25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 15:19

« Manifestation inédite à Tokyo » : très bon article de Christian Kessler sur le Japon aujourd’hui face à la menace permanente de la contamination radioactive ou d’un tremblement de terre à Tokyo.

 

 

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Christian Kessler est historien, professeur à L’Athénée Français de Tokyo, et aux universités Musashi et Aoyama Gakuin (Tokyo), auteur notamment de « Le Petit Dictionnaire du Japon » (Desclée de Brouwer, Paris 1996).

 

« En vacances pour quelques jours en France cet été, je fus étonné du silence médiatique sur le tremblement de terre du 11 mars, le tsunami et la catastrophe nucléaire sans précédent au Japon. Pourtant, les médias occidentaux n’avaient pas lésiné sur la couverture du plus grand désastre du pays depuis Hiroshima et Nagasaki en 1945. Mais d’autres événements ont rejeté dans l’oubli une catastrophe qui, au Japon où je suis rentré, continue de faire la Une des quotidiens. Avec son lot de nouvelles, guère faites pour rassurer sur le futur proche.

 

Ainsi M. Christopher Busby, responsable scientifique au Comité européen des risques sur les radiations, a déclaré qu’à cent kilomètres de la centrale de Fukushima et même jusqu’à l’agglomération de Tokyo, les niveaux de radioactivité sont bien plus élevés que ne le disent les autorités japonaises en charge du dossier Fukushima. On aurait détecté dans la capitale même, en quelques endroits précis, des niveaux de radioactivité supérieurs à ceux de la zone d’exclusion de Tchernobyl ! Tokyo Electric Power Company (Tepco) a reconnu le 15 août que 200 millions de becquerels s’échappaient chaque heure des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Entre mars et fin juillet, les rejets totalisaient 1 milliard de becquerels par heure, toujours d’après Tepco.

 

Selon un comité scientifique affilié au gouvernement japonais (mais ce dernier ne reconnaît pas ses résultats), les rejets de césium des réacteurs de la centrale de Fukushima depuis mars sont égaux en volume à 168 fois ceux d’Hiroshima en août 1945 – comparaison fréquemment utilisée ici. Après les rejets massifs en mars, les vents, les pluies, le ruissellement ont dispersé d’importantes quantités d’isotopes aussi bien à l’ouest (Niigata), qu’au centre (Nagano), ou qu’à Tokyo. Près de chez moi, à Saitama (nord de Tokyo), on mesure 919 100 becquerels, alors que l’institut de radioprotection et de sécurité nucléaire avait fixé le seuil d’évacuation à 600 000 becquerels par mètre carré ! Pour Wataru Iwata, responsable du centre de mesure CRMS à Fukushima, « détecter les dépôts radioactifs qui sont dispersés sur une surface aussi énorme, prendra des années ».

 

Bref, de jour en jour, le citoyen ordinaire apprend que la situation est loin d’être sous contrôle. Malgré, il faut le reconnaître, un gros travail de Tepco. Avec des employés du groupe français Areva, l’entreprise cherche des solutions pour refroidir les réacteurs et commencer à envisager la construction des dômes de béton qui devraient un jour devenir le tombeau de ces réacteurs, dans dix ou quinze ans, quand ils seront définitivement décontaminés.

Dès mon retour à Tokyo, je ressens l’angoisse qui règne autour de moi, dans ce petit restaurant de quartier, par exemple, où l’on m’a vu arriver avec plaisir. Ouf, le Français n’a pas déserté ! Je m’empresse de rappeler à quel point les valeureux « Cherry Blossom » (cerisier en fleur) avaient tenu tête à l’équipe de France de rugby, pays où contrairement à l’archipel, on pratique ce sport de longue date (match du 10 septembre gagné par la France 47 à 21). Tout de suite, on me parle de ces anciens de Tepco à la retraite qui s’organisent dans tout le pays et proposent de descendre dans la centrale afin d’épargner les jeunes. C’est bien l’esprit japonais, m’assurent-ils. Je ne cherche pas à les contredire. Les voilà ragaillardis pour un moment.

 

De toute évidence, la menace pèse.

(…)

 

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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P Fetet 26/09/2011 18:41


Excellent Delphin cette comparaison ! On peut la pousser plus loin. Le système économique mondial repose sur de l'argent qui n'existe pas. D'ici quelques mois, tout le monde va se rendre compte de
la supercherie car le système va s'effondrer de lui-même. Pour les centrales nucléaires, c'est pareil : dans le coût du kilowatt/heure, on ne tient jamais compte du coût du démentellement des
centrales, ni du coût de surveillance des déchets radioactifs durant des milliers d'année, ni du coût social et sanitaire imposé aux populations pendant plusieurs générations. Quand tout le monde
aura compris ça, il n'y aura plus un seul investisseur pour cette industrie, ni dans le public, ni dans le privé. L'ère post Fukushima est déjà commencée, celle de la mort du nucléaire. Les peuples
doivent se lever maintenant, sans attendre une nouvelle catastrophe.


Delphin 26/09/2011 15:46


Bonjour,

Il y a un parallèle amusant à faire entre les banques, les centrales et leurs "stress test":

Citation Natixis (Les Echos du 26/09) :
"Les « stress tests » de juillet dernier menés par l’agence européenne bancaire (ABE) auraient dû nous apporter une réponse. Malheureusement, le scénario du pire n’a pas été retenu et seule une
partie minime des portefeuilles souverains des banques a été soumise à un test de résistance. Sans trop entrer dans le détail, les bons du Trésor qu’elles détiennent sont comptabilisés soit dans le
trading book (20%) à leur valeur de marché soit dans le banking book (80%) où la valorisation est plus proche de leur valeur faciale. Ce dernier portefeuille n’a pas été soumis à un scenario de
défaut ni même valorisé au marché. Si cet « oubli » a fait perdre de leur crédibilité aux tests de l’ABE, cette dernière a néanmoins fourni le détail de l’exposition des 91 banques de son panel au
risque souverain."

Il suffit de remplacer "banques" par "centrales nucléaires", l'"Agence Européenne Bancaire" par "Autorité de Sûreté Nucléaire"et "risque souverain" par "risques structurels et terroristes".

Agitation de communication.

Amicalement,

Delphin


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