29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 23:44
Un maire japonais accueille des enfants de Fukushima dans sa ville

Par YURI KAGEYAMA, Associated Press

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Cet article est paru sous le titre original “Japan mayor offers Fukushima kids home in his town

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Traduction : Phil Ansois

Edition en français avec l’autorisation de l’auteur

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Photo © The Associated Press

Docteur Akira Sugenoya, maire de Matsumoto

Après la catastrophe de Tchernobyl de 1986, il y a déjà une génération, le docteur Akira Sugenoya a pratiqué des opérations chirurgicales sur plus d’une centaine d’enfants, pour leur sauver la vie. Il est maintenant maire d’une ville du centre du Japon, et il voudrait éviter que sa propre histoire ne se répète.


A partir d’avril, les parents qui vivent dans l’ombre du désastre nucléaire de Fukushima pourront envoyer leurs enfants à environ 300 kilomètres (200 miles) de Fukushima, dans sa ville de Matsumoto. La ville paiera 14 millions de Yens (soit 143000 $, ou 104000 €) [cours du 27/10/2013] pour une maison équipée de six chambres à coucher et le personnel ; les parents ne paieront pas les cours, mais seulement les dépenses utilitaires et les repas.


Dans une récente interview à l’« Associated Press » faite dans l’hôtel de ville de Matsumoto, le Dr Sugenoya déclare : « Si mes craintes ne se révèlent pas fondées, ce serait la meilleure des nouvelles », « mais si elles se réalisent, alors il y aura peu de temps disponible avant qu’il ne soit trop tard ».


Le Dr Sugenoya a critiqué la réaction du gouvernement à la triple fusion des cœurs de la centrale nucléaire de Fukushima, qui a explosé à la suite du Tsunami en mars 2011, et qui continue toujours aujourd’hui de déverser de la radioactivité dans l’air et dans l’eau. Le démantèlement prendra des décennies, et les experts ne parviennent pas à se mettre d’accord pour définir dans quelle mesure ce désastre affecte la santé des habitants.


Le cancer de la thyroïde est la seule maladie confirmée par l’AIEA due aux faibles doses de radioactivité, suite à la catastrophe de Tchernobyl, une maladie qui est rarement fatale quand elle est traitée par la chirurgie adéquate. En 1991, après avoir entendu parler des milliers de cas de cancers de la thyroïde en Biélorussie, le Dr Sugenoya, un spécialiste de la thyroïde, est parti travailler comme volontaire en Biélorussie, près de la centrale nucléaire Ukrainienne.


Cinq ans plus tard, il a quitté son travail dans un hôpital Japonais prestigieux et est retourné là-bas pour une nouvelle période de cinq ans et demi. Il a mis sur pied une récolte de fonds pour les victimes de Tchernobyl et il invite régulièrement des médecins de Biélorussie à venir participer à des formations au Japon.


La comparaison entre les fuites radioactives près de Fukushima Daïchi et celles de Tchernobyl n’est pas très facile. La mesure de l’exposition au niveau individuel implique des calculs complexes pour tenir compte des quantités de nourriture et d’eau ingérés quotidiennement, qui peuvent varier considérablement.


Le gouvernement Japonais a détecté 44 cas de cancer de la thyroïde (confirmés ou suspectés) parmi 217 000 jeunes d’âge égal ou inférieur à 18 ans, ceci dans la préfecture de Fukushima. Le cancer de la thyroïde est généralement rare chez les enfants, il est estimé à un par million. Le lien avec la radioactivité n’est pas encore concluant, et des tests plus étendus sur les enfants de Fukushima pourraient nous donner des nombres plus élevés*.

Les enfants sont plus sensibles que les adultes aux maladies causées par les radiations parce que leur corps est en cours de développement, mais leur corps peut aussi réagir et guérir [plus facilement] des dégâts créés par la radioactivité. Le Dr Sugenoya précise que dans les zones de la Biélorussie qui sont proches de Tchernobyl, les enfants sont périodiquement déplacés en dehors des zones irradiées.


Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, comprend à peu près 240 000 habitants. Il y a de la place dans les écoles à cause du déclin de la population, un déclin courant dans les zones rurales. Le plan du Dr Sugenoya, appelé le « Projet Matsumoto », sera ouvert aux étudiants de Fukushima pour les enfants de la 3ème année du primaire jusqu’à la fin du collège [donc de 8 à 14 ans].


Les personnes responsables de Matsumoto ont organisé des réunions à Fukushima pour expliquer le projet, et quelques parents ont exprimé leur intérêt, mais on ne sait pas combien d’entre eux voudront bien envoyer leurs enfants étudier au loin.


Parmi les habitants de Fukushima, ceux qui sont le plus inquiets à propos de la radioactivité sont déjà partis. Quelques 150 000 personnes ont quitté les zones de Fukushima les plus ravagées à la suite du Tsunami; un tiers d’entre elles sont parties dans d’autres préfectures.


A peu près 200 d’entre elles sont à Matsumoto, dont Horishi Ueki, sa femme et leurs enfants, âgés de 4 et 6 ans.


Ueki dit que ses enfants lui ont demandé : « Maintenant je peux toucher les fleurs ? ».
A Fukushima, ils devaient porter des masques, et ils ont commencé à prendre peur. Ils étaient très souvent grondés : « Ne touchez pas les poussières », « Ne touchez pas ceci », « Ne touchez pas cela ».


Certains de ceux qui restent dans les zones qui entourent les centrales nucléaires dévastées sont déchirés par la décision de partir ou rester.
 

Yuri Hasegawa, une mère de famille de 45 ans de Fukushima, est tellement tracassée qu’elle a acheté un compteur Geiger et un stock de masques. Dans sa cuisine, elle ne prépare que de la nourriture dont la radioactivité a été vérifiée.


Elle a envoyé ses deux enfants, de 9 et 13 ans, à des camps d’hivers et d’été dans l’île d’Hokkaido à l’extrême nord, à l’île d’Okinawa qui est à l’extrême sud, et à la cité d’Hiroshima qui se trouve au sud-ouest. Elle pense prendre part au « Projet Mastumoto ». Elle fait face à l’opposition de son mari et d’autres parents, qui se moquent de ses soucis et qui les trouvent extrêmes.


Elle dit que dans son jardin et dans d’autres zones, « le compteur Geiger commence à faire bip, bip, bip ». « Les bips arrivent si vite. Vous savez la radioactivité passe à travers nos corps. C’est parce que c’est invisible. Si nous pouvions le voir, nous ne voudrions pas habiter ici. »


Le gouvernement japonais prétend que l’on peut vivre en sécurité dans les zones qui n’ont pas été forcées à être évacuées, mais il a aussi admis des erreurs dans la réaction aux dangers de la radioactivité.


Peu de temps après le Tsunami, le gouvernement aurait pu distribuer les pilules d’iodure de potassium pour bloquer l’accumulation d’iode radioactif dans la glande thyroïde des enfants. Les pilules étaient disponibles, mais le gouvernement n’est pas arrivé à les distribuer à temps; il a reconnu qu’il n’était pas préparé à ça.

Le gouvernement a aussi reconnu qu’il n’a pas utilisé de manière efficace les données qui prévoyaient avec précision les directions prises par les nuages radioactifs. Bien que la zone autour du site nucléaire ait été évacuée, le gouvernement n’a pas averti les gens qui habitaient en dehors de cette zone, et qui, suivant les prévisions, étaient dans les trajectoires des retombées.

Le Dr Sugenoya, un homme de corpulence moyenne doté d’un gentil sourire, nous dit que son intention est d’offrir de l’aide aux familles concernées pour qu’elles puissent vivre pleinement en toute sécurité.

« La radioactivité ne fait pas mal. Elle ne nous irrite même pas la peau. »
« C’est terrible ce qui se passe, et les gens n’en prennent pas du tout conscience. »

 

 

 

_____________________

 

* [NDT c'est assez contradictoire de dire que le lien n'est pas concluant, vu que les chiffres donnés ici montrent une proportion de cancers de la thyroïde plus de cent fois plus élevée que la normale]

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Publié par Pierre Fetet - dans Au Japon
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commentaires

Sophie RedCloud 31/10/2013 19:02

La santé des enfants de Fukushima, qui conditionne leur avenir, est l'un des aspects les plus poignants de cette tragédie, et nous pouvons saluer l'action remarquable et la ténacité de Monsieur Sugenoya. Preuve est faite que la bonne volonté jointe à l'humanisme d'un seul homme peut déjà faire bouger les choses, et sauver des vies.

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