22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 12:32

Akio Matsumura, ancien diplomate japonais, explique pourquoi selon lui l’élection au poste de gouverneur de Tokyo, qui doit avoir lieu le 9 février, est un enjeu qui concerne le monde entier.

Le nucléaire est finalement au centre du débat électoral (les candidats ont dû se positionner dès le départ pour ou contre le nucléaire) : parce que le Japon doit accueillir les Jeux olympiques de 2020 et qu’il a pris ainsi la responsabilité d’assurer en plus de celle de ses propres habitants, la sécurité des athlètes et des spectateurs étrangers, il ne peut continuer à ignorer ce qui se passe à Fukushima.

M. Matsumura est convaincu que la victoire de Hosokawa à cette élection changerait complètement la donne et que cette élection est pour le Japon une occasion absolument unique de remettre en cause le nucléaire et de prendre un tournant (énergétique) décisif.

_________________

 

 

Les Jeux olympiques nucléaires :

l’élection de Tokyo entre crise et opportunité

 

Akio Matsumura

 

 

Article original d’Akio Matsumura paru le 15 janvier 2014 sur le site Finding the missing link.

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

Read in English or 日本語.

 

 

 

Depuis l’accident de Fukushima, j’ai présenté l’avis de plusieurs scientifiques éminents sur la catastrophe de Fukushima et nous avons reçu de nombreuses réponses avisées de la part d’experts issus de divers domaines. Je voudrais remercier ici nos amis d’avoir traduit systématiquement ce travail en français, en espagnol, en japonais et en allemand, une tâche difficile qui nous amené des milliers de nouveaux lecteurs. La conjonction de nos efforts nous a fait gagner une forte crédibilité internationale et a contribué à attirer sur ces problèmes l’attention urgente qu’ils méritent.

 

Au cours de ces trois dernières années, j’ai commencé à comprendre l’énergie nucléaire et comment  les risques très lourds qu’elle engendre – 10 000 ans de dégâts environnementaux – dépassent ce que la plupart d’entre nous sont prêts à trouver acceptable.

 

Le mois prochain, la population japonaise a l’opportunité de remettre en question une fois encore la sécurité de Fukushima. Une élection spéciale destinée à choisir le gouverneur de Tokyo doit avoir lieu le 9 février. C’est une élection que le monde entier va suivre et commenter et qui comprend des discussions sérieuses sur la question de l’énergie. Les candidats se sont déjà prononcés pour ou contre l’énergie nucléaire.

 

Pourquoi l’élection d’un gouverneur devrait-elle avoir une importance internationale ? Tout simplement parce que Tokyo a l’honneur et la responsabilité d’accueillir les Jeux olympiques d’été de 2020.

La tour de Tokyo

La tour de Tokyo

Dans les semaines à venir, le débat électoral va rouvrir la question de la crise incessante de Fukushima et de la sûreté de l’énergie nucléaire. Et il est bon de passer en revue les leçons tirées du drame de mars 2011 et de la catastrophe qui s’en est suivie.

 

  1. Nous avons réalisé quelque chose de très simple : toute machine potentiellement dangereuse doit absolument disposer d’un “bouton d’arrêt” d’urgence qui permette de tout arrêter complètement. Mais les réacteurs nucléaires n’en ont pas, parce qu’on ne peut pas arrêter la radioactivité et par conséquent le combustible irradié continue à dégager de dangereuses quantités de chaleur pendant de nombreuses années après l’arrêt de la centrale.

 

  1. Pendant que les centrales nucléaires génèrent de l’électricité, elles produisent également en masse d’énormes quantités de poisons radioactifs qui resteront dangereux durant des siècles après l’arrêt définitif des centrales. Et ces poisons sont capables de contaminer la nourriture et l’eau longtemps après avoir été émis dans l’environnement.

 

  1. L’eau utilisée pour refroidir un réacteur endommagé est contaminée par la radioactivité. Comme le refroidissement doit se poursuivre pendant des années, le volume d’eau contaminée n’arrête pas croître et il est presque impossible de l’empêcher de se disséminer dans l’environnement ; ce problème touche tout particulièrement les eaux souterraines.

 

  1. Au Japon, nous n’avons pas, pour disposer des déchets radioactifs à long terme, de site qui soit suffisamment isolé de l’environnement pour garantir la sécurité pendant 100 000 ans. Nous n’avons pas non plus de lieu de stockage intermédiaire pour entreposer provisoirement et en toute sécurité les déchets radioactifs pendant cent ou deux cents ans.

 

  1. Le Japon ne sera pas en mesure de démanteler complètement les réacteurs nucléaires de Fukushima et d’en retirer les cœurs radioactifs avant au moins 50 ans. Pendant tout ce temps, les émissions de radioactivité pourront continuer à empoisonner l’atmosphère, le sol et les eaux souterraines, tandis que l’eau contaminée continuera à se déverser dans l’Océan Pacifique.

 

  1. Parce que les centrales nucléaires soulèvent des questions de sécurité nationale, les gouvernements essaient de cacher au public le fonctionnement interne de ces centrales, y compris les défaillances et les épisodes de mauvaise gestion qui pourraient compromettre la sécurité publique.

 

  1. On sait que les effets médicaux des radiations, comme les problèmes de thyroïde, les cancers, les leucémies et les dommages génétiques, ne se révèleront qu’après plusieurs années, voire plusieurs décades. La société va donc être confrontée au fil du temps à l’apparition de toute une série de maladies radio-induites.

 

  1. L’exportation vers les pays en développement de notre technologie nucléaire, qui reste une technologie immature, augmente encore le risque de nouvelles catastrophes nucléaires incontrôlées, qui peuvent résulter non seulement de causes accidentelles mais aussi d’une guerre conventionnelle ou d’une attaque terroriste dans des régions politiquement instables.

 

  1. Tous les réacteurs nucléaires produisent en outre un élément fabriqué par l’homme, le plutonium, qui est le principal explosif nucléaire utilisé dans l’arsenal mondial des armes nucléaires. Ce plutonium persistera pendant des dizaines de milliers d’années après la fermeture du dernier réacteur.

 

Ces neuf vérités sont faciles à digérer ici, mais les opérateurs, les bureaucrates et bien des journalistes ont préféré les laisser dans l’obscurité durant ces trois dernières années. Les inquiétudes du public sont encore exacerbées par le fait qu’aucune solution satisfaisante n’est présentée pour contenir la contamination radioactive émanant des réacteurs endommagés et qu’on ne connaît pas encore – et il faudra encore cinq à dix ans avant de le savoir – le nombre d’enfants affectés par un cancer de la thyroïde ou d’autres formes de cancer.

 

La préparation des Jeux olympiques de Tokyo coïncide justement avec cette période. Il existe peu d’événements aussi prestigieux. Les Jeux représentent un énorme investissement, engageant les finances et la fierté du pays. Le Japon a ainsi prévu un budget de plus de 8 milliards de dollars et sa réputation internationale dépend d’une performance sans accrocs. L’inquiétude prioritaire du CIO et du Japon durant les candidatures était la sécurité : quel serait l’impact de Fukushima et de ses radiations sur les athlètes et les spectateurs ? Le Japon a vaincu les scrupules du CIO. Le président du CIO, Jacques Rogge, a dit au Japon : Vous avez assuré que les Jeux seraient « entre de bonnes mains ». Les informations concernant Fukushima auraient dû aboutir à une conclusion différente. J’espère que les débats liés à l’élection du gouverneur de Tokyo s’intéresseront plus sérieusement à cette question.

 

La meilleure façon de s’assurer que Fukushima ne soit pas une menace pour la sécurité des Jeux olympiques sera d’ajouter aux « bonnes mains » du Japon et du CIO celles d’experts scientifiques et d’ingénieurs internationaux. C’est cette concertation qui pourra évaluer la situation et confirmer que tout ce qui peut-être fait pour atténuer la menace de Fukushima a été identifié et que les mesures adéquates ont été prises en temps utile. Ce sera la médaille d’or la plus respectée de ces Jeux.

 

Cinq candidats sont en liste pour devenir gouverneur de Tokyo et de ses 13,2 millions d’habitants. Le prochain gouverneur de Tokyo sera dans une position absolument unique pour aider le Japon à mettre en place de nouvelles relations internationales et une nouvelle politique énergétique. Le candidat idéal devra posséder des qualités exceptionnelles : une vision à long terme, des talents de diplomate hors-pair, une compréhension claire des questions énergétiques et l’expérience du pouvoir local. À cet égard, M.Morihiro Hosokawa, ancien Premier ministre et ancien gouverneur de Kumamoto, qui est entré dans la course en début de semaine, a une longueur d’avance sur ses adversaires.

 

Je souhaite à Tokyo que les Jeux olympiques soient une réussite. Les citoyens de Tokyo peuvent prouver que c’est ce qu’ils souhaitent eux aussi, en plaçant leur confiance dans un leader capable de trouver des opportunités dans la crise actuelle.

 

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Publié par Odile Girard-Blakoe - dans Au Japon
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commentaires

Roger NYMO 19/02/2014 02:05

Lamentable et abominable.

(http://sanurezo.org/spip.php?article165)

Alberto desde Zaragoza España 25/01/2014 19:40

Je crois que la situation va être aussi grave l´année 2020 á Fukushima que les JJOO non se von finallement á derouller

Veilleur depuis le premier jour .¡ Merci por ce blog!

O.G. 23/01/2014 23:34

J'entends bien tout ce que vous dites mais ce que je vois dans cette élection, c'est un candidat officiel et connu qui dit qu'il a changé d'avis sur la question, qu'il regrette sa naïveté d'alors et prend clairement position contre le nucléaire. J'aimerais un jour voir un politique français parler aussi clairement.

Karin 18/02/2014 15:14

Il suffit que les athlètes boycottent les Jeux pour démontrer qu'ils ont plus de bon sens que ceux qui gouvernent le monde par la finance qui ne connaît qu'un seul but - et cela par TOUS les moyens - faire du profit !

Pierre Fetet 25/01/2014 17:38

C'est exactement ça. Au Japon, il y a déjà 3 anciens Premiers ministres qui sont devenus anti-nucléaires : Naoto Kan, Morihiro Hosokawa et Koizumi Junichiro. En France : AUCUN ! Cherchez l'erreur.

Sylvie 80 25/01/2014 17:25

Mais si nous le verrons en France, mais APRES qu'il y ait eu un accident nucléaire ! donc, trop tard ........

P. Samba 23/01/2014 16:09

Bonjour,
il eut été préférable d'expliciter la raison, qui n'apparait pas clairement, de la promotion par cet ancien diplomate de l'ancien premier ministre Morihiro Hosokawa. Celui-ci serait devenu anti-nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima.

Mieux vaut certainement un anti-nucléaire que le contraire. Néanmoins cela ne devrait pas changer grand-chose à l'affaire. Depuis la nomination du Japon pour les JO, on peut s'attendre au pire sur le plan politique.
Cette nomination du Japon est une catastrophe pour le monde entier. Quelle sens a-t-elle sinon que le Comité international olympique, dont le fonctionnement est connu pour son opacité, a choisi de nier la catastrophe? Au risque d'exposer les athlètes mondiaux à la contamination nucléaire. Autrement dit cela se fait-il avec l'assentiment des responsables de tous les pays ? Ce qui est très inquiétant, car il ne peuvent pas ne pas savoir ce qui se déroule au Japon.

Y aurait-il consensus mondial pour cacher la réalité du Japon??
Ce qui expliquerait les récentes décisions de réduire un peu partout la liberté d'expression. Déjà aux USA, et cela en raison du Patriot Act (la preuve flagrante en a été donné par Snowden). Récemment et pour cause au Japon. En France ça a commencé avec la loi de programmation militaire, et ensuite à la faveur de l'affaire Dieudonné. En Espagne etc...

Pour tout le monde, y compris la plupart des écologistes, le changement climatique est l’expression la plus inquiétante de la crise écologique. Et le nucléaire est présenté comme une énergie ne produisant pas de rejets carbonés... Il faut donc en minimiser les dangers. Au risque de rendre effective la prédiction des premiers antinucléaires: l'instauration d'un gouvernement, et désormais mondial, autoritaire imposant l'omerta sur les conséquences du nucléaire..

Petit Fred 23/01/2014 13:03

L'accident s'est produit, il faut l'accepter. Ce que fait le Japon, ravaler son amertume, ses frustrations, dépasser ce sentiment de honte et de culpabilité. C'est une chance pour tous que les jeux aillent à Tokyo car au travers de cet événement, c'est la question de l'accélération des processus de décontamination, de démantèlement qui deviennent de fait une priorité absolue. Je ne doute pas que l'objectif d'attribuer les jeux à Tokyo était cette priorité pour les membres du CIO. Saisir cette "opportunité" afin de réparer ce qui peut l'être mais surtout apporter l'espoir que le Japon peut se relever de cette épreuve. Rien à voir avec la théorie d'un complot financier. Boycotter les Jeux reviendrait à lancer au visage de millions de gens que le monde ne souhaite pas aider ce pays. Laissons les experts expertiser, les citoyens voter, les historiens raconter, notre seul objectif commun, ici ou de là-bas, est la solidarité face à la gestion post-accidentelle. Si la communauté internationale peut influer à ce titre, elle doit être applaudie. Merci au CIO de croire à l'idée que le Japon va se lancer dans ce chantier de toute ses forces, car moi j'y crois parce que je crois à la bonne volonté, à la raison.

robert 23/01/2014 20:16

"Accepter l'accident"? Peut-on demander aux milliers de personnes, adultes et enfants, irradiées, (voir le "Dossier Fukushima" publié par la CRIIRAD en Mars 2013) d'accepter l'accident? "Accepter l'accident" ne signifie-t-il pas apporter son soutien au maintien d'une entreprise meurtrière et apporter son concours au travestissement de la vérité du danger inhérent au nucléaire, faire en sorte que la catastrophe soit assurée de se produire de nouveau, d'ici une dizaine d'années, quelque part dans le monde? Il est réconfortant, pour ceux qui ont l'illusion de se trouver loin des vapeurs empoisonnées des carcasses de réacteurs, de parler de "décontamination" et de "chantier": oui, on a pu cicatriser les plaies du tremblement de terre et nettoyer les dégâts du tsunami en un temps record. Mais pour ce qui est de la catastrophe nucléaire, rien à reconstruire, car Fukushima Daiichi n'a soufflé que ses propres enceintes. Simplement, ce qui est en cours de destruction, ce ne sont pas des structures en béton, c'est la vie! La vie humaine, animale et végétale. Et celle-ci ne se reconstruit pas à l'aide de pelles mécaniques. On a beau laver, décaper, la radioactivité revient. La décontamination est un leurre qui fait partie du boniment malhonnête des dealers du nucléaire. Oui au démantèlement, mais non aux redémarrages, non aux projets de nouvelles centrales, non à la thèse de l'accident! Soutenez le Japon en l'appelant à ne rien dissimuler des conséquences toujours en cours de la catastrophe et à se faire le porte-parole mondial du refus du nucléaire. Soutenez le Japon en accueillant en France Naoto Matsumura et en écoutant ce qu'il nous dira de la réalité de la "décontamination"!

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