sociétés industrielles à l’aube du XXIe siècle, ce désastre a démontré, si besoin était encore, à quel point l’Etat, qui ne peut plus gérer les accidents de son développement, délègue à d’autres le soin de le faire. A l’intérieur de ce cadre établi et à leur corps défendant, de multiples « mouvements citoyens » ont dû faire le constat de leur impuissance.

 

Les « All Stars Demo », avec à leur tête le haut du panier de la contestation anti-nucléaire nobélisée, usent plus les semelles de la piétaille manifestante que les nerfs du gouvernement. Les associations de victimes, qui mènent Tepco et l’Etat devant les tribunaux, viennent d’être déboutées. Les agriculteurs avouent ne pas consommer les aliments irradiés qu’ils mettent cependant sur le marché.

 

Quant aux populations restées sur place, tétanisées par la propagande qui les condamne, incapables de décider de sauver leur vie, elles attendent une mort déclarée statistiquement probable, mais non certaine, et se font les cobayes d’une « science » eugéniste et radio-négationniste, puisque niant les effets de la radioactivité, pourtant, préalablement et scientifiquement, établies.

 

 

Les populations fuient hors de la réalité

 

Les populations, ainsi sommées de considérer la contamination radioactive telle une « mauvaise rumeur », tombent dans l’apathie, le découragement et fuient hors de la réalité. Pendant ce temps-là, ladite rumeur embauche 20.000 personnes pour la seule décontamination extérieure à la centrale, et, contrairement à ce qu’annoncent les pouvoirs publics, serait, dans ce même but, dans l’obligation de dépenser 210 milliards d’euros.

 

Pendant ce temps-là, le 7 septembre 2013, à Buenos Aires, lors de son discours devant le Comité olympique international, le Premier ministre Shinzo Abe « donne la garantie absolue que les questions sanitaires ne constituent pas un problème jusqu’à présent, et qu’elles n’en constitueront pas plus à l’avenir. »

 

Représenter la réalité tel un enfer n’est pas suspect ; exhorter systématiquement à la fuir l’est. Voilà pourtant le premier fondement de la protection à l’œuvre, à Fukushima, aujourd’hui.

 

 

Une science d’ascenseur

 

Le second fondement a consisté en la mise en place insidieuse d’une science d’ascenseur qui s’est construite précisément par renvois entre ses protagonistes avec, pour principale visée, l’accès optimisé à de non moins ascendantes carrières. C’est à la science ce que la « musak » est à la musique : un ersatz apparemment insignifiant, aux finalités répressives.

 

Ainsi Shinobu Goto, spécialiste des sciences de l’environnement à l’université de Fukushima, dénonce-t-il la partition entre d’un côté, des citoyens, qui ne seraient qu’irrationnels et émotifs, et de l’autre, des experts scientifiques dont le jugement serait le plus pertinent dans une situation comme celle de Fukushima.

 

De fait, on a vu, à travers l’exemple du désormais trop fameux professeur Shunichi Yamashita, médecin promptement nommé dès avril 2011 à la tête de l’enquête sanitaire menée par l’université de médecine de Fukushima et défenseur zélé de l’innocuité des radiations en deçà de 100 millisieverts par an, combien certains experts scientifiques savent établir des zones d’ignorance là où des certitudes avaient enfin fini par apparaître.

 

 

Des scientifiques transformés en experts

 

Les dix-neuf cas de cancer de la thyroïde jusqu’à présent officiellement détectés et opérés, parmi les enfants de Fukushima et les 25 autres cas en attente d’une intervention chirurgicale, sont ainsi considérés, par ces fossoyeurs de vérité, comme s’étant trop rapidement déclarés pour que l’on puisse considérer qu’ils aient un lien quelconque avec l’accident nucléaire.

 

Pour le radiobiologiste Keith Baverstock, ancien responsable du programme de protection contre les radiations au bureau européen de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), une telle imposture renvoie précisément à la transformation de nombre de scientifiques en « experts » qui, sous couvert de s’inscrire dans le consensus établi par leur « communauté », évitent de véritables confrontations scientifiques avec leurs « pairs ».

 

Obligeant chacun à ralentir le pas pour paître en toute quiétude dans les prairies des dangers avérés, et gommant les désagréables rumeurs que font circuler quelques émotifs inquiets, parce que mal informés, on a laissé épandre une science de l’oubli dont l’objectif, tel un pesticide sélectif destiné à anéantir le souvenir, est de produire les conditions psychologiques censées améliorer le bien-être et la protection de tous, menant ainsi à un niveau jamais égalé la soumission volontaire.

 

 

Les chœurs de l’internationale nucléariste

 

A qui, à quoi s’agit-il exactement de se soumettre ?

 

Visant à réduire à néant une loi humaine qui veut que, paradoxalement, les contextes d’insécurité seuls permettent aux populations de penser, de décider et d’agir avec une relative liberté d’esprit, les autorités japonaises, encouragées en cela par les chœurs de l’internationale nucléariste, ont établi en pierre de touche la sécurité, quitte à lui faire prendre, dans le contexte de mise en auto-expérimentation qui caractérise désormais la situation à Fukushima, des allures d’inhumanité.

 

Juan Carlos Lentijo, directeur à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) de la division Cycle du combustible et technologie des déchets – donc manifestement rompu aux questions de l’humain et de sa destinée dans la société nucléaire – rendait récemment les conclusions de sa mission, « encourageant les institutions japonaises à accroître leurs efforts de communication relative à l’acceptabilité d’une dose allant de 1 à 20 millisieverts par an, dose qui est en conformité avec les normes internationales ».

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Un ouvrier nucléaire sur le site de Fukushima Daiichi, le 12 juin 2013 (Toshifumi Kitamura/AP/SIPA)

Trois jours plus tard, Olivier Isnard, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), entonnait la même berceuse :

« Dans cette étape intermédiaire, et selon les recommandations internationales en vigueur, on peut revivre dans la zone contaminée à condition que le niveau d’exposition externe et de contamination interne combinés n’excède par 20 millisieverts par an. »

 

Le perroquet équilibriste de l’IRSN, toutefois, nous alerte :

« Près des maisons, les niveaux sont peut-être par endroits redevenus tolérables, mais inutile de songer à aller dans les bois cueillir des champignons alentour et les manger, car ce sont des éponges à radioactivité. »

 

Autant dire – quand on sait que la périphérie de la zone de décontamination (cette dernière n’étant jamais définitive) n’excède pas les 20 mètres pour les habitations situées en bordure de forêt – que cette survie en zone contaminée, qui nous est, dans un premier temps, présentée comme « transitoirement » vivable, est dans les faits, à court comme à long terme, invivable, bien que recommandée par ceux qui prennent soin de laisser aux autres le risque de l’expérimenter.

 

(…)

 

Lire la suite de l’article

 

 

____________________________

 

En savoir plus

 

Deux journées de rencontres ont eu lieu les 15 et 16 octobre 2013 à la Maison Franco Japonaise de Tôkyô :

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission scientifique

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39863390

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39866159

 

Protéger et soumettre à Fukushima : soumission citoyenne

Part 1: http://www.ustream.tv/recorded/39890131

Part 2: http://www.ustream.tv/recorded/39892824

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:05

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 29 octobre 2013.

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Carte de la région de Fukushima en espéranto

Le 29 octobre 2013

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit de l'espéranto au français par Ginette Martin.

 

Les 26 et 27 octobre a eu lieu le 54ème Congrès de Tōhoku dans la ville de Yamagata. Tōhoku est la partie septentrionale du Japon, où se trouvent les préfectures sinistrées de Iwate, Miyagi et Fukushima. Pour me rendre dans cette ville, je dois traverser la ville de Fukushima, donc, profitant de cette occasion, j'ai visité la ville côtière de Minami-Sōma les 28 et 29 octobre.

 

J'ai déjà visité deux fois cette ville. Au cours du congrès, un participant m'a demandé pourquoi je visitais si souvent les mêmes villes. Je lui ai répondu que je voulais voir ne serait-ce qu'un petit début de rétablissement des habitants et des villes, mais en réalité, ces villes m'appellent. Chacune d’elles a été marquée par les sinistres d’une manière particulière, ce que je veux voir de mes propres yeux, et dont je veux rendre compte. Je sens que j'ai le devoir de le faire et, si ce n'est exagéré de ma part de dire cela, comme un témoin de l'histoire.

 

La ville de Minami-Sōma se trouve dans le rayon de 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire n°1 de la préfecture de Fukushima. La moitié de la ville est dans la zone de 20 kilomètres, et personne ne peut y loger. Tous les habitants sont exposés aux radiations et certains endurent encore les suites du tsunami. La totalité des agriculteurs pâtit du fait que les produits agricoles de la région ont maintenant mauvaise réputation. Dans cette ville, les habitants souffrent deux fois, trois fois, quatre fois plus que ceux des autres préfectures. J'ai voulu voir cette réalité et en témoigner.

 

Le 28 octobre, à 6h 35, je suis allé en bus depuis la gare de Fukushima jusqu'à la ville de Minami-Sōma. Auparavant, nous pouvions utiliser un train qui longeait la côte à partir de Tokyo, mais maintenant cette ligne a été fermée à cause de l'accident nucléaire, de sorte que le bus est le seul moyen de transport public de la ville.

 

Il y a seulement quatre bus par jour, donc j'ai pris le plus matinal. Le bus a traversé le village de Iitate, qui est très contaminé par les substances nucléaires apportées par le vent et venues de la centrale nucléaire n°1. A présent, dans cette ville, il n'y a plus aucun habitant, donc toutes les maisons sont fermées, et les champs, qui devraient avoir leur parure de plants de riz dorés, sont couverts de mauvaises herbes. Ce paysage me cause un grand désespoir, car le riz est en soi une partie intégrante de la vie japonaise. 

Le bus, sans faire aucune halte dans ce village, roulait à une vitesse folle, et il est arrivé à la ville de Minami-Sōma à 8h 20. Pour ce voyage, j'avais emporté un vélo pliant, afin de pouvoir moi-même visiter librement la ville. J'avais prévu de visiter certains endroits, mais, manquant d’informations, j'ai commencé par la mairie.

 

Le cimetière

 

Je suis parti à 9 h 30. Je roulais à vélo le long de la côte, ravagée par l'énorme tsunami, qui avait détruit de nombreuses maisons, et noyé beaucoup d'habitants. J'ai visité le cimetière dans le quartier de Shimoshibusa. J’en avais vu beaucoup dans les villes sinistrées, mais   celui-ci est le plus horriblement endommagé. D'après la photo affichée à côté, il était auparavant entouré d'arbres et vert comme un jardin, mais à présent il ressemble à un désert. Beaucoup de pierres tombales ont disparu, si bien que, sur de nombreuses tombes, les cavités dans lesquelles on met les cendres étaient à nu. A certains endroits, il y avait un panneau avec l'inscription « Rendu », ce qui signifie sans doute que le propriétaire de la tombe a renoncé à restaurer la tombe familiale et a rendu sa concession de sépulture.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

La petite ville de Odaka

 

J'ai visité la petite ville de Odaka, un district de la ville de Minami-Sōma. Dans les rues, je n'ai presque jamais vu d’habitants. Depuis avril dernier, on a le droit de la visiter pendant la journée, mais on ne peut pas y passer la nuit, parce qu'elle se trouve dans le rayon de 20 kilomètres et qu'elle est contaminée par la radioactivité. Cependant, certains habitants sont bien décidés à la restaurer, alors, les 26 et 27 octobre, ils ont organisé une "Fête pour la restauration de la ville de Odaka". À en croire la personne qui était de garde dans le hall municipal en service, de nombreux anciens habitants étaient venus à la fête. Juste à côté, dans le petit parking, on voyait des bancs en bois, sur lesquels les élèves avaient écrit, par exemple:

- Chaque jour je dois avancer, étape par étape.   

- Nous devons surmonter l'accident nucléaire.   

- Passons joyeusement nos journées avec le sourire.   

- Vivons avec des objectifs.

Pour prendre part à cette fête, ils étaient venus des villes voisines ou de plus loin, ou même d'autres préfectures. Ils se souviennent encore de la ville de Odaka qui était leur foyer, mais combien de temps garderont-ils ce sentiment, s’ils doivent résider ailleurs plus longtemps qu’ils n’ont vécu à Odaka?

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

J'ai visité l'école élémentaire de Odaka. J'ai regardé dans la salle des  "première année". Il y avait 20 tables, et sur six d’entre elles étaient restés des sacs contenant instruments de musique, peintures, crayons de couleur, stylos, etc., bref tout ce qui appartenait aux élèves réfugiés. En août dernier, quand on a pu pénétrer à nouveau dans la ville, les enseignants aussi sont revenus et ont remis en ordre les salles de classe. Puis les élèves sont venus pour recevoir les objets qu'ils avaient laissés, mais certains ont déménagé au loin. Ces six tables avec le sac signifient que les élèves qui  y étaient assis ne sont, jusqu’à présent, pas revenus.

 

 Sur le tableau noir figurait un message de l'institutrice :   

« Bon retour!   

Et bon voyage jusqu’à vos nouveaux lieux de vie !

Où que vous soyez,   

Je vous souhaite beaucoup de bonheurs et de joies ! »

Beaucoup d'élèves n'auront pas l'occasion de revoir leurs camarades au cours de leur vie. Comment vivent-ils à présent dans des lieux et parmi des gens qui leur sont étrangers ? Sur le stade, s’amassaient des montagnes de sacs contenant des gravats en provenance des maisons détruites. Solitaires et rouillés, les portiques de gymnastique se dressaient dans le stade. Des vases à fleurs avec des plantes fanées étaient tombés au sol. Tout était calme et on n'entendait nulle part des voix joyeuses d’élèves. Voilà ce qu'est une école affectée par la radioactivité.

 

Cénotaphes

 

En bord de mer, dans la ville de Odaka, il reste encore des maisons en ruine, parce que, pendant l’année qui a suivi la catastrophe, les occupants n’ont pas pu y retourner, ou bien parce que tous les membres de la famille  étaient morts. J'ai vu à plusieurs reprises ces maisons misérables, mais je ne me suis toujours pas habitué à ce spectacle et j’en suis toujours choqué. A l'intérieur sont disséminés divers objets, et en les voyant je pouvais imaginer quel avait été le genre de vie des habitants. Je me suis souvent demandé comment ils allaient à présent, mais jamais aucune réponse ne m'est venue.

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

À divers endroits déjà, on a érigé des cénotaphes. Pendant mon circuit à vélo, j’en ai découvert quatre.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°1 comporte cinq esquisses de corps pourvus d’une tête, qui font penser aux traditionnelles poupées en bois kokeshi, mais sans les noms des morts. Certainement ces cinq éléments représentent les membres d’une même famille, peut-être décédés.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Le cénotaphe n°2 porte les noms de sept personnes âgées.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

Sur le cénotaphe n°3 sont inscrits 47 noms de victimes et 7 noms de personnes mortes pendant l'exode.

 

Un voyage à la ville de Minami-Sōma

A côté du cénotaphe n°2,  il y en a un autre, oblong, avec 271 noms. Il ne s’agit pas de morts.  Une inscription indique : « Les habitants du district d'Obama ont dû quitter la ville en raison des dommages causés par le tsunami, de l'accident nucléaire et de l'exode qui a suivi. Afin de rappeler le nom de tous ceux qui ont vécu dans le quartier avant la catastrophe, nous avons construit ce cénotaphe. » Selon le journal, seulement 30% des anciens habitants de ce quartier veulent revenir. Beaucoup sont morts, beaucoup ne reviendront pas, de sorte que le village va presque disparaître. Voilà la réalité d'un village sinistré.

 

Il était temps pour moi de reprendre le bus à la station de Minami-Sōma. Pour terminer, j'ai rendu visite à la pâtisserie de Shoogetu-doo, que je connaissais déjà, et j'y ai acheté dix gâteaux pour encourager le pâtissier, et pour les savourer, une fois rentré à la maison, tout en évoquant le souvenir de la ville.

 

HORI Yasuo

traduit par Ginette MARTIN

Révision du texte par Paul Signoret

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 11:08
Europe : radioactifs aujourd’hui ET radioactifs demain

En 2011, Toshiso Kosako, conseiller du Premier ministre en affaires nucléaires, avait démissionné suite à la décision du gouvernement japonais de relever les taux d’exposition limite à 20 mSv/an. En Europe, qui pleurera et qui démissionnera dans les jours qui viennent ?

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(source illustration)

La catastrophe de Fukushima n’aura rien changé dans les esprits des décideurs. Au contraire, sous la pression du très puissant lobby nucléaire, elle aura engendré le renforcement des thèses négationnistes concernant les effets des faibles de doses des rayons ionisants.

 

Radioactifs aujourd’hui

Actuellement, l’Europe autorise la commercialisation des produits contaminés au césium jusqu’à 600 Bq/kg (contre actuellement 100 Bq/kg au Japon)

 

Radioactifs demain

Le 24 octobre 2013, l’Europe à son tour admet une exposition accidentelle entre 20 et 100 mSv/an et elle autorise la population à vivre en territoire contaminé jusqu’à 20 mSv/an.

 

L’AIEA toute puissante avait préparé le terrain deux jours plus tôt en autorisant officiellement la vie en zone contaminé à 20 mSv/an au Japon.

 

 

Sources : Radioprotection : Le lobby du nucléaire prépare l’acceptabilité d’un Fukushima européen avec la complaisance du Parlement européen (Michèle Rivasi)

Notes de Georges Magnier : Vivre après Fukushima

 

 

 

En savoir plus :

 

Textes adoptés à Strasbourg le 24 octobre 2013

 

Les normes relatives à la contamination radioactive des denrées alimentaires en Europe et au Japon : un nombre calculé de morts par irradiation

 

Fukushima : le scandale étouffé du contrôle européen des aliments

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 16:09
Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Hisako Sakiyama est directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon. Elle s’exprime ici avec l’expérience de la grande enquête qu’elle a menée en 2011 avec ses collègues au sein de la Commission d'Enquête Indépendante sur l'Accident Nucléaire de Fukushima (NAIIC). Le danger des faibles doses, prouvé depuis longtemps, est régulièrement remis en cause par le village nucléaire, c’est pourquoi cette intervention de qualité se doit d’être largement diffusée, la désinformation battant son comble en ce domaine.

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[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

___________________________

 

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon : ce qui est devenu plus clair avec l’enquête de la Diète sur Fukushima
 


par Hisako Sakiyama

directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques

 

 

Bonjour.

 

Je voudrais d'abord remercier le Dr Caldicott pour m'avoir invitée à cet important Symposium. Je suis honorée d'avoir l'opportunité de parler de l'évaluation du risque des faibles doses de radiations au Japon.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Qu'est-ce qui est devenu clair avec l'enquête de la Diète sur Fukushima ?

La vie de tous les jours au Japon ne pourra jamais retourner à ce qu'elle était avant l'accident de Fukushima. Avec plus de 900 Pétabecquerels [=9x10¹⁷ Bq] de matières radioactives libérées, environ 10% du Japon a été contaminé et plus de 150.000 personnes ont été évacuées des régions contaminées. Nous devons nous soucier de la contamination des légumes, du poisson et même de l'eau de boisson.

 

 

 

Toute personne vivant à l'intérieur de la zone bleu-ciel de cette diapo va recevoir plus de 1 millisievert par an, ce qui est la dose limite de la CIPR [Commission Internationale de Protection Radiologique] pour le grand public. A l'intérieur de la zone rouge, le plus faible niveau de contamination est plus de deux fois plus élevé que celui de la zone d'exclusion de Tchernobyl.

 

 

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Une des raisons pour lesquelles le rapport  d'enquête du Parlement National a conclu que l'accident n'est pas terminé, est que 676 tonnes de combustible usé subsistent dans les enceintes des réacteurs et les piscines de refroidissement des unités 1 à 4. Ces enceintes sont toutes endommagées et continuent de relâcher des substances radioactives dans l'environnement. Notre souci le plus pressant est la piscine de refroidissement de l'unité 4, endommagée par une explosion d'hydrogène. Elle contient plus de 200 tonnes de combustible usé. Si cette piscine s'écroulait suite à une réplique sismique, le résultat serait catastrophique pour le Japon et le monde.

 

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Sur cette diapo, les cercles rouges indiquent les tremblements de terre de magnitude supérieure à 7. Les cercles noirs indiquent les centrales nucléaires. Comme vous pouvez le voir, le Japon est une terre de séismes avec 54 réacteurs nucléaires et plus de 20.000 tonnes de combustible usagé. Jusqu'au désastre de Fukushima, la majorité du peuple japonais ne reconnaissait pas les dangers de cette situation. Une des raisons de cela est que le gouvernement et les compagnies d'électricité, non seulement à travers l'utilisation des mass médias,   mais aussi par le système éducatif scolaire, avaient créé un mythe du nucléaire sûr.

 

Ensuite, le Ministère de l'Education,  de la Culture, des Sports, de la Science et Technologie (MEXT) ainsi que les compagnies d'énergie électrique, y ont joué un rôle majeur. Ils se sont rendu compte que si les gens avaient peur même d'une faible quantité de radiations cela serait difficile pour eux de promouvoir une politique d' expansion de l'énergie nucléaire.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Avant l'accident de Fukushima, ils ont distribué des  livres de textes dans les lycées professant que les centrales nucléaires étaient sûres. Ils déclaraient que comme les centrales électriques étaient construites sur un socle rocheux dur, elles pourraient résister aux tremblements de terre. Ils déclaraient aussi que les centrales étaient conçues pour supporter les tsunami, et cetera. Après l'accident cependant ils durent admettre que les centrales n'étaient pas sûres, et ils ont repris les livres de textes.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Neuf mois après l'accident, le MEXT a distribué une nouvelle série de livres de textes sur le thème de la radioactivité, pour les écoliers du primaire ainsi que ceux des écoles secondaires premier et deuxième cycle. Ils prétendent aussi que le but des articles de ces livres est de fournir aux étudiants une connaissance basique de la radioactivité, ils ne mentionnent le tremblement de terre et la libération de matériaux radioactifs que dans l'introduction.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Ils ne fournissent aucune information sur les taux de radioactivité relâchée, ni de cartes des régions contaminées. Dans le guide pour les professeurs ils ont recommandé que les enseignants fassent comprendre aux élèves qu'il n'existe aucune preuve évidente que des niveaux de radioactivité inférieurs à 100 millisieverts entraînent des maladies.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Il a déjà été établi que des cassures complètes de la double hélice de l'ADN induisent des cancers.

Des cassures complexes double brin de l'ADN se traduisent des réparations sujettes à erreurs, qui causent des mutations et une instabilité génomique, qui provoquent une accumulation de mutations et, en dernier lieu, un cancer. Même un seul rayon de radioactivité peut provoquer une cassure double brin et est donc théoriquement capable de provoquer un cancer.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Ceci est dû au fait que l'énergie de la radioactivité est bien plus forte que celle d'une liaison chimique de l'ADN. Par exemple l'énergie d'un rayon X lors d'une radiographie est 15 000 à 20 000 fois plus grande que celle des liaisons chimiques, donc la radioactivité peut aisément provoquer des cassures complexes double brin et entraîner mutations et instabilité génomique.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Expérimentalement, on a montré que des niveaux aussi bas que 1,3 milligray peuvent produire des cassures double brin. Et le nombre de cassures augmente linéairement avec la dose. Nous avons ainsi une preuve expérimentale que même une petite quantité de radioactivité a le pouvoir d'induire un cancer.

 

Quelles sont alors les doses les plus basses, pour lesquelles de bonne preuves épidémiologiques montrent une augmentation du risque cancérigène ?

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Une des études expérimentales les plus fiables est celle de la durée de vie des survivants de la bombe atomique. Dans cette étude, la dose moyenne de radiations [reçues] est de 200 millisieverts, avec plus de 50% [des gens] ayant reçu une dose inférieure à 50 millisieverts.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

Comme vous pouvez le voir sur cette diapo, il n'y a aucun seuil en dessous duquel aucun risque n'a été trouvé. Un  modèle linéaire sans seuil fournit la meilleure adéquation avec les  données actuelles sur les cancers.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

À côté des données des survivants de la bombe atomique, il y a beaucoup d'études montrant les risques des faibles doses de la radioactivité. Il y a des études sur des travailleurs exposés aux radiations des installations nucléaires, sur les gens vivant près de la rivière Techa en Russie et les enfants qui ont développé une leucémie à proximité des centrales nucléaires et autres zones à haut niveau de fond. Dans toutes ces études, le risque par dose de radioactivité est plus élevé que pour les survivants de la bombe  atomique.

Hisako Sakiyama - Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon

La radioactivité induit aussi des maladies non cancéreuses. La relation dose-résultat  entre maladie non cancereuse et radiations a été signalée pour des survivants de la bombe atomique. Le Dr Yablokov et ses collègues nous ont fourni la preuve indéniable démontrant la relation entre les maladies non cancéreuses et la radioactivité. Je suis sûre que Dr Yablokov parlera de cette question.

Sur la base d'études expérimentales et épidémiologiques, le concept qu'il n'y a pas de dose sûre de radiations a été accepté. La dose limite du gouvernement de 20 millisieverts pour les résidents de Fukushima sacrifie la santé de la population, particulièrement la santé des enfants. Pourquoi le gouvernement japonais et les spécialistes des radiations disent-ils que les risques des faibles doses de radioactivité sont inconnus ou qu'elles ne présentent aucun danger ?

 

Les investigations de la Diète ont découvert une raison de la sous-estimation des effets des faibles doses de radiations. Une analyse des rapports de TEPCO et de la FEPC (Fédération des Compagnies d'énergie Electrique) révèle que le risque le plus élevé pour TEPCO était la fermeture à long terme des réacteurs nucléaires. TEPCO s'est aussi rendu compte que les catastrophes  naturelles entraîneraient des règlementations plus strictes qui mènerait finalement à la fermetures des centrales pour longtemps. Ils ont pris le chemin le plus facile pour éviter ce risque. Ils ont fait pression sur le Comité de Sécurité Nucléaire (NSC), l'Agence de Sécurité Nucléaire et Industrielle (NISA) et MEXT pour assouplir les normes réglementaires. Et leurs efforts ont abouti, car les autorités de réglementation sont devenues captives de TEPCO et de la FEPC.

 

La FEPC a aussi fait pression avec succès sur les spécialistes de la radioactivité, y compris les membres de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) et du NSC pour qu'il assouplissent les normes de radioprotection. Dans un de leurs documents, ils ont noté que toutes les exigences de leurs  pressions ont été répercutées dans des recommandations de la CIPR de 2007. Un des moyens pour la FEPC de parvenir à cela a été de couvrir les frais de déplacement des membres de la CIPR assistant aux conférences internationales. Malgré ce fait, les membres japonais de la CIPR soutiennent que la CIPR est neutre et ne  représente pas  les intérêts des industries électriques.

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La FEPC essaye de contrôler les recherches sur la radioactivité pour son seul bénéfice. Par exemple, l'ex vice-président de TEPCO, M. Muto, a dit "... Nous devrions surveiller la direction des recherches de sorte qu'elles n'aillent pas dans une mauvaise direction ou ne soient pas menées par de mauvais chercheurs "

 

Si la FEPC a seulement voulu que des recherches soient menées, c'est que cela assouplirait les normes de protection.

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Il est prouvé que les faibles doses d'irradiation comportent des risques. La raison pour laquelle ce risque est supposé être inconnu est que le gouvernement et les compagnies électriques veulent maintenir leur politique électronucléaire.

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J'aimerais ensuite  parler de pourquoi la plupart des résidents n'ont pas pris d'iode stable.

 

Il y a deux moyens pour les maires locaux de recevoir un avis sur le moment où ils devraient recommander aux résidents de prendre l'iode stable :

1) directement de NSC;

2) du gouvernement de la  préfecture de Fukushima.

 

Après l'accident, le NSC a envoyé un fax au centre local d'intervention d'urgence nucléaire, recommandant que les habitants prennent de l'iode. Pour une raison quelconque, le fax n'est pas parvenu aux maires. Il a disparu et à ce jour, personne ne sait où il a fini. Le NSC a aussi envoyé un fax au gouvernement de Fukushima. Cependant, personne n'a eu connaissance de ce fax jusqu'au 18 mars, ce qui était trop tard car tous les résidents avaient déjà évacué.  Bien que le gouvernement de Fukushima n'ait reçu aucun avis du NSC, il aurait dû, indépendemment, informer les résidents de prendre de l'iode. Il ne l'a pas fait, car il attendait un avis du NSC.

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Il y a eu quelques maires qui ont  décidé par eux-mêmes d'aviser les gens d'avoir à prendre l'iode. Malheureusement la plupart des maires ont hésité et ne l'ont pas fait. En tout, seulement 10 000 résidents ont finalement pris de l'iode.

 

Les raisons pour lesquelles les maires ont hésité à donner la consigne de prendre de l'iode étaient :

  1. Les maires avaient peur des effets secondaires de l'iode car le NSC avait souligné ces effets secondaires.
  2. La directive du NSC recommandait que l'iode stable soit prise en présence d'un expert médical. Dans la plupart des cas il n'y avait aucun expert médical à proximité.
  3. Ils n'ont pas compris pourquoi l'iode devait être prise, ni n'ont été informés du moment approprié pour cette prise.
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Ensuite, problèmes avec le réseau médical d'urgence radiologique.

La médecine radiologique est le traitement médical fourni en cas d'exposition à la radioactivité. Au Japon, le réseau médical d'urgence radiologique a trois niveaux. L'hôpital primaire fournit le traitement médical initial pour toutes les victimes. Quand l'hôpital primaire ne peut pas traiter un patient en raison d'un niveau d'exposition trop élevé, le patient est transporté vers un centre d'urgence secondaire.

 

Si l'hôpital secondaire ne peut pas prendre en charge la victime, quelle qu'en soit la raison, elle est transférée vers un hôpital tertiaire. Le Japon n'a que deux hôpitaux tertiaires, un pour l'Est du Japon, et un pour l'Ouest.

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Malheureusement, le réseau a été configuré sans considérer la possibilité de diffusion de matières radioactives à grande échelle. À cause de cela, beaucoup d'hôpitaux ont été placés près des centrales électriques. Au moment de l'accident, il y avait six centres médicaux d'urgence radiologique dans la région de Fukushima, dont trois situés dans un rayon de dix kilomètres de la centrale. Les trois hôpitaux sont ainsi devenu inutilisables, tandis que le personnel et les patients devaient évacuer. Il y avait quatre autres hôpitaux ordinaires dans la zone des vingt kilomètres. Leurs personnels et leurs patients ont aussi dû évacuer. Durant cette évacuation, 60 patients sont décédés.

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L'équipe d'enquêteurs de la Diète a examiné l'emplacement des centres de secours d'urgence. Plus de 50% des 59 hôpitaux primaires à travers le pays sont situés dans un rayon de 20 kilomètres autour d'une centrale nucléaire. Cela signifie qu'ils sont en zone d'évacuation, et deviendront inutilisables en cas d'accident grave.

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Nous avons également découvert que le nombre maximum de patients qui pouvaient être hospitalisés dans chacun des centres primaires et secondaires est seulement d'un ou deux.

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Qu'en est-il des deux hôpitaux d'urgence tertiaires ? Ils ne peuvent prendre en charge plus de dix patients en état  critique.


Le réseau médical d'urgence radiologique n'a pas fonctionné pendant le désastre. Malheureusement, la situation ne s'est pas améliorée depuis l'accident.  Considérant la situation médicale au Japon, il sera difficile d'améliorer la situation en peu de temps. Par conséquent le Japon n'est pas prêt à exploiter des réacteurs nucléaires.

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Finalement je vais maintenant parler de la gestion de l'enquête de santé de Fukushima.

Peu de temps après la catastrophe, la Préfecture de Fukushima a lancé une enquête de surveillance de la santé à Fukushima pour examiner les effets sur la santé à long terme des faibles doses de radioactivité. Elle est composée de deux parties : une enquête de base et une enquête détaillée. L'enquête détaillée implique l'examen par ultra-sons des enfants de Fukushima jusqu'à ceux âgés de dix-huit ans.

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Quelques données préliminaires des examens de la thyroïde par ultra-sons ont été rendues publiques. En 2011, environ 38 000 enfants ont été examinés, et 95 000 ont été examinés en 2012. En 2011, l'enquête a trouvé 186 enfants avec des nodules de plus de 5 mm ou des kystes de plus de 20 mm.

Parmi ces 186 enfants, 3 ont été diagnostiqués avec un cancer de la thyroïde, et 7 sont susceptibles d'en être aussi affectés. Pour 2012, les résultats des examens détaillés doivent encore être publiés, mais un cas de cancer de la thyroïde a été diagnostiqué.

Une enquête sur 4 500 enfants d'un groupe contrôle en dehors de Fukushima est maintenant en cours. Bien que l'incidence du cancer de la thyroïde semble commencer à augmenter chez les enfants de Fukushima, nous devons attendre les résultats détaillés de l'étude de contrôle.

 

En conclusion, je voudrais dire que je pense que le débat sans fin sur le risque des faibles doses de radioactivité n'est pas une question scientifique, mais un problème politique, économique et social. J'espère que les scientifiques exposeront la vérité scientifique, non pas pour le gouvernement ou les compagnies électriques, mais pour la population. Quatre réacteurs nucléaires ont été endommagés, et personne ne sait comment ou quand ils seront isolés de l'environnement.

 

Comme le Japon est situé sur la ceinture sismique [ceinture de feu du Pacifique], nous sommes dans une course contre la montre pour rendre les centrales nucléaires plus sûres. Le gouvernement japonais et les compagnies électriques doivent avoir pour priorité de faire de leur mieux pour  empêcher tout nouveau dommage et stopper les fuites de substances radioactives en cours. C'est de leur responsabilité, car ce sont eux qui ont promu la politique d'énergie nucléaire du Japon.

 

Il est aussi de la responsabilité de chaque personne au Japon de s'assurer que toutes les centrales nucléaires  en cours de fonctionnement soient fermées. Nous devons aussi nous assurer que plus aucune centrale ne soit redémarrée. J'aimerais vous demander de travailler ensemble avec nous dans ce but.

 

Merci de votre attention.

D'après la transcription en anglais par Afaz.de /  http://afaz.at/index_symp.html

et la traduction de Taka Honda /  http://www.save-children-from-radiation.org/  pour quelques éléments.

Traduction Française : Marie-Elise Hanne

Relecture : Kna et Janick Magne

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 22:47

C’est l’avant-dernier numéro de la série « Voir Fukushima ».

Le dernier en fait car le numéro 60 sera consacré uniquement à la présentation d’index chronologique et thématique de cette série documentaire basée sur l’image.

 

Enfants inconscients des dangers de la radioactivité

Des enfants jouent à côté de déchets radioactifs à Fukushima.

source : Evacuate Fukushima

Voir Fukushima (59)
Cette photo a été prise à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi une semaine après que TEPCO ait avoué que la centrale continue de déverser l’eau hautement radioactive dans l'Océan Pacifique depuis mars 2011 (source : Le papillon et l'empereur)

Cette photo a été prise à 20 km de la centrale de Fukushima Daiichi une semaine après que TEPCO ait avoué que la centrale continue de déverser l’eau hautement radioactive dans l'Océan Pacifique depuis mars 2011 (source : Le papillon et l'empereur)

Le risque de cancer des enfants de Fukushima est très sous-estimé

Dans cette vidéo, Arnie Gundersen examine la décision du gouvernement japonais de permettre aux populations de vivre dans des zones contaminées jusqu’à 20 milliSieverts par an, en reprenant une vidéo d’un autre commentateur américain, Ian Goddard.

La vidéo est en anglais, sous-titrée en français par Kna

Pour ceux qui préfère un texte illustré, cliquer sur ce lien pour lire la traduction française de Marie-Elise Hanne

 

Traitement de la crise de Fukushima selon l’Asahi

Voir Fukushima (59)

Voir l’image en meilleure définition

http://ajw.asahi.com/appendix/pdf_data/Fukushima_water_crisis.pdf

 

Carte des environs de la centrale

La JAEA (L'Agence japonaise de l'énergie atomique) a mesuré les niveaux de radioactivité à 3 km de l'usine sinistrée entre août et octobre 2012, et détecté des lectures de plus de 19 microsieverts par heure au sud et à l'ouest de la centrale nucléaire.

(source)

Voir Fukushima (59)

Une visite pédagogique avec Arnie Gundersen

L’ingénieur en chef de Fairewinds, nous propose une visite du site nucléaire de Fukushima Daiichi en vidéo, combinant images satellite, animations 3D et photographies.

Drainage

Lors des typhons, Tepco draine l’eau qui tombe sur le site. Mais bon, difficile de retenir de l’eau avec du sable et des bâches en plastique.

(source)

Voir Fukushima (59)

Encore des fuites

Une dalle de fondation de citernes qui penche… et la fuite est assurée.

(source The Asahi Shimbun)

(source The Asahi Shimbun)

Autre problème : quand c’est plein, ça déborde.

(source Tepco)

(source Tepco)

Système D

Tepco a imaginé un système pour récupérer l’eau de pluie qui tombe sur les citernes afin qu’elle ne se mélange pas à l’eau radioactive issue de fuites piégée dans des bassins à leur base.

(source Tepco)

(source Tepco)

Glissement de terrain

Il pleut tellement durant la saison des typhons que cela provoque des glissements de terrain. En voilà un beau qui a barré un moment la rampe d’accès au site. Rien à voir avec un « effondrement de la centrale » comme certains ont pu le croire.

 

(source Tepco)
(source Tepco)

(source Tepco)

Le mur du Pacifique

Ce mur en acier-béton, qui devait arrêter les fuites dans le Pacifique, était sensé être fini cette année. Mais Tepco a pris du retard. Trop cher, et peut-être inutile au fond ?

Voir Fukushima (59)

Le système ALPS

Un système qui est sensé « traiter » l’eau radioactive, mais malheureusement pas totalement.

(source The Asahi Shimbun)

(source The Asahi Shimbun)

Vue générale de la centrale fin août 2013

source

Voir Fukushima (59)

Photos de l’unité 3

Voir Fukushima (59)
Voir Fukushima (59)

Nouveau pont roulant pour l’unité 4

Ce matériel va bientôt servir pour réaliser le transfert tant attendu et tant craint du combustible de la piscine 4.

Voir Fukushima (59)

Vidéo de démonstration pour le transfert du combustible de la piscine 4

(en anglais, source Tepco)

Cliquer sur ce lien pour voir la vidéo.

Voir Fukushima (59)

Etude sur le plutonium

Pour changer du césium, voici une étude sur le plutonium de Fukushima faite à partir d’échantillons dans un rayon de 16 km autour de la centrale.

Lien vers l’étude (en anglais) : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3798882/

Localisation des échantillons

Localisation des échantillons

Tableau 1 : infos sur les prélèvements

Tableau 1 : infos sur les prélèvements

Tableau 2 : mesures et ratios

Tableau 2 : mesures et ratios

Rejets

Selon Mathias Braun (Areva), il existe un tuyau reliant l’enceinte de confinement à l’étage de service dans les réacteurs GE Mark 1. C’est ce qui aurait permis de provoquer les explosions des bâtiments 1 et 3. Qu’en est-il de ces tuyaux aujourd’hui ? Communication directe de l’enceinte avec l’extérieur ? Ca expliquerait peut-être les 10 millions de Bq de césiums 134/137 relâchés chaque heure dans l’atmosphère à Fukushima Daiichi ?

(source AREVA: « L’incident de Fukushima Daiichi », 7 avril 2011)

(source AREVA: « L’incident de Fukushima Daiichi », 7 avril 2011)

Hot spot à Koryama

22.97 microSv/h à Koriyama city, Sakabuta Park en septembre 2013

48 documentaires de Ian sur Fukushima

Documentaires tournés au Japon avec sous-titrages français pour certains.

Lien vers ces documentaires.

Voir Fukushima (59)

Informations sur Fukushima

Compilation d’informations sur Fukushima diffusées sur la NHK (source MissingSky101)

Le ventre de Tokyo

Un reportage de Reinhild Dettmerr-Finke (Arte)

Un état des lieux de cette mégapole de 36 millions d'habitants, dix-sept mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Des poissons au césium à la pollution tous azimuts, le bilan dressé par les habitants de Tokyo (poissonniers, éboueurs, employés du service des eaux) est accablant.

Les explications de la NAIIC en dessins

Flash

La webcam TBS a produit un flash le 31 août 2013 (vidéo à 1:28). Apparemment une sursaute de tension au niveau de la caméra. Ce phénomène avait déjà eu lieu en décembre 2011. Le flash provenait également de la droite de l’image avec la même orientation.

Flash d’août 2013

Flash d’août 2013

Flash de décembre 2011

Flash de décembre 2011

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 23:44
Un maire japonais accueille des enfants de Fukushima dans sa ville

Par YURI KAGEYAMA, Associated Press

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Cet article est paru sous le titre original “Japan mayor offers Fukushima kids home in his town

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Traduction : Phil Ansois

Edition en français avec l’autorisation de l’auteur

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Photo © The Associated Press

Docteur Akira Sugenoya, maire de Matsumoto

Après la catastrophe de Tchernobyl de 1986, il y a déjà une génération, le docteur Akira Sugenoya a pratiqué des opérations chirurgicales sur plus d’une centaine d’enfants, pour leur sauver la vie. Il est maintenant maire d’une ville du centre du Japon, et il voudrait éviter que sa propre histoire ne se répète.


A partir d’avril, les parents qui vivent dans l’ombre du désastre nucléaire de Fukushima pourront envoyer leurs enfants à environ 300 kilomètres (200 miles) de Fukushima, dans sa ville de Matsumoto. La ville paiera 14 millions de Yens (soit 143000 $, ou 104000 €) [cours du 27/10/2013] pour une maison équipée de six chambres à coucher et le personnel ; les parents ne paieront pas les cours, mais seulement les dépenses utilitaires et les repas.


Dans une récente interview à l’« Associated Press » faite dans l’hôtel de ville de Matsumoto, le Dr Sugenoya déclare : « Si mes craintes ne se révèlent pas fondées, ce serait la meilleure des nouvelles », « mais si elles se réalisent, alors il y aura peu de temps disponible avant qu’il ne soit trop tard ».


Le Dr Sugenoya a critiqué la réaction du gouvernement à la triple fusion des cœurs de la centrale nucléaire de Fukushima, qui a explosé à la suite du Tsunami en mars 2011, et qui continue toujours aujourd’hui de déverser de la radioactivité dans l’air et dans l’eau. Le démantèlement prendra des décennies, et les experts ne parviennent pas à se mettre d’accord pour définir dans quelle mesure ce désastre affecte la santé des habitants.


Le cancer de la thyroïde est la seule maladie confirmée par l’AIEA due aux faibles doses de radioactivité, suite à la catastrophe de Tchernobyl, une maladie qui est rarement fatale quand elle est traitée par la chirurgie adéquate. En 1991, après avoir entendu parler des milliers de cas de cancers de la thyroïde en Biélorussie, le Dr Sugenoya, un spécialiste de la thyroïde, est parti travailler comme volontaire en Biélorussie, près de la centrale nucléaire Ukrainienne.


Cinq ans plus tard, il a quitté son travail dans un hôpital Japonais prestigieux et est retourné là-bas pour une nouvelle période de cinq ans et demi. Il a mis sur pied une récolte de fonds pour les victimes de Tchernobyl et il invite régulièrement des médecins de Biélorussie à venir participer à des formations au Japon.


La comparaison entre les fuites radioactives près de Fukushima Daïchi et celles de Tchernobyl n’est pas très facile. La mesure de l’exposition au niveau individuel implique des calculs complexes pour tenir compte des quantités de nourriture et d’eau ingérés quotidiennement, qui peuvent varier considérablement.


Le gouvernement Japonais a détecté 44 cas de cancer de la thyroïde (confirmés ou suspectés) parmi 217 000 jeunes d’âge égal ou inférieur à 18 ans, ceci dans la préfecture de Fukushima. Le cancer de la thyroïde est généralement rare chez les enfants, il est estimé à un par million. Le lien avec la radioactivité n’est pas encore concluant, et des tests plus étendus sur les enfants de Fukushima pourraient nous donner des nombres plus élevés*.

Les enfants sont plus sensibles que les adultes aux maladies causées par les radiations parce que leur corps est en cours de développement, mais leur corps peut aussi réagir et guérir [plus facilement] des dégâts créés par la radioactivité. Le Dr Sugenoya précise que dans les zones de la Biélorussie qui sont proches de Tchernobyl, les enfants sont périodiquement déplacés en dehors des zones irradiées.


Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, comprend à peu près 240 000 habitants. Il y a de la place dans les écoles à cause du déclin de la population, un déclin courant dans les zones rurales. Le plan du Dr Sugenoya, appelé le « Projet Matsumoto », sera ouvert aux étudiants de Fukushima pour les enfants de la 3ème année du primaire jusqu’à la fin du collège [donc de 8 à 14 ans].


Les personnes responsables de Matsumoto ont organisé des réunions à Fukushima pour expliquer le projet, et quelques parents ont exprimé leur intérêt, mais on ne sait pas combien d’entre eux voudront bien envoyer leurs enfants étudier au loin.


Parmi les habitants de Fukushima, ceux qui sont le plus inquiets à propos de la radioactivité sont déjà partis. Quelques 150 000 personnes ont quitté les zones de Fukushima les plus ravagées à la suite du Tsunami; un tiers d’entre elles sont parties dans d’autres préfectures.


A peu près 200 d’entre elles sont à Matsumoto, dont Horishi Ueki, sa femme et leurs enfants, âgés de 4 et 6 ans.


Ueki dit que ses enfants lui ont demandé : « Maintenant je peux toucher les fleurs ? ».
A Fukushima, ils devaient porter des masques, et ils ont commencé à prendre peur. Ils étaient très souvent grondés : « Ne touchez pas les poussières », « Ne touchez pas ceci », « Ne touchez pas cela ».


Certains de ceux qui restent dans les zones qui entourent les centrales nucléaires dévastées sont déchirés par la décision de partir ou rester.
 

Yuri Hasegawa, une mère de famille de 45 ans de Fukushima, est tellement tracassée qu’elle a acheté un compteur Geiger et un stock de masques. Dans sa cuisine, elle ne prépare que de la nourriture dont la radioactivité a été vérifiée.


Elle a envoyé ses deux enfants, de 9 et 13 ans, à des camps d’hivers et d’été dans l’île d’Hokkaido à l’extrême nord, à l’île d’Okinawa qui est à l’extrême sud, et à la cité d’Hiroshima qui se trouve au sud-ouest. Elle pense prendre part au « Projet Mastumoto ». Elle fait face à l’opposition de son mari et d’autres parents, qui se moquent de ses soucis et qui les trouvent extrêmes.


Elle dit que dans son jardin et dans d’autres zones, « le compteur Geiger commence à faire bip, bip, bip ». « Les bips arrivent si vite. Vous savez la radioactivité passe à travers nos corps. C’est parce que c’est invisible. Si nous pouvions le voir, nous ne voudrions pas habiter ici. »


Le gouvernement japonais prétend que l’on peut vivre en sécurité dans les zones qui n’ont pas été forcées à être évacuées, mais il a aussi admis des erreurs dans la réaction aux dangers de la radioactivité.


Peu de temps après le Tsunami, le gouvernement aurait pu distribuer les pilules d’iodure de potassium pour bloquer l’accumulation d’iode radioactif dans la glande thyroïde des enfants. Les pilules étaient disponibles, mais le gouvernement n’est pas arrivé à les distribuer à temps; il a reconnu qu’il n’était pas préparé à ça.

Le gouvernement a aussi reconnu qu’il n’a pas utilisé de manière efficace les données qui prévoyaient avec précision les directions prises par les nuages radioactifs. Bien que la zone autour du site nucléaire ait été évacuée, le gouvernement n’a pas averti les gens qui habitaient en dehors de cette zone, et qui, suivant les prévisions, étaient dans les trajectoires des retombées.

Le Dr Sugenoya, un homme de corpulence moyenne doté d’un gentil sourire, nous dit que son intention est d’offrir de l’aide aux familles concernées pour qu’elles puissent vivre pleinement en toute sécurité.

« La radioactivité ne fait pas mal. Elle ne nous irrite même pas la peau. »
« C’est terrible ce qui se passe, et les gens n’en prennent pas du tout conscience. »

 

 

 

_____________________

 

* [NDT c'est assez contradictoire de dire que le lien n'est pas concluant, vu que les chiffres donnés ici montrent une proportion de cancers de la thyroïde plus de cent fois plus élevée que la normale]

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:26

Un séisme de magnitude 7,1 a eu lieu le samedi 26 octobre 2013 à 2h10 (heure du Japon) à plusieurs centaines de kilomètres au large des côtes du Japon. Suite à l’annonce d’un tsunami, Tepco a décidé d’ordonner l’évacuation d'une partie de la centrale de Fukushima Daiichi. Une vague de 30 à 40 cm a été observée sur les côtes et rien n’est à signaler d’anormal sur le site nucléaire. L’alerte au tsunami est maintenant levée.

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Séisme du 26 octobre 2013 de 2h10 (source Japan Meteorological Agency)

Une réplique de magnitude 5,1 a eu lieu à 6h28 (heure du Japon)

 

Derniers tremblements de terre au Japon :

http://www.jma.go.jp/en/quake/

 

Pour voir la centrale en direct :

http://www.tepco.co.jp/en/nu/f1-np/camera/index-e.html

 

Page d’annonce au tsunami de l’agence météorologique du Japon

http://www.jma.go.jp/en/tsunami/

 

Evacuation partielle de la centrale de Fukushima

En savoir plus :

http://www.afp.com/fr/node/1136539

 

____________

Mise à jour 15 h (26/10/13)

 

Selon le site Ex-SKF, Tepco a ordonné l'évacuation uniquement pour les travailleurs situés dans les zones basses proches du front de mer. (http://ex-skf.blogspot.fr/2013/10/magnitude-68-earthquake-off-fukushima.html)

J'ai donc ajouté le mot "partiellement" au titre de ce billet. Merci à Kna de nous avoir donné cette précision importante.

PF

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 09:55

Le 9 octobre 2013

Texte de HORI Yasuo

traduit de l'espéranto par Paul Signoret

 

Mon autre crainte : le manque de main-d’œuvre

 

Les Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020, sont-ils une circonstance favorable au règlement du problème de l’eau polluée à Fukushima ? C’est là une question que je me pose souvent ces temps-ci.

En vue de ces Jeux, nous devrons construire un nombre important de vastes stades dans Tokyo, et il est nécessaire en outre de réaliser et de coordonner les infrastructures. Pour cela on a besoin de main-d’œuvre. Le Japon en dispose-t-il en quantité suffisante, à la fois pour la centrale sinistrée de Fukushima et pour la préparation des Jeux. Je n’en crois rien. Je crains au contraire que, par manque de force de travail disponible, le gouvernement ne puisse faire porter suffisamment son effort sur les réacteurs en détresse. De divers côtés nous viennent des informations au sujet de cette pénurie de main-d’œuvre.

 

TEPCO a donné 100 000 yens à ses employés

 

Le 20 juillet, un article sur ce thème a paru dans toute la presse. Le journal Fukuŝima-Minpoo en autres écrivait :

« En 2011 et 2012, 1 177 personnes ont quitté TEPCO, au nombre desquels 40% étaient des administratifs. Entre avril et juin 2013 déjà, 109 personnes ont démissionné. TEPCO entend stopper la tendance par cette augmentation provisoire de salaire. Le président de TEPCO, M. Hirose déclare : « Je veux que, dans ces temps difficiles, les administratifs fournissent davantage d’efforts, mais jusqu’ici nous n’avons pas pu compenser leur surcroît de travail. Cette somme de 100 000 yens (1000 euros) est certes modeste, mais je souhaite ainsi envoyer un message à ceux à qui elle est destinée. »

Dans le même journal, en date du 1er août, on pouvait lire : « Les uns après les autres, les gens démissionnent de TEPCO en raison de l’évolution radicale de la compagnie. En 2011, 465 employés sont partis et en 2012, 712. Un des dirigeants de TEPCO dit que le départ de fonctionnaires et d’ouvriers capables est porteur de crise, mais que la réforme de TEPCO ne peut être arrêtée

 

Je veux travailler jusqu’au démantèlement des réacteurs, mais…

(un homme de 29 ans, de Fukuŝima)

 

Après l’accident nucléaire à Fukushima, je suis revenu aussitôt à la centrale. Je savais ma mort possible, mais jamais je n’ai songé à quitter le lieu de l’accident, car j’avais longtemps travaillé là. Au début, je me suis dépensé avec tant d’ardeur que je ne pensais jamais à l’irradiation. Beaucoup partaient à cause du travail trop dur, mais moi je le faisais volontiers, jusqu’au jour où j’ai su que j’avais reçu des doses de radiations équivalentes à plusieurs années d’exposition. Et j’ai dû, moi aussi, partir. Ce n’est qu’au début qu’on nous a encensés, mais plus tard on nous a rejetés. Quand je tomberai malade, personne ne se souciera de moi. Je voulais travailler pour la Centrale, mais à présent j’ai baissé les bras.

(paru dans le journal Fukushima-Minpo du 25 juin 2013)

 

Un travail extrêmement éprouvant

 

3 000 personnes travaillent chaque jour dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. TEPCO a programmé le retrait des combustibles dans les réacteurs n° 1, 2 et 3 à partir de 2020. Pour effectuer ce travail, en 2013 TEPCO a besoin de 500 personnes, mais en 2014 il en faudra 4 600, et 8000 en 2015. Pour les tâches complexes, il lui faudra des ouvriers expérimentés.

Or dans les centrales nucléaires, les membres du personnel, pour pouvoir continuer à travailler, ne doivent recevoir dans l’année qu’une irradiation maximum de 50 millisieverts, et de 100 millisieverts pour cinq ans. Ils reçoivent d’autant plus de radiations qu’ils travaillent plus longtemps. Il en résulte que les travailleurs expérimentés et efficaces s’en vont et sont remplacés par des nouveaux, inexpérimentés. Ces nouveaux pourront-t-ils assumer convenablement leur tâche ? TEPCO affirme avoir assez de main-d’œuvre.

Le travail dans la centrale est éprouvant. Beaucoup se plaignent d’un salaire trop bas. Pour la décontamination des sols et des habitations les travailleurs reçoivent un salaire spécial, ce qui n’est pas le cas de ceux de la centrale. C’est la raison pour laquelle les gens préfèrent travailler dans les villes plutôt qu’à la centrale.

(paru dans le journal Fukushima-Minpoo du 10 septembre 2013)

 

Accès au cœur du réacteur (photo de la collection de M. Higutshi Kenji) : Aux alentours du cœur du réacteur règne une très intense radioactivité ; les ouvriers ne peuvent y travailler plus de quelques minutes ; c’est pourquoi d’autres attendent à côté pour les remplacer, mais une rotation trop rapide des intervenants gêne le bon déroulement du travail. Il arrive donc que des ouvriers ne tiennent pas compte de l’alarme de leur dosimètre ou travaillent sans l’avoir sur eux.

Accès au cœur du réacteur (photo de la collection de M. Higutshi Kenji) : Aux alentours du cœur du réacteur règne une très intense radioactivité ; les ouvriers ne peuvent y travailler plus de quelques minutes ; c’est pourquoi d’autres attendent à côté pour les remplacer, mais une rotation trop rapide des intervenants gêne le bon déroulement du travail. Il arrive donc que des ouvriers ne tiennent pas compte de l’alarme de leur dosimètre ou travaillent sans l’avoir sur eux.

TEPCO perd sa main-d’oeuvre

Dans la centrale nucléaire de Fukushima, des fonctionnaires de TEPCO planifient le travail et des ouvriers de compagnies sous-traitantes accomplissent les tâches attribuées. Un membre de l’une de ces compagnies sous-traitantes dit : « Les fonctionnaires capables de bien comprendre la situation à l’intérieur de la centrale se font rares. Si leur capacité à diriger les choses diminue, divers problèmes vont se poser dans les chantiers. »

L’un des dirigeants d’une compagnie collaboratrice de TEPCO avoue : « Nous recrutons des ouvriers pour travailler dans la centrale, mais presque personne ne se présente. Les gens vont s’embaucher pour la décontamination dans les villes, ce qui offre moins de danger. »

On prévoit que, lors du démarrage des travaux de construction en vue des Jeux, des gens partiront de Fukushima, et le recrutement se fera plus difficile.

Mais le ministre de l’économie et de l’industrie est optimiste : « Nous n’entendons jamais dire que l’embauche de travailleurs est difficile, ni que ce problème gêne les travaux de réparation. »

(paru dans le journal Fukushima-Minpoo du 25 septembre 2013)

 

Les travaux de démantèlement des réacteurs occuperont les quarante prochaines années. Et non seulement les réacteurs de Fukushima, mais également ceux situés ailleurs seront mis au rebut en raison de leur caducité, ce qui nécessitera une plus grande quantité de main-d’œuvre. De plus, il y aura les Jeux Olympiques. De surcroît, le premier ministre Abe a lancé un projet grandiose, le “Projet de renforcement du pays”, autrement dit un plan de constructions en béton partout dans le Japon. Et enfin, la population du pays diminue : le nombre de personnes âgées s’accroît, celui d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes s’amenuise. Si le Japon gagne en prospérité grâce à l’Abéconomie (mot-valise formé du nom du premier ministre et de ‘économie’), il y aura d’autant moins de pauvres et donc d’autant moins de gens prêts à travailler dans ces chantiers dangereux.

Je crains que le Japon ne devienne un cimetière de réacteurs nucléaires, désormais inhabitable. Vision terrifiante, mais qui ne cesse de m’obséder.

 

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Publié par Ginette MARTIN - dans Textes de HORI Yasuo
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 22:36
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Dans cet exposé, David Lochbaum détaille les divers risques, connus mais sciemment ignorés par l'exploitant et l'autorité de régulation, qui ont menés à la tragédie de mars 2011 à Fukushima.

[Cet article fait partie de la série de publications en version française d’exposés présentés en mars 2013 au symposium de New York « Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima ». Avec le blog de Kna, le blog de Fukushima participe à la diffusion de ces textes de manière régulière. Merci infiniment aux traducteurs qui se sont investis dans ce grand projet. ]

 

_______________________

 

Symposium de New York, 11 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l'accident nucléaire de Fukushima

 

 

Une autre surprise sans surprise
 


par David Lochbaum

directeur du Projet de Sureté Nucléaire, Union of Concerned Scientists (UCS)

 

Aujourd'hui, c'est le deuxième anniversaire de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Un tremblement de terre et son tsunami ont engendré la paralysie de la centrale et provoqué la fusion du cœur de trois réacteurs. La catastrophe a forcé des dizaines de milliers de personnes à être évacuées de leurs maisons et a coûté des dizaines de milliards de dollars.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Était-ce "choc et effroi", une tragique surprise qui n'aurait pas pu être prévue et évitée ?

Non, c'était "zut alors", des situations qui avaient été clairement prévues, mais tragiquement laissées non corrigées.

La catastrophe a commencé par un séisme de magnitude 9 sur l'échelle de Richter. Une épreuve sans surprises : Fukushima a été conçue pour résister à de violents séismes. Des documents disponibles suggèrent que les systèmes de sécurité de la centrale ont en grande partie survécu à la secousse et refroidissaient les cœurs des réacteurs comme prévu.

Mais le tremblement de terre a largement endommagé le réseau électrique. Les réacteurs nucléaires en fonctionnement fournissent l'électricité au réseau. Les réacteurs nucléaires à l'arrêt, comme les six unités de Fukushima après le séisme, nécessitent l'électricité du réseau pour les pompes, les ventilateurs, les lumières, les contrôles et les autres équipements utilisés pour refroidir les cœurs des réacteurs. On savait depuis longtemps que le réseau n'était pas protégé contre les séismes graves et qu'il pouvait tomber en panne.


En prévision d'une perte du réseau, les travailleurs avaient installé plus d'une douzaine de groupes électrogènes diesel à Fukushima. Un générateur diesel par réacteur peut alimenter les équipements nécessaires pour refroidir le cœur, le reste fournit une sécurité supplémentaire. Lorsque le tremblement de terre a coupé l'alimentation normale, ces générateurs diesel ont démarré automatiquement et ont fourni l'alimentation de secours.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Le tremblement de terre a non seulement coupé les alimentations normales, mais il a également déclenché une série de tsunamis. En prévision de tsunamis pouvant un jour frapper la façade océanique de la centrale, les travailleurs avaient érigé une digue de près de 15 pieds [~ 4,5 m] de haut le long de la côte. Mais le tsunami qui a frappé Fukushima faisait près de 45 pieds de haut. [~ 14 m]

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Des années plus tôt, des chercheurs japonais avaient prévu des risques de tsunami allant jusqu'à 45 pieds [~ 14 m] de haut sur le site. Mais le propriétaire de la centrale et l'autorité de régulation ont rejeté cet avertissement au motif qu'il était trop hypothétique et sans fondement. Aucun changement n'a été apporté aux mesures de protection de Fukushima contre les inondations.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Pour les trois réacteurs en fonctionnement à l'époque, les générateurs diesel étaient situés dans les sous-sols des bâtiments turbines - les bâtiments les plus proches du front de mer. Les eaux du tsunami à peine entravées par la digue ont inondé le site et se sont déversées dans les bâtiments turbines à travers les portes et les volets de ventilation. Les générateurs diesel ont cessé de fonctionner dès que l'eau les a submergés.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Tous les générateurs diesel étaient situés dans les sous-sols. Cet emplacement offre une plus grande protection contre les dommages causés par les tremblements de terre, mais il offre une protection moindre contre les inondations. La constance peut être une qualité surestimée. Savoir s’en défaire augmente les chances d'avoir raison. En d'autres termes, la diversité est une alliée. Si quelques-uns des générateurs diesel avaient été situés plus en hauteur et d'autres plus bas, il aurait alors été plus difficile au tsunami de les détruire tous. Mais l'entreprise a mis tous ses œufs dans le même panier trempé.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Pour faire face à une panne touchant à la fois le réseau électrique et les générateurs diesel, les travailleurs avaient installé des bancs de batteries d'une capacité suffisante pour alimenter le système de refroidissement du réacteur de chaque unité pendant un maximum de huit heures. Mais certaines de ces alternatives aux systèmes d'alimentation de secours étaient également situées dans les sous-sols et elles ont également été endommagées par les eaux du tsunami. Les batteries ayant survécu aux inondations n'ont pas tenu les nombreux jours qui ont été nécessaires aux intervenants pour restaurer les connexions au réseau électrique et réparer les générateurs diesel.

En prévision de défaillances multiples des systèmes, les travailleurs avaient mis au point des procédures pour le raccordement de pompes diesel installées sur des camions de pompiers à des tuyaux qui pourraient fournir de l'eau de refroidissement d'appoint aux réacteurs. Mais la pression produite par les pompes de ces camions de pompiers n’était qu’un quart de la pression normale à l'intérieur des cuves des réacteurs. En d'autres termes, les camions de pompiers étaient inutiles, s’il n’était pas possible de réduire la pression à l'intérieur des cuves de réacteurs.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

En prévision de la nécessité d'abaisser la pression dans la cuve du réacteur, les travailleurs avaient installé des vannes capables de dépressuriser la cuve du réacteur dans l'enceinte de confinement, puis d'évacuer la pression de l'enceinte de confinement dans l'atmosphère. Mais ces vannes avaient besoin d'une alimentation électrique pour s'ouvrir.

 

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Par une ironie cruelle, trois cœurs de réacteurs de Fukushima se sont retrouvés face à une menace de surchauffe après que les vagues de l'océan ont inondé et désactivé les alimentations des deuxième et troisième moyens de refroidissement. La perte du courant a également empêché les ouvriers d'utiliser le quatrième moyen de refroidissement. Construits littéralement à un jet de pierre de l'océan Pacifique - une réserve d’eau gigantesque - trois cœurs de réacteurs ont fondu par manque d'eau.

En prévision qu'un jour les cœurs des réacteurs puissent surchauffer et fondre, produisant de grandes quantités d’hydrogène durant ce processus, les travailleurs avaient installé des systèmes pour purger l'air à l'intérieur des enceintes de confinement et le remplacer par de l'azote avant que les réacteurs ne commencent à fonctionner. En cas d'accident, l'hydrogène se serait mélangé avec le gaz inerte qu'est l'azote et n'aurait pas pu exploser à cause de l'absence d'oxygène. Mais l'accident a fait monter la pression à l'intérieur du bâtiment de confinement. Un excès de pression peut provoquer des fuites d'hydrogène (et de radioactivité) hors de l'enceinte de confinement. Et cela peut mettre en défaut le confinement, donc permettre à l'oxygène de pénétrer dans l'enceinte de confinement et se mélanger avec l'hydrogène.

Pour pouvoir contrôler la pression à l'intérieur de l'enceinte de confinement, les employés avaient installé trois systèmes en apparence diversifiés. Le premier système faisait passer les gaz du confinement le long de tubes métalliques remplis d'eau froide, un peu comme un radiateur refroidit un moteur de voiture. Le second système pulvérisait de l'eau par des gicleurs genre station de lavage de véhicules, montés sur les parois supérieures de l'enceinte de confinement pour refroidir l'atmosphère confinée. Le troisième était simplement d'ouvrir des vannes pour évacuer les gaz de l'enceinte de confinement directement dans l'atmosphère extérieure et réduire ainsi la pression. Mais ces trois systèmes différents avaient un point commun : ils avaient tous besoin de courant électrique pour fonctionner. Et sans électricité, ils se sont avérés aussi utiles qu'un cautère sur une jambe de bois.

L'hydrogène s'est échappé des enceintes de confinement dans les bâtiments des réacteurs les entourant. Les travailleurs avaient installé à l'intérieur des confinements des instruments donnant les concentrations en oxygène et en hydrogène. Ces instruments permettent aux employés de contrôler la concentration en oxygène pendant le fonctionnement normal et d'ajouter de l'azote lorsque c'est nécessaire pour maintenir inerte l'atmosphère de l'enceinte, surveiller la concentration d'hydrogène dans des conditions accidentelles et évacuer le gaz avant qu'il ne puisse exploser. Mais l'hydrogène n'était pas supposé pouvoir entrer dans le bâtiment du réacteur, donc aucun instrument de contrôle n'y était installé. Même si des instruments de surveillance de la concentration d'hydrogène avaient été installés dans le bâtiment du réacteur, la panne d'alimentation électrique aurait juste fourni aux employés une autre jauge inutile à regarder. Les ouvriers ont appris que l'hydrogène avait pénétré dans les bâtiments des réacteurs lorsque ceux-ci ont explosé les uns après les autres, comme des dominos nucléaires.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise
David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Avec toutes ces prévisions, la seule chose surprenante dans la catastrophe de Fukushima, c’est qu’on puisse en avoir été surpris. Les signes avant-coureurs étaient tous là. Il suffisait d’en tenir compte au lieu de les ignorer.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

La fusion des trois réacteurs a forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs maisons et leurs biens. Le Centre pour la Recherche Économique du Japon a récemment estimé que cette catastrophe nucléaire pourrait coûter entre 71 et 250 milliards de dollars, dont 54 milliards pour acheter la totalité des terrains contaminés dans la zone des 20 kilomètres et 8 milliards pour indemniser les habitants.

Même si la facture finale reste en fin de compte à l'extrémité inférieure de la fourchette, ce coût demeure beaucoup plus élevé que si on avait investi dans la sécurité par le passé.

Si le réseau électrique avait été renforcé pour résister à un fort tremblement de terre, le fait de continuer à disposer du courant aurait donné aux employés de nombreuses options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si la digue avait été élevée à la hauteur nécessaire pour résister aux tsunamis prévus, le fait de continuer à disposer des alimentations électriques de secours aurait permis aux travailleurs de disposer de nombreuses options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si les générateurs diesel et les moyens de distribution électrique associées avaient tous été situés à des hauteurs différentes, plus haut ou plus bas, la disponibilité probable de certaines de ces sources d'électricité de secours aurait donné aux ouvriers suffisamment d’options pour refroidir le cœur des réacteurs.

Si les batteries d'accumulateurs avaient été dimensionnées pour durer des jours plutôt que des heures, le fait de continuer à disposer d’électricité de secours aurait donné une chance aux ouvriers de refroidir le cœur des réacteurs.

Si on avait donné aux travailleurs un plan d'action viable à suivre une fois les batteries épuisées, ils auraient conservé une chance de refroidir le cœur des réacteurs.

Le coût de toutes ces mesures, si elles avaient été prises, aurait peut-être dépassé 71 milliards de dollars. L'élément le plus coûteux de cette liste est de protéger un réseau étendu contre de graves tremblements de terre. Son coût à lui seul aurait pu approcher, voire dépasser 71 milliards de dollars.

David Lochbaum - Une autre surprise sans surprise

Mais il n'aurait pas été nécessaire d'investir dans toutes ces mesures de sécurité, ni même dans la plus chère d'entre elles. Si une seule, même la moins chère, de ces mesures de sécurité avait été prise, nous n'en serions pas là. On ne fait pas de colloque sur les catastrophes qui ont pu être évitées.

Si une digue plus haute avait été érigée sur le site, aucune des autres mesures de sécurité n'aurait été nécessaire pour éviter la catastrophe de Fukushima. Le tremblement de terre aurait quand même coupé la source normale de courant de la centrale, mais les générateurs diesel n'auraient pas eux aussi été perdus. Ils auraient pu alimenter les équipements indispensables jusqu'à ce que les connexions au réseau électrique soient restaurées. À moins d’être en or, une digue de 50 pieds de haut (± 15m) aurait coûté beaucoup moins que 71 milliards de dollars.

 

 

Si chaque réacteur de Fukushima avait été construit avec un générateur diesel au sous-sol et le second placé en hauteur, une digue plus élevée n'aurait pas été nécessaire. Même si le séisme avait coupé la source d'énergie normale et l'eau du tsunami détruit la moitié des alimentations de secours, certains des générateurs diesel auraient survécu. La relocalisation de certains des générateurs diesel après la construction de la centrale, ou l'installation de générateurs diesel supplémentaires, aurait coûté moins de 71 milliards de dollars.

Si chaque réacteur de Fukushima avait été équipé de moyens de réduire la pression à l'intérieur de la cuve du réacteur lors d'un épisode de perte d'alimentation générale, la catastrophe aurait pu être évitée. Le tremblement de terre et le tsunami auraient tout de même emporté les sources d'énergie normales et les alimentations de secours. Des jeux de batteries indépendants et des bouteilles d'air comprimé pour une poignée de vannes auraient permis aux travailleurs de réduire la pression dans la cuve du réacteur à un niveau où les pompes diesel des camions de pompiers auraient pu facilement fournir l’eau de refroidissement de secours. Le coût de ces mesures aurait été une toute petite fraction de ces 71 milliards de dollars.

Tous les dangers qui ont concouru à la catastrophe de Fukushima avaient été anticipés depuis des années et dans beaucoup de cas, il existait des solutions relativement peu coûteuses. Ce n’est pas comme si on avait été surpris par un danger imprévu. Au contraire, la chose surprenante, c’est qu’on ait pu être victime de risques prévus.

Les accidents graves comme celui de Fukushima continuent d'arriver parce que les propriétaires des centrales nucléaires et leurs régulateurs continuent de prétendre que les accidents graves ne se produiront pas. Prétendre est à la protection ce que deviner est à la connaissance.

Nous avons la capacité de protéger plutôt que de faire semblant. Les centrales nucléaires peuvent être construites et exploitées pour résister à tous les risques prévisibles. Et cette capacité ne dépend que de notre volonté de le faire.

Lorsque les chercheurs ont conclu que le site de Fukushima pourrait connaître un tsunami supérieur à la hauteur de sa digue de protection, son propriétaire et le régulateur ont accepté ce défaut parce qu’ils avaient le sentiment qu’il y avait peu de chances qu'une vague d'une telle hauteur ne survienne. Plutôt que de simplement prétendre que les tsunamis de plus de 15 pieds (± 4,5m) de haut ne peuvent pas se produire, ils auraient dû estimer les conséquences d'une vague plus haute que la digue. Cela les aurait amenés à déménager les équipements existants ou à installer du matériel supplémentaire au-dessus du niveau d’inondation pour qu'ils puissent survivre et assurer le refroidissement des réacteurs. Ou bien, si le coût de ces améliorations s'était révélé excessif, ils auraient pu investir dans une digue plus haute, ce qui aurait coûté moins cher pour fournir la protection nécessaire.

Lorsque les concepteurs ont installé des batteries d'accumulateurs disposant de seulement huit heures de capacité, ils ont fondé cette limite sur le risque, perçu comme faible, qu’une coupure de courant puisse durer plus longtemps. Plutôt que de gentiment prétendre que les pannes d'électricité seraient de courte durée, ils auraient dû examiner les conséquences de pannes plus longues. Cela les aurait amenés à ajouter des bancs de batteries pour disposer de plus de capacité. Ou si cette mise à niveau coûtait trop cher, ils auraient pu investir dans des jeux de batteries et des bouteilles d'air comprimé nécessaires aux travailleurs pour réduire la pression dans la cuve de réacteur, afin de pouvoir utiliser les pompes diesel des camions de pompiers.

Ces exemples illustrent le processus à suivre dès qu'on accepte un niveau de protection inférieur aux risques prévisibles. Les niveaux de protection inférieurs comptent sur la chance que de plus grands dangers ne surviennent jamais. Quand la chance tourne, il est impératif que l'on puisse s'appuyer sur la compétence.

Les propriétaires de centrales et les régulateurs peuvent vouloir considérer la mise en place d'un niveau de protection inférieur à un niveau de risque prévu quand ils évaluent formellement comment la centrale ferait face à un danger plus grand. Quand cette évaluation démontre qu'une contre-mesure solide et fiable est disponible, le niveau de protection réduit peut très bien se justifier. Mais lorsque cette évaluation repose sur l’espoir de miracles et sur la chance, d'autres solutions doivent être envisagées.

Une autre façon de justifier des schémas de protection fixés plus bas que les niveaux de risque attendus est de répondre à la question "et si". Par exemple, si on considère qu'un mur contre les inondations de x pieds de haut est acceptable, il faut répondre à la question "et si une inondation de x pieds +1 de haut se produit vraiment ?" Si la réponse est qu’il faut augmenter la hauteur de la digue ou mettre en œuvre d'autres parades, alors ces mesures de prudence doivent être prises maintenant. Par contre, si la réponse implique qu'aucune précaution supplémentaire n'est à prendre, alors un mur contre les inondations de x pieds de haut peut être justifié.

Pour mieux illustrer cette distinction, imaginez un instant que les dommages de Fukushima aient été provoqués par un impact d'astéroïde plutôt que par un tremblement de terre et le tsunami associé. Il est peu probable qu’on déciderait de monter des boucliers anti-astéroïdes autour des centrales nucléaires au Japon ou ailleurs. La réponse à cette question "et si" implique de petits changements sur le site des centrales et plus probablement une détection plus précoce des astéroïdes à venir.

De quelle manière Fukushima a-t-il impacté la sécurité nucléaire aux États-Unis ? Certains affirment que "ça ne peut pas arriver ici." Si le "ça" fait référence à la fin du statu quo de proclamations vides par lesquelles la Commission de Régulation du Nucléaire entend protéger le public des accidents graves des réacteurs, alors ils ont raison. Si leur "ça" se réfère à des accidents graves, alors ils ont tort.

Le public sera mieux servi lorsque les propriétaires de centrales et leurs régulateurs le protégeront réellement des accidents graves de leurs réacteurs, au lieu de prétendre qu'ils ne peuvent pas se produire. Les accidents graves des réacteurs doivent être maîtrisés avec courage plutôt que par déclaration péremptoire. Pour paraphraser la troisième loi de Newton sur le mouvement, pour chaque risque on doit avoir une protection égale et correspondante. Un système de protection acceptable doit résister seul au risque correspondant, ou en combinaison avec d'autres mesures de protection lorsque le niveau du risque dépasse celui de la protection.

Une caractéristique de la sûreté nucléaire est la prise de mesures de défense en profondeur : Une source d'énergie électrique normale et une de secours pour les composants de refroidissement du cœur, de multiples méthodes de contrôle de la pression à l'intérieur de l'enceinte de confinement, etc. Mais lésiner sur l'une ou l'autre de ces mesures, c'est la porte ouverte à une catastrophe emportant à elle seule toutes les barrières, quel qu'en soit le nombre,

Si Fukushima avait visé plus haut pour une seule - une seule - de ces mesures, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Plus important encore, des dizaines de milliers de personnes innocentes seraient aujourd'hui dans leurs maisons, avec leurs affaires, et pourraient continuer à vivre normalement. Pour eux, comme pour les éventuelles victimes innocentes de demain, nous devons tout simplement faire un meilleur travail de protection contre les accidents nucléaires graves.

 

Transcription anglaise par Afaz

Traduction par Mimi Mato

Relecture par Odile Gérard et Kna

 

Article de Kna sur son blog

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Publié par Pierre Fetet - dans Symposium de New York
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