16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 21:31

chernobyl-graffiti_1881641b.jpg« Le rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) sur la catastrophe de Tchernobyl, paru en 2005 sous l’égide des Nations-Unies, a évalué le nombre de décès de victimes immédiates de l’accident à moins de 50 et à 2200 celui de l’excès de décès entraîné par l’exposition à la radioactivité des 200 000 "liquidateurs" les plus exposés. »

(extrait du dossier scientifique sur le nucléaire mis en ligne par le CNRS début janvier 2013)

 

Même après la catastrophe de Fukushima, le village nucléaire mondial reste cohérent, il produit le même discours dans toutes les organisations institutionnelles : le nucléaire, même lors des accidents, ne génèrerait que très peu de décès. C’est la doctrine officielle, et quasiment tous les salariés et subventionnés de l’énergie nucléaire se soumettent à ce postulat. Bien sûr, pour « prouver » cette assertion, on se réfère à l’unique source autorisée, le rapport initié par l’AIEA, premier promoteur de l’énergie atomique dans le monde,  « L’héritage de Tchernobyl : impacts sanitaires, environnementaux et socio-économique », publié en 2005.

 

Pourtant d’autres rapports scientifiques existent, mais les organisations institutionnelles les ignorent complètement :

 

- 2006 : The other report on Chernobyl (Torch)

 

- 2006 : The Chernobyl Catastrophe - Consequences on Human Health

 

- 2009 : Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment

 

De plus, les actes de la conférence « Les conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents radiologiques sur la santé » qui s’est tenue à Genève en 1995 n’ont jamais été publiés. Il y a donc réellement une mainmise de l’AIEA sur les publications de l’OMS avec une réelle volonté de cacher la vérité. Est-ce une démarche scientifique ? Certainement pas, et c’est une honte que le CNRS s’associe à cette démarche négationniste.

 

Deux personnes se sont élevées contre le positionnement du CNRS, Thierry Ribault, économiste au CNRS, et Stéphane Lhomme, de l’Observatoire du nucléaire. Dans ces deux articles, la lumière est faite sur la stratégie du CNRS pour manipuler l’opinion :

 

 

Fukushima : le CNRS tait la vérité et domestique les masses

par Thierry Ribault

Le CNRS a rendu accessible le 7 janvier un dossier scientifique multimédia sur l’énergie nucléaire, destiné au « grand public ». Chercheur au CNRS en poste au Japon, où je travaille sur les modalités de la protection humaine dans le contexte du désastre de Fukushima, je tiens à me dissocier des propos tenus dans cette « animation », destinée à domestiquer les masses et taire la véritable situation à Fukushima.

Dans ce dossier « scientifique » aux desseins animés, les affirmations dénuées d’argumentation et prenant des allures d’évidences indiscutables sont légion. Ainsi, il y est certifié que :

(…)

Lire la suite de l’article

 

 

L'Observatoire du nucléaire accuse le CNRS de tromperie

par Stéphane Lhomme

« Le 7 janvier 2013, le CNRS a annoncé par communiqué la publication d'un document multimédia sur le nucléaire, prétendant que "Cette animation donne au grand public des clés pour mieux comprendre la problématique du nucléaire et ainsi participer au débat qui se déroulera de janvier à avril 2013."

Le CNRS pouvait éventuellement prendre position en faveur de l'atome, mais à condition de le faire de façon affichée et assumée. Au contraire, jouant de toute évidence de son statut d'organisme public, le CNRS laisse habilement penser que le contenu de son document est non partisan et ne fait que présenter de façon neutre et honnête les éléments du débat sur le nucléaire. Il s'agit d'une tromperie délibérée.

(…)

Lire la suite de l’article

 

 

     

 

_________________

 

Mise à jour du 20 janvier 2013

 

Suite à la dénonciation générale sur la toile de certains propos mis en ligne par le CNRS, les auteurs du dossier sur le nucléaire ont modifié le texte incriminé dans cette page (cf. texte copié-collé extrait de la partie « Aspects sociétaux / Conséquences des accidents nucléaires » en début du billet).

 

Thierry Ribaut en fait état dans un commentaire sur le site de Rue89. Voici un extrait de son commentaire :

 

« Allégations qui s’effondrent de facto

 

Il semble que les allégations de certains extrémistes de la domination qui s’expriment dans les commentaires de cet article, m’affublant de « paranoïa » (ont-ils même déjà rencontré un paranoïaque ?) ou encore m’imaginant « soutenu par les multinationales des énergies fossiles, qui font 2 millions de morts par an », (seulement ? !), de facto s’effondrent : les artisans du site du CNRS ont modifié ce jour un passage du texte du dossier sagascience sur l’énergie nucléaire à la partie Conséquences humaines des accidents nucléaires.

Je rappelle l’ancienne version :

 

« Le rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) sur la catastrophe de Tchernobyl, paru en 2005 sous l’égide des Nations-Unies, a évalué le nombre de décès de victimes immédiates de l’accident à moins de 50 et à 2200 celui de l’excès de décès entraîné par l’exposition à la radioactivité des 200 000 “liquidateurs” les plus exposés. Par ailleurs, des registres font état d’environ 4000 cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués imputables à l’accident de Tchernobyl, chez les enfants et les adolescents âgés de moins de 18 ans en 1986, âge où la maladie est rare et n’a pu être induite que par une contamination à l’iode radioactif dispersé dans les premiers jours qui ont suivi la catastrophe. D’autres conséquences graves, notamment psycho-sociologiques, existent pour les populations humaines : la détresse, pouvant mener au suicide, des populations évacuées qui perdent tout du jour au lendemain et la peur de la contamination (à Tchernobyl, un grand nombre de femmes ont avorté par crainte de donner naissance à des enfants malformés). »

 

Et je signale la nouvelle (en mettant en gras le passage ajouté, les fautes de frappe ne sont pas de moi) :

 

« Le rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) sur la catastrophe de Tchernobyl, paru en 2005 sous l’égide des Nations-Unies, a évalué le nombre de décès de victimes immédiates de l’accident à moins de 50 et à 2200 celui de l’excès de décès entraîné par l’exposition à la radioactivité des 200 000 “liquidateurs” les plus exposés. Par ailleurs, des registres font état d’environ 4000 cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués imputables à l’accident de Tchernobyl, chez les enfants et les adolescents âgés de moins de 18 ans en 1986, âge où la maladie est rare et n’a pu être induite que par une contamination à l’iode radioactif dispersé dans les premiers jours qui ont suivi la catastrophe.
Cependant, ces chiffres font l’objet de fortes controverses dans la commaunauté scientifique internationale et il est donc encore aujourd’hui, plus de 20 ans après, très difficile d’avoir une estimation fiable du nombre de victimes de cette catastrophe.
D’autres conséquences graves, notamment psycho-sociologiques, existent pour les populations humaines : la détresse, pouvant mener au suicide, des populations évacuées qui perdent tout du jour au lendemain et la peur de la contamination (à Tchernobyl, un grand nombre de femmes ont avorté par crainte de donner naissance à des enfants malformés). »

 

On note, outre la timidité de cet ajustement (pourquoi ne pas fournir directement les chiffres alternatifs disponibles partout ?) qu’une attention au moins aussi grande est portée aux « conséquences graves notamment psycho-sociologiques » de la catastrophe de Tchernobyl, qu’au chiffrage des victimes du cancer. Ce qui est encore une fois un parti pris évident en faveur de la non-évacuation des populations (donc d’une relativisation de la gravité des effets sanitaires physiologiques des radiations) alors que, comme l’indique le rapport gouvernemental ukrainien que j’ai cité dans mon article, sur les 13 136 enfants nés entre 1992 et 2009, des « liquidateurs » ukrainiens de Tchernobyl de 1986-1987, 10% présentaient des malformations congénitales à la naissance : la peur de la contamination » et la « crainte de donner naissance à des enfants malformés » sont bel et bien fondées. »

 

 

Comme quoi il est utile de dénoncer des textes honteux chaque fois que nécessaire. Le CNRS, qui lui-même a combattu le négationnisme dans ses propres rangs il y a une douzaine d’années, ne pouvait laisser ce texte en l’état. La correction est timide, mais la correction est là, c’est tout à son honneur.

 

 

 

 

_________________

 

Photo d’entête :  AFP/East News

 

 

 

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Publié par Pierre Fetet - dans En France et ailleurs
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commentaires

Pierre Fetet 28/01/2013 22:54

@JP
Non bien sûr, ce n’est pas la même chose. Mais si le terme de négationnisme désigne au départ la négation de la réalité du génocide pratiqué par l'Allemagne nazie contre les Juifs (4 à 5 millions
de morts), il est aujourd’hui utilisé, par extension, pour désigner la négation, la contestation ou la minimisation d'autres faits historiques, en particulier ceux qu'on pourrait qualifier de
crimes contre l'humanité. Nier le million de morts dus à la catastrophe de Tchernobyl comptabilisé de manière scientifique en 2004, c’est du négationnisme. Ces morts n’ont évidemment pas été
voulus, il s’agit d’un accident. Mais il s’agit tout de même d’un million de morts (probablement plusieurs millions aujourd’hui). Avec Fukushima, il ne s’agit plus d’un accident. Nous avons la
preuve que la catastrophe nucléaire est d’origine humaine et qu’elle était évitable. Il s’agit donc d’un crime contre l’humanité. D’abord contre les millions de Japonais contaminés, mais aussi
contre les milliards d’êtres humains qui seront contaminés durant les 40 prochaines années à cause des radionucléides qui s’échappent quotidiennement de la centrale dans l’atmosphère et dans
l’océan Pacifique. Avec le recul de Tchernobyl, on sait très bien quelle incidence la catastrophe de Fukushima aura sur la population. Tous les accidents nucléaires futurs seront également des
crimes contre l’humanité, car aujourd’hui on sait qu’il est impossible d’utiliser l’énergie nucléaire sans provoquer des catastrophes monstrueuses. Choisir cette énergie, c’est choisir la prochaine
catastrophe. Pour moi c’est criminel.
Enfin, à titre d’information, la radioactivité a fait au moins 65 millions de morts dans le monde (source : http://www.euradcom.org/2003/nouvellesnormes.htm).

JP 28/01/2013 21:52

Je n'ai pas tout compris: en parlant de negationnisme, vous soutenez que pro-nucleaires et negationnistes de la Shoah, c'est la meme chose? (cf dernier lien sur Serge Thion)
Vous n'allez pas un peu loin?

robert 21/01/2013 08:14

Intéressante mise à jour sur l'évolution du discours tenu par le CNRS. Quiconque a suivi le fil des versions officielles des événements de Fukushima a déjà compris que le flou, la dissimulation, la
falsification, les revirements, la contradiction, la feinte ignorance, les détournements d'attention et autres techniques génératrices de confusion sont devenues la marque caractéristique du
discours tenu par le nucléaire.
Ce discours fluctuant suggère sa faiblesse croissante et son échec final.

Delphin 19/01/2013 20:18

Oui Lionel, l'accumulation de l'incorporation par le vivant de faibles doses de radioactivité conduit statistiquement à long terme à un accroissement ultérieur du nombre de cancers pour le groupe
qui y a été soumis.

Cependant, comme pour le tabac, nous sommes très inégaux quant aux effets sur l'organisme. Telle personne, présentant pourtant des anomalies cellulaires consécutives à une faible contamination
prolongée, ne semblera pas en souffrir, tandis que telle autre, pour des doses plus faibles, déclenchera ultérieurement un cancer. Sans oublier les plus fragiles, les enfants.

Il n'en reste pas moins que l'âge avançant est un facteur statis tiquement à prendre en compte, même si les pronucléaires amplifient probablement fortement cette caractéristique du vivant.

Personne ne peut dire ce que serait le vieillissement dans un cadre non agressif puisque ce cadre n'existe pas. Alors, chez les spécialistes, les polémiques vont bon train.

Mais de toute façon, l'important est que la radioprotection doit se baser sur les groupes les plus à risques (dont les enfants) et non sur une hypothétique moyenne de population.

Delphin

Lionel 19/01/2013 15:16

L'effet du vieillissement a vécu...
Il est tout-à-fait évident qu'une personne ayant inhalé ou ingéré une particule radioactive n'aura pas de cancer si elle meurt prématurément dans un accident de circulation !
L'effet de proximité, effet des faibles doses doit se comprendre sur la durée, en quelques années ce ne sont pas moins de quelques milliards de bombardements de quelques cellules qui se produisent
et plus le temps passe plus le risque de dégénérescence est grand.

http://aipri.blogspot.fr/p/calcul-de-dose-lenergie-deposee-par-une.html

Il est donc normal qu'une personne contaminée vers la trentaine se voit déclarer des cancers avec l'âge, ce qui ne sigbnifie en aucun cas que le vieillissement soit générateur de cancers !!!
Pour les molécules non radioactives, il s'agit non seulement d'un équivalent de l'effet de proximité mais les populations exposées le sont de façon récurrentes au quotidien par la nourriture, les
produits ménagers... et il y a donc un effet d'accumulation puisque beaucoup sont accumulables dans les graisses ou certains organes, il suffira par exemple d'une innocente cure d'amaigrissement
pour libérer quelques molécules de trop qui vont engendrer un cancer 15, 20, 30 ans plus tard...
Cet argument de l'augmentation du taux de cancers avec l'âge, de même qu'en raison de meilleurs dépistages est simplement une arme de propagande pour nous masquer la réalité :
Les contaminations par les faibles doses répétitives sont génératrices de maladies induites parfois mortelles, c'est un fait acquis !

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